Nouvel éclairage sur les activités de l`arrondissement
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Nouvel éclairage sur les activités de l`arrondissement
1 Henry Spira Nouvel éclairage sur les activités de l'arrondissement territorial de Genève 1940 - 1946 La parution, fin Indépendante 1999, d'Experts), du Rapport communément intermédiaire dénommée de la "Commission CIE (Commission Bergier", sur le problème du refuge en Suisse, de 1933 à 1945, a provoqué passablement de remous, surtout au sein des générations d'après-guerre et de certaines mouvances de gauche. On avait beau jeu de dénigrer l'attitude de la Suisse au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Une telle approche découle d'une méconnaissance certaine de la situation dramatique dans laquelle la Confédération s'est trouvée, dès le printemps de 1940, quasiment totalement encerclée. La "génération responsabilité de la dans mob", les dont je drastiques fais également décisions prises partie, dès rejette avant 1939, toute par le Département fédéral de justice et police, ou plutôt par cet "État dans l'État" qu'était sa Division de police, dictatorialement dirigée par le Dr. Rothmund, avec le consentement tacite du paterne patricien bernois, le Conseiller fédéral Eduard von Steiger. Les citoyens de ce pays découvrent maintenant, et avec stupeur, que l'attitude de la Suisse d'alors ne correspond pas à son image de marque: le pays de la CroixRouge, le pays de la charité, de l'asile et de l'accueil pour tout être humain pourchassé. Le rapport Bergier décrit les entraves opposées à l'afflux croissant de réfugiés civils, dont les juifs qui fuyaient les sévices, puis les rafles et les déportations, tout cela culminant dans la fameuse déclaration de von Steiger: "La barque est pleine", prononcée le 30 août 1942 à Zurich-Oerlikon, devant 8000 personnes, lors de l'assemblée générale de la Jeune Église ! Rothmund et ses disciples La majorité des Suisses ignore que la plupart des faits et attitudes des décideurs et exécutants des mesures de refoulement ou d'accueil, entre 1933 et 1945, de même que les données chiffrées, étaient connus dès 1957, grâce au Rapport du Prof. Ludwig. Son étude très fouillée n'est jamais devenue la lecture de chevet du grand public; les Suisses, libérés des angoisses, des restrictions et du confinement à l'intérieur de leur pays, avaient alors d'autres préoccupations. Le rapport Bergier de 1999, sur le refuge, semble donc révéler des faits agissements choquants et et procédés ignorés. de membres Le de rapport Ludwig corps fédéraux ne ou décrivait pas les cantonaux (gardes- frontière, membres de l'Armée ou de la Gendarmerie d'Armée, ainsi que des corps de police et fonctionnaires cantonaux, qui étaient tenus d'obtempérer aux ordres et directives émanant des Autorités fédérales), envers les réfugiés civils, juifs et autres. En revanche, les réfugiés militaires et assimilés bénéficiaient, eux seuls, des Conventions de La Haye, datant de 1907. De tels actes répréhensibles se sont produits tout au long de nos frontières; ils découlaient de sentiments xénophobes et d'un antisémitisme culturel plongeant ses 1 2 racines dans des sources cultuelles, credo de Rothmund et de ses subordonnés, attitude partagée par de larges couches de la population. A titre d'exemple, les errances et les excès de zèle du major Hatt, officier de police de l'arrondissement territorial 2 (frontière franco-suisse le long du canton de Neuchâtel et du Jura bernois), sont significatifs. Il va donner ordre, en novembre 1943, à un gendarme d'armée et à sa fiancée bruntrutaine, de se travestir en réfugiés juifs, afin de confondre les membres d'un groupe aidant les juifs arrivés en Ajoie "sous les sapins", à éviter leur refoulement. Dans la même foulée, il ordonne au gendarme d'armée Gaston Trémolat, né à Bâle en 1919, de jouer le rôle d'un déserteur allemand, afin de piéger Yvonne Quain et sa famille, à La Queue-au-Loup, près de Boncourt-Déridez. Fin novembre 1943, Hatt fait refouler, à plusieurs reprises, un groupe d'adolescentes et d'adolescents juifs, arrivés de Belgique, alors qu'ils n'avaient pas encore atteint les limites d'âge prescrites, soit 16 ans révolus pour les garçons et 18 ans révolus pour les filles. Ayant eu vent de ces faits, le Conseiller d'État zurichois Briner, président de la "Flüchtlingshilfe", en informe le Conseiller fédéral von Steiger qui exige de Rothmund une enquête approfondie. Policier zélé, Hatt n'agit qu'en digne émule de Rothmund, qui avait décrété la fermeture hermétique des frontières à compter du 13 août 1942, espérant ainsi faire tarir le flux croissant de réfugiés arrivant à nos frontières et également à dissuader ceux qui projetteraient de rallier la Suisse, afin d'y trouver asile et protection. De tels excès de zèle, on les constate également dans d'autres secteurs frontaliers, notamment en terres valaisanne et vaudoise. Frontières et camps et le rapport Le refuge en Suisse de 1933 à 1945, du Prof. André Lasserre, ouvrages minutieux, de vraies sommes dignes d'éloges, en répertorient certains, mais il faut surtout se pencher sur la situation qui prévaut à Genève. La situation à Genève Au cours des années 30, de graves errances se produisent dans la ville du bout du lac, bien plus ostentatoires qu'ailleurs en Suisse. Les membres de l'Union Nationale y défilent en grande pompe, sur les quais et le pont du Mont-Blanc, précédés de drapeaux à croix blanche de fantaisie, flottant au vent. Les 4 bras de la croix sont amincis et allongés, contrairement à l'emblème légal de la Confédération, mais très proche des armes de la Savoie, adoptées ultérieurement par le Royaume d'Italie (v. Galbreath: Le manuel du blason, Ed. Spes Lausanne 1932, p.97-98). La fantaisie pousse même les dirigeants de l'U.N. à flanquer leur croix blanche d'un glaive à deux mains (v. Roger JOSEPH: L'Union Nationale 19321939/Un fascisme en Suisse romande, Ed. La Baconnière, Neuchâtel 1975); certaines photos sont très éloquentes, dont la réception par l'U.N., de l'écrivain Charles Maurras, fondateur de l'Action Française, de Léon Degrelle, belge, du mouvement rexiste, collaborateur et créateur de la division SS "Wallonie", qui combattit sur le front russe, puis condamné à mort, réussit à se réfugier en Espagne, et enfin Darquier de Pellepoix (?), le futur Commissaire aux Affaires juives de la France de Vichy, qui, lui aussi, sauvera sa tête grâce à l'Espagne de Franco qui ne les a pas extradés. En tête du cortège, d'un pas martial et le bras tendu, se pavane Géo Oltramare le beau Géo -, le maxillaire inférieur à la Benito donnant un air martial guère 2 3 mérité, à cet Helvète incorporé dans les services complémentaires non armés (sic). On se serait cru à Nuremberg, notamment le 12 novembre 1937, en place de Neuve ! Cette allusive comparaison figure déjà dans le livre de M. Joseph. Fort imbu de lui-même, le beau Géo n'était qu'un fat, tout en faisant preuve d'un talent certain de plumitif. Il fut le rédacteur en chef du "Pilori", publication pamphlétaire s'il en fut, et fervent souteneur de l'antisémitisme, déniant aux ouvriers l'égalité des droits. A fin mai 1940, au bénéfice d'un congé militaire d'un an, il se rend en Italie, et le 7 juin il rencontre à Gênes un agent du Sicherheitsdienst du Reich; le 10 juin, Oltramare s'entretient à Berlin avec Otto Abetz, et débarque à Paris le 17 juin, où il rejoint Abetz, devenu Ambassadeur du Reich à Paris. Le 22, Oltramare est à Rethondes, d'entente avec Abetz, observant le fameux wagon-salon hébergeant les signataires de l'armistice. Un journal, "La France au travail", est lancé fin juin par Abetz, et Oltramare, alias Dieudonné, en sera le rédenchef. Il dirigera ensuite une équipe de Radio-Paris. Largement rémunéré, courant le guilledou, il mène grande vie à Paris, ne souffre nullement des restrictions et s'empiffre lors de réceptions à l'Ambassade du Reich. A mi-août 1944, il déchantera et fera partie des exilés de Sigmaringen, dont Pétain, Laval et bien d'autres. Il est arrêté le 21 avril 1945 à Kreuzlingen. Il fera une année de préventive puis sera condamné à 3 ans de réclusion pour atteinte à l'indépendance de la Confédération et à 5 ans de privation des droits civiques. La justice française l'avait condamné par contumace, en janvier 1950, à la peine de mort. Il décédera à Genève le 16 août 1960, d'un infarctus. Afin d'illustrer l'état d'esprit régnant au cours des années de guerre à Genève, je me bornerai à citer deux exemples. D'une part, un extrait d'une lettre datée du 13 décembre 1944, adressée par l'Office cantonal de placement de Genève à la Division de police à Berne: "Monsieur D...vous avait écrit pour vous demander une réfugiée demandé polonaise Mlle et catholique Zylberstein et ne comme désire aide de maison justement pas (...) avoir il une n'avait personne pas de religion israélite chez lui." D'autre part, le Prof. Ludwig cite, en p. 238, note 1 de son rapport, plusieurs cas, dont le refoulement, le 29 octobre 1943, deux jours après son arrivée à Genève, d'une famille juive de cinq personnes, d'origine polonaise et venant d'Anvers, sur simple présomption de l'officier de police, le plt Odier - déjà lui - que le cadet des enfants paraissait avoir dépassé l'âge limite de six ans révolus (Document 1). Il y a quelques années, j'ai réussi à me procurer, auprès de l'Office d'état civil d'Anvers, des extraits des actes de naissance des 3 enfants Schachne; effectivement, le petit-dernier était alors âgé de moins de 6 ans révolus! Également dans la même note, le Prof. Ludwig fait état du refoulement choquant, effectué le 19 septembre 1942, par le plt Daniel Odier - encore lui - et son subordonné, le GA GASSER Gérard. Voici un extrait du rapport du 8 octobre 1942 adressé au Major Adert par le GA Gasser et le Plt Odier, et réceptionné par l'Inspecteur territorial du 1er Corps d'Armée le 10.10.42: " Le nommé HIRSCH Auguste, né le 8.10.1897 à Francfort a/M.,... commerçant, apatride, israélite, 3 4 ...est entré clandestinement en Suisse le 15.9.42....et le 19.9.42, il a été interrogé en notre bureau. Au moment de lui faire signer sa déclaration, il s'y est formellement refusé car c'était un samedi, et, en plus, la fête juive du Grand-Pardon. Nous lui avons assigné une résidence et il s'est refusé également de s'y rendre, prétendant vouloir vivre selon le rite juif. Voyant son attitude inadmissible en sa qualité de réfugié, nous l'avons refoulé le même jour dans la soirée. " (Document 2). Soit dit en passant, certains habitants de Genève, encore à présent, persistent dans ces errances. Un exemple crasse consiste dans ce citoyen helvétique, né en 1914, ayant effectué 500 jours de service actif, et qui, il y a 2 ou 3 ans, ignorant mon appartenance israélite, m'avait adressé une réédition très récente des Protocoles des Sages de Sion, diffusée en Europe par des intégristes iraniens. Il ne savait pas encore qu'il s'agit d'un faux notoire, concocté en 1903 par une officine de la police du Tsar de toutes les Russies (v. jugement de la Cour d'Appel bernoise du 14 mars 1935). Demierre et Ferrin, des boucs émissaires? Quel que soit leur grade, les hommes valides de ma génération, moi itou, ayant passé des centaines de jours sous l'uniforme gris-vert durant la Seconde Guerre Mondiale, savent qu'il était alors inconcevable de désobéir sciemment aux ordres et d'agir à sa guise. Le ronchonnement était tout au plus toléré. Et cela était également valable dans le corps des gardes-frontière et celui des polices cantonales. S'il s'avérait indispensable de "négocier" un ordre sortant du cadre de ses conceptions de l'éthique, tout en respectant le Règlement de service, il n'y avait que la "voie de service" sous forme écrite ou la demande, adressée à son supérieur, d'un "entretien de service", impliquant tenue de campagne, y compris casque et "grêlons" cloutés d'ordonnance, tant pour le supérieur que le subordonné. Pourtant, dans la majorité des cas, le dernier mot restait au supérieur, et il en allait de même lors du dépôt d'une plainte acheminée par la même voie hiérarchique. Dans un tel contexte, sont-elles fondées les accusations, récurrentes depuis plus de cinquante ans, dirigées contre deux hommes incorporés dans la gendarmerie d'armée: le caporal GA Fernand Demierre, ex-employé de banque, qui fut champion du monde de tir à l'arme de guerre à Grenade en 1933, et le GA Louis Ferrin, exgendarme genevois, tous deux décédés de longue date? Ces deux hommes ne sont-ils pas de providentiels boucs émissaires? (Document 3). A propos de Demierre et de Ferrin, le rapport intermédiaire Bergier (pp.143-151) énumère des faits et déclarations que l'on peut interpréter de deux façons diamétralement opposées. "Le 21.8.42, l'of pol Odier, le cpl Demierre et d'autres membres de la ressortissants GA, expulsèrent néerlandais, ainsi Max que et Frederik trois autres Zeehandelaar, réfugiés, vers juifs la et France occupée, (...) de façon très brutale" (Bergier, p.148 et note 254). Le premierlieutenant Odier étant présent lors des refoulements musclés effectués par ses subordonnés, il approuve donc cette façon d'agir et l'a vraisemblablement ordonnée, sinon pour le moins suggérée. Il porte donc la responsabilité de ce 4 5 refoulement musclé. Lors d'une écoute téléphonique, le 24 septembre 1942 (Bergier, p. 149, note 261), effectuée à la demande du Ministère public fédéral, Demierre déclare à un tiers: "Je m'en fous de ce qu'ils racontent aux Chambres fédérales; on ne m'empêchera pas de faire mon boulot (...) je refoulerai encore qui bon me semble." Cette tirade peut, tout aussi bien, signifier que Demierre continuera à refouler, allant au-delà des ordres venus de Berne ou, au contraire, qu'il continuera d'agir à sa guise, en-deçà des ordres. Face à ce dilemme, une étude poussée de la personnalité et de l'odyssée, entre 1941 et 1942 de Kurt Deutsch, étrange réfugié au passé trouble, refoulé le 4 septembre 1942 à l'initiative du cpl Demierre, permet de l'élucider complètement: Kurt Deutsch, qui se prétendait de nationalité néerlandaise, était en réalité un ressortissant allemand, né à Munster en Allemagne, en 1905, fils de Sigmund et de Klara née Fleischer; célibataire, il était domicilié depuis 1934 à Amsterdam. Désirant se rendre en Suisse, une organisation de passeurs lui avait enjoint de se rendre le 15 décembre 1941 dans la salle d'attente de la gare de Rozendaal, à proximité de la frontière belgo-néerlandaise. C'est à cet endroit qu'il rencontre, pour la première fois, ses futurs compagnons de route, Mme Prins, ainsi que les 2 frères Wolff, Eduard et Willem. Deutsch parlait le hollandais, mais avec un accent allemand prononcé. Le 17 décembre 1941, vers 1 heure 30 du matin, alors que le guide-passeur venait de s'éloigner du groupe sous un prétexte quelconque, ces 4 personnes sont interceptées à Givet (Dépt. des Ardennes), par la douane française. Grâce à l'obscurité, Eduard Wolff et Kurt Deutsch réussissent à s'échapper, alors que Mme Prins et Willem Wolff sont arrêtés par la douane française. Deutsch et Eduard Wolff pénètrent clandestinement en Suisse le 24 décembre 1941, par Le Boéchet (act.JU). Deutsch se rend chez des connaissances à Berne, alors qu'E. Wolff se rend directement à Spiez, chez des amis, où il arrive à passé minuit; il ne s'annonce pas le 25, jour de Noël, mais le 26, son ami se rend à Berne et rencontre le Brigadier-général Van Tricht, Attaché militaire près la légation des Pays-Bas qui, après avoir pris langue avec la Police d'Armée, demande que Wolff s'annonce auprès du "Territorialkommando" à Spiez. Quant à Deutsch, le général lui avait proposé de le considérer comme hollandais, pour autant qu'il s'engage dans les troupes néerlandaises, ce que Deutsch refuse, car il ne voulait pas se battre pour les Pays-Bas. Début février 1942, les autorités suisses déplacent Eduard Wolff à Genève, qui est pris en charge par le cpl Demierre. Vers fin avril, ses amis de Spiez l'informent que Deutsch leur avait rendu visite, se présentant comme son camarade de voyage, demandant où joindre E. Wolff, et sollicitant une aide financière - de même qu'à d'autres personnes habitant à Spiez - soit-disant afin d'aider des officiers néerlandais en difficultés à Toulouse. Ces personnes de Spiez avaient alors conseillé à Deutsch de rencontrer le général Van Tricht, car ils ignoraient que Deutsch ne s'était pas annoncé aux autorités suisses, mais continuait de vivre dans la clandestinité. Rendu furieux par ces agissements et ne s'étant 5 6 jamais entendu avec Deutsch dès leur première rencontre à Rozendaal, E. Wolff en informe le cpl Demierre pour la première fois, alors qu'il logeait chez M. et Mme Demierre. Deutsch disparaît ensuite dans la nature, mais le 23 juillet 1942, il adresse une courte lettre à E. Wolff, lui demandant de le rencontrer, ce qu'il refuse. Une seconde lettre lui parvient le 25 juillet, lui demandant de changer d'opinion, car entre-temps il avait beaucoup fait pour des hollandais et que le général Van Tricht était au courant. Il demandait à E. Wolff de le rencontrer le lendemain vers 10h30 sur le pont du Mont-Blanc. Mais le soir même, alors que Wolff rentrait chez Demierre au 6 de la rue MichelChauvet pour le souper, Deutsch l'attendait dans la rue; Wolff refusant de lui parler, Deutsch l'informe qu'il allait s'annoncer à la police le lundi 27 juillet et que le général Van Tricht allait l'aider. Wolff avait bien informé auparavant le cpl Demierre sur son compagnon de tribulations, de Rozendaal jusqu'à l'arrivée en Suisse, mais sans en révéler l'identité. Mais à fin août 1942, inopinément, Demierre demande à Wolff si son camarade de voyage ne s'appelait pas "Deutsch"? Surpris et pris au dépourvu, Wolff confirme que c'est bien exact (v. déclaration dactylographiée d'Eduard Wolff du 7.9.42, AF 1943/Oberaudit 98/2254 No. 5330 1975/95). En fait, vers fin août 1942, à la requête de la division de police du DFJP, le cpl Demierre avait été chargé de procéder à l'interrogatoire de Deutsch qui faisait l'objet de soupçons quant à l'exactitude de ses déclarations. Demierre fit immédiatement le rapprochement avec l'inconnu dont E. Wolff lui avait parlé "...Au cours de l'interrogatoire, Deutsch fit preuve d'un cynisme révoltant et débuta par d'énormes mensonges. Mais devant les renseignements donnés par Wolff et dont je lui donnais connaissance, il reconnut que ses précédentes déclarations étaient toutes fausses, et qu'il n'avait fait que de mentir à la police. Se voyant démasqué, et après que je lui eus communiqué qu'il ne pourrait certainement pas rester en Suisse après de tels agissements, Deutsch sollicita d'être refoulé en zone libre. J'ai sauté sur l'occasion de nous débarrasser à si bon compte (Extrait d'un d'une tel indésirable note manuscrite et non j'ai datée accédé du cpl immédiatement Demierre, AF à son désir". 1943/Oberaudit 98/2254 No. 5330 1975/95). Mais en réalité, ce qui avait provoqué l'ire de Demierre envers Deutsch ainsi que son refoulement immédiat, c'était de s'être rendu compte que Deutsch jouissait de protections émanant de personnalités helvétiques du plus haut niveau, parmi lesquelles il faut citer en premier lieu M. le Conseiller Fédéral von Steiger soi-même, le Dr. Heinrich Rothmund chef de la division de police, ainsi que M. Samuel Brawand, de Grindelwald, né le 18.05.1898 et décédé le 11.07.2001 à l'âge de 103 ans révolus, enseignant, guide de montagne et homme politique, Conseiller National socialiste de 1935 à 1947, ainsi que de 1955 à 1967, qui s'était même laissé aller jusqu'à héberger clandestinement, durant un certain temps, ce même Deutsch ! Deutsch était arrivé en Suisse le 24.12.41 6 par Le Boéchet, puis séjourne 7 clandestinement en Suisse jusqu'en juin 1942. S'étant alors intéressé à ce personnage, la division de police avait donné ordre de le refouler. Il sera ultérieurement transféré à Genève et interrogé par Demierre. La personnalité trouble de Deutsch est démasquée par Demierre qui procède à son refoulement, le 4 septembre 1942, au su et au vu des Allemands. Deutsch ayant ultérieurement déclaré que Demierre aurait remis aux organes allemands copie d'un procès-verbal de son audition, comment se fait-il alors que Deutsch réussisse à se libérer des griffes allemandes et resurgisse 10 jours plus tard, le 14 septembre 1942, près du Noirmont (JU), à 200 km au nord-est du lieu de son refoulement? Curieux, n'est-ce pas? Ces événements sont à rapprocher des termes prononcés par Demierre le 24 septembre 1942, lors d'une conversation téléphonique enregistrée au cours d'une écoute téléphonique effectuée à la demande du Ministère Public Fédéral (v.rapport Bergier, p.149, note 261); "Je m'en fous de ce qu'ils racontent aux Chambres fédérales; on ne m'empêchera pas de faire mon boulot (...) je refoulerai encore qui bon me semble." (v. copies de 2 lettres des 5 et 7.9.42 de Demierre au Dr. Rothmund / lettre du 7.9.42 de Rothmund à von Steiger / note dactylographiée de "Lion-Henry", un membre du SR suisse, remise le 8.3.43 au cap Auberson, Juge d'instruction du Tribunal militaire de Division 2a; tous ces documents sont déposés aux Archives Fédérales et en microfilms aux Archives d'État à Genève, Dossier E5330 1975/9598/2254/1943). Le rapport Bergier indique que "Demierre, qui fait partie de la GA dès 1940, est licencié en avril 1942, et réengagé, le lendemain déjà, par la Section de police de l'Etat-major (v.Rapport général, Bergier p.149). et bénéficie Il n'est plus dès le lors de subordonné compétences d'Odier, élargies" mais dépend directement du plt Burnier, officier de police de l'EMG (Document 4). Les réfugiés bénéficient de l'aide du caporal Demierre Ce retournement de situation m'a permis de découvrir, au cours du second semestre 2000, de nombreuses activités occultes du plt Burnier - qui deviendra capitaine le 1er janvier 1943 -, du cpl Demierre et du GA Ferrin. Elles sont corroborées par de nombreux témoignages écrits et oraux, des documents officiels, certains datant d'avant 1946, des mémoires manuscrits de Demierre, ainsi que des mémoires dactylographiés du cap Burnier et de Simon Hercenberg. A l'exception des mémoires de Burnier, auxquels j'ai eu accès il y a quelques années, la plus grande partie de cette riche et édifiante documentation a été dévoilée et retrouvée grâce aux tenaces et coriaces sentiments de reconnaissance manifestés par d'anciens réfugiés néerlandais, dont Alfred K. Hecht d'Amsterdam et Willem J. Wolff de Rozendaal. Ayant pris connaissance du Rapport Bergier, ils écrivent, le 16 avril 2000, à son président: "Nous ne voulons pas justifier les excès qui ont eu lieu (...) des actes de violence ou des vols au détriment de réfugiés refoulés par la police militaire de Genève, mais nous nous opposons au fait que, dans le Rapport, il n'est pas mentionné la position très spéciale qu'occupait Demierre à Genève, ni les activités très positives pour les réfugiés de sa part." 7 8 Ayant été informé de cette démarche insolite, j'ai pris contact avec Willem J. Wolff qui m'a remis de nombreux documents; d'autres proviennent de M. Sierk Plantinga, des Archives nationales à La Haye, qui détiennent toutes les archives de la Légation des Pays-Bas à Berne, ainsi qu'une note dactylographiée en anglais concernant les activités de Demierre, établie par M. Hecht à son arrivée en Grande-Bretagne et remise au M.1.5 (Military Intelligence). Je rappellerai qu'Alfred Hecht, venant des Pays-Bas, était arrivé en Suisse vers fin 1941, et avait été hébergé à Genève chez Demierre. Puis, en juillet 1942, il quitte Genève, via la Zone libre, franchit les Pyrénées à pied et rejoint la GrandeBretagne via Madrid et Gibraltar. Il deviendra pilote de bombardier dans le 320e Escadron de la RAF; il vient de décéder le 20.08.01 (Document 5). Son compagnon, Rudi Blatt, devient membre des commandos britanniques. Blessé en Birmanie et rapatrié en Grande-Bretagne, il retourne aux Pays-Bas occupés par la Wehrmacht, afin d'instruire la résistance intérieure néerlandaise. Alors que Hecht était débriefé par le M.I.5, au centre de triage pour les réfugiés étrangers, dans les locaux de la Royal Victorian Patriotic School, dans le parc de Wandsworth, au sud-ouest de Londres, il décrit un incident survenu dans l'immeuble au 6 de la rue Michel-Chauvet: "Sous l'effet de la colère, au cours d'un interrogatoire, Demierre gifla un ressortissant allemand. L'avocat du Consulat général d'Allemagne rendit visite au chef de Demierre, et Demierre fut licencié quelques jours plus tard." En fait, lors d'une perquisition au 6 de la rue Michel-Chauvet, Demierre avait brutalisé un ancien fonctionnaire du Consulat général du Reich et son épouse, les traitant de "sales boches". Me Lacour, avocat attitré du Consulat, s'en plaignit auprès du colonel Chenevière, Cdt de l'Arrondissement territorial, et Demierre fut licencié quelques jours plus tard. Demierre n'est donc plus en mesure d'apporter son aide précieuse aux Néerlandais, qu'ils soient juifs ou non. Hecht se rend dans la soirée chez Victor Farrell, vice-consul et responsable du service des passeports (couverture de l'agent de l' Intelligence Service) du Consulat britannique à Genève. M. Farrell se rend le lendemain matin à Berne et met l'attaché militaire britannique, le colonel H.A. Cartwright Tricht, au courant. attaché Ce militaire dernier, près la ainsi que Légation le des brigadier-général Pays-Bas, A.G. van entreprennent une démarche commune auprès de l'Etat-major général suisse et, le lendemain déjà, Demierre est remobilisé, non plus sous les ordres du plt Odier, mais du premierlieutenant Burnier, officier de police de l'EMG; ses pouvoirs sont élargis, et Demierre peut donc continuer à apporter son aide précieuse aux citoyens néerlandais, surtout à ceux qui n'aspirent qu'à une chose, rejoindre leurs forces armées en Grande-Bretagne, via la France, l'Espagne, Gibraltar ou le Portugal. Les réfugiés civils et militaires d'autres nationalités ne peuvent se déplacer librement en Suisse, ni à fortiori quitter son territoire, sinon ils sont signalés dans le Moniteur suisse de police. Les Néerlandais jouissent, eux, d'un traitement de faveur et viennent s'annoncer "partants" à l'officier de police de l'arrondissement territorial de Genève, la veille de leur départ (Document 6)! 8 9 Une enquête militaire est ouverte le 22 octobre 1942 contre Demierre qui est appréhendé le lendemain, puis relâché après 21 jours de préventive. Cette arrestation a été effectuée afin d'éviter des risques de collusion avec son supérieur, le plt Odier, mention figurant au dossier précité. Demierre avait un caractère soupe-au-lait et s'emportait facilement, selon les déclarations de sa propre fille et de son entourage, ce qui explique en partie son comportement brutal envers des réfugiés, selon l'ordonnance d'enquête du 6 juin 1943 et l'acte d'accusation du 24 mars 1946. Sur la base des conclusions de l'auditeur, le major Pierre Loew, Demierre est condamné par défaut, le 7 juin 1946, à 34 mois d'emprisonnement, sous déduction de 21 jours de préventive subis en 1942, alors que l'auditeur n'avait requis que 18 mois [(Dossiers A-1 et A-2), ex AF E5330 1975/95-98/2254/1943]. Ce jugement a fait l'objet de diverses interprétations au cours des ans, notamment du fait que la description des actes reprochés avait été traduite en langue allemande, puis retraduite en français. Mes rudiments ès sciences exactes reprenant le dessus, notamment le retour à la définition, j'ai opté pour la reproduction intégrale du procès-verbal de l'audience et du jugement, daté du 7 juin 1946, rendu par le Tribunal militaire de la 1ère Division A, au Palais de Justice de Montbenon à Lausanne. En page 13, au cours des débats, Demierre, par acte d'accusation du 25 mars 1946, était prévenu de faux en document de service (art.78CPM), en page 13, ch. IV, a) pour avoir le 4 septembre 1942 ou peu après "...constaté faussement des faits contraires à la véritable déposition de Deutsch;" b) "d'avoir en outre falsifié le procès-verbal de la déclaration de Deutsch... en ajoutant ...faussement la signature falsifiée de Deutsch." En page 14, sous ch. VI , Demierre était prévenu de violation de secret de service, subsidiairement d'inobservation de prescriptions de service (art 77 ou 72CPM), "soit d'avoir, le 4 septembre 1942, à la frontière genevoise, remis illicitement à un fonctionnaire de la police frontière allemande, une copie du procès-verbal de l'audition du 29 juillet 1942, ou de celle du 3 septembre 1942, de DEUTSCH Kurt par la GA Ar ter 3, pièce dont il avait pu prendre connaissance par le dossier DEUTSCH de la division fédérale de police confié à lui-même à raison de sa fonction de service." Il est pour le moins curieux que le Juge d'Instruction n'ait pas été en mesure de déterminer lequel des 2 procès-verbaux aurait été remis en copie à un fonctionnaire allemand, c-à-d. celui du 29.7.42 ou du 3.9. [en fait du 4.9]; seul Demierre avait accès au p.v. du 4.9., alors que celui du 29.7. était accessible à plusieurs autres personnes, dont celles de l'Ar ter 3. On ne s'est basé que sur une déclaration ultérieure de Deutsch. Et si, effectivement, Demierre avait remis une telle copie à un fonctionnaire allemand lors du refoulement de Deutsch, on pourrait aussi en déduire que n'étant lui-même pas dupe de la duplicité de Deutsch et de ses activités d'agent double, il entendait faire passer le message aux Allemands. D'ailleurs, Deutsch parvint ultérieurement à s'extraire des mains allemandes! Je me bornerai à citer une seule phrase extraite de la lettre du Dr. Rothmund 9 10 qu'il adresse le 7 septembre 1942 à M. le Conseiller Fédéral von Steiger: "Die Rückweisung dieses Flüchtlings scheint mir an sich in Ordnung zu gehen. Es fragt sich ob es sich nicht um einen Spitzel handle." (v. 3e.§ p.4) Sur le fond, Rothmund est de l'opinion que Deutsch devait être refoulé. En revanche, il se sent dans ses tous petits souliers vis-à-vis de von Steiger ainsi qu'envers un certain M. Zimmermann. Relevons également que vers fin juin 1942, et selon instructions du Dr. Rothmund, le même Deutsch avait été refoulé une première fois, après avoir séjourné clandestinement en Suisse durant 6 mois (v.lettre du 7.9.42 de Rothmund à von Steiger, 1ère. p, 2e.§) Enfin, il ressort clairement de ce jugement que l'on ne peut assimiler à de l'espionnage au profit d'un État étranger la remise éventuelle d'une copie d'un document de service à un fonctionnaire étranger, mais tout au plus une violation de secret de service, réprimé par les art. 77 et 72CPM. Concernant la procédure ayant conduit au jugement du 7 juin 1946, il est capital de relever que cette enquête avait été initiée à la connaissance du Colonelbrigadier Roger Masson, sous-chef de l'EMG et chef du SR suisse, et l'enquête confiée au capitaine R. Pochon, de Romont, Juge d'Instruction des troupes d'Aviation et de DCA. Dans sa lettre du 5.6.43 au cap Pochon, le Col-br Masson, sous ch.4, précise ce qui suit (traduction en français effectuée en 1943 par l'Armée, déposée aux AF): "4. Quoiqu'il faille tenir compte dans cette affaire d'autres raisons que des raisons juridiques, (p.31. §3 et 4, collaboration du cpl Demierre au S.R., désir des Ambassades anglaise et hollandaise d'étouffer l'affaire) il y a lieu d' éclaircir pénales le dans cas dans toute les leur moindres rigueur. Le détails et maintien d'appliquer de la les procédure dispositions ordinaire est absolument nécessaire pour que cette affaire se liquide proprement. L'enquête doit également s'étendre à l'Off. responsable: le Plt Odier. C'est au Juge d'Instr. et à l'Auditeur qu'il appartiendra après clôture de l'enquête au sens de l'Art. 122 O.J.P.P.M. de décider pour quels faits et délits il y aura renvoi devant le Trib. Afin que certains renseignements secrets relatifs au S.R. ne soient pas divulgués je propose que les débats aient lieu à huis clos et qu'il soit interdit de prendre connaissance du dossier ailleurs qu'en Tribunal. En conséquence j'ordonne: Une enquête selon art. 110 O.J.P.P.M. est à instruire contre le Plt Odier, le Cpl Demierre et le G.A. Ferrin. Commandement de l'Armée Groupe I d Le sous-chef de l'EMG sig. Masson " Je rappellerai que le Col-br Roger Masson était un officier de carrière, très au 10 11 courant des relations entre supérieurs et subordonnés au sein de l'Armée, resp. "que les ordres sont les ordres et qu'on ne discute pas". C'est bien pour cela que Masson avait insisté afin que la procédure s'étende également au plt Odier. C'est à nouveau Masson qui signe l'ordonnance d'enquête du 6.7.43 donnant ordre d'instruire une enquête ordinaire suivant l'art. 110 OJPPM, contre: Plt Odier Daniel Of pol Ar ter GE Cpl Demierre Fernand adj à l'of pol Ar ter GE App Ferrin Louis GA Dans cette ordonnance, sous "II. Objet de l'enquête", Masson explicite les ordres donnés: "La présente formule d'ordonnance d'enquête est adressée au Cap Pochon lequel a conduit l'instruction de l'affaire Demierre. Conformément à mon ordre du 5.6.43, ordonnant une enquête selon l'art. 110 OJPM, j'ai estimé cette affaire d'une telle gravité qu'il m'importe que soit établie d'une façon claire les responsabilités de l'officier en charge à l'époque où les fautes de service et de discipline ont été commis par le cpl Demierre. Bien qu'une partie des faits imputés à Demierre puissent s'excuser par un défaut d'organisation du service (compétences mal définies ou chevauchement de ces dernières) et que cela ait rendu l'intervention du plt Odier difficile, je ne puis moralement admettre que toute cette affaire gravite uniquement autour du seul cpl Demierre quelles que soient les graves responsabilités de ce dernier. La présente enquête a donc pour objet de chercher à préciser dans quelle mesure le plt Odier ou d'autres officiers peuvent être rendus responsables, pour une cause ou une autre, des agissements de Demierre." (v. photocopies provenant des AF, de la lettre en allemand du 5.6.43 adressée par Masson au Juge d'Instruction Pochon, sa traduction en français et de l'Ordonnance d'enquête du 6.7.43, versés au Dossier (A-1) précité). Le même jugement du 7 juin 1946 condamne le GA Louis Ferrin également par défaut, à une année de prison ferme, sous déduction de 3 jours de préventive. Le Code pénal militaire d'alors interdisait le recours à un défenseur, lorsque le prévenu ne se présente pas à l'audience de jugement. Aucun témoin à décharge n'est entendu; le délai de recours en cassation est de 24 heures. Le plus étonnant, c'est que l'auditeur avait requis 18 mois en tout contre Demierre, peine que le tribunal va doubler, alors que, pour Ferrin, il s'en tient aux réquisitions de l'auditeur. Ainsi que précisé ci-dessus, et sur instructions expresses du Col-br Roger Masson, l'enquête avait été étendue au plt Odier. Or, en date du 8 avril 1946, une étrange Décision, émanant du Col Matti, adjoint de l'Auditeur en chef de l'Armée, fait bénéficier le Plt Odier, entre-temps devenu Capitaine, de la prescription, soit: "...Il ressort du dossier que le cap Odier ne pourrait être rendu responsable que de certains faits survenus en août et septembre 1942. 11 12 L'enquête n'a pas montré que le cap Odier se soit rendu coupable d'un délit. Rien ne permet non plus de conclure à une faute disciplinaire. D'ailleurs, vu la date indiquée ci-dessus, une telle faute ne pourrait plus être réprimée, la poursuite étant prescrite (CPM art.183.ch-1). En effet, la prescription n'a pas été interrompue pendant l'enquête en complément de preuves, puisque celle-ci a été ouverte en vertu de l'art. 108 OJPPM et, de ce fait, ne constituait pas un acte 'judiciaire'. Par ces motifs est décidé: 1. Il n'y a pas lieu de donner suite à l'enquête. 2. le dossier est retourné à l'auditeur pour communication à l'accusé (art. 122/123 OJPPM) et transmission au Département militaire fédéral." (Document 7). Les termes de cette décision, prise alors que Demierre et Ferrin avaient eu la géniale inspiration, autorités boucs début judiciaires émissaires, 1945, militaires notamment de mettre une helvétiques, pour Odier, frontière devenant ancien entre ainsi de magasinier eux et les providentiels dans la branche automobile, qui, réduit au chômage, devient officier de police jusqu'à la fin juillet 1945, m'amènent à énoncer certaines remarques et à poser quelques questions insidieuses: a) les termes de cette décision ne cadrent guère avec la vue des choses exprimée par Masson en juin et juillet 1943. Rappelons qu'au printemps 1946, il était à la retraite, dans sa villa au-dessus de Vevey, aigri, malade et quasi aveugle. b) les faits reprochés à Demierre et Ferrin sont les mêmes que ceux incriminant Odier, et datent tous de septembre et octobre 1942. Pourquoi alors fait-on bénéficier le seul Odier d'une telle décision basée sur la prescription, 3 mois avant le jugement du caporal épinglé et du GA Ferrin, lampistes tous trouvés. On en reste pantois ! c) la mise hors jeu de Demierre, vers la mi-octobre 1942, n'a aucune répercussion positive sur les agissements des hommes rattachés à l'Ar ter de Genève, à commencer par le plt Odier soi-même. A preuve, il suffit de consulter le rapport du 8.10.42 relatant le refoulement d'un juif orthodoxe et le prélèvement préalable des valeurs qui appartenaient à Auguste Hirsch (Document 2), ainsi que celui de la famille Schachne (2 adultes et 3 jeunes enfants) à fin octobre 1943, sur décision d'Odier et cité par le prof. Ludwig (Document 1). d) Dans son personnalité, l'expérience certaines rapport, ni le juge le sens voulues pour faire envers la critiques de d'instruction l'organisation, face à déclare: ni cette personnalité non tâche d'Odier, "Odier plus les n'avait ni la compétences et écrasante." citées dans Je le rappelle rapport Bergier, ainsi qu'une remarque de Rothmund, datée du 21 juillet 1944, dans sa lettre adressée au Bureau des services territoriaux du commandement de l'armée: "En prenant ses décisions de refoulement, Odier allait souvent au-delà des instructions en vigueur" (v. rapport intermédiaire Bergier, p.150, note 267). e) Pourquoi fait-on bénéficier le seul cap Odier d'une telle décision basée sur 12 13 la prescription, datant de 3 mois avant le jugement du 7 juin 1946 condamnant Demierre, le cpl épinglé, ainsi que l'app Ferrin, alors qu'il s'agit des mêmes faits datant de septembre et octobre 1942 ? Appliquerait-on deux poids, deux mesures ? Les activités clandestines de Demierre et de Ferrin Les premières interventions du cpl Demierre, à l'insu de ses supérieurs, consistent dans son aide active en faveur de militaires tchèques, alors qu'il avait été détaché comme convoyeur au CICR (Document 9). Dans un autre jugement, daté celui-là du 12 octobre 1945 (Dossier B), prononcé par le Tribunal territorial I, dans la salle de l'Alabama à Genève, sous la présidence du Grand Juge Edouard Krafft de Lausanne, envers GRIEDER Raoul- Charles, AFFIF Charles-Bension, DEMIERRE Fernand-Georges, QUAIN Yvonne (jugée et acquittée ultérieurement en mai 1946 à Delémont), et GALAN Georges, prévenus d'espionnage au préjudice d'un État étranger et d'infraction aux ACF relatifs à la fermeture partielle de la frontière, le tribunal rend les décisions suivantes: GRIEDER Raoul-Charles et AFFIF Charles-Bension sont acquittés et libérés de toute peine (Document 8). La procédure ouverte contre GALAN Georges est abandonnée. DEMIERRE Fernand-Georges est reconnu coupable du délit d'espionnage militaire au préjudice d'un état étranger (art.301 CPS), et condamné par défaut à deux mois d'emprisonnement sous déduction de 53 jours de préventive et à la moitié des frais de la cause, de fr. 182.50. Ce jugement nécessite certaines constatations: a) Vu la nature de l'affaire, et appliquant l'art. 65 OJPPM, le Tribunal ordonne le huis-clos. En conséquence, la condamnation, les acquittements et l'abandon des poursuites contre GALAN ne mentionnent comme délit que "coupable du délit d'espionnage militaire au préjudice d'un état étranger (art. 301 CPS)." Or, si l'on se réfère au procès-verbal des délibérations (v. le procès-verbal complet du jugement, paginé de 1 à 12, ci-annexé et provenant des AF), il est explicitement précisé qu'en ce qui concerne l'État au détriment duquel ces activités d'espionnage furent effectuées, qu'il s'agissait bien du Reich. Ces activités d'espionnage datent d'août 1944 et furent effectuées dans le département des Vosges et le Territoire de Belfort, alors encore sous occupation allemande. En conséquence, déclarer que ces activités d'espionnage étaient faites au profit du Reich est simplement une aberration. Pour s'en convaincre, Il suffit de prendre contact avec M. Raoul-Charles Grieder qui habite Genève, ou se donner la peine de lire le procès-verbal de l'audience des 11 et 12 octobre 1945 à Genève. Brutalités policières Le dossier N4047 des AF, ouvert au nom de Léo Hollander, contient une traduction en allemand, mais très abrégée, d'une lettre rédigée en néerlandais, adressée le 28 septembre 1942 à la Légation des Pays-Bas à Berne, par Léo Hollander, depuis 13 14 le camp d'internement de Châteauneuf-les-Bains (Puy-de-Dôme); il relate en détail les circonstances de son arrestation puis de son refoulement, le 15 septembre 1942, par le poste de douane de Moillesulaz: "Dans les locaux de l'arrondissement territorial de Genève, il avait été brutalisé et battu par le caporal Demierre et le premier-lieutenant ensuite installé, Odier menotté, qui avait sur le même siège dégainé arrière son d'un pistolet. véhicule, On à l'avait sa gauche Ferrin, à sa droite Demierre, qui tous deux le bourraient de coups de poing. Odier, assis à la droite du conducteur, s'étant retourné, assénait des coups dans le ventre de Hollander qui, tentant de se protéger, lève Les deux jambes. Odier s'empare d'un soulier qu'il remet à Demierre, qui s'en sert pour me taper sur la tête, le nez et La bouche jusqu'à La frontière, Odier continuant à m'abreuver de coups dans le ventre". (L'original de cette Lettre est déposé aux Archives Nationales à La Haye sous No.6170). Selon les dossiers des AF (ex dossier Odier E5330 1975/25 3422), le véhicule était conduit par le chauffeur militaire Arthur Leuba, le cpl Demierre étant assis à sa droite; Hollander, menotté et installé sur Le siège arrière, avait à sa gauche le GA Rochat et à sa droite le GA Ferrin. Demierre travaille pour les services de renseignements alliés Dans les dossiers disponibles aux AF, il n'est nulle part fait mention des activités occultes de Demierre et Ferrin, qui débutent au printemps 1941, en faveur de réfugiés civils et militaires, de membres des forces alliées ou de la Résistance dans les pays occupés, mais de nombreux témoignages, écrits ou oraux, ainsi que des documents officiels, découverts au cours du second semestre 2000, le confirment. Dès la signature de l'armistice, le 22 juin 1940, entre le Reich et la France de Vichy, la Confédération, et surtout Genève, deviennent une plaque tournante pour les organisations de collaboration se réseaux de activités résistance développe Grande-Bretagne, d'espionnage dans entre des les le des pays occupés Service Pays-Bas, belligérants de de par la renseignement Pologne et des et celles des Wehrmacht. Une suisse et mouvements les de résistance. Tous ces réseaux bénéficient de facilités diverses de la part du SR suisse: passages des frontières helvétiques par les agents étrangers facilités, autorisations de séjourner clandestinement sur sol suisse, même sous de fausses identités, souvent fournies par le SR suisse (Document 10), etc. En contrepartie, les réseaux étrangers communiquent les résultats de leurs investigations en territoires occupés aux services du colonel-brigadier Roger Masson, chef du SR et sous-chef de l'État-major Général (Document 11). Deux étrangers sont engagés comme agents par le SR suisse En septembre 1940, deux jeunes résistants, venant de Paris, pénètrent en Suisse par La Dôle; ils se rendent à pied à Rolle, et de là, en auto-stop, à Genève. Ils seront interceptés, alors qu'ils venaient de se faire éconduire par le Consulat de Grande-Bretagne, puis incarcérés aux violons du poste de police du Palais de Justice. Il s'agit de Simon Hercenberg, israélite, né à Varsovie le 25 avril 1921 (à Paris dès 1922), et de Fabien de Cortès, Italien, né en 1923. Quelques jours plus tard, le caporal Demierre, après 14 avoir obtenu leur parole qu'ils ne 15 tenteraient pas de s'échapper, les installe à son domicile, 6, rue Michel- SR suisse, Chauvet. Demierre les présente ensuite au lieutenant-colonel Cuénoud, du responsable du secteur "France", qui leur propose de rejoindre son service, ce qu'ils acceptent, désireux qu'ils sont de combattre le Reich. Ils vont effectuer des missions en zone occupée, dans les régions de Chartres, Dijon et Tours, mais les 2 recrues sont tout d'abord dépêchées, pour une période de formation, "dans la grange d'une ferme en pleine activité et qui servait de PC pour les activités en zone occupée. Cette grange était située près de Porrentruy" (citation tirée des mémoires dactylographiés de Simon Hercenberg; 75 pages agrémentées de reproductions de nombreux documents et de photos, dont un exemplaire est déposé à l'Institut d'Histoire contemporaine à Zurich c/o EPFZ, et un second à Genève aux Archives d'État. Il s'agissait de la ferme de Waldegg, propriété de la famille Lachat, au nord-ouest du château de Porrentruy, et dont la grange sert, jusqu'en 1945, de PC au bureau "Ajoie" des services de Masson, dirigé par le premierlieutenant Denys Surdez. Missions en France occupée Dès avril 1941, Simon Hercenberg et Fabien de Cortès se rendent en France occupée; d'entente avec le SR suisse, le cpl Demierre leur demande de se rendre soit à Vallorbe (Document 12), soit en Ajoie, et de là, avec la collaboration du corps des gardes-frontière et des Arrondissements territoriaux concernés, ils franchissent clandestinement la frontière et accomplissent leurs missions. Simon Hercenberg travaille dans le réseau Kléber / Bruno, qui compte 213 agents P1 rattachés au SR suisse, et 89 agents P2, dont 67 seront arrêtés par les Allemands. Hercenberg fait partie de ce réseau du 1er avril 1941 au 1er juin 1942. Le capitaine Albert Meyer, français de Belfort, en fait également partie, et se rend régulièrement en Suisse (Document 13). Il est hébergé chez la famille Perrey, à Delémont. Le passage de la frontière s'effectue grâce à des passeurs d'occasion, souvent contrebandiers professionnels qui, lourdement chargés, bénéficient temporairement d'une pleine immunité douanière, au grand dam des gabelous helvétiques et du service des enquêtes, dont en terre d'Ajoie, MM. Adatte, Biétry, Simon. Lorsque Simon Hercenberg franchit la frontière dans le secteur de Porrentruy, il contacte Emile Giauque, coiffeur à Hérimoncourt (Doubs), français, et également membre du réseau. Lorsqu'il se rend à Paris, avec l'accord exprès du SR suisse, afin de ramener en Suisse son frère cadet, Georges, né le 24.03.26, Simon Hercenberg utilise les services de M. Giauque qui les conduit tous deux jusqu'en Suisse, le 1er avril 1942; Georges ne sera pas enregistré comme réfugié civil, mais placé sous contrôle militaire, selon autorisation de l'Ar ter de Genève du 10.04.42. Tout d'abord hébergé chez Demierre, il sera ensuite placé, grâce au cpl Demierre, chez Mme Emile Brunschwig à Cologny jusqu'au printemps de 1944, puis au home "La Forêt" à Genève, géré par le Comité suisse d'aide aux enfants d'émigrés. Ce n'est que le 14.07.44 que la Division de police prend acte de sa présence en Suisse et fait procéder à son interrogatoire et à l'établissement d'une fiche signalétique, 15 16 précisant qu'il serait arrivé en Suisse par Boncourt, le 05.04.44 ! Au cours d'une mission en France occupée, Simon Hercenberg est arrêté par les Allemands et incarcéré du 10 juin au 4 septembre 1941 à la prison militaire allemande à Besançon, pour ne pas s'être fait enregistrer comme juif. Libéré, il continuera ses activités comme agent du SR suisse. Il quittera le territoire helvétique le 21 mai 1942, afin de rejoindre "La France Libre" du Général de Gaulle; il est accompagné d'un officier britannique et d'un aviateur polonais de la RAF, sur instructions du vice-consul de Grande-Bretagne à Genève, M. Victor Farrell. Les 2 personnes qui accompagnaient Hercenberg avaient réussi à atteindre la Suisse, après avoir été abattus sur territoire français occupé par la Luftwaffe. Genève-Londres simple course Après avoir franchi la frontière près d'Annemasse sans encombre, grâce à l'intervention de l'Arrondissement territorial de Genève. le trio rallie l'Hôtel de Paris à Toulouse, point de chute du "Réseau PAT", en utilisant une filière mise sur pied par Demierre. Quant au réseau "PAT", mis sur pied par les autorités militaires britanniques, il s'était spécialisé dans l'acheminement vers la Grande-Bretagne d'équipages de la RAF abattus dans les territoires occupés, et dont elle avait cruellement besoin, d'hommes de troupe et d'officiers désirant participer à la lutte contre les forces de l'Axe, et de personnalités importantes. Cette organisation était placée sous le commandement d'un officier de l'armée belge, connu sous le nom de guerre de "Pat O'Leary", élevé au grade de "Lt Cmdr R.N.", c-à-d. Lieutenant de vaisseau de la "Royal Navy". En réalité, il s'agissait d'un capitaine-médecin de l'armée belge, Albert Guérisse, qui, après la guerre, devient Général et Chef du service de santé des forces armées belges (Dossier C). De Toulouse, le trio se rend à Marseille et s'annonce au "Petit Poucet", un petit bistro rue de la République. Louis Nouveau, membre du réseau "PAT", et dont le fils Jean-Pierre se trouvait déjà en Angleterre et qui se distinguera dans les rangs de dominant la La Division Canebière. Leclerc, Ils héberge quitteront les 3 personnes Marseille et dans son franchiront appartement la frontière espagnole à proximité de la Principauté d'Andorre, sans doute dans le secteur de Puigcerda en Cerdagne, en date du 1er juin l942. Précisons que le réseau "PAT" disposait également d'un autre moyen permettant de rallier l'Angleterre; un sousmarin de la Royal Navy croisait au large d'Endoume, prêt à appareiller pour Gibraltar, d'où le transfert vers Londres s'effectuait soit par mer, soit par avion Lysander (Document 14). Des filières d'acheminement, au départ de Genève, ont été mises sur pied par Demierre, avec l'accord exprès du premier-lieutenant Burnier, Officier de police de l'EMG. Burnier, à la suite d'un entretien entre quatre yeux avec un capitaine de l'armée néerlandaise interné à Vevey, s'était laissé convaincre de faciliter et de couvrir les départs clandestins de militaires néerlandais internés en Suisse, désireux de se battre en se joignant aux forces armées de leur pays stationnées en Grande-Bretagne. Une description 16 de cet entretien, tirée des 17 mémoires dactylographiés du Cap Burnier, décédé il y a quelques années en Californie (Document D). Il est indéniable que les termes de cet accord étaient connus des supérieurs de Burnier, en tout premier lieu le col-br Roger Masson, chef du SR helvétique, ainsi que des officiers, sous-officiers et soldats GA de plusieurs Arrondissements territoriaux, dont celui de Genève; à preuve, l'avis de départ du 27.03.42 (Document 6) de 7 militaires néerlandais, adressé par le plt Coral à la section de police du Commandement de l'Armée, ainsi que celui d'Alfred-Maurice Hecht, de Duncan et Hamilton, anglais tous deux, en date du 21.04.42 selon avis adressé par le cpl Demierre au plt Burnier (Document 15). D'Espagne en Grande-Bretagne Dès son arrivée en Espagne, le trio se rend à Barcelone et s'annonce dans une pension de famille, lieu de ralliement établi par l'Ambassade du Royaume-Uni, destiné aux personnes, civiles et militaires, acceptées par le War Office pour être acheminées jusqu'à Londres. C'est ainsi que Simon Hercenberg et ses deux compagnons sont conduits à Madrid et logent à l'Ambassade; à cette époque, Sir Samuel Hoare, qui fut Ministre de l'Intérieur dans le cabinet de Chamberlain, alors que celui-ci "négociait" les accords de Munich, représentait la Cour de Saint-James auprès de l'Espagne de Franco, de 1940 à 1944; il s'employait activement à maintenir l'Espagne dans sa politique de non-belligérance. D'autres activités de l'Ambassade, bien plus terre-à-terre celles-là, consistaient à "acheter la libération" de Britanniques et d'alliés des camps et geôles hispaniques; en fait il s'agissait de troc, les Britanniques mettant à disposition des marchandises diverses, sucre, conserves, etc. Hercenberg est amené à Gibraltar par une voiture de l'Ambassade, munie de plaques CD. Après une longue attente, un rafiot le débarquera à Glasgow, puis il sera dirigé sur Londres afin d'être "débriefé" par l'Intelligence Service. Il sera intégré dans le personnel navigant de la RAF avec le grade de sergent (Document 6). Qu'advint-il de Fabien de Cortès? Après le départ de Simon Hercenberg, Fabien reste quelques mois à Genève, logeant chez Demierre, et continue ses activités au sein du SR suisse et de ceux des Alliés. A la suggestion de Farrell, il rejoindra l'organisation de Pat O'Leary à Marseille et servira de convoyeur à des aviateurs alliés se rendant en GrandeBretagne en transitant par le territoire espagnol. Arrêté en cours de mission près de la frontière franco-espagnole, il est emprisonné près de Marseille. Torturé puis déporté en Allemagne, il réussit à s'échapper alors que le convoi se trouvait en gare de l'Est à Paris et à se cacher chez des amis, Nestor et Rachèle Chéret, en O’Leary »]. grande Il banlieue repart [(Dossier ensuite vers C), extraits l'Espagne, mais de se « L’Histoire fait arrêter de pour Pat la seconde fois par la même personne que la première, et qui l'avait reconnu. Envoyé au camp de concentration de Compiègne, il sera déporté au camp de Neuengamme, sur l'Elbe, près de Hambourg. Il survivra, et libéré au printemps de 1945, il se rend à Paris et collaborera avec le Groupe I.S.9 de l'Intelligence Service, à Paris, chargé de retrouver la 17 18 trace des aviateurs tombés en cours de mission, Un lieu de refuge, l'appartement du cpl Demierre Chez Demierre, tout d'abord au 6 de la rue Michel-Chauvet, puis au 7 de la place Claparède, sont constamment hébergées une bonne demi-douzaine de personnes, en majorité israélites, certaines jouant un rôle important dans les activités du SR suisse et de certains SR étrangers (belges, britanniques, néerlandais, polonais), et dès le début de 1942, l'OSS des Etats-Unis (Documents 17 et 18). Dans ses mémoires manuscrits, dont l'original est en possession de sa descendance, le cpl Demierre décrit ainsi ses activités occultes: Le cpl Demierre coopère avec les services de renseignements alliés. "C'est alors que, découvrant un jour l'agent principal de l' Intelligence Service, je le mis carrément à l'aise en lui proposant ma collaboration. Nous mîmes sur pied un service de récupération des aviateurs britanniques tombés en France, et un réseau d'acheminement sur Gibraltar. Le chargé d'affaires tchécoslovaque pour la Suisse, J. Kopecki, qui fut après la guerre ministre de l'Information à Prague, mais fut exécuté par les Russes, lors de l'occupation de son pays par ces derniers, travaillait avec nous. En tant qu'officier de police adjoint, j'avais les pouvoirs de me faire remettre tous les aviateurs fugitifs arrêtés à la frontière suisse. Je les mettais en rapport avec leur consulat, puis après qu'ils eussent reçu toutes les instructions nécessaires pour leur acheminement, je les logeais en attendant le jour du départ à l'hôtel de l'Union, géré par l'Armée du Salut. Là, deux fois par semaine, je prenais en voiture, trois à quatre hommes en charge vers 3 heures du matin. Je les conduisais à Gaillard où je leur faisais traverser le Foron. La patrouille de douane suisse était supprimée au préalable et, côté français, l'heure de la relève se situait à 4 heures. J'avais fabriqué des saufconduits émanant de la gendarmerie de Marseille. Je m'étais procuré un tampon de cette gendarmerie et un imprimeur peu curieux m'avait imprimé les formules exactes que les pandores marseillais délivraient à des internés tchèques, en guise de permission pour aller voir des parents en France. Je ne remettais à ces garçons que la formule de retour et, par conséquent, avec un nom et un prénom tchécoslovaques, cela au cas d'un contrôle entre Annecy et Marseille. A 4 heures pile, un de mes amis, Savoyard, passait sur la route, côté France, qui domine le Foron, en poussant à la main sa bicyclette. Les hommes devaient le suivre et ils étaient amenés chez le guide qui les escortait jusqu'à Marseille, au bistrot Le Petit Poucet." Genève, plaque tournante des SR suisse et étrangers Le 1er décembre 1942, deux Français, le Colonel Groussard et le Lieutenant Devigny, son adjoint, Victor Farrell, vice-consul de Grande-Bretagne à Genève et agent résident de l'Intelligence Service, le Capitaine Clément du Détachement du Lac (nom de couverture du SR suisse commandé par le Colonel-Brigadier Masson), 18 19 tiennent une réunion de coordination à l'hôtel Mon-Repos à Genève. Le Commandant G. H. Pourchot, attaché militaire adjoint de l'Ambassade de France à Berne, résistant occulte et chef du SR français en Suisse, et qui sera à ce titre décoré par le Général Béthouart vers fin 1944, au cours d'une cérémonie dans le pays de Montbéliard [(Document 13) « Le Réseau Kléber / Bruno »], de même que le Comte Pierre de Leusse, dont l'épouse était née Viellard de Morvillars (T. de B.), antérieurement rattaché au Consulat général de France à Genève, puis représentant en Suisse du Général de Gaulle et porte-parole des Français internés, bénéficient également des renseignements glanés par les agents du SR suisse. Par l'entremise de Demierre, les rapports entre le SR suisse et l' OSS deviennent étroits, dès l'entrée en guerre des États-Unis, en décembre 1941. Preuve en est l'audition, en octobre 1944, à la prison de Berne, de Raoul-Charles Grieder, de Genève; le procès–verbal figure au Dossier B, Il précise que Demierre, pour le compte des services secrets des États-Unis, donne des ordres de mission à effectuer en France occupée; ses agents pénètrent en France par l'Ajoie, et Demierre leur remet des avances en francs suisses et en francs français, fournies par ses mandants Yankee, qui le tiennent en haute estime. A preuve, lorsque Demierre, en janvier 1945, décide de quitter le territoire suisse, "le passage est organisé à La Croix-de-Rozon. Le général américain commandant le secteur m'attendra avec une jeep à la frontière. Kopecki me remet un ordre de mission pour l'attaché militaire [tchécoslovaque] de Paris. Les Britanniques me fournissent un viatique en espèces et les Américains s'occupent du transport. On m'installe dans un hôtel à Saint-Julien. Le lendemain, je couche à Lyon, puis, avec mon ordre de mission en poche, je suis parti pour Paris, où j'ai pris contact avec les Tchèques et les Anglais qui m'ont fourni les papiers nécessaires, et j'ai logé quelques mois chez un copain de Fabien." (citation tirée des mémoires manuscrits de Demierre). Sentiments de reconnaissance envers le cpl Demierre Nul n'est prophète en son pays! Que ce dicton s'applique bien à la personnalité de Demierre. Il est vraiment déplorable et choquant que toutes ces activités de Demierre en faveur de la bonne cause et des Alliés, ainsi que les nombreuses distinctions dont il fut honoré, émanant notamment du général de Gaulle, du général de Larminat, du Field Marshal Montgomery, de l'Air Marshal Arthur Tedder de la RAF, des attestations de Victor C. Farrell, agent résident à Genève de l'Intelligence Service (Documents 19a, 19b, 19c, 19d), du Colonel Gilbert Groussard, du Colonel Devigny, du Lieutenant de vaisseau de la Royal Navy, Pat O'Leary, alias capitaine-médecin Guérisse, de l'armée belge, et j'en passe, soient restées ignorées durant plus d'un demi-siècle. Tout cela, ainsi que les énormes facilités dont ont joui les services secrets des puissances alliées et de la Résistance de la part des autorités suisses, auraient été des arguments frappants dans la réfutation des accusations gratuites et infondées, émanant surtout d'Outre-Atlantique, de collaboration active des autorités avec le IIIe 19 20 Reich. Citons aussi pourchassés les et qui nombreux sont témoignages redevables de de leur reconnaissance survie à ce émanant caporal de juifs épinglé. Je relèverai les démarches de plusieurs juifs néerlandais qui sont intervenus en faveur de Demierre auprès de la Commission Bergier, au printemps 2000. Il faut aussi citer une vingtaine de témoignages de reconnaissance émanant d'anciens réfugiés néerlandais, déposés aux Archives Nationales à La Haye, ainsi que des déclarations écrites faites en 1942/43, à leur arrivée à Londres par des militaires partis de Genève, alors qu'ils étaient "débriefés" par l' I.S. Coopération des autorités suisses avec les SR des pays alliés Qu'en sait-on? La réponse est lapidaire: Pas grand chose! A ma connaissance et jusqu'à présent, aucun travail de recherche digne de ce nom n'a été entrepris à ce sujet, et consacré aux facilités énormes dont certains services, officiels ou occultes, des pays alliés, bénéficiaient. Ces facilités, ainsi qu'une politique "je n'ai rien vu, je n'ai rien entendu", émanaient de certains services de l'État-major Général, respectivement du SR suisse, commandé par Masson. Il existait une sorte de complicité, notamment parmi les hauts gradés francophones de l'Armée, résultante sans doute de leurs études d'avant-guerre à l'École de guerre de Paris, et des liens d'amitié qu'ils avaient noués avec leurs camarades d'études et certains de leurs enseignants. En premier lieu, il faut citer le Général Guisan lui-même; n'y avait-il pas eu, dès juillet 1936, des contacts secrets entre le col Petitpierre, chef d'état-major du 1er Corps d'Armée, délégué par son chef, le cdt de corps Henri Guisan d'une part, et le HautCommandement perdurent Français jusqu'en du juin Général 1940, Gamelin, d'autre provoquèrent part? Ces contacts, ultérieurement un qui incident diplomatique avec le Reich, qui aurait pu avoir des conséquences gravissimes pour la Suisse, lorsqu'en été 1940, la Wehrmacht découvrit fortuitement toute une série de documents secrets. Il s'agissait d'une partie des archives du HautCommandement Français, se trouvant dans un wagon des chemins de fer français et laissé pour compte en gare de La Charité sur Loire, dans la Nièvre. Il ressortait de ces documents que l'armée française, dès qu'elle aurait reçu l'autorisation de franchir la frontière franco-suisse, ferait sa jonction avec l'armée suisse, dans le massif de Gempen; les forces françaises auraient consisté en 3 divisions d'infanterie, une brigade de spahis, 1 à 2 bataillons de chars, de l'artillerie de position (canons de 240 mm, modèle Saint-Chamond 1917, utilisés par l'artillerie de forteresse), ainsi que des formations de DCA (Document 20). Concrètement, qui étaient les bénéficiaires? Non seulement les autorités fédérales, respectivement les Arrondissements territoriaux permettaient à des services de renseignements alliés de s'activer à partir du territoire helvétique, mais fermant les yeux, facilitaient leurs activités dans une mesure incroyable. Preuve en est l'hospitalité accordée en ville de Genève au Colonel Gilbert Groussard, arrivé à Genève le 25.11.42, ainsi qu'à son épouse et à sept membres de sa famille, qui se rendent clandestinement à Genève, répartis en 3 groupes, en février, octobre et décembre 1943. Aucune 20 21 entrave n'est imposée au col Groussard dans le cadre de ses activités d'espionnage à partir du territoire suisse, en France occupée, et sous une fausse identité. Le SR suisse va même jusqu'à lui fournir des faux-papiers au nom d'emprunt de Georges GILBERT, de Neuchâtel (Documents 21 et 22). Acheminement vers la Grde.-Bretagne de combattants Se rend-t-on compte du laxisme calculé dont font preuve les services de Masson et l'officier de police de l'EMG, qui non seulement tolèrent, mais participent activement à la prise en charge d'équipages des forces aériennes alliées et des personnes, civiles ou militaires, désirant rallier le territoire britannique et reprendre les armes contre les hordes nazies, et leur acheminement par la France, l'Espagne et Gibraltar ou le Portugal? A cet effet, les contacts sont étroits et constants entre l'EMG d'une part, et les Attachés militaires des Légations de Belgique, des Pays-Bas, de Pologne, de Grande-Bretagne, ainsi qu'avec plusieurs réseaux de résistance en pays occupés. A preuve, citons les interventions actives du plt puis cap Burnier de l'EMG, et de ses subordonnés, le cpl Demierre et le GA Ferrin. Il faut aussi relever la coopération dont font preuve les autorités militaires en facilitant le transit par le territoire helvétique d'officiers de haut rang, qui à plusieurs reprises, rentrent en Suisse par le territoire genevois et rejoignent les Forces françaises de l'intérieur ou FFI par le pays d'Ajoie, ou dans l'autre sens. En premier lieu, il faut citer Guillain de Bénouville, Groussard et certains de ses chefs de réseaux, dont le capitaine Meyer de Belfort; Michel Hollard, à la tête d'une organisation de renseignements, le "Réseau AGIR", collaborant avec le SR suisse, venant de Paris, se rend souvent en Suisse, par Derrière-le-Mont près de Morteau, ou par Villars-les-Blamont près de Damvant, et une maisonnette appartenant aux époux Mathiot; en 1943, il remettra à l’Attaché militaire de Grande-Bretagne à Berne, des informations précises et décisives sur les rampes de lancement des V1 en Seine-Inférieure (Documents 11 et 13). De même, il faut relever les facilités envers des personnalités françaises, au nombre desquels figurent MM. de Menthon le Haut-Savoyard, Jean Médecin, maire de Nice, Jules Moch, ancien ministre, qui après avoir amené son épouse en lieu sûr à Genève, et qui seront hébergés chez Demierre, se rendra à Londres et sera affecté à la Marine de la France Libre. Citons aussi les parents de Pierre Mendès-France, entrés en Suisse par l’Ajoie, le 1er mars 1944. Quant à leur fils Pierre, ancien ministre et député, il avait réussi à s’échapper des geôles de l’État Français et à gagner Genève. Hébergé par M. Rosselet, il rejoindra Londres et fera partie des forces aériennes de la France Libre. Aide suisse en faveur des Alsaciens Citons les facilités accordées aux Alsaciens, tant les "déserteurs" qui, enrôlés de force dans les rangs de la Wehrmacht après avoir suivi une "école de recrues" avaient été engagés sur le front russe, mais réussi ensuite à s’évader et atteindre le territoire suisse, ainsi qu'aux jeunes gens fuyant l’Alsace et leur enrôlement dans les troupes allemandes. 21 22 Les premiers sont internés au camp de Bad Lostorf. Transférés au camp de Mogelsberg (SG), ils touchent des uniformes britanniques marqués d’un écusson "France" et sont soumis à la discipline militaire. Le camp est commandé par un officier suisse, assisté d’un officier français, le Lieutenant Daniel Seither. Dans son témoignage le lt Seither confirme qu'au début de l’automne, le groupement reçoit du "Consulat de France" à Bâle, qui servait de paravent à une partie de l'État-major du futur G.M.A. (Groupe Mobile d'Alsace), un équipement léger, composé de sacs à dos tyroliens, gourdes et paquets de pansements, alors qu'il continuait à préparer les hommes du camp, au cours de promenades dans les forêts d'alentour, à leurs futures activités de commandos. Le détachement avait été structuré en "dizaines" commandés par d'anciens sous-ofs de l'armée française de 39-40, et qui avaient ensuite servi dans la Wehrmacht sur le front russe ou dans les Balkans. L'ensemble du commando, dénommé "Centurie" fut rapidement opérationnel, mais sans armes, des bâtons en tenant lieu. Les internés étaient soldés par le "Comité d'Alger". En septembre, les français du camp de Mogelsberg furent transportés par des camions de l'armée suisse jusqu'au Locle de même que les jeunes gens d'Alsace ayant fui l'enrôlement de force dans les rangs de la Wehrmacht et trouvé refuge en Suisse. L'arrivée en France libérée de tout ce monde s'effectue au Col des Roches, d'où instruits des par des GMC de la officiers 1ère de la Armée 1ère les amènent Armée ayant à Ornans participé où à ils la seront campagne d'Italie, et formeront le Groupe Mobile d'Alsace, qui sera passé en revue par le général De Lattre de Tassigny. Le 13 novembre 1944 eut lieu une prise d'armes au camp de Valdahon. sous les yeux du Général de Gaulle, de Sir Winston Churchill et d'Antony Eden! Dès le 20 novembre, les 2 bataillons du G.M.A. sont incorporés à la 1ère Armée et participeront activement à la libération de l'Alsace, dont les villes de Mulhouse et Colmar. Ses soldats atteindront Ueberlingen au bord du lac de Constance, où leur campagne s'achève le 8 mai 1945. (Détails tirés de "Histoire du Groupe Mobile d'Alsace", 160 p. Ed. Anciens du G.M.A.. Riedisheim 31 mars 1994). Les bénéficiaires étaient-ils reconnaissants ? Il est indéniable que les publications d'historiens, éditées en Suisse, passaient comme chat sur braise sur ces facilités. En revanche, les ouvrages paraissant sous la plume d'étrangers, dont des chefs de réseaux, de hauts fonctionnaires ou des gradés, contiennent souvent et sans détours, des témoignages émouvants de reconnaissance. Citons pour le moins les ouvrages suivants; "Service secret 1940-1945", du Colonel Georges A. Groussard, 607 p. Ed. de La Table Ronde, Paris 1964. "Mémoires d'un agent secret de la France Libre, juin 1940-juin 1942" de Rémy, 552 p. Ed. Aux Trois Couleurs, Paris 1946, suivi de "Le livre du Courage et de la Peur, juin 1942-novembre 1943", et "Mais le temple est bâti, nov. 1943-août 22 23 1944". "Le Sacrifice du Matin", de Guillain de Bénouville, 605 p. Ed. La Palatine, Genève 11 nov. 1945 (un extrait figure au Dossier E). "Chemins de passage", de Jean-Claude Croquet, Ed. Salévia, Saint-Julien-enGenevois, 1996. "Aux frontières de la Suisse, du Lomont à la Trouée de Belfort, 39-45", de Jean-Pierre Marandin. Ed. Collège des Quatre Terres, F-25310 Hérimoncourt, 1987. "Le Territoire de Belfort dans la tourmente, 1939-1944", de Marie-Antoinette Vacelet. Ed. Conseil général du Territoire de Belfort/Archives départementales, Belfort 1983. "L'histoire de Pat O'Leary", de Vincent Brome, Ed. Amiot-Dumont, Paris 1957 (Dossier C). De nombreux témoignages personnels dans des dossiers aux AF ou auprès d'archives de divers cantons, ouverts au nom de personnes civiles ou militaires, décrivent avec reconnaissance les facilités dont elles ont bénéficié, non seulement de la part des autorités suisses, mais également d'actions en leur faveur émanant d'habitants de ce pays, appartenant à toutes les couches sociales, à diverses confessions ou appartenances aux partis politiques qui existaient à cette époque: conservateur, radical, paysans artisans et bourgeois (celui de l'ancien Conseiller Fédéral Ruedi Minger), socialiste, et communiste (alors interdit). Une tomographie de tous ces soutiens démontre qu'aucune couche sociale ou appartenance religieuse ou politique n'a joué de rôle prépondérant dans l'aide active aux réfugiés. Témoignages audio-visuels de survivants de 1939_à 1945 Grâce à la Fondation ARCHIMOB, présidée par un cinéaste de renom, M. Frédéric Gonseth, env. 500 interviews audio-visuels, effectués par des historiens, sont conservés à l'état brut, sans aucune coupure. Il s'agit surtout de réfugiés, civils ou militaires, de protagonistes (anciens douaniers, militaires ou fonctionnaires, passeurs, contrebandiers, etc.) et seront mis à disposition des chercheurs. Une bonne vingtaine de ces interviews viennent d'être déposés aux Archives d'État de Genève, afin d'être utilisés par les personnes appelées à disséquer et expliciter ce qui se passait aux frontières genevoises, au cours des années de guerre. Parmi ces témoignages, figurent notamment ceux de trois personnes ayant longuement séjourné chez le cpl Demierre et participé activement à des missions délicates au bénéfice du SR suisse et de certaines organisations secrètes des puissances alliées; d'autres émanent de réfugiés juifs accueillis en Suisse via Genève ou y ayant séjourné. Conclusion Le présent texte démontre bien qu'au su de certaines hautes autorités helvétiques, les Pays Alliés ont bénéficié d'énormes facilités sur territoire 23 24 suisse, dans leur lutte contre l'hydre nazie, ainsi que dans l'acheminement vers la Grande-Bretagne de renforts en hommes. Rien de pareil en revanche en faveur du Reich; je mets quiconque au défi de me prouver le contraire. Tout au plus peut-on relever des activités d'espionnage de divers services du Reich dans notre pays et à partir de celui-ci, et que nos autorités tentaient de contrecarrer. Jamais la Suisse n'a participé ou toléré l'envoi de combattants dans l'Allemagne hitlérienne. Toutefois, quelques centaines d'Helvètes domiciliés en Suisse ou hors de nos frontières, sont allés grossir les rangs de la Wehrmacht ou de la Waffen SS; après la guerre, les rescapés rentrés au pays auront maille à partir avec la Justice militaire, notamment le Major Corrodi de Bienne. Citons enfin, pour être complets, les missions sanitaires de la Croix Rouge Suisse, envoyées entre 1941 et mars 1943 sur le front de l'Est, à l'initiative du Colonel divisionnaire Eugen Bircher, Dr. méd., chirurgien et Conseiller National de 1943 à 1947, membre du parti PAB. Plan-les-Ouates le 20 septembre 2001 Henry Spira Sources et bibliographie utilisées Listes nominatives - Registres d'écrou des prisons de Saint-Antoine à Genève, de 16 prisons et établissements pénitentiaires vaudois, des 6 prisons de district neuchâteloises, de celles de Porrentruy et de Berne-Ville, répertoriés par Henry Spira et déposés aux Archives d'État de Berne, de Genève, du Jura, de Neuchâtel et de Vaud, ainsi qu'aux Archives Fédérales. - Listes nominatives, par canton-frontière, des réfugiés civils accueillis, de 1942 à 1945, dont 12'855 arrivés en Suisse par le; territoire genevois, déposées aux AF à Berne ( v . note Henry Spira du 2 4 . 1 1 . 0 0 : "Le refuge en Suisse 1933-1945/Sources et définitions" déposée aux AE de Genève). Liste nominative, dressée par la Commission déshérence, disponible sur Internet. Volcker, de 21000 comptes en - Liste nominative de 23800 personnes q u i , à un certain m o m e n t , entre 1942 et 1 9 4 5 , et en un certain l i e u , non précisés, ont été interceptés sur territoire genevois, sans mention de leur provenance ou de leur destination, ni de leur état ( a c c u e i l , refoulement volontaire ou forcé, élargissement, e t c . ) . Liste dressée par les AE de Genève et basée sur des fiches conservées en provenance de l ' A r ter de Genève, et disponible sur Internet. - Liste nominative des réfugiés civils accueillis ou refoulés, frontières schaffhousoises, publiée par les AE de Schaffhouse. le long des - Liste des réfugiés civils juifs, accueillis ou refoulés le long des frontières grisonne et tessinoise avec l ' I t a l i e , dressé par Mme Renata Broggini, Historienne et enseignante à Locarno, dans son ouvrage: "La frontera della Speranza/Gli ebrei dall'Italia verso la Svizzera 1943-1945", E d . Mondadori, Milano 1998. - Liasses de rapports de la Police cantonale bernoise concernant des interceptions de réfugiés civils le long des frontières de l'Ajoie et du Clos-du-Doubs, déposées aux AE du Jura à Porrentruy et répertoriées par Henry Spira. 24 25 - Liasses de factures du de taxis à la demande mention de l'identité répertoriées par Henry Garage Montavon à Porrentruy, se rapportant à des courses de la Police cantonale ou de la Gendarmerie d'Armée, avec des réfugiés transportés, déposées aux AE de Berne, et Spira. - Liste nominative de 6300 réfugiés civils refoulés, dressée par les AF et remise à M. le Juge K o r m a n , Brooklyn, N Y , et disponible sur Internet. Documents et dossiers divers a) ex A F , Berne: E5330 (Auditeur en chef de l ' A r m é e ) : 1975/95-98/2254/1943 Dossier pénal c/Demierre, Ferrin, Odier. Jugement du 7 juin 1946 ( * ) du T r i b . militaire de la 1ère Division A. contre Demierre et F e r r i n , et Ordonnance du 8 avril 1946 ( * ) signée par le Col Matti, adjoint de l'Auditeur en c h e f , mettant le cap Odier au bénéfice de la prescription. 1982/1-98/5004/1944 Dossier pénal c/Affif, Demierre, Galan, Grieder, Yvonne Quain. Jugement du 12 octobre 1945 ( * ) rendu à Genève, dans la salle de l'Alabama par le Tribunal territorial I, par lequel Affif et Grieder sont acquittés, la procédure contre Galan est abandonnée, alors que Demierre est condamné par défaut à deux mois d'emprisonnement sous déduction de 53 jours de détention préventive. Yvonne Quain sera ultérieurement acquittée en mai 1 9 4 6 , par jugement du Tribunal militaire siégeant à Delémont. 1982/1-93/3/1945 Affaire Ferrin ( * ) 1975/95-98/1013/1945 Affaire Ferrin ( * ) 1975/95-98/99/1945 Affaire Ferrin ( * ) ( * ) = Originaux déposés aux AF et copies microfilmées aux AE de Genève. b) ex Dossiers personnels de la série " N " N 2955 GROEN Gérard François NL N 2985 WOLFF Eduard NL N 3092 WOLFF Willem NL N 23058 HERCENBERG Georges PL N 6483 GROUSSARD Famille N 3631 DEUTSCH Kurt D N 4047 HOLLANDER Léo NL N 20797 MENDES-FRANCE Cerf et Palmyre (père et mère de Pierre) F -- BLATT Rudi NL -- HECHT Alfred -- HIRSCH Auguste Apatride -- Col GROUSSARD Georges Gilbert NL c) ex Archives Nationales néerlandaises. La Haye: Nombreux documents et déclarations se rapportant aux activités de Demierre en faveur de citoyens néerlandais, dont des déclarations faites à leur arrivée en Grande-Bretagne, entre 1942 et 1944, par des néerlandais rejoignant les forces alliées et retransmises aux archives nationales à La Haye par l'Intelligence Service. Lettre originale en néerlandais, adressée par Léo Hollander fin septembre 1942, à la Légation des Pays-Bas à Berne, depuis le camp d'internement à Châteauneuf-les-Bains (Puy-de-Dôme). d) retrouvé chez la descendance du Cpl Demierre et la famille du GA Ferrin: Attestations et certificats de reconnaissance signés par: Colonel Gilbert GROUSSARD Lieutenant de vaisseau de la Royal Navy Pat O ' L E A R Y , alias Capitaine Médecin 25 26 GUERISSE, de l'armée belge, qui deviendra Général et chef du service de santé. Lt-Col. DEVIGNY, adjudant du Col Groussard Victor FARRELL, chef de l'Intelligence Service à Genève et vice-consul de GrandeBretagne. Bibliographie - Rapport Carl Ludwig, 1957 - Commission Bergier: Rapport intermédiaire sur le refuge, n o v . 1 9 9 9 - Archives "JUNA" déposées à l'Institut d'Histoire Contemporaine EPFZ, Zurich - Croquet Jean-Claude: Chemins de passage. E d . Salévia, St.-Julien-en-Genevois, 1996. - Hauser Claude: Les réfugiés aux frontières jurassiennes 1940-1945. Accueil et refoulement. E d . v.Kaenel, St.-Imier. - Klarsfeld Serge: Le Mémorial de la déportation des Juifs de France (75'000 personnes). Le Mémorial de la déportation des Juifs de Belgique (25'000 personnes). - Koller Guido: La Suisse et les réfugiés 1933-1945, dans "Studien & Quellen", Ed. Berne 1996 - Koller Guido Roschewski / AF: Flüchtlingsakten 1930 – 1950, im Schw. Bundesarchiv, Ed. Bern 1999. - Lasserre A n d r é : La politique vaudoise envers les réfugiés victimes du nazisme 1933 à 1945. Rapport au Conseil d'État vaudois, Lausanne, juin 2000, Frontières et camps. Le refuge en Suisse de 1933 à 1945. Lausanne 1 9 9 6 . - Marandin Jean-Pierre: Aux frontières de la Suisse, du Lomont à la Trouée de Belfort 39-45. E d . Collège des Quatre Terres, F-25310 Hérimoncourt 1987. - Vacelet Marie-Antoinette: Le Territoire de Belfort dans la tourmente. 19391944. E d . Conseil Général du Territoire de Belfort/Archives départementales, Belfort 1983, 2 tomes. - Fivaz-Silbermann Ruth: Le refoulement de réfugiés civils juifs à la frontière franco-genevoise. E d . Beate Klarsfeld Foundation, Paris 2000. - In Memoriam: Mémorial de la déportation des Juifs des Pays-Bas. (lOO'OOO personnes) Ed. La Haye, 1995. - Anthoine Roger: Aviateurs piétons vers la Suisse 1940-45. E d . Secavia Genève 1997. - Archives d'État de Genève, ouvrage collectif Les réfugiés civils et la frontière genevoise durant la deuxième guerre mondiale. Fichiers et archives, sept, 2000. - Archives Fédérales: Etat systématique des fonds d'archives des cantons suisses et de la Principauté de Liechtenstein, Ed. Berne sept. 2001. - Spira H e n r y : Revue suisse d ' h i s t o i r e , 1999, N o . 2: L ' a t t i t u d e de la Suisse envers les réfugiés juifs 1939-45, p. 273-279. Bull. de la Sté. cant. jurassienne des Officiers, février 1998: Premiers résultats sur le refoulement de juifs en Ajoie. Actes 1998 de la Société Jurassienne d'Émulation: Le rôle de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale. Points de vue jurassiens, avec textes de MM. François Kohler, François Wisard, Claude Hauser, Pierre-Olivier Walzer et Henry Spira. Revue historique neuchâteloise, 1998, No. 1: Flux et reflux des réfugiés le long de l'arc jurassien. Mémoires personnels Cpl Demierre Fernand: Mémoires manuscrits en mains de sa descendance Cap Burnier Edmond: Mémoires dactylographiés, en mains privées Hercenberg Simon: Mémoires dactylographiés "Chronologie des années de g u e r r e " , avec de 26 27 nombreux documents et photos. 1 ex. est déposé à Zurich c/o Inst. d'Histoire Contemporaine/EPFZ, 1 aux AE Genève, et 1 à la Bibliothèque Publique Universitaire à Genève. Témoignages audio-visuels 3 interviews audio-visuels ont été effectués par une équipe de la Fondation ARCHIMOB, présidée par M. Frédéric Gonseth, cinéaste, et dont le siège est à la Croixsur-Lutry. Ces 3 interviews, n'ayant subi aucune coupure quelconque, ont été réalisés au printemps de 2001 et sont déposés sous forme de vidéo-cassettes auprès des AE de Genève, à disposition des chercheurs chargés de décrire objectivement ce qui se passait aux frontières genevoises: M. Simon Hercenberg, domicilié à Palaiseau F, qui fut hébergé chez le Cpl Demierr e , fut chargé de missions d'espionnage en France occupée par le SR suisse, puis rejoignit les Forces alliées en Grande-Bretagne et fit partie de la Royal Air Force. M. Alfred Hecht, domicilié à Amsterdam, né en 1 9 1 7 , qui vient de décéder le 2 0 . 0 8 . 0 1 , qui séjourna chez le cpl Demierre et rejoignit ensuite la RAF en Grande-Bretagne. M. Willem Wolff, domicilié à Rozendaal NL, qui séjourna également chez Demierre, co-auteur des interventions auprès de la Commission Bergier au printemps 2000 en faveur de Demierre. Note: ces 3 interviews font partie des 21 cassettes remises récemment aux AE de Genève, à disposition des chercheurs. Abréviations: AF = Archives Fédérales, Berne AE = Archives d'État (Archives Cantonales) 27