ÉTUDE DE L`ASSOCIATION ENTRE TABAGISME PASSIF ET
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ÉTUDE DE L`ASSOCIATION ENTRE TABAGISME PASSIF ET
ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE D’ALFORT Année 2011 ÉTUDE DE L'ASSOCIATION ENTRE TABAGISME PASSIF ET PRÉSENCE DE DERMATOSES D'ORIGINE ALLERGIQUE CHEZ LE CHIEN THÈSE Pour le DOCTORAT VÉTÉRINAIRE Présentée et soutenue publiquement devant LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE CRÉTEIL le…………… par Diane KA Née le 3 mars 1986 à Paris 14ème JURY Président : Pr. Professeur à la Faculté de Médecine de CRÉTEIL Membres Directeur : Geneviève Marignac Maître de conférences à l’ENVA Assesseur : Loïc Desquilbet Maître de conférences à l’ENVA LISTE DES MEMBRES DU CORPS ENSEIGNANT Directeur : M. le Professeur MIALOT Jean-Paul Directeurs honoraires : MM. les Professeurs MORAILLON Robert, PARODI André-Laurent, PILET Charles, TOMA Bernard Professeurs honoraires: MM. et Mme : BRUGERE Henri, BRUGERE-PICOUX Jeanne, BUSSIERAS Jean, CERF Olivier, CLERC Bernard, CRESPEAU François, DEPUTTE Bertrand, MOUTHON Gilbert, MILHAUD Guy, POUCHELON Jean-Louis, ROZIER Jacques DEPARTEMENT D’ELEVAGE ET DE PATHOLOGIE DES EQUIDES ET DES CARNIVORES (DEPEC) Chef du département : M. POLACK Bruno, Maître de conférences - Adjoint : M. BLOT Stéphane, Professeur - UNITE DE CARDIOLOGIE - UNITE DE PARASITOLOGIE ET MALADIES PARASITAIRES Mme CHETBOUL Valérie, Professeur * M. CHERMETTE René, Professeur * Melle GKOUNI Vassiliki, Praticien hospitalier M. POLACK Bruno, Maître de conférences M. GUILLOT Jacques, Professeur - UNITE DE CLINIQUE EQUINE Mme MARIGNAC Geneviève, Maître de conférences Mme GIRAUDET Aude, Praticien hospitalier * M. HUBERT Blaise, Praticien hospitalier M. AUDIGIE Fabrice, Professeur M. BLAGA Radu Gheorghe, Maître de conférences (rattaché au DPASP) M. DENOIX Jean-Marie, Professeur Mme CHRISTMANN Undine, Maître de conférences - UNITE DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE Mme MESPOULHES-RIVIERE Céline, Maître de conférences contractuel M. MOISSONNIER Pierre, Professeur* Mme PRADIER Sophie, Maître de conférences M. FAYOLLE Pascal, Professeur Melle DUPAYS Anne-Gaëlle, Assistant d’enseignement et de recherche M. MAILHAC Jean-Marie, Maître de conférences contractuel M. NIEBAUER Gert, Professeur contractuel Mme VIATEAU-DUVAL Véronique, Maître de conférences - UNITE D’IMAGERIE MEDICALE Mme RAVARY-PLUMIOEN Bérangère, Maître de conférences (rattachée au Mme BEDU-LEPERLIER Anne-Sophie, Maître de conférences contractuel DPASP) Mme STAMBOULI Fouzia, Praticien hospitalier M. ZILBERSTEIN Luca, Maître de conférences - UNITE DE MEDECINE M. BLOT Stéphane, Professeur* M. ROSENBERG Charles, Maître de conférences Mme MAUREY-GUENEC Christelle, Maître de conférences Mme BENCHEKROUN Ghita, Maître de conférences contractuel - UNITE DE MEDECINE DE L’ELEVAGE ET DU SPORT M. GRANDJEAN Dominique, Professeur * Mme YAGUIYAN-COLLIARD Laurence, Maître de conférences contractuel - DISCIPLINE : NUTRITION-ALIMENTATION M. PARAGON Bernard, Professeur - UNITE DE REPRODUCTION ANIMALE M. REMY Dominique, Maître de conférences (rattaché au DPASP)* M. FONTBONNE Alain, Maître de conférences M. NUDELMANN Nicolas, Maître de conférences M. DESBOIS Christophe, Maître de conférences Mme CONSTANT Fabienne, Maître de conférences (rattachée au DPASP) Mme MASSE-MOREL Gaëlle, Maître de conférences contractuel (rattachée au DPASP) M. MAUFFRE Vincent, Assistant d’enseignement et de recherche contractuel, (rattaché au DPASP) - DISCIPLINE : URGENCE SOINS INTENSIFS Mme ROUX Françoise, Maître de conférences - DISCIPLINE : OPHTALMOLOGIE Mme CHAHORY Sabine, Maître de conférences * DEPARTEMENT DES PRODUCTIONS ANIMALES ET DE LA SANTE PUBLIQUE (DPASP) Chef du département : M. MILLEMANN Yves, Maître de conférences - Adjoint : Mme DUFOUR Barbara, Professeur - DISCIPLINE : BIOSTATISTIQUES - UNITE DE PATHOLOGIE MEDICALE DU BETAIL ET DES ANIMAUX M. DESQUILBET Loïc, Maître de conférences DE BASSE-COUR M. ADJOU Karim, Maître de conférences * - UNITE D’HYGIENE ET INDUSTRIE DES ALIMENTS D’ORIGINE M. MILLEMANN Yves, Maître de conférences ANIMALE M. BELBIS Guillaume, Assistant d’enseignement et de recherche contractuel, M. BOLNOT François, Maître de conférences * M. HESKIA Bernard, Professeur contractuel M. CARLIER Vincent, Professeur Mme COLMIN Catherine, Maître de conférences - UNITE DE ZOOTECHNIE, ECONOMIE RURALE M. AUGUSTIN Jean-Christophe, Maître de conférences M. ARNE Pascal, Maître de conférences* Mme GRIMARD-BALLIF Bénédicte, Professeur - UNITE DES MALADIES CONTAGIEUSES M. COURREAU Jean-François, Professeur Mme DUFOUR Barbara, Professeur* M. BOSSE Philippe, Professeur M. BENET Jean-Jacques, Professeur Mme LEROY-BARASSIN Isabelle, Maître de conférences Mme HADDAD/HOANG-XUAN Nadia, Professeur M. PONTER Andrew, Professeur Mme PRAUD Anne, Assistant d’enseignement et de recherche contractuel, DEPARTEMENT DES SCIENCES BIOLOGIQUES ET PHARMACEUTIQUES (DSBP) Chef du département : Mme COMBRISSON Hélène, Professeur - Adjoint : Mme LE PODER Sophie, Maître de conférences - UNITE D’ANATOMIE DES ANIMAUX DOMESTIQUES - UNITE DE PATHOLOGIE GENERALE MICROBIOLOGIE, M. CHATEAU Henry, Maître de conférences* IMMUNOLOGIE Mme CREVIER-DENOIX Nathalie, Professeur Mme QUINTIN-COLONNA Françoise, Professeur* M. DEGUEURCE Christophe, Professeur M. BOULOUIS Henri-Jean, Professeur Mme ROBERT Céline, Maître de conférences M. MAGNE Laurent, Maître de conférences contractuel - DISCIPLINE : ANGLAIS Mme CONAN Muriel, Professeur certifié - UNITE DE PHARMACIE ET TOXICOLOGIE M. TISSIER Renaud, Maître de conférences* Mme ENRIQUEZ Brigitte, Professeur M. PERROT Sébastien, Maître de conférences - UNITE DE BIOCHIMIE M. BELLIER Sylvain, Maître de conférences* M. MICHAUX Jean-Michel, Maître de conférences - DISCIPLINE : EDUCATION PHYSIQUE ET SPORTIVE M. PHILIPS, Professeur certifié - UNITE DE PHYSIOLOGIE ET THERAPEUTIQUE M. TIRET Laurent, Maître de conférences* Mme COMBRISSON Hélène, Professeur Mme PILOT-STORCK Fanny, Maître de conférences - UNITE DE GENETIQUE MEDICALE ET MOLECULAIRE M. 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À Madame MARIGNAC Geneviève Maître de conférences à l'École Nationale Vétérinaire d’Alfort qui a accepté de diriger ce travail qu’elle veuille bien trouver ici l’expression de ma profonde gratitude pour m’avoir aidé et conseillé tout au long de ce travail et pour m’avoir accueillie aussi chaleureusement au sein du service de parasitologie. Hommage respectueux et sincères remerciements. À Monsieur DESQUILBET Loïc Maître de conférences à l'École Nationale Vétérinaire d’Alfort qui a accepté d'être mon assesseur qu’il veuille bien trouver ici l’expression de ma profonde gratitude pour son aide précieuse, ses conseils et sa réactivité tout au long de ce travail. Hommage respectueux et sincères remerciements. À Monsieur PERROT Sebastien Maître de conférences à l'École Nationale Vétérinaire d’Alfort qu’il veuille bien trouver ici l’expression de ma profonde gratitude pour m’avoir aidée et conseillée tout au long de ce travail. Hommage respectueux et sincères remerciements. À Monsieur GARELIK Daniel Médecin tabacologue à l’hôpital européen Georges Pompidou qu’il veuille bien trouver ici l’expression de ma respectueuse gratitude pour avoir été à l’initiative de ce travail et pour le temps qu’il y a consacré. Hommage respectueux et sincères remerciements. À Madame KIMURA Noriko Docteur vétérinaire exerçant à Tokyo qu’elle veuille bien trouver ici l’expression de ma profonde gratitude pour son aide précieuse et sa bonne humeur tout au long de ce travail. Je lui souhaite bonne chance pour l’avenir. Hommage respectueux et sincères remerciements. À Madame LE PODER Sophie Maître de conférences à l'École Nationale Vétérinaire d’Alfort qu’elle veuille bien trouver ici l’expression de ma respectueuse gratitude pour m’avoir autorisée à effectuer mon recrutement au sein des consultations de vaccination. Hommage respectueux. À Madame CROSAZ Odile Chargés de consultation Monsieur JAMET Jean-François Monsieur HUBERT Blaise, praticien hospitalier qu’ils veuillent bien trouver ici l’expression de ma respectueuse gratitude pour leur aide tout au long de ce travail. Hommage respectueux. À Monsieur FREYBURGER Ludovic Maître de conférences à l'École Nationale Vétérinaire de Lyon qu’il veuille bien trouver ici l’expression de ma respectueuse gratitude pour avoir apporté son aide dans l’élaboration du protocole de l’étude. Hommage respectueux. À mon père, Parce qu’il a toujours été là pour moi et que je lui en serais toujours reconnaissante. Je lui dédie cette thèse. À ma sœur, Cette thèse ne contient pas de références à Doctor Who. Sache cependant que je te dédie aussi cette thèse. À mon frère, À qui je dois ma culture cinématographique. À Geoffroy, Pour avoir toujours été à mes côtés et m’avoir soutenue durant toutes ces années. Tu es génial. Je t’aime. À Capucine et Oriane, Parce que vous êtes surement les meilleures amies que je n’ai jamais eues, et pour tous les fous rires que l’on a eus ensemble. Je vous adore. À mes amies de classe prépa, Catherine, Hélène, Charlotte, Laure, et les autres. TABLE DES MATIÈRES LISTE DES ABRÉVIATIONS………………………………………………………………..5 LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES……………………………………………………..7 IN T R OD UC T IO N … ……… ……… …… … ……… ……… …… … ……… ….… …. 9 PREMIÈRE PARTIE : ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE ........................................................ 11 I. Le tabagisme passif………………………………………………………………………13 1. Histoire du tabagisme passif………………………………………………………...13 2. Données actuelles………………………………………………………………...14 3.Définitions………………………………………………………………………..14 4. Fumée de tabac ambiante ou seconhand smoke………………………………….15 a) Composition………………………………………………………………15 b) Diffusion dans l’environnement…………………………………………...19 c) Voies d’entrées dans l’organisme………………………………………….20 2. Le tabagisme tertiaire ou thirdhand smoke (THS)………………………………...21 a) Composition………………………………………………………………..21 b) Diffusion dans l’environnement…………………………………………...22 c) Voies d’entrées dans l’organisme………………………………………….23 II. Les dermatoses d’origine allergique chez le chien : difficultés diagnostiques, allergènes impliqués et facteurs prédisposants…….…………………….………………………...….…25 1. Définitions…………………………………………………………………………....25 a) La dermatite atopique canine………………………………………………25 b) L’allergie alimentaire……………………………………………………...25 2. Diagnostic des DOA………………………………………………………………25 a) Diagnostic clinique………………………………………………………...25 b) Diagnostic différentiel…………………………………………………….28 c) Diagnostic étiologique……………………………………………………..29 d) Difficultés diagnostiques…………………………………………………..29 3. Etiopathogénie de la dermatite atopique canine…………………………………...30 a) Allergènes impliqués lors de dermatite atopique canine…………………..30 b) Pathogénie : anomalies de barrière………………………………………...30 4. Facteurs prédisposants……………………………………………………………..35 a) Races prédisposées……………………………………………………….35 a) Antécédents familiaux……………………………………………………36 b) Sexe………………………………………………………………………36 c) Âge à l’adoption………………………………………………………….36 d) Mode de vie………………………………………………………………36 III. Rôle du tabagisme passif dans les dermatoses d’origine allergique……………………..37 1. Chez l’homme……………………………………………………………………..37 2. Chez le chien………………………………………………………………………37 1 DEUXIÈME PARTIE: ÉTUDE PROSPECTIVE: RECHERCHE DE L’ASSOCIATION ENTRE EXPOSITION AU TABAGISME PASSIF ET PRÉSENCE DE DOA CHEZ LE CHIEN…………………………………………………………………………………….…39 I. Élaboration du protocole et du questionnaire……………………………………………...41 1. Protocole……………………………………………………………………………..41 a) Population étudiée………………………………………………………..41 b) Les dermatoses d’origine allergique……………………………………...42 c) L’exposition au tabagisme passif…………………………………………42 d) Mode de recrutement……………………………………………………..43 2. Questionnaire…………………………………………………………………………43 II. Enquête pilote……………………………………………………………………………..45 1. Matériel et méthodes…………………………………………………………………45 2. Résultats……………………………………………………………………………...46 3. Exploitation des résultats préliminaires………………………………………………46 III. Étude prospective………………………………………………………………………..47 1. Matériel et méthodes…………………………………………………………………47 a) Modalités de recrutement………………………………………………...47 b) Critères d’inclusion………………………………………………………47 c) Critères de non inclusion…………………………………………………47 d) Protocole diagnostic………………………………………………………48 e) Définition de l’exposition d’intérêt………………………………………49 f) Outils statistiques utilisés………………………………………………...50 IV. Résultats de l'enquête………………………………………………………………...…..50 1. Résultats bruts……………………………………………………………………….50 2. Quantification de l’association entre exposition au tabagisme passif et présence de DOA……………………………………………………………………..52 V. Discussion………………………………………………………………………………..54 1. Discussion du matériel et méthode………………………………………………….54 a) Nombre de chiens recrutés………………………………………………54 b) Mode de recrutement……………………………………………………54 c) Erreur de classement sur les chiens atteints de DOA……………………55 d) Erreur de classement sur les chiens témoins……………………………..56 e) Erreur de classement sur l’évaluation des chiens exposés et non exposés.56 f) Présence de biais de classement dans l’association entre tabagisme passif et la présence deDOA………………………………………….…..57 2. Discussion des résultats………………………………………………………………57 CONCLUSION………………………………………………………………………………61 BIBLIOGRAPHIE …………………………………………………………………………..63 2 ANNEXE…………………………………………………………………………………….71 Annexe 1: Consentement éclairé……………………………………………………………..71 Annexe 2: Questionnaire soumis aux propriétaires et feuille d’examen……………...……..73 Annexe 3: Article…………………………………………………………………………….77 3 4 LISTE DES ABRÉVIATIONS AA: Allergie alimentaire APE : Agence de protection de l’environnement CHUVA : Centre hospitalier universitaire vétérinaire d’Alfort Da: Dalton (unité de mesure) DAC: Dermatite atopique canine DOA.: Dermatose d’origine allergique HONO: Acide nitreux IC: Intervalle de confiance IARC: Agence internationale de recherche contre le cancer IgE: Immunoglobuline E MET: Microscope électronique à transmission NAC: Nouveaux animaux de compagnie NAST: Nitrosamines spécifiques du tabac OMS: Organisation mondiale de la santé OR: Odds ratio PRS: Particules respirables en suspension SHS: Fumée de tabac ambiante (SHS pour secondhand smoke) THS: Tabagisme tertiaire (THS pour Thirdhand smoke) 5 6 LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES TABLEAUX Tableau 1: Composition de la fumée de tabac dans le courant principal et le courant secondaire et effets néfastes de ces composés [7]....................................................................18 Tableau 2: Critères de diagnostic de la DAC d’après Willemse (1986) [84]………………...26 Tableau 3: Critères de diagnostic de la DAC d’après Prélaud et al. (1998) [64]……………………………………………………………………………………….…..27 Tableau 4: Critères de diagnostic de la DAC d’après Favrot et al. (2010) [19]……………...28 Tableau 5: Répartition des chiens selon leur sexe, leur âge, leur race, leur consultation d’origine et comparaison entre les chiens témoins et les chiens atteints de DOA...................52 Tableau 6: Répartition du nombre de critères de Favrot selon l’exposition au tabagisme passif parmi les 161 chiens inclus dans l’étude........................................................................52 Tableau 7: Association entre le degré d’exposition au tabagisme passif et la présence de DOA………………………………………………………………………………………….53 Tableau 8: Correspondance entre degré d’exposition, consommation de tabac et surface de l’habitat.....................................................................................................................................58 FIGURES Figure 1: Les trois courants de la fumée de tabac……………………………………………16 Figure 2: Structure de l’épiderme…………………………………………………………….31 Figure 3: Couche cornée d’un chien sain après fixation (MET). Les lamelles de lipides sont régulièrement disposées dans les espaces intercellulaires (carré blanc)...........................32 Figure 4: Couche cornée de la peau saine d’un chien atopique après fixation (MET). Le dépôt de lamelles de lipides est fortement hétérogène et celles si sont absentes dans certains espaces intercellulaires (carrés noirs).........................................................................32 Figure 5: Formation et migration de la filaggrine lors du processus final de différentiation de l’épiderme. D’après Sandilands et al. (2009) [68]...............................................................33 Figure 6: Association ajustée entre le degré d’exposition au tabagisme passif et la présence de DOA (OR [IC95%] ajustés sur l’âge, le sexe, et la race (prédisposée ou non)). La classe de référence étant le degré 0, correspondant aux chiens non exposés au tabagisme passif.........................................................................................................................................54 7 8 INTRODUCTION Les dermatoses d’origine allergique (DOA) que sont la dermatite atopique canine (DAC) et l’allergie alimentaire (AA) font partie des maladies les plus largement décrites en dermatologie vétérinaire des carnivores domestiques. On soupçonne depuis longtemps qu’il existe chez le chien des facteurs environnementaux qui joueraient un rôle dans l’apparition ou l’aggravation des signes cliniques de dermatite atopique. L’augmentation du nombre de cas de DAC constatée au cours de ces dernières décennies [22, 45], qui ne peut s’expliquer entièrement par l’intervention de facteurs génétiques, est un argument en faveur de cette hypothèse. Chez l’homme, l’influence des facteurs environnementaux, dont l’exposition au tabagisme passif, sur le développement de la dermatite atopique a fait l’objet de nombreuses études [5, 24, 25, 30, 38, 62, 76]. Bien que leurs résultats soient parfois contradictoires, le tabagisme passif y est désigné comme un facteur de risque de développement de dermatite atopique, notamment chez l’enfant [5, 25, 38]. Or, la dermatite atopique humaine et la DAC ont de nombreux points communs dont l’épidémiologie, la pathogénie, la distribution et la nature des lésions, etc. [42, 43, 57]. On peut donc penser que si le tabagisme passif est un facteur de risque d’apparition de DOA chez l’homme, il peut l’être aussi chez le chien. De plus, les chiens de compagnie vivent souvent en étroite proximité avec leurs propriétaires. Cette proximité, cumulée avec leur faible gabarit et le fait que la plupart des personnes ne s’interdisent pas de fumer en présence de leur chien, fait que les chiens de compagnie sont particulièrement exposés au tabagisme passif et à ses possibles effets néfastes [46]. A la lumière de ces observations, et en l’absence d’études publiées sur l’association entre présence de DOA et exposition au tabagisme passif chez le chien, nous avons décidé de mener une étude prospective au sein des consultations de dermatologie et de vaccination du Centre Hospitalier Universitaire Vétérinaire d’Alfort. Cette étude a pour but de rechercher l’existence d’une telle association afin de permettre une meilleure gestion des cas de DAC et de sensibiliser les propriétaires de chiens aux conséquences de leur mode de vie sur la santé de leur animal. Dans cette thèse sont présentés tout d’abord une synthèse des connaissances actuelles sur le tabagisme passif, les DOA et les associations qui existent entre les deux. Par la suite, nous décrivons l’étude prospective que nous avons menée et en présentons et discutons les résultats. 9 10 PREMIÈRE PARTIE ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE 11 12 I. Le tabagisme passif 1. Histoire du tabagisme passif Le tabac est une plante originaire d’Amérique du Sud dont les premières traces de culture remonteraient vers 3000 à 5000 ans avant J-C. Il était utilisé à l’occasion d’évènements sociaux et religieux au cours desquels il pouvait être prisé, fumé mais aussi mangé ou bu après avoir été infusé. Le tabac était également cultivé à des fins médicales pour ces propriétés analgésiques et antiseptiques. Ce n’est qu’avec l’arrivée des premiers européens, lors de l’expédition menée par Christophe Colomb en 1492, que l’usage du tabac se répand en Europe avec l’importation des premières graines en Espagne et au Portugal. Après l’introduction du tabac à la cour d’Elisabeth I d’Angleterre en 1586, la consommation de tabac, d’abord réprimée par les instances religieuses comme l’inquisition espagnole, va devenir l’apanage des classes les plus aisées (son coût étant prohibitif à l’époque). De là, le tabac va envahir le monde avec l’établissement des premières colonies et, vers 1850, la mise sur le marché des premières cigarettes. [48] Deux variétés sont cultivées dans le monde : Nicotiana tabacum, qui est la variétée la plus utilisée par l’industrie du tabac, et Nicotiana Rustica. Les premières inquiétudes quant au caractère nocif du tabac remontent à son introduction en Europe. Jacques I, successeur d’Elisabeth I, décrivait déjà en 1604 le tabagisme comme « une coutume nuisible pour le cerveau » et « dangereuse pour les poumons ». Il fut d’ailleurs le premier à mettre en place des taxes sur le tabac importé afin, selon lui, d’en limiter la consommation par ses sujets [48]. Il faudra cependant attendre le début du XXe siècle pour que l’on s’intéresse à nouveau aux effets du tabac sur la santé humaine. Dans les années 20, l’incidence du nombre de cancers du poumon dans les pays industrialisés explose [40]. En Angleterre et au Pays de Galles on diagnostique, en 1947, 15 fois plus de cancers du poumon qu’en 1922 [16]. Des groupes d’experts se forment alors sous l’impulsion conjointe des associations de cancérologues, cardiologues et pneumologues et des services de la santé publique. En 1957, le chef du service fédéral de la Santé publique des États-Unis (le Surgeon General), désigne le tabac comme la principale cause d’augmentation du nombre de cancers du poumon sur la base des études rétrospectives menées depuis les années 40 [82]. La même année, le British Medical Research Council émet un rapport aux conclusions similaires [27]. La publication de ces rapports constitue le point de départ de toutes les recherches menées par la suite sur les effets néfastes de la consommation de tabac. Les effets du tabagisme passif ne deviennent un enjeu de santé publique que des années plus tard malgré le fait que l’hypothèse d’un lien entre l’inhalation de fumée de tabac ambiante et la survenue d’un cancer du poumon ait été évoquée dès 1928 [70]. Dans les années 1970, plusieurs rapports du Surgeon General soulignent la nécessité d’étudier l’impact du tabagisme sur les non-fumeurs involontairement exposés à la fumée de tabac. Les effets du tabagisme passif sont encore peu connus et les études font état d’un possible effet délétère des composants de la fumée sur la santé non-fumeurs souffrant déjà de maladies cardiaques ou respiratoires chroniques. En 1986, le Surgeon General publie un rapport faisant état de la présence de nicotine et d’acroléine dans l’air ambiant ainsi que de cotininine dans les urines des non-fumeurs. Ces molécules sont des marqueurs fiables de l’exposition au tabagisme passif et leur mesure a permis de prouver qu’elles se trouvaient en quantité non négligeable dans les organismes des personnes exposées à la fumée de tabac ambiante. Il y est également fait état de l’existence 13 d’une association entre l’exposition à la fumée de tabac ambiante et le risque de survenue de maladies chroniques telles que les cancers du poumon, les maladies cardio-vasculaires, les broncho-pneumonies, la toux chronique chez l’enfant, etc. [80]. En 1992, sur la base des nombreuses études menées sur le lien entre tabagisme passif et cancer du poumon, l’Agence de Protection de l’Environnement des Etats-Unis (A.P.E.) classe la fumée de tabac ambiante comme cancérogène de groupe 1 (c'est-à-dire cancérigène pour l’homme). Les études publiées par la suite, dont le rapport du Surgeon General de 2006 consacré au tabagisme passif, ont confirmé le caractère hautement nocif du tabagisme passif et son implication dans la survenue de maladies pulmonaires, cardiaques, de cancers O.R.L et vésicaux, etc. [81]. Son implication dans les allergies chez l’enfant et l’adulte est aussi en cours d’investigation comme nous le verrons par la suite. 2. Données actuelles Le tabagisme passif est devenu, ces dernières années, un enjeu majeur de santé publique. Dans le monde, on estime que 40% des enfants, 33% des hommes et 35% des femmes non fumeurs sont exposés au tabagisme passif. Cette exposition a lieu majoritairement au sein de l’habitation, sur le lieu de travail et dans les lieux publics fermés tels que les restaurants, cafés et boîtes de nuit [53]. Afin de protéger la santé des non-fumeurs, près d’une vingtaine de pays, dont la France, a mis en place des lois bannissant la cigarette des lieux publics et 60 autres pays sont ont initié des campagnes dans ce sens. Malgré les effets bénéfiques sur la santé de la population constatés suite à la mise en place de ces lois anti-tabac, seule 7,4 % de la population mondiale est à ce jour protégée contre les méfaits du tabagisme passif [58]. Selon l’O.M.S., le tabagisme passif aurait été responsable en 2004 de 603 000 décès prématurés au niveau mondial ce qui correspond à 1% de toutes les causes de décès. Parmi eux, les enfants, la catégorie la plus touchée par les maladies invalidantes liées au tabagisme passif, représenteraient 28% des décès liés au tabagisme passif [54]. En dépit des recommandations répétées de l’O.M.S. et de l’accumulation des études prouvant la nocivité du tabagisme passif, une étude a révélé que près de 80% des parents fumeurs fument au sein de leur habitation et que la même proportion fume en présence de ces enfants [86]. Bien qu’il n’existe pas de recensement à grande échelle du nombre d’animaux domestiques exposés au tabagisme passif, on peut raisonnablement penser que si une telle proportion de fumeurs expose leurs enfants au tabagisme passif, leur animal de compagnie vivra dans les mêmes conditions. Une étude menée au Michigan donne une idée du nombre d’animaux de compagnie (chiens et chats) exposés quotidiennement au tabagisme passif. Vingt et un pourcents des propriétaires d’animaux étaient fumeurs et 27% d’entre eux vivaient avec au moins un fumeur. Fumer à l’intérieur du domicile était toléré dans 25% des foyers concernés par l’étude [46]. Si l’on se fie à ces résultats, l’exposition au tabagisme passif serait loin d’être marginale et pourrait concerner des millions de chiens et chats sachant que la France comptait en 2010 près de 59 millions d’animaux de compagnie, dont plus de 7 millions de chiens [89]. 3. Définition On entend par « tabagisme passif », ou autre expression interchangeable telle que « exposition à la fumée de tabac présente dans l’environnement » ou « inhalation involontaire de fumée », l’inhalation involontaire d’un mélange de fumée émise directement par la 14 combustion de tabac et de fumée exhalée par les fumeurs. Cette substance est appelée « secondhand smoke » (SHS) ou « fumée de tabac ambiante ». Ce mélange contient de nombreux composés pharmacologiquement actifs, toxiques, mutagènes ou cancérogènes, qui sont des irritants puissants [59]. À cette définition s’est ajoutée récemment l’exposition à ce que la communauté scientifique appelle « thirdhand smoke » (THS) qui pourrait se traduire par « tabagisme tertiaire » ou « tabagisme de troisième main ». Le tabagisme tertiaire est constitué par l’ensemble des polluants issus de la fumée de tabac ambiante qui se déposent, persistent sur les surfaces et dans la poussière, qui sont remis en suspension dans l’air ou qui réagissent avec les autres composés de l’environnement pour participer à la formation d’autres polluants. Ce sont ces substances qui sont responsables entre autre de l’odeur de « tabac froid » et des décolorations (taches jaunâtres) observées dans les pièces où un fumeur a séjourné. Cette forme de tabagisme passif, bien qu’évoquée dès les années 50 [88], n’a été véritablement défini qu’en janvier 2009 avec la publication d’une étude, dans le journal Pediatrics, cherchant à promouvoir l’interdiction de fumer à l’intérieur du domicile [85]. Depuis, le tabagisme tertiaire et les répercussions qu’il pourrait avoir sur la santé a fait et fait encore l’objet d’études en ce moment. Dans cette thèse, nous considérerons la fumée de tabac ambiante et le tabagisme tertiaire comme deux modalités du tabagisme passif au sein de ce que l’on appelle un microenvironnement. Un microenvironnement est un lieu où la concentration d’un polluant donné (ici la fumée de tabac ambiante) ne varie pas ou peu pendant le temps durant lequel l’individu est exposé à ce polluant. Les microenvironnements les plus courants pour le tabagisme passif sont le domicile, le lieu de travail et les lieux publics fermés. En l’occurrence, nous nous intéresserons au domicile du propriétaire du chien et à son véhicule si le chien y est exposé au tabagisme passif. Pour mieux comprendre l’influence que peut avoir l’exposition au tabagisme passif sur un individu, nous allons en décrire la composition, le mode de diffusion et les voies d’entrées dans l’organisme. Nous prendrons pour modèle la cigarette, qui est le mode de consommation le plus courant du tabac en France. 4. Fumée de tabac ambiante ou secondhand smoke a) Composition Une cigarette industrielle se compose d’un mélange de tabacs auquel sont ajoutés différents additifs afin de diminuer le caractère âpre et irritant de la fumée et d’en faciliter l’absorption par le fumeur. Les additifs les plus couramment utilisés sont l’ammonium, des sucres et édulcorants, des arômes, du cacao et des extraits de fruits. Ce mélange est entouré d’une feuille de papier et la plupart des cigarettes actuellement sur le marché sont équipés en plus d’un filtre. Ces dernières années, des colorants sont parfois rajoutés au filtre et/ou au papier de la cigarette afin d’attirer les femmes et les jeunes consommateurs. Tous ces éléments sont à l’origine des composés que l’on retrouve dans la fumée de tabac. La combustion d’une cigarette entraîne la formation de trois courants distincts, illustrés par la Figure 1. 15 Figure 1: Les trois courants de la fumée de tabac - Le courant principal ou « mainstream smoke » est la fumée inhalée par le fumeur à chaque bouffée. Lorsque le fumeur aspire une bouffée, l’extrémité incandescente de la cigarette atteint une température supérieure à 800°C ce qui permet la combustion du tabac et la formation de plusieurs milliers de composés chimiques sous forme de particules ou de gaz. La composition de ce courant principal change au fur et à mesure du refroidissement de la fumée et suite au passage dans les poumons. Certains composés sont piégés par les voies pulmonaires tandis que d’autres réagissent entre eux pour former de nouvelles molécules [7, 11, 20]. - Le courant secondaire ou « sidestream smoke » est la fumée émise entre chaque bouffée par l’extrémité incandescente de la cigarette. La température (600°C) à y est alors inférieure à celle enregistrée lors des bouffées. La combustion incomplète du tabac qui en résulte entraîne l’émission d’un nombre plus important de composés que lors de la formation du courant principal. En outre, certains composés sont présents à des quantités jusqu’à dix fois plus élevées dans le courant secondaire que dans le courant primaire [7, 11, 20]. - Le courant tertiaire est la fumée expirée par le fumeur entre chaque bouffée c'est-à-dire la fumée du courant principal après qu’elle a été inspirée par le fumeur puis rejetée. La composition qualitative de ce courant tertiaire est sensiblement la même que celle du courant principal et certains auteurs regroupent les deux entités dans le courant principal. [7] Le mélange complexe formé par les courants de fumée secondaire et tertiaire et leur transformation constitue la fumée de tabac ambiante. La majorité des constituants de la fumée ambiante provient du courant secondaire. Ceci s’explique par le fait qu’une plus grande quantité de tabac est consumée entre chaque bouffée. Le courant tertiaire, quant à lui, contribue entre 15 et 43% de la phase particulaire et de 1 à 13% de la phase gazeuse de la fumée de tabac ambiante [7]. 16 Les courants principal et secondaire ont un grand nombre de constituants en commun qui sont distribués entre les phases gazeuses et particulaires de la fumée. Près de 4700 composés chimiques ont été identifiés à ce jour dans la fumée de tabac nouvellement formée. L’une des différences majeures entre ces deux types de fumée est la quantité de chacun de leurs constituants. Nous avons déjà évoqué le fait que le courant secondaire, principale source de la fumée de tabac ambiante, contient, de part son processus de formation, des quantités plus importante de certains composés par rapport aux quantités présentes dans la fumée du courant principal. Ces variations sont illustrées ci-dessous dans le Tableau 1 qui liste une partie des composés communs aux deux courants de fumées. Certaines molécules, comme le dioxyde de carbone et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (carcinogènes notoires), peuvent être présentes à des taux dix fois plus élevés dans le courant secondaire que dans le courant primaire. 17 Tableau 1: Composition de la fumée de tabac dans le courant principal et le courant secondaire et effets néfastes de ces composés [7]. Composés Phase gazeuse Monoxyde de carbone Dioxyde de carbone Carbonyl sulfide Benzène Toluène Formaldehyde Acroleine Acetone Pyridine 3-Vinylpyridine Cyanide d'hydrogène Hydrazine Ammonium Methylamine Oxides d'azote N-Nitrosodimethylamine N-Nitrosodiethylamine N-Nitrosopyrrolidine Acide formique Methyl chloride Phase particulaire Goudrons Nicotine Phenol Aniline 2-Toluidine 2-Naphthylamine Benz[a]anthracene Benzo[a]pyrene Quinoléine N’-Nitrosonronicotine NNK N-Nitrosodiethanolamine Cadmium Nickel Polonium Quantité dans le SS/MS Ratio Effets cancérogènes Effets non cancérogènes courant principal 12 - 23 mg 20 - 40 mg 18 - 42 µg 12 - 48 µg 100-200 µg 70-100 µg 60-100 µg 100-250 µg 16-40 µg 11-30 µg 400-500 µg 32 ng 50-130 µg 11,5-28 µg 100-600 µg 10-40 ng ND-25 ng 6-30 ng 210-490 ng 150-600 µg 2.5 - 4.7 8 - 11 0.03 - 0.13 5 - 10 5.6 - 8.3 0.1 - ~50 8 - 15 2-5 6.5 - 20 20 - 40 0.1 - 0.25 3 40 - 170 4.2 - 6.4 4 - 10 20 - 100 < 40 6 - 30 1.4 - 1.6 1.7 - 3.3 15-40 mg 1-2,5 mg 60-140 µg 360 ng 160 ng 1,7 ng 20-70 ng 20-40 ng 0,5-2 µg 200-3000 ng 100-1000 ng 20-70 ng 100 ng 20-80 ng 0,04-0,1 pCi 1.3 - 1.9 2.6 - 3.3 1.6 - 3.0 30 19 30 2-4 2.5 - 3.5 8 - 11 0.5 - 3 1-4 1.2 7.2 13 - 30 1.0 - 4.0 Maux de tête, étourdissements Oui Oui Suspect Irritant, dépression du SNC Nausées, dépression du SNC Dépression du SNC Irritant, crises d'asthmes Irritant, œdème pulmonaire Irritant, étourdissements Irritant, étourdissements Suspect Suspect Dermatite, hépatotoxique Suspect Suspect Suspect Hépatotoxique Dépression du SNC, fatigue Oui Suspect Suspect Oui Oui Oui Oui Oui Suspect Suspect Oui Oui Oui Arrythmie cardiaque Méthémoglobinémie Dépression du SNC Irritant, étourdissements Irritant, dermatite Irritant, nausées, coma Irritant, bronchite Irritant, déficience immunitaire Le rapport entre la teneur dans la fumée du courant secondaire et la teneur dans la fumée du courant primaire peut être modifié entre autres par : l’espèce et la variété de tabac fumée, le mode de conditionnement de ce tabac, la longueur de la cigarette, la présence ou non d’un filtre. Ces variations sont avant tout le résultat d’un changement de la composition et de la quantité de fumée du courant primaire émise, la formation du courant secondaire étant peu affectée par ces différents facteurs. Par conséquent, on pourra considérer que l’exposition au tabagisme passif dépend peu du type de cigarettes fumées et nous nous baserons sur ce postulat pour notre enquête. 18 Parmi les constituants de la fumée de tabac ambiante, au moins 250 composés ont été classés comme toxiques ou carcinogènes selon le rapport du Surgeon General publié en 2006. Dans le Tableau 1, certains de ces constituants sont listés ainsi que leurs effets sur la santé chez l’homme. On remarque qu’un grand nombre d’entre eux sont irritants pour la peau, les yeux et le système respiratoire ce qui explique que le tabagisme passif puisse être suspecté depuis longtemps de provoquer des réactions de type allergique. On constate en outre que de nombreuses substances répertoriées ici sont classées comme cancérogènes avérés ou suspectés d’être cancérogène pour l’homme. La nocivité de ces composés explique pourquoi l’O.M.S. considère qu'il n'existe pas de niveau d'exposition sans danger à la fumée secondaire [58]. Suite à la formation des courants primaires et secondaires, les constituants de la fumée vont subir une série de changements chimiques et physiques que l’on appelle « vieillissement » de la fumée de tabac ambiante. La composition de la fumée de tabac ambiante est sensiblement différente de celle des fumées secondaires et primaires : elle change constamment au fur et à mesure de sa dilution au sein d’un microenvironnement [11]. b) Diffusion dans l’environnement La fumée de tabac ambiante est constituée de molécules présentes sous forme gazeuse ou sous forme particulaire. Selon les caractéristiques de l’environnement, certaines de ces molécules peuvent passer d'un état à l’autre au cours du vieillissement de la fumée. La nicotine, par exemple, est présente presque exclusivement sous forme particulaire au sein de la fumée primaire alors qu’elle est présente à 95% sous forme gazeuse dans la fumée de tabac ambiante [7]. Les particules présentes dans la fumée de tabac ambiante sont généralement d’une taille inférieure à 2,5 µm de diamètre. Au cours du vieillissement de la fumée de tabac, elles peuvent subir plusieurs transformations qui vont influer sur leur taille et leur durée de vie dans l’environnement. - La coagulation : elle se produit quand des particules de petite taille s’agglomèrent pour former des particules de plus grande taille. - La croissance hygroscopique et l’évaporation : en présence d’un taux d’humidité élevé, les particules peuvent augmenter en taille via le phénomène de croissance hygroscopique (hydratation de particules sèches). Le phénomène inverse peut se produire avec des particules qui diminuent en taille en se déshydratant. - La dilution : c’est le phénomène le plus important lors du vieillissement de la fumée car il conditionne en grande partie l’exposition des individus nonfumeurs. Lorsque la fumée de tabac ambiante se mélange avec l’air ambiant, l’eau et les composés volatiles et semi-volatiles s’évaporent de la particule et celle-ci diminue en taille. - La formation de particules : elle est possible grâce au phénomène de coagulation ou suite à la condensation de vapeurs produites lors de la combustion du tabac et de gouttelettes de composés déjà présents dans l’air ambiant. 19 La durée de vie de la fumée de tabac ambiante dépend de sa vitesse de dilution dans l’atmosphère et des conditions environnementales propre au micro-environnement dans lequel le fumeur a consommé sa cigarette. Dans une étude menée dans une chambre confinée, Morawska et al. (1997) [47] ont étudié les caractéristiques de la fumée de tabac ambiante au cours du temps. Ils ont constaté qu’alors que la concentration en particules de fumée de tabac ambiante diminuait, la taille des particules augmentait, le diamètre médian d’une particule passant de 0,11 µm à 0,22 µm. Ces particules sont toujours présentes, au dessus de la quantité de base, 300 minutes après la formation initiale de fumée. La baisse de la concentration en particules est due à la ventilation, le dépôt sur les murs et les surfaces planes, la coagulation et l’évaporation des particules de fumée de tabac ambiante. Globalement, le comportement de la fumée de tabac ambiante peut être assimilé à celui d’un polluant atmosphérique au sein d’un espace clos ou semi-clos. La concentration d’un polluant dans un espace donné dépend du volume de cet espace et du rythme auquel le polluant est généré puis éliminé. Cette élimination peut se faire via la ventilation, le renouvellement de l’air ambiant ou le dépôt et l’adsorption au niveau des surfaces [60]. Un modèle de prédiction de la concentration d’un polluant, appelé « modèle de conservation des masses », est utilisé depuis de nombreuses années dans la création de modèles mathématiques complexes permettant d’évaluer l’exposition au tabagisme passif au sein du domicile. Klepeis et Nazaroff (2006) [37] ont élaboré et appliqué un de ces modèles à un environnement multi-compartimenté similaire à un appartement. L’exposition à la fumée de tabac ambiante y était dépendante de la quantité de cigarettes, du niveau d’émission pour chaque cigarette, du volume de l’espace considéré, de l’échange air extérieur-air intérieur et de la perte due au dépôt des particules. C’est sur ce modèle que nous nous sommes basés pour évaluer l’exposition au tabagisme passif des chiens vus au cours de notre enquête prospective. c) Voies d’entrées dans l’organisme Après sa formation et sa diffusion dans l’air ambiant, la fumée de tabac ambiante est disponible dans l’environnement et peut entrer dans l’organisme par inhalation ou de façon anecdotique par ingestion. - Inhalation : voie d’entrée majeur de la fumée de tabac ambiante dont on rappelle que la quasi-totalité des constituants sont sous forme de gaz ou de particules de moins de 2,5 µm de diamètre. Les composés présents sous forme particulaire sont d’ailleurs classés dans les Particules Respirables en Suspension (P.R.S.), particules pouvant atteindre les poumons de l’individu qui les inhale. Les enfants sont particulièrement exposés car : (1) leur fréquence respiratoire est 3 à 8 fois plus élevée que celle des adultes, (2) leurs voies respiratoires sont plus étroites ce qui augmente les phénomènes d’irritation par les composés présents dans la fumée et (3) leur taille et leur poids réduits les rendent plus sensibles aux polluants et notamment aux particules et gaz lourds. Des caractéristiques physiques très semblables sont présentes chez les animaux de compagnie. On peut donc supposer que ces derniers aient des sensibilités comparables que les enfants aux méfaits des P.R.S./secondhand. 20 - Ingestion : cette voie d’entrée a été évoquée lors d’expositions d’animaux de laboratoire à de la fumée de tabac ambiante. Cependant, ces phénomènes, autrefois décrit comme une conséquence de l’exposition à la fumée secondaire, sont maintenant rattachables à l’exposition à la THS. 5. Le tabagisme tertiaire ou thirdhand smoke (THS) Nous garderons dans ce paragraphe le terme de THS car il n’a pas encore de traduction validée en français et qu’il évite la confusion entre courant tertiaire et tabagisme tertiaire. a) Composition La THS est, comme nous l’avons vu, un sujet d’étude récent. Sa composition reste donc encore en partie inconnue du fait de la multiplicité des réactions chimiques impliquées dans sa formation. On retrouve parmi ces constituants des composés chimiques présents dans la fumée de tabac ambiante et des polluants formés secondairement suite à leur interaction avec des composés présents dans l’environnement. Les constituants qui ont été identifiés à ce jour sont : la nicotine, l’acroléine, le 3éthylpyridine (3-EP), le phénol, les crésols, le naphtalène, le formaldéhyde, le benzène, les toluènes et des nitrosamines spécifiques du tabac (NAST) [44, 79]. Une étude publiée en 2010 par Sleiman et al. [74] se penche sur le mécanisme de formation des NAST présents dans la THS à l’intérieur des habitations et des véhicules et le danger potentiel qu’ils représentent. Ils font partie des cancérogènes les plus puissants et les plus actifs présents dans le tabac non consumé et la fumée de tabac. Ils ont pour précurseur la nicotine qui est émise en grande quantité au moment où une cigarette est fumée (de 7 à 8 mg par cigarette dans la fumée de tabac ambiante). Cette nicotine se dépose ensuite sur les surfaces des meubles, les tapis, les vêtements et la peau et réagit avec l’acide nitreux (HONO) pour former les NAST. L’HONO présent à l’intérieur du domicile et du véhicule provient majoritairement des appareils de chauffage à combustion, de la fumée de tabac et de la réaction chimique entre le NO et le NO2 qui se produit sur les surfaces. Les concentrations en HONO sont supérieures en milieu confiné par rapport à celles rencontrées en milieu extérieur. Ceci s’explique en partie par la photosensibilité des N-nitrosamines qui se montrent instables lorsqu’ils sont exposés à la lumière du jour. A ce jour, les trois NAST majeurs présents dans la THS sont le 1-(N-methyl-Nnitrosamino)-1-(3-pyridinyl)-4-butanal) (NNA), le 4-(methylnitrosamino)-1-(3pyridinyl)-1-butanone (NNK), and le N-nitroso nornicotine (NNN). Le NNK et le NNN sont classés dans les substances cancérogènes par l’Agence Internationale de Recherche contre le Cancer (IARC). Le NNA, bien que ne faisant pas partie de cette catégorie, semble posséder une activité mutagène similaire au NNK [32]. Une autre étude publiée en 2010 par Sleiman et al. [75] décrit la formation de particules ultrafines (100 nm de diamètre) après la réaction entre des composés de la fumée de tabac ambiante et l’ozone présent en intérieur. Une étude menée par Becquemin et al. [1] rapportent également la présence de ces particules ultrafines dans la THS notamment après mobilisation de la poussière présente sur les meubles et 21 les tissus d’ameublement d’une chambre type. Bien qu’on ne connaisse pas encore la composition de ces particules, leur taille réduite permet leur resuspension dans l’atmosphère et augmente leur disponibilité pour les individus qui y sont exposés, ce qui les rend potentiellement dangereuses pour l’organisme. b) Diffusion dans l’environnement La THS est l’ensemble des polluants issus de la fumée de tabac ambiante qui suivent la règle des 3 R : ils Restent sur les surfaces après que le tabac a été fumé, ils sont Réémis dans l’air ambiant, ou Réagissent avec les oxydants et autres composants de l’environnement pour former de nouveaux polluants. Après s’être déposée sur les surfaces présentes dans les environs du fumeur (meubles, tapis, vêtements, murs, etc.), la THS peut donc se retrouver dans l’air et les poussières ou persister sur ces surfaces. - Réémission dans l’air ambiant Les particules présentes dans les poussières et constituant la THS peuvent être remises en suspension dans l’air ambiant suite à la ventilation de la pièce, à l’époussetage des meubles, et à la mise en mouvement des vêtements, tapis et tissus d’ameublements. Becquemin et al. [1] ont montré que la concentration atmosphérique en particules enregistrée dans une pièce était multipliée par 100 lorsqu’ils effectuaient des manœuvres de « remises en suspension » (mise en marche d’un ventilateur, secouage des vêtements, essuyage des surfaces…) un jour après que 10 cigarettes ont été fumées dans cette même pièce. Cependant, la concentration en polluants dans l’air ambiant, même après remises en suspension des particules, est 100 fois inférieure à celle mesurée dans la fumée de tabac ambiante. - Persistance dans l’environnement Les constituants de la THS, peu volatiles, peuvent persister pendant de longues périodes dans l’environnement après que le fumeur a quitté la pièce. La nicotine, marqueur spécifique du tabac, est souvent utilisée comme témoin de la présence et de la concentration de THS. Les tissus, comme le coton par exemple, peuvent fixer la nicotine à des taux qui peuvent atteindre 100 mg/m2 [74]. Matt et al. [44] ont montré que des composés de la THS, tels que la nicotine, pouvaient être retrouvés dans le salon et la chambre de maisons ayant appartenu à des fumeurs jusqu’à 2 mois après que ceux-ci ont quitté et nettoyé les lieux. Après le départ des fumeurs, les murs avaient été repeints et les tapis et moquettes retirés dans de nombreuses maisons dans lesquelles ont été réalisés les prélèvements. Matt et al. [44] ont fait des observations similaires concernant la persistance de la THS dans des véhicules d’occasion. En prélevant à l’aide d’un linge les surfaces de l’intérieur d’un véhicule, ils ont retrouvé des traces de nicotine dans les véhicules dans lesquels le conducteur ou ses passagers avaient fumé. Le nettoyage et l’aération ne suffit donc pas à assainir un lieu dans lequel on a fumé du tabac. Pour retirer la nicotine déposée sur une surface, il faudrait utiliser des nettoyants acides (vinaigre par exemple) et non alcalins comme la plupart des nettoyants actuels. La nicotine est par contre fortement ancrée dans 22 les tapis et moquettes et est quasiment impossible à éliminer une fois qu’elle s’est déposée. La ventilation, quant à elle, est efficace pour éliminer la fumée de tabac ambiante mais a peu d’impact sur la teneur globale en THS dans un environnement tel que le domicile ou la voiture [39]. La THS est donc une entité tenace qui est retrouvée dans tous les endroits où un fumeur a consommé du tabac. Le fait qu’elle puisse être présente à la fois dans l’air, la poussière et sur les surfaces multiplie à la fois le risque d’exposition et les voies d’entrées dans l’organisme par rapport à la fumée de tabac ambiante. c) Voies d’entrées dans l’organisme On identifie actuellement trois voies d’entrées dans l’organisme pour les constituants de la THS : l’inhalation, l’ingestion et le passage transcutané. - - Inhalation : contrairement à la situation rencontrée dans le cas d’exposition à la fumée de tabac ambiante, elle ne contribuerait que peu à l’entrée des polluants dans l’organisme. En effet, nous avons vu que la quantité de particules de THS réémise dans l’air ambiant est très faible par rapport à celle mesurée dans la fumée de tabac ambiante [1]. L’inhalation de THS ne représente donc qu’une faible part de l’exposition aux polluants pour les individus déjà exposés à la fumée de tabac ambiante. Ingestion : On suspecte que ce soit la voie d’entrée principale dans l’organisme des composants de la THS. Lors d’une exposition à la fumée de tabac ambiante ou d’interactions avec un environnement contaminé, des constituants de la THS se déposent sur la peau des personnes et les animaux présents dans l’environnement. Matt et al. [44] ont relevé des quantités de nicotine supérieures sur les doigts de non-fumeurs qui ont emménagé dans les maisons ayant appartenu à des fumeurs à celles mesurées chez les personnes emménageant dans des maisons ayant appartenu à des non-fumeurs. En portant leur main à leur bouche, les individus ainsi exposés peuvent ingérer des constituants de la THS. Selon Michael Siegel, du département "Santé des populations" à la Boston University School of Public Health, il faudrait un an pour que la quantité de particules ingérées par ce biais atteigne un niveau élevé [9]. Or les chiens et les enfants exposés à la THS le sont souvent pendant des années et même l’exposition à de petites quantités de THS pourrait s’avérer délétère si elle est répétée et prolongée dans le temps. Pour les enfants et les animaux de compagnie, l’ingestion est une source d’exposition majeure. Les enfants, sont plus près du niveau du sol, se couchent par terre, portent souvent des objets et leurs mains à leur bouche. Ainsi, selon Roberts et al., les enfants ingèreraient jusqu’à 2 fois plus de poussières que les adultes [66]. Le mode de vie des chiens est aussi favorable à l’ingestion des poussières et composés présents sur les surfaces du domicile : les chiens vivent près du sol, ils sont souvent couchés par terre, saisissent les objets dans leur gueule et se lèchent occasionnellement. Le pelage du chien, tout comme la peau chez l’homme, est un lieu de dépôt des particules de THS et l’on peut penser que le chien pourrait, en se léchant en ingérer une grande quantité. 23 Cette hypothèse est soutenue par l’étude de Chen et al. réalisée en 1995 [12]. Ils ont exposé des rats à de la fumée de tabac dont les particules étaient marquées puis ont autopsié ces rats. Plus de 60% des particules marquées ont été retrouvés dans le tube digestif. L’absorption des particules par léchage est donc possible et pourrait représenter un danger pour les animaux domestiques. - Passage transcutané : nous avons vu que les particules de THS se déposent sur la peau, sur les vêtements et sur les surfaces des meubles et des tapis [44]. Selon Sleiman et al. (2010) [74], la nicotine qui se retrouve sur la peau des personnes exposées à la THS pourrait participer à la formation de NAST comme elle le ferait sur des surfaces inertes. On ne sait pas encore dans quelle mesure ces particules peuvent pénétrer la barrière cutanée. Deux routes peuvent être empruntées par un allergène pour franchir la barrière cutanée : le franchissement de la couche cornée par passage transcellulaire (à travers les cornéocytes) ou intercellulaire (diffusion dans les lipides présents entre les cornéocytes) ou la pénétration via les annexes cutanées (follicules pilo-sébacés et glandes sudoripares [2]. Bos et al. (2000) se sont penchés sur les modalités du franchissement de cette barrière. Ils ont classé les molécules selon leur poids moléculaire et estimé leur capacité de pénétration à travers la peau. Les molécules pesant moins de 500 Dalton, comme la nicotine, franchissent aisément la barrière cutanée [8]. Cependant, l’efficacité de cette barrière cutanée peut diminuer lors de maladies telles que la dermatite atopique. En effet, la couche cornée, qui constitue le principal obstacle à la pénétration des antigènes, est lésée et peut laisser passer des molécules de plus de 800 Dalton [2]. Or, les constituants de la THS sont en majorité d’un poids moléculaire inférieur à 500 Da et peuvent donc pénétrer l’organisme par voie transcutanée. De plus, les annexes cutanées, tels que les follicules pileux, offrant des zones de moindre résistance à la pénétration des molécules, on peut émettre l’hypothèse que les constituants de la THS pénètrent plus facilement la peau des chiens que celle des hommes [2]. 24 II. Les dermatoses d’origine allergique chez le chien (DOA) : difficultés diagnostiques, allergènes impliqués et facteurs prédisposants 1. Définitions a) La dermatite atopique canine (DAC) Selon les membres de l’ « international task force on canine atopic dermatitis » [23], la dermatite atopique canine (DAC) est une maladie cutanée inflammatoire et prurigineuse, à prédisposition génétique, dont les signes cliniques sont caractéristiques et qui est souvent associée à la présence d’immunoglobulines E (IgE) dirigés contre des allergènes de l’environnement. Chez certains chiens, on retrouve des signes cliniques identiques à ceux de la DAC sans que des IgE spécifiques d’allergènes ne soient mis en évidence, l’équivalent de la dermatite atopique intrinsèque de l’enfant (atopic-like dermatitis) [23]. b) L’allergie alimentaire (AA) L’allergie alimentaire se définit, au sens strict, par une réaction d’hypersensibilité déclenchée par l’ingestion d’un aliment. Il faut la différencier de l’intolérance alimentaire qui correspond à toute réponse anormale de l’organisme, sans intervention du système immunitaire, suite à l’ingestion d’un aliment. L’intolérance alimentaire regroupe notamment les intoxications alimentaires ainsi que les réactions pharmacologiques et métaboliques aux constituants de l’aliment [23]. c) Les dermatoses d’origine allergiques (DOA) Dans le cadre de cette thèse, nous regrouperons sous le nom de DOA, la dermatite atopique canine et l’allergie alimentaire car la distinction entre les deux peut être difficile dans le cadre d’une étude menée sur le court terme. Ces difficultés diagnostiques sont détaillées dans la partie II.2. de cette thèse. Dans cette partie bibliographique, la DAC est la maladie que nous détaillerons le plus car aucune étude n’a été publiée sur la relation entre tabagisme passif et allergie alimentaire ni chez l’homme ni chez d’autres espèces. 2. Diagnostic des DOA a) Diagnostic clinique Le diagnostic clinique des DOA repose sur la présence de signes cliniques caractéristiques qui sont communs à la DAC et à l’AA. En effet, ces deux maladies sont considérées indiscernables sur la base des signes cliniques observées chez le chien. Cette assertion a été vérifiée par l’étude menée par Favrot et al. (2010) [19] sur 1096 chiens atteints de DAC ou d’AA : les signes cliniques observés ne permettaient pas de différencier les chiens atteints de DAC des chiens atteints d’AA, et les 25 différences qui pouvaient exister entre les deux populations de chiens ne suffisaient pas à aboutir à un diagnostic précis de la maladie. Sur la base de ces signes cliniques caractéristiques, des ensembles de critères ont été proposés successivement par Willemse (1986) [84], Prélaud et al. (1998) [64] et Favrot (2010) [19] afin d’orienter le clinicien dans le diagnostic de la DAC. Ces ensembles de critères ainsi que leur spécificité et leur sensibilité sont repris dans les Tableau 2, Tableau 3 et Tableau 4. Tableau 2: Critères de diagnostic de la DAC d’après Willemse (1986) [84] Critères majeurs - - Prurit Aspect et localisations des lésions : atteinte de la face et/ou des membres, lichénification du pli du jarret et/ou de la face crâniale du carpe Dermatite chronique ou récidivante Race prédisposée ou antécédents familiaux Critères mineurs - Début des symptômes entre 1 et 3 ans Erythème faciale Conjonctivite bilatérale Pyodermite superficielle Hyperhidrose Intradermoréactions positives IgE spécifiques élevées IgGd spécifiques élevés Pour 3 critères majeurs + 3 critères mineurs : Sensibilité 49.3% Spécificité 80.2% 26 Tableau 3: Critères de diagnostic de la DAC d’après Prélaud et al. (1998) [64] Critères majeurs - Apparition des symptômes entre 6 mois et 3 ans Prurit corticosensible Pododermatite bilatérale érythémateuse interdigitée antérieure - Érythème de la face interne des conques auriculaires - Chéilite Critères mineurs - Race prédisposée ou antécédents familiaux Dermatite chronique ou récidivante depuis plus de 2 ans Pelage terne Lésions du pli du jarret Léchage Hyperhidrose Antécédents d’urticaire ou d’angioedème Aggravation saisonnière des symptômes Aggravation après passage dans l’herbe Variation des symptômes en fonction du lieu de séjour Pour 3 critères majeurs : Sensibilité 74.3% Spécificité 68.4% 27 Favrot et co-auteurs, contrairement à leurs prédécesseurs, ont établi deux ensembles de critères au lieu d’un. Ils ont été obtenus suite à l’analyse statistique (recuit simulé) des données de 1096 chiens inclus dans l’étude. Il a été également montré à l’issue de cette étude que le prurit, présent chez tous les chiens atteints de DOA, est le premier symptôme observé (prurit sine materia) chez 61% des chiens. Tableau 4: Critères de diagnostic de la DAC d’après Favrot et al. (2010) [19] Critères Ensemble 1 - Age au début des symptômes < 3 ans - Chien passant plus de 10h par jour à l’intérieur (maison, bureau) - Résolution du prurit suite à l’administration d’un traitement corticoïde - Dermatite chronique ou récurrente à Malassezia - Présence de lésions cutanées sur l’extrémité des membres antérieurs - Présence de lésions cutanées sur les pavillons auriculaires - Absence de lésions cutanées sur le bord des pavillons auriculaires - Absence de lésions cutanées sur la zone dorsolombaire Ensemble 2 - Age au début des symptômes < 3 ans - Chien passant plus de 10h par jour à l’intérieur (maison, bureau) - Prurit sine materia au début des symptômes - Présence de lésions cutanées sur l’extrémité des membres antérieurs - Présence de lésions cutanées sur les pavillons auriculaires - Absence de lésions cutanées sur le bord des pavillons auriculaires - Absence de lésions cutanées sur la zone dorsolombaire Pour 5 critères Sensibilité 85% Spécificité 79% Pour 6 critères Sensibilité 58% Spécificité 88% Sensibilité 77% Sensibilité 42% Spécificité 83% Spécificité 94% Les critères de Favrot présentent l’avantage d’avoir été testés sur une population importante de chiens (1096 chiens) répartis à travers le monde et ont une meilleure sensibilité et une meilleure spécificité que les critères de Willemse et de Prélaud. De plus, ces critères peuvent être utilisés indifféremment pour le diagnostic de la DAC comme de l’AA. Les auteurs recommandent l’utilisation en pratique courante du premier ensemble de critères, avec présence de 5 critères et d’utiliser ce même ensemble avec présence de 6 critères dans le cadre des études cliniques [19]. b) Diagnostic différentiel 28 Le diagnostic différentiel des DOA est celui des dermatoses prurigineuses étant donnée la multiplicité des signes cliniques rencontrés et la présence de complications secondaires. La liste des maladies qui y figure est donc longue mais les principales sont reprises ci-dessous : - - Ectoparasitoses : gale sarcoptique, démodécie, pulicose. Autres dermatites allergiques : dermatite par hypersensibilité aux piqûres de puces (DHPP), dermatite de contact Dermatoses compliquées d’infection bactérienne et/ou fongique : endocrinopathies (hypothyroïdie, tumeur testiculaire sécrétante), séborrhée primaire, adénite sébacée. Lymphome T épithéliotrope L’éviction des parasites doit être systématique chez tous les chiens présentant une dermatose prurigineuse avant d’envisager un diagnostic de DOA [14, 63]. c) Diagnostic étiologique Après éviction des ectoparasitoses et des autres causes de dermatoses prurigineuses, un chien présentant des signes cliniques de DOA peut souffrir de DAC ou d’AA. Pour distinguer les deux maladies, il est nécessaire de mettre en place un régime d’éviction strict pendant une durée de 6 à 10 semaines suivi d’une phase de provocation [35]. Ce régime doit comprendre une source de protéine naïve (c'est-à-dire jamais ou rarement rencontrée par l’animal), une source de glucides naïfs et une source d’acides gras essentiels [13, 65, 83]. Le régime ménager demeure à ce jour la référence en matière de régime d’éviction car il permet de maîtriser totalement ce qui est ingéré par le chien pendant la durée du régime. Les aliments industriels qui contiennent des protéines hydrolysées peuvent aussi être utilisés lors d’un régime d’éviction mais ne permettent pas la détection de tous les chiens allergiques alimentaires [78]. Ce régime d’éviction est suivi d’une phase de provocation durant laquelle l’ancien aliment est brusquement réintroduit. Si le chien présente une amélioration de ses signes cliniques sous régime d’éviction et une rechute lors de la phase de provocation, on considère qu’il souffre d’AA. Dans le cas contraire, le clinicien s’orientera vers un diagnostic de DAC [13, 65, 83]. d) Difficultés diagnostiques - Traitements déjà mis en place : la prescription de corticostéroïdes peut masquer les signes cliniques de DOA, notamment le prurit. C’est pourquoi une anamnèse détaillée doit être recueillie auprès du propriétaire afin de prendre en compte les signes cliniques ayant existé avant la mise sous traitement du chien. - Distinction DAC/AA : nous avons vu que le diagnostic final de DAC et d’AA repose sur un régime d’éviction strict, de préférence ménager, de plusieurs semaines. La mise en place de ce régime peut être un frein pour de nombreux propriétaires comme en témoigne une étude rétrospective menée au sein de l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort (2011). Près de 50% des propriétaires ne 29 reviennent pas en consultation de suivi et près de 40% ne suivent pas le régime prescrit [41]. De plus, entre 2 et 30% des chiens atteints de DAC présenteraient conjointement une AA avec des symptômes s’améliorant suite au régime [29]. Il est donc parfois difficile en pratique de distinguer une DAC d’une AA: le diagnostic est long et certains chiens souffrent à la fois des deux maladies. 3. Etiopathogénie de la dermatite atopique canine : données actuelles a) Allergènes impliqués lors de dermatite atopique canines Les allergènes impliqués dans la dermatite atopique sont nombreux. On retrouve les aéroallergènes suivants : les acariens de poussières de maison et les acariens de stockage, les poussières de maison, les pollens de graminées, d’arbres et de plantes herbacées, les moisissures, les squames et poils, les blattes (blatte germanique) [28]. Les acariens de poussières de maison, Dermatophagoides farinae et Dermatophagoides pteronyssinus, sont les principaux allergènes auxquels les chiens atopiques sont sensibilisés dans un climat tempéré [51]. Une étude menée par Sture et al. en Angleterre a montré que 50% des intradermoréactions réalisés chez des chiens atopiques étaient positives suite à l’injection d’extraits de D. farinae et D. pteronyssus [77]. Il a été également démontré que plus de 90% des chiens atopiques développaient des IgE dirigés contre les protéines des acariens de stockage tels que Tyrophagus putrescentiae et Acarus siro. Cependant, cette sensibilisation aux acariens de stockage est souvent présente en plus de la sensibilisation aux acariens de poussières de maison et il se pourrait qu’elle soit dans la plupart des cas la conséquence d’une réaction croisée avec D. farinae et D. pteronyssus [52]. La sensibilisation aux pollens est moins fréquente que la sensibilisation aux acariens de poussières de maison et de stockage en France contrairement à ce qui est observé aux Etats-Unis et au Canada. Les pollens de graminées sont ceux dont le potentiel allergisant est le plus fort mais ils sont présents majoritairement en milieu rural. Les pollens d’arbres, comme les pollens de bouleau ou de cyprès, sont ceux qui sont le plus fréquemment incriminés en milieu urbain. Les pollens d’herbacées, comme ceux d’ambroisie, de plantain, et d’armoise sont eux aussi à l’origine de sensibilisation chez les chiens atopiques, majoritairement en région rurale [63]. La sensibilisation aux allergènes de moisissures et de blatte est plus anecdotique sous nos latitudes sauf en cas d’exposition prolongée à un environnement humide et insalubre. b) Pathogénie : anomalies de barrière La pénétration des allergènes dans la DAC se fait très probablement par voie cutanée. Cette théorie est soutenue par plusieurs arguments [55, 56]: 30 - - - La présence d’une rhinite allergique ou d’asthme est rarement rapportée en pratique courante chez le chien et les descriptions qui en sont faites remontent souvent à plusieurs dizaines d’années. De plus, le diagnostic de rhinite allergique n’ayant été validé par aucun prélèvement, on peut envisager que du prurit nasal est été interprété comme un signe de rhinite allergique. En outre, les chiens utilisés comme modèle pour étudier l’asthme chez l’homme ne présentent aucune lésion cutanée. Les lésions observées dans la DAC sont majoritairement situées aux endroits où la peau est fine et dénuée de poils et dans les zones de friction (ars, région inguinale, espaces interdigitées) ce qui pourrait faciliter la pénétration transcutanée des allergènes ars, la région inguinale, les espaces interdigitées. Des cellules comme les cellules de Langerhans et des granulocytes éosinophiles sont retrouvées au sein des épidermes lésées. La présence de ces cellules est en faveur de l’existence de phénomènes inflammatoires dont le point de départ se situe dans l’épiderme. L’intégrité de la barrière cutanée est nécessaire pour prévenir la dessiccation de la peau suite à une perte excessive d’eau par évaporation et empêcher la pénétration de substances exogènes délétères pour l’organisme. C’est la couche la plus superficielle de l’épiderme, la couche cornée (ou stratum corneum), qui assume majoritairement ce rôle protecteur. Elle est constituée de kératinocytes cornéifiés (les cornéocytes) qui sont entourées de lipides arrangées en couches lamellaires. La structure de l’épiderme est illustrée par la Figure 2. Figure 2: Structure de l’épiderme. D’après Sandilands et al. (2009) [68]. Des altérations de la barrière cutanée sont documentées depuis de nombreuses années chez l’homme et le chien souffrant de dermatite atopique et étaient vues comme une conséquence du processus inflammatoire liée à la maladie [56]. Récemment, la découverte d’altérations primaires de la couche cornée dans des cas dermatite atopique chez l’homme a changé notre compréhension des mécanismes de déclenchement de la dermatite atopique. La découverte fortuite de mutations dans le gène codant pour la filaggrine, chez les individus atteints de dermatite atopique, au cours d’études sur l’ichtyose vulgaire (maladie héréditaire caractérisée par un trouble de la kératinisation), a renforcée l’idée que les altérations de la couche cornée sont à l’origine et non pas la conséquence des phénomènes inflammatoires observées dans la 31 dermatite atopique [34, 57]. Afin de mieux comprendre les implications de ces altérations de la barrière cutanée, nous allons exposer successivement les principales anomalies décrites lors d’une dermatite atopique chez l’homme et le chien. - Lipides : Les lipides de la couche cornée sont organisés chez les chiens sains en couches lamellaires entourant les kératinocytes. Inman et al. (2001) [33] ont observé au microscope électronique les peaux de chiens sains et de chiens atopiques après fixation au tétroxyde de ruthénium. Le dépôt de lipides dans la couche cornée des chiens atopiques était très hétérogène par rapport à celui des chiens sains. Lorsque les lamelles de lipides étaient présentes, leur structure était anormale ou incomplète. Ces anomalies peuvent être observées sur les Figure 3 et Figure 4. Figure 3: Couche cornée d’un chien sain après fixation (MET). Les lamelles de lipides sont régulièrement disposées dans les espaces intercellulaires (carré blanc). Source : [32] Figure 4: Couche cornée de la peau saine d’un chien atopique après fixation (MET). Le dépôt de lamelles de lipides est fortement hétérogène et celles si sont absentes dans certains espaces intercellulaires (carrées noirs). Source : [32] 32 La diminution de la concentration en lipides au sein des espaces intercellulaires de la couche cornée entraîne une perte d’eau transépidermique (PETE) plus marquée chez les chiens atopiques qui reflète l’altération de la barrière cutanée. La composition de ces lipides est également modifiée. En effet, selon Shimada et al. (2009) [73], les céramides sont présents en proportion moins importante dans la peau des chiens atopiques ce qui pourrait augmenter la PETE. - Protéines : Les protéines impliquées dans les processus de différentiation et de formation de la couche cornée sont très largement étudiées à l’heure actuelle. Les chercheurs s’intéressent plus particulièrement à la filaggrine depuis que des mutations des gènes codant pour son précurseur, la profilaggrine, ont été découvertes chez les patients atteints de dermatite atopique. La profilaggrine est accumulée dans les granules des cellules de la couche granuleuse de l’épiderme où elle est clivée en filaggrine. Son processus de formation est illustré par la Figure 5. Figure 5: Formation et migration de la filaggrine lors du processus final de différentiation de l’épiderme. D’après Sandilands et al. (2009) [68]. 33 Chez un individu sain, la profilaggrine est clivée en monomères de filaggrine, au cours du processus de cornéification, par l’intermédiaire de protéases. Les monomères de filaggrine ainsi libérés se lient aux filaments de kératine de la cellule, provoquant leur effondrement et leur agrégation ce qui a pour effet d’aplanir le cytosquelette de la cellule et qui la transforme en cornéocytes. La couche cornée ainsi formée est une barrière solide et efficace contre les agressions extérieures (ultraviolets, antigènes, etc.). La filaggrine est par la suite dégradée en acides aminés et en leurs dérivés l’acide urocanique et l’acide pyrrolidone carboxylique. Ces acides sont connus sous le nom « d’agents d’hydratation naturels » et vont se comporter comme des osmolytes en créant un appel d’eau dans les cornéocytes. Ils participent ainsi activement à l’hydratation de la couche cornée [17, 68]. Grâce à cette hydratation des couches les plus superficielles de la couche cornée peut avoir lieu. En effet, le phénomène implique la dégradation des cornéodesmosomes qui a lieu par des enzymes qui sont actives en milieu aqueux. Or, des mutations conduisant à une absence d’expression de la filaggrine sont portées par près de 10% de la population européenne et sont fortement associées à la présence de dermatite atopique ou d’ichtyose vulgaire chez les individus concernés [34, 68]. On comprend dès lors que des altérations de la barrière cutanée soient consécutives à un défaut d’expression de la filaggrine, la formation de la couche cornée s’en retrouvant perturbée. Cependant, les mécanismes par lesquels un défaut d’expression de la filaggrine provoque une augmentation de la PETE restent flous. Selon Elias (2010) [17], l’absence de filaggrine pourrait être à l’origine de déformations des cornéocytes ce qui perturberait le dépôt des couches de lipides entre les cellules. La profilaggrine, qui n’est plus transformée en filaggrine et s’accumule en excès dans les cellules de la couche granuleuse de l’épiderme, pourrait elle aussi perturber à la fois le dépôt et la sécrétion de ces lipides [34]. Les mutations dans le gène de la filaggrine pourraient donc constituer un facteur de risque majeur dans le développement de la dermatite atopique chez l’homme. Les études cherchant à mettre en évidence des mutations de la filaggrine chez le chien sont encore peu nombreuses. Dans une étude menée par Marsella et al. (2009) [43], des anticorps dirigés contre la filaggrine humaine ont été utilisés pour observer la distribution de la filaggrine dans la peau de chiens sains et de chiens atopiques. Les résultats montrent que le marquage est moins intense dans la peau des chiens atopiques. Cependant, ce marquage était présent dans la quasi-totalité des épidermes observés. Cette observation limite l’interprétation des résultats et pourrait être la conséquence de réactions croisés avec d’autres protéines présentes dans l’épiderme. D’autres études se sont penchées sur l’expression de la filaggrine dans la peau des chiens atopiques. Marsella et al. [42] ont récemment étudié l’expression des protéines de filaggrine dans la peau de beagles sains et de beagles sensibilisés à Dermatophagoides farinae et Dermatophagoides pteronyssinus. Après avoir exposé les chiens à ces allergènes, ils ont observé que le marquage des protéines de filaggrine était irrégulier et moins intense dans l’épiderme des chiens sensibilisés alors qu’il restait le même qu’avant l’exposition chez les chiens sains. L’expression de la filaggrine pourrait donc être diminuée 34 consécutivement à l’inflammation causée par la présence d’un allergène ou par un autre mécanisme. Des anomalies d’expression de la filaggrine semblent donc exister chez le chien mais à ce jour seule une étude, menée par Wood et al. [87], rapporte une association entre la présence d’une mutation sur le gène de la filaggrine et la présence d’une DAC. Cette association n’est mise en évidence que pour des labradors vivant au Royaume-Uni et les auteurs de l’étude émettent l’hypothèse que la multiplicité des races de chiens soit un frein à la mise en évidence de mutations de la filaggrine. - Les protéases et inhibiteurs des protéases : Chez l’homme, les kallikréines sont une famille de protéases jouant un rôle majeur dans la desquamation. Elles sont aussi capables d’activer des cytokines et d’orienter le système immunitaire vers une réponse Th2 indépendamment de toute exposition à un antigène. Elles sont également impliquées dans la catabolisation des lipides du stratum corneum [17]. Or, la quantité de kallikréines est significativement plus élevée dans le stratum corneum des patients atopiques ce qui accélère la desquamation, augmente l’inflammation, provoque des altérations de la barrière cutanée et une augmentation de la PETE via la lyse des lipides. Leur activité est augmentée lorsque le pH de la peau est alcalin ce qui est le cas lorsque la filaggrine n’est plus dégradée en acides aminés qui, chez les individus sains, diminuent le pH des couches supérieures de l’épiderme. L’activité de ces protéases est régulée par des inhibiteurs des protéases dont le plus important est l’inhibiteur de sérine protéase LEKTI. Elle a notamment pour rôle de réguler la desquamation et l’inflammation en inhibant l’activité des kallikréines. Son importance a été découverte lors de l’étude la maladie de Netherton, une forme d’ichtyose sévère d’origine génétique, qui est liée à un défaut de LEKTI. Selon Roedl et al. (2009) [67], l’expression de LEKTI serait diminuée chez les patients atopiques par rapport aux patients sains. Ce déficit pourrait participer à l’apparition des signes cliniques de dermatite atopique par le biais de l’augmentation de l’activité des protéases [6]. À ce jour, nous ne savons pas si des modifications de l’activité des protéases et des inhibiteurs des protéases existent chez les chiens souffrant de DAC. 4. Facteurs prédisposants a) Races prédisposées De nombreuses races sont prédisposées à la DAC mais la liste varie selon les auteurs. Ces différences pourraient s’expliquer par le fait que de nombreuses études ne prennent pas en compte le nombre de représentants de chaque race au sein de la population d’origine de leur échantillon. Seules quelques publications, dont celle de Carlotti et al. (1998) [10], Halliwell et al. (1989) [22] et Scott (1981) [72] ont comparé leur échantillon à la population de base. Selon les résultats de ces études, les races prédisposées sont les suivantes : Bouledogues français et anglais, Boston terrier, Boxer, Dalmatien, Cocker Spaniel, Sharpei, Setters anglais et irlandais, Labrador, 35 Golden Retriever, Fox terrier, West Highland White Terrier, Lhassa Apso, Shnauzer miniature, Bull terrier, Yorkshire terrier, Berger allemand, Pekinois, Labrit, Cairn terrier et Beauceron. b) Antécédents familiaux L’idée d’une héritabilité de la DAC découle des observations effectuées chez l’homme pour lequel des facteurs génétiques impliqués dans le développement de la dermatite atopique ont été et sont encore mis en évidence [31]. La forte prédisposition raciale dans le cas de la DAC est aussi un argument en faveur de l’héritabilité de cette maladie. L’existence de lignées de chiens atopiques et la découverte récente chez le chien de gènes semblables à ceux impliqués dans le développement de la dermatite atopique chez l’homme viennent corroborer l’hypothèse de l’héritabilité de la DAC. Cependant la grande variété des races de chiens atteintes de DAC pose problème pour l’identification des gènes impliqués dans le développement de la DAC et des études supplémentaires seront nécessaires pour comprendre le rôle joué par la génétique dans cette maladie [15, 71,87]. c) Sexe Les études sont contradictoires en ce qui concerne une possible prédisposition sexuelle à la DAC [50]. Cependant, des publications plus récentes comme celle de Saridomichelakis et al. (1999) [69] et Favrot et al. (2010) [19] ne montrent pas de prédisposition sexuelle à la DAC. d) Âge à l’adoption Selon une étude publiée par Meury et al. en 2010 [45], les chiens adoptés entre les âges de 8 à 12 mois développeraient une DAC plus souvent que les chiens adoptés avant l’âge de 8 mois. Les auteurs de l’étude émettent l’hypothèse qu’entre les âges de 8 à 12 mois, le système immunitaire est dans une phase critique de son développement et que l’exposition des chiens à de nouveaux allergènes durant cette période pourrait être cruciale dans le développement de la DAC. e) Mode de vie La vie en milieu urbain est rapportée comme un facteur de risque dans le développement de la DAC dans l’étude de Meury et al. [45] ce qui concorde avec une étude suédoise publiée auparavant par Nødtvedt et al. (2006) [51]. De plus, selon Favrot et al. (2010), les chiens vivant la majeure partie de leur temps à l’intérieur, on observe une plus grande proportion de chiens atteints de DAC que chez les chiens vivant en extérieur. La vie en milieu urbain et en milieu confiné serait donc un facteur prédisposant pour le développement de la DAC. Cette combinaison est logique car les chiens vivant en milieu urbain passent probablement une grande partie de leur temps à l’intérieur du domicile. 36 Les chiens vivant seuls auraient également plus de risque de développer une DAC que les chiens vivant en compagnie d’autres animaux. Selon Meury et al. [45] cette observation soutient la théorie hygiéniste qui suggère que l’exposition à des antigènes tôt dans la vie de l’individu orienterait le système immunitaire vers une réponse Th1 plutôt que vers une réponse Th2. III. Rôle du tabagisme passif dans les dermatoses d’origine allergique 1. Chez l’homme Les études portant sur l’association entre exposition au tabagisme passif et la présence et/ou la survenue de dermatoses d’origine allergique (atopie, eczéma) sont nombreuses et leurs résultats souvent contradictoires. Certaines études, dont une méta-analyse de 1998 reprenant 36 études publiées sur le sujet, ne mettent pas en évidence d’associations entre tabagisme passif et DOA [62, 76]. Selon Hjern et al. (2001) [30] et Hancox et al. (2008) [24], le risque de développer une DOA serait même moins élevé chez les individus exposés au tabagisme passif, notamment dans leur enfance par le biais de leurs parents. Cependant, des publications plus récentes semblent donner des arguments en faveur d’un risque accru de survenue de DOA suite à une exposition prolongée au tabagisme passif chez l’enfant. Krämer et al. [38] ont cherché à déterminer l’impact que pouvait avoir l’exposition au tabagisme passif sur le développement d’une dermatite atopique et d’une sensibilisation allergique dans une population de 1669 enfants dans le sud de l’Allemagne. Selon les résultats de leur étude, les enfants exposés au tabagisme passif auraient un risque plus élevé de développer une dermatite atopique que les enfants non exposés (OR de 1,97 pour une augmentation de 100 ng/mg de cotininurie [95% CI 1,23–3,16]) et, pour les enfants dont les parents sont atopiques, de développer une sensibilisation aux acariens de poussières de maison. Deux autres études menées en Suède par Hansen et al. (2010) [25] et Böhme et al. (2010) [5] vont dans le sens de ce résultat en faisant état d’un risque 2 à 4 fois plus élevé, pour des enfants de 4 ans exposés au tabagisme passif, de développer une dermatite atopique. En outre, les enfants dont les parents souffrent eux-mêmes d’une allergie seraient une population particulièrement sensible à l’exposition au tabagisme passif [5]. 2. Chez le chien Bien que le tabagisme passif soit parfois cité comme un facteur aggravant des symptômes de DOA, il n’existe pas, à notre connaissance, de publications ayant cherché à mettre en évidence une association entre l’exposition au tabagisme passif et la présence de DOA chez le chien. 37 38 DEUXIÈME PARTIE ÉTUDE PROSPECTIVE RECHERCHE DE L’ASSOCIATION ENTRE EXPOSITION AU TABAGISME PASSIF ET PRÉSENCE DE DOA CHEZ LE CHIEN 39 40 L’étude visant à évaluer l’association entre l’exposition au tabagisme passif et la présence de dermatoses d’origine allergique (DOA) a été effectuée de façon prospective dans le cadre des consultations de dermatologie et de vaccination du Centre Hospitalier Universitaire Vétérinaire d’Alfort (CHUVA). Cette étude s’est déroulée en 4 étapes : 1- Élaboration du protocole et du questionnaire, 2- Enquête pilote, 3- Étude prospective : recrutement des cas, 4- Exploitation des résultats. I. Élaboration du protocole et du questionnaire Le protocole et le questionnaire de notre étude ont été élaborés au cours de réunions réunissant : - Un médecin tabacologue, le Dr Dan Garelik, qui est l’initiateur de cette étude, - Le responsable de l’Institut de Recherche Clinique d’Alfort (IRCA), M Sebastien Perrot, - Un enseignant chercheur en biostatistiques et épidémiologie, M Loïc Desquilbet, - Un vétérinaire maître de conférences en immunologie, le Dr Freyburger Ludovic, - Deux vétérinaires dermatologues, le Dr Marignac Geneviève et le Dr Hubert Blaise, - L’investigateur principal de l’étude, Mlle Ka Diane, chargé du recrutement des animaux et de l’exploitation des résultats de cette étude dans le cadre de cette thèse. 1. Protocole Afin de mettre en place un protocole pouvant aboutir à des résultats pertinents, des choix ont été effectués en concertation avec tous les acteurs précédemment cités et sont énumérés cidessous. a) Population étudiée Dans notre étude, nous avons choisi de ne nous intéresser qu’aux chiens. C’est l’animal de compagnie chez lequel les DOA sont les mieux documentées, particulièrement dans le domaine du diagnostic de ces maladies. Ce panel de méthodes diagnostiques, que nous avons décrit plus haut, comprend notamment l’utilisation de sets de critères préétablis permettant, avec une bonne sensibilité et une bonne spécificité, de repérer les animaux atteints de DOA [19, 64, 84]. Ceci permet, au cours d’une étude clinique telle que la nôtre, de standardiser les procédures de sélection des animaux atteints de DOA. Chez le chat, les DOA ont une présentation clinique très variée ; aucun set de critères n’a été validé et les tests d’allergie sont difficilement interprétables, ce qui rend le diagnostic long et difficile [18]. Pour cette raison, nous avons décidé d’exclure les chats de notre population d’étude. Les nouveaux animaux de compagnie (NAC) ont aussi été exclus de notre étude car les DOA restent anecdotiques dans ces espèces. Le faible nombre de cas décrits (un cas présumé d’atopie décrit chez le furet) ne nous permettait pas par conséquent d’établir un diagnostic de DOA dans ces espèces. 41 b) Les dermatoses d’origine allergique Dans cette étude, nous n’avons pas fait de distinction entre les chiens présentant des signes cliniques de dermatite atopique suite à une allergie aux aéro-allergènes (DOA sensu stricto) ou suite à une allergie alimentaire. Ce choix s’explique en partie par la nécessité de limiter la durée de l’étude. La DOA et l’allergie alimentaire (AA) étant indiscernables cliniquement, il nous aurait fallu attendre plusieurs mois avant d’établir un diagnostic de certitude. D’autre part, l’exclusion de chiens ayant répondu positivement à un régime d’éviction aurait pu entraîner une perte d’information. En effet, selon les études, entre 2 et 30% des chiens atteints de DAC (Dermatite atopique canine) présenteraient une AA avec des symptômes s’améliorant suite au régime [29]. Nous avons décidé de ne pas faire de distinction entre les chiens amenés pour la première fois en consultation au CHUVA et les chiens suivis au CHUVA sauf si le chien en question était suivi pour une DOA et n’en exprimait plus les symptômes au moment où il était vu par l’investigateur. Ceci nous a permis de recruter un nombre supérieur de chiens atteints de DOA tout en évitant le classement d’un chien atteint de DOA en tant que chien témoin. Nous avons choisi d’utiliser les critères de Favrot, après exclusion des causes parasitaires, pour le diagnostic de la DOA [19]. Ces critères, contrairement à ceux établis par Willemse en 1986 et Prélaud et al. en 1998, ont l’avantage d’avoir été validés statistiquement sur un grand nombre d’individus (1096 chiens) et d’être applicables à la fois pour les chiens atteints de DAC et pour les chiens atteints d’AA. L’utilisation du premier set des critères de Favrot, en prenant pour base 6 des 8 critères de Favrot, nous a semblé la plus adaptée à notre étude car elle nous permettait de diagnostiquer une DOA avec une spécificité (89%) supérieure à celle des critères de Willemse et Prélaud (respectivement 80,2% et 68,4%). L’un des critères de Favrot est l’infection chronique ou récurrente à Malassezia. Pour savoir si le chien remplissait strictement ce critère, il nous aurait fallu obtenir une anamnèse précise du chien de la part de chaque propriétaire. Or, s’ils avaient déjà consulté un vétérinaire, les propriétaires étaient souvent dans l’incapacité de se rappeler de la nature des prélèvements réalisés sur leur chien et des résultats obtenus. De plus, des cytologies étaient rarement réalisées au sein des cabinets vétérinaires conventionnels, ce qui était un autre frein à notre récolte de données. Pour ne pas perdre une grande quantité d’informations, nous avons choisi de considérer qu’un chien présentant une infection à Malassezia le jour de la consultation au CHUVA ou en ayant présenté une par le passé remplissait ce critère de Favrot. c) L’exposition au tabagisme passif L’évaluation de l’exposition au tabagisme passif peut se réaliser, comme nous l’avons déjà évoqué, en se basant sur la consommation de tabac à l’intérieur de l’habitat et/ou du véhicule telle qu’elle est rapportée par le fumeur ou par les personnes exposées à la fumée. Elle peut aussi être basée sur des marqueurs biologiques tels que la concentration de cotinine présente dans les urines de l’individu exposé au tabagisme passif (dans notre cas, le(s) chien(s) présents dans l’habitat/véhicule). (cf. partie I) Dans cette étude, nous avons voulu utiliser ces deux méthodes d’évaluation en synergie afin d’évaluer au mieux l’exposition au tabagisme passif et de comparer l’exposition telle 42 qu’elle pouvait être rapportée par le propriétaire et telle qu’elle était mesurée par dosage de la cotininurie. Afin de pouvoir exploiter les données concernant la consommation de tabac, nous avons utilisé un système d’équivalence quantité de tabac-cigarette emprunté à une étude menée par le National Cancer Institute [4] : 1 cigarette équivaut à 1g de tabac, 1 cigarillo à 2 g et un cigare à 4 g. Pour les fumeurs de pipe, nous avons demandé la quantité de tabac consommé par jour en grammes. Pour chaque fumeur, la quantité de tabac fumé a été convertie en quantité de cigarettes afin de pouvoir comparer les données de tous les chiens inclus. Dans le cadre de cette étude, nous avons considéré comme exposé au tabagisme passif tous les chiens exposés depuis au moins 1 an à la fumée de cigarette au sein de l’habitat et/ou du véhicule y compris fenêtres ouvertes. La durée d’exposition de 1 an au tabagisme passif a été choisie afin de n’avoir comme chiens exposés que des chiens ayant été exposés de façon constante et sur une longue durée à la fumée de cigarettes [36]. d) Mode de recrutement Nous avons choisi de recruter les chiens « tout venant » au sein des consultations de dermatologie et de vaccination du CHUVA. Cette approche, qui ne correspondait pas aux critères d’une étude cas/témoins classique, se justifiait par le fait qu’elle nous permettait d’inclure, dans un temps limité, un nombre suffisant de chiens dans l’étude pour que ces données soient exploitables. Les conséquences de ce choix sont exposées plus loin dans le chapitre discussion. Nous avons décidé que les questions posées aux propriétaires, l’examen clinique et les prélèvements réalisés sur les chiens seraient réalisés par l’investigateur principal, Diane Ka. D’une part, les questions ne pouvaient ainsi pas donner lieu à des interprétations de la part des propriétaires ce qui rend les réponses données précises et exploitables avec confiance. D’autre part, l’examen clinique et les prélèvements étaient réalisés par une seule et même personne compétente limitant le risque de biais de classement (en l’occurrence, biais de classement non différentiel). Nous revenons plus précisément sur les biais de classement dans le chapitre discussion. 2. Questionnaire Un questionnaire à destination des propriétaires de chiens venant en consultation au CHUVA (cf. Annexe 2) a été élaboré afin entre autre : - D’évaluer l’exposition au tabagisme passif du chien en interrogeant le propriétaire sur sa consommation de tabac, De recueillir les données de l’anamnèse dermatologique et de recenser les symptômes cliniques dermatologiques du chien évocateurs de DOA. Le questionnaire a été conçu de telle sorte que les réponses soient univoques et ne puissent laisser de place à l’interprétation du propriétaire ou de l’investigateur (c'est-à-dire, absence de questions ouvertes). Il devait également pouvoir être court pour ne pas être un obstacle au déroulement des consultations au CHUVA (durée approximative de 10 min), s’assurer de l’obtention de 43 l’intégralité des données nous intéressant auprès du propriétaire et être facilement exploitable par la suite. Questions concernant le tabagisme passif Les deux premières questions (cf. Annexe 2) visaient à connaître le statut exposé ou nonexposé au tabagisme passif du chien : Dans l'entourage de votre chien, y a-t-il présence d'un ou de plusieurs fumeurs ? Nous avons classé un chien comme non exposé au tabagisme passif si le propriétaire répondait « Non, jamais » à la question. Si le propriétaire répondait « Oui depuis plus d’un an », le statut de l’animal est défini par la réponse à la question suivante : Votre animal se trouve-t-il en présence du fumeur lorsque celui-ci fume à l'intérieur du domicile (y compris fenêtre ouverte) et/ou du véhicule (y compris fenêtre ouverte)? Si le propriétaire répondait « Oui, depuis plus d’un an » à cette question, nous avons considéré le chien comme exposé au tabagisme passif. Toute autre réponse donnée à ces deux questions a été un motif de non-inclusion du chien afin de ne conserver que les chiens strictement non exposés au tabagisme passif ou, au contraire, exposés sur une longue durée de manière constante comme nous l’avons évoqué plus haut. Le questionnaire comportait également une partie visant à évaluer semi-quantitativement l’exposition du chien au tabagisme passif. Ces questions subsidiaires ont été posées aux propriétaires rapportant la présence d’un fumeur dans l’entourage du chien depuis plus d’un an, et concernait en particulier la surface de l’habitat en m2 ainsi que la consommation quotidienne de tabac au sein de l’habitat et/ou du véhicule. Questions concernant les DOA/ Critères de Favrot Les questions suivantes ont été adaptées des critères de Favrot publiés en 2010 [19]. Votre chien a-t-il des démangeaisons ? Si oui, à quel âge a-t-il commencé à avoir ces démangeaisons? : __ an(s) Si le chien présentait des démangeaisons et que celles-ci avaient débuté avant l’âge de 3 ans, nous avons considéré qu’il satisfaisait au premier critère de Favrot soit « Age au début des symptômes < 3 ans » Votre chien passe-t-il plus de 10h par jour à l'intérieur (maison, bureau) ? Si le propriétaire répondait « Oui » à cette question, le chien satisfaisait au critère de Favrot « Vie en intérieur » Votre chien a-t-il déjà reçu un traitement à base de corticoïdes ? Si oui, ce traitement a-t-il été efficace, même transitoirement ? Si le propriétaire répondait « Oui » à ces deux questions, le chien satisfaisait au critère de Favrot « Prurit cortico-sensible». Une dermatite à Malassezia a-t-elle déjà été diagnostiquée chez votre chien ? Si le propriétaire répondait « Oui » à cette question, le chien satisfaisait au critère de Favrot « Infection chronique ou récurrente à Malassezia ». Les raisons de ce choix ont été discutées plus haut. 44 La suite du questionnaire est remplie par l’investigateur seul suite à l’examen clinique du chien et à la recherche de Malassezia sur les prélèvements effectués sur ce même chien. L’investigateur note la présence ou l’absence des signes cliniques évocateurs de DOA établis par Favrot. II. Enquête pilote Une enquête pilote a été menée dans le cadre des consultations de dermatologie du Centre Hospitalier Universitaire Vétérinaire d’Alfort (CHUVA). Son objectif principal était de fournir les éléments permettant de calculer le nombre de sujets à inclure dans l’étude. De façon spécifique, elle permettait : - - De tester le questionnaire auprès des propriétaires, D’estimer la proportion de chiens présentés en consultation exposée au tabagisme passif, D’estimer le nombre de chiens atteints de dermatose d’origine allergique (DOA), parmi les chiens exposés au tabagisme passif, venant en consultation au sein des consultations de dermatologie et de vaccination au CHUVA, D’estimer le nombre de chiens atteints de DOA parmi les chiens présentés au sein des consultations de dermatologie et de vaccination au CHUVA. 1. Matériel et méthodes L’enquête pilote s’est déroulée dans le cadre des consultations de dermatologie du CHUVA en mars 2010. La première partie du questionnaire a été soumise aux propriétaires de chiens présentés en consultation afin d’évaluer l’exposition de leur chien au tabagisme passif. Il est à noter que lors de l’enquête pilote, la question « Votre animal se trouve-t-il en présence du fumeur lorsque celui-ci fume à l'intérieur du domicile et/ou du véhicule ? » n’était pas accompagné de la précision « (y compris fenêtre ouverte) » ce qui a pu diminuer le nombre de chiens exposés au tabagisme passif mis en évidence à ce moment de l’étude. S’agissant d’une étude pilote, et afin de récupérer un grand nombre de questionnaires sur une courte période, nous avons confié à des étudiants de 4ème année la prise en charge du remplissage du questionnaire. Le questionnaire était rempli soit par l’étudiant ayant pris en charge le propriétaire le jour de la consultation soit par le propriétaire du chien sous la supervision de l’étudiant. Nous avons utilisé le logiciel de gestion de clientèle CLOVIS ®, qui permet de gérer et recenser les consultations au CHUVA, pour connaître la proportion de chiens atteints de DAC parmi les chiens dont les propriétaires avaient accepté de répondre au questionnaire. Le logiciel CLOVIS ® a également été utilisé pour connaître le nombre de chiens atteints de DOA (DAC et AA comprises) ayant été présentés en consultation de dermatologie sur le premier semestre de l'année universitaire 2009-2010 afin d’estimer le nombre de chiens malades auxquels nous étions susceptibles de soumettre le questionnaire. 45 Cette période a été choisie afin de se situer à la même saison que la période prévue de l'étude finale. 2. Résultats 77 questionnaires ont été remplis lors de l’enquête pilote. Sur ces 77 chiens, 21 (27%) étaient exposés au tabagisme passif (les 41 restants n’étaient pas exposés). Parmi les 21 chiens exposés, 7 chiens étaient suspects d’être atteints de DAC. Parmi les 41 chiens non exposés, 10 étaient suspects d’être atteints de DAC. Une recherche sur le logiciel CLOVIS ®, parmi les consultations effectuées entre le mois de septembre et de février 2009, montrait que près de 40 % des chiens vus en consultation au CHUVA était soit atteints de DOA soit étaient fortement suspects d’être atteints de DOA. 3. Exploitation des résultats préliminaires Nous avons utilisé les résultats de l’enquête pilote pour calculer le nombre de sujets nécessaires à recruter pour notre étude. Pour s’assurer de la pertinence de notre étude, nous nous sommes appuyés sur une autre étude publiée récemment, traitant de l’impact possible de l’exposition au tabagisme passif sur la présence d’une dermatite atopique chez l’enfant. La présence d’une dermatite atopique et la concentration en cotinine urinaire (marqueur biologique témoin d’une exposition au tabagisme passif) y était significativement associés avec un OR de 1,97 (pour une augmentation du ratio cotininurie sur creatininurie de 100 ng). Pour mettre en évidence un OR de 2 comparant les chiens exposés au tabagisme passif aux chiens non exposés, comme celui mise en évidence dans l’étude humaine [38], et sur la base des résultats de notre enquête pilote et du nombre de chiens atteints de DOA reçus en consultation à l’ENVA, il a été calculé que nous devions recruter 100 chiens atteints de DOA et 300 chiens témoins. Dans la mesure où ce chiffre aurait été difficilement atteignable dans le temps imparti pour l’étude, nous avons décidé de chercher à mettre en évidence un OR de 2,4, ce qui conduisait à devoir recruter 65 chiens cas et 195 chiens témoins. 46 III. Étude prospective 1. Matériel et méthodes a) Modalités de recrutement Le recrutement a été effectué par deux investigateurs : Mlle Ka Diane et Mlle Kimura Noriko. Les chiens ont été recrutés dans le cadre des consultations de dermatologie et de vaccination du CHUVA. Les chiens appartenaient à des particuliers et ont été recrutés après accord écrit de leur propriétaire [Annexe 1]. Chaque chien n’est vu qu’une fois dans le cadre de l’étude. Les investigateurs de l’étude ont soumis un questionnaire aux propriétaires aux propriétaires des chiens participant à l’étude afin d’évaluer l’exposition de leur chien au tabagisme passif. Chaque questionnaire a été rempli par l’un des investigateurs, soit par Mlle Ka Diane soit par Mlle Kimura Noriko. Il a été également demandé aux propriétaires fumeurs de fournir un échantillon d’urine de leur chien afin de procéder par la suite au dosage de la cotinine urinaire. b) Critères d’inclusion Les chiens ont été recrutés parmi les animaux âgés de plus de 1 an présentés au CHUVA en consultation de dermatologie ou de vaccination. Les chiens ont été inclus dans l’étude dès lors que leurs propriétaires ont accepté de signer le consentement éclairé fourni par l’investigateur, de répondre au questionnaire et de laisser l’investigateur effectuer les prélèvements nécessaires sur leur chien. Le prélèvement d’urine était facultatif dans notre étude. De ce fait, les chiens ayant remplis toutes les conditions de l’inclusion mais dont les propriétaires n’avaient pas fourni d’échantillon d’urine ont été quand même inclus dans l’étude. c) Critères de non inclusion Nous avons choisi de ne pas inclure les chiens de plus de un an, qui avaient été adoptés dans le courant de l’année de l’étude, du fait du manque d’information sur leurs conditions de vie précédant l’adoption. Nous avons aussi choisi de ne pas inclure les chiens dont l’exposition quotidienne au tabagisme passif pouvait être qualifiée d’« intermédiaire », c'est-à-dire une durée d’exposition inférieure à 1 an, ou un propriétaire fumant sur un rythme irrégulier, ou un chien de travail exposés de manière inconstante, ou consommation de stupéfiants, etc. Nous avons choisi de ne pas inclure les chiens ayant eu un diagnostic de DOA déjà établi par les consultants de dermatologie mais qui n’en présentent plus les symptômes cliniques. Cette mesure nous permettait de ne pas considérer comme sain selon les critères de l’étude, un chien atteint de DOA. Pour satisfaire à cette exigence, l’historique de consultation de chaque chien a été consulté soit grâce au logiciel CLOVIS ® soit en se référant au consultant responsable du suivi du chien. 47 d) Protocole diagnostic Un protocole standardisé de diagnostic de DOA a été mis en place sur la base des critères de Favrot [18]. Ce protocole comprend un questionnaire, un examen clinique dermatologique, et des prélèvements cutanés (test à la cellophane adhésive) suivis de leur observation. L’ensemble de ces étapes est réalisé par l’un des deux investigateurs pour chaque chien inclus. Dans le cadre de notre étude, nous avons utilisé les critères de Favrot suivants : - Age au début des symptômes < 3 ans - Chien passant plus de 10h par jour à l’intérieur (maison, bureau) - Résolution du prurit suite à l’administration d’un traitement corticoïde - Dermatite chronique ou récurrente à Malassezia - Présence de lésions cutanées sur l’extrémité des membres antérieurs - Présence de lésions cutanées sur les pavillons auriculaires - Absence de lésions cutanées sur le bord des pavillons auriculaires - Absence de lésions cutanées sur la zone dorso-lombaire ¤ Le questionnaire (cf. Annexe 2) comportait six items remplis par l’investigateur après interrogatoire du propriétaire. Ces questions visaient à connaître l’existence ou non d’un prurit, l’âge du chien au moment de son apparition et sa réponse à la corticothérapie. Il était également demandé au propriétaire si son chien avait présenté par le passé une infection à Malassezia. ¤ L’examen clinique était réalisé à la suite du questionnaire en présence du propriétaire du chien. L’investigateur recherchait et notait la présence ou l’absence de lésions cutanées aux localisations suivantes : - Extrémité des membres antérieurs - Pavillons auriculaires - Bord des oreilles - Zone dorso-lombaire Ces informations ont été notées sur un document papier prévu à cet effet, comportant également le questionnaire et les résultats des prélèvements effectués sur le chien. ¤ A la suite de l’examen clinique, des prélèvements cutanés ont été réalisés de manière systématique sur tous les chiens pouvant être inclus dans l’étude, afin de rechercher et de dénombrer les Malassezia. La méthode utilisée pour ces prélèvements a été le test à la cellophane adhésive (Scotch® test) sur chaque animal et sur des sites prédéfinis : - Sur tous les chiens, quatre sites constants : les deux ars et les deux replis inguinaux - Pour les chiens présentant des lésions cutanées mises en évidence lors de l'examen dermatologique, on a réalisé en plus un prélèvement sur deux sites lésionnels au maximum. Pour chaque prélèvement, l’investigateur en charge du chien a découpé un morceau de ruban adhésif translucide (Scotch®) de 3 cm, en a appliqué la partie collante sur la peau du chien et l’a retiré d’un mouvement sec. L’application du ruban adhésif a été réalisée trois fois pour chaque site lésionnel. Le morceau de ruban adhésif ayant servi au prélèvement sur un ars servait au prélèvement de l’ars symétrique. La même méthode était appliquée pour les deux replis inguinaux et les sites lésionnels s’ils existaient. Les morceaux de ruban adhésifs étaient 48 ensuite déposés, sans être collés, sur une lame en verre sur laquelle était inscrit le numéro de dossier de l’animal. Chaque morceau de ruban adhésif était ensuite observé par l’investigateur dans les 6h suivant leur réalisation. Avant l’observation, chaque morceau de ruban adhésif a été appliqué, face collante, sur une lame de verre sur laquelle a été préalablement déposée une goutte de bleu de méthylène (REACTIFS RAL S.A. TM). L'investigateur observait au microscope le prélèvement, après coloration, d'abord au faible grossissement (x40) puis à l'immersion (x1000). Il effectuait alors un dénombrement des levures (Malassezia), à l'immersion, au grossissement x1000, dans cinq champs distincts. Si le nombre de Malassezia dépassait 26 dans un champ, l’investigateur notait « >26 Malassezia » pour ce champ. Pour chaque prélèvement, les résultats étaient reportés dans un tableau, sur un document papier, à la suite du questionnaire, et la moyenne du nombre de Malassezia sur les cinq champs était calculée. Si, pour un chien, au moins un des prélèvements avaient un nombre moyen de Malassezia supérieur à 5 Malassezia par champ, alors ce chien avait une infection à Malassezia. Nous avons considéré un chien comme atteint de DOA dès lors qu’il présentait 6 des 8 critères de Favrot et qu’il ne présentait pas d’autres maladies pouvant expliquer ces symptômes (parasitoses, dermatophytoses, dermatoses auto-immunes, etc.). Nous avons considéré comme témoins les chiens n’ayant pas de prurit et dénués de symptômes dermatologiques ou les chiens présentant des lésions cutanées nonprurigineuses et satisfaisant un nombre de critères de Favrot inférieur ou égal à 4. L’ensemble des informations reportées sur le document papier (questionnaire, examen clinique et résultats des prélèvements) ont été saisies à l’issue de chaque session de recrutement dans un masque de saisie Epidata Entry (The EpiData Association). e) Définition de l’exposition d’intérêt Nous avons classé l’ensemble des chiens inclus dans l’étude en 5 catégories distinctes selon leur exposition au tabagisme passif. Ce classement a été basé sur les réponses données par les propriétaires au questionnaire. Le classement a été effectué de la manière suivante : Si absence de fumeur dans l’entourage du chien depuis l’acquisition, le chien était considéré comme non exposé au tabagisme passif. (Nous rappelons qu’un chien était considéré non exposé si le propriétaire répondait « Non, jamais » à la question : Dans l'entourage de votre chien, y a-t-il présence d'un ou de plusieurs fumeurs ?) Le chien était considéré comme exposé au tabagisme passif si au moins un fumeur était présent dans l’entourage du chien et si le chien se trouvait en présence du (des) fumeur(s), lorsqu’il(s) fumai(en)t au sein du domicile ou dans un véhicule, depuis plus d’un an. Dans ce cas là, l’exposition était codée selon la quantité moyenne de tabac consommée par le(s) fumeur(s) chaque jour : >0-2 cigarettes/jour 3-10 cigarettes/jour 11-20 cigarettes/jour > 20 cigarettes/jour 49 En outre, l’exposition à un polluant atmosphérique tel que la fumée de cigarette relève de nombreux facteurs autre que la consommation de tabac, dont le volume dans lequel le(s) fumeur(s) fume(nt), la circulation de l’air et le nombre de personnes présentes dans ce volume et les propriétés inhérentes à la fumée de cigarette [36]. Pour prendre en compte le volume dans l’exposition au tabagisme passif, nous avons divisé la consommation de tabac quotidienne par la surface de l’habitat (recueillie via une question du questionnaire) pour chaque chien du groupe de chiens exposés. Nous avons ainsi obtenu une variable que nous avons appelée « degré d’exposition ». Elle correspond à une version simplifiée de modèles mathématiques complexes visant à évaluer l’exposition au tabagisme passif sein d’un lieu d’habitation (cf. partie étude bibliographique) [36, 48]. Nous avons divisé le degré d’exposition chez les chiens exposés au tabagisme passif en 5 classes : la première classe était celle des propriétaires non fumeurs (considérée comme la classe de référence), les 4 autres classes étaient définies selon les quartiles de ce degré d’exposition. f) Outils statistiques utilisés L’analyse statistique des données a été réalisée avec le logiciel Epi-info version 3.5.3. Nous avons utilisé le test du χ² et le test de Wilcoxon afin de comparer les populations de chiens sains et les chiens souffrant d’une DOA. Nous avons ensuite utilisé deux modèles de régression logistique multivariée pour étudier l’association entre l’exposition au tabagisme passif et la présence de dermatoses d’origine allergique : le premier prenait en compte le tabagisme passif en utilisant la quantité de tabac consommée (divisée en cinq catégories), le second en utilisant le degré d’exposition au tabac. Ces deux modèles de régression logistique incluaient les facteurs de confusion potentiels tels que l’âge, la race (prédisposée ou non) et le sexe. IV. Résultats de l’enquête 1. Résultats bruts Le recrutement a été effectué du 28/09/2010 au 13/01/2011 par Mlle Ka Diane et du 20/01/2011 au 03/04/2011 par le Dr Kimura. Au cours du recrutement, nous avons observé que la proportion de chiens exposés au tabagisme passifs ainsi que celle de chiens atteints de DOA étaient plus importante que celles observées l’enquête pilote (et se rapprochaient de 50%). Ceci nous avait permis de diminuer le nombre total de chiens à inclure. Nous avons recruté au total 219 chiens dans notre étude entre le 28 septembre 2010 et le 22 mars 2011 dans le cadre des consultations de dermatologie et de vaccination du CHUVA. Nous avons exclu 58 de ces chiens pour les raisons suivantes : - 30 chiens avaient une exposition au tabagisme passif « intermédiaire », et 28 chiens dont le statut de témoin ou de malade n’a pu être établi de manière certaine (absence de diagnostic de certitude au moment du recrutement). Parmi ces 28 chiens, 11 étaient exposés au tabagisme passif et 17 ne l’étaient pas. Ainsi, 161 chiens ont été finalement utilisés dans les analyses statistiques, dont 78 (48%) étaient atteints de DOA (les 83 chiens restants étant les chiens témoins). Un seul prélèvement 50 d’urine a été fourni par un propriétaire au cours de notre étude. Le dosage de la cotinine urinaire n’a donc pas été effectué par manque d’échantillons. Parmi les 161 chiens de notre étude, 78 chiens sont atteints de DOA dans notre étude dont 38 (47%) sont exposés au tabagisme passif et 40 (53%) sont classés dans la catégorie non exposés (cf. Tableau 5). Le nombre de critères de Favrot observés sur ces chiens est reporté dans le Tableau 6 83 chiens témoins ont été inclus dans notre étude dont 32 (39%) sont exposés au tabagisme passif et 51 (61%) sont classés dans la catégorie non exposés. Les chiens ont un âge compris entre 1 et 14 ans et un âge médian de 5 ans. L’âge moyen n’a pas été calculé car tous les chiens étaient âgés de plus de 1 an ce qui rendait l’âge moyen peu pertinent. Les mâles sont plus représentés dans notre échantillon que les femelles (58% de mâles). A peine plus de la moitié des chiens appartiennent à des races prédisposés (52%). La très grande majorité des chiens ont été recrutés au sein des consultations de dermatologie (78% des chiens), le reste provenant de consultations de vaccination. La répartition des sexes, le pourcentage de races prédisposées, le pourcentage de chiens provenant de vaccination ou de consultation de dermatologie et la durée du prurit au moment du recrutement dans ce groupe est repris dans le Tableau 5. Répartition en fonction des DOA Les chiens atteints de DOA ont été plus recrutés en consultation de dermatologie que les chiens témoins (92 % des chiens atteints de DOA recrutés en consultation de dermatologie contre 64% des chiens témoins ; p<0,01). Le pourcentage de chiens appartenant à des races prédisposées est plus élevé parmi les chiens atteints de DOA (59%) que parmi les chiens témoins (46%) sans que cet écart soit significatif (p=0,09). La répartition des âges et des sexes (p= 0,85) est similaire entre les chiens témoins et les chiens atteints de DOA. Chez les chiens atteints de DOA, les races les plus représentées sont : Bouledogue français (10 chiens), Jack Russel (7 chiens), WHWT (7 chiens), Labrador (6 chiens) et CKC (5 chiens). Chez les chiens témoins, les races les plus représentées sont : Labrador (8 chiens), Berger allemand (7 chiens), Caniche (7 chiens), et Yorkshire terrier et Jack Russel (5 chiens respectivement), Bouledogue français (4 chiens). 51 Tableau 5: Répartition des chiens selon leur sexe, leur âge, leur race, leur consultation d’origine et comparaison entre les chiens témoins et les chiens atteints de DOA. Mâles (% dans l'échantillon) Age (médiane) Age à l'apparition des symptômes (médiane) Races prédisposées (% dans l'échantillon) Consultation en dermatologie (% dans l'échantillon) Total (161) DOA (78) Témoins (83) p 94 (58%) 46 (58%) 48 (57%) 0,85 5 5 5 0,09 2 84 (52%) 46 (59%) 38 (46%) 0,09 125 (78%) 72 (92%) 53 (64%) <0,01 Tableau 6: Répartition du nombre de critères de Favrot selon l’exposition au tabagisme passif parmi les 161 chiens inclus dans l’étude. Nombre de Témoin non exposé DOA non exposé critères de Favrot 1 2 3 4 6 7 8 1 5 29 16 Témoins exposé DOA exposé 0 5 19 8 24 12 4 23 13 2 Répartition des chiens en fonction de leur exposition au tabagisme passif 70 chiens sont exposés au tabagisme passif et se répartissent en 4 catégories selon la consommation de tabac quotidienne du ou des fumeur(s) qu’ils côtoient : - >0-2 cigarettes/jour : 7 chiens - 3-10 cigarettes/jour : 17 chiens - 11-20 cigarettes/jour : 32 chiens - > 20 cigarettes/jour : 14 chiens 91 chiens n’ont jamais été exposés au tabagisme passif selon les critères définis auparavant (paragraphe III.1.e)) 2. Quantification de l’association entre exposition au tabagisme passif et présence de DOA Pour quantifier l’association entre exposition au tabagisme passif et présence de DOA, nous avons calculé les OR correspondants d’une part aux différentes catégories de consommation de tabac et d’autre part à l’exposition au tabagisme passif toutes catégories confondues. Dans les deux cas, la classe « non exposé au tabagisme passif » était considérée comme la classe de référence. 52 Après ajustement sur l’âge, le sexe et la race (prédisposée ou non), les chiens dont les propriétaires fumaient >0-2 cigarettes/jour (OR, 1.53; 95% CI, 0.3-7.87; p= 0.61), 3-10 cigarettes/jour (OR, 1.17; 95% CI, 0.4-3.43; p=0.77), 11-20 cigarettes/jour (OR, 1.81 ; 95% CI, 0.76-4.29; p= 0.18), >20 cigarettes/jour (OR, 2.11 ; 95% CI, 0.64-6.94; p=0.21) ne présentaient pas de symptômes de DOA de façon significativement différente des chiens non exposés au tabagisme passif. Globalement, après ajustement sur l’âge, le sexe et la race (prédisposée ou non), les chiens exposés au tabagisme passif (toutes catégories de fumeurs confondues) ne présentaient pas plus fréquemment de symptômes de DOA que les chiens non exposés (OR, 1.61; 95% CI, 0.87-2.97; p=0.13). Pour les chiens exposés à plus de 10 cigarettes/jour, une association entre la présence de DOA et l’exposition au tabagisme passif semble possible bien que les résultats ne soient pas significatifs. Pour prendre en compte le facteur « surface de l’appartement », nous avons calculé les OR correspondants à l’association entre « degré d’exposition » et « présence de DOA ». Les résultats des OR après ajustement sur l’âge, le sexe et la race (prédisposée ou non) sont reportés dans le Tableau 7. Le résultat des OR pour chaque degré d’exposition (le degré 0 étant la classe de référence) après ajustement sur l’âge, le sexe et la race (prédisposée ou non) est représenté dans la Figure 6. Tableau 7: Association entre le degré d’exposition au tabagisme passif et la présence de DOA Degré d'exposition au tabagisme passif Dermatose d'origine allergique OR † No total de chiens No de chiens % Degré 0 91 40 44 1 Degré 1 21 9 43 1,09 Degré 2 17 9 53 1,66 Degré 3 19 10 53 1,69 Degré 4 13 10 77 4,38 95% IC 0,4-3 0,56-4,92 0,60-4,72 1,1-17,44 † Ajusté sur l’âge, le sexe et la race (prédisposée ou non) 53 Figure 6: Association ajustée entre le degré d’exposition au tabagisme passif et la présence de DOA (OR [IC95%] ajustés sur l’âge, le sexe, et la race (prédisposée ou non)). La classe de référence étant le degré 0, correspondant aux chiens non exposés au tabagisme passif. OR ajusté OR ajusté 20 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0 1 2 3 4 Médiane du degré d'exposition Après ajustement sur l’âge, le sexe et la race (prédisposée ou non), les chiens dont le degré d’exposition était le plus élevé (OR, 4.38; 95% CI, 1.10-17.44; p=0.03) avaient plus fréquemment une DOA que les chiens non exposés. L’allure de la figure 2 nous laisse penser à une relation dose-effet entre le degré d’exposition et la probabilité d’avoir présenté une DOA, mais nous ne pouvons pas exclure qu’il s’agisse plutôt d’un effet seuil. Le caractère « race prédisposée » semble associée à la DOA sans que les résultats ne soient significatifs (OR, 1.89; 95% CI, 0.98-3.66; p=0.06). V. Discussion 1. Discussion du matériel et des méthodes a) Nombre de chiens recrutés 219 chiens ont été recrutés au lieu des 260 prévus au départ. L’étude ayant dû se dérouler dans un temps limité, ces chiffres sont satisfaisants bien que nous aurions souhaité qu’il soit plus grand afin d’augmenter la puissance statistique de notre étude. Les propriétaires de chiens étaient majoritairement d’accord pour participer à l’étude. Un seul propriétaire a refusé que nous procédions à des prélèvements cutanés sur son chien. b) Mode de recrutement Nous avons effectué un recrutement « tout venant » parmi les chiens se présentant en consultation de dermatologie et de vaccination au CHUVA. Nous ne sommes donc pas dans le cadre d’une enquête classique de type cas-témoins où lors de chaque recrutement 54 d’un cas, il y a recrutement d’un témoin. Ainsi, notre mode de recrutement diminue, à nombre de chiens recrutés égal, la puissance statistique. Cependant, ce procédé n’augmentait pas de façon notable le temps de recrutement de données. De plus, l’important taux de prévalence de DOA (> 30%) ne justifiait pas l’absolue nécessité de réaliser une enquête cas-témoin. Par ailleurs, les résultats montrent que les caractéristiques qui pourraient jouer potentiellement un rôle de facteurs de confusions telles que le sexe, l’âge et même la race sont semblables entre notre population témoin et notre population de chiens atteints de DOA. c) Erreur de classement sur les chiens atteints de DOA Dans notre étude, nous avons utilisé les critères de Favrot pour classer un chien comme étant atteint de DOA. Après exclusion d’une parasitose, tout chien ayant au moins 6 des 8 critères de Favrot était considéré comme atteint d’une DOA. Nous avons choisi, comme dans l’étude menée par Favrot, de ne pas faire la distinction entre dermatite atopique canine (DAC) et allergie alimentaire (AA). Cette décision s’expliquait par le fait que les deux maladies sont cliniquement indiscernables et que le diagnostic d’AA est souvent laborieux car il nécessite un régime d’éviction d’une durée de 6 à 8 semaines et une implication forte de la part du propriétaire. De plus, il a été décrit que près de 30 % des chiens atteints de DAC avaient une amélioration de leur symptôme suite à un régime d’éviction. Si nous n’avions cherché à prendre en compte que la dermatite atopique, nous aurions probablement exclu des chiens atteints de DAC mais sensibles à une modification de leur régime alimentaire, ce qui aurait entraîné une perte d’informations. Pour le critère de Favrot « dermatite chronique ou récidivante à Malassezia », nous avons considéré qu’un chien ayant présenté par le passé une dermatite à Malassezia et/ou ayant une dermatite à Malassezia le jour de la consultation validait ce critère. Cette procédure peut entraîner une erreur de classement en classant un chien n’ayant eu que ponctuellement une dermatite à Malassezia comme un chien atteint de DOA en augmentant le nombre de critères de Favrot auxquels il répond. Nous avons cependant choisi d’adopter cette démarche car, dans le cadre des consultations de dermatologie et de vaccination au CHUVA, de nombreux propriétaires viennent pour la première fois. Cette situation fait que, souvent, nous n’avons pas accès au dossier médical de leur chien et que les propriétaires n’ont pas d’idées précises des résultats des examens complémentaires déjà réalisé sur leur chien par un vétérinaire extérieur à la structure. De plus, la recherche de Malassezia n’est pas un examen systématiquement réalisé par tous les vétérinaires sur les chiens souffrant de prurit chronique. Tous ces éléments nous ont amené à classer ces chiens comme atteint de DOA pour éviter l’exclusion de trop nombreux malades. Nous avons exclu les chiens dont les symptômes dermatologiques, bien que remplissant 6 des 8 critères de Favrot, étaient dus à la présence de parasites soit le jour de la consultation, soit lors des consultations de suivi. Cette démarche nous a permis d’éviter de classer des chiens comme atteint de DOA alors qu’ils étaient atteints de parasitose. Toutes les erreurs de classement précédemment citées sont indépendantes du statut exposé/non exposé du chien. Cependant, nous avions connaissance, grâce au questionnaire, du statut exposé ou non exposé au tabagisme passif du chien avant de procéder à l’examen clinique de l’animal. 55 Ceci aurait pu influencer l’investigateur dans son diagnostic de DOA, et nous faire surestimer le nombre de chiens atteints de DOA chez les chiens exposés. Pour palier à ce problème, la partie examen clinique de notre questionnaire a été faite de manière à forcer l’investigateur à être le plus objectif possible dans son diagnostic de DOA car il doit simplement définir l’absence ou la présence de lésions à des localisations précises sur le corps du chien. Une erreur de classement des chiens atteints de DOA consécutive à un manque d’objectivité de l’investigateur concernant le statut exposé / non exposé du chien lors de l’examen clinique était par conséquent peu probable. d) Erreur de classement sur les chiens témoins Nous avons considéré comme chiens témoins des chiens présentant 4 critères de Favrot ou moins. Cette décision aurait pu entraîner le classement d’un chien comme témoin alors qu’il était en réalité atteint de DOA. Cependant, nous avons pris les précautions nécessaires pour que ces erreurs de classement ne se produisent pas. Nous n’avons inclus dans les témoins que des chiens ne présentant pas de symptômes dermatologiques ou des chiens n’ayant pas de prurit mais présentant des lésions dermatologiques et 4 critères de Favrot ou moins. Or le prurit est un symptôme majeur des DOA présent chez tous les chiens malades à l’exception de quelques cas décrits chez le Bulldog anglais. De plus, selon l’article de Favrot et al, plus de 85% des chiens atteints de DOA présentent 5 critères de Favrot ou plus. Ainsi, si l’on s’affranchit de toute autre mesure, seuls 15% de nos témoins auraient pu présenter une DOA. Pour réduire encore ce risque, nous avons effectué un suivi de ces chiens témoins pour s’assurer que leurs symptômes dermatologiques, s’ils existaient, n’étaient pas à imputer à une DOA. D’autre part, on peut noter que certains critères de Favrot sont présents de façon normale chez des chiens sains. L’un des critères de Favrot que nous avons pris en considération est la vie en intérieur, qui concerne tous les chiens que nous avons inclus dans l’étude à l’exception d’un d’entre eux. Les critères « Absence de lésions cutanées sur le bord des pavillons auriculaires » et « Absence de lésions cutanées sur la zone dorso-lombaire » sont des critères qui se rapportent à l’absence de lésions que l’on peut retrouver sur des chiens sains. Ces trois critères à eux seuls ont pu conduire à augmenter le nombre de critères chez des chiens sains que nous avons classés comme témoins. Toutes les erreurs de classement précédemment citées sont indépendantes du statut exposé/non exposé du chien. Cependant, nous avions connaissance, grâce au questionnaire, du statut exposé ou non exposé au tabagisme passif (du chien) avant de procéder à l’examen clinique de l’animal. Ceci aurait pu influencer l’investigateur dans son diagnostic de DOA, et nous faire sousestimer le nombre de chiens témoins chez les chiens exposés. Pour palier à ce problème, la partie examen clinique de notre questionnaire a été faite de manière à forcer l’investigateur à être le plus objectif possible dans son diagnostic de DOA car il doit simplement définir l’absence ou la présence de lésions à des localisations précises sur le corps du chien. Une erreur de classement des chiens témoin consécutive à un manque d’objectivité de l’investigateur concernant le statut exposé / non exposé du chien lors de l’examen clinique était donc envisageable mais peu probable. e) Erreur de classement sur l’évaluation des chiens exposés et non exposés Dans notre étude, l’exposition au tabagisme passif a été évaluée semi-quantitativement sur la base des réponses données par le propriétaire du chien au questionnaire. La plupart 56 des études réalisées en médecine humaine sur la validité de ce type de questionnaire a montré qu’il existe une bonne corrélation entre les réponses données par les personnes interrogées et la concentration en cotinine urinaire de leurs urines (marqueur biologique de l’exposition à la nicotine) [3]. Une étude similaire menée en 2005 chez le chien montrait que la cotininurie mesurée dans les urines du chien augmentait de manière linéaire avec le nombre de cigarettes fumées par les habitants du foyer (nombre de cigarettes obtenues par le biais du questionnaire) [3]. L’autre apport de ces études est que, s’il y a défaut d’estimation de la quantité de tabac consommé, les fumeurs ont plutôt tendance à sous-estimer la quantité de tabac qu’ils consomment et l’exposition de leurs proches (ou dans notre cas du chien). Nous aurions donc classé des fumeurs comme non fumeurs ou faisant partie d’une catégorie de fumeurs en dessous de leur vraie catégorie. Le statut de chien témoin ou de chien atteint de DOA nous était inconnu au moment où nous posions les questions concernant le tabagisme passif. Par conséquent, cette erreur de classement est indépendante du statut atteint de DOA/témoin. f) Présence de biais de classement dans l’association entre tabagisme passif et la présence de DOA Il existe potentiellement, dans notre étude, des biais de classement dans l’association entre tabagisme passif et présence de DOA. Ils sont consécutifs aux erreurs de classement sur les chiens atteints de DOA et les chiens témoins qui sont indépendantes du statut exposé/non exposé du chien et que nous avons listées plus haut. Ces biais de classement sont des biais de classement non différentiels et aurait pu nous amener à sous-estimer l’association entre le tabagisme passif et la présence de DOA. Les OR que nous avons estimés seraient alors inférieurs aux véritables OR dans la population. Cependant, nous avions connaissance du statut exposé ou non exposé du chien avant de le classer comme témoin ou comme atteint de DOA. Il est donc possible que nous ayons par ailleurs fait des erreurs de classement, dépendantes du statut exposé/non-exposé, nous amenant à surestimer le nombre de chiens atteints de DOA chez les chiens exposés et à sous-estimer le nombre de chiens atteints de DOA chez les non-exposés. Ces erreurs pourraient donc être cette fois ci à l’origine d’un biais de classement différentiel qui augmenterait la force de l’association entre le tabagisme passif et la présence de DOA donc, les vrais OR dans la population sont probablement inférieurs à ceux que nous avons estimés. Pour finir, notre étude peut être biaisée par un dernier biais de classement résultant de l’erreur de classement dans l’évaluation de l’exposition au tabagisme passif. Comme nous l’avons dit plus haut, l’erreur de classement par l’investigateur ne dépend pas du statut témoin/atteint de DOA puisque ce dernier ne lui ai pas connu au moment du classement dans le statut exposé/non-exposé. Il s’agit donc d’un biais de classement différentiel qui va avoir tendance à sous-estimer l’association. Les OR que nous avons estimés seraient alors inférieurs aux véritables OR dans la population. 2. Discussion des résultats A notre connaissance, cette étude est la première dont le but a été de mettre en évidence une association entre tabagisme passif et DOA chez le chien. Pour savoir si l’exposition au tabagisme passif augmentait les risques d’avoir une DOA, nous avons intégré à notre modèle statistique les facteurs de confusion éventuels que sont l’âge, le sexe et la race des chiens. Nous ne pouvons cependant garantir, comme dans toute étude observationnelle comme celle 57 menée ici, l’absence de facteurs de confusion résiduels. L’âge et le sexe ne sont pas associés dans notre étude à la présence de DOA. Le caractère « race prédisposée » semble associé aux DOA. Ces observations sont en accord avec la littérature actuellement disponibles concernant les DOA (cf. partie étude bibliographique). Nous n’avons pas mis en évidence d’association entre la quantité de tabac consommée quotidiennement par les propriétaires et la présence de DOA chez le chien. Cependant, la quantité de tabac consommée, prise comme variable isolée, est un indicateur peu fiable de l’exposition d’un individu au tabagisme passif. En effet, celle-ci dépend de nombreux autres facteurs comme le volume de l’espace dans lequel le fumeur et le chien se trouve, la ventilation au sein de cet espace, le type de tabac consommé, les habitudes de consommation du fumeur, etc. C’est pourquoi la variable que nous avons appelée « degré d’exposition » est plus pertinente car elle prend en compte l’environnement (en l’occurrence, la surface de l’habitat) dans lequel le chien est exposé au tabagisme passif. Après ajustement sur l’âge, le sexe et la race, nous avons mis en évidence une association significative entre un degré d’exposition au tabagisme passif élevé et la présence d’une DOA chez les chiens que nous avons inclus (OR, 4,38; 95% CI, 1,10-17,44; p=0,03). Sous réserve de ne pas avoir oublié de facteurs de confusion majeurs (en plus de ceux déjà pris en compte tels que l’âge, le sexe, et la race), on peut donc émettre l’hypothèse qu’une forte exposition au tabagisme passif (par exemple être exposé à la fumée de l’équivalent en tabac de 3 à 10 cigarettes dans un studio de 24 m2 ou de plus de >20 cigarettes dans un appartement de 50 m2) est un facteur de risque de la DOA. Pour donner une dimension plus concrète à notre étude et permettre son utilisation par les praticiens (vétérinaires et médecins), nous donnons dans le Tableau 8 des exemples de correspondance entre degré d’exposition, consommation de tabac et surface de l’habitat. Tableau 8: Correspondance entre degré d’exposition, consommation de tabac et surface de l’habitat. Degré d'exposition Consommation de tabac > 0-2 cigarettes Exposition 1 3-10 cigarettes 3-10 cigarettes Exposition 2 11-20 cigarettes Exposition 3 11-20 cigarettes 3-10 cigarettes Exposition 4 > 20 cigarettes Surface de l'habitat 50 m² 100 m² 50 m² 80 m² 50 m² 24 m² 40-50 m² Les études menées chez l’enfant cherchant à mettre en évidence une association entre exposition au tabagisme passif et présence de DOA chez l’enfant sont nombreuses. Les résultats de ces études soient parfois contradictoires, certaines ne mettant pas en évidence d’associations et d’autres tendant même à conclure à un effet « protecteur » du tabagisme passif vis-à-vis de l’allergie. Cependant, des études récentes menées en Allemagne [38] et en Suède [5] ont montré que des enfants exposés au tabagisme passif durant leur petite enfance auraient un risque accru de présenter de l’eczéma et une sensibilisation aux aéro-allergènes (OR 2.01 ; 95% CI, 1.24-3.28 et OR 1.97 ; 95% CI, 1.23–3.16 respectivement). Une de ces études, menée en Suède [25] sur une population d’enfants suivis jusqu’à l’âge de 4 ans, montre en outre une association forte pour des enfants dont au moins un des parents est 58 allergique selon que les enfants aient été exposés entre 0 et 4 semaines (OR 3.77 ; 95% CI, 2.20-6.44) ou entre 0 et 8 mois (OR 4.46, 95% CI, 2.68-6.44). Ce risque plus élevé chez des enfants nés de parents allergiques s’expliquerait par l’importance des facteurs génétiques dans la survenue des dermatoses d’origine allergique chez l’homme. Cette prédisposition génétique est également mise en avant chez le chien, comme nous l’avons déjà exposé dans la partie I. Nous retrouvons d’ailleurs dans notre étude une association, bien qu’elle soit non significative, entre la présence de DOA et le caractère « race prédisposée ». Tous ces résultats sont en accord avec ceux que nous avons obtenus bien que la multiplicité des protocoles ne nous permette pas de comparer avec précision les résultats études menées en médecine humaine avec ceux que nous avons obtenus chez le chien. Nous avons trouvé une association qui semble forte entre une exposition élevée au tabagisme passif et la présence de DOA chez le chien. La voie d’entrée des allergènes dans le cas des DOA et surtout de la DAC chez le chien pourrait expliquer notre OR élevé. Nous avons vu, dans la première partie, que les dernières études menées chez l’homme et le chien désignent de plus en plus la peau comme étant un lieu majeur de pénétration des allergènes. La fragilisation de la barrière cutanée, récemment décrite chez les individus atopiques, pourrait favoriser cette pénétration transcutanée et être à l’origine ou aggraver les symptômes cliniques observés chez ces individus. L’entrée des allergènes par voie cutanée viendrait ainsi se rajouter à la pénétration des allergènes par les voies respiratoires. Or, l’épiderme du chien est plus fin que celui de l’homme (3 couches de cellules pour le chien contre chez 20 à 30 chez l’homme, mise à part les cellules de la couche cornée) ce qui facilite la pénétration des allergènes. De plus, son mode de vie et sa physiologie (proximité avec son maître, confinement, contact rapproché avec le sol, léchage du pelage, capacité respiratoire diminuée par rapport à l’homme, etc.) font que le chien est plus exposé : - A la fumée de tabac ambiante pénétration des allergènes potentiels par voie aérienne - Au contact avec les particules déposées dans son environnement au fur et à mesure du « vieillissement» de la fumée pénétration des allergènes potentiels par voie cutanée - A une ingestion possible des particules par le biais du léchage du pelage ou des jouets, meubles… Tous ces éléments font du chien un sujet à risque lors de l’exposition au tabagisme passif et pourraient être à l’origine d’une prévalence plus grande de DOA chez les individus qui y sont exposés. Cette constatation pourrait à terme servir aux médecins tabacologues. En effet, la découverte d’un effet délétère d’une exposition de leur chien à la fumée de tabac pourrait inciter les propriétaires à modifier leurs habitudes de fumeurs. En considérant les liens affectifs forts qui peuvent exister entre un propriétaire et son chien, il ne serait pas impossible que les propriétaires fumeurs décident de ne plus fumer qu’à l’extérieur ou même qu’ils décident de diminuer leur consommation de tabac. Une des limites de notre étude est que, faute d’avoir pu doser la cotininurie, l’exposition au tabagisme passif est évaluée seulement par le biais de notre questionnaire. Nous n’avons pas non plus pu tenir compte de paramètres tels que la ventilation et les allées et venues des personnes au sein de l’habitat du/des fumeur(s) qui joue un rôle important dans l’exposition du chien au tabagisme passif. Ces données sont difficiles voire impossibles à recueillir auprès des propriétaires. Elles ne sont véritablement applicables qu’à des environnements stables et contrôlés qui ne sont pas sujets aux variations de la vie courante [36]. Cependant, comme nous l’avons dit dans le paragraphe sur les biais de classement, nous avons probablement 59 sous-estimé cette exposition, mais indépendamment de la présence ou de l’absence de la DOA, ce qui conduit à sous-estimer la force de l’association. Par conséquent, ces erreurs potentielles de classement n’invalident pas les conclusions, et ne font que renforcer l’idée de l’existence d’une association entre DOA et exposition au tabagisme passif. Nous pouvons donc dire avec une certaine confiance qu’il existe bien une association entre exposition élevée au tabagisme passif et présence de DOA dans notre population de chiens. Nous ne pouvons cependant pas affirmer que ce résultat est extrapolable à la population des chiens domestiques en France car nous n’avons recruté que des chiens de propriétaires venant consulter au CHUVA. Ces chiens viennent pour la plupart de région parisienne et sont souvent suivis de manière régulière chez un vétérinaire. Bien que notre échantillon ne soit probablement pas représentatif de cette population de chiens domestiques quant à l’exposition au tabagisme passif (surface d’habitat probablement inférieur en moyenne en région parisienne par rapport au reste de la France), mais dans la mesure où le recrutement est transversal, il n’y a aucune raison de penser que cette non représentativité va introduire un biais de sélection dans l’association entre tabagisme passif et présence de DOA. Une étude comme la nôtre pourrait également être envisagée chez le chat. En effet, en milieu urbain, celui-ci est encore plus susceptible de subir les effets du tabagisme passif que le chien : confinement permanent, accès à un grand nombre d’endroits au sein de l’habitat, toilettage quotidien. Il sera certainement plus difficile de mettre en évidence une association entre tabagisme passif et DOA chez cette espèce car les allergies aux aéro-allergènes y sont encore peu documentées. Le manque de consensus sur l’existence même de la dermatite atopique féline et l’absence de critères diagnostiques facile à mettre en œuvre dans le cadre d’une étude clinique pourrait être un frein à sa réalisation. 60 CONCLUSION Chez l’homme, le tabagisme passif est un facteur de risque connu de très nombreuses maladies dont les maladies cardiovasculaires et pulmonaires. Des chercheurs se sont également penchés sur le lien qui pourrait exister entre l’exposition au tabagisme passif et la présence de DOA chez l’homme et en particulier chez les enfants. Récemment, le tabagisme passif a été désigné comme facteur de risque de survenue de DOA chez des jeunes enfants ayant été exposés à la fumée de tabac de leurs parents. Cependant, ce type d’étude n’avait pas été réalisé chez le chien. Par ailleurs, on peut considérer que le chien partage des caractéristiques physiques semblables et un mode de vie comparable à celui d’un jeune enfant (fréquence respiratoire élevée, voies respiratoires étroites, proximité avec le sol, léchage et mordillement d’objets, etc.). De plus, le chien partage le même habitat que son propriétaire et vit en étroite proximité avec lui ce qui l’expose souvent toute sa vie à la fumée de tabac ambiante et à la THS (ensemble des polluants issus de la fumée de tabac ambiante qui se déposent, persistent sur les surfaces et dans la poussière) si un membre du foyer fume à l’intérieur. Enfin, les fumeurs sont moins sensibilisés à l’exposition de leurs chiens qu’à celle de leurs enfants et ont moins de scrupules à fumer dans un endroit confiné avec eux. Ainsi, il nous parait raisonnable de poser l’hypothèse selon laquelle ce qui a déjà été montré chez l’enfant pourrait se retrouver chez le chien. C’est donc la raison pour laquelle notre étude prospective a été effectuée. Nous avons inclus dans notre étude 161 chiens dont 78 chiens atteints de DOA et 83 chiens témoins. Suite à l’analyse statistique des données issues de ces 161 chiens, nous avons mis en évidence qu’il existait une association significative entre un fort degré d’exposition au tabagisme passif (consommation en équivalent cigarettes/ surface en m2) et la présence de DOA chez ces chiens (OR, 4.38; 95% CI, 1.10-17.44; p=0.03), et ce, indépendamment de l’âge, du sexe ou de la race. L’exposition au tabagisme passif, lorsqu’elle est prolongée dans le temps et concentrée dans un petit espace, pourrait donc être un facteur de risque dans le développement de DOA chez le chien comme elle semble l’être chez l’enfant, confirmant ainsi notre hypothèse de départ. Ce travail est le premier publié sur le sujet chez le chien. Son intérêt est double : - Il permet au clinicien de mieux gérer certains cas de DOA. En effet, l’exposition au tabagisme passif, contrairement à l’exposition aux acariens de poussières de maison par exemple, est un facteur environnemental que l’on peut maîtriser. Il faut conseiller au propriétaire de fumer uniquement à l’extérieur de l’habitat pour éviter, d’une part, l’exposition de son chien à la fumée de tabac ambiante et, d’autre part, le dépôt de particules de THS au sein du domicile. Ces mesures pourraient diminuer l’apparition ou tout au moins les signes cliniques de DOA chez ces chiens. - Il peut inciter les propriétaires de chien fumeurs à arrêter de fumer ou à ne fumer qu’à l’extérieur du domicile. Selon une étude menée en 2009 par Milberger et al. (46), près de 29% des fumeurs seraient prêts à arrêter de fumer et 14% d’entre eux fumeraient à l’extérieur du domicile s’ils avaient connaissance d’effets néfastes du tabagisme passif sur la santé de leur animal de compagnie. Informer le propriétaire sur l’impact 61 négatif du tabagisme passif sur la présence de DOA chez le chien pourrait donc bénéficier à tous les membres du foyer. A l’avenir, il sera par conséquent pertinent d’intégrer au recueil de l’anamnèse des questions sur le statut fumeur ou non-fumeur des propriétaires, la surface de leur habitat et leur façon de consommer le tabac afin d’orienter le clinicien dans sa démarche thérapeutique. Une étude chez le chat serait particulièrement pertinente car le confinement permanent, l’accès à un grand nombre d’endroits au sein de l’habitat, et le toilettage quotidien l’exposent tout particulièrement au tabagisme passif et notamment aux particules de THS. Un article a été rédigé à partir de ce travail et est reporté en annexe 3. 62 BIBLIOGRAPHIE 1. BECQUEMIN MH, BERTHOLON JF, BENTAYEB M, ATTOUI M, LEDUR D, ROY F et al. Third-hand smoking: indoor measurements of concentration and sizes of cigarette smoke particles after resuspension. 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(Consulté le 10/03/2011) 69 70 Annexe 1 : Consentement éclairé Étude de l’association entre tabagisme passif et présence de dermatoses d’origine allergique chez le chien Étude IRCA n° 2010-01 Objet: Demande de consentement éclairé Investigateur principal de l’Étude : Geneviève Marignac Co-investigateurs : Diane Ka, Noriko Kimura Madame, Monsieur, Mlle Diane Ka, sous notre direction et dans le cadre de sa thèse de fin d'études vétérinaire, étudie l'influence du tabagisme passif sur l'apparition de troubles cutanés d'origine allergique chez le chien. Pour cela, nous souhaiterions vous poser quelques questions, effectuer un rapide calque cutané de la peau de votre chien et éventuellement recueillir son urine, qu'il présente des manifestations cutanées ou qu'il soit en bonne santé. L'ensemble ne prendra que quelques minutes. Vous trouverez au verso les détails de l'étude. Dr Geneviève Marignac Enseignante de Dermatologie épidémiologie analytique DMV, DipECVD, PhD Unité de Parasitologie M. Loïc Desquilbet EC biostatistique / 71 Objectif de l’Étude : Evaluer l’association entre tabagisme passif et présence de dermatoses d’origine allergique chez le chien de plus de 12 mois. Procédures auxquelles l’animal participera (s’il peut être inclus dans l’étude) : Examen clinique Prélèvement d’urine Procédures auxquelles vous participerez (dans tous les cas) : Répondre à un questionnaire Conditions de l’étude Si votre animal peut être inclus dans cette étude, vous bénéficierez d’une information sur sa disposition à déclencher une dermatose d’origine allergique, et, un dosage de la cotinine (marqueur du tabagisme passif) sera effectué dans les urines de votre chien. Vous ne bénéficierez d’aucune compensation financière pour votre participation à cette étude, mais aucune participation financière ne vous sera demandée. Les frais liés à la consultation, et éventuellement aux examens complémentaires et aux traitements seront à votre charge, que vous participiez ou non à cette étude. La participation à cette étude ne présente de risques ni pour vous ni pour votre animal. La participation à cette étude est volontaire. Vous pouvez à tout moment décider de retirer votre animal de l’étude. Votre décision de participer ou non à l’étude n’affectera pas vos relations présentes ou futures avec l’ENVA ou les autres organismes impliqués. Les données cliniques recueillies dans le cadre de cette étude seront incluses dans le dossier de votre animal dans le cadre de son suivi sanitaire. Les résultats de cotininurie vous seront transmis sous 12 mois. Les autres données recueillies telles que vos habitudes tabagiques sont considérées comme confidentielles. Les informations qui pourront faire l’objet de publications le seront sous couvert d’anonymat. Je consens à participer à cette étude. J’accepte de suivre les procédures se rapportant à l’étude qui m’ont été décrites. J’ai lu les informations ci-dessus. Toutes les questions que j’ai formulées ont obtenu des réponses appropriées et claires, répondant à mes interrogations. Date Nom et Signature du Propriétaire Nom et Signature du co-investigateur 72 Annexe 2 : Questionnaire soumis aux propriétaires et feuille d’examen Date : d’identification de l’animal : Consultation de ______________________________ Etiquette N° IRCA Questionnaire de l’étude de l'association entre tabagisme passif et présence de dermatoses d'origine allergique chez le chien a. Dans l'entourage de votre chien, y a-t-il présence d'un ou de plusieurs fumeurs ? [1] Non, jamais [2] Non, plus actuellement [3] Oui, depuis moins d'un an [4] Oui, depuis plus d'un an ________________________________________ ________________________________________ b. Votre animal se trouve-t-il en présence du/ des fumeur(s) lorsque celui/ceux-ci fume(nt) à l'intérieur du domicile (y compris fenêtre ouverte) et/ou du véhicule (y compris fenêtre ouverte) ? [1] Non, jamais [2] Non, plus actuellement [3] Oui, depuis moins d'un an [4] Oui, depuis plus d'un an (le fait de cocher cette case implique le prélèvement d’urine) c. Surface de l’habitat en m² : environ ____m². d. Au sein de l'habitation et/ou du véhicule : le fumeur consomme en moyenne par jour (en équivalent cigarettes/jour – c/j) [1] 0-2 c/j [2] 3 à 10 c/j [3] 11 à 20 c/j [4] >20 c/j [5] Pipe : poids du sachet = ___ g Nb de sachets par jour = ____ [6] Autres (cigares, cigarillos, etc.) précisez :______________________ Commentaires : ________________________________________ 73 Oui [0] Non [1] NSP* [2] Critères de Favrot Votre chien a-t-il des démangeaisons ? Si oui, à quel âge a-t-il commencé à avoir ces démangeaisons ? _______ an(s) Votre chien passe-t-il plus de 10h par jour à l'intérieur (maison, bureau) ? Votre chien a-t-il déjà reçu un traitement à base de corticoïdes ? Si oui, ce traitement a-t-il été efficace sur les démangeaisons, même transitoirement ? Examen clinique Une dermatite à Malassezia a-t-elle déjà été diagnostiquée chez votre chien ? Présence de lésions cutanées sur l'extrémité des membres antérieurs Présence de lésions cutanées sur les pavillons auriculaires Absence de lésions cutanées sur le bord des pavillons auriculaires Absence de lésions cutanées sur la zone dorso-lombaire *NSP : Ne Sait Pas 74 Examen cytologique : Scotch n°1 1 2 3 4 Scotch n°2 5 Moy. 6 7 8 9 Scotch n°3 10 Moy. 11 12 13 14 15 Valeur Résultat de l’examen cytologique : (Rappel : absence de prolifération si (i) moyenne < 5 et si (ii) aucun champ ≥ 25) Examen biochimique des urines : ___________ ng/ml Cotininurie : Commentaires généraux : 75 Moy. 76 Annexe 3 : Article Introduction About 1 billion people smoke worldwide (Hansen et al BMC pediatrics 2010). The most recent studies tend to show an association between the development of atopic dermatitis in infants and exposure to passive smoking [5, 25, 38], even though some results are not so clear cut [62, 76, Hjem et al. (2001) [30], Hancox et al. (2008) [24]]. Passive smoking is the result of secondhand and thirdhand smoking. Secondhand smoking is the inhalation by a nonsmoker ot the mixture of sidestream smoke given off by a smoldering cigarette and mainstream smoked exhaled by a smoker (2006 report of the surgeon general). Thirdhand smoke includes a mixture of semi-volatile compounds found in secondhand smoke that have sorbed or settled on surfaces of an indoor space and are latter re-emitted into the air. Thirdhand smoke also encompasses particulate matters that had deposited and accumulated on surfaces and in dust, or had become trapped in carpets, upholstery, fabrics and other porous materials commonly found in indoor environments [44]. This latter kind of passive smoking could be the most relevant for pets as hypothesized in infants as they share similar risk factors: resting on indoor fabrics or carpets, biting or sucking non-food items, inhaling more dust as they are closer to the floor, having narrow respiratory tracts [44, 85] increased respiration relative to body size. The dust ingestion rate in children is more than twice that of adults, moreover, pets also lick themselves [66]. Aim of the study The aim of the present study was to investigate the association between passive smoking and development of allergic dermatitis in the dog. Material and methods Study design and population The present study was conducted prospectively during dermatology and vaccination consultations, of the veterinary hospital of ENVA (CHUVA, Centre Hospitalier Universitaire Vétérinaire d'Alfort) for a period of six months starting September 2010. A questionnaire was elaborated by three veterinarians (including two dermatologists (BH, GM)), one epidemiologist (LD), one tabacologist (DG), a pharmacologist (SP) and a fifth year veterinary student (DK). It was proposed to owners presenting their dog either to dermatology or vaccination consultation, and was administered by either a 5th year veterinary student (DK) between September 2010 and January 2011, and in February and March 2011, by a veterinarian (NK). Dogs had to be older than one year to be enrolled, as this was the minimum duration of tobacco exposition required. This criterion was extended to the control group for comparison. The following breeds were considered predisposed to allergic dermatitis: Labrador retriever, American Staffordshire terrier, German shepherd, Jack Russel terrier, Golden retriever, French Bouledogue, West Highland White Terrier (WHWT), Sharpei, Boxer, Dalmatian, English Cocker spaniel, American cocker Spaniel. Carlotti et Costargent (1998) [10], Halliwell (1989) [22] et Scott (1981) [72]. 77 Allergy definition The diagnosis of allergic dermatitis was primarily based on the elimination of parasitic causes (eg. sarcoptic mange, flea infestation or allergy, demodicosis, etc.) which was made in the present study. Dogs were considered allergic if they suffered either from food induced allergy or atopic dermatitis related to environmental allergens. A dog was considered to suffer from an allergic dermatitis if 6 of the 8 criteria proposed by Favrot et al (2010) were present [Favrot et al. (2010) [19]]. The assessment of the presence or absence of these criteria was based on history collected through the questionnaire (presence of pruritus, age at onset, amount of time spent indoor, response of pruritus to corticosteroid treatment and history of Malassezia infection) and physical examination of the dog the day the questionnaire was administered. Physical examination was performed after the administration of the questionnaire by the same investigator. Lesions affecting the front feet, ear pinnae, ear pinnae margins and dorso-lombar area were noted. After physical examination, the skin was sampled for the presence of Malassezia using the acetate tape method on both axillae, both inguinal areas, and, if present, an area of lesional skin, for a total of four or five areas sampled. Assessment of tobacco exposure Tobacco exposure was assessed through 4 questions included in the questionnaire: (1) “is there at least one person in the home that had been a smoker for one year or more?”, (2) “is the animal present when someone is smoking inside the home or the car (including smoking while windows are opened)?”, (3) daily tobacco consumption at home and in the car splitted in four categories : >0-2 cigarettes/day (cig/d), 3-10 cig/d, 11-20 cig/d and 21 or more cig/d, and (4) home surface in square meters (m2). Consumption of tobacco other than cigarettes (pipe, cigar, cigarillo...) was converted into cigarettes-equivalents (CE) according to Boffeta et al (1999) [4], considering that one cigarette contains an average of 1g of tobacco. Tobacco exposure was then investigated in the study using two indicators: (1) tobacco consumption (number of CE consumed per day, recoded into 5 categories), and (2) and the level of smoke exposure (tobacco consumption divided by the home surface). A dog was considered not exposed if the owner answered "no, never" to the first question. A dog was considered exposed if the owner answered "yes, for more than a year" to both questions 1 and 2. This was intended to exclude intermittent or recent (less than a year) exposure. Data recorded In addition to the information regarding allergic dermatitis and tobacco exposure obtained through the questionnaire, the following historical and clinical data were recorded for each dog: signalment (breed, current age, sex), age at onset, clinical signs, and type of consultation attended (dermatology vs vaccination). Statistical analyses Data were recorded using EpiData software (http://www.epidata.dk), 3.1 version. Statistical analyses were performed using Epi-Info software (CDC, Atlanta, GA, USA), 3.5.3 version. Chi square tests were used to compare cases (i.e., dogs with allergic dermatitis) and control dogs for qualitative variables. Two multivariate logistic regression models were used to analyze the association between passive smoking and the presence of an allergic dermatitis. To characterize this association, 78 the first model included the tobacco consumption and the second model included the level of smoke exposure. These two models also included potential confounding factors such as sex, age at the consultation, and predisposed (vs not predisposed) breed. Crude and adjusted odds ratios quantifying the association between passive smoking and allergic dermatitis were therefore provided. Type-1 error was set to 5%, and all statistical tests were two-tailed. Results In six months (28 September 2010-3 april 2011), 219 dogs were enrolled. Fifty-eight dogs were excluded due to (1) intermittent tobacco exposure (n=30 dogs) or (2) or presence of pruritic dermatitis that did not match the definition of allergic dermatitis used in the present study (n=28). Of these 28 dogs, 11 were exposed to passive smoking and 17 were not. Of the 161 dogs finally included, 78 (48%) had allergic dermatitis and 70 were exposed to passive smoking. Among the allergic dogs, 38 (47%) were exposed to passive smoking and 40 (53%) were not. Among dogs free of allergic dermatitis, 32 (39%) were exposed to passive smoking and 51 (61%) were not exposed. The median age at presentation was 5 YO (1-14 YO), male dogs were more represented (n=94, 58%) than females. Fifty-two percent of the dogs belonged to predisposed breed (n=84/161). Among the 78 allergic dogs, 46 belonged to predisposed breeds (59%) (tablexx). The most represented breeds were French Bouledogue (10), Jack Russel Terrier (7), WHWT (7), Labrador retriever (8) and Cavalier King Charles (5). Among the 83 control dogs, 38 belonged to predisposed breeds (46%), the most represented breeds were Labrador retrievers (8), German shepherd (7), Poodle (7), Yorkshire terrier (5), Jack Russel terrier (5) and French bouledogue (4). Most of the dogs were enrolled during Dermatology consultations (n=125/161, 78%). To characterize (quantify ??) the association between passive smoking and the presence of an allergic dermatitis, odd ratios corresponding to tobacco consumption Tobacco consumption solely: dogs whose owner smoked, did not significantly displayed signs of allergic dermatitis compared to unexposed dogs, after adjustment for potential confounders such as sex, age and breed (predisposed vs not predisposed) was done (>0-2 CE/d (OR, 1.53; 95% CI, 0.3-7.87; p= 0.61), 3-10 CE/d (OR, 1.17; 95% CI, 0.4-3.43; p=0.77), 11-20 CE/d (OR, 1.81 ; 95% CI, 0.76-4.29; p= 0.18), >20 CE/d (OR, 2.11 ; 95% CI, 0.64-6.94; p=0.21)). Smoke exposure (tobacco consumption divided by the home surface): dogs whose level of exposure was the greatest had an increased risk for allergic dermatitis (OR, 4.38; 95% CI, 1.10-17.44; p=0.03) [Table 1]. 79 Table 1: Prevalence of allergic dermatitides in dogs and association with levels of tobacco smoke exposure Level of exposure to passive smoking All dogs Dogs with AD Level 0 91 40 Level 1 21 9 Level 2 17 9 Level 3 19 10 Level 4 13 10 Allergic dermatitides OR † % 44 1 43 1,09 53 1,66 53 1,69 77 4,38 95%CI 0,4-3 0,56-4,92 0,60-4,72 1,1-17,44 † Adjusted for sex, age and breed (predisposed or not) We generated a table (Table 2) that allows the practioner to assign a specific level of exposure to a dog based on examples of home surface and range of owner’s tobacco consumption. This was made to provide veterinarians with a tool that could be used during consultation as the present study shows an association between passive smoking and the presence of allergic dermatitis only for the highest level of exposure. Table 2: Assessment of the dog level of exposure based on home surface and tobacco consumption (as declared by the owner) Home surface 50 m² 100 m² 50 m² 80 m² 50 m² 24 m² 40-50 m² Tobacco consumption > 0-2 cig 3-10 cig 3-10 cig 11-20 cig 11-20 cig 3-10 cig > 20 cig Level of exposure Level 1 Level 2 Level 3 Level 4 Discussion This study shows that high level of tobacco smoke exposure tends to be associated with an increased prevalence of allergic dermatitis in the dog. Smokers tend to under-evaluate their tobacco consumption and the exposure of other family members as shown by a study that compared answers to a questionnaire and the level of a biological marker such as urinary cotinine [3]. This underestimation leads to a dilution of the true association and the result obtained in the present study might be even stronger is corrected for this underestimation. We originally intended to measure urinary cotinine levels, but we were unable to collect enough samples. As shown by Favrot et al. (2010) [19], food induced allergy and canine atopic dermatitis cannot be clinically distinguished. As no serologic tests are reliable to diagnose either of these diseases, an elimination diet is necessary to differentiate them. Moreover, between two and thirty percent of the dogs could be suffering from both conditions [29]. In this study, the distinction between the two conditions was not necessary considering the lengthy diagnosis and the potential loss of numerous cases. Dogs with a history of Malassezia dermatitis and/or Malassezia dermatitis on the day of the consultation were considered to fulfill Favrot’s criterion regarding chronic or recurrent Malassezia dermatitis. This could have lead to a misclassification of dogs suffering from AD. 80 However, as cutaneous samplings are not always performed by veterinarians and as owners are often ill-informed about the results of these exams, we chose this procedure to prevent the loss of too many cases. Another cause of misclassification could have been the knowledge of the exposed or unexposed status of the dog before its classification in the healthy or allergic group. To avoid this misclassification, the examination of the dog was based on objective criteria and was therefore less subject to the investigator’s interpretation. There could be bias in our study resulting from the different misclassifications we mentioned above but most of these misclassifications are independent of the exposed or non-exposed status of the dog and would have lead to an underestimation of the association between exposure to passive smoking and presence of allergic dermatitis. We took into account confounding factors such as sex, age and breed but we cannot guaranty the absence of residual confounding factors. In this study, we found no significant effects of each category of tobacco consumption solely on allergic dermatitis. This can be explained by the multitude of factors involved in tobacco exposure: volume of the room, ventilation rate and type of surfaces, etc. In the present study, there was more dogs belonging to a predisposed breed in the allergic group compared to the control group but the difference was not significant. This is in contrast with the strong heredity observed in CAD (data not shown). Our results could be explained by the fact that we did not make any distinction between food induced allergy and CAD. Moreover, heredity in CAD is probably more related to lineage than to breed as breed predisposition is known to vary between areas of the world. One study performed in Sweden on a cohort of children followed until the age of four year old, showed that children with heredity for allergies and exposed to secondhand tobacco during their first year in life had highly increased odds of developing an allergy. The authors concluded to a synergistic effect of heredity and exposure to secondhand tobacco smoke on allergy development [25]. Such a synergy was not observed in the present study which could be related to the lack of association between the presence of allergic dermatitis and breed predisposition (data not shown). In conclusion, there appears to be an association between a high level of exposure to passive smoking and allergic dermatitis in the dog. It is probable that owners are not as conscious of the health consequences of the exposure of their pet to passive smoking as they are with children. It could be interesting to perform a similar study in the cat. Indeed, this species tends to be more sedentary than the dog, is more often in contact with clothes, upholstery, and other surfaces contaminated with thirdhand smoke. Moreover, cats groom themselves much longer and more frequently than dogs do and respiratory manifestations of allergy are well described in this species. To perform such a study, it would be necessary to characterize feline allergy as precisely as in the dog. [Les chiffres renvoient aux références bibliographiques de la thèse] 81 82 ÉTUDE DE L'ASSOCIATION ENTRE TABAGISME PASSIF ET PRÉSENCE DE DERMATOSES D'ORIGINE ALLERGIQUE CHEZ LE CHIEN NOM et Prénom : KA Diane Résumé : Chez le chien comme chez l’homme, le développement de dermatoses d’origine allergique et l’apparition des signes cliniques associés sont influencés par de nombreux facteurs environnementaux. Diverses études ont montré une association entre l’exposition au tabagisme passif et le développement de dermatoses d’origine allergique chez l’enfant. Cependant, aucune étude n’avait été publiée jusqu’à présent pour savoir si cette association existait chez le chien et c’est ce qui a motivé le lancement de notre étude. Sur une période de 6 mois, 161 chiens, recrutés en consultation de dermatologie et de vaccination au CHUVA, ont été inclus dans notre étude. Afin de déterminer leur statut d’exposition au tabagisme passif, un questionnaire a été soumis aux propriétaires. Le statut malade ou témoin a été évalué sur la base d’un examen clinique et de prélèvements cutanés. Suite à l’analyse statistique des données issues de ces 161 chiens, nous avons mis en évidence qu’il existait une association significative entre un fort degré d’exposition au tabagisme passif (consommation en équivalent cigarettes/ surface en m2) et la présence de DOA chez ces chiens (OR, 4,38; 95% CI, 1,10-17,44; p=0,03). Ces résultats sont en faveur de l’existence d’un lien entre une exposition élevée au tabagisme passif et le développement de DOA chez le chien. Mots clés : TABAGISME/ ALLERGIE/ DERMATOSE/ ENVIRONNEMENT/ ENQUETE/ CARNIVORE/ CHIEN Jury : Président : Pr. Directeur : Dr. MARIGNAC Geneviève Assesseur : Dr. DESQUILBET Loïc ASSOCIATION BETWEEN PASSIVE SMOKING AND CLINICAL SIGNS OF ALLERGIC DERMATITIS IN THE DOG SURNAME : KA Given name : Diane Summary The onset of allergic dermatitides and the apparition of related skin lesions are influenced by various environmental factors in dogs as in humans. Several studies showed an association between secondhand smoke and the development of allergic dermatitides in children. However, there are no published studies investigating the same association in the dog. During a six month period, 161 dogs, recruted in both dermatology and vaccination consultations, were enrolled in the present study. To assess passive smoke exposure, a questionnaire was administered to dog owners. Allergic or non-allergic status of the dog was assessed based on clinical examination and cutaneous cytology. Statistical analyses of the data obtained from the 161 dogs enrolled revealed a significant association between a high level of passive smoking exposure (cigarette consumption divided by home surface) and the presence of allergie dermatitides in the dogs (OR, 4.38; 95% CI, 1.10-17.44; p=0.03). These results are in favor of a link between a high level of exposure to passive smoking and the development of allergic dermatitides in dogs. Keywords: TABAGISM/ ALLERGY/ DERMATITIDES/ ENVIRONMENT/ SURVEY/ DOG Jury : President : Pr. Director : Dr. MARIGNAC Geneviève Assessor : Dr. DESQUILBET Loïc