Etude du transfert thermique des murs en briques dans différentes
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Etude du transfert thermique des murs en briques dans différentes
Etude du transfert thermique dans les murs en brique au cours de différentes saisons climatiques Emilio SASSINE1,2, Zohir YOUNSI1,2, Yassine CHERIF1,2, Emmanuel ANTCZAK2 1 HEI (Hautes Etudes d’Ingénieur)- Université Catholique, 59000 Lille, France 2 LGCgE (Laboratoire de Génie Civil et géo-Environnement), Université d’Artois, 62400 Béthune, France RÉSUMÉ. L’étude du transfert thermique dans les murs massifs anciens présente un grand intérêt pour comprendre leurs spécificités afin de choisir un matériau adéquat dans le cadre d’une éventuelle isolation. Dans cet article nous nous proposons d’étudier un mur en brique massif, caractéristique des maisons anciennes du Nord de l’Europe et spécifiquement de Lille, une ville du Nord de la France. L’étude climatique de Lille nous amène à déterminer trois saisons climatiques : la saison froide, la mi-saison et la saison modérément chaude. Les sollicitations extérieures sont déterminées par la méthode de la température air-sol puis approximées par des créneaux ou des sinusoïdes. Le transfert thermique dans le mur est modélisé par analogie électrique. ABSTRACT. The study of thermal transfer in old massive walls offers a big interest permitting the understanding of their specificities and the choice of a suitable material for their eventual insulation. This article proposes to study a solid brick wall, typical of old houses in northern Europe and specifically in Lille, a city in northern France. The study of the climate of Lille brings us to determine three climatic seasons: the cold season, the middle season and the moderately hot season. The external boundary conditions are determined by the sol-air temperature method and then sine and square approximations are made. The electrical analogy model is used to model the heat transfer in the wall. MOTS-CLÉS : Transfert thermique unidirectionnel, courbe de tendance, température solair, conditions aux limites, analogie électrique. KEY WORDS: Unidirectional heat transfer, fitting curve, sol-air temperature, boundary conditions, electrical analogy. XXXe Rencontres AUGC-IBPSA Chambéry, Savoie, 6 au 8 juin 2012 1. 2 Introduction L’énergie consommée pour le chauffage constitue une part importante de la facture énergétique en France, et notamment à Lille, ville du Nord de la France, caractérisée par son climat océanique tempéré, ayant de faibles amplitudes thermiques saisonnières, mais qui impose de longues périodes de chauffage dans l’année. Le bâti ancien individuel lillois, datant d’avant 1948, représente près de 50% de l’habitat existant et plus de 80% des habitations classées mal isolée dans la ville de Lille [THI 2008]. Les trois grandes familles de typologies constituant ce bâti sont la maison de courée, la maison de ville et la maison bourgeoise. Ces typologies présentent des ressemblances caractéristiques des constructions de l’Europe du Nord, entre-autres les façades en briques pleines. Les parois opaques verticales se présentent comme une des sources primaires de déperdition et l’étude du transfert thermique dans ces parois permet de comprendre les intérêts de ces parois et de choisir d’une isolation thermique adéquate. Dans cet article on se propose d’étudier thermiquement un mur non isolé, typique des maisons individuelles anciennes du Nord de la France, dans le but de comprendre ses caractéristiques thermiques dynamiques au cours de différentes saisons climatiques. Il s’agit d’un mur massif en briques pleines (6cm x 11 cm x 22cm) d’épaisseur 34 cm liées par un mortier. 2. Nature du transfert La configuration du mur nous amène à nous demander si le transfert pourrait être simplifié à un transfert unidirectionnel. Pour cela il faut comparer l’hypothèse de transfert unidirectionnel 1D à celle du transfert tridimensionnel 3D. Le mur composé de mortier et de brique a été construit numériquement à l’aide du logiciel HEAT3 et maillé en 75250 mailles (25x54x55). Pour calculer la résistance équivalente du mur on considère la plus petite unité répétitive constituant le mur et on calcule la résistance équivalente ainsi formée tout en tenant compte des dimensions du mur comme le montre le schéma suivant : Figure 1. Décomposition du mur en résistances thermiques élémentaires Etude du transfert thermique dans les murs en brique au cours de différentes saisons climatiques 3 Par analogie électrique on trouve une résistance thermique surfacique globale du mur donnée par [SAS&al. 2012]. : R≈ 142,79λb2 + 255,55λ2m + 5051,63λ λm b 3 2 143,32λm + 3541,24λm λ + 12346,73λm λb2 b [1] R étant la résistance thermique du mur exprimée en m2.K/W, λb étant la conductivité thermique de la brique et λm la conductivité thermique du mortier. Pour λb=0,85 W/m.K et λm=1,35 W/m.K, le logiciel HEAT3 donne une résistance thermique de : R= ∆T 20 = = 0 .358 m 2 K / W q 55,87 [2] La formule [1] donne une valeur de 0,356 m2.K/W avec un écart de près de 0,78 % par rapport au logiciel HEAT3. (La réglementation thermique propose pour les murs en brique de 33 cm une résistance thermique par défaut de 0,32 m2.K/W). Les propriétés thermiques du mur 1D équivalent sont calculées comme suit : λeq = e Req ( ρc) eq = = 0,952 W / m.K [3] ( ρc) brique .Vbrique + ( ρc) mortier .V mortier [4] Vtotal == 0,7818 .2 + 0.2182 .1,6 = 1,913 MJ / m 3 .K Pour la comparaison, on prend comme conditions aux limites une face adiabatique et l’autre face sollicitée par des sinusoïdes de période 24h, d’amplitude 10°C et de température moyenne 0°C, et on néglige les coefficients d’échanges convectifs surfaciques. En comparant le transfert 1D (λeq et ρceq) au transfert 3D dans le régime périodique établi, on trouve que pour le transfert global à l’échelle du mur le transfert peut être réduit à un transfert 1D : le coefficient de corrélation R2=0.999562. Figure 2. Comparaison entre le transfert 1D et le transfert 3D XXXe Rencontres AUGC-IBPSA Chambéry, Savoie, 6 au 8 juin 2012 3. 4 Méthode de calcul 3.1. Méthode de détermination des conditions aux limites Afin de modéliser les sollicitations extérieures du mur, nous avons adopté la méthode de la température sol-air. Il s’agit de trouver la température extérieure qui, en absence de tout gain solaire radiatif extérieur, donne un flux thermique convectif sur la surface extérieure équivalent à celui de la combinaison entre le flux radiatif et le flux convectif à travers cette surface. Elle est donnée par la formule suivante : α .I [5] Tsol − air = Tair + Tsol = Tair + t h0 Tsol-air est la température sol-air, T0 la température de l’air extérieur, Tsol la température solaire, α l’absorptivité de la surface considérée, h le coefficient de transfert par convection extérieure et It le flux radiatif total gagné par la surface avec ses trois composantes : la composante directe, la composante diffuse et la composante réfléchie. La méthode détaillée du calcul de Tsol est expliquée dans [DUF&al. 1991] [RAB&al. 1995]. 3.2. Méthodes de détermination du transfert Le principal, voir le seul, mode de transfert de chaleur à travers une paroi opaque est la conduction (sauf au cas où une lame d’air existe entre les différentes couches composant la paroi). Pour résoudre le problème de la diffusion de chaleur dans une paroi opaque plusieurs méthodes sont disponibles (méthode des quadripôles [DEV&al. 1980], [LAG&al. 1998], méthode analytique [JAN 2009], méthode d’analogie thermique-électrique [PEN&al. 2008], [FRA&al.], méthode des différences finies [DEH&al. 1988]). Nous choisissons d’adopter la méthode de l’analogie électrique. L’analogie électrique nous ramène à représenter un corps thermiquement mince de la façon suivante : Figure 3. Représentation électrique d’un corps thermiquement mince Afin de pouvoir modéliser la conduction thermique à travers le mur, on décompose ce dernier en n mailles identiques en séries, notre système électrique analogue final aura la configuration suivante : Figure 4. Représentation électrique d’un corps quelconque soumis à un transfert unidirectionnel Etude du transfert thermique dans les murs en brique au cours de différentes saisons climatiques 5 Un corps peut être considéré comme thermiquement mince si son nombre de Biot est inférieur à 0.1 ou si la longueur d’onde λv est supérieure à 12.e [MOR&al. 2009]; avec « e » l’épaisseur du mur. [6] λv = 2π avec β = ω β 2a « a » étant la diffusivité thermique du corps en question et « ω » la pulsation propre des oscillations. En divisant le mur en plusieurs nœuds, l’épaisseur va diminuer et par suite la méthode du gradient nul (hypothèse des corps thermiquement minces) va converger vers la solution réelle. D’après Ngendakumana [NGE 1988] le nombre minimal de sous couches doit justifier la formule suivante : 4 RC [7] ≥ 4,34 π∆t Avec ∆t la période minimale des phénomènes que l’on veut observer. Dans notre nous prendrons n=6. n≥ Pour des sollicitations en créneau (cas de la saison froide) ω → 0, donc λv → ∞. La méthode du « gradient nul » peut donc être appliquée sans nécessité de diviser le mur en plusieurs nœuds, cependant on gardera les nœuds afin de pouvoir déterminer l’évolution de la température du mur pour différentes profondeurs. 4. Résultats et discussion Dans cette partie nous calculons la température sol-air d’un mur vertical en brique orienté Sud et situé à Lille. L’étude du climat de Lille nous amère à définir trois types de saisons : -Une saison froide s’étalant sur les mois de janvier, février, novembre et décembre. -Une saison modérément chaude s’étalant sur les mois de juin, juillet et aout. -Une saison plus ou moins modérée le reste de l’année. On choisit ensuite un jour représentatif de chaque saison (9 décembre, 2 juillet et 15 avril), la température de l’air extérieur peut être déterminée à partir de bases de données climatiques. Figure 5. Température air-sol pour les différentes saisons XXXe Rencontres AUGC-IBPSA Chambéry, Savoie, 6 au 8 juin 2012 6 Les profils de températures ainsi obtenus représentent une allure en créneau pour le mois de décembre et des allures sinusoïdales pour les mois d’avril et de juillet. Les équations des courbes de tendances sont obtenues par la méthode des moindres carrés. Pour le jour de décembre considéré la température peut être approximée par le profil en créneau suivant : pour 10 h ≤ t ≤ 15 h, θ=9,77°C ; sinon, θ=1,33°C. Pour les mois d’avril et de juillet, les profils de température peuvent être approximés par les équations suivantes : θ 15 − avril = 14,04 + 9,73.sin (0,262.t + 4,24) θ 2 − juillet = 28,19 + 10,69.sin (0,262.t + 4,27) [8] Figure 6. Approximations en créneaux et sinusoïdales des températures air-sol Afin de déterminer les propriétés thermiques dynamiques du mur, on le soumet à des conditions aux limites spécifiques permettant la caractérisation dynamique du mur et le calcul du déphasage et l’amortissement. Figure 7. Conditions aux limites pour les différentes saisons climatiques Etude du transfert thermique dans les murs en brique au cours de différentes saisons climatiques 7 On étudie le mur sous deux types de sollicitations internes : a.) Température intérieure constante pour la saison froide et la mi-saison avec une résistance d’échange convectif surfacique Rint=0.13 m2.K/W. b.) Etat libre de l’intérieur (sans climatisation) pour la saison modérément chaude [LUO&al. 2007]. La résistance d’échange convectif surfacique extérieure dans les trois cas est de Rext=0.05 m2.K/W Figure 8. Profils de températures dans le mur pour les différentes saisons climatiques Les températures sont données de l’extérieur T(0) à l’intérieur T(e) par tranches d’épaisseur e/6. Les résultats mettent en évidence un lissage de la température de la face intérieure du mur pour tout type de sollicitations extérieures lié à l’inertie du mur. On peut vérifier que pour un mur dont l’inertie est plus faible (plus faible épaisseur par exemple), l’influence des sollicitations extérieures sur la température de la face intérieure augmente. 5. Conclusion et perspectives Dans cet article nous avons démontré que le transfert thermique dans les murs de briques peut être considéré comme unidirectionnel, ce qui permet l’utilisation de la méthode d’analogie électrique. Cette méthode nous permet de déterminer la température du mur et d’imposer des sollicitations de différents types. Ensuite nous avons caractérisé les conditions aux limites extérieures en utilisant le climat de Lille et en choisissant un jour représentatif pour chaque saison climatique. Une fois les conditions aux limites connues, nous avons présenté la réponse thermique du mur durant chacune de ces trois saisons. Ces études seront validées expérimentalement dans les prochains travaux en imposant les mêmes types de sollicitations pour un mur expérimenté au laboratoire. XXXe Rencontres AUGC-IBPSA Chambéry, Savoie, 6 au 8 juin 2012 6. 8 Bibliographie [THI 2008] THIEFFRY T, Analyse thermographie infrarouge aérienne, Lille, 2008. [SAS&al. 2012] SASSINE E., YOUNSI Z., CHERIF Y., ANTCZAK E., « Understanding the Dynamic and Static Thermal Transfer in Brick Walls », Advanced Materials Research, 2012. [DUF&al. 1991] DUFFIE J., BECKMAN W., Solar engineering of thermal processes New York Lille, 2008. [RAB&al. 1995] AL RABHGHI O., AL JOHANI K., « Utilizing transfer function method for hourly cooling load calculations », Energy conservation management, vol. 38, n° 4 1997, p. 319-332. [DEV&al. 1980] DEVISME J-M, HINZELIN P. MARECHAL J-C. « Influence de l’effusivité thermique et de la position des matériaux sur la réponse thermique des murs multicouches en régime variable», Annales de l’institut technique du bâtiment et des travaux publics, n° 385, 1980, série essais et mesures, n° 180. [LAG&al. 1998] LAGONOTTE P., BERTIN Y., SAULNIER J.B., « Analyse de la qualité de modèles nodaux réduits à l’aide de la méthode des quadripôles », International Journal of Thermal Sciences, vol. 38, 1998, p. 51-65. [JAN 2009] JANNOT Y., Transferts thermiques, Nancy, 2009. [PEN&al. 2008] PENG C., WU Z. « Thermoelectricity analogy method for computing the periodic heat transfer in external building envelopes », Applied Energy, vol. 85, 2008, p. 735-754. [FRA&al. 2002] FRAISSE G., VIARDOT C., LAFABRIE O., ACHARD G., « Development of a simplified and accurate building model based on electrical analogy », Energy and Buildings, vol. 34, 2002, p. 1017-1031. [DEH&al. 1988] DEHAUSSE R., Energétique des bâtiments- Tome 2 (Calcul des enveloppes), Paris, 1988. [MOR&al. 2009] MOREL N. GNANSOUNOU E., Energétique du bâtiment- cours EPFL génie civil, EPFL Lausanne, 2009. [NGE 1988] NGENDAKUMANA P., Modélisation simplifiée du comportement thermique d’un bâtiment et vérification expérimentale, Thèse de Doctorat, Université de Liège, 1988. [LUO&al. 2007] LUO C., MOGHTADERI B., SUGO H., PAGE A., « Time lags and decrement factors under air-conditionned and free floating conditions for multi-layer materials », Building simulation, 2007.