Exposition L`Alsace pittoresque
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Exposition L`Alsace pittoresque
Exposition L’Alsace pittoresque l’invention d’un paysage 1770 - 1870 25 mars – 26 juin 2011 Henri Lebert, Vue du Hohlandsburg, 1833, huile sur toile, Musée Unterlinden, Colmar Sommaire Visuels disponibles pour la presse p. 3 Informations pratiques p. 6 Communiqué p. 7 L’exposition La découverte du paysage alsacien autour de 1800 p. 9 L’inventaire de l’Alsace pittoresque p. 11 Consommer le pittoresque p. 14 Les débuts du tourisme et l’arrivée du train en Alsace Paysage et vie rurale p. 16 Paysages rêvés p. 17 Le catalogue Sommaire p. 18 Une topographie pittoresque : l’appropriation artistique du paysage p. 19 alsacien autour de 1800 d’après le texte de Viktoria von der Brüggen Autour de l’exposition Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 p. 24 2 Visuels disponibles pour la presse (en relation avec l’exposition et pendant sa durée) La découverte artistique du paysage alsacien autour de 1800 A. Tobias GIMBEL, La cascade du Nideck, s.d., huile sur bois, Strasbourg, Musée des Beaux-arts B. François WALTER, Vues du Haut et du Bas Rhin, 1794, plume, encre noire et brune, aquarelle, Strasbourg, Cabinet des Estampes et des Dessins C. Benjamin ZIX, Jeune homme lisant dans un paysage montagneux, s.d., aquarelle, Strasbourg, Cabinet des Estampes et des Dessins D. Benjamin ZIX, Vue de Strasbourg (Mahlerische Ansichten des ehemaligen Elsasses, pl. 1), 1804-1805, eau-forte, Strasbourg, Cabinet des Estampes et des Dessins L’inventaire de l’Alsace pittoresque E. Jean MIEG, Fabrique d’indiennes de Mrs Haussmann Frères à Logelbach, (Mieg, Manufactures du Haut-Rhin, pl. 12), 1822-1825, lithographie et aquarelle, Mulhouse, Musée historique F. Adolphe BRAUN, Rhin près Breisach (Braun, L’Alsace photographiée, pl. 123), 1858-1859, papier albuminé, Colmar, Bibliothèque Municipale, Cabinet des Estampes G. Jacques ROTHMULLER, Le Lac blanc (Rothmuller, Musée pittoresque et historique de l’Alsace, pl. 33), 1863, lithographie, Colmar, Bibliothèque municipale, Cabinet des Estampes Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 3 H. Henri DE BOUG D’ORSCHWILLER, Ruine du château du Haut-Koenigsbourg, 1829, aquarelle, Colmar, musée Unterlinden I. Johann-Friedrich HELMSDORF, Ruine d’Hohbaden, 1832, huile sur toile, Strasbourg, Musée des Beaux-Arts J. Henri LEBERT, À la Wolmsa, vers 1828, huile sur toile, Colmar, Musée Unterlinden K. Henri LEBERT, Vue du Hohenlandsburg, 1833, huile sur toile, musée d’Unterlinden, Colmar La consommation du pittoresque L. Jacques ROTHMULLER, Vue du HautKoenigsbourg, s.d., lithographie, Strasbourg, Bibliothèque Nationale et Universitaire M. Anonyme, Intérieur du Haut-Barr, BasRhin, s. d., lithographie, Strasbourg, Cabinet des Estampes et des Dessins N. Fernand DE DARTEIN, Dans la forêt d’Ottrott, 1874, aquarelle, France, collection particulière O. Théodore MULLER, De Colmar à Voegtlinshoffen (Muller, Panorama des Vosges et du chemin de fer de Strasbourg à Bâle), 1842, chromolithographie, Strasbourg, Cabinet des Estampes et des Dessins Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 4 Paysage et vie rurale P. Gustave BRION, Les pèlerins de Sainte Odile, 1863, huile sur toile, Colmar, Musée Unterlinden Q. Gustave BRION, Récolte des pommes de terre pendant l’inondation du Rhin en 1852 (Alsace), 1852, huile sur toile, Nantes, Musée des Beaux-Arts R. Théophile SCHULER, Les schlitteurs des Vosges, 1859, fusain et aquarelle, Colmar, Musée Unterlinden Autres regards S. Domenico QUAGLIO, Vue du château de Saint-Ulrich à Ribeauvillé en Alsace, vers 1820, huile sur toile, Heidelberg, Kurpfälzisches Museum T. Edouard HOSTEIN, Entrée de la forêt de Saverne, 1838, huile sur toile, Lyon, Musée des Beaux-Arts U. Christian Ernst Bernhard MORGENSTERN, Un chemin dans les Vosges en Alsace, 1851, huile sur toile, Stiftung Schleswig-Holsteinische Landesmuseen, Schloss Gottorf Paysages rêvés V. Gustave DORE, Ruines de trois châteaux, s.d., huile sur toile, Troyes, Musée Saint Loup W. Gustave DORÉ, Entre ciel et terre, 1862, huile sur toile, Belfort, Musée d’Art moderne, dépôt de l’Etat X. Jean-Jacques HENNER, Vue de Cernay, Alsace, appelé aussi «Tropmann-Kinck », 1879, huile sur toile, Paris, Musée national Jean-Jacques Henner Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 5 Informations pratiques Musée Unterlinden 1 rue Unterlinden – 68000 Colmar Tél. +33 (0)3 89 20 15 51 / [email protected] www.musee-unterlinden.com Conservateur en chef Pantxika De Paepe Commissaire de l’exposition Viktoria von der Brüggen, historien de l’art Contact Presse Marie-Hélène Siberlin - [email protected] Tél. +33 (0) 89 20 22 74 Catalogue sous la direction de l’historien de l’art Viktoria von der Brüggen et du professeur Christine Peltre, directrice de l’Institut d’Histoire de l’art de l’Université de Strasbourg, env. 310 pages, 39€. Horaires tous les jours sauf le mardi (9h - 12h ; 14h - 17h) À partir du 2 mai, tous les jours (9h -18h). Fermé le 1er mai. Tarifs 8€ - 6€ : groupe (15 personnes), seniors et carte Cézam - 5€ : réduit (12/18 ans, étudiants de 30 ans) - Tarif famille (à partir de 2 enfants) : tarif normal pour le(s) adulte(s), 3€ par enfant (12/18 ans) - Gratuité pour les enfants de moins de 12 ans, les handicapés, les membres de la Société Schongauer, les porteurs du Pass Musées et de la carte culture, les scolaires de l’Académie de Strasbourg et du Land Bade-Wurtemberg ainsi que les enseignants accompagnateurs. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 6 Communiqué Au printemps 2011, se tiendra au Musée Unterlinden une exposition consacrée aux représentations du paysage alsacien au cours du XIXe siècle. Jusqu’à présent, cette thématique a été principalement abordée par le biais de deux aspects : la découverte des ruines de châteaux et d’églises par des artistes sensibles à l’esthétique romantique et la diffusion des motifs paysagers par le médium de la lithographie. La manifestation colmarienne offrira une vision plus globale de ce thème en révélant les différentes facettes de la constitution d’une iconographie de paysage propre à l’Alsace et de son évolution de la fin du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1860. Le visiteur pourra y découvrir l’interprétation artistique des principaux types de paysages alsaciens – relief montagneux enveloppé de forêts à l’Ouest, sommets des collines sous-vosgiennes ponctués d’impressionnants châteaux forts en ruine, vaste étendue de la plaine rhénane, où se profile à l’Est le massif de la Forêt Noire. Dans une première section, l’exposition évoquera l’approche esthétique de ces paysages autour de 1800, époque où une nouvelle sensibilité pour la nature trouve son expression artistique dans des vues mêlant souci topographique et formes héritées de la peinture de paysage hollandaise du XVIIe siècle. Le deuxième volet illustrera l’engouement des artistes locaux pour les motifs paysagers sous l’impulsion de la mode des albums de vues pittoresques à partir des années 1820. On assiste dès lors à l’établissement d’un véritable inventaire des différents motifs paysagers de l’Alsace. C’est la lithographie, technique facile d’exécution, qui permettra, par l’intermédiaire de grands imprimeurséditeurs – tels Engelmann à Mulhouse et Simon à Strasbourg – une large diffusion de ces motifs. Toutefois, parallèlement à ce recensement systématique du patrimoine paysager par la lithographie, la fascination des artistes locaux pour ce thème continuera à s’exprimer à travers des techniques plus intimes : le dessin et l’aquarelle. Cette mise en valeur artistique du paysage alsacien témoigne également de l’aspiration du public urbain à la nature, lui permettant d’échapper au carcan des villes. Cette nouvelle « consommation » des sites pittoresques constitue le sujet de la section suivante, consacrée aux débuts du tourisme dans la région. Le quatrième dossier de l’exposition révélera la perception de l’Alsace par des artistes extérieurs à la région et l’échange fructueux qui naît de ce croisement de regards. La cinquième section ouvrira une nouvelle perspective sur le lien étroit entre paysage et vie rurale qui, porté par des tendances réalistes, se manifeste dès les années 1840 dans des œuvres oscillant entre peinture de paysage et peinture de genre. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 7 La dernière section intitulée « Paysages rêvés » sert d’épilogue à l’exposition en présentant les visions imaginaires du paysage alsacien développées par Gustave Doré et Jean-Jacques Henner. L’exposition réunira environ 180 œuvres et livres issus de collections publiques et privées françaises, allemandes et suisses qui viendront mettre en exergue le fonds des collections du Musée Unterlinden. Elle est organisée en coopération avec les Musées de Strasbourg qui proposent au même moment une exposition sur le thème du paysage à partir de leurs collections : Le Goût de la Nature, Paysages des Musées de Strasbourg (XIXe et XXe siècles) au Musée des Beaux-Arts et à la Galerie Heitz - Palais Rohan du 26 mars au 15 août 2011. Parallèlement, la Bibliothèque municipale de Colmar consacre une exposition au dessinateurlithographe colmarien, Jacques Rothmuller intitulée Le visage romantique de l’Alsace : Jacques Rothmuller (1804-1862) et la lithographie à Colmar du 26 mars au 28 mai 2011. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 8 L’exposition La découverte du paysage alsacien autour de 1800 d’après l’introduction de Viktoria von der Brüggen En 1775, le Strasbourgeois Jean-Daniel Heimlich réalise une série de quatre gravures représentant des vues alsaciennes. La plus connue figure l’ancienne abbaye de Truttenhausen, au pied du mont Sainte-Odile. Les ruines et la végétation environnante s’y fondent en un motif d’une remarquable qualité pittoresque. C’est le début d’une lente appropriation artistique des paysages régionaux, dont les acteurs sont aujourd’hui largement tombés dans l’oubli. Elle va de pair avec la découverte esthétique du territoire français, elle-même liée à la valorisation générale du paysage comme genre pictural, dans la seconde moitié du XVIII e siècle. Ces témoignages précoces se situent entre la conception du paysage inspirée par la peinture hollandaise considérée à l’époque comme une représentation fidèle de la nature et celle des vues plus topographiques, proches des vedute. Cette découverte paysagère de la région débute à Strasbourg, alors carrefour important d’échanges intellectuels et artistiques, à la croisée des cultures française et germanique. Ces premières représentations sont donc essentiellement consacrées à cette cité et à ses faubourgs champêtres. L’artiste strasbourgeois François Walter est le premier des dessinateurs qui, pendant les dernières décennies du XVIII e siècle, arpentent la région du nord au sud le long de la chaîne des Vosges, à la recherche de motifs remarquables. Publiées en 1785, ses Vues pittoresques de l’Alsace, ensemble de gravures rehaussées au lavis de bistre, présentent les multiples facettes de ce paysage. Complétées par des textes de l’historien Philippe-André Grandidier, ces vues s’inscrivent dans la mode naissante des voyages pittoresques. Vers 1800, les paysages de différents artistes actifs à Strasbourg témoignent du désir d’allier représentation fidèle à la topographie des lieux et mode d’expression classicisant. Cette tendance se retrouve dans la Cascade du Nideck de Tobias Gimbel ainsi que dans les œuvres de l’artiste suisse Jean-Baptiste Stuntz qui offre une évocation idyllique de la ruine du Spesbourg rappelant les paysages d’Arcadie du Lorrain. C’est par Stuntz que la généalogie du paysage alsacien nous conduit directement à la principale figure de l’art strasbourgeois vers 1800, celle de Benjamin Zix. La représentation des deux traversées du Rhin, effectuées en 1796 et 1797 par l’Armée de Rhin et Moselle, témoignent de la collaboration des deux hommes : la scène militaire de Zix se déploie devant un panorama de la main de Stuntz, restitué dans son exactitude topographique. Étroitement lié à la découverte des Vosges, l’enthousiasme pour la nature insuffle sa force à tout l’œuvre précoce de cet artiste qui a su pleinement reconnaître la richesse des possibilités d’expression offerte par l’étude des motifs paysagers. Avec sa série de Vues pittoresques de l’ancienne Alsace Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 9 publiée entre 1804 et 1805, Zix est le premier à proposer une typologie des paysages de sa région natale : vue de Strasbourg caractérisée par un paysage fluvial, la nature indomptée des cascades du Nideck et de Soulzbach, en passant par les ruines, marques emblématiques de la civilisation dans la nature, pour finir avec le paysage rural, le vignoble près de Saverne, entièrement déterminé par l’homme. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 10 L’inventaire de l’Alsace pittoresque D’après l’introduction de Viktoria von der Brüggen À partir des années 1820, apparaît un nouvel intérêt pour les motifs paysagers de la région lié à la mode naissante en France des albums de paysages lithographiés. Le motif de la ruine tient de loin le premier rang dans cette inventorisation systématique des sites historiques et « pittoresques » des régions françaises, suivi par la montagne et, plus tard, les vues consacrées aux fleuves, aux bains thermaux et aux bords de mer. D’un point de vue technique, ce nouvel engouement pour le paysage se développe avec l’évolution de la lithographie au cours des deux premières décennies du siècle. Ce nouveau support d’expression artistique plus facile d’exécution que la gravure sur cuivre permet, désormais, une large diffusion des motifs paysagers assurée par un grand nombre d’imprimeurs-éditeurs. En Alsace, deux livres précoces annoncent la constitution d’un véritable inventaire des motifs paysagers de la région, les Pérégrinations dans les Vosges de Christian Moritz Engelhardt et les Ruines et beautés naturelles vosgiennes d’Emanuel Friedrich Imlin. À cette époque, l’artiste strasbourgeois Henri-Charles Muller, élève de David spécialisé dans la gravure d’histoire et la reproduction d’œuvres d’art, réalise les Souvenirs pittoresques des Vosges. D’une qualité remarquable, cette suite d’images contient des vues de ruines, de nombreuses représentations de sites naturels comme le Saut du Prince Charles près de Saverne. L’éditeur mulhousien Godefroy Engelmann, figure centrale de la lithographie en Alsace, publie en 1822 l’album des Manufactures du Haut-Rhin de Jean Mieg : les bâtiments industriels sont placés dans un cadre paysager idéalisé. Son intense activité éditoriale dédiée aux sites paysagers culmine avec les Antiquités de l’Alsace (1824 - 1828) de l’archéologue Jean Geoffroy Schweighaeuser et de l’historien Philippe Aimé de Golbéry. Mettant en valeur le riche patrimoine architectural de la région, cet ouvrage est un appel à la conservation des bâtiments et des ruines qualifiés de « tableaux » que « l’histoire…vient mêler à ceux de la nature ». Engelmann confie les illustrations de cet ouvrage ambitieux à des artistes ayant déjà collaboré aux Voyages pittoresques et romantiques dans l’Ancienne France du baron Taylor, comme Jean-Baptiste Atthalin. D’origine alsacienne, ce dernier a poursuivi une formation artistique en parallèle à une carrière militaire au sein du bureau topographique de la Grande Armée. Initié à la peinture dans l’atelier de Horace Vernet, Atthalin est un des premiers artistes pratiquant la peinture de plein air en Alsace. Dans sa Vue du Girsberg, il relie une vision romantique de ce site, par l’exagération de ses dimensions, à une caractérisation morphologique des massifs rocheux qui rappellent les paysages « géognostiques » de Carl Gustav Carus et de Caspar David Friedrich en Allemagne. Pour alimenter la riche iconographie des Antiquités de l’Alsace, Engelmann s’entoure aussi de collaborateurs actifs dans la région. Parmi eux figure le peintre allemand Friedrich Helmsdorf qui, établi à Strasbourg à Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 11 partir de 1809, réalise en 1825 une série de quatre eaux-fortes pour la Nouvelle Topographie de l’Alsace de Johann Friedrich Aufschlager. Dans l’œuvre de ce futur peintre de cour de la maison de Bade à Karlsruhe, les vues d’Alsace et de la Forêt-Noire côtoient des motifs des Alpes et d’Italie, souvenirs d’un séjour effectué dans la péninsule entre 1816 et 1820. Parmi les artistes locaux associés aux Antiquités de l’Alsace, Jacques Rothmuller mérite une attention particulière. Formé au dessin au collège de Colmar et ayant développé un goût pour le paysage dans les environs de cette ville qu’il dessine au cours d’excursions dans la montagne, il est engagé chez Engelmann dès 1823. Rothmuller deviendra un des auteurs les plus productifs des sites remarquables de sa région natale publiant entre 1836 et 1839 les Vues pittoresques des châteaux, monuments et sites remarquables de l’Alsace, premier album entièrement illustré par ses soins à partir de croquis réalisés d’après nature. À partir de 1858, l’artiste se lance dans la réalisation d’un deuxième ouvrage plus élaboré autour de la restitution de ces sites. Le Musée pittoresque et historique de l’Alsace constitue l’un des plus importants albums consacrés aux sites paysagers alsaciens. L’iconographie paysagère régionale ainsi constituée et diffusée se voit reprise dès les années 1850 par une autre technique, celle de la photographie. Adolphe Braun réalise la première et la plus prestigieuse série de photographies alsatiques. Fruit d’une mise au point technique longue et fastidieuse, les compositions parfaitement construites de cette Alsace photographiée, révèlent la solide culture picturale de cet ancien lithographe. Peu à peu, la photographie jouera un rôle croissant dans la restitution des beautés naturelles de l’Alsace. Cependant, hors de ces séries destinées à une diffusion à grande échelle, la célébration des paysages régionaux trouve son expression également dans des œuvres plus intimes, reflétant l’inventaire privé d’artistes aux profils sociologiques très variés. Formés en grande partie dans des écoles de dessin locales, de nombreux amateurs exercent leur activité artistique à côté d’une autre profession tels le pharmacien strasbourgeois Charles Frédéric Oppermann et le douanier Alphonse Chuquet. Un autre groupe de ces paysagistes évolue dans le contexte de l’importante industrie textile régionale. Spécialisés dans la création de modèles d’impression pour les manufactures, Henri Lebert et François Ehrmann s’intéressent à partir des années 1820 au paysage, leurs œuvres étant marquées par la technique miniaturiste propre aux dessinateurs de fleurs. Il y a enfin ces artistes qui abandonnent définitivement leur profession initiale pour se consacrer à leur passion du paysage comme Nicolas Karth, ancien marchand de draps à Strasbourg, ou David Ortlieb, architecte de formation. Tous deux parcourent pendant plusieurs décennies le massif vosgien, se faisant les pionniers d’un univers iconographique encore peu exploré. L’appropriation des motifs paysagers s’opère le plus souvent sur papier, le dessin ou l’aquarelle étant des média artistiques peu contraignants permettant une approche libre et spontanée du motif. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 12 Simples croquis et esquisses, mais aussi lavis de sépia et aquarelles saisis sur les lieux et consignés dans des portefeuilles ou des carnets, ces feuilles conservent le souvenir d’une rencontre stimulante et à chaque fois renouvelée avec le paysage. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 13 Consommer le pittoresque Les débuts du tourisme et l’arrivée du train en Alsace D’après l’introduction de Viktoria von der Brüggen Au XVIIIe siècle, l’engouement pour la beauté des paysages et le goût de la nature reste le privilège d’une petite élite. À partir des années 1820, ce type d’expérience du paysage gagne une bourgeoisie en plein essor. Liée en France à la découverte des environs champêtres de Paris, cette évolution s’accentue dans les décennies suivantes pour s’étendre à la province. Dans le même temps, ce processus d’appropriation du paysage est rapidement documenté tel un phénomène de masse par la lithographie. À la fin des années 1830, Jacques Rothmuller décrit le Haut-Koenigsbourg comme un but d’excursion touristique. Tandis que les représentations précoces du lieu témoignent de son caractère à la fois désert, inquiétant et sublime, ici la ruine se transforme en décor pittoresque pour les visiteurs qui explorent ses vieilles murailles à la recherche de la vue la plus spectaculaire. Dans la Vue du Haut-Barr, l’auteur anonyme met au premier plan ces nouveaux touristes, en l’occurrence un couple mondain. Née d’un désir de lieux idylliques permettant d’échapper au carcan du monde urbain, l’expérience du paysage sert ainsi de plus en plus à confirmer le statut social d’un groupe en pleine redéfinition, avide de nouveaux repères d’identification et de distinction. Pour la classe bourgeoise, la nature devient un lieu de loisir où elle se promène en compagnie pour goûter une oisiveté cultivée. Cette expérience la distingue de la population laborieuse des campagnes, perçue comme un élément du décor pittoresque. Cependant, l’attrait pour la nature reste avant tout l’expression d’une aspiration à un espace libre de toute contrainte sociale. Ce rôle peut même être rempli, en miniature, par un simple jardin familial, tel que celui photographié par le Parisien d’adoption Auguste Bartholdi à la faveur d’un séjour dans sa région natale, tandis que les dames de la famille de Dartein choisissent la forêt d’Ottrott pour satisfaire leur désir d’échapper au monde. L’arrivée du chemin de fer dans la région facilite beaucoup l’accès aux sites pittoresques. Elle conduit aussi à un changement du mode de perception et de reproduction des paysages. La première ligne, Mulhouse-Thann, créée sous l’impulsion des milieux industriels mulhousiens, s’ouvre en 1839. Elle est suivie deux ans plus tard par la ligne internationale Strasbourg – Bâle. En 1842, l’éditeur Simon publie à Strasbourg l’ambitieux Panorama du chemin de fer et des Vosges entre Strasbourg et Bâle dessiné par le lithographe Théodore Muller. D’une largeur impressionnante d’environ un mètre, les planches composant cette série permettent une vision synthétique des motifs remarquables du trajet où le paysage est recomposé en une succession d’images idéales. La série de lithographies des Chemins de fer de l’Est, publiée à partir des années 1850 par Adolphe Maugendre après la mise en service de la ligne Paris-Strasbourg, offre de façon analogue une « addition idéalisée de points remarquables » conforme à la vision touristique du paysage. La modernité de ses Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 14 représentations repose sur le choix des motifs : rails, ponts, tunnels, gares ou trains évoquent les profondes modifications structurelles que l’introduction du chemin de fer fait subir au paysage et annoncent la fin de son approche purement pittoresque. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 15 Paysage et vie rurale D’après l’introduction de Christine Peltre À partir des années 1850, la représentation de l’Alsace suit la vogue plus réaliste des scènes paysannes que développent les Salons parisiens. Si certains accents restent fidèles au sentiment dramatique de la peinture d’histoire, comme les « tableaux tristes » de Gustave Brion, tels Récolte de pommes de terre pendant l’inondation du Rhin en 1852 (Alsace) présenté au Salon de 1853, on voit fleurir une inspiration pittoresque qui rend populaire la vie des champs et des villages. C’est là l’écho alsacien d’une mode paysanne, à laquelle a beaucoup contribué la geste des romans champêtres de George Sand. Cette vogue est encouragée par certains Parisiens proches de l’Alsace comme Edmond About, qui à partir de 1858, séjourne fréquemment dans sa demeure de la Schlittenbach, près de Saverne. Critique d’art, proche de Théophile Gautier, il encourage dans ses comptes-rendus de Salon les tableaux « alsaciens ». Il consacre ainsi, dans son Salon de 1864, plusieurs pages aux œuvres de Charles-François Marchal, qui, installé à Bouxwiller, y trouve le sujet de sa Foire aux servantes, rappelant les visions berrichonnes de George Sand dont le peintre est proche. Dans un décor resté médiéval, la scène est empreinte d’une sorte de rusticité primitive et garde « quelque chose de la naïveté homérique ». Cette sensibilité se plait aux sujets religieux dont Les pèlerins de Sainte-Odile de Gustave Brion offrent un exemple célèbre. Ces visions idylliques de l’« Alsace naïve et jolie » sont certes engendrées par la nostalgie d’une société menacée par l’évolution du monde contemporain. Elles se nourrissent aussi d’une observation précise guidée par le souci de la sauvegarde : l’inspiration s’enrichit souvent d’une documentation technique, comme dans la représentation de La Cueillette du houblon en Alsace de Théodore Lix, ou dans le recueil de Théophile Schuler, Schlitteurs et bûcherons des Vosges. Dans les provinces françaises se concrétise une démarche de conservation du patrimoine. La valeur de celui-ci est parfois mise en relief par le spectacle d’autres coutumes : ainsi le séjour en Bretagne de Gustave Brion, en 1855, a-t-il contribué à souligner l’originalité précieuse de ce peuple. L’attention très précise du peintre aux costumes du Morbihan et du Finistère trouve un écho de plus en plus accentué dans ses scènes paysannes d’Alsace. Faisant exécuter par son père des répliques d’instruments agricoles, important à Paris des costumes alsaciens dont il revêt ses modèles, il transforme peu à peu son atelier en une sorte d’écomusée, recréant même pour les invités une « chambre entière absolument du cru ». Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 16 Paysages rêvés La dernière section, intitulée « Paysages rêvés » constitue un épilogue à l’exposition en ouvrant une perspective sur des visions imaginaires du paysage alsacien développées par Gustave Doré et JeanJacques Henner. En effet, les deux artistes s’inspirent des sites régionaux, étudiés le plus souvent devant le motif, pour créer de nouveaux mondes picturaux où la mémoire du paysage existant se mêle aux récits mythologiques pour Henner, chevaleresques ou fantastiques pour Doré. L’exemple majeur de la sublimation du paysage sundgauvien par Henner, la Vue de Cernay du Musée JeanJacques Henner, est mis en regard de deux œuvres importantes de Gustave Doré : Ruines de rois châteaux provenant du Musée de Troyes et l’étonnante composition Entre ciel et terre conservée au Musée de Belfort. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 17 Le catalogue L'Alsace pittoresque : l'invention d'un paysage alsacien 1770-1870 Sommaire Avant-propos 1. Jean Lorentz, Président de la Société Schongauer 2. Pantxika De Paepe, Conservatrice en chef du Musée Unterlinden I. Introduction Viktoria von der Brüggen, Christine Peltre Pierre Wat, Le paysage, à ses frontières Carte II. Études - Jean-Luc Gall, Des roches, des paysages et des hommes - Denis Leypold, La notion de « paysage » dans les sciences géologiques en Alsace aux XVIIIe et XIXe siècles - Viktoria von der Brüggen, Une topographie pittoresque : l’appropriation artistique du paysage alsacien autour de 1800 - Ségolène Le Men, Les voyages pittoresques et la diffusion des motifs paysagers alsaciens par la lithographie (titre de travail) - Christine Peltre, Cartes et territoires : l’approche réaliste - Christian Kempf et Sylvain Morand, Le paysage photographique comme art de voir - Régis Spiegel, L'Alsace des voyageurs romantiques : la vitesse et les métamorphoses du regard - Anne-Doris Meyer, Le paysage alsacien aux expositions de l’Association rhénane pour l’encouragement des beaux-arts (1837-1866) III. Catalogue 1. La découverte du paysage alsacien autour de 1800 2. L’inventaire de l’Alsace pittoresque 3. Consommer le pittoresque : l’arrivée du tourisme et du chemin de fer en Alsace 4. Paysage et vie rurale 5. Autres regards 6. Paysages rêvés Liste des œuvres exposées IV. Annexes - Biographies - Bibliographie - Anthologie de textes Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 18 Une topographie pittoresque : l’appropriation artistique du paysage alsacien autour de 1800 d’après le texte de Viktoria von der Brüggen Une véritable appropriation artistique du paysage alsacien commence dans la seconde moitié du XVIII e siècle, sous l’influence d’une sensibilité naissante à la nature et une réévaluation du paysage comme genre pictural. À cette prise de conscience esthétique de la nature en tant que paysage s’ajoute bientôt la notion du « pittoresque » qui, dans l’usage de l’époque, semble avoir deux significations complémentaires. Elle désigne un motif paysager digne d’être peint mais aussi un aspect du paysage révélateur des particularités historiques, topographiques voire naturelles ou ethnographiques d’un territoire. En 1785 paraissent les Vues pittoresques de l’Alsace de François Walter qui semblent introduire le terme de pittoresque dans le contexte régional. Dans sa préface de l’ouvrage, l’historien Philippe André Grandidier précise qu’outre les motifs qu’offre la nature, ces paysages doivent avant tout leur caractère pittoresque à la présence de ruines, lien spécifique entre nature et histoire, dont l’exploration et la représentation méritent l’intérêt tout particulier de l’artiste et de l’érudit. L’exposition présente les motifs et modèles de représentation propres à cet intérêt esthétique pour le paysage alsacien, ainsi qu’à leur évolution. Cette étape de l’histoire de l’art régionale se déroule sur fond de découverte artistique du territoire français dont Joseph Vernet et Hubert Robert sont les précurseurs les plus connus. Elle constitue les prémices du développement considérable que les motifs paysagers connaîtront en Alsace au siècle suivant, notamment dans le domaine de la lithographie. Entre goût hollandais et vue topographique : Jean-Daniel Heimlich et Christian Sigrist C’est principalement à Strasbourg, alors important carrefour d’échanges entre cultures française et germanique, que débute cette prise de conscience du paysage. Dans la seconde moitié du XVIII e siècle, la représentation du paysage alsacien oscille alors entre deux modèles : - les compositions dans la lignée de l’école hollandaise du XVIIe siècle, - les vues topographiques ou à la manière des « vedute », représentant essentiellement des motifs des environs de Strasbourg. Ces deux regards sont notamment incarnés par les œuvres de Jean-Daniel Heimlich (1740-1796) et Christian Sigrist (1746-1822). En 1773, Heimlich est admis à Strasbourg dans la corporation de l’Échasse qui, entre autres corps de métier, rassemble alors les peintres, les orfèvres, les relieurs et les imprimeurs. En 1775, il réalise une première série de vues alsaciennes, appliquant aux paysages de son environnement immédiat le répertoire de formes qu’il s’est constitué. La plus connue de ces quatre gravures nous Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 19 montre la ruine de l’abbaye de Truttenhausen, au pied du mont Sainte-Odile. Elle constitue la plus ancienne représentation d’une ruine d’Alsace dans laquelle l’artiste transforme l’intrication de la végétation et des murs effondrés du bâtiment en un motif d’une remarquable qualité pittoresque. Dans une vue d’Andlau, il met en revanche l’accent sur les formations rocheuses au premier plan, accentuant ainsi le caractère montagneux de ce lieu. Sur la quatrième feuille, il traite une vue d’un lieu-dit (la Montagne-verte), proche de Strasbourg, à la manière d’un paysage fluvial hollandais. On constate par ailleurs une ressemblance frappante entre cette gravure et les œuvres du cercle de JeanGeorges Wille, célèbre graveur et professeur de dessin d’origine allemande, alors établi à Paris où Heimlich séjourne au cours des années 1760. L’artiste représente ici des membres de la noblesse, personnages qui entretiennent un rapport tout différent avec ce cadre rural que les bergers présents sur les trois autres feuilles. Manifestement venus de la ville en barque, en suivant le cours de l’Ill, deux couples jouissent depuis un îlot bucolique de la vue sur ces habitations campagnardes. Contrairement à son œuvre gravé, la précision topographique des lieux représentés joue un rôle accessoire dans les peintures et dessins de Heimlich. Le cadre paysager de ces compositions, où il célèbre la beauté de la nature et la simplicité de la vie campagnarde, suit pour l’essentiel les canons formels des paysages hollandais du XVIIe siècle. L’œuvre de Christian Sigrist semble se résumer aujourd’hui à quelques rares feuilles conservées essentiellement au Cabinet des Estampes de Strasbourg. Outre quelques vues topographiques des environs de Strasbourg, on trouve plusieurs dessins au lavis, plus librement inventés, mais aussi un ensemble de dessins à la plume au trait singulier et nerveux, apparemment saisis sur le vif. La seule gravure identifiée de l’artiste représente une vue de Strasbourg depuis la « Wasser-Zoll » (douane fluviale), dans laquelle l’artiste donne aux environs de la ville le caractère d’un paysage de rivière animé. À l’arrière-plan, se déploie le panorama de la cité, dominé par la silhouette de la cathédrale. Au premier plan, on retrouve les promeneurs de la bonne société qui viennent, comme chez Heimlich, explorer la campagne des faubourgs. Un premier inventaire des motifs paysagers d’Alsace : les vues pittoresques de François Walter Le dessinateur et graveur François Walter a réalisé une représentation variée des vues qu’offrait la région à la fin du XVIIIe siècle. Né à Strasbourg en 1755, cet artiste probablement autodidacte publie en 1785, en collaboration avec Grandidier chargé de la rédaction des textes, les Vues pittoresques de l’Alsace, une série de paysages gravés, rehaussés au lavis de bistre. Le titre du recueil correspond à la nouvelle mode des albums pittoresques. Presque entièrement dédiés, dans la première moitié du XVIII e siècle, à la description des monuments et sites paysagers d’Italie, ces albums seront progressivement consacrés à des sites français au cours de la seconde moitié du siècle. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 20 L’ouvrage de Walter contient dix-huit planches à travers lesquelles l’artiste s’efforce de respecter deux principes : la restitution des particularités topographiques du lieu et la qualité « pittoresque » du motif. Par exemple, sur la planche consacrée au château du Girsberg, l’artiste montre l’imbrication presque organique entre pierre naturelle et architecture. En outre, il met l’accent sur différents types de paysages. En plus des vues de villes et de ruines, la représentation du Lac noir constitue ainsi un exemple précoce de paysage de montagne de la région. Un important corpus d’œuvres de l’artiste conservé au Cabinet des Estampes et des Dessins de Strasbourg révèle outre sa méthode de travail (études sur le motif et compositions graphiques librement imaginées) un esprit curieux du siècle des Lumières qui s’intéresse en particulier à plusieurs techniques et sciences liées à la peinture de paysage. Les préoccupations topographiques de l’artiste s’expriment ainsi dans la Perspective des montagnes depuis l’église de Sélestat. Ce panorama détaillé de la chaîne des Vosges, observée depuis la tour de l’église Sainte-Foy de Sélestat, présente l’ensemble des localités, des châteaux et des ruines qui s’y trouvent. Sentiment de la nature et paysage néo-classique : Benjamin Zix et son environnement artistique à Strasbourg À la fin du XVIIIe siècle, les vues paysagères de plusieurs artistes actifs à Strasbourg commencent à témoigner d’un mode de représentation classicisant qui s’accompagne parfois d’une grande précision dans la restitution des détails topographiques. Cette tendance s’observe clairement chez Benjamin Zix, artiste alsacien le plus considérable autour de 1800, qui a su comprendre toute la richesse des possibilités d’expression offertes par les motifs paysagers. Engagé volontaire dans l’Armée du Rhin en 1792, Zix a laissé une importante production en tant que dessinateur militaire. Dans son œuvre officiel de chroniqueur de l’ère napoléonienne, le paysage devient le théâtre des opérations militaires de la Grande Armée. Sa représentation se limite aux principales particularités topographiques d’un lieu. Cependant, les motifs paysagers, en particulier ceux de sa région natale, jouent un rôle central dans l’imaginaire personnel de cet artiste aux multiples facettes. Originaire de Landau dans le Palatinat (Allemagne), Gimbel exerce dans la capitale alsacienne, sans doute à partir de 1779, le métier de peintre et de miniaturiste : paysages animés, de format réduit, et plusieurs miniatures sur ivoire dans le goût hollandais. Son œuvre la plus remarquable est une représentation de la Cascade du Nideck dans le Bas-Rhin, conservée au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg. Gimbel y décrit les formes caractéristiques de ce site paysager avec une technique méticuleuse. Il apporte un soin particulier à la représentation des rochers, de l’eau et des arbres. La composition d’ensemble tout comme les détails laissent supposer une exécution au début du XIX e siècle et situent cette œuvre avec sa vision idéalisante de la nature dans le contexte du paysage néoclassique. En exagérant ses dimensions et, en particulier, sa hauteur, l’artiste accentue l’effet de la cascade. La chute d’eau se transforme en un lieu qui invite à la contemplation quasi religieuse des Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 21 beautés de la nature. Dans cet état de contemplation se trouvent réunis des membres de différentes strates de la société contemporaine, aristocrates, paysans et artistes. Au cours des décennies suivantes, cette cascade se verra attribuer une place de choix dans tous les albums illustrés et les ouvrages descriptifs consacrés à la région. Johann Baptist Stuntz, né en Suisse en 1753 et actif à Strasbourg sans doute à partir de 1797, occupe une position particulière dans le milieu artistique régional vers 1800. Il joue un rôle essentiel d’intermédiaire avec la peinture de paysage suisse. De ses années strasbourgeoises, deux vues de la ville parvenues jusqu’à nous, gravées à l’aquatinte, présentent ainsi les caractéristiques d’un paysage fluvial. En outre, dans deux vues du Rhin l’artiste combine un motif paysager à caractère topographique avec une scène militaire. Ces œuvres témoignent des liens entre Stuntz et Zix. Nous devons aussi également à Stuntz une des premières représentations du château de Spesbourg près d’Andlau. Dans cette gouache, transposée à l’aquatinte par Zix, l’artiste intègre la silhouette de la ruine dans le cadre d’un paysage de forêts et de rochers bordant une prairie, qui rappelle l’atmosphère des œuvres du Lorrain. Dans son Concert champêtre au Baechelhof, Benjamin Zix présente un lien étroit entre musique et expérience sensible de la nature. Au centre de cette scène, située en pleine forêt, un groupe de personnes est rassemblé pour pratiquer la musique. Zix, qui s’est représenté lui-même en auditeur, a interprété la scène comme le reflet d’une communion intime entre l’homme et la nature. La végétation environnante semble vouloir embrasser les protagonistes, lesquels expriment leur vénération de la nature par la musique et le chant. L’enthousiasme de Zix pour la nature traverse tout son œuvre précoce et constitue l’une de ses forces motrices. Cet élan est étroitement lié à la découverte des Vosges. Cette volonté d’un lien fusionnel avec la nature, vraisemblablement d’inspiration rousseauiste, se manifeste aussi dans une aquarelle intitulée Jeune homme lisant dans un paysage montagneux. Représenté sur une hauteur, assis sur un rocher, un jeune homme élégamment vêtu a manifestement choisi ce lieu pour s’y consacrer à la lecture, tout en profitant du spectacle de la nature et de la vue sur le vaste paysage qui l’environne. Le coloris limité à des dégradés de gris et de brun, laisse le personnage se fondre parfaitement dans son environnement. Dans les Vues du Ban de la Roche, réalisées en 1795, Zix combine l’évocation d’une intense expérience de la nature avec le souci de la précision topographique. Sur la page de titre de la série, il s’est représenté à la fois en artiste et en Wanderer : outre un carnet de croquis et un crayon, il a ici pour attribut un bâton de marche et un chapeau. Les dessins à la plume et au lavis de cette série, traités à la manière d’une grisaille, représentent différentes vues de ce territoire où œuvrait le pasteur Jean-Frédéric Oberlin. La renommée de ce grand pédagogue, qui dépassait de loin les frontières régionales, explique l’intérêt que portèrent à sa personne et à ce territoire, théologiens, écrivains, savants et artistes. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 22 Enfin, en 1805 dans ses Vues pittoresques de l’ancienne Alsace composées d’une série de huit vues gravées des alentours de Strasbourg et de l’Alsace du nord, Zix développe une véritable typologie des paysages de la région : - une vue de Strasbourg caractérisée par un paysage fluvial, - le caractère sauvage de la nature vosgienne avec la représentation des cascades du Nideck et de Soulzbach, - les ruines représentées par trois importants châteaux : Girbaden, Hohbarr et Geroldseck, - le paysage rural avec une vue des champs cultivés et du vignoble de la vallée de Saverne. Le paysage est tour à tour un but d’excursion, une idylle bucolique ou grâce à l’introduction de figures à l’antique, une expérience de la nature hors du temps. Avec l’intérêt presque archéologique de l’artiste pour certains détails architecturaux, s’ouvre un nouveau chapitre de la représentation du paysage alsacien où la valeur esthétique du paysage tient avant tout à sa dimension historique, incarnée par les ruines. Cette tendance se confirme au sein d’une communauté d’érudits et d’artistes mûs par un souci de conservation. Elle trouve son apogée en 1828 avec la publication des Antiquités de l’Alsace, de Golbéry et Schweighaeuser, qui marque le début d’une riche production d’albums lithographiés témoignant du patrimoine architectural et naturel de la région. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 23 Autour de l’exposition Visites guidées : dimanches 27 mars, 10 avril, 17 avril, 22 mai, 19 juin et 26 juin à 10h30. Tarifs (entrée du musée et visite-conférence) : 10€ ; membres de la société Schongauer, Pass musées et Carte culture : 5€ Cycle de conférences au Musée Unterlinden et à l’auditorium de Strasbourg (le programme de conférences sera publié dans le dépliant de l’exposition) Journées pour les publics spécifiques le vendredi 15 et le samedi 16 avril Visites guidées par Viktoria von der Brüggen Ateliers d’écriture et du regard par Anne Buclon-de Gail et Dominique Zerlauth, membres de la société Schongauer et professeurs d’arts et de lettres Les associations et établissements intéressés par ces visites sont invités à prendre contact avec Marie-Claire Gander : tél. 03 89 20 15 51 - [email protected] Week-end Paysages du 18 au 19 juin Samedi 18 juin à 19h Lectures par les comédiens de la Comédie de l’Est - Colmar Dimanche 19 juin Visite guidée de l’exposition à 10h30 suivie d’une randonnée pédestre au départ du château du Hohlandsbourg jusqu’aux Trois Châteaux d’Eguisheim par le Sentier de l’Écureuil. Transport en bus depuis le Musée Unterlinden jusqu’au château. Renseignements et réservations : 03 89 20 15 58 [email protected] Exposition à la Bibliothèque municipale de Colmar : 26 mars - 28 mai 2011 Le visage romantique de l’Alsace : Jacques Rothmuller (1804-1862) et la lithographie à Colmar Dessinateur-lithographe colmarien, connu par ses deux ouvrages sur l’Alsace, Jacques Rothmuller nous a laissé un grand nombre de dessins, pris sur le motif, des sites des Vosges et de la plaine. La collection de dessins, riche de 600 pièces, est conservée à la Bibliothèque Municipale de Colmar. Cette exposition propose une mise en regard des dessins avec les lithographies, en abordant les maîtres et le parcours artistique de Rothmuller dans l’art romantique du XIXe siècle. Horaires Lundi et mardi : 9h - 12h et 14h - 18h ; du mercredi au vendredi : 9h - 12h et 14h30 - 18h30 Samedi : 10h - 16h. Fermé le dimanche. Entrée libre Bibliothèque municipale - 1 place des Martyrs de la Résistance - 68000 Colmar Tél. 03 89 24 48 18 - [email protected] Visites guidées : le samedi 16 avril à 11h et le jeudi 19 mai à 18h. Entrée libre dans la limite des places disponibles Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 24 Le Goût de la Nature Paysages des Musées de Strasbourg XIXe et XXe siècles au Musée des Beaux-Arts et Galerie Heitz (Palais Rohan) du 26 mars au 15 août 2011 Le Musée Unterlinden de Colmar et les Musées de la Ville de Strasbourg ont choisi de s’associer pour la réalisation de deux expositions autour d’un même thème, le paysage. Présentée au Palais Rohan à l’issue d’une itinérance japonaise qui a rencontré un grand succès, l’exposition réunit un ensemble de peintures, auxquelles sont jointes des œuvres graphiques (dessins et estampes), choisies parmi les plus belles pièces des collections du Musée des BeauxArts, du Musée d’Art moderne et contemporain et du Cabinet des Estampes et Dessins. L’exposition qui se veut un parcours, une promenade, à travers l’histoire du paysage européen, s’étend depuis la période romantique jusqu’au milieu du XXe siècle, avec des chefs-d’œuvre de Loutherbourg, Corot, Courbet, Sisley, Monet ou Signac. Elle vise à mettre en valeur des œuvres phares issues des collections des Musées de Strasbourg autour du thème majeur du paysage, se proposant de suivre les différents développements de ce genre au fil des inventions, découvertes et audaces des artistes. Pour la première fois, ces œuvres habituellement conservées dans des musées distincts entrent en résonnance les unes avec les autres. Quelque quatre-vingt peintures sont exposées aux Beaux-Arts, non sur un mode chronologique mais par thèmes, permettant ainsi des confrontations inédites. Les thèmes choisis sont les suivants : - la fenêtre (à l’origine même du genre et comme son reflet) - personnages dans la nature (la tension entre la narration ou le portrait et le paysage) - la ville (un paysage à part, jusqu’à la ruine) - l’eau (la représentation d’un élément entre inquiétude et fascination) - la campagne (le plein-air comme lieu d’une certaine modernité) - l’arbre (la partie pour le tout pour clôturer ces variations) À côté de grands noms bien connus, sont exposés des tableaux qui le sont encore moins, dont certains restaurés grâce au mécénat. Environ quatre-vingt œuvres graphiques, toutes issues du Cabinet des Estampes et Dessins et Musée d’Art moderne et contemporain, sont présentées à la Galerie Heitz. Le parcours est constitué par des approches mettant en avant le dialogue de la Nature et de l’homme (artiste ou spectateur) : l’exaltation des sentiments ; l’attrait du pittoresque ; le Paysage idéalisé ; le passage de l’observation à la vision subjective. Cette exposition est accompagnée d’une programmation de films (à l’Aubette 1928 pour un contrepoint contemporain, à l’Auditorium des Musées et au cinéma Le Star) ainsi que d’un cycle de conférences (à l’Auditorium des Musées). Une publication, se voulant attrayante et non catalogue érudit, est éditée à cette occasion. Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 25 L’exposition entre en résonance avec l’importante exposition organisée en même temps au Musée Unterlinden à Colmar intitulée « L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 », permettant des actions communes notamment dans le domaine de la médiation. Elle participe d’une double inscription de nos musées, internationale et régionale. Commissaires Sous la direction de Joëlle Pijaudier-Cabot, conservatrice en chef, directrice des Musées de Strasbourg ; Dominique Jacquot, conservateur en chef du Musée des Beaux-Arts ; Estelle Pietrzyk, conservatrice du MAMCS ; avec pour le volet art graphique Marie-Jeanne Geyer, conservatrice du Cabinet d’art graphique au MAMCS et Anny-Claire Haus, conservatrice du Cabinet des Estampes et des Dessins Contact presse Julie Barth – 03 88 52 50 15 – [email protected] Autour de l’exposition Visites commentées Dimanches à 11h (sauf le 1er dimanche du mois) Musées en famille Dimanche 27 mars à 15h Catalogue Le Goût de la Nature. Paysages du XIXe et XXe siècle Une sélection thématique des chefs-d’œuvre du paysage dans les collections des Musées de la Ville de Strasbourg esquissent une brève histoire du genre. Ouvrage collectif, sous la direction d’Estelle Pietrzyk et Dominique Jacquot. 144 pages, 100 illustrations - Diffusion / distribution : Seuil / Volumen Informations pratiques Horaires Le lundi, mercredi jeudi et vendredi de 12h à 18h - Le samedi et le dimanche de 10h à 18h Fermeture le mardi Tarifs Tarif normal : 6 euros / Tarif réduit : 3 euros Lieu Musée des Beaux-Arts et Galerie Heitz (Palais Rohan) - 2, place du château, Strasbourg Tél. 03 88 52 50 00 Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 26