Deux maisons jurassiennes réconcilient la paille et la
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Deux maisons jurassiennes réconcilient la paille et la
Maisons de paille le Jura donne le ton... Construire sa maison en paille n’est pas l’apanage des « trois petits cochons » : l’expérimentation menée dans la commune jurassienne de Montholier (300 habitants) pour la construction de deux maisons individuelles utilise des structures en bois avec un remplissage en bottes de paille comprimée pour l’une et en « béton de chanvre » pour l’autre. Un projet en cours de réalisation pour une vraie technique constructive qui, loin de relever d’une illumination, mobilise pouvoirs publics, organisations professionnelles et partenaires divers. Bref, une histoire très sérieuse. C’est à l’initiative du petit village de Montholier - situé à une soixantaine de kilomètres de Besançon - qu’est né ce projet, dont Jean-Claude Vialard, maire de 1989 à 2001, peut être considéré comme le « père ». Particulièrement sensibilisé à la désertification rurale et à la qualité de l’environnement, il souhaite « maintenir le patrimoine communal en proposant deux maisons individuelles locatives non traditionnelles, avec un souci économique, à la fois pour leur construction et pour leurs coûts d’occupation ». De l’idée au projet Ce qui n’est au départ qu’une idée – folklorique et farfelue pour certains - va cependant germer. En 1998, la rencontre de Jean-Claude Vialard avec Samuel Courgey (1), va être décisive. A cette époque, celui-ci construit sa propre maison en utilisant de la paille comme matériau. Ensemble, ils réfléchissent à ce type de concept différent, valorisant les ressources locales. Puis Jean-Claude Vialard franchit une nouvelle étape en nouant des contacts avec la Fédération française du bâtiment (FFB). C’est grâce à elle que vont être levés les inévitables contraintes techniques. L’idée initiale prend peu à peu la forme d’un véritable projet, qui emporte l’adhésion du conseil municipal. Pour la commune de Montholier, il s’agit de réaliser des bâtiments respectueux de l’environnement, avec des approches constructives valorisant des matériaux et des savoir- faire locaux. Mais il lui faut surtout ne pas dépasser l’investissement prévu et avoir toutes les garanties professionnelles. La commune souhaite appliquer les principes de la Haute qualité environnementale et l’utilisation de matériaux renouvelables d’origine locale (structure bois et remplissage en paille de blé ou béton de chanvre). Le projet s’appuie d’abord sur les compétences des entreprises régionales. Pour le chauffage, les énergies renouvelables sont à l’honneur : solaire pour le plancher chauffant et bois pour l’appoint. La réutilisation des eaux de pluie et un système de tri des déchets sont prévus. Une dimension prometteuse Pour sa part, avec le projet de Montholier, la FFB poursuit plusieurs objectifs : valider les deux procédés de construction ; spécifier le champ d’utilisation des matériaux émerge d’origine agricole ; préparer la voie à l’élaboration des DTU ; préparer l’assurabilité des deux procédés ; mesurer le comportement réel des parois pour déterminer si le confort des occupants a été amélioré ; préparer le transfert des résultats et le retour de l’expérience au plus grand nombre d’entreprises et d’artisans potentiellement intéressés. Un soutien unanime Le projet de Montholier séduit alors de nombreux partenaires : le ministère de l’Equipement et sa direction départementale, le conseil régional, le conseil général, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), la filière bois, la FFB, ainsi que plusieurs partenaires privés. Le Feder (Fonds européen de développement régional) soutient également l’opération. Un important programme de recherche est chargé d’évaluer les propriétés de la paille et du chanvre. Il se préoccupe en particulier de leurs apports spécifiques en économies d’énergie et en amélioration du confort des habitants. Coût total du projet : environ 440 000 euros. La commune participe à hauteur de 240 000 euros pour les deux maisons (seuil qu’elle s’était impérativement fixé) ; le surcoût lié à l’expérimentation est pris en charge par les partenaires financiers. Le chantier expérimental de Montholier a démarré en janvier. Il devrait s’achever l’été prochain et les deux maisons, chacune d’environ 90 m2, louées à l’automne. L’expérimentation comportera un suivi scientifique sur les maisons occupées. Son but : valider des procédés de constructions innovants et faciliter leur généralisation (formation des entreprises et des artisans, élaboration des règles professionnelles, information du public, recherche de qualité). Un « feu de paille » ? Matériau a priori inflammable, la paille, une fois enfermée dans du « lait de chaux », se consume lorsqu’elle prend feu. Des simulations effectuées au Laboratoire national d’essais démontrent la bonne tenue au feu du pavillon expérimental de Montholier. La stabilité des murs et de la toiture est conservée pendant une durée supérieure à un quart d’heure - minimum réglementairement requis avant l’embrasement pour permettre l’évacuation des occupants. Aucun effondrement, même partiel, n’a été constaté pendant toute la durée du feu, qui a été de vingt minutes sur l’élément de toiture et de quatre-vingt-cinq minutes pour le mur. Les températures mesurées sous l’enduit ou le parement bois ne dépassent pas 200°C après un quart d’heure d’exposition au feu. Les éléments porteurs ne peuvent donc subir aucune détérioration pendant cette durée. Seul bémol : à partir du moment où le feu a pu traverser le panneau – au bout d’une demiheure environ – les feux couvants se propagent lentement à l’intérieur de l’élément, jusqu’à destruction partielle en plusieurs heures ; à ce stade, l’extinction par tous moyens devient difficile. Compte-tenu de la présence de l’ossature bois et du remplissage partiel au mortier de chanvre des vides entre les bottes de paille, la conductivité thermique équivalent moyenne du mur serait de l’ordre de 0,10 W/m.K. Les tests effectués en laboratoire prouvent que la paille comprimée résiste très bien au feu ; bien protégée, elle ne craint pas non plus l'humidité et n'attire pas plus les rongeurs que n'importe quel isolant. Le chanvre regagne ses lettres de noblesse La chénevotte, résidu issu du chanvre, est devenu un granulat de base entrant dans la constitution d’un matériau composite : le « béton de chanvre », qui comprend aussi des particules de chaux. La génération actuelle de ce mélange et de ses techniques de mise en œuvre offre d’excellentes performances (isolation, réalisation d’enduits). On est en droit d’espérer une conductivité thermique utile inférieure à 0,15 W/m.K. Les bétons de chanvre s’intègrent dans une démarche de développement durable. Les deux procédés ossature bois/remplissage paille ou béton de chanvre offrent une bonne tenue de l’enduit de finition (chaux, terre, plâtre, bois, ciment…). Ainsi préparés, les murs peuvent accueillir peinture ou revêtement mural… Les nouveaux matériaux poussent-ils déjà dans les champs ? Les trois matériaux de construction utilisés à Montholier se révèlent particulièrement performants pour le stockage du gaz carbonique (CO2), principal gaz à effet de serre : le bois qui, tant qu’il n’est pas brûlé, conserve en lui le carbone dont il se nourrit. Sa transformation en matériau de construction ne réclame que peu d’énergie; le chénevotte ou « bois » de chanvre, plante dont l’exploitation industrielle des fibres génère un coproduit valorisable ; la paille, sous-produit agricole, dont l’utilisation dans le bâtiment sous forme compressée est signalée depuis longtemps aux USA. Le projet satisfait donc à des exigences à la fois écologiques et de développement durable. Le gage du programme scientifique Un fin suivi technique, avant et après la réalisation du chantier, garantit sa fiabilité. Il repose sur des essais des matériaux en laboratoire et des mesures de suivi du comportement de chaque maison : hygrométrie des parois, quantité d’énergie consommée, recherche des ponts thermiques... Ainsi, jusqu »à fin 2004, sur site, des capteurs testeront l’humidité et les risques de moisissures à l’intérieur des habitations; des palpeurs contrôleront la température des parois; une mini station météo est même prévue. Paille et chanvre au fil des ans L’idée d’utiliser la paille et le chanvre comme matériaux de construction n’est bien sûr pas nouvelle. Elle a fait son apparition il y a près d'un siècle aux Etats-Unis, dans les plaines céréalières pauvres en bois. Terre sableuse, production importante de bottes de paille : la solution aux difficultés de construction s’impose d’elle-même. A cette époque, la technique reste sommaire : le mur porteur comprend des bottes de paille entassées, croisées et fichées entre elles par des tiges métalliques ou des pieux de bois. Depuis, la copie a été revue et corrigée. De véritables programmes de recherche formalisent désormais les performances de la paille. De nombreux pays anglo-saxons ont normalisé différentes mises en œuvre intégrant ce matériau. Les Autrichiens ont particulièrement su faire évoluer cette technique la construction d’une cinquantaine de bâtiments par an. En France, l’ingénieur Feuillette a réalisé quelques constructions à base de paille au début du XXème siècle. C’est à Montargis que l’on trouve la maison en paille la plus ancienne : encore habitée et en très bon état, elle date de 1921. Mais l’utilisation de la paille nous est vraiment arrivée via les milieux alternatifs québécois dans les années 80. Depuis peu, elle gagne en considération. "La paille est un isolant thermique exceptionnel. On en trouve partout, ça ne coûte pas cher et contrairement au ciment, sa production n'implique qu'une dépense en énergie, et donc en CO2, minime. De plus, manipuler et assembler des bottes est accessible à tous", explique Samuel Courgey. De son côté, le chanvre est devenu depuis une quinzaine d’années le principal constituant du béton du même nom, suscitant dans le même temps l’intérêt des professionnels. On dénombre quelque deux cents maisons utilisant le chanvre en France, avec un densité plus importante en Rhône-Alpes. Une variante économique Jean-Claude Vialard est ravi de voir aboutir son projet : « cela n’a pas été simple. Les gens jasent et il a fallu lever des tabous et des lobbies, asseoir la crédibilité du projet et, surtout, faire aller tous les partenaires dans le même sens. » Il n’empêche : le chantier de Montholier avance et devrait s’achever dans quelques mois. Il restera ensuite à valider les hypothèses pour vérifier les performances des procédés constructifs ossature bois/remplissage paille comprimée ou « béton de chanvre ». « Je pense que des modes de construction seront associés à d’autres dans l’avenir, » estime Jean-Claude Vialard. « Cette expérimentation me paraît exemplaire et particulièrement intéressante pour le monde rural. Elle permet aussi de proposer un habitat meilleur. » Un avis partagé par Samuel Courgey : « pour rendre compatible l’acte de construire et d’habiter avec la notion de développement durable, deux alternatives s’offrent à nous : soit nous revoyons à la baisse nos exigences de confort, soit nous trouvons des façons de produire le confort auquel nous aspirons par des moyens radicalement plus performants vis-à-vis de leurs impacts sur l’environnement. » (1) responsable d’Arcanne (Association de professionnels du bâtiment partageant une approche de développement durable) Ressources Programme de construction Partenaires publics Commune de Montholier, maître d’ouvrage (Marie-Ange Capron, maire) Union Européenne Conseil régional de Franche-Comté (www.cr-franche-comte.fr) Conseil général du Jura (www.cg39.fr) DDE (Direction départementale de l’équipement) du Jura, Cellule financement de l’habitat et techniques de construction (www.jura.equipement.gouv.fr) Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), délégation régionale Franche-Comté (www.ademe.fr) ADIB (Association de développement des industries du bois en Franche-Comté, www.adib-fc.com) CNDB (Comité national de développement du bois, www.cndb.org) Partenaires privés Holcim Béton (www.holcim.com) Crédit Agricole de Franche-Comté (www.ca-franchecomte.fr) Eurovente Strasservil (strasservilanadoo.fr) Koramic (www.koramic.fr) Chauffage Français (www.chauffage-français.fr) Tresco (www.tresco.fr) Programme scientifique partenaires financiers Ademe(Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), direction bâtiment et collectivités (www.ademe.fr) FFB (Fédération nationale des producteurs de chanvre) Ministère de l’Equipement, des Transports et du Logement, du Tourisme et de la mer, DGUHC (Direction générale de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction) et PUCA (Plan urbanisme, construction et architecture). www.equipement.gouv.fr Partenaires techniques Alain Combet, architecte, maître d’œuvre ADIB (Association de développement des industries du bois en Franche-Comté, www.adib-fc.fr) Ajena (Energie et environnement en Franche-Comté, www.ajena.org) Arcanne (Construction et développement durable, www.assoc.wanadoo.fr/arcanne) « Construire en chanvre » (www.construction-chanvre.asso.fr) Assurances Auxiliaire (www.auxiliaire.fr) et SMABTP (www.smabtp.fr) CEBTP (Centre d’expertise du bâtiment et des travaux publics) (www.gingergroupe.com) DDE (Direction départementale de l’équipement) du Jura (www.jura.equipement.gouv.fr) Fédération du bâtiment et des travaux publics du Jura SOCOTEC (www.socotec.fr)