Être Magaizine 1 - Guide Gai du Québec

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Être Magaizine 1 - Guide Gai du Québec
Être Magaizine
1
antoinelaoun.com
Centre-ville 700, rue Sainte-Catherine Ouest Saint-Léonard 6028, boul. Jean-Talon Est Anjou 7460, boul. des Galeries d’Anjou Brossard- DIX30 9370, boul. Leduc, No.15
2 Être Magaizine
Être Magaizine
3
Sommaire
Crédits
6
Édito
7
ACTUALITÉS
Actualités nationales
Actualités internationales
8
10
REPORTAGE
Prostitution masculine
16
SOCIÉTÉ
Edgy Women
20
AlterHéros
22
CHRONIQUE DIVERSITÉ
L’amour à distance
24
ENTREVUE DU MOIS
Benoît McGinnis
28
16
La prostitution masculine
LIVRES
Philippe Besson
34
THÉÂTRE
The Dragonfly of Chicoutimi
36
Les Belles-Sœurs
38
MUSIQUE
Critiques
42
Röyskopp
46
Ganymède
48
NIGHTLIFE
Amène ta blonde
50
Brèves
52
Faggity Ass Fridays
54
David Guetta
56
Le Flamingo
56
Photos
58
DÉCO
Vertuose
60
EQ3
62
On a craqué pour
64
Benoît
McGinnis
24 Chronique
Diversité
28
68 ARTSIDA
71 FIFA 2011
CINÉMA
Les Oscars
66
EXPOSITION
Artsida
68
DOSSIER
FIFA 2011
71
ESCAPADES
Moulin Wakefield
76
MENUS PLAISIRS
L’Avenue
77
L’Autre version
78
4 Être Magaizine
Être Magaizine
5
Équipe de travail
Éditeur
André Gagnon
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Ventes et administration
Luc Barrette
(514) 439.4737
[email protected]
Guillermo De Anda
(514) 529.2624
Magazine Être Une division du Groupe HMX
À l’heure où le gouvernement conservateur coupe les subventions pour les tournées internationales, le théâtre québécois peut faire face aux difficultés de faire
tourner ses spectacles ici même, dans la province. La preuve avec la mésaventure qui arrive à la pièce de Michel Marc Bouchard
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Pierre Druelle
(514) 521.3873
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Sean MacKenzie
(514) 439.4447
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Coordonnateur à la
rédaction
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Chef de pupitre Politique/
Social
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Pierre Druelle
César Ochoa
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Montréal (Québec) H2L 4K1
Tél 514 521 3873
Québec
Tél 418 523 3873
Ottawa
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Éditorial
re
Derniuète Tom n’ira pas à la ferme au Québec
min
François Bernier
Les espoirs d’un printemps arabe
Depuis plus de deux mois, un vent de liberté déferle sur le Maghreb et le Moyen-Orient arabo-musulman.
Les peuples se soulèvent contre les longues et pénibles dictatures depuis longtemps soutenues dans la
plupart des cas par les gouvernements occidentaux, contre la misère générale qui contraste avec l’opulence des uns (un euphémisme!), la mégalomanie des despotes et de leurs entourages.
©Damián Siqueiros
Michel Marc Bouchard l’a annoncé le 3 mars sur Facebook : Tom à la ferme, sa dernière création, mise en
scène de Claude Poissant, n’aurait pas la chance de partir
en tournée partout au Québec, faute d’intérêt de la part
des théâtres de la province. La pièce a pourtant remporté
un vif succès à Montréal, au Théâtre d’aujourd’hui, tant
auprès du public que de la critique.
© actualidad.orange.es
André Gagnon
[email protected]
La pièce bien accueillie… au Mexique
Michel Marc Bouchard se consolera en constatant
que dans sa région natale, le Saguenay-Lac-Saint-Jean,
quelques réponses se sont avérées favorables, mais ces
exceptions n’ont pas suffi. «L’intérêt est trop faible,
même dans la couronne de Montréal et la tournée espérée par le Théâtre d’aujourd’hui et l’équipe de production n’aura pas lieu. Je ne sais pas comment expliquer
cela. Je crois que les spectacles présentés sont de plus
en plus conservateurs et confortables. La distribution
doit comporter des vedettes... et l’homosexualité dans un
cadre dramatique n’a jamais été un thème très très vendeur. De plus, je crois que le marché du spectacle est de
plus en plus frileux face aux risques.» explique l’auteur.
Ces soulèvements populaires ne sont pas sans rappeler les
révolutions qui sont à l’origine de nos libertés démocratiques, notamment la grande Révolution française où le peuple affamé s’était soulevé contre la monarchie absolue et sa
cour qui vivait dans l’opulence pendant que le peuple crevait
de faim.
Michel Marc Bouchard a reçu la mauvaise nouvelle
juste avant de s’envoler pour le Mexique où Tom en la
granja a été présentée, début mars, dans le cadre de la
Semana Internacional de la Dramaturgia Contemporanea de Monterrey. On est tenté de se référer à l’adage nul
n’est prophète en son pays.
Argentine
Un prêtre argentin pro-mariage gai destitué
Nicolas Alessio, un prêtre s’étant prononcé en faveur du mariage homosexuel
en Argentine, affirme avoir été destitué par un tribunal religieux à Cordoba, ville
située à 700 kilomètres de Buenos Aires.
Joëlle Girard
Le religieux argentin de 53 ans,
ayant soutenu la légalisation du mariage homosexuel (votée en juillet
2010), s’est vu jugé sévèrement par
ses pairs lors d’un procès canonique
sans précédant. «Ils m’ont condamné et expulsé parce que je pensais
différemment» a-t-il conclu.
Très critique face à l’institution qui le
désavoue, le prêtre destitué dirige son
offensive contre la crédibilité de l’Église
catholique, évoquant divers scandales
qui l’ont déjà éclaboussée. Il relève entre autres qu’il a été sanctionné par cette
«même Église qui n’a pas réprimandé
des prêtres pédophiles» condamnés par
la justice pour abus sur mineurs.
Impunité de clercs criminels et
ingérence de la hiérarchie catholique
Il rappelle aussi que la hiérarchie
catholique argentine n’a jamais
sanctionné le prêtre Christian von
Wernich, pourtant incarcéré depuis
2003 et condamné en 2007 à la pri©radiocristiandad.wordpress.com
son à perpétuité pour des crimes
contre l’Humanité. Ce dernier a agi
comme aumônier de la police de
Buenos Aires pendant la dictature
militaire de 1976 à 1983 qui a fait
30.000 morts et disparus, selon les
organisations de défense des droits
de l’Homme.
De plus, selon Nicolas Alessi,
l’Église fait preuve d’ingérence en
soutenant une position aussi conservatrice, brimant la liberté d’expression des ecclésiastiques sur une
question pourtant d’ordre civil. «La
hiérarchie de l’Église se croit tellement maîtresse de la vérité qu’elle
pense pouvoir dire le dogme sur les
affaires civiles qui échappent à la
sphère religieuse», a-t-il affirmé.
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6 Être Magaizine
Le soulèvement contre le symbole le plus brutal de
l’ancien ordre patriarcal incarné dans la personne du
dictateur absolu n’est que le début de la déconstruction
des oppressions des anciennes sociétés patriarcales antérieures à la démocratie. Les femmes égyptiennes qui
manifestaient pour leurs droits place Tahrir le 8 mars
ont vu comment la résistance de ce système hostile à
leur cause est grande. Il y a de grands risques que les
fruits de ces révolutions soient détournés par des forces
conservatrices internes ou par ces mêmes puissances occidentales qui soutenaient hier les pires gouvernements
homophobes tout en prétendant défendre nos droits, dans
l’intérêt de notre «sécurité». Les exemples de l’Iran et
des pays de l’ancien bloc soviétique sont assez éloquents
à cet égard.
C’est à ces soulèvements populaires que nous devons
l’affirmation des ‘droits de l’Homme’ qui a peu à peu pavé
la voie à notre libération. Les grands principes de liberté,
égalité, fraternité, étendard de ces révolutions guident encore aujourd’hui les luttes des mouvements sociaux, dont
le mouvement de libération gai. Revendiquons-nous autre
L’obtention de davantage de libertés démocratiques ne
chose aujourd’hui que la liberté et l’égalité pour nos frères et signifie pas non plus ipso facto que l’homophobie d’État
sœurs dans l’espoir d’une humanité fraternelle?
fera place à plus de libertés pour les minorités sexuelles. On n’a qu’à penser à combien de temps il a fallu en
Dans une des régions du monde où les libertés démocrati- Occident pour que la démocratie proclamée s’applique
ques les plus élémentaires sont denrées rares, où on compte aux gais, lesbiennes, bisexuels et trans. Avec les médias
les États les plus virulemment homophobes sur Terre, ce de communication modernes, avec les progrès de l’éduvent de liberté est porteur d’espoirs. D’autant plus qu’il cation, on peut espérer que ces sociétés évolueront plus
semble faire tache d’huile et que, à l’image des révolutions rapidement dans la voie de la démocratie que nous ne
démocratiques en Occident il y a 200 ans, il oblige même les l’avons fait.
gouvernements autoritaires les mieux établis à des concessions démocratiques.
Mais le vent de liberté qui souffle sur le monde arabomusulman nous permet d’espérer qu’un des principaux
bastions de l’homophobie sur la planète en viendra bientôt à s’effondrer, permettant ainsi à nos droits d’avancer
à travers le monde. Les votes récents aux Nations Unies
nous rappellent comment les forces conservatrices en Occident comptent sur l’appui de ces dictatures pour bloquer
la reconnaissance de nos droits dans les instances internationales.
Le vent de liberté qui souffle sur le monde arabomusulman nous permet d’espérer qu’un des
principaux bastions de l’homophobie sur la planète
en viendra bientôt à s’effondrer, permettant ainsi à
nos droits d’avancer à travers le monde
Malgré la chute des dictateurs, comme dans nos révolutions, le chemin sera parsemé d’embûches et de possibles
retours en arrière. Combien a-t-il fallu de temps en Occident
pour faire reconnaître même nominalement le droit des esclaves et les affranchir, pour reconnaître les mêmes droits
aux femmes et aux minorités sexuelles, un processus qui
n’est pas encore terminé dans la plupart des pays occidentaux dits démocratiques?
Aussi, nous devons de tout cœur être avec ces peuples
qui luttent contre la tyrannie, avec nos frères et sœurs de
ces nations qui voient un espoir de liberté dans ces mouvements. Faisons en sorte que nos gouvernements respectent
et soutiennent activement cet élan démocratique. Le printemps arabe amène l’espoir d’un grand pas en avant pour
tous les êtres humains. La civilisation arabo-musulmane
est une des grandes civilisations de l’histoire de l’humanité
et a permis les progrès des sociétés anciennes du bassin
méditerranéen. Elle peut redevenir un phare de ce progrès
dans le monde.
Être Magaizine
7
Actualités nationales
Actualités nationales
Montréal
Une charte-sauna contre les ITSS
Le Centre de la santé et des services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance et
l’organisme communautaire RÉZO annoncent l’élaboration d’une «charte
d’engagement». Il s’agit d’un des nouveaux moyens imaginés pour combattre la hausse très inquiétante du nombre de contaminations dans la
métropole québécoise.
Éducation sexuelle
Création d’une trousse de
l’enseignant
L’initiative est rare et mérite d’être soulignée. Sida bénévoles Montréal / AIDS Community Care
Montréal (ACCM) a lancé le 16 février son premier Coffret d’éducation sexuelle, utilisable en
milieu scolaire. Le but est bien entendu de sensibiliser les jeunes au problème des maladies
sexuellement transmissibles.
La Rédaction
Les chiffres alarmants
«Augmenter l’accès au matériel de protection dans des saunas de Montréal» et «intensifier les actions de prévention». Tels sont
les objectifs annoncés en février par le CSSS
Jeanne-Mance et RÉZO. Tous deux ont constitué un partenariat avec les saunas de Montréal
et la Direction de santé publique de l’Agence
de la santé et des services sociaux de la ville en
donnant naissance à une carte d’engagement.
Le lancement de cette opération sera effectif
au mois de mai.
En attendant, les organismes évoquent
déjà un «mode de collaboration novateur entre les professionnels de la santé, le réseau
communautaire et des partenaires commerciaux». Pour atteindre plus facilement son
but, un site Internet d’informations devrait
voir le jour.
Montréal prend exemple sur d’autres villes
comme Londres, Paris ou même Sydney qui ont
tour à tour développé ce type de projet. Pour Robert Rousseau, directeur général de RÉZO, «à
Montréal, ce type de projet a tout pour réussir
dans notre ville car les saunas se sont toujours mobilisés dans la lutte contre le VIH et les ITSS, en
permettant notamment la présence d’intervenants
et la tenue de clinique de dépistage sur place».
La création de cette charte entend répondre
à l’augmentation alarmante du nombre d’infections constatée ces dernières années à Montréal.
«Par exemple, le taux d’incidence de la syphilis
observé en 2009 est près de 40 fois plus élevé
que celui observé en 2000. Les relations sexuelles non protégées représentent le principal facteur de risque dans cette propagation croissante», explique-t-on du côté des organismes.
Religion
Raymond Gravel
s’attaque à la droite dure
Le prêtre québécois, ex membre du
Bloc québécois et ancien prostitué,
a déposé une plainte contre différents organismes pro-vie, les accusant d’avoir déformé ses propos.
Les principaux concernés n’ont pas
tardé à répliquer et dénoncent cette
initiative.
© nsientia.net
500.000 dollars. C’est la somme que Raymond Gravel réclame à des organisations pro-vie. Le
religieux, qui a rendu publique son action le 18 février dernier, accuse ces dernières de diffamation
et d’atteinte à sa réputation. L’ancien député du Bloc québécois vise le site internet LifeSiteNews.
com (LSN) l’association Campagne Québec-Vie et son ancien président, Luc Gagnon.
Raymond Gravel parle d’une «campagne de salissage et de dénigrement». «C’est incroyable.
Je n’en reviens pas. Ils disent tout le contraire de ce que j’ai fait depuis le début, et de la personne
que je suis. Mais les anglophones ne lisent que leur version». Principal reproche : l’avortement.
Le site internet affirmerait que le religieux est pour, ce que le principal intéressé nie farouchement.
Certains de ses propos sur l’homosexualité sont également concernés.
Habitué aux polémiques
LifeSiteNews.com et Campagne Québec-Vie, qui mettent en avant les valeurs traditionnelles
auxquelles adhère la droite religieuse, affirment ne pas être financièrement en mesure de faire face
à cette plainte. Ils demandent d’ores et déjà à leurs partisans de les aider à assurer leur défense.
Campagne Québec-Vie dit néanmoins espérer un arrangement avec Raymond Gravel.
Le prêtre a souvent fait la une des médias. Il faut dire que sa vie est tout sauf ordinaire : c’est
après avoir été prostitué et travaillé dans sa jeunesse dans les bars gais qu’il est a choisi la religion.
Il y a quelques années, il avait affirmé dans la presse que la moitié des prêtres étaient homosexuels.
8 Être Magaizine
grâce à l’appui et aux dons de du comité d’investissement
communautaire TELUS à Montréal, de la Fondation Farha
Le constat des associations est simple : difficile de parler et de l’Agence de la santé publique du Canada.
sexualité aux jeunes et ce n’est pas sur le milieu politique
qu’il faut compter, puisque les cours d’éducation sexuelle Les jeunes peuvent faire des vidéos
« La première partie de la Trousse de l’enseignant d’ACCM
ayant disparu depuis 2001. D’où l’idée de l’ACCM d’aider
les enseignants et ce alors que les jeunes sont souvent décrits consiste en une série de plans de leçon qui servent de guide pour que les enseignants intègrent les discussions sur la
comme peu responsables quand il s’agit de se protéger.
sexualité dans le programme de l’enseignement secondaire,
« La Trousse de l’enseignant, qui a été créée avec la par- de façon holistique», explique-t-on du côté de l’organisation.
ticipation d’élèves, d’organisations communautaires, de
Dans un deuxième temps, il s’agit de donner aux élèves
travailleurs auprès des jeunes, de sexologues, d’infirmières
et, bien sûr, d’enseignants, contribue à créer un climat favo- les outils pour qu’ils créent des vidéos sur le VIH/Sida et
rable pour qu’ait lieu ce dialogue si crucial. La trousse est la sexualité. Pour plus de renseignements, vous pouvez enentièrement gratuite», explique Mark Hapanowicz, directeur voyer un courriel à [email protected] ou commugénéral d’ACCM. L’initiative a peu être menée à son terme [email protected].
La Rédaction
Justice
Le verdict en faveur du couple
Wouters/Thibault confirmé
L’homme coupable de harcèlement homophobe contre le couple de Pointe-Claire a vu sa condamnation confirmée
en appel par un juge montréalais au mois de février. Reste deux étapes aux deux hommes avant d’être tranquilles :
le paiement de l’amende et le prochain procès concernant une autre affaire d’homophobie contre le couple.
L’affaire s’est réglée au mois de février entre
avocats et magistrats. Théo Wouters et Roger
Thibault n’étaient même pas présents au moment où la justice québécoise a confirmé la
condamnation de l’homme reconnu coupable
de harcèlement homophobe contre le couple.
Au mois de décembre 2010, le tribunal avait
accordé aux deux hommes 12.000$ en guise de
dommages moraux et punitifs.
L’affaire remonte à 2004. Gordon Lusk, un
voisin du couple était venu jusque devant leur
porte, les provoquant, leur demandant de se
battre et leur proférant des menaces de mort et
des insultes en les traitant de «fucking fagots»
(«maudites tapettes»).
Premier couple gai à s’unir civilement
L’homme n’a toujours pas versé d’argent. Et
Roger Thibault de confier à Être qu’il ne sait
pas s’il verra pas cet argent de sitôt. «J’espère
qu’il ne va pas être assez inconscient pour créer
de nouveaux problèmes».
Les deux hommes, premier couple gai à
s’être uni civilement au Québec en 2002, dont
les affaires de harcèlement ont fait grand bruit
sur le plan médiatique, seront de nouveau devant la justice pour une nouvelle plainte contre
l’un des leurs voisins. L’affaire devrait être jugée au printemps. Avant, espérons-le pour eux,
de pouvoir vivre en paix.
Être Magaizine
9
Actualités internationales
Mariage gai
Nouveau geste historique de Barack Obama
En jugeant anticonstitutionnelle la loi rendant impossible le mariage
entre les couples de même sexe, le président américain une nouvelle fois réjoui la communauté GLBT. Le gouvernement ne défendra plus cette loi profondément homophobe.
Dans la ligne de mire du président américain : la loi dite
de la «Défense du mariage». Plus précisément, la section 3
de la loi votée en 1996, sous l’administration démocrate de
Bill Clinton. Elle définit le mariage de manière homophobe,
puisque étant «seulement une union légale entre un homme et
une femme» et exige que les époux soient de «sexe opposé».
américaine. Jusqu’ici, le gouvernement pouvait intervenir devant les tribunaux pour s’opposer aux couples homosexuels en invoquant cette loi», a expliqué l’Agence
France Presse.
La décision de Barack Obama peut apparaître comme un
pas très important sur la route qui pourrait mener la Maison
Pour Barack Obama, cette loi est «anticonstitutionnelle», Blanche à appuyer officiellement le mariage gai.
a déclaré le ministre de la Justice, le 23 février. Selon
Eric Holder, le président des États-Unis a demandé au
Le 23 décembre, lors d’une conférence de presse, Barack
gouvernement de ne plus la défendre dans le cadre d’affaires Obama avait rappelé être un partisan depuis longtemps des
liées à ce texte.
unions civiles pour les homos. Mais il avait admis «que du
point de vue des gais, ce n’est pas suffisant» et expliqué
que ses positions concernant le mariage étaient «en train
Positions «en train d’évoluer»
«La décision du président américain intervient dans d’évoluer». Il avait prononcé les mêmes paroles au cours
le cadre de deux affaires actuellement devant la justice d’une entrevue avec le magazine gai The Advocate.
Hongrie
La marche des fiertés de
Budapest finalement autorisée
Les habitants de la capitale hongroise auront finalement droit à l’intégralité de leur 16e Marche des fiertés, le 18
juin prochain. Un tribunal vient de permettre le déroulement de la manifestation annulée par la préfecture de police
de Budapest au mois de février.
Julien Daigneault Boucher
«La décision de la justice est une victoire,
non seulement pour la communauté lesbienne,
gaie, bi et trans, mais aussi pour le droit de tous
les Hongrois à la liberté de rassemblement», a
déclaré, fin février, l’homme de loi néerlandais
Boris Dittrich, de l’association Human Rights
Watch.
Rappelons que le 11 février dernier, la
police a refusé le parcours de la Marche
proposé par les organisateurs de Mission
Arc-en-ciel. La manifestation devait passer
devant le Parlement afin de protester contre
certaines lois (notamment sur les médias)
adoptées par les conservateurs. La police a
alors annulé le rassemblement invoquant les
problèmes de circulation importants qui en
découleraient.
10 Être Magaizine
Marche sous surveillance policière
Les associations GLBT avaient alors dénoncé cette décision jugée « politique ». La nouvelle a fait grand bruit partout sur la planète. La
préfecture a par la suite démenti l’annulation du
défilé en précisant avoir seulement réduit l’accès au bord du Parlement, ce que contestent les
militants LGBT.
La police encadre fortement la Marche des
fiertés de Budapest depuis plusieurs années. En
2009, des homophobes avaient brulé le drapeau
arc-en-ciel utilisé par les organisateurs. L’année
précédente, la police a été contrainte d’employer les gaz lacrymogènes et des pompes à
eau contre les groupes homophobes rassemblés
pour gêner les 1.500 participants de la Marche.
Des violences ont aussi perturbé la manifestation de 2007 : des homophobes ont insulté des
manifestants et ont jeté des bouteilles explosives dans la foule.
L’ART AU SERVICE DE
LA LUTTE CONTRE LE SIDA
Exposition du 23 mars au 9 avril 2011 à la Galerie dentaire [1239, rue Amherst]
Encan le 14 avril à l’Hôtel des Encans [872, rue du Couvent]
Cocktail-dînatoire 18 h | encan 19 h | billets : 35 $
Un encan au bénéfice de Sida Bénévoles Montréal / AIDS Community Care Montreal
514.529.9462 | artsida.org
Actualités internationales
Soccer
Euro 2012:
des tribunes réservées aux homos réclamées
À l’occasion du championnat d’Europe de soccer qui aura lieu en Ukraine et en Pologne en 2012, des supporters
gais ont fait une demande assez spéciale. Ils souhaitent en effet que des parties du stade soient réservées aux
seuls fans homosexuels. Une demande critiquée par d’autres membres de la communauté GLBT.
Le groupe polonais gai Force arc-en-ciel
2012 aura eu au moins le mérite d’émettre une
demande absolument inédite dans l’histoire du
soccer. Ces supporters de l’équipe de Pologne
réclament en effet qu’une partie des sections
des stades qui accueilleront le prochain
championnat d’Europe soit réservées aux
gais. Le but : les protéger contre d’éventuelles
agressions.
Sport homophobe
«Lors de voyages pour encourager notre
équipe favorite, [...] nous devons souvent faire
face à des situations déplaisantes, voire même
subir du harcèlement et des gestes violents de
la part des «vrais» partisans», expliquent-ils sur
leur site internet. Ils souhaitent ainsi «pouvoir
relaxer dans les estrades. Nous ne pouvons pas
nous imaginer rater les matchs de l’Euro 2012
qui seront disputés dans notre pays!».
La ville polonaise de Gdansk, dont le stade
accueillera des rencontres lors de l’Euro 2012,
a déjà rejeté cette demande. Des organisations
GLBT ont du reste critiqué l’initiative, arguant
que des tribunes arc-en-ciel constitueraient
un risque d’autant plus grand pour les gais
puisqu’ils seraient plus facilement repérés par
les éventuels agresseurs, et ce dans un pays où
l’homosexualité reste taboue.
Le soccer reste aujourd’hui l’un des sports
les plus homophobes au monde, les spectateurs
se démarquant souvent par leurs injures et
banderoles discriminatoires. Les joueurs de
haut niveau ayant souhaité sortir du placard
se comptent sur les doigts d’une main et leur
décision a toujours eu de sérieuses conséquences
pour la suite de leur carrière.
Justice
Allemagne :
un couple de lesbiennes réclame une pension alimentaire au donneur
Voilà une nouvelle qui va en intéresser (et sans doute en effrayer) plus d’un. Deux lesbiennes ont déposé une
requête devant la justice allemande. Leur souhait ? Obliger celui qui leur a permis d’avoir un enfant à verser une
pension alimentaire. Les magistrats devraient leur donner raison.
La Rédaction
Tout commence il y a cinq ans. Un couple de lesbiennes allemandes choisit de publier une
annonce dans un journal pour trouver un donneur de sperme. Klaus Schröder, professeur âgé
aujourd’hui de 52 ans, répond et propose aux deux femmes de les aider. Seule condition : n’exiger
aucune compensation économique de sa part. Les futures mères acceptent.
La loi allemande en faveur des plaignantes
En 2011, pourtant, leur promesse semble loin. Les deux femmes réclament en effet au donneur une pension alimentaire pour élever leur fils. D’après la presse, depuis la naissance, Klaus
Schröder a fait office de «papa auxiliaire», voyant l’enfant environ une fois par mois.
Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, la justice devrait trancher en faveur des jeunes femmes.
D’après la loi allemande en effet, c’est le père qui doit prendre en charge ses enfant enfants si la
paternité est clairement identifiée. Seule exception : quand le couple adopte légalement l’enfant,
ce qui n’est pas le cas ici.
12 Être Magaizine
Être Magaizine
13
Actualités internationales
n’est pas datée (certain sur la toile parlent de décembre
2010). On y voit John Galliano, saoul, attablé à un café
parisien, insultant une femme mi-amusée mi-choquée
par l’attitude du directeur artistique de Christian Dior.
Mode
John Galliano poursuivi
par la justice et bientôt
licencié par Dior
Alors que les insultes antisémites qu’auraient proférées le couturier, fin février, font beaucoup parler et lui vaudront un procès, une
vidéo mise en ligne par un journal anglais montre John Galliano
déclarer qu’il «aime Hitler». Pour la maison Dior, c’en est trop : elle
a annoncé le 1er mars vouloir licencier son créateur.
La Rédaction
«J’aime Hitler»… «Des personnes comme vous seraient
mortes. Vos mères, vos pères, seraient tous des putains de
gazés»…«Vous êtes laide», «Salope»… L’auteur de ces douces paroles ? John Galliano.
Ces propos du célèbre couturier peuvent être entendus dans
une vidéo mise en ligne le 28 février sur le site du tabloïd britannique The Sun. Cette scène d’une quarantaine de secondes
Pour la prestigieuse maison française, cette nouvelle
affaire est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Elle
a ainsi annoncé, le 1er mars, la mise à pied du couturier et
a entamé une procédure de licenciement. Les responsables de chez Dior parlent du «caractère particulièrement
odieux» des déclarations et de l’attitude de son créateur
pour expliquer ces décisions.
Procès au printemps 2011
Cette annonce survient alors que John Galliano est depuis le 24 février au cœur d’un scandale du même genre.
Ce jour-là, le couturier aurait provoqué une altercation
avec un couple et une autres personne installés à une table de La Perle, l’un des bars les plus connus du Marais,
le quartier gai de Paris. Selon certains, il aurait alors
proféré des insultes antisémites et racistes à l’encontre
de celles-ci.
Les trois personnes ont depuis porté plainte… tout
comme John Galliano qui parle de «diffamation», affirmant que les faits qu’on lui reproche ont été inventés pour lui nuire. Les différents protagonistes se sont
rencontrés le 28 février, dans un commissariat parisien.
À noter que trois employés de La Perle et deux autres
clients, qui ont assisté à la scène, ont nié l’existence de
ces propos discriminatoires.
Ces témoignages n’auront cependant pas convaincu
les magistrats français. Le couturier britannique comparaîtra devant la justice, au cours du deuxième trimestre
de l’année 2011, à Paris, pour «injures publiques envers
des particuliers en raison de leur origine, de leur appartenance à une religion»
Musique
Lady Gaga :
Born this way ne convainc pas
La sortie du premier titre du nouvel album de l’icône gaie est l’objet
de nombreuses critiques, notamment pour sa ressemblance avec
Express Yourself de Madonna. Le clip de Born this way a lui été dévoilé sur le net, le 28 février. D’une durée de sept minutes, ce court
métrage a de quoi lui aussi laisser bien perplexe.
La Rédaction
maines, la chanson a été éreintée à cause de sa
ressemblance très marquée avec le célèbre Express Yourself de Madonna, l’idôle de la Gaga.
Cette dernière a même dû s’expliquer en direct
à la télévision américaine, assurant avoir reçu le
soutien de l’interprète de Ray of Light.
Lady Gaga a-t-elle perdu son originalité ? On
pouvait déjà se poser la question l’an passé, avec
Alejandro, dernier titre de son album The Fame
Monster. La chanson avait alors été descendue
par certains fans et spécialistes, pour sa grande
«proximité» avec un tube du groupe suédois Ace Présence de Rick Genest
of Base et pour son clip voulu comme un hymne
Reste que le clip de Born this way, visiaux gais mais qui s’avérait au final bien décevant. ble sur le net depuis le 28 février, ne va pas
forcément améliorer les choses. Sorte de
Bis repetita avec Born this way, premier titre court-métrage obscur de sept minutes, il se
de son nouvel album. Sortie il y a quelques se- veut un manifeste de la «mère des monstres»
14 Être Magaizine
(Monsters est le terme que Lady Gaga donne
à ses fans).
Que retenir de cette œuvre signée Nick Knight qui a notamment travaillé avec Björk ?
Pas grand chose sinon Lady Gaga en train de
donner naissance à ces petits monstres (pas les
scènes les plus «glamour») et la présence du
charismatique Montréalais Rick Genest, alias
Zombie Boy, dont le corps entièrement tatoué
(même le visage) a fait parler et a tapé dans
l’œil de Thierry Mugler dont il est devenu
l’égérie.
Être Magaizine
15
SOCIÉTÉ
Julien Daigneault Boucher
[email protected]
William, 27 ans, se prostitue depuis six ans dans les Faubourgs de Montréal. Originaire de la Côte-Nord, le
jeune homme sympathique, quoiqu’impatient d’aller acheter sa dose d’héroïne, assume pleinement ce qu’il
fait et assure choisir sa clientèle, constituée exclusivement d’hommes.
Son cas n’est pas une exception. Selon les travaux de
John Lowman et Frances Shaver, respectivement professeur au département de criminologie de l’Université Simon Fraser à Vancouver et professeure au département de
sociologie et d’anthropologie de l’Université Concordia à
Montréal, il y aurait environ cinq femmes prostituées sur
la rue pour un homme, travesti ou transgenre. Les données
concernant la participation des travailleurs du sexe à la
prostitution hors rue demeurent, elles, très limitées.
Une double stigmatisation
William rend parfois visite aux intervenants de l’organisme communautaire RÉZO, dans leurs bureaux situés sur
la rue Plessis et Amherst, dans les Faubourgs de Montréal.
RÉZO est le seul dans son genre au Québec à offrir des
services visant la santé et le mieux-être sexuel, mental,
physique et social des hommes gais, bisexuels ou ayant des
relations sexuelles avec d’autres hommes.
La prostitution
masculine
Rappeler la réalité et sortir des préjugés
La prostitution masculine demeure dans l’angle mort des débats sur la prostitution en général,
à commencer, dernièrement, de celui sur une possible décriminalisation du travail du sexe
en Ontario. Seules les femmes sembleraient ici concernées. Ce qu’on appelle encore, sans
doute à tort, le plus vieux métier du monde n’est pas forcément le mieux compris. D’autant
plus lorsque ce sont des hommes qui l’exercent.
Tout un pan de leurs activités s’articule autour des travailleurs du sexe. «Notre organisme intervient surtout
auprès des gars de la rue, ceux qui sont en bout de ligne de
la prostitution, signale Robert Rousseau, directeur général
de RÉZO. Ces jeunes, dont la moyenne d’âge est de 28 ans,
doivent souvent composer avec l’itinérance, la toxicomanie, la répression policière ou avec des problèmes de santé
mentale».
Le contexte dans lequel ces jeunes hommes évoluent les
confronte à la fois aux stigmates associés à la prostitution
et à ceux reliés à l’homosexualité. «Les préjugés dont sont
victimes les hommes qui ont des relations sexuelles avec
d’autres hommes les poussent dans la clandestinité. Ça
contribue à leur vulnérabilité», explique Robert Rousseau.
L’intervenant ajoute que certains jeunes hommes utilisent la prostitution pour découvrir leur sexualité et faire
leur coming out. William s’est lui découvert bisexuel tôt
dans sa vie : «J’ai toujours été porté sur le sexe. Je jouais
au docteur avec des garçons et des filles vers 6-7 ans». Il
affirme «très bien» vivre son orientation sexuelle depuis
une dizaine d’années, avant ses débuts dans la prostitution.
Le jeune homme a fait son entrée dans le monde du sexe
pour une raison bien précise: pouvoir assurer sa surconsommation de cocaïne, drogue à laquelle il est devenu accro au
début de la vingtaine. «J’étais dans la rue. Je consommais
de la coke par injection. Je voyais les autres gars faire de
l’argent avec la prostitution. J’ai toujours été à l’aise avec
mon corps et ouvert aux nouvelles expériences. J’ai décidé
de le faire moi aussi», explique-t-il.
Différentes raisons, différents profils
Néanmoins, les hommes qui décident de vendre des services sexuels ne le font pas tous pour les mêmes motifs.
«Il est difficile de parler de LA prostitution, car il en existe
plusieurs types», estime Michel Dorais, sociologue et professeur titulaire à l’École de service social de l’Université
Laval, à Québec.
Selon lui, il existe plusieurs façons d’y faire ses débuts, de l’envisager ou de la pratiquer. Dans son livre Travailleurs du sexe, paru en 2003 chez VLB Éditeur, le chercheur présentait les résultats de ses recherches effectuées
auprès de 40 jeunes hommes exerçant la prostitution de rue,
la danse nue, le métier d’escorte ou une combinaison de
plusieurs travails du sexe.
Il divise les motivations et scénarios de vie qui poussent
les jeunes hommes à la prostitution en quatre profils.
La pression de l’hétérosexisme
«Avant, on croyait avoir une majorité d’hétérosexuels
parmi nos travailleurs du sexe. Maintenant, on relativise les
choses, explique de son côté Jean-Bruno Caron, intervenant de rue spécialisé auprès des travailleurs du sexe chez
RÉZO. La plupart d’entre eux se situent sur un continuum
passant d’ouvertement gai à hétérosexuel. En groupe, beaucoup se définissent comme hétéro. Ils se vantent d’ailleurs
beaucoup lorsqu’ils ont une Sugar Mommy parmi leur
clientèle. Or, en privé, les réponses sur l’orientation sexuelle sont plus nuancées. Certains se questionnent, d’autres se
définissent comme bisexuels, etc.».
Le «garçon de la dérive» est en général un jeune toxicomane ayant vécu une enfance malheureuse. Il exerce ce
métier dans lequel il est prêt à faire n’importe quoi ou presque pour subvenir à ses besoins pressants de drogue.
Ce profil cadre avec celui de William. «J’ai eu un père
violent et alcoolique. Ma mère m’a eu jeune», souligne-t-il.
Vers l’âge de 13 ans, le garçon entre dans un centre d’accueil de Québec en raison de ses troubles de comportement.
À l’occasion d’une fugue, il se fait séquestrer et abuser
pendant trois jours par un pédophile. Il arrête l’école, mais
finira son secondaire en prison quelques années plus tard.
© César Ochoa
Être Magaizine
17
Cette réalité est aussi celle de la majorité des jeunes travailleurs du sexe accueillis chez RÉZO. Selon Jean-Bruno Caron, « la majorité de ceux qui viennent chez nous font le choix
de la prostitution par dépit afin de ne pas s’en remettre à des
vols ou une criminalité plus “dure”. C’est une sorte de moindre
mal. […] S’ils pouvaient avoir accès à une autre façon de faire
autant d’argent, la majorité ne ferait pas de prostitution ».
Pour sa part, William s’est mis à quêter dans la rue afin de
moins devoir se prostituer. «Je suis tanné de ce mode de vie,
de courir après les clients», avoue-t-il, tout en soulignant faire
non plus rencontré un seul garçon qui se prostituait par amour
du coup beaucoup moins d’argent.
de son chum, contrairement aux jeunes femmes victimes de la
D’après Michel Dorais, «la prostitution de rue est l’aspect le prostitution juvénile. Il n’y a pas de gang de rue qui force des
plus visible de la prostitution masculine. Or, elle ne représente jeunes hommes à se prostituer. De plus, les gars envisagent
pas forcément tout le monde. […] Lorsque j’ai commencé mes rarement de faire ça la vie durant.»
recherches, il y a 35 ans, le gros de la prostitution se faisait sur
Cependant, cela ne signifie pas que personne ne fait jala rue. Maintenant, avec Internet, les escortes indépendantes et
ceux qui le font à temps partiel, le portrait est bien différent ». mais d’argent sur son dos. Pour le sociologue, «les véritables
Une position que partage Jean-Bruno Caron : «les gars de la rue proxénètes des travailleurs du sexe, ce sont les vendeurs de
drogue». William est du reste conscient de cette situation: «Je
constituent une petite partie des travailleurs du sexe».
n’ai jamais eu de pimp. Je peux sortir de la prostitution quand
À l’opposé du garçon de la dérive, le «garçon de la libéra- je veux. Ce qui m’emprisonne, c’est ma consommation».
tion» est un jeune homosexuel, âgé en moyenne de 20 ans, qui
danse nu ou se prostitue en éprouvant un sentiment de libération Des relations moins violentes
John Lowman affirme par ailleurs que les travailleurs du
personnelle. «Cet homme décide de joindre l’utile à l’agréable.
[…] Les raisons qui le motivent sont la plupart du temps le sexe «sont probablement moins victimes de violence de la
part de clients ou de supposés clients». Plusieurs études ciplaisir, l’argent et l’aventure», explique Michel Dorais.
tées dans le Rapport du Comité permanent de la justice et des
La majorité d’entre eux n’ont pas vécu de problèmes par- droits de la personne sur les lois pénales en matière de prostiticuliers durant leur enfance et possèdent une scolarité supé- tution au Canada, abondent dans le même sens. On peut y lire
rieure à celle de leurs confrères. Le garçon de la libération que «comparativement aux femmes, les études suggèrent que
entretient une bonne estime de lui-même et adopte une vision les hommes subissent moins de violences physiques de la part
de leurs clients. Ils seraient toutefois plus susceptibles d’être
assez positive de ses activités, voire de ses clients.
victimes d’actes de violence de la part des membres du grand
De son côté, le «garçon de l’appartenance» a évolué dans public, en particulier les travestis et les transgenres en raison
le milieu de la prostitution, ou à sa périphérie, au point où le de leur double marginalisation».
fait de s’y engager semble une «issue naturelle». Souvent, un
À la lumière de ces données, le rapport prostitué-client seou plusieurs membres de sa famille pratiquent le travail du
sexe. Faute généralement de mieux, le jeune a fait du milieu rait moins prédateur que certains voudraient le croire. JeanBruno Caron de RÉZO affirme que les relations entre les trade la prostitution sa famille.
vailleurs du sexe et leurs clients ne sont pas uniquement celles
Le travail du sexe ne lui apparaît pas comme un pis-aller. «d’un dominant et d’un dominé. La réalité est beaucoup plus
Au contraire, cela va de soi et il peut même s’agir d’un moyen nuancée: il se développe parfois des relations de respect et
honorable de gagner sa vie, en dépit des aléas que comporte d’amitié. Le travail du sexe n’implique pas uniquement un
cette occupation. Presque tous les garçons de l’appartenance savoir-faire, mais aussi un savoir être.
font ou on fait de la prostitution de rue.
«Souvent, le client est déjà très excité et le rapport sexuel
Arrive finalement le «garçon de l’appoint», qui pratique la ne dure pas très longtemps. C’est dans la discussion que
prostitution clandestinement afin d’arrondir ses fins de mois l’échange se poursuit. Parfois, les services des travailleurs
à l’insu de sa femme. Plus âgé et scolarisé, cet homme tra- du sexe ne sont demandés que pour des échanges où il n’y a
vaille plutôt comme danseur nu lorsqu’il est hétérosexuel (la aucune dimension sexuelle», ajoute Jean-Bruno Caron.
majorité se définit comme telle) ou comme escorte lorsqu’il
Michel Dorais, pour sa part, souligne la plus grande fréquence
est gai. Il exerce un contrôle certain sur son métier et sur ses
conditions en raison de sa faible consommation de drogue et de relations d’amitiés ou de type Sugar Daddy dans la prostitula dissociation faite entre sa prostitution et le reste de sa vie. tion masculine. «La dynamique tend plus au donnant-donnant.
[…] C’est plus rare de voir des filles prostituées être hébergées
Une pratique plus autonome
chez un client ou lui emprunter de l’argent», affirme-t-il.
À ces motivations propres travail du sexe masculin s’ajoute
une dynamique prostitué-client particulière. Selon John LowJean-Bruno Caron tient pour autant à souligner que « la soman, professeur en criminologie spécialisé dans les questions ciété patriarcale dans laquelle nous vivons fait en sorte qu’il
relatives à la prostitution, «les hommes ont beaucoup moins est difficile pour un travailleur du sexe d’avouer son besoin de
tendance à être soutenus par des proxénètes».
protection et de parfois endosser le rôle de victime. La dynamique du monde machiste est à son paroxysme dans la rue :
Une position qu’endosse le sociologue Michel Dorais : c’est la loi de la jungle. Même si les gars se méfient moins
«Les gars le font d’une manière plus autonome. Je n’ai pas des clients, cela ne les empêche pas d’être violés ou battus».
18 Être Magaizine
Être Magaizine
19
Société
FestivalInternational
Edgy Women
ENGAGEMENT, AUDACE ET INDISCIPLINE
Du 19 mars au 2 avril prochain, se déroule l’édition 2011 du Festival international Edgy Women. La
fiesta féministe comprend des performances, des
ateliers pour artistes professionnels et des conférences qui occuperont à la fois La Centrale, Tangente, le Théâtre Mainline et la Sala Rossa.
Joëlle Girard
Situé au troisième étage de l’édifice Belgo, le Studio 303
est reconnu pour être le lieu de rencontre par excellence des
artistes, danseurs et chorégraphes s’intéressant au mélange
des genres et à la création expérimentale libre de contraintes
et ce, depuis plus de 20 ans.
C’est là qu’en 1994 a été présenté pour la première fois
un événement intitulé Women From The Edge. À l’époque,
le titre visait à faire décrire un programme partagé entre des
chorégraphes de New York et de Montréal. Miriam Ginestier, directrice générale et artistique du Studio 303 et fondatrice du festival, était alors loin de penser que cette initiative
prendrait l’ampleur qu’on lui connaît aujourd’hui.
De deux jours à trois semaines
Festival
International
Edgy Women
Du 19 mars au 2 avril
Pour plus d’informations :
www.edgywomen.ca
20 Être Magaizine
Par ailleurs, «l’identité de l’évènement est devenue de
plus en plus précise, se penchant surtout sur la performance
“indisciplinée” et engagée», raconte l’organisatrice, également responsable de la direction artistique du festival. C’est
ainsi qu’Edgy Women est devenu une véritable fête féministe, accueillant chaque année des milliers de curieux.
Performance professionnelle, culture queer et féminisme
Grâce à la diversité de sa programmation, l’événement explore autant la complexité du féminisme à travers des questions reliées au genre, à l’identité et aux rapports de pouvoir
que des thèmes plus universels comme l’amour ou l’échec.
Ce qui définit avant tout le festival, c’est le fait de privilégier
«la perspective féminine », indique Miriam Ginestier. Cette
dernière élabore la programmation d’Edgy Women grâce à
la convergence de ses propres intérêts, soit la performance
professionnelle, la culture queer et… le féminisme.
Ainsi, le Studio 303 présente Edgy Women dans le but de
stimuler la réflexion critique des spectateurs tout en mettant
de l’avant le travail de femmes qui s’illustrent hors des cadres traditionnels artistiques, que ce soit au niveau local ou
international. Parmi les présentations les plus courues de
l’édition 2011, la nouvelle création de Nathalie Claude et
Danièle Lecourtois, prévue au Théâtre Mainline du 30 mars
au 2 avril, promet d’être complètement déjantée.
«Au début, Edgy était un événement thématique parmi
d’autres. Par la suite, c’est devenu récurrent et très populaire, avec de plus en plus d’envergure et de lieux partenaires », se rappelle-t-elle, ajoutant que le festival a survécu
aussi longtemps grâce à l’appétit du public pour ce genre
d’événement.
De son côté, le programme de Tangente permet aux spectateurs de découvrir des artistes internationales telles qu’Anti-Cool en provenance du Japon et Narcissister de Brooklyn.
Enfin, les néophytes pourront apprécier la pièce d’Annie
Sprinkle, ancienne actrice porno et «conteuse qui déborde
de charme», selon Miriam Ginestier qui qualifie cette pièce
comme étant la plus «accessible» du festival.
Au cours de la décennie 2000, le succès grandissant d’Edgy Women a ouvert la voie à de nouveaux défis pour Miriam
Ginestier et son équipe. Lentement, la programmation a dépassé les frontières du Studio 303 et la durée du festival s’est
allongée, passant de deux jours à trois semaines.
Les artistes présentées à Edgy Women font rarement
dans la dentelle. C’est donc un festival à surveiller pour
tous celles et ceux qui souhaitent assister à des performances hors du commun, hors des sentiers battus... Esprits puritains s’abstenir.
Être Magaizine
21
Société
Alter Héros
A
LA TOILE POUR LUTTER
CONTRE L’HOMOPHOBIE
uQ
Québec, plusieurs organismes à but non lucratif aident les jeunes GLBT et leur
en
entourage. Parmi eux, il y a AlterHéros, le seul à offrir ses services exclusivement
e ligne. Portail de plus en plus populaire dans le monde francophone, AlterHéros
en
mainten
a maintenant
un nouveau défi : se faire connaître du grand public québécois.
Matthieu Lévesque
En 2001, Marc-Olivier Ouellet, fondateur
de AlterHéros, crée un portail Internet dans le
cadre d’un projet de fin d’études. «J’étudiais à
l’université en informatique et je devais créer
un projet selon le thème «être leader dans sa
communauté». Je connaissais Gai Écoute et
quelques autres organismes, mais je trouvais
qu’il y avait très peu de ressources sur la toile
pour les jeunes homosexuels et leur entourage.
J’ai donc eu l’idée de créer AlterHéros», se souvient-il aujourd’hui.
Pris par surprise
Tout en recevant une excellente note, MarcOlivier Ouellet réalise aussi que le site Internet
attire rapidement des visiteurs et que son projet
peut donc connaître un réel succès. En 2002, il
le présente, avec son équipe de bénévoles, dans
le cadre de Divers/Cité. L’organisation impressionne les observateurs qui pensent même que
l’organisme est subventionné par le gouvernement.
Cet intérêt du public apporte la motivation
nécessaire à Marc-Olivier Ouellet et à son
équipe pour bien structurer le tout. En 2003, AlterHéros devient officiellement un organisme à
but non lucratif.
Une panoplie de ressources en ligne
Depuis décembre, une nouvelle version du
site est disponible. AlterHéros.com comprend
en tout quatre volets. Le plus populaire est
sans aucun doute le volet Parles-en aux experts. Créée pour démystifier les orientations
sexuelles, les identités de genre et la sexualité
auprès du grand public, cette section constitue
principalement une banque de témoignages et
de questions-réponses.
Les chercheurs Bill Ryan (à gauche) et Line Chamberland (à droite), soutiens importants de AlterHéros. © Damian Siqueiros
au Québec puisqu’il permet à la communauté d’avoir accès jourd’hui faire face à deux grands défis. Le premier: être
sur Internet à une équipe multidisciplinaire formée pour davantage connu auprès du public québécois. En effet, les
répondre aux interrogations touchant l’orientation sexuelle». questions et les témoignages que l’on retrouve sur le site
proviennent davantage de pays francophones d’Europe ou
Bill Ryan, de son côté, considère AlterHéros comme un d’ailleurs, mais pas du Québec.
excellent moyen de contrer l’isolement auquel font face ces
jeunes. « À l’école, ceux qui subissent le rejet de leurs pairs
«Nous sommes plus populaires dans les autre pays de la
sont portés à s’isoler et sont peu enclins à réclamer l’aide et francophonie. Plusieurs de nos membres sont originaires de
le soutien auxquels ils ont droit», affirme-t-il. Ces services la Belgique ou de l’Algérie, par exemple. Les pays africains
offerts sur Internet «contribuent à aider ces jeunes à briser et arabes connaissent aussi une forte répression, voilà pourcet isolement et à prévenir le suicide».
quoi on nous pose des questions. Évidemment, on ne connaît
pas toutes leurs ressources, alors on leur répond comme on
Un «Facebook de la diversité sexuelle»
peut», explique Marc-Olivier Ouellet.
Un autre volet intéressant et au goût du jour est en ligne
depuis Noël. Un réseau social gratuit et accessible à tous a
L’autre défi est financier. Pour être davantage connu du
ainsi été mis en place pour donner aux visiteurs un espace grand public québécois, l’organisme (qui fonctionne avec
virtuel de socialisation qui leur permet d’échanger sur diffé- 3-4.000 dollars/an) aurait également besoin d’argent. «Nous
rents sujets et de briser leur isolement.
allons prochainement faire une demande de subventions.
Nous n’avons pas les moyens de faire une grosse campagne
«C’est une sorte de Facebook de la diversité sexuelle», de sensibilisation. Nous aimerions avoir une équipe pour
explique Marc-Olivier Ouellet. «Les membres peuvent créer nous déplacer dans les écoles, par exemple».
des groupes ou partager des liens, par exemple. Tout ce qui
se passe sur le site apparaît dans le fil d’actualité. Cela offre Devenez bénévoles
Comme l’indique Marc-Olivier Ouellet, AlterHéros acun meilleur reflet de ce qui se passe sur le terrain».
cueillera toujours avec joie de nouveaux bénévoles. L’orLes deux autres volets du site se nomment Altercité et ganisme compte pour l’instant quatre groupes de travail:
Association. Le premier est un magazine en ligne sur la di- l’équipe d’intervention, l’équipe d’animation, l’équipe de
versité sexuelle. Le contenu est entièrement généré par les développement Internet (infographiste, intégrateur Internet,
utilisateurs qui envoient des liens vers des blogueurs ou des etc.) et l’équipe de rédaction (journalistes, reporters, photoarticles intéressants en lien avec l’homosexualité ou l’iden- graphes).
tité sexuelle. Le second est principalement axé sur l’orgaDès lors, si vous souhaitez soumettre votre candidature, il
nisme et on peut y trouver toutes les informations sur les
suffit de vous rendre sur le site d’AlterHéros et de cliquer sur
modalités pour devenir membre ou bénévole.
l’onglet Association en haut de l’écran. Sélectionnez ensuite
Partout dans la francophonie ... mais pas au Québec l’option «Devenir bénévole» et suivez les indications pour
Après quelques années d’existence, AlterHéros doit au- chaque étape.
Près de 75 bénévoles répondent aux questions des visiteurs, réponses ensuite validées
par un professionnel avant d’être mises en
ligne. Ces bénévoles sont des spécialistes de
la santé (médecins, sexologues, travailleurs sociaux, etc.), des étudiants en voie de devenir des
professionnels ou simplement des gens intéressés par la cause.
Avec plus de 2.500 questions auxquelles ont
répondu les bénévoles, AlterHéros représenterait aujourd’hui la plus importante banque de
questions-réponses au monde concernant la
diversité sexuelle. Les demandes viennent essentiellement de jeunes s’interrogeant sur leur
orientation. Toutefois, on y trouve également
des jeunes hétéros ou des parents qui cherchent
des ressources pour aider un proche. «Plusieurs
questions reviennent souvent, alors on met les
Aujourd’hui, il est le seul du genre à offrir réponses en ligne à la disposition de tous pour
des services interactifs sur Internet. Plus qu’un éviter les répétitions», affirme Marc-Olivier
simple site, AlterHéros est une plateforme Ouellet.
unique qui aide les jeunes et même leurs parents
ou leurs enseignants. Depuis sa création, le porLine Chamberland, professeure et chercheure
tail a accueilli plusieurs millions de visiteurs. au département de sexologie de l’UQAM, et
Rien qu’en 2010, AlterHéros.com a été visité Bill Ryan, chercheur et professeur à l’Université
par 633.000 personnes. Marc-Olivier Ouellet McGill, sont les porte-paroles du programme
s’amuse à dire que, désormais, «AlterHéros est Parles-en aux experts. Familière du site de
au soutien par l’Internet ce que Gai Écoute est AlterHéros depuis 2002, Line Chamberland voit
au soutien par téléphone».
en l’organisme «une ressource incontournable
© Damian Siqueiros
22 Être Magaizine
Être Magaizine
23
Chronique diversité
Un secret pour l’amour
à distance?
Dans le cadre de sa chronique sur la diversité des relations, le magazine Être a recueilli les témoignages
de Randy, 25 ans et de Louis, 30 ans. Les deux jeunes hommes, ensemble depuis maintenant neuf ans,
ont su dépasser les deux années de relation à distance, une situation qu’ils ont dû vivre au tout début de
leur histoire. Forts de cette expérience, ils nous livrent ici ce qu’ils croient être les solutions pour affronter
un tel contexte.
Joëlle Girard
Randy et Louis, tous deux originaires de Saguenay,
ont fait connaissance en 2000 via le canal GayBleuet
du logiciel de chat MIRC. C’est après trois mois de
«conversations amicales, mais sans plus» que les deux
garçons ont fini par se rencontrer.
À l’époque, Louis sortait d’une relation qui avait mal
tourné. Il terminait son baccalauréat et avait ensuite
prévu s’évader vers Montréal pour ses études supérieures.
Amorcer une relation ne faisait alors pas du tout partie
de ses projets, «surtout pas avec un adolescent de 16 ans
alors que j’en avais 21», admet-il.
que le courant passait. Tout a commencé par un… slow
sur Total Eclipse of The Heart de Bonnie Tyler. «C’est ça
le secret de notre couple, une toune quétaine. [Rires] Ce
que je veux dire c’est qu’on ne se prenait pas au sérieux,
on s’amusait ensemble, c’est tout», confie Louis, lançant
un regard complice à Randy.
Quelques mois se sont écoulés après leur rencontre et le
départ de Louis, résolu à poursuivre ses projets, devenait
imminent. Comme ils ne formaient un couple que depuis
peu de temps, les deux garçons avaient déjà décidé que le
fait d’emménager ensemble serait prématuré à ce stade de
leur relation. La distance était donc inévitable.
À ce moment-là, «on s’est sérieusement demandé si
on pouvait passer à travers une épreuve comme celle-là.
D’abord sans intentions amoureuses, ils ont vite senti On a fini par se dire que si jamais on cassait, c’est qu’on
D’étrangers à fiancés
24 Être Magaizine
Être Magaizine
25
Chronique diversité
n’était tout simplement pas faits pour être ensemble», se Croyant que tout serait plus facile grâce à la cohabitation,
ils se sont toutefois aperçus qu’une épreuve de plus les
remémore Randy.
attendait. «Il y avait tout un quotidien auquel on n’était
Devant l’incertitude, ils ont donc tenté le tout pour le pas habitués. C’était comme si ça n’était plus spécial
tout en choisissant d’officialiser leur engagement. «Ça d’être ensemble. On ne pouvait plus vivre seulement
faisait huit mois qu’on était ensemble et j’ai demandé dans l’extraordinaire de la rencontre», explique Randy,
Randy en fiançailles. C’était quand même quelque chose précisant que la communication qu’ils avaient appris à
d’aller au Faubourg Sagamie [un petit centre commercial établir au cours des deux ans d’éloignement a littéralement
de Saguenay] et de magasiner deux bagues de gars sauvé leur relation.
pareilles», plaisante Louis.
Le couple est donc passé par une nouvelle période
de difficile remise en question, Randy réfléchissant
Passion et frustration
Après les fiançailles, la dure réalité rattrape le couple qui carrément au fait de déménager avec un colocataire. Après
entame deux années d’instabilité dues à la distance. «On tous ces efforts pour se retrouver, une séparation n’était
tentait de se voir toutes les deux semaines, mais ça n’était sûrement pas la seule solution envisageable. Pourtant,
pas toujours possible, il a alors fallu apprendre à se parler», quelque chose clochait, sans que les deux comprennent
explique Randy. « On s’appelait tous les jours vers 22 ou 23 exactement de quoi il s’agissait.
heures. Parfois, je quittais des soirées avec des amis pour
«Je croyais qu’il n’était tout simplement pas bien avec
appeler Louis et ensuite je revenais. C’était un moment
privilégié qu’on ne se donnait pas le droit de négliger», moi alors qu’aujourd’hui, avec le recul, je sais que ce qu’il
précise-t-il, ajoutant néanmoins qu’il était souvent délicat tentait de me dire, c’est qu’il avait besoin de se former
un réseau social à l’extérieur de moi», résume Louis
de justifier cette situation auprès de ses proches.
en ajoutant qu’à l’époque, Randy en était à sa première
Malgré cette assiduité, le couple avoue d’emblée qu’il colocation, ce qui ne facilitait pas les choses.
était parfois ardu de taire la jalousie et d’arriver à se
La situation s’est finalement améliorée, Randy
faire confiance. Louis révèle entre autres que la peur de
l’infidélité est un sentiment sournois lorsque l’autre ne s’adaptant à Montréal en se créant un nouveau cercle
peut tout simplement pas être là pour se faire réconfortant. grâce à des collègues de l’université. La pression sur le
«Je pourrais faire ce que je veux et il ne le saurait jamais couple s’est alors dissipée et, peu à peu, les deux hommes
donc il pourrait faire ce qu’il veut et je ne le saurais jamais ont réussi à composer avec leur relation au quotidien.
non plus, c’est ce qui me passait par la tête parfois»,
explique-t-il, même si la tentation n’a finalement pas eu Investissement, honnêteté, communication et
raison de leur relation.
confiance
Lorsqu’ils regardent aujourd’hui en arrière, les deux
Ainsi, après une première année passée entre Montréal garçons peuvent affirmer que la distance a joué un rôle
et Saguenay, il devenait de plus en plus pénible pour le clef au sein de leur couple. «C’était bien placé dans notre
couple de composer avec la distance. «J’étais en colère relation, ça m’a permis de profiter de la vie d’un gars de 17
contre la situation. Je me demandais si j’avais vraiment ou 18 ans. Malgré les difficultés, on a su bien l’utiliser»,
besoin de me faire vivre ça», confie Louis, visiblement constate Randy dont la vie était alors consacrée à la danse.
bouleversé, ajoutant que toutes les retrouvailles
entraînaient systématiquement un départ à tous les coups
«De mon côté, ça m’a permis d’investir la vie d’étudiant
déchirant.
au cycle supérieur et de m’habituer à Montréal»,
ajoute Louis, en précisant que cette expérience leur
Pour accepter de vivre une telle violence émotive a appris l’importance cruciale de l’honnêteté et de la
causée par d’inévitables séparations, le couple n’avait communication, leçon qui leur sert encore aujourd’hui,
d’autre choix que de questionner constamment la force après avoir passé presque sept ans ensemble.
des sentiments qui l’unissaient. Face à l’éloignement, «il
fallait se choisir à chaque fois et heureusement, c’est ce
Quant au secret de l’amour à distance, ça ne semble pas
qu’on a fait», conclut Randy, laissant entendre que les très occulte pour les deux amoureux. En fait, la formule
moments passés ensemble étaient eux aussi très intenses. est même simple selon Louis et Randy : engagement,
investissement, honnêteté, communication et confiance. Il
La cohabitation, une difficile adaptation
faut toutefois savoir l’appliquer… Mais le parfait bonheur
Après deux ans de distance, Randy a rejoint Louis à que file visiblement le couple porte à croire que rien n’est
Montréal et ils ont finalement emménagé ensemble. impossible.
26 Être Magaizine
Être Magaizine
27
Entrevue du mois
Benoît
Mcginnis
M
Ê
tre ou ne pas être». Sans doute la réplique la plus connue du répertoire théâtral.
C’est Hamlet qui prononce ces mots lorsque le fantôme de son père, ancien roi
du Danemark, qui lui ordonne de tuer Claudius, son assassin et son successeur.
L’œuvre célèbre de Shakespeare prend l’affiche du 8 mars au 2 avril au Théâtre du Nouveau
Monde. Pour l’occasion, Être a rencontré celui qui incarne le prince torturé, Benoît
McGinnis qui, à l’aube de la trentaine, a déjà une carrière impressionnante.
François Bernier
[email protected]
Photos : Damián Siqueiros
www.damiansiqueiros.com
Être. Vous jouez une pièce classique mais revisitée par le
B.M. C’est certain que ça fait peur, c’est vertigineux.
metteur en scène Marc Béland. Quelle est la vision de ce J’étais surpris à la relecture du texte de Shakespeare. J’avais
dernier concernant Hamlet?
une image très héroïque du personnage alors qu’il est en réaBenoit McGinnis. C’est d’abord une nouvelle traduction
qui est offerte au public, celle de Jean-Marc Dalpé, dramaturge bien connu notamment pour sa série télévisée Temps
dur. L’idée était de travailler une version moins littéraire que
celle imaginée auparavant, par Yves Bonnefoy, par exemple.
Marc Béland désirait vraiment que l’on se concentre sur les
enjeux dramatiques, sur les émotions très fortes que vivent
ces personnages. On se plaît parfois à dire que nous ne travaillions pas un Shakespeare, mais un Dalpé! On ne veut
pas éliminer l’aspect poétique du projet, mais faire passer la
poésie autrement que par la langue. C’est aussi une version
raccourcie d’Hamlet. On est passé de près de 3 h 30 à 2 h 30
de spectacle.
lité hésitant, fragile, sensible. Je dois admettre que ce n’était
pas la pièce de Shakespeare que je connaissais le plus. Il
a fallu que je familiarise avec le texte. Je n’étais donc pas
complètement conscient de l’ampleur du défi.
Quand Hamlet reçoit la visite du fantôme de son père qui
lui demande de le venger, il est chargé malgré lui d’une mission macabre qu’il n’est pas certain de pouvoir accomplir, il
est terrorisé. La véritable difficulté avec un tel personnage,
c’est de bien saisir tous ses niveaux de folie. Celle-ci est parfois réelle, parfois feinte, parfois assumée ou alors dissimulée. Il y a 20 ans, la pièce a été montée par Olivier Reichenbach. Marc Béland, notre metteur en scène y tenait mon rôle.
Il avait envie de revivre l’aventure, mais d’y ajouter, cette
Être. Est-ce qu’en tant qu’acteur, on est effrayé par une pro- fois, une touche personnelle.
position aussi importante que le rôle d’Hamlet?
28 Être Magaizine
Être Magaizine
29
Entrevue du mois
«»
«René Richard Cyr est véritablement un
mentor pour moi. C’est grâce à lui que je suis
devenu l’acteur que je suis, parce qu’il m’a fait
confiance. Et c’est formidable de collaborer
avec un complice de longue date. On comprend
beaucoup plus rapidement ce que l’autre
recherche, on gagne un temps fou et on prend
un plaisir véritable à travailler.»
Être. On connaît Marc Béland pour son travail très corporel final, c’est vraiment l’idée de s’attarder sur l’âme humaine
- il a souvent fait de la danse. Intègre-t-il cela dans sa mise qui distingue cette production des précédentes.
en scène?
B.M. Il n’y a pas de danse à proprement parler. Il y a ce- Être. Outre Hamlet, vous avez eu souvent l’occasion de
pendant un travail physique où le corps est complètement jouer ce genre de personnages troublés, violents. Recherinvesti. C’est un créateur formidable pour un acteur parce chez-vous de tels rôles?
qu’il nous amène toujours plus loin. Dans le processus, il
arrive souvent que l’on fasse des propositions de jeu. La plupart du temps, il va répondre: «C’est bon, mais j’aimerais
que tu essaies de faire exactement le contraire!». Avec un
directeur de comédiens aussi consciencieux, on va tellement
plus loin dans l’interprétation, c’est fou! Il sait exactement
où il va. Pour lui, les enjeux humains prennent la place de la
grandiloquence épique de la royauté.
B.M. C’est arrivé par hasard. J’ai joué un déficient intellectuel dans Avec Norm, de Serge Boucher. Ensuite, il y a eu
le très violent Néron dans Britannicus puis des personnages
à la télé et au cinéma, avec mon rôle du garçon troublé dans
Le banquet, entres autres. Ces rôles-là provoquent toujours
un vertige pour moi parce que je ne sais pas comment ça va
sortir. Je laisse le personnage émerger.
C’est très enrichissant pour un acteur d’expérimenter des
Être. En quoi Hamlet se distingue-t-il dans cette nouvelle émotions aussi tordues, aussi loin du quotidien. Je m’assure
production?
simplement d’être bien dirigé quand je m’aventure sur des
B.M. C’est toujours le même personnage et les enjeux demeurent inchangés. C’est un garçon qui a peur, aux prises avec
beaucoup de questionnements relatifs à l’honneur, à la famille.
Ce que j’aime, c’est d’aborder ce prince dans son quotidien.
D’essayer de trouver, dans ses conflits intérieurs, des résonnances universelles. Sous cet angle, je me retrouve avec un homme
enchaîné à une mission plus grande que lui. Le meurtre n’est
pas naturel pour Hamlet, ce n’est pas un assassin. On le suit
dans ses doutes, ses tergiversations, ses peurs.
À plusieurs moments, il aurait l’occasion de tuer Claudius,
et précisément dans ces moments, il commence à supputer
les possibilités: «Et si j’attendais, si je le laissais prier, si
j’agissais plus tard...» Il tente constamment de repousser, de
retarder son meurtre. On explore aussi la relation étrange qui
l’unit à sa mère. Un rapport presque incestueux, malsain. Au
30 Être Magaizine
terrains aussi risqués. À ma sortie de l’École Nationale de
théâtre du Canada, je croyais que j’allais jouer les jeunes
premiers pendant un bon bout de temps. Or, je n’en ai jamais
vraiment interprété. Je ne peux pas dire que ça me manque,
mais j’aspire à aborder tous les genres de personnages. Je ne
suis pas fermé à des rôles moins tourmentés.
Être. Vous avez souvent eu l’occasion de jouer des textes
de Serge Boucher dans votre carrière. Comment décririezvous cette collaboration ?
B.M. C’est grâce à mes nombreuses collaborations avec
René-Richard Cyr que j’ai eu la chance de jouer les personnages complexes de Serge Boucher. Je lui en suis extrêmement reconnaissant. J’ai joué le personnage de François dans
Excuse-moi, ce personnage emblématique de son travail, une
sorte d’alter ego de Boucher. On le retrouve dans beaucoup
de ses œuvres. C’est toujours celui qui est un peu en retrait
de l’histoire, il est homosexuel, il est secret, se révèle peu.
Dans Aveux, mon rôle d’Olivier est aussi un genre de «François». On sait peu de choses sur lui, seulement qu’il a été
amoureux de Carl (Maxime Denomé).
acteurs que je connais me répétaient combien j’étais chanceux de jouer ce rôle et d’être dans cette série.
B.M. C’est un ensemble de facteurs. Tout d’abord la série a
été menée de main de maître par le réalisateur Claude Desrosiers. Ensuite il y avait une distribution très forte en plus d’une
histoire particulièrement bien ficelée. Je pense que ce qui a fait
la véritable différence, c’est qu’on n’a pas été pressé. Claude
insistait vraiment pour que l’on prenne le temps de tourner les
scènes. Il nous faisait reprendre jusqu’à ce qu’il sente arriver
l’émotion. C’est très rare de voir des réalisateurs prendre leur
temps, parce qu’à la télé et au cinéma, le temps c’est de l’argent. Parfois, c’est nécessaire à la qualité de l’œuvre comme
dans Aveux. Il ne faut pas oublier que Serge Boucher a pris
cinq ans pour écrire sa série. Des années qui lui ont permis de
peaufiner son récit et d’en faire un véritable objet télévisuel.
J’ai très hâte de voir sa prochaine œuvre télé, Apparences, qui
mettra en vedette Geneviève Brouillette et Myriam Leblanc
dans une réalisation de Francis Leclerc.
B.M. Non. Cependant, en tant que comédien, c’est certain
qu’on aspire à toucher à différents personnages, différents types de rôle. Mais l’homosexualité définit de moins en moins
un personnage. L’orientation sexuelle devient secondaire. On
s’éloigne du «fif de service» qui sert de support comique. La
question n’est plus de savoir si le personnage est gai, la question est : est-ce que ce rôle est riche, beau, poétique, porte-t-il
une forte humanité, une complexité qui deviendra un défi à
relever pour moi ? Si ça doit passer uniquement par des personnages troublés ou homosexuels, eh bien ce sera ça! Je veux
simplement jouer et me dépasser à chaque fois.
Être. Outre certains rôles au théâtre et Aveux, on vous
connaît aussi pour votre rôle de chanteur gai dans Les
hauts et les bas de Sophie Paquin. Il y a eu aussi votre
Être. À ce propos, Aveux a été une formidable surprise l’an petit rôle d’amant de Xavier Dolan dans Les Amours imadernier. Pourquoi cette série a-t-elle remporté un tel suc- ginaires. Avez-vous peur d’être étiqueté comme un acteur
cès critique?
jouant les homosexuels?
Être. As-tu eu peur que la série soit trop dramatique?
B.M. Certainement, en particulier pour ceux qui l’écoutent en rafale avec les DVD ou sur tou.tv. Il y a des gens qui
sont venus me voir pour me dire que pour eux, c’était trop
lourd et c’est très bien ainsi. Ça ne doit pas forcément plaire
à tous. Par contre, du côté des critiques et dans le milieu
artistique, les réactions ont été très positives. La plupart des
Être. Vous avez traversé l’Atlantique l’an passé, en tant
qu’invité au festival de Namur, en Belgique. Quelle impression vous a fait ce séjour en Europe?
B.M. Le festival avait pour titre Jeunes Talents. L’organisation a donc invité des acteurs de la relève de tous les
pays de la francophonie. Sur place, on était mis en contact
avec des directeurs de casting et des producteurs de partout.
J’ai par exemple discuté avec une directrice de casting parisienne. J’ai voulu savoir si ça valait vraiment le coup pour
moi, éventuellement, d’essayer de travailler un peu là-bas. Je
pensais que, vu le bassin d’acteurs en France, il n’était peutêtre pas raisonnable d’y songer.
Être Magaizine
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Entrevue du mois
«L’homosexualité définit
de moins en moins un
personnage. L’orientation
sexuelle devient secondaire.
On s’éloigne du «fif de service»
qui sert de support comique. La
question n’est plus de savoir
si le personnage est gai, la
question est : est-ce que ce rôle
est riche, beau, poétique, portet-il une forte humanité, une
complexité qui deviendra un
défi à relever pour moi ?»
À ma grande surprise, elle m’a répondu
que les acteurs québécois avaient beaucoup
d’audace. Elle m’a expliqué que les Parisiens
pouvaient avoir une certaine pudeur qu’on ne
retrouve pas chez les comédiens du Québec.
Elle m’a conseillé d’attendre d’avoir quelques mois devant moi, avant d’aller là-bas.
Pour l’instant, je n’ai pas l’intention de partir,
mais si je me retrouvais sans travail pendant
une longue période, je pourrais très bien me
laisser tenter.
Être. Parlons donc du futur : quels sont vos
projets ?
B.M. En fait, il y en a très peu pour l’instant. C’est ça qui est formidable avec ce métier (rires). Mon agenda ne déborde pas pour
la prochaine année. Ça fait partie du jeu. Je
sais seulement que je vais jouer au Théâtre
d’aujourd’hui, dans un spectacle de René Richard Cyr. Je ne peux malheureusement pas
vous révéler pour l’instant le titre. Il faudra
attendre le dévoilement de la programmation.
C’est en tout cas toujours un plaisir pour
moi de reprendre ma collaboration avec René
Richard. Il est véritablement un mentor pour
moi. C’est grâce à lui que je suis devenu l’acteur que je suis, parce qu’il m’a fait confiance.
Et c’est formidable de collaborer avec un complice de longue date. On comprend beaucoup
plus rapidement ce que l’autre recherche, on
gagne un temps fou et on prend un plaisir véritable à travailler. Ce qui était drôle, c’est qu’il
ne me voyait pas dans le rôle principal de cette
pièce. Il était presque gêné de ne me proposer
que ce personnage «secondaire». Mais pour
moi, ce n’était pas grave. L’important c’était
de collaborer de nouveau avec lui.
32 Être Magaizine
Être Magaizine
33
Livres
Philippe Besson et
Retour parmi les hommes
DEUIL ET ANNÉES FOLLES
Philippe Besson, l’un des écrivains francophones les plus doués de sa génération, revient dans les librairies québécoises avec Retour parmi les hommes. L’auteur français
nous fait plonger en plein cœur des années folles, entre Paris et New York. Vincent,
jeune gai désespéré, croise la route de Jean Cocteau et de Raymond Radiguet.
Antoine Aubert
alors que, pourtant, on fait la leçon au reste
du monde. Sur le plan des mœurs, on n’a pas
C’est un livre parfait pour le voyageur. Le évolué. On sera peut-être le dernier pays à
genre de roman que l’on dévore de la première légaliser le mariage gai. Ça devient risible»,
à la dernière page en quelques heures dans un s’emporte Philippe Besson.
train ou un avion.
«La vie finit mal»
Mais Retour parmi les hommes reste surtout
un livre SUR le voyage. En l’occurrence
celui de Vincent, jeune homme sortant de
l’adolescence qui ne parvient pas à faire le
deuil se son amant, un soldat tué au cours de la
Première Guerre mondiale. L’histoire d’amour
entre les deux personnages avaient été au cœur
de En l’absence des hommes, le premier roman
de Philippe Besson, sorti en 2001.
Une fuite illusoire
Pourquoi cette suite? «Les lecteurs me
demandaient souvent des nouvelles de Vincent.
J’ai fini par me poser la question à mon tour.
Au début, j’ai écrit sans avoir en tête d’en faire
un nouveau livre. C’est ensuite devenu une
évidence», confie l’auteur à Être.
La France qu’il montre dans la deuxième
partie de son roman ressemble toutefois à un
beau tourbillon, celui du milieu artistique parisien
des années 20. Le personnage principal tombe
amoureux du jeune Raymond Radiguet, protégé
de Jean Cocteau, célèbre à 18 ans pour son roman
Le Diable au corps, avant de mourir deux ans plus
tard, plongeant la capitale dans la détresse.
Vincent avait déjà croisé la route de Marcel
Proust dans En l’absence des hommes. Pourquoi
cette envie de faire côtoyer à son personnage
principal ces personnages historiques quand le
sujet ne s’y prêtait pas réellement ? «Ce sont
des gens dont la vie a été incroyable, ils me
motivent, répond l’écrivain. Puis, j’adore les
mélanges fiction/réel. On se perd, on ne sait
plus où sont le vrai et le faux. En fait, je me
fous de la vérité. C’est la vraisemblance qui
m’intéresse».
De la Turquie à l’Italie, en passant par la
Grèce, l’Afrique et finalement les États-Unis,
c’est une fuite qui s’opère sous nos yeux. Une
Ici, rien ne semblera improbable. Sauf la fin
fuite qui veut «mettre à distance les drames. et le message qu’elle engendre (un nouveau
Mais c’est parfaitement illusoire. On ne laisse décès pour faire le deuil d’un autre) pourront
pas le malheur dans une consigne à la gare».
peut-être surprendre. Comme d’habitude, la
conclusion n’est pas heureuse chez Philippe
La réalité (la mère de Vincent) le ramènera Besson. «Ça ne peut pas être autrement. Un
en France. Une France dont Philippe Besson livre qui finit bien, c’est de l’ordre des contes
dresse un portrait assez cruel, surtout en de fées. La vie finit mal. C’est une vérité
comparaison de sa description des États-Unis, élémentaire», affirme-t-il. Un constat qui
lui qui aime «la vie lente et désinvolte de Los malgré tout n’entache en rien le plaisir de lire
Angeles [où il a écrit ce roman] ou la grande ce Retour parmi les hommes.
effervescence de New York».
Quand on interroge l’auteur sur la situation
actuelle de son pays, la critique est acerbe :
«La France est en retard sur pas mal de choses.
Il y a encore beaucoup de révolutions à faire
34 Être Magaizine
Retour parmi les hommes
Philipppe Besson
Éditions Julliard
213 pages
27,95$
Être Magaizine
35
Théâtre
«On ne fait pourtant pas de répertoire ici au PàP,
mais en relisant “The Dragonfly” on s’est dit “quel
texte !“ Nous avons tendance à faire des exceptions,
avec des pièces qui ne sont pas des créations de temps
à autre, pour des œuvres qui semblent avoir une parole
éminemment actuelle. Pour nous, cette pièce a pris un
autre sens» depuis sa première « version», il y a 16 ans,
explique Claude Poissant.
© Marie Claude Hamel
Le metteur en scène indique ainsi qu’«à l’époque
les deux solitudes étaient l’anglais et le français,
l’incompréhension dans ce pays bilingue, ce pays aux
personnalités multiples. Avec les années 2000, on est
dans le même discours mais ailleurs. Aujourd’hui, c’est
plutôt la langue française avec le reste du monde».
The Dragonfly
of Chicoutimi
CL
CLAUDE
LAUDE POISSANT
ET LES IDENTITÉS MULTIPLES
Du 22 février au 19 mars 2011, l’Espace Go accueille le théâtre PàP. Pour l’occasion, la compagnie offre
une nouvelle version de la pièce The Dragonfly of Chicoutimi, présentée au printemps dernier lors du Festival TransAmériques. Claude Poissant a mis en scène cette pièce où les questions de la langue et de la
sexualité tiennent une grande place.
François Bernier
[email protected]
Gaston Talbot prend la parole. Les mots qui sortent de sa bouche sont en l’anglais, mais la
structure de ses phrases, de sa grammaire et de son discours est française. Après une longue
période d’aphasie, l’homme cherche à comprendre comment il en est arrivé là, emprisonné dans
une langue qu’il ne parle pas. Il raconte au public le fil des événements. Il entre en lui-même
pour évoquer son enfance, sa mère, sa sexualité ambiguë, et son amour pour un jeune garçon aux
origines anglophones.
Le regard lucide de Claude Poissant s’attaque à une nouvelle version du texte de Larry Tremblay
mis en scène pour la première fois en 1995. À l’époque, Jean-Louis Millette assurait à lui seul le
monologue de l’auteur. Avec le théâtre PàP, The Dragonfly of Chicoutimi devient un texte où cinq
acteurs incarnent différents aspects de la personnalité de Gaston Talbot.
«Quel texte !»
L’aventure s’est amorcée tout à fait par hasard alors que les deux directeurs artistiques de la
compagnie, Claude Poissant et Patrice Dubois, ont redécouvert le texte individuellement, dans le
même mois, sans même se consulter. Pour les collaborateurs, cela a été une révélation: le texte
devait être réentendu.
36 Être Magaizine
Cinq, le nombre idéal
Claude Poissant voit avec cette pièce l’occasion de
poursuivre son exploration des textes chorale, avec
des mouvements scéniques chorégraphiés, précis, et
de la musicalité des mots. «Le nombre d’acteurs s’est
imposé de lui-même. Avec cinq acteurs, tu as beaucoup
de monde sur scène, mais jamais trop et jamais trop peu.
Cette démarche m’a aussi permis de travailler de cinq
façons différentes pour aborder et percevoir la langue
anglaise».
L’artiste de 55 ans rend un hommage vibrant à
ses comédiens : «J’ai formé un quintette d’acteurs
merveilleux qui avaient envie de prendre le temps
d’explorer cette histoire. Au fil des répétitions, on a fini
par enfermer les entités dans des boîtes. Il leur fallait
donc trouver un moyen de communiquer entre eux sans
jamais se voir. C’est à force de volonté que Gaston Talbot
numéro 1, 2, 3, 4 et 5 arrivent à s’entendre, à s’écouter, et
à s’accepter dans leurs différences.»
Qu’en est-il de l’aspect politique incontournable
de la pièce de Larry Tremblay? Cette question de la
langue peut sembler revêtir la forme pamphlétaire d’une
crise d’identité collective. Pour Poissant, elle prend
plutôt l’allure d’une remise en question sur l’identité
individuelle. La politique n’est pas évacuée du discours.
La métaphore existe, elle est là, mais n’est plus le cœur
de la création.
Le doute, toujours là
À l’heure de montrer au public sa troisième
adaptation d’un texte de Tremblay, le doute est toujours
présent chez Claude Poissant: «Quand tu acceptes un
projet, tu acceptes l’incertitude. Quand on met en scène
une création, comme dans le cas de Tom à la ferme
[la dernière pièce de Michel Marc Bouchard dont il a
assuré la mise en scène], il faut comprendre la parole de
l’auteur, pour transcender le texte, le faire vivre dans la
réalité. Ça demande beaucoup d’audace et de confiance.
Toute une équipe compte sur moi, mais ça demande
aussi beaucoup d’humilité. On doit être prêt à sacrifier
nos idées, nos concepts si nous n’arrivons pas à bien les
incarner.»
Mais de cette situation, l’ancien acteur de la série
Rumeurs sait également en tirer des avantages: «Cette
part d’incertitude, bien qu’elle soit angoissante, est aussi
un moteur. J’ai besoin d’être déstabilisé. Je suis toujours
insatisfait, je dois donc me commettre dans des niveaux
de difficulté toujours plus élevés.»
Cet automne, Martin Faucher écrivait une lettre ouverte
publiée dans les médias dénonçant le conformisme et la
quête de profit grandissants au sein du milieu théâtral. Il
soulignait au passage les noms d’artiste refusant, selon
lui, ce genre de compromis créatif. Parmi ceux-là, on
trouvait celui de Claude Poissant.
«On doit sortir de notre confort. L’investissement du
privé, la convergence, toutes ces choses ne devraient
jamais être à la tête de la pensée du créateur. On a besoin
de producteurs, c’est certain, mais avant tout, faites
confiance aux artistes que vous engagez», répond le
principal intéressé.
Pour Claude Poissant, inutile d’avoir peur de la
réaction du public et ou des soucis d’ordre financier qui
peuvent se poser. Il faut oser car «l’auditoire, en général,
suit. Il aime être déstabilisé. Certes, il est possible que
ça choque. Lors de la tournée d’Abraham Lincoln va
au théâtre, il y a bien deux ou trois villes qui ont mal
réagi au spectacle. Mais deux ou trois villes sur une
quarantaine, ce n’est certainement pas suffisant pour
nous convaincre que nous sommes allés trop loin!»
The Dragonfly of Chicoutimi
Mise en scène : Claude Poissant
Avec Dany Boudreault, Patrice Dubois, Daniel
Parent, Étienne Pilon et Mani Soleymanlou
À l’Espace Go
Du 22 février au 19 mars 2011
Renseignements sur www.espacego.com
Être Magaizine
37
Théâtre
© Valérie Remise
Les Belles-Sœurs
MARIE-THÉRÈSE FORTIN :
«ON A RÉUSSI»
A
u printemps 2010, le Théâtre d’Aujourd’hui a offert une nouvelle version de la pièce Les Belles-Sœurs, sous la forme d’une comédie musicale. Résultat: un triomphe de la part du public
et de la critique. La pièce revient au Monument national du 17 au 26 mars avant une tournée,
e
tout l’été, dans l’ensemble du Québec. Pour l’occasion, Être s’est entretenu avec l’une des
actrices et instigatrices du projet, Marie-Thérèse Fortin.
François Bernier
tête. On a aussi commencé à chercher nos actrices, évidemment.
Être. Marie-Thérèse Fortin, pouvez-vous nous raconter comment l’aventure de la comédie musicale des Être. À quel moment avez-vous constaté que vous teBelles-Sœurs a commencé pour vous?
niez non seulement un bon mais un grand spectacle?
Marie-Thérèse Fortin. René Richard Cyr et moi travaillions alors sur Elizabeth, roi d’Angleterre. En coulisse,
on discutait d’un spectacle inspiré des Belles-Sœurs qui
célébrerait la première lecture, 40 ans plus tôt, au Théâtre
d’Aujourd’hui. On cherchait une forme particulière, on se
disait qu’on pourrait faire un happening avec des actrices,
quelque chose de fou.
M-T.F. René Richard est parti de son côté puis il est revenu très rapidement avec la pièce largement raccourcie.
J’étais ébahie par la qualité des chansons. Quand on a fait
une première lecture avec chansons, histoire de présenter toute la musique à l’équipe, la réaction a été formidable. Tout le monde était super enthousiaste. Les actrices
étaient très excitées. C’était tout un pari à gagner, on nous
attendait avec une brique pis un fanal. Mais au bout du
René Richard m’a alors dit: «...bien moi, les Belles- compte je crois qu’on a réussi. Parce qu’en fait on ne faiSœurs, je le verrais comme un music-hall». J’ai trouvé sait pas que reprendre Les Belles-Sœurs, c’était carrément
l’idée formidable, mais encore fallait-il que le résul- une re-création!
tat soit probant. Je lui ai demandé qui il envisagerait
pour la musique. Le nom de Daniel Bélanger est sorti.
«Il y a quelque chose dans Les Belles-Sœurs qui vient
J’étais emballée. Il est donc parti de son côté, pour re- toucher une corde sensible des Québécois. […] Et puis
venir avec quelques chansons, juste pour voir. Pour ma il y a aussi des thèmes très actuels. La poursuite du bonpart, je commençais déjà à chercher des sous pour le heur matériel par exemple. On a simplement changé les
spectacle. Avec autant d’acteurs, c’était tout un casse- timbres-primes en loterie.»
38 Être Magaizine
Être Magaizine
39
Théâtre
Être. N’avez-vous pas eu envie de programmer à nouveau Les Belles-Sœurs lors de la prochaine saison?
M-T.F. C’était impossible. Le spectacle en lui-même
a fait perdre des sous au théâtre. Rien que pour les actrices, on dépassait le budget de cachets pour une saison
entière. Par contre, on a eu la chance d’avoir un partenariat avec le Centre culturel de Joliette et en plus Lotto
Québec qui célébrait ses 40 ans, a alors décidé de les fêter avec Les Belles-Sœurs. Disons que ça nous a permis
de souffler un peu. Parce qu’en réalité nous voulions que
le spectacle reste accessible financièrement. Il parle de la
classe ouvrière du Plateau Mont-Royal. Nous voulions
donc que même cette classe sociale y ait accès.
© Valérie Remise
Être. Vous partez bientôt en tournée. On sait combien
il peut être difficile d’accorder l’horaire de tant de
gens. Est-ce que la distribution va en être affectée?
M-T.F. Non, la distribution restera intacte. On a prévu
le nécessaire pour s’assurer que tout le monde soit disponible. On a aussi engagé deux doublures. Elles se partagent les différents rôles au cas où une des filles serait
indisponible. Ça sera une belle tournée, on va passer par
toutes les grandes scènes du Québec.
Être. Il y a dans l’air des rumeurs d’adaptation anglophone de l’œuvre pour lui permettre de tourner
à l’extérieur du Québec. Pouvez-vous nous en dire
plus?
Être. Comme actrice, rêviez-vous d’interpréter le rôle de Germaine Lauzon? Est-ce
un personnage que toute actrice d’expérience rêve d’incarner?
M-T.F. René Richard a effectivement fait traduire la
pièce par Linda Gaborieau. Il est ensuite allé à Toronto faire une lecture avec des actrices anglophones. La
réception du spectacle a été très favorable, mais nous
n’avons aucune confirmation pour le moment.
M-T.F. Sincèrement, je ne pense pas trop à ça. Je n’ai pas trop de «rêve d’actrice».
J’ai plutôt tendance à essayer de rendre chacun de mes rôles le plus marquant possible,
peu importe le rôle.
Être. Pourquoi, 50 ans plus tard, Les Belles-Sœurs
reste-t-elle une œuvre qui nous interpelle encore?
Est-ce de la nostalgie? Parce ce que le portrait dépeint un contexte très propre aux années 60…
Pour en revenir aux Belles-Sœurs et à Germaine Lauzon, disons que je n’avais pas
encore joué au Théâtre d’Aujourd’hui depuis que j’en avais pris la direction artistique,
en 2005. Je savais que je ferais partie de la distribution. Il était également certain pour
nous que Guylaine Tremblay serait Rose et que Maude Guérin serait Pierrette. Quand
on leur a offert le rôle, elles ont été vraiment enthousiasmées par le projet. Le fait que je
tienne le rôle de Germaine Lauzon est en fin de compte venu naturellement.
M-T.F. Il y a quelque chose dans Les Belles-Sœurs qui
vient toucher une corde sensible des Québécois. Étonnement, ce n’est pas seulement les personnes les plus âgées
qui sont bouleversées. Parce qu’il faut le dire: la situation a bien changé depuis cette époque. Le matriarcat, les
familles nombreuses, on ne voit plus ça aujourd’hui. Il
n’en reste pas moins que ce sont aussi nos origines. On
n’a pas à remonter très longtemps la ligne du temps pour
retrouver cette vie-là. Et puis il y a aussi des thèmes très
actuels. La poursuite du bonheur matériel par exemple.
On a simplement changé les timbres-primes en loterie.
Les Belles-Soeurs
Mise en scène: René Richard Cyr
Avec Marie-Thérèse Fortin, Guylaine
Tremblay, Maude Guérin...
Au Monument national
Du 17 au 26 mars
Renseignements sur www.belles-soeurs.ca
40 Être Magaizine
Être. Avant Les Belles-Sœurs, vous avez tourné avec un spectacle où vous chantiez
Barbara. Ce n’était donc pas votre première expérience de chanteuse. Quelle place
prend le chant dans votre vie, dans votre carrière?
M-T.F. C’est amusant parce que ce spectacle de Barbara, je l’ai fait pendant 20 ans.
J’ai commencé ainsi parce que, comme actrice, en début de carrière, le travail était plus
rare. De plus, j’étais fortement habitée par l’œuvre de Barbara. J’ai trouvé des collaborateurs qui voulaient se lancer avec moi dans l’aventure.
Par la suite, après la direction artistique du Trident à Québec, j’ai eu envie de faire
un plus petit spectacle, de revenir à la base. J’ai décidé de reprendre l’aventure Barbara
et d’autres amis ont voulu m’aider à le tourner un peu partout. C’était formidable, le
spectacle avait grandi, évolué avec moi. Mais la chanson, contrairement à mon métier
d’actrice, n’est pas quelque chose d’instinctif. Ça me demande beaucoup de travail. Je
suis une interprète qui chante et non une chanteuse.
Être. Pour terminer, parlons de la saison actuelle au Théâtre d’Aujourd’hui. Elle est
particulièrement stimulante…
M-T.F. Effectivement, Tom à la ferme qui vient de se terminer, aura été complet du
début à la fin. Le public peut maintenant assister à Toxique de Greg MacArthur. C’est un
spectacle exceptionnel et Guy Nadon y est incroyable. Il y a aussi la création de Wajdi
Mouawad, en collaboration avec le Trident, qu’on attend avec impatience. Malgré les
rénovations qui nous ont obligés à rester fermés tout l’automne, nous sommes très fiers
de notre saison.
Être Magaizine
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Musique
À écouter pour être...
Madjo
James Blake
CLAQUER DES DOIGTS !
BACK TO BLAKE
Trapdoor (Mercury)
Jérémie Battaglia et Geoffroy Pelletier
James Blake (A&m records)
Au premier coup d’œil, on peut avoir vite
faire de rapprocher Madjo à Zaz (la hippie
donneuse de leçon). Le seul point commun est
sûrement le turban dans les cheveux, car autant la musique de Zaz sent la naphtaline et la
«France d’avant c’était mieux», autant Madjo
fait table rase du passé et des étiquettes qu’on
veut lui coller.
Mélange de soul, chanson française ou encore pop, ce premier album surprend. Alors
que depuis plusieurs années la «world» musique semble se limiter aux efforts pénibles
de gagnants de la Star Académie, il est bon
d’entendre un peu de nouveauté. Madjo n’a
peur de rien, et semble appliquer à la chanson francophone les règles de la musique pop
anglophone: efficacité et simplicité. Elle n’hésite d’ailleurs pas à utiliser la langue de l’autre
solitude à plusieurs reprises dans l’album.
Elle évite les écueils de la «world» musique et
garde surtout à l’esprit une écriture de grande
qualité, accrocheuse sans être putassière, à la
réalisation soignée. On attend avec impatience
de pouvoir la voir sur scène. (J.B.) 4,6/5
Dubstep, bass music, futur-bass… la valse
des étiquettes ne semble pas atteindre James
Blake.
Après avoir fait beaucoup de bruits avec
trois maxis, ce premier album ne semble pas
vouloir pacifier les esprits. Les puristes crient
au maniérisme, les autres au génie. Il faut dire
que la première écoute peut être laborieuse.
Loin des productions ronflantes et aux basses
accrocheuses du dubstep anglais, James Blake
joue sur le minimalisme, les silences, les
rythmes brisés.
Découvert par beaucoup grâce à sa reprise de
Limit to your love (Feist), c’est une pop avantgardiste, difficile d’accès que nous offre le beau
James Blake. Porté par sa voix fragile, un peu
à la manière d’Anthony and the Johnsons, les
sentiments qui découlent de ses compositions
froides ne se laissent pas forcément entendre à
la première écoute. Il faut se laisser appréhender par ce disque aux relents hivernaux. C’est
dans ses recoins que cet album touche. Une
ambiance unique se dégage ainsi qu’une certaine idée radicale de l’écriture et de la création.
(J.B.) 4,5/5
Puggy
Something you might like
PUDDING MOU
Composé d’un Anglais, d’un Suédois et
d’un Français, le groupe a débuté en Belgique (vous suivez ?). En Europe, ils ont
un qualificatif particulier pour ce genre de
projet: un euro-pudding, un truc qui vient
d’ici mais aussi de là-bas, qui ressemble à
tout mais à rien de connu en même temps.
Le second album de Puggy c’est un peu ça.
On voit bien où ces trois garçons dans le vent
veulent aller: vers l’Angleterre et sa Brit Pop. Il
faut reconnaître le talent de l’écriture. Il est bien
dur de se retenir de chanter sur des titres comme
When You Know ou We have It made. Les sonorités dépotent, on pousse les meubles et on
se dandine comme un beau diable. On retrouve
aussi des ballades qui touchent sans tomber dans
le pathos comme l’amusante «She kicks ass».
Le principal reproche qu’on peut faire est
en fait un flagrant manque d’originalité, d’un
petit truc en plus qui ferait que cette production se démarque d’une autre. La réalisation
est belle, mais lisse. C’est un peu comme
un condo neuf: propre mais sans âme. Alors
même si on se laisse happer par une certaine
fraîcheur, on aurait aimé un peu plus d’originalité, d’aspérité et de «balls». 2,5/5 (J.B.)
Pierre Lapointe Seul au piano (Audiogram) SENTIMENTS INTIMES
Après Pierre Lapointe live, Pierre Lapointe
chante avec l’Orchestre Symphonique, Pierre Lapointe remixé, voici Pierre Lapointe seul au piano.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est productif, le prodige! Si on était de mauvaise foi, on
pourrait facilement médire qu’il tente de faire de
l’argent en abreuvant ses fans de multiples déclinaisons de son œuvre.
beaucoup plus intime avec pour seule arme, son piano… qu’il
chérit depuis toujours.
Pour l’occasion, Lapointe a fait une judicieuse sélection de
son répertoire comprenant notamment les superbes Deux par
deux rassemblés, Tous les visages ou encore Les sentiments
humains. Ses arrangements sont réfléchis, sa voix est maîtrisée et son âme intacte. En plus, ce contexte dépouillé nous
amène à redécouvrir la qualité de ses textes.
Mais il n’en est rien. Pierre Lapointe ne se moque pas de
nous, au contraire, il se respecte et nous convie à ses désirs. Sa
Pour un tête-à-tête avec les ballades intimistes de Lapointe le
proposition : nous inviter dans son univers, mais d’une façon prodige, procurez-vous cet album. Beau, beau, beau! (G.P) 4.5/5
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Être Magaizine
43
Musique
Armistice
Armistice (Dare to care)
GUERRE ET PAIX
La fille de Cœur de pirate et le gars de Bedouin Soundclash s’assemblent le temps de faire un album de cinq chansons. Ensemble, ils sont Armistice. D’habitude, l’armistice naît d’un conflit, mais ici, c’est bien le contraire. On sent
chez les deux tourtereaux une complicité évidente et surtout une direction commune.
Ils nous proposent un roadtrip dans le désert en décapotable avec cheveux au vent, verres fumés et mariachis cachés
dans le coffre arrière. En tout cas, il fait beau et chaud et nos soucis s’évaporent rapidement au soleil. Comment en effet
résister à Mission bells, premier extrait lancé, avec son refrain accrocheur qui nous fait voyager ?
La voix de la pirate trouve ici un créneau qui lui sied bien mieux: disons-le, la naïveté de sa voix convient beaucoup
plus à la folk anglophone. Fini ses textes de peines d’amour de préadolescente immature, la voici peut-être (enfin) à
l’âge adulte. Quant à la voix du bédouin, même si elle rappelle parfois celle de Bryan Adams, elle sonne bien, avec
juste ce qu’il faut de sensualité masculine.
On attend la suite. À écouter pour se convaincre que l’été s’en vient et que l’hiver n’est qu’un vulgaire souvenir
(G.P) 4.1/5
Le concert du mois à ne pas manquer :
CUT COPY
We’re trying to go away,
hey, we’re tryinaway, hey,
we’re trying to go hey,
we’re trying to go away,
hey,we’re trying to go
away, hey, we’re trying to
go away, hey, we’re trying
to go away
OÙ? Club Soda, le mardi 5 avril
POURQUOI? Même si on est un peu déçu
par le nouvel album, Cut Copy est une valeur
sûre pour danser. On y sera. Et vous ?
COMBIEN?25$
44 Être Magaizine
Être Magaizine
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Musique
Röyksopp
au Club Soda
LES ROIS DE L’ÉLECTRO À LA SCANDINAVE
Le 19 mars prochain, Röyksopp s’arrête à Montréal dans le cadre d’une tournée nord-américaine faisant
la promotion de Junior, album sorti en 2009 et de Senior, sur le marché depuis l’automne dernier. L’escale du duo norvégien au Club Soda est perçue par un certain nombre de Montréalais comme l’un des
évènements électrohouse du printemps.
Joëlle Girard
Originaires de Tromso en Norvège, Svein Berge et Torbjorn Brundtland se sont rencontrés à l’école alors qu’ils
étaient encore adolescents. Au début des années 1990, ils ont
expérimenté ensemble les diverses possibilités qu’offrait la
musique techno de cette époque. Ils ont ensuite pris des chemins différents pour finalement se retrouver à Bergen, dans
l’ouest de la Norvège.
Röyksopp
en concert
Le samedi 19
mars 2011
Au Club Soda
1225, Saint-Laurent
Montréal
Pour plus
d’informations :
(514) 286.1010
46 Être Magaizine
Depuis 1998, les deux compères s’amusent à alterner des
mélodies électrohouse ingénues et des ambiances plus sombres se rapprochant de la musique techno. La sortie de Melody A.M., le premier album de l’excentrique duo, a marqué
le début d’une carrière internationale pour le alors associés
à la Bergen Wave, expression désignant l’émergence d’un
son propre à la ville et dont la popularité s’est propagée
outre-mer. Svein Berge et Torbjorn Brundtland ont par la
suite produit trois autres albums, maintenant leur réputation
«d’architectes» du si particulier son électropop scandinave.
Junior : son accrocheur et populaire
Les sorties quasi consécutives de Junior et de Senior sont
le résultat d’un projet que les membres de Röyksopp caressaient depuis le début de leur collaboration. La prochaine
tournée nord-américaine du groupe réconciliera ainsi sur
scène une double identité musicale qui a toujours caractérisé
leur son.
Très bien reçu par la critique, Junior joue sur un côté très
dansant qui correspond à l’électrohouse que Röyksopp sait
si bien rendre. La plupart des pistes sont produites selon une
facture plutôt populaire, la réalisation présentant un caractère très contemporain. Röyksopp y intègre les voix de Robyn
(The Girl And The Robot) et de Karin Dreijer (It Must Be It,
Tricky, Tricky), ce qui donne au tout une touche unique. Sans
succomber à la tendance un peu trop mielleuse parfois associée au groupe, Junior est un album réussi au son accrocheur
dont le résultat final est tout à fait convaincant.
Senior: instrumental et plus difficile d’accès
À l’opposé, Senior est un album complètement instrumental. Beaucoup plus mélancolique et introspectif, le deuxième
opus verse dans un style expérimental, les deux musiciens
ayant privilégié les appareils analogues et les instruments
acoustiques, contrairement à leurs premiers albums. Le son
qui en résulte est par définition plus ambiant, délaissant
l’électrohouse. Senior exige au final une écoute active, voire
sélective...
Globalement, il semble que le duo ait donc atteint son
objectif. Reste à voir comment Svein Berge et Torbjorn
Brundtland arriveront à combiner deux mondes si différents
sur une même scène. Reconnus pour leurs costumes excentriques et leurs performances élaborées, il y a fort à parier
que le public montréalais aura droit à un spectacle haut en
couleur.
Être Magaizine
47
Musique
L’ENSEMBLE VOCAL
Ganymède
CÉLÈBRE SES 20 ANS
L’année 2011 marque la 20ème année d’existence de l’ensemble vocal Ganymède. Pour
l’occasion, le chœur issu de la communauté gaie montréalaise interprète, le 17 avril, Le
Requiem de Cherubini, à l’église Saint-Esprit. Une œuvre complexe et spectaculaire pour
célébrer une carrière remarquable.
Vingtième anniversaire de l’ensemble
vocal Ganymède
Le Requiem de Cherubini
Dimanche 17 avril à 15 h
Église Saint-Esprit
2851, rue Masson
Montréal
http://www.evganymede.com/
Billets sur www.admission.com
48 Être Magaizine
Matthieu Lévesque
Yvan Sabourin, fondateur et directeur de la
chorale, rêve d’interpréter Le requiem de Cherubini depuis 15 ans. Cette œuvre du compositeur italien est, selon lui, très complexe. «C’est
d’abord et avant tout une œuvre qui demande
une grande maturité de la part des choristes.
C’est une écriture pour chœur d’hommes dont
les registres extrêmes sont très exploités, autant
dans l’aigu que dans le grave», explique-t-il
Un parcours remarquable
En 20 ans d’existence, Ganymède a acquis
une grande notoriété. En participant à des événements culturels et à plusieurs concours, au
Québec comme en Europe, l’ensemble vocal a
rapidement suscité l’admiration et a même eu
souvent droit à des ovations.
À noter qu’en avril prochain, le chœur lance
également son troisième album, lancé sous
l’étiquette ATMA. Certains titres de ce répertoire sacré - entièrement A cappella - sont aussi
Par le passé, la chorale n’avait jamais eu plus présentés lors de l’événement du 17 avril.
de 15 à 20 membres. Mais, depuis quelques anGanymède est, d’après la mythologie
nées, elle est composée d’une trentaine de personnes. Le 20ème anniversaire était donc l’occa- grecque, le nom d’un amant de Zeus. En appesion idéale pour présenter cette œuvre de près lant ainsi la chorale, le collectif voulait marquer
d’une heure.
l’aspect gai de l’ensemble vocal. La majorité
des membres sont en effet homos.
«Le requiem exige des effectifs importants
au niveau de l’orchestre. Une vingtaine de cho«Depuis notre création en 1991, nous nous
ristes invités provenant d’autres chœurs s’ajou- sommes toujours présentés comme un chœur
teront à ceux de Ganymède. En plus de chanter issu de la communauté gaie. Il est primordial
avec un orchestre de cuivre et de bois, ce qui pour nous de démontrer cette vision de tolédemande une grande puissance vocale, l’œuvre rance, d’ouverture. Partout où nous allons dans
ne comprend aucun solo. C’est un concert ex- le monde, nous précisons cette mission pretrêmement exigeant pour les choristes. »
mière», affirme Yvan Sabourin.
Être Magaizine
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Nightlife
Amène ta blonde
La nouvelle soirée lesbienne
branchée de Montréal
© Cindy Boyce www.cindyboycephoto.com
Depuis décembre dernier, Chloé Langford (à droite sur la photo) et Léonie Leboeuf (à gauche) prennent
d’assaut le Salon Officiel avec leur nouvelle soirée «Amène Ta Blonde». La popularité instantanée qu’a
connue l’évènement mensuel en fait l’un des rendez-vous lesbiens les plus courus en ville. Le 11 mars a
eu lieu la quatrième édition du 5 à 10. Être vous raconte comment cette nouvelle soirée a vu le jour.
Joëlle Girard
Elles ont également boudé le Mile End qui serait trop difficilement accessible en transport en commun. Parfaitement
C’est un soir un peu sans histoire, autour d’un verre au situé près de la station Sherbrooke, se trouvait donc le Salon
Salon Officiel, que Chloé et Léonie ont lancé l’idée de créer Officiel, prêt à les accueillir, offrant une ambiance branchée,
une nouvelle soirée «de filles». Sans trop d’hésitation, la mais sans prétention.
propriétaire de l’établissement a décidé de tenter le coup.
Depuis, le Salon Officiel se remplit à craquer, une fois par Un succès instantané
Pour réaliser ce tour de force, le couple a usé d’un stramois, avec des filles branchées en quête de l’eldorado lestagème étonnamment simple. Les deux filles ont d’abord
bien.
choisi le bouche à oreille comme stratégie promotionnelle,
Pour Chloé et Léonie, Montréal n’offre que deux types ciblant d’abord leur propre réseau social lui-même assez dide soirées qui s’adressent spécifiquement aux lesbiennes. versifié. Après cette première étape, elles s’en sont remises à
D’abord celles du Drugstore, réunissant les filles qui fré- Dj Mini pour tenter d’attirer encore plus de lesbiennes issues
quentent assidument le Village. Ensuite… toutes les autres, de milieux différents.
rassemblant le plus souvent une majorité d’anglophones
Le tout s’est traduit par un succès immédiat. La première
s’identifiant au mouvement «queer».
soirée «Amène Ta Blonde» a en effet réuni plus de 200 lesRéunir les différentes communautés
biennes. Léonie et Chloé étaient comblées. «Au début, on
La réalité complexe des diverses scènes gaies exige évi- avait décidé de créer cette soirée pour le plaisir, juste pour
demment une approche peu plus nuancée que ce que Léonie notre entourage, on ne s’attendait vraiment pas à avoir un
et Chloé s’amusent à dépeindre. Mais toujours est-il que ce tel succès», expliquent-elles avec beaucoup d’enthousiasme.
«Amène Ta Blonde»
catalogage repose sur des faits reconnus par tout un chacun,
Au Salon Officiel,
et ce, depuis déjà bien longtemps.
Elles ont ainsi relevé le défi. Grâce elles existe désormais
351, Roy Est
un nouveau lieu de rencontre pour les lesbiennes de tous
Entrée gratuite
C’est justement une telle catégorisation que les filles âges.
Prochaine soirée :
d’«Amène Ta Blonde» ont voulu outrepasser en rassemblant
ces deux communautés qui évoluent trop souvent en vase
La formule que Léonie et Chloé ont créée est un mélange début avril (date encore
clos. Pour ce faire, elles ont choisi de s’éloigner du Village parfait, que ce soit pour boire un verre tranquillement, se non arrêtée, à suivre sur
la page Faceboot
- selon Chloé, les gais «envahissent» toujours les soirées les- déhancher sur la piste de danse, partir à la recherche d’une
d’«Amène Ta Blonde»
biennes qui s’y déroulent.
nouvelle conquête ou simplement ou encore… sortir avec
sa blonde.
Être Magaizine
51
Selon certaines informations
très fiables, le Sunrise Afterhours
d’Ottawa devrait fermer ses portes et
les dirigeants prendre du coup plutôt
la direction du BPM Afterhours
de Gatineau. Je sais aussi que le
DJ/producteur Montréalais Tomy
Villacorta y brillera, le samedi 26
mars prochain. Une grosse soirée en
pers pective !
Stéfane Lippé
En Rafale
CE QU’IL FAUT RETENIR DE LA VIE
NOCTURNE EN QUELQUES MOTS
Gaëtan «TUBBIES» Vaudry
Tomy Villacorta
De la bouche même des
propriétaires Tommy et
Mike, plusieurs changements
sont à prévoir au (((Stereo))). Un nouveau site Internet devrait être lancé dès
les premiers jours d’avril,
de même qu’une association avec la firme Publicité
Sauvage qui aura le mandat
de placarder la ville, avec les
publicités de l’Afterhours.
Ça roule rondement pour la firme Produkt, directement liée à aux nombreuses visites des plus grandes stars du DJing dans la métropole. Alex K et son
équipe nous proposera justement la visite du jeune et talentueux DJ/producteur
hollandais Afrojack @ club La Folie (le 19 mars), de même que la tournée Size
Matters North American Bus Tour, mettant en vedette les Suèdois Steve Angello
et AN21, ou encore l’Américain Max Vangeli (le 1er avril). Sans oublier bien sûr
le Français David Guetta le 31 mars, à Québec.
Max Vangeli © photonburst
Sandy Duperval ©
Le mois de mars est toujours très
intéressant au Parking. Les deux premiers samedis nous offraient la musique de Sandy Duperval (qui lance
enfin son nouvel album) et de l’Américain DJ Paulo. Les amateurs attendent
donc de pied ferme le retour du beau
Berlinois Micky Friedmann (le 19
mars), de même que celle de l’illustre
DJ Theresa (NYC), celle qui nous a
fait danser lors de la dernière soirée
du nouvel an. Rappelons que Paskal
& Vesselinov y seront de retour le dimanche 27 mars.
Le jeune promoteur Mike
Savoie a travaillé très fort pour
nous ramener son Nebula Dayclub, le seul club de jour digne
de ce nom dans la métropole.
Ayant désormais pignon sur rue
au 1661 rue Sainte-Catherine
Est (entre Papineau et de Champlain), le Nebula propose toujours d’excellents DJs tous les
dimanches, de 9h à 18 h. Une
visite s’impose le dimanche 20
mars, alors que Stéfane Lippé
sera derrière les platines.
Il se brasse de très grosses affaires au Circus… Dès le 6 avril, nous
aurons droit à un rafraichissement complet de l’Afterhours de la rue
Sainte-Catherine Est. Un nouveau look (nouveau Branding), un équipement sonore qui risque de révolutionner le monde des clubs de la
métropole, un tout nouveau site Internet qui s’annonce à la fine pointe,
sans oublier des DJs qui font courir les foules. On sait déjà que les
DJs Perc (GB), Prok & Fitch (GB), Umek (Slovénie) et John Askew
(GB) seront de la partie en avril.
John Askew © Scootie
Lyle Quach
Laurent Garnier
Si tous les amateurs parlaient de l’ascension du tandem Paskal &
Vesselinov en 2010, les mêmes regards sont maintenant tournés vers
le duo Green & LaTeez. Hugo et Steve sont à l’affiche du Circus Afterhours sur une base régulière mais surtout, résidents, les premiers
vendredis de chaque mois @ Salon Daomé, dans le cadre de leur populaire soirée La Palma. On sait aussi que Green & Lateez brillera au
Circus Afterhours, le vendredi 8 avril, aux côtés du Slovène Umek et
de l’excellent DJ Oren D.
Le beau et surtout fort talentueux
DJ Egocentrix (alias Yan Côté) fêtera
en grand son anniversaire @ Theatro
Montréal du boulevard Saint-Laurent, le samedi 2 avril prochain. L’artiste annonce également deux dates
à l’Éclipse Nightclub de Rosemont
(l’endroit où l’interdit n’est pas défendu!), les 15 avril et 28 mai. Salles
combles à prévoir.
C’est fou de voir autant d’artistes d’ici se lancer en production. Depuis le début de l’année, les sorties se multiplient sur le populaire site
de téléchargement Beatport. Parmi les plus populaires, on parle du titre
Stupidisco (Danny Torrence et King Richard), Up (Steve Bear Sas
et Frank Turgeon), Roller Dice (François Lebaron), Sensation (Uppercut), All Over Me et Release (Mark Anthony), Air Supply (Jeff
Fontaine et Oly Arsenal), Experimental Energy (Isaac Swees), Game
Over, Technology et OK ! (Lyle Quach), un remix de Together (Tomy
Villacorta) et j’en passe. Le talent d’ici est de plus en plus exportable.
Le House de Montréal rayonne plus que jamais !
Laurent Garnier – véritable monstre sacré de la musique techno française – sera des nôtres, le jeudi 24 mars
prochain. Grâce à la firme Citizen
Montréal, Garnier prendra le contrôle
du Théâtre Telus, en compagnie de
Scan X et de Benjamin Rippert. Les
billets pour l’événement Live Booth
Sessions sont en vente sur le réseau
Wantickets.com.
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Être Magaizine
53
Nightlife
FaggityASS Fridays
DANSER POUR L’ÉDUCATION SEXUELLE
En 2005, l’éducation sexuelle a été rayée des écoles secondaires suite à la réforme scolaire. La même
année, l’organisme pour jeunes en difficulté Head & Hands / À Deux Mains a décidé d’agir en créant le
projet SENSE. En 2007, il a également lancé la soirée Faggity Ass, principal outil de financement de ce
programme, devenue depuis un événement GLBT d’importance.
Matthieu Lévesque
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Les artistes ont eux aussi la chance de s’exprimer à
travers des numéros de cabaret ou des performances burlesques. «Tous les mois, je choisis un groupe ou un artiste
qui performe en début de soirée. Souvent, il s’agit de leur
première expérience. C’est très important pour moi de
donner à ces débutants la chance de se faire connaître»,
explique Val Desjardins.
Nommée #1 Club Night par le magazine montréalais
Mirror en 2008 et 2009, la soirée du Playhouse ne cesse
de gagner en popularité. Tous les derniers vendredis du
mois (à part quelques exceptions) des gars et filles de tous
les styles, de l’étudiant universitaire au professionnel dans
la mi-trentaine, se rassemblent lors d’une soirée queer où
la danse est à l’honneur. L’événement étant aussi une col- Des rénovations qui s’imposent
Depuis 10 ans déjà, cette dernière est très active dans
lecte de fonds, chacun décide du montant qu’il donne à
le milieu queer de Montréal. Elle a entre autres été DJ et
l’entrée (entre 0 et 10$).
a performé dans diverses soirées LGBT telles que Divers/
Tous les profits amassés vont directement au projet Cité. Le chiffre d’affaires de la soirée aurait presque douSENSE, qui vise à ramener l’éducation sexuelle dans les blé depuis son arrivée il y a quelques mois. Il faut dire que
écoles secondaires. Ils seront entre autres utilisés pour ses contacts dans le milieu du divertissement lui sont très
imprimer des manuels, fabriquer du matériel (comme des utiles pour faire de Faggity Ass un incontournable.
pénis en bois), organiser des ateliers dans les écoles ou
Ce succès appelle forcément à s’adapter et à voir plus
s’illustrer dans les médias. Les organisateurs ne dérogent
jamais du sujet principal : le sexe. Des préservatifs sont loin. Lors de l’édition de janvier, entre 100 à 200 personnes ont attendu à l’entrée du Playhouse et ce jusqu’à la
d’ailleurs remis à l’entrée.
fermeture. Val Desjardins a donc rencontré le propriétaire
La musique et la danse à l’honneur
et ils ont aussitôt pris la décision de rénover l’établisseVal Desjardins, organisatrice et directrice artistique de la ment. Résultat : depuis le mois de février, le bar du Milemensuelle depuis septembre 2010, choisit avec son comité End peut accueillir entre 300 à 400 personnes.
de production le thème et la ligne directrice de chacune
des soirées. «Même si le thème change, le déroulement de
Faggity Ass Fridays
Prochaine édition : 18 mars
l’événement reste en grande partie le même. HabituelleAu Playhouse
ment, quatre DJs se succèdent. Les deux premiers, moins
5656, avenue Du Parc
connus, se produisent avant minuit alors que les deux
Montreal
autres, plus populaires, performent ensuite jusqu’à 3h».
Contactez-nous au 514.439.4636
*Pour les 50 premiers abonnements.
Seulement au Canada. Pour d´autres destinations informez-vous pour le prix.
http://faggityassfriday.blogspot.com
54 Être Magaizine
Être Magaizine
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Nightlife
Québec
David Guetta en
concert en mars
C’est confirmé: David Guetta va se produire à Québec dans le cadre d’un spectacle exclusif. Le 31 mars, le DJ et producteur est au Centre de foires d’Expocité
pour présenter ses innombrables succès tels que Sexy Bitch ou I gotta Feeling des
Black Eyed Peas.
Écrans LED géants et effets spéciaux saisissants sont
promis pour cette soirée unique organisée par les producteurs du Bal en Blanc. Ceux-ci assurent que le spectacle
sera bien au-delà des prestations habituelles de DJ. Pour
l’occasion, l’espace du Centre de foires est transformé
en immense club, pouvant accueillir des milliers de personnes entre 19h30 et 3h.
tion tel que Who’s that Chick?, en duo avec Rihanna, son
dernier succès en date.
Les billets sont disponibles à travers le réseau Billetech
depuis le 23 février dernier. Les prix se situent entre 75$
et 90$. Des places à un tarif plus élevé seront peut-être
disponibles à l’entrée. Les plus grands fans pourront se
procurer des billets VIP (750 billets disponibles) donnant
Nouvelle version de son album
accès à un vestiaire gratuit, des toilettes privées et à un bar
Alors qu’il vient d’obtenir le deuxième Grammy de sa privé. Combiné à un billet régulier, il sera au coût de 25$.
carrière, David Guetta est présentement l’un des producteurs les plus en vogue de la planète. Sa venue à Québec
David Guetta en concert
Au Centre de foire d’Expocité à Québec
souligne du même coup la sortie de la nouvelle version
Le 31 mars
nord-américaine de son album One Love: One More Love.
Pour plus d’informations : www.expocite.com
De nouveaux titres ont été ajoutés à cette nouvelle paru-
Ottawa
Le Flamingo:
du pur glamour dans la capitale
Le 27 janvier dernier, Le Flamingo Bar/Lounge a ouvert ses portes à Ottawa. Ce nouveau club gai est
le premier du genre à offrir des soirées-thématiques hebdomadaires, pour une clientèle variée résidant
dans la capitale.
Matthieu Lévesque
Des invités de marque
C’est en compagnie de DJ B’UGO que Le Flamingo a
officiellement ouvert ses portes en janvier dernier. Les propriétaires ont alors dévoilé le design de cet endroit glam et
très chic : espace lounge aux murs tapissés, deux bars d’un
bleu éclatant, terrasse couverte et chauffée, ou encore scène
au plancher éclairé s’accordent à un design contemporain
combinant noir, métal et bois. Évidemment, qui dit en général bar gai dit équipe agréable à regarder. Le Flamingo ne
fait certainement pas exception à cette règle.
Tous les vendredis, des spectacles de jazz et de
blues sont présentés pendant les heures de l’happy
hour. Dès 23h, on ouvre la piste de danse pour des
soirées pop où les tubes du moment sont à l’honneur.
Les samedis, un DJ - d’Ottawa ou d’ailleurs - assure
la programmation musicale, souvent accompagné
d’un animateur. Les dimanches, on cède la scène aux
drag queens et aux personnificateurs qui s’assurent
de terminer la fin de semaine en beauté et en couleurs.
«La ville d’Ottawa n’a jamais eu un tel bar auparavant, un endroit où l’on peut retrouver à la fois des performances professionnelles live, de la danse et l’heure du
cocktail», affirme le producteur et créateur d’événements
Sébastien Provost. Ouvert du vendredi au dimanche, chacune des soirées a un thème spécial qui reviendra de semaine en semaine.
«Le Flamingo est plus qu’un simple bar gai, c’est
plutôt un espace branché et contemporain qui sera
différent tous les soirs», tient enfin à préciser Sébastien Provost. Lors des premières semaines, le bar a
accueilli le DJ et acteur porno Pierre Fitch ou encore
la sensation drag Lawanda Jackson ...
Être Magaizine
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Yohan et Raymundo © Erick Contreras
Ana Paula © Erick Contreras
Soiréeavec
Dj vibe
et
StephaneGrondin
auSTÉRÉO
Gilles et Lorenzo au Stéréo © Erick Contreras
Ameey Begin et Joanie Lavoie © Erick Contreras
Stephan Grondin © Erick Contreras
Jordan, Adam Jeremy Dias au Flamingo, Ottawa © Chrisitian Corbeil
kurt et Christ © Erick Contreras
Phillipe et Fitz au Stéréo © Erick Contreras
Le Staff du Stéréo © Erick Contreras
DJ Vibe
© Erick Contreras
Yamel Caramel
© Erick Contreras
58 Être Magaizine
Être Magaizine
59
Déco
Vertuose
Design végétal
Pour un décor vert et à l’avant-garde
Les fous de design qui cherchent à agrémenter leur espace de végétaux ont une nouvelle destination montréalaise
à retenir. Avec Vertuose, vous pourrez profiter d’un peu de verdure au quotidien, sans pour autant avoir la main
particulièrement verte.
Sasha Gauvin
Depuis le mois de janvier dernier, Vertuose occupe des nouveaux locaux, situés en plein cœur du
quartier Angus. Le magasin peut ainsi accueillir
une vaste clientèle dans sa salle de montre qui a des
allures de loft ultramoderne. Vous y trouverez des
produits exclusifs et haut de gamme sans oublier
des conseils d’expert. Car Vertuose est assurément
une référence dans la conception et le design végétal.
Une expertise unique
© Amélie Philibert
C’est il y a six ans que Benoît Godin et son équipe
de fleuristes, d’horticulteurs et de designer industriels
ont mis en commun leurs connaissances dans le but de
bâtir ce projet. «Notre matière première, c’est le végétal. Notre force, c’est de savoir l’intégrer à l’espace
de vie du client selon ses besoins spécifiques. C’est
là-dessus qu’on se distingue», raconte aujourd’hui le
sympathique propriétaire.
Benoît Godin peut du reste avoir le sourire. Son
entreprise a récemment décroché un beau contrat
avec le luxueux et très branché Hôtel W. Une jolie
preuve de la créativité et de l’avant-gardisme de
l’équipe.
Un service personnalisé
L’éventail des services offerts par cette entreprise
est assez surprenant: conception et design végétal,
large sélection de plantes naturelles ou artificielles
d’une grande qualité, ainsi que de vases et de pots
exclusifs, design événementiel, aménagement, entretien, livraison, installation et service-conseil à
domicile… Du début jusqu’à la fin du processus,
l’équipe vous accompagne dans vos projets afin de
trouver correspondance et harmonie entre les végétaux et votre environnement.
Vertuose
4510, rue Molson
Montréal, H1Y 0A3
(514) 276.4048
www.vertuose.com
60 Être Magaizine
On aimerait remercier l’Hôtel W © Amélie Philibert
Que ce soit pour l’aménagement d’une terrasse
ou d’un espace intérieur, Vertuose sait comment
créer des décors à l’allure organique et contemporaine, et ce pour toutes les bourses. Bref, c’est assurément un incontournable si vous êtes à la recherche de conseils pour concevoir un environnement
humain et élégant.
Être Magaizine
61
Déco
EQ3
le plaisir du luxe
abordable
La première impression, quand on entre chez EQ3, c’est celle d’unee
boutique de luxe. Rapidement on se rend compte pourtant que l’endroit
it
se distingue des autres enseignes de meubles et accessoires hors de prix.
x.
Vous pourrez concevoir vous-même le meuble dont vous avez besoin, à
un prix franchement abordable.
Chaise modèle Plywood de Eames © César Ochoa
Édouard Gravel
Ce concept unique nous vient de Winnipeg. EQ3, c’est une bannière
de la compagnie Palliser, bien connue dans le monde du meuble
en Amérique du Nord. Leur espace sur Saint-Laurent, à deux pas de
l’avenue Mont-Royal a de quoi charmer. Le service est impeccable et la
marchandise s’adresse à une clientèle diverse, intéressée par le design,
souhaitant trouver des meubles compacts pour une maison de ville
ou un condo, mais aussi des pièces plus massives pour une résidence
secondaire en campagne.
Dès le départ, on a envie de tout acheter. On dispose de l’aide des
conseillers, pour la plupart des designers d’intérieur expérimentés qui
non seulement peuvent vous guider dans vos achats, mais aussi vous
conseiller sur toute la décoration de votre maison. Vous cherchez un
sofa? Vous voyez un modèle qui vous intéresse? Maintenant, vous
pouvez choisir le tissu, les pattes, les accessoires si vous en désirez,
voire carrément la disposition des modules.
Chaise en plastique moulé a bascule de Eames.
Une collection certifiée écolo
Ici, vous avez la possibilité de créer votre meuble selon vos besoins
et vos goûts. Rien qu’au niveau des tissus, ce sont plus de 150 choix
de revêtements que la boutique met à votre disposition. Une fois
arrêté votre choix, vos spécifications sont envoyées à Winnipeg où
votre création sera fabriquée, vérifiée et finalement signée lorsque les
employés se seront assurés qu’elle est conforme aux exigeantes normes
de qualité de l’entreprise.
EQ3 propose en quasi exclusivité montréalaise quelques-unes des
icônes du design du XXème siècle produites par Herman Miller&Vitra.
On retrouve ainsi la table basse d’Isamu Noguchi, le banc en bois massif
de George Nelson, LA chaise de Verner Panton et le «lounge chair et
son Ottoman» de Charles et Ray Eames. Pour la petite histoire, Eames
voulait un fauteuil qui offre « la chaleur et l’allure conviviale d’un vieux
gant de base-ball bien patiné ». Emblème du confort absolu, ce «gant de
base-ball» est disponible chez EQ3.
EQ3 Montréal
4428, Boulevard St-Laurent
Montréal,
H2W 1Z5
514-982-9992
[email protected]
62 Être Magaizine
Les gens soucieux de l’environnement y trouvent aussi leur compte
avec une collection certifiée écolo. Les acheteurs de dernières minutes
peuvent pour leur part bénéficier du service pressé qui vous assure
une livraison dans les 2 semaines. EQ3 est l’endroit parfait pour une
clientèle urbaine à la recherche de qualité et d’esthétisme personnalisé.
Être Magaizine
63
Tendances
COUPS DE CŒUR DU MOIS
ON A CRAQUÉ POUR…
Comme pour chaque numéro de Être, l’équipe de notre magazine vous présente ce qui lui a dernièrement tapé dans l’œil. Avec
une tendance printanière, une certaine légèreté ou un style enflammé, ces lampes suspendues empliront votre intérieur de lumière et de bonheur toute l’année durant.
Il est grand temps de s’enflammer afin de se réchauffer tout en
faisant fondre toute cette neige.
CHEZ LÉO VICTOR
2480 rue Notre-Dame Ouest
H3J 1N5 Montréal
(514) 939.3888
www.leovictor.com
La mer, les vacances, le sable, les
coquillages, voilà une belle source
d’inspiration
d’inspiration.
CHEZ KIFFÉ
1052 rue Lionel-Daunais
Place Lionel-Daunais
Suite 502
J4B 0B2, Boucherville
(450) 857.0660
www.boutiquekiffe.com
Les divinités orientales sont
représentées sur un trône en
fleur de lotus… et si vous aviez
ces fleurs au dessus de la tête.
CHEZ LUDOVIK
248 rue de la Montagne (Coin Ottawa),
H3C 2A7 Montréal
(514) 678.6617
www.ludovik.ca
Vous aussi vous sentirez
comme un serin lors de la
venue du printemps.
Il scintille… Vos yeux en font tout autant lorsque votre regard se pose sur lui.
CHEZ CURIO
3870 rue Saint-Denis, H2W 2M2 Montréal
(514) 282.0737, www.curiocite.com
64 Être Magaizine
CHEZ COMME LA VIE AVEC UN
ACCENT
251, rue Laurier Ouest
H2V 2K1 Montréal
(514) 278.5421
Être Magaizine
65
Cinéma
Oscars
2011
Pas de surprise (hélas)
Les pronostiqueurs auront sans doute eu tout bon tant la soirée des Oscars, le 27 février
dernier, n’aura réservé quasiment aucune surprise. Le discours du roi est le grand gagnant
de la soirée. Côté films GLBT, seule Natalie Portman a le sourire. Incendies pour sa part, a
échoué dans la catégorie meilleur film étranger.
Natalie Portman
© Michael Yada / A.M.P.A.S
le donneur de sperme, a été battu par Christian Bale pour
The Fighter.
© Michael Yada / A.M.P.A.S
Anette Bening, l’une des deux mères lesbiennes, n’a
pas eu davantage de réussite. C’est Natalie Portman, sans
surprise, qui remporte l’Oscar pour meilleure actrice dans
Le Cygne noir, où elle interprète une danseuse schizophrène obsédée autant par son rôle difficile dans Le lac des
cygnes que par sa rivale.
Sur scène, la comédienne aura rassuré tous ses fans en
donnant un discours un peu plus «classe» que lors des Golden Globes où son rire «particulier» (on parlera même d’un
gloussement) avait fait le tour d’Internet, à tel point que certains disaient qu’il aurait pu faire changer d’avis les votants !
Anne Hathaway et James Franco
© Michael Yada / A.M.P.A.S
Les gais avaient forcément un œil attentif sur lui et ce ser finalement presque la seule chose à faire ressortir d’une
rait
ssoirée qui s’est révélée assez ennuyeuse. S’il a échoué dans
ssa «quête» pour obtenir la statuette de meilleur acteur (revvenue à Colin Firth pour son interprétation du souverain
bbègue Georges VI dans Le discours d’un roi), James Franco
aaura sans doute conquis de nombreux nouveaux cœurs chez
lles gais dont il est déjà l’un des chouchous.
Hormis Natalie Portman, Le Cygne noir est reparti les
mains vides, à commencer par l’homme à l’origine de
ce très beau film, Darren Aronofsky. C’est en effet Tom
Hooper qui a finalement remporté la statuette décernée au
meilleur réalisateur pour Le discours d’un roi. Le réseau
social et Origine se contentent quant à eux de récompenses «secondaires».
Baiser lesbien en direct
Au final, faute d’une pluie d’Oscars, les GLBT pourL’acteur n’a pas déçu comme hôte de la cérémonie, aux
côtés de Anne Hathaway, affichant un détachement et un ront toujours se réjouir d’une scène rarement vue les ansourire bien agréables. Sans parler de son déguisement en nées précédentes. À peine obtenue sa victoire pour l’Oscar du meilleur mixage pour Origine, l’une des gagnantes,
Marilyn Monroe…
Lora Hirschberg, s’est ainsi tournée vers sa compagne
Pour le reste, pas grand chose à dire ou presque. Le pour l’embrasser.
discours d’un roi a remporté les récompenses les plus
Enfin, les Québécois pourront se montrer déçus. Alors
prestigieuses, à commencer par l’Oscar du meilleur film
(devançant notamment contre Le Cygne Noir et Le réseau que certains spécialistes le donnaient gagnant juste avant
la cérémonie, Incendies de Denis Villeneuve échoue
social) et les films GLBT repartent presque bredouille.
contre le film danois In a better world qui avait déjà récolNatalie Portman n’a heureusement pas ri
té le Golden Globe dans la même catégorie. L’autre gros
Rien notamment pour Une famille unique qui raconte espoir national, dans la catégorie meilleur maquillage cetles aventures d’une famille homoparentale. Nommé pour te fois, Adrien Morot (pour Le monde de Barney) rate lui
l’Oscar du meilleur second rôle, Mark Ruffalo, qui joue aussi son coup, battu par Rick Baker, pour The Wolfman.
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Être Magaizine
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Exposition
Fall in Love with... Peggy Faye
© PEGGY FAYE
ARTSIDA 2011
Un rendez-vous désormais incontournable
La troisième édition de ARTSIDA montre que l’exposition est bel et bien devenu un véritable événement dans la
communauté GLBT québécoise. Artistes de renommée mondiale, objectifs à la hausse pour ce qui est des fonds
récoltés, forte mobilisation des organisateurs. Pas de doute : le succès sera au rendez-vous du 23 mars au 9 avril
à la Galerie Dentaire.
Brute Hope
© YUNUS CHKIRATE
45.000 dollars récoltés l’an passé
Organisé en 2009 pour la première fois, ARTSIDA est
donc devenu un rendez-vous à ne pas manquer à Montréal
et dans le Village en particulier. C’est tranquillement que
les organisateurs voient arriver le 23 mars où seront exposés à la galerie Dentaire une soixantaine de tableaux, donnés généreusement par autant d’artistes. Des œuvres qui
seront vendues lors d’un encan, le 14 avril.
Jean Fortin, propriétaire de la Galerie Dentaire, parle luimême d’un «événement devenu très important. La qualité
des artistes est reconnue, on a maintenant de l’expérience».
Pas étonnant dès lors qu’Alex Wysocki Najar espère «faire
mieux que les années précédentes» concernant l’argent
Antoine Aubert
récolté. Quelque 45.000 dollars avaient été récoltés l’an
dernier, contre 20.000 en 2009. Des fonds qui viennent de
Il passe son temps au téléphone et court partout, mais n’allez particuliers, enthousiasmés par la qualité des œuvres prépas voir là un quelconque signe d’inquiétude ou d’imprépara- sentées.
tion. Alex Wysocki Najar a même carrément le sourire quand
il raconte les préparatifs de l’édition 2011 de ARTSIDA.
Le cru 2011 ne devrait du reste pas les décevoir. Les habitués ont de nouveau répondu présents, notamment Zilon,
Pour le responsable du financement, de la levée de fonds Yvon Goulet ou Kat Coric. «Je trouve qu’il est important
et de la communication au sein de l’association Sida Bé- de […] soutenir Sida bénévoles Montréal car les personnes
névoles Montréal (ACCM), «il y a beaucoup de travail, vivant avec le VIH/Sida au Québec comptent sur l’aide de
surtout avec plusieurs nouveautés par rapport à l’an passé, cet établissement remarquable. Plusieurs de mes amis les
comme la naissance d’un site internet, mais il n’y a eu plus proches vivent avec le VIH et plusieurs autres ont été
aucune difficulté particulière pour organiser ARTSIDA. emportés par la maladie», explique cette dernière.
Tout est allé tout seul».
68 Être Magaizine
Être Magaizine
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Exposition
© PETER FLINSCH
Up Yours AIDS
© KAT CORIC
Un dessin de Peter Flinsch exposé
La jeune génération sera aussi représentée (Vincent Cyr
ou Yunus Chkriate). «Il s’agit aussi de faire connaître ces
talents. C’est un événement qui concerne Montréal et le
Québec. Voilà pourquoi on a choisi, contrairement à la
première édition, de privilégier des artistes d’ici», raconte
Alex Wysocki Najar.
Pour cette année, les organisateurs ont choisi des œuvres plus «joyeuses», au point de laisser au placard des
œuvres magnifiques mais jugées trop sombres pour un sujet déjà très lourd. D’où l’accent mis sur des œuvres aux
couleurs vives, vivantes, qui donnent envie «d’aider les
gens qui sont en vie», résume Jean Fortin.
lui pour l’aider, pour servir d’intermédiaire». Il y a aussi
des centres de jour et des clubs d’achat (un collectif qui
permet aux malades connaissant des difficultés financières de faire leur épicerie à des prix bien moins chers que
dans les supermarchés).
L’argent récolté fin mars et début avril représentera un
apport non négligeable pour assurer la continuité de ces
actions déterminantes dans la vie des personnes séropositives ou sidéennes. Et ce alors que l’association voit les
aides des gouvernements diminuer peu à peu car «ils ont
d’autres priorités», pour reprendre les mots d’Alex Wysocki Najar.
Le réalisateur
Patrice Chéreau
Soutien de la communauté
Parmi celles de cette nouvelle édition, beaucoup attendent avec impatience de découvrir un dessin de Peter
Flinsch, artiste de renommée internationale disparu en
2010, chantre de l’homoérotisme. La pièce date de 1974
et a été «donnée généreusement par le gérant de l’œuvre
de Peter Flinsch», indique Jean Fortin.
Soutenir les actions de l’ACCM
ARTSIDA 2011
Du 23 mars au 9 avril
À la Galerie Dentaire
1239 rue Amherst
(métro Berri-UQAM ou Beaudry)
Montréal
Encan le 14 avril
à l’Hôtel des Encans,
872, rue du Couvent
www.artsida.org
70 Être Magaizine
L’ACCM sait en revanche pouvoir compter sur la solidarité de la communauté GLBT, à commencer par les
autres associations. «Je pense que l’on a besoin les uns
des autres. On touche des publics différents mais on a
le même objectif», résume le responsable de la communication de l’ACCM qui rappelle aussi que l’une des
dernières initiatives de l’organisation, ATOM-C (qui
met en place un réseau de bénévoles se mobilisant pour
faire dépister les membres de leur entourage direct), a
été mis en place avec REZO, sans oublier l’aide importante du magasin PRIAPE et du site de rencontre
Gay411.
Toutes ces oeuvres de premier ordre serviront à financer les actions de Sida Bénévoles Montréal. La petite
association GLBT montréalaise (environ 500.000 dollars
de budget annuel) s’occupe aujourd’hui de centaines de
malades dans la métropole (entre 450 et 600 selon Alex
Wysocki Najar), et son site internet touche 2.5000 personPour ARTSIDA, cette aide se retrouve à travers le sounes dans tout le Québec.
tien indéfectible de la Galerie Dentaire («ils nous aident
tellement, ils sont fantastiques», s’exclame Alex Wysocki
Le travail de l’ACCM se traduit notamment par l’élabo- Najar) ou des partenaires de l’événement (à commencer
ration d’un «programme de traitement, avec des conseils par notre magazine, RG et 2B). Bref, autant de signes
pour ceux qui ont un souci avec leurs médicaments ou qui positifs qui rendent optimistes pour cette édition 2011 et
ont difficultés à discuter avec leur médecin. On ira avec celles à venir.
DU 17 AU 27 MARS 2011 SE DÉROULERA LA 29E ÉDITION DU FESTIVAL
INTERNATIONAL DU FILM SUR L’ART, ÉVÉNEMENT RÉPUTÉ LE PLUS
IMPORTANT AU MONDE DANS SON DOMAINE. PARMI 37 FILMS EN
COMPÉTITION, PLUSIEURS ONT RETENU NOTRE ATTENTION POUR
LEUR PROXIMITÉ THÉMATIQUE AVEC LA COMMUNAUTÉ GLBT,
TOUT COMME D’AUTRES ŒUVRES PRÉSENTÉES NOTAMMENT
DANS LE CADRE D’HOMMAGES. ÊTRE VOUS PRÉSENTE SES
COUPS DE CŒUR ET VOUS INVITE À VOUS INFORMER
SUR TOUTE LA PROGRAMMATION EN VOUS
RENDANT SUR WWW.ARTFIFA.COM.
Ê Magai
Être
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gaizine
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MTL PUNK,
La première vague/The first wave
Iggy Pop
© todosnuestrosmuertos
1976, le Parti québécois prend le pouvoir pour la première fois
dans l’histoire du Québec. Les souverainistes sont en ébullition,
toute une génération de hippies danse sur Harmonium dans les
rues de Montréal. On écoute du Pink Floyd, du Genesis, et les
riches anglophones dansent au Limelight sur des rythmes disco.
Iggy Pop est un documentaire largement basé sur des extraits d’entrevues, incluant des
archives pour la plupart méconnues du sex-symbol des Stooges à la silhouette si particulière.
Que ce soit lors d’entrevues (un peu trop flatteuses) ou lors de sublimes extraits de concerts
des années 60 et 70, rien (ou presque) dans le long-métrage n’aborde la question d’une possible homosexualité du chanteur.
Pendant ce temps-là, toute une bande de marginaux maudissent
cette culture rassembleuse et harmonieuse. L’arrivée sur la scène
musicale londonienne des Sex Pistols, en 1977, leur donne un
modèle à suivre, celui du rebelle anarchiste qui conteste tout le
système en place. Ce mouvement punk naissant prend rapidement
une place importante dans la métropole québécoise avec l’émergence de plusieurs groupes et événements dédiés à cette contreculture.
En n’évoquant ni ses conquêtes féminines, femmes ou enfants, Leo Burley semble s’être
refusé à aborder la question de la vie privée du chanteur. Ainsi, le tandem artistique Iggy PopDavid Bowie a sûrement été un couple dans la vraie vie, mais le réalisateur n’y fait absolument pas référence. Il ne fait que survoler le sujet, se cantonnant à la stricte étude de l’artiste
de son point de vue de musicologue.
Au final, même si le documentaire ne parvient pas à sonder les mystères entourant la sexualité de l’icône homo-érotique, Iggy Pop réussit néanmoins très bien à dépeindre le sex-appeal
infaillible de l’artiste, évoluant au fil des années de son statut de rebelle blues à véritable muse
du rock… torse nu.
Basquiat,
© NRK P3
Dans leur film, Érik Cimon et Alain Cliche braquent leur objectif sur quelques acteurs de cette révolution musicale à Montréal.
Trente ans plus tard, ces esprits marginaux racontent avec une
sincérité désarmante la façon dont ils ont vécu cette période clé de
leur vie. Ils se remémorent la musique, la défonce, mais surtout
ce furieux besoin de faire les choses autrement. Cette incursion
passionnante présente aussi des extraits d’archives très rares de la
décapante scène punk.
© Nyctc7
Jean-Paul Gaultier
ou les codes bouleversés
UNE VIE
La comète Basquiat (elle s’éteindra à 27 ans) fait partie de la longue liste des «suicidés par la société» pour reprendre l’expression d’Antonin Artaud. Au-delà de la géniale
écriture picturale que l’artiste développe dans une sorte de naïveté contrôlée, se profile
une relation ambigüe avec la classe moyenne blanche new-yorkaise raciste par le biais de
laquelle il veut devenir une icône de la peinture tout en les insultant.
Des études scolaires calamiteuses, une mauvaise relation avec son père, sa négritude
et un grave accident qui lui fera découvrir le corps humain au travers du manuel «Gray’s
Anatomy» que lui offrira sa mère; terreau propice pour faire pousser la bête indomptée
autodidacte.
Plus tard, il y a la rencontre tant désirée avec Andy Warhol qui représentera la figure
paternelle qu’il n’a jamais eue. Warhol était arrivé au creux absolu de sa carrière et ne peignait déjà plus par lui-même depuis 20 ans. D’ailleurs, leur collaboration ne produira rien.
On entre alors dans la période «wild child» du dandy en costume noir aux pieds nus
et au style de vie effréné. Warhol le manipule mais n’arrive tout de même pas à lui faire
adopter ses propres cynismes : «Être bon en business est le plus fascinant des genres
artistiques» dira ce dernier. De déception
en désillusion, notre héros rageur finit par
© lucky cat
s’éteindre avant d’entreprendre son pèlerinage identitaire en Afrique.
Shirley Bassey,
Loin d’offrir l’image de l’enfant terrible de la mode,
ce documentaire de Frida Khelfa dresse un portrait
singulier du couturier et de ses 30 ans de carrière.
Jean-Paul Gaultier revient sur ses débuts chez Cardin
et Patou, ses passions et sa conception de la beauté.
« LA MÔME » DE TIGER BAY
Souvent reconnue pour son timbre de voix singulier sur des chansons comme Big Spender, Dame
Shirley Bassey est communément perçue comme la plus grande interprète féminine du Royaume-Uni.
Le documentaire de Dione Newton, Dame Shirley Bassey: The girl from Tiger Bay, suit les coulisses
de la préparation de l’album marquant son grand retour en 2009, The Performance sur lequel ont
collaboré Rufus Wainwright et les Pet Shop Boys. On y découvre la personnalité de l’artiste, où la
femme et la diva sont intrinsèquement mêlées.
Le film fait aussi une incursion au cœur de la
semaine de la mode de Paris où l’on découvre un
homme généreux et ouvert qui a bouleversé les codes
de la mode au fil des années. Qu’on pense aux jupes
pour homme ou à l’arrivée de mannequins noirs et
arabes, en passant par des femmes fortes, le designer
a toujours été à l’avant-garde.
Dans l’univers de la haute couture, il est le seul à
avoir su inscrire durablement son nom aux côtés de
vieilles maisons établies depuis des décennies, avec
ses créations qui connaissent un succès hors normes.
Née en 1937 d’une mère galloise et d’un père nigérian (qui abandonnera sa famille par la suite),
Shirley Bassey aura connu une existence partagée entre glamour et tristesse. «Je me suis mise à
chanter parce qu’il valait toujours mieux ça que de pleurer», confie t-elle. À l’aube d’une toute jeune
gloire à 19 ans, son premier simple, le très osé Burn my Candle est censuré par la BBC à cause de
paroles trop suggestives. Sa voix hors du commun la ramène sur le devant de la scène, avant d’être la
cible de rumeurs voulant que son premier mari et gérant Kenneth Hume soit gai.
Jane Birkin
So french
«Il a donné au monde artistique new
yorkais fondamentalement raciste l’opportunité de serrer sans risque dans ses
bras un artiste noir … sans avoir à se
rendre à Harlem» (Holland Cotter). Le
documentaire de Jean Michel Vecchiet,
présenté en compétition, dévoile anecdotes, témoignages d’amis proches et
entrevues d’archives qui permettent de
découvrir davantage ce solitaire au sein
de l’histoire de l’art après avoir été mis
de côté, certainement par honte des excès
de cette décennie.
Le documentaire se veut autant une observation de la genèse d’un projet artistique collaboratif
qu’un hommage à la grande diva. La première véritable material girl.
Jane Birkin, fille de l’actrice Judy Gamble, une beauté iconique selon sa fille, revient sur son passé pour le
réalisateur Gilles de Maistre. La femme qui a pourtant peur de regarder en arrière, qui craint la nostalgie et le
vide, nous raconte son enfance avec son frère Andrew, les moments difficiles au pensionnat.
Elle rend hommage aux trois hommes de sa vie, pères de ses trois filles - John Barry, Serge Gainsbourg et
Jacques Doillon. On retrace sa carrière, comme actrice d’abord puis comme chanteuse, suite à sa rencontre
avec Gainsbourg. Elle souligne certains moments marquants comme sa participation au film audacieux Je
t’aime, moi non plus, traitant d’homosexualité. Déjà à cette époque, Birkin prend la défense des gais. On la
voit en entrevue se réjouir de savoir que le public sera exposé à des hommes qui s’aiment.
Puis la caméra du réalisateur la suit dans ses combats. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle est une militante si active, Jane Birkin expose une métaphore révélatrice : il existe une espèce de pieuvre qui passe sa
vie à chercher un rocher. Lorsqu’elle le trouve, elle s’y agrippe et ne le quittera plus jamais. Pour survivre,
elle mangera même son cerveau. Ce que craint le plus la grande Birkin, c’est de trouver ce fameux rocher...
© Sterin
72 Être Magaizine
Être Magaizine
73
© Nicolas Patte
PATRICE CHÉREAU
© Believe Collective
le corps au travail
Voilà un documentaire qui ravira les amateurs de théâtre, réalisé par un vrai connaisseur. Stéphane Metge
a en effet déjà réalisé plusieurs documentaires sur celui qui est considéré, depuis plusieurs décennies, comme
l’un des plus grands metteurs en scène français.
J.M.W. Turner,
le peintre de la lumière
Habitué du FIFA, l’écrivain et réalisateur français Alain Jaubert présente
cette année un film à la facture classique, parcourant la vie et l’œuvre du britannique J. M.W. Turner (1775 – 1851).
Patrice Chéreau : le corps au travail (2009) revient sur la carrière de l’artiste, en s’attardant notamment sur
sa vision du théâtre et plus précisément sur son intérêt pour «la dégradation et la violence infligées au corps»,
ainsi que l’explique le principal intéressé.
OTTO
DIX
encore à l’honneur
À travers des archives où l’on peut revoir les plus grandes réussites de Patrice Chéreau au théâtre (L’héritier
du village, Phèdre), à l’Opéra (L’Anneau du Nibelung) et au cinéma (Intimité, La reine Margot), Stéphane
Metge nous rappelle la sensualité et l’érotisme qui imprègnent le travail du metteur en scène. Patrice Chéreau
sait comme personne magnifier une œuvre et ses acteurs.
Otto Dix n’en finit plus de faire parler de lui
à Montréal. Après une belle exposition au Musée des beaux-arts pendant l’automne 2010, le
voilà de retour, dans le cadre d’un documentaire de près d’une heure diffusé au FIFA.
Homme et artiste passionné, le documentaire permet aussi de montrer un metteur en scène engagé, prenant
la défense des intellectuels tchèques menacés par le régime communiste à la fin des années 70, faisant face à la
violente réaction du public lors de son adaptation perçue comme trop osée de l’œuvre de Richard Wagner ou
encore choisissant de diriger un théâtre non pas en plein cœur de Paris mais en banlieue.
© Nicolas Genin
Précurseur de l’impressionnisme, il est probablement l’un des peintres britanniques les plus célèbres. Par le biais des représentations picturales que ses
multiples voyages lui ont inspirés, additionnés des commentaires de spécialistes tels que Ian Warrell, conservateur à la Tate Britain, et Guillaume Faroult,
qui occupe la même fonction au Musée du Louvres, Alain Jaubert expose méticuleusement le récit de la vie et de l’œuvre du peintre.
L’artiste était fasciné par la force céleste des éléments de la nature qu’il
contemplait lors de ses longs voyages. De retour chez lui, grâce à ses carnets
de notes et aux techniques d’aquarelle et de peinture qu’il a su développer, il
reproduisait sur la toile l’immensité des paysages qu’il avait pu admirer.
Une fascination profonde pour la lumière a conduit ce peintre romantique à
aborder les prémisses de l’impressionnisme, courant fait de motifs et de couleurs pures, passion qui lui aura valu le surnom de «peintre de la lumière».
LEONARD DE VINCI,
La Canadienne Jennifer Alleyn réalise dans
Dix fois Dix un portrait du formidable peintre
allemand dont l’œuvre exprime comme personne tout un pan de l’histoire de son pays, de
l’Europe et de l’Occident. Ainsi que l’indique
le titre de son film, c’est autour de dix thèmes
que s’articule celui-ci.
Otto Dix, ce sont d’abord ces dessins et
peintures où sont mises en scène les horreurs
de la Première Guerre mondiale en Europe, où
les tranchées sont devenues le quotidien infernal de millions d’hommes. Ce sont aussi ces
portraits de prostituées, d’hommes et de femmes qui, au sortir de la guerre, errent dans la si
fragile République de Weimar, bientôt détruite
par le nazisme.
Présenté en compétition, Jennifer Alleyn
nous donne ici l’opportunité de retracer le parcours unique d’un artiste unique. L’un des plus
grands peintres européens du siècle dernier.
fierté de l’Italie
The Life and Times of
Count Luchino Visconti
Il est l’un de ces réalisateurs et metteurs en scène européens qui
ont laissé une trace indélébile dans l’histoire du cinéma. Dans l’Italie
d’après-guerre, il y a ainsi eu Federico Fellini, Michelangelo Antonioni,
Pier Paolo Pasolini ET Luchino Visconti.
D’origine noble, ouvertement homosexuel, l’œuvre de monsieur le
comte est unique. Baroque, violente et souvent désespérée, elle se démarque aussi par des sujets audacieux traités d’une manière qui a fait
souvent provoqué le scandale, qu’on pense à la décadence d’une famille
bourgeoise allemande pendant le nazisme (Les Damnés) ou à l’amour
d’un vieux compositeur pour un adolescent au visage d’ange dans le
magnifique Mort à Venise (photo).
Le FIFA donne ici l’occasion de revoir un documentaire réalisé en
2002 par le Britannique Adam Low. Une belle manière de rendre hommage à un immense artiste, alors qu’on commémore en 2011 les 35 ans
de sa disparition.
© SWANclothing
Léonard de Vinci est l’un des plus grands génies de l’histoire de l’art, bien que seule une quinzaine de ses œuvres soit parvenues jusqu’à nous. Encore aujourd’hui l’Italie aime rendre hommage au père de La Joconde, les livres et films à son sujet ne cessant de pulluler chaque année.
Pour son édition 2011, le FIFA a néanmoins choisi un documentaire datant du début des années
50 pour rendre hommage à l’artiste italien. Intitulé simplement Leonardo da Vinci, le documentaire de Luciano Emmer, destiné au marché international, avait à l’époque bénéficié de moyens
inédits pour l’époque, entre voyages et nouveaux procédés d’animation.
Ce documentaire sur celui dont l’homosexualité est aujourd’hui connue de tous avait séduit en
son temps les critiques, remportant même un Lion d’or à la prestigieuse Mostra de Venise.
© Wikipedia
Ingmar Bergman at Sixty
Ingmar Bergman est sans
conteste l’un des plus grands
cinéastes de tous les temps.
Melvyn Bragg, à qui le Festival
International du Film sur l’Art
(FIFA) rend hommage cette
année, livrait avec Ingmar Bergman at Sixty la première entrevue télévisée du réalisateur de
Persona et de Fraises sauvages.
Grand peintre des rêves et
des symboles sur fond de mort
(Le Septième Sceau), de femmes (Cris et chuchotements) et
d’incommunicabilité entre des
êtres qui s’aiment (Scènes de la
vie conjugale), Ingmar Bergman
(1918-2007) nous a légué une
œuvre riche et marquante.
Derrière la caméra
L’intérêt premier de l’entre-
vue, tournée en 1978, réside
dans le regard que porte le réalisateur sur son art, sur son métier.
Pour Bergman, le cinéma est
fascinant et magique : « Si vous
prenez une chaise, la plus banale
des chaises et que vous dites
qu’elle est la plus dispendieuse,
la plus fantastique et la plus incroyable des chaises au monde,
[…] tout le monde le croira si
c’est dit au cinéma. » Intéressant : cet écho se retrouvera
intégralement dans une scène de
Fanny et Alexandre, quatre ans
après l’entrevue.
Pour celui qui voyait le visage
humain comme le plus cinématographique des objets, le cinéma,
« petit univers personnel qui n’a
rien à voir avec la réalité », a été
toute sa vie.
© Hervé Kerneis
74 Être Magaizine
Être Magaizine
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Menus Plaisirs
Escapades
Moulin
Wakefield
CLASSE ET CONFORT
© César Ochoa
Bordé par la rivière Gatineau, le village de Wakefield se dresse fièrement, s’appuyant sur ses atouts. Parmi eux, bien sûr les
stations de ski à proximité, le fameux train à vapeur Hull-Chelsea-Wakefield et… l’auberge et spa le Moulin Wakefield qu’Être
vous invite à découvrir.
L’Avenue
La qualité sans compromis
Le Moulin Wakefield, c’est d’abord une
façade de bois et de pierres qui forme un bâtiment imposant mais chaleureux. À l’intérieur, on a dénudé les murs, remis à neuf les
vieilles poutres, donnant ainsi au cachet rustique de l’endroit, une touche de modernité.
L’Auberge et Spa
Le Moulin de Wakefield
60, chemin Mills
Wakefield, Québec
J0X 3G0
(819).459.1838
www.wakefieldmill.com/
Prix : À partir de 152 dollars
76 Être Magaizine
L’auberge offre toute une gamme de
soins pour le corps dont quelques-uns sont
spécialisés pour les hommes. En mai prochain, l’auberge inaugurera même un tout
nouveau complexe «écologique» de 13
chambres donnant vue sur la rivière. Un
spa thermique de grand luxe ouvrira ses
Les chambres, individuellement déco- portes à cette occasion.
rées, respectent joliment le style champêtre afin d’offrir une détente des plus Foie gras, Pinot gris et Nina Simone
La visite du moulin ne serait cependant
paisibles. Les groupes et gens d’affaires
sont les bienvenus puisque deux salles de pas complète sans un détour par la table
réunion sont disponibles ainsi que l’accès d’hôte au restaurant de la place dirigé par
le chef Romain Riva. Une belle décousans-fil dans tout l’immeuble.
verte merveilleusement conduite par un
Construit en 1838, l’établissement a subi personnel professionnel et amical.
de multiples rénovations au cours des sièC’est alors que Nina Simone jetait un
cles. Mais c’est seulement en 2000 qu’un
couple de la région, Rober Milling et Lynn sort aux convives attablés dans la salle à
Berthiaume, ont transformé les lieux pour manger que le summum du week-end a
ainsi commencé. Foie gras au torchon sur
donner à l’édifice sa nouvelle vocation.
pain d’épices, pot-au-feu de fruits mer, fiAu cœur de la nature
nanciers et vin chaud… J’ai été conquis et
Ils ont pu s’appuyer sur la situation géo- mon collègue tout autant grâce à un ravioli
graphique du site. Les berges d’une cas- de chèvre sauce Grand Marnier et chocolat
cade puissante ont, jadis, fait fonctionner noir, un râble de lapin et une dégustation
les rouages du moulin (lesquels ont été de dessert dont une truffe au chocolat au
conservés, transformés et intégrés au dé- raffinement délicat.
cor de l’auberge). Aujourd’hui encore, la
vue y est saisissante.
L’audace de la présentation des assiettes agrémente l’expérience. Au maL’établissement a su tirer profit de cet tin, l’aventure continue (ou commence)
atout naturel pour mettre en valeur ses avec le petit-déjeuner champêtre à la
commodités comme le spa, lequel fait carte ou buffet. À noter enfin qu’une
partie intégrante du furieux ruisseau. Une section lounge est aussi aménagée pour
cuve thermale extérieure est accessible accueillir un groupe de musiciens blues
toute l’année, à quelques mètres de là.
certains soirs.
Au fil des années, le restaurant L’Avenue est devenu un incontournable du Plateau Mont-Royal. Si vous n’avez encore jamais
osé braver l’essaim de noctambules affamés qui se forme devant le restaurant chaque samedi, il est temps de rattraper le temps
perdu. Parce qu’à L’Avenue, achalandage rime avec qualité.
Sasha Gauvin
Ouvert depuis 1994, L’Avenue figure parmi les pionniers qui ont redoré le blason de
l’avenue Mont-Royal. Réputé pour son ambiance branchée, l’établissement épate surtout par ses portions gargantuesques qui s’opposent à la frugalité de ses prix.
Le secret est dans la sauce
Ici, que ce soit pour les crêpes, les œufs bénédictines, les salades, les burgers ou les
pâtes, rien n’est laissé au hasard et tout est fait «maison» avec des ingrédients fraichement préparés. Chaque matin, les cuisiniers hachent ainsi sur place de la viande
de première qualité, préparent eux-mêmes la salsa, le confits d’oignions ou encore le
guacamole.
«On mise sur la qualité de la nourriture et de bonnes recettes», confirme Johnny Di
Tomasso, le propriétaire. «Grâce à la fidélité de notre clientèle, nous pouvons garder les
prix au plus bas sans faire de compromis sur la quantité ou la qualité», renchérit Ian Denault, gérant du populaire restaurant. C’est donc cette stratégie toute simple qui permet
à L’Avenue de maintenir son menu dans une brochette de prix allant de 10 à 20$, pour
la plus grande joie des amateurs de bonne cuisine.
Ambiance chaleureuse
L’Avenue
922, Mont-Royal Est
Montréal, Qc
H2J 1X2
(514) 523.8780
Ouvert de 8 à 23h, le restaurant est plutôt reconnu pour ses déjeuners exquis.
Pourtant, les jeudis, vendredis et samedis, à la tombée de la nuit, L’Avenue se transforme. L’ambiance tourne à la fête et les habitués profitent d’un choix de cocktails
surprenant dans un décor branché. «Le propriétaire est très présent, il discute avec
tout le monde, l’alcool coule à flot, parfois les gens dansent et c’est la fête», détaille
Ian Denault.
Bref, voilà un endroit parfait pour déguster un copieux repas, à toute heure du jour ou
de la soirée… Plaisir garanti.
Être Magaizine
77
Menu Plaisirs
L’autre Version
Révélation culinaire rue Saint-Paul
Oui, le Vieux Montréal a autre chose à proposer que des restaurants où vous ne vous en sortirez pas pour moins de 300$,
ou des chaînes d’alimentation. L’autre Version réussit le tour de force de proposer une cuisine des plus fines dans un cadre
somptueux pour une note tout à fait raisonnable.
Arnaud Baty
C’est tout sourire et avec une déconcertante disponibilité que nous accueille Benoit Marcotte,
ce vendredi après-midi, peu avant l’heure de pointe du souper. À écouter le jeune propriétaire de
ce restaurant de 70 couverts (et 80 en terrasse), tout doit se passer «dans l’harmonie, entre clients
et serveurs, entre serveurs et cuisiniers, entre cuisiniers et chef» pour que l’expérience finale du
client soit la meilleure possible.
Et cela s’en ressent. Lancé il y un an et demi, cette nouvelle version (d’où le nom) d’un lieu
ayant accueilli une ribambelle de lieux plus prestigieux les uns que les autres (Les Primeurs,
La Scala et… Version) ne laisse pas grande place à l’à peu près. La cuisine, «fine à tendance
méditerranéenne», fait la part belle aux traditions et produits du terroir: légumes frais de saison
uniquement et viande québécoise sélectionnée. Quant à la fougue de son tout jeune chef David
Chaussé (23 ans!), elle n’a d’égal que sa parfaite maîtrise d’outils à la pointe (cuisine moléculaire,
thermomix, etc.).
Envolées lyriques
Le résultat est divin. Citons ici la joue de veau confite assise sur une purée de patates douces
et fromage de chèvre. La pièce de viande se délite littéralement lorsqu’on la saisit, et c’est avec
ravissement qu’elle vient fondre en bouche, rehaussée par la sublimissime combinaison patates
douces/chèvre. Sans oublier des pétoncles accompagnés de leur riz noir pris dans une espuma à la
citronnelle. Une combinaison croquant/aérien qui fera faillir les plus intransigeants.
Les desserts ne sont pas en reste, et le trio crumble/glace au dulce de leche (!)/pain aux bananes
a été la note finale parfaite d’un repas sans fausse note.
L’autre Version
295 rue Saint-Paul Est
Montréal, QC H2Y 1H1, Canada
(514) 871.9135
http://restoversion.com/
78 Être Magaizine
Au final, avec une combinaison huit services le soir à moins de 100$ et une surprenante
terrasse intérieure tapissée de vignes durant les beaux jours, l’un des 48 restaurants sélectionnés par Montréal en Lumière (sur les 1600 de la métropole) est LA très bonne idée pour
qui veut passer une soirée d’exception dans le Vieux Montréal, ou juste savourer un très
bon dîner.
Être Magaizine
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Chocolaterie
Traiteur
Viennoiserie
Pâtisserie
Macaron
Salon de thé
C a f é servi avec un chocolat *
C h o c o l a t c h a u d dizaine
ine de choix
S o r b e t e t g l a c e maison
aison
4439 St-Denis
is
(coin Mont-Royal)
514.844.0841
239G Samson
Sainte-Dorothée
450.689.0655
1895 Piché
ché
Lachine
514.639.4258
58
* À la succursale de St-Denis seulement
80 Être Magaizine
Être Magaizine
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Billets en vente au
Magazine Être
1613, Amherst /
514-521-5557
82 Être Magaizine
Être Magaizine
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