Être Magaizine 1 - Guide Gai du Québec
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Être Magaizine 1 - Guide Gai du Québec
Être Magaizine 1 antoinelaoun.com Centre-ville 700, rue Sainte-Catherine Ouest Saint-Léonard 6028, boul. Jean-Talon Est Anjou 7460, boul. des Galeries d’Anjou Brossard- DIX30 9370, boul. Leduc, No.15 2 Être Magaizine Être Magaizine 3 Sommaire Crédits 6 Édito 7 ACTUALITÉS Actualités nationales Actualités internationales 8 10 REPORTAGE Prostitution masculine 16 SOCIÉTÉ Edgy Women 20 AlterHéros 22 CHRONIQUE DIVERSITÉ L’amour à distance 24 ENTREVUE DU MOIS Benoît McGinnis 28 16 La prostitution masculine LIVRES Philippe Besson 34 THÉÂTRE The Dragonfly of Chicoutimi 36 Les Belles-Sœurs 38 MUSIQUE Critiques 42 Röyskopp 46 Ganymède 48 NIGHTLIFE Amène ta blonde 50 Brèves 52 Faggity Ass Fridays 54 David Guetta 56 Le Flamingo 56 Photos 58 DÉCO Vertuose 60 EQ3 62 On a craqué pour 64 Benoît McGinnis 24 Chronique Diversité 28 68 ARTSIDA 71 FIFA 2011 CINÉMA Les Oscars 66 EXPOSITION Artsida 68 DOSSIER FIFA 2011 71 ESCAPADES Moulin Wakefield 76 MENUS PLAISIRS L’Avenue 77 L’Autre version 78 4 Être Magaizine Être Magaizine 5 Équipe de travail Éditeur André Gagnon [email protected] Ventes et administration Luc Barrette (514) 439.4737 [email protected] Guillermo De Anda (514) 529.2624 Magazine Être Une division du Groupe HMX À l’heure où le gouvernement conservateur coupe les subventions pour les tournées internationales, le théâtre québécois peut faire face aux difficultés de faire tourner ses spectacles ici même, dans la province. La preuve avec la mésaventure qui arrive à la pièce de Michel Marc Bouchard [email protected] Pierre Druelle (514) 521.3873 [email protected] Sean MacKenzie (514) 439.4447 [email protected] Coordonnateur à la rédaction Antoine Aubert [email protected] Chef de pupitre Politique/ Social Julien Daigneault Boucher [email protected] Chef de pupitre Culture François Bernier [email protected] Journaliste Joëlle Girard Matthieu Lévesque Directeur artistique César Ochoa [email protected] Graphistes Carolina Ramírez [email protected] Photographes Erick Contreras Pierre Druelle César Ochoa Damian Siqueiros Webmestre Arnaud Baty [email protected] Adjoint administratif Didier Sénépart [email protected] Arturo Abreu [email protected] Correctrice Monique Désy Proulx Chroniqueurs Jérémie Battaglia Geoffroy Pelletier Gaëtan Vaudry Collaborateurs Sasha Gauvin Édouard Gravel Émile Saint-Georges Montréal adresse postale C.P. 222, Succursale C, Montréal (Québec) H2L 4K1 Tél 514 521 3873 Québec Tél 418 523 3873 Ottawa Tél 613 238 3873 Éditorial re Derniuète Tom n’ira pas à la ferme au Québec min François Bernier Les espoirs d’un printemps arabe Depuis plus de deux mois, un vent de liberté déferle sur le Maghreb et le Moyen-Orient arabo-musulman. Les peuples se soulèvent contre les longues et pénibles dictatures depuis longtemps soutenues dans la plupart des cas par les gouvernements occidentaux, contre la misère générale qui contraste avec l’opulence des uns (un euphémisme!), la mégalomanie des despotes et de leurs entourages. ©Damián Siqueiros Michel Marc Bouchard l’a annoncé le 3 mars sur Facebook : Tom à la ferme, sa dernière création, mise en scène de Claude Poissant, n’aurait pas la chance de partir en tournée partout au Québec, faute d’intérêt de la part des théâtres de la province. La pièce a pourtant remporté un vif succès à Montréal, au Théâtre d’aujourd’hui, tant auprès du public que de la critique. © actualidad.orange.es André Gagnon [email protected] La pièce bien accueillie… au Mexique Michel Marc Bouchard se consolera en constatant que dans sa région natale, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, quelques réponses se sont avérées favorables, mais ces exceptions n’ont pas suffi. «L’intérêt est trop faible, même dans la couronne de Montréal et la tournée espérée par le Théâtre d’aujourd’hui et l’équipe de production n’aura pas lieu. Je ne sais pas comment expliquer cela. Je crois que les spectacles présentés sont de plus en plus conservateurs et confortables. La distribution doit comporter des vedettes... et l’homosexualité dans un cadre dramatique n’a jamais été un thème très très vendeur. De plus, je crois que le marché du spectacle est de plus en plus frileux face aux risques.» explique l’auteur. Ces soulèvements populaires ne sont pas sans rappeler les révolutions qui sont à l’origine de nos libertés démocratiques, notamment la grande Révolution française où le peuple affamé s’était soulevé contre la monarchie absolue et sa cour qui vivait dans l’opulence pendant que le peuple crevait de faim. Michel Marc Bouchard a reçu la mauvaise nouvelle juste avant de s’envoler pour le Mexique où Tom en la granja a été présentée, début mars, dans le cadre de la Semana Internacional de la Dramaturgia Contemporanea de Monterrey. On est tenté de se référer à l’adage nul n’est prophète en son pays. Argentine Un prêtre argentin pro-mariage gai destitué Nicolas Alessio, un prêtre s’étant prononcé en faveur du mariage homosexuel en Argentine, affirme avoir été destitué par un tribunal religieux à Cordoba, ville située à 700 kilomètres de Buenos Aires. Joëlle Girard Le religieux argentin de 53 ans, ayant soutenu la légalisation du mariage homosexuel (votée en juillet 2010), s’est vu jugé sévèrement par ses pairs lors d’un procès canonique sans précédant. «Ils m’ont condamné et expulsé parce que je pensais différemment» a-t-il conclu. Très critique face à l’institution qui le désavoue, le prêtre destitué dirige son offensive contre la crédibilité de l’Église catholique, évoquant divers scandales qui l’ont déjà éclaboussée. Il relève entre autres qu’il a été sanctionné par cette «même Église qui n’a pas réprimandé des prêtres pédophiles» condamnés par la justice pour abus sur mineurs. Impunité de clercs criminels et ingérence de la hiérarchie catholique Il rappelle aussi que la hiérarchie catholique argentine n’a jamais sanctionné le prêtre Christian von Wernich, pourtant incarcéré depuis 2003 et condamné en 2007 à la pri©radiocristiandad.wordpress.com son à perpétuité pour des crimes contre l’Humanité. Ce dernier a agi comme aumônier de la police de Buenos Aires pendant la dictature militaire de 1976 à 1983 qui a fait 30.000 morts et disparus, selon les organisations de défense des droits de l’Homme. De plus, selon Nicolas Alessi, l’Église fait preuve d’ingérence en soutenant une position aussi conservatrice, brimant la liberté d’expression des ecclésiastiques sur une question pourtant d’ordre civil. «La hiérarchie de l’Église se croit tellement maîtresse de la vérité qu’elle pense pouvoir dire le dogme sur les affaires civiles qui échappent à la sphère religieuse», a-t-il affirmé. Toute reproduction en tout ou en partie de cette publication est strictement interdite sans l´autorisation de l´auteur de l´article ou du photographe. Les articles ne reflètent que l´opinion de leur auteur et n´engagent en rien le magazine ÊTRE. Tous droits réservés. ISSN 1205-8793 6 Être Magaizine Le soulèvement contre le symbole le plus brutal de l’ancien ordre patriarcal incarné dans la personne du dictateur absolu n’est que le début de la déconstruction des oppressions des anciennes sociétés patriarcales antérieures à la démocratie. Les femmes égyptiennes qui manifestaient pour leurs droits place Tahrir le 8 mars ont vu comment la résistance de ce système hostile à leur cause est grande. Il y a de grands risques que les fruits de ces révolutions soient détournés par des forces conservatrices internes ou par ces mêmes puissances occidentales qui soutenaient hier les pires gouvernements homophobes tout en prétendant défendre nos droits, dans l’intérêt de notre «sécurité». Les exemples de l’Iran et des pays de l’ancien bloc soviétique sont assez éloquents à cet égard. C’est à ces soulèvements populaires que nous devons l’affirmation des ‘droits de l’Homme’ qui a peu à peu pavé la voie à notre libération. Les grands principes de liberté, égalité, fraternité, étendard de ces révolutions guident encore aujourd’hui les luttes des mouvements sociaux, dont le mouvement de libération gai. Revendiquons-nous autre L’obtention de davantage de libertés démocratiques ne chose aujourd’hui que la liberté et l’égalité pour nos frères et signifie pas non plus ipso facto que l’homophobie d’État sœurs dans l’espoir d’une humanité fraternelle? fera place à plus de libertés pour les minorités sexuelles. On n’a qu’à penser à combien de temps il a fallu en Dans une des régions du monde où les libertés démocrati- Occident pour que la démocratie proclamée s’applique ques les plus élémentaires sont denrées rares, où on compte aux gais, lesbiennes, bisexuels et trans. Avec les médias les États les plus virulemment homophobes sur Terre, ce de communication modernes, avec les progrès de l’éduvent de liberté est porteur d’espoirs. D’autant plus qu’il cation, on peut espérer que ces sociétés évolueront plus semble faire tache d’huile et que, à l’image des révolutions rapidement dans la voie de la démocratie que nous ne démocratiques en Occident il y a 200 ans, il oblige même les l’avons fait. gouvernements autoritaires les mieux établis à des concessions démocratiques. Mais le vent de liberté qui souffle sur le monde arabomusulman nous permet d’espérer qu’un des principaux bastions de l’homophobie sur la planète en viendra bientôt à s’effondrer, permettant ainsi à nos droits d’avancer à travers le monde. Les votes récents aux Nations Unies nous rappellent comment les forces conservatrices en Occident comptent sur l’appui de ces dictatures pour bloquer la reconnaissance de nos droits dans les instances internationales. Le vent de liberté qui souffle sur le monde arabomusulman nous permet d’espérer qu’un des principaux bastions de l’homophobie sur la planète en viendra bientôt à s’effondrer, permettant ainsi à nos droits d’avancer à travers le monde Malgré la chute des dictateurs, comme dans nos révolutions, le chemin sera parsemé d’embûches et de possibles retours en arrière. Combien a-t-il fallu de temps en Occident pour faire reconnaître même nominalement le droit des esclaves et les affranchir, pour reconnaître les mêmes droits aux femmes et aux minorités sexuelles, un processus qui n’est pas encore terminé dans la plupart des pays occidentaux dits démocratiques? Aussi, nous devons de tout cœur être avec ces peuples qui luttent contre la tyrannie, avec nos frères et sœurs de ces nations qui voient un espoir de liberté dans ces mouvements. Faisons en sorte que nos gouvernements respectent et soutiennent activement cet élan démocratique. Le printemps arabe amène l’espoir d’un grand pas en avant pour tous les êtres humains. La civilisation arabo-musulmane est une des grandes civilisations de l’histoire de l’humanité et a permis les progrès des sociétés anciennes du bassin méditerranéen. Elle peut redevenir un phare de ce progrès dans le monde. Être Magaizine 7 Actualités nationales Actualités nationales Montréal Une charte-sauna contre les ITSS Le Centre de la santé et des services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance et l’organisme communautaire RÉZO annoncent l’élaboration d’une «charte d’engagement». Il s’agit d’un des nouveaux moyens imaginés pour combattre la hausse très inquiétante du nombre de contaminations dans la métropole québécoise. Éducation sexuelle Création d’une trousse de l’enseignant L’initiative est rare et mérite d’être soulignée. Sida bénévoles Montréal / AIDS Community Care Montréal (ACCM) a lancé le 16 février son premier Coffret d’éducation sexuelle, utilisable en milieu scolaire. Le but est bien entendu de sensibiliser les jeunes au problème des maladies sexuellement transmissibles. La Rédaction Les chiffres alarmants «Augmenter l’accès au matériel de protection dans des saunas de Montréal» et «intensifier les actions de prévention». Tels sont les objectifs annoncés en février par le CSSS Jeanne-Mance et RÉZO. Tous deux ont constitué un partenariat avec les saunas de Montréal et la Direction de santé publique de l’Agence de la santé et des services sociaux de la ville en donnant naissance à une carte d’engagement. Le lancement de cette opération sera effectif au mois de mai. En attendant, les organismes évoquent déjà un «mode de collaboration novateur entre les professionnels de la santé, le réseau communautaire et des partenaires commerciaux». Pour atteindre plus facilement son but, un site Internet d’informations devrait voir le jour. Montréal prend exemple sur d’autres villes comme Londres, Paris ou même Sydney qui ont tour à tour développé ce type de projet. Pour Robert Rousseau, directeur général de RÉZO, «à Montréal, ce type de projet a tout pour réussir dans notre ville car les saunas se sont toujours mobilisés dans la lutte contre le VIH et les ITSS, en permettant notamment la présence d’intervenants et la tenue de clinique de dépistage sur place». La création de cette charte entend répondre à l’augmentation alarmante du nombre d’infections constatée ces dernières années à Montréal. «Par exemple, le taux d’incidence de la syphilis observé en 2009 est près de 40 fois plus élevé que celui observé en 2000. Les relations sexuelles non protégées représentent le principal facteur de risque dans cette propagation croissante», explique-t-on du côté des organismes. Religion Raymond Gravel s’attaque à la droite dure Le prêtre québécois, ex membre du Bloc québécois et ancien prostitué, a déposé une plainte contre différents organismes pro-vie, les accusant d’avoir déformé ses propos. Les principaux concernés n’ont pas tardé à répliquer et dénoncent cette initiative. © nsientia.net 500.000 dollars. C’est la somme que Raymond Gravel réclame à des organisations pro-vie. Le religieux, qui a rendu publique son action le 18 février dernier, accuse ces dernières de diffamation et d’atteinte à sa réputation. L’ancien député du Bloc québécois vise le site internet LifeSiteNews. com (LSN) l’association Campagne Québec-Vie et son ancien président, Luc Gagnon. Raymond Gravel parle d’une «campagne de salissage et de dénigrement». «C’est incroyable. Je n’en reviens pas. Ils disent tout le contraire de ce que j’ai fait depuis le début, et de la personne que je suis. Mais les anglophones ne lisent que leur version». Principal reproche : l’avortement. Le site internet affirmerait que le religieux est pour, ce que le principal intéressé nie farouchement. Certains de ses propos sur l’homosexualité sont également concernés. Habitué aux polémiques LifeSiteNews.com et Campagne Québec-Vie, qui mettent en avant les valeurs traditionnelles auxquelles adhère la droite religieuse, affirment ne pas être financièrement en mesure de faire face à cette plainte. Ils demandent d’ores et déjà à leurs partisans de les aider à assurer leur défense. Campagne Québec-Vie dit néanmoins espérer un arrangement avec Raymond Gravel. Le prêtre a souvent fait la une des médias. Il faut dire que sa vie est tout sauf ordinaire : c’est après avoir été prostitué et travaillé dans sa jeunesse dans les bars gais qu’il est a choisi la religion. Il y a quelques années, il avait affirmé dans la presse que la moitié des prêtres étaient homosexuels. 8 Être Magaizine grâce à l’appui et aux dons de du comité d’investissement communautaire TELUS à Montréal, de la Fondation Farha Le constat des associations est simple : difficile de parler et de l’Agence de la santé publique du Canada. sexualité aux jeunes et ce n’est pas sur le milieu politique qu’il faut compter, puisque les cours d’éducation sexuelle Les jeunes peuvent faire des vidéos « La première partie de la Trousse de l’enseignant d’ACCM ayant disparu depuis 2001. D’où l’idée de l’ACCM d’aider les enseignants et ce alors que les jeunes sont souvent décrits consiste en une série de plans de leçon qui servent de guide pour que les enseignants intègrent les discussions sur la comme peu responsables quand il s’agit de se protéger. sexualité dans le programme de l’enseignement secondaire, « La Trousse de l’enseignant, qui a été créée avec la par- de façon holistique», explique-t-on du côté de l’organisation. ticipation d’élèves, d’organisations communautaires, de Dans un deuxième temps, il s’agit de donner aux élèves travailleurs auprès des jeunes, de sexologues, d’infirmières et, bien sûr, d’enseignants, contribue à créer un climat favo- les outils pour qu’ils créent des vidéos sur le VIH/Sida et rable pour qu’ait lieu ce dialogue si crucial. La trousse est la sexualité. Pour plus de renseignements, vous pouvez enentièrement gratuite», explique Mark Hapanowicz, directeur voyer un courriel à [email protected] ou commugénéral d’ACCM. L’initiative a peu être menée à son terme [email protected]. La Rédaction Justice Le verdict en faveur du couple Wouters/Thibault confirmé L’homme coupable de harcèlement homophobe contre le couple de Pointe-Claire a vu sa condamnation confirmée en appel par un juge montréalais au mois de février. Reste deux étapes aux deux hommes avant d’être tranquilles : le paiement de l’amende et le prochain procès concernant une autre affaire d’homophobie contre le couple. L’affaire s’est réglée au mois de février entre avocats et magistrats. Théo Wouters et Roger Thibault n’étaient même pas présents au moment où la justice québécoise a confirmé la condamnation de l’homme reconnu coupable de harcèlement homophobe contre le couple. Au mois de décembre 2010, le tribunal avait accordé aux deux hommes 12.000$ en guise de dommages moraux et punitifs. L’affaire remonte à 2004. Gordon Lusk, un voisin du couple était venu jusque devant leur porte, les provoquant, leur demandant de se battre et leur proférant des menaces de mort et des insultes en les traitant de «fucking fagots» («maudites tapettes»). Premier couple gai à s’unir civilement L’homme n’a toujours pas versé d’argent. Et Roger Thibault de confier à Être qu’il ne sait pas s’il verra pas cet argent de sitôt. «J’espère qu’il ne va pas être assez inconscient pour créer de nouveaux problèmes». Les deux hommes, premier couple gai à s’être uni civilement au Québec en 2002, dont les affaires de harcèlement ont fait grand bruit sur le plan médiatique, seront de nouveau devant la justice pour une nouvelle plainte contre l’un des leurs voisins. L’affaire devrait être jugée au printemps. Avant, espérons-le pour eux, de pouvoir vivre en paix. Être Magaizine 9 Actualités internationales Mariage gai Nouveau geste historique de Barack Obama En jugeant anticonstitutionnelle la loi rendant impossible le mariage entre les couples de même sexe, le président américain une nouvelle fois réjoui la communauté GLBT. Le gouvernement ne défendra plus cette loi profondément homophobe. Dans la ligne de mire du président américain : la loi dite de la «Défense du mariage». Plus précisément, la section 3 de la loi votée en 1996, sous l’administration démocrate de Bill Clinton. Elle définit le mariage de manière homophobe, puisque étant «seulement une union légale entre un homme et une femme» et exige que les époux soient de «sexe opposé». américaine. Jusqu’ici, le gouvernement pouvait intervenir devant les tribunaux pour s’opposer aux couples homosexuels en invoquant cette loi», a expliqué l’Agence France Presse. La décision de Barack Obama peut apparaître comme un pas très important sur la route qui pourrait mener la Maison Pour Barack Obama, cette loi est «anticonstitutionnelle», Blanche à appuyer officiellement le mariage gai. a déclaré le ministre de la Justice, le 23 février. Selon Eric Holder, le président des États-Unis a demandé au Le 23 décembre, lors d’une conférence de presse, Barack gouvernement de ne plus la défendre dans le cadre d’affaires Obama avait rappelé être un partisan depuis longtemps des liées à ce texte. unions civiles pour les homos. Mais il avait admis «que du point de vue des gais, ce n’est pas suffisant» et expliqué que ses positions concernant le mariage étaient «en train Positions «en train d’évoluer» «La décision du président américain intervient dans d’évoluer». Il avait prononcé les mêmes paroles au cours le cadre de deux affaires actuellement devant la justice d’une entrevue avec le magazine gai The Advocate. Hongrie La marche des fiertés de Budapest finalement autorisée Les habitants de la capitale hongroise auront finalement droit à l’intégralité de leur 16e Marche des fiertés, le 18 juin prochain. Un tribunal vient de permettre le déroulement de la manifestation annulée par la préfecture de police de Budapest au mois de février. Julien Daigneault Boucher «La décision de la justice est une victoire, non seulement pour la communauté lesbienne, gaie, bi et trans, mais aussi pour le droit de tous les Hongrois à la liberté de rassemblement», a déclaré, fin février, l’homme de loi néerlandais Boris Dittrich, de l’association Human Rights Watch. Rappelons que le 11 février dernier, la police a refusé le parcours de la Marche proposé par les organisateurs de Mission Arc-en-ciel. La manifestation devait passer devant le Parlement afin de protester contre certaines lois (notamment sur les médias) adoptées par les conservateurs. La police a alors annulé le rassemblement invoquant les problèmes de circulation importants qui en découleraient. 10 Être Magaizine Marche sous surveillance policière Les associations GLBT avaient alors dénoncé cette décision jugée « politique ». La nouvelle a fait grand bruit partout sur la planète. La préfecture a par la suite démenti l’annulation du défilé en précisant avoir seulement réduit l’accès au bord du Parlement, ce que contestent les militants LGBT. La police encadre fortement la Marche des fiertés de Budapest depuis plusieurs années. En 2009, des homophobes avaient brulé le drapeau arc-en-ciel utilisé par les organisateurs. L’année précédente, la police a été contrainte d’employer les gaz lacrymogènes et des pompes à eau contre les groupes homophobes rassemblés pour gêner les 1.500 participants de la Marche. Des violences ont aussi perturbé la manifestation de 2007 : des homophobes ont insulté des manifestants et ont jeté des bouteilles explosives dans la foule. L’ART AU SERVICE DE LA LUTTE CONTRE LE SIDA Exposition du 23 mars au 9 avril 2011 à la Galerie dentaire [1239, rue Amherst] Encan le 14 avril à l’Hôtel des Encans [872, rue du Couvent] Cocktail-dînatoire 18 h | encan 19 h | billets : 35 $ Un encan au bénéfice de Sida Bénévoles Montréal / AIDS Community Care Montreal 514.529.9462 | artsida.org Actualités internationales Soccer Euro 2012: des tribunes réservées aux homos réclamées À l’occasion du championnat d’Europe de soccer qui aura lieu en Ukraine et en Pologne en 2012, des supporters gais ont fait une demande assez spéciale. Ils souhaitent en effet que des parties du stade soient réservées aux seuls fans homosexuels. Une demande critiquée par d’autres membres de la communauté GLBT. Le groupe polonais gai Force arc-en-ciel 2012 aura eu au moins le mérite d’émettre une demande absolument inédite dans l’histoire du soccer. Ces supporters de l’équipe de Pologne réclament en effet qu’une partie des sections des stades qui accueilleront le prochain championnat d’Europe soit réservées aux gais. Le but : les protéger contre d’éventuelles agressions. Sport homophobe «Lors de voyages pour encourager notre équipe favorite, [...] nous devons souvent faire face à des situations déplaisantes, voire même subir du harcèlement et des gestes violents de la part des «vrais» partisans», expliquent-ils sur leur site internet. Ils souhaitent ainsi «pouvoir relaxer dans les estrades. Nous ne pouvons pas nous imaginer rater les matchs de l’Euro 2012 qui seront disputés dans notre pays!». La ville polonaise de Gdansk, dont le stade accueillera des rencontres lors de l’Euro 2012, a déjà rejeté cette demande. Des organisations GLBT ont du reste critiqué l’initiative, arguant que des tribunes arc-en-ciel constitueraient un risque d’autant plus grand pour les gais puisqu’ils seraient plus facilement repérés par les éventuels agresseurs, et ce dans un pays où l’homosexualité reste taboue. Le soccer reste aujourd’hui l’un des sports les plus homophobes au monde, les spectateurs se démarquant souvent par leurs injures et banderoles discriminatoires. Les joueurs de haut niveau ayant souhaité sortir du placard se comptent sur les doigts d’une main et leur décision a toujours eu de sérieuses conséquences pour la suite de leur carrière. Justice Allemagne : un couple de lesbiennes réclame une pension alimentaire au donneur Voilà une nouvelle qui va en intéresser (et sans doute en effrayer) plus d’un. Deux lesbiennes ont déposé une requête devant la justice allemande. Leur souhait ? Obliger celui qui leur a permis d’avoir un enfant à verser une pension alimentaire. Les magistrats devraient leur donner raison. La Rédaction Tout commence il y a cinq ans. Un couple de lesbiennes allemandes choisit de publier une annonce dans un journal pour trouver un donneur de sperme. Klaus Schröder, professeur âgé aujourd’hui de 52 ans, répond et propose aux deux femmes de les aider. Seule condition : n’exiger aucune compensation économique de sa part. Les futures mères acceptent. La loi allemande en faveur des plaignantes En 2011, pourtant, leur promesse semble loin. Les deux femmes réclament en effet au donneur une pension alimentaire pour élever leur fils. D’après la presse, depuis la naissance, Klaus Schröder a fait office de «papa auxiliaire», voyant l’enfant environ une fois par mois. Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, la justice devrait trancher en faveur des jeunes femmes. D’après la loi allemande en effet, c’est le père qui doit prendre en charge ses enfant enfants si la paternité est clairement identifiée. Seule exception : quand le couple adopte légalement l’enfant, ce qui n’est pas le cas ici. 12 Être Magaizine Être Magaizine 13 Actualités internationales n’est pas datée (certain sur la toile parlent de décembre 2010). On y voit John Galliano, saoul, attablé à un café parisien, insultant une femme mi-amusée mi-choquée par l’attitude du directeur artistique de Christian Dior. Mode John Galliano poursuivi par la justice et bientôt licencié par Dior Alors que les insultes antisémites qu’auraient proférées le couturier, fin février, font beaucoup parler et lui vaudront un procès, une vidéo mise en ligne par un journal anglais montre John Galliano déclarer qu’il «aime Hitler». Pour la maison Dior, c’en est trop : elle a annoncé le 1er mars vouloir licencier son créateur. La Rédaction «J’aime Hitler»… «Des personnes comme vous seraient mortes. Vos mères, vos pères, seraient tous des putains de gazés»…«Vous êtes laide», «Salope»… L’auteur de ces douces paroles ? John Galliano. Ces propos du célèbre couturier peuvent être entendus dans une vidéo mise en ligne le 28 février sur le site du tabloïd britannique The Sun. Cette scène d’une quarantaine de secondes Pour la prestigieuse maison française, cette nouvelle affaire est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Elle a ainsi annoncé, le 1er mars, la mise à pied du couturier et a entamé une procédure de licenciement. Les responsables de chez Dior parlent du «caractère particulièrement odieux» des déclarations et de l’attitude de son créateur pour expliquer ces décisions. Procès au printemps 2011 Cette annonce survient alors que John Galliano est depuis le 24 février au cœur d’un scandale du même genre. Ce jour-là, le couturier aurait provoqué une altercation avec un couple et une autres personne installés à une table de La Perle, l’un des bars les plus connus du Marais, le quartier gai de Paris. Selon certains, il aurait alors proféré des insultes antisémites et racistes à l’encontre de celles-ci. Les trois personnes ont depuis porté plainte… tout comme John Galliano qui parle de «diffamation», affirmant que les faits qu’on lui reproche ont été inventés pour lui nuire. Les différents protagonistes se sont rencontrés le 28 février, dans un commissariat parisien. À noter que trois employés de La Perle et deux autres clients, qui ont assisté à la scène, ont nié l’existence de ces propos discriminatoires. Ces témoignages n’auront cependant pas convaincu les magistrats français. Le couturier britannique comparaîtra devant la justice, au cours du deuxième trimestre de l’année 2011, à Paris, pour «injures publiques envers des particuliers en raison de leur origine, de leur appartenance à une religion» Musique Lady Gaga : Born this way ne convainc pas La sortie du premier titre du nouvel album de l’icône gaie est l’objet de nombreuses critiques, notamment pour sa ressemblance avec Express Yourself de Madonna. Le clip de Born this way a lui été dévoilé sur le net, le 28 février. D’une durée de sept minutes, ce court métrage a de quoi lui aussi laisser bien perplexe. La Rédaction maines, la chanson a été éreintée à cause de sa ressemblance très marquée avec le célèbre Express Yourself de Madonna, l’idôle de la Gaga. Cette dernière a même dû s’expliquer en direct à la télévision américaine, assurant avoir reçu le soutien de l’interprète de Ray of Light. Lady Gaga a-t-elle perdu son originalité ? On pouvait déjà se poser la question l’an passé, avec Alejandro, dernier titre de son album The Fame Monster. La chanson avait alors été descendue par certains fans et spécialistes, pour sa grande «proximité» avec un tube du groupe suédois Ace Présence de Rick Genest of Base et pour son clip voulu comme un hymne Reste que le clip de Born this way, visiaux gais mais qui s’avérait au final bien décevant. ble sur le net depuis le 28 février, ne va pas forcément améliorer les choses. Sorte de Bis repetita avec Born this way, premier titre court-métrage obscur de sept minutes, il se de son nouvel album. Sortie il y a quelques se- veut un manifeste de la «mère des monstres» 14 Être Magaizine (Monsters est le terme que Lady Gaga donne à ses fans). Que retenir de cette œuvre signée Nick Knight qui a notamment travaillé avec Björk ? Pas grand chose sinon Lady Gaga en train de donner naissance à ces petits monstres (pas les scènes les plus «glamour») et la présence du charismatique Montréalais Rick Genest, alias Zombie Boy, dont le corps entièrement tatoué (même le visage) a fait parler et a tapé dans l’œil de Thierry Mugler dont il est devenu l’égérie. Être Magaizine 15 SOCIÉTÉ Julien Daigneault Boucher [email protected] William, 27 ans, se prostitue depuis six ans dans les Faubourgs de Montréal. Originaire de la Côte-Nord, le jeune homme sympathique, quoiqu’impatient d’aller acheter sa dose d’héroïne, assume pleinement ce qu’il fait et assure choisir sa clientèle, constituée exclusivement d’hommes. Son cas n’est pas une exception. Selon les travaux de John Lowman et Frances Shaver, respectivement professeur au département de criminologie de l’Université Simon Fraser à Vancouver et professeure au département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Concordia à Montréal, il y aurait environ cinq femmes prostituées sur la rue pour un homme, travesti ou transgenre. Les données concernant la participation des travailleurs du sexe à la prostitution hors rue demeurent, elles, très limitées. Une double stigmatisation William rend parfois visite aux intervenants de l’organisme communautaire RÉZO, dans leurs bureaux situés sur la rue Plessis et Amherst, dans les Faubourgs de Montréal. RÉZO est le seul dans son genre au Québec à offrir des services visant la santé et le mieux-être sexuel, mental, physique et social des hommes gais, bisexuels ou ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. La prostitution masculine Rappeler la réalité et sortir des préjugés La prostitution masculine demeure dans l’angle mort des débats sur la prostitution en général, à commencer, dernièrement, de celui sur une possible décriminalisation du travail du sexe en Ontario. Seules les femmes sembleraient ici concernées. Ce qu’on appelle encore, sans doute à tort, le plus vieux métier du monde n’est pas forcément le mieux compris. D’autant plus lorsque ce sont des hommes qui l’exercent. Tout un pan de leurs activités s’articule autour des travailleurs du sexe. «Notre organisme intervient surtout auprès des gars de la rue, ceux qui sont en bout de ligne de la prostitution, signale Robert Rousseau, directeur général de RÉZO. Ces jeunes, dont la moyenne d’âge est de 28 ans, doivent souvent composer avec l’itinérance, la toxicomanie, la répression policière ou avec des problèmes de santé mentale». Le contexte dans lequel ces jeunes hommes évoluent les confronte à la fois aux stigmates associés à la prostitution et à ceux reliés à l’homosexualité. «Les préjugés dont sont victimes les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes les poussent dans la clandestinité. Ça contribue à leur vulnérabilité», explique Robert Rousseau. L’intervenant ajoute que certains jeunes hommes utilisent la prostitution pour découvrir leur sexualité et faire leur coming out. William s’est lui découvert bisexuel tôt dans sa vie : «J’ai toujours été porté sur le sexe. Je jouais au docteur avec des garçons et des filles vers 6-7 ans». Il affirme «très bien» vivre son orientation sexuelle depuis une dizaine d’années, avant ses débuts dans la prostitution. Le jeune homme a fait son entrée dans le monde du sexe pour une raison bien précise: pouvoir assurer sa surconsommation de cocaïne, drogue à laquelle il est devenu accro au début de la vingtaine. «J’étais dans la rue. Je consommais de la coke par injection. Je voyais les autres gars faire de l’argent avec la prostitution. J’ai toujours été à l’aise avec mon corps et ouvert aux nouvelles expériences. J’ai décidé de le faire moi aussi», explique-t-il. Différentes raisons, différents profils Néanmoins, les hommes qui décident de vendre des services sexuels ne le font pas tous pour les mêmes motifs. «Il est difficile de parler de LA prostitution, car il en existe plusieurs types», estime Michel Dorais, sociologue et professeur titulaire à l’École de service social de l’Université Laval, à Québec. Selon lui, il existe plusieurs façons d’y faire ses débuts, de l’envisager ou de la pratiquer. Dans son livre Travailleurs du sexe, paru en 2003 chez VLB Éditeur, le chercheur présentait les résultats de ses recherches effectuées auprès de 40 jeunes hommes exerçant la prostitution de rue, la danse nue, le métier d’escorte ou une combinaison de plusieurs travails du sexe. Il divise les motivations et scénarios de vie qui poussent les jeunes hommes à la prostitution en quatre profils. La pression de l’hétérosexisme «Avant, on croyait avoir une majorité d’hétérosexuels parmi nos travailleurs du sexe. Maintenant, on relativise les choses, explique de son côté Jean-Bruno Caron, intervenant de rue spécialisé auprès des travailleurs du sexe chez RÉZO. La plupart d’entre eux se situent sur un continuum passant d’ouvertement gai à hétérosexuel. En groupe, beaucoup se définissent comme hétéro. Ils se vantent d’ailleurs beaucoup lorsqu’ils ont une Sugar Mommy parmi leur clientèle. Or, en privé, les réponses sur l’orientation sexuelle sont plus nuancées. Certains se questionnent, d’autres se définissent comme bisexuels, etc.». Le «garçon de la dérive» est en général un jeune toxicomane ayant vécu une enfance malheureuse. Il exerce ce métier dans lequel il est prêt à faire n’importe quoi ou presque pour subvenir à ses besoins pressants de drogue. Ce profil cadre avec celui de William. «J’ai eu un père violent et alcoolique. Ma mère m’a eu jeune», souligne-t-il. Vers l’âge de 13 ans, le garçon entre dans un centre d’accueil de Québec en raison de ses troubles de comportement. À l’occasion d’une fugue, il se fait séquestrer et abuser pendant trois jours par un pédophile. Il arrête l’école, mais finira son secondaire en prison quelques années plus tard. © César Ochoa Être Magaizine 17 Cette réalité est aussi celle de la majorité des jeunes travailleurs du sexe accueillis chez RÉZO. Selon Jean-Bruno Caron, « la majorité de ceux qui viennent chez nous font le choix de la prostitution par dépit afin de ne pas s’en remettre à des vols ou une criminalité plus “dure”. C’est une sorte de moindre mal. […] S’ils pouvaient avoir accès à une autre façon de faire autant d’argent, la majorité ne ferait pas de prostitution ». Pour sa part, William s’est mis à quêter dans la rue afin de moins devoir se prostituer. «Je suis tanné de ce mode de vie, de courir après les clients», avoue-t-il, tout en soulignant faire non plus rencontré un seul garçon qui se prostituait par amour du coup beaucoup moins d’argent. de son chum, contrairement aux jeunes femmes victimes de la D’après Michel Dorais, «la prostitution de rue est l’aspect le prostitution juvénile. Il n’y a pas de gang de rue qui force des plus visible de la prostitution masculine. Or, elle ne représente jeunes hommes à se prostituer. De plus, les gars envisagent pas forcément tout le monde. […] Lorsque j’ai commencé mes rarement de faire ça la vie durant.» recherches, il y a 35 ans, le gros de la prostitution se faisait sur Cependant, cela ne signifie pas que personne ne fait jala rue. Maintenant, avec Internet, les escortes indépendantes et ceux qui le font à temps partiel, le portrait est bien différent ». mais d’argent sur son dos. Pour le sociologue, «les véritables Une position que partage Jean-Bruno Caron : «les gars de la rue proxénètes des travailleurs du sexe, ce sont les vendeurs de drogue». William est du reste conscient de cette situation: «Je constituent une petite partie des travailleurs du sexe». n’ai jamais eu de pimp. Je peux sortir de la prostitution quand À l’opposé du garçon de la dérive, le «garçon de la libéra- je veux. Ce qui m’emprisonne, c’est ma consommation». tion» est un jeune homosexuel, âgé en moyenne de 20 ans, qui danse nu ou se prostitue en éprouvant un sentiment de libération Des relations moins violentes John Lowman affirme par ailleurs que les travailleurs du personnelle. «Cet homme décide de joindre l’utile à l’agréable. […] Les raisons qui le motivent sont la plupart du temps le sexe «sont probablement moins victimes de violence de la part de clients ou de supposés clients». Plusieurs études ciplaisir, l’argent et l’aventure», explique Michel Dorais. tées dans le Rapport du Comité permanent de la justice et des La majorité d’entre eux n’ont pas vécu de problèmes par- droits de la personne sur les lois pénales en matière de prostiticuliers durant leur enfance et possèdent une scolarité supé- tution au Canada, abondent dans le même sens. On peut y lire rieure à celle de leurs confrères. Le garçon de la libération que «comparativement aux femmes, les études suggèrent que entretient une bonne estime de lui-même et adopte une vision les hommes subissent moins de violences physiques de la part de leurs clients. Ils seraient toutefois plus susceptibles d’être assez positive de ses activités, voire de ses clients. victimes d’actes de violence de la part des membres du grand De son côté, le «garçon de l’appartenance» a évolué dans public, en particulier les travestis et les transgenres en raison le milieu de la prostitution, ou à sa périphérie, au point où le de leur double marginalisation». fait de s’y engager semble une «issue naturelle». Souvent, un À la lumière de ces données, le rapport prostitué-client seou plusieurs membres de sa famille pratiquent le travail du sexe. Faute généralement de mieux, le jeune a fait du milieu rait moins prédateur que certains voudraient le croire. JeanBruno Caron de RÉZO affirme que les relations entre les trade la prostitution sa famille. vailleurs du sexe et leurs clients ne sont pas uniquement celles Le travail du sexe ne lui apparaît pas comme un pis-aller. «d’un dominant et d’un dominé. La réalité est beaucoup plus Au contraire, cela va de soi et il peut même s’agir d’un moyen nuancée: il se développe parfois des relations de respect et honorable de gagner sa vie, en dépit des aléas que comporte d’amitié. Le travail du sexe n’implique pas uniquement un cette occupation. Presque tous les garçons de l’appartenance savoir-faire, mais aussi un savoir être. font ou on fait de la prostitution de rue. «Souvent, le client est déjà très excité et le rapport sexuel Arrive finalement le «garçon de l’appoint», qui pratique la ne dure pas très longtemps. C’est dans la discussion que prostitution clandestinement afin d’arrondir ses fins de mois l’échange se poursuit. Parfois, les services des travailleurs à l’insu de sa femme. Plus âgé et scolarisé, cet homme tra- du sexe ne sont demandés que pour des échanges où il n’y a vaille plutôt comme danseur nu lorsqu’il est hétérosexuel (la aucune dimension sexuelle», ajoute Jean-Bruno Caron. majorité se définit comme telle) ou comme escorte lorsqu’il Michel Dorais, pour sa part, souligne la plus grande fréquence est gai. Il exerce un contrôle certain sur son métier et sur ses conditions en raison de sa faible consommation de drogue et de relations d’amitiés ou de type Sugar Daddy dans la prostitula dissociation faite entre sa prostitution et le reste de sa vie. tion masculine. «La dynamique tend plus au donnant-donnant. […] C’est plus rare de voir des filles prostituées être hébergées Une pratique plus autonome chez un client ou lui emprunter de l’argent», affirme-t-il. À ces motivations propres travail du sexe masculin s’ajoute une dynamique prostitué-client particulière. Selon John LowJean-Bruno Caron tient pour autant à souligner que « la soman, professeur en criminologie spécialisé dans les questions ciété patriarcale dans laquelle nous vivons fait en sorte qu’il relatives à la prostitution, «les hommes ont beaucoup moins est difficile pour un travailleur du sexe d’avouer son besoin de tendance à être soutenus par des proxénètes». protection et de parfois endosser le rôle de victime. La dynamique du monde machiste est à son paroxysme dans la rue : Une position qu’endosse le sociologue Michel Dorais : c’est la loi de la jungle. Même si les gars se méfient moins «Les gars le font d’une manière plus autonome. Je n’ai pas des clients, cela ne les empêche pas d’être violés ou battus». 18 Être Magaizine Être Magaizine 19 Société FestivalInternational Edgy Women ENGAGEMENT, AUDACE ET INDISCIPLINE Du 19 mars au 2 avril prochain, se déroule l’édition 2011 du Festival international Edgy Women. La fiesta féministe comprend des performances, des ateliers pour artistes professionnels et des conférences qui occuperont à la fois La Centrale, Tangente, le Théâtre Mainline et la Sala Rossa. Joëlle Girard Situé au troisième étage de l’édifice Belgo, le Studio 303 est reconnu pour être le lieu de rencontre par excellence des artistes, danseurs et chorégraphes s’intéressant au mélange des genres et à la création expérimentale libre de contraintes et ce, depuis plus de 20 ans. C’est là qu’en 1994 a été présenté pour la première fois un événement intitulé Women From The Edge. À l’époque, le titre visait à faire décrire un programme partagé entre des chorégraphes de New York et de Montréal. Miriam Ginestier, directrice générale et artistique du Studio 303 et fondatrice du festival, était alors loin de penser que cette initiative prendrait l’ampleur qu’on lui connaît aujourd’hui. De deux jours à trois semaines Festival International Edgy Women Du 19 mars au 2 avril Pour plus d’informations : www.edgywomen.ca 20 Être Magaizine Par ailleurs, «l’identité de l’évènement est devenue de plus en plus précise, se penchant surtout sur la performance “indisciplinée” et engagée», raconte l’organisatrice, également responsable de la direction artistique du festival. C’est ainsi qu’Edgy Women est devenu une véritable fête féministe, accueillant chaque année des milliers de curieux. Performance professionnelle, culture queer et féminisme Grâce à la diversité de sa programmation, l’événement explore autant la complexité du féminisme à travers des questions reliées au genre, à l’identité et aux rapports de pouvoir que des thèmes plus universels comme l’amour ou l’échec. Ce qui définit avant tout le festival, c’est le fait de privilégier «la perspective féminine », indique Miriam Ginestier. Cette dernière élabore la programmation d’Edgy Women grâce à la convergence de ses propres intérêts, soit la performance professionnelle, la culture queer et… le féminisme. Ainsi, le Studio 303 présente Edgy Women dans le but de stimuler la réflexion critique des spectateurs tout en mettant de l’avant le travail de femmes qui s’illustrent hors des cadres traditionnels artistiques, que ce soit au niveau local ou international. Parmi les présentations les plus courues de l’édition 2011, la nouvelle création de Nathalie Claude et Danièle Lecourtois, prévue au Théâtre Mainline du 30 mars au 2 avril, promet d’être complètement déjantée. «Au début, Edgy était un événement thématique parmi d’autres. Par la suite, c’est devenu récurrent et très populaire, avec de plus en plus d’envergure et de lieux partenaires », se rappelle-t-elle, ajoutant que le festival a survécu aussi longtemps grâce à l’appétit du public pour ce genre d’événement. De son côté, le programme de Tangente permet aux spectateurs de découvrir des artistes internationales telles qu’Anti-Cool en provenance du Japon et Narcissister de Brooklyn. Enfin, les néophytes pourront apprécier la pièce d’Annie Sprinkle, ancienne actrice porno et «conteuse qui déborde de charme», selon Miriam Ginestier qui qualifie cette pièce comme étant la plus «accessible» du festival. Au cours de la décennie 2000, le succès grandissant d’Edgy Women a ouvert la voie à de nouveaux défis pour Miriam Ginestier et son équipe. Lentement, la programmation a dépassé les frontières du Studio 303 et la durée du festival s’est allongée, passant de deux jours à trois semaines. Les artistes présentées à Edgy Women font rarement dans la dentelle. C’est donc un festival à surveiller pour tous celles et ceux qui souhaitent assister à des performances hors du commun, hors des sentiers battus... Esprits puritains s’abstenir. Être Magaizine 21 Société Alter Héros A LA TOILE POUR LUTTER CONTRE L’HOMOPHOBIE uQ Québec, plusieurs organismes à but non lucratif aident les jeunes GLBT et leur en entourage. Parmi eux, il y a AlterHéros, le seul à offrir ses services exclusivement e ligne. Portail de plus en plus populaire dans le monde francophone, AlterHéros en mainten a maintenant un nouveau défi : se faire connaître du grand public québécois. Matthieu Lévesque En 2001, Marc-Olivier Ouellet, fondateur de AlterHéros, crée un portail Internet dans le cadre d’un projet de fin d’études. «J’étudiais à l’université en informatique et je devais créer un projet selon le thème «être leader dans sa communauté». Je connaissais Gai Écoute et quelques autres organismes, mais je trouvais qu’il y avait très peu de ressources sur la toile pour les jeunes homosexuels et leur entourage. J’ai donc eu l’idée de créer AlterHéros», se souvient-il aujourd’hui. Pris par surprise Tout en recevant une excellente note, MarcOlivier Ouellet réalise aussi que le site Internet attire rapidement des visiteurs et que son projet peut donc connaître un réel succès. En 2002, il le présente, avec son équipe de bénévoles, dans le cadre de Divers/Cité. L’organisation impressionne les observateurs qui pensent même que l’organisme est subventionné par le gouvernement. Cet intérêt du public apporte la motivation nécessaire à Marc-Olivier Ouellet et à son équipe pour bien structurer le tout. En 2003, AlterHéros devient officiellement un organisme à but non lucratif. Une panoplie de ressources en ligne Depuis décembre, une nouvelle version du site est disponible. AlterHéros.com comprend en tout quatre volets. Le plus populaire est sans aucun doute le volet Parles-en aux experts. Créée pour démystifier les orientations sexuelles, les identités de genre et la sexualité auprès du grand public, cette section constitue principalement une banque de témoignages et de questions-réponses. Les chercheurs Bill Ryan (à gauche) et Line Chamberland (à droite), soutiens importants de AlterHéros. © Damian Siqueiros au Québec puisqu’il permet à la communauté d’avoir accès jourd’hui faire face à deux grands défis. Le premier: être sur Internet à une équipe multidisciplinaire formée pour davantage connu auprès du public québécois. En effet, les répondre aux interrogations touchant l’orientation sexuelle». questions et les témoignages que l’on retrouve sur le site proviennent davantage de pays francophones d’Europe ou Bill Ryan, de son côté, considère AlterHéros comme un d’ailleurs, mais pas du Québec. excellent moyen de contrer l’isolement auquel font face ces jeunes. « À l’école, ceux qui subissent le rejet de leurs pairs «Nous sommes plus populaires dans les autre pays de la sont portés à s’isoler et sont peu enclins à réclamer l’aide et francophonie. Plusieurs de nos membres sont originaires de le soutien auxquels ils ont droit», affirme-t-il. Ces services la Belgique ou de l’Algérie, par exemple. Les pays africains offerts sur Internet «contribuent à aider ces jeunes à briser et arabes connaissent aussi une forte répression, voilà pourcet isolement et à prévenir le suicide». quoi on nous pose des questions. Évidemment, on ne connaît pas toutes leurs ressources, alors on leur répond comme on Un «Facebook de la diversité sexuelle» peut», explique Marc-Olivier Ouellet. Un autre volet intéressant et au goût du jour est en ligne depuis Noël. Un réseau social gratuit et accessible à tous a L’autre défi est financier. Pour être davantage connu du ainsi été mis en place pour donner aux visiteurs un espace grand public québécois, l’organisme (qui fonctionne avec virtuel de socialisation qui leur permet d’échanger sur diffé- 3-4.000 dollars/an) aurait également besoin d’argent. «Nous rents sujets et de briser leur isolement. allons prochainement faire une demande de subventions. Nous n’avons pas les moyens de faire une grosse campagne «C’est une sorte de Facebook de la diversité sexuelle», de sensibilisation. Nous aimerions avoir une équipe pour explique Marc-Olivier Ouellet. «Les membres peuvent créer nous déplacer dans les écoles, par exemple». des groupes ou partager des liens, par exemple. Tout ce qui se passe sur le site apparaît dans le fil d’actualité. Cela offre Devenez bénévoles Comme l’indique Marc-Olivier Ouellet, AlterHéros acun meilleur reflet de ce qui se passe sur le terrain». cueillera toujours avec joie de nouveaux bénévoles. L’orLes deux autres volets du site se nomment Altercité et ganisme compte pour l’instant quatre groupes de travail: Association. Le premier est un magazine en ligne sur la di- l’équipe d’intervention, l’équipe d’animation, l’équipe de versité sexuelle. Le contenu est entièrement généré par les développement Internet (infographiste, intégrateur Internet, utilisateurs qui envoient des liens vers des blogueurs ou des etc.) et l’équipe de rédaction (journalistes, reporters, photoarticles intéressants en lien avec l’homosexualité ou l’iden- graphes). tité sexuelle. Le second est principalement axé sur l’orgaDès lors, si vous souhaitez soumettre votre candidature, il nisme et on peut y trouver toutes les informations sur les suffit de vous rendre sur le site d’AlterHéros et de cliquer sur modalités pour devenir membre ou bénévole. l’onglet Association en haut de l’écran. Sélectionnez ensuite Partout dans la francophonie ... mais pas au Québec l’option «Devenir bénévole» et suivez les indications pour Après quelques années d’existence, AlterHéros doit au- chaque étape. Près de 75 bénévoles répondent aux questions des visiteurs, réponses ensuite validées par un professionnel avant d’être mises en ligne. Ces bénévoles sont des spécialistes de la santé (médecins, sexologues, travailleurs sociaux, etc.), des étudiants en voie de devenir des professionnels ou simplement des gens intéressés par la cause. Avec plus de 2.500 questions auxquelles ont répondu les bénévoles, AlterHéros représenterait aujourd’hui la plus importante banque de questions-réponses au monde concernant la diversité sexuelle. Les demandes viennent essentiellement de jeunes s’interrogeant sur leur orientation. Toutefois, on y trouve également des jeunes hétéros ou des parents qui cherchent des ressources pour aider un proche. «Plusieurs questions reviennent souvent, alors on met les Aujourd’hui, il est le seul du genre à offrir réponses en ligne à la disposition de tous pour des services interactifs sur Internet. Plus qu’un éviter les répétitions», affirme Marc-Olivier simple site, AlterHéros est une plateforme Ouellet. unique qui aide les jeunes et même leurs parents ou leurs enseignants. Depuis sa création, le porLine Chamberland, professeure et chercheure tail a accueilli plusieurs millions de visiteurs. au département de sexologie de l’UQAM, et Rien qu’en 2010, AlterHéros.com a été visité Bill Ryan, chercheur et professeur à l’Université par 633.000 personnes. Marc-Olivier Ouellet McGill, sont les porte-paroles du programme s’amuse à dire que, désormais, «AlterHéros est Parles-en aux experts. Familière du site de au soutien par l’Internet ce que Gai Écoute est AlterHéros depuis 2002, Line Chamberland voit au soutien par téléphone». en l’organisme «une ressource incontournable © Damian Siqueiros 22 Être Magaizine Être Magaizine 23 Chronique diversité Un secret pour l’amour à distance? Dans le cadre de sa chronique sur la diversité des relations, le magazine Être a recueilli les témoignages de Randy, 25 ans et de Louis, 30 ans. Les deux jeunes hommes, ensemble depuis maintenant neuf ans, ont su dépasser les deux années de relation à distance, une situation qu’ils ont dû vivre au tout début de leur histoire. Forts de cette expérience, ils nous livrent ici ce qu’ils croient être les solutions pour affronter un tel contexte. Joëlle Girard Randy et Louis, tous deux originaires de Saguenay, ont fait connaissance en 2000 via le canal GayBleuet du logiciel de chat MIRC. C’est après trois mois de «conversations amicales, mais sans plus» que les deux garçons ont fini par se rencontrer. À l’époque, Louis sortait d’une relation qui avait mal tourné. Il terminait son baccalauréat et avait ensuite prévu s’évader vers Montréal pour ses études supérieures. Amorcer une relation ne faisait alors pas du tout partie de ses projets, «surtout pas avec un adolescent de 16 ans alors que j’en avais 21», admet-il. que le courant passait. Tout a commencé par un… slow sur Total Eclipse of The Heart de Bonnie Tyler. «C’est ça le secret de notre couple, une toune quétaine. [Rires] Ce que je veux dire c’est qu’on ne se prenait pas au sérieux, on s’amusait ensemble, c’est tout», confie Louis, lançant un regard complice à Randy. Quelques mois se sont écoulés après leur rencontre et le départ de Louis, résolu à poursuivre ses projets, devenait imminent. Comme ils ne formaient un couple que depuis peu de temps, les deux garçons avaient déjà décidé que le fait d’emménager ensemble serait prématuré à ce stade de leur relation. La distance était donc inévitable. À ce moment-là, «on s’est sérieusement demandé si on pouvait passer à travers une épreuve comme celle-là. D’abord sans intentions amoureuses, ils ont vite senti On a fini par se dire que si jamais on cassait, c’est qu’on D’étrangers à fiancés 24 Être Magaizine Être Magaizine 25 Chronique diversité n’était tout simplement pas faits pour être ensemble», se Croyant que tout serait plus facile grâce à la cohabitation, ils se sont toutefois aperçus qu’une épreuve de plus les remémore Randy. attendait. «Il y avait tout un quotidien auquel on n’était Devant l’incertitude, ils ont donc tenté le tout pour le pas habitués. C’était comme si ça n’était plus spécial tout en choisissant d’officialiser leur engagement. «Ça d’être ensemble. On ne pouvait plus vivre seulement faisait huit mois qu’on était ensemble et j’ai demandé dans l’extraordinaire de la rencontre», explique Randy, Randy en fiançailles. C’était quand même quelque chose précisant que la communication qu’ils avaient appris à d’aller au Faubourg Sagamie [un petit centre commercial établir au cours des deux ans d’éloignement a littéralement de Saguenay] et de magasiner deux bagues de gars sauvé leur relation. pareilles», plaisante Louis. Le couple est donc passé par une nouvelle période de difficile remise en question, Randy réfléchissant Passion et frustration Après les fiançailles, la dure réalité rattrape le couple qui carrément au fait de déménager avec un colocataire. Après entame deux années d’instabilité dues à la distance. «On tous ces efforts pour se retrouver, une séparation n’était tentait de se voir toutes les deux semaines, mais ça n’était sûrement pas la seule solution envisageable. Pourtant, pas toujours possible, il a alors fallu apprendre à se parler», quelque chose clochait, sans que les deux comprennent explique Randy. « On s’appelait tous les jours vers 22 ou 23 exactement de quoi il s’agissait. heures. Parfois, je quittais des soirées avec des amis pour «Je croyais qu’il n’était tout simplement pas bien avec appeler Louis et ensuite je revenais. C’était un moment privilégié qu’on ne se donnait pas le droit de négliger», moi alors qu’aujourd’hui, avec le recul, je sais que ce qu’il précise-t-il, ajoutant néanmoins qu’il était souvent délicat tentait de me dire, c’est qu’il avait besoin de se former un réseau social à l’extérieur de moi», résume Louis de justifier cette situation auprès de ses proches. en ajoutant qu’à l’époque, Randy en était à sa première Malgré cette assiduité, le couple avoue d’emblée qu’il colocation, ce qui ne facilitait pas les choses. était parfois ardu de taire la jalousie et d’arriver à se La situation s’est finalement améliorée, Randy faire confiance. Louis révèle entre autres que la peur de l’infidélité est un sentiment sournois lorsque l’autre ne s’adaptant à Montréal en se créant un nouveau cercle peut tout simplement pas être là pour se faire réconfortant. grâce à des collègues de l’université. La pression sur le «Je pourrais faire ce que je veux et il ne le saurait jamais couple s’est alors dissipée et, peu à peu, les deux hommes donc il pourrait faire ce qu’il veut et je ne le saurais jamais ont réussi à composer avec leur relation au quotidien. non plus, c’est ce qui me passait par la tête parfois», explique-t-il, même si la tentation n’a finalement pas eu Investissement, honnêteté, communication et raison de leur relation. confiance Lorsqu’ils regardent aujourd’hui en arrière, les deux Ainsi, après une première année passée entre Montréal garçons peuvent affirmer que la distance a joué un rôle et Saguenay, il devenait de plus en plus pénible pour le clef au sein de leur couple. «C’était bien placé dans notre couple de composer avec la distance. «J’étais en colère relation, ça m’a permis de profiter de la vie d’un gars de 17 contre la situation. Je me demandais si j’avais vraiment ou 18 ans. Malgré les difficultés, on a su bien l’utiliser», besoin de me faire vivre ça», confie Louis, visiblement constate Randy dont la vie était alors consacrée à la danse. bouleversé, ajoutant que toutes les retrouvailles entraînaient systématiquement un départ à tous les coups «De mon côté, ça m’a permis d’investir la vie d’étudiant déchirant. au cycle supérieur et de m’habituer à Montréal», ajoute Louis, en précisant que cette expérience leur Pour accepter de vivre une telle violence émotive a appris l’importance cruciale de l’honnêteté et de la causée par d’inévitables séparations, le couple n’avait communication, leçon qui leur sert encore aujourd’hui, d’autre choix que de questionner constamment la force après avoir passé presque sept ans ensemble. des sentiments qui l’unissaient. Face à l’éloignement, «il fallait se choisir à chaque fois et heureusement, c’est ce Quant au secret de l’amour à distance, ça ne semble pas qu’on a fait», conclut Randy, laissant entendre que les très occulte pour les deux amoureux. En fait, la formule moments passés ensemble étaient eux aussi très intenses. est même simple selon Louis et Randy : engagement, investissement, honnêteté, communication et confiance. Il La cohabitation, une difficile adaptation faut toutefois savoir l’appliquer… Mais le parfait bonheur Après deux ans de distance, Randy a rejoint Louis à que file visiblement le couple porte à croire que rien n’est Montréal et ils ont finalement emménagé ensemble. impossible. 26 Être Magaizine Être Magaizine 27 Entrevue du mois Benoît Mcginnis M Ê tre ou ne pas être». Sans doute la réplique la plus connue du répertoire théâtral. C’est Hamlet qui prononce ces mots lorsque le fantôme de son père, ancien roi du Danemark, qui lui ordonne de tuer Claudius, son assassin et son successeur. L’œuvre célèbre de Shakespeare prend l’affiche du 8 mars au 2 avril au Théâtre du Nouveau Monde. Pour l’occasion, Être a rencontré celui qui incarne le prince torturé, Benoît McGinnis qui, à l’aube de la trentaine, a déjà une carrière impressionnante. François Bernier [email protected] Photos : Damián Siqueiros www.damiansiqueiros.com Être. Vous jouez une pièce classique mais revisitée par le B.M. C’est certain que ça fait peur, c’est vertigineux. metteur en scène Marc Béland. Quelle est la vision de ce J’étais surpris à la relecture du texte de Shakespeare. J’avais dernier concernant Hamlet? une image très héroïque du personnage alors qu’il est en réaBenoit McGinnis. C’est d’abord une nouvelle traduction qui est offerte au public, celle de Jean-Marc Dalpé, dramaturge bien connu notamment pour sa série télévisée Temps dur. L’idée était de travailler une version moins littéraire que celle imaginée auparavant, par Yves Bonnefoy, par exemple. Marc Béland désirait vraiment que l’on se concentre sur les enjeux dramatiques, sur les émotions très fortes que vivent ces personnages. On se plaît parfois à dire que nous ne travaillions pas un Shakespeare, mais un Dalpé! On ne veut pas éliminer l’aspect poétique du projet, mais faire passer la poésie autrement que par la langue. C’est aussi une version raccourcie d’Hamlet. On est passé de près de 3 h 30 à 2 h 30 de spectacle. lité hésitant, fragile, sensible. Je dois admettre que ce n’était pas la pièce de Shakespeare que je connaissais le plus. Il a fallu que je familiarise avec le texte. Je n’étais donc pas complètement conscient de l’ampleur du défi. Quand Hamlet reçoit la visite du fantôme de son père qui lui demande de le venger, il est chargé malgré lui d’une mission macabre qu’il n’est pas certain de pouvoir accomplir, il est terrorisé. La véritable difficulté avec un tel personnage, c’est de bien saisir tous ses niveaux de folie. Celle-ci est parfois réelle, parfois feinte, parfois assumée ou alors dissimulée. Il y a 20 ans, la pièce a été montée par Olivier Reichenbach. Marc Béland, notre metteur en scène y tenait mon rôle. Il avait envie de revivre l’aventure, mais d’y ajouter, cette Être. Est-ce qu’en tant qu’acteur, on est effrayé par une pro- fois, une touche personnelle. position aussi importante que le rôle d’Hamlet? 28 Être Magaizine Être Magaizine 29 Entrevue du mois «» «René Richard Cyr est véritablement un mentor pour moi. C’est grâce à lui que je suis devenu l’acteur que je suis, parce qu’il m’a fait confiance. Et c’est formidable de collaborer avec un complice de longue date. On comprend beaucoup plus rapidement ce que l’autre recherche, on gagne un temps fou et on prend un plaisir véritable à travailler.» Être. On connaît Marc Béland pour son travail très corporel final, c’est vraiment l’idée de s’attarder sur l’âme humaine - il a souvent fait de la danse. Intègre-t-il cela dans sa mise qui distingue cette production des précédentes. en scène? B.M. Il n’y a pas de danse à proprement parler. Il y a ce- Être. Outre Hamlet, vous avez eu souvent l’occasion de pendant un travail physique où le corps est complètement jouer ce genre de personnages troublés, violents. Recherinvesti. C’est un créateur formidable pour un acteur parce chez-vous de tels rôles? qu’il nous amène toujours plus loin. Dans le processus, il arrive souvent que l’on fasse des propositions de jeu. La plupart du temps, il va répondre: «C’est bon, mais j’aimerais que tu essaies de faire exactement le contraire!». Avec un directeur de comédiens aussi consciencieux, on va tellement plus loin dans l’interprétation, c’est fou! Il sait exactement où il va. Pour lui, les enjeux humains prennent la place de la grandiloquence épique de la royauté. B.M. C’est arrivé par hasard. J’ai joué un déficient intellectuel dans Avec Norm, de Serge Boucher. Ensuite, il y a eu le très violent Néron dans Britannicus puis des personnages à la télé et au cinéma, avec mon rôle du garçon troublé dans Le banquet, entres autres. Ces rôles-là provoquent toujours un vertige pour moi parce que je ne sais pas comment ça va sortir. Je laisse le personnage émerger. C’est très enrichissant pour un acteur d’expérimenter des Être. En quoi Hamlet se distingue-t-il dans cette nouvelle émotions aussi tordues, aussi loin du quotidien. Je m’assure production? simplement d’être bien dirigé quand je m’aventure sur des B.M. C’est toujours le même personnage et les enjeux demeurent inchangés. C’est un garçon qui a peur, aux prises avec beaucoup de questionnements relatifs à l’honneur, à la famille. Ce que j’aime, c’est d’aborder ce prince dans son quotidien. D’essayer de trouver, dans ses conflits intérieurs, des résonnances universelles. Sous cet angle, je me retrouve avec un homme enchaîné à une mission plus grande que lui. Le meurtre n’est pas naturel pour Hamlet, ce n’est pas un assassin. On le suit dans ses doutes, ses tergiversations, ses peurs. À plusieurs moments, il aurait l’occasion de tuer Claudius, et précisément dans ces moments, il commence à supputer les possibilités: «Et si j’attendais, si je le laissais prier, si j’agissais plus tard...» Il tente constamment de repousser, de retarder son meurtre. On explore aussi la relation étrange qui l’unit à sa mère. Un rapport presque incestueux, malsain. Au 30 Être Magaizine terrains aussi risqués. À ma sortie de l’École Nationale de théâtre du Canada, je croyais que j’allais jouer les jeunes premiers pendant un bon bout de temps. Or, je n’en ai jamais vraiment interprété. Je ne peux pas dire que ça me manque, mais j’aspire à aborder tous les genres de personnages. Je ne suis pas fermé à des rôles moins tourmentés. Être. Vous avez souvent eu l’occasion de jouer des textes de Serge Boucher dans votre carrière. Comment décririezvous cette collaboration ? B.M. C’est grâce à mes nombreuses collaborations avec René-Richard Cyr que j’ai eu la chance de jouer les personnages complexes de Serge Boucher. Je lui en suis extrêmement reconnaissant. J’ai joué le personnage de François dans Excuse-moi, ce personnage emblématique de son travail, une sorte d’alter ego de Boucher. On le retrouve dans beaucoup de ses œuvres. C’est toujours celui qui est un peu en retrait de l’histoire, il est homosexuel, il est secret, se révèle peu. Dans Aveux, mon rôle d’Olivier est aussi un genre de «François». On sait peu de choses sur lui, seulement qu’il a été amoureux de Carl (Maxime Denomé). acteurs que je connais me répétaient combien j’étais chanceux de jouer ce rôle et d’être dans cette série. B.M. C’est un ensemble de facteurs. Tout d’abord la série a été menée de main de maître par le réalisateur Claude Desrosiers. Ensuite il y avait une distribution très forte en plus d’une histoire particulièrement bien ficelée. Je pense que ce qui a fait la véritable différence, c’est qu’on n’a pas été pressé. Claude insistait vraiment pour que l’on prenne le temps de tourner les scènes. Il nous faisait reprendre jusqu’à ce qu’il sente arriver l’émotion. C’est très rare de voir des réalisateurs prendre leur temps, parce qu’à la télé et au cinéma, le temps c’est de l’argent. Parfois, c’est nécessaire à la qualité de l’œuvre comme dans Aveux. Il ne faut pas oublier que Serge Boucher a pris cinq ans pour écrire sa série. Des années qui lui ont permis de peaufiner son récit et d’en faire un véritable objet télévisuel. J’ai très hâte de voir sa prochaine œuvre télé, Apparences, qui mettra en vedette Geneviève Brouillette et Myriam Leblanc dans une réalisation de Francis Leclerc. B.M. Non. Cependant, en tant que comédien, c’est certain qu’on aspire à toucher à différents personnages, différents types de rôle. Mais l’homosexualité définit de moins en moins un personnage. L’orientation sexuelle devient secondaire. On s’éloigne du «fif de service» qui sert de support comique. La question n’est plus de savoir si le personnage est gai, la question est : est-ce que ce rôle est riche, beau, poétique, porte-t-il une forte humanité, une complexité qui deviendra un défi à relever pour moi ? Si ça doit passer uniquement par des personnages troublés ou homosexuels, eh bien ce sera ça! Je veux simplement jouer et me dépasser à chaque fois. Être. Outre certains rôles au théâtre et Aveux, on vous connaît aussi pour votre rôle de chanteur gai dans Les hauts et les bas de Sophie Paquin. Il y a eu aussi votre Être. À ce propos, Aveux a été une formidable surprise l’an petit rôle d’amant de Xavier Dolan dans Les Amours imadernier. Pourquoi cette série a-t-elle remporté un tel suc- ginaires. Avez-vous peur d’être étiqueté comme un acteur cès critique? jouant les homosexuels? Être. As-tu eu peur que la série soit trop dramatique? B.M. Certainement, en particulier pour ceux qui l’écoutent en rafale avec les DVD ou sur tou.tv. Il y a des gens qui sont venus me voir pour me dire que pour eux, c’était trop lourd et c’est très bien ainsi. Ça ne doit pas forcément plaire à tous. Par contre, du côté des critiques et dans le milieu artistique, les réactions ont été très positives. La plupart des Être. Vous avez traversé l’Atlantique l’an passé, en tant qu’invité au festival de Namur, en Belgique. Quelle impression vous a fait ce séjour en Europe? B.M. Le festival avait pour titre Jeunes Talents. L’organisation a donc invité des acteurs de la relève de tous les pays de la francophonie. Sur place, on était mis en contact avec des directeurs de casting et des producteurs de partout. J’ai par exemple discuté avec une directrice de casting parisienne. J’ai voulu savoir si ça valait vraiment le coup pour moi, éventuellement, d’essayer de travailler un peu là-bas. Je pensais que, vu le bassin d’acteurs en France, il n’était peutêtre pas raisonnable d’y songer. Être Magaizine 31 Entrevue du mois «L’homosexualité définit de moins en moins un personnage. L’orientation sexuelle devient secondaire. On s’éloigne du «fif de service» qui sert de support comique. La question n’est plus de savoir si le personnage est gai, la question est : est-ce que ce rôle est riche, beau, poétique, portet-il une forte humanité, une complexité qui deviendra un défi à relever pour moi ?» À ma grande surprise, elle m’a répondu que les acteurs québécois avaient beaucoup d’audace. Elle m’a expliqué que les Parisiens pouvaient avoir une certaine pudeur qu’on ne retrouve pas chez les comédiens du Québec. Elle m’a conseillé d’attendre d’avoir quelques mois devant moi, avant d’aller là-bas. Pour l’instant, je n’ai pas l’intention de partir, mais si je me retrouvais sans travail pendant une longue période, je pourrais très bien me laisser tenter. Être. Parlons donc du futur : quels sont vos projets ? B.M. En fait, il y en a très peu pour l’instant. C’est ça qui est formidable avec ce métier (rires). Mon agenda ne déborde pas pour la prochaine année. Ça fait partie du jeu. Je sais seulement que je vais jouer au Théâtre d’aujourd’hui, dans un spectacle de René Richard Cyr. Je ne peux malheureusement pas vous révéler pour l’instant le titre. Il faudra attendre le dévoilement de la programmation. C’est en tout cas toujours un plaisir pour moi de reprendre ma collaboration avec René Richard. Il est véritablement un mentor pour moi. C’est grâce à lui que je suis devenu l’acteur que je suis, parce qu’il m’a fait confiance. Et c’est formidable de collaborer avec un complice de longue date. On comprend beaucoup plus rapidement ce que l’autre recherche, on gagne un temps fou et on prend un plaisir véritable à travailler. Ce qui était drôle, c’est qu’il ne me voyait pas dans le rôle principal de cette pièce. Il était presque gêné de ne me proposer que ce personnage «secondaire». Mais pour moi, ce n’était pas grave. L’important c’était de collaborer de nouveau avec lui. 32 Être Magaizine Être Magaizine 33 Livres Philippe Besson et Retour parmi les hommes DEUIL ET ANNÉES FOLLES Philippe Besson, l’un des écrivains francophones les plus doués de sa génération, revient dans les librairies québécoises avec Retour parmi les hommes. L’auteur français nous fait plonger en plein cœur des années folles, entre Paris et New York. Vincent, jeune gai désespéré, croise la route de Jean Cocteau et de Raymond Radiguet. Antoine Aubert alors que, pourtant, on fait la leçon au reste du monde. Sur le plan des mœurs, on n’a pas C’est un livre parfait pour le voyageur. Le évolué. On sera peut-être le dernier pays à genre de roman que l’on dévore de la première légaliser le mariage gai. Ça devient risible», à la dernière page en quelques heures dans un s’emporte Philippe Besson. train ou un avion. «La vie finit mal» Mais Retour parmi les hommes reste surtout un livre SUR le voyage. En l’occurrence celui de Vincent, jeune homme sortant de l’adolescence qui ne parvient pas à faire le deuil se son amant, un soldat tué au cours de la Première Guerre mondiale. L’histoire d’amour entre les deux personnages avaient été au cœur de En l’absence des hommes, le premier roman de Philippe Besson, sorti en 2001. Une fuite illusoire Pourquoi cette suite? «Les lecteurs me demandaient souvent des nouvelles de Vincent. J’ai fini par me poser la question à mon tour. Au début, j’ai écrit sans avoir en tête d’en faire un nouveau livre. C’est ensuite devenu une évidence», confie l’auteur à Être. La France qu’il montre dans la deuxième partie de son roman ressemble toutefois à un beau tourbillon, celui du milieu artistique parisien des années 20. Le personnage principal tombe amoureux du jeune Raymond Radiguet, protégé de Jean Cocteau, célèbre à 18 ans pour son roman Le Diable au corps, avant de mourir deux ans plus tard, plongeant la capitale dans la détresse. Vincent avait déjà croisé la route de Marcel Proust dans En l’absence des hommes. Pourquoi cette envie de faire côtoyer à son personnage principal ces personnages historiques quand le sujet ne s’y prêtait pas réellement ? «Ce sont des gens dont la vie a été incroyable, ils me motivent, répond l’écrivain. Puis, j’adore les mélanges fiction/réel. On se perd, on ne sait plus où sont le vrai et le faux. En fait, je me fous de la vérité. C’est la vraisemblance qui m’intéresse». De la Turquie à l’Italie, en passant par la Grèce, l’Afrique et finalement les États-Unis, c’est une fuite qui s’opère sous nos yeux. Une Ici, rien ne semblera improbable. Sauf la fin fuite qui veut «mettre à distance les drames. et le message qu’elle engendre (un nouveau Mais c’est parfaitement illusoire. On ne laisse décès pour faire le deuil d’un autre) pourront pas le malheur dans une consigne à la gare». peut-être surprendre. Comme d’habitude, la conclusion n’est pas heureuse chez Philippe La réalité (la mère de Vincent) le ramènera Besson. «Ça ne peut pas être autrement. Un en France. Une France dont Philippe Besson livre qui finit bien, c’est de l’ordre des contes dresse un portrait assez cruel, surtout en de fées. La vie finit mal. C’est une vérité comparaison de sa description des États-Unis, élémentaire», affirme-t-il. Un constat qui lui qui aime «la vie lente et désinvolte de Los malgré tout n’entache en rien le plaisir de lire Angeles [où il a écrit ce roman] ou la grande ce Retour parmi les hommes. effervescence de New York». Quand on interroge l’auteur sur la situation actuelle de son pays, la critique est acerbe : «La France est en retard sur pas mal de choses. Il y a encore beaucoup de révolutions à faire 34 Être Magaizine Retour parmi les hommes Philipppe Besson Éditions Julliard 213 pages 27,95$ Être Magaizine 35 Théâtre «On ne fait pourtant pas de répertoire ici au PàP, mais en relisant “The Dragonfly” on s’est dit “quel texte !“ Nous avons tendance à faire des exceptions, avec des pièces qui ne sont pas des créations de temps à autre, pour des œuvres qui semblent avoir une parole éminemment actuelle. Pour nous, cette pièce a pris un autre sens» depuis sa première « version», il y a 16 ans, explique Claude Poissant. © Marie Claude Hamel Le metteur en scène indique ainsi qu’«à l’époque les deux solitudes étaient l’anglais et le français, l’incompréhension dans ce pays bilingue, ce pays aux personnalités multiples. Avec les années 2000, on est dans le même discours mais ailleurs. Aujourd’hui, c’est plutôt la langue française avec le reste du monde». The Dragonfly of Chicoutimi CL CLAUDE LAUDE POISSANT ET LES IDENTITÉS MULTIPLES Du 22 février au 19 mars 2011, l’Espace Go accueille le théâtre PàP. Pour l’occasion, la compagnie offre une nouvelle version de la pièce The Dragonfly of Chicoutimi, présentée au printemps dernier lors du Festival TransAmériques. Claude Poissant a mis en scène cette pièce où les questions de la langue et de la sexualité tiennent une grande place. François Bernier [email protected] Gaston Talbot prend la parole. Les mots qui sortent de sa bouche sont en l’anglais, mais la structure de ses phrases, de sa grammaire et de son discours est française. Après une longue période d’aphasie, l’homme cherche à comprendre comment il en est arrivé là, emprisonné dans une langue qu’il ne parle pas. Il raconte au public le fil des événements. Il entre en lui-même pour évoquer son enfance, sa mère, sa sexualité ambiguë, et son amour pour un jeune garçon aux origines anglophones. Le regard lucide de Claude Poissant s’attaque à une nouvelle version du texte de Larry Tremblay mis en scène pour la première fois en 1995. À l’époque, Jean-Louis Millette assurait à lui seul le monologue de l’auteur. Avec le théâtre PàP, The Dragonfly of Chicoutimi devient un texte où cinq acteurs incarnent différents aspects de la personnalité de Gaston Talbot. «Quel texte !» L’aventure s’est amorcée tout à fait par hasard alors que les deux directeurs artistiques de la compagnie, Claude Poissant et Patrice Dubois, ont redécouvert le texte individuellement, dans le même mois, sans même se consulter. Pour les collaborateurs, cela a été une révélation: le texte devait être réentendu. 36 Être Magaizine Cinq, le nombre idéal Claude Poissant voit avec cette pièce l’occasion de poursuivre son exploration des textes chorale, avec des mouvements scéniques chorégraphiés, précis, et de la musicalité des mots. «Le nombre d’acteurs s’est imposé de lui-même. Avec cinq acteurs, tu as beaucoup de monde sur scène, mais jamais trop et jamais trop peu. Cette démarche m’a aussi permis de travailler de cinq façons différentes pour aborder et percevoir la langue anglaise». L’artiste de 55 ans rend un hommage vibrant à ses comédiens : «J’ai formé un quintette d’acteurs merveilleux qui avaient envie de prendre le temps d’explorer cette histoire. Au fil des répétitions, on a fini par enfermer les entités dans des boîtes. Il leur fallait donc trouver un moyen de communiquer entre eux sans jamais se voir. C’est à force de volonté que Gaston Talbot numéro 1, 2, 3, 4 et 5 arrivent à s’entendre, à s’écouter, et à s’accepter dans leurs différences.» Qu’en est-il de l’aspect politique incontournable de la pièce de Larry Tremblay? Cette question de la langue peut sembler revêtir la forme pamphlétaire d’une crise d’identité collective. Pour Poissant, elle prend plutôt l’allure d’une remise en question sur l’identité individuelle. La politique n’est pas évacuée du discours. La métaphore existe, elle est là, mais n’est plus le cœur de la création. Le doute, toujours là À l’heure de montrer au public sa troisième adaptation d’un texte de Tremblay, le doute est toujours présent chez Claude Poissant: «Quand tu acceptes un projet, tu acceptes l’incertitude. Quand on met en scène une création, comme dans le cas de Tom à la ferme [la dernière pièce de Michel Marc Bouchard dont il a assuré la mise en scène], il faut comprendre la parole de l’auteur, pour transcender le texte, le faire vivre dans la réalité. Ça demande beaucoup d’audace et de confiance. Toute une équipe compte sur moi, mais ça demande aussi beaucoup d’humilité. On doit être prêt à sacrifier nos idées, nos concepts si nous n’arrivons pas à bien les incarner.» Mais de cette situation, l’ancien acteur de la série Rumeurs sait également en tirer des avantages: «Cette part d’incertitude, bien qu’elle soit angoissante, est aussi un moteur. J’ai besoin d’être déstabilisé. Je suis toujours insatisfait, je dois donc me commettre dans des niveaux de difficulté toujours plus élevés.» Cet automne, Martin Faucher écrivait une lettre ouverte publiée dans les médias dénonçant le conformisme et la quête de profit grandissants au sein du milieu théâtral. Il soulignait au passage les noms d’artiste refusant, selon lui, ce genre de compromis créatif. Parmi ceux-là, on trouvait celui de Claude Poissant. «On doit sortir de notre confort. L’investissement du privé, la convergence, toutes ces choses ne devraient jamais être à la tête de la pensée du créateur. On a besoin de producteurs, c’est certain, mais avant tout, faites confiance aux artistes que vous engagez», répond le principal intéressé. Pour Claude Poissant, inutile d’avoir peur de la réaction du public et ou des soucis d’ordre financier qui peuvent se poser. Il faut oser car «l’auditoire, en général, suit. Il aime être déstabilisé. Certes, il est possible que ça choque. Lors de la tournée d’Abraham Lincoln va au théâtre, il y a bien deux ou trois villes qui ont mal réagi au spectacle. Mais deux ou trois villes sur une quarantaine, ce n’est certainement pas suffisant pour nous convaincre que nous sommes allés trop loin!» The Dragonfly of Chicoutimi Mise en scène : Claude Poissant Avec Dany Boudreault, Patrice Dubois, Daniel Parent, Étienne Pilon et Mani Soleymanlou À l’Espace Go Du 22 février au 19 mars 2011 Renseignements sur www.espacego.com Être Magaizine 37 Théâtre © Valérie Remise Les Belles-Sœurs MARIE-THÉRÈSE FORTIN : «ON A RÉUSSI» A u printemps 2010, le Théâtre d’Aujourd’hui a offert une nouvelle version de la pièce Les Belles-Sœurs, sous la forme d’une comédie musicale. Résultat: un triomphe de la part du public et de la critique. La pièce revient au Monument national du 17 au 26 mars avant une tournée, e tout l’été, dans l’ensemble du Québec. Pour l’occasion, Être s’est entretenu avec l’une des actrices et instigatrices du projet, Marie-Thérèse Fortin. François Bernier tête. On a aussi commencé à chercher nos actrices, évidemment. Être. Marie-Thérèse Fortin, pouvez-vous nous raconter comment l’aventure de la comédie musicale des Être. À quel moment avez-vous constaté que vous teBelles-Sœurs a commencé pour vous? niez non seulement un bon mais un grand spectacle? Marie-Thérèse Fortin. René Richard Cyr et moi travaillions alors sur Elizabeth, roi d’Angleterre. En coulisse, on discutait d’un spectacle inspiré des Belles-Sœurs qui célébrerait la première lecture, 40 ans plus tôt, au Théâtre d’Aujourd’hui. On cherchait une forme particulière, on se disait qu’on pourrait faire un happening avec des actrices, quelque chose de fou. M-T.F. René Richard est parti de son côté puis il est revenu très rapidement avec la pièce largement raccourcie. J’étais ébahie par la qualité des chansons. Quand on a fait une première lecture avec chansons, histoire de présenter toute la musique à l’équipe, la réaction a été formidable. Tout le monde était super enthousiaste. Les actrices étaient très excitées. C’était tout un pari à gagner, on nous attendait avec une brique pis un fanal. Mais au bout du René Richard m’a alors dit: «...bien moi, les Belles- compte je crois qu’on a réussi. Parce qu’en fait on ne faiSœurs, je le verrais comme un music-hall». J’ai trouvé sait pas que reprendre Les Belles-Sœurs, c’était carrément l’idée formidable, mais encore fallait-il que le résul- une re-création! tat soit probant. Je lui ai demandé qui il envisagerait pour la musique. Le nom de Daniel Bélanger est sorti. «Il y a quelque chose dans Les Belles-Sœurs qui vient J’étais emballée. Il est donc parti de son côté, pour re- toucher une corde sensible des Québécois. […] Et puis venir avec quelques chansons, juste pour voir. Pour ma il y a aussi des thèmes très actuels. La poursuite du bonpart, je commençais déjà à chercher des sous pour le heur matériel par exemple. On a simplement changé les spectacle. Avec autant d’acteurs, c’était tout un casse- timbres-primes en loterie.» 38 Être Magaizine Être Magaizine 39 Théâtre Être. N’avez-vous pas eu envie de programmer à nouveau Les Belles-Sœurs lors de la prochaine saison? M-T.F. C’était impossible. Le spectacle en lui-même a fait perdre des sous au théâtre. Rien que pour les actrices, on dépassait le budget de cachets pour une saison entière. Par contre, on a eu la chance d’avoir un partenariat avec le Centre culturel de Joliette et en plus Lotto Québec qui célébrait ses 40 ans, a alors décidé de les fêter avec Les Belles-Sœurs. Disons que ça nous a permis de souffler un peu. Parce qu’en réalité nous voulions que le spectacle reste accessible financièrement. Il parle de la classe ouvrière du Plateau Mont-Royal. Nous voulions donc que même cette classe sociale y ait accès. © Valérie Remise Être. Vous partez bientôt en tournée. On sait combien il peut être difficile d’accorder l’horaire de tant de gens. Est-ce que la distribution va en être affectée? M-T.F. Non, la distribution restera intacte. On a prévu le nécessaire pour s’assurer que tout le monde soit disponible. On a aussi engagé deux doublures. Elles se partagent les différents rôles au cas où une des filles serait indisponible. Ça sera une belle tournée, on va passer par toutes les grandes scènes du Québec. Être. Il y a dans l’air des rumeurs d’adaptation anglophone de l’œuvre pour lui permettre de tourner à l’extérieur du Québec. Pouvez-vous nous en dire plus? Être. Comme actrice, rêviez-vous d’interpréter le rôle de Germaine Lauzon? Est-ce un personnage que toute actrice d’expérience rêve d’incarner? M-T.F. René Richard a effectivement fait traduire la pièce par Linda Gaborieau. Il est ensuite allé à Toronto faire une lecture avec des actrices anglophones. La réception du spectacle a été très favorable, mais nous n’avons aucune confirmation pour le moment. M-T.F. Sincèrement, je ne pense pas trop à ça. Je n’ai pas trop de «rêve d’actrice». J’ai plutôt tendance à essayer de rendre chacun de mes rôles le plus marquant possible, peu importe le rôle. Être. Pourquoi, 50 ans plus tard, Les Belles-Sœurs reste-t-elle une œuvre qui nous interpelle encore? Est-ce de la nostalgie? Parce ce que le portrait dépeint un contexte très propre aux années 60… Pour en revenir aux Belles-Sœurs et à Germaine Lauzon, disons que je n’avais pas encore joué au Théâtre d’Aujourd’hui depuis que j’en avais pris la direction artistique, en 2005. Je savais que je ferais partie de la distribution. Il était également certain pour nous que Guylaine Tremblay serait Rose et que Maude Guérin serait Pierrette. Quand on leur a offert le rôle, elles ont été vraiment enthousiasmées par le projet. Le fait que je tienne le rôle de Germaine Lauzon est en fin de compte venu naturellement. M-T.F. Il y a quelque chose dans Les Belles-Sœurs qui vient toucher une corde sensible des Québécois. Étonnement, ce n’est pas seulement les personnes les plus âgées qui sont bouleversées. Parce qu’il faut le dire: la situation a bien changé depuis cette époque. Le matriarcat, les familles nombreuses, on ne voit plus ça aujourd’hui. Il n’en reste pas moins que ce sont aussi nos origines. On n’a pas à remonter très longtemps la ligne du temps pour retrouver cette vie-là. Et puis il y a aussi des thèmes très actuels. La poursuite du bonheur matériel par exemple. On a simplement changé les timbres-primes en loterie. Les Belles-Soeurs Mise en scène: René Richard Cyr Avec Marie-Thérèse Fortin, Guylaine Tremblay, Maude Guérin... Au Monument national Du 17 au 26 mars Renseignements sur www.belles-soeurs.ca 40 Être Magaizine Être. Avant Les Belles-Sœurs, vous avez tourné avec un spectacle où vous chantiez Barbara. Ce n’était donc pas votre première expérience de chanteuse. Quelle place prend le chant dans votre vie, dans votre carrière? M-T.F. C’est amusant parce que ce spectacle de Barbara, je l’ai fait pendant 20 ans. J’ai commencé ainsi parce que, comme actrice, en début de carrière, le travail était plus rare. De plus, j’étais fortement habitée par l’œuvre de Barbara. J’ai trouvé des collaborateurs qui voulaient se lancer avec moi dans l’aventure. Par la suite, après la direction artistique du Trident à Québec, j’ai eu envie de faire un plus petit spectacle, de revenir à la base. J’ai décidé de reprendre l’aventure Barbara et d’autres amis ont voulu m’aider à le tourner un peu partout. C’était formidable, le spectacle avait grandi, évolué avec moi. Mais la chanson, contrairement à mon métier d’actrice, n’est pas quelque chose d’instinctif. Ça me demande beaucoup de travail. Je suis une interprète qui chante et non une chanteuse. Être. Pour terminer, parlons de la saison actuelle au Théâtre d’Aujourd’hui. Elle est particulièrement stimulante… M-T.F. Effectivement, Tom à la ferme qui vient de se terminer, aura été complet du début à la fin. Le public peut maintenant assister à Toxique de Greg MacArthur. C’est un spectacle exceptionnel et Guy Nadon y est incroyable. Il y a aussi la création de Wajdi Mouawad, en collaboration avec le Trident, qu’on attend avec impatience. Malgré les rénovations qui nous ont obligés à rester fermés tout l’automne, nous sommes très fiers de notre saison. Être Magaizine 41 Musique À écouter pour être... Madjo James Blake CLAQUER DES DOIGTS ! BACK TO BLAKE Trapdoor (Mercury) Jérémie Battaglia et Geoffroy Pelletier James Blake (A&m records) Au premier coup d’œil, on peut avoir vite faire de rapprocher Madjo à Zaz (la hippie donneuse de leçon). Le seul point commun est sûrement le turban dans les cheveux, car autant la musique de Zaz sent la naphtaline et la «France d’avant c’était mieux», autant Madjo fait table rase du passé et des étiquettes qu’on veut lui coller. Mélange de soul, chanson française ou encore pop, ce premier album surprend. Alors que depuis plusieurs années la «world» musique semble se limiter aux efforts pénibles de gagnants de la Star Académie, il est bon d’entendre un peu de nouveauté. Madjo n’a peur de rien, et semble appliquer à la chanson francophone les règles de la musique pop anglophone: efficacité et simplicité. Elle n’hésite d’ailleurs pas à utiliser la langue de l’autre solitude à plusieurs reprises dans l’album. Elle évite les écueils de la «world» musique et garde surtout à l’esprit une écriture de grande qualité, accrocheuse sans être putassière, à la réalisation soignée. On attend avec impatience de pouvoir la voir sur scène. (J.B.) 4,6/5 Dubstep, bass music, futur-bass… la valse des étiquettes ne semble pas atteindre James Blake. Après avoir fait beaucoup de bruits avec trois maxis, ce premier album ne semble pas vouloir pacifier les esprits. Les puristes crient au maniérisme, les autres au génie. Il faut dire que la première écoute peut être laborieuse. Loin des productions ronflantes et aux basses accrocheuses du dubstep anglais, James Blake joue sur le minimalisme, les silences, les rythmes brisés. Découvert par beaucoup grâce à sa reprise de Limit to your love (Feist), c’est une pop avantgardiste, difficile d’accès que nous offre le beau James Blake. Porté par sa voix fragile, un peu à la manière d’Anthony and the Johnsons, les sentiments qui découlent de ses compositions froides ne se laissent pas forcément entendre à la première écoute. Il faut se laisser appréhender par ce disque aux relents hivernaux. C’est dans ses recoins que cet album touche. Une ambiance unique se dégage ainsi qu’une certaine idée radicale de l’écriture et de la création. (J.B.) 4,5/5 Puggy Something you might like PUDDING MOU Composé d’un Anglais, d’un Suédois et d’un Français, le groupe a débuté en Belgique (vous suivez ?). En Europe, ils ont un qualificatif particulier pour ce genre de projet: un euro-pudding, un truc qui vient d’ici mais aussi de là-bas, qui ressemble à tout mais à rien de connu en même temps. Le second album de Puggy c’est un peu ça. On voit bien où ces trois garçons dans le vent veulent aller: vers l’Angleterre et sa Brit Pop. Il faut reconnaître le talent de l’écriture. Il est bien dur de se retenir de chanter sur des titres comme When You Know ou We have It made. Les sonorités dépotent, on pousse les meubles et on se dandine comme un beau diable. On retrouve aussi des ballades qui touchent sans tomber dans le pathos comme l’amusante «She kicks ass». Le principal reproche qu’on peut faire est en fait un flagrant manque d’originalité, d’un petit truc en plus qui ferait que cette production se démarque d’une autre. La réalisation est belle, mais lisse. C’est un peu comme un condo neuf: propre mais sans âme. Alors même si on se laisse happer par une certaine fraîcheur, on aurait aimé un peu plus d’originalité, d’aspérité et de «balls». 2,5/5 (J.B.) Pierre Lapointe Seul au piano (Audiogram) SENTIMENTS INTIMES Après Pierre Lapointe live, Pierre Lapointe chante avec l’Orchestre Symphonique, Pierre Lapointe remixé, voici Pierre Lapointe seul au piano. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est productif, le prodige! Si on était de mauvaise foi, on pourrait facilement médire qu’il tente de faire de l’argent en abreuvant ses fans de multiples déclinaisons de son œuvre. beaucoup plus intime avec pour seule arme, son piano… qu’il chérit depuis toujours. Pour l’occasion, Lapointe a fait une judicieuse sélection de son répertoire comprenant notamment les superbes Deux par deux rassemblés, Tous les visages ou encore Les sentiments humains. Ses arrangements sont réfléchis, sa voix est maîtrisée et son âme intacte. En plus, ce contexte dépouillé nous amène à redécouvrir la qualité de ses textes. Mais il n’en est rien. Pierre Lapointe ne se moque pas de nous, au contraire, il se respecte et nous convie à ses désirs. Sa Pour un tête-à-tête avec les ballades intimistes de Lapointe le proposition : nous inviter dans son univers, mais d’une façon prodige, procurez-vous cet album. Beau, beau, beau! (G.P) 4.5/5 42 Être Magaizine Être Magaizine 43 Musique Armistice Armistice (Dare to care) GUERRE ET PAIX La fille de Cœur de pirate et le gars de Bedouin Soundclash s’assemblent le temps de faire un album de cinq chansons. Ensemble, ils sont Armistice. D’habitude, l’armistice naît d’un conflit, mais ici, c’est bien le contraire. On sent chez les deux tourtereaux une complicité évidente et surtout une direction commune. Ils nous proposent un roadtrip dans le désert en décapotable avec cheveux au vent, verres fumés et mariachis cachés dans le coffre arrière. En tout cas, il fait beau et chaud et nos soucis s’évaporent rapidement au soleil. Comment en effet résister à Mission bells, premier extrait lancé, avec son refrain accrocheur qui nous fait voyager ? La voix de la pirate trouve ici un créneau qui lui sied bien mieux: disons-le, la naïveté de sa voix convient beaucoup plus à la folk anglophone. Fini ses textes de peines d’amour de préadolescente immature, la voici peut-être (enfin) à l’âge adulte. Quant à la voix du bédouin, même si elle rappelle parfois celle de Bryan Adams, elle sonne bien, avec juste ce qu’il faut de sensualité masculine. On attend la suite. À écouter pour se convaincre que l’été s’en vient et que l’hiver n’est qu’un vulgaire souvenir (G.P) 4.1/5 Le concert du mois à ne pas manquer : CUT COPY We’re trying to go away, hey, we’re tryinaway, hey, we’re trying to go hey, we’re trying to go away, hey,we’re trying to go away, hey, we’re trying to go away, hey, we’re trying to go away OÙ? Club Soda, le mardi 5 avril POURQUOI? Même si on est un peu déçu par le nouvel album, Cut Copy est une valeur sûre pour danser. On y sera. Et vous ? COMBIEN?25$ 44 Être Magaizine Être Magaizine 45 Musique Röyksopp au Club Soda LES ROIS DE L’ÉLECTRO À LA SCANDINAVE Le 19 mars prochain, Röyksopp s’arrête à Montréal dans le cadre d’une tournée nord-américaine faisant la promotion de Junior, album sorti en 2009 et de Senior, sur le marché depuis l’automne dernier. L’escale du duo norvégien au Club Soda est perçue par un certain nombre de Montréalais comme l’un des évènements électrohouse du printemps. Joëlle Girard Originaires de Tromso en Norvège, Svein Berge et Torbjorn Brundtland se sont rencontrés à l’école alors qu’ils étaient encore adolescents. Au début des années 1990, ils ont expérimenté ensemble les diverses possibilités qu’offrait la musique techno de cette époque. Ils ont ensuite pris des chemins différents pour finalement se retrouver à Bergen, dans l’ouest de la Norvège. Röyksopp en concert Le samedi 19 mars 2011 Au Club Soda 1225, Saint-Laurent Montréal Pour plus d’informations : (514) 286.1010 46 Être Magaizine Depuis 1998, les deux compères s’amusent à alterner des mélodies électrohouse ingénues et des ambiances plus sombres se rapprochant de la musique techno. La sortie de Melody A.M., le premier album de l’excentrique duo, a marqué le début d’une carrière internationale pour le alors associés à la Bergen Wave, expression désignant l’émergence d’un son propre à la ville et dont la popularité s’est propagée outre-mer. Svein Berge et Torbjorn Brundtland ont par la suite produit trois autres albums, maintenant leur réputation «d’architectes» du si particulier son électropop scandinave. Junior : son accrocheur et populaire Les sorties quasi consécutives de Junior et de Senior sont le résultat d’un projet que les membres de Röyksopp caressaient depuis le début de leur collaboration. La prochaine tournée nord-américaine du groupe réconciliera ainsi sur scène une double identité musicale qui a toujours caractérisé leur son. Très bien reçu par la critique, Junior joue sur un côté très dansant qui correspond à l’électrohouse que Röyksopp sait si bien rendre. La plupart des pistes sont produites selon une facture plutôt populaire, la réalisation présentant un caractère très contemporain. Röyksopp y intègre les voix de Robyn (The Girl And The Robot) et de Karin Dreijer (It Must Be It, Tricky, Tricky), ce qui donne au tout une touche unique. Sans succomber à la tendance un peu trop mielleuse parfois associée au groupe, Junior est un album réussi au son accrocheur dont le résultat final est tout à fait convaincant. Senior: instrumental et plus difficile d’accès À l’opposé, Senior est un album complètement instrumental. Beaucoup plus mélancolique et introspectif, le deuxième opus verse dans un style expérimental, les deux musiciens ayant privilégié les appareils analogues et les instruments acoustiques, contrairement à leurs premiers albums. Le son qui en résulte est par définition plus ambiant, délaissant l’électrohouse. Senior exige au final une écoute active, voire sélective... Globalement, il semble que le duo ait donc atteint son objectif. Reste à voir comment Svein Berge et Torbjorn Brundtland arriveront à combiner deux mondes si différents sur une même scène. Reconnus pour leurs costumes excentriques et leurs performances élaborées, il y a fort à parier que le public montréalais aura droit à un spectacle haut en couleur. Être Magaizine 47 Musique L’ENSEMBLE VOCAL Ganymède CÉLÈBRE SES 20 ANS L’année 2011 marque la 20ème année d’existence de l’ensemble vocal Ganymède. Pour l’occasion, le chœur issu de la communauté gaie montréalaise interprète, le 17 avril, Le Requiem de Cherubini, à l’église Saint-Esprit. Une œuvre complexe et spectaculaire pour célébrer une carrière remarquable. Vingtième anniversaire de l’ensemble vocal Ganymède Le Requiem de Cherubini Dimanche 17 avril à 15 h Église Saint-Esprit 2851, rue Masson Montréal http://www.evganymede.com/ Billets sur www.admission.com 48 Être Magaizine Matthieu Lévesque Yvan Sabourin, fondateur et directeur de la chorale, rêve d’interpréter Le requiem de Cherubini depuis 15 ans. Cette œuvre du compositeur italien est, selon lui, très complexe. «C’est d’abord et avant tout une œuvre qui demande une grande maturité de la part des choristes. C’est une écriture pour chœur d’hommes dont les registres extrêmes sont très exploités, autant dans l’aigu que dans le grave», explique-t-il Un parcours remarquable En 20 ans d’existence, Ganymède a acquis une grande notoriété. En participant à des événements culturels et à plusieurs concours, au Québec comme en Europe, l’ensemble vocal a rapidement suscité l’admiration et a même eu souvent droit à des ovations. À noter qu’en avril prochain, le chœur lance également son troisième album, lancé sous l’étiquette ATMA. Certains titres de ce répertoire sacré - entièrement A cappella - sont aussi Par le passé, la chorale n’avait jamais eu plus présentés lors de l’événement du 17 avril. de 15 à 20 membres. Mais, depuis quelques anGanymède est, d’après la mythologie nées, elle est composée d’une trentaine de personnes. Le 20ème anniversaire était donc l’occa- grecque, le nom d’un amant de Zeus. En appesion idéale pour présenter cette œuvre de près lant ainsi la chorale, le collectif voulait marquer d’une heure. l’aspect gai de l’ensemble vocal. La majorité des membres sont en effet homos. «Le requiem exige des effectifs importants au niveau de l’orchestre. Une vingtaine de cho«Depuis notre création en 1991, nous nous ristes invités provenant d’autres chœurs s’ajou- sommes toujours présentés comme un chœur teront à ceux de Ganymède. En plus de chanter issu de la communauté gaie. Il est primordial avec un orchestre de cuivre et de bois, ce qui pour nous de démontrer cette vision de tolédemande une grande puissance vocale, l’œuvre rance, d’ouverture. Partout où nous allons dans ne comprend aucun solo. C’est un concert ex- le monde, nous précisons cette mission pretrêmement exigeant pour les choristes. » mière», affirme Yvan Sabourin. Être Magaizine 49 Nightlife Amène ta blonde La nouvelle soirée lesbienne branchée de Montréal © Cindy Boyce www.cindyboycephoto.com Depuis décembre dernier, Chloé Langford (à droite sur la photo) et Léonie Leboeuf (à gauche) prennent d’assaut le Salon Officiel avec leur nouvelle soirée «Amène Ta Blonde». La popularité instantanée qu’a connue l’évènement mensuel en fait l’un des rendez-vous lesbiens les plus courus en ville. Le 11 mars a eu lieu la quatrième édition du 5 à 10. Être vous raconte comment cette nouvelle soirée a vu le jour. Joëlle Girard Elles ont également boudé le Mile End qui serait trop difficilement accessible en transport en commun. Parfaitement C’est un soir un peu sans histoire, autour d’un verre au situé près de la station Sherbrooke, se trouvait donc le Salon Salon Officiel, que Chloé et Léonie ont lancé l’idée de créer Officiel, prêt à les accueillir, offrant une ambiance branchée, une nouvelle soirée «de filles». Sans trop d’hésitation, la mais sans prétention. propriétaire de l’établissement a décidé de tenter le coup. Depuis, le Salon Officiel se remplit à craquer, une fois par Un succès instantané Pour réaliser ce tour de force, le couple a usé d’un stramois, avec des filles branchées en quête de l’eldorado lestagème étonnamment simple. Les deux filles ont d’abord bien. choisi le bouche à oreille comme stratégie promotionnelle, Pour Chloé et Léonie, Montréal n’offre que deux types ciblant d’abord leur propre réseau social lui-même assez dide soirées qui s’adressent spécifiquement aux lesbiennes. versifié. Après cette première étape, elles s’en sont remises à D’abord celles du Drugstore, réunissant les filles qui fré- Dj Mini pour tenter d’attirer encore plus de lesbiennes issues quentent assidument le Village. Ensuite… toutes les autres, de milieux différents. rassemblant le plus souvent une majorité d’anglophones Le tout s’est traduit par un succès immédiat. La première s’identifiant au mouvement «queer». soirée «Amène Ta Blonde» a en effet réuni plus de 200 lesRéunir les différentes communautés biennes. Léonie et Chloé étaient comblées. «Au début, on La réalité complexe des diverses scènes gaies exige évi- avait décidé de créer cette soirée pour le plaisir, juste pour demment une approche peu plus nuancée que ce que Léonie notre entourage, on ne s’attendait vraiment pas à avoir un et Chloé s’amusent à dépeindre. Mais toujours est-il que ce tel succès», expliquent-elles avec beaucoup d’enthousiasme. «Amène Ta Blonde» catalogage repose sur des faits reconnus par tout un chacun, Au Salon Officiel, et ce, depuis déjà bien longtemps. Elles ont ainsi relevé le défi. Grâce elles existe désormais 351, Roy Est un nouveau lieu de rencontre pour les lesbiennes de tous Entrée gratuite C’est justement une telle catégorisation que les filles âges. Prochaine soirée : d’«Amène Ta Blonde» ont voulu outrepasser en rassemblant ces deux communautés qui évoluent trop souvent en vase La formule que Léonie et Chloé ont créée est un mélange début avril (date encore clos. Pour ce faire, elles ont choisi de s’éloigner du Village parfait, que ce soit pour boire un verre tranquillement, se non arrêtée, à suivre sur la page Faceboot - selon Chloé, les gais «envahissent» toujours les soirées les- déhancher sur la piste de danse, partir à la recherche d’une d’«Amène Ta Blonde» biennes qui s’y déroulent. nouvelle conquête ou simplement ou encore… sortir avec sa blonde. Être Magaizine 51 Selon certaines informations très fiables, le Sunrise Afterhours d’Ottawa devrait fermer ses portes et les dirigeants prendre du coup plutôt la direction du BPM Afterhours de Gatineau. Je sais aussi que le DJ/producteur Montréalais Tomy Villacorta y brillera, le samedi 26 mars prochain. Une grosse soirée en pers pective ! Stéfane Lippé En Rafale CE QU’IL FAUT RETENIR DE LA VIE NOCTURNE EN QUELQUES MOTS Gaëtan «TUBBIES» Vaudry Tomy Villacorta De la bouche même des propriétaires Tommy et Mike, plusieurs changements sont à prévoir au (((Stereo))). Un nouveau site Internet devrait être lancé dès les premiers jours d’avril, de même qu’une association avec la firme Publicité Sauvage qui aura le mandat de placarder la ville, avec les publicités de l’Afterhours. Ça roule rondement pour la firme Produkt, directement liée à aux nombreuses visites des plus grandes stars du DJing dans la métropole. Alex K et son équipe nous proposera justement la visite du jeune et talentueux DJ/producteur hollandais Afrojack @ club La Folie (le 19 mars), de même que la tournée Size Matters North American Bus Tour, mettant en vedette les Suèdois Steve Angello et AN21, ou encore l’Américain Max Vangeli (le 1er avril). Sans oublier bien sûr le Français David Guetta le 31 mars, à Québec. Max Vangeli © photonburst Sandy Duperval © Le mois de mars est toujours très intéressant au Parking. Les deux premiers samedis nous offraient la musique de Sandy Duperval (qui lance enfin son nouvel album) et de l’Américain DJ Paulo. Les amateurs attendent donc de pied ferme le retour du beau Berlinois Micky Friedmann (le 19 mars), de même que celle de l’illustre DJ Theresa (NYC), celle qui nous a fait danser lors de la dernière soirée du nouvel an. Rappelons que Paskal & Vesselinov y seront de retour le dimanche 27 mars. Le jeune promoteur Mike Savoie a travaillé très fort pour nous ramener son Nebula Dayclub, le seul club de jour digne de ce nom dans la métropole. Ayant désormais pignon sur rue au 1661 rue Sainte-Catherine Est (entre Papineau et de Champlain), le Nebula propose toujours d’excellents DJs tous les dimanches, de 9h à 18 h. Une visite s’impose le dimanche 20 mars, alors que Stéfane Lippé sera derrière les platines. Il se brasse de très grosses affaires au Circus… Dès le 6 avril, nous aurons droit à un rafraichissement complet de l’Afterhours de la rue Sainte-Catherine Est. Un nouveau look (nouveau Branding), un équipement sonore qui risque de révolutionner le monde des clubs de la métropole, un tout nouveau site Internet qui s’annonce à la fine pointe, sans oublier des DJs qui font courir les foules. On sait déjà que les DJs Perc (GB), Prok & Fitch (GB), Umek (Slovénie) et John Askew (GB) seront de la partie en avril. John Askew © Scootie Lyle Quach Laurent Garnier Si tous les amateurs parlaient de l’ascension du tandem Paskal & Vesselinov en 2010, les mêmes regards sont maintenant tournés vers le duo Green & LaTeez. Hugo et Steve sont à l’affiche du Circus Afterhours sur une base régulière mais surtout, résidents, les premiers vendredis de chaque mois @ Salon Daomé, dans le cadre de leur populaire soirée La Palma. On sait aussi que Green & Lateez brillera au Circus Afterhours, le vendredi 8 avril, aux côtés du Slovène Umek et de l’excellent DJ Oren D. Le beau et surtout fort talentueux DJ Egocentrix (alias Yan Côté) fêtera en grand son anniversaire @ Theatro Montréal du boulevard Saint-Laurent, le samedi 2 avril prochain. L’artiste annonce également deux dates à l’Éclipse Nightclub de Rosemont (l’endroit où l’interdit n’est pas défendu!), les 15 avril et 28 mai. Salles combles à prévoir. C’est fou de voir autant d’artistes d’ici se lancer en production. Depuis le début de l’année, les sorties se multiplient sur le populaire site de téléchargement Beatport. Parmi les plus populaires, on parle du titre Stupidisco (Danny Torrence et King Richard), Up (Steve Bear Sas et Frank Turgeon), Roller Dice (François Lebaron), Sensation (Uppercut), All Over Me et Release (Mark Anthony), Air Supply (Jeff Fontaine et Oly Arsenal), Experimental Energy (Isaac Swees), Game Over, Technology et OK ! (Lyle Quach), un remix de Together (Tomy Villacorta) et j’en passe. Le talent d’ici est de plus en plus exportable. Le House de Montréal rayonne plus que jamais ! Laurent Garnier – véritable monstre sacré de la musique techno française – sera des nôtres, le jeudi 24 mars prochain. Grâce à la firme Citizen Montréal, Garnier prendra le contrôle du Théâtre Telus, en compagnie de Scan X et de Benjamin Rippert. Les billets pour l’événement Live Booth Sessions sont en vente sur le réseau Wantickets.com. 52 Être Magaizine Être Magaizine 53 Nightlife FaggityASS Fridays DANSER POUR L’ÉDUCATION SEXUELLE En 2005, l’éducation sexuelle a été rayée des écoles secondaires suite à la réforme scolaire. La même année, l’organisme pour jeunes en difficulté Head & Hands / À Deux Mains a décidé d’agir en créant le projet SENSE. En 2007, il a également lancé la soirée Faggity Ass, principal outil de financement de ce programme, devenue depuis un événement GLBT d’importance. Matthieu Lévesque Abonnez-vous pour 50$!* par an ET RECEVEZ LE MAGAZINE ÊTRE DIRECTEMENT CHEZ VOUS ! Les artistes ont eux aussi la chance de s’exprimer à travers des numéros de cabaret ou des performances burlesques. «Tous les mois, je choisis un groupe ou un artiste qui performe en début de soirée. Souvent, il s’agit de leur première expérience. C’est très important pour moi de donner à ces débutants la chance de se faire connaître», explique Val Desjardins. Nommée #1 Club Night par le magazine montréalais Mirror en 2008 et 2009, la soirée du Playhouse ne cesse de gagner en popularité. Tous les derniers vendredis du mois (à part quelques exceptions) des gars et filles de tous les styles, de l’étudiant universitaire au professionnel dans la mi-trentaine, se rassemblent lors d’une soirée queer où la danse est à l’honneur. L’événement étant aussi une col- Des rénovations qui s’imposent Depuis 10 ans déjà, cette dernière est très active dans lecte de fonds, chacun décide du montant qu’il donne à le milieu queer de Montréal. Elle a entre autres été DJ et l’entrée (entre 0 et 10$). a performé dans diverses soirées LGBT telles que Divers/ Tous les profits amassés vont directement au projet Cité. Le chiffre d’affaires de la soirée aurait presque douSENSE, qui vise à ramener l’éducation sexuelle dans les blé depuis son arrivée il y a quelques mois. Il faut dire que écoles secondaires. Ils seront entre autres utilisés pour ses contacts dans le milieu du divertissement lui sont très imprimer des manuels, fabriquer du matériel (comme des utiles pour faire de Faggity Ass un incontournable. pénis en bois), organiser des ateliers dans les écoles ou Ce succès appelle forcément à s’adapter et à voir plus s’illustrer dans les médias. Les organisateurs ne dérogent jamais du sujet principal : le sexe. Des préservatifs sont loin. Lors de l’édition de janvier, entre 100 à 200 personnes ont attendu à l’entrée du Playhouse et ce jusqu’à la d’ailleurs remis à l’entrée. fermeture. Val Desjardins a donc rencontré le propriétaire La musique et la danse à l’honneur et ils ont aussitôt pris la décision de rénover l’établisseVal Desjardins, organisatrice et directrice artistique de la ment. Résultat : depuis le mois de février, le bar du Milemensuelle depuis septembre 2010, choisit avec son comité End peut accueillir entre 300 à 400 personnes. de production le thème et la ligne directrice de chacune des soirées. «Même si le thème change, le déroulement de Faggity Ass Fridays Prochaine édition : 18 mars l’événement reste en grande partie le même. HabituelleAu Playhouse ment, quatre DJs se succèdent. Les deux premiers, moins 5656, avenue Du Parc connus, se produisent avant minuit alors que les deux Montreal autres, plus populaires, performent ensuite jusqu’à 3h». Contactez-nous au 514.439.4636 *Pour les 50 premiers abonnements. Seulement au Canada. Pour d´autres destinations informez-vous pour le prix. http://faggityassfriday.blogspot.com 54 Être Magaizine Être Magaizine 55 Nightlife Québec David Guetta en concert en mars C’est confirmé: David Guetta va se produire à Québec dans le cadre d’un spectacle exclusif. Le 31 mars, le DJ et producteur est au Centre de foires d’Expocité pour présenter ses innombrables succès tels que Sexy Bitch ou I gotta Feeling des Black Eyed Peas. Écrans LED géants et effets spéciaux saisissants sont promis pour cette soirée unique organisée par les producteurs du Bal en Blanc. Ceux-ci assurent que le spectacle sera bien au-delà des prestations habituelles de DJ. Pour l’occasion, l’espace du Centre de foires est transformé en immense club, pouvant accueillir des milliers de personnes entre 19h30 et 3h. tion tel que Who’s that Chick?, en duo avec Rihanna, son dernier succès en date. Les billets sont disponibles à travers le réseau Billetech depuis le 23 février dernier. Les prix se situent entre 75$ et 90$. Des places à un tarif plus élevé seront peut-être disponibles à l’entrée. Les plus grands fans pourront se procurer des billets VIP (750 billets disponibles) donnant Nouvelle version de son album accès à un vestiaire gratuit, des toilettes privées et à un bar Alors qu’il vient d’obtenir le deuxième Grammy de sa privé. Combiné à un billet régulier, il sera au coût de 25$. carrière, David Guetta est présentement l’un des producteurs les plus en vogue de la planète. Sa venue à Québec David Guetta en concert Au Centre de foire d’Expocité à Québec souligne du même coup la sortie de la nouvelle version Le 31 mars nord-américaine de son album One Love: One More Love. Pour plus d’informations : www.expocite.com De nouveaux titres ont été ajoutés à cette nouvelle paru- Ottawa Le Flamingo: du pur glamour dans la capitale Le 27 janvier dernier, Le Flamingo Bar/Lounge a ouvert ses portes à Ottawa. Ce nouveau club gai est le premier du genre à offrir des soirées-thématiques hebdomadaires, pour une clientèle variée résidant dans la capitale. Matthieu Lévesque Des invités de marque C’est en compagnie de DJ B’UGO que Le Flamingo a officiellement ouvert ses portes en janvier dernier. Les propriétaires ont alors dévoilé le design de cet endroit glam et très chic : espace lounge aux murs tapissés, deux bars d’un bleu éclatant, terrasse couverte et chauffée, ou encore scène au plancher éclairé s’accordent à un design contemporain combinant noir, métal et bois. Évidemment, qui dit en général bar gai dit équipe agréable à regarder. Le Flamingo ne fait certainement pas exception à cette règle. Tous les vendredis, des spectacles de jazz et de blues sont présentés pendant les heures de l’happy hour. Dès 23h, on ouvre la piste de danse pour des soirées pop où les tubes du moment sont à l’honneur. Les samedis, un DJ - d’Ottawa ou d’ailleurs - assure la programmation musicale, souvent accompagné d’un animateur. Les dimanches, on cède la scène aux drag queens et aux personnificateurs qui s’assurent de terminer la fin de semaine en beauté et en couleurs. «La ville d’Ottawa n’a jamais eu un tel bar auparavant, un endroit où l’on peut retrouver à la fois des performances professionnelles live, de la danse et l’heure du cocktail», affirme le producteur et créateur d’événements Sébastien Provost. Ouvert du vendredi au dimanche, chacune des soirées a un thème spécial qui reviendra de semaine en semaine. «Le Flamingo est plus qu’un simple bar gai, c’est plutôt un espace branché et contemporain qui sera différent tous les soirs», tient enfin à préciser Sébastien Provost. Lors des premières semaines, le bar a accueilli le DJ et acteur porno Pierre Fitch ou encore la sensation drag Lawanda Jackson ... Être Magaizine 57 Yohan et Raymundo © Erick Contreras Ana Paula © Erick Contreras Soiréeavec Dj vibe et StephaneGrondin auSTÉRÉO Gilles et Lorenzo au Stéréo © Erick Contreras Ameey Begin et Joanie Lavoie © Erick Contreras Stephan Grondin © Erick Contreras Jordan, Adam Jeremy Dias au Flamingo, Ottawa © Chrisitian Corbeil kurt et Christ © Erick Contreras Phillipe et Fitz au Stéréo © Erick Contreras Le Staff du Stéréo © Erick Contreras DJ Vibe © Erick Contreras Yamel Caramel © Erick Contreras 58 Être Magaizine Être Magaizine 59 Déco Vertuose Design végétal Pour un décor vert et à l’avant-garde Les fous de design qui cherchent à agrémenter leur espace de végétaux ont une nouvelle destination montréalaise à retenir. Avec Vertuose, vous pourrez profiter d’un peu de verdure au quotidien, sans pour autant avoir la main particulièrement verte. Sasha Gauvin Depuis le mois de janvier dernier, Vertuose occupe des nouveaux locaux, situés en plein cœur du quartier Angus. Le magasin peut ainsi accueillir une vaste clientèle dans sa salle de montre qui a des allures de loft ultramoderne. Vous y trouverez des produits exclusifs et haut de gamme sans oublier des conseils d’expert. Car Vertuose est assurément une référence dans la conception et le design végétal. Une expertise unique © Amélie Philibert C’est il y a six ans que Benoît Godin et son équipe de fleuristes, d’horticulteurs et de designer industriels ont mis en commun leurs connaissances dans le but de bâtir ce projet. «Notre matière première, c’est le végétal. Notre force, c’est de savoir l’intégrer à l’espace de vie du client selon ses besoins spécifiques. C’est là-dessus qu’on se distingue», raconte aujourd’hui le sympathique propriétaire. Benoît Godin peut du reste avoir le sourire. Son entreprise a récemment décroché un beau contrat avec le luxueux et très branché Hôtel W. Une jolie preuve de la créativité et de l’avant-gardisme de l’équipe. Un service personnalisé L’éventail des services offerts par cette entreprise est assez surprenant: conception et design végétal, large sélection de plantes naturelles ou artificielles d’une grande qualité, ainsi que de vases et de pots exclusifs, design événementiel, aménagement, entretien, livraison, installation et service-conseil à domicile… Du début jusqu’à la fin du processus, l’équipe vous accompagne dans vos projets afin de trouver correspondance et harmonie entre les végétaux et votre environnement. Vertuose 4510, rue Molson Montréal, H1Y 0A3 (514) 276.4048 www.vertuose.com 60 Être Magaizine On aimerait remercier l’Hôtel W © Amélie Philibert Que ce soit pour l’aménagement d’une terrasse ou d’un espace intérieur, Vertuose sait comment créer des décors à l’allure organique et contemporaine, et ce pour toutes les bourses. Bref, c’est assurément un incontournable si vous êtes à la recherche de conseils pour concevoir un environnement humain et élégant. Être Magaizine 61 Déco EQ3 le plaisir du luxe abordable La première impression, quand on entre chez EQ3, c’est celle d’unee boutique de luxe. Rapidement on se rend compte pourtant que l’endroit it se distingue des autres enseignes de meubles et accessoires hors de prix. x. Vous pourrez concevoir vous-même le meuble dont vous avez besoin, à un prix franchement abordable. Chaise modèle Plywood de Eames © César Ochoa Édouard Gravel Ce concept unique nous vient de Winnipeg. EQ3, c’est une bannière de la compagnie Palliser, bien connue dans le monde du meuble en Amérique du Nord. Leur espace sur Saint-Laurent, à deux pas de l’avenue Mont-Royal a de quoi charmer. Le service est impeccable et la marchandise s’adresse à une clientèle diverse, intéressée par le design, souhaitant trouver des meubles compacts pour une maison de ville ou un condo, mais aussi des pièces plus massives pour une résidence secondaire en campagne. Dès le départ, on a envie de tout acheter. On dispose de l’aide des conseillers, pour la plupart des designers d’intérieur expérimentés qui non seulement peuvent vous guider dans vos achats, mais aussi vous conseiller sur toute la décoration de votre maison. Vous cherchez un sofa? Vous voyez un modèle qui vous intéresse? Maintenant, vous pouvez choisir le tissu, les pattes, les accessoires si vous en désirez, voire carrément la disposition des modules. Chaise en plastique moulé a bascule de Eames. Une collection certifiée écolo Ici, vous avez la possibilité de créer votre meuble selon vos besoins et vos goûts. Rien qu’au niveau des tissus, ce sont plus de 150 choix de revêtements que la boutique met à votre disposition. Une fois arrêté votre choix, vos spécifications sont envoyées à Winnipeg où votre création sera fabriquée, vérifiée et finalement signée lorsque les employés se seront assurés qu’elle est conforme aux exigeantes normes de qualité de l’entreprise. EQ3 propose en quasi exclusivité montréalaise quelques-unes des icônes du design du XXème siècle produites par Herman Miller&Vitra. On retrouve ainsi la table basse d’Isamu Noguchi, le banc en bois massif de George Nelson, LA chaise de Verner Panton et le «lounge chair et son Ottoman» de Charles et Ray Eames. Pour la petite histoire, Eames voulait un fauteuil qui offre « la chaleur et l’allure conviviale d’un vieux gant de base-ball bien patiné ». Emblème du confort absolu, ce «gant de base-ball» est disponible chez EQ3. EQ3 Montréal 4428, Boulevard St-Laurent Montréal, H2W 1Z5 514-982-9992 [email protected] 62 Être Magaizine Les gens soucieux de l’environnement y trouvent aussi leur compte avec une collection certifiée écolo. Les acheteurs de dernières minutes peuvent pour leur part bénéficier du service pressé qui vous assure une livraison dans les 2 semaines. EQ3 est l’endroit parfait pour une clientèle urbaine à la recherche de qualité et d’esthétisme personnalisé. Être Magaizine 63 Tendances COUPS DE CŒUR DU MOIS ON A CRAQUÉ POUR… Comme pour chaque numéro de Être, l’équipe de notre magazine vous présente ce qui lui a dernièrement tapé dans l’œil. Avec une tendance printanière, une certaine légèreté ou un style enflammé, ces lampes suspendues empliront votre intérieur de lumière et de bonheur toute l’année durant. Il est grand temps de s’enflammer afin de se réchauffer tout en faisant fondre toute cette neige. CHEZ LÉO VICTOR 2480 rue Notre-Dame Ouest H3J 1N5 Montréal (514) 939.3888 www.leovictor.com La mer, les vacances, le sable, les coquillages, voilà une belle source d’inspiration d’inspiration. CHEZ KIFFÉ 1052 rue Lionel-Daunais Place Lionel-Daunais Suite 502 J4B 0B2, Boucherville (450) 857.0660 www.boutiquekiffe.com Les divinités orientales sont représentées sur un trône en fleur de lotus… et si vous aviez ces fleurs au dessus de la tête. CHEZ LUDOVIK 248 rue de la Montagne (Coin Ottawa), H3C 2A7 Montréal (514) 678.6617 www.ludovik.ca Vous aussi vous sentirez comme un serin lors de la venue du printemps. Il scintille… Vos yeux en font tout autant lorsque votre regard se pose sur lui. CHEZ CURIO 3870 rue Saint-Denis, H2W 2M2 Montréal (514) 282.0737, www.curiocite.com 64 Être Magaizine CHEZ COMME LA VIE AVEC UN ACCENT 251, rue Laurier Ouest H2V 2K1 Montréal (514) 278.5421 Être Magaizine 65 Cinéma Oscars 2011 Pas de surprise (hélas) Les pronostiqueurs auront sans doute eu tout bon tant la soirée des Oscars, le 27 février dernier, n’aura réservé quasiment aucune surprise. Le discours du roi est le grand gagnant de la soirée. Côté films GLBT, seule Natalie Portman a le sourire. Incendies pour sa part, a échoué dans la catégorie meilleur film étranger. Natalie Portman © Michael Yada / A.M.P.A.S le donneur de sperme, a été battu par Christian Bale pour The Fighter. © Michael Yada / A.M.P.A.S Anette Bening, l’une des deux mères lesbiennes, n’a pas eu davantage de réussite. C’est Natalie Portman, sans surprise, qui remporte l’Oscar pour meilleure actrice dans Le Cygne noir, où elle interprète une danseuse schizophrène obsédée autant par son rôle difficile dans Le lac des cygnes que par sa rivale. Sur scène, la comédienne aura rassuré tous ses fans en donnant un discours un peu plus «classe» que lors des Golden Globes où son rire «particulier» (on parlera même d’un gloussement) avait fait le tour d’Internet, à tel point que certains disaient qu’il aurait pu faire changer d’avis les votants ! Anne Hathaway et James Franco © Michael Yada / A.M.P.A.S Les gais avaient forcément un œil attentif sur lui et ce ser finalement presque la seule chose à faire ressortir d’une rait ssoirée qui s’est révélée assez ennuyeuse. S’il a échoué dans ssa «quête» pour obtenir la statuette de meilleur acteur (revvenue à Colin Firth pour son interprétation du souverain bbègue Georges VI dans Le discours d’un roi), James Franco aaura sans doute conquis de nombreux nouveaux cœurs chez lles gais dont il est déjà l’un des chouchous. Hormis Natalie Portman, Le Cygne noir est reparti les mains vides, à commencer par l’homme à l’origine de ce très beau film, Darren Aronofsky. C’est en effet Tom Hooper qui a finalement remporté la statuette décernée au meilleur réalisateur pour Le discours d’un roi. Le réseau social et Origine se contentent quant à eux de récompenses «secondaires». Baiser lesbien en direct Au final, faute d’une pluie d’Oscars, les GLBT pourL’acteur n’a pas déçu comme hôte de la cérémonie, aux côtés de Anne Hathaway, affichant un détachement et un ront toujours se réjouir d’une scène rarement vue les ansourire bien agréables. Sans parler de son déguisement en nées précédentes. À peine obtenue sa victoire pour l’Oscar du meilleur mixage pour Origine, l’une des gagnantes, Marilyn Monroe… Lora Hirschberg, s’est ainsi tournée vers sa compagne Pour le reste, pas grand chose à dire ou presque. Le pour l’embrasser. discours d’un roi a remporté les récompenses les plus Enfin, les Québécois pourront se montrer déçus. Alors prestigieuses, à commencer par l’Oscar du meilleur film (devançant notamment contre Le Cygne Noir et Le réseau que certains spécialistes le donnaient gagnant juste avant la cérémonie, Incendies de Denis Villeneuve échoue social) et les films GLBT repartent presque bredouille. contre le film danois In a better world qui avait déjà récolNatalie Portman n’a heureusement pas ri té le Golden Globe dans la même catégorie. L’autre gros Rien notamment pour Une famille unique qui raconte espoir national, dans la catégorie meilleur maquillage cetles aventures d’une famille homoparentale. Nommé pour te fois, Adrien Morot (pour Le monde de Barney) rate lui l’Oscar du meilleur second rôle, Mark Ruffalo, qui joue aussi son coup, battu par Rick Baker, pour The Wolfman. 66 Être Magaizine Être Magaizine 67 Exposition Fall in Love with... Peggy Faye © PEGGY FAYE ARTSIDA 2011 Un rendez-vous désormais incontournable La troisième édition de ARTSIDA montre que l’exposition est bel et bien devenu un véritable événement dans la communauté GLBT québécoise. Artistes de renommée mondiale, objectifs à la hausse pour ce qui est des fonds récoltés, forte mobilisation des organisateurs. Pas de doute : le succès sera au rendez-vous du 23 mars au 9 avril à la Galerie Dentaire. Brute Hope © YUNUS CHKIRATE 45.000 dollars récoltés l’an passé Organisé en 2009 pour la première fois, ARTSIDA est donc devenu un rendez-vous à ne pas manquer à Montréal et dans le Village en particulier. C’est tranquillement que les organisateurs voient arriver le 23 mars où seront exposés à la galerie Dentaire une soixantaine de tableaux, donnés généreusement par autant d’artistes. Des œuvres qui seront vendues lors d’un encan, le 14 avril. Jean Fortin, propriétaire de la Galerie Dentaire, parle luimême d’un «événement devenu très important. La qualité des artistes est reconnue, on a maintenant de l’expérience». Pas étonnant dès lors qu’Alex Wysocki Najar espère «faire mieux que les années précédentes» concernant l’argent Antoine Aubert récolté. Quelque 45.000 dollars avaient été récoltés l’an dernier, contre 20.000 en 2009. Des fonds qui viennent de Il passe son temps au téléphone et court partout, mais n’allez particuliers, enthousiasmés par la qualité des œuvres prépas voir là un quelconque signe d’inquiétude ou d’imprépara- sentées. tion. Alex Wysocki Najar a même carrément le sourire quand il raconte les préparatifs de l’édition 2011 de ARTSIDA. Le cru 2011 ne devrait du reste pas les décevoir. Les habitués ont de nouveau répondu présents, notamment Zilon, Pour le responsable du financement, de la levée de fonds Yvon Goulet ou Kat Coric. «Je trouve qu’il est important et de la communication au sein de l’association Sida Bé- de […] soutenir Sida bénévoles Montréal car les personnes névoles Montréal (ACCM), «il y a beaucoup de travail, vivant avec le VIH/Sida au Québec comptent sur l’aide de surtout avec plusieurs nouveautés par rapport à l’an passé, cet établissement remarquable. Plusieurs de mes amis les comme la naissance d’un site internet, mais il n’y a eu plus proches vivent avec le VIH et plusieurs autres ont été aucune difficulté particulière pour organiser ARTSIDA. emportés par la maladie», explique cette dernière. Tout est allé tout seul». 68 Être Magaizine Être Magaizine 69 Exposition © PETER FLINSCH Up Yours AIDS © KAT CORIC Un dessin de Peter Flinsch exposé La jeune génération sera aussi représentée (Vincent Cyr ou Yunus Chkriate). «Il s’agit aussi de faire connaître ces talents. C’est un événement qui concerne Montréal et le Québec. Voilà pourquoi on a choisi, contrairement à la première édition, de privilégier des artistes d’ici», raconte Alex Wysocki Najar. Pour cette année, les organisateurs ont choisi des œuvres plus «joyeuses», au point de laisser au placard des œuvres magnifiques mais jugées trop sombres pour un sujet déjà très lourd. D’où l’accent mis sur des œuvres aux couleurs vives, vivantes, qui donnent envie «d’aider les gens qui sont en vie», résume Jean Fortin. lui pour l’aider, pour servir d’intermédiaire». Il y a aussi des centres de jour et des clubs d’achat (un collectif qui permet aux malades connaissant des difficultés financières de faire leur épicerie à des prix bien moins chers que dans les supermarchés). L’argent récolté fin mars et début avril représentera un apport non négligeable pour assurer la continuité de ces actions déterminantes dans la vie des personnes séropositives ou sidéennes. Et ce alors que l’association voit les aides des gouvernements diminuer peu à peu car «ils ont d’autres priorités», pour reprendre les mots d’Alex Wysocki Najar. Le réalisateur Patrice Chéreau Soutien de la communauté Parmi celles de cette nouvelle édition, beaucoup attendent avec impatience de découvrir un dessin de Peter Flinsch, artiste de renommée internationale disparu en 2010, chantre de l’homoérotisme. La pièce date de 1974 et a été «donnée généreusement par le gérant de l’œuvre de Peter Flinsch», indique Jean Fortin. Soutenir les actions de l’ACCM ARTSIDA 2011 Du 23 mars au 9 avril À la Galerie Dentaire 1239 rue Amherst (métro Berri-UQAM ou Beaudry) Montréal Encan le 14 avril à l’Hôtel des Encans, 872, rue du Couvent www.artsida.org 70 Être Magaizine L’ACCM sait en revanche pouvoir compter sur la solidarité de la communauté GLBT, à commencer par les autres associations. «Je pense que l’on a besoin les uns des autres. On touche des publics différents mais on a le même objectif», résume le responsable de la communication de l’ACCM qui rappelle aussi que l’une des dernières initiatives de l’organisation, ATOM-C (qui met en place un réseau de bénévoles se mobilisant pour faire dépister les membres de leur entourage direct), a été mis en place avec REZO, sans oublier l’aide importante du magasin PRIAPE et du site de rencontre Gay411. Toutes ces oeuvres de premier ordre serviront à financer les actions de Sida Bénévoles Montréal. La petite association GLBT montréalaise (environ 500.000 dollars de budget annuel) s’occupe aujourd’hui de centaines de malades dans la métropole (entre 450 et 600 selon Alex Wysocki Najar), et son site internet touche 2.5000 personPour ARTSIDA, cette aide se retrouve à travers le sounes dans tout le Québec. tien indéfectible de la Galerie Dentaire («ils nous aident tellement, ils sont fantastiques», s’exclame Alex Wysocki Le travail de l’ACCM se traduit notamment par l’élabo- Najar) ou des partenaires de l’événement (à commencer ration d’un «programme de traitement, avec des conseils par notre magazine, RG et 2B). Bref, autant de signes pour ceux qui ont un souci avec leurs médicaments ou qui positifs qui rendent optimistes pour cette édition 2011 et ont difficultés à discuter avec leur médecin. On ira avec celles à venir. DU 17 AU 27 MARS 2011 SE DÉROULERA LA 29E ÉDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM SUR L’ART, ÉVÉNEMENT RÉPUTÉ LE PLUS IMPORTANT AU MONDE DANS SON DOMAINE. PARMI 37 FILMS EN COMPÉTITION, PLUSIEURS ONT RETENU NOTRE ATTENTION POUR LEUR PROXIMITÉ THÉMATIQUE AVEC LA COMMUNAUTÉ GLBT, TOUT COMME D’AUTRES ŒUVRES PRÉSENTÉES NOTAMMENT DANS LE CADRE D’HOMMAGES. ÊTRE VOUS PRÉSENTE SES COUPS DE CŒUR ET VOUS INVITE À VOUS INFORMER SUR TOUTE LA PROGRAMMATION EN VOUS RENDANT SUR WWW.ARTFIFA.COM. Ê Magai Être Magaizine gaizine zine 71 MTL PUNK, La première vague/The first wave Iggy Pop © todosnuestrosmuertos 1976, le Parti québécois prend le pouvoir pour la première fois dans l’histoire du Québec. Les souverainistes sont en ébullition, toute une génération de hippies danse sur Harmonium dans les rues de Montréal. On écoute du Pink Floyd, du Genesis, et les riches anglophones dansent au Limelight sur des rythmes disco. Iggy Pop est un documentaire largement basé sur des extraits d’entrevues, incluant des archives pour la plupart méconnues du sex-symbol des Stooges à la silhouette si particulière. Que ce soit lors d’entrevues (un peu trop flatteuses) ou lors de sublimes extraits de concerts des années 60 et 70, rien (ou presque) dans le long-métrage n’aborde la question d’une possible homosexualité du chanteur. Pendant ce temps-là, toute une bande de marginaux maudissent cette culture rassembleuse et harmonieuse. L’arrivée sur la scène musicale londonienne des Sex Pistols, en 1977, leur donne un modèle à suivre, celui du rebelle anarchiste qui conteste tout le système en place. Ce mouvement punk naissant prend rapidement une place importante dans la métropole québécoise avec l’émergence de plusieurs groupes et événements dédiés à cette contreculture. En n’évoquant ni ses conquêtes féminines, femmes ou enfants, Leo Burley semble s’être refusé à aborder la question de la vie privée du chanteur. Ainsi, le tandem artistique Iggy PopDavid Bowie a sûrement été un couple dans la vraie vie, mais le réalisateur n’y fait absolument pas référence. Il ne fait que survoler le sujet, se cantonnant à la stricte étude de l’artiste de son point de vue de musicologue. Au final, même si le documentaire ne parvient pas à sonder les mystères entourant la sexualité de l’icône homo-érotique, Iggy Pop réussit néanmoins très bien à dépeindre le sex-appeal infaillible de l’artiste, évoluant au fil des années de son statut de rebelle blues à véritable muse du rock… torse nu. Basquiat, © NRK P3 Dans leur film, Érik Cimon et Alain Cliche braquent leur objectif sur quelques acteurs de cette révolution musicale à Montréal. Trente ans plus tard, ces esprits marginaux racontent avec une sincérité désarmante la façon dont ils ont vécu cette période clé de leur vie. Ils se remémorent la musique, la défonce, mais surtout ce furieux besoin de faire les choses autrement. Cette incursion passionnante présente aussi des extraits d’archives très rares de la décapante scène punk. © Nyctc7 Jean-Paul Gaultier ou les codes bouleversés UNE VIE La comète Basquiat (elle s’éteindra à 27 ans) fait partie de la longue liste des «suicidés par la société» pour reprendre l’expression d’Antonin Artaud. Au-delà de la géniale écriture picturale que l’artiste développe dans une sorte de naïveté contrôlée, se profile une relation ambigüe avec la classe moyenne blanche new-yorkaise raciste par le biais de laquelle il veut devenir une icône de la peinture tout en les insultant. Des études scolaires calamiteuses, une mauvaise relation avec son père, sa négritude et un grave accident qui lui fera découvrir le corps humain au travers du manuel «Gray’s Anatomy» que lui offrira sa mère; terreau propice pour faire pousser la bête indomptée autodidacte. Plus tard, il y a la rencontre tant désirée avec Andy Warhol qui représentera la figure paternelle qu’il n’a jamais eue. Warhol était arrivé au creux absolu de sa carrière et ne peignait déjà plus par lui-même depuis 20 ans. D’ailleurs, leur collaboration ne produira rien. On entre alors dans la période «wild child» du dandy en costume noir aux pieds nus et au style de vie effréné. Warhol le manipule mais n’arrive tout de même pas à lui faire adopter ses propres cynismes : «Être bon en business est le plus fascinant des genres artistiques» dira ce dernier. De déception en désillusion, notre héros rageur finit par © lucky cat s’éteindre avant d’entreprendre son pèlerinage identitaire en Afrique. Shirley Bassey, Loin d’offrir l’image de l’enfant terrible de la mode, ce documentaire de Frida Khelfa dresse un portrait singulier du couturier et de ses 30 ans de carrière. Jean-Paul Gaultier revient sur ses débuts chez Cardin et Patou, ses passions et sa conception de la beauté. « LA MÔME » DE TIGER BAY Souvent reconnue pour son timbre de voix singulier sur des chansons comme Big Spender, Dame Shirley Bassey est communément perçue comme la plus grande interprète féminine du Royaume-Uni. Le documentaire de Dione Newton, Dame Shirley Bassey: The girl from Tiger Bay, suit les coulisses de la préparation de l’album marquant son grand retour en 2009, The Performance sur lequel ont collaboré Rufus Wainwright et les Pet Shop Boys. On y découvre la personnalité de l’artiste, où la femme et la diva sont intrinsèquement mêlées. Le film fait aussi une incursion au cœur de la semaine de la mode de Paris où l’on découvre un homme généreux et ouvert qui a bouleversé les codes de la mode au fil des années. Qu’on pense aux jupes pour homme ou à l’arrivée de mannequins noirs et arabes, en passant par des femmes fortes, le designer a toujours été à l’avant-garde. Dans l’univers de la haute couture, il est le seul à avoir su inscrire durablement son nom aux côtés de vieilles maisons établies depuis des décennies, avec ses créations qui connaissent un succès hors normes. Née en 1937 d’une mère galloise et d’un père nigérian (qui abandonnera sa famille par la suite), Shirley Bassey aura connu une existence partagée entre glamour et tristesse. «Je me suis mise à chanter parce qu’il valait toujours mieux ça que de pleurer», confie t-elle. À l’aube d’une toute jeune gloire à 19 ans, son premier simple, le très osé Burn my Candle est censuré par la BBC à cause de paroles trop suggestives. Sa voix hors du commun la ramène sur le devant de la scène, avant d’être la cible de rumeurs voulant que son premier mari et gérant Kenneth Hume soit gai. Jane Birkin So french «Il a donné au monde artistique new yorkais fondamentalement raciste l’opportunité de serrer sans risque dans ses bras un artiste noir … sans avoir à se rendre à Harlem» (Holland Cotter). Le documentaire de Jean Michel Vecchiet, présenté en compétition, dévoile anecdotes, témoignages d’amis proches et entrevues d’archives qui permettent de découvrir davantage ce solitaire au sein de l’histoire de l’art après avoir été mis de côté, certainement par honte des excès de cette décennie. Le documentaire se veut autant une observation de la genèse d’un projet artistique collaboratif qu’un hommage à la grande diva. La première véritable material girl. Jane Birkin, fille de l’actrice Judy Gamble, une beauté iconique selon sa fille, revient sur son passé pour le réalisateur Gilles de Maistre. La femme qui a pourtant peur de regarder en arrière, qui craint la nostalgie et le vide, nous raconte son enfance avec son frère Andrew, les moments difficiles au pensionnat. Elle rend hommage aux trois hommes de sa vie, pères de ses trois filles - John Barry, Serge Gainsbourg et Jacques Doillon. On retrace sa carrière, comme actrice d’abord puis comme chanteuse, suite à sa rencontre avec Gainsbourg. Elle souligne certains moments marquants comme sa participation au film audacieux Je t’aime, moi non plus, traitant d’homosexualité. Déjà à cette époque, Birkin prend la défense des gais. On la voit en entrevue se réjouir de savoir que le public sera exposé à des hommes qui s’aiment. Puis la caméra du réalisateur la suit dans ses combats. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle est une militante si active, Jane Birkin expose une métaphore révélatrice : il existe une espèce de pieuvre qui passe sa vie à chercher un rocher. Lorsqu’elle le trouve, elle s’y agrippe et ne le quittera plus jamais. Pour survivre, elle mangera même son cerveau. Ce que craint le plus la grande Birkin, c’est de trouver ce fameux rocher... © Sterin 72 Être Magaizine Être Magaizine 73 © Nicolas Patte PATRICE CHÉREAU © Believe Collective le corps au travail Voilà un documentaire qui ravira les amateurs de théâtre, réalisé par un vrai connaisseur. Stéphane Metge a en effet déjà réalisé plusieurs documentaires sur celui qui est considéré, depuis plusieurs décennies, comme l’un des plus grands metteurs en scène français. J.M.W. Turner, le peintre de la lumière Habitué du FIFA, l’écrivain et réalisateur français Alain Jaubert présente cette année un film à la facture classique, parcourant la vie et l’œuvre du britannique J. M.W. Turner (1775 – 1851). Patrice Chéreau : le corps au travail (2009) revient sur la carrière de l’artiste, en s’attardant notamment sur sa vision du théâtre et plus précisément sur son intérêt pour «la dégradation et la violence infligées au corps», ainsi que l’explique le principal intéressé. OTTO DIX encore à l’honneur À travers des archives où l’on peut revoir les plus grandes réussites de Patrice Chéreau au théâtre (L’héritier du village, Phèdre), à l’Opéra (L’Anneau du Nibelung) et au cinéma (Intimité, La reine Margot), Stéphane Metge nous rappelle la sensualité et l’érotisme qui imprègnent le travail du metteur en scène. Patrice Chéreau sait comme personne magnifier une œuvre et ses acteurs. Otto Dix n’en finit plus de faire parler de lui à Montréal. Après une belle exposition au Musée des beaux-arts pendant l’automne 2010, le voilà de retour, dans le cadre d’un documentaire de près d’une heure diffusé au FIFA. Homme et artiste passionné, le documentaire permet aussi de montrer un metteur en scène engagé, prenant la défense des intellectuels tchèques menacés par le régime communiste à la fin des années 70, faisant face à la violente réaction du public lors de son adaptation perçue comme trop osée de l’œuvre de Richard Wagner ou encore choisissant de diriger un théâtre non pas en plein cœur de Paris mais en banlieue. © Nicolas Genin Précurseur de l’impressionnisme, il est probablement l’un des peintres britanniques les plus célèbres. Par le biais des représentations picturales que ses multiples voyages lui ont inspirés, additionnés des commentaires de spécialistes tels que Ian Warrell, conservateur à la Tate Britain, et Guillaume Faroult, qui occupe la même fonction au Musée du Louvres, Alain Jaubert expose méticuleusement le récit de la vie et de l’œuvre du peintre. L’artiste était fasciné par la force céleste des éléments de la nature qu’il contemplait lors de ses longs voyages. De retour chez lui, grâce à ses carnets de notes et aux techniques d’aquarelle et de peinture qu’il a su développer, il reproduisait sur la toile l’immensité des paysages qu’il avait pu admirer. Une fascination profonde pour la lumière a conduit ce peintre romantique à aborder les prémisses de l’impressionnisme, courant fait de motifs et de couleurs pures, passion qui lui aura valu le surnom de «peintre de la lumière». LEONARD DE VINCI, La Canadienne Jennifer Alleyn réalise dans Dix fois Dix un portrait du formidable peintre allemand dont l’œuvre exprime comme personne tout un pan de l’histoire de son pays, de l’Europe et de l’Occident. Ainsi que l’indique le titre de son film, c’est autour de dix thèmes que s’articule celui-ci. Otto Dix, ce sont d’abord ces dessins et peintures où sont mises en scène les horreurs de la Première Guerre mondiale en Europe, où les tranchées sont devenues le quotidien infernal de millions d’hommes. Ce sont aussi ces portraits de prostituées, d’hommes et de femmes qui, au sortir de la guerre, errent dans la si fragile République de Weimar, bientôt détruite par le nazisme. Présenté en compétition, Jennifer Alleyn nous donne ici l’opportunité de retracer le parcours unique d’un artiste unique. L’un des plus grands peintres européens du siècle dernier. fierté de l’Italie The Life and Times of Count Luchino Visconti Il est l’un de ces réalisateurs et metteurs en scène européens qui ont laissé une trace indélébile dans l’histoire du cinéma. Dans l’Italie d’après-guerre, il y a ainsi eu Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, Pier Paolo Pasolini ET Luchino Visconti. D’origine noble, ouvertement homosexuel, l’œuvre de monsieur le comte est unique. Baroque, violente et souvent désespérée, elle se démarque aussi par des sujets audacieux traités d’une manière qui a fait souvent provoqué le scandale, qu’on pense à la décadence d’une famille bourgeoise allemande pendant le nazisme (Les Damnés) ou à l’amour d’un vieux compositeur pour un adolescent au visage d’ange dans le magnifique Mort à Venise (photo). Le FIFA donne ici l’occasion de revoir un documentaire réalisé en 2002 par le Britannique Adam Low. Une belle manière de rendre hommage à un immense artiste, alors qu’on commémore en 2011 les 35 ans de sa disparition. © SWANclothing Léonard de Vinci est l’un des plus grands génies de l’histoire de l’art, bien que seule une quinzaine de ses œuvres soit parvenues jusqu’à nous. Encore aujourd’hui l’Italie aime rendre hommage au père de La Joconde, les livres et films à son sujet ne cessant de pulluler chaque année. Pour son édition 2011, le FIFA a néanmoins choisi un documentaire datant du début des années 50 pour rendre hommage à l’artiste italien. Intitulé simplement Leonardo da Vinci, le documentaire de Luciano Emmer, destiné au marché international, avait à l’époque bénéficié de moyens inédits pour l’époque, entre voyages et nouveaux procédés d’animation. Ce documentaire sur celui dont l’homosexualité est aujourd’hui connue de tous avait séduit en son temps les critiques, remportant même un Lion d’or à la prestigieuse Mostra de Venise. © Wikipedia Ingmar Bergman at Sixty Ingmar Bergman est sans conteste l’un des plus grands cinéastes de tous les temps. Melvyn Bragg, à qui le Festival International du Film sur l’Art (FIFA) rend hommage cette année, livrait avec Ingmar Bergman at Sixty la première entrevue télévisée du réalisateur de Persona et de Fraises sauvages. Grand peintre des rêves et des symboles sur fond de mort (Le Septième Sceau), de femmes (Cris et chuchotements) et d’incommunicabilité entre des êtres qui s’aiment (Scènes de la vie conjugale), Ingmar Bergman (1918-2007) nous a légué une œuvre riche et marquante. Derrière la caméra L’intérêt premier de l’entre- vue, tournée en 1978, réside dans le regard que porte le réalisateur sur son art, sur son métier. Pour Bergman, le cinéma est fascinant et magique : « Si vous prenez une chaise, la plus banale des chaises et que vous dites qu’elle est la plus dispendieuse, la plus fantastique et la plus incroyable des chaises au monde, […] tout le monde le croira si c’est dit au cinéma. » Intéressant : cet écho se retrouvera intégralement dans une scène de Fanny et Alexandre, quatre ans après l’entrevue. Pour celui qui voyait le visage humain comme le plus cinématographique des objets, le cinéma, « petit univers personnel qui n’a rien à voir avec la réalité », a été toute sa vie. © Hervé Kerneis 74 Être Magaizine Être Magaizine 75 Menus Plaisirs Escapades Moulin Wakefield CLASSE ET CONFORT © César Ochoa Bordé par la rivière Gatineau, le village de Wakefield se dresse fièrement, s’appuyant sur ses atouts. Parmi eux, bien sûr les stations de ski à proximité, le fameux train à vapeur Hull-Chelsea-Wakefield et… l’auberge et spa le Moulin Wakefield qu’Être vous invite à découvrir. L’Avenue La qualité sans compromis Le Moulin Wakefield, c’est d’abord une façade de bois et de pierres qui forme un bâtiment imposant mais chaleureux. À l’intérieur, on a dénudé les murs, remis à neuf les vieilles poutres, donnant ainsi au cachet rustique de l’endroit, une touche de modernité. L’Auberge et Spa Le Moulin de Wakefield 60, chemin Mills Wakefield, Québec J0X 3G0 (819).459.1838 www.wakefieldmill.com/ Prix : À partir de 152 dollars 76 Être Magaizine L’auberge offre toute une gamme de soins pour le corps dont quelques-uns sont spécialisés pour les hommes. En mai prochain, l’auberge inaugurera même un tout nouveau complexe «écologique» de 13 chambres donnant vue sur la rivière. Un spa thermique de grand luxe ouvrira ses Les chambres, individuellement déco- portes à cette occasion. rées, respectent joliment le style champêtre afin d’offrir une détente des plus Foie gras, Pinot gris et Nina Simone La visite du moulin ne serait cependant paisibles. Les groupes et gens d’affaires sont les bienvenus puisque deux salles de pas complète sans un détour par la table réunion sont disponibles ainsi que l’accès d’hôte au restaurant de la place dirigé par le chef Romain Riva. Une belle décousans-fil dans tout l’immeuble. verte merveilleusement conduite par un Construit en 1838, l’établissement a subi personnel professionnel et amical. de multiples rénovations au cours des sièC’est alors que Nina Simone jetait un cles. Mais c’est seulement en 2000 qu’un couple de la région, Rober Milling et Lynn sort aux convives attablés dans la salle à Berthiaume, ont transformé les lieux pour manger que le summum du week-end a ainsi commencé. Foie gras au torchon sur donner à l’édifice sa nouvelle vocation. pain d’épices, pot-au-feu de fruits mer, fiAu cœur de la nature nanciers et vin chaud… J’ai été conquis et Ils ont pu s’appuyer sur la situation géo- mon collègue tout autant grâce à un ravioli graphique du site. Les berges d’une cas- de chèvre sauce Grand Marnier et chocolat cade puissante ont, jadis, fait fonctionner noir, un râble de lapin et une dégustation les rouages du moulin (lesquels ont été de dessert dont une truffe au chocolat au conservés, transformés et intégrés au dé- raffinement délicat. cor de l’auberge). Aujourd’hui encore, la vue y est saisissante. L’audace de la présentation des assiettes agrémente l’expérience. Au maL’établissement a su tirer profit de cet tin, l’aventure continue (ou commence) atout naturel pour mettre en valeur ses avec le petit-déjeuner champêtre à la commodités comme le spa, lequel fait carte ou buffet. À noter enfin qu’une partie intégrante du furieux ruisseau. Une section lounge est aussi aménagée pour cuve thermale extérieure est accessible accueillir un groupe de musiciens blues toute l’année, à quelques mètres de là. certains soirs. Au fil des années, le restaurant L’Avenue est devenu un incontournable du Plateau Mont-Royal. Si vous n’avez encore jamais osé braver l’essaim de noctambules affamés qui se forme devant le restaurant chaque samedi, il est temps de rattraper le temps perdu. Parce qu’à L’Avenue, achalandage rime avec qualité. Sasha Gauvin Ouvert depuis 1994, L’Avenue figure parmi les pionniers qui ont redoré le blason de l’avenue Mont-Royal. Réputé pour son ambiance branchée, l’établissement épate surtout par ses portions gargantuesques qui s’opposent à la frugalité de ses prix. Le secret est dans la sauce Ici, que ce soit pour les crêpes, les œufs bénédictines, les salades, les burgers ou les pâtes, rien n’est laissé au hasard et tout est fait «maison» avec des ingrédients fraichement préparés. Chaque matin, les cuisiniers hachent ainsi sur place de la viande de première qualité, préparent eux-mêmes la salsa, le confits d’oignions ou encore le guacamole. «On mise sur la qualité de la nourriture et de bonnes recettes», confirme Johnny Di Tomasso, le propriétaire. «Grâce à la fidélité de notre clientèle, nous pouvons garder les prix au plus bas sans faire de compromis sur la quantité ou la qualité», renchérit Ian Denault, gérant du populaire restaurant. C’est donc cette stratégie toute simple qui permet à L’Avenue de maintenir son menu dans une brochette de prix allant de 10 à 20$, pour la plus grande joie des amateurs de bonne cuisine. Ambiance chaleureuse L’Avenue 922, Mont-Royal Est Montréal, Qc H2J 1X2 (514) 523.8780 Ouvert de 8 à 23h, le restaurant est plutôt reconnu pour ses déjeuners exquis. Pourtant, les jeudis, vendredis et samedis, à la tombée de la nuit, L’Avenue se transforme. L’ambiance tourne à la fête et les habitués profitent d’un choix de cocktails surprenant dans un décor branché. «Le propriétaire est très présent, il discute avec tout le monde, l’alcool coule à flot, parfois les gens dansent et c’est la fête», détaille Ian Denault. Bref, voilà un endroit parfait pour déguster un copieux repas, à toute heure du jour ou de la soirée… Plaisir garanti. Être Magaizine 77 Menu Plaisirs L’autre Version Révélation culinaire rue Saint-Paul Oui, le Vieux Montréal a autre chose à proposer que des restaurants où vous ne vous en sortirez pas pour moins de 300$, ou des chaînes d’alimentation. L’autre Version réussit le tour de force de proposer une cuisine des plus fines dans un cadre somptueux pour une note tout à fait raisonnable. Arnaud Baty C’est tout sourire et avec une déconcertante disponibilité que nous accueille Benoit Marcotte, ce vendredi après-midi, peu avant l’heure de pointe du souper. À écouter le jeune propriétaire de ce restaurant de 70 couverts (et 80 en terrasse), tout doit se passer «dans l’harmonie, entre clients et serveurs, entre serveurs et cuisiniers, entre cuisiniers et chef» pour que l’expérience finale du client soit la meilleure possible. Et cela s’en ressent. Lancé il y un an et demi, cette nouvelle version (d’où le nom) d’un lieu ayant accueilli une ribambelle de lieux plus prestigieux les uns que les autres (Les Primeurs, La Scala et… Version) ne laisse pas grande place à l’à peu près. La cuisine, «fine à tendance méditerranéenne», fait la part belle aux traditions et produits du terroir: légumes frais de saison uniquement et viande québécoise sélectionnée. Quant à la fougue de son tout jeune chef David Chaussé (23 ans!), elle n’a d’égal que sa parfaite maîtrise d’outils à la pointe (cuisine moléculaire, thermomix, etc.). Envolées lyriques Le résultat est divin. Citons ici la joue de veau confite assise sur une purée de patates douces et fromage de chèvre. La pièce de viande se délite littéralement lorsqu’on la saisit, et c’est avec ravissement qu’elle vient fondre en bouche, rehaussée par la sublimissime combinaison patates douces/chèvre. Sans oublier des pétoncles accompagnés de leur riz noir pris dans une espuma à la citronnelle. Une combinaison croquant/aérien qui fera faillir les plus intransigeants. Les desserts ne sont pas en reste, et le trio crumble/glace au dulce de leche (!)/pain aux bananes a été la note finale parfaite d’un repas sans fausse note. L’autre Version 295 rue Saint-Paul Est Montréal, QC H2Y 1H1, Canada (514) 871.9135 http://restoversion.com/ 78 Être Magaizine Au final, avec une combinaison huit services le soir à moins de 100$ et une surprenante terrasse intérieure tapissée de vignes durant les beaux jours, l’un des 48 restaurants sélectionnés par Montréal en Lumière (sur les 1600 de la métropole) est LA très bonne idée pour qui veut passer une soirée d’exception dans le Vieux Montréal, ou juste savourer un très bon dîner. Être Magaizine 79 Chocolaterie Traiteur Viennoiserie Pâtisserie Macaron Salon de thé C a f é servi avec un chocolat * C h o c o l a t c h a u d dizaine ine de choix S o r b e t e t g l a c e maison aison 4439 St-Denis is (coin Mont-Royal) 514.844.0841 239G Samson Sainte-Dorothée 450.689.0655 1895 Piché ché Lachine 514.639.4258 58 * À la succursale de St-Denis seulement 80 Être Magaizine Être Magaizine 81 Billets en vente au Magazine Être 1613, Amherst / 514-521-5557 82 Être Magaizine Être Magaizine 83 84 Être Magaizine