Étoile Jaune (1ère partie) (pdf - 570,87 ko) - Charleville

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Étoile Jaune (1ère partie) (pdf - 570,87 ko) - Charleville
H
Etoile Jaune
istoire
Témoignage
de M. Jean Mendel,
à CharlevilleMézières
relâchée. Les deux fils sont
évacués en Zone Libre, à
Brive-la-Gaillarde, près de
Tulle, en Corrèze. Ils sont
conduits par madame Patat,
concierge aux établissements
Rem à Reims. Les enfants y
restent deux mois.
Les enfants juifs
exploités en Suisse
Georges Mendel, père de Jean
Mendel
La nationalité britannique
sauve la famille de
Jean Mendel de la
déportation3
Georges Mendel, son père,
marchand de métaux, est né à
Dunkerque, le 23 novembre
1904, d’un père australien,
Alfred Mendel, né le 11 mai
1882 et d’une mère française,
Armance Berr, née à Baccarat
en Meurthe-et-Moselle, le 22
décembre 1882. Georges
Mendel, lui aussi marchand de
ferraille, se marie avec
Marcelle-Pauline Kahn, née à
Saverne, dans le Bas-Rhin, le
10 décembre 1906. De cette
union, naissent deux fils :
Jean, le 15 septembre 1935 et
Robert, le 14 novembre 1936.
La famille réside au 6, rue du
Mont-d’Arène
à
Reims.
Georges Mendel opte pour la
nationalité britannique, ce qui
sauvera toute sa famille de la
déportation. En mai 1940, les
Mendel
évacuent
à
Angoulême, en Charente. Ils
reviennent très tôt à Reims.
Mais Georges Mendel est arrêté par les Allemands, il passe
48 mois d’internement à la
Caserne Saint-Denis à Paris,
transformée en prison. Il ne
sera libéré que le 25 août
1944, lors de l’entrée de la 2e
D.B. dans Paris. Pauline Kahn
est arrêtée en 1941, mais profitant de la double nationalité
franco-britannique, elle est
Puis, ils sont pris en charge
par l’Organisation de Secours
à l’Enfance (O.S.E.) qui les
place en Suisse germanophone, à Flims, dans la vallée du
Rhin antérieur, près de Ilanz et
pas très loin du Liechtenstein.
Là, comme d’autres enfants
juifs, ils sont exploités et maltraités par des fermiers, pourtant rémunérés, pour leur
accueil « humanitaire », par les
Etats-Unis ou la GrandeBretagne. Ils ne sont pas scolarisés et, donc, ne sauront ni
lire, ni écrire, à leur retour en
France. Ils ne reçoivent aucune nouvelle de leurs parents.
Pauline est arrêtée une seconde fois, le 27 janvier 1944
avec sa belle-mère. Elle est
internée à Drancy et travaille
au centre de triage. Sa bellemère, Armance Mendel-Berr
est aussi internée à Drancy,
celle-ci fut d’abord incarcérée
à Besançon du 15 février 1941
au 24 avril 1941, puis à
Drancy, le 27 janvier 1944.
Le grand-père est déporté
à Auschwitz
Pauline reconnaît son père,
Armand Kahn (né le 20 mars
1877 à Puttelange) - qu’elle
n’avait pas revu depuis vingt
ans, ils ne se parlaient plus alors qu’il montait dans un
wagon
à
destination
d’Auschwitz, du convoi n°68,
du 10 février 1944. Il n’en
reviendra pas. Bénéficiant tou-
jours de la double nationalité,
elles sont transférées, fin
février 1944, à Vittel, à l’établissement thermal, qui est
transformé en un vaste camp
de regroupement des ressortissants britanniques et américains. Ils seront jusqu’à 4.000
internés ! Une fois libérés, le
12 septembre 1944, les
parents recherchent leurs
enfants. Robert et Jean
Mendel rentrent le jour de Noël
1944, en train spécial transportant un grand nombre d’enfants juifs. A la gare de Lyon,
bien que les parents les cherchent, ils ne se reconnaissent
pas, ne se retrouvent pas. Ils
sont conduits au siège de
l’O.S.E.. Quelques heures plus
tard, enfin, ce sont les retrouvailles. Pauline dit à son
époux : « Tu vois Georges, ce
sont nos enfants et on ne les
avait pas reconnus ! ». Les
enfants éprouvent des difficultés à dire « papa, maman » et
préfèrent utiliser les « monsieur, madame ».
Huguette MARX m’écrit le 24
janvier 2003 : “le souvenir
des déportés est leur seule
sépulture”.
Des gens sans histoires sont
entrés, bien malgré eux,
dans l’Histoire. Certains ont
accepté de me livrer leur
témoignage par amitié, par
confiance, ce qui m’honore.
D’autres, ont gentiment
répondu à mes questions,
mais sont gênés de voir
leurs vies ainsi étalées
devant vous. Je les comprends. Mais comment,
aujourd’hui, faire passer un
message qui est l’essence
de toute mon action dans le
domaine de l’Histoire ? Les
rouages bien huilés de l’inhumanité ont détruit les vies
de gens honnêtes, courageux, innocents. J’ai choisi
de combattre l’inhumanité.
Toute vie humaine a un sens,
est porteuse d’espoir, mérite
le respect. Faucher des destinées innocentes, c’est briser l’avenir de l’humanité.
ère
1
par Gérald
Dardart
Pa r t i e
Armance Mendel-Berr internée à
Besançon, Drancy, puis Vittel (Coll.
Jean Mendel)
L
Notes
Ces récits ont été validés par les témoins.
2
Témoignage de Mme Denise CAÏN à Charleville-Mézières, le vendredi 17 janvier 2003.
3
Témoignage de M. Jean MENDEL, époux de Mme Annette MEYER, à Charleville-Mézières, le vendredi 10 janvier 2003.
4
Témoignages de Mme Annette MENDEL-MEYER et de sa mère, Mme Florestine MEYER-PICARD, à Charleville-Mézières, le vendredi 10 janvier 2003.
1
Bibliographie
Gérald Dardart, « Judaïsme et antisémitisme des les Ardennes », Terres Ardennaises, n°61.
Gérald Dardart, « A Régine », Charleville-Mézières Notre Ville, n°43.
Supplément au journal
“Charleville-Mézières magazine”
N° 67 - février 2003
dessin Olivier Gobé
e 27 septembre 1940, les Allemands exigent le recensement de la
population israélite de la Zone Occupée. Les 3 et 4 octobre 1940,
l’Etat français de Vichy promulgue des mesures contre les
Israélites, des camps d’internement sont créés en France. Le 29 mai 1942,
l’occupant impose le port de l’étoile jaune. Un mois plus tard, débutent
les grandes rafles, et les déportations massives vers les camps d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, Sobibor, Majdanek, Treblinka, Chelmno,
Belzec... C’est le début de « l’anéantissement », de la Shoah.
Témoignages1.
Fin du voyage
Fin du Voyage
Les portes à glissières s’ouvrent
la lumière inonde l’intérieur...
Le monde des ténèbres nous engloutit.
Monde rongé
Boue et ordure.
Ici règne la peur
le coeur bat fièvreusement
les yeux cherchent les yeux
Nous le sentons
c’est la fin...
Ici règne le robot
à coups de fouet et de matraque
exécuteur de sentences contre les millions
de déportés de l’Europe occupée...
Un monde s’écroule.
Déshabillez-vous !
Jetez en tas ces derniers restes d’un lointain passé !
Tête rasée !
Tatouages sur le bras !
Nous n’avons plus de noms
Nous sommes des numéros.
Où jetait-on des miettes aux mouettes sur un canal ?
Où voyait-on des fleurs au rebord des fenêtres ?
Brindilles sur l’eau...
Greet Van Amstel
poème écrit à Auschwitz
Témoignage
de Mme Denise Caïn
à CharlevilleMézières2
Se réfugier en Zone
« Libre »
Léon Caïn est né en 1890 à
Charleville et épouse, en 1920,
Suzanne-Annette Lévy, née en
1896, à Valenciennes. Ils
auront deux filles, nées à
Charleville : Line, en 1921 et
Denise, en 1923. Les grands
parents de Léon Caïn quittent
Gavisse en Moselle, la
Lorraine
annexée
par
l’Allemagne en 1871, et s’établissent à Bar-le-Duc dans la
Meuse. Une branche de la
famille Caïn s’installe à
Charleville, vers 1890. Cerf
Caïn, père de Léon Caïn, marchand de bestiaux, crée son
commerce près de l’avenue
d’Arches. De la classe 1910,
Léon Caïn fait son service miliRégiment
taire
au
61e
d’Artillerie de Campagne, dans
la caserne de la place du
Saint-Sépulcre (actuelle place
de l’Agriculture). Durant la
Grande Guerre, il combat dans
l’artillerie à Verdun et reçoit, le
29 mai 1916, pour sa bravoure, la Croix de Guerre avec
étoile de bronze. En 1939, lieutenant de réserve, il est mobilisé au château fort de Sedan. Il
est fait prisonnier en 1940 et
rejoint un camp pour militaires
juifs, dépendant des Oflag
XVIII C de Spittal-Drau, dans
la région de Salzbourg et XVII
A de Doellersheim, près de
Vienne. Puis, en 1941, les
Allemands décident de libérer
tous les anciens combattants
de 1914-1918, y compris les
Israélites. Léon Caïn peut
alors rejoindre sa famille, réfugiée à Paris. Lors de l’exode
de mai 1940, son épouse et
ses deux filles s’étaient exilées
à
Château-Gontier
en
Mayenne, puis au Gué-d’Alleré
en Charente-Maritime -où s’est
installée la famille FranckScheuer, des cousins-, et
enfin, à Paris. Denise Caïn,
étant lycéenne au Lycée
Chanzy de Charleville, passe
son bac à Niort dans les DeuxSèvres. Dans la capitale, les
Caïn commettent l’erreur de se
déclarer au commissariat de
police de la rue de Vaugirard.
Les rafles se multipliant à
Paris, les Caïn reprennent la
route et traversent la Ligne de
Démarcation, en deux fois,
grâce à un passeur, Léon Caïn
étant parti le premier. Ils passent la Ligne à Bourbon-Lancy,
en Saône-et-Loire. Les Caïn
se réfugient à Moissac dans le
Tarn-et-Garonne, où vit déjà
une partie de la famille. A
Moissac, les Allemands font
des rafles, malgré l’aide apportée par les gens de Moissac,
des membres de la famille,
une belle-soeur de Léon Caïn,
un neveu de 15 ans, un cousin, sont déportés. Ils ne
reviendront pas. A la veille de
la Libération, Léon Caïn est
arrêté par les Allemands et
emprisonné à Toulouse, les
Allemands quitteront la ville en
abandonnant les prisonniers.
Pierre Amselle de
Charleville
fusillé par les nazis
Pierre Amselle, est né à
Sézanne dans la Marne,
durant la Grande Guerre, le 20
septembre 1916. Ses parents
sont : Henri Amselle, négociant
en immeubles, 6, place de la
République, à Mézières et
Suzanne Caïn, soeur de Léon
Caïn. Pierre Amselle est mobilisé en 1939 et fait la
Campagne de France de maijuin 1940. Durant la guerre, sa
famille est réfugiée à Gaillac
dans le Tarn, lui-même habite
dans le département voisin, à
Toulouse. Un parent, Paul
Picard, de Lamarche, près
d’Epinal, le fait entrer dans la
Résistance. Pierre Amselle
devient capitaine F.F.I.. Il est
arrêté en janvier 1944, en gare
de Toulouse. Les Allemands
ont, en effet, découvert dans
sa mallette une grande quantité de tracts gaullistes. Pierre
Amselle est d’abord transféré
à la prison Saint-Michel de
Toulouse, puis au Fort-Montluc
à Lyon, dans un baraquement
spécial. Il a pour compagnon
d’infortune, André Frossard,
futur chroniqueur réputé du
Figaro, auteur de la Maison
des Otages (Ed. Fayard, Paris,
1960), ouvrage dans lequel il
évoque son internement au
Fort-Montluc. Le 8 juillet 1944,
un attentat est commis au
centre S.N.C.F. de Portes-lèsValence. En représailles, les
Allemands choisissent 20
otages, dont Pierre Amselle,
au Fort-Montluc et les fusillent
à l’endroit même de l’attentat.
Témoignages
de Mme Annette
Mendel-Meyer
et de sa mère,
Mme Florestine
Meyer-Picard,
à CharlevilleMézières
Les Meyer, commerçants à
Charleville4
Annette Meyer est née le 26
avril 1934, à Charleville. Ses
parents sont : Marcel Meyer,
né à Pont-à-Mousson en
Meurthe-et-Moselle, en 1902
et Florestine Picard, née à
Monthermé en 1908. Les
Meyer sont apparentés aux
Scheuer de Sedan, Vouziers,
Reims et Provins. Marcel
Meyer épouse Florestine
Picard à la synagogue de
Entrefilet
publié
dans
“ParisSoir”
le 27 juin
1942
L’étoile jaune (Coll. Famille Meyer)
Sedan
en
1930,
le
mariage est
célébré par
le rabbin
Isaac Weill.
De
cette
union, naîtront Annette
en 1934 -nous
l’avons
dit-,
Josette en 1946 et
Monique en 1948. Les
parents de Florestine Picard,
Arthur Picard et Laure Lévy
fondent vers 1907 un magasin
de nouveautés à Monthermé :
« Le Pont-Neuf ». En 1920, ils
quittent Monthermé et s’installent à Charleville, en achetant
la boutique au 16, rue
Bourbon. En 1930, Florestine
Picard reprend la suite de ses
parents. Son époux est colporteur : il propose des vêtements
de travail aux agriculteurs
ardennais. En 1939, des voisins, les Monacelli, tenant un
café de la rue Bourbon,
apprennent à Florestine l’existence d’un village, tranquille,
reculé,
enclavé
en
Normandie : Vimoutiers, dans
le département de l’Orne, à la
frontière du Calvados, près
d’Argentan. Pressentant les
persécutions
antisémites,
alors que son papa Arthur
Picard reste optimiste et
confiant, elle part repérer les
lieux. Elle loue un appartement
à Vimoutiers. En septembre
1939, à la déclaration de guerre, Marcel Meyer est mobilisé
au 148e R.I.F., au grade de sergent. Sa mission est de garder
les ponts à Dom-le-Mesnil, à
Flize, aux Ayvelles.
Cachés en Normandie,
dénoncés à Charleville
Le 12 mai 1940, c’est l’exode,
les Meyer et les grandsparents Picard évacuent à
Vimoutiers, d’abord en traction
avant, puis, à partir de
Beauvais,
en
train.
L’automobile étant surchargée,
Florestine est obligée de laisser des valises sur le trottoir. A
Vimoutiers, d’autres familles
israélites se cachent : les
Uhlmann et Bloch, originaires
de la région parisienne. Une
grand-tante
d’Annette,
Mathilde Lévy, et sa famille, de
Braux, viendra
aussi
se
réfugier à
Vimoutiers.
Tous
les
habitants,
l
e
s
Vimonastériens,
sont accueillants.
Florestine travaille
sur les marchés pour
gagner un peu d’argent. Les
Israélites n’ont pas le droit de
travailler, mais Florestine ne
s’est pas déclarée en préfecture de l’Orne. Pourtant, à la
suite d’une dénonciation
survenue dans les Ardennes
(qui ?), la mairie de
Charleville informe les autorités de l’Orne. Florestine ne
peut plus faire du commerce.
L’étoile juive
En 1942, les Picard-Meyer
sont obligés de porter l’étoile
juive, en fournissant, de surcroît, des tickets « textiles ».
Annette refuse de se voir ainsi
« étiquetée », l’institutrice
mademoiselle Cousina, fervente antipétainiste ainsi que
le garde champêtre ferment
les yeux. Mais, sa maman
Florestine doit la porter. Marcel
Meyer est, quant à lui, prisonnier de guerre à Laval, en
Mayenne. Florestine va voir
son époux et lui demande de
s’évader. Il refuse, craignant
des représailles sur la famille.
Un gendarme, originaire des
Ardennes, monsieur Bale,
vient les prévenir d’une arrestation imminente. Les Lecoq,
petits cultivateurs, se proposent de les cacher. Florestine
et Annette partent à vélo chez
les Lecoq. Tandis que les
grands-parents Picard s’en
vont, à pied, chez madame et
monsieur Tassin, instituteurs
de Joigny-sur-Meuse, antipétainistes convaincus, réfugiés dans la région. La gardebarrière, antisémite, les voit
passer ; elle les dénonce. Ils
sont arrêtés et conduits à la
Kommandantur d’Argentan.
Citoyens français, ils seront
relâchés. Un mois après cette
fausse alerte, en novembre
1943, Florestine est prévenue
par la fille du maire qu’une
lettre est arrivée en mairie,
cette missive officielle annonce, pour le lendemain, une
rafle des Israélites de la commune. Le docteur Saraudy
prête une voiture. Le garagiste
Goubin apporte l’essence et
conduit les quatre personnes à
la gare de Sainte-GauburgeSainte-Colombe (Orne), pour
prendre le train. Ils arrivent à
Paris de nuit, lors d’une alerte
antiaérienne,
en
gare
Montparnasse. Ils sont d’abord
accueillis chez madame et
monsieur Diot de Monthermé,
rue Vieille-du-Temple, dans le
quartier du Marais ; puis, chez
madame et monsieur Leroux à
Le Perreux-sur-Marne (Val-deMarne).
La Ligne de Démarcation
Ayant des cousins à Toulouse
(notamment Roland Lévy),
Florestine décide de se réfugier, avec sa fille, dans la Ville
Rose. Les grands-parents,
quant à eux, vont se cacher à
Saint-Quentin,
chez
une
parente, Renée LabarrePicard. Non déclarés en préfecture, donc sans étoiles, ils
n’ont jamais été inquiétés.
Florestine et Annette partent
au train, dorment une nuit à Le
Blanc, sur la Creuse, dans
l’Indre. Elles y passent, sans
encombre - Florestine Meyer
s’étant fait réaliser une fausse
carte d’identité au nom de
Florestine Meyer-Picard et sa fille
Annette, réfugiées à Vimoutiers,
vers 1941 (Coll. Famille Meyer)
« Maillard » -, la Ligne de
Démarcation entre la Zone
Occupée et la Zone Libre
(cette dernière est envahie le
11 novembre 1942). A
Toulouse, au bout de quelques
jours, Florestine réussit à louer
un appartement très insalubre,
au 16, rue de la Bourse.
Malgré des contradictions
dans leurs identités, Annette
continue de s’appeler Meyer,
et sa maman est devenue
madame Maillard... aucun problème sérieux ne survient.
Pour recevoir la solde de son
époux, un système de correspondance est mis en place :
une dame de Toulouse se fait
l’intermédiaire, car le courrier
ne peut arriver directement. A
Charleville, tous leurs biens
sont confisqués, mis sous
séquestre et gérés par un huissier, maître P.. Florestine est
employée d’abord chez un
pâtissier de la place du
Capitole. Ce dernier étant proallemand, Florestine quitte son
poste et part travailler chez
monsieur Patez, le photographe de la rue Gaignère à
Vouziers, lui aussi exilé à
Toulouse. Un jour, la Gestapo
fait une descente dans leur
immeuble pour arrêter une certaine madame Rachel, de
confession israélite, qui réussit
à lui échapper en se cachant
dans le grenier. Lors de la libération de Toulouse, le 19 août
1944, les F.F.I. installent une
position sur le toit de l’immeuble dans lequel vivent
Florestine et Annette. Marcel
Meyer, prisonnier de guerre, a
quitté le Frontstalag de Laval
pour les stalag de Kassel, puis
de Berlin. En mai 1945, libéré,
il ne retrouve pas sa femme et
sa fille à Charleville et va les
chercher à Toulouse. Les
Meyer-Picard vont reprendre
leurs affaires à Vimoutiers (où
ils assistent, impuissants, aux
scènes scandaleuses de
tontes de femmes) et récupèrent, enfin, le magasin de la
rue Bourbon... (A lire par
ailleurs : l’excellent article de
M. René Colinet relatif à la
famille Meyer, publié dans
Terres Ardennaises, n°52,
1995).