ALAIN SOUCHON

Transcription

ALAIN SOUCHON
A
lain Souchon naît le 27 mai 1944 à Casablanca, au Maroc, dans une famille d’universitaires. Ses parents sont professeurs
et ont cinq enfants, Alain étant l’avant-dernier. Peu
après, ils rentrent en France, Alain a tout juste six
mois, et s’installent dans un appartement bourgeois du 16e arrondissement. Il passe son enfance
et son adolescence à Paris. De la fin des années
40 au milieu des années 50, il suit une scolarité difficile, entre autre au lycée Claude-Bernard. Il est
solitaire, rêveur et nerveux. Son livre de chevet est
« Robinson Crusoë ». Il passe ses vacances d’été
à la Bourdonnière, la maison de son oncle Gaston
en Sologne. Alain découvre bientôt Georges Brassens en écoutant les disques de son frère aîné.
Mais, en 1959, son père se tue en voiture. Pour gagner sa vie et élever ses enfants, sa mère écrit des
romans d’amour sous le nom de Pierlin. La famille
déménage dans une HLM du 15e arrondissement.
En écoutant Radio Luxembourg, la station préférée de sa grand-mère, il apprécie la chanson française et notamment Jacques Brel. A quinze ans, il
retire de l’argent à la Caisse d’Epargne et, avec ses
8 000 anciens francs, achète une guitare d’occasion qui n’a plus que trois cordes, rue de Rome. Le
soir, il s’escrime sur un titre des Kalins Twins,
« Walkin’ To School », qu’il finit par décripter. En
1960, sa mère l’inscrit en pension au collège de
Cluses, Haute-Savoie, près de chez son frère
Gilles, guide de haute montagne. Indiscipliné, bête
noire du surveillant général, il se réfugie dans la
poésie : Apollinaire, Lamartine, Nerval, Rimbaud,
Verlaine... Il est finalement renvoyé de l’internat.
APPRENTISSAGE
En 1961, après un échec au baccalauréat, sa
mère l’expédie à Londres au lycée français. Arrivé
trop tard, il ne peut intégrer cet établissement et
trouve un emploi de barman dans un pub à Buckingham, dans le Kent, où il prépare son bac par
correspondance. Comme bien d’autres, il écoute
Ray Charles et, fin 1962, découvre les premiers
succès des Beatles. De retour en France après
dix-huit mois passés en Angleterre, il échoue trois
années de suite au baccalauréat. Alain décide
alors de devenir chanteur. Durant la journée, il effectue des petits boulots : peintre en bâtiment,
menuisier, représentant en méthode Linguaphone... Le soir, il tente sa chance dans les cabarets de la Rive gauche sans pour autant sortir de
l’anonymat. Il passe des auditions à la Contrescarpe, l’Ecluse, l’Echelle de Jacob, etc. Dans l’un
d’eux, il rencontre deux jumelles et forme un trio :
Marie, Anne et Julien ! Ils se présentent au
concours de la Fine Fleur de la Chanson Française de Luc Bérimont où ils arrivent seconds.
Puis ils se séparent. Durant les événements de
mai 1968... il part à la campagne en vélo, expliquant, par la suite : Je n’ai rien vu venir. En septembre, Alain rencontre Françoise, surnommée
Belote, qui deviendra sa femme. En 1969, il passe
une audition au Dom Camillo devant Danyel Gérard qui a fondé son label, PDG. Quelques mois
plus tard, Alain Souchon enregistre, à Waterloo
en Belgique, sept morceaux en une semaine dans
le studio d’un ami de Danyel Gérard. Mais ce dernier laisse traîner les choses et la bande est re-
L’esprit de la chanson
française des trois dernières
décennies doit beaucoup
à Alain Souchon. L’air
toujours un peu triste, la
chevelure ébouriffée,
anti-star, il dévoile d’une
voix douce des sentiments
intimes, d’autodérision,
mais aussi de révolte, se
situant dans la lignée d’Yves
Simon. Nourris à Brassens
et Dylan, ses mots sont
enjolivés par de jolies
musiques, parfois pop,
grâce à son ami-complice
Laurent Voulzy. En huit
albums chez RCA dont deux
doubles en public, de 1973
à 1984, Alain Souchon a
façonné une partie des
classiques de cette décennie,
à travers des vignettes
tendres et/ou cruelles,
souvenirs d’années
d’enfance et d’adolescence,
parfois meurtries.
Allo, maman, bobo...
ALAIN
SOUCHON
Les Années RCA
vendue à Pathé Marconi chez qui il signe en définitive. En 1971, paraît son premier 45 tours, tiré
des séances belges. Alain est un romantique et il
le dit dans sa composition « Je Suis Un Voyageur », aussi adaptée par un chanteur allemand,
en opposition à la face B, «Restons Chez Nous»,
dont l’orchestrateur Claude Vallois compose la
musique. La photo de pochette, bleutée, le
montre avec une fille blottie de dos sur son
épaule. Il garde un bon souvenir de ce disque
même si, à cette époque, il se cherche et ne sait
pas dans quelle direction aller. Il part en tournée
avec Antoine mais une hépatite virale l’oblige à
quitter le spectacle, le laissant cloué au lit tout
l’été. En novembre, Alain épouse Françoise qui le
soutient malgré l’absence de succès.
L’AMOUR 1830
Troisième et dernier simple Pathé en 1972, oublié sur l’intégrale CD.
Néanmoins son disque est diffusé sur Radio
Monte-Carlo où Roger Gamère lui offre d’éditer
ses titres chez Technisonor. Du coup, début 1972,
son deuxième 45 tours, « Un Coin De Solitude »/« Qu’Est-Ce Qu’Ils Ont Les Hommes ? »,
est également publié en Espagne. Claude Vallois
assure de nouveau les arrangements sur des
créations d’Alain. Roger Gamère encourage ensuite Alain Souchon à chanter « Et Demain Sera
Un Autre Jour », signé J. Penel. Bien qu’il n’apprécie guère ce titre, il l’enregistre au studio Pathé
de Boulogne, couplé à « Leocadia » qu’il co-écrit
avec Claude Vallois tandis que Dominique Perrier
assure la direction musicale. Peu après, il met fin
à son contrat Pathé. Il se souvient : C’était une
époque où j’étais apprenti. Je cherchais comment
j’allais faire, comment écrire mes chansons.
Quand je faisais ces chansons, je n’étais pas
content. Mon premier album, non plus, j’étais pas
content... De toute façon il faut bien commencer.
Je pense que les gens, quand ils commencent, ils
font des choses qui n’ont plus rien à voir avec les
choses avec lesquelles ils ont du succès. En octobre 1972 naît Pierre, le premier enfant de Françoise et Alain, suivi, quelques années plus tard,
de Charles. Dès lors, il doit gagner de l’argent
pour faire vivre sa famille et choisit d’abandonner
sa peu reluisante carrière de chanteur en écrivant
pour les autres. Dans le cadre de ses démarches
auprès des éditeurs, il compose «L’Amour 1830»
au retour d’un week-end en Angleterre. Un thème
sentimental qu’il place chez Chappell que Michel
Larmand le convainc d’enregistrer lui-même.
Début 1973, il présente Alain à Bob Socquet, directeur artistique chez RCA où il signe et met en
boîte « L’Amour 1830 » ainsi que « Avec Le
Cœur », un morceau qu’il destinait à... Claude
François, orchestrés par Jean-Daniel Mercier. En
juin, « L’Amour 1830 », chanson d’amour aux paroles quelque peu évanescentes, dotée d’une
jolie mélodie, est son premier simple RCA, sans
photo sur la pochette. En juillet, il obtient le Prix
de la Critique et le Prix Spécial de la Presse à la
Rose d’Or de la Chanson Française d’Antibes. Il
rentre à Paris avec ses deux récompenses et les
radios, séduites, diffusent Moi, l’amour 1830/ Pathétique, romantique/ Je trouvais ça démodé.
7