L`homosexualité

Transcription

L`homosexualité
Olivier Messer
L’homosexualité
Fribourg 2009
Institut Romand de Formation aux Ministères
0
1. Introduction
Vaste sujet éthique et de morale, l’homosexualité alimente fréquemment les débats privés ou
publiques, que ce soit au sein de la société ou de l’Eglise. Chacun à un avis souvent
approximatif, tant les composantes du débat sont multiples et chaque opinion étroitement liée
aux convictions personnelles.
Sensibilisé par les témoignages d’homosexuels sur la réalité qu’ils vivent dans leur relation à
la société ou à l’Eglise et les difficultés abordées au quotidien, particulièrement pour les
personnes vivant en couple, je souhaite proposer une approche précise et relativement
approfondie de ce thème, contraint toutefois de procéder à une sélection minutieuse des points
traités afin de limiter l’étendue de cette recherche .
Dans cette optique, je développerai les prises de positions des acteurs concernés : que nous en
disent les Ecritures, quels textes bibliques font mention de l’homosexualité ? Quelle est la
vision de l’Eglise et quels peuvent être les points de vue contraires les plus intéressants ? Quel
est le propos de la Déclaration des Droits de l’homme et, plus proche de nous, comment se
prononce le législateur suisse ? Enfin, je terminerai par une brève conclusion plus personnelle
pouvant être émise après avoir parcouru au mieux le sujet choisi.
Dans un souci d’allégement du texte, j’utiliserai également un second terme pour définir les
homosexuels : les gais ou gays, terme d’origine anglo-américaine, mais aujourd’hui
communément utilisé dans la langue française. Je tiens enfin à préciser qu’en abordant le
thème de l’homosexualité, je désigne par ce terme autant les relations entre deux hommes
qu’entre deux femmes.
1
2. Lectures bibliques
En matière d’homosexualité, la Bible contient quelques passages exprimant cette orientation.
Certains y voient des récits condamnant l’homosexualité, alors que d’autres y trouvent un
exemple de tolérance. Un certain nombre de textes généralement admis comme relatifs à
l’homosexualité sont à lire dans l’Ancien Testament ainsi que dans le Nouveau Testament ;
sur l’ensemble de la Bible, ces passages sont, manifestement, peu nombreux. Une étude très
précieuse des exégètes chrétiens Innocent Himbaza, Adrien Schenker et Jean-Baptiste Edard
intitulée Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible 1 aide au développement de cette
question.
2.1 Récits de l’Ancien Testament
Intéressons-nous premièrement aux récits de l’Ancien Testament ; quels sont-ils et que disentils ?
Pour débuter, résumons le texte de la Genèse 19,1-29 : Deux anges arrivent à Sodome sur le
soir. Lot, étranger établi à Sodome, insiste alors afin de les héberger et de leur offrir à manger.
Ils ne sont pas encore couchés que toute la population de Sodome entoure la demeure de Lot
et lui demande de lui amener les deux invités afin qu’ils en abusent. Lot s’y refuse, allant
jusqu’à proposer ses filles plutôt que les deux anges aux exhortations des habitants. Les
anges appellent Lot et lui disent : 12 « As-tu encore quelqu’un ici ? Un gendre, tes fils, tes
filles, tous les tiens qui sont dans la ville, fais-les sortir de ce lieu.13 Nous allons en effet
détruire ce lieu, car grand est le cri qui s’est élevé contre eux à la face de Yahvé, et Yahvé
nous a envoyé pour les exterminer. » Ainsi donc, Lot et ses proches s’enfuient vers Coar, une
ville voisine que les anges épargnent afin que Lot puisse s’y réfugier. La femme de ce dernier,
malgré les injonctions des deux anges, regarde en arrière et devient alors une colonne de sel !
Nous remarquons ici que le comportement des sodomites contrarie si sérieusement Dieu qu’il
a envoyé ses anges pour les exterminer. Loth l’étranger est épargné. Selon M. Himbaza, un
regard plus ample permet de constater que les sodomites étaient des pécheurs de manière
générale et que ce n’est que plus tardivement que le péché de Sodome est plus étroitement lié
au sexe. 2
Dans les Juges19,11-25, une histoire très semblable aborde le sujet de l’homosexualité : Un
maître, sa concubine et un serviteur en déplacement s’arrêtent dans la ville de Gibéa afin d’y
passer la nuit. Assis sur la place de la ville, le maître attend d’être accueilli chez un habitant.
Finalement, c’est un vieillard revenant des champs qui l’invite à passer la nuit sous son toit.
De même que dans le précédent récit, des habitants de la ville réclament au vieillard :
22 « Fais sortir l’homme qui est venu chez toi, que nous le connaissions. » L’homme s’y
refuse et le voyageur leur cède sa concubine, dont ils abusent toute la nuit.
En parcourant ces deux récits, nous comprenons que dans le contexte de l’époque, violer une
femme est considéré plus acceptable que de violer un homme. D’autre part, dans ce même
contexte, le verbe connaître comprend une connotation sexuelle très claire. Enfin, nous
pouvons remarquer que si l’homosexualité est mentionnée, elle n’est pas le thème de ces
textes, mais que les actions commises sont toutefois d’une rare violence.
Citons maintenant le lien unissant Jonathan et David dans les livres de Samuel.
1 Samuel 18,1-5 tout d’abord, que nous pouvons citer entièrement tant le passage est bref :
1 « Lorsqu’il eu fini de parler à Saül, Jonathan s’attacha à David. Jonathan l’aimait comme
lui-même. 2 Saül le retint ce jour-même et ne lui permit pas de retourner chez son père. 3
1
HIMBAZA Innocent, SCHENKER Adrien, EDARD Jean-Baptiste, Clarifications sur l’homosexualité dans la
Bible , éd. Cerf, Paris, 2007
2
HIMBAZA, Innocent, Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible, , éd. Cerf, Paris, 2007, p. 18
2
Jonathan conclut un pacte avec David, car il l’aimait comme lui-même : 4 Jonathan se
dépouilla du manteau qu’il avait sur lui et le donna à David, ainsi que sa tenue, jusqu’à son
épée, son arc et son ceinturon. 5 Dans ses sorties, partout où l’envoyait Saül, David
réussissait. Saül le mit à la tête des hommes de guerre ; il était bien vu de tout le peuple, et
même des serviteurs de Saül. »
Puis, 1, Samuel 20,40-21,1, très bref également :
40 « Jonathan remit les armes à son servant et lui dit: « Va et porte cela à la ville. » 41 Le
servant rentra. David se leva du côté du tertre, il tomba la face contre terre et se prosterna trois
fois, puis ils s’embrassèrent l’un l’autre et ils pleurèrent ensemble abondamment. 42 Jonathan
dit à David: « Va en paix. Puisque nous avons prêté serment tous deux au nom de Yahvé, que
Yahvé soit entre moi et toi, entre ma descendance et ta descendance, à jamais. » 21, 1 David
se leva et partit, et Jonathan rentra en ville. »
Enfin, le passage très abondamment cité pour tenter de démontrer une preuve de
l’homosexualité des deux personnages, 2 Samuel 1,26 :
26 « Que de peine j’ai pour toi, mon frère Jonathan. Tu avais pour moi tant de charme, ton
amitié m’était plus merveilleuses que l’amour des femmes. »
Il est intéressant de noter que, toujours selon l’étude de M. Himbaza, l’opinion générale des
exégètes ne va pas particulièrement dans le sens d’un lien homosexuel entre Jonathan et
David, mais bien davantage dans celui d’une profonde amitié et d’un lien très fort les unissant
dans leur foi en le Seigneur. Ce qui apparaît clairement à la lecture de ces textes anciens, c’est
que l’homosexualité se rapporte davantage à un acte sexuel humiliant celui qui en est l’objet,
sorte de châtiment, plutôt qu’une réelle quête de plaisir sexuel.
2.2 Récits du Nouveau Testament
Arrêtons-nous à présent sur les textes du Nouveau Testament faisant mention de
l’homosexualité ; rares, ils se situent exclusivement dans l’épistolaire paulinien.
Ainsi, 1 Co 6,9-10 : 9 « Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront pas du Royaume de
Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni impudiques, ni idolâtres, ni adultères, ni dépravés, ni gens
de mœurs infâmes, 10 ni voleurs, ni cupides, pas plus qu’ivrognes, insulteurs ou rapaces, n'
hériteront du Royaume de Dieu. »
Dans 1 Tim 1, 8-11 : Paul rappelle que la loi n’est pas faite pour le juste, mais pour tout ceux
dont le comportement est contraire à la doctrine conforme à l’Evangile.
En résumant, nous pouvons voir que Paul, en harmonie avec le judaïsme de son temps,
condamne les actes qu’il stipule dans ses écrits et énonce clairement le jugement : pas d’accès
au Royaume de Dieu !
Pour terminer, dans l’Epître au Romains 1, 25-32, Paul écrit au sujet des hommes qui ont
choisi le mensonge plutôt que la vérité divine que 26 « Dieu les a livré à des passions
avilissantes . » Ainsi, les femmes ont-elles eu des rapports contre-nature et 27« pareillement »
les hommes des relations entre eux et tous ont également été 28 « livrés à leur esprit sans
jugement », ce qui les a amené à mal se comporter, à jurer, se disputer, se rebeller et à agir de
toutes sortes de manières mauvaises. Et Paul de préciser que de telles actions commises ou
simplement approuvées chez autrui sont dignes de mort !
Nous remarquons que Paul cite l’homosexualité parmi une variété de comportements
contraires à la volonté de Dieu et méritant la mort ! Selon Jean Baptiste Edard, le
« pareillement » utilisé par Paul apporte une précision intéressante : l’Apôtre ne fait pas
uniquement état de sodomie, mais fait autant référence à l’homosexualité féminine que
masculine ! 3
3
EDARD, Jean-Baptiste, Clarifications sur l’homosexualité dans la Bible, , éd. Cerf, Paris, 2007, p. 94
3
3. Vision de l’Eglise
Dans ce chapitre, je chercherai à connaître la vision de l’Eglise catholique chrétienne sur
l’homosexualité, de manière générale et en lien avec les écritures. Deux sources viennent
alimenter cette recherche : le catéchisme de l’Eglise catholique et la lettre aux Evêques de
l’Eglise catholique sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles.
3.1 Catéchisme de l’Eglise catholique
Le Catéchisme de l’Eglise catholique 4 , élaboré par l’Episcopat du monde entier, définit la
position chrétienne face aux problèmes personnels, éthiques et sociaux auxquels elle se voit
inéluctablement confrontée. Dans son chapitre deux, le Catéchisme de l’Eglise catholique
consacre trois alinéas, soit les 2357, 2358 et 2359, à l’homosexualité, sous l’intitulé Chasteté
et homosexualité.
L’alinéa 2357 stipule que « L’homosexualité désigne les relations entre des hommes ou des
femmes qui éprouvent une attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des
personnes du même sexe. » 5 En s’appuyant sur la Sainte Ecriture, l’Eglise catholique
condamne cette pratique, la considérant comme un acte désordonné puisqu’il ferme la relation
sexuelle à son projet profond, le don de la vie.
En poursuivant à l’alinéa 2358, nous lisons qu’un nombre importants d’hommes et de
femmes présentent des tendances homosexuelles et que l’Eglise considère cela comme une
épreuve. Elle insiste alors sur le fait d’accueillir ces personnes avec respect. Pour leur part, les
êtres sujets à cette tendance sont invitées à se sacrifier en renonçant à céder à cette tendance.
Finalement, l’alinéa 2359 conclu : « Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté.
Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une
amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se
rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne ». 6
Nous comprenons donc que la vision de l’Eglise est stricte et qu’elle s’inscrit dans le suivi
précis de l’Ecriture. Pourtant, n’oublions pas de relever que celle-ci met constamment en
avant le respect de l’humain avant toute considération. La Lettre aux Evêques que nous allons
parcourir maintenant remet cette considération en avant de façon très nette.
3.2 Lettre aux Evêques de l’Eglise catholique
Afin de mieux saisir la vision de l’Eglise relative à l’homosexualité, il est utile de se référer
également à la Lettre aux Evêques de l’Eglise catholique sur la pastorale à l’égard des
personnes homosexuelles 7 rédigée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et émise le
1er octobre 1986.
A la lecture de ce document, nous comprenons très vite qu’il s’agit là d’un thème faisant
l’objet d’une attention particulière du Vatican ; le 29 décembre 1975, la Congrégation pour la
Doctrine de la Foi abordait déjà clairement le « problème » de l’homosexualité, tenant compte
de la distinction entre la tendance homosexuelle et les actes homosexuels et précisant qu’il
s’agit d’un comportement moralement mauvais, triste conséquence d’un refus de Dieu.
Sur les bases d’un témoignage constant de la Bible, la doctrine de l’Eglise affirme que la
théologie de la création nous donne le point de vue fondamental pour la compréhension du
problème que pose l’homosexualité. En effet, Dieu crée l’homme et la femme, dont la
4
Epistolat de l’Eglise catholique, Catéchisme de l’Eglise catholique, éd. Centurion / Cerf / Fleurus/ Librairie
Editrice Vaticane, Paris, 1998, p. 568
5
idem
6
idem
7
Congrégation pour le doctrine de la foi, Lettre aux Evêques de l’Eglise catholique sur la pastorale à l’égard
des personnes homosexuelles, éd. Librairie éditrice du Vatican, Rome 1986, pp. 543-554
4
complémentarité des sexes redit l’image de Dieu, dans son unité intérieure. Cette même
complémentarité offre à l’être humain de coopérer avec Dieu dans la transmission de la vie !
Obéissant au Seigneur, l’Eglise unit par le mariage l’homme et la femme, dont l’union
permettra une relation sexuelle donatrice de vie, ce qui tend à prouver qu’une relation entre
deux personnes de même sexe est immorale ou, en d’autres termes, contraire au dessein de la
sexualité selon la volonté du Créateur. Il ne s’agit en effet plus de vouloir faire don de soi en
donnant la vie, mais au contraire la réalisation d’un satisfaction personnelle, égoïste.
Plus concrètement, l’Eglise considère que la pratique de l’homosexualité est une menace des
plus sérieuse pour la vie et le bien-être d’un grand nombre de personnes et se fait donc un
devoir de défendre sans fléchir son point de vue, tout particulièrement face à la tendance
actuelle selon laquelle l’homosexualité serait l’équivalent de l’expression sexuelle conjugale,
puisque cette considération vient remettre en question la conception de la famille et de ses
droits.
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi rappelle également que le respect de la dignité
humaine ainsi que la considération de la liberté fondamentale spécifique à la personne
humaine est à la base du comportement à adopter envers la personne homosexuelle.
L’Eglise affirme donc que, si le fait d’être homosexuel n’est pas une faute en soi, il est
essentiel de ne jamais passer à l’acte et d’éviter toute activité homosexuelle. C’est dans cette
direction que tout croyant doit orienter la personne homosexuelle, l’invitant à s’unir à la croix
du Seigneur par le renoncement à l’acte avec une personne du même sexe. Tel est le chemin
de la rédemption ; il passe par un renoncement de soi, dans un choix d’obéissance à Dieu!
De ce qui précède, il apparaît clairement qu’il est de la mission des pasteurs de veiller à la
bonne transmission de cette doctrine non seulement auprès de la communauté homosexuelle,
mais également auprès de tous les collaborateurs de l’Eglise afin qu’ils s’appliquent à
transmettre cette même doctrine dans sa totalité, puisque la doctrine du Magistère n’est pas à
considérer comme facultative, mais comme ayant autorité. Les pasteurs et les autres acteurs
de l’Eglise doivent accueillir et respecter la personne homosexuelle, mais l’aider vivement à
éviter toute possibilité future de péché. Les Evêques, pour leur part, doivent également
soutenir ces personnes en mettant en œuvre tous les moyens dont ils disposent, ayant, dans la
mesure où elles ne vont pas à l’encontre de la doctrine catholique, des ressources
psychologiques, sociologiques et médicales.
Enfin, il convient de proposer des programmes de catéchèse adéquats, promulgués par de
personnes capables dans ce domaine afin d’apporter un réel secours à la personne
homosexuelle mais également, lorsque la situation se présente, à la famille dans laquelle se
trouve une personne homosexuelle.
5
4.Visions contraires
Maintenant que nous avons une idée plus précise de la vision de l’Eglise sur l’homosexualité,
essayons de voir si des avis contraires, éventuellement non catholiques, se font entendre. Bien
entendu, ces avis peuvent être multiples ; aussi, je me limiterai à quelques prises de position
qui me semblent soit relativement développées, soit alimentant régulièrement les débats en la
matière.
4.1 Théorie du « gender »
Cette surprenante théorie vise à tout mettre en œuvre afin que la distinction entre homme et
femme, et l’hétérosexualité en tant que norme soient balayées, et de rendre les modes de vie
homosexuels, bisexuels, transsexuels équivalents à la relation entre l’homme et la femme. En
d’autres termes, la parentalité n’est plus relative au sexe de l’adulte, car cette différence
voulue par la nature engendre un pouvoir dans la famille – et la société – basé sur la force
supérieure de l’homme, mais sur la culture, puisque c’est elle qui détermine la masculinité et
la féminité de chaque être humain. Cette théorie vient des Etats-Unis, soutenue par des
féministes militantes et des groupes gais.
Cette vision très opposée à celle de l’Eglise que nous avons cernée plus haut, fait réagir
Monseigneur Bagnard, évêque du Diocèse d ’Ars-Belley en France, en ces termes : « La
théorie du « gender » pointe les différences comme des inégalités, occasion[s] d’exercer une
domination, comme la source d’une violence faite à celui ou celle qui est différent ! La vision
qu’elle entraîne est celle de bourreaux et de victimes. Or, ce sont ces différences voulues par
Dieu – qui ne sont pas des inégalités – qui permettent la complémentarité entre l’homme et la
femme et qui créent l’harmonie », dans son éditorial du 25 novembre 2006, paru sur le site de
son diocèse. 8
Il est frappant de constater que cette théorie prend une place croissante dans notre société ;
selon certains, nous en sommes déjà à la phase de mise en pratique de la théorie, parfois
même au plus haut niveau des institutions politiques. Pourtant, l’interprétation de ce terme
anglais généralement traduit par « genre » ne semble pas être la même pour tous. Pour
certains, cela se résume à une égalité du traitement des genres homme – femme dans la
société, vision plus simpliste que celle énoncée plus haut. Aujourd’hui, parler d’une
complémentarité entre l’homme et la femme apparaît très souvent comme discriminatoire et
anti-éthique. Les valeurs judéo-chrétiennes par exemple sont considérées comme dépassées
face à la philosophie plus actuelle du libre-choix. Cette nouvelle optique de la société et des
genres ainsi que de leurs rôles sociaux et parentaux offrent une opportunité de revendications
les plus variées pour les droits des homosexuels.
4.2 Vision d’homosexuels
Parmi les opposants à la vision de l’Eglise en matière d’homosexualité, il se révèle essentiel
de traiter du point de vue des homosexuels eux-mêmes. Si une partie d’entre eux accepte et
même se plie aux exigences de l’Eglise dans le comportement et les attitudes à avoir lorsque
l’on est touché par ce qu’elle qualifie de comportement moralement mauvais, beaucoup
n’arrivent pas à comprendre ce qui leur semble une réelle discrimination, allant jusqu’à
avancer le terme d’homophobie (peur de l’homosexualité).
Ian Abinakle, directeur du festival Divers/Cité au Québec, confie par exemple à Cathy
Macherel, dans une entrevue pour le magazine 360° de février 2005 : « Il y a un monsieur à
Rome qui a son point de vue sur la sexualité, et qui n’arrête pas de le seriner et de nous
8
www.catholique-belley-ars.cef.fr, consulté le 20/04/08
6
rejeter ». 9 Pour la majorité active sexuellement des homosexuels, il est difficile, voir
impossible d’être en accord avec le discours de l’Eglise.
Des théologiens contemporains sont d’avis que la réflexion morale sur l’amour homosexuel
n’est pas totalement valable si l’on ne tient pas compte des écrits des chrétiens gais ou des
témoignages de leur foi. Car en effet, de nombreuses associations d’homosexuels catholiques
sont née à travers notre globe. Dignity 10 , association fondée en 1973 à Los Angeles, USA,
affiche ainsi sa profession de foi : « Nous croyons que les catholiques gais sont des membres
du corps mystique de Jésus et font partie du peuple de Dieu. Nous avons une dignité inhérente
parce-que Dieu nous a créés, parce-que le Christ est mort pour nous, et parce-que le SaintEsprit nous a sanctifiés par le baptême, faisant de nous des canaux par lesquels l’amour de
Dieu se répand dans le monde… Nous croyons que les gais peuvent exprimer leur sexualité de
façon conforme à l’enseignement de Jésus ». Je n’approfondirai pas les fondement de cette
prise de position, me limitant à montrer, simplement, que d’autres interprétations existent.
4.3 Raëliens : homosexuels, quittez votre Eglise !
Enfin, je retiens la prise de position de Raël, fondateur du mouvement raëlien et fréquent
agitateur des médias suisses et internationaux. Très actif et spécialiste de la communication, il
exploite chaque brèche capable d’atteindre l’Eglise catholique. Et justement, dernière
technique en date : soutenir la cause homosexuelle dans tous ses combats face à « l’ennemi »
commun que représente l’Eglise.
Fondé en 1974 par Claude Vorhilon, alias Raël, le mouvement compte aujourd’hui 65'000
membres répartis dans 90 pays, selon les informations divulguées par le propre site du
groupe. 11 Ancien chanteur fan de jacques Brel puis journaliste dans le sport automobile, c’est
en 1973 que Claude Vorhilon rencontre, six fois de suite au même lieu, un extraterrestre qui
lui transmet la connaissance du monde - ces E.T., les Elohims, sont nos créateurs - et lui
donne la mission, qu’il accepte, d’accueillir ces Elohims dans une ambassade qui devra être
construite d’ici à 2035.
«Vous qui, peut-être, êtes homosexuel et donc êtes considéré comme un monstre aux yeux de
cette institution - l’Eglise - , pourquoi continuer de faire partie de cette église qui vous
manque de respect et vous condamne ? » plaide Raël sur son site dans un passage invectivant
l’homophobie du Vatican. « Nous sommes le seul mouvement qui se positionne à l’opposé de
l’Eglise catholique ». Malgré toute la sollicitude du gourou face à la communauté gai, une
suspicion demeure : Raël ne cherche-t-il pas tout bonnement de nouveaux adeptes ?
9
www.360.ch, consulté le 02/05/08
www.dignityusa.org
11
www.rael.org , consulté le 12/04/08
10
7
5. Visions légales
En abordant ce chapitre, je souhaite rendre compte de deux positionnements nous concernant
particulièrement : premièrement, quel est le positionnement international, c’est-à-dire adopté
par l’ONU et relatif aux droits de l’homme ? Deuxièmement, que nous dit le droit suisse ? A
ce niveau national, j’aborderai les droits des homosexuels, notamment ceux relatifs au PACS
helvétique.
5.1 Homosexualité et droits de l’homme
Dans la Déclaration des Droits de l’homme, il n’est pas fait état de la situation des gais à
proprement parler. Il est précisé, à l’article 1, que « tous les êtres humains naissent égaux en
droits » et à l’article 2, que « chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les
libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction de sexe […] ou d’opinion ».
Lorsqu’il s’agit du mariage, l’article 16 stipule que, « à partir de l’âge nubile, l’homme et la
femme, sans restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et
de fonder une famille ». Notons les termes exclusifs d’homme et de femme et en aucun cas de
deux personnes du même sexe.
Enfin, à l’article 29, nous lisons : « Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses
libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue
d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux
justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société
démocratique ». La loi d’un état peut donc attribuer des règles particulières face à la situation
des homosexuels, mais doit, à la lumière de l’article 29, respecter les droits et les libertés de
ces derniers !
5.2 Loi suisse et PACS
Et la loi suisse, que dit-elle de l’homosexualité et quels droits donne-t-elle aux gais ? Une
amorce de satisfaction pour ces derniers semble être le PACS, car il faut bien admettre que le
débat relatif aux droits des homosexuels en suisse a fait il y a peu de temps un important pas
en avant.
La minorité gai représente 5 % de la population helvétiques (pour comparaison, les
Romanches constituent 1 % de la population suisse dans son ensemble) ; or , le droit excluait
un partenaire du droit de succession, du droit de rentes des caisses maladies ou AVS. Les
couples de même sexe rencontraient l’opposition en matière de droit de visite dans les
hôpitaux, les homes et les prisons, ne pouvaient pas récupérer le courrier de leur partenaire,
tout cela dépassant clairement le simple cadre juridique.
Si la majorité de la commission mandatée pour considérer l’éventuelle nécessité d’une
modification de la loi admet volontiers que les couples homosexuels subissent des
discriminations dans de nombreux domaines du droit, elle met également en avant le fait que,
dans notre culture judéo-chrétienne, la notion du mariage est liée à des aspects émotionnels,
moraux, éthiques et religieux, et qu’il serait politiquement extrêmement difficile de trouver
des solutions quant au mariage des couples de même sexe, qui pourraient satisfaire la majorité
des citoyens. 12
Le 5 juin 2005, la Loi sur le Partenariat enregistré est acceptée à 58 % des voix en votation
populaire et entre en vigueur en janvier 2007. Ainsi, les couples homosexuels peuvent
enregistrer officiellement leur union auprès de l’Office d’Etat civil. Il ne s’agit pas d’un
« oui » solennel, mais d’un engagement à vivre une vie de couple. La nouvelle loi apporte
donc des précisions : L’Etat civil mentionnera que les deux partenaires seront « liés par un
12
Source : www.parlament.ch, consulté le 05/03/08
8
partenariat enregistré. » Certains devoirs vont alors de paire avec cet engagement, dans le but
de contribuer à l’entretien de la communauté. Le logement deviendra bien commun et chaque
partenaire aura le droit de connaître les revenus, biens et dettes de l’autre. Pour ce qui est de la
succession, des assurances sociales et de prévoyance professionnelle, des visites à l’hôpital ou
lors d’un procès, les couples enregistrés obtiendront les mêmes droits et obligations que les
couples mariés.
Fiscalement, quelques modifications également ; au même titre qu’un couple marié, le couple
homosexuel enregistré remplira une déclaration d’impôt commune, obtiendra une rente
vieillesse de 150% - et non deux fois 100% pour des concubins – et ses membres deviennent
mutuellement héritiers légaux.
Le couple enregistré ne pourra pas adopter, ni procréer par assistance médicale. Les mêmes
conditions que pour les couples mariés sont prévues en matière de droit de séjour et de
naturalisation excepté le fait que les partenaires ne pourrons pas bénéficier de la naturalisation
facilitée. Enfin, en cas de séparation, juges et tribunaux règleront le cas, soit lors d’une
séparation par accord commun, soit lorsque les partenaires vivent déjà séparés depuis au
minimum un an.
9
6. Conclusion et appropriation
L’approche du débat de l’homosexualité au regard de l’Eglise, habile équation des textes
bibliques et de la réalité de l’humanité contemporaine, confronté à des visions parfois très
divergentes d’homosexuels catholiques ou d’autres groupes non-croyants, nous a permis de
faire un intéressant tour de la question et de se forger une opinion personnelle plus juste,
fondée sur les recherches effectuées pour l’élaboration de ce travail.
Pour le non-croyant, seule une certaine conscience éthique paraît pouvoir limiter la liberté
donnée à la personne homosexuelle , laissant parfois libre-cours à des appréciations
extrêmement libéralistes.
Pour le croyant , si le respect de la personne humaine doit être une évidence, toute la difficulté
semble précisément de demeurer dans la prise en compte de l’argumentaire de l’Eglise dans le
vécu quotidien partagé en une communauté d’hommes et de femmes réclamant des droits et
des libertés de pratiques souvent peu compatibles avec la doctrine catholique. Thème de
morale (chrétienne) parmi de nombreux autres, l’homosexualité nous appelle à analyser,
découvrir et comprendre la différence d’une minorité et, pour nous, engagés au sein de notre
Eglise, à prendre position afin de mieux répondre aux exigences d’une telle pastorale.
Très lié au milieu sportif de ma région ainsi qu’à la population de notre paroisse de par mes
engagements, j’ai le privilège de rencontrer et de connaître plus ou moins bien un grand
nombre d’hommes et de femmes. Ces rencontres offrent parfois les beaux fruits d’une amitié
profonde et durable, révélant plus avant l’intimité de chacun. Se découvrent alors les
similitudes, qui souvent rapprochent, mais se révèlent aussi les différences. J’ai aujourd’hui
cette certitude que c’est davantage en acceptant de découvrir ces différences, de les
comprendre, des les travailler, que nous enrichissons notre relation à l’autre et la rendons
simplement possible. C’est sur ce même chemin que je me suis lié d’amitié avec des
personnes homosexuelles ; des ressemblances culturelles, linguistiques ou certains intérêts
communs nous ont mis en relations, certaines différences m’ ont poussé à m’interroger. Et
c’est précisément ce questionnement qui m’a stimulé à choisir ce thème afin de le confronter à
la morale chrétienne.
Si ma compréhension me laisse absolument saisir la vision de l’Eglise sur la question
homosexuelle, puisque reposant, ainsi que nous l’avons vu, sur quelques textes bibliques, il
m’est essentiel de réfléchir à ce à quoi la réalité me confronte : l’homosexualité existe,
l’amour du cœur entre deux personnes de même sexe existe et la pratique sexuelle est
également une réalité. Dès lors, mon questionnement s’est centré sur un point particulier :
certes, il est possible de vivre sans relation sexuelle, mais peut-on vivre sans relation d’amour
platonique avec un tiers, soit un « époux » ? Suivre le magistère dans un esprit de
renoncement de soi ne pousse-t-il pas la personne homosexuelle à vivre une existence de
privation, de solitude sentimentale?
Si le respect ou non des enseignements divins répond du choix de l’individu et de sa liberté
d’Homme, je me risque à la prise de position très personnelle qui veut que, admettant la
réalité homosexuelle, j’approuve la vie commune de deux personnes de sexe identique, une
facilitation des actions légales inhérentes à une vie en couple telle que l’offre le PACS suisse,
mais je ne peux, à la lumière de mes convictions, souscrire soit au mariage entre personnes
du même sexe, soit à l’adoption ou à la conception artificielle d’un enfant.
Force est de constater que les convictions de chacun jouent un rôle prépondérant dans la
réflexion sur l’homosexualité, tous jugeant agir au plus proche de notre conscience et de notre
compréhension. Aussi, les propos du Pape Benoît XVI me semblent s’imposer d’eux-mêmes
en guise d’ultime conclusion : « Notre façon de vivre n’est pas insignifiante, mais notre saleté
ne nous tache pas éternellement, si du moins nous sommes demeurés tendus vers le Christ,
vers la vérité et vers l’amour ». 13
13
BENOÎT XVI, Sauvés dans l’Espérance : Spe salvi, lettre encyclique, éd. Pierre Téqui, Paris, 2007, p. 62
10
7. Bibliographie
Episcopat de l’Eglise catholique, in Catéchisme de l’Eglise catholique, « art. 2357-59 », éd.
Centurion/Cerf/Fleurus/Librairie Editrice Vaticane, Paris, 1998, p. 568
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettres au Evêques de l’Eglise catholique sur la
pastorale à l’égard des personnes homosexuelles, éd. Librairie éditrice du Vatican, Rome
1986, pp. 543-554
Innocent Himbaza/Adrien Schenker/Jean-Baptiste Edart, Clarifications sur l’homosexualité
dans la Bible, éd. Cerf, Paris, 2007.
Benoît XVI, Sauvés dans l’Espérance : Spe salvi, lettre encyclique, éd. Pierre Téqui, Paris,
2007, p. 62.
La Bible de Jérusalem, éd. Desclée de Brouwer, Paris, 2000
11
8. Tables des matières
1. Introduction
0
2. Lectures bibliques
2
2.1 Récits de l’Ancien Testament
2
2.2 Récits du Nouveau Testament
3
3. Vision de l’Eglise
4
3.1 Catéchisme de l’Eglise catholique
4
3.2 Lettre aux Evêques de l’Eglise catholique
4
4.Visions contraires
6
4.1 Théorie du « gender »
6
4.2 Vision d’homosexuels
6
4.3 Raëliens : homosexuels, quittez votre Eglise !
7
5. Visions légales
8
5.1 Homosexualité et droits de l’homme
8
5.2 Loi suisse et PACS
8
6. Conclusion et appropriation
10
7. Bibliographie
11
8. Tables des matières
12
12