etour ückkehr eturn - Forum Voix Étouffées
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etour ückkehr eturn - Forum Voix Étouffées
R etour ückkehr eturn Sur les pas des Voix Étouffées du IIIe Reich Auf den Spuren der von dem III. Reich verfemten Musik The story of a European project, dedicated to the Silenced Voices of the Third Reich Introduction Amaury du Closel Amaury du Closel à l'emplacement où, dans le camp d'Auschwitz I, l'orchestre des détenus jouait aux moments du départ et du retour du travail, comme lors de certaines exécutions. Depuis plus de vingt ans, un nombre croissant d’organisations explore un des aspects les plus méconnus de l’Holocauste, celui de ses conséquences sur la création musicale contemporaine. On connaît les enjeux : le nazisme condamna à l’exil ou assassina, en raison de son appartenance au peuple juif, une partie essentielle des acteurs de la vie musicale germanique. Il exporta ensuite cette politique dans les pays qu’il occupa, détruisant en quasi totalité un héritage musical désertant alors l’Europe où il s’était épanoui depuis des siècles. Cet héritage est resté pour l’essentiel dans l’oubli le plus complet. Sa redécouverte récente et très progressive doit beaucoup aux quelques chercheurs et interprètes qui ont le courage de s’engager en sa faveur, contre l’indifférence et les préjugés. Si le monde, ensemencé par l’exil de ces parias et de leur art, est aujourd’hui l’espace dans lequel s’est redéployé cet héritage, l’Europe ne s’est – quant à elle – toujours pas remise de l’appauvrissement consécutif à ces 3 années de terreur, qu’ont occulté pour la moitié de ses peuples plus de quarante années de communisme. Il était paradoxal que, jusqu’à un passé récent, la réappropriation se soit déroulée à une échelle nationale, essentiellement dans la sphère musicale anglo-saxonne et que la mise sur pied, sinon d’une organisation paneuropéenne, au moins d’une coordination de tous les acteurs de cette formidable entreprise d’aggiornamento musical et culturel, se soit produite avec une certaine lenteur. Parmi les facteurs expliquant cette situation, on peut citer le relatif isolement des uns et des autres, leur spécialisation respective – les chercheurs cherchent, les musiciens jouent, les uns et les autres se parlent peu, aucune politique publique ne souhaitait intervenir dans ce domaine – et, de façon plus endémique, l’insuffisance de leurs capacités d’intervention. En mai 2006, la Plate-forme Culture Europe Centrale, suscitée sous l’égide du gouvernement autrichien qui assurait alors la présidence de l’Union Européenne, accueillait en son sein une conférence internationale décisive en la matière, intitulée « Face the Music/Musik. Verfolgung. Freiheit1». 1. « Musique. Persécution. Liberté ». 4 Organisée par l’Orpheus Trust de Vienne et sa fondatrice, le Dr Primavera Driessen-Gruber, cette conférence porta sur les fonts baptismaux la Plate-forme européenne pour la musique persécutée par le nazisme, ayant pour but la diffusion de la musique de ces compositeurs. Cette réunion tenue à Vienne fit apparaître à quel point une forme, même embryonnaire, de coordination était indispensable, en premier lieu parce que le terrain de recherche s’était, par rapport aux débuts de l’aventure, considérablement élargi. A l’issue de ce colloque il apparut clairement que l’étude des conséquences de la Shoah sur l’histoire musicale de notre continent ne pouvait plus se limiter à l’Europe occidentale d’avant 1989, image qui, grosso modo, prévalait encore dix-sept ans après la chute du Mur de Berlin. La conférence internationale tenue à Vienne révéla aussi que les nations d’Europe centrale et orientale nouvellement entrées dans l’Union Européenne étaient elles-mêmes très peu informées de ces questions, plus occupées qu’elles étaient à régler leur comptes avec leur passé récent qu’avec la précédente dictature. Deux ans après, trois des organisations fondatrices de ladite plate-forme, le Forum Voix Étouffées de Paris, le Concours international Verfemte Musik de Schwerin, et 5 l’organisation viennoise exil.arte, décidaient d’unir leurs efforts pour une première collaboration, proposant une imposante série de manifestations, non seulement dans leurs pays respectifs, mais également dans trois nations d’Europe Centrale : la Pologne, la Roumanie et la République tchèque. Ce projet a reçu une subvention de l’Union Européenne dans le cadre de l’Action 4 « L’Europe pour les Citoyens » intégrée à son programme culturel. Ce petit ouvrage, dont la diversité linguistique a été voulue pour souligner son contexte européen, se veut un reflet des multiples expériences vécues par les protagonistes de cette aventure. Il témoigne de l’engagement quasi militant des artistes et des chercheurs qui y ont participé. Il ouvre de nouvelles pistes de collaboration intra-européenne, montrant à quel point l’idée des Pères fondateurs de l’Union Européenne n’est pas restée un vain mot. L’Europe est notre territoire, elle s’est faite sur les cendres des œuvres qui ont jalonné notre parcours. www.sumusnet.eu Zusammenfassung Seit ca. zwei Jahrzehnten ist das Thema der verfemten Musik eine europaweite Frage geworden. Mit den Traumen, daß wegen des Nationalsozialismus, des 2. Weltkrieges und vier Jahrzehnten kommunistischer Herrschaft dieser Kontinent in seinem östlichen Teil erlebt hat, ist dieses Subjekt eine Selbstverständlichkeit geworden. Deswegen war es emblematisch, eine paneuropäische Organisation zu gründen, deren Aufgabe ist, ein aggiornamento im kulturellem und musikalischem Bereich zu verwirklichen. Der Autor des beiliegenden Beitrags informiert den Leser über die Folgen der internationalen Konferenz Face the Music/Musik.Verfolgung. Freiheit, die 2006 in Wien stattfand: Gründungen einer internationalen Plattform zum Gedenken der von dem NS-Staat verfolgten Komponisten und Interpreten und eines europäischen Gremiums, dessen Ziel ist, verschiedene Veranstaltungen in diesem Gebiet zu organisieren. 2008 brachten das französische Forum Voix Etouffées, exil.arte Wien und der Schweriner Verfemte Musik-Wettbewerb ein von der Europäischen Gemeinschaft subventioniertes, reichhaltiges Programm in Gang. Dieses Büchlein erzählt dieses Epos, an dem Länder wie Polen, Rumänien und die Tschechische Republik sich seitdem angeschlossen haben. Abstract In this preface, Amaury du Closel gives a historical background for one of the lesser studied subjects in the field of Holocaust 6 7 Remembrance today – that of the consequences of discriminatory Nazi politics on classical music. A consequent part of the Germanic music world was assassinated or forced into exile due to their Jewish origins. When these discriminative measures were exported to occupied territories during World War II, the result was large-scale devastation of the European musical heritage. Today, this heritage still has not been restored and issues surrounding this aspect of the Holocaust are rarely raised in the public sphere. Amaury du Closel argues that this is due to the relative isolation of key figures in the music field: “the researchers carry out research and the musicians play”. In 2006, the pressing need to address this aspect of the Holocaust pushed several European partners to unite and create a platform for music persecuted by the Nazis. Retracing the history of this partnership, Amaury du Closel presents their first collaborative project, carried out by three main actors of the platform. This platform became a vessel that carried the message across the European continent from Paris, France to Bucarest, Romania in the form of concerts, workshops, lectures and roundtables open to the general public from October 2008 to June 2009. Chronologie Schwerin (Allemagne) / Fridericianum Concert-conférence (Philippe Olivier) de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 30 septembre 2008 Vienne (Autriche) / Jüdisches Museum Concert des lauréats du Concours Verfemte Musik 2008 de Schwerin 7 octobre 2008 Prague (République tchèque) / Goethe-Institut Concert des lauréats du Concours Verfemte Musik 2008 de Schwerin 8 octobre 2008 Görlitz (Allemagne) / Musiktheater Oberlausitz Exposition Izzy Fuhrmann, réalisée par des lycéens de Schwerin du 1er au 12 octobre 2008 Görlitz (Allemagne) / Musiktheater Oberlausitz Concert des lauréats du Concours Verfemte Musik 2008 de Schwerin 9 octobre 2008 9 Berlin (Allemagne) / Landesvertretung MecklenburgVorpommern Concert des lauréats du Concours Verfemte Musik 2008 de Schwerin 10 octobre 2008 Magdeburg (Allemagne) / Staatskanzlei SachsenAnhalt Conférence de presse franco-allemande sous la présidence du Dr. Rainer Robra, Premier ministre de l’Etat de Saxe-Anhalt et en présence de M. Christophe de Winter, représentant de l’Ambassade de France en Allemagne 16 octobre 2008 Paris (France) / Centre Culturel Tchèque Table ronde et concert de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 16 octobre 2008 Köthen (Allemagne) / Johann-Sebastian-Bach-Saal Concert-conférence (Philippe Olivier) de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 23 octobre 2008 10 Magdeburg (Allemagne) / Gesellschaftshaus Concert-conférence (Philippe Olivier) de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 24 octobre 2008 Halberstadt (Allemagne) / Rathaussaal Concert-conférence (Philippe Olivier) de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 25 octobre 2008 Rostock (Allemagne) /Hochschule für Musik und Theater Atelier de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 26 octobre 2008 Rostock (Allemagne) / Hochschule für Musik und Theater Conférence de Philippe Olivier suivie d’un concert de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 27 octobre 2008 Pirmasens (Allemagne) / Stadthalle Concert-conférence (Philippe Olivier) de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du 11 Closel, à l’occasion de la commémoration de la Reichskristallnacht 9 novembre 2008 Orléans (France) / Lycée Pottier Conférence d’Amaury du Closel 14 novembre 2008 Neuville-aux-Bois (France) / Collège Léon Delagrange Conférence d’Amaury du Closel 14 novembre 2008 Bucarest (Roumanie) / Institut Français Conférence d’Amaury du Closel 26 janvier 2009 Auschwitz (Pologne) / Ecole de musique Karol Szymanowski Répétition publique et master-class de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 24 avril 2009 Auschwitz (Pologne) / Panstwowe Muzeum Conférence de Philippe Olivier 25 avril 2009 Auschwitz (Pologne) / Ecole de musique Karol Szymanowski Concert-conférence (Amaury du Closel) de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 25 avril 2009 Bucarest (Roumanie) / Athénée Roumain Concert de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 31 janvier 2009 Prague (République tchèque) / Crossroads Center (Fondation Vaclav Havel) Concert-conférence (Philippe Olivier) de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 4 mai 2009 Vendôme (France) / Greniers de l’Abbaye Concert des Lauréats du Concours Verfemte Musik 2008 de Schwerin 8 février 2009 Vienne (Autriche) / Jüdisches Museum Concert-conférence (Philippe Olivier) de l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel 5 mai 2009 12 13 Brno (République tchèque) / Besední dùm Concert du Berg Orchestra sous la direction de Peter Vrabl, précédé d’une introduction du Dr. Gerold W. Gruber 25 juin 2009 Liste des organisations partenaires ORGANISATION COORDINATRICE Zentrum für verfemte Musik Hochschule für Musik und Theater Beim St.-Katharinenstift 8 / D-18055 Rostock Contact : Volker Ahmels Tél. : +49 385 – 59 12 742 FORUM VOIX ETOUFFEES 125, rue de Turenne 75003 Paris / France Contact : Amaury du Closel Tél. : +33 (0)6 28 51 57 74 [email protected] www.voixetouffees.org Österreichisches Kulturforum in Berlin Österreichische Botschaft Stauffenbergstraße 1 / 10785 Berlin Tél. : +49 30 – 202 87 114 Contact : Madame Gazinsky [email protected] www.kulturforumberlin.at PARTENAIRES ALLEMAGNE Musiktheater Görlitz Oberlausitz Niederschlesien Demianiplatz 2 / 02826 Görlitz Contacts: Dr. Michael Wieler Agnieszka Mazur Tél. : +49 35 81 – 47 47 0 [email protected] www.theater-goerlitz.de Concours international Verfemte Musik de Schwerin / Jeunesses musicales MecklenburgVorpommern c/o Konservatorium Puschkinstr. 6 / 19055 Schwerin Contact : Volker Ahmels Tél. : +49 385 – 57 12 836 [email protected] www.jeunessesmusicales-mv.de Musikschule Johann-Sebastian Bach Schloßplatz 4 / 06366 Köthen (Anhalt) 15 AUTRICHE Stadtverwaltung Köthen Marktstraße 1-3 / 06366 Köthen (Anhalt) exil.arte Universität für Musik und darstellende Kunst Lothringerstraße 18 / 1030 Wien Contact : Prof. Dr. Gerold W. Gruber Tél. : + 43 1 71155 3533 [email protected] www.exilarte.at Stadtverwaltung Halberstadt Postfach 1537 / 38805 Halberstadt Moses Mendelssohn Akademie Rosenwinkel 18 / 38820 Halberstadt Contact: Mme Jutta Dick Tél. : +49 3941 – 606710 Jüdisches Museum der Stadt Wien Dorotheegasse 11 / A-1010 Wien Contact : Karl Weinberger, Michael Haas Tél. : +43 (1) 535 04 31 [email protected] www.jmw.at Stadtverwaltung Pirmasens Exerzierplatzstr. 17 / 66933 Pirmasens Contact : Madame Sonja Maess Tél : +49 6331 – 842353 Fridericianum Gymnasium Goethestraße 74 / 19053 Schwerin Czech Centre Herrengrasse 17 / 1010 Wien Contact : Dr. Tatjana Langásková Tél.: +43 1 5352360-13 [email protected] www.tschechischeszentrum.at Goethe Gymnasium Johannes-R.-Becher-Str. 10 / 19059 Schwerin Freie Waldorfschule Schwerin Schloßgartenallee 57 / 19061 Schwerin 16 FRANCE Lycée Pottier 2 bis, rue Marcel Proust 45044 Orléans Cedex 1 Centre Tchèque 18, rue Bonaparte / 75006 Paris Contact : Martin J. Bonhard Tél. : +33 (0)1 53 73 00 22 www.czechcentres.cz Collège Léon Delagrange 10, rue de Ruau / 45170 Neuville-aux-Bois POLOGNE Centre d'Etude et de Recherche sur les camps d'Internement du Loiret (CERCIL ) 2, cloître Saint Pierre le Puellier 45000 Orléans Contact : Nathalie Grenon Tél. : +33(0) 2 38 42 03 91 [email protected] / www.cercil.fr Museum Auschwitz-Birkenau ul. Wiezniow Oswiecimia 20 32-603 Oswiecim Contact : Pawel Sawicki www.auschwitz.org.pl Oswiecim School of Music (Karol Szymanowski) 32-603 Oswiecim L'Académie Lyrique 9, route de Buissay / 41100 Aze Contact : Eugenia Gusev Tél. : + 33 (0)6 28 51 57 74 [email protected] www.academielyrique.org REPUBLIQUE TCHÈQUE Crossroads Dagmar and Václav Havel Foundation VIZE 97 Zlatá ulice (vstup z ulice Liliové) 110 00 Praha 1 www.vize.cz Les Amis de la musique en Vendômois 40, rue de l'Ecole / 41100 Areines [email protected] 17 ROUMANIE Enescu Philharmony Str. Franklin nr. 1-3 / Sector 1 Bucuresti EST-Samuel Tastet Editeur Splaiul Unirii 45 / Bl. M15, Sc. C, E. 4, Ap. 83 030126 Bucuresti Contact : Samuel Tastet [email protected] www.est-editura.ro National Institute of Research on the Holocaust in Romania Elie Wiesel Strada Vigilentei nr. 3 / Sector 5 Bucuresti Tél. : +40-21-318 09 39 [email protected] PARTENAIRES INSTITUTIONNELS Ambassade de France / Berlin Landeszentrale für politische Bildung Jägerweg 2 / 19053 Schwerin Délégation française auprès du Land de Saxe-Anhalt / Magdeburg Contact : Christophe de Winter Tél.: +49 391 – 567 6549 www.sachsen-anhalt.de Ambassade de France / Bucarest Str. Amzei nr. 13-15 / Sector 1 Bucuresti Région Centre 9, rue St Pierre Lentin 45041 Orléans Cedex 1 www.regioncentre.fr The development of a european awareness Eugenia Gusev The Project Silenced Voices of the Third Reich united 26 partner organizations from six European countries, brought together performers, a rare musical repertoire and experts in order to pro-actively approach Holocaust remembrance in Europe through music. The activities of the project concentrated on commemorating and raising awareness about composers and music that fell victim to the Nazi regime, in order to educate the public about the cultural consequences of the Holocaust. The activities carried out by the project consisted of the following actions and events: information campaigns and press conferences, concerts, lectures, colloquiums and round tables, public rehearsals, workshops with beginner and Master level music students, and workshops with teachers and students in general curriculum schools. The events were concentrated over nineteen days in total, with additional days for press conferences and pedagogical activities. The events took place in Poland, Romania, France, Germany, Austria and the Czech Republic, with 19 each local partner organization hosting and organizing the visiting partner’s event on their territory. The impacts of this project are both short and long term due to the sheer amount and diversity of actions carried out by project partners. Media coverage of the events widens the multiplier effect on the targeted public. Silenced Voices of the Third Reich not only accomplished its set goals, it created new partnerships, and touched several generations across Europe, surpassing cultural and religious differences. Furthermore, this project was possible due to the active participation of old and new European member countries with desire and need to actively remember the Holocaust and to work towards a lasting peace in a democratic Europe. The goals of the Project’s Silenced Voices of the Third Reich1 as stated in the EACEA Grant for Active European Remembrance application for 2008-2009 were the following: To rehabilitate the music and the memory of composers who were persecuted by the Nazis through performing their music and presenting the historical context, that lead to their disappearance or persecution, to the general public. To reinstate these works in teaching repertoires of Musical Academies and Music Schools as well as in repertoires performed today in the classical music scene. To adopt the subject of persecuted composers and their music as an active teaching tool on the subject of the Holocaust and the effect of destructive Nazi cultural politics on European society on the whole. To target youth in general – specifically young students in various levels of their musical training and young students enrolled in regular schools – as well as their teachers. 1. “Voix Étouffées du IIIème Reich” is translated into English as “Silenced Voices of the Third Reich” in this document. Consequently, the organization baring the same name, and the music Ensemble will be referred to as the Forum for Silenced Voices, and the Silenced Voices Ensemble respectively for the French equivalent of Forum Voix Étouffées, Ensemble Voix Étouffées. To commemorate historically relevant dates and places linked to the events leading up to and including the Holocaust (like the Auschwitz-Birkenau Camp in Poland, the Synagogue of Halberstadt, Germany or the camps of Pithiviers and Beaune-la-Rolande in France, where Simon Laks and Alfred Tokayer, composers who 20 21 were deported respectively to Auschwitz and Sobibor, were interned. (Their music was performed within the Silenced Voices Project). Several significant dates were also chosen for the events of the project. For example, the concert in Bucharest given by the Silenced Voices Ensemble at the Romanian Atheneum was held within the framework of the ceremonies surrounding the Auschwitz Commemoration Day. The concert that was held at the Czech Cultural Center in Paris inaugurated the European day of commemoration of musicians who were victims of Nazism. The concert in Pirmasens, Germany, was held on the day of the 70th anniversary of the Night of Broken Glass. Finally, the concert in Auschwitz was held in the framework of the ceremonies surrounding the March of the Living commemorating the Holocaust, only four days after the highly dubious statements of Iranian President Ahmadinejad about the Holocaust. To reach several generations at the same time through lectures, round table discussions, conferences and concerts where musicians, musicologists like Prof. Philippe Olivier and survivors or descendents of victims of the Holocaust would be able to interact and learn from each other’s experience and knowledge. 22 The project was conceived and carried out by three main project partners who themselves specialize in the performing arts: The Forum for Silenced Voices (FSV) France; ExilArte (Austria); Schwerin Verfemte Musik Competition (Germany) who shared their partnerships across Europe to create a circuit of cooperation that made this project possible. Recently, the project was drawing to a close and the last event was held on June 25th in Brno, Czech Republic by ExilArte from Austria. The goals of the project have been met, and even surpassed due to the work of the partner organizations and due to the effective media campaign lead in preparation for events. From the mere quantitative point of view, the events organized during this tour attracted a much wider audience than expected, especially with respect to youth. A population of about 350 students was originally expected to take part in the various pedagogical activities planned around the concerts. Over 1 000 were in reality involved at some point in this framework. The general public attending the concerts is estimated at 5 000 people. The impact of the project in the media, and its connection with other events such as the commemoration of Reichskristallnacht (Night of Broken glass) or the Holocaust Memorial Day amplified quite extensively the number of people who were reached by Silenced Voices. 23 Originally estimated at 10 000 people, we assume that this figure can easily be doubled. The media coverage and information campaign in the six languages of the participating countries testify to the success and originality of the partnership that brought this project to life. In addition to the articles dedicated to the actual events, a preliminary media campaign brought to light the subject of persecuted composers and attracted as wide of a public as possible. This preliminary campaign reached its full efficiency when the project could cross-fertilize with other events of local, national or international importance related to the remembrance of the Holocaust. The press conference that was held in the State Chancellery of the Land of Sachsen-Anhalt in Germany in the presence of the Land’s Premier, Dr. Rainer Robra, and the Mayors of the partner cities of Silenced Voices – Magdeburg, Köthen and Halberstadt – on the 16th of October 2008, occurred several days after a neo-Nazi aggression had shocked the city of Köthen. In his welcome speech of the concert in Köthen, the City Mayor stressed the importance of the presence of the Forum for Silenced Voices. Once more, the concert was seen as a symbolic and relevant way to reaffirm the importance of Holocaust remembrance for the local authorities, and for the local population who lived through this trauma. 24 The concerts by the prize winners of the Verfemte Music Competition had a specific importance when put in relation to the fact that the last regional election has brought Neo-Nazis to the regional parliament of Mecklenburg-Vorpommern. The collaboration of the Verfemte Music Festival of Schwerin and the Rostock Zentrum für Verfemte Musik, two of the major partners of our Silenced Voices Project lead to a powerful impact of the concerts and additional activities in the media and the general public. Equally important, was the ceremony and concert in Pirmasens, Germany on the 9th of November 2008, which was held on the day of the city’s commemoration ceremony for the Night of Broken glass. The ceremony included the participation of local youth, who read aloud the names of those deported during the Second World War from Pirmasens to concentration camps. In Bucharest, Romania, where the subject of antiSemitism still remains very sensitive, it was the first time that a concert dedicated to the Holocaust was organized in the framework of Holocaust Memorial Day, and on the very topic of composers who fell victim to Nazism. It attracted a huge interest among a public consisting of, 25 among others, several ambassadors (France, Malta, Greece) and high ranking diplomats (Israel, Germany, France), famous professional musicians, the Chairman of the Bucharest Jewish community, a survivor of the Holocaust. In Auschwitz, the concert helped to bridge the gap between the camp and the city, the inhabitants of which carry the everlasting burden of living in such difficult surroundings. Instead of organizing the concert in the camp itself, it was considered a better option to hold it in the concert hall of the local Karol Szymanowski Music School in order to create, for the first time ever, a link between the museum and the school. Consequently, and because of the workshop organized by the Ensemble Voix Etouffées for the students, the concert attendance totally surpassed expectations. de la Musique, Vendôme in locations like the Jewish Museum in Vienna or the Greniers de l’Abbaye in Vendôme. These concerts required a high level of organization and shared responsibility between the host organization, and the visiting organization. The young musicians selected from an international pool of participants during the Schwerin Contest had a chance to show their talent and to improve their performance skills. This was also an opportunity to get professional exposure and to specialize in the repertoires that are to this day rare if not impossible to find in the classical music scene. Our prime targets were first, young musicians. Verfemte Musik Contest winners were selected by the Competition of Verfemte Musik of Schwerin, Germany, according to their skill and mastery of works by persecuted composers. They were then welcomed to perform in numerous locations which were part of this European tour. Hosted by the Music Academy of Rostock and Jeunesses Musicales Mecklenburg-Vorpommern, Les Amis Another activity aimed at young musicians were workshop sessions coupled with concerts by professional musicians in the Silenced Voices Ensemble. The young musicians had the opportunity to receive personalized help from professional musicians of the Silenced Voices Ensemble as well as to learn more about the persecuted composers. The students then shared the stage with the Ensemble, by performing a few musical pieces themselves in front of an audience. Each one of these concerts was often preceded by a public rehearsal for the musicians of the professional ensemble. The concert was followed by either a presentation by an expert on the 26 27 subject, with musical excerpts played for the audience, or roundtable. The roundtable discussions were managed by Amaury du Closel and Prof. Philippe Olivier, featuring Irène Tokayer (daughter of late composer Alfred Tokayer) and André Laks, (son of late composer Simon Laks) whose works were performed during the concerts. The second category of targeted public is youth in general – who in the future will constitute the audience in concert halls, or as specialists on the subject. Several events were aimed at youth in general and took on the form of concerts coupled with pedagogical work in schools on Holocaust remembrance. In this respect, the partner organization Verfemte Music Competition put together an exhibit, dedicated to the persecuted Jewish composer Izzy Fuhrmann in Görlitz with students from various high schools from Schwerin, in addition to the concert on October 9th, 2008 given by the prize-winners. Pedagogical lectures were given in France or in Poland. In France, these lectures took place in schools in Orléans and Neuville-aux-Bois, close to the concentration camps of Pithiviers and Beaune-la-Rolande, from where French and foreign Jews were deported to the extermination camps of Auschwitz and Sobibor. Music here has become a real tool for teaching the Holocaust. In Auschwitz, the Camp Museum asked the Forum for Silenced Voices to 28 organize a lecture on the topic of Music in Internment, Concentration and Extermination Camps held by Prof. Philippe Olivier for local teachers, Museum guides and junior academics. One of the results of the Silenced Voices Ensemble activity in Auschwitz, and the dialogue with the Auschwitz Museum authorities, is the conclusion that the disappearance of the last survivors of the Holocaust requires finding new ways of teaching the Holocaust. Music – and especially the music of composers who suffered under the Nazi regime – is a solution. The Silenced Voices Project was in this respect quite grateful to several period witnesses like Mrs. Helena Niwinska, survivor of the Auschwitz women’s orchestra, Irène Tokayer, daughter of composer Alfred Tokayer, André Laks, son of composer Simon Laks, Walter Arlen, exiled composer, for their help in transmitting their memories and experience of the Holocaust to the younger generations. The resulting product from this Music tour, combining materials of the documentary film and Press articles, is the present publication in several languages. In addition to this book, the documentary filmed by Frédéric 29 Cristea will be released on DVD and made available to all involved institutions, political leaders and educational institutions wishing to use this material for educational purposes. Finally, a shared website has been created and will be used as a communication and education tool by the entire network of partners : http://www.sumusnet.eu/. the Music school for next year’s concert (Spring 2010). In addition to this, the Auschwitz National Museum and the Forum for Silenced Voices are working towards the creation of new pedagogical materials and a website using rare archival documents : music scores, drawings by prisoners of the camp etc. The quality of the project has attracted attention of new partners, particularly in Eastern Europe. A new project for 2009-2010 has already been planned. Specifically, new events have been planed in Poland (Warsaw, Jewish Historic Institute) and in Lithuania (Vilna, Pax et Bonum Interfaith Festival). Future concert dates and conferences have already been set up for preliminary dates in both cities for our next planned project in 2009-2010 with the Forum’s partner organization, Académie Lyrique based in Vendôme, France. The future project is based on current partnerships that have been solidified even further due to the already existing network of the Suppressed Music Platform. For many members of the public in Eastern Europe, the Holocaust remains a taboo subject, since current politics and education concentrate on moving beyond their Soviet past. Music served as a universal language, to illustrate the consequences of Nazi cultural politics and to open the floor for reflection about human rights and peace. The interactive form of this project invited the public to reflect on their country’s identity in today’s Europe, by bridging them to a common past. This project actively inspired those who participated in the events. The Karol Szymanowski Music school and the Auschwitz National Museum have renewed their partnership with the Forum for Silenced Voices in 2009-2010. Specifically, children’s music by persecuted composers is to be integrated into the curriculum of the students of If Europeans have something in common in the History of the 20th century, it is certainly the Nazi terror and the Holocaust, the memory of which is currently and regularly questioned. In order to keep this memory alive, this project intended to address Nazism and its cultural consequences through music. The message of this project was and remains double: to make people listen to some of the marvellous works that have totally 30 31 disappeared from our common culture because of the Holocaust; to help European citizens understand that our current European culture would be so much richer, if we could bring these works of art back to life. All the concerts that were held during Silenced Voices tour were extraordinary due to the numerous informative events that surrounded them: lectures, workshops, period witnesses, exhibitions. Reviving these forgotten works by performing them and explaining the fate of their composers is a very practical way for the public to almost physically and spiritually “touch” the reality of the Holocaust when it realizes the richness of what has been destroyed. Another factor which was instrumental in the success of this tour is that the organizing structures were of mixed origins: some dealing only with music, others with education, some with museums or archives of the camps. Most of them had never previously never worked together. The intense networking that has been developed in the past eight months – without mentioning the months of preparation of the project – demonstrated an immense goodwill from all participants. This close cooperation helped each of them identify the needs of their counterpart, and to develop new ideas in order to help answering them. It is that clear for all the participants, that music is a great medium to teach the Holocaust. Crossfertilization has been here of an invaluable efficiency, and all the participant organizations are willing to continue the project in the future: the best sign of success. These exchanges developed close relationships between the participant individuals and organizations, and the media coverage contributed to extensively widespread our message. All these elements concur to show the impact of this project on the development of an European cultural awareness among all the participants. This revival helps the European society to have a more concrete perception of its common values through art, and in our case, through music. These events demonstrated also the reality of Europe, for example when the public of the small town of Köthen ascertained that the music of one of its sons – Alfred Tokayer – had been brought back home for the first time since 1933 by a French ensemble. The incredible success of the concert in Bucharest which attracted a vast number of great Romanian musicians, who had never previously heard the works performed in the program, shows the importance of making the Silenced Voices Project a permanent player of the European music scene. The project Silenced Voices of the Third Reich was successful because it surpassed its initial goals but also because it will leave a lasting effect on those who were 32 33 involved. Open to the general public, this project was international as well as interfaith and has created sustainable partnerships in Western and Eastern Europe. Résumé Cristal. Ayant attiré environ dix mille auditeurs, un tel périple a contribué à l’actuel développement de la conscience européenne. Zusammenfassung Ce texte traite du projet original conduit, au cours de la saison 20082009, par le Forum Voix Etouffées en collaboration avec divers partenaires de six pays européens en vue de la réhabilitation nécessaire des compositeurs victimes du national-socialisme. Parmi ceux-ci figurent, entre autres, Hanns Eisler, Simon Laks, Alfred Tokayer, Ernst Toch, Erwin Schulhoff et Alexander Zemlinsky. Lors d’une tournée, soutenue par l’Union Européenne, l’Ensemble Voix Etouffées dirigé par Amaury du Closel ne s’est pas contenté de se produire en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en République tchèque et en Roumanie ainsi qu’en France. Il a suscité des rencontres avec les descendants de ces compositeurs discriminés entre 1933 et 1945, comme avec des témoins de cette époque sombre, lors de manifestations organisées – notamment – en milieu scolaire. Le moment le plus significatif de ce parcours, s’étant déroulé entre la fin septembre 2008 et le début mai 2009, a été la venue de l’Ensemble Voix Etouffées à l’Ecole de musique Karol Szymanowski d’Oswiecim (Auschwitz). Partenaire de exil.arte Vienna et du concours Verfemte Musik de Schwerin, le Forum Voix Etouffées a également envoyé son Ensemble, dans le cadre d’un jumelage avec la Région Centre, dans le Land de Saxe-Anhalt. Il s’est fait entendre à Pirmasens, le 9 novembre 2008, lors de la commémoration solennelle de la Nuit de Während der Saison 2008-2009 hat das Forum Voix Étouffées , in Partnerschaft mit sechs EU-Ländern, ein besonderes Programm zur Rehabilitation der von dem Nationalsozialismus verfemten und vertriebenen Komponisten organisiert. So wurden Werke von Hanns Eisler, Simon Laks, Alfred Tokayer, Ernst Toch, Erwin Schulhoff und Alexander Zemlinsky vom Ensemble Voix Étouffées unter der Leitung von Amaury du Closel in der Bundesrepublik Deutschland, in Österreich, in Polen, in der Tschechischen Republik, in Rumänien und in Frankreich aufgeführt. Im Laufe dieser Tournee haben auch Treffen mit den Nachkommen von zwei diesen Komponisten und mit Zeitzeugen in Schulen und Gymnasien stattgefunden. Obwohl diese Konzertreise sich vom Ende September 2008 bis Anfang Mai 2009 ausgedehnt hat, bildete sein symbolischer Höhepunkt das Gastspiel des Ensemble Voix Etouffées an der Karol-Szymanowski-Musikschule von Oswiecim (Auschwitz). Als Partner von exil.arte Vienna und vom Schweriner Verfemte Musik-Wettbewerb, konzertierte auch diese Konzertvereinigung in Sachsen-Anhalt. Am 9. November 2008 gestaltete sie in Pirmasens die musikalische Komponente eines Gedenktages zur Reichskristallnacht vom 9. November 1938, einem schrecklichen Ereignis der deutschen Geschichte des 20. Jahrhunderts. Ca. 10.000 Zuhörer haben dieser internationalen Konzertreise beigewohnt. Deswegen ist sie ein bedeutendes Sinnbild des heutigen europäischen Gewissens. 34 35 Hanns Eisler, Simon Laks, Erwin Schulhoff, Ernst Toch, Alfred Tokayer und Alexander Zemlinsky Sechs Komponisten auf dem Programm einer europäischen Konzertreise Gerold W. Gruber und Philippe Olivier Amaury du Closel montre l'itinéraire des compositeurs Simon Laks et Alfred Tokayer lors de leur déportation vers Auschwitz et Sobibor. Die NS-Diktatur überlebte Hanns Eisler (1898-1962), weil er 1938 nach den Vereinigten Staaten emigrierte. Ein authentischer « Zappelphilipp »war der streng kommunistisch orientierte Komponist, der in Wien bei Arnold Schönberg studiert hatte und der ein erfahrener Spezialist der politischen Agitation in Fabriken und im Arbeitermilieu war. Deswegen wurden seine Kampflieder – u. a. Der rote Wedding – und seine Bühnenmusiken für Bertolt Brecht welweit berühmt. Eisler: der Bürgerschrek, der auch die bittere Erfahrung des Exils während sieben Jahren erlebte. Zu dieser Problematik hatte sich Erika Mann, die leidenschaftliche Tochter Thomas Manns, schon 1928 geäußert : « Alles ist ja [in Amerika] so kompliziert: Die Deutschen treffen sich, die 36 37 Ungarn kommen zusammen, [...] die Italiener haben ihre Gesellschaften ». Simon Laks (1901-1983) wurde während des 2. Weltkrieges im französischen Internierungslager Beaune-la-Rolande inhaftiert. Der Komponist jüdischpolnischer Herkunft wurde danach nach Auschwitz transportiert, wo er ab 1943 als KZ-Orchesterdirektor wirkte und den Holocaust überlebte. Sein Leben und seine Aktivitäten in Auschwitz sind dank einem Bericht, den er nach seiner Ankunft in Paris 1945 niederschrieb, sehr gut dokumentiert. Heutzutage kann man sich nur schwer vorstellen, wie man Musik unter solchen Bedingungen schaffen konnte. In seinen 1948 in Frankreich veröffentlichten Erinnerungen an Auschwitz, spricht Laks von « Musik aus einer anderen Welt » und argumentiert gegen alle Idealisierung der Rolle von Musik im KZ. So lehnt er den Mythos ab, daß Musik als Medizin für die kranken Seelen von KZ-Häftlingen fungierte. Klavier. Obwohl Jazz bei ihm eine stetige Leidenschaft war – in seiner 2. Sinfonie findet man ein Scherzo à la jazz – wurde damals diese Musikgattung von den frühen Anhängern der NSDAP angegriffen, sowie im Freistaat Anhalt verpönt. Ab 1933 fand man in allen deutschen Tanzcafés den Schild „Swing tanzen verboten!“. In diesen Etüden zeigt Schulhoff ein breites ausländisches Formenspektrum: Tango, Charleston, Blues und Shimmy. Eine Art von Widerstand und Zivilcourage gegen den damaligen spießbürgerlichen und engstirnigen « Geschmack » von manchen Deutschen, die eine internationale Weltanschauung verachteten. Der Tscheche Erwin Schulhoff (1894-1942), der 1935 bis 1939 Pianist beim Ostravaer Rundfunks war und der in der bayerischen Festung von Wülzburg an Tuberkulose starb, war ein überzeugter Marxist. 1926 schrieb Schulhoff u. a. fünf virtuose Jazz-Etüden für Zu den vom NS-Regime verfolgten Kulturschaffenden und Interpreten gehörte auch Ernst Toch (18871964). Zwischen 1933 und 1945 wurden die Aufführungen, Einspielungen und Rundfunkausstrahlungen seiner Werken verboten. 1933 war Ernst Toch 46 Jahre alt. Zur Zeit der Weimarer Republik war er sehr bekannt: Aufführungen bei den Donaueschinger Musiktagen, Auftragswerke für den Frankfurter Rundfunk, Zusammenarbeit mit Paul Hindemith sind nur einige Stationen seines Lebens, die von Heiko Schneider in seinem Buch Wahrhaftigkeit und Fortschritt: Ernst Toch in Deutschland 1919-1933 (Schott Verlag) dokumentiert wurden. Nachdem die Faschisten an die Macht gekommen waren, 38 39 emigrierten Toch und seine Frau im Jahr 1935 in die Vereinigten Staaten. Der Sturz ins Unbekannte und die quälende Sehnsucht nach Österreich, dem Geburtsland des Komponisten, sowie nach Deutschland prägten die Anfänge des Auslandsaufenhalts. In Amerika schrieb Toch Musik zu 55 Filmen, mehrere unter ihnen zum Oscar nominiert. In der Zeit des Exils war seine Musiksprache anders als zuvor. Unter den Schülern von Ernst Toch gehörte der Köthener Alfred Tokayer (1900-1943). Mit Bruno Walter, dem weltberühmten Kapellmeister, war er durch seine Mutter verwandt. Nachdem die Nationalsozialisten an die Macht gekommen waren, emigrierte der Komponist und Dirigent 1934 nach Frankreich. Im selben Jahr wurde Tokayer staatenlos. Bis 1940 kennzeichnete er sich durch eine rege Tätigkeit als Spezialist der « leichten Muse » und der Filmmusik in Frankreich sowie in Großbritannien. 1940 fand Tokayer in der französischen Fremdenlegion und danach auf dem französischen Land einen provisorischen Unterschlupf. 1943 wurde er als Jude von Franzosen bei der Gestapo denunziert. 1943 wurde Alfred Tokayer nach Sobibor deportiert. In dieser Hölle wurde er grausam umgebracht. Bis 2007 galten seine Werke als verschollen. 40 Alexander Zemlinsky (1871-1942) war Schwager Arnold Schönbergs, Mitarbeiter von Otto Klemperer an der Berliner Kroll-Oper – einer modernistischen Institution, die auch zur Zielscheibe der Nazis wurde. So wurden auch Zemlinskys Werke ab 1933 in Deutschland geächtet. Die einzige Ausnahme war seine Oper Der Kreidekreis, die von der NS-Zensur geduldet wurde und Anfang 1934 in Berlin gespielt wurde. Damals verachtete die NS-Musikkritik Zemlinskys Dominanz im Musikleben und wetterte gegen ihn, daß er das Schicksal eines Schrekers oder eines Schönbergs nicht teilte. Résumé Ces brèves notices biographiques se rapportent aux six compositeurs dont les œuvres ont été interprétées au cours de la tournée européenne de l’Ensemble Voix Étouffées au cours de la saison 20082009. On y évoque l’existence tumultueuse de Hanns Eisler et d’Erwin Schulhoff, tous deux communistes militants ayant écrit de la « musique de combat ». En ce qui les concerne, Simon Laks et Alfred Tokayer furent arrêtés dans la France occupée par le IIIème Reich et détenus dans des camps d’internement avant de vivre l’épreuve de la déportation. Si Simon Laks, d’origine polonaise, survécut à Auschwitz et à Dachau, son confrère allemand fut assassiné à Sobibor. Ernst Toch connut, comme Hanns Eisler, l’exil aux Etats-Unis et y écrivit notamment nombre de musiques de film. Installé en Californie, il y était le 41 voisin de Thomas Mann et de Lion Feuchtwanger. Quand à Alexander Zemlinsky, également réfugié outre Atlantique, il fut le beau-frère d’Arnold Schönberg. L’un de ses ouvrages lyriques, se distinguant par un caractère post-romantique prononcé, fut néanmoins brièvement toléré dans l’Allemagne nazie de 1934. Abstract In these biographical short notes, Dr. Gerold W. Gruber and Prof. Philippe Olivier present the fates of six composers whose work was performed during the Silenced Voices of the Third Reich European tour (2008-2009). Hanns Eisler and Erwin Schulhoff were eager communist militants. Most of their work belongs to the German movement called Kampfmusik. Simon Laks and Alfred Tokayer were arrested by German authorities during the French occupation and confined in internment camps before being deported. The Polish born Simon Laks survived Auschwitz and Dachau. His German colleague Alfred Tokayer was killed in Sobibor. Like Hanns Eisler, Ernst Toch was a European exiled in the United States, where he wrote numerous music compositions for the cinema. In California, he was neighbours with Thomas Mann and Lion Feuchtwanger. Alexander Zemlinsky, the brother-in-law of Arnold Schönberg, also immigrated to North America and settled in a place close to New York. One of his operas, a post-romantic work, had only been tolerated for a few performances in 1934 in Nazi Germany. Une émouvante leçon de musique Samuel Tastet Ce dernier samedi de janvier 2009, le 31, nous y étions donc et aussi sur le nôtre. D'autant que quelques jours auparavant, j'eus la malencontreuse idée d’opérer un détour à l’Opéra de Bucarest où l’écoute et la vision du Faust de Gounod furent un supplice mêlé des plus raffinés quant à l’onctueuse et permanente maladresse qui habita cette représentation. Sans nommer personne car aisément ils se reconnaîtront, j’ai assisté – en fait nous étions deux et j’avais honte pour la personne qui m’accompagnait – à une descente aux enfers bien mal nommée puisqu’il s’est agi plutôt d’une montée de remugles tels que le vomissement auditif qui m’assaillit dura jusqu’au lendemain, voire le “sur” : ce n’est point exagéré. Faust a eu tout faux. Asta este comme on fatalise facilement ici. Passons. Oui, passons, car en cette merveilleuse salle de l’Athénée à l’acoustique prépondérante – œuvre d’Albert Galleron, architecte français – Amaury du 43 Closel et son orchestre donnèrent un concert dont les notes naviguent encore à ce jour sereinement en moi. Nous sommes allés de découverte en découverte. Hormis Hanns Eisler, que je connaissais un peu, quel enchantement furent déjà les Chants populaires juifs de Simon Laks portés par une soprano à l’aise et en prise : Elsa Lévy. Retenez ce nom, car il reviendra. Quant à nous, ces chants nous firent revenir en plein shtetl ! Alfred Tokayer nous balada sur les rives de l’enfance, léger et aérien : ça distillait dans l’espace. Ernst Toch fut le point d’orgue – si je puis dire – avec ces Tänze toutes dotées d’une poésie intérieure qui ose le dire d’un monde. L’évocation en suspens qui attend le séjour d’une écoute. Mais revenons à Eisler avec son Septuor n° 2, Le Cirque. Justement Charlie Chaplin dans nos têtes. Impossible de ne point l’y greffer. L’osmose en plein vol ! Deux heures ainsi, c’est rare à Bucarest. Un public attentif et contenu. (Oui, pas de téléphone mobile qui sonne pendant...). De longs applaudissements mérités dans cette salle de musique comble. De surcroît, le premier concert du l’Ensembe Voix Étouffées en Roumanie. Hommage à l’orchestre et à son chef tant l’unisson et la partie prenante à chaque morceau furent enlevés ! On en redemande. 44 Finalement, Amaury du Closel – le juste enthousiaste – est en train d’ouvrir les portes de la musique que l’on écoutera tous au XXIe siècle : La musique des disparus. Zusammenfassung Am 31. Januar 2009 wohnte der in Bukarest lebende französische Verleger Samuel Tastet dem ersten Konzert des Ensemble Voix Étouffées unter der Leitung von Amaury du Closel in der rumänischen Hauptstadt bei. Seine Begeisterung galt insbesondere für die jüdisch-polnischen Volkslieder von Simon Laks, die von Amaury du Closel instrumentiert wurden, und für die Tanzsuite opus 30, die Ernst Toch 1923 komponierte. Endlich behauptet Samuel Tastet, daß «die Musik der Vermißter die Musik des 21. Jahrhunderts» sein wird ... Abstract Samuel Tastet leaves us with his colorful impressions of a concert, given by Amaury du Closel, the Silenced Voices Ensemble and the soprano Elsa Levy in Bucarest, Romania. He paints a wondrous picture of compositions by Simon Laks, Hanns Eisler and Alfred Tokayer embarking the reader on a journey. 45 L'Ensemble Voix Étouffées se rend de la «alte Rampe» au camp d'Auschwitz-Birkenau. Amaury du Closel et quelques membres de l'Ensemble Voix Étouffées avant le concert du 25 avril 2009 à l'École de musique Karol Szymanowski d'Oswiecim (Auschwitz). 46 47 Verfemte Musik competition, Schwerin Volker Ahmels Le compositeur tchèque Viktor Ullmann, détenu à Terezín, fut assassiné à Auschwitz. Mais sa musique, notamment interprétée par les lauréats du concours Verfemte Musik de Schwerin, est aujourd'hui vivante. The project Verfemte Musik (Ostracised Music) is an international instrumental and singing competition held in parallel with a programme of concerts, lectures, presentations and exhibits. It is followed by a concert tour of the award winners. The most recent competition took place from the 29th of September to the 5 of October 2008 in the German city of Schwerin. At the end of the competition, the award winners gave a concert in Schwerin and went on a tour to Prague, Vienna, Berlin and the French city of Vendôme. Since the first edition of the competition, candidates from sixteen countries came to Schwerin. The competition is organised by the regional nonprofit organisation Jeunesses musicales of Mecklenburg-Vorpommern. The aim of the competition is to perform, in front of a wide audience, music by composers who suffered under the National Socialist regime. Internationally acclaimed artists and pedagogues, some of them contemporary 49 witnesses of the Holocaust, participate in the jury. Participants are invited to come forth in the following categories: piano for two and four hands, chamber music string ensembles, chamber music for wind instruments, Kunstlied and chanson. Particularly talented young musicians and music students between the ages of 15 and 30 are accepted for the competition. The cooperation of the organisation and the Schwerin Conservatory with two secondary schools in the city – the Fridericianum and the Goethe-Gymnasium – is equally very productive : its aim is to make the new generations aware of the fate of the musicians exiled or killed by the Nazis. Mr. Arlen had to flee Austria after the Anschluss of 1938. Walter Arlen wrote after his stay in Schwerin: “Die Einladung, einen Besuch als so genannter Zeitzeuge abzustatten, wurde für mich zu einem besonderen Erlebnis. Nie hätte ich mir träumen lassen, daß ich bei jungen Leuten, Musikern und Nichtmusikern, soviel Anklang finden würde; daß überhaupt Interesse für die historischen Missetaten ihrer Vorfahren zu finden wäre. Was heißt das alles? Es hieß, in meinem Falle, Schulbesuche abzustatten, Schülern in unterschiedlichen Alterstufen meine Geschichte und meine Erfahrungen zu erzählen, Fragen beantworten, die Zeitverbindungen auszumalen, die Unglaublichkeiten der Geschehnisse und Vorgänge zu beschreiben. Es war jedes Mal anders. Die Reaktionen, die Fragen, das Kopfschütteln über die Vorfälle, die Sprachlosigkeit gegenüber der Unmenschlichkeit nahmen individuelle Farben an”. The main focus of the 2008 Verfemte Musik event was the world-famous pianist Artur Schnabel. For this occasion, his granddaughter Ann Mottier came to Schwerin to participate in the event. Guests of honour and witnesses of the Holocaust, like the guitarist Coco Schumann, also return regularly to Schwerin and participate with the activities of Jeunesses Musicales. Verfemte Musik was equally proud to host Irène Tokayer-Curie, who was born in Schwerin. Her father, the composer Alfred Tokayer, was murdered at the Sobibor concentration camp. The cellist Anita Lasker-Wallfisch, a survivor of Auschwitz, and Walter Arlen, a composer and former music critic of the Los Angeles Times were equally invited by the Festival. “Dannn kamen die Ausstellungen, die Vorträge von Spezialisten und Fachleuten, die sich mit den Vorgängen und Persönlichkeiten der damaligen Zeit befassten. Schließlich das Auswählen von jungen Musikern zur Teilnahme an der geplanten Konzertreise, die der Höhepunkt des ganzen Wettbewerbs war. Viele Details dieser Konzertreise wären da noch zu ergänzen: die Aufführungen im Jüdischen Museum in Wien, in der Deutschen Schule in Prag und in dem schönen Theater von Görlitz, der reizenden Stadt an der Neisse, an der Grenze zu Polen. Nicht zu vergessen ist der Besuch in Terezín, 50 51 der durch die Teilnahme von Frau Eva Herrmannová1, die selbst als junges Mädchen drei Jahre in diesem abscheulichen Konzentrationslager verbringen musste und den Besuch um so anschaulicher und daher umso aufwühlender gestaltete. Man kann nur hoffen, daß die erstklassigen Aufführungen der jungen Musiker dazu beigetragen haben, den Werken der ermordeten Komponisten neues Leben zu verschaffen. Ironie des Schicksals, oder schicksalsvoller Blick in die Zukunft? ” Other witnesses of the Holocaust invited to Schwerin were Michael Chaplin, Zvi Cohen, Anna HanusováFlachová, Edith Kraus, Brigitte Medvin, Ann Mottier and the late Paul Kling (1928-2005), H. Th. Mandl (19262007), Hana Reinerová (1921-2007), Paul Aron Sandfort (1930-2007) and Petr Pokorny (1932-2008). Winners of the Verfemte Music competition 2008 : Chamber music – Strings : 1st Prize : Alexandre Delalande, Katrin Geisenmeyer, Moritz Fentner and Florian Koeppe. 2nd Prize : Julia Kuhn and Ingmar Beck. 3rd Preis : Daniela Formanová, David Forman, Rebecca Martin and Joowon Park. Chamber music – Wind : 1st Prize : Paolo Mendes and Johann Blanchard. 2nd Prize : not awarded. 3rd Prize : Berit Schmutzler. Song with piano/Chanson : 1st Prize : not awarded. 2nd Preis : Claudia Rock and Clemens Kraft. 3rd Preis : Anna Miceva and Sebastian Naglatzki, Mirjam Miesterfeld and Gero Wiest. Special Prize of the Schnabel Music Foundation : Daniel Beider. Special Prizes of the Forum Voix Etouffées Paris : Andriy Tsygichko, Julian Kuhn, Ingmar Beck, Paolo Mendes and Johann Blanchard. Izzy Fuhrmann Music-Prize : Jing Li, Helge Aurich, Claudia Rock and Clemens Kraft. EMCY Prize : Paolo Mendes and Johann Blanchard. During concerts in Prague, Vienna, Berlin and Vendôme in October 2008 and February 2009, the winners played works of nine composers : Alban Berg, Bernhard Heiden, Gideon Klein, Hans Krása, Bohuslav Martinu, Darius Milhaud, Arnold Schönberg, Erwin Schulhoff and Viktor Ullmann. Please see for details: www.sumusnet.eu/ schedule.html. The next Verfemte Musik competition and festival will be held in September and October 2010. 1. The Verfemte Musik Competition 2006 also welcomed Eva Herrmannová, a survivor of Terezín. 52 53 Résumé Volker Ahmels Jeunesses Musicales Deutschland, Landesverband Mecklenburg-Vorpommern e. V. c/o Konservatorium Schwerin Puschkinstraße 13 / D-19055 Schwerin Deutschland Tel. : + 49 385 5712836 E-mail : [email protected] www.jeunessesmusicales-mv.de Cette contribution présente les particularités du concours international se tenant tous les deux ans à Schwerin et nommé Verfemte Musik Competition. Cette manifestation, organisée par les Jeunesses Musicales de l’Etat du Mecklenbourg-Poméranie occidentale, est destinée aux interprètes et chanteurs âgés de quinze à trente ans se produisant dans des œuvres de compositeurs victimes du IIIe Reich et promis, chez plusieurs d’entre eux, à la Shoah. Une tournée de concerts, se déroulant dans plusieurs villes d’Europe, suit toujours le concours. Celui-ci est également l’occasion d’un festival international auquel participent notamment des survivants de l’Holocauste, tout comme les descendants des compositeurs interdits par le national-socialisme. Ainsi, le compositeur Walter Arlen fait-il état, ici, de son expérience à Schwerin. La manifestation a, en 2008, honoré l’illustre pianiste Artur Schnabel dont les œuvres n’ont pas pu s’imposer à cause des discriminations dont il fut l’objet. Des actions pédagogiques sont menées, lors de chaque festival, avec deux lycées de Schwerin, cité d’où était originaire Wilhelm Gustloff, le responsable du NSDAP en Suisse, tombé en février 1936 sous les balles d’un étu-diant juif, justement désespéré par les mesures antisémites du régime hitlérien. L’Ensemble Voix Etouffées s’est produit au Fridericianum, l’un de ces établissements scolaires, le 30 septembre 2008. 54 55 Zusammenfassung Im heutigem kulturellen Leben Europas kennzeichnet sich der Schweriner Verfemte Musik-Wettbewerb durch seine Besonderheit: zu den von dem NS-Regime verfemten Komponisten und ihren Werken widmet er sich ausschließlich jede zwei Jahre. Seit ihrer Gründung hat die von der Jeunesses Musicales Mecklenburg-Vorpommern organisierte Veranstaltung junge Kandidate aus sechzehn Nationen angezogen. Nach jedem Wettbewerb konzertieren seine Preisträger in verschiedenen europäischen Städten. Das Schweriner Ereignis ist auch ein Festival. 2008 brachte es z. B. Werke des weltberühmten Klaviervirtuosen Artur Schnabel, eines Opfer der antisemitischen NSDiskriminierung, zu Gehör und organisierte eine Schnabel-Ausstellung. Zeitzeugen und Nachkommen von Komponisten sind auch in Schwerin zu Gast. In diesem Beitrag ist Walter Arlen, ein Zeitzeuge der 1938 aus Österreich geflohen war, zitiert. Letzlich entwickelt die Jeunesses Musicales eine rege Kooperation mit zwei Schweriner Gymnasien, damit die jungen Generationen über die Greueltaten der NS-Regierung zu informieren, sowie sie die Werte der Demokratie und der Toleranz zu geben. In diesem Rahmen gastierte am 30. September 2008 das Ensemble Voix Etouffées im Schweriner Friedericianum. exil.arte, Vienna Gerold W. Gruber Der Verein versteht sich als Clearingstelle (Contact Point) für die Koordination aller mit der Thematik des Exils befassten Institutionen, Organisationen und Personen. Er hat seinen Sitz in Österreich und erstreckt seine Tätigkeit auf die Koordination und Organisation von künstlerischen und wissenschaftlichen Projekten und Veranstaltungen bezüglich der im gesamten Bereich der Kunst, insbesondere der Musik, des Musiktheaters und des Films von den Nationalsozialisten Vertriebener, Verfemter und Ermordeter. Z. B. gastierte am 4. und am 5. Mai 2009 das Ensemble Voix Etouffées, unter der Leitung von Amaury du Closel, beziehungsweise in Prag und in Wien für zwei Konzerte, die von exil.arte in diesen beiden Hauptstädten angeregt wurden. Un jeune corniste polonais s'apprête à participer à la master-class donnée par les membres de l'Ensemble Voix Étouffées à l'École de musique Karol Szymanowski d'Oswiecim (Auschwitz). Sowohl in wissenschaftlichen Tagungen als auch in künstlerischen Veranstaltungen soll nachhaltig und öffentlichkeitswirksam diese Thematik präsentiert werden. Der Aufbau eines internationalen Forums sowie die 58 59 Herausgabe von Publikationen soll der Verbreitung des Wissens über die Zeit und die involvierten Personen dienen. Der Verein führt seine Tätigkeit selbst, in Zusammenarbeit mit anderen Vereinen und Einzelpersonen durch, regt Arbeiten an und gibt Hilfestellungen bei Dissertationen, Diplomarbeiten, Publikationen, usw. Am 25. Juni 2009 organisierte in Brno (Brünn) der Verein exil.arte ein Konzert mit Werken von Erwin Schulhoff – Doppelkonzert für Flöte, Klavier und kleines Orchester und Drei Stücke für Streichorchester –, Pavel Haas – Studie für Streichorchester –, Hans Krása – Ouvertüre für kleines Orchester – und Viktor Ullmanns Streichquartett in der Orchesterbearbeitung von Kenneth Woods. Es spielte das 1995 gegründete Berg Orchester, eines der frischen jungen Ensembles der tschechischen Musikszene, unter der Leitung seines slowakischen Chefdirigenten Peter Vrábl. Mit dem Gideon-Klein-Preis wurde dieser Künstler ausgezeichnet. Die Solisten dieses Konzertes, einer im Rahmen des gemeinsamen Programms Verstummte Stimmen organisierten Veranstaltung, waren die österreichische Flötistin Ulrike Anton und der amerikanische Pianist Russell Ryan. 60 Pavel Haas (1899-1944) stammte aus der Familie eines Schusters. Sein jünger Bruder Hugo war ein berühmter tschechischer Schauspieler. Pavel strebte von seiner Kindheit an zur Musik. Er brach den Besuch des Realgymnasiums ab und widmete sich ganz der Brünner Musikschule, wo er sich in Harmonie, Kontrapunkt, Musikgeschichte und Ästhetik weiter entwickelte. Im Herbst 1919 wurde er am Brünner Konservatorium aufgenommen, das vom Leos Janacek geleitet wurde. Nach seinem Abschluss (1921) setzte er sein Kompositionsstudium noch ein Jahr in der Meisterklasse Janacek fort. Fast sein ganzes Leben ist mit Brünn verbunden. Pavel Haas war vielseitig aktiv in dortigen musikalischen Aktivitäten. Als Komponist setzte er sich besonders durch seine Lieder und Kammermusikproduktion durch. Die tschechische Musikszene zwischen den beiden Weltkriegen bereicherte er auch mit Klavier- und Orchesterwerken, Chören und Kantaten. Pavel Haas schrieb auch Bühnenmusiken zu Schauspielen und Musiken zu Filmen. 1938 krönte er sein Schaffen mit der Oper Scharlatan. Nach der Besetzung der Tschechoslowakei durch den NS-Staat wollte Pavel Haas emigrieren. Am 2. Dezember 1941 wurde er jedoch von der Gestapo verhaftet und nach Terezín deportiert. Er war einer der ersten Ghettobewohnern. Auch unter schlechten Bedingungen 61 komponierte und spielte – zusammen mit Karel Berman und Karel Ancerl – Pavel Haas Musik. 1944 wurde er nach Auschwitz verschleppt, wo er in den Gaskammern ermordet wurde. Hans Krása (1899-1944) wurde in Prag geboren. Sein Vater war ein Tscheche und seine Mutter eine Deutsche. Schon im Alter von sechs Jahren begann Hans Klavier in der Konrad-Wallerstein-Sängerschule zu spielen. Als Kind komponierte er auch kleine Stücke wie Märsche und Fantasien in Mozart- oder Haydn-Stil. Später nahm Hans Krása privat bei Alexander von Zemlinsky Klavierstunden. Komposition studierte er bei dem Dirigenten und Komponisten Gerhard von Keussler. Von der französischen Musik seiner Zeit, besonders Claude Debussy, Maurice Ravel und Albert Roussel, war der Prager begeistert. Er bewunderte auch Darius Milhaud und Gustav Mahler, sowie Arnold Schönbergs Werke. In den 1920en Jahren wurde der Komponist Mitglied der Prager Gruppe Tagblatt. Mit Künstlern wie Franz Werfel, Max Brod oder Willi Haas traf er in berühmten Cafés zusammen. In dieser Zeit erklangen Krásas Werke insbesondere im Ausland. Ehefrau wurde. 1938 arbeitete Krása mit Adolf Hoffmeister an der Kinderoper Brundibár zusammen, die sie für den von der Gesellschaft für Musikerziehung ausgeschriebenen Wettbewerb geschrieben hatten. Wegen der NS-Okkupation wurden die Ergebnisse danach nicht ausgewertet und die Partitur von Brundibár wurde verloren. Hans Krása schrieb über die Vorbereitungen zu dieser Oper: «Das größte Problem beim Planen dieser Kinderoper war selbstverständlich das Libretto, weil man hier die häufigen dramatischen Konflikte von erotischem oder politischem Charakter nicht benutzen kann. Den Märchenstoff wollten weder ich noch der Dichter. Trotzdem hat der Librettist es vermocht, ein Libretto zu schreiben, das kindlich klar ist und ein Bild aus dem realen Leben auf die Bühne bringt, indem es aufdringlich erklärt, daß man sich gegen das Schlechte verbünden sollte. Diese Kinderoper beschreibt auch einen Sängerkrieg zwischen Kindern und Leiermann». Vom Jahr 1935 an besuchte der Komponist den tschechisch-deutschen Theater-Klub. Hier lernte er Eliska Kleinova kennen, die später in Terezín seine Nach und nach wurden die Juden immer mehr unterdrückt. Hans Krása und manche anderen fanden zeitweilig einen Aufenhaltsort im Knabenwaisenhaus der Belgická Straße Nr. 25 in Prag. Am 10. August 1942 wurde aber der Komponist vorgeladen und mit dem Zug Ba 67 unter der Nummer 21 855 nach Terezín transportiert. In Terezín gehörte er vorest nicht zu den prominenten Insassen, weil er in NS-Listen als Koch 62 63 eingetragen wurde. Später wurde er Mitglied der Leitung der «Freizeitgestaltung», wo er für die Musik verantwortlich war. Dank seiner Position konnte er in Terezín mit Gideon Klein, dem Bruder von Eliska Kleinova, und mit einem deutschen Literaten in einem so genannten «Häuschen» wohnen. Es war eine ehemalige Bäckerei im Hintertrakt der Sudetenkaserne. Eliska Kleinova erinnert sich: «Es war dort aber so wenig Platz, daß sobald jemand komponieren wollte, zwei andere das Häuschen verlassen mussten». In Terezín heiratete Hans Krása Eliska Kleinova, die zwölf Jahren jünger als er war. Es war keine Liebesehe, sondern reine Formalität. Dank Krásas Stellung in der «Freizeitgestaltung» sollte Eliska vom Transport gerettet werden. Als beide dachten, daß die Gefahr vorbei war, wurde die Ehe am 18. April 1944 geschieden. Eliska ging dann sofort nach Auschwitz. Das Ende des Krieges und des Nazi-Terrors konnte sie überleben. Orchester. Es ist möglich, daß dieses Stück als Ouvertüre für Brundibár geschrieben wurde, woraus sich einige ähnliche Elemente mit dieser Kinderoper erklären lassen. Es gibt aber keine Beweise, daß man diese Ouvertüre in Terezín aufgeführt hat. 1944 komponierte Krása zwei Kammermusikstücke. Sie waren seine letzten Werke. Am 16. Oktober 1944 wurde Hans Krása nach Auschwitz transportiert, wo er in der Gaskammer ums Leben kam. In Terezín komponierte Krása Drei Lieder für Bariton, Klarinette, Bratsche und Violoncello nach Gedichten von Arthur Rimbaud, wahrscheinlich für den Brünner Opernbariton Walter Scholz. Diese Werke spielte man mit anderen Stücken zusammen, anläßlich der Eröffnung des neuen Saals im Rathausgebäude. Das nächste Werk von Krása war die Ouvertüre für ein kleines Zum selben Transport vom 16. Oktober 1944 gehörte auch Viktor Ullmann (1898-1944), der 1933 in der Tschechoslowakei Asyl gefunden hatte, nachdem er Deutschland in Eile verlassen hatte. Ullmann, der Sohn eines Offiziers der k. u. k. österreichisch-ungarischen Armee und ehemaliger Assistent von Alexander Zemlinsky am Neuen Deutschen Theater in Prag, der Komponist der Oper Der Kaiser von Atlantis und von zahlreichen Werken wurde also zu einem Ort des absoluten Schreckens verschleppt. Dort wurden auch seine Frau Elisabeth, der Dirigent Rafael Schächter, der Schauspieler Gustav Schorch sowie seine Kollegen Pavel Haas, Gideon Klein und Hans Krása in den Gaskammern ermordet. Dasselbe Schicksal teilten auch Ullmanns ehemalige Gattinnen Annie und Elisabeth und sein Sohn Max. Vorher wurden am 8. September 1942 Viktor 64 65 Ullmann mit seiner dritten Frau Elisabeth nach Terezín deportiert. Dort gehörte er zu den aktivsten Repräsentanten des Kulturlebens. In Terezín schrieb Ullmann über zwanzig Werke, insbesondere die Oper Der Kaiser von Atlantis, eine Allegorie der monströsen Macht, die vor nichts zurückschreckt und sich schließlich selbst verschlingt. Die Oper konnte nicht mehr in Terezín aufgeführt werden. Die UA der Originalfassung fand 1993 in Klagenfurt statt. Résumé L'association exil.arte est un point de rencontre servant à la coordination de toutes les institutions, les organisations et les personnes s'occupant du thème de l'exil au temps du nazisme. Son siège se trouve en Autriche. Ses activités se rapportent à l'organisation et à la coordination de projets artistiques et scientifiques, comme à la réalisation de manifestations relatives à la musique, au théâtre musical et aux films laissés par les victimes du national-socialisme, qu'elles aient été exilées, mises à l'index ou assassinées. Cette thématique est également présentée, lors de manifestations artistiques, d'une manière durable et publique. La mise en place d'un forum international, ainsi que la publication d'ouvrages spécialisés doivent servir à la propagation des connaissances relatives à cette époque et aux personnes concernées par cette thématique. L'association mène elle-même son 66 activité, en collaboration avec d'autres structures et des personnes physiques, suscite des réalisations et attribue des aides lors de travaux de doctorat, de travaux en vue d'examens, de publications etc. Le présent texte est, pour le public, l'occasion de se familiariser avec Pavel Haas, Hans Krása et Viktor Ullmann, trois des compositeurs d'Europe centrale les plus prometteurs de leur temps. Ils figurent au nombre des victimes d'Auschwitz, après avoir été détenus à Terezín. Leurs œuvres ont été données lors d'un concert organisé, le 25 juin 2009, par exil. arte à Brno (Brünn). Abstract Exil.arte aims to be a contact point for coordinating projects for institutions, nonprofit organizations and persons dealing with this particular topic. It is situated in Austria and it organizes and coordinates artistic, scientific and cultural projects and events concerning artists who were suppressed, exiled or killed by the Nazis, especially in the field of music, music theatre and film. In congresses and symposia as well as in artistic events, the topic is presented effectively in public. An International Forum will be developed and publications should broaden the knowledge about the historical context and personalities which are involved. Exil.arte organizes its activities by itself or in cooperation with other institutions or persons, initiates projects and offers support for dissertations, publications etc. 67 exil.arte ao. Univ. Prof. Dr. Gerold W. Gruber Universität für Musik und darstellende Kunst Wien Lothringerstrasse 18 A-1030 Wien Österreich Tel. : + 43 1 71155 3533 E-mail : [email protected] www.exilarte.at «Une voie du malheur». (Theodor W. Adorno) Holocaust education and Memory in Transition The story of a small nonprofit organization and its quest for positive change Eugenia Gusev Introduction Baraquements du camp d'Auschwitz. Even though sixty years have elapsed since the European continent was engulfed by a devastating conflict that exterminated millions of innocent people, it would be naïve to say that the reconciliation process is drawing to a close or that teaching about the Holocaust has become easier. Today, we are still reconciling with the horrors that were committed by fellow man against his own kind between 1933-1945. We are still endlessly proving that millions1 of people were systematically exterminated, 1. Holocaust Memorial Day Trust, London UK : http://www.hmd.org.uk/genocides/victims-of-nazi-hatred/ 71 in European concentration camps, even though the Holocaust is perhaps by far one of the best documented genocides ( sadly due to the fact that these events occurred in Europe, and relatively recently). It would be safer to say that we are embarking on a new phase in the reconciliation process that will involve new pedagogical tools, new approaches and a continued dialogue that will be adapted to integrate lessons from the past to realities of today. While currently Holocaust education is required in many European countries, a certain level of backlash2 has been documented in some old European member states3. At the same time, new issues about how to teach the Holocaust in former Soviet countries like Romania 4 or Poland5 have emerged. In the older member states, students often feel like the Holocaust is common knowledge, and that they already know everything they need to know about it. Countless surveys have shown in several countries including the U.S.6 that this knowledge, for the most part, remains superficial7 due perhaps in part to inadequate teaching tools, or lack of training for the teachers.8 Important changes are afoot that will force educators and policy makers to adapt to new methodologies and approaches. 2. Yair Auron (translated by Ruth Ruzga): Holocaust and Genocide Issues in Education-The Pain of Knowledge, Transaction Publishers, 2005, p. 48. 3. Germany Holocaust Education in Task Force Member Country, report 2006. 4. Thomas Misco: Exploring Holocaust Education in Romania after Decades of Historical Silence: An Ethnographic Study of Educators, Students, and Community Members, IREX 2008. Can be found on: http://www.irex.org/programs/stg/ research/07/misco.pdf 5. Robert Szuchta: Teaching About the Holocaust in Poland, 1997 : http://iearn.org/hgp/aeti/aeti-1997/holocaust-edpoland.html 6. American Jewish Committee: Thinking about the Holocaust 60 Years Later A Multinational Public-Opinion Survey MarchApril 2005, can be found on https://www.policyarchive.org/bitstream/hadle/10207/13667/AJS20holocaust.pdf 7. Gert Weisskirchen,: Introductory statement for panel on Holocaust education, OSCE Conference on AntiSemitism and on Other Forms of Intolerance, Cordoba, 8 and 9 June 2005; CIO.GAL/96/05, 22 June 2005, can be found on http://www.osce.org/documents/cio/2005/06/ 15358_en.pdf 8. Yair Auron (translated by Ruth Ruzga): Holocaust and Genocide Issues in Education-The Pain of Knowledge, Transaction Publishers, 2005, p. 48. 72 73 Then, there is a case apart. Those towns and villages, that had been chosen, for whatever strategic reason, to serve as a location for concentration camps during the war, are undergoing an identity struggle. Those populations are today searching to move away from these horrible events and to rebuild an identity that is free from this morbid association. The specific case of the Polish town of Oswiecim, known to most as Auschwitz, is an important element that, on a small scale, mirrors the problems faced by European countries which are known to have participated in the Holocaust. From the experience already gathered, these difficult cases are today more receptive to positive reconciliation, or what one renowned expert in the field, Alfred Grosser calls „mémoire créatrice“.9 The initiative of the small, French, nonprofit organization, the Forum for Silenced Voices10, proved to be successful in addressing this need for a “creative” approach to Holocaust education for several generations of Europeans across the European continent. This essay will bring together the elements that can explain its success and at the same time show the genuine need for this approach to be adopted and shared by larger Holocaust teaching institutions as well as by general schools. From rejection to acceptance: Performing music in Auschwitz by composers persecuted or killed in the Holocaust A concert and lecture in Auschwitz were carried out by the Forum for Silenced Voices as part of a larger initiative, the Silenced Voices of the 3rd Reich Project. This project seeks to address the need to teach about the neglected but equally important effects of the Holocaust on culture. The devastating effects of Hitler’s cultural policy, that to this day have not fully been reversed, are often forgotten and left out of discourse, especially in relation to music11. Lead by the Forum, a 9. Alfred Grosser : La Pratique de la mémoire créatrice in Déracinements (sous la direction d’Amaury du Closel et de Philippe Olivier), Hermann, Paris, 2009, p. 23. 10. Forum for Silenced Voices is translated from the French name Forum Voix Etouffées. 11. Amaury du Closel : Entartete Musik – Les Voix Étouffées du IIIe Reich, Actes Sud ,Arles, 2005, p. 3. 74 75 group of European partners in seven countries organized 29 different events on the subject of persecuted composers. One particular event stood out: the concert held in Auschwitz. Much to everyone’s surprise, this event served to reaffirm how this type of artistic cooperation can be beneficial and that it is welcomed in places like Auschwitz, despite the tensions and taboos that exist here when dealing with the Holocaust. This project is a small glimpse into how pedagogical programs that integrate history and music are an avenue towards constructing new, lasting bonds and effective teaching techniques. In addition to this, they aim to bring back the lost music and cultural heritage to its rightful place, that is, back to the public. It is also an example of a new generation of cultural activity that bring to light new dynamic methods to teaching about the Holocaust – each specializing in one specific phenomenon. The result is a high-quality and captivating event, which as practice has shown, tends to mark those who participate. It is a valuable component to add to basic Holocaust education, whose role of course is, to set up a foundation and give a clear historical background to its students. This acupuncture-like approach to history, is a way to 76 teach using a specialized topic in order to illustrate the consequences of the whole historical period. The small nonprofit, French organization, which lead the initiative, specializes in resurrecting the memory and the music which has been forgotten and lost due to Nazi censorship. The usual activities of this organization are classical music concerts given by the 12-instrument chamber ensemble of specialized, professional musicians and singers. Additionally, the concerts are often given in the framework of a larger event and are either commented, or preceded by a lecture. The organization also initiates school visits that are often coupled with a concert for middle and high school students in general as well as in specialized music schools. It also publishes books, articles and releases recordings of rare works such as those by Ernst Toch, Simon Laks or Alexander Zemlinsky. Finally, it organizes a biannual Festival in Paris focusing on a specific aspect of the Silenced Voices theme. The event which was held in Auschwitz in April of 2009, entered into the diapason of regular 77 activity for the Forum, but it brought unforeseen results. Upon arrival at the Auschwitz-Birkenau Museum that coordinated the event locally, the Forum’s team was explained that the attitude towards the Holocaust and specifically the camps in Auschwitz, is quite negative. The local population was fed up with being associated with the camps. So, while the minibus brought the team of musicians and administrators to the Museum from the airport, the team began their experience in Auschwitz by first learning the real name for this town, Oswiecim. This was the original Polish name before Germany occupied Poland. The identity of Oswiecim was taken hostage by history – everything that is here leads back to this horrible past. During the guided tour of the camps, the team learned that the surrounding houses were even rebuilt with the same materials as were used for constructing the barracks for prisoners. A horrible cycle of creation and destruction was presented to the project members as the reality of Oswiecim today, a reality that the residents were trying to escape. It seemed almost foolish that an organization like the Forum for Silenced Voices, has planned a concert in the local Music school on such a topic. They were forewarned that results were not guaranteed, and that despite a rigorous advertising and communications campaign, no one really knew how many people would attend the concert and what the reaction would be. 78 79 After this introduction, it is hard to imagine nor to describe the enthusiasm and interest with which the Ensemble and Forum members were received on the night of the concert on April 25th in the Music School of Oswiecim. The auditorium was quite full, with families of the children involved in the concert as well as outsiders. The concert lasted for two hours, with commentary that was translated into Polish by the Museum’s communication manager Pawel Sawicki. The music teachers and the director of the school were so satisfied with the event that the Forum has been invited back, with bigger plans. The Music school has never seen such a turn out for its concerts. Next year’s project would involve the students of the Music school learning repertoires composed for children by certain persecuted composers, and thus, the process of rebuilding the European cultural heritage was engaged, perhaps in the most unlikely place. Referring back to Alfred Grosser’s quote about a creative memory, this experience showed the importance of the passage from guilt to liability by building creative memory through music. In fact, this is exactly what occurred on April 25th in Oswiecim. The Forum’s program went beyond blame, and on the contrary “brought forth those elements which have been forgotten, neglected by history“12. In this case, it was music. Memory that is based on discovery of things lost – is received and perceived well even in places where speaking about the Holocaust is extremely difficult. Simon Laks. It is also no doubt due to the actual quality of the music performance. In the eye of the beholder It is hard to know precisely why this operation was this successful. It is perhaps the cocktail of several intertwining elements like for example that the Forum is a French organization and coming to Poland to share the common experience was seen as positive, rather than accusatory. It is also perhaps because the Forum performed music by at least one composer of Polish origin – One of the biggest obstacles for teaching about Holocaust is denial. When Dwight D. Eisenhower (at the time the Supreme Commander of the Allied Forces) visited the Buchenwald concentration camp in south-central Germany in 1945, he immediately called on all available journalists to come and document what was left of the gas chambers, the corpses, and barracks. He explained his action by stating that he “made the visit deliberately, in order to be in a position to give first-hand evidence of these things if ever, in the future, there develops a tendency to charge these allegations merely to ‘propaganda.’”13 His foresight has unfortunately proven to be true. The revisionist movement took on an organized shape in the 1960’s through various publications and organizations which questioned the number of those killed during the Holocaust, to the actual 12. Alfred Grosser : La pratique de la mémoire créatrice in Déracinements (sous la direction d’Amaury du Closel et de Philippe Olivier), Hermann, Paris, 2009, p. 23. 13. Ike and the Death Camps Dwight D. Eisenhower Memorial Commission http://www.eisenhowermemorial.org/stories/death-camps.htm 80 81 mistreatment and targeting of Jews specifically by the Nazis during the war. Pierre Vidal-Naquet, in his book Les Assassins de la Mémoire, explores the phenomenon of revisionism and points out its danger. He refers to it as a ticking time bomb which took about thirty years to reach its full momentum with the apparition of multiple revisionists texts. He underlines in his book the fact that history is fragile and “we know of it only thanks to the documents and stories told.”14 The importance of providing structured guidelines and expertise to Holocaust education to accompany the sea of testimonies, pictures and audio files can not be understated. It is also important to bridge the gap for new generations who have a different experience of the world than those generations that followed immediately after the war. While successfully teaching the Holocaust may be achieved in many ways, teachers have the 14. Pierre Vidal-Naquet : Les Assassins de la Mémoire, édition revue et augmentée, La Découverte, Paris, 2005, pp. 192-194. 82 difficult task of being vigilant about the facts and interpretations of archival documents, photos and testimonies that they will be using. These objects will be more and more laid bare to interpretation as time passes. As we know from experience, not all material recovered from the Nazi death camps is blatantly showing the atrocities committed inside the camps – and on the contrary, is often attempting to camouflage them. Another challenge for educators and policy makers in this domain is the fact that the most important proof of the Holocaust is slowly disappearing, that is to say, the material witnesses. Ten years from now, hardly any Holocaust survivors will be left, and the same can be said for the barracks that are disintegrating at certain preserved concentration camp sites like that of AuschwitzBirkenau due to lack of funding15. While the Holocaust is included in school curriculums in most U.S. states and in most European countries, very few indicators have been gathered to see how effective this education is. Holocaust 15. http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/7800397.stm 83 education, as a subject, is left for the most part up to the teacher. A plethora of teaching tools exist and yet, no uniform approach has been established and no pedagogical guidance has been centralized to address this question. Especially rare are international partnerships between Holocaust education institutions. education that each of us needs to receive. A civil education comprises teaching that each of us has moral responsibility and the power to act when we know a heinous crime is being committed against fellow man. It is the best lesson we can receive as a child about empathy and apathy. The state of affairs : Holocaust Education in Transition Although research and educational institutions have thoroughly documented first hand testimonials by Holocaust survivors as well as all pertinent historical documents, live witnesses are the best testimony that history can offer because of the way hearing a witness testimony effects our psyche. We must acknowledge that a monumental transition in how we carry out Holocaust remembrance and education is underway (from material witness education, to education based solely on documents, audio and visual). This calls for an overall assessment of the efficiency of current educational policies regarding the Holocaust and a new plan of action in which creative approaches will play a larger role. Although Holocaust education will not alone solve all the problems of racism and anti-Semitism, it is probably one of the most important aspects of civil According to the information gathered by the Task Force for International Cooperation on Holocaust Education, Remembrance and Research, out of the ten countries questioned about their methods of Holocaust education many variations exist as to the manner in which Holocaust education is actually administered. For example, in the United States, five out of fifty states have actually enacted laws requiring Holocaust education, however fourty-eight states and the District of Columbia have the right to decide their own social studies standards. The biggest problems noted are lack of funding for teacher trainings, and therefore a lack of qualifications for those teachers who teach the Holocaust as part of a general history curriculum16. A similar problem 84 85 was cited in the French country report, whereas teaching the Holocaust is required on a national level, no Holocaust teaching classes exist for teachers themselves. The report also mentions exclusion, although does not elaborate, of minority students from the subject, most of whom are Muslim17. In the report for Germany, we learn that, similarly to the United States, the curriculums are decided on a Federal basis. Sixteen Länder decide on the content of the teaching programs in their schools, and Holocaust is mandatory in all of them. Multiple funding sources are available for German teachers who wish to take part in training sessions aimed at Holocaust education and seminars, on a federal, national and private level. It is interesting to note that in the problems section of this report the author mentions the fact that because the Holocaust permanently remains a topic of public discourse, students often feel saturated when they have to learn about it in schools, feeling that they already know enough. Often this also leads to the interpretation of feelings of guilt, which turn into a hostile reaction and even denial in some cases. It is stressed in the report that teachers must find new ways to motivate students for studying the Holocaust in depth; therefore, “in-service teacher training is crucial to support the teachers.18” Clearly, all of these problems, and others which were not cited in the report, need real answers and creativity when it comes to the teaching methods employed by the teachers. It is important to make connections to the present so that the Holocaust is “… universally known, [and] not as a simple episode in history of the Jewish people, but rather as an event occupying an important place in contemporary historical experience”. 19 16. U.S. Holocaust Education in Task Force Member Country report 2006. 17 France, Holocaust Education in Task Force Member Country report 2006. 18. Germany Holocaust Education in Task Force Member Country report 2006. 19. Michel Marrus : L’Holocauste dans l’Histoire, Flammarion, Paris, 2003, p. 8. 86 87 Conclusion How can we really convey the horror and the suffering of this tragic moment in history when using simple words does not suffice? Simon Laks, a composer and Auschwitz survivor, contemplated the phenomenon of the multitude of documentation, film, and books that exist on the subject, each speaking about the same thing, and yet each showing a different aspect. 20 More and more institutions turn to methods that include art and music to convey the universality of the suffering in order to reach its public. The experience of the Forum does demonstrate that music can speak louder than words and transcend national boundaries and generations. This original example of a cross-European cooperation was possible due to the funding of several institutions, and most importantly thanks to the European Grant for Remembrance and the dedicated work of the project partners in Germany, Austria, Poland, Romania, the Czech Republic and France. Individual incentive and work have made the European Platform create the Silenced Voices Project, and it was group work that has made it succeed. Résumé 20. Simon Laks : Mélodies d’Auschwitz , préface de Pierre Vidal-Naquet et postface d’André Laks, Editions du Cerf, Paris, 2004, p. 118. Citoyenne américaine d’origine russe, Eugenia Gusev porte ici un regard pertinent sur la manière dont l’histoire de l’Holocauste est enseignée – ou non – dans divers pays de l’Union Européenne, ainsi qu’aux Etats-Unis. L’utilisation de la musique – comme d’autres arts – est, à son avis, un moyen tout à fait judicieux pour former les nouvelles générations à ce traumatisme majeur de l’histoire mondiale du 20e siècle et les amener à défendre avec énergie la démocratie et la tolérance. S’appuyant sur des réflexions de Pierre Vidal-Naquet et sur le concept de « mémoire créatrice » développé par Alfred Grosser, l’auteur de cette contribution analyse l’événement qu’aura été le concert – donné le 25 avril 2009 – par l’Ensemble Voix Étouffées sous la direction d’Amaury du Closel à l’Ecole de musique Karol Szymanowski d’Oswiecim (Auschwitz). Il a réconcilié le public polonais avec luimême, lui a fait retrouver des éléments de l’histoire nationale et a suscité des projets nouveaux. Ainsi, en 2010, les élèves de l’Ecole de musique Karol Szymanowski d’Oswiecim devraient retrouver l’Ensemble Voix Étouffées autour d’un nouveau projet. Il sera consacré aux œuvres écrites pour des enfants par des compositeurs victimes de la folie hitlérienne. 88 89 Zusammenfassung In dieser Studie beobachtet die amerikanische Autorin russischer Herkunft Eugenia Gusev die Art und Weise, die Geschichte der Shoah in verschiedenen Länder der EU, sowie in den Vereinigten Staaten zu lehren. Ihrer Meinung nach, ist die Musik – wie andere Künste – ein sinnvolles Mittel dieses Trauma der Weltgeschichte des 20. Jahrhunderts für die heutigen Schüler und Gymnasiasten zugänglich zu machen. So können sie sich für Demokratie und Toleranz zu engagieren. In ihrem Beitrag zitiert Eugenia Gusev den französischen Historiker Pierre Vidal-Naquet und den französischen Politologe deutscher Herkunft Alfred Grosser, den Ehrenpräsident der Voix Étouffées-Organisation. Besonders bedeutend für sie ist das Konzert, das das Ensemble Voix Étouffées am 25. April 2009 an der KarolSymanowski-Musikschule von Oswiecim (Auschwitz) unter der Leitung von Amaury du Closel gegeben hat. Anläßlich dieser Gelegenheit erlebte das polnische Publikum eine Art Versöhnung mit ihrer Nationalgeschichte. Für 2010 wurde schon eine neue Kooperation der Karol-Symanowski-Musikschule von Oswiecim mit dem Ensemble Voix Étouffées vereinbart. Ihr Thema wird aus den pädagogischen Werken, die von der Hitler-Diktatur vertriebenen oder grausam ermordeten Komponisten für Kinder geschrieben wurden, bestehen. photo ? 91 Des fleurs arrosées par des larmes d’enfants Philippe Olivier Jeudi 23 avril 2009 Visite du camp d'Auschwitz-Birkenau sous la direction de Pawel Sawicki. Celui-ci tient des documents relatifs à la vie musicale dans ce lieu. Une fois sortis de l’aéroport de Katowice, les membres de l’Ensemble Voix Étouffées s’installent à bord d’un minibus pourvu d’une remorque dans laquelle ont été rangés les bagages. Parmi nous se trouve Eugenia Gusev, la représentante de l'Académie lyrique, partenaire de ce concert donné à Auschwitz sous l'égide de la Région Centre. Lumière de fin d’après-midi. Durant le trajet, mes pensées – tout en ayant l’air de vagabonder – se concentrent autour de quelques questions fondamentales, relatives au mysterium iniquitatis. Comment la Pologne a-t-elle réellement vécu la Shorbn, mot yiddish désignant l’Holocauste ? Pourquoi l’immense majorité de ses habitants a-t-elle oublié l’enseignement de Pie XI, qualifiant les Catholiques de « sémites spirituels » lorsqu’il reçut, durant son pontificat ayant duré de 1922 à 1939, une délégation de pélerins belges ? Pourquoi un nombre colossal de compatriotes de Jean-Paul II et de Lech Walesa 93 occulte-t-il encore ce génocide se rapportant à l’ensemble du genre humain, et non seulement aux Polonais, même si un martyr comme saint Maximilien Kolbe périt à Auschwitz ? Autant d’interrogations obsédant une conscience humaniste – et catholique – depuis des décennies. Au bout d’une bonne heure, l’enceinte du camp d’Auschwitz I est en vue. Nous sommes logés dans la maison d’hôtes du Musée national, résidence réservée aux chercheurs, aux conférenciers et aux visiteurs invités par cette institution. Inquiétude en pénétrant dans ce bâtiment de brique rouge construit par l’administration nazie pour les services d’organisation et de statistiques du camp. Les murs des chambres ont une épaisseur d’environ trois mètres. Une fois la nuit tombée, un regard par la fenêtre offre un spectacle sinistre : miradors, réseaux de fil de fer barbelé, lampes diffusant une lumière menaçante. Questions : Qui vivait au premier étage de cet édifice ? Que s’y passait-il ? Quelles conversations y tenait-on ? Quelles décisions y furent-elles prises ? Quelles pensées agitaient les membres d’un peuple ayant confié son destin à un gouvernant de rencontre, un certain Adolf Hitler ? potage à base de blé fermenté. Une salle de billard contribue – pour certains clients – à l’agrément des lieux. Sentiment d’une profanation, même si cet établissement ne se trouve pas dans l’enceinte d’Auschwitz I. De même, la grande croix dressée tout près du camp génère un immense inconfort1. Ici, la souffrance est la souffrance. Elle transcende les religions ou l’absence – chez les agnostiques et les athées – de celles-ci. Pour le reste, je songe à une pertinente affirmation du cardinal munichois Michael von Faulhaber, ayant tenu tête à Hitler durant les années noires s’étant écoulées entre 1933 et 1945 : « Il ne pourrait y avoir – au point de vue historique et concret – de catholicisme sans judaïsme »2. Sommeil agité. Comment les fleurs peuvent-elles, ici, encore pousser alors qu’elles furent arrosées par les larmes de tant d’enfants et d’innocents ? Je me remémore les phrases du poète lituanien Avrom Sutzkever, l’un des rescapés de cette tragédie universelle : « Je suis l’enfant qui emporte un brin d’herbe quand on va l’égorger. Je suis la femme cachée dans les égouts, seule avec son premier-né Le dîner se déroule, à cent mètres du camp, dans un restaurant dont les exploitants proposent pizzas, pâtes et plats traditionnels polonais dont le fameux Zurek, un 1. Jean Kahn et Philippe Olivier : Combats pour les Droits de l’Homme – Passé, présent, futur, Hermann, Paris, 2009. 2. Hubert Wolf : Papst und Teufel – Die Archive des Vatikan und das Dritte Reich, C. H. Beck Verlag, Munich, 2008, p. 104. 94 95 attaché son ventre. […] Je suis le vieillard chenu buriné comme l’écorce de la noix qui, pour tromper la mort, doit paraître vingt ans ». Vendredi 24 avril 2009 Temps magnifique. Pensées constantes pour les détenus ayant enduré la pluie, la neige, le froid pendant des journées, comme durant les interminables appels du matin et du soir. Etrangeté du comportement de certains visiteurs, pénétrant dans l’enceinte du camps dès huit heures. Certains d’entre eux sont très impatients. Vêtus comme sur une plage de la Costa del Sol, parlant dans des téléphones portables, ont-ils conscience du lieu dantesque entre tous dans lequel ils se trouvent ? « Celui qui a vraiment quelque chose à dire est également bien capable de se taire »3. d’Auschwitz I. Ils imaginent – s’imaginent peut-être dans une telle situation – leurs prédécesseurs en tenue rayée, en train de jouer des marches, des pots-pourris et des chansons à la mode – les Schlager allemands – à l’heure où l’on ramenait des prisonniers s’étant écroulés d’épuisement au travail. Au milieu de cris, d’appels au secours et d’expressions de désespoir indescriptibles. 3. Notker Wolf : Von den Mönchen lernen, Pattloch Verlag, Munich, 2009, p. 40. Terreur devant les tas de valises des détenus, les piles de lunettes et les montagnes de chaussures ayant été portées par ces malheureux venus de toute l’Europe, conservés dans l’un des blocs du camp. Voici ma cinquième visite à Auschwitz. Les quatre autres ont eu lieu en compagnie de mon cher ami Jean Kahn, d’élus alsaciens et de représentants des Cercles Charles Péguy et Vladimir Rabi de Strasbourg, deux lieux de mémoire et de dialogue. La visite d’aujourd’hui est très particulière : elle réunit des musiciens professionnels. Mais les instrumentistes de l’Ensemble Voix Étouffées ne découvrent ni violoncelle, ni flûte, ni piano parmi ces vestiges bouleversants. Pourtant, quelques instruments sont conservés dans les réserves du Musée national. On y voit un violon, un accordéon et un tuba. Ils ont été joués par des membres de l’un des orchestres du complexe d’Auschwitz. D’où viennent-ils ? Quelle fut leur histoire ? Quelles épreuves traversèrent les musiciens 96 97 Il serait temps que ces manières soient définitivement proscrites à Auschwitz. Les musiciens de l’Ensemble Voix Étouffées respectent – en ce qui les concerne – un silence fait d’émotion, d’effroi et de stupeur. Ils découvrent, entre autres, le lieu où jouait l’orchestre du camp chargés de les jouer ? Le spectacle de ces trois instruments est une confrontation redoutable avec la réalité de ces usines d’extermination. Image concrète, il marque le moment où la recherche en histoire de la musique devient une réalité. Néanmoins, la présence de ces instruments atteste du triomphe de la vie sur la mort. Ils ont survécu à leurs détenteurs et sont des avertissements adressés au monde d’aujourd’hui, comme de demain. « Les défunts mettent en garde les vivants », pour reprendre une formule gravée sur divers monuments commémoratifs. de la morale sur la barbarie, le retour du droit sur l’arbitraire. Pourtant, des détenus jouèrent Bach, Beethoven et Schumann lors de fêtes privées, organisées pour les officiers SS chargés de diriger Auschwitz. Plus tard, des membres de l’Ensemble Voix Étouffées travaillent leur instrument dans le bâtiment où nous sommes logés. Ils peaufinent divers passages de Simon Laks, Alfred Tokayer, Ernst Toch et Hanns Eisler, compositeurs au programme du concert qu’Amaury du Closel dirigera demain à l’Ecole de musique Karol Szymanowski d’Oswiecim, le nom polonais d’Auschwitz. Simon Laks connut l’enfer d’Auschwitz et celui de Dachau, avant de rentrer en France. Alfred Tokayer fut assassiné à Sobibor. Quant à Ernst Toch et à Hanns Eisler, réfugiés aux Etats-Unis, ils virent leurs compositions interdites par le régime hitlérien. Immense satisfaction d’entendre ces phrases instrumentales dans l’enceinte du camp d’Auschwitz I. Elles sonnent le triomphe Les pages de Laks, Tokayer, Toch et Eisler retentissent aussi durant la répétition de l’Ensemble dans la salle de concerts de l’Ecole de musique Karol Szymanowski. Le lieu ressemble aux studios de la Radio de Katowice comme à tant d’autres sites culturels édifiés durant le régime communiste : architecture sévère et pauvreté des matériaux. La répétition se déroule en présence de plusieurs professeurs de l’Ecole de musique Karol Szymanowski, comme d’un certain nombre de leurs élèves. Ceux-ci sont très calmes et concentrés. On leur a transmis le respect des maîtres, une valeur désormais absente dans divers autres pays de l’Union Européenne. Plusieurs de ces élèves bénéficient d’une master-class collective, donnée par les membres de l’Ensemble Voix Étouffées. Commentaires et remarques se font en anglais. On pourvoit à leur traduction polonaise. Les œuvres révélées par l’Ensemble sont, pour revenir à elles, des primeurs au sens propre du terme. Elles offrent des horizons esthétiques nouveaux. Elles constituent une rupture avec les classiques nationaux, dont les portraits ornent les couloirs de l’Ecole de musique Karol 98 99 Szymanowski : Frédéric Chopin, Henryk Wieniawski, Stanislaw Moniuzsko ou encore le même Szymanowski, disparu en 1937. Discussion pleine d’humour avec plusieurs professeurs de l’Ecole de musique : Chopin est-il français ou polonais ? L’unanimité n’est pas longue à se manifester. Il est l’un des symboles de l’identité polonaise. Dès lors, le nationalisme traditionnel resurgit, tout en s’opposant à l’appartenance du pays à l’Union Européenne. S’ensuit un débat sans fin sur la difficile intégration de la Pologne à une dimension supranationale. Gustav Mahler. Ambiance très concentrée, studieuse mais passablement tendue. Les nouvelles générations polonaises éprouvent une vive souffrance face à un passé aussi tragique. Quelques questions suivent mon intervention. Par contre, quatre personnes m’interrogent longuement durant la pause-café. Elles manifestent un respect pour la France à la fois touchant et anachronique. Elles s’inquiètent au sujet de la manière dont la Pologne est perçue dans notre pays. Bloc 12, camp d’Auschwitz I. Je donne une conférence sur la vie musicale dans les camps d’internement, de concentration et d’extermination. Assurément l’exposé – jusqu’à présent – le plus émouvant de ma carrière. L’auditoire est composé de guides des camps d’Auschwitz, de professeurs, d’historiens et de jeunes universitaires. Tous se réunissent régulièrement lors de sessions de formation d’une journée. Au premier rang est installée Mme Helena Niwinska, une dame à la fois âgée et élégante. Vivant aujourd’hui à Cracovie, elle est l’une des survivantes de l’orchestre féminin d’Auschwitz, dirigé par Alma Rosé. Cette dernière était une parente de Concert de l’Ensemble Voix Étouffées dans la grande salle de l’Ecole de musique Karol Szymanowski. Les auditeurs, enfants y compris, portent des vêtements de fête. On est aux antipodes des « tenues » arborées, Salle Pleyel ou à l’Opéra Bastille, par des auditeurs se croyant en randonnée ou pendant des activités de bricolage. Après que les élèves auditionnés hier après-midi se soient fait entendre, les habitants d’Oswiecim – venus en nombre – entendent pour la première fois des œuvres de Simon Laks et d’Alfred Tokayer, passés tous deux – on le sait – dans la géhenne polonaise construite par le régime hitlérien. Moments exceptionnels, portés par la qualité de l’exécution, les parois de bois réverbérantes de la salle et la signification éthique de la soirée : la population locale retrouve un art dont elle a été privée par l’histoire, un propos artistique hautement représentatif de la 100 101 Samedi 25 avril 2009 tradition culturelle de l’Europe centrale, pétrie – entre autres – de judaïsme et d’influences populaires multiples, passées notamment des Balkans à la Galicie. Résurgence – néanmoins – du « phénomène [...] d’étrangeté dans la fiction, l’imagination, la poésie comme un phénomène beaucoup plus plein et riche que dans la vie réelle; il englobe complètement celle-ci et comprend, de plus, autre chose encore qui ne se présente pas dans les conditions de la vie. [...] Le domaine de l’imagination implique, pour être mis en valeur, que ce qu’il contient soit dispensé de l’épreuve de réalité »4. Je me serai rendu, dans l’après-midi, à la synagogue Lomdei Misznajot de la petite ville, un lieu de culte inauguré le 10 novembre 1998. L’heure d’un moment de recueillement particulièrement bouleversant, à laquelle participa un représentant ès-qualités de la prélature polonaise. Aucune cérémonie ne s’était déroulée dans cette synagogue depuis six décennies, puisqu’elle fut incendiée par les nazis durant la nuit du 29 au 30 novembre 1939. Comme le dira, durant notre séjour, un prêtre venu écouter l’Ensemble Voix Étouffées, Oswiecim « était remplie de la présence divine avant la Seconde Guerre Mondiale. Juifs et Chrétiens y vivaient en bonne intelligence. Ils s’invitaient réciproquement lors de leurs grandes fêtes respectives ». La cité disposait alors d’une dizaine de synagogues, plusieurs d’entre elles rattachées à la tradition hassidique dont la Galicie était un centre fameux. La plus grande Schul locale aurait comporté entre mille et trois milles places5. La vie musicale juive était respectable, représentée par des concerts de musique instrumentale, de la hazanout et le chœur Szyr6. Comment, encore, ne pas penser aux voix de ses membres éteintes pour toujours, mais honorées lors de la soirée à l’Ecole de musique Karol Szymanowski ? Quant au Centre culturel juif attenant à la synagogue, il est animé par de jeunes volontaires venant – à tour de rôle – de divers pays européens. Ici encore, les nouvelles générations s’impliquent. Le lieu est aujourd’hui entre les mains de Jörg Reitmaier, un ressortissant autrichien y accomplissant un service civil. Il ira, ensuite, aux EtatsUnis pour servir dans un lieu comparable. Je m’arrête, sur le chemin du retour, devant une maison. Sur la façade de celle-ci est apposée une plaque 4. Suzanne Ferrières-Pestureau : L’originaire dans la création, ABC Idé, Saint-Etienne, 2008, p. 138. 5. Lucyna Filip : Juden in Oswiecim– 1918-1941, Verlag Scientia, Oswiecim, 2005, p. 56. 6. Ibidem, p. 134. 102 103 commémorative, indiquant que des soldats de la SS y vivaient. Certains d’entre eux croisèrent peut-être, dans les allées des camps d’Auschwitz, Simon Laks ou Henriette Gottlieb, une grande cantatrice wagnérienne de confession israélite. Invitée sur la scène de Bayreuth entre 1927 et 1930 comme Brünnhilde, elle était aussi une exceptionnelle Rachel dans La Juive de Halévy. Les Parisiens l’applaudirent, en 1930, au Théâtre des Champs-Elysées sous la direction de Franz von Hoesslin. Interdite de scène en 1934, elle vivait – encore – en 1940 à Berlin. Elle fut, ensuite, déportée vers l’est. Après avoir pris conscience que le judaïsme n’était pas soluble dans une certaine représentation de la germanité. La devise « Goethe et la Torah » n’était plus qu’une illusion. Leo Baeck, le dernier Grand Rabbin d’Allemagne au moment de la Shoah, avait su la dénoncer. Dimanche 26 avril 2009 Visite matinale du camp d’Auschwitz-Birkenau. Les visiteurs sont nombreux. Des délégations israéliennes vont et viennent. On attend l’arrivée du Premier ministre de l’Inde. Les Juifs d’Oswiecim n’eurent pas à parvenir d’aussi loin. Leur tombe était à la porte de leur domicile. Pensées bouleversées en ce lieu d’extermination industrielle, le théâtre tragique de la destruction du judaïsme 104 européen et – ce faisant – d’un élément constitutif de l’identité de notre continent. Avant de passer sous le mirador représenté dans tant de livres, nous effectuons à pied le chemin menant de la « alte Rampe », le premier lieu de débarquement des martyrs, à l’entrée du camp. Comme eux. Pawel Slawicki, muni d’une iconographie substantielle, évoque la vie des musiciens enfermés à Auschwitz-Birkenau. Il nous conduit devant le baraquement où vivaient les membres de l’un des orchestres du camp. Les bouquets de fleurs offerts à la fin du concert d’hier ne sauraient servir d’hommage. Je songe à la grande cantatrice Ottilie Metzger-Lattermann7, probablement disparue ici. Aurait-elle pu s’imaginer, après un récital ou une représentation lyrique, quel sort l’attendait dans ce lieu gigantesque et balayé par les vents ? Un lieu de silence, aujourd’hui. Un lieu de hurlements, de cris, d’implorations désespérées, autrefois. Un lieu où la fonction fondamentale de la musique était niée. Si, comme l’écrit Jacques Attali, « alors que les autres religions promettent un au-delà, le judaïsme ne promet que le droit d’espérer »8, le 7. Karl J. Kutsch et Leo Riemens : Großes Sängerlexikon, Francke Verlag, Bern, 1987, tome 2, p. 1958. 8. Jacques Attali : Dictionnaire amoureux du Judaïsme, Plon-Fayard, Paris, 2009, p. 95. 105 retour des œuvres de Simon Laks, Alfred Tokayer, Ernst Toch et Hanns Eisler à Oswiecim est une manifestation d’espoir s’adressant à tous les hommes de bonne volonté. Nous sommes fiers d’en avoir été les premiers artisans. Surtout quand Pawel Sawicki, un jeune Polonais d’aujourd’hui, déclare : « Jérusalem est aussi ma patrie spirituelle ». Zusammenfassung In diesem in Form eines Tagebuchs strukturierten Essay berichtet Prof. Philippe Olivier über die vier Tage, die er mit Amaury du Closel und dem Ensemble Voix Étouffées in April 2009 in Auschwitz (Oswiecim) verbracht hat. Der Autor meditiert über die ethischen Schwierigkeiten der dortigen Bevölkerung, sich mit der Shoa auseinanderzusetzen, sowie über ihre Bemühungen, in einem verfluchten Ort zu leben. In dieser Stadt Galiziens gab es zehn Synagogen vor dem 2. Weltkrieg. Damals lebten Juden und Christen friedlich zusammen. Das Konzert, das das Ensemble Voix Étouffées am 25. April 2009 in der Karol-Szymanowski-Musikschule von Oswiecim gab und dessen künstlerischer Inhalt aus Werken von Hanns Eisler, Simon Laks, Alfred Tokayer und Ernst Toch bestand, bedeutete aber eine menschliche und moralische Versöhnung mit der Vergangenheit. D. h. eine Versöhnung mit einer Zeit, während deren die jüdische Komponente der polnischen Identität noch nicht verdrängt wurde. 106 Abstract In this short diary entree, Prof. Philippe Olivier recounts his memories of the four days he spent in Auschwitz with the Forum for Silenced Voices in April 2009, as part of an EU funded European tour. His contribution is a meditation on the difficulties felt by the majority of Polish people when coping with the highly emotional subject of the Holocaust. He visited several locations of the city of Oswiecim – like the Karol Szymanowski Music School or the Lomdei Misznajot Synagoge – and the extermination camps of Auschwitz I and Auschwitz-Birkenau. In his opinion, hearing Amaury du Closel and the Ensemble for Silenced Voices performing music by Hanns Eisler, Simon Laks, Alfred Tokayer and Ernst Toch contributed to alleviating the heavy taboos carried by the inhabitants of this small city. Until this concert, the students of the Karol Szymanowski Music School never played works of these composers because they did not know they existed. This diary equally poses multiple spiritual and historical questions on the Holocaust. « Ils allaient vers Auschwitz » Un entretien avec Eva Herrmannová, traduit du tchèque par Jean-Gaspard Palenicek Philippe Olivier : Vous avez, à Terezín, chanté dans l’opéra Brundibár de Hans Krása. Avez-vous pu y rencontrer Krása, comme d’autres compositeurs ? Le wagon commémoratif de la «alte Rampe». Eva Herrmannová : Je suis arrivée à Terezín à l’âge de quatorze ans, en 1943. Très vite, j’ai commencé à chanter dans le chœur d’enfants fonctionnant dans ce ghetto. J’ai pu, ainsi, participer à la création de Brundibár. Cela dit, j’ignorais que des compositeurs étaient enfermés à Terezín. J’étais trop jeune pour m’en rendre compte. Je ne connaissais ni Hans Krása, ni Viktor Ullmann, un autre des créateurs retenus là. En ce qui concerne Krása, il est venu plusieurs fois nous écouter. Cependant, seul m’importait de chanter. Tout le séjour à Terezín était marqué par une grande tristesse. Le fait de pouvoir chanter me remplissait provisoirement de bonheur. La vie musicale de ce lieu terrible était – on le sait aujourd’hui – très riche. Brundibár a 109 été représenté près de cinquante fois. Rafael Schächter1 a, par ailleurs, monté le Requiem de Verdi auquel j’ai participé moi aussi, dans le pupitre de sopranos des chœurs. A force d’écouter, assise, pendant les répétitions, je l’avais appris par cœur. Entre cinquante et soixante mille personnes sont passées par Terezín. Les gens venaient, puis repartaient pour une destination mystérieuse. Parmi ces individus figuraient nombre de musiciens, comme des chanteurs ayant appartenu aux Opéras de Berlin et de Vienne. Si, un jour, on élabore une liste complète des musiciens de Terezín, on verra l’ensemble exceptionnel d’artistes y ayant été enfermé. Il y avait aussi, parmi eux, des chefs d’orchestre, des pianistes et d’autres instrumentistes ! Comme ce fut le cas dans beaucoup de camps de concentration – de même que dans certaines prisons –, nous faisions de la musique, le soir, dans les salles qui nous servaient de logement, de façon à ce que personne ne nous entende. Il y avait toujours un auditoire assez nombreux. Puis, lorsque les SS découvrirent la chose, ils se dirent qu’ils pourraient l’autoriser. C’était, pour eux, une preuve que les Juifs se portaient bien et qu’ils passaient leur temps à chanter pendant que les Allemands combattaient au front. P. O. : Comment se déroulait la vie quotidienne ? 1. (1905-1944). Responsable des activités chorales au Ghetto de Terezín, il périt à Auschwitz après avoir – entre autres – été à l’initiative de l’exécution du Requiem de Verdi à Terezin. E. H. : Nous étions obligés de travailler. Au printemps, en été et à l’automne, nous faisions des travaux des champs. L’hiver, le travail était particulièrement dur. Le soir, nous rentrions dans nos logements. Passées vingt-etune heures en été et vingt heures en hiver, plus personne n’était autorisé à sortir. Une fois de retour des champs – éreintés et trempés lorsqu’il pleuvait –, nous tenions nos répétitions. À vingt ou vingt-et-une heures, tout devait s’arrêter. Nous étions heureux, malgré la faim, malgré les morts si fréquentes... Le fait de chanter, de donner des concerts, d’étudier de nouvelles œuvres nous emplissait de bonheur. Avant d’arriver à Terezín, je m’étais vue interdire l’accès aux écoles. Je n’avais plus le droit de faire du sport. Ainsi, pouvoir tout à coup faire partie d’un chœur était un grand bonheur. Bien sûr, j’étais séparée de mes parents et j’étais très triste. Mais, grâce au chant, des amitiés pérennes se sont nouées là. La musique permettait un oubli momentané des circonstances d’alors. 110 111 Aujourd’hui Brundibár est connu de manière universelle. Presque partout dans le monde, des enfants l’apprennent et, grâce à cet opéra, découvrent les persécutions nazies contre les Juifs. Une fois, le père d’un de ces enfants est venu me dire que son fils avait appris plus en histoire en travaillant sur Brundibár que tout au long de l’année scolaire. S’il s’agit d’un opéra pour enfants, c’est aussi une œuvre très bien écrite, moderne pour son temps, brechtienne. Cet opéra n’a pas été composé pour Terezín. Il date de 1938. Cependant, lorsque nous arrivions aux derniers vers consacrés à la victoire des enfants – « Brundibár est vaincu, ça y est, nous l’avons eu ! Faites sonner les tambours, car nous avons gagné ! Nous avons gagné, car nous n’avons pas eu peur ! » – nous étions dans un état extatique. Ces propos m’ont donné beaucoup de force dans ma vie future. le Requiem de Verdi. Ce piano reposait sur de vulgaires trépieds. Que lui était-il donc arrivé pour qu’il soit dans cet état ? Nous le déplacions souvent, ce qui ne devait pas lui faire de bien. Pour les répétitions, nous utilisions également un vieil harmonium, y compris pour le Requiem. Une fois, en début de répétition, Rafael Schächter appuya la touche du la et constata que la note était fausse. Il envoya un coup de pied à l’harmonium, jura de façon grossière, puis sortit de sa poche un diapason et donna le la. La répétition débuta enfin. Comme on ne disposait que d’un seul exemplaire de la partition chant et piano du Requiem de Verdi, les uns et les autres apprenaient leur partie par cœur. P. O. : De quels instruments de musique disposait-on dans le cadre de ces activités ? E. H. : On y a – après la libération du ghetto – découvert une petite synagogue. Il s’agissait d’un coin minuscule dans une salle. Voilà qui est évident, dans la mesure où ce camp de concentration n’était peuplé que d’Israélites. E. H. : Nous n’avions qu’un seul piano. L’excellent compositeur Gideon Klein2 nous accompagnait sur celui-ci pour P. O. : La musique liturgique juive était-elle pratiquée à Terezín ? P. O. : On connaît désormais l’ouvrage de Joza Karas consacré à la musique à Terezín3. La recherche continue- 2. (1901-1945). Considéré comme l’un des espoirs de la musique européenne, ce jeune compositeur était aussi un brillant pianiste. Déporté d’abord à Auschwitz, il décéda au camp de Fürstengrube en Silésie. 3. Joza Karas : La musique à Terezín – 1941-1945, Gallimard, Paris, 1993. 112 113 t-elle à progresser dans le domaine des études consacrées à ce lieu ? E. H. : Oui. Il existe aujourd’hui une documentation très précise. Un travail en plusieurs volumes recense la liste complète des êtres humains qui sont passés par Terezín, qu’ils y soient morts, qu’ils aient été envoyés ailleurs ou qu’ils aient éventuellement survécu. Voilà qui peut aider considérablement, dans leurs recherches, les personnes présentes parmi nous ce soir. Plusieurs d’entre elles nous ont dit, tout à l’heure, qu’elles avaient perdu un membre de leur famille, voire leur père ou leur mère à Terezín. Je suis évidemment très touchée par les questions émanant de plusieurs de nos auditeurs. Ils éprouvent le besoin – naturel – de savoir. Pour revenir, maintenant, aux volumes concernant les Tchèques, ils sont maintenant achevés. Ceux traitant des Juifs allemands sont en cours de publication. Par ailleurs, je vous recommande l’ouvrage intitulé Theresienstadt 1941-1945, écrit par Hans Günther Adler, un autre ancien détenu de ce camp de concentration4. Le sujet y est abordé sous tous les points de vue : la santé, les transports, la culture. La chronologie de cet ouvrage est très précise. P. O. : On y apprend, entre autres, que le célèbre compositeur Richard Strauss – pourtant d’une extrême mollesse à l’égard du régime national-socialiste – s’était rendu en 1942 à Terezín afin d’y demander l’élargissement de Paula Neumann, la grand-mère de sa bru. Le commandant de la place refusa de le recevoir5. Je souhaiterais, désormais, aborder un autre thème : Quel souvenir gardez-vous des contrôles de la Croix rouge à Terezín ? E. H. : Le ghetto était alors embelli pour l’occasion. Les malades étaient envoyés au préalable vers Auschwitz, surtout les personnes âgées. Ils n’en revinrent évidemment jamais. Un grand nettoyage des maisons était effectué à l’avance, principalement sur les lieux du trajet prévus pour la visite. Il s’agissait là d’un effroyable mensonge, notamment lorsque la chose était filmée. On le constate en regardant le documentaire réalisé, en 1944, par Kurt Gerron et connu – en France – sous le titre apocryphe suivant : Le Führer offre une ville aux Juifs6. Une fois, le contrôle de la Croix rouge devait s’arrêter 4. Hans Günther Adler : Theresienstadt – 1941-1945, Mohr Verlag, Tübingen, 1955. 5. Brigitte Hamann: Winifred Wagner oder Hitlers Bayreuth, Piper, Munich, 2002, p. 454. 6. Amaury du Closel : Les Voix étouffées du IIIe Reich, Actes Sud, Arles, 2005, p. 373. 114 115 dans notre pièce, là où n’étaient logés que des jeunes gens. Une nuit, nous fûmes expulsés de cette pièce. Trois jours plus tard, lorsque nous y revînmes, nous trouvâmes une chambre élégante, avec des lits au lieu des planches sur lesquelles nous dormions, et des draps blancs. La pièce sentait bon le bois frais. De ce fait, les membres des commissions de contrôle furent incapables de déceler ce qui se passait réellement à Terezín. P. O. : Jusque quand êtes-vous restée à Terezín ? E. H. : J’y suis demeurée jusqu’au 8 mai 1945 au soir, le moment de l’arrivée des troupes soviétiques. Je ne saurais décrire la joie avec laquelle nous avons accueilli celles-ci. Je fus, d’ailleurs, bien surprise de voir surgir tout à coup, de je ne sais où, de nombreux drapeaux aux couleurs tchécoslovaques ainsi que des panneaux de bienvenue écrits en russe. Mes parents étaient à la maison à Opava, la ville de mon enfance. J’ai décidé d’aller les retrouver. J’ai, à l’aide de moyens de transports divers, mis deux jours à rentrer. Je suis arrivée chez nous un dimanche. C’était la Fête des mères. Les gens avaient peur de nous. Ils ignoraient ce qui se passait dans les camps. Voir, tout à coup, d’anciens détenus les inquiétait beaucoup. Ils craignaient des représailles éventuelles ou la transmission du typhus et d’autres maladies. 116 P. O. : Avez-vous rencontré, à Terezín, des gens venus d’autres camps de concentration ? E. H. : Oui, plusieurs personnes. C’était au début de 1945, quelques mois avant la libération du camp. Ces individus revenaient de ce que l’on appelle les Marches de la mort. Parfois, ils arrivaient entassés dans des wagons ouverts où l’on n’aurait su dire qui était encore vivant et qui était déjà mort. D’autres s’en retournaient à pied. On les entendait venir, même de loin. Ils portaient des espèces de sabots qui claquaient sur la route. Même la nuit, nous les entendions passer. Nous attendions les ténèbres pour nous faufiler au-dehors et leur apporter un peu de sucre ou quelque maigre nourriture. Ils étaient au bord de l’effondrement. C’était horrible. Ces malheureux nous ont appris l’existence des chambres à gaz. Nous avons enfin su où se rendaient les convois fréquemment constitués au départ de Terezín. Ils allaient vers Auschwitz. Plusieurs d’entre eux y ont emmené les meilleurs musiciens, chanteurs et compositeurs enfermés dans cette ancienne ville de garnison construite par les Autrichiens. P. O. : Existait-il, à votre retour de Terezín, des aides institutionelles pour vous aider à vous réinsérer ? 117 E. H. : Des comités d’aide individuelle se sont vite formés à un niveau régional. De nombreuses aides financières furent distribuées. Le plus souvent, les gens qui revenaient des camps avaient tout perdu. Il s’agissait de leur fournir un petit quelque chose. Et puis, il y avait des aides financières pour ceux qui souhaitaient quitter le pays, notamment pour Israël. De nombreux jeunes, en particulier, décidèrent de partir vers ce pays. P. O. : Jean-Gaspard Palenicek, notre traducteur, souhaite vous poser une question. Je lui passe la parole. Jean-Gaspard Palenicek : Pourquoi étiez-vous attirée par le communisme ? E. H. : Je me limiterai aujourd’hui à mes jeunes années. J’avais, au moment de mon retour, seize ans. Je souffrais de la tuberculose. Mon principal souci était de réussir à me faire admettre dans un lycée. J’ai, finalement, passé et obtenu mon baccalauréat en tant que candidate libre. On parlait peu, dans ma famille, du nouveau régime. Je dois avouer que j’étais, alors, favorable au communisme. E. H. : Je trouvais judicieux qu’il n’y ait plus de différences sociales, que tout le monde ait les mêmes droits. Mais j’ai commencé, assez vite, à entrer en conflit avec cette vision du monde. Lors d’un voyage universitaire – j’ai étudié la musicologie à l’Université Charles de Prague entre 1952 et 1957 – j’ai effectué un périple en bus. J’ai vu, soudain, des miradors et des tours de garde semblables à celles de Terezín. J’en ai ressenti un choc terrible et ai eu une réaction quasiment hystérique. Ces tours donnaient l’impression d’appartenir à l’enceinte du ghetto. L’un de mes camarades s’est écrié : « Si elles ne te plaisent pas, ne les regarde pas ! » Je n’ai pas supporté ce refoulement, alors répandu en Tchécoslovaquie. Mes compatriotes vivaient dans la dénégation des événements tragiques s’étant déroulés, chez nous, durant la Seconde Guerre Mondiale. Une forme d’amnésie s’était emparée d’eux. Je me suis emportée, j’ai tempêté contre cette forme de censure. Je me suis adressée à ce camarade dans les termes suivants : « Ton attitude ressemble à celle des 118 119 P. O. : Issue d’une famille à moitié autrichienne où l’on parlait allemand, et donc membre de l’une des minorités ethniques qui faisaient la richesse de la Première République tchécoslovaque, vous avez notamment – entre 1991 et 1995 – dirigé le Théâtre national de Prague. Comment avez-vous vécu, antérieurement, la période communiste ? Allemands ! Tu fais ce que nous leur avons reproché ! » J’étais vraiment hors de moi. En effet, les Allemands avaient – à cette époque – comme habitude de dire qu’ils avaient toujours ignoré l’existence des camps de concentration et d’extermination. Zusammenfassung In diesem Gespräch mit Prof. Philippe Olivier schildert Eva Herrmannová ihr Leben in Theresienstadt (Terezín), wo sie 1943 inhaftiert wurde. Damals war sie vierzehn Jahre alt. Bis zum 8. Mai 1945 blieb sie in diesem Ghetto, wo sie zu dem von Rafael Schächter geleiteten Chor gehörte und wo sie bei zahlreichen Aufführungen der Kinderoper Brundibár von Hans Krása mitwirkte. Damals war die Musik für das junge Mädchen ein wichtiger Trost, obwohl sie oft Zeugin des zynischen Benehmens der KZ-Leitung war. Z. B. war der Besuch einer Delegation des internationalen Rotkreuzes in Theresienstadt eine lächerliche Farce. Nach der Befreiung von Theresienstadt durch die Rote Armee ging Eva Herrmanová zu ihren Eltern, die in Opava lebten. Für die ehemalige Leiterin des Prager Staatstheaters ist auch dieses Gespräch eine Gelegenheit, über die ersten Jahre der kommunistischen Regierung in der Tschechoslowakei zu reden. Damals glaubte sie an eine neue und demokratische Gesellschaft. Nichtsdestoweniger blieben – bei Eva Herrmannová – die langen Schatten ihrer jüngsten Vergangenheit gegenwärtig... 120 Abstract Eva Herrmannová, the Head of the Prague State Theater from 1991 to 1995, was interned in Terezín in 1943, at the age of fourteen. During her discussion with Prof. Philippe Olivier, she recounts the hardship of everyday life in a place where inmates were regularly sent to their death by train to Auschwitz. La crème de la crème of Czech and German-Jewish professional musicians and singers were detained in this infamous place. She shares her memories of the performance of Brundibár, Hans Krása’s children’s opera, where she was a member of the choir. On the 8th of May 1945, Terezín was liberated by the Soviet Army. The young girl went to Opava, the city where her parents were living at this point in time. Finally, Eva Herrmannová remembers the early years of Post-War society in Czechoslovakia and her long traumas after being detained in Terezín, a place where a rich musical life helped many inmates keep hope alive and survive. Table des matières Inhaltsverzeichnis Contents Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 Amaury du Closel Chronologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Organisations partenaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 The development of a European Awareness . . . . . . . . . . . 19 Eugenia Gusev L'Ensemble Voix Étouffées visite le camp d'Auschwitz I. Hanns Eisler, Simon Laks, Erwin Schulhoff, Ernst Toch, Alfred Tokayer und Alexander Zemlinsky: Sechs Komponisten auf dem Programm einer europäischen Konzertreise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 Gerold W. Gruber und Philippe Olivier Une émouvante leçon de musique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43 Samuel Tastet Verfemte Music Competition, Schwerin . . . . . . . . . . . . 49 Volker Ahmels 123 exil.arte, Vienna. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59 Gerold W. Gruber Holocaust education and Memory in Transition: The story of a small nonprofit organization and its quest for positive change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71 Eugenia Gusev Des fleurs arrosées par des larmes d’enfants . . . . . . . . . . 93 Philippe Olivier « Ils allaient vers Auschwitz » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109 Eva Herrmannová (Entretien avec Philippe Olivier) Impressum Conception, lectorat, traductions de l’allemand vers le français et du français vers l’allemand : Prof. Philippe Olivier ([email protected]) pour le compte du Forum Voix Étouffées et de ses partenaires présentés dans le présent volume. Lectorat des textes en anglais : Eugenia Gusev pour le compte du Forum Voix Étouffées et de ses partenaires présentés dans le présent volume. Les biographies des compositeurs ont été publiées dans la brochure exil.arte – EU Project 2008-2009, Vienne, 2009. Elles ont été rédigées par Gerold W. Gruber et Philippe Olivier. Le texte intitulé « Ils allaient vers Auschwitz » est la version écrite d’une discussion publique avec Eva Herrmannová. Celle-ci s’est déroulée au Centre tchèque de Paris le jeudi 31 janvier 2008, lors du concert de clôture du Festival Voix Étouffées 2008. Les textes d’Eugenia Gusev, Volker Ahmels, Amaury du Closel, Philippe Olivier et Samuel Tastet sont des contributions originales destinées au présent volume. Les contributions constituant le présent volume sont publiées sous la responsabilité de leurs rédacteurs respectifs. Deutsschprachige Beiträge: Die Schreibweise entspricht den Regeln der alten Rechtschreibung. Toutes les photographies figurant dans le présent volume ont été réalisées par Eugenia Gusev. Remerciements particuliers à Nathalie Grenon, Gernot Grohs, Nicolae Licaret, Hélène Mouchard-Zay, M. Henri Paul, Ambassadeur de France en Roumanie, Pawel Sawicki, Samuel Tastet et Christophe de Winter. 125 Forum Voix Étouffées 125, rue de Turenne F-75003 Paris France Tél. : + 33 (0)6 28 51 57 74 E-mail : [email protected] www.voix.etouffees.org La maquette, la mise en pages & la couverture de Retour / Rückkehr / Return ont été réalisées par Samuel Tastet. La typographie a été effectuée en Didot et Futura. L’impression, confiée à Arta Grafica à Bucarest, a été achevée le jeudi 16 juillet 2009. Vue depuis l'œilleton d'une cellule de condamné à mort dans le camp d'Auschwitz I.