Le calendrier des travaux agricoles du Rustican ou Livre des proffiz

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Le calendrier des travaux agricoles du Rustican ou Livre des proffiz
Le calendrier des travaux agricoles du Rustican
ou Livre des proffiz champestres et ruraulx
Traité d’agronomie du bolonais Pietro de’Crescenzi, 1459 (Ms 340, musée Condé, Chantilly)
L’auteur :
Pietro de’Crescenzi, né à Bologne aux environs de 1233, a fait des études de droit. Entre
1269 et 1299, il exerça la profession de juge-conseiller auprès de différentes municipalités de l’Italie
du Nord ; puis il se retira près de Bologne dans son domaine, la Villa dell’Olmo, où il rédigea autour de
1305, sans doute en latin, un Traité d’agriculture (Ruralium commodorum opus), dont on ne possède
pas le manuscrit original.
L’ouvrage :
Ouvrage célèbre au XIVe siècle (133 manuscrits nous en sont parvenus), ce Traité
d’Agriculture a fait l’objet de plusieurs traductions, dont une en français, effectuée en 1373 à la
demande du roi Charles V et intitulée Rustican ou Livre des proffiz champestres et ruraulx. Il en existe
8 exemplaires, tous enluminés, qui sont conservés à : Chantilly, Londres, New York, Paris, Rouen et
Vienne, mais le plus beau de tous est celui de Chantilly. Il fut peut-être commandé par René d’Anjou,
beau-frère du roi Charles VII, et enluminé dans l’ouest de la France par le Maître du Boccace de
Genève, entre 1459 et environ 1470.
Divisé en douze livres portant sur les principaux secteurs de l’agriculture et la conduite d’un
domaine modèle au XIVe siècle, le Rustican était avant tout un beau livre d’images destiné à des
personnages de haut rang, rois, grands seigneurs, dignitaires ecclésiastiques ou riches notables
citadins. Les enlumineurs se sont peu souciés de rendre dans leurs peintures les techniques
agricoles, architecturales et cynégétiques exposées par l’auteur. Il s’agit plutôt d’un ouvrage de luxe,
objet de beauté et de délectation pour bibliophiles.
Musée Condé, service éducatif - le Rustican - janvier 2004
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Le calendrier
Il illustre le onzième livre et figure également, sous une forme moins achevée, dans
l’exemplaire du Rustican de Vienne, qui est une copie de celui de Chantilly.
Le choix des sujets ne suit pas les tâches agricoles assignées à chaque mois par l’auteur. En
particulier la représentation du gentilhomme à cheval qui parcourt la campagne, faucon au poing, est
directement inspirée de l’iconographie du mois de mai dans les calendriers des livres d’Heures. Le
paysan du mois de janvier, qui défonce un carré de terre à coups de pioche, ou ceux de février, qui
fument un jardin, échappent à la tradition et relèvent de la seule initiative de l’artiste.
Sur les douze mois, quatre, soit un tiers, sont consacrés à la céréaliculture, trois, soit le quart,
aux pratiques de l’élevage et deux à la viticulture.
Janvier : l’extraction de l’argile sous la neige
Pietro de’Crescenzi consacre plusieurs chapitres aux travaux de préparation des champs :
sarclage, émiettement des mottes de terre avec un maillet, mise en valeur par la fumure, les engrais
verts et d’autres amendements. Ces scènes agraires sont rarement reprises par les enlumineurs.
Cette scène peut aussi représenter l’extraction de l’argile sur la berge d’une rivière, par un
paysan à l’aide d’une pioche. L’argile récolté est mis en tas derrière lui. Rappelons que l’argile entre
dans la composition des tuiles et dans la construction des murs des maisons paysannes et des
étables à pans de bois. Les mois d’hiver sont propices à l’entretien des bâtiments.
Février : l’épandage de la fumure animale
La fumure, c’est-à-dire l’amendement d’une terre agricole par épandage de fumier, a toujours
été l’un des points faibles de l’agriculture médiévale. Si les traités d’agronomie insistent sur sa
nécessité, c’est précisément parce que la pratique en était rare, limitée à quelques grands exploitants
agricoles comme les communautés monastiques. La stabulation restait courte (de quelques semaines
à environ trois mois), et la litière, insuffisante en raison de la rareté de la paille, ne permettait pas de
constituer des quantités importantes de fumier. Par conséquent le fumier ne pouvait être répandu sur
tous les terrains et la plus grande part en était destinée aux cultures à la bêche dans des lieux enclos :
jardins, potagers, comme le montre l’enluminure. L’usage de la jachère était donc indispensable pour
préparer les terres agricoles.
Mars : La taille de la vigne
Cette activité symbolise souvent la viticulture au Moyen Âge. En fait, ce travail se reproduit
plusieurs fois dans l’année : d’après Pietro de’Crescenzi, en février ou mars seulement dans les
régions froides, en octobre ou novembre et en février ou mars dans les zones les plus chaudes. Elle
est également représentée au livre quatre du manuscrit. L’auteur ne s’étend pas sur les techniques
employées, les outils ni les gestes. Les enluminures apportent cependant des précisions
intéressantes : la taille s’effectue généralement à l’aide d’une serpe à dos tranchant et saillant, avec
une lame assez large. Le paysan, penché en avant, saisit de sa main gauche le sarment au-dessus
de la serpe, qu’il tient de sa main droite. Au second plan, un autre paysan répète le même geste, mais
agenouillé pour pouvoir tailler des branches plus basses.
Avril : La tonte des moutons
Recherché avant tout pour sa laine, le mouton était aussi considéré comme une bête à viande
et servait accessoirement pour le lait et les fromages. En France septentrionale, l’essentiel du cheptel
était constitué d’animaux de très petite taille, semblables aux actuels moutons de pré salé d’Ouessant.
Le parcage des animaux permettait de compléter les apports de fumier pour la fertilisation des terres.
Les bergers étaient généralement des hommes mûrs, comme ici. Emmitouflé dans un chaperon bleu,
son bonnet sur la tête, il immobilise entre ses jambes de sa main gauche l’animal choisi parmi le
troupeau, qu’il se prépare à tondre à l’aide de grands ciseaux appelés forces.
Mai : La chasse au faucon
Le thème de la chasse au faucon provient des calendriers liturgiques et n’a pas de rapport
avec le texte du Rustican, consacré à l’agronomie. En revanche, il ne peut que plaire aux lecteurs qui
sont susceptibles de pratiquer cette chasse, considérée comme la plus noble et la plus distinguée de
toutes. Il s’agit ici vraisemblablement d’un clin d’œil aux Très Riches Heures du duc de Berry, qui la
montrent en août. Le personnage est vêtu d’un pourpoint à manches fendues, vêtement élégant
devenu à la mode depuis le XIIIe siècle, et il est coiffé d’une toque. Un faucon blanc se tient sur son
poing gauche ganté.
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Juin : La fenaison
La fenaison est traitée dans le chapitre 3 du livre VII, qui évoque brièvement le travail de prés
et des bois. Le pré fauché est clos pour être protégé du vagabondage des animaux, mesure que
préconise Pietro de’Crescenzi. La clôture est ici constituée par une palissade de bois dont les
planches sont taillées en pointe. L’image nous renseigne sur la faux, sur laquelle le texte ne s’étend
pas : la lame tranchante est longue, légèrement arquée, le manche est pourvu d’une potence en son
milieu, que le personnage tient de sa main gauche, ce qui lui facilite le mouvement impulsé par le
balancement des épaules. Il fait chaud, le faucheur est vêtu d’une simple chemise blanche fendue sur
le côté, un chapeau de paille à larges bords le protège du soleil de juin.
Juillet : La moisson
Ce moment essentiel de la vie paysanne est relativement peu présent dans le texte de Pietro
de’Crescenzi, et par conséquent dans les illustrations de son ouvrage. De sa faucille, tenue de la main
droite, le paysan, courbé, coupe une poignée de tiges de blé serrées dans sa main gauche. A son
côté une femme se livre à la même besogne : pas de répartition des tâches, car le temps presse. La
moisson se fait à la faucille : noter la lame très courbée, qui apparente l’instrument à une serpe. Peutêtre est-elle dentelée, mais il est impossible de le distinguer. Il est également difficile d’identifier
quelles céréales sont moissonnées : l’auteur conseille de planter un mélange d’orge, de millet,
d’épeautre et de froment, mais il semblerait qu’on soit en présence ici d’une seule et même espèce.
La moisson à la faucille ne prélevait que le haut de la tige, laissant une importante quantité de
paille après la récolte, et permettant la pousse d’une deuxième herbe, le regain, que l’usage de la
vaine pâture livrait aux animaux de la communauté villageoise. Cette pratique disparaît à la fin du
XVIIIe siècle, avec la clôture des champs et l’introduction de la moisson à la faux, qui laisse une herbe
beaucoup plus rase tout en employant une main d’œuvre bien moins nombreuse.
Août : Le battage du blé
Pietro de’Crescenzi énumère dans son ouvrage différents procédés pour battre les céréales :
à la verge, au fléau et par le dépiquage avec des chevaux. S’il reconnaît que le battage au fléau, ici
représenté, est le plus efficace pour séparer le grain de la paille, c’est à l’égrenage par les animaux
que va sa préférence : cette technique plus rapide broie plus finement la paille qui est ainsi plus
digeste pour les bêtes. L’aire de battage est enclos de murs, qui dépassent un mètre vingt de hauteur,
il est difficile de voir si son sol est recouvert d’argile détrempée, comme le recommande l’auteur. Le
battage s’effectue en plein air. Le paysan porte des vêtements adaptés à la liberté de mouvement
nécessaire et à l’effort requis : jambes et pieds nus, une chemise courte fendu sur le côté, la tête
protégée par un chapeau de paille. Il tient à deux mains son fléau rejeté derrière la tête, prêt à être
abattu sur les gerbes. Le fléau est muni d’un très long manche, sa partie battante, beaucoup plus
courte, mesure environ quarante centimètres. Le batteur est aidé par une femme qui apporte des
gerbes sur l’aire, tandis qu’il abat son fléau.
Septembre : Les semailles
Le labour n’est pas représenté dans le calendrier, contrairement aux Très Riches Heures du
duc de Berry. L’image insiste plutôt sur les semailles, auxquelles l’auteur consacre tout un chapitre de
son ouvrage. La représentation des champs labourés se réduit à quelques sillons parallèles, dont on
constate à l’arrière plan qu’ils sont disposés perpendiculairement les uns aux autres. On ne peut en
estimer la profondeur, sur laquelle pourtant insiste Pietro de’Crescenzi. Le calendrier situe les
semailles en septembre, ce qui correspond à la date préconisée par l’auteur pour les régions froides,
tandis qu’il les repousse à la fin octobre ou en novembre pour les endroits ensoleillés. Le paysan
marche en serrant la semence de son bras gauche ; il éparpille les grains de sa main droite, le bras
écarté et baissé vers la sol. Il porte un tablier de semailles, ce qui correspond à l’usage français, alors
que les enluminures des versions italiennes montrent la semence transportée dans un récipient en
bois ou en osier que tient le paysan. En l’absence de précision de la part de Pietro de’Crescenzi, les
artistes mettent en scène l’outillage local.
Octobre : Le foulage du raisin
Il s’agit de la seconde allusion du calendrier à la viticulture, dont c’est l’une des activités
essentielles. La scène se passe dans une petite pièce couverte. Le raisin, avant d’être mis en jarres,
devait être foulé deux fois, mais il est impossible de déterminer à laquelle des deux opérations nous
assistons. Le paysan est enfoncé jusqu’aux cuisses dans la cuve contenant les raisins, tandis qu’un
second vendangeur verse le produit de la récolte contenu dans un panier d’osier. La cuve à fouler,
large d’environ un mètre et haute d’à peu près soixante dix centimètres, est posée sur deux cales en
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bois. Elle est constituée de lattes de bois parallèles cerclées d’osier. Le jus de raisin en dégouline par
plusieurs coulées verticales.
Novembre : La glandée
Le mois de novembre est symbolisé par quatre porcs, en bordure de la forêt, qui se nourrissent des
glands que fait tomber du chêne, à l’aide de sa perche, le paysan qui les surveille. Pratique courante
que recommande Pietro de’Crescenzi, la glandée consiste à laisser les porcs, animaux peu exigeants,
se nourrir de glands, de racines et d’herbes dans les bois. L’auteur conseille au paysan de récolter
des glands et des châtaignes en prévision des grands froids. Mieux, il suggère d’emmener les porcins
manger dans les vignes après la vendange, pour nettoyer et gratter le sol à la manière du laboureur.
Dans les provinces septentrionales dominent les races celtiques, à robe blanche, aux longues oreilles
tombantes, représentées ici, et que l’on peut opposer aux races ibériques, à poil noir, qui sont
disséminées du Pays basque à la Corse.
Décembre : L’égorgement du cochon
Un homme tranche la gorge de l’animal avec un couteau tandis qu’à ses côtés une femme,
protégée par un tablier, est prête à recueillir le sang dans une bassine. Le porc constituait une part
importante de l'alimentation médiévale. Il servait de base à la nourriture dans toute l’Europe
chrétienne. Chaque région avait ses modes de cuisson, de préparation, et de conservation. On
pouvait saler le porc et on le conservait en grande partie dans des saloirs ; ou bien on en faisait du
confit en cuisant les morceaux dans la graisse. Le jambon était tantôt fumé dans la cheminée, tantôt
séché à l’air. Il était conservé pendu aux poutres du plafond ou sous la cendre. Comme dans la scène
précédente, l’artiste semble avoir puisé son inspiration dans les calendriers peints de l’époque, alors
que le texte de Pietro de’Crescenzi ne s’intéresse pas à la mise à mort du cochon.
Orientation bibliographique :
Perrine MANE : L’iconographie des manuscrits du Traité d’agriculture de Pier’ de Crescenzi, MEFRM 97 - 1985 - 2, p.727-818.
Pour exploiter l’iconographie avec vos élèves en classe, il vous est
recommandé d’imprimer les pages suivantes sur des transparents de
rétroprojection.
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Janvier et février
C’est la morte-saison des
travaux agricoles.
Décrivez le paysage de
chaque scène. Que sont les
points blancs dans la vignette
de janvier ?
Comment les paysans sont-ils
habillés ? Quels sont leurs
outils ? Que font-ils ?
A quoi correspondent les
taches brunes sur le sol dans
les deux scènes ?
Mars et avril
Où sont les paysans de la
vignette de gauche ? Que
font-ils ? Quel est l’outil que
tient dans sa main droite le
paysan courbé ?
Que fait le paysan à droite ?
Que tient-il dans sa main
droite ?
Comment appelle-t-on le
paysan chargé du troupeau ?
Mai et juin
Quels détails nous montrent
que le personnage de gauche
n’est pas un paysan ?
Quelle espèce d’oiseau est
posée sur son poing gauche ?
Pourquoi est-il ganté ?
De quelle activité s’agit-il ?
Que fait le paysan de droite ?
Comment son pré est-il clos ?
Pourquoi ?
Quelle différence faites-vous
entre un pré et un champ ?
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Juillet et août
Quelles activités sont décrites
en juillet et en août ?
A gauche : que tiennent les
personnages dans chaque
main ? C’est la seule scène
où l’homme et la femme font
la même besogne : pourquoi ?
Scène de droite : comment
s’appelle l’outil que brandit le
paysan au-dessus de sa
tête ? A quoi sert-il ? Que fait
la femme ?
Septembre et octobre
Décrivez le geste du paysan
de septembre. Comment
s’appelle cette activité ? Quel
nom donne-t-on aux lignes
brunes parallèles dans le
champ ?
Décrivez ce que fait chaque
personnage de la vignette de
droite ? A quoi correspondent
les traits rouges verticaux ?
Novembre et décembre
Comment appelle-t-on les
fruits du chêne ?
Que fait le berger à gauche ?
Pourquoi, en langage familier,
le terme "glander" est-il un
peu méprisant ?
Que fait l’homme à droite ?
Pourquoi la femme porte-t-elle
une bassine ?
Que va devenir le cochon ?
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