Etude Clinique XPO2
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Etude Clinique XPO2
Revue des Maladies Respiratoires (2010) 27, 1030—1038 ARTICLE ORIGINAL L’oxygénothérapie par concentrateur portable à valve à la demande : étude randomisée et contrôlée de son efficacité clinique chez des patients BPCO Oxygen therapy by a portable concentrator with a demand valve: A randomised controlled study of its effectiveness in patients with COPD A. Couillard a,∗, D. Foret a, P. Barel b, D. Bajon c, A. Didier d, B. Melloni a, P. Sauder a, J.-F. Muir a, D. Veale a,e a Fédération ANTADIR, 66, boulevard Saint-Michel, 75006 Paris, France Service de pneumologie, centre hospitalier général, 22, boulevard du Général-Sibille, 81013 Albi cedex 9, France c Centre de réhabilitation cardiorespiratoire, clinique de Saint-Orens, 12, avenue de Revel, 31650 Saint-Orens de Gameville, France d Service de pneumologie et allergologie, hôpital Larrey, 24, chemin de Pouvourville, TSA 30030, 31059 Toulouse cedex, France e Centre médical de pneumologie Henri-Bazire, 38134 Saint-Julien de Ratz, France b Reçu le 7 octobre 2009 ; accepté le 8 mars 2010 Disponible sur Internet le 18 octobre 2010 MOTS CLÉS BPCO ; Concentrateur portable ; Oxygénothérapie ; Test de marche ∗ Résumé Introduction. — Un doute subsiste sur l’efficacité clinique des concentrateurs portables d’oxygène à valve à la demande (CPVD) et leur appréciation par les patients. Objectifs. — Comparer l’efficacité et l’appréciation d’une oxygénothérapie par CPVD et par oxygène liquide à débit continu (O2 Liq). Méthodes. — Dix-neuf patients BPCO ont testé par ordre randomisé le CPVD et O2 Liq au repos et lors d’un test de marche de six minutes (TDM6). Pour chaque dispositif, ils appréciaient par échelles visuelles analogiques la maniabilité/portabilité, le bruit et la gêne à l’arrivée nasale de l’O2 . Résultats. — La distance au TDM6 était de 315 ± 120 m avec CPVD et 325 ± 114 m avec O2 Liq (p > 0,05). La dyspnée et la désaturation induites par le TDM6 étaient identiques dans les deux conditions (p > 0,05). Le temps passé au cours du TDM6 avec une SaO2 < 90 % était de 289 ± 69 s avec CPVD et 242 ± 130 s avec O2 Liq (p = 0,08). Le CPVD était plus bruyant que O2 Liq (p < 0,05), sans différence sur la maniabilité/portabilité et la gêne nasale entre les dispositifs. Auteur correspondant. Adresse e-mail : [email protected] (A. Couillard). 0761-8425/$ — see front matter © 2010 SPLF. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. doi:10.1016/j.rmr.2010.09.010 Efficacité clinique de l’oxygénothérapie par concentrateur portable à valves à la demande 1031 Conclusion. — Le modèle de CPVD que nous avons testé semble avoir une efficacité clinique identique à celle par O2 Liq. Toutefois, la prescription de ce type de dispositif doit être personnalisée. © 2010 SPLF. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. KEYWORDS COPD; Portable concentrator; Long-term oxygen therapy; Walking test Summary Introduction. — There is doubt concerning the clinical effectiveness of portable oxygen concentrators with a control valve (PCDV) and their appreciation by patients. Objectives. To compare the effectiveness and appreciation of oxygen therapy by PCDV and liquid oxygen by continuous f low (O2 Liq). Methods. — Nineteen patients with COPD were randomised to receive PCDV or O2 Liq at rest and during a 6 minute walk test (6MWT). For each mechanism they assessed, by visual analogue scales, the convenience and portability, the noise, and the discomfort of the nasal oxygen delivery. Results. — The 6MW distance was 315 ± 120 m with PCDV and 325 ± 114 m with O2 Liq (P > 0.05). Dyspnoea and the desaturation induced by the 6MWT were identical with both systems (P > 0.05). The time spent with a SaO2 < 90 % was 289 ± 69 s with PCDV and 242 ± 130 s with O2 Liq (P = 0.08). PCDV was noisier than O2 Liq (P < 0.05); there was no difference in convenience and portability or in nasal discomfort. Conclusion. — The PCDV model that we tested was equally effective to O2 Liq. However, the prescription of this type of system is a matter of personal choice. © 2010 SPLF. Published by Elsevier Masson SAS. All rights reserved. Introduction L’oxygénothérapie de longue durée (OLD) est reconnue comme un traitement incontournable, améliorant la survie et la qualité de vie des patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) au stade de l’insuffisance respiratoire chronique (IRC) [1—3]. Son efficacité repose sur une observance journalière supérieure à 15 heures par jour et sur un traitement à vie [4]. Les dispositifs d’oxygénothérapie portable liquide ou gazeuse ont fait la preuve de leur efficacité clinique. Toutefois, ces appareils nécessitent un remplissage régulier des bouteilles et la délivrance d’oxygène (O2 ) par un débit continu provoque une perte systématique d’O2 à l’expiration. De nombreux systèmes économiseurs d’O2 ont été développés pour réduire le coût global de cette thérapeutique et offrir une autonomie d’utilisation bien plus importante. Ainsi différentes études ont montré que ces économiseurs permettaient de réduire jusqu’à 50 % des coûts de ce traitement [5,6]. Toutefois, l’intérêt et surtout l’efficacité clinique de ces systèmes économiseurs d’O2 restent controversés dans la littérature [7—13]. De plus, ces dispositifs d’oxygénothérapie portable liquide ou gazeux restent souvent encombrants et lourds à porter pour les patients. Ce lot de contraintes limite l’autonomie des patients, réduit la déambulation, les activités physiques, la possibilité de déplacements lointains et altère profondément la qualité de vie [14]. Bien que des petites bouteilles gazeuses ou des réservoirs portables d’O2 liquide aient été développés [15], leur faible capacité de stockage nécessite un remplissage fréquent donc limite leur utilisation. Un souci d’optimisation a conduit au développement des dispositifs de dispensation d’O2 par concentrateurs portables. Tels qu’ils sont actuellement conçus, les concen- trateurs portables sont compacts et offrent plusieurs possibilités d’alimentation ; soit branchés sur le secteur, soit sur la prise d’un allume-cigare (déplacement en voiture), soit sur batterie pour la déambulation. Ces évolutions technologiques présentent un intérêt économique, libèrent les patients de la contrainte de la livraison des bouteilles ou du remplissage des réservoirs d’O2 liquide et améliorent leur autonomie dans la vie quotidienne. Toutefois, très peu d’études visant à évaluer l’efficacité clinique de ces concentrateurs portables comparativement aux dispositifs d’O2 liquide ou gazeux ont été réalisées. À ce jour, seules trois études ont été publiées : elles indiquent que les concentrateurs portables ont des effets similaires aux dispositifs d’O2 liquide sur la saturation de repos et d’effort, la dyspnée induite par l’exercice, la tolérance à l’effort et sur la qualité de vie des patients BPCO [16—18]. Malgré ces quelques résultats, certains auteurs soulignent des risques induits par ces nouveaux dispositifs ; notamment une moins bonne observance au traitement [17] et une correction insuffisante de la saturation en O2 , et ce d’autant que la plupart des concentrateurs portables sont munis de valves à la demande [18—20]. Ce manque d’évaluations cliniques peut avoir des conséquences importantes sur la prescription et l’efficacité de l’OLD à domicile. Dans le cadre de cette étude, nous avons analysé, au repos et à l’effort, l’efficacité d’un nouveau concentrateur portable à valve à la demande comparativement à celle d’un système de dispensation continue d’O2 liquide, tels que les patients BPCO l’utilisent dans leur vie quotidienne. Notre objectif principal était de déterminer, au moyen d’une étude de non-infériorité, si le concentrateur portable modifiait la tolérance à l’effort, la saturation en O2 et la dyspnée comparativement au dispositif d’O2 liquide. Notre objectif secondaire était de comparer au moyen d’échelles visuelles analogiques (EVA) l’appréciation subjective des dispositifs 1032 par les patients, en termes de bruit, confort lors de l’arrivée de l’O2 et portabilité/maniabilité. Population et méthodes Population Les patients inclus (hommes ou femmes) étaient tous atteints d’une BPCO et bénéficiaient d’une oxygénothérapie de repos et/ou de déambulation. Tous étaient stables (à distance d’au moins quatre semaines d’un épisode d’exacerbation), non enrhumés et avaient déjà réalisé un test de marche de six minutes (TDM6) dans les 15 jours précédents leur inclusion. Chacun avait clairement pris connaissance des conditions et du déroulement de ce projet puis avait signé le formulaire de consentement. Nous avons exclu les patients présentant un syndrome respiratoire restrictif ou mixte, une histoire d’angor, d’infarctus récent (inférieurs à un mois) du myocarde ou de pathologie coronarienne évolutive, un problème cognitif ou moteur limitant de façon significative la compréhension ou la réalisation des évaluations. Nous avons aussi exclu les patients participant simultanément à une autre recherche biomédicale. Ce projet a reçu l’avis favorable du Comité de protection des personnes du sud-ouest et outre-mer IV, l’autorisation de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), et il est déclaré sur le site Clinical Trials sous le no NCT00875719. Méthodes Ce protocole multicentrique a été réalisé avec la participation de centres hospitaliers généraux ou universitaires et des centres de réhabilitation respiratoire. Chaque centre suivait une procédure standardisée d’évaluation et recueillait les données sur un carnet de suivi identique pour tous les investigateurs. Organisation du protocole Chaque patient était son propre témoin ; il testait le concentrateur portable avec valve à la demande (XPO2 Portable Concentrator, Invacare Poirier SAS, France) et le dispositif d’oxygène liquide (Companion C1000, NellcorTM Puritan Bennett, USA) à débit continu (O2 Liq) en situation de repos et à l’effort (TDM6). Le concentrateur portable d’O2 que nous avons utilisé, muni d’une valve pneumatique pulsée, mesure (H × L × P) 25,4 × 17,8 × 10,2 cm et pèse selon les recommandations du fabriquant 2,9 kg sans batterie et 3,6 kg avec une batterie externe supplémentaire. Nous avons par nous-mêmes contrôlé ce poids du dispositif à 2,920 kg (sans la housse) et 3,310 kg (avec la housse dans sa présentation habituelle). Par ailleurs, les évaluations techniques que nous avons réalisées sur banc d’essai ont montré qu’à la fréquence de 20 respirations par minute (RPM), ce concentrateur portable délivre un volume d’O2 entre 12,6 mL (réglage 1) et 32,2 mL (réglage 5) assez tôt dans la phase inspiratoire du patient. La durée maximale du bolus est d’environ 0,20 secondes. Pour les autres fréquences, les volumes varient en moyenne de 13 mL (réglage 1) et 39 mL (réglage 5) pour 15 RPM à 10,5 mL (réglage 1) et 22,5 mL (réglage 5) pour 30 RPM. Le trigger mesuré sur banc d’essai A. Couillard et al. (trigger −0,18 cm et 20 RMP) montre que ce dispositif est sensible à chaque respiration simulée et que le seuil de sensibilité ne varie pratiquement pas avec la fréquence respiratoire. Enfin, les mesures de FiO2 que nous avons réalisées à l’intérieur du poumon-test (correspondant à des concentrations d’O2 alvéolaires) montrent que la FiO2 de ce dispositif varie entre 23,6 % (25 RPM — réglage 1) et 31,2 % (15 RPM — réglage 5). L’un et l’autre des appareils étaient testés selon un ordre randomisé et par tirage au sort. Pour chacun, le protocole se déroulait sur deux demi-journées : la première étant une visite d’inclusion associée à des examens cliniques de routine et la seconde consacrée à la réalisation des deux TDM6 (l’un dans chaque condition). Il n’était pas demandé aux patients de modifier leurs médications usuelles. Au cours de la première demi-journée, nous avons recueilli les variables anthropométriques et médicales usuelles et des données relatives au tabagisme et à l’histoire de l’oxygénothérapie des patients (ancienneté, nombre d’heures d’O2 par jour, type d’appareil utilisé). La dyspnée était mesurée par l’échelle Medical Research Council (MRC) et la fonction respiratoire évaluée par la mesure des boucles débits/volumes au moyen d’un spiromètre (celui utilisé en routine dans le centre investigateur). Nous avons retenu les valeurs de capacité vitale forcée (CVF), du volume expiratoire maximal en une seconde (VEMS) puis calculé le rapport de Tiffenau. Les valeurs de référence utilisées étaient celles relatives aux valeurs normales européennes [21]. Des prélèvements de sang artérialisé ont été réalisés sous air ambiant et/ou sous O2 puis analysés pour déterminer la pression partielle en O2 , CO2 et le pH de chaque patient. Au cours de la seconde demi-journée (au maximum dans la semaine suivant la première), nous avons vérifié la capacité de déclenchement des valves au repos puis chaque patient a réalisé, de façon randomisée, deux TDM6 ; l’un avec le concentrateur portable à valve à la demande (CPVD) et l’autre avec le dispositif rempli d’O2 Liq (Fig. 1). Avant le premier TDM6, le patient était assis 30 minutes au repos avec l’un ou l’autre des dispositifs d’oxygénothérapie. Sachant que la pression artérielle en O2 continue d’augmenter dans les 15 à 30 premières minutes d’utilisation d’une oxygénothérapie, ce temps de 30 minutes nous a permis d’assurer la titration des dispositifs. Pour le test de marche sous débit continu O2 Liq, chaque patient utilisait son appareil habituel (ou un appareil prêté par l’investigateur) et avec son débit de déambulation médicalement prescrit. Pour le test sous concentrateur portable, les bolus étaient adaptés progressivement au repos de façon à obtenir une saturation en O2 au minimum supérieure à 92 %. Après la réalisation de chaque TDM6, les patients devaient évaluer la portabilité/maniabilité des dispositifs, leur bruit et le confort lors de l’arrivée de l’O2 au moyen d’EVA. Méthodologies spécifiques Capacité de déclenchement des valves L’investigateur avait pour consigne d’asseoir le patient dans un endroit calme, de le brancher sur le concentrateur à tester, équipé de la valve à la demande et sans humidificateur, de le faire respirer cinq minutes au calme puis de compter pendant deux minutes le nombre de déclenchements du dispositif et le nombre de cycles ventilatoires. La capacité Efficacité clinique de l’oxygénothérapie par concentrateur portable à valves à la demande Figure 1. 1033 Synoptique du déroulement du protocole. de déclenchement était ensuite appréciée par le rapport nombre de déclenchements/nombre de cycles ventilatoires. Il était demandé à l’investigateur de vérifier le comportement respiratoire du patient et le cas échéant, d’indiquer sur le carnet de suivi si le patient favorisait spontanément une respiratoire buccale. Réalisation des tests de marche de six minutes Afin d’éviter les biais de familiarisation, nous nous sommes assurés que chaque patient avait déjà réalisé un TDM6 dans les 15 jours précédents son inclusion, à l’occasion de son bilan pneumologique usuel. Si tel n’était pas le cas, les patients réalisaient un premier TDM6 « d’apprentissage » puis revenaient au minimum 24 heures après pour réaliser les TDM6 expérimentaux. Tous les tests ont été réalisés en intérieur, dans des couloirs allant de 30 à 50 m selon les centres investigateurs. Les patients avaient pour consigne de parcourir la plus grande distance possible en six minutes, avec la possibilité de s’arrêter si besoin et de poursuivre le test dès qu’ils s’en sentaient capables. Aucun encouragement n’était donné pendant le test, seul le temps restant était annoncé toutes les minutes. De façon à limiter les biais méthodologiques « expérimentateur dépendants », les TDM6 ont été réalisés pour chaque patient par le même clinicien, formé à cette évaluation et selon les recommandations internationales en vigueur [22]. Les deux tests étaient séparés d’un temps de récupération d’au minimum une heure et nous nous assurions que les patients avaient retrouvé les valeurs de fréquence cardiaque et de dyspnée de repos identiques au premier test. Pour chaque test, nous avons relevé la saturation en O2 et la fréquence cardiaque au repos et toutes les minutes du test au moyen d’un oxymètre de pouls digital, avec possibilité de transférer les données vers un logiciel statistique (Palmsat, Nonin® ). La dyspnée était mesurée par EVA au repos et immédiatement à l’arrêt de l’effort. Les patients étaient encouragés à utiliser le concentrateur portable en bandoulière (à l’épaule), conformément aux recommandations du prestataire. En cas d’impossibilité, le concentrateur était poussé dans un chariot adapté fournit par le prestataire. Le test avec le dispositif d’O2 liquide était réalisé dans les conditions souhaitées par le patient (bandoulière ou chariot), reflétant au mieux ses habitudes quotidiennes. Appréciation subjective des appareils Nous avons demandé aux patients de remplir à l’issue de chaque TDM6 et après la période de récupération, une EVA pour chacun des trois items suivants : la sensation concernant l’arrivée de l’O2 par la lunette nasale (de « pas du tout gênante » à « très gênante »), le bruit de l’appareil (de « pas du tout bruyant » à « très bruyant ») et la portabilité/maniabilité de l’appareil (de « facile » à « très difficile »). Chacune des EVA était « non bornée » et ne comportait aucun chiffre ni annotation pouvant influencer l’appréciation du patient. Les trois EVA étaient chacune pro- 1034 A. Couillard et al. posées sur une feuille indépendante, sans visibilité de l’une sur l’autre ou d’une condition à l’autre. NS 500 Analyses statistiques 400 Distance (m) au TDM6 Les résultats sont exprimés en pourcentages pour les variables qualitatives et en moyenne ± écart-type pour les variables quantitatives. Nous avons utilisé sur le logiciel d’analyses statistiques SPSS le test non paramétrique de Wilcoxon afin de déterminer si une modalité (CPVD ou O2 Liq) avait une influence sur l’une des mesures relevées au repos ou au cours de l’effort. Afin de pouvoir déterminer si l’évolution de la SaO2 au repos et au cours du test de marche était différente entre les conditions, chaque mesure de la SaO2 a été centrée par rapport à la SaO2 au repos. Les tests ont été effectués sur ces mesures centrées. Les différences ont été admises comme significatives au seuil de 5 % (p < 0,05). 300 200 100 0 [O2Liq] [CPVD] Résultats Caractéristiques de la population Au total 19 patients ont été inclus (17 hommes et deux femmes). Selon les critères actuels définis par la Global Initiative on Obstructive Lung Diseases (GOLD), les patients présentaient une BPCO de stade léger (n = 1), modéré (n = 4), sévère (n = 8) ou très sévère (n = 6) avec un VEMS moyen à 39 ± 17 % des valeurs théoriques. Leur âge moyen était de 68 ± 10,3 ans, leur taille et leur poids moyens respectivement de 168 ± 7 cm et 77 ± 27 kg. Leur niveau de dyspnée était variable, allant du niveau 2 (dyspnée à la montée d’un étage) au niveau 5 (dyspnée au moindre effort), avec une valeur moyenne de niveau 3 ± 1,3. Nous avons pu obtenir une gazométrie artérielle de repos sous air ambiant pour neuf patients sur 19. La PaO2 moyenne pour ce groupe était de 56,5 ± 7,5. Parmi eux, six patients présentaient une PaO2 inférieure à 60 mmHg. Le rapport du nombre de déclenchements des valves du concentrateur portable sur le nombre de cycles respiratoires au repos était en moyenne de 0,90 ± 0,16. Seuls quatre patients présentaient un rapport inférieur à 0,80. Les résultats montrent qu’il n’y a aucune relation entre la capacité à déclencher les valves et le niveau d’obstruction bronchique. Analyse comparative des dispositifs d’oxygénothérapie Distance au test de marche de six minutes En moyenne, la distance au TDM6 était de 315 ± 120 m sous concentrateur portable et 325 ± 114 m sous O2 Liq (Fig. 2). Il n’y a pas de différence statistiquement significative entre les deux conditions. De façon plus précise, dix patients sur 19 ont réalisé une meilleure performance avec le CPVD comparativement au poste portable d’O2 liquide. Pour ces patients, les bénéfices moyens étaient de 4,6 ± 4,2 %, seuls deux d’entre eux ont amélioré leur performance de plus de 10 % avec le CPVD. Un patient a fait la même performance dans les deux conditions et huit ont fait une performance moins bonne avec le CPVD comparativement au test sous Figure 2. Distance moyenne ± écart type réalisée au test de marche de six minutes sous oxygène liquide à débit continu (O2 Liq) et sous concentrateur portable à valve à la demande (CPVD), selon un ordre randomisé sur 19 patients. NS : différence non significative. O2 Liq. Pour ces patients, la diminution moyenne de la performance était de 13,5 ± 11,4 %. Parmi eux, quatre ont eu une performance diminuée de plus de 10 % avec le CPVD. L’analyse nous montre qu’il n’y a pas de lien entre la diminution de la performance sous concentrateur portable et la capacité de déclenchement des valves. Dyspnée de repos et d’exercice La dyspnée moyenne de repos, mesurée par EVA, était identique dans les deux conditions : 1,30/10 ± 1,6 sous O2 Liq et 1,32/10 ± 1,3 sous CPVD. La dyspnée induite par le TDM6 (delta de dyspnée entre la fin du test et le repos) était elle aussi identique dans les deux conditions : 4,5/10 ± 2,2 avec O2 Liq et 4,9/10 ± 2,2 avec CPVD. L’analyse statistique montre que l’utilisation de l’un ou l’autre des dispositifs n’a pas d’effet significatif sur la dyspnée de repos ou d’exercice dans cette population. Saturation de repos et d’exercice Sur l’ensemble des patients, la saturation moyenne (SaO2 ) de repos était inférieure avec le CPVD comparativement au dispositif d’O2 liquide ; respectivement 92 ± 3,3 % versus 93,6 ± 3,4 % (p < 0,05). La diminution de la saturation au cours du TDM6 (delta saturation) était identique dans les deux conditions : −8,6 ± 5,3 % avec O2 Liq versus −8,9 ± 5,1 % avec CPVD (Fig. 3). Seuls trois patients ont atteint un niveau de SaO2 inférieure à 90 % au cours du test avec le concentrateur alors que leur SaO2 était resté supérieur à 90 % avec l’O2 liquide. Nous avons analysé les cinétiques de saturation au cours du TDM6 sur 11 patients. En moyenne, le temps avec une saturation en oxygène inférieur à 90 % (T. SaO2 inférieur à 90 %) était de 242 ± 130 s avec O2 Liq et de 289 ± 69 s avec CPVD (p = 0,08). Sept patients ont eu un T. SaO2 inférieur à 90 % plus important sous concentrateur portable versus O2 liquide ; la différence étant en moyenne de 82 ± 90 s avec 100 1035 p=0,08 [CPVD] [O2Liq.] 95 360 90 T. Sao2 <90 % (secondes) Saturation en oxygène (%) Efficacité clinique de l’oxygénothérapie par concentrateur portable à valves à la demande 85 80 Repos 1 2 3 4 5 6 Minutes Figure 3. Évolution de la saturation en oxygène (n = 11) au cours du test de marche de six minutes avec le concentrateur portable à valve à la demande (CPVD) et avec l’oxygène liquide à débit continu (O2 Liq). L’évolution de la SaO2 est identique entre les deux conditions (p > 0,05). un minimum de 20 secondes et un maximum de 266 secondes (Fig. 4). L’analyse ne révèle aucun lien entre cette augmentation relative du T. SaO2 inférieur à 90 % avec CPVD et la capacité de déclenchement des valves, le mode de respiration, le niveau d’obstruction bronchique ou la performance au TDM6. Appréciation subjective des appareils Bruit de l’appareil Le score relatif au bruit des dispositifs est significativement plus élevé avec le concentrateur portable (2,49/10 ± 1,90) comparativement au dispositif d’O2 liquide (0,17/10 ± 0,24) (p < 0,05) (Fig. 5). Dans cette analyse (n = 10), tous les patients ont trouvé que CPVD était plus bruyant que O2 Liq. Parmi eux, cinq ont indiqué une différence inférieure à 2,5/10 entre les deux dispositifs ; les autres ont indiqué une différence plus marquée, allant de 3,2/10 au minimum jusqu’à 5,6/10 au maximum. Gêne à l’arrivée nasale de l’O2 d 300 240 180 120 60 0 [O2Liq] [CPVD] Figure 4. Valeurs moyennes ± écart-type (n = 11) du temps passé avec une saturation en O2 inférieur à 90 % au cours du TDM6, dans les conditions oxygène liquide à débit continu (O2 Liq) ou concentrateur portable à valve à la demande (CPVD) (p = 0,08). Confort lors de l’arrivée de l’oxygène En moyenne, les patients (n = 10) ont trouvé que la sensation lors de l’arrivée de l’O2 était comparable dans les deux conditions : 1,38/10 ± 2,1 avec O2 Liq et 2,06 ± 2,13 avec CPVD (p > 0,05) (Fig. 5). Plus précisément, cinq patients ont trouvé l’arrivée de l’O2 un peu plus gênante avec le concentrateur alors que deux patients l’ont trouvé moins gênante et trois l’ont trouvé identique dans les deux conditions. Lorsqu’il existait une différence entre les deux dispositifs, celle-ci n’excédait pas 2,5/10. Seuls deux patients ont marqué une différence importante : l’un a indiqué une gêne de 7,2/10 avec le concentrateur et 1/10 avec l’O2 liquide alors que l’autre a indiqué une gêne de 0/10 avec le concentrateur et 6/10 avec l’O2 liquide. NS [O2Liq] [CPVD] Intensité du bruit P< 0,05 0 05 Difficulté de maniabilité/portabilité NS cm Faible 0 2 4 6 8 10 Très grande Figure 5. Analyse comparative de l’appréciation subjective des dispositifs. Échelles visuelles analogiques allant de faible (à gauche) à très grande (à droite) relatives à la gêne occasionnée par l’arrivée de l’O2 au niveau du nez ; l’intensité du bruit de l’appareil ressentie par le patient et enfin, la difficulté à manier/porter les dispositifs. NS : différence non significative. 1036 Portabilité/maniabilité des appareils Au total, 17 patients ont pu être évalués sur cet item. La portabilité/maniabilité a été appréciée à 3,8/10 ± 2,82 pour le concentrateur comparativement et 4,7/10 ± 3,5 pour le dispositif d’O2 liquide (p > 0,05) (Fig. 5). Plus précisément, huit patients ont trouvé que CPVD était plus facile à porter/manier que O2 Liq (différence allant de 1/10 au minimum à 7,3/10 au maximum), six l’ont trouvé plus difficile à porter/manier (différence allant de 1/10 au minimum à 6,7/10 au maximum) et trois patients n’ont pas fait de différence entre les deux dispositifs. Discussion Le nombre de concentrateurs portables mis sur le marché français et leur utilisation par les patients BPCO sont en constante augmentation. Or, ces nouveaux dispositifs ne sont soumis jusqu’à présent qu’au marquage CE et très peu de travaux ont objectivé leur efficacité clinique et leur appréciation par les patients, comparativement aux autres dispositifs existants. Les résultats de cette étude de non-infériorité, contrôlée et randomisée, montrent que l’utilisation d’un CPVD peut apporter des bénéfices globalement comparables à ceux d’un système d’oxygénothérapie portable liquide en situation de repos et d’exercice. Le dispositif que nous avons testé améliore l’autonomie des patients de façon comparable à un traitement par portable liquide, peut réduire les coûts de l’oxygénothérapie mais s’avère bruyant et difficilement utilisable dans des milieux clos et silencieux. Nous avons montré que la distance parcourue au test de marche, la dyspnée de repos et la dyspnée induite par l’exercice étaient comparables pour l’ensemble des patients avec le concentrateur portable et le dispositif d’oxygénothérapie liquide. Ces résultats sont en accord avec les travaux de la littérature et confirment que l’utilisation d’un concentrateur portable n’a pas d’effet significatif sur la symptomatologie et la tolérance à l’effort des patients BPCO [16—18]. Ainsi, les patients peuvent maintenir leurs activités de déambulation ou la pratique d’activités physiques sans aggravation de leur dyspnée et tout en utilisant un dispositif moins contraignant (pas de remplissage régulier nécessaire) que les bouteilles d’O2 gazeux ou les réservoirs portables d’O2 liquide. Cette notion est très importante dans la mesure où différents travaux récents ont démontré que le niveau d’activité physique était un facteur prédictif d’évolution de la maladie systémique et de survie dans la BPCO [23—25]. Dans notre étude, l’une des principales questions était de déterminer si le CPVD à la demande était aussi efficace que le dispositif d’O2 liquide pour prévenir ou réduire la désaturation induite par l’exercice chez les patients BPCO au stade de l’IRC. En effet, de nombreuses différences méthodologiques entre les concentrateurs portables à valve à la demande et les dispositifs d’O2 Liq peuvent influencer la qualité de l’oxygénation administrée aux patients et en particulier la fraction inspirée d’O2 [26]. La concentration en O2 se situe entre 87 % et 95,6 % sur toutes les positions avec le concentrateur portable que nous avons testé alors qu’elle est de 100 % dans un dispositif d’O2 liquide ou gazeux. De plus, en présence de valve économiseuse, les concen- A. Couillard et al. trateurs délivrent des volumes fixes d’O2 sous la forme de bolus variables d’un dispositif à l’autre, uniquement lors des phases inspiratoires. Le mode pulsé implique un temps de latence du trigger, variable d’un dispositif à l’autre, et influençant directement le délai de délivrance de l’O2 . Enfin, la qualité de l’oxygénation par les concentrateurs portables est aussi dépendante du pattern respiratoire des patients (fréquence respiratoire, modalité respiratoire buccale ou nasale, compliance et résistance pulmonaires). Face à l’ensemble de ces spécificités techniques, certains auteurs ont suggéré que le concentrateur portable muni de valves à la demande pourrait favoriser les phénomènes de désaturation et d’hypoxémie, même en augmentant les volumes [19]. Malgré ces différences importantes sur les modalités de délivrance de l’O2 entre les deux dispositifs comparés, nous avons montré que la diminution de la SaO2 induite par le test de marche et la cinétique de la SaO2 au cours du test de marche étaient identiques dans les deux conditions. Nos résultats sont en accord avec ceux de la littérature [16—18] ; ils confirment que l’utilisation de ce modèle de concentrateur portable d’O2 apporte une oxygénation comparable à celle du dispositif d’O2 liquide et n’aggrave pas le phénomène de désaturation à l’effort. Toutefois, l’étude que nous avons menée est transversale et réalisée dans des conditions spécifiques d’évaluations. D’autres études seraient nécessaires pour déterminer, sur du long terme, si les concentrateurs portables peuvent assurer une bonne oxygénation lors d’une utilisation à domicile, dans d’autres situations et au cours de différents types d’activités physiques. Il est important de souligner une variabilité importante de réponse entre les individus, notamment sur le temps passé avec une saturation inférieur à 90 % pendant l’effort (T < 90 %) selon les dispositifs. En effet, nous avons montré que pour sept patients sur 11, le T inférieur à 90 % pendant l’effort était plus important avec le concentrateur portable qu’avec le dispositif d’O2 liquide. Cette différence n’est pas anodine puisqu’elle est en moyenne de 82 secondes, soit presque 23 % du temps total d’effort avec une augmentation de T inférieur à 90 % pouvant aller de 20 à 266 secondes selon les patients. Des résultats comparables ont été observés par Segard et al.[9] lorsqu’ils ont analysé la qualité de l’oxygénothérapie à valve à la demande comparativement au dispositif à débit continu. D’après nos analyses, cette augmentation du T inférieur à 90 % ne semble pas liée à la capacité de déclenchement des valves, à une modalité de respiration buccale, au niveau d’obstruction bronchique ou même au débit de prescription. Il reste difficile de déterminer si cette augmentation du T inférieur à 90 % avec le dispositif que nous avons testé est due au principe des valves à la demande ou au principe inhérent au concentrateur. Dans tous les cas, les données de la littérature et surtout la pratique clinique montrent que les résultats pour un patient donné ne peuvent en aucun cas préjuger de ceux pour un autre. L’adaptation et l’efficacité de ce mode d’oxygénothérapie par concentrateur étant variables d’un patient à l’autre, la prescription de cette thérapeutique doit être individualisée et précédée d’une épreuve d’effort sous contrôle oxymétrique. À côté des résultats objectifs, cette étude s’est aussi intéressée à l’appréciation des dispositifs par l’utilisateur, c’est-à-dire le patient. En moyenne, le confort lors de Efficacité clinique de l’oxygénothérapie par concentrateur portable à valves à la demande l’arrivée de l’O2 au niveau du nez a été jugé inférieur à 2,5/10 et identique entre les deux dispositifs. En revanche, les patients ont jugé de façon unanime que le concentrateur portable était plus bruyant que le dispositif classique. Cette gêne restait modérée (en moyenne inférieure à 3/10) pour une utilisation à la déambulation et dans un couloir. Toutefois, comme nous l’ont indiqué certains patients, on peut s’interroger sur une utilisation de ce type de dispositif en milieux clos et fermé tels que les restaurants ou le cinéma. Des efforts technologiques devraient être faits pour optimiser ces paramètres et préserver les activités sociales des patients. Nos résultats concernant la maniabilité/portabilité des dispositifs sont clairement plus hétérogènes. Cela peut être expliqué par la différence dans la façon de porter les appareils. En effet, nous avons souhaité nous rapprocher au mieux de la vie quotidienne et avons laissé aux patients le choix de porter le concentrateur et le dispositif d’O2 liquide à leur convenance et selon leurs habitudes pendant les tests. Nous leur avons seulement indiqué que le fournisseur du concentrateur portable recommandait une utilisation en bandoulière (à l’épaule). Certains patients ont porté le concentrateur en bandoulière alors qu’ils ont poussé le dispositif d’O2 liquide dans un chariot. Dans ce cas, les patients ont évidemment trouvé le concentrateur plus difficile à porter. Malgré la contrainte du chariot (difficulté à monter les escaliers, une seule main de libre etc.), ces patients ont préféré la maniabilité du dispositif d’O2 liquide à celle du concentrateur. Cela nous a permis d’identifier que les patients non habitués à porter leur appareil en bandoulière peuvent être particulièrement gênés par cette modalité. En effet, certains patients ne souhaitent pas poser un poids sur leur épaule, ils l’estiment trop lourd et/ou ont peur que la bandoulière glisse. Cela est notamment le cas chez les patients les plus sévères (particulièrement amyotrophiques) ou ceux présentant des douleurs traumatiques ou inflammatoires au niveau de l’épaule. Pour ces patients, il semble donc important d’offrir la possibilité d’un chariot adapté pour se mobiliser avec le concentrateur. Lorsque les patients ont porté les deux dispositifs en bandoulière, le concentrateur a été jugé clairement plus léger et plus pratique que le dispositif d’O2 liquide (surtout quand il est plein !). La diminution du poids des dispositifs est un véritable avantage qui peut encourager la déambulation des patients et améliorer leur autonomie. Certains patients que nous avons évalués ont spontanément souligné le gain d’autonomie apporté par le concentrateur portable et ont insisté sur l’importance de ne pas avoir à remplir l’appareil régulièrement (les batteries étant facilement rechargeables en pratique quotidienne). Conclusion Cette étude montre que l’efficacité clinique d’un concentrateur portable d’O2 à valve à la demande peut être identique à celle d’un dispositif d’oxygénothérapie liquide. Le modèle de concentrateur portable que nous avons testé n’a pas d’effets significatifs sur la tolérance à l’effort, la dyspnée et l’évolution de la saturation de repos ou d’effort chez les patients BPCO au stade de l’IRC. Bien que relativement bruyants pour une utilisation en milieux clos, les concentrateurs portables apportent un véritable gain d’autonomie 1037 dans la vie quotidienne des patients. Toutefois, l’efficacité et l’appréciation du dispositif étant variables d’un patient à l’autre, chaque prescription doit être personnalisée sur la base d’une épreuve clinique vérifiant l’oxymétrie en continu au réglage déterminé. D’autres études comparatives sont nécessaires pour évaluer les effets à long terme de ces dispositifs ; notamment sur l’observance au traitement, la pratique d’activités physiques et la qualité de vie des patients. Conflit d’intérêt Les auteurs ont déclaré n’avoir aucun conflit d’intérêt potentiel en rapport avec ce manuscrit. Remerciements Les auteurs remercient la SADIR — assistance, Patricia Legallais, Patrick Lassara, Anne Houssière pour leur soutien et leur participation à cette étude. Références [1] Medical Research Council Working Party. Long-term domiciliary oxygen therapy in chronic hypoxic cor pulmonale complicating chronic bronchitis and emphysema. Lancet 1981;i:681—6. [2] Nocturnal Oxygen Therapy Trial Group. 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