Exposition L`Alsace pittoresque

Transcription

Exposition L`Alsace pittoresque
Exposition
L’Alsace pittoresque
l’invention d’un paysage 1770 - 1870
25 mars – 26 juin 2011
Henri Lebert, Vue du Hohlandsburg, 1833, huile sur toile, Musée Unterlinden, Colmar
Sommaire
Visuels disponibles pour la presse
p. 3
Informations pratiques
p. 6
Communiqué
p. 7
L’exposition
La découverte du paysage alsacien autour de 1800
p. 9
L’inventaire de l’Alsace pittoresque
p. 11
Consommer le pittoresque
p. 14
Les débuts du tourisme et l’arrivée du train en Alsace
Paysage et vie rurale
p. 16
Paysages rêvés
p. 17
Le catalogue
Sommaire
p. 18
Une topographie pittoresque : l’appropriation artistique du paysage p. 19
alsacien autour de 1800
d’après le texte de Viktoria von der Brüggen
Autour de l’exposition
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
p. 24
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Visuels disponibles pour la presse
(en relation avec l’exposition et pendant sa durée)
La découverte artistique du paysage alsacien autour de 1800
A. Tobias GIMBEL, La cascade du Nideck, s.d., huile sur bois,
Strasbourg, Musée des Beaux-arts
B. François WALTER, Vues du Haut et du Bas Rhin, 1794,
plume, encre noire et brune, aquarelle, Strasbourg, Cabinet des
Estampes et des Dessins
C. Benjamin ZIX, Jeune homme lisant dans un paysage
montagneux, s.d., aquarelle, Strasbourg, Cabinet des Estampes et
des Dessins
D. Benjamin ZIX, Vue de Strasbourg (Mahlerische Ansichten
des ehemaligen Elsasses, pl. 1), 1804-1805, eau-forte,
Strasbourg, Cabinet des Estampes et des Dessins
L’inventaire de l’Alsace pittoresque
E. Jean MIEG, Fabrique d’indiennes de Mrs Haussmann Frères à
Logelbach, (Mieg, Manufactures du Haut-Rhin, pl. 12), 1822-1825,
lithographie et aquarelle, Mulhouse, Musée historique
F. Adolphe BRAUN, Rhin près Breisach (Braun, L’Alsace
photographiée, pl. 123), 1858-1859, papier albuminé,
Colmar, Bibliothèque Municipale, Cabinet des Estampes
G. Jacques ROTHMULLER, Le Lac blanc (Rothmuller, Musée pittoresque et historique de
l’Alsace, pl. 33), 1863, lithographie, Colmar, Bibliothèque municipale, Cabinet des Estampes
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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H. Henri DE BOUG D’ORSCHWILLER, Ruine du château du
Haut-Koenigsbourg, 1829, aquarelle, Colmar, musée Unterlinden
I. Johann-Friedrich HELMSDORF, Ruine d’Hohbaden, 1832,
huile sur toile, Strasbourg, Musée des Beaux-Arts
J. Henri LEBERT, À la Wolmsa, vers 1828, huile sur toile, Colmar,
Musée Unterlinden
K. Henri LEBERT, Vue du Hohenlandsburg, 1833, huile sur
toile, musée d’Unterlinden, Colmar
La consommation du pittoresque
L. Jacques ROTHMULLER, Vue du HautKoenigsbourg, s.d., lithographie, Strasbourg,
Bibliothèque Nationale et Universitaire
M. Anonyme, Intérieur du Haut-Barr, BasRhin, s. d., lithographie, Strasbourg, Cabinet des
Estampes et des Dessins
N. Fernand DE DARTEIN, Dans la forêt
d’Ottrott, 1874, aquarelle, France,
collection particulière
O. Théodore MULLER, De Colmar à Voegtlinshoffen (Muller, Panorama des Vosges et du chemin de fer de Strasbourg à Bâle), 1842,
chromolithographie, Strasbourg, Cabinet des Estampes et des Dessins
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Paysage et vie rurale
P. Gustave BRION, Les pèlerins de Sainte Odile,
1863, huile sur toile, Colmar, Musée Unterlinden
Q. Gustave BRION, Récolte des pommes de terre
pendant l’inondation du Rhin en 1852 (Alsace),
1852, huile sur toile, Nantes, Musée des Beaux-Arts
R. Théophile SCHULER, Les schlitteurs des Vosges, 1859,
fusain et aquarelle, Colmar, Musée Unterlinden
Autres regards
S. Domenico QUAGLIO, Vue du château de
Saint-Ulrich à Ribeauvillé en Alsace, vers 1820,
huile sur toile, Heidelberg, Kurpfälzisches
Museum
T. Edouard HOSTEIN, Entrée de la forêt de Saverne, 1838,
huile sur toile, Lyon, Musée des Beaux-Arts
U. Christian Ernst Bernhard MORGENSTERN, Un
chemin dans les Vosges en Alsace, 1851, huile sur toile,
Stiftung Schleswig-Holsteinische Landesmuseen, Schloss
Gottorf
Paysages rêvés
V. Gustave DORE, Ruines de trois châteaux, s.d., huile
sur toile, Troyes, Musée Saint Loup
W. Gustave DORÉ, Entre ciel et terre,
1862, huile sur toile, Belfort, Musée
d’Art moderne, dépôt de l’Etat
X. Jean-Jacques HENNER, Vue de Cernay, Alsace, appelé aussi
«Tropmann-Kinck », 1879, huile sur toile, Paris, Musée national
Jean-Jacques Henner
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Informations pratiques
Musée Unterlinden
1 rue Unterlinden – 68000 Colmar
Tél. +33 (0)3 89 20 15 51 / [email protected]
www.musee-unterlinden.com
Conservateur en chef Pantxika De Paepe
Commissaire de l’exposition Viktoria von der Brüggen, historien de l’art
Contact Presse Marie-Hélène Siberlin - [email protected]
Tél. +33 (0) 89 20 22 74
Catalogue sous la direction de l’historien de l’art Viktoria von der Brüggen et du professeur
Christine Peltre, directrice de l’Institut d’Histoire de l’art de l’Université de Strasbourg, env. 310
pages, 39€.
Horaires tous les jours sauf le mardi (9h - 12h ; 14h - 17h)
À partir du 2 mai, tous les jours (9h -18h). Fermé le 1er mai.
Tarifs 8€ - 6€ : groupe (15 personnes), seniors et carte Cézam - 5€ : réduit (12/18 ans, étudiants de 30 ans) - Tarif famille (à partir de 2 enfants) : tarif normal pour le(s) adulte(s), 3€ par enfant
(12/18 ans) - Gratuité pour les enfants de moins de 12 ans, les handicapés, les membres de la
Société Schongauer, les porteurs du Pass Musées et de la carte culture, les scolaires de l’Académie
de Strasbourg et du Land Bade-Wurtemberg ainsi que les enseignants accompagnateurs.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Communiqué
Au printemps 2011, se tiendra au Musée Unterlinden une exposition consacrée aux représentations
du paysage alsacien au cours du XIXe siècle.
Jusqu’à présent, cette thématique a été principalement abordée par le biais de deux aspects : la
découverte des ruines de châteaux et d’églises par des artistes sensibles à l’esthétique romantique et
la diffusion des motifs paysagers par le médium de la lithographie.
La manifestation colmarienne offrira une vision plus globale de ce thème en révélant les différentes
facettes de la constitution d’une iconographie de paysage propre à l’Alsace et de son évolution de la
fin du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1860. Le visiteur pourra y découvrir l’interprétation artistique
des principaux types de paysages alsaciens – relief montagneux enveloppé de forêts à l’Ouest,
sommets des collines sous-vosgiennes ponctués d’impressionnants châteaux forts en ruine, vaste
étendue de la plaine rhénane, où se profile à l’Est le massif de la Forêt Noire.
Dans une première section, l’exposition évoquera l’approche esthétique de ces paysages autour de
1800, époque où une nouvelle sensibilité pour la nature trouve son expression artistique dans des
vues mêlant souci topographique et formes héritées de la peinture de paysage hollandaise du XVIIe
siècle.
Le deuxième volet illustrera l’engouement des artistes locaux pour les motifs paysagers sous
l’impulsion de la mode des albums de vues pittoresques à partir des années 1820. On assiste dès
lors à l’établissement d’un véritable inventaire des différents motifs paysagers de l’Alsace. C’est la
lithographie, technique facile d’exécution, qui permettra, par l’intermédiaire de grands imprimeurséditeurs – tels Engelmann à Mulhouse et Simon à Strasbourg – une large diffusion de ces motifs.
Toutefois, parallèlement à ce recensement systématique du patrimoine paysager par la lithographie,
la fascination des artistes locaux pour ce thème continuera à s’exprimer à travers des techniques
plus intimes : le dessin et l’aquarelle.
Cette mise en valeur artistique du paysage alsacien témoigne également de l’aspiration du public
urbain à la nature, lui permettant d’échapper au carcan des villes. Cette nouvelle « consommation »
des sites pittoresques constitue le sujet de la section suivante, consacrée aux débuts du tourisme
dans la région.
Le quatrième dossier de l’exposition révélera la perception de l’Alsace par des artistes extérieurs à
la région et l’échange fructueux qui naît de ce croisement de regards.
La cinquième section ouvrira une nouvelle perspective sur le lien étroit entre paysage et vie rurale
qui, porté par des tendances réalistes, se manifeste dès les années 1840 dans des œuvres oscillant
entre peinture de paysage et peinture de genre.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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La dernière section intitulée « Paysages rêvés » sert d’épilogue à l’exposition en présentant les
visions imaginaires du paysage alsacien développées par Gustave Doré et Jean-Jacques Henner.
L’exposition réunira environ 180 œuvres et livres issus de collections publiques et privées
françaises, allemandes et suisses qui viendront mettre en exergue le fonds des collections du Musée
Unterlinden.
Elle est organisée en coopération avec les Musées de Strasbourg qui proposent au même moment
une exposition sur le thème du paysage à partir de leurs collections : Le Goût de la Nature,
Paysages des Musées de Strasbourg (XIXe et XXe siècles) au Musée des Beaux-Arts et à la Galerie
Heitz - Palais Rohan du 26 mars au 15 août 2011.
Parallèlement, la Bibliothèque municipale de Colmar consacre une exposition au dessinateurlithographe colmarien, Jacques Rothmuller intitulée Le visage romantique de l’Alsace : Jacques
Rothmuller (1804-1862) et la lithographie à Colmar du 26 mars au 28 mai 2011.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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L’exposition
La découverte du paysage alsacien autour de 1800
d’après l’introduction de Viktoria von der Brüggen
En 1775, le Strasbourgeois Jean-Daniel Heimlich réalise une série de quatre gravures représentant
des vues alsaciennes. La plus connue figure l’ancienne abbaye de Truttenhausen, au pied du mont
Sainte-Odile. Les ruines et la végétation environnante s’y fondent en un motif d’une remarquable
qualité pittoresque. C’est le début d’une lente appropriation artistique des paysages régionaux, dont
les acteurs sont aujourd’hui largement tombés dans l’oubli. Elle va de pair avec la découverte
esthétique du territoire français, elle-même liée à la valorisation générale du paysage comme genre
pictural, dans la seconde moitié du
XVIII
e
siècle. Ces témoignages précoces se situent entre la
conception du paysage inspirée par la peinture hollandaise considérée à l’époque comme une
représentation fidèle de la nature et celle des vues plus topographiques, proches des vedute.
Cette découverte paysagère de la région débute à Strasbourg, alors carrefour important d’échanges
intellectuels et artistiques, à la croisée des cultures française et germanique. Ces premières
représentations sont donc essentiellement consacrées à cette cité et à ses faubourgs champêtres.
L’artiste strasbourgeois François Walter est le premier des dessinateurs qui, pendant les dernières
décennies du
XVIII
e
siècle, arpentent la région du nord au sud le long de la chaîne des Vosges, à la
recherche de motifs remarquables. Publiées en 1785, ses Vues pittoresques de l’Alsace, ensemble de
gravures rehaussées au lavis de bistre, présentent les multiples facettes de ce paysage. Complétées
par des textes de l’historien Philippe-André Grandidier, ces vues s’inscrivent dans la mode
naissante des voyages pittoresques.
Vers 1800, les paysages de différents artistes actifs à Strasbourg témoignent du désir d’allier
représentation fidèle à la topographie des lieux et mode d’expression classicisant. Cette tendance se
retrouve dans la Cascade du Nideck de Tobias Gimbel ainsi que dans les œuvres de l’artiste suisse
Jean-Baptiste Stuntz qui offre une évocation idyllique de la ruine du Spesbourg rappelant les
paysages d’Arcadie du Lorrain. C’est par Stuntz que la généalogie du paysage alsacien nous conduit
directement à la principale figure de l’art strasbourgeois vers 1800, celle de Benjamin Zix. La
représentation des deux traversées du Rhin, effectuées en 1796 et 1797 par l’Armée de Rhin et
Moselle, témoignent de la collaboration des deux hommes : la scène militaire de Zix se déploie
devant un panorama de la main de Stuntz, restitué dans son exactitude topographique. Étroitement
lié à la découverte des Vosges, l’enthousiasme pour la nature insuffle sa force à tout l’œuvre
précoce de cet artiste qui a su pleinement reconnaître la richesse des possibilités d’expression
offerte par l’étude des motifs paysagers. Avec sa série de Vues pittoresques de l’ancienne Alsace
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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publiée entre 1804 et 1805, Zix est le premier à proposer une typologie des paysages de sa région
natale : vue de Strasbourg caractérisée par un paysage fluvial, la nature indomptée des cascades du
Nideck et de Soulzbach, en passant par les ruines, marques emblématiques de la civilisation dans la
nature, pour finir avec le paysage rural, le vignoble près de Saverne, entièrement déterminé par
l’homme.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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L’inventaire de l’Alsace pittoresque
D’après l’introduction de Viktoria von der Brüggen
À partir des années 1820, apparaît un nouvel intérêt pour les motifs paysagers de la région lié à la
mode naissante en France des albums de paysages lithographiés. Le motif de la ruine tient de loin le
premier rang dans cette inventorisation systématique des sites historiques et « pittoresques » des
régions françaises, suivi par la montagne et, plus tard, les vues consacrées aux fleuves, aux bains
thermaux et aux bords de mer. D’un point de vue technique, ce nouvel engouement pour le paysage
se développe avec l’évolution de la lithographie au cours des deux premières décennies du siècle.
Ce nouveau support d’expression artistique plus facile d’exécution que la gravure sur cuivre
permet, désormais, une large diffusion des motifs paysagers assurée par un grand nombre
d’imprimeurs-éditeurs.
En Alsace, deux livres précoces annoncent la constitution d’un véritable inventaire des motifs
paysagers de la région, les Pérégrinations dans les Vosges de Christian Moritz Engelhardt et les
Ruines et beautés naturelles vosgiennes d’Emanuel Friedrich Imlin. À cette époque, l’artiste
strasbourgeois Henri-Charles Muller, élève de David spécialisé dans la gravure d’histoire et la
reproduction d’œuvres d’art, réalise les Souvenirs pittoresques des Vosges. D’une qualité
remarquable, cette suite d’images contient des vues de ruines, de nombreuses représentations de
sites naturels comme le Saut du Prince Charles près de Saverne.
L’éditeur mulhousien Godefroy Engelmann, figure centrale de la lithographie en Alsace, publie en
1822 l’album des Manufactures du Haut-Rhin de Jean Mieg : les bâtiments industriels sont placés
dans un cadre paysager idéalisé. Son intense activité éditoriale dédiée aux sites paysagers culmine
avec les Antiquités de l’Alsace (1824 - 1828) de l’archéologue Jean Geoffroy Schweighaeuser et de
l’historien Philippe Aimé de Golbéry. Mettant en valeur le riche patrimoine architectural de la
région, cet ouvrage est un appel à la conservation des bâtiments et des ruines qualifiés de
« tableaux » que « l’histoire…vient mêler à ceux de la nature ». Engelmann confie les illustrations
de cet ouvrage ambitieux à des artistes ayant déjà collaboré aux Voyages pittoresques et
romantiques dans l’Ancienne France du baron Taylor, comme Jean-Baptiste Atthalin. D’origine
alsacienne, ce dernier a poursuivi une formation artistique en parallèle à une carrière militaire au
sein du bureau topographique de la Grande Armée. Initié à la peinture dans l’atelier de Horace
Vernet, Atthalin est un des premiers artistes pratiquant la peinture de plein air en Alsace. Dans sa
Vue du Girsberg, il relie une vision romantique de ce site, par l’exagération de ses dimensions, à
une
caractérisation
morphologique
des
massifs
rocheux
qui
rappellent
les
paysages
« géognostiques » de Carl Gustav Carus et de Caspar David Friedrich en Allemagne. Pour alimenter
la riche iconographie des Antiquités de l’Alsace, Engelmann s’entoure aussi de collaborateurs actifs
dans la région. Parmi eux figure le peintre allemand Friedrich Helmsdorf qui, établi à Strasbourg à
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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partir de 1809, réalise en 1825 une série de quatre eaux-fortes pour la Nouvelle Topographie de
l’Alsace de Johann Friedrich Aufschlager. Dans l’œuvre de ce futur peintre de cour de la maison de
Bade à Karlsruhe, les vues d’Alsace et de la Forêt-Noire côtoient des motifs des Alpes et d’Italie,
souvenirs d’un séjour effectué dans la péninsule entre 1816 et 1820.
Parmi les artistes locaux associés aux Antiquités de l’Alsace, Jacques Rothmuller mérite une
attention particulière. Formé au dessin au collège de Colmar et ayant développé un goût pour le
paysage dans les environs de cette ville qu’il dessine au cours d’excursions dans la montagne, il est
engagé chez Engelmann dès 1823. Rothmuller deviendra un des auteurs les plus productifs des sites
remarquables de sa région natale publiant entre 1836 et 1839 les Vues pittoresques des châteaux,
monuments et sites remarquables de l’Alsace, premier album entièrement illustré par ses soins à
partir de croquis réalisés d’après nature. À partir de 1858, l’artiste se lance dans la réalisation d’un
deuxième ouvrage plus élaboré autour de la restitution de ces sites. Le Musée pittoresque et
historique de l’Alsace constitue l’un des plus importants albums consacrés aux sites paysagers
alsaciens.
L’iconographie paysagère régionale ainsi constituée et diffusée se voit reprise dès les années 1850
par une autre technique, celle de la photographie. Adolphe Braun réalise la première et la plus
prestigieuse série de photographies alsatiques. Fruit d’une mise au point technique longue et
fastidieuse, les compositions parfaitement construites de cette Alsace photographiée, révèlent la
solide culture picturale de cet ancien lithographe. Peu à peu, la photographie jouera un rôle
croissant dans la restitution des beautés naturelles de l’Alsace.
Cependant, hors de ces séries destinées à une diffusion à grande échelle, la célébration des paysages
régionaux trouve son expression également dans des œuvres plus intimes, reflétant l’inventaire
privé d’artistes aux profils sociologiques très variés.
Formés en grande partie dans des écoles de dessin locales, de nombreux amateurs exercent leur
activité artistique à côté d’une autre profession tels le pharmacien strasbourgeois Charles Frédéric
Oppermann et le douanier Alphonse Chuquet. Un autre groupe de ces paysagistes évolue dans le
contexte de l’importante industrie textile régionale. Spécialisés dans la création de modèles
d’impression pour les manufactures, Henri Lebert et François Ehrmann s’intéressent à partir des
années 1820 au paysage, leurs œuvres étant marquées par la technique miniaturiste propre aux
dessinateurs de fleurs. Il y a enfin ces artistes qui abandonnent définitivement leur profession
initiale pour se consacrer à leur passion du paysage comme Nicolas Karth, ancien marchand de
draps à Strasbourg, ou David Ortlieb, architecte de formation. Tous deux parcourent pendant
plusieurs décennies le massif vosgien, se faisant les pionniers d’un univers iconographique encore
peu exploré.
L’appropriation des motifs paysagers s’opère le plus souvent sur papier, le dessin ou l’aquarelle
étant des média artistiques peu contraignants permettant une approche libre et spontanée du motif.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Simples croquis et esquisses, mais aussi lavis de sépia et aquarelles saisis sur les lieux et consignés
dans des portefeuilles ou des carnets, ces feuilles conservent le souvenir d’une rencontre stimulante
et à chaque fois renouvelée avec le paysage.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Consommer le pittoresque
Les débuts du tourisme et l’arrivée du train en Alsace
D’après l’introduction de Viktoria von der Brüggen
Au XVIIIe siècle, l’engouement pour la beauté des paysages et le goût de la nature reste le privilège
d’une petite élite. À partir des années 1820, ce type d’expérience du paysage gagne une bourgeoisie
en plein essor. Liée en France à la découverte des environs champêtres de Paris, cette évolution
s’accentue dans les décennies suivantes pour s’étendre à la province. Dans le même temps, ce
processus d’appropriation du paysage est rapidement documenté tel un phénomène de masse par la
lithographie. À la fin des années 1830, Jacques Rothmuller décrit le Haut-Koenigsbourg comme un
but d’excursion touristique. Tandis que les représentations précoces du lieu témoignent de son
caractère à la fois désert, inquiétant et sublime, ici la ruine se transforme en décor pittoresque pour
les visiteurs qui explorent ses vieilles murailles à la recherche de la vue la plus spectaculaire.
Dans la Vue du Haut-Barr, l’auteur anonyme met au premier plan ces nouveaux touristes, en
l’occurrence un couple mondain. Née d’un désir de lieux idylliques permettant d’échapper au
carcan du monde urbain, l’expérience du paysage sert ainsi de plus en plus à confirmer le statut
social d’un groupe en pleine redéfinition, avide de nouveaux repères d’identification et de
distinction. Pour la classe bourgeoise, la nature devient un lieu de loisir où elle se promène en
compagnie pour goûter une oisiveté cultivée. Cette expérience la distingue de la population
laborieuse des campagnes, perçue comme un élément du décor pittoresque. Cependant, l’attrait pour
la nature reste avant tout l’expression d’une aspiration à un espace libre de toute contrainte sociale.
Ce rôle peut même être rempli, en miniature, par un simple jardin familial, tel que celui
photographié par le Parisien d’adoption Auguste Bartholdi à la faveur d’un séjour dans sa région
natale, tandis que les dames de la famille de Dartein choisissent la forêt d’Ottrott pour satisfaire leur
désir d’échapper au monde.
L’arrivée du chemin de fer dans la région facilite beaucoup l’accès aux sites pittoresques. Elle
conduit aussi à un changement du mode de perception et de reproduction des paysages. La première
ligne, Mulhouse-Thann, créée sous l’impulsion des milieux industriels mulhousiens, s’ouvre en
1839. Elle est suivie deux ans plus tard par la ligne internationale Strasbourg – Bâle. En 1842,
l’éditeur Simon publie à Strasbourg l’ambitieux Panorama du chemin de fer et des Vosges entre
Strasbourg et Bâle dessiné par le lithographe Théodore Muller. D’une largeur impressionnante
d’environ un mètre, les planches composant cette série permettent une vision synthétique des motifs
remarquables du trajet où le paysage est recomposé en une succession d’images idéales. La série de
lithographies des Chemins de fer de l’Est, publiée à partir des années 1850 par Adolphe Maugendre
après la mise en service de la ligne Paris-Strasbourg, offre de façon analogue une « addition
idéalisée de points remarquables » conforme à la vision touristique du paysage. La modernité de ses
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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représentations repose sur le choix des motifs : rails, ponts, tunnels, gares ou trains évoquent les
profondes modifications structurelles que l’introduction du chemin de fer fait subir au paysage et
annoncent la fin de son approche purement pittoresque.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Paysage et vie rurale
D’après l’introduction de Christine Peltre
À partir des années 1850, la représentation de l’Alsace suit la vogue plus réaliste des scènes
paysannes que développent les Salons parisiens. Si certains accents restent fidèles au sentiment
dramatique de la peinture d’histoire, comme les « tableaux tristes » de Gustave Brion, tels Récolte
de pommes de terre pendant l’inondation du Rhin en 1852 (Alsace) présenté au Salon de 1853, on
voit fleurir une inspiration pittoresque qui rend populaire la vie des champs et des villages. C’est là
l’écho alsacien d’une mode paysanne, à laquelle a beaucoup contribué la geste des romans
champêtres de George Sand.
Cette vogue est encouragée par certains Parisiens proches de l’Alsace comme Edmond About, qui à
partir de 1858, séjourne fréquemment dans sa demeure de la Schlittenbach, près de Saverne.
Critique d’art, proche de Théophile Gautier, il encourage dans ses comptes-rendus de Salon les
tableaux « alsaciens ». Il consacre ainsi, dans son Salon de 1864, plusieurs pages aux œuvres de
Charles-François Marchal, qui, installé à Bouxwiller, y trouve le sujet de sa Foire aux servantes,
rappelant les visions berrichonnes de George Sand dont le peintre est proche. Dans un décor resté
médiéval, la scène est empreinte d’une sorte de rusticité primitive et garde « quelque chose de la
naïveté homérique ».
Cette sensibilité se plait aux sujets religieux dont Les pèlerins de Sainte-Odile de Gustave Brion
offrent un exemple célèbre. Ces visions idylliques de l’« Alsace naïve et jolie » sont certes
engendrées par la nostalgie d’une société menacée par l’évolution du monde contemporain. Elles se
nourrissent aussi d’une observation précise guidée par le souci de la sauvegarde : l’inspiration
s’enrichit souvent d’une documentation technique, comme dans la représentation de La Cueillette
du houblon en Alsace de Théodore Lix, ou dans le recueil de Théophile Schuler, Schlitteurs et
bûcherons des Vosges. Dans les provinces françaises se concrétise une démarche de conservation
du patrimoine.
La valeur de celui-ci est parfois mise en relief par le spectacle d’autres coutumes : ainsi le séjour en
Bretagne de Gustave Brion, en 1855, a-t-il contribué à souligner l’originalité précieuse de ce
peuple. L’attention très précise du peintre aux costumes du Morbihan et du Finistère trouve un écho
de plus en plus accentué dans ses scènes paysannes d’Alsace. Faisant exécuter par son père des
répliques d’instruments agricoles, important à Paris des costumes alsaciens dont il revêt ses
modèles, il transforme peu à peu son atelier en une sorte d’écomusée, recréant même pour les
invités une « chambre entière absolument du cru ».
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Paysages rêvés
La dernière section, intitulée « Paysages rêvés » constitue un épilogue à l’exposition en ouvrant une
perspective sur des visions imaginaires du paysage alsacien développées par Gustave Doré et JeanJacques Henner. En effet, les deux artistes s’inspirent des sites régionaux, étudiés le plus souvent
devant le motif, pour créer de nouveaux mondes picturaux où la mémoire du paysage existant se
mêle aux récits mythologiques pour Henner, chevaleresques ou fantastiques pour Doré. L’exemple
majeur de la sublimation du paysage sundgauvien par Henner, la Vue de Cernay du Musée JeanJacques Henner, est mis en regard de deux œuvres importantes de Gustave Doré : Ruines de rois
châteaux provenant du Musée de Troyes et l’étonnante composition Entre ciel et terre conservée au
Musée de Belfort.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Le catalogue L'Alsace pittoresque : l'invention d'un paysage alsacien 1770-1870
Sommaire
Avant-propos
1. Jean Lorentz, Président de la Société Schongauer
2. Pantxika De Paepe, Conservatrice en chef du Musée Unterlinden
I. Introduction
Viktoria von der Brüggen, Christine Peltre
Pierre Wat, Le paysage, à ses frontières
Carte
II. Études
- Jean-Luc Gall, Des roches, des paysages et des hommes
- Denis Leypold, La notion de « paysage » dans les sciences géologiques en Alsace aux XVIIIe
et XIXe siècles
- Viktoria von der Brüggen, Une topographie pittoresque : l’appropriation artistique du
paysage alsacien autour de 1800
- Ségolène Le Men, Les voyages pittoresques et la diffusion des motifs paysagers alsaciens par
la lithographie (titre de travail)
- Christine Peltre, Cartes et territoires : l’approche réaliste
- Christian Kempf et Sylvain Morand, Le paysage photographique comme art de voir
- Régis Spiegel, L'Alsace des voyageurs romantiques : la vitesse et les métamorphoses du
regard
- Anne-Doris Meyer, Le paysage alsacien aux expositions de l’Association rhénane pour
l’encouragement des beaux-arts (1837-1866)
III. Catalogue
1. La découverte du paysage alsacien autour de 1800
2. L’inventaire de l’Alsace pittoresque
3. Consommer le pittoresque : l’arrivée du tourisme et du chemin de fer en Alsace
4. Paysage et vie rurale
5. Autres regards
6. Paysages rêvés
Liste des œuvres exposées
IV. Annexes
- Biographies
- Bibliographie
- Anthologie de textes
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Une topographie pittoresque : l’appropriation artistique du paysage alsacien
autour de 1800 d’après le texte de Viktoria von der Brüggen
Une véritable appropriation artistique du paysage alsacien commence dans la seconde moitié du
XVIII
e
siècle, sous l’influence d’une sensibilité naissante à la nature et une réévaluation du paysage
comme genre pictural. À cette prise de conscience esthétique de la nature en tant que paysage
s’ajoute bientôt la notion du « pittoresque » qui, dans l’usage de l’époque, semble avoir deux
significations complémentaires. Elle désigne un motif paysager digne d’être peint mais aussi un
aspect du paysage révélateur des particularités historiques, topographiques voire naturelles ou
ethnographiques d’un territoire.
En 1785 paraissent les Vues pittoresques de l’Alsace de François Walter qui semblent introduire le
terme de pittoresque dans le contexte régional. Dans sa préface de l’ouvrage, l’historien Philippe
André Grandidier précise qu’outre les motifs qu’offre la nature, ces paysages doivent avant tout leur
caractère pittoresque à la présence de ruines, lien spécifique entre nature et histoire, dont
l’exploration et la représentation méritent l’intérêt tout particulier de l’artiste et de l’érudit.
L’exposition présente les motifs et modèles de représentation propres à cet intérêt esthétique pour le
paysage alsacien, ainsi qu’à leur évolution. Cette étape de l’histoire de l’art régionale se déroule sur
fond de découverte artistique du territoire français dont Joseph Vernet et Hubert Robert sont les
précurseurs les plus connus. Elle constitue les prémices du développement considérable que les
motifs paysagers connaîtront en Alsace au siècle suivant, notamment dans le domaine de la
lithographie.
Entre goût hollandais et vue topographique : Jean-Daniel Heimlich et Christian Sigrist
C’est principalement à Strasbourg, alors important carrefour d’échanges entre cultures française et
germanique, que débute cette prise de conscience du paysage. Dans la seconde moitié du
XVIII
e
siècle, la représentation du paysage alsacien oscille alors entre deux modèles :
- les compositions dans la lignée de l’école hollandaise du XVIIe siècle,
- les vues topographiques ou à la manière des « vedute », représentant essentiellement des motifs
des environs de Strasbourg.
Ces deux regards sont notamment incarnés par les œuvres de Jean-Daniel Heimlich (1740-1796) et
Christian Sigrist (1746-1822).
En 1773, Heimlich est admis à Strasbourg dans la corporation de l’Échasse qui, entre autres corps
de métier, rassemble alors les peintres, les orfèvres, les relieurs et les imprimeurs. En 1775, il
réalise une première série de vues alsaciennes, appliquant aux paysages de son environnement
immédiat le répertoire de formes qu’il s’est constitué. La plus connue de ces quatre gravures nous
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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montre la ruine de l’abbaye de Truttenhausen, au pied du mont Sainte-Odile. Elle constitue la plus
ancienne représentation d’une ruine d’Alsace dans laquelle l’artiste transforme l’intrication de la
végétation et des murs effondrés du bâtiment en un motif d’une remarquable qualité pittoresque.
Dans une vue d’Andlau, il met en revanche l’accent sur les formations rocheuses au premier plan,
accentuant ainsi le caractère montagneux de ce lieu. Sur la quatrième feuille, il traite une vue d’un
lieu-dit (la Montagne-verte), proche de Strasbourg, à la manière d’un paysage fluvial hollandais. On
constate par ailleurs une ressemblance frappante entre cette gravure et les œuvres du cercle de JeanGeorges Wille, célèbre graveur et professeur de dessin d’origine allemande, alors établi à Paris où
Heimlich séjourne au cours des années 1760. L’artiste représente ici des membres de la noblesse,
personnages qui entretiennent un rapport tout différent avec ce cadre rural que les bergers présents
sur les trois autres feuilles. Manifestement venus de la ville en barque, en suivant le cours de l’Ill,
deux couples jouissent depuis un îlot bucolique de la vue sur ces habitations campagnardes.
Contrairement à son œuvre gravé, la précision topographique des lieux représentés joue un rôle
accessoire dans les peintures et dessins de Heimlich. Le cadre paysager de ces compositions, où il
célèbre la beauté de la nature et la simplicité de la vie campagnarde, suit pour l’essentiel les canons
formels des paysages hollandais du XVIIe siècle.
L’œuvre de Christian Sigrist semble se résumer aujourd’hui à quelques rares feuilles conservées
essentiellement au Cabinet des Estampes de Strasbourg. Outre quelques vues topographiques des
environs de Strasbourg, on trouve plusieurs dessins au lavis, plus librement inventés, mais aussi un
ensemble de dessins à la plume au trait singulier et nerveux, apparemment saisis sur le vif. La seule
gravure identifiée de l’artiste représente une vue de Strasbourg depuis la « Wasser-Zoll » (douane
fluviale), dans laquelle l’artiste donne aux environs de la ville le caractère d’un paysage de rivière
animé. À l’arrière-plan, se déploie le panorama de la cité, dominé par la silhouette de la cathédrale.
Au premier plan, on retrouve les promeneurs de la bonne société qui viennent, comme chez
Heimlich, explorer la campagne des faubourgs.
Un premier inventaire des motifs paysagers d’Alsace : les vues pittoresques de François
Walter
Le dessinateur et graveur François Walter a réalisé une représentation variée des vues qu’offrait la
région à la fin du XVIIIe siècle. Né à Strasbourg en 1755, cet artiste probablement autodidacte publie
en 1785, en collaboration avec Grandidier chargé de la rédaction des textes, les Vues pittoresques
de l’Alsace, une série de paysages gravés, rehaussés au lavis de bistre.
Le titre du recueil correspond à la nouvelle mode des albums pittoresques. Presque entièrement
dédiés, dans la première moitié du
XVIII
e
siècle, à la description des monuments et sites paysagers
d’Italie, ces albums seront progressivement consacrés à des sites français au cours de la seconde
moitié du siècle.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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L’ouvrage de Walter contient dix-huit planches à travers lesquelles l’artiste s’efforce de respecter
deux principes : la restitution des particularités topographiques du lieu et la qualité « pittoresque »
du motif. Par exemple, sur la planche consacrée au château du Girsberg, l’artiste montre
l’imbrication presque organique entre pierre naturelle et architecture. En outre, il met l’accent sur
différents types de paysages. En plus des vues de villes et de ruines, la représentation du Lac noir
constitue ainsi un exemple précoce de paysage de montagne de la région.
Un important corpus d’œuvres de l’artiste conservé au Cabinet des Estampes et des Dessins de
Strasbourg révèle outre sa méthode de travail (études sur le motif et compositions graphiques
librement imaginées) un esprit curieux du siècle des Lumières qui s’intéresse en particulier à
plusieurs techniques et sciences liées à la peinture de paysage. Les préoccupations topographiques
de l’artiste s’expriment ainsi dans la Perspective des montagnes depuis l’église de Sélestat. Ce
panorama détaillé de la chaîne des Vosges, observée depuis la tour de l’église Sainte-Foy de
Sélestat, présente l’ensemble des localités, des châteaux et des ruines qui s’y trouvent.
Sentiment de la nature et paysage néo-classique : Benjamin Zix et son environnement
artistique à Strasbourg
À la fin du XVIIIe siècle, les vues paysagères de plusieurs artistes actifs à Strasbourg commencent à
témoigner d’un mode de représentation classicisant qui s’accompagne parfois d’une grande
précision dans la restitution des détails topographiques. Cette tendance s’observe clairement chez
Benjamin Zix, artiste alsacien le plus considérable autour de 1800, qui a su comprendre toute la
richesse des possibilités d’expression offertes par les motifs paysagers. Engagé volontaire dans
l’Armée du Rhin en 1792, Zix a laissé une importante production en tant que dessinateur militaire.
Dans son œuvre officiel de chroniqueur de l’ère napoléonienne, le paysage devient le théâtre des
opérations militaires de la Grande Armée. Sa représentation se limite aux principales particularités
topographiques d’un lieu. Cependant, les motifs paysagers, en particulier ceux de sa région natale,
jouent un rôle central dans l’imaginaire personnel de cet artiste aux multiples facettes.
Originaire de Landau dans le Palatinat (Allemagne), Gimbel exerce dans la capitale alsacienne, sans
doute à partir de 1779, le métier de peintre et de miniaturiste : paysages animés, de format réduit, et
plusieurs miniatures sur ivoire dans le goût hollandais. Son œuvre la plus remarquable est une
représentation de la Cascade du Nideck dans le Bas-Rhin, conservée au Musée des Beaux-Arts de
Strasbourg. Gimbel y décrit les formes caractéristiques de ce site paysager avec une technique
méticuleuse. Il apporte un soin particulier à la représentation des rochers, de l’eau et des arbres. La
composition d’ensemble tout comme les détails laissent supposer une exécution au début du
XIX
e
siècle et situent cette œuvre avec sa vision idéalisante de la nature dans le contexte du paysage néoclassique. En exagérant ses dimensions et, en particulier, sa hauteur, l’artiste accentue l’effet de la
cascade. La chute d’eau se transforme en un lieu qui invite à la contemplation quasi religieuse des
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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beautés de la nature. Dans cet état de contemplation se trouvent réunis des membres de différentes
strates de la société contemporaine, aristocrates, paysans et artistes. Au cours des décennies
suivantes, cette cascade se verra attribuer une place de choix dans tous les albums illustrés et les
ouvrages descriptifs consacrés à la région.
Johann Baptist Stuntz, né en Suisse en 1753 et actif à Strasbourg sans doute à partir de 1797,
occupe une position particulière dans le milieu artistique régional vers 1800. Il joue un rôle
essentiel d’intermédiaire avec la peinture de paysage suisse. De ses années strasbourgeoises, deux
vues de la ville parvenues jusqu’à nous, gravées à l’aquatinte, présentent ainsi les caractéristiques
d’un paysage fluvial. En outre, dans deux vues du Rhin l’artiste combine un motif paysager à
caractère topographique avec une scène militaire. Ces œuvres témoignent des liens entre Stuntz et
Zix. Nous devons aussi également à Stuntz une des premières représentations du château de
Spesbourg près d’Andlau. Dans cette gouache, transposée à l’aquatinte par Zix, l’artiste intègre la
silhouette de la ruine dans le cadre d’un paysage de forêts et de rochers bordant une prairie, qui
rappelle l’atmosphère des œuvres du Lorrain.
Dans son Concert champêtre au Baechelhof, Benjamin Zix présente un lien étroit entre musique et
expérience sensible de la nature. Au centre de cette scène, située en pleine forêt, un groupe de
personnes est rassemblé pour pratiquer la musique. Zix, qui s’est représenté lui-même en auditeur, a
interprété la scène comme le reflet d’une communion intime entre l’homme et la nature. La
végétation environnante semble vouloir embrasser les protagonistes, lesquels expriment leur
vénération de la nature par la musique et le chant. L’enthousiasme de Zix pour la nature traverse
tout son œuvre précoce et constitue l’une de ses forces motrices. Cet élan est étroitement lié à la
découverte des Vosges. Cette volonté d’un lien fusionnel avec la nature, vraisemblablement
d’inspiration rousseauiste, se manifeste aussi dans une aquarelle intitulée Jeune homme lisant dans
un paysage montagneux. Représenté sur une hauteur, assis sur un rocher, un jeune homme
élégamment vêtu a manifestement choisi ce lieu pour s’y consacrer à la lecture, tout en profitant du
spectacle de la nature et de la vue sur le vaste paysage qui l’environne. Le coloris limité à des
dégradés de gris et de brun, laisse le personnage se fondre parfaitement dans son environnement.
Dans les Vues du Ban de la Roche, réalisées en 1795, Zix combine l’évocation d’une intense
expérience de la nature avec le souci de la précision topographique. Sur la page de titre de la série,
il s’est représenté à la fois en artiste et en Wanderer : outre un carnet de croquis et un crayon, il a ici
pour attribut un bâton de marche et un chapeau. Les dessins à la plume et au lavis de cette série,
traités à la manière d’une grisaille, représentent différentes vues de ce territoire où œuvrait le
pasteur Jean-Frédéric Oberlin. La renommée de ce grand pédagogue, qui dépassait de loin les
frontières régionales, explique l’intérêt que portèrent à sa personne et à ce territoire, théologiens,
écrivains, savants et artistes.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Enfin, en 1805 dans ses Vues pittoresques de l’ancienne Alsace composées d’une série de huit vues
gravées des alentours de Strasbourg et de l’Alsace du nord, Zix développe une véritable typologie
des paysages de la région :
-
une vue de Strasbourg caractérisée par un paysage fluvial,
-
le caractère sauvage de la nature vosgienne avec la représentation des cascades du Nideck et
de Soulzbach,
-
les ruines représentées par trois importants châteaux : Girbaden, Hohbarr et Geroldseck,
-
le paysage rural avec une vue des champs cultivés et du vignoble de la vallée de Saverne.
Le paysage est tour à tour un but d’excursion, une idylle bucolique ou grâce à l’introduction de
figures à l’antique, une expérience de la nature hors du temps.
Avec l’intérêt presque archéologique de l’artiste pour certains détails architecturaux, s’ouvre un
nouveau chapitre de la représentation du paysage alsacien où la valeur esthétique du paysage tient
avant tout à sa dimension historique, incarnée par les ruines. Cette tendance se confirme au sein
d’une communauté d’érudits et d’artistes mûs par un souci de conservation. Elle trouve son apogée
en 1828 avec la publication des Antiquités de l’Alsace, de Golbéry et Schweighaeuser, qui marque
le début d’une riche production d’albums lithographiés témoignant du patrimoine architectural et
naturel de la région.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Autour de l’exposition
Visites guidées : dimanches 27 mars, 10 avril, 17 avril, 22 mai, 19 juin et 26 juin à 10h30.
Tarifs (entrée du musée et visite-conférence) : 10€ ; membres de la société Schongauer, Pass
musées et Carte culture : 5€
Cycle de conférences au Musée Unterlinden et à l’auditorium de Strasbourg (le programme de
conférences sera publié dans le dépliant de l’exposition)
Journées pour les publics spécifiques le vendredi 15 et le samedi 16 avril
Visites guidées par Viktoria von der Brüggen
Ateliers d’écriture et du regard par Anne Buclon-de Gail et Dominique Zerlauth, membres de la
société Schongauer et professeurs d’arts et de lettres
Les associations et établissements intéressés par ces visites sont invités à prendre contact avec
Marie-Claire Gander : tél. 03 89 20 15 51 - [email protected]
Week-end Paysages du 18 au 19 juin
Samedi 18 juin à 19h Lectures par les comédiens de la Comédie de l’Est - Colmar
Dimanche 19 juin Visite guidée de l’exposition à 10h30 suivie d’une randonnée pédestre au
départ du château du Hohlandsbourg jusqu’aux Trois Châteaux d’Eguisheim par le Sentier de
l’Écureuil. Transport en bus depuis le Musée Unterlinden jusqu’au château.
Renseignements et réservations : 03 89 20 15 58 [email protected]
Exposition à la Bibliothèque municipale de Colmar : 26 mars - 28 mai 2011
Le visage romantique de l’Alsace : Jacques Rothmuller (1804-1862) et la
lithographie à Colmar
Dessinateur-lithographe colmarien, connu par ses deux ouvrages sur l’Alsace, Jacques Rothmuller
nous a laissé un grand nombre de dessins, pris sur le motif, des sites des Vosges et de la plaine. La
collection de dessins, riche de 600 pièces, est conservée à la Bibliothèque Municipale de Colmar.
Cette exposition propose une mise en regard des dessins avec les lithographies, en abordant les
maîtres et le parcours artistique de Rothmuller dans l’art romantique du XIXe siècle.
Horaires
Lundi et mardi : 9h - 12h et 14h - 18h ; du mercredi au vendredi : 9h - 12h et 14h30 - 18h30
Samedi : 10h - 16h. Fermé le dimanche. Entrée libre
Bibliothèque municipale - 1 place des Martyrs de la Résistance - 68000 Colmar
Tél. 03 89 24 48 18 - [email protected]
Visites guidées : le samedi 16 avril à 11h et le jeudi 19 mai à 18h.
Entrée libre dans la limite des places disponibles
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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Le Goût de la Nature
Paysages des Musées de Strasbourg XIXe et XXe siècles
au Musée des Beaux-Arts et Galerie Heitz (Palais Rohan) du 26 mars au 15 août 2011
Le Musée Unterlinden de Colmar et les Musées de la Ville de Strasbourg ont choisi de
s’associer pour la réalisation de deux expositions autour d’un même thème, le paysage.
Présentée au Palais Rohan à l’issue d’une itinérance japonaise qui a rencontré un grand succès,
l’exposition réunit un ensemble de peintures, auxquelles sont jointes des œuvres graphiques
(dessins et estampes), choisies parmi les plus belles pièces des collections du Musée des BeauxArts, du Musée d’Art moderne et contemporain et du Cabinet des Estampes et Dessins.
L’exposition qui se veut un parcours, une promenade, à travers l’histoire du paysage européen,
s’étend depuis la période romantique jusqu’au milieu du XXe siècle, avec des chefs-d’œuvre de
Loutherbourg, Corot, Courbet, Sisley, Monet ou Signac. Elle vise à mettre en valeur des œuvres
phares issues des collections des Musées de Strasbourg autour du thème majeur du paysage, se
proposant de suivre les différents développements de ce genre au fil des inventions, découvertes et
audaces des artistes. Pour la première fois, ces œuvres habituellement conservées dans des musées
distincts entrent en résonnance les unes avec les autres.
Quelque quatre-vingt peintures sont exposées aux Beaux-Arts, non sur un mode chronologique mais
par thèmes, permettant ainsi des confrontations inédites. Les thèmes choisis sont les suivants :
- la fenêtre (à l’origine même du genre et comme son reflet)
- personnages dans la nature (la tension entre la narration ou le portrait et le paysage)
- la ville (un paysage à part, jusqu’à la ruine)
- l’eau (la représentation d’un élément entre inquiétude et fascination)
- la campagne (le plein-air comme lieu d’une certaine modernité)
- l’arbre (la partie pour le tout pour clôturer ces variations)
À côté de grands noms bien connus, sont exposés des tableaux qui le sont encore moins, dont
certains restaurés grâce au mécénat. Environ quatre-vingt œuvres graphiques, toutes issues du
Cabinet des Estampes et Dessins et Musée d’Art moderne et contemporain, sont présentées à la
Galerie Heitz. Le parcours est constitué par des approches mettant en avant le dialogue de la Nature
et de l’homme (artiste ou spectateur) : l’exaltation des sentiments ; l’attrait du pittoresque ; le
Paysage idéalisé ; le passage de l’observation à la vision subjective.
Cette exposition est accompagnée d’une programmation de films (à l’Aubette 1928 pour un
contrepoint contemporain, à l’Auditorium des Musées et au cinéma Le Star) ainsi que d’un cycle de
conférences (à l’Auditorium des Musées).
Une publication, se voulant attrayante et non catalogue érudit, est éditée à cette occasion.
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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L’exposition entre en résonance avec l’importante exposition organisée en même temps au Musée
Unterlinden à Colmar intitulée « L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870 »,
permettant des actions communes notamment dans le domaine de la médiation. Elle participe d’une
double inscription de nos musées, internationale et régionale.
Commissaires
Sous la direction de Joëlle Pijaudier-Cabot, conservatrice en chef, directrice des Musées de
Strasbourg ;
Dominique Jacquot, conservateur en chef du Musée des Beaux-Arts ;
Estelle Pietrzyk, conservatrice du MAMCS ;
avec pour le volet art graphique Marie-Jeanne Geyer, conservatrice du Cabinet d’art graphique au
MAMCS et Anny-Claire Haus, conservatrice du Cabinet des Estampes et des Dessins
Contact presse Julie Barth – 03 88 52 50 15 – [email protected]
Autour de l’exposition
Visites commentées Dimanches à 11h (sauf le 1er dimanche du mois)
Musées en famille Dimanche 27 mars à 15h
Catalogue
Le Goût de la Nature. Paysages du XIXe et XXe siècle
Une sélection thématique des chefs-d’œuvre du paysage dans les collections des Musées de la Ville
de Strasbourg esquissent une brève histoire du genre. Ouvrage collectif, sous la direction d’Estelle
Pietrzyk et Dominique Jacquot.
144 pages, 100 illustrations - Diffusion / distribution : Seuil / Volumen
Informations pratiques
Horaires
Le lundi, mercredi jeudi et vendredi de 12h à 18h - Le samedi et le dimanche de 10h à 18h
Fermeture le mardi
Tarifs
Tarif normal : 6 euros / Tarif réduit : 3 euros
Lieu Musée des Beaux-Arts et Galerie Heitz (Palais Rohan) - 2, place du château, Strasbourg
Tél. 03 88 52 50 00
Exposition L’Alsace pittoresque : l’invention d’un paysage 1770 - 1870
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