the changeling

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THE CHANGELING
L'ENFANT DU DIABLE
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Titre original : CHANGELING, THE
Autre titre : ENFANT DU DIABLE, L'
Année : 1979
Nationalité : Canada
Acteurs : George C. Scott, Trish Van Devere, Melvyn Douglas, Jean Marsh, John Colicos, Barry Morse,
Madeleine Sherwood & Helen Burns
Réalisateur : Peter Medak
Scénario : Russell Hunter, William Gray & Diana Maddox
Musique : Rick Wilkins
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En 1979, l´oeuvre de Stuart Rosenberg, AMITYVILLE, LA
MAISON DU DIABLE, provoque l´engouement d´un public
avide de “sensations fortes”. Le surnaturel et son adjuvant
"ectoplasmique" attire les foules au sein des salles obscures
pour assurer aux producteurs perspicaces de solides retours sur
investissement. À ce titre, Garth H. Drabinsky propose au
cinéaste Peter Medak de réaliser un film de maison hantée.
Notamment à l´origine de NEGATIVES (1968), GHOST IN
THE NOONDAY SUN (1973) et quelques épisodes de série
télévisée (AMICALEMENT VÔTRE, COSMOS 1999...),
l´artiste tente une aventure d´autant moins périlleuse qu'il
bénéficie d´un prestigieux casting. Magnifique dans PATTON
(1970), George C. Scott retrouve sa partenaire entre autres
fictionnelle dans THE DAY OF THE DOLPHIN (1973) ou
THE SAVAGE IS LOOSE (1974), Trish Van Devere. Melvyn
Douglas, Jean Marsh et Helen Burns se joignent aux premiers
pour révéler une fois de plus toute l´étendue de leur talent.
Basé sur l´excellent scénario de Russel Hunter, THE
CHANGELING bêtement rebaptisé L´ENFANT DU DIABLE
sur notre territoire, constitue une histoire de fantôme
apparemment classique. Magnifiée par la musique de Rick
Wilkins, la rencontre d´un pauvre veuf et d´un Esprit fort
émouvant se déroule dans les subtiles décors créés pour
l´occasion par Reuben Freed tandis que les nombreux sursauts
qui ne manquent pas de secouer le plus rodé des fans du genre
doivent en partie au judicieux montage de Lilla Pedersen.
Suite à la disparition de son épouse et de sa petite fille, un
compositeur (George C. Scott) s´installe dans une demeure
isolée afin de consacrer son temps à la musique. Une
mystérieuse Présence vient rapidement troubler la tranquillité
du malheureux héros pour l´investir d´une mission tant
dangereuse que douloureuse.
L´œuvre de Peter Medak emprunte d´abord au Fantastique
classique, celui précisément apparenté aux traditions gothiques
et romantiques. De fait, la demeure hantée affiche une
configuration labyrinthique conforme à celle de ses ancêtres
«frénétiques». Pièces imbriquées les unes au sein des autres,
immenses bibliothèques, boiseries surchargées, épais tapis et
gigantesques lustres caractérisent une résidence qui aurait tout
aussi bien pu «intervenir» dans les nouvelles de Poe. De même,
l´immense parc adjoint à la bâtisse rappelle au spectateur les
innombrables textes ou films au sein desquels le pauvre
protagoniste doit affronter les enchevêtrements inextricables
d´une «geôlière champêtre» particulièrement redoutable.
Course effroyable à travers bois dans RENDEZ-VOUS AVEC
LA PEUR (Jacques Tourneur, 1957) ou tentative de fuite hors
du jardin de LA MAISON DU DIABLE (Robert Wise, 1963)
se soldent parfois par un cuisant échec. Une indexation
thématique pour le moins signifiante (orage ; bise d´automne)
tend à renchérir une atmosphère que le public reconnaîtra sans
peine. Fort de ce principe, le réalisateur exploite toutes les
ressources offertes par l´anthropomorphisme dont font
habituellement l´objet châteaux, abbayes ou simples maisons
du genre. A l´image du “Château d´Otrante” (Horace Walpole,
1764), de celui «d´Udolphe» («Les Mystères du château
d´Udolphe», Ann Radcliffe, 1794) ou de la maison Usher («La
Chute de la maison Usher», Edgar Allan Poe, 1839), l´ultime
refuge du veuf exhibe des fenêtres qui semblent observer le
visiteur, une porte assimilable à une bouche et un charisme
exacerbé par les nombreuses contre-plongées rendant presque
palpable la massivité disproportionnée du lieu. Si ce dernier ne
«veut être habité» explique Leah Harmon, c´est en raison d´un
passé évidemment chargé. Faute d´en révéler tous les mystères,
contentons-nous de relever ici l´influence de l´intertexte
littéraire et cinématographique sur une trame, laquelle aborde
pêle-mêle le «fils renié», le «testament caché», les «jalousies
enfouies» ; le tout bien-entendu ensanglanté par une ultime
tragédie dont la victime "ectoplasmique" demande bientôt
réparation. Rien de bien nouveau dans tout cela. Cette fidélité
aux règles et esthétiques de l´Épouvante traditionnelle soumet
l´intrigue à un traitement relativement conventionnel, celui de
l´investigation occulte.
Évoqué à plusieurs reprises au cours du commentaire audio,
le «mystère» demeure le maître-mot d´un film souhaitant nous
entraîner progressivement dans les rouages et chausse-trappes
du mythe familial. La remontée dans le temps prend donc les
sinueux chemins d´énigmes truffées d´objets (boîte à musique),
espaces (pièce condamnée), propos («Help me») et textes
(coupures de journaux) qu´il s´agira de déchiffrer. Invoquant
Alfred Hitchock et notamment LA CORDE, le cinéaste ne peut
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pourtant nier l´égale prépondérance d´une filiation gothique
elle-même encline à édifier ce type d´histoire. Suivant ce
principe, le fantôme se plie à la fonction que Lettres et
Septième Art lui ont octroyé depuis longtemps. L´effrayante
Présence jette à coups d´inexplicables bruits, pierres projetées
ou portes ouvertes et fermées, les miettes qui conduiront notre
malheureux Petit-Poucet vers l´incroyable vérité. Sur ce point,
Medak réfère davantage aux topoi vulgarisés par la littérature
romantique. La manifestation surnaturelle problématise
l´enquête en suscitant l´effroi d´un détective d´emblée fragilisé
par son veuvage. Comme Hoffmann, Gautier, Poe ou Henri
James, le réalisateur assujettit le surgissement de l´Au-delà à
un système de perception aléatoire car prédisposé aux
élucubrations morbides. Cette heuristique fondamentale
explique l´ambiguité de certains regards, discours ou simples
situations. Absence d´un être perdu dans ses pensées, voire son
passé (flash back), propos contradictoires (John Russel affirme
avoir surmonté son deuil pour se réjouir quelques minutes plus
tard de pouvoir se défouler la nuit sur son piano), coïncidences
étranges (le veuf pleure dans son lit LORSQUE la créature se
manifeste) ; tels sont les procédés contribuant à faire douter de
l´existence réelle du Phénomène. Effectif ou fruit d´une
paranoïa latente, l´omniprésence du fantôme stimule une mise
en scène singulière visant à faire planer sur l´homme une
menace constante et en cela fort angoissante. Panoramiques,
plongées et longs travellings traduisent ainsi l´omniscience
quasi asphyxiante de l´Instance. De manière générale, THE
CHANGELING s´inscrit dans la veine des grandes Histoire de
Fantômes qui de LA MAISON DU DIABLE à L´ECHINE DU
DIABLE (Guillermo del Toro, 2001) en passant par LE
CERCLE INFERNAL (Richard Loncraine, 1978), privilégient
la suggestion pour provoquer la peur. Récit d´atmosphère
comme le furent ceux de Jacques Tourneur, l´œuvre envoûtera
d´abord par la subtilité de son traitement tant thématique
qu´esthétique.
Cette perspective d´approche conduit notre cinéaste à
adopter quelques présupposés peut-être plus inédits au cinéma.
La figure de l´artiste et notamment du musicien, redéfinit la
manifestation occulte en termes de mysticisme au détriment de
son appartenance aux sphères «paranormales». Par définition
«Hors Nature» («Les Hors Nature», Rachilde, 1897), le génie
du prestigieux compositeur s´érige en «variante sensible» d´un
Au-delà avec lequel il communique naturellement. Plus
efficaces qu´une séance de spiritisme, la création et
l´interprétation musicales ordonnent l´Impalpable en vue de lui
réattribuer sa signification première. Les notes et leur rendu
spatial correspondent alors aux pièces d´un puzzle que notre
héros et son fantôme assembleraient de «concert». Cette
harmonisation des émotions explique le magnifique jeu
d´échos qui alimente le contenu métaphorique du métrage.
Symbole de souffrance, la couleur rouge singularise les bonnet,
gants et balle d´une fillette, le pull du père ainsi que l´entrée de
l´édifice au sein duquel se cache la vérité. Plus significatif
encore, le magnétophone destiné à immortaliser les partitions
de Russel réapparaît dans une séance de spiritisme afin
d´enregistrer la voix des morts. Ainsi mise en exergue,
l´interdépendance entre musique et surnaturel justifie la
mystérieuse similitude entre une berceuse composée par le
protagoniste et celle offerte par une boîte de musique.
Outre diverses correspondances thématiques, Medak
imprime cette rythmique occulte sur la bande son du métrage
même. Comme soumise à quelque métronome, la régularité des
bruits émis par le terrible poltergeist répond à celle des coups
portés par John sur une porte ou des rebonds d´une petite balle
au sein des escaliers. Cette «symphonie horrifique» consacre la
cohérence d´un univers essentiellement fondé sur la logique et
le mouvement des émotions. En dépit de sa rigueur
mathématique, le va-et-vient perpétuel des affects s´inscrit «en
creux». Abîmes séparant moult espaces (maison isolée / centre
urbain), lieux symboliques (grenier / puits), temps (présent /
passé) et générations (adulte / enfant) signalent l´écroulement
du flux musical. Les bords des pièces du puzzle s´approchent
pour mieux se replier comme les enfants «mis en contact» avec
un véhicule ou une charrette, s´enfoncent dans les Limbes.
Récurrente, l´image du gouffre confronte le spectateur à
l´événement le plus «surnaturel» qui soit : la perte d´un enfant.
Quoi de plus absurde, incohérent, irrationnel et terrifiant que
cette disparition du successeur «biologique», du «fruit de ses
amours», de «l´âme de son âme» ? Le fantastique de THE
CHANGELING s´appuie sur la figure de l´Absent, celui qu´on
tentera de remplacer en vain. Ni «fils adoptif», ni «Esprit» ne
peuvent combler cet insondable Vide. A ce titre, Medak
s´attache à nous dresser le délicat portrait d´un être dépossédé,
errant avec égale indifférence sur les trottoirs humides d´une
ville anonyme ou dans les sombres corridors d´une maison
hantée. La solitude génère ici la vraie Terreur, celle qui des
«Contemplations» à NE VOUS RETOURNEZ PAS (Nicolas
Roeg, 1973) n´a pas finit de faire couler des larmes d´encre et
pellicule.
Dotée de qualités techniques correctes, la galette anglaise
permet de se plonger complètement au sein d´une oeuvre qui le
mérite tellement. Par rapport à l´édition américaine, le son du
DVD britanique semble être plus pêchu. Il en résulte une
spatialisation relativement supérieure. Contrairement à
certaines “ambiances”, la musique demeure en revanche
concentrée sur les voies avants. À cela s´ajoute une image
“honorable” présentant de surcroît une meilleure compression
que celle offerte par le DVD zone 1. Toutefois, on pourra noter
que le disque anglais perd un tout petit peu d'image des quatre
côtés sans que cela ne soit vraiment dommageable. Notez aussi
que le disque américain est paré de sous-titres en français ce
qui n'est pas le cas du disque anglais !
À la différence de l'édition américaine, le DVD anglais nous
offre en outre une galerie photo assez quelconque et surtout la
possibilité de revisionner le film en compagnie du réalisateur.
Ce dernier se prête au jeu pour dévoiler sa conception du
métier, rendre hommage aux acteurs George C. Scott, Trish
Van Devere et Melvyn Douglas, à la monteuse Lilla Pedersen,
au directeur de la photographie John Coquillon ou expliquer
certaines séquences. Medak revient à maintes reprises sur
l´importance du pressentiment ou «affects» dans l´exercice de
mise en scène. Filmer suivant ses impressions (bonnes,
évidemment), «sentir» une séquence, participent à la réussite
d´une oeuvre. Cette première façon d´appréhender la
profession n´exclut naturellement pas une rigueur et un sérieux
illustrés dans notre cas par l´analyse de diverses scènes.
Rhétorique du travelling ou du mouvement circulaire éclairent
avec bonheur nos lanternes. Entre précisions (remise du
scénario, lieux du tournage…) et réflexions intéressantes
(difficulté de réaliser des choses apparemment simples comme
«bien» faire rebondir une balle au sein des escaliers), l´artiste
s´attarde sur la compétence des comédiens, notamment celle de
George C. Scott. Aisé à écouter (même pour les piètres
anglophones), ce commentaire audio non sous-titré pêche
cependant par la monotonie d´un discours effectué d´une voix
monocorde et ponctué, semble-t-il, par un ou deux bâillements.
Offrant des qualités techniques irréprochables, le DVD anglais
du sublime THE CHANGELING laisserait un vide
irremplaçable au sein des étagères du cinéphile récalcitrant. A
ce dernier de le combler…
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Cécile Migeon
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