Evaluation de la coopération française en Egypte (1993
Transcription
Evaluation de la coopération française en Egypte (1993
Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie dme en Egypte (1993-2003) SERES Société Européenne de Réalisations, d’Études et de Services ddidacticiels et modélisation économiques Evaluation de la coopération française en Egypte (1993-2003) Rapport final Version définitive Mars 2005 MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES – MINISTERE DE L’ECONOMIE, DES FINANCES ET DE L’INDUSTRIE DIRECTION GENERALE DE LA COOPERATION INTERNATIONALE ET DU DEVELOPPEMENT dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 1 DIRECTION DU TRESOR SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie dme ddidacticiels et modélisation économiques en Egypte (1993-2003) 2 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Avant propos Les ministères des Affaires étrangères, de l’économie, des finances et de l’industrie ont demandé au consortium regroupant les sociétés DME & SERES de procéder à l’évaluation rétrospective des actions de la coopération française en Egypte au cours de la période 1993-2003. La mission confiée aux consultants comportait trois phases principales : 1. La première a été consacrée à une étude documentaire. Elle a donné lieu à la rédaction d’un rapport d’étape contenant, notamment, une première évaluation globale de notre dispositif ; 2. La deuxième phase a consisté en un déplacement des consultants en Egypte. Cette mission a été effectuée au cours de la deuxième quinzaine du mois de septembre 2004 ; 3. La troisième et dernière phase a été consacrée aux évaluations sectorielles et à un travail de synthèse. Elle a conduit à la rédaction d’un rapport provisoire, puis définitif. Ce document constitue la version définitive du rapport d’évaluation rédigée à l’issue de la troisième phase. Ce rapport a bénéficié d’informations confidentielles et n’a pas fait l’objet d’une mise au point rédactionnelle de la part des ministères des Affaires étrangères, de l’économie, des finances et de l’industrie. A ce titre, ce document est lui-même confidentiel. Les commentaires et analyses développées dans ce rapport n’engagent que ses auteurs et ne constituent pas une position officielle. dme ddidacticiels et modélisation économiques 3 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Principaux sigles et acronymes ANMO APD AT BLAFE CAEM CFCC CFEETK CEDEJ CNRS CSA DESS DGCID EUR FEMIP FMI IDH IFAO IIAP IMA IRD LEG MAE MDS MNS OCDE ONG OTAN PIB PNB PNUD PPA PRI PVD SCTIP TCAM TCER UE UFE USAID USD ZSP Afrique du Nord et Moyen-Orient Aide Publique au Développement Assistant Technique Bureau de Liaison Agricole Franco Egyptien Conseil d’Assistance Economique Mutuelle Centre Français de Culture et de Coopération du Caire Centre Franco-Egyptien des Temples de Karnak Centre d’Etudes et de Documentation Economiques, Juridiques et sociales Centre National de la Recherche Scientifique Conseil Suprême des Antiquités Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées Direction Générale de la Coopération Internationale et du Développement Euro Facilité Euro-Méditerrannéenne d’Investissement et de partenariat Fonds Monétaire International Indice de Développement Humain Institut Français d’Archéologie Orientale Institut International d’Administration Publique Institut du Monde Arabe Institut de Recherche pour le Développement Livre Egyptienne Ministère des Affaires Etrangères Milliard Million Organisation de Coopération de Développement Economique Organisation Non Gouvernementale Organisation du Traité d’Atlantique Nord Produit Intérieur Brut Produit National Brut Programme des Nations Unies pour le Développement Parité des Pouvoirs d’Achats Pays à Revenu Intermédiaire Pays en Voie de Développement Service de Coopération Technique Internationale de Police Taux de Croissance Annuel Moyen Taux de Change Effectif Réel Union Européenne Université Française d’Egypte U.S. Agency for International Development Dollar des Etats-Unis d’Amérique Zone de Solidarité Prioritaire dme ddidacticiels et modélisation économiques 4 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Sommaire Première partie : Le contexte de la coopération Synthèse.......................................................................................11 I Cadrage géoéconomique ...............................................................31 Une économie administrée......................................................................... 37 Une faible productivité du capital et du travail .............................................. 41 Une compétitivité qui stagne ...................................................................... 45 Des finances publiques dégradées............................................................... 47 Une économie peu ouverte sur le reste du monde ......................................... 49 II Les coopérations extérieures ........................................................53 L’évolution de l’aide internationale à l’Egypte (1993-2003) ............................. 53 Les stratégies des bailleurs ........................................................................ 64 Le positionnement de la Coopération française face aux stratégies des bailleurs 73 La coopération française en Egypte 79 I La stratégie globale et les grandes orientations de la coopération culturelle française .........................................................................81 Une stratégie de coopération largement implicite .......................................... 81 Une coopération « historique » ................................................................... 81 Une commission mixte de 1992 marquée par le conservatisme ....................... 82 La commission mixte de 2001 .................................................................... 84 II La coopération économique ..........................................................91 Les protocoles financiers ........................................................................... 91 Une aide alimentaire qui débouche sur une coopération dans le domaine agricole ........................................................................................................... 101 L’annulation de dette .............................................................................. 102 III Les moyens de l’aide française................................................... 117 Une prépondérance des annulations de dette aux termes desquelles l’aide affichée devrait baisser de 80% ........................................................................... 117 dme ddidacticiels et modélisation économiques 5 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Une coopération technique stabilisée ......................................................... 121 Des protocoles financiers importants mais en diminution .............................. 124 IV Evaluation globale du dispositif de coopération ............................. 129 Une coopération culturelle pertinente mais dont l’efficacité est difficile à apprécier ........................................................................................................... 129 Une coopération économique ciblée sur les entreprises ................................ 136 V Prospective............................................................................... 141 Un cadrage simplifié à l’horizon 2015 ........................................................ L’explosion démographique n’aura pas lieu................................................. Un impératif de croissance pour assurer l’emploi et la paix sociale ................. Un besoin d’ouverture sur l’Europe............................................................ Une coopération française renouvelée ....................................................... 141 143 144 147 149 I La coopération linguistique et éducative ........................................ 155 Le contexte égyptien............................................................................... 155 Les interventions de la coopération française.............................................. 163 Evaluation ............................................................................................. 171 II Les appuis à l’enseignement supérieur et à la recherche ................. 177 Les appuis à l’enseignement supérieur....................................................... 177 Les appuis à la recherche en sciences humaines ......................................... 192 III La coopération culturelle et artistique ......................................... 198 L’action artistique ................................................................................... La bibliothèque Alexandrina ..................................................................... La politique du livre français en Egypte...................................................... Evaluation ............................................................................................. 198 204 205 209 IV La recherche archéologique ....................................................... 212 Le contexte ........................................................................................... Le dispositif français de coopération .......................................................... Evaluation ............................................................................................. Conclusions et recommandations .............................................................. 212 212 216 219 V La gestion des sites archéologiques et le tourisme.......................... 221 Le contexte ........................................................................................... 221 Recommandation ................................................................................... 223 dme ddidacticiels et modélisation économiques 6 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) VI La coopération institutionnelle .................................................... 227 La coopération juridique et judiciaire et la modernisation de l’Etat ................. 227 La coopération dans le domaine de la sécurité intérieure .............................. 231 La coopération militaire et de défense ....................................................... 234 VII La coopération sur protocoles ................................................... 236 L’élément don des protocoles financiers a varié au cours de la période ........... 236 Les interventions dans les principaux secteurs ............................................ 240 Conclusion et recommandations ............................................................... 270 VIII La coopération agricole ........................................................... 273 Le contexte ........................................................................................... Le dispositif français de coopération .......................................................... Evaluation ............................................................................................. Conclusions et recommandations .............................................................. Annexes dme ddidacticiels et modélisation économiques 273 274 276 277 279 7 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Données de base Démographie Egypte TCAM 2003 Population totale Population active 71,7 mns 26,5 mns 1980-2000 2000-2010 2,2 % 2,7% 1,6 % 2,8% Projection 2010 80,1 mns 32,2 mns Egypte Moyenne ZSP PRI 2000 ANMO Taux d’urbanisation 45% 59% 35,2% 50% TCAM population urbaine 2.3% Densité démographique 64 hab/km² 27 40 Note : la superficie de l’Egypte (1 million de km²) est à peu près le double de celle de la France. Mais, la surface cultivable et habitable ne représente que 5% de la superficie totale, soit à peu près la taille des PaysBas. La densité de population ramenée à la superficie utile est alors de 1400 habitants au km². Economie PIB et PNB Egypte 2000 ANMO PRI PIB en USD mds PIB par hab. (USD) PNB/hab à PPA (USD) IDH 97.9 1 444 3 670 0.648 (120ème/175) 5,8% 20,1% Pop. extrêmement pauvre [a] Population pauvre [b] 11 023 2 090 5 270 0.662 1 970 5 680 0.744 [a] population (en % du total) disposant de moins de 2$ par jour [b] population (en % du total) disposant de moins d’1$ par jour Structure du PIB (en %) - Agriculture - Industries -secteur manufacturier - Services -non marchands Croissance (en %) PIB - Agriculture - Industries -secteur manufacturier - Services Egypte 17 34 19 49 16 ANMO 14 29 21 64 PRI 9 36 25 55 Egypte (1990-2000) 4.6 3.1 4.9 6.3 4.5 ANMO (1990-2000) 3.0 2,6 0.9 3.8 4.5 PRI (1990-2000) 3.6 2,0 3.9 6.2 3.9 Taux de croissance du PIB et du PIB par habitant (en %) 20 15 10 5 0 1950 -5 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 -10 PIB dme ddidacticiels et modélisation économiques PIB/hab 8 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Données de base (suite) Répartition de la demande (en %) du PIB Egypte (2000) ANMO (2000) PRI (2000) 83 73 10 24 16 23 17 69 51 18 20 38 28 30 74 59 15 24 32 29 26 Consommation Privée Publique Investissement Exportations Importations Epargne domestique Prix et change Prix conso % LEG / USD 1 LEG / EUR 1 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 21.1 3.32 4.30 11.1 3.35 3.92 9.1 3.39 4.02 9.3 3.39 4.38 7.3 3.39 4.25 6.2 3.39 3.83 3.8 3.39 3.81 3.8 3.40 3.62 2.8 3.47 3.20 2.4 3.97 3.55 2.4 4.70 4.34 Note : au 13/07/04 : USD 1 = LEG 6.20 et EUR 1 = LEG 7.63. Commerce extérieur (2001) Répartition des importations 3.2 6.00 6.72 Balance des paiements (2002/2003) USD mns % Céréales Aéronautique et espace Articles en plastiques Moteurs Autres produits agricoles 1 077 977 871 759 673 6.2 5.6 5.0 4.3 3.9 Exportations marchandises Importations marchandises Balance commerciale Balance des invisibles Transferts officiels Sans contrepartie 8 205.2 14 821.0 -6 615.2 4 889.6 3 609.3 Répartition des exportations USD mns % Balance courante Avant transferts -1 726.2 2 124 1 071 458 353 35.1 17.7 7.6 5.8 Balance courante Après transferts Balance des capitaux 1 883.1 - - Produits pétroliers Textiles Produits agricoles Fer et métallurgie USD mns -2 733.8 546.0 Balance globale Aide publique au développement (nette) en USD mns. APD nette Bilatérale - France Multilatérale TOTAL 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Total 243 265 412 451 301 286 309 254 241 201 98 3 061 3597 2387 2662 2016 2200 1985 1955 1582 1328 1257 1286 22255 Indicateurs sociaux Taux de mortalité infantile (pour mille) Espérance de vie à la naissance (ans) Dépenses pub. de santé (en % du PIB) Taux net d’inscription primaire (%) Taux net d’inscription secondaire (%) Dépenses pub. d’éducation (% du PIB) Taux d’analphabétisme des adultes (%) Egypte ANMO PRI 35 68.3 1.8 93 79 4.1 44 49 66.0 31 69.8 77 93 Sources : • Banque mondiale, WDI • FMI (2000) • PNUD (2001) dme ddidacticiels et modélisation économiques 9 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie dme ddidacticiels et modélisation économiques en Egypte (1993-2003) 10 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Synthèse Une relation politique forte, une coopération désargentée Le dialogue politique avec l’Egypte est un objectif fort de la diplomatie française Les relations franco-égyptiennes sont essentiellement politiques. Les nombreuses (et fréquentes) visites des deux Chefs d’Etat et, à leur suite, les divers échanges entre les responsables des deux exécutifs traduisent l’excellence des relations bilatérales. Les présidents Moubarak et Chirac ont eu l’occasion de réitérer, à maintes reprises, la convergence de leur point de vue sur les grands problèmes géopolitiques de la région. La paix et la sécurité, tant au Proche qu’au Moyen-Orient, sont des objectifs forts partagés par nos deux pays. La France et l’Egypte ont aussi un dessein commun : celui de bâtir une véritable Communauté méditerranéenne. Initié en 1995, le processus de Barcelone a été fortement appuyé tant par la France que par l’Egypte. Il s’est traduit notamment par la signature, en juin 2001, d’un Accord d’association entre l’Union européenne et l’Egypte. Ce trait d’union politique et économique devrait contribuer à renforcer le partenariat pour la paix et pour le rapprochement entre le monde arabe et l’Europe. Ces relations de nature politique, et parfois même intuitu personae, sont privilégiées par notre partenaire. Elles permettent en effet à l’Egypte de conforter sa place centrale dans le monde arabe et de réaffirmer par là-même un leadership historique qui fut exercé sans partage jusqu’en 1967 à la faveur du nassérisme, mais que la paix séparée avec Israël allait remettre totalement en question jusqu’à la guerre du Golfe1. Pièce maîtresse dans le processus de paix, l’Egypte est un enjeu géopolitique majeur. Le dialogue politique avec la République arabe est un objectif fort de la diplomatie française. 1 Le Sommet de Khartoum, en juillet 1967, marque la fin du leadership sans partage de l’Egypte. Ruinée par la guerre avec Israël, la République arabe obtient un large soutien de l’Arabie saoudite. La longue rivalité entre le Caire et Ryad tourne à l’avantage de la monarchie wahhabite. Le voyage du Président Sadate à Jérusalem (en novembre 1977) consacrera la rupture de l’Egypte avec le reste du monde arabe. Mais, en ralliant la coalition anti-irakienne, l’Egypte se placera dans le camp des vainqueurs de la guerre du Golfe (1990) et redeviendra un acteur central sur la scène moyen-orientale. dme ddidacticiels et modélisation économiques 11 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Le marché égyptien ne constitue pas un enjeu économique pour la France La situation économique de l’Egypte relève du paradoxe. En effet, le marché égyptien est à la fois trop petit et trop grand : - Le marché est trop petit en terme commercial. L’Egypte est notre 43ème client dans le monde. Nos exportations sont de l’ordre d’un milliard d’euro par an (soit 0,2% du total des ventes françaises au reste du monde ; le marché égyptien est ainsi trois fois plus petit que celui de la Tunisie). D’un autre côté, les importations françaises de produits égyptiens sont encore plus marginales (250 millions d’euros/an, soit 0,08% du total) ; - Les financements extérieurs dont l’Egypte aurait besoin pour assurer sa croissance à long terme sont, quant à eux, extrêmement importants (de l’ordre d’USD 50 milliards/an). Ils dépassent (et de très loin) les flux d’aide internationale. Ce constat sommaire n’implique pas que l’Egypte ne puisse pas présenter quelques opportunités micro-économiques pour certains opérateurs français. Mais, force est d’admettre que nos relations industrielles et commerciales avec la République arabe ne font pas enjeux. Elles ne constituent pas, à la différence d’autres pays réellement émergents (comme la Chine, l’Inde ou encore le Brésil), un objectif qui façonne la relation politique et la coopération technique. Une coopération sous contrainte financière forte Selon certains observateurs, le dispositif de coopération franco-égyptien ne serait pas « à la hauteur » de l’excellence et de l’étroitesse des relations politiques bilatérales. Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer, sinon justifier, ce décalage. Nous en privilégierons deux : 1. Nos interventions en Egypte sont le produit d’une histoire longue, au cours de laquelle aucune des deux parties n’a souhaité développer des relations de coopération de nature institutionnelle (d’Etat à Etat). Ainsi, l’Egypte assigne aux coopérations européennes collatérales un rôle essentiellement politique lui permettant de rééquilibrer une relation bilatérale avec les Etats-Unis jugée parfois pesante (singulièrement dans le contexte actuel). Ces coopérations collatérales sont invitées à investir des « niches » dans des secteurs jugés non stratégiques. Peu encline à développer une coopération institutionnelle, l’Egypte favorise la multiplication d’ « initiatives » personnalisées (comme « Al Gore-Moubarak » ou encore « KohlMoubarak ») dont le rendement politique –pour les deux parties- est supérieur aux effets attendus en matière de développement. La coopération française s’inscrit dans ce contexte d’autant plus facilement qu’il lui sied largement. Ainsi, la grande proximité entre les présidents Chirac et Moubarak n’a pas suscité un fort développement de la coopération, ni même son institutionnalisation. Ce constat laisse supposer que les deux chefs d’Etat ne considèrent pas, au moins jusqu’à présent, que dme ddidacticiels et modélisation économiques 12 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) la nature actuelle du dispositif de coopération, son organisation ou encore que les moyens financiers mis en œuvre constituent un obstacle au dialogue politique2. Mais, rien ne permet d’affirmer que ceci sera encore vrai à l’avenir ; 2. Notre dispositif de coopération doit être apprécié au regard de la contribution des autres partenaires. L’Egypte entretient des relations étroites avec les Etats-Unis qui exercent, sans conteste, leur leadership. Les Etats-Unis, à l’inverse de la France ou d’autres Etats membres de l’UE, ont l’habitude de financer leur politique. A certains égards, les transferts américains peuvent être considérés ainsi comme des « fonds de contrepartie » (qui s’élèvent aux alentours des deux milliards de dollar par an, soit sept fois plus que notre enveloppe moyenne). Tenter de s’aligner sur les engagements américains supposerait de disposer de moyens financiers considérables à l’échelle de la politique extérieure de la France. Il n’est pas sûr par ailleurs qu’un tel engagement ne provoquerait pas des déséquilibres préjudiciables à l’ensemble de notre diplomatie en se révélant finalement totalement contre-productif (l’influence politique n’est certainement pas proportionnelle aux moyens financiers engagés). Le principe de réalisme (et les enseignements de la théorie des jeux) imposent de ne pas « suivre » la donne américaine. La question qui reste posée serait donc moins celle du niveau idéal (maximum) que pourrait atteindre notre dispositif de coopération en Egypte que celle du seuil critique en deçà duquel la perte de crédibilité est avérée, et où le discours politique n’est que posture, voire gesticulation. La question est difficile parce que les effets de levier ne sont pas uniformes. Ainsi, certaines actions (dans le domaine culturel notamment) peuvent avoir de forts rendements politiques et médiatiques tout en restant financièrement peu onéreuses. Inversement, d’autres peuvent être coûteuses (comme certaines annulations de dettes) sans avoir toujours les effets politiques attendus ; d’autres, enfin, peuvent être coûteuses mais aussi porteuses de forts effets (comme la ligne 1 du métro du Caire par exemple). En tout état de cause, les liens entre le montant des engagements financiers et leur rendement politique sont loin d’être univoques. 2 Le président de la République française a rappelé à maintes occasions que les fréquentes rencontres avec le président Moubarak n’avaient pas pour objet de traiter des relations bilatérales qui ne posaient aucun problème : « LE PRESIDENT - Mesdames, Messieurs, je voudrais tout d'abord dire ma joie d'accueillir une fois de plus le Président MOUBARAK qui vient d'avoir des entretiens aux Etats-Unis, en Allemagne, aujourd'hui en France, bientôt en Russie. Cette réunion démontre deux choses : d'une part, et chacun le sait, l'importance de la place stratégique de l'Egypte sur l'échiquier mondial et deuxièmement, la qualité exceptionnelle de la relation entre l'Egypte et la France. Nous n'avons pas évoqué les problèmes bilatéraux pour une raison simple, c'est qu'il n'y en a pas » Allocution du président Chirac, extrait du point de presse conjoint, Palais de l’Elysée, 19/04/04. dme ddidacticiels et modélisation économiques 13 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La question des moyens financiers à mobiliser en faveur de notre partenaire égyptien est donc difficile, mais elle est légitime : 1. Elle est légitime tout d’abord car l’analyse du passé montre une tendance marquée à la baisse de l’aide française nette3. Ce recul pourrait se poursuivre au cours des prochaines années à la suite de la diminution de l’aide programme (annulation de dettes) et de l’augmentation des remboursements des prêts antérieurement accordés par le Trésor français à l’Egypte. Il faut admettre que l’évolution de notre aide sur longue période ne plaide pas en notre faveur (cf. graphique ci-dessous). Aide bilatérale totale nette (USD mns) 500 400 300 200 100 0 1967 1972 1977 1982 1987 1992 1997 2002 2007 -100 Sources : OCDE- CAD et estimation DME-SERES pour la période 2004-2009 2. De plus, les masses financières qui figurent sur le graphique ci-dessus sont trompeuses. Près de 80% de notre APD nette est en effet constituée par des annulations de dette consenties en…1991 (c'est-à-dire voici maintenant près de quinze ans). Le choix d’une cette gestion « longue » de la dette égyptienne pouvait être éventuellement pertinent au début des années 1990. Il n’est pas sûr que ce soit le cas encore aujourd’hui. Les Américains ont apuré leurs comptes dès 1991 ; les Allemands ont fait de même en 1997. Il faut admettre que l’effet d’affichage de notre annulation à petites doses chaque année est désormais, non seulement terminé, mais se retourne probablement contre nous aujourd’hui. Les Egyptiens ne s’y sont pas trompés : ces annulations figurent bien dans les 3 L’aide bilatérale nette mesure les flux versés par la France à l’Egypte diminués des remboursements effectués par la partie égyptienne (sur les prêts consentis par le Trésor). Ainsi, le total de l’aide nette peut être négatif si la partie bénéficiaire rembourse plus qu’elle ne reçoit de notre part. dme ddidacticiels et modélisation économiques 14 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) comptes mais ne correspondent pas à de l’ « argent frais ». Elles sont devenues pour ordre. Les autres bailleurs ne sont pas dupes non plus : ainsi, la Banque mondiale ne fait plus figurer la France dans la liste de bailleurs de fonds principaux de l’Egypte. Cette situation est problématique : notre coopération n’a pas pour ambition d’être mentionnée simplement pour mémoire. 3. En enlevant du montant de l’aide les annulations de dettes, nos engagements financiers en faveur de l’Egypte apparaissent plus que « modestes » (cf. graphique ci-dessous). La chronique montre un désengagement certain de notre part, imputable exclusivement à la coopération économique (l’enveloppe de la coopération culturelle est restée globalement stable depuis dix ans). L’aide projet gérée par le Trésor est en effet devenue négative depuis plusieurs années. En d’autres termes, la partie égyptienne rembourse désormais plus qu’elle ne reçoit de notre part. Et ces remboursements ne sont pas négligeables puisqu’ils représentent de 2 à 3 fois l’enveloppe de la coopération technique (prodiguée par le MAE et par d’autres institutions). Dans un contexte où la coopération économique est atone, nous nous retrouvons, de facto sinon de jure, dans la situation d’un Etat rentier, qui gère avec parcimonie les reliquats du passé et qui prélève des revenus sur un pays dont le niveau de développement est déjà faible. Autrement dit, nous faisons payer à la génération d’aujourd’hui des emprunts contractés dans le passé (et dont il n’est pas sûr qu’elle en ait bénéficié), sans lui apporter un niveau d’aide comparable à celui dont avait profité la génération précédente. Cette situation est politiquement difficile à soutenir ; et les projections sur le futur montrent qu’elle pourrait ne pas évoluer positivement si nous ne changeons pas rapidement de stratégie. APD nette de la France en faveur de l'Egypte (hors annulation de dettes) en USD mns 250 200 150 100 50 0 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 -50 -100 dme ddidacticiels et modélisation économiques 15 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Sources : OCDE- CAD et estimation DME-SERES pour la période 2004-2009 4. Ce recul de l’aide française montre que nos instruments de coopération économique sont mal adaptés à un pays dual. Pays émergent, l’Egypte relève de la RPE et les importantes réalisations financées sur Protocoles (métro du Caire, développement des télécommunications, stations d’eau potable et d ‘épuration, stations électriques,…) montrent l’intérêt accordé à cet instrument durant les années 1970 et 1980. Mais depuis le milieu des années 1980, des changements profonds sont intervenus : les moyens globaux de l’aide française affectés aux protocoles ont fortement diminués ; les règles édictées par l’OCDE ont favorisé les investissements privés et diminué l’intervention de l’aide publique dans des secteurs où ce type de financement avait parfois conduit à de lourds déficits des budgets des Etats. La RPE est alors devenue pour la Coopération française un moyen de réaliser des opérations commerciales importantes. Mais, dans un pays qui ne constituait pas un enjeu économique majeur pour la France, les interventions sont souvent restées ponctuelles et n’ont pas relevé d’une stratégie globale ni d’une coopération d’Etat à Etat qui n’existait pas entre la France et l’Egypte. Les Egyptiens n’ont alors plus perçu la Coopération économique française comme un moyen de réaliser de grands projets qui profitaient à toute la population comme le métro du Caire, mais comme un instrument ponctuel pour remporter des contrats pour les entreprises françaises. Pour le ministère égyptien de la Coopération internationale « Il n’y a plus de véritable projets dans l’aide française. C’est dommage ! Le Gouvernement français est seulement motivé par l’intérêt des entreprises françaises. D’autres moyens sont nécessaires »4. Il existe dès lors un hiatus entre une relation politique forte et continue et une coopération économique épisodique. La présence des entreprises françaises est certainement importante pour la place de ces entreprises au niveau mondial et pour l’influence de la France en Egypte, mais un gros contrat ne représente pas une réelle présence et n’assure même pas nécessairement la pérennité sur place de l’entreprise bénéficiaire. Or, la demande de coopération économique égyptienne ne porte pas seulement sur les secteurs où l’Egypte atteint un niveau économique comparable à celui de pays développés, il porte aussi sur des secteurs (éducation et formation, santé, assainissement des villes, …) où l’Egypte reste un pays en développement. Face à cette structure « duale » de l’Egypte, la Coopération française ne dispose pas d’un ensemble adapté d’instruments d’intervention. 4 « No real projects in french aid. It’s a pity! … French Government is only motivated by french companies… Other means are necessary». dme ddidacticiels et modélisation économiques 16 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) 5. Notre « stratégie » globale de coopération est d’autant plus difficile à soutenir qu’elle diffère sensiblement de celle de nos partenaires. La comparaison avec l’Allemagne est édifiante. Berlin a apuré la dette égyptienne dès le milieu des années 1990 et continue depuis à accorder des dons (USD 87 mns en 2003 contre USD 2 pour la France, voir graphique gauche ci-dessous). Ses prêts nets demeurent positifs (une dizaine de millions de dollar en 2003, alors que les nôtres sont négatifs depuis 2001 (voir graphique droite ci-dessous). Prêts nets des remboursemenst (USD mns) Dons (USD mns) 100 60 90 50 80 40 70 30 60 20 50 10 40 30 0 20 -10 10 -20 1998 1999 2000 2001 2002 2003 -30 0 1998 1999 2000 France 2001 2002 2003 -40 Allemagne France Allemagne Sources : OCDE- CAD Plusieurs conclusions peuvent être tirées de ce constat rapide : 1. Notre coopération est certainement en dessous de son seuil critique ; 2. Nos pratiques financières sont critiquables d’un triple point de vue : politique, économique et éthique ; 3. Nos instruments de coopération économique sont probablement mal adaptés à un pays dual comme l’Egypte. Ces conclusions invitent à redynamiser au plus vite notre coopération avec l’Egypte. dme ddidacticiels et modélisation économiques 17 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Eléments pour une coopération future Actions à court terme dans le cadre de la coopération bilatérale Se redonner des moyens financiers à la hauteur de nos ambitions politiques Il importe désormais d’augmenter de manière substantielle les flux d’aide en faveur de l’Egypte. Plusieurs solutions techniques peuvent répondre à cet impératif politique. Compte tenu de la réticence de la partie égyptienne à contracter de nouveau prêts (y compris à taux concessionnels), l’augmentation des dons pourrait constituer une réponse à cet engagement. Il est évidemment délicat d’estimer le niveau que devraient atteindre ces transferts sans contrepartie. Il semble toutefois difficile d’imaginer que notre contribution puisse être durablement inférieure à celle de l’Allemagne. Des dons atteignant 80 à 100 millions de dollar par an seraient alors nécessaires pour « maintenir la position ». Ce niveau d’aide n’est pas aberrant. Il est en retrait par rapport à celui octroyé au début des années 1990 (hors annulation de dette). Il est comparable à celui de l’année 1998 (toujours hors annulation de dette). Il serait deux fois moins élevé que celui accordé actuellement au Royaume du Maroc et d’un niveau comparable à celui en faveur de la Tunisie. Une centaine de millions de dollars de dons (soit environ EUR 83 mns au taux de change actuel) ne représenterait que 1% du total de l’APD française pour 2006 (hypothèse basse du MINEFI) ou encore 4% de l’APD gérée par le Département. Pour limiter au maximum la dilution de notre aide et maximiser sa visibilité, il importe que celle-ci ne prenne pas la forme d’un simple transfert venant abonder le budget égyptien. Si l’aide budgétaire présente en effet certains avantages (principalement sa facilité de gestion), ses effets pervers sont nombreux. Le principal est politique (et stratégique) : ainsi, rien ne garanti qu’une contribution financière de la France au budget de l’Etat égyptien soit affectée réellement à des dépenses qui concourent à la réalisation de nos objectifs de coopération5. 5 Mettre en place des procédures de suivi administratif permettant de s’assurer que l’aide est bien affectée annule en grande partie l’avantage de ce type de transfert en matière de gestion. dme ddidacticiels et modélisation économiques 18 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Développer la coopération culturelle Le dispositif de coopération culturelle6 est le produit d’une histoire longue dont les prémisses remontent au début du XIXème siècle et qui a su traverser avec succès quelques heures difficiles –mais qui appartiennent heureusement au passé- durant lesquelles les relations franco-égyptiennes ont pu être parfois tendues. Ce dispositif est orienté essentiellement en faveur des élites francophones. De nombreuses actions sont inscrites à son actif : soutien permanent -et historique- à l’enseignement du français (et aux établissements de prestige que sont les lycées français) ; appuis à l’enseignement supérieur égyptien au travers des pôles d’excellence que constituent les filières francophones ; appuis à une recherche mondialement reconnue dans le domaine de l’archéologie et de l’égyptologie ; organisation, tant en France qu’en Egypte, de grandes manifestations artistiques et culturelles… L’évaluation révèle une forte pertinence du dispositif de coopération culturelle en Egypte. Les actions engagées s’inscrivent clairement dans la stratégie de coopération internationale du ministère des Affaires étrangères et singulièrement dans l’objectif général visant à préserver la stabilité et la paix. L’histoire montre en effet que les tensions et les violences (les « chocs de civilisations » pour reprendre une image désormais connue) se nourrissent de l’incompréhension entre les peuples, de l’absence de dialogue, de la méconnaissance de l’autre, du refus de l’altérité et du non respect des différences. La coopération française participe, avec les moyens qui sont les siens, à combler ces écarts, à rapprocher les esprits, à rétablir enfin la confiance entre les peuples. Ainsi, et conformément à la doctrine de coopération de la DGCID, le dispositif en Egypte est orienté afin de multiplier les échanges culturels, de développer les échanges universitaires et scientifiques, de favoriser les débats d’idées, de faire valoir les valeurs universelles que nous défendons, de développer la francophonie et, enfin, de promouvoir des médias libres. L’évaluation montre d’autre part que les différentes actions engagées pour parvenir aux objectifs généraux sont cohérentes les unes avec les autres. Le dispositif de coopération du pôle diplomatique apparaît ainsi globalement pertinent, cohérent et efficient. Disposant de moyens plus élevés, le dispositif de coopération culturelle pourrait se développer autour des axes suivants : 6 Le terme de coopération « culturelle » est pris ici dans un sens large et regroupe l’ensemble des actions réalisées dans le domaine de la coopération linguistique, éducative et culturelle strico sensu. dme ddidacticiels et modélisation économiques 19 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Amplifier le dialogue des cultures Très appréciée de nos partenaires égyptiens, la coopération culturelle a un réel impact, mais elle n’atteint cependant pas une masse critique suffisante pour marquer durablement la présence française. Il faut à la fois assurer une lisibilité plus grande, conforter les échanges professionnels existants et en installer d’autres, fortement attendus. Dans le secteur artistique, les actions engagées doivent être amplifiées dans cette même perspective de professionnalisation des cadres égyptiens et de productions communes entre créateurs des deux pays. C’est aussi la mise en place d’un espace nettement identifié, conçu comme lieu de formation et de création, dédié aux résidences d’artistes, qui participera de façon sensible à la lisibilité recherchée. Enfin, il est nécessaire d’être particulièrement attentif à la mise en synergie de l’ensemble des actions culturelles, à travers notamment les opérations pluridisciplinaires et les résidences croisées, sans oublier la présence de textes écrits dans toutes les manifestations qui le permettent. Cette amplification des actions culturelles devrait être assortie d’un budget en très forte augmentation, représentant une part significative des moyens complémentaires qui seraient dégagés en faveur de l’ensemble de la coopération franco-égyptienne. Pour répondre également à une attente importante des partenaires égyptiens et point d’appui évident au dialogue des cultures, la présence de textes français traduits en langue arabe doit être revue, favorisée et développée. Si la production littéraire traditionnelle doit conserver toute sa place, l’intérêt des égyptiens est grand pour la pensée française et tout particulièrement pour la philosophie politique. Dans ce domaine, à l’occasion de manifestations culturelles « dans » et « hors les murs », de nombreux supports doivent être disponibles en langue arabe, de l’article de presse et de revue au livre, en passant par le numérique. Ces axes de développement, indirectement à la francophonie. souvent mêlés, concourent directement ou Réorienter la coopération éducative et linguistique et ouvrir des perspectives d’intervention dans le système éducatif égyptien La coopération éducative et linguistique de niveau scolaire, part importante de l’intervention française en Egypte, s’est adressée majoritairement au dispositif des établissements bilingues, considérés comme le point d‘appui de la francophonie, elle-même marque de la présence française. Mais la population cible s’est transformée dans les établissements ; les « élites » ne sont plus nécessairement francophones. Il reste cependant de ce dispositif, dont certains éléments ont abandonné le français, un petit nombre d’établissements bilingues ou expérimentaux pour lesquels il convient de poursuivre notre aide. dme ddidacticiels et modélisation économiques 20 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Ce dispositif a généré tout un processus de soutien dans le domaine du français et de l’enseignement des sciences, qui représente -au plan institutionnel comme au plan de la formation et de l’ingénierie éducative- un véritable prototype d’organisation de soutien à un système éducatif. Disproportionné par rapport au dispositif des établissements bilingues, essentiellement privés, et surtout du noyau qu’il convient de conserver, il peut néanmoins constituer le point d’appui de l’intervention française dans le système éducatif égyptien. Actuellement, la coopération française est peu lisible, car elle ne concerne qu’un dispositif marginal, externe au système éducatif égyptien puisqu’il est essentiellement privé ; elle intervient majoritairement en français. Tous les autres pays partenaires travaillent au sein même du système éducatif du pays. La demande égyptienne est pressante d’un autre type d’intervention. Dans ces conditions, l’organisation qui a été mise en place par la coopération française peut être mise à profit pour servir d’appui à une fonction de conseil et, d’autre part, à l’installation d’un projet d’envergure, interne cette fois-ci au système éducatif égyptien, ce qui correspond à un véritable besoin : celui du développement de l’enseignement des deuxièmes langues étrangères, l’anglais étant la première langue étrangère apprise. La mise en place très progressive de l’enseignement d’une deuxième langue au collège serait favorable au français et, dans cette hypothèse, le dispositif d’aide aux établissements bilingues deviendrait pertinent pour le système éducatif. La lisibilité de l’intervention française sera alors assurée. La mise à disposition de crédits supplémentaires permettrait une meilleure adéquation entre l’aide française et la demande des autorités du pays. Ces crédits devraient bénéficier, par ordre de priorité, aux mesures suivantes : • En priorité 1, à la mise en place progressive de l’enseignement d’une deuxième langue dès le début de l’enseignement secondaire d’une part et, d’autre part, à l’installation de structures de formation des maîtres, avec ou sans l’aide de l’Union Européenne. • En priorité 2, à l’amélioration de l’enseignement scientifique en favorisant les partenariats avec des institutions françaises, et en utilisant davantage les capacités de cette expertise française dans les cycles scolaires. Cette mesure doit être prolongée au niveau du supérieur par le développement de filières scientifiques (universités francophones d’Egypte) et/ou par l’utilisation des enseignements à distance en provenance des établissements d’enseignement supérieurs français. L’attractivité de telles orientations pourrait être stimulée par des bourses et un système de stages en entreprises en France. • En priorité 3, dans le cadre de l’enseignement technique du système éducatif égyptien, pourrait être envisagée une participation à la mise en œuvre de dme ddidacticiels et modélisation économiques 21 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie formations françaises. professionnelles ciblées, en Egypte (1993-2003) en partenariat avec des entreprises Vers une autre conception de la francophonie A travers ces deux pans majeurs de l’intervention française, culturel et éducatif, et l’approche trilingue au niveau universitaire, se joue une autre approche de la francophonie. Il ne s’agit plus du français comme cible centrale, mais de la rencontre des deux cultures dans la professionnalisation des acteurs culturels et les coproductions artistiques, dans le débat d’idée à travers l’écrit dans les deux langues, du développement du français langue seconde parmi d’autres langues européennes et, au niveau des universités comme de la grande bibliothèque, d’un trilinguisme arabe-anglais-français. Ces approches sont de nature à replacer le français dans un contexte plus opérationnel. Les développements recommandés concourent plus sûrement à la francophonie que les dispositifs classiques actuels. Renforcer l’efficacité du dispositif Notre coopération a été orientée, historiquement, en faveur des certaines élites francophones et souvent francophiles. Cette cible a été historiquement pertinente. Elle le demeure encore aujourd’hui dans le cadre de la promotion de la francophonie. Mais cet objectif n’est plus suffisant dans un contexte marqué, sinon par un choc frontal entre les civilisations, du moins par une exacerbation de certaines tensions depuis l’automne 2001 et par le renforcement assez sensible du radicalisme confessionnel. La question reste posée de savoir dans quelle mesure le dispositif de coopération culturelle en Egypte permet de nouer un dialogue avec d’autres élites que francophones, avec ces élites stratégiques qui charpentent et structurent les mouvements radicaux. Ces élites, dont le portrait a été finement dessiné par de nombreux analystes et, plus récemment par le département d’Etat américain, méritent toute notre attention. Elles feront l’Egypte de demain. Le dialogue que nous pouvons nouer à chaque occasion avec cet intelligentsia arabophone (et très souvent aussi anglophone) doit permettre de réaffirmer, d’un côté, la pluralité des cultures, la multipolarité du monde moderne ou encore le respect de l’altérité. Il doit aussi, d’un autre côté, fournir l’occasion de rappeler, avec force l’attachement aux valeurs universelles, à la paix et à la sécurité. Le dialogue avec ces élites stratégiques constitue certainement l’un des meilleurs remparts au choc des civilisations. dme ddidacticiels et modélisation économiques 22 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Une meilleure connaissance des élites, notamment celles de la nouvelle génération et qui ne sont pas forcément proches du pouvoir, est aujourd’hui indispensable. Cette connaissance passe par un travail approfondi de documentation et de prospective stratégique. Seule cette intelligence permettra de juger de notre influence réelle en Egypte. La connaissance fine des élites stratégiques est un préalable aussi avant d’accueillir, de manière beaucoup plus conséquente qu’aujourd’hui, de nouveaux étudiants égyptiens en France. Le nombre de bourses accordées est trop faible (500 mois/hommes) par rapport à celui de nos partenaires européens (600 pour les Britanniques, 800 pour les Espagnols et quelques 1 400 pour les Allemands). Or, nous avons probablement autant besoin de ces échanges que les Egyptiens euxmêmes. Augmenter le nombre de bourses (à 1000 ou 1500 mois/hommes par exemple) pourrait s’avérer un objectif pertinent pour les deux parties. Rénover le dispositif de coopération économique La coopération économique reflète également le primat donné au politique et l’existence d’une coopération de « niches ». Les trois objectifs visés par la coopération économique sont le maintien ou l’accroissement de l’influence française, l’augmentation des investissements et des échanges entre les deux pays et le développement économique de l’Egypte : le premier objectif est largement resté au niveau politique et le troisième a été, à juste titre, considéré comme dépassant les moyens de la Coopération française, même si les interventions ont souvent eu des retombées économiques favorables pour le pays. La mise en œuvre des remises de dettes montre cette préférence accordée au traitement politique sur un traitement qui aurait davantage servi à la réalisation de projets de développement. Dès lors, les appuis de la Coopération française ont porté sur des secteurs certes fondamentaux pour le développement du pays mais pour lesquels l’objectif était surtout d’obtenir des marchés pour les entreprises françaises. Des résultats importants ont été obtenus, et, sans ces succès, l’influence française n’aurait sans doute pas la place qu’elle conserve actuellement, mais les marchés obtenus n’ont pas souvent été liés à des implantations durables des entreprises françaises. Cette coopération, qui devra disposer de plus de moyens, doit être rénovée : Mieux répondre à la demande égyptienne de coopération au développement Pour répondre à cette demande, les contraintes sont importantes : l’enjeu de la coopération économique n’est pas suffisant pour justifier une mobilisation de moyens exceptionnels ; les moyens d’intervention de la Coopération française ne sont pas du niveau de ceux par exemple de l’Union Européenne. dme ddidacticiels et modélisation économiques 23 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) On pourrait s’interroger sur la pertinence de faire de l’Egypte un pays de la ZSP pour lesquels des « projets » de développement financés sur dons seraient mis en œuvre. Mais cet instrument, largement ciblé sur les pays africains, ne correspond pas à la situation de pays émergent de l’Egypte. Outre le poids économique qui serait celui de l’Egypte par rapport aux autres pays de la ZSP, certains pourraient ne pas y voir un progrès de la relation spécifique franco-égyptienne. Il semble donc souhaitable d’exclure cette possibilité. Par contre la création d’une agence de l’AfD, déjà en gestation, pourrait être retenue. La forte capacité de mise en œuvre de projets de développement de cette institution permettrait, par exemple dans des domaines comme l’eau potable ou l’assainissement urbain, de mettre face à des besoins égyptiens pressants, des capacités françaises certaines. Certes, les interventions de l’AfD en Egypte ne peuvent en principe être réalisées que sous forme de prêts. Mais la réalisation de projets sous forme de dons est-elle nécessairement exclue ? Dans l’optique de répondre à cette demande égyptienne et d’assurer une place à la France dans la coopération au développement avec l’Egypte, il pourrait être utile de poursuivre les interventions du Bureau de Liaison Agricole Franco-Egyptien, BLAFE, qui représente actuellement le seul projet effectif d’aide au développement en cours de la Coopération française. Cet organisme, qui peut afficher 20 ans de coopération au développement dans le domaine agricole et, actuellement, une réussite certaine, risque de disparaître, ses moyens de financement reposant sur la contrepartie d’une aide alimentaire qui n’est plus justifiée pour l’Egypte. Le coût annuel d’environ trois millions d’euros ne serait sans doute pas plus élevé que pour des opérations nouvelles n’ayant pas fait leurs preuves. La coopération au développement peut aussi, dans certains cas, être réalisée par la coopération décentralisée. En raison de l’enthousiasme sentimental que provoque l’Egypte en France, la mobilisation d’une importante coopération décentralisée serait sans doute possible. Le travail engagé à Alexandrie par les régions PACA et Midi-Pyrénnées pourrait constituer une référence pour d’autres Gouvernorats. Si la coopération hospitalière qui se développe actuellement avec la ville de Lille avait été mise en place au moment où la Coopération française intervenait dans le domaine hospitalier, la France ne serait peut-être pas, comme actuellement, absente du secteur hospitalier en Egypte. Les autres possibilités sont certainement nombreuses, même si l’approche de l’Egypte, ne serait-ce que pour des questions de langage, n’est pas simple. Ces deux derniers types d’interventions posent le problème du rôle l’assistance technique : la bonne marche actuelle du BLAFE, la liaison avec la coopération décentralisée dans certains secteurs sont liées à la présence d’assistants techniques qui tendent à disparaître comme moyen d’intervention de la Coopération française. dme ddidacticiels et modélisation économiques 24 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Or une assistance ciblée sur des domaines spécifiques peut correspondre à une demande égyptienne : c’est le cas pour le BLAFE ; d’autres cas pourraient se présenter, par exemple pour des projets d’intervention institutionnelle dans le domaine éducatif. Mettre en œuvre un projet de gestion de site archéologique associant les différents instruments de la Coopération française La réalisation d’un projet de gestion de site archéologique, détaillée dans le rapport, aurait pour avantages : 1. d’apporter une réponse à la demande égyptienne de coopération au développement ; 2. d’aider l’Egypte à développer un secteur fondamental pour l’économie du pays ; 3. d’être en accord avec une orientation fixée par le Chef de l’Etat égyptien quant au développement du tourisme ; 4. de correspondre à une forte compétence française et à une des possibilités les plus importantes de développement des entreprises françaises en Egypte. Cette réalisation aurait aussi pour résultat de permettre – et peut-être d’obliger – les différents instruments de la Coopération française à travailler de concert : - la Mission Economique, qui estime le tourisme comme un secteur très prometteur pour les entreprises françaises ; - le CFCC, pour lequel cette réalisation serait un moyen de répondre à la forte pression du Conseil suprême égyptien des antiquités, qui, tout en rendant hommage à la recherche archéologique française, souhaiterait que l’intervention de la France s’étende à la gestion des sites ; - l’AfD, qui pourrait effectuer l’étude d’un projet qui ne peut logiquement relever du FASEP et qui aurait déjà effectué au Liban une intervention similaire. La visibilité d’une telle réalisation pour la Coopération française pourrait être importante aussi bien pour les Egyptiens que pour les autres pays – et visiteurs présents en Egypte. Actions à moyen terme dans le cadre de la coopération européenne Miser sur un projet européen afin de faire jouer au maximum les effets de levier L’effort à consentir en faveur de l’Egypte n’est pas négligeable (cf. ci-dessus). Il faut cependant se garder de le surestimer en prenant soin de le situer par rapport à dme ddidacticiels et modélisation économiques 25 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) la taille du pays, aux enjeux qu’il représente et... aux apports des autres partenaires de l’OCDE. L’affectation d’une partie de l’APD à un projet européen de grande envergure est une opportunité qui mérite d’être étudiée en détail. Dans cette optique, les dons que nous pourrions consentir à ce projet pourraient avoir le statut de « fonds propres » (au sens de l’analyse financière) avec lesquels nous pourrions bénéficier d’ « effets de levier » à condition de pouvoir mobiliser d’autres ressources (provenant de l’UE et des autres Etats-membres, notamment de l’Allemagne). Œuvrer en commun pour la création d’une université européenne Un projet de création d’une Université européenne pourrait constituer un grand dénominateur commun susceptible de rencontrer l’assentiment de toutes les parties : • Le développement d’un enseignement supérieur de qualité (et de niveau international) est un des défis auxquels sont confrontées aujourd’hui les autorités égyptiennes. La demande étudiante est forte alors que l’offre nationale est limitée ; • L’enseignement supérieur est l’un des secteurs prioritaires de la coopération européenne. L’Union dispose de moyens élevés mais semble parfois en panne de projets7 ; • L’Allemagne sera le partenaire le plus difficile à convaincre, au moins dans un premier temps. Berlin soutient en effet une université (German University in Cairo) qui a été créée récemment (2003) et qui rencontre un succès notable. La partie allemande exigera certainement des contreparties importantes pour fondre ses moyens dans un projet européen. Un soutien du projet au plus haut niveau de l’Etat égyptien constituerait un atout pouvant peser sur la décision de notre partenaire allemand à y participer. Un tel projet aurait aussi de nombreux avantages pour la partie française (et notamment celui de renforcer les synergies entre les différentes actions déjà en cours) : • La francophonie rencontre actuellement des difficultés. La formation des enseignants de français figure parmi celles-ci. L’ouverture d’un département de langue française (au côté de celui de langue anglaise) au sein de l’université permettrait de répondre à une grande partie des besoins. Ce département pourrait être renforcé par l’adjonction de l’actuel IUFP (Institut de Formation des Professeurs) ; • Il est clair que cette université européenne aurait vocation à accueillir les enseignements dispensés actuellement au sein des « filières » françaises 7 Cette pénurie de projets explique, pour partie, que la Commission ait transformé EUR 175 mns en aide budgétaire sur un programme de EUR 250 mns… dme ddidacticiels et modélisation économiques 26 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) d’enseignement supérieur (logées pour le moment dans les différentes universités du Caire et d’Alexandrie) ; • La création de cette université pourrait constituer une « voie de sortie par le haut » pour régler les problèmes que nous rencontrons actuellement avec l’UFE ; • Cette Université pourrait être aussi le lieu d’accueil d’un centre d’études et de recherche sur la société égyptienne, qui fait actuellement défaut, et qui nous permettrait de combler certaines lacunes sur la connaissances des élites de ce pays ; • Cette Université nous permettrait aussi d’engager un dialogue permanent avec les élites et de repérer celles susceptibles de parfaire leur formation en France ; La réforme actuelle du système d’enseignement supérieur (LMD) et l’harmonisation des diplômes constituent une réelle opportunité pour envisager la création d’un pôle universitaire européen en Egypte. Il est évidemment prématuré à ce stade de définir avec précision les différentes facultés que pourrait regrouper une telle université européenne. Le noyau dur devra être nécessairement constitué de l’existant : sciences et techniques (très présentes au GUC actuellement et axe fort pour l’UE), langues et sciences humaines (où nous pourrions jouer un rôle important, notamment dans un département de sciences politiques). Dans tous les cas, le succès d’une telle entreprise passera par le multilinguisme : arabe, anglais et français. Bien évidemment, un tel projet ne constitue pas la solution unique permettant de redynamiser la coopération française en Egypte. Mais on peut penser, au moins en première analyse, qu’il pourrait y contribuer grandement. * * * Ces quelques voies de progrès peuvent paraître ambitieuses. Il en existe probablement d’autres. Un balayage plus approfondi des futurs possibles (à l’occasion notamment de la prochaine élaboration du DSP) dévoilerait certainement l’existence de scénarios d’avenir nettement plus problématiques. Ces futuribles sombres ne sont heureusement pas certains. La Communauté internationale et la France en particulier peuvent contribuer, par leur proactivité, à les éviter. dme ddidacticiels et modélisation économiques 27 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie dme ddidacticiels et modélisation économiques en Egypte (1993-2003) 28 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Première partie Le contexte de la coopération dme ddidacticiels et modélisation économiques 29 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie dme ddidacticiels et modélisation économiques en Egypte (1993-2003) 30 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) I Cadrage géoéconomique8 L’Egypte est confrontée à un impératif de croissance… notamment pour assurer le plein emploi. La croissance devrait être de 7% par an pour réduire la pauvreté et assurer un emploi à tous. Comme la plupart des pays dans le monde, l’Egypte est confrontée à un impératif de croissance. Celle-ci est doublement nécessaire : en premier lieu, pour procurer un emploi aux quelques 5 à 600 000 nouveaux arrivants qui se présentent chaque année sur le marché du travail ; pour améliorer, ensuite, le niveau de vie de tous (le PIB par habitant à PPA est de l’ordre de 3 500 dollars9) et singulièrement celui des populations les plus pauvres (entre 11 et 13 millions suivant les sources, soit entre 17 et 20% de la population totale)10. Cet impératif n’est pas singulier mais il revêt une acuité particulière en Egypte. Compte tenu des structures productives, de leur efficacité et, d’une manière plus générale, de l’organisation économique et sociale, ce défi ne pourra être relevé avec succès sans une croissance très forte, qui se chiffrerait aux alentours des 6 à 7% par an. En d’autres termes, les objectifs en matière de croissance de l’emploi, du niveau de vie et de réduction de la pauvreté ne pourraient être satisfaits sans un doublement de la richesse tous les dix ans… Ces rythmes semblent inaccessibles à certains car le modèle économique égyptien serait à bout de souffle. Certes, l’Egypte a connu dans le passé des années fastes où les rythmes de croissance furent élevés. Mais, ces bonnes performances n’ont jamais perduré et les moyennes décennales, qui écrêtent les booms et les dooms, conduisent à des rythmes tendanciels nettement moins élevés (cf. graphique ci-dessous). Une croissance forte supposerait des réformes en profondeur. Selon certains observateurs, l’Egypte aurait d’autant plus de mal à suivre ce sentier de croissance forte que son modèle économique serait à bout de souffle ; la réduction sensible des rythmes de progression du PIB depuis le début de la décennie en serait la manifestation. 8 La géoéconomie est une discipline récente, mais prometteuse, qui cherche à resituer les dynamiques économiques et sociales dans leur contexte politique et géostratégique. Elle a participé à la rénovation en profondeur des travaux d’intelligence économique. 9 Cette évaluation a été réalisée par le PNUD (Rapport sur le développement humain 2003). Le niveau du produit intérieur brut (PIB) par habitant à parité des pouvoirs d’achat (PPA) corrige le montant en dollars courant des distorsions de change et de prix. Le niveau atteint par l’Egypte (3520 $) est proche de la moyenne des PVD (3850$). Sans correction PPA, le PIB par habitant n’est que de 960 $ en 2003, contre 1 440 en 2000. La chute est imputable exclusivement à la dépréciation de la livre égyptienne (LEG) qui a perdu 40% de sa valeur entre ces deux dates. 10 Selon le PNUD (Egypt Development Report 2003), on comptait 13 millions de pauvres en Egypte (disposant de moins de deux dollars par jour pour vivre) et 3,8 millions d’extrêmement pauvres (moins d’un dollar de ressource journalière). La multiplication des publications sur la pauvreté brouille quelque peu l’image que l’on peut s’en faire. Ainsi, une autre étude du PNUD évalue la population « pauvre » entre 20 et 44% de la population totale selon que la ligne de pauvreté se situe à 1 100 LEG annuel ou 1580 LEG (soit entre 145 et 205 euros par an). dme ddidacticiels et modélisation économiques 31 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Ce constat justifierait la mise en place d’une réforme ambitieuse, aux multiples dimensions tant économique que politique. Ses grandes lignes, assez standard, sont bien connues. La réforme passerait ainsi par une libéralisation de l’économie, par une réforme de l’Etat et par un assainissement des finances publiques. Sur le fond, la réforme vise à trouver de nouveaux ressorts à la croissance en favorisant l’initiative privée et les procédures de marché. Elle suppose, de manière concomitante, une réduction du poids de l’Etat et de ses interventions dans l’économie. Autant que faire se peut, la réforme doit être menée à rythme accéléré (cf. encadré) : les atermoiements, les demi-mesures ayant souvent plus d’effets négatifs que le statu quo. PIB réel par habitant (1950-2004), en dollars constants de 1990 en $ constant de 1990 3000 | Nasser Sadate Moubarak 2500 +5,2% par an 2000 +1,4% par an 1500 +1,9% par an 1000 500 0 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 Source : M addison, 2002 et calculs des auteurs pour 1999 à 2004 Un débat oppose les partisans d’une thérapie de choc aux autorités qui ont préféré un gradualisme à rythme lent. Les chocs de transition ont des coûts sociaux élevés. Des risques de déstabilisation ne sont pas à écarter. dme ddidacticiels et modélisation économiques Cette réforme est convaincus que la s’accompagner d’une parce qu’elle refuse première. soutenue par certains partenaires occidentaux libéralisation économique ne manquera pas de libéralisation politique. Or, c’est justement peut-être la seconde que l’Egypte renâcle, sinon bloque, la Plusieurs arguments en effet militent en faveur, sinon de l’immobilisme, du moins d’une gestion très prudente et très graduelle de la transition d’un modèle à l’autre. Nous en privilégierons deux. Le premier est d’ordre politique ; le second, économique : • Comme l’ont montré certaines expériences dans les pays de l’ex-CAEM et dans la fédération de Russie elle-même, la transition a des coûts d’ajustement, notamment sociaux, qui peuvent être parfois très élevés (et ce d’autant plus que l’expérience socialiste a été longue). Les laissés-pour-compte de la réforme sont généralement privés de l’accès aux marchés et pâtissent de la disparition des anciennes protections sociales. Le choc de transition 32 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) peut s’accompagner d’un risque réel de déstabilisation politique11. Ce risque est d’autant plus fort qu’il existe un mouvement d’opinion, confessionnel ou laïc mais structuré, porteur d’un projet alternatif de société et qui ne se reconnaît pas dans les normes et les valeurs sociales du capitalisme occidental ; • Le deuxième argument qui plaide en faveur d’un aménagement du modèle historique plus que d’une réelle transition vers le modèle libéral est d’ordre économique. Comme le montre le graphique cidessous, l’Egypte n’a pas à rougir de ses performances économiques sur la longue période. Certes, la croissance a été moins vive qu’en Tunisie, mais elle est demeurée bien supérieure à celle du Maroc (et de l’Algérie évidemment). D’autre part, le tassement actuel des rythmes de croissance pourrait ne pas être totalement imputable à des problèmes structurels mais pourrait relever simplement d’une situation conjoncturelle difficile (conflits régionaux, attentats aux Etats-Unis, voire ralentissement de la conjoncture dans les pays de l’OCDE…). Ce ralentissement pourrait être enrayé par des politiques keynésiennes de relance par la demande : grands travaux (Tochka par exemple), politique budgétaire expansionniste, politique fiscale laxiste… L’état des finances publiques, déjà dégradé, en souffrirait certainement mais la relance ne devrait pas manquer de s’accompagner aussi d’une hausse des assiettes fiscales. De même, les marges de manœuvre en matière de financements extérieurs rendent possible des politiques volontaristes de réactivation de l’activité. Le modèle égyptien a fait ses preuves sur le long terme. L’économie est aujourd’hui en panne. Mais est-ce une panne de moteur ou de carburant ? PIB par habitant (base 100 en 1950) 400 Tunisie 350 300 Egypte 250 Algérie 200 150 Maroc 100 50 0 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 Source : M addison (2002) Enfin, il faudrait peut-être ajouter un troisième argument, « en creux » cette fois, qui milite aussi en faveur d’une adaptation progressive du 11 Le président Bush a exprimé, lors du dernier sommet de l’OTAN à Istambul en juillet de cette année, une opinion inverse en estimant qu’ « A long terme, la stabilité d’un régime dépend de son ouverture au changement et de sa capacité à répondre aux attentes des citoyens ». Selon certains observateurs, ces propos visaient, implicitement, l’Arabie saoudite ; mais ils pourraient concerner, selon d’autres, la plupart des nations réunies dans le Grand Moyen Orient dessiné dernièrement par l’administration américaine. dme ddidacticiels et modélisation économiques 33 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie La prudence s’impose : le succès d’une thérapie de choc n’est absolument pas assuré. en Egypte (1993-2003) modèle historique. Comme l’ont montré certains travaux de la CNUCED consacrés aux pays les moins avancés, le succès de la réforme n’est absolument pas garanti (ce que nous avaient aussi appris les bilans réalisés par la Banque mondiale sur ses politiques d’ajustement structurel). Les effets positifs attendus d’une économie de marché en concurrence pure et parfaite sont, à cet égard, tout aussi théoriques –et chimériques- que ceux que l’on pouvait escompter, naguère, d’une économie centralisée et parfaitement planifiée. Dans ces conditions, il n’apparaît pas alors illégitime d’hésiter entre un sous-équilibre de marché imparfait et un second best résultant d’une économie plus administrée que planifiée. Il ne s’agit pas ici de trancher entre ces deux thèses (thérapie de choc versus gradualisme), ni de conclure à la supériorité d’un mode gestion sur l’autre. Il importe en revanche, dans ce cadrage volontairement court, d’éclairer le débat en privilégiant l’étude de quelques thèmes12 : • Faut-il changer le moteur de la croissance ou améliorer l’existant ? Le diagnostic doit porter sur : -1) La nature du modèle ; -2) La productivité ; -3) La compétitivité ; -4) Les finances publiques ; -5) Les comptes extérieurs. 12 La nature du modèle égyptien. En dépit des réformes engagées –que d’aucuns jugent trop timides- l’Egypte demeure encore, sinon une économie de commandement comme elle le fut naguère sous Nasser, du moins une économie fortement administrée, mais sans être correctement planifiée ; • Les facteurs de croissance à long terme. Le modèle égyptien de croissance a été longtemps basé sur une accumulation intensive de capital et de travail. Ce modèle montre aujourd’hui ses limites. Le retour à une croissance forte est possible à condition d’accroître de manière substantielle la productivité des hommes et des machines. Les gisements de productivité ne manquent pas… ; • La compétitivité. La faible productivité des facteurs joue négativement sur la compétitivité de l’économie. Selon toute vraisemblance, aucun progrès tangible n’a été réalisé depuis 25 ans dans ce domaine. Sur le long terme, la politique de monnaie faible se révèle être un échec partiel ; • Les finances publiques. Les déficits publics s’accumulent depuis une petite dizaine d’années et ne cessent de s’amplifier. Ce dérapage est la traduction d’une croissance forte des dépenses dans un contexte de ralentissement des recettes. Le déficit est financé essentiellement par l’épargne domestique des agents privés. C’est autant de financement en moins pour les investissements de productivité dont le pays a tant besoin ; • Les relations économiques extérieures. L’Egypte est peu ouverte sur le reste du monde (moins que l’Albanie d’aujourd’hui !). Elle bénéficie d’un certain nombre de « rentes ». L’exploitation de ces avantages acquis permet de couvrir sans difficultés réelles ses importations. Le choix de privilégier ici une analyse plus structurelle des faits économiques, en portant notamment le regard de la longue période, se justifie aussi par l’existence de nombreux travaux de la DREE qui fournissent un suivi conjoncturel détaillé et très complet sur lequel nous nous sommes très largement appuyés pour rendre compte des tendances récentes de l’économie égyptienne. dme ddidacticiels et modélisation économiques 34 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) En résumé, l’économie égyptienne n’est pas malade. Il n’est pas nécessairement opportun de se rallier sans réserve aux préconisations de politique économique soutenues par certains partenaires occidentaux, tant bi que multilatéraux. Le respect du consensus de Washington ne s’impose pas dans un pays dont les équilibres financiers extérieurs ne sont pas menacés. Il faut certainement se garder aussi d’adhérer trop promptement aux conseils qui suggèrent à l’Egypte d’engager sans délai une réforme audacieuse et à un rythme accéléré. Il faut mesurer les risques politiques, économiques et sociaux que présente cette option, et comprendre ainsi certaines résistances au changement. La théorie des jeux enseigne qu’une stratégie sous-optimale est préférable à toute autre si elle est la seule à offrir des solutions de repli et de possibilité de réversibilité. Ce constat ne doit pas pour autant conduire à l’immobilisme. Comme le montrent les quelques thèmes développés ci-dessous, l’économie égyptienne doit continuer de croître à un rythme rapide. Elle doit se moderniser. L’augmentation de la productivité du capital et du travail constitue un enjeu majeur. Notre coopération économique pourrait y contribuer grandement. A cet égard, l’implantation de firmes françaises (et plus généralement européennes) en Egypte pourrait constituer un facteur favorable à la diffusion de normes de production, de méthodes d’organisation du travail, de techniques de gestion susceptibles d’accroître la productivité. Il serait évidemment naïf d’imaginer que ce melting pot économique puisse réduire, à lui seul, toutes les entraves qui freinent actuellement l’essor des forces productives égyptiennes. Mais, pourquoi se priver de ce vecteur qui participe aussi, à sa façon, au dialogue des cultures et dans lequel les deux parties seraient gagnantes ? dme ddidacticiels et modélisation économiques 35 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Le lancinant problème du rythme des réformes L’alternative, posée à l’occasion de l’effondrement du bloc communiste au début des années 1990, entre « gradualisme » et « thérapie de choc » a fait couler beaucoup d’encre. Il serait quelque peu présomptueux de vouloir résumer ici en quelques lignes les échanges, souvent francs et directs, entre les tenants de chacune des deux options. Il importe néanmoins de rappeler quelques faits majeurs concernant le rythme de transition d’un statut (économie administrée) à l’autre (économie de marché) : - Si de nombreux économistes, à commencer par Marx lui-même, se sont penchés sur les modalités de passage du capitalisme au socialisme, il n’y a pas eu –ou très peu- de travaux antérieurs à 1990 étudiant le parcours inverse (et ceci ne laisse pas d’étonner quand on sait l’intérêt que les Etats-Unis attachait à la chute de l’Union soviétique). La plupart des travaux s’intéressant à la transition sont d’ordre empirique et relèvent de l’économie appliquée. Il n’y a pas aujourd’hui de « théorie de la transition » et encore moins de corpus scientifique robuste permettant de justifier la vitesse idéale qui doit présider au passage d’un état à l’autre. Interrogé à ce sujet, l’économiste américain Jeffrey Sachs, père spirituel de la thérapie de choc polonaise, n’a su répondre à ce problème qu’au moyen d’une boutade. Selon lui, la transition au marché pouvait être comparée à une modification du sens de circulation des véhicules. Que pouvait-on penser à ce sujet d’une politique « graduelle » qui aurait inversé dans un premier temps le sens de circulation des automobiles et remis à plus tard celui des camions ? - Le problème principal est peut-être moins celui de la vitesse d’évolution (qui relève finalement de choix politiques) que celui de la cohérence et de l’efficacité des mesures à mettre en oeuvre. Ainsi, et de manière quelque peu paradoxale, la transition au marché a d’autant plus de chance d’être couronnée de succès qu’elle est fortement planifiée par les autorités. Durkheim (et d’autres sociologues) ont montré que les configurations sociales les plus dangereuses étaient moins liées au changement qu’à l’éventualité d’une anomie, c'est-à-dire une situation où les anciennes règles ont disparu sans que les nouvelles normes et les nouvelles valeurs soient totalement internalisées par les agents. - Cette « bonne gouvernance », qui doit fixer clairement la marche à suivre, permet d’éviter l’enfermement dans un cercle vicieux conduisant progressivement au blocage de la réforme et, in fine, à l’immobilisme. L’Egypte fournit une illustration de cette dynamique de l’(auto)-blocage. Là-bas, comme ailleurs, la transition peut exacerber les risques politiques et sociaux de déstabilisation du régime. Face à ce risque, les autorités peuvent être enclins à ne choisir que des réformes timides, voire à ne prendre que des demi-mesures. Les effets de ces politiques frileuses sont souvent faibles, voire même négatifs. Ils renforcent alors les risques évoqués plus haut. Le cercle se referme. - Lorsque des effets négatifs surviennent (comme la hausse des prix après une dévaluation ; comme les licenciements après une privatisation) les autorités peuvent avoir la tentation de prendre des contre-mesures susceptibles d’amortir le choc de transition (subventions aux produits par exemple, ou encore réintégration dans le secteur public des travailleurs licenciés). Ces « contre-feux », justifiés d’un point de vue politique, sont généralement incohérents avec la philosophie d’ensemble de la réforme. Son avancement se fait alors par saccades, de plus en plus chaotiques : « un pas en avant, deux en arrière ». Dans cette évolution, intérêts économiques, impératifs sociaux et direction politique se mettent alors à diverger. - Au fur et à mesure que le temps passe, les distorsions induites par les « patchs » correctifs se multiplient et s’enchevêtrent. Le coût politique, économique et social de la réforme devient de plus en plus considérable. Le pouvoir hésite évidemment à changer de politique tant que les avantages tirés du modèle antérieur sont supérieurs aux coûts anticipés de l’ajustement. Cette prime au conservatisme est d’autant plus forte que pèse une forte incertitude sur l’avenir. dme ddidacticiels et modélisation économiques 36 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Une économie administrée A maints égards, l’Egypte présente de nombreux traits d’une économie de commandement. Ce concept, largement utilisé naguère pour décrire le fonctionnement des régimes socialistes soviétiques13, désigne un mode d’organisation et de gestion politique, économique et sociale dans lequel l’Etat est l’acteur principal. Les décisions économiques, souvent volontaristes, émanent essentiellement du pouvoir politique central qui mobilise ses entreprises publiques, industrielles et commerciales, ainsi que le système bancaire nationalisé comme un état-major manœuvre ses bataillons sur le théâtre des opérations. Le système de planification, plus ou moins impérative, rédige la « feuille de route » de presque tous les acteurs en leur imposant ce qu’ils doivent produire et ce qu’ils doivent consommer. Les prix officiels sont manipulés, souvent dans un but social, et ne reflètent que très imparfaitement les raretés relatives. Le marché, qualifié selon les points de vue de « libre » ou de « noir », est limité aux activités informelles, non officielles sinon out law, mais qui peuvent représenter suivant les pays entre 20 et 40% de l’activité. L’Egypte porte la marque d’une économie de commandement. Les comparaisons avec l’organisation militaire est parfois poussée plus loin chez certains analystes qui comparent ces économies régies par les lois du « capitalisme monopoliste d’Etat » à des économies de guerre, sans pour autant que celles-ci soient toujours en conflit (le Japon, de l’ère Meiji à celui du MITI, a souvent été désigné sous ce libellé). Ce mode d’organisation a fortement prévalu en Egypte, après la destitution du roi Farouk, durant toutes les années de la présidence de Gamal Abdel Nasser (soit de 1952 à 1970). La mobilisation de l’économie en vue de conforter le socialisme arabe passera alors par la nationalisation de nombreux actifs industriels et commerciaux, y compris ceux de la compagnie du canal de Suez, provoquant par là-même, en octobre 1956, une forte tension internationale avec la France, la Grande Bretagne et Israël. Cette économie mobilisée se transformera en une véritable économie de guerre lors du deuxième conflit avec Israël en 196714. Le capitalisme monopoliste d’Etat a été mis en place sous Nasser Les réformes impulsées par Sadate seront timides. Le président Sadate, parvenu au pouvoir en 1971 après la mort de Gamal Abdel Nasser, infléchira progressivement le modèle socialiste érigé par son prédécesseur. Cette évolution sera fera à pas comptés, et non sans hésitations. 13 Cf, notamment, Sapir, J.(1990), L’économie mobilisée. Essai sur les économies de type soviétique, La Découverte, Paris. 14 L’Egypte était déjà entrée en conflit avec Israël en 1948. Les piètres performances de l’armée égyptienne lors de cet affrontement ont probablement renforcé le mouvement d’opposition porté par le groupe des « officiers libres » (qui comptait G.A. Nasser parmi ses membres) et précipité la chute du roi Farouk. dme ddidacticiels et modélisation économiques 37 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Le Caire s’éloignera doucement de Moscou Apaisement avec Israël, rapprochement avec les Etats-Unis, refroidissement avec une partie du monde arabe. La signature en 1971 du traité d’amitié avec l’Union soviétique (qui renvoyait un signal fort de continuité avec les options prises antérieurement par le président Nasser) n’allait pas empêcher le nouveau régime de prendre assez rapidement ses distances avec Moscou (dont les conseillers seront remerciés moins d’un an après la signature du traité). La défaite cinglante infligée par Israël lors de la guerre du Kippour d’octobre 1973 (et qui se conclura par l’occupation du Sinaï par l’Etat hébreu) contribuera certainement à rompre avec la logique d’affrontement israélo-arabe prévalant au cours de la période nassérienne. Le processus d’apaisement sera long, laborieux mais fructueux puisqu’il se soldera par des accords de paix signés à Camp David en septembre 197815. Ce processus, largement orchestré par l’administration américaine, s’accompagnera d’un rapprochement marqué avec les Etats-Unis. La signature du traité de paix avec Israël ne manquera pas de susciter quelques ressentiments dans le reste du monde arabe qui ne cachera pas toujours ses inimitiés vis-à-vis d’Anouar al-Sadate. Ces tensions dénoueront certaines alliances qui réduiront d’autant l’influence régionale de l’Egypte (de manière très symbolique, le siège de la ligue arabe déménagera du Caire pour s’installer à Tunis). Sur le plan intérieur, la politique de l’infitah (« ouverture économique ») menée par le président Sadate se traduira par une libéralisation relative et hésitante. Ainsi, le processus de démocratisation enclenché à partir du milieu des années 1970 s’enrayera assez rapidement (et sera même bloqué dès la fin des années 1970). De même, la nouvelle politique économique se traduira plus par un relâchement de certains contrôles exercés par l’Etat que par une remise en cause en profondeur du caractère administré de l’économie égyptienne. Au total, les mesures engagées cherchaient à favoriser l’émergence d’un nouveau secteur privé, éventuellement sous contrôle étranger, mais sans réduire significativement le périmètre des activités administrées. Au début des années 1980, l’économie égyptienne était encore largement une économie de commandement. La réforme économique de Sadate était une gageure : libéraliser sans modifier le périmètre du secteur public ! Deux facteurs au moins se conjuguent pour expliquer cette valse-hésitation et les atermoiements dans la libéralisation économique et politique du pays. Le premier est extérieur. Les Etats-Unis, dont le rôle ira croissant à partir du milieu des années 1970, n’exerceront qu’une pression très modérée sur l’Egypte afin que le pays s’engage résolument sur la voie de la réforme. Dans cette politique de négligence bienveillante, le discours réformiste apparaît très formel, sinon incantatoire ; l’aide prodiguée par les Etats-Unis étant, en pratique, déliée de toute performance en matière de libéralisation économique et de démocratisation du régime. Le second facteur est intérieur. Le rapprochement avec Israël auquel s’opposeront les mouvements confessionnels radicaux, certaines réformes de l’Etat qui ont pu bousculer les rentes de situation et le pouvoir des clans, vont renforcer Les Etats-Unis n’ont pas vraiment poussé à la réforme... trop soucieux de ne pas déstabiliser le régime égyptien. 15 en Egypte (1993-2003) L’Egypte ne recouvrera sa pleine souveraineté sur le Sinaï qu’en mai 1982. dme ddidacticiels et modélisation économiques 38 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) l’opposition politique au régime. Les risques de déstabilisation justifieront le blocage de la réforme, voire un certain retour à des pratiques répressives héritées de la période Nasser. Cette tendance réactionnaire ne parviendra pas à éviter le déchaînement de la violence qui culminera avec l’assassinat du président Sadate, en octobre 1981, par un groupe d’islamistes extrémistes. Vice-président depuis 1975, Hosni Moubarak sera élu président de la république arabe d’Egypte en novembre 1981 (et constamment réélu depuis). Le soutien de l’Egypte lors de la guerre du Golfe lui vaudra une remise de dette importante. FMI et Banque mondiale invitent à la réforme… mais le pouvoir égyptien tergiverse et gère ses atermoiements au niveau géopolitique. La situation politique intérieure est incertaine. Le contexte régional est tendu. La réforme économique reviendra à l’ordre du jour au début des années 1990. Le rétablissement des équilibres financiers bénéficiera d’un appui constant du FMI entre 1991 et 1998. Sur les conseils du Fond, l’Egypte adoptera, en 1996, un vaste programme de modernisation et de libéralisation (dont les principes directeurs avaient été définis dès 1991, conjointement avec le FMI). Les réformes visaient l’élimination des subventions, la libéralisation des prix des biens de consommation, la suppression des obstacles non tarifaires ainsi que la privatisation de l’industrie. La réforme devait toucher aussi le fonctionnement de l’Etat qui était invité à réduire son déficit budgétaire (en freinant l’augmentation des dépenses publiques et en augmentant ses recettes à l’occasion d’une réforme de la fiscalité). Enfin, les mesures d’ajustement concernaient aussi la politique monétaire et cambiaire : la réforme du système de crédit (qui impliquait la privatisation du secteur bancaire) et la dévaluation de la livre en constituaient les axes principaux. Plusieurs des mesures préconisées ont été effectivement engagées : certains produits de première nécessité, comme le sucre, les huiles alimentaires ou encore les produits laitiers, ne bénéficient plus de subventions ; 200 entreprises publiques (sur les 314 recensées) ont changé de statut ; dans le secteur agricole, les loyers de la terre ont été libéralisés ; le régime de change (en crawling peg avec l’USD jusqu’en 2000) a évolué vers un système de flottaison « sous surveillance » ; dans l’ensemble, les mesures de libéralisation ont permis l’émergence d’un milieu d’affaires dynamique… Toutefois, de très nombreuses mesures n’ont toujours pas été exécutées : le système bancaire n’a pas encore été privatisé (les quatre plus grandes banques du pays, qui représentent 60% des actifs bancaires, restent la propriété de l’Etat) ; certaines entreprises industrielles et commerciales (comme les télécommunications ou encore les transports) ont été jugées stratégiques et sont restées publiques ; les textes concernant la réglementation des monopoles, défavorables à certains clans, n’ont toujours pas été promulgués ; la réforme de la fiscalité se fait attendre alors que la progression des dépenses publiques demeure forte. Selon de nombreux observateurs, la réforme serait pratiquement au point mort depuis 2000. Si l’économie égyptienne n’est plus aujourd’hui l’économie de commandement qu’elle était encore il y a vingt ans, elle demeure néanmoins toujours fortement administrée. Les réformes seraient aujourd’hui au point mort. dme ddidacticiels et modélisation économiques 39 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Sociétés hydrauliques et économie de commandement Les sociétés hydrauliques se caractérisent par un pouvoir politique fort, maîtrise de l’eau. La survie de la communauté en dépend ; le pouvoir d’organisation politique s’accompagne souvent d’une forte mobilisation d’autant plus justifiée que l’initiative privée et les efforts individuels sont mener à bien les travaux, souvent gigantesques, de maîtrise de l’eau. centralisé, chargé de veiller à la y trouve sa légitimité. Ce mode de l’économie. Celle-ci apparaît généralement peu efficaces pour A maints égards, l’Egypte contemporaine continue de porter les marques caractéristiques d’une société hydraulique. Comme le montrent les travaux de Christophe Ayad (*), « Le Nil a joué le rôle de matrice physique et culturelle. Il a littéralement contraint les groupes humains présents dans la vallée à se regrouper et à s’organiser pour survivre ». Il n’est pas étonnant dans ces conditions que l’Etat (et la bureaucratie) se soient imposés très tôt sur les rives du Nil. La gestion de l’eau demeure une question plus politique que technique. La réalisation des grands ouvrages hydrauliques relève du niveau suprême. Le projet actuel du canal de Toucka, ou celui du canal de la paix dans le Sinaï, n’échappent pas à cette règle, plusieurs fois millénaire (les deux projets conduisent à détourner les eaux du Nil pour l’irrigation de quelques 700 000 ha supplémentaires qui porteraient la superficie agricole utile de 6 à 20% du territoire égyptien). Le Nil est aussi un sujet de préoccupation géopolitique pour l’Egypte. Seul un quart du cours du fleuve coule en Egypte (le reste au Soudan et en Ouganda). La perte du Soudan (et son indépendance en 1956) a certainement joué dans l’édification du haut barrage d’Assouan dont le but est de contrôler une partie de ressources du fleuve. L’ouvrage a contribué à séparer l’Egypte du reste de l’Afrique (même si la situation au Soudan reste une préoccupation majeure du Caire). Mais, il a permis aussi d’éloigner le spectre de la sécheresse et de la famine. (*) Christophe Ayad, Géopolitique de l’Egypte, Editions Complexe, Paris, 2002. dme ddidacticiels et modélisation économiques 40 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Une faible productivité du capital et du travail Sur longue période, la croissance dépend essentiellement des rythmes d’accumulation du capital physique (infrastructures et machines) ainsi que des dotations en capital humain (population active). L’incidence de ces deux facteurs sur le niveau de la production dépend aussi de leur productivité respective. Croissance du PIB (%) 8,0 6,0 4,0 2,0 2003 2001 1999 1997 1995 1993 1991 0,0 -2,0 -4,0 -6,0 -8,0 Total Par habitant A l’instar des autres économies de commandement d’inspiration socialiste, l’économie égyptienne est très capitalistique. La priorité accordée aux infrastructures, souvent coûteuses mais dont la productivité intrinsèque est faible, explique pour partie la forte intensité en capital de la production. Le coefficient de capital calculé sur la très longue période (1960-2000) s’élève à 5,5 ; il a eu tendance à augmenter légèrement (5,8) au cours des vingt dernières années. Ce coefficient laisse apparaître une très faible efficacité marginale du capital (de l’ordre de 20%, si ce n’est moins, alors qu’elle est généralement comprise entre 30 et 40% dans les pays à revenu intermédiaire les plus dynamiques)16. Dans ces conditions, une croissance équilibrée à un taux constant de 5% en moyenne annuelle nécessiterait un taux d’investissement de l’ordre de 25 à 30%17. Ce taux d’effort, très élevé, a pu être repéré dans le passé (cf. graphique ci-dessous), au cours des périodes de croissance soutenue (1974-1990). Or, on constate depuis le début de la dernière décennie, une tendance à la baisse du taux d’investissement qui avoisine aujourd’hui les 20%. A ce niveau, la croissance potentielle de l’économie égyptienne n’est plus que de 3,6% par an. Les performances actuelles (entre 3 et 3,5% l’an) montrent que l’économie égyptienne est bien sur son rail de croissance équilibrée de long terme. Elle n’est donc pas en déflation comme le suggèrent certains analystes. Le problème est que ce rythme tendanciel est probablement insuffisant pour absorber le sous-emploi (près de 5 millions d’actifs) et occuper les nouveaux arrivants qui se présentent chaque année sur le marché du travail (+500 000). L’économie égyptienne est très capitalistique. Mais, la productivité de ce capital est faible. Une croissance forte ne pourra être obtenue sans un relèvement massif de la productivité de ce facteur. 16 Dit autrement, il faut investir 5$ pour créer 1$ de richesse. 17 Ce calcul simplifié s’appuie sur les résultats d’un modèle de croissance équilibrée de type Domar (1949) dme ddidacticiels et modélisation économiques 41 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La faible efficacité du capital constitue une des limites les plus sérieuses au modèle égyptien de croissance. Le relèvement de la productivité du capital est un impératif : si la croissance désirée est de 5% l’an et que le taux d’investissement se maintient à 20% du PIB, l’efficacité du capital doit augmenter de près de 30%18. Ce relèvement de la productivité du capital exige du temps. Il suppose aussi un ré équilibrage en faveur des investissements les plus productifs. Taux d'investissem ent (en % du PIB) 40,0 35,0 30,0 25,0 20,0 15,0 10,0 sources : WDI et DREE-Trésor 2000 La croissance dépend aussi de la dotation en capital humain et de sa productivité. La population active est de l’ordre de 25 millions (sur une population totale de 70 millions environ, soit un taux d’activité de 35% environ). Selon le PNUD19, seul 10% de la population active serait employée dans le secteur informel et l’Egypte ne compterait (en 2001) que 9% de chômeurs. Ces données sont sujettes à caution ; certaines sources estimant que le secteur informel pourrait contribuer entre 25 et 40% au PIB de la nation, le taux de chômage étant estimé, quant à lui, autour de 20%20. 1995 1985 1980 1975 1970 1965 1960 0,0 1990 5,0 Productivité apparente du travail (base 100 en 1960) 350 La productivité du travail croît de 2,2% par an depuis 1980 300 250 200 150 100 50 La croissance de la population active approche les 2,6% par an depuis le début de la décennie 1980 (soit 550 000 nouveaux arrivants chaque année sur le marché du travail). Cette progression étant plus faible que celle de l’activité, la productivité moyenne apparente a augmenté au rythme moyen de 2,2% par an depuis le début des années 1980. Cette performance est relativement médiocre. Elle confirme, indirectement, l’hypothèse que les investissements réalisés ont plus augmenté les capacités de production que la productivité des facteurs. source : WDI 2000 1996 1992 1988 1984 1980 1976 1972 1968 1964 1960 0 Les rythmes de croissance de la productivité apparente du travail sont décevants compte tenu des efforts d’investissement en capital humain réalisés par les autorités égyptiennes. Ces investissements ont porté en premier lieu dans l’éducation : le taux de scolarisation dans l’enseignement primaire est 18 En d’autres termes, le coefficient de capital doit baisser de 5,5 à 4. 19 PNUD, Egypt Human Development Report, 2003. 20 Source : Ambassade de France en Egypte, Situation économique et financière de l’Egypte au début 2004, Missions Economiques, DREE-Trésor, n°23, Le Caire, 12/02/04 dme ddidacticiels et modélisation économiques 42 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) passé de 69% en 1960 (ce qui était déjà à l’époque une belle performance) à près de 92% en 2001. La progression la plus spectaculaire concerne le secondaire où le taux, dérisoire en 1960 (17,1%) dépasse aujourd’hui les 70%. Au total, le taux de scolarisation combiné (primaire et secondaire) a été multiplié par deux en quarante ans. La progression des effectifs dans l’enseignement supérieur a considérablement augmenté aussi : moins de 10% de la classe d’âge pertinente en 1960, un peu plus de 30% actuellement. Ces efforts en faveur de l’éducation ont fait reculer l’analphabétisme qui touchait encore 3 Egyptiens sur 4 au début des années 1960 et qui ne concerne plus maintenant qu’un sur trois. La croissance de la productivité du travail est décevante. Elle ne reflète pas les investissements dans l’homme réalisés par les autorités depuis 30 ans. Les progrès enregistrés dans l’état sanitaire de la population ont participé aussi à l’amélioration de la qualité du capital humain. La liste de ces progrès est longue. L’espérance de vie, pour n’en citer qu’un, a augmenté de 12 ans en 25 ans (1976-2001), soit près de 6 mois d’espérance de vie supplémentaire tous les ans. Cette espérance atteint aujourd’hui les 67 ans (comme au Maroc, mais moins qu’en Tunisie -72 ans). L’allongement de la durée de vie doit beaucoup à la réduction de la mortalité infantile qui a été divisée par presque 4 en 40 ans (passant de 108 à 30 pour mille entre 1960 et 2000). L’indicateur de développement humain (IDH) calculé par le PNUD place l’Egypte dans la catégorie « développement humain moyen » et en 120ème position mondiale (sur un total de 175 pays classés). Son niveau d’IDH est proche de la moyenne des pays arabes et des nations en développement. Sur longue période, la valeur de l’IDH de l’Egypte a eu tendance à augmenter (cf. graphique gauche ci-dessous). Les écarts de développement humain avec la Tunisie et l’Algérie ont eu tendance à se résorber (comme le montre le graphique à droite ci-dessous, le niveau de développement humain de l’Egypte représentait 88% de celui de la Tunisie en 2001 contre 84% en 1975). Les écarts avec le Maroc, en faveur cette fois de l’Egypte, continuent d’augmenter. IDH (1975-2001) 0,7 Ecarts régionaux d'IDH (en %) 110 0,6 105 Maroc 0,5 100 0,4 0,3 95 0,2 90 0,1 Algérie 85 Tunisie 0 1975 1980 1985 1990 1995 2001 80 1975 1980 1985 1990 1995 2001 source: PNUD, 2003 dme ddidacticiels et modélisation économiques 43 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L’amélioration sensible du capital humain ne se reflète donc que très imparfaitement dans la productivité apparente du travail. La productivité moyenne est à peine supérieure à 4000 USD par an et par travailleur. C’est certes mieux qu’au Maroc (moins de 3000 USD) mais en retrait toutefois par rapport aux autres pays de la région (cf. graphique cicontre). Productivité m oyenne apparente du travail (en USD) en 2001 8 000 6 000 4 000 2 000 Algérie Tunisie Egypte Maroc 0 Un ouvrier égyptien produit 50% de moins que son homologue marocain… …et coûte 10% de plus. Le chômage des jeunes diplômés est inquiétant et présente de forts risques politiques. 21 Et cette moyenne cache de profondes disparités sectorielles. Ainsi, dans l’agriculture, qui emploie environ le tiers des actifs, la productivité ne dépasse pas les 2 000 USD par an (moins de 5 euros par jour), soit deux fois que la moyenne nationale. Les rendements du travail sont évidemment plus importants dans les industries manufacturières (près de 6000 USD/an), mais ils demeurent sensiblement plus bas qu’au Maroc (9000 USD/an). Ces écarts de productivité sont d’autant plus problématiques qu’ils se ne sont pas compensés par des différences de rémunération. Pis, la main d’œuvre marocaine employée dans les industries manufacturières coûte, en moyenne, 10% de moins qu’en Egypte alors que sa productivité est de 50% supérieure21. Liban 10 000 Jordanie 12 000 La faiblesse –relative- de la productivité du travail pourrait s’expliquer davantage par des défauts dans l’organisation et la gestion des ressources humaines que par les piètres qualités intrinsèques de la main d’œuvre. D’une manière générale, et l’Egypte pourrait ne pas échapper à ce constat, les économies administrées, sinon de commandement, ont une faible propension à réaliser de forts gains de productivité. Or, ces gains sont indispensables pour assurer une croissance forte et soutenable à long terme. Les difficultés rencontrées par l’appareil de production égyptien pour absorber les sortants du système éducatif constitue une autre limite –fortedu modèle égyptien de croissance. L’inadéquation entre les qualifications et l’emploi est particulièrement visible pour les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. Ainsi, plus de 55% des chômeurs sont bacheliers (et certains possédant beaucoup plus que ce premier grade universitaire). Le chômage des jeunes diplômés a un coût social élevé : les investissements consentis pas la collectivité ne sont pas rentabilisés si les bénéficiaires ne peuvent contribuer, en exerçant leur talent, à l’augmentation de la richesse nationale. Source : Banque mondiale, WDI 2002. dme ddidacticiels et modélisation économiques 44 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Une compétitivité qui stagne La faiblesse –relative- de la productivité des facteurs (capital et travail) joue négativement sur la compétitivité de l’économie égyptienne. Taux de change effectif réel (base 100=1990) 2001 2004 2001 2004 1998 1995 1992 amélioration 1989 1986 1983 1980 180 détérioration 160 140 120 100 80 60 40 20 0 Taux de change nom inal (dollars pour une livre) 1998 1995 1992 1989 1986 1983 1980 1,60 1,40 1,20 1,00 0,80 0,60 0,40 0,20 0,00 Taux de croissance des prix à la consom m ation (%) 30 25 20 15 10 5 22 2004 2001 1998 1995 1992 1989 1986 1983 1980 0 Le taux de change effectif réel (TCER) est l’indicateur le plus fréquemment utilisé pour apprécier l’évolution de la compétitivité. La chronique de cet indice au cours des vingt-cinq dernières années fait apparaître quatre grandes périodes : - Jusqu’en 1988, les autorités égyptiennes ont opté pour un ancrage nominal de livre égyptienne (LEG) sur le dollar (USD). La parité fixe (USD1=LEG 0.7) s’est révélée intenable à long terme dans la mesure où l’inflation intérieure a toujours été supérieure à la hausse des prix des principaux clients et fournisseurs. Il s’en est suivi une perte de compétitivité ; - La période 1989-1991 est marquée par des dévaluations en cascade (crawling peg) au cours desquelles la livre perd quelque 80% de sa valeur contre dollar22. Ces dévaluations exacerbent l’inflation mais la hausse des prix intérieurs demeure toutefois inférieure à la décote de la monnaie : la compétitivité-prix de l’économie égyptienne s’améliore sensiblement ; - Le choix, pour maîtriser l’inflation, d’un retour au taux de change fixe tout au long de la décennie 1990 se traduira, comme au début des années 1980, par une érosion régulière de la compétitivité ; les prix égyptiens augmentant alors sensiblement plus vite que ceux de ses partenaires commerciaux ; - Dix ans après les premières expériences de dévaluation en cascade, l’Egypte renoue au début des années 2000 avec une politique de crawling peg en décrochant la livre du dollar. Celle-ci perd alors près de 50% de sa valeur. Cette dépréciation avive l’inflation mais sans que la hausse des prix ne parvienne à rogner les effets de la dévaluation : la compétitivité s’améliore lentement. Il est difficile de tirer une tendance claire concernant l’évolution tendancielle de la compétitivité de l’économie égyptienne au cours des vingt-cinq dernières années. La moyenne géométrique de l’indice du TCER montre que hausses et baisses se compensent à peu près. Mais ces calculs, élémentaires, peuvent être trompeurs dans la mesure où ils s’appuient sur un indice des prix à la consommation largement « administré » par les autorités économiques locales. Une évaluation du TCER qui utiliserait l’indice des prix de gros (peut-être plus fiable pour mesurer les tensions En trois ans (de 1989 à 1991), le taux de change au certain passera de LEG 1=USD 1.4 à LEG 1 =USD 0.3 dme ddidacticiels et modélisation économiques 45 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) inflationnistes réelles) ne manquerait pas de conclure à une perte globale de compétitivité-prix sur la longue période. Pour retrouver de la compétitivité-prix, les autorités égyptiennes dévaluent régulièrement la livre. Cette politique n’a pas que des avantages : -1) Elle attise l’inflation -2) Elle repousse les efforts à faire pour augmenter la productivité -3) Elle renforce la main mise de l’Etat sur l’économie et favorise le clientélisme. La dévaluation joue comme un anesthésique mais ne règle pas le fond des problèmes. 23 Plus fondamentalement, l’analyse de la longue période montre que les difficultés rencontrées par l’appareil productif égyptien pour dégager des gains de productivité impose une gestion administrée du taux de change. Même si les autorités s’en défendent, il semblerait qu’elles aient opté pour un système de change à bande plus ou moins étroite (de l’ordre de USD 1 = LEG 6,12 /6,15 au début de l’année 2004), se réservant la possibilité de décrocher la valeur nominale de la livre en fonction de leurs objectifs (contradictoires) en terme de compétitivité et d’inflation23. Cette gestion prudente révèle, si besoin était, que les autorités continuent de facto à administrer la parité de la livre ; la crédibilité de la politique de change étant assurée par le montant élevé des réserves en devises (près de 15 milliards de dollars, représentant une année d’importation de biens). Sans entrer ici dans une discussion très technique, on peut toutefois relever que la pertinence de la politique de « livre faible » menée par les autorités égyptiennes fait pour le moins débat : • Le contrôle plus ou moins officiel des changes traduit la défiance des autorités par rapport aux mécanismes et aux procédures de marché. Elle renforce le pouvoir politique sur l’économie ; • La gestion administrée du prix de la devise contraint à une politique active d’encadrement de certains prix. Les décrochages réguliers de la livre (cf. ci-dessus) ont alimenté des tensions inflationnistes parfois fortes. La volonté de limiter les pertes de pouvoir d’achat induites par l’augmentation des prix des produits importés conduit les pouvoirs publics à maintenir des subventions en faveur de certains produits jugés de première nécessité. Cette politique aboutit à des distorsions de prix relatifs qui affectent le calcul économique des agents ; • La possibilité offerte par les autorités monétaires de décrocher la parité à intervalles réguliers constitue une véritable opportunité pour certains milieux d’affaire, notamment ceux liés au commerce international. La dépréciation de la livre redonne artificiellement de la compétitivité-prix aux exportateurs et les libère des efforts d’ajustement réel qu’ils ne devraient pas manquer de fournir dans le cas d’une politique de livre stable. Le renchérissement des prix des produits importés n’affecte finalement qu’assez peu les importateurs, assurés de pouvoir écouler leurs marchandises en raison de leur caractère complémentaire et faiblement substituable. La gestion administrative des changes renforce ainsi la dépendance des opérateurs économiques aux décisions politiques. Une partie des marges (productives et d’intermédiation) sont directement liées Cette modalité de gestion de la parité est très classique. Elle a été largement utilisée par la France dans les années 1980 dans le cadre du serpent puis du système monétaire européen. dme ddidacticiels et modélisation économiques 46 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie aux décisions de politique renforcer le clientélisme. en Egypte (1993-2003) cambiaire. Ces relations peuvent Au total, la politique cambiaire menée par les autorités agit comme une anesthésie. Elle réduit l’impératif de productivité et repousse les mesures nécessaires permettant de relever durablement la compétitivité de l’économie. Ses effets négatifs (inflation et perte de pouvoir d’achat) sont réduits par l’injection d’autres analgésiques (comme les subventions). Ces corrections successives renforcent le caractère administré de l’économie et réduit d’autant le champ du marché. Des finances publiques dégradées Les dépenses publiques représentent 30% du PIB. La situation de l’Egypte en matière budgétaire n’est pas singulière. Le total des dépenses publiques avoisine les 25 milliards de dollars, soit environ 30% du PIB. Ce poids relatif est tout à fait comparable à celui prévalant en Algérie, voire en Tunisie (32%) ou encore au Maroc (33%). La situation budgétaire égyptienne pose avant tout, et une fois encore, un problème de soutenabilité à long terme. D’un côté en effet, le montant des dépenses publiques apparaît relativement limité pour faire face à une demande sociale importante (notamment en matière d’éducation et de santé)24 ; mais d’un autre côté, le niveau des engagements dépasse déjà sensiblement celui des recettes et se solde par un déficit croissant difficilement finançable à long terme : • Le budget égyptien (côté dépenses) porte les stigmates d’une sclérose progressive. Depuis de nombreuses années, le traitement social du chômage a conduit à un gonflement des effectifs des administrations. Actuellement, la fonction publique compte environ 5,5 millions d’agents (et un emploi presque un actif sur quatre)25. Les dépenses de personnel ont crû inexorablement sous la double pression des recrutements (100 000 postes par an) et, depuis 2000, en raison de la forte hausse des traitements. Le budget consacré à la rémunération des personnels avoisine aujourd’hui les 30%. Le service de la dette constitue le deuxième poste budgétaire (près de 24% du total des dépenses). Son évolution reflète celle de Les dépenses de fonctionnement, incompressibles, ne laissent que peu de marge de manœuvre pour les investissements 24 Selon un rapport du Sénat, les secteurs éducatifs et sanitaires, qui captent pourtant une large part des financements publics, souffriraient d’une faible efficacité. Selon les rapporteurs, « La contrepartie inévitable, pour ce qui est de l’éducation, en est la multiplication des écoles privées et payantes, au profit des couches les plus aisées. C’est aussi l’opportunité, pour la mouvance islamique, forte de ses quelque 4 500 organisations caritatives de se développer dans ce secteur stratégique ». Del Picchia, R., Bergé-Lavigne, M. et Vinçon, S. (2003), Rapport d’information n°387, Sénat, Paris. 25 Selon l’Egyptian Center for Economic Research, l’Egypte aurait la plus forte proportion d’emplois publics des pays en développement (soit 42% de l’emploi total non agricole en 1995). Les sureffectifs dans l’administration sont estimés à 1,1 million d’agents. dme ddidacticiels et modélisation économiques 47 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) la dette publique, tant intérieure qu’extérieure (cf. infra). Les subventions (qui absorbent plus de 15% du budget) et les dépenses au titre de la défense nationale (10% du budget environ) complètent ce tableau qui porte les dépenses incompressibles à près de 75% du budget total. Dans ces conditions, les marges de manœuvre sont étroites et les ajustements portent essentiellement, ici comme ailleurs, sur les dépenses d’investissement qui s’avèrent, de fait, limitées eu égard aux besoins : les dépenses en capital représentant, en 2002, 17% environ du budget total consolidé, soit moins de 6% du PIB. • Les recettes budgétaires sont plus faibles que les dépenses et en diminution constante : 24% du PIB en 1998/99, mais seulement 21% en 2002/03. Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cette érosion : baisse des recettes douanières dans le cadre de la politique de désarmement ; baisse des recettes des entreprises publiques à la suite du premier mouvement de privatisation ; évasion et fraude fiscales en raison des difficultés rencontrées par l’administration fiscale à recouvrer les impôts et taxes…26 Les recettes sont plus faibles que les dépenses et baissent chaque année. Le double mouvement concomitant de hausse des dépenses et de baisse des recettes conduit, de manière très classique, à une crise des ciseaux. L’évolution du déficit budgétaire (cf. graphique ci-contre) en est l’illustration. Solde public en % du PIB 0 -2 -4 -10 01/02 00/01 99/00 98/99 -12 source : DREE, estimat ion pour 2004 26 03/04 -8 L’accumulation des déficits vient gonfler la dette publique. Celle-ci est passée de 75% du PIB environ au milieu des années 1990 à quelque 105% du même agrégat en 2003. Ce niveau est évidemment préoccupant ; la dette publique croissant nettement plus vite (12% en moyenne annuelle) que le PIB (8% en valeur nominale). Les déficits sont financés de manière prioritaire sur ressources intérieures (par mobilisation de l’épargne domestique des agents privés). La dette publique intérieure représente plus de 70% de la dette publique brute totale. 02/03 -6 Selon la DREE (op. cité, page 10), « Enfin, d’une manière générale, la faiblesse des recettes s’explique par un niveau élevé de corruption et par l’inefficacité de l’administration fiscale égyptienne qui favorisent l’évasion fiscale » dme ddidacticiels et modélisation économiques 48 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Une économie peu ouverte sur le reste du monde Le taux d’ouverture ne dépasse pas 20% du PIB… soit moins que l’Albanie d’aujourd’hui ! L’analyse des échanges de l’Egypte avec le reste du monde renvoie l’image d’une économie très largement inward looking. Plusieurs indicateurs attestent de cette faible intégration dans la division internationale du travail : • Les exportations de marchandises (principalement des hydrocarbures et des produits manufacturés) ne représentent que 6% du PIB. En ajoutant les services non facteurs (essentiellement le tourisme et les redevances du canal de Suez), le ratio monte à 16%, soit deux fois moins qu’au Maroc (31%) et presque trois fois moins qu’en Algérie (42%) ou en Tunisie (44%) ; • Le poids des importations de marchandises est plus conséquent (18% du PIB, soit trois fois plus que celui des exportations). Il reste toutefois assez faible, y compris en ajoutant les services non facteurs (le ratio monte alors entre 20 et 25% du PIB). Ce degré d’exposition à la concurrence internationale est bas comparé à celui prévalant au Maroc (37% du PIB) ou encore en Tunisie (48%) ; Au total, le taux d’ouverture de l’économie égyptienne ne dépasse pas les 20% du PIB27, c'est-à-dire moins que celui de l’Albanie d’aujourd’hui… Le ratio est inférieur de 70% à celui du Maroc. L’ouverture de l’économie égyptienne est presque deux fois et demie plus faible que celle de la Tunisie. De nombreux observateurs qualifient l’Egypte d’économie de rente. L’analyse est certainement abusive si l’on compare la situation du pays avec celle prévalant dans certaines monarchies du Golfe. Mais les ressources financières extérieures peu dépendantes de la compétitivité sont néanmoins importantes à l’échelle du pays. Elles s’élèvent entre 14 et 15 milliards de dollars par an. La rente pétrolière et gazière (USD 3,2 mds en 2003) constitue une première source de devise entrant dans cette catégorie, suivie des transferts des travailleurs émigrés (USD 3,5 mds), du tourisme (entre 3,5 et 4 milliards de dollars), des redevances sur le canal de Suez (un peu moins de deux milliards de dollars) et, enfin, des aides internationales au premier rang desquelles figurent les transferts américains (2 milliards de dollars par an environ). A ces ressources s’ajoutent celles procurées par les exportations « concurrentielles » (constituées essentiellement de produits textiles divers, de produits alimentaires et de produits métallurgiques), totalisant environ 4,5 milliards de dollars (moyenne des cinq dernières années). Pour certains, l’Egypte serait une économie de rentes : - pétrolière et gazière, - géographique (Suez), - internationale (aides), - liées au travail (diaspora), Au total, ces rentes rapportent 15 milliards de $. 27 Le taux d’ouverture est défini comme la somme des exportations et des importations de biens et services non facteurs divisée par deux et rapportée au PIB. dme ddidacticiels et modélisation économiques 49 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Le flux de ressources extérieures dont dispose l’Egypte est augmenté des transferts en capital. Mais, dans l’ensemble, ces apports sont faibles : les investissements directs étrangers en Egypte demeurent limités (moins de 1% du PIB depuis une dizaine d’années) ; de même le recours aux emprunts extérieurs est modeste (en raison notamment du choix opérés par les autorités de financer en priorité les déficits publics par des ressources intérieures). Le total des différentes ressources énumérées ci-dessus s’élève, en gros, aux alentours des 20 milliards de dollars par an. Ces recettes couvrent largement le montant total des importations de biens et services non facteurs (14 à 15 milliards de dollars). Elles sont aussi suffisantes pour honorer le service de la dette (inférieur à deux milliards par an ; l’Egypte Elle est peu endettée ayant en effet bénéficié, au lendemain de la guerre du Golfe, d’une remise de dette importante qui rend la charge très supportable actuellement28). A ces dépenses (importations et remboursements de dette) s’ajoutent des sorties de capitaux importantes (entre 2,5 et 3,5 milliards de dollars par an depuis le début de la décennie). Cette fuite, qui trahit pour le moins une perte de confiance des agents résidents dans la monnaie (voire dans le pays lui-même) ne déséquilibre pas pour autant la balance globale mais réduit d’autant ses éventuels excédents. Dette extérieure (USD m ds) L’Egypte n’a pas de problème de financement extérieur. source: WDI et est imation Banque mondiale 28 2003 A la différence donc de très nombreux autres pays en développement, l’Egypte ne rencontre pas de réelles difficultés de financement extérieur. Cette performance n’est certainement pas le fruit du hasard ; elle n’est pas non plus nécessairement le produit d’une gestion macro-économique orthodoxe. Cette situation pourrait résulter en fait d’un choix politique calculé. Après avoir bénéficié d’un allègement considérable de la dette, les autorités veillent désormais scrupuleusement à contenir l’endettement extérieur (et à éviter tout défaut de paiement) afin de réduire au maximum la dépendance financière, notamment aux organisations internationales spécialisées qui, si elles venaient à intervenir, ne manqueraient de saisir l’occasion pour imposer un agenda accéléré de la réforme. 1999 1995 1991 1987 1983 1979 1975 1971 50 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 Le service de la dette n’absorbe actuellement que 13% des exportations de biens et services. Le premier seuil prudentiel généralement retenu est de 30%. dme ddidacticiels et modélisation économiques 50 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les échanges commerciaux franco-égyptiens (*) Les relations commerciales franco-égyptiennes sont modestes, et certainement pas à la hauteur des liens politiques, culturels et historiques qui unissent nos deux pays. Echanges franco-égyptiens (€, m ns) 1600 1400 1200 1000 800 600 400 200 Exportations FR Importations FR 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 1994 1993 0 Solde La France est le quatrième fournisseur de l’Egypte (6% du total), derrière les Etats-Unis (22%), l’Italie (8%) et l’Allemagne (7%). Nos exportations sont, en moyenne, de l’ordre du milliard d’euros par an (soit presque 4 fois moins que celles des Etats-Unis). Ce montant, faible, fait de l’Egypte notre 43ème client dans le monde (en 2003). Les produits agro-alimentaires –dont le blé- constituent le premier poste d’exportation, suivis par les équipements de télécommunications et les produits pharmaceutiques. Dans l’ensemble, les produits français jouissent d’une bonne image de marque auprès des clients égyptiens. Les exportations égyptiennes vers la France sont bien plus modestes encore (de l’ordre de 250 millions d’euros en moyenne ces dernières années). La France est le cinquième client de l’Egypte (mais cette dernière n’est que le 70ème fournisseur de notre pays). Les produits exportés par l’Egypte sont essentiellement des produits pétroliers raffinés (20 à 30% du total des exportations égyptiennes vers la France selon les années), des produits azotés et des engrais (10 à 15%) ainsi que des produits de la bonneterie (8 à 10%). La mise en œuvre des accords d’association avec l’Union européenne pourrait peut-être, dans un futur proche, dynamiser les exportations égyptiennes vers la France. L’image de marque des produits manufacturés exportés par l’Egypte ne peut que s’améliorer à l’avenir. Le commerce franco-égyptien demeure très déséquilibré en notre faveur. Cette situation pourrait évoluer à l’avenir au profit de notre partenaire commercial à l’occasion de la mise en œuvre (en 2005 ou 2006) du contrat passé avec Gaz de France et qui porte sur l’achat pendant une vingtaine d’années d’un peu plus de quatre milliards de mètres cube par an de gaz naturel liquéfié. (*) Ce texte s’inspire du document réalisé par la Mission économique près l’ambassade de France en Egypte : Les échanges commerciaux francoégyptiens, Fiche de synthèse, 01/09/03, Ministère de l’économie et des finances, DREE-Trésor, Le Caire. dme ddidacticiels et modélisation économiques 51 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie dme ddidacticiels et modélisation économiques en Egypte (1993-2003) 52 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) II Les coopérations extérieures L’évolution de (1993-2003) l’aide internationale à l’Egypte L’Egypte bénéficie d’une aide publique particulièrement élevée Depuis le début des années 1970, l’Egypte bénéficie d’une aide publique au développement particulièrement élevée. En raison de son statut de pays à revenu intermédiaire, cette aide provient principalement des bailleurs bilatéraux. Evolution de l’aide publique à l’Egypte M US$ constants de 2001 7 000 Aide multilatérale 6 000 Aide bilatérale 5 000 4 000 3 000 2 000 1 000 1999 1996 2002 1996 1993 1993 1990 1987 1984 1981 1978 1975 1972 1969 1966 1963 1960 0 Aide par habitant US$ constants de 2001 Egypte PMA 150 PRI inférieurs 125 100 75 50 25 dme ddidacticiels et modélisation économiques 2002 1999 1990 1987 1984 1981 1978 1975 1972 1969 1966 1963 0 1960 L’importance de l’aide publique bilatérale à l’Egypte résulte de son rôle stratégique dans la région Alors que la moyenne de l’aide aux PRI inférieurs et aux PMA a été en dollars constants 2001 respectivement de $ 24 et $ 33 par habitant dans les années 1980, elle a atteint $ 52 pour l’Egypte. Au cours de la décennie 53 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) suivante qui a vu l’aide publique baisser à $ 19 et $ 21 par habitant pour chacun des groupes ci-dessus, l’aide à l’Egypte par habitant a été de $ 49. Cette situation résulte du rôle particulier de l’Egypte dans la zone stratégique, instable et très conflictuelle qu’est le Moyen-Orient. Afin d’assurer sa stabilité, le pays a été particulièrement aidé lors des crises économiques et financières auxquelles il était confronté dans la seconde moitié des années 1970 et, plus récemment, à la charnière des années 1980/90. L’aide publique a alors atteint des niveaux de $ 100 à 150. C’est aussi la raison pour laquelle ce sont les Etat-Unis, acteur majeur au Moyen-Orient et garants de l’évolution des équilibres dans la région, qui fournissent la majeure partie de l’aide publique que reçoit le pays. Les contributions relatives des bailleurs Autres pays 15% Danemark 2% APD nette moyenne 1993-2002 Etats -Unis 38% Japon 8% Pays arabes 6% Allemagne 10% Commission européenne 6% France 15% La France est le second bailleur en termes d’aide nette En termes d’aide publique nette, avec une moyenne annuelle de 280 millions de dollars au cours de la période sous revue, la France arrive au second rang des bailleurs, loin derrière les Etats-Unis dont l’aide moyenne annuelle a été de 710 millions de dollars, mais devant la Commission européenne dont le versement moyen a été de 116 millions de dollars. Dans le peloton de tête se trouvent encore l’Allemagne (186 millions de dollars), les pays arabes (117 millions de dollars) et le Japon (140 millions de dollars). Un groupe de bailleurs, dont les contributions ont été de 20 à 30 millions de dollars par an, vient ensuite pratiquement clore la liste des pays significativement engagés dans l’aide publique à l’Egypte. Il s’agit du Danemark, de l’Autriche, des Pays-Bas et de l’AID29 et, depuis En termes d’aide nette, la France arrive au second rang des bailleurs … 29 Les prêts de la Banque mondiale à l’Egypte sont pour la plupart à conditions non concessionnelles en raison du classement de l’Egypte dans les pays à revenu intermédiaire. Ces prêts ne rentrent donc pas dans le cadre de l’aide publique. dme ddidacticiels et modélisation économiques 54 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) l’augmentation de leur aide au début des années 2000, de l’Italie et de l’Espagne. Les aides des principaux bailleurs et leur évolution M us$ Fr a nce Dons, prêts nets et annulations de dette 450 400 350 300 250 200 150 100 50 0 -50 Dons, prêts nets Dons, prêts bruts Etats-Unis M us$ France M us$ 450 450 400 400 350 350 300 300 250 250 200 200 150 150 100 100 50 50 1 000 0 0 950 -50 Allem agne 900 850 M us$ 800 Com m ission européenne 300 300 750 700 650 250 250 200 200 150 150 600 100 100 550 50 500 0 M us$ Japon 50 0 450 400 350 Mus$ 300 Pays arabes 300 M us$ AID 300 250 250 250 200 200 200 150 150 150 100 100 100 50 50 50 0 0 0 -50 source : d’après les données du Cad et du ministère des Finances, direction du Trésor. dme ddidacticiels et modélisation économiques 55 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L’aide affichée par la France provient largement d’annulations de dettes. Ces annulations dont a bénéficié l’Egypte résultent des accords passés dans le cadre du Club de Paris, en octobre 1987 et surtout en mai 1991. Elles correspondent à des prêts contractés pendant les années 1980 au cours desquelles le montant de l’endettement extérieur égyptien a dépassé celui de son produit intérieur brut. La période s’est achevée par une crise financière majeure et la dévaluation de la livre égyptienne de 80% de sa valeur. … pourtant le CAS de la Banque mondiale relègue la France au rang des bailleurs de faible importance Certains considèrent que ces annulations appartiennent au passé et qu’elles ne constituent pas un facteur dynamique pour l’économie égyptienne. Cela apparaît dans une étude commanditée par l’OCDE en 2002 sur la pratique des donateurs en Egypte30 qui, en effet, après avoir mentionné la France comme second bailleur du pays souligne immédiatement après le caractère très discuté et discutable de ce classement sans plus en débattre par la suite. C’est également la position adoptée par la Banque mondiale dans son dernier Country assistance strategy. Alors que les annulations de dettes de la France ont été de $ 222 millions par an en moyenne sur la période 19932002 et qu’elles doivent se poursuivre à un rythme annuel moyen de $ 120 millions au cours des 10 prochaines années, cette institution ne les prend pas en compte et relègue ainsi la France au sixième rang des bailleurs, dans le groupe des bailleurs de « faible importance ». Une telle approche est surprenante surtout venant d’une institution financière. Pour ceux qui assurent la gestion du budget du pays, le passé reste très présent. Le service de la dette publique et de celle bénéficiant d’une garantie publique reste de l’ordre de grandeur de 1,5 à 2 milliards de dollars depuis 1991, et ceci malgré l’annulation partielle de cette dette. Pour ce qui est de ses composantes d’aide publique, le poids de ce service se traduit par un bilan net négatif des prêts d’aide publique à l’Egypte depuis l’année 2000. Leur solde a été de moins $ 108 millions à cette date et de moins $ 150 millions en 2002. Il devrait atteindre moins 280 millions de dollars31 en 2003. Cette situation résulte en partie des remboursements en principal32 des prêts de 4,8 et 1,9 milliards de dollars qu’ont fait respectivement les Etats-Unis et le Japon au début des années 1990. Y contribuent également le remboursement des prêts d’aide publique non restructurés. Dans ce contexte, les annulations de dette que fait la France apparaissent très significatives comparées au service de la dette publique égyptienne et 30 Etude de cas faite en 2002 sur l’Egypte à la demande du groupe de travail constitué par le CAD sur les pratiques des bailleurs (DAC task force on donor practices). 31 Avec l’entrée en période de remboursement du prêt japonais. 32 L’échéance en principal du prêt US a été de près de $ 190 millions. Les échéances du prêt japonais ont commencé à tomber en 2003 et sont estimées à $ 130 millions. dme ddidacticiels et modélisation économiques 56 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) correspondent à une aide concrète et très réelle apportée à l’Egypte quand bien même elle ne se traduit pas par des projets de développement. Les arguments de ceux qui souhaitent voir écarter ce type d’annulations des bilans comparatifs d’aide sont de deux ordres. Il y a tout d’abord l’idée que les annulations ont été accordées en raison de la situation financière sans issue dans laquelle s’est trouvée l’Egypte à la fin des années 1990 mais en raison aussi de l’option politiquement courageuse prise par le gouvernement égyptien lors de la guerre de 1991 au Koweit et en Irak ; qu’elles sont le prix d’un service politique éminent venant d’un pays stratégiquement incontournable sur l’échiquier moyen-oriental, voire pour certain d’une certaine inconséquence des créanciers et qu’il y a donc lieu de les inscrire au passif d’un passé révolu et de les ignorer pour le présent. Il y a également le sentiment que compte tenu du choix qu’elle a fait d’une méthode d’annulation particulière, la France bénéficie d’une faculté d’affichage inéquitable dans la mesure où certains pays en sont privés. Les prêts de restructuration des Américains et des Japonais évoqués précédemment ainsi celui des Italiens par exemple, se sont traduit en des apports massifs d’APD lors de leur mise en place mais n’ont plus aucun effet positif sur leur APD. Les remboursements de leur principal ont maintenant bien à l’inverse des effets négatifs sur cette dernière. Le fondement du second de ces arguments est sans doute recevable. Il faut toutefois considérer que la France se trouvait être le second créancier public derrière les Etats-Unis en 1991. Mis à part ce dernier, elle supporte donc bien plus que chacun des autres pays la charge de l’annulation accordée à l’Egypte en 1991. Si dans un souci d’équité et de transparence, un correctif technique pouvait être introduit pour traduire de façon comparable la charge budgétaire que chacun supportait en raison des annulations de la dette égyptienne, il est très vraisemblable que la France conserverait son second rang dans un classement des bailleurs qui le prendrait en compte. Des projets et une coopération qui placent la France au 7ème rang des bailleurs en présence et visibilité Les flux d’aide bruts attachés aux projets auxquels participent les bailleurs entraînent une coopération au fil des jours avec le bénéficiaire. Ils traduisent donc bien son activité et sa présence sur le terrain à ses côtés. dme ddidacticiels et modélisation économiques 57 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Les flux d’aide brute accompagnant les projets qui traduisent la présence et la visibilité des bailleurs dans le pays, situent la France au 7ème rang. en Egypte (1993-2003) La référence à ces apports permet de situer la visibilité des bailleurs les uns par rapport aux autres. Dans une telle perspective, la France arrivait au septième rang au début des années 2000, les apports moyens annuels de chacun s’étant à peu près stabilisés aux niveaux suivants au cours des trois années 2000 à 2002 : 1. Etats-Unis 883 M$ 2. Commission européenne 122 M$ 3. Allemagne 95 M$ 4. Japon 87 M$ 5. Pays arabes 76 M$ 6. AID 45 M$ 7. France 44 M$ 8. Danemark 20 M$ 9. Pays-Bas 18 M$ Cette situation devrait cependant quelque peu changer à partir de 2003. Les récentes évolutions des politiques d’aide de l’Espagne et de l’Italie doivent les faire rentrer dans le classement ci-dessus. L’Espagne a signé un protocole de € 250 millions33 en 1988. A la suite de son approbation par le Parlement égyptien en 2001, il devrait donner lieu à des utilisations d’environ € 50 millions sur une période de 5 ans à compter de 2004. L’Italie s’est quant à elle engagée dans une politique de conversion de dette qui devrait relever son niveau d’aide annuel de € 25 à 30 millions34 pour une période d’au moins cinq ans. Ces deux pays devraient donc rentrer dans ce classement et venir encadrer la France qui pourrait alors reculer d’un rang. Le classement ci-dessus basé sur les décaissements nets présenté est parfois contesté au sein de la communauté locale des bailleurs. Dans son rapport interne de l’année 2003, la coopération italienne présente ainsi un classement des 13 premiers bailleurs où la France n’apparaît pas. Cette dernière n’ayant commencé que dans le courant de l’année 2004 à participer à l’élaboration du Decode qui est la base de donnée à laquelle les Italiens s’étaient référés, son absence du classement effectué, aussi regrettable qu’elle soit, n’a rien de surprenant. Le Decode est établi localement sur la base des déclarations des bailleurs. Par rapport aux bases du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE 33 34 300 millions de dollars. Le rapport 2003 Cooperazione Italiana con l’Egitto indique des décaissements de € 26 millions pour les conversions de dette des années 2002 et 2003. dme ddidacticiels et modélisation économiques 58 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) dont la mise à jour est assez lente35, le Decode peut avoir l’avantage de vite et bien traduire l’actualité, voire celui de permettre un élargissement du champ des contributions financières qui permette une meilleure approche des financements des projets de développement. Il faut toutefois veiller à ce que les concepts retenus soient suffisamment proches de ceux définis par le CAD, que soient soigneusement distingués les financements concessionnels et non concessionnels et que toutes les composantes de l’aide puissent trouver leur place et être prises en compte : les prêts projets mais également l’assistance technique et les annulations de dette. Faute de cela, l’aide publique de la France à l’Egypte ne pourra pas être correctement traduite et pourrait se trouver considérablement sousestimée et déformée. Des interventions de la Coopération française dans un nombre restreint de secteurs et principalement sur prêt à l’inverse des autres bailleurs L’analyse de l’aide en fonction des secteurs d’activité présentée dans ce paragraphe est fondée sur les données du Credit reporting system (CRS) du CAD. Cette base recense projet par projet ainsi que par secteur les engagements des divers pays du CAD. Recouvrant près de 90 % des projets des pays du CAD, elle est tout à fait représentative de leurs actions. Les engagements correspondant à la question de la dette ont été exclus de l’analyse en raison de la nature très spécifique de cette question et de l’impossibilité d’en rendre compte dans le cadre de la seule période sous revue. Enfin, l’analyse a été limitée aux donateurs bilatéraux du CAD. La raison en est l’absence ou la quasi-absence dans le CRS des projets de la Commission européenne ainsi que de ceux des pays et des fonds arabes. Les engagements pris en compte constituent 90 % des projets recensés dans le CRS et de l’ordre de 80 % du total des projets hors traitement de dette. Leur répartition par instrument de financement et par secteur d’application est figurée dans des graphes présentés dans les pages suivantes et commentés ci-après. Les données chiffrées correspondantes sont présentées en annexe. Sur la période, les engagements de la France ont, plus que ceux des autres bailleurs, été financés par des prêts Les engagements globaux de la France sur la période 1993-2002 apparaissent avoir été à peu près équivalents à ceux du Japon et à la moitié de ceux de l’Allemagne. Ils représentent 8 % de ceux des Etats-Unis. Une particularité de ces engagements est qu’ils sont financés dans une très large proportion par des prêts. Ceux-ci représentent 80 % des financements, ce même ratio étant de 53 % pour l’Allemagne. Les Japonais de même que les Américains ont quant à eux financé leurs interventions exclusivement sur don, du moins depuis le début des années 1990. 35 Lors de l’établissement de ce rapport, en octobre 2004, les données 2003 de ces bases n’étaient pas encore disponibles. dme ddidacticiels et modélisation économiques 59 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Comparés à ceux des Allemands, les prêts français sont dotés de conditions de remboursement plus restrictives. Leur élément don moyen a été de 64 % au cours de la période, les conditions type étant une durée totale de 18 ans assortie d’un différé de 5 ans et d’un taux d’intérêt de 0,15 %. L’élément don moyen des prêts allemands a été de 82 % avec des conditions de durée de 40 ans dont 10 de différé et un taux d’intérêt de 0,75 %. Face à la réticence de l’Etat égyptien à s’endetter en devise, la France apparaît avoir été privilégiée en parvenant à faire accepter des financements sur prêt, et qui plus est sur prêts moins concessionnels, d’une proportion de son aide bien plus forte que celle observée dans le cas de l’Allemagne. Si on examine le caractère sectoriel des interventions, on peut souligner la très large diversification et le très haut d’engagement des Etats-Unis. De 1993 à 2002, ils ont été présents avec des montants cumulés de plus de $ 250 millions dans tous les secteurs à l’exception de ceux à caractère social (logement, emploi) et culturel ainsi que du secteur manufacturier. Avec des montants cumulés sur la période de $ 1 à 1,5 milliard, leurs principaux secteurs d’intervention ont été l’administration et les services aux entreprises dans le cadre de la mise en place des réformes entreprises par le gouvernement égyptien ainsi que des aides à l’importation de produits américains. Les interventions des Etats-Unis ont été importantes et très diversifiées. Le Japon est intervenu de façon très ciblée avec des dons de $ 130 à 180 millions sur les dix ans sous revue dans chacun des trois secteurs suivants : celui de l’eau et de l’assainissement, celui du transport et celui de l’agriculture. Les interventions du Japon ont été très ciblées : eau, assainissement, transport, agriculture. Ces secteurs ont été également des secteurs de prédilection de l’Allemagne dont les interventions de 120 à 300 millions sur la période, plus diversifiées, ont concerné de plus le secteur industriel privé et les constructions scolaires. Bien qu’à un moindre niveau financier, les interventions des Allemands concernent également des secteurs non directement productifs ou sociaux comme la culture mais également l’emploi, la protection de l’environnement, le logement et la micro-entreprise. Ces composantes qui constituent une de leurs spécificités les conduisent à approcher de façon très concrète la société des pays bénéficiaires, ici la société égyptienne. On peut aussi noter que, depuis 1999, $ 8 à 10 millions sont annuellement imputés au titre de l’écolage36. Une comparaison avec la France, où les imputations annuelles à cet égard sont de $ 2,5 millions, suggère que l’Allemagne reçoit 5 fois plus d’élèves ou d’étudiants égyptiens dans ses établissements. Les interventions de l’Allemagne visent à la fois l’eau, l’assainissement, les transports, l’agriculture, les secteurs sociaux, l’environnement et la micro-entreprise Les secteurs d’intervention de la France apparaissent comme étant principalement ceux des infrastructures : l’eau et l’assainissement en premier lieu où les financements cumulés sur la période ont été de $ 220 36 Cette rubrique n’est pas ici classée dans le secteur éducatif mais dans les autres activités plurisectorielles. dme ddidacticiels et modélisation économiques 60 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie En dehors des domaines éducation, culture et recherche, les interventions de la France portent surtout sur les infrastructures : eau, assainissement, transports, télécommunications et électricité en Egypte (1993-2003) millions, et ensuite les transports, les communications et l’électricité où les engagements pour chaque secteur ont été de $ 70 à 120 millions. Le secteur agricole n’apparaît pas, l’intervention française y étant financée avec les fonds de contrepartie de l’aide alimentaire. Ces derniers avaient atteint un montant cumulé de $ 70 millions sur la période. En coopération traditionnelle, les seuls secteurs d’intervention sont ceux de l’éducation et de la culture (cette dernière est classée à la rubrique « autres services sociaux »). Il y aurait lieu d’y ajouter la recherche et l’écolage qui ont chacun compté pour $ 10 à 15 millions sur la période. Ce type de coopération concerne des montants de moitié inférieurs à ceux similaires de la coopération allemande, notamment parce qu’elle concerne des secteurs d’application moins diversifiés. Compte tenu des objectifs d’influence poursuivis par la France, on peut s’interroger sur l’absence du secteur « administration publique et société civile ». Engagements de la France par secteur et instrument France prêts dons investissement Éducatio n coopération Santé P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique Distributio n d’ eau et assainissement A dministratio n publique et so ciété civile Emplo i Lo gement A utres services so ciaux Transpo rts et entrepo sage Co mmunicatio ns P ro ductio n et distributio n d’ énergie Services bancaires et financiers Services aux entreprises et autres A griculture P êche Industries manufacturières Co mmerce P ro tectio n de l'enviro nnement A utres activités plurisecto rielles 0 dme ddidacticiels et modélisation économiques 50 100 150 200 250 300 61 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Engagements de l’Allemagne par secteur et par instrument Allemagne prêts dons investissement Éducatio n coopération Santé P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique Distributio n d’ eau et assainissement A dministratio n publique et so ciété civile Emplo i Lo gement A utres services so ciaux Transpo rts et entrepo sage Co mmunicatio ns P ro ductio n et distributio n d’ énergie Services bancaires et financiers Services aux entreprises et autres A griculture P êche Industries manufacturières Co mmerce P ro tectio n de l'enviro nnement M US$ A utres activités plurisecto rielles 0 50 100 150 200 250 300 Engagements du Japon par secteur Japon dons = total Éducatio n Santé P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique Distributio n d’ eau et assainissement A dministratio n publique et so ciété civile Emplo i Lo gement A utres services so ciaux Transpo rts et entrepo sage Co mmunicatio ns P ro ductio n et distributio n d’ énergie Services bancaires et financiers Services aux entreprises et autres A griculture P êche Industries manufacturières Co mmerce M US$ P ro tectio n de l'enviro nnement A utres activités plurisecto rielles 0 dme ddidacticiels et modélisation économiques 50 100 150 200 250 300 62 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Engagements des USA par secteur Etats Unis do ns = to tal Éducatio n Santé P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique Distributio n d’ eau et assainissement A dministratio n publique et so ciété civile Emplo i Lo gement A utres services so ciaux Transpo rts et entrepo sage Co mmunicatio ns P ro ductio n et distributio n d’ énergie Services bancaires et financiers Services aux entreprises et autres A griculture P êche Industries manufacturières Co mmerce M US$ P ro tectio n de l'enviro nnement A utres activités plurisecto rielles A utres types d’ aide so us fo rme de pro duits et d’ aide pro gramme générale 0 100 200 300 400 500 600 63 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques 700 800 900 1000 1100 1200 1300 1400 1500 Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les stratégies des bailleurs La France doit situer sa coopération par rapport aux autres bailleurs L’aide publique à l’Egypte, essentiellement bilatérale, est dominée par les Etats-Unis. Face à cette prépondérance, la place de la France est-elle, hors du domaine politique, limitée à une influence culturelle non négligeable et à des relations commerciales reposant sur quelques accords importants, ou doit-elle – et peut-elle – être un acteur non négligeable du développement égyptien ? Dans toutes les hypothèses, la France devra situer sa coopération par rapport à celles des autres bailleurs, notamment EtatsUnis, Union européenne et pays membres de celle-ci actifs en Egypte. Après un examen des fondements de la stratégie et des interventions des principaux bailleurs, une réflexion sur le positionnement global de la Coopération française sera effectuée. L’union européenne Les fondements de la stratégie Pour l’Union européenne, « l’Egypte est une puissance pivot pour le monde arabe, l’Afrique et l’Euro-Méditerranée. L’Union européenne a des objectifs politiques majeurs dans toutes ces régions et soutien le rôle de l’Egypte, partenaire fiable et constructif dans ces zones»37. A la volonté européenne de s’appuyer sur un « pays pivot pour le monde arabe, l’Afrique et l’Euro-Méditerranée », répond un « besoin d’Europe » de l’Egypte Les objectifs de la coopération Union européenne-Egypte sont définis par le Partenariat Euro-Méditerranéen lancé en 1995 à la Conférence de Barcelone, qui regroupait les 15 Etats membres de l’Union et 12 pays méditerranéens : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Autorité Palestinienne et Syrie, Chypre, Malte et la Turquie38. La Déclaration de Barcelone signée par les Etats fixait les principaux objectifs suivants : • la création d’une zone de paix et de stabilité fondée sur des principes fondamentaux, notamment le respect des droits de l’homme et la démocratie ; • la création d’une zone de prospérité partagée, notamment par l’établissement d’une zone de libre-échange entre l’Union européenne et ses partenaires et entre les partenaires méditerranéens eux-mêmes ; 37 Traduit du Country Strategy Paper 2002-2004 p. 19. 38 La Libye a participé à certaines réunions en tant qu’observateur. 64 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) • le rapprochement entre les peuples grâce à un partenariat social, culturel et humain visant à encourager la compréhension réciproque entre les cultures et le développement des échanges entre les acteurs de la société civile. Le rôle constructif de l’Egypte dans la promotion du processus de Barcelone et sa décision d’accueillir le premier sommet Union européenne-Afrique en avril 2000 souligne la place qu’occupe un pays qui joue un rôle régional clé comme acteur du processus de paix au Moyen-Orient. L’UE est aussi le principal partenaire commercial de l’Egypte et représente actuellement environ un tiers de ses exportations et de ses importations. A cette volonté de s’appuyer sur un pays « pivot pour le monde arabe », répond un « besoin d’Europe » de l’Egypte, d’une part en raison des risques politiques que comporte pour le pouvoir égyptien une trop forte liaison avec la politique américaine vis-à-vis d’Israël, de la Palestine et du terrorisme39, d’autre part du fait de l’engagement à long terme de l’Europe quant à l’avenir du bassin méditerranéen, dont le monde arabe constitue une composante essentielle. L’UE se déclare prête à répondre à ce « besoin d’Europe » ; à court terme cependant, il existe un certain scepticisme des Egyptiens sur la capacité politique de l’UE à faire accepter des positions européennes indépendantes de celles des Etats-Unis. L’accord d’association Union européenne-Egypte Malgré ces bases favorables au développement de la coopération, la lenteur des négociations de l’accord d’association UE-Egypte a pu faire douter de l’engagement de l’Egypte dans le processus de Barcelone40. Commencées en 1995 à la suite de la conférence de Barcelone, ces négociations n’ont abouti qu’en juin 1999. Après l’accord signé le 25 juin 2001, le processus de ratification en cours devrait être complété en 2004. La France a ratifié cet accord en janvier 2003 et l’Egypte en avril 2003. Les dispositions commerciales sont entrées en vigueur au 1er janvier 2004 à titre intérimaire. Les opportunités et les défis apportés par la future zone de libre-échange constituent un élément important du débat égyptien sur la modernisation industrielle et la réforme économique. L’accord d’association Union européenne-Egypte est un élément important du débat égyptien sur la modernisation industrielle et la réforme économique Depuis 1996, les interventions de la Commission européenne et de la BEI sont réalisées dans le cadre du programme MEDA doté d’importantes ressources financières 39 Les interventions Durant la période 1993-2003, l’Egypte a été un bénéficiaire important des interventions de l’UE. Jusqu’en 1995, la coopération a été essentiellement réalisée dans le cadre de protocoles bilatéraux conclus sur la base de Le rafraîchissement des relations bilatérales entre les Etats-Unis et l’Egypte se nourrit aussi de l’antiaméricanisme qui se développe dans la population. 40 Peut-être s’agissait-il d’un souvenir des relations difficiles entre l’Europe et l’Egypte et de la préférence donnée aux relations avec l’URSS et les Etats-Unis sous les Présidents Nasser et Sadate. 65 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) l’Accord de coopération Communauté Economique Européenne-Egypte de 1977. Le Protocole IV, qui couvre la période 1991-1996, comportait pour € 258 millions de dons de l’UE et pour € 310 millions de prêts de la BEI, les secteurs de l’agriculture et de l’environnement étant privilégiés, mais avec une orientation spécifique de ce protocole par rapport aux précédents vers la modernisation économique et le secteur privé. A partir de 1996, les interventions ont été mises en œuvre dans le cadre du programme MEDA, qui représentait une augmentation substantielle des ressources financières disponibles par rapport aux protocoles. Ce programme constitue le principal instrument financier d’intervention de l’UE pour le développement du partenariat euro-méditerranéen et offre un support technique et financier à la réforme des structures des pays partenaires, l’accent étant mis sur le développement d’un marché euro-méditerranéen et sur l’appui aux réformes des structures économiques et sociales nécessaires à la mise en œuvre des accords d’association. Dans le cadre du programme MEDA, le Programme de modernisation industrielle (250 M€) représente le plus gros projet financé par l’UE hors des pays membres Les premiers engagements réalisés dans le cadre du programme MEDA sur la base du programme indicatif 1997-1999, comportaient les principaux programmes suivants41 : • Le programme de modernisation industrielle (Industrial Modernisation Programme – IMP, € 250 millions), qui constitue le plus gros projet financé par l’UE hors des pays membres et qui doit aider les entreprises du secteur privé à bénéficier des opportunités présentées par le nouvel Accord d’association. • Le programme d’enseignement de base (Education Enhancement Programme – EEP, € 100 millions) est un programme multi-donneurs réalisé en coordination avec la Banque mondiale et d’autres donneurs. • Le programme du secteur de la santé (Health Sector Reform Programme – HSRP, € 110 millions) cherche à rationaliser le système égyptien de soins en commençant par certains Gouvernorats. • Le fonds social pour le développement – phase II ( Social Fund for development – SFD II, € 155 millions) est destiné au soutien des petites et moyennes entreprises. Le dernier Country Strategy Paper définit les objectifs suivants pour la période 2002-2006 : la promotion et la mise en œuvre efficace de l’accord d’association UE-Egypte ; le soutien au processus de transition économique ; le soutien à la stabilité par un développement économique et social équilibré. Pour la même période, le Programme Indicatif National, avec un budget indicatif de € 351 millions, retient les secteurs de 41 CSP 2002-2004 p.15 et suiv. 66 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) coopération suivants : la réforme de la formation technique et professionnelle ; la promotion du commerce ; le développement local intégré ; l’aide au développement social et à la société civile ; la coopération dans les secteurs des finances et de l’investissement ; la restructuration dans le secteur de la filature et du tissage ; l’enseignement supérieur (Tempus) ; l’environnement (bonification de taux d’intérêt sur les prêts de la BEI). Les interventions de la BEI en faveur du partenariat euroméditerrannéen dans le secteur privé seront très importantes Il faut souligner le rôle important en Egypte de la BEI, notamment dans les domaines des transports, de l’énergie et de l’industrie. La BEI n’élabore pas, comme par exemple la Banque mondiale, une politique propre, mais applique la politique déterminée par le Conseil des Ministres de l’UE. A la demande du Conseil de mars 2002, la BEI a lancé une Facilité pour l’investissement et le partenariat euro-méditerranéen, FEMIP (Facility for Euro-Mediterranean Investment and Partnership) qui vise à promouvoir le développement du secteur privé. Les prêts, qui s’intègrent dans le processus de Barcelone, devraient atteindre un montant de € 6 425 millions pour la période 2000-2006. En 2002, les prêts aux partenaires méditerranéens se sont élevés à € 1,58 milliard dont 225 millions pour l’Egypte. D’autre part, une « enveloppe spéciale FEMIP », d’un montant de € 200 millions, a été dégagée afin de favoriser des opérations présentant un risque plus élevé, en raison des difficultés rencontrées par les promoteurs privés de la région pour accéder aux garanties de tiers bénéficiant d’une bonne cote de crédit. En octobre 2003, la BEI a ouvert au Caire son premier bureau régional hors de l’Union européenne, afin de favoriser le développement des affaires et de l’assistance technique dans la région. L’Allemagne Les fondements de la stratégie La forte présence de l’Allemagne, fondée sur des échanges commerciaux importants, est également développée dans les domaines économiques, sociaux et culturels 42 Sur la période 1993-2002, l’Allemagne a été le troisième contributeur à l’APD nette reçue par l’Egypte après les Etats-Unis et la France. Sur la période 2000-2002, l’Allemagne est, après les Etats-Unis, le second pays pour les flux d’aide accompagnant les projets42. La stratégie de l’Allemagne comporte une dimension politique et une dimension économique. Sur le plan politique, l’Allemagne estime avoir une responsabilité particulière à l’égard de l’existence et de la sécurité de l’Etat d’Israël, mais soutient aussi, en accord avec ses partenaires européens, la création d’un Etat palestinien. Sur le plan économique, l’Allemagne est devenue, après les Etats-Unis, le second partenaire bilatéral de l’Egypte. Voir ci-dessus « L’évolution de l’aide internationale ». 67 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Même si l’Egypte n’est que le troisième partenaire commercial de l’Allemagne dans le monde Arabe, après l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis (ce qui montre bien l’importance de cette région du monde pour l’Allemagne), les exportations allemandes vers l’Egypte ont atteint € 1 405 millions en 200343, année durant laquelle près de 700 000 touristes allemands ont visité l’Egypte44. Les investissements directs sont importants et les échanges culturels développés. Comme l’indique le site du Ministère Fédéral des Affaires étrangères : « La politique proche-orientale [est] une priorité de la politique étrangère de l’Allemagne ». Les interventions Les interventions de la coopération allemande sont réalisées par deux institutions autonomes, la GTZ et la KfW45, sous la responsabilité du Ministère Fédéral pour la Coopération économique et le développement. La GTZ fournit une assistance technique financée à partir de dons ; la KFW finance des projets à partir de crédits mixtes comportant des prêts concessionnels et des prêts refinancés sur le marché. Les interventions ont notamment porté sur : la réduction de la pauvreté dans les villes grâce à des opérations de développement urbain et d’amélioration des infrastructures urbaines ; les infrastructures pour la production électrique (barrages, lignes électriques) ; l’agriculture ; la production industrielle ; la formation, en particulier professionnelle ; les PME. En 2003, les domaines d’interventions retenus en accord avec le Gouvernement égyptien sont l’eau pour la consommation et l’irrigation, l’agriculture, l’environnement, la réforme économique et le développement d’une économie sociale de marché. L’Université allemande du Caire (German University Cairo, G.U.C.), ouverte en octobre 2003, est la première université allemande créée à l’étranger. Ses enseignements, dispensés en allemand mais le plus souvent en anglais, et la coopération instituée pour les industries de haute technologie avec la Chambre germano-arabe d’industrie et de Commerce (German-Arab Chamber of Industry and Commerce, GACI) qui rayonne sur le Proche-Orient, sont considérés comme des facteurs favorables à la réussite de l’institution. La Moubarak-Kohl Iniitiative a une importance reconnue dans le domaine de l’éducation professionnelle et de la formation L’Allemagne dispose aussi d’une fondation, la Moubarak-Khol Initiative, MKI, dont le rôle est reconnu dans le domaine de l’éducation professionnelle et de la formation. Cette institution, créée il y a une dizaine d’années a formé, dans le cadre de son programme NTVET (National Vocational Education and Training Programme) environ 12 000 personnes pour 1600 entreprises sur le principe de la formation en alternance. Malgré 43 Essentiellement en machines, véhicules, produits électroniques et chimiques. 44 En 2001, 715 000 touristes ont dépensé un montant de € 570 millions en Egypte. 45 Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH ; Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW). 68 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) son succès, l’activité de cette fondation devrait cesser en 2008, la relève devant être prise par les Egyptiens. Les Etats-Unis Les fondements de la stratégie Les Etats-Unis ont fait de l’Egypte un élément clé de leur politique au Moyen-Orient, notamment de leur politique vis-à-vis d’Israël, et un pays représentatif de la politique d’ajustement et de réformes des systèmes économiques préconisée par les Etats-Unis. Dès la fin des années 70, l’Egypte était un des pays bénéficiant de la plus forte aide américaine46. Durant les années 80 l’aide a été ciblée sur l’agriculture, la santé et l’éducation et aussi sur le renforcement du secteur privé et de l’économie de marché. Au cours des années 90, l’accent mis sur la privatisation des entreprises publiques et le développement des exportations a conduit en 1994 à l’établissement du Partenariat Etats-Unis-Egypte pour la croissance économique et le développement. En 1999, les Etats-Unis et l’Egypte ont adopté un plan à 10 ans visant, en raison des progrès accomplis par l’Egypte dans son développement économique et social, à la fois à réduire l’aide et à développer le commerce et les investissements. Dans une brochure récente publiée par l’USAID, le Directeur en Egypte de cette institution se félicitait des progrès accomplis durant 25 ans d’un partenariat « qui, comme tout bon investissement, avait été rentable sur le long terme », et soulignait que désormais la relation entre les deux pays n’était plus fondée sur l’aide, mais sur le commerce et l’investissement, afin de permettre le développement de l’économie égyptienne au sein de la communauté internationale47. Les Etats-Unis ont fait de l’Egypte un élément clé de leur politique au MoyenOrient La relation EtatsUnis – Egypte passe d’une relation d’aide à une relation fondée sur le commerce et l’investissement Ce passage de l’aide à l’appui au commerce et à l’investissement a conduit à un ralentissement des déboursements durement ressenti par l’Egypte. Récemment, le Congrès américain a voté une aide importante pour les pays affectés par l’instabilité dans la région et la guerre en Irak et l’Egypte a ainsi bénéficié en 2004 d’un déboursement complémentaire de $ 300 millions. Avec un montant d’aide annuelle d’environ $ 2 Mds, les Etats-Unis sont de loin le principal bailleur Les interventions Depuis plus de 20 ans, les Etats-Unis sont de loin le principal bailleur bilatéral avec un montant annuel d’environ $ 2 milliards (dont environ $ 1,3 milliard d’aide militaire), ce qui fait de l’Egypte le second bénéficiaire des fonds américains après Israël. Les principaux programmes ont porté sur l’agriculture, les infrastructures, l’appui aux privatisations et aux 46 Au cours de cette décennie, l’aide avait notamment porté sur la réouverture du canal de Suez. 47 U.S. Agency for International Development au Caire : “USAID 25 years in Egypt 1975-2000.”. 69 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) exportations, l’éducation, l’environnement, la santé, l’appui à des ONG permettant le développement du secteur privé. Les interventions actuelles de l’USAID sont ciblées sur la réforme économique et en particulier sur l’appui au développement des compétences du secteur privé, au renforcement de l’environnement du commerce et des investissements et à la formation dans les technologies de l’information. Le groupe Banque mondiale Les fondements de la stratégie En 2000, l’encours des prêts de la Banque mondiale s’élevait à $ 2 milliards. La Banque a été traditionnellement très active en Egypte dans le domaine social et les principales interventions ont porté sur : le secteur éducatif (en particulier enseignement technique, formation professionnelle et enseignement supérieur), le développement agricole et l’irrigation, la lutte contre la pauvreté, la réduction de la pollution, la santé, le secteur portuaire. Ces dernières années, l’Egypte a manifesté sa volonté de réduire son endettement extérieur et donc de moins recourir aux prêts de la Banque mondiale, dont les taux sont souvent relativement élevés. Celle-ci a concentré ses interventions sur l’éducation de base, la réforme du système de santé, et, en liaison avec l’UE, le Fonds social de développement. La volonté de l’Egypte de limiter son endettement conduit la Banque mondiale à ne plus être l’acteur majeur Les interventions La Banque ne se considère plus maintenant comme l’acteur majeur en Egypte comme le souligne le dernier CAS48. Le rôle de la SFI s’est cependant beaucoup développé à la fin des années 90, et l’Egypte représente pour cette institution l’encours le plus important des pays du Moyen Orient et d’Afrique du Nord. On peut d’autre part souligner que les objectifs généraux de la Banque mondiale pour l’ensemble de la région MENA (Middle East and North Africa), restent larges : priorité à la réforme du secteur public et à la 48 « The Bank is by no means the major partner in the country. USAID and the EU have larger assistance programs. Moreover, given the country’s cautious external borrowing strategy and Egypt’s graduation from IDA about two years ago, the Bank cannot anchor its role in its financial contribution. On the other hand, despite some progress in negotiations with foreign financial institutions to float a Eurobond, Egypt does not yet have sustained access to private international markets….Should the Government decide to have the Bank play a larger lending role commensurate with Egypt’s size and importance, we will not be able to respond quickly, simply because the Bank lacks the solid analytical base that is a prerequisite for a rapid response… Within this constrained relationship, selectivity, in Bank’s involvement becomes critical…as the size of the Bank’s portofolio decreases, a greater share of administratvie budget resources will be allocated to knowledge-based, non-lending activities…». Memorandum of the President of the IBRD and the IFC to the Executive Directors on a Country Assistance Strategy for the Arab Republic of Egypt - 5 juin 2001. 70 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) gouvernance ; développement du secteur privé et de la création d’emplois ; accent mis sur les aspects qualitatifs de l’éducation ; meilleure gestion de l’eau (nécessité de rendre l’eau payante et de mieux la gérer) ; amélioration de la parité des genres (le taux de participation féminine au travail est actuellement le plus bas du monde pour la région). Le développement des programmes vers les ONG et la société civile est également prévu. Sur la période 1994-2004, les interventions Banque mondiale/IDA ont représenté (en millions de $) : 1994 : 121,0 2000 : 50,0 1995 : 80,0 2001 : 0,0 1996 : 172,2 2002 : 50,0 1997 : 75,0 2003 : 12,4 1998 : 142,0 2004 : 5,6 1999 : 425,0 Parmi les 15 projets actuellement en cours figurent 6 projets agricoles (pour 44% des montants), 4 projets éducation (27%), 2 projets santé/population (16%), 2 projets protection sociale (8%) et 1 projet environnement (5%). La coordination des bailleurs Les DAG ont pour objectif d’améliorer, par une meilleure coordination, l’efficacité des interventions des bailleurs Il existe un Groupe consultatif, présidé par la Banque mondiale, qui réuni les bailleurs en principe tous les trois ans. D’autre part, des DAG (Donor Assistance Group), ont été constitués pour coordonner les interventions des bailleurs afin de lutter contre la pauvreté et de réaliser les objectifs du millénaire. Une réunion plénière mensuelle au niveau des ambassadeurs ou de leurs représentants49 permet d’échanger des informations. La coordination des actions sur des axes stratégiques est plutôt réalisée au niveau des sous-groupes (gouvernance, ressources humaines et éducation, eau et agriculture, santé et population, énergie et environnement, PME,…), auxquels peuvent participer les représentants égyptiens concernés. Le sous-goupe PME a la réputation de fonctionner particulièrement bien. L’objectif des DAG étant le développement, la France intervient peu, sauf dans le sous-groupe agriculture, dont elle assure la co-présidence avec l’USAID. Malgré l’existence de ces DAG, la coordination des bailleurs n’est pas toujours estimée suffisante. Les représentants de pays comme l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne souhaitent notamment plus de coordination européenne, ce qui dépasse la simple information a posteriori. Il faut aussi souligner qu’en raison de sa dimension, une ville comme Le Caire n’est pas 49 Pour la France, le Conseiller de coopération multilatérale représente souvent l’Ambassadeur. 71 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) aussi propice que des capitales plus petites aux multiples rencontres informelles entre représentants des bailleurs, qui permettent dans ces capitales une meilleure information a priori. La participation de l’Egypte aux organisations internationales Les stratégies des bailleurs – et la réponse égyptienne à ces stratégies – se manifestent aussi par les diverses organisations internationales auxquelles l’Egypte participe. L’Egypte est bien sûr membre des institutions des Nations Unies, de l’OMC, de la Banque mondiale... Parmi les groupements plus spécifiques auxquels l’Egypte participe, on peut citer : • La Banque Africaine de Développement (BafD) ; • La Banque Islamique de Développement (BID) ; • Le Groupe des 77 dans le cadre des NU ; • La Ligue des Etats Arabes (LEA)50 ; • Le Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA) ; • Le NEPAD ; • L’Organisation de la Conférence islamique (OCI) ; • L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ; • L’Union africaine, qui a remplacé l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) depuis 2002 ; • La Zone arabe de libre-échange (GAFTA – Greater Arab Free Trade Area) entre l’Egypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie). 50 Dont l’Egypte est membre fondateur et dont le siège, transféré à Tunis de 1979 à 1990 en raison de l’opposition des autres Etats arabes à la signature du traité de paix avec Israël en mars 1979, est au Caire. 72 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Le positionnement de la Coopération française face aux stratégies des bailleurs Positionnement de la Coopération française face aux différents bailleurs Etats-Unis Pour l’Egypte, les Etats-Unis sont, depuis la paix israélo-égyptienne parrainée par Washington, l’allié stratégique. La France n’est pas un partenaire de même importance. Dans le domaine politique cependant, les excellentes relations entretenues avec l’Egypte permettent à la France de faire entendre sa voix. Dans le domaine du développement économique, les interventions françaises sont par contre marginales. C’est ce qui explique la différence entre une Ambassade des Etats-Unis relativement admirative d’une Coopération française, qui, notamment grâce à un centre culturel qu’elle envie à la France, réussit à avoir une influence non négligeable malgré la faiblesse des moyens, et une agence de développement, l’USAID, pour laquelle la Coopération française n’existe pas hormis l’archéologie et le métro du Caire. Groupe Banque mondiale En raison de ses moyens et de sa spécificité, la Coopération française doit se positionner en complémentarité de l’Union Européenne pour répondre au « besoin d’Europe » de l’Egypte 51 Pour la Banque mondiale la France n’est pas un acteur majeur en Egypte. Le fait que dans le chapitre du CAS consacré à la coordination avec les partenaires51, la France ne soit même pas citée dans les « autres donneurs », contrairement au Canada, au Danemark, à la Finlande, à l’Italie, aux Pays-Bas, à l’Espagne, à la Suède, à la Suisse et au RoyaumeUni, (et alors que des paragraphes entiers sont consacrés aux Etats-Unis, à l’Union européenne, à l’Allemagne, au Japon, aux Fonds arabes et aux Banques islamiques et africaines de développement), relève sans doute d’une erreur de relecture, mais est aussi significatif du rôle souvent secondaire, et en tout cas spécifique, de la Coopération française. Union européenne La France est partie au processus de Barcelone dont les objectifs sont aussi les siens. Les objectifs de la Coopération française doivent donc s’insérer dans ceux du processus de Barcelone, mais on peut souligner : que la Coopération française ne peut, avec des moyens disponibles très différents de ceux de l’Union européenne, se sentir en charge Country Assistance Strategy pages 31-32. 73 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) de la transition économique d’un pays de 70 millions d’habitants et de la création d’une zone économique euro-méditerranéenne ; que les relations franco-égyptiennes comportent des domaines – par exemple l’archéologie – dans lesquels l’Union européenne n’intervient pas et où la Coopération française a une ancienneté et une spécificité que la France doit continuer à assumer. Il est néanmoins certain que la Coopération française doit, non seulement parce qu’elle est partie à la coopération européenne, mais aussi en raison de ses moyens et de sa spécificité, et encore plus nettement que dans des pays de la ZSP où son poids par rapport aux autres bailleurs est plus important, se positionner en complémentarité avec la coopération menée par l’Union européenne52. Au « besoin d’Europe » de l’Egypte ne répondent pas des interventions européennes visibles et coordonnées entre les Etats membres Plusieurs problèmes se posent cependant : • L’absence de visibilité de la coopération européenne : pour les Egyptiens, l’Union européenne est certes un bailleur important53, mais ne constitue pas un centre d’influence et de décision ; les Egyptiens rencontrés parlent des interventions de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, et des financements de l’Union européenne et de la BEI. La coopération politique européenne et la politique étrangère et de sécurité commune54, n’apparaissent pas très visibles aux Egyptiens. • L’absence de coordination effective des interventions européennes. Si l’information a posteriori entre partenaires européens – Délégation et représentations des Etats membres a progressé - l’absence de coordination a priori est habituelle. Les cas de coordination entre certains Etats membres sont certes nombreux, mais la coordination ne revêt généralement pas une dimension européenne. Une récente évaluation de la stratégie de la Commission européenne pour l’Egypte55 estime que la coordination avec les Etats membres a été faible lors de l’établissement du dernier CSP et du PIN, même si des progrès significatifs ont eu lieu depuis 2001, en particulier grâce aux mesures de déconcentration prises en faveur de la Délégation. On peut aussi souligner que le souci de la Commission 52 Complémentarité d’ailleurs reconnue par l’UE. La partie du CSP consacrée aux objectifs de la politique européenne souligne : « The process is underpinned by a network of bilateral relations between each partner country and the EU, embodied in Association Agreements which provide for political dialogue, free trade, between each partner and the EU to be established over a transitional period, and various form of cooperation » (CSP 2002-2006 p.3). 53 Et un bailleur qui n’effectue que des dons. 54 La PESC, politique étrangère et de sécurité commune a été définie par les traité de Maastricht et d’Amsterdam. 55 Evaluation of the European Commission’s Strategy for Egypt – Vol. 1, Final report, February 2004. 74 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) européenne de se protéger des critiques des Etats membres n’est pas étranger à la complexité des procédures. • Une volonté de la représentation sur place de l’Union européenne d’améliorer sa visibilité en réunissant sous son autorité les bailleurs européens sans disposer des équipes suffisantes : à l’Union européenne de déterminer les orientations et aux Etats européens de s’inscrire dans ces orientations. Si cette conception peut convenir à certains pays du nord de l’Europe qui ont décidé de ne plus intervenir directement en Egypte56, elle est difficilement acceptable au stade actuel par des pays comme l’Allemagne ou la France, qui disposent, dans de nombreux domaines d’intervention, d’équipes plus étoffées que l’Union européenne. • La multiplicité des intervenants et des niveaux d’intervention de la Coopération française. Si, au niveau de l’ambassade, qui représente bien toute la France, la situation est claire, les rôles théoriquement complémentaires, mais en fait très séparés du CFCC, de la Mission Economique, de l’Ifao, de l’IRD, du CEDEJ, du Conseiller de coopération multilatérale, des ministères français, rend difficile pour la Délégation européenne la détermination du bon interlocuteur. • Un « manque d’Europe » qui rend difficile à court terme la réponse au « besoin d’Europe » de l’Egypte. Dans le contexte actuel, chaque pays membre mène un « jeu national » sans moyens suffisants, tandis que l’Union européenne possède les moyens, mais pas la visibilité, pour mener un « jeu européen ». Par exemple le problème de la création d’une université européenne a-t-il été posé au lieu et place d’une université allemande et d’une université française ? Allemagne Associées au sein de l’UE, La France et l’Allemagne ont des politiques de coopération en Egypte qui ont des objectifs similaires mais souvent plus parallèles que communs. Les possibilités de coopération seront développées ci-dessous. 56 Ce serait le cas du Danemark et de la Finlande. 75 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Vers une française stratégie en Egypte (1993-2003) de positionnement de la Coopération Cette stratégie de positionnement pourrait tenir compte des éléments suivants : 57 • La nécessité à moyen/long terme pour la Coopération française d’intervenir dans le cadre de l’Union européenne pour conserver une influence. Face aux financements américains et à l’influence des Etats-Unis, la Coopération française ne dispose – et ne disposera sans doute à l’avenir – que de moyens extrêmement limités. Le « besoin d’Europe » de l’Egypte ne peut être satisfait qu’à travers l’Union européenne et il est de l’intérêt de la Coopération française, si elle ne veut pas se marginaliser, d’être associée à une aide européenne qui est en partie la sienne, qu’il s’agisse de celle de la Commission ou de la BEI. Dans ce but, une réflexion devrait être menée par la France comme par d’autres Etats européens, pour accroître à terme cette visibilité de l’Europe57. • L’impossibilité à court terme d’une part de s’aligner derrière une coopération européenne actuellement peu visible, d’autre part de mettre en œuvre des projets de la Coopération française en comptant sur des financements européens. Le programme de modernisation industrielle de € 250 millions mis en place par l’Union européenne en est un exemple. Ce programme, le plus gros projet financé par l’Union hors des pays membres, s’est heurté à une insuffisante capacité de mise en œuvre et finalement € 175 millions ont été affectés en aide budgétaire et non en financement de projets. Certains acteurs de la Coopération française, qui estiment avoir des projets intéressants à réaliser sans pouvoir disposer d’un quart de million d’euros sont sceptiques sur l’efficacité des deniers des contribuables notamment français, et rêvent de financements européens pour des projets français. Mais cette possibilité est le plus souvent exclue pour deux raisons : i) le Programme Indicatif National, PIN, de la Commission européenne a ses objectifs et ses secteurs de concentration. Un projet français ne peut trouver un écho européen que s’il cadre avec les objectifs très sélectifs du PIN ; ii) comment l’Union européenne pourraitelle acquérir à terme une visibilité si elle se contente de financer des projets des Etats membres ? Une réflexion commune ne peut évidemment être conduite que par la Commission. Le programme Tempus, qui semble un programme particulièrement réussi de l’Union européenne, pourrait être un des éléments de cette visibilité. 76 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie • en Egypte (1993-2003) Les lents progrès de la concertation européenne. Consciente du hiatus entre les projets français et les financements européens, la Coopération française a nommé un Conseiller régional de coopération multilatérale, dont le rôle ne peut bien sûr consister à trouver des financements européens pour des projets français, mais qui est susceptible de réaliser une analyse amont des programmes européens et de favoriser l’intégration des acteurs français dans ces programmes. Le manque de concertation au niveau européen rend cependant les avancées difficiles, comme le montrent les difficultés de la coordination européenne dans le domaine de la formation professionnelle. Vers une coopération européenne « à géométrie variable » où la coopération franco-allemande pourrait, dans plusieurs domaines, jouer un rôle moteur Une coopération européenne plus forte, nécessaire à terme, est donc immédiatement difficile. Le renforcement de cette coopération pourrait passer par une coopération plus forte entre Etats membres actifs en Egypte, ceux-ci étant différents selon les domaines pris en compte. Pour la mise en oeuvre d’une telle coopération « à géométrie variable » on peut se demander si un développement de la concertation francoallemande ne pourrait pas donner d’excellents résultats pour les raisons suivantes : • L’approche de la coopération avec l’Egypte n’est pas fondamentalement différente entre l’Allemagne et la France, et les domaines d’intervention sont souvent voisins. • Les Egyptiens sont très conscients, pour des raisons politiques, de l’identité de vue des deux pays. • Ensemble, et éventuellement avec d’autres Etats membres, l’Allemagne et la France peuvent avoir une capacité d’influence sur l’Union européenne, notamment en ce qui concerne les projets à réaliser, beaucoup plus importante qu’un Etat membre seul. On peut rappeler que sur la période 1993-2002, la France et l’Allemagne ont été le deuxième et le troisième contributeur à l’APD nette reçue par l’Egypte. • Des procédures franco-allemandes pourraient être plus souples que les procédures européennes, très complexes pour un pays où les décisions sont peu enfermées dans des procédures. 77 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie • en Egypte (1993-2003) Dans plusieurs domaines des coopérations ont été développées58, et les représentants allemands rencontrés (GTZ et KfW) se sont déclarés très partisans de développer cette coopération. Les effets d’un telle concertation ne peuvent bien sûr être importants que si elle sous-tendue par une volonté politique, car, sur le terrain, les interventions allemandes et françaises se révèlent souvent plus concurrentes que complémentaires. Une période exceptionnellement favorable pour accroître la visibilité de l’aide européenne et de la coopération française Face au « besoin d’Europe » de l’Egypte, plusieurs facteurs rendent la période extrêmement favorable à l’accroissement de la présence européenne (Commission et pays membres) : • • • • • la diminution de l’aide américaine et une certaine diminution de l’influence directe des Etats-Unis due à la volonté de diminuer les financements américains59 ; le relatif retrait de la Banque mondiale ; l’engagement à terme de l’Europe sur une association euroméditerranéenne ; l’abandon en janvier 2003 par l’Egypte d’un régime de change ancré sur le dollar ; la reconnaissance internationale de l’euro60. Pour la France, les relations politiques et le rôle joué au Maghreb constituent des atouts supplémentaires. On peut penser que la préparation de MEDA III, qui doit commencer en 2008, pourrait être mise à profit pour mieux positionner les coopérations européennes, dont celle de la France, vis à vis des interventions de l’Union européenne. 58 On peut par exemple citer le cas de la formation professionnelle. 59 « As our relationship shifts from one largely based on aid to one characterized by trade and investment » Déclaration du Directeur de la mission en Egypte de l’USAID pour les 25 ans de la coopération avec l’Egypte. 60 L’existence d’un taux de change supérieur au dollar a marqué certains Egyptiens. 78 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Deuxième partie La coopération française en Egypte 79 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) 80 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) I La stratégie globale et les grandes orientations de la coopération culturelle française Une stratégie de coopération largement implicite Les travaux réalisés à l’occasion des commissions mixtes fournissent généralement l’occasion aux deux parties concernées de faire un bilan des actions réalisées, de recenser les attentes (et singulièrement celles du pays bénéficiaire), de définir enfin les grands axes stratégiques de la coopération future qui seront déclinés, par la suite, dans des programmes d’actions et dans des projets à réaliser61. Idéalement, ces travaux devraient conduire à l’élaboration d’un cadre logique associant objectifs, moyens et actions. Les commissions mixtes (1992 et 2001) ne « dévoilent » pas la stratégie globale de coopération en Egypte… …qui reste ainsi largement implicite. Les deux commissions mixtes franco-égyptiennes (1992 et 2001) s’écartent assez sensiblement de ce canevas général : dans les deux cas en effet, ces documents cadre restent très évasifs, pour ne pas dire sibyllins, dans l’énoncé de la stratégie française de coopération en Egypte. Il faut néanmoins se garder de conclure, peut-être hâtivement, que le caractère elliptique de la déclaration de politique générale de coopération figurant dans les préambules des comptes rendus des commissions mixtes ne ferait que traduire l’absence de stratégie bien définie62. Celle-ci reste, en effet, très largement implicite. Il est possible, toutefois, d’en esquisser les contours à condition de porter le regard de la longue période. Le regard de la longue période permet de « révéler » la stratégie française. Une coopération « historique » Les relations culturelles franco-égyptiennes sont très anciennes et remontent, pour certaines, au XIX° siècle. Les relations culturelles franco-égyptiennes sont très anciennes ; certaines d’entre-elles remontant au début du XIXème siècle. Ainsi, l’expédition Bonaparte (1798) et les travaux de Champollion vont susciter un véritable renouveau de l’égyptologie et fonder une coopération active qui perdure aujourd’hui au travers des activités de recherches de l’IFAO ou celles du centre franco-égyptien de Karnak, pour ne citer que ces deux institutions. Cette épopée coloniale aura aussi pour effet de susciter un certain « réveil » de l’Egypte. Le processus de modernisation, conduit notamment 61 Ainsi, le procès verbal de la commission mixte de janvier 1992 notait : « La partie française a informé la partie égyptienne qu’elle entendait désormais consacrer les réunions de commissions mixtes à l’évaluation des résultats et à la définition des grandes orientations de la coopération bilatérale » (p. 3). 62 Selon le rapport d’audit interne du réseau de coopération et d’action culturelle : « Le dispositif de coopération et d’action culturelle en Egypte apparaît comme un legs de passé, les orientations successives de notre politique s’étant traduites par une accumulation de créations de postes plutôt que par des redéploiements mûrement réfléchis et articulés autour d’une véritable politique ». Ministère des Affaires étrangères, DGCID, DGA, Compte rendu de mission en Egypte : 8-12 février 2004, page 6. 81 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) par Mohamed Ali afin de s’affranchir de la tutelle d’Istanbul et des Mamelouks, se traduira par l’invitation de nombreux experts, français et britanniques, spécialistes de la santé, de l’éducation ou encore des arts militaires. Ce mouvement sera réciproque ; les autorités égyptiennes de l’époque finançant des voyages d’étude en Europe pour certains de leurs meilleurs éléments. Ces relations culturelles se traduiront aussi par l’implantation, en Egypte, d’instituts d’études et de recherche dont le plus illustre est certainement l’Ecole française du droit. Enfin, ces liens, dont nous avons fêtés le bicentenaire en 1998, se manifestent aussi au travers de la francophonie et d’une coopération éducative et linguistique de longue date. Cet « héritage francophone » se traduit par l’existence d’un réseau d’une soixantaine d’établissements bilingues, d’enseignement primaire et secondaire et au rang desquels figurent les anciens lycées de la Mission Laïque. Archéologie, sciences sociales, éducation, culture… sont les substrats historiques de notre coopération. Ils conditionnent fortement la stratégie de coopération. Ces principaux domaines d’intervention (archéologie, sciences sociales, éducation et culture) vont constituer au fil du temps le substrat de notre coopération en Egypte. L’existence d’un tel noyau dur historique contraint sensiblement l’exercice d’écriture de la stratégie globale de la coopération française. Ce biais conservateur n’est pas nécessairement négatif. Les champs traditionnels d’intervention ont incontestablement participé –et participent toujours- au rayonnement de la France en Egypte. Ces socles historiques ne sont donc pas anachroniques. Mais, d’un autre côté, ils réduisent les degrés de liberté pour définir de nouveaux axes d’intervention, surtout dans un contexte de diminution des dotations budgétaires. Une commission mixte de 1992 marquée par le conservatisme Ainsi, la prégnance de l’histoire va fortement marquer les travaux de la commission mixte de 1992. Ceux-ci vont faire l’économie, non seulement d’une définition explicite de la stratégie de coopération, mais aussi de ses grands objectifs sectoriels. Le relevé de ses conclusions se présente plutôt comme un catalogue d’actions à mener, souvent très modestes, dans chacun des secteurs historiques d’intervention, sans que la cohérence d’ensemble n’apparaisse très clairement et, surtout, sans que les multiples actions envisagées soient réellement hiérarchisées. Un tableau synoptique résumant ces conclusions figure à la page suivante. Il montre que, dans la plupart des secteurs et sous-secteurs, les deux parties se félicitent des résultats de leur coopération antérieure, envisagent de la poursuivre et ajoutent, par touches légères, quelques approfondissements. Le nombre d’actions réellement nouvelles, semble faible (le projet de création de cycles supérieurs francophones –action n°2.7- est l’exception qui confirme la règle). Aucun nouveau secteur d’intervention ne semble avoir été introduit depuis la précédente commission de 1982. La commission de 1992 ne contient ni exposé de la stratégie, ni objectifs sectoriels. Elle se résume à un catalogue de mesures modestes dans tous les secteurs historiques d’intervention. 82 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Relevé des principales conclusions de la commission mixte franco-égyptienne de 1992 1 COOPERATION LINGUISTIQUE ET EDUCATIVE 1.1 Enseignement secondaire - Favoriser l’apprentissage du français comme (rénovation des méthodes pédagogiques) - Renforcer la formation des enseignants première langue -Maintenir la coopération en faveur des conseillers d’Etat - Reprendre le projet, inachevé, d’informatisation du conseil d’Etat - Encourager la coopération judiciaire - Compléter la coopération dans le domaine de la formation des diplomates - Poursuivre la formation des fonctionnaires de l’Organisation Centrale des comptes 1.2 Enseignement technique - Etudier la possibilité d’un soutien à la formulation des programmes 1.3 Enseignement supérieur 2.5 Agriculture - Etudier la mise en place d’une instance de concertation pour le suivi de la formation des professeurs de français 1.4 Enseignement continu du français -Etudier comment développer l’apprentissage de la langue française en dehors du système scolaire et universitaire 1.5 Audiovisuel éducatif -Renforcer la formation des personnels chargés de la conception des programmes éducatifs en français (radio et télé) 1.6 Boursiers TECHNIQUE - Renforcer le BLAFE - Poursuivre certains programmes de recherche ORSTOM - Organiser des cycles de perfectionnement à la gestion des projets 2.6 Santé - Poursuivre la coopération en chirurgie, soins généraux et administration - Poursuivre la coopération dans le domaine de la PMI 2.7 Développement des filières de formation scientifiques en Français - Etudier la création de filières de formation (francophone), scientifique et techniques, qui constitueraient un débouché pour les anciens élèves d’établissements francophones 3 COOPERATION ARTISTIQUE ET CULTURELLE 3.1 Arts de la scène -Examiner les modalités de fonctionnement de la co-tutelle 2 CCOPERATION SCIENTIFIQUE ADMINISTRATIVE 2.1 Sciences sociales et humaines Source : d’après P.V. de la commission mixte de janvier 1992. 2.4 Administrations publiques ET - Apporter un soutien au projet d’organisation d’un festival de musique Intensifier les échanges dans le domaine théâtral - Favoriser les expositions artistiques égyptiennes en France 3.2 Arts plastiques -Pas d’actions précises. Satisfecit au CEDEJ 2.2 Archéologie et patrimoine - Poursuivre les échanges (musées) et la coopération dans la restauration -Archéo : appuyer un projet de prospection magnétométrique - Patrimoine : poursuivre la coopération dans la protection du patrimoine islamique - Urbanisme : poursuivre la coopération dans ce domaine - Cartographie : pas d’actions précises 2.3 Sciences et techniques 3.3 Cinéma - Développer la coopération cinématographique 3.4 Presse et audiovisuel - Poursuivre la coopération dans le domaine journalistique - Favoriser la formation des personnels chargés de la programmation (radio-télé) 3.5 Livre et traduction - Aéronautique : étudier les nouvelles orientations pour la formation des ingénieurs - Autres : Poursuivre la coopération avec l’ENT (France) - Soutenir le projet (UNESCO) de grande bibliothèque à Alexandrie - Fournir des ouvrages et assurer la formation des bibliothécaires 3.6 Jeunesse et Sports : - Poursuivre la formation des cadres 83 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La commission mixte de 2001 La commission mixte de 2001 montre un indéniable progrès par rapport à la précédente. Si elle ne comporte toujours pas de définition explicite de la stratégie globale de coopération, on constate en revanche un réel effort de synthèse qui conduit à définir cinq axes prioritaires : -1) Retrouver une position significative dans l’enseignement supérieur égyptien ; -2) Rénover notre coopération linguistique ; -3) Développer notre coopération dans le domaine de la coopération technique ; -4) Maintenir l’excellence de notre coopération en archéologie et en sciences sociales ; -5) Favoriser les échanges culturels et le dialogue des cultures. Le poids de l’histoire pèse aussi sur la commission de 2001 qui insiste sur le renforcement des acquis. Les actions projetées dans chacun de ces axes figurent dans un tableau synoptique placé à la fin de cette section. Comme on peut le constater, le poids de l’histoire se manifeste aussi dans le choix des objectifs opérationnels qui insistent plus, dans l’ensemble, sur le renforcement du dispositif, sur le maintien des avantages acquis ou sur la reconquête de positions fortes dans certains domaines, que sur le développement de nouvelles actions dans de nouveaux secteurs d’intervention. Si l’intervention française en Egypte en matière de coopération éducative (aux divers niveaux de formation), linguistique, culturelle et de recherche semble donc d’une grande stabilité quant aux champs d’activités et aux programmes globaux mis en oeuvre, on perçoit cependant à la lecture des différents projets une évolution de plus en plus marquée -surtout dans le secteur culturel- au cours des trois ou quatre dernières années. Ces évolutions concernent principalement : (1) les bénéficiaires de l’aide française (ouverture à de nouveaux publics) ; (2) les méthodes d’élaboration des projets (qui reposent plus qu’avant sur la concertation) ; (3) la finalité des projets (qui insistent plus désormais sur la professionnalisation de nos partenaires) ; (4) la portée des programmes (qui dépassent pour certains le seul cadre de l’Egypte) ; enfin, (5) l’association d’une pluralité d’acteurs en partenariat (en élargissant ainsi le champ traditionnel de la coopération institutionnelle bilatérale). Ces innovations, auxquelles s’ajoute peut-être l’ouverture progressive au multilinguisme, sont décrites ci-dessous. On note toutefois des évolutions à l’intérieur des secteurs historiques. Celles-ci concernent : 1) les bénéficiaires ; 2) la conception des projets 3) la finalité des actions 4) l’élargissement régional des projets 5) la synergie avec les autres bailleurs. Une ouverture à nouveaux publics L’adaptation de notre dispositif est sensible tout d’abord dans l’ouverture de la coopération française à de nouveaux publics. Traditionnellement orientées vers les élites francophiles et souvent francophones, nos interventions s’adressent aussi, maintenant, aux cadres cultivés et à l’ensemble de la jeunesse. Si, d’un côté, à travers le dispositif des écoles 84 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie La coopération culturelle ne s’adresse plus exclusivement aux élites. Le dialogue des cultures est étendu, ponctuellement, au « grand public ». Le partenariat demeure timide, mais il progresse. Les projets culturels insistent sur la professionnalisation des bénéficiaires. en Egypte (1993-2003) bilingues, des filières universitaires francophones dans des secteurs où traditionnellement la présence française est importante (droit, journalisme, archéologie…), de l’Université Française du Caire (UFE), des institutions de recherche (CEDEJ, IFAO) la cible visée est plutôt stable, d’un autre côté, de nombreuses actions touchent une population beaucoup plus vaste. C’est dans l’espace culturel que ces frémissements sont le plus notoire. Parmi les initiatives relevées dans ce domaine, on peut citer le développement de l’offre musicale dans les médiathèques à l’adresse de tous les publics jeunes, les actions concernant le livre sous toutes ses formes, les manifestations artistiques dont l’offre étendue intéresse des publics de plus en plus larges. Cette nouvelle approche est probablement de nature à modifier l’impact de nos actions. Cette évolution est surtout lisible dans les contenus de la programmation culturelle. Elle se perçoit notamment à travers le développement de grandes manifestations à fort retentissement médiatique, de la foire du livre aux biennales artistiques, d’événements tels que « France Egypte, horizons partagés », dont les nombreuses actions se sont déroulées simultanément en France et en Egypte, ou bien d’expositions « Les Français aiment le Caire », « Quand les sciences parlent arabe »… La forme et le retentissement de ces manifestations participent clairement au dialogue des cultures, qui semble être un axe central d’intervention depuis septembre 2001. Ce dialogue des cultures est concrétisé par de multiples actions allant de spectacles, d’expositions aux débats d’idées, de colloques, conférences et rencontres d’auteurs… L’impact de ces actions devrait être de nature à amplifier l’image positive de la France dans des milieux plus diversifiés. Des projets conçus en plus grande concertation Cette ouverture est aussi présente au plan de la méthode et des formes de concertation qui sont adoptées. Certes, l’expression de la demande égyptienne est complexe à percevoir, compte tenu des modes de fonctionnement spécifiques de l’Etat et de la communauté égyptienne ; mais certaines initiatives françaises mettent en place des procédures de concertation qui impliquent l’ensemble des partenaires et qui sont des moments privilégiés pour l’expression et la prise en compte de la demande égyptienne, privée et publique. Cette forme de concertation, que l’on a tendance à considérer comme naturelle et consubstantielle de la relation de coopération, devrait être plus présente sur l’ensemble du dispositif d’intervention. Des projets visant la professionnalisation de notre partenaire Le « dialogue des cultures » s’accompagne d’actions visant à la professionnalisation de nos partenaires : résidences d’artistes, masterclass, coproductions, installation ou développement de services pour le public, comme la Grande Bibliothèque d’Alexandrie qui comprend un volet important de formation. 85 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Certains projets culturels (dans le livre par exemple) ont désormais une vocation régionale. en Egypte (1993-2003) Des projets qui s’inscrivent dans une politique régionale Un autre aspect caractéristique de l’évolution de notre politique de coopération réside dans la volonté de traiter certains champs d’activités, non plus au seul niveau national, mais à travers une politique régionale dans l’ensemble du monde arabe. Le meilleur exemple de cette évolution se concrétisera dans le secteur culturel, plus précisément dans celui du livre, avec la création d’un département de traduction : véritable approche régionale, associant une plus grande diversité de partenaires privés et publics pour une extension de l’offre littéraire dans l’ensemble du monde arabe. On devrait attendre de ce département un impact plus grand au plan de l’attraction culturelle française63. En fait, cet exemple pourrait être emblématique d’une tendance à la régionalisation, qui touche déjà la francophonie dans son ensemble, et qui pourrait s’appliquer à d’autres pans de notre intervention. Plus de projets conçus en partenariat Parallèlement à cette mise en perspective régionale, nombre d’interventions se développent dans le cadre de partenariats, soit entre nos deux pays (institutions, opérateurs et diffuseurs, français ou égyptiens), soit de plus en plus avec des partenaires d’autres pays, en particulier européens. Il en est ainsi pour un certain nombre d’événements annuels ou pluriannuels comme les fêtes de la musique et de la francophonie, les festivals de danse et de musique, ou encore le festival européen et arabe « musique et patrimoine ». On peut citer également cette année, en France avec l’IMA, la manifestation « la gloire des pharaons », ou encore, dans le cadre de Lille 2004, l’hommage à l’archéologue Auguste Mariette ou l’hommage rendu à Champollion, à Grenoble, en marge du congrès mondial d’archéologie. On note une volonté certaine, dans certains projets culturels, de s’associer avec d’autres partenaires européens. Ces innovations, parfois prometteuses, participent au renouvellement de nos modalités d’intervention dans les champs historiques de coopération. Une réflexion sur le multilinguisme Enfin, un frémissement se fait au niveau du multilinguisme à travers le livre et les actions de traduction, ou la mise en place d’un système de consultation trilingue à la Grande Bibliothèque d’Alexandrie. Une stratégie d’ensemble ne s’est pas encore dessinée en matière de multilinguisme, en particulier au travers des trois langues dominantes, arabe, anglais et français, dont la conjugaison simultanée pourrait favoriser la position du français auprès de nouveaux publics (en particulier la jeunesse), que ce soit dans le cadre de la formation privée et publique, ou au travers des activités culturelles. Ces exemples montrent qu’une part importante des interventions françaises en Egypte se situe dans la continuité des actions entreprises de manière constante depuis de longues années, voire de plus d’un siècle pour 63 Cet impact est encore à venir en raison des dysfonctionnements que connaît ce département (cf. infra). 86 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) l’archéologie, souvent dans une tradition francophile, qu’elle concerne une cible stabilisée et se déroule dans une certaine tradition stratifiée par l’histoire. Mais, depuis peu, tout un pan de notre intervention -dans le secteur culturel principalement et, dans une moindre mesure, dans le domaine linguistique- emprunte de nouvelles voies qui conduisent à une réflexion d’ensemble sur les modalités et les choix à opérer pour le futur. Les grands objectifs sectoriels de la commission mixte de 2001 et les principales actions envisagées. Objectif 1 : RETROUVER UNE POSITION SIGNIFICATIVE DANS L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Principales réalisations : • Appui aux 6 filières universitaires francophones : droit, économie et sciences politiques, journalisme, commerce international et agro-alimentaire intégrées dans les universités du Caire et d’Alexandrie ; 650 étudiants. • Appui logistique à l’Université Française d’Egypte (UFE). Trois filières : informatique et gestion ; langues appliquées et ingénieurs : 115 étudiants. • Echanges d’étudiants :. 819 étudiants égyptiens inscrits dans les universités françaises en 2002/03, dont 40 bourses d’études du gouvernement français ; 22 bénéficiaires d’une bourse Eiffel depuis 1999.. Commentaires : • Les filières francophones d’enseignement supérieur accueillent près de 700 étudiants. Elles constituent un débouché naturel pour les élèves ayant réalisés leurs études dans les établissements francophones. • La création de l’UFE, financée par des investisseurs privés, devrait permettre de répondre à une demande locale insatisfaite. A terme, l’UFE devrait représenter le fleuron de notre présence éducative et scientifique en Egypte. Elle rencontre actuellement certaines difficultés, notamment financières. • L’UFE et les filières francophones à l’Université du Caire et d’Alexandrie ont permis de renforcer notre influence dans l’enseignement supérieur égyptien. Ce secteur est fortement concurrencé par les Etats-Unis et, plus récemment, par l’Allemagne (700 inscrits). • Les échanges d’étudiants restent encore modestes. Le nombre de bourse demeure trop restreint. 87 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Objectif 2 : RENOVER ET CONTRACTUALISER NOTRE COOPERATION LINGUISTIQUE Principales réalisations : • L’aide française bénéficie à une soixantaine d’établissements bilingues (primaire et secondaire) qui accueillent 45 000 élèves environ. • Appui au perfectionnement pédagogique des inspecteurs et des professeurs de français de l’éducation nationale égyptienne. • Rénovation des actions de coopération par le biais d’une politique de contrats négociés avec le réseau des établissements d’enseignement bilingue du secteur gouvernemental. Introduction de nouvelles méthodes pédagogiques et développement des technologies nouvelles dans l’enseignement du français. • Appui au ministère de l’Education égyptien (AT) pour le renforcement de notre coopération avec les départements universitaires. Commentaires : • Près de 50% de l’enveloppe de coopération du Poste sont consacrés à la coopération linguistique et éducative (2,5 millions d’euros). • 100 000 élèves scolarisés dans les établissements secondaires égyptiens choisissent le français en première langue vivante. • 4 000 élèves sortent chaque année de l’enseignement secondaire bilingue. Mais, le dispositif semble insuffisant pour alimenter les filières bilingues du supérieur • 10 000 étudiants étudient le français à l’Université. Objectif 3 : DEVELOPPER LA COOPERATION DANS LE DOMAINE DE LA COOPERATION TECHNIQUE, DE LA RECHERCHE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE Principales réalisations : • Diplomatie : coopération administrative avec l’IIAP pour la formation de jeunes diplomates égyptiens. • Sécurité intérieure : Formations appuyées par le SCTIP. • Sécurité civile : coopération dans les domaines de la gestion des crises, l’organisation des secours et le système incendie à l’aéroport du Caire. • Agriculture : une cinquantaine de projets financés sur les fonds de contrepartie de l’aide alimentaire (actions du BLAFE). • Santé : Financement (sur crédits d’annulation de la dette) de la construction de l’hôpital (français) Ksar Al Aïni (1996). Un attaché de coopération santé jusqu’en 2001. Actuellement quelques partenariats hospitalo-universitaires. • Recherche scientifique : proposition de coopération dans les secteurs de la valorisation industrielle de la recherche et dans celui de la diffusion de l’information scientifique et technique. L’IRD est présent depuis 1987. Le partenariat scientifique concerne les sciences sociales (5 équipes), la virologie et la télédétection (chacune une équipe). • Formation professionnelle : Un AT (depuis 2003) auprès du conseil suprême égyptien pour le développement des ressources humaines afin de faciliter l’accès de l’expertise française aux programmes de la Banque mondiale et de l’UE. Commentaires : • La recherche scientifique ne figure pas au rang des priorités du gouvernement égyptien. • La coopération sanitaire est aujourd’hui presqu’au point mort. • La partie égyptienne a souhaité la création d’une académie de justice. Un expert français pourrait être mis à disposition du ministère égyptien de la Justice. 88 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Objectif 4 : MAINTENIR L’EXCELLENCE DE NOTRE COOPERATION EN ARCHEOLOGIE ET EN SCIENCES SOCIALES Principales réalisations : • Crédits de fonctionnement alloués au Centre d’éttudes et de documentation économique, juridique, urbaine et sociale (CEDEJ). Le CEDEJ est une unité du CNRS qui comprend 26 chercheurs et 70 étudiants-chercheurs. Les axes de recherche concernent actuellement :(1) la vie politique la société civile, les pratiques normatives ; (2) l’histoire de la médecine et l’histoire des sciences ; (3) l’espace et les territoires, les différenciations socio-économiques. Le CEDEJ a été un partenaire de l’IRD dans une étude sur les ONG ; • L’Institut français d’archéologie orientale (IFAO) est un centre de recherche relevant du ministère français de l’Education nationale. Il ne reçoit aucune subvention du MAE mais ce dernier finance de nombreux travaux de fouille. Commentaires : • Les travaux du CEDEJ souffrent probablement d’une valorisation insuffisante. • De par son passé (l’IFAO a été créé dans les années 1880 et l’excellence de ses travaux, l’IFAO représente une plate-forme de première ampleur pour le développement de la recherche égyptologique. Objectif 5 : FAVORISER LES ECHANGES CULTURELLES ET LE DIALOGUE DES CULTURES Principales réalisations : • Appuis à des institutions culturelles égyptiennes : Opéra du Caire, Théâtre des Hanaguer, Centre national des arts, festival du Caire… Financement de coproductions (« France-Egypte : horizons partagés, 1998) ; • Financement d’actions de formation des jeunes artistes égyptiens ; • Coopération dans le domaine de la sauvegarde du patrimoine urbain et architectural ; • Opérations de valorisation du patrimoine culturel égyptien (« Les français aiment le Caire, 2001) ; • Coopération dans le domaine de la muséologie (« Quand les sciences parlent arabe, 2003) ; • Participation à l’organisation de festivals cinématographiques ; • Financements en faveur de la grande bibliothèque d’Alexandrie : conservateur de bibliothèque, octroi de bourses de formation, dons de livre, appuis financiers au système informatique ; co-financements pour la réalisation d’un musée de l’histoire des sciences au sein de la Bibliothèque… • Dotations d’ouvrages à la bibliothèque Moubarak et à la bibliothèque du Grand Caire. • Coopération dans le secteur du journalisme : création d’une filière francophone débouchant sur un DESS Commentaires : • La présence culturelle de la France est l’une des dimensions spécifiques (et fondamentales) de la relation avec l’Egypte. • Le centre français de culture et de coopération du Caire (CCC) est un vecteur important de la diffusion de la langue et de la culture française. 89 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) 90 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) II La coopération économique Les protocoles financiers Protocoles financiers, RPE et FASEP Durant la période 1993-2003, l’instrument privilégié de la coopération conduite par le MINEFI en Egypte a été représenté par les protocoles financiers. La réforme de ces protocoles intervenue en 1998 a donné naissance à la Réserve Pays Emergents, RPE, qui a substitué une logique d’aide-projet à la logique d’enveloppe financière par pays. Contrôlée par la DREE, la RPE cherche à la fois à soutenir les entreprises françaises dans leur stratégie à l’exportation sur les marchés porteurs et à prendre en compte l’impact des projets sélectionnés sur le développement des pays récipiendaires. Chaque projet RPE fait l’objet d’une évaluation a priori et d’une approbation par un comité interministériel, puis donne lieu à la signature d’un protocole avec les autorités du pays bénéficiaire pour la mise en place d’un prêt inter-Etats concessionnel. Ce prêt est rétrocédé aux entreprises, mais les conditions concessionnelles peuvent être différentes. Une vingtaine de pays sont éligibles à la RPE, la liste des pays, établie en concertation notamment avec le MAE, étant susceptible de varier chaque année. L’Egypte figurait dès 1998 sur cette liste. L’Egypte a été inscrite dès 1998 sur la liste des pays éligibles à la RPE Lors de la réforme, a également été institué un Fonds d’Aide au Secteur Privé, FASEP, qui a pour objectif de favoriser l’offre française pour l’obtention de marchés et de financements à l’étranger. Le FASEP-Etudes finance des études, des prestations d’assistance technique et des actions de coopération institutionnelle64. Le FASEP-Garantie vise à favoriser les implantations à l’étranger de PME/PMI françaises. Les financements réalisés Durant la période, les financements suivants ont été réalisés sur protocoles (cf. tableau pages suivantes). 64 Les financements prennent la forme de dons ou de prêts avec éventuellement une participation du bénéficiaire étranger, notamment en cas de bonne marche du projet. 91 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les procédures Ces projets sur protocoles ont tous été ratifiés par le Parlement égyptien après avis et transmission par le Premier ministre à la Présidence de la République. Les passations de marchés, qui doivent à la fois respecter les conditions de l’aide liée et le Code des marchés publics égyptiens, sont souvent délicates. D’autre part, les projets qui comportent un engagement du bénéficiaire en part locale (projets qui comportent une partie génie civil importante par exemple) subiraient souvent des retards d’exécution conduisant à des reports des dates limites de tirage. D’autre part, « Les délais de mise en vigueur d’un protocole entre la demande et le démarrage effectif des travaux sont tels que les autorités égyptiennes peuvent être amenées à faire d’autres choix techniques ou politiques et souhaiter alors utiliser le montant de ces protocoles à d’autres projets dans le même secteur ou bien encore dans des domaines tout à fait différents »65. La modification totale de l’objet d’un projet n’est évidemment pas admissible, mais il est sans doute nécessaire de s’interroger sur la lenteur des procédures et sur la capacité de décider laissée aux autorités françaises sur place. 65 Note de la Mission économique – 6 mai 2004. 92 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Engagements des protocoles et des Fasep par secteur en M€ Assainissement Eau potable Electricité Navigation aérienne Irrigation Métro Téléphone Chemin de fer Divers Total 1993 1994 1995 2,4 33,4 17,8 2,6 0,5 53,6 0,8 13,0 4,6 2,3 2,1 4,6 17,8 13,0 1,5 28,7 9,9 5,0 24,0 0,8 4,6 1,5 4,9 85,0 80,9 76,2 72,6 15,2 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 32,8 10,7 2,1 25,2 12,2 7,6 18,3 2,1 12,2 9,9 4,6 22,0 6,2 3,4 0,4 5,9 39,6 0,8 49,2 6,9 54,7 5,0 0,6 12,1 0,3 0,0 3,4 71,5 Total 90,3 81,1 61,1 62,7 55,7 63,2 33,5 28,9 26,1 5,9 0,8 502,8 2003 2004 Total Montants utilisés à fin 2003 des protocoles et des Fasep en M€ Assainissement Eau potable Electricité Navigation aérienne Irrigation Métro Téléphone Chemin de fer Divers Total 1993 1994 1995 2,4 33,0 17,8 2,6 0,5 35,1 0,8 13,0 4,6 2,3 1,0 4,6 14,5 5,5 1,5 27,3 6,9 5,0 23,9 0,7 4,5 1,4 4,9 77,1 76,1 56,8 54,4 15,2 1996 1997 0,0 0,0 25,2 10,1 7,5 0,0 2,1 0,0 9,6 4,5 1998 1999 2000 0,0 2,5 3,1 5,4 7,3 0,1 0,0 93 Rapport final définitif – Mars 2005 0,0 0,1 4,9 23,7 0,0 0,1 0,2 5,4 SERES ddidacticiels et modélisation économiques 2002 0,0 Source : calculé d’après des données de Natexis dme 2001 3,1 0,3 0,2 0,0 39,1 68,5 37,7 34,9 37,1 13,6 33,4 23,6 16,4 304,4 Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Opérations financées sur protocole et Fasep montant protocole M€ montant contrat M€ part trésor M€ Utilisations M€ solde M€ Conditions Aménagmt urbain 3,0 0,0 0,0 0,0 3,0 prêt Santé 1,5 1,5 1,5 1,5 0,0 don Irrig 0,5 0,5 0,5 0,5 0,0 don Etude usine d'incinération Assainissement 0,5 0,5 0,5 0,5 0,0 don 16/03/1993 Etude drainage Alexandrie Est Assainissement 0,6 0,6 0,6 0,6 0,0 don 723 16/03/1993 Etude résorption fuite réseau d'eau au Caire eau potable 0,8 0,8 0,8 0,8 0,0 don 723 16/03/1993 Etude de lutte contre l'érosion Alexandrie Environnement 0,7 0,7 0,7 0,7 0,0 don 723 16/03/1993 Etude complexe radio/TV du Six-Octobre Média 1,5 1,5 1,5 1,5 0,0 don 724 16/03/1993 Equipement Hôpital Shark El Medina Santé 1,5 1,5 1,5 1,5 0,0 don 725 16/03/1993 Rénovation quartier Gamaleya Aménagmt urbain 4,6 0,1 0,1 0,1 4,4 don 737 30/09/1993 Sous-station (distribution) 13,7 13,7 13,7 13,7 0,0 prêt 737 30/09/1993 Extension de la station de traitement d'eau potable de Fustat eau potable 13,7 13,7 13,7 13,3 0,4 prêt 737 30/09/1993 Station eau potable 9,8 9,8 9,8 9,8 0,0 prêt n° proto cole date 725 16/03/1993 Rénovation quartier Gamaleya 723 16/03/1993 Hôpital El Gala 723 16/03/1993 Supervision barrage d'Esna 723 16/03/1993 723 objet secteur de électrique traitement de d'eau Louxor potable est de Distribution 94 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie n° proto cole date en Egypte (1993-2003) objet secteur montant protocole M€ montant contrat M€ part trésor M€ Utilisations M€ solde M€ Conditions 13,7 13,7 13,7 13,7 0,0 prêt d'Hosneya et El Badrashein 737 30/09/1993 Centraux téléphoniques d'Alexandrie et d'El Khalbeya 737 30/09/1993 Système d'information aéronautique du Caire Aviation civile 1,3 1,3 1,3 1,3 0,0 prêt 737 30/09/1993 Système d'information aéronautique du Caire Aviation civile 1,0 1,0 1,0 1,0 0,0 prêt 737 30/09/1993 Compensateur d'énergie réactive Distribution 2,1 2,1 2,1 2,1 0,0 prêt 737 30/09/1993 Station de traitement d'eau potable de Beni Mazar eau potable 4,9 4,9 4,9 4,9 0,0 prêt 737 30/09/1993 Extension de la station de traitement d'eau potable de Beni Suef eau potable 4,3 4,3 4,3 4,3 0,0 prêt 737 30/09/1993 Centre de formation pour travaux sous tension Distribution 2,0 2,0 2,0 2,0 0,0 don 737 30/09/1993 Etude assainissement Alexandrie ouest Assainissement 1,5 1,5 1,5 1,5 0,0 don 737 30/09/1993 Etude de modernisation du centre de contrôle Aviation civile aérien du Cair 0,3 0,3 0,3 0,3 0,0 don 737 30/09/1993 Etude du traitement des boues au Caire Assainissement 0,3 0,3 0,3 0,3 0,0 don 737 30/09/1993 Equipement Hôpital de la police Santé 0,9 0,9 0,9 0,9 0,0 don 737 30/09/1993 Equipements médicaux d'urgence Santé 0,3 0,3 0,3 0,3 0,0 don 784 27/09/1994 Modernisation du système de contrôle aérien du Aviation civile Caire 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt 784 27/09/1994 (complément Aviation civile 2,7 2,7 2,7 2,7 0,0 prêt Tour é de contrôle du Caire Téléphone 95 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie n° proto cole date en Egypte (1993-2003) objet secteur montant protocole M€ montant contrat M€ part trésor M€ Utilisations M€ solde M€ Conditions 0,8 0,8 0,8 0,7 0,0 prêt d'équipement) 784 27/09/1994 Supervision de la réalisation du poste de commande de la ligne 1 du métro du Caire 784 27/09/1994 Equipements pour la maintenance du réseau Chem. de fer ferroviaire de l'ENR 1,5 1,5 1,5 1,4 0,1 prêt 784 27/09/1994 Centrale hydro-électrique d'El Lahun Production 3,0 3,0 3,0 2,4 0,7 prêt 784 27/09/1994 Extension de la station de traitement d'eau potable d'El Tebbin eau potable 12,2 12,2 12,2 11,7 0,5 prêt 784 27/09/1994 Extension de la station de traitement d'eau potable de Beni Suef eau potable 5,0 5,0 5,0 4,1 0,9 prêt 784 27/09/1994 Compensateur d'énergie réactive Distribution 2,3 2,3 2,3 2,2 0,1 prêt 784 27/09/1994 Réhabilitation du laminoir d'Eisco Sidérurgie 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt 784 27/09/1994 Centraux téléphoniques d'Alexandrie Téléphone 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt 784 27/09/1994 Centraux téléphoniques d'El Khalbeya Téléphone 2,3 2,2 2,2 2,2 0,0 prêt 784 27/09/1994 Station de pompage d'El Nasr - Irrig 24,0 23,9 23,9 23,9 0,2 prêt 784 27/09/1994 Station de traitement d'eau potable du 10 de Ramadan eau potable 11,4 11,4 11,4 11,4 0,0 prêt 784 27/09/1994 Centrale thermique El Nasr Coke & Chemical Production 2,3 0,0 0,0 0,0 2,3 prêt 784 27/09/1994 Centrale thermique d'Egyptalum Production 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt 784 27/09/1994 Hôpital Kasr El Aini (reliquat) Santé 0,3 0,3 0,3 0,3 0,0 prêt métro 96 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) montant protocole M€ montant contrat M€ part trésor M€ Utilisations M€ solde M€ Conditions 0,9 0,9 0,9 0,9 0,0 don 0,6 0,6 0,6 0,6 0,0 don Etude de la station d'épuration Gabal El Asfar Assainissement des eaux usées du Caire 1,5 1,5 1,5 1,5 0,0 don 27/09/1994 Equipement agence de presse Mena Média 0,8 0,8 0,8 0,8 0,0 don 843 14/12/1995 Etude résorption fuite réseau d'eau au Caire eau potable 0,3 0,3 0,3 0,3 0,0 don 843 14/12/1995 Etude résorption Ramadan/Badr 0,5 0,5 0,5 0,5 0,0 don 843 14/12/1995 Etude du traitement des eaux usées du Caire Assainissement 0,2 0,2 0,2 0,2 0,0 don 843 14/12/1995 Etude de l'incinération des ordures ménagères Assainissement du Caire 0,3 0,3 0,3 0,1 0,2 don 843 14/12/1995 Equipements médicaux de l'hôpital El Galaa 0,8 0,8 0,8 0,8 0,0 don 843 14/12/1995 Equipement d'un laboratoire produits alimentaires 0,2 0,2 0,2 0,2 0,0 don 843 14/12/1995 Supervision de la réalisation de la station de Assainissement traitement des eaux usées de Gabal El Asfar 0,8 0,0 0,0 0,0 0,8 don 843 14/12/1995 Seconde tranche de la station d'eaux usées de Assainissement Gabal El Asfar 52,6 52,6 52,6 34,9 17,7 prêt 843 14/12/1995 Sous station électrique de Wadi El Nuqra 9,1 9,1 9,1 9,1 0,0 prêt n° proto cole date 784 27/09/1994 Equipements médicaux pour l'institut médical du cœur 784 27/09/1994 Informatisation Bourse du Caire 784 27/09/1994 784 objet secteur fuite Santé Marchés financiers réseau d'eau d'analyse de eau potable Santé de Santé Distribution 97 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) montant protocole M€ montant contrat M€ part trésor M€ Utilisations M€ solde M€ Conditions 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt Téléphone 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt Téléphone 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt Chem. de fer 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt 0,8 0,0 0,0 0,0 0,8 prêt 1,5 1,5 1,5 1,5 0,0 prêt 7,0 7,0 5,6 7,0 0,0 prêt 7,0 4,7 3,8 4,5 2,5 prêt 1,6 1,6 1,3 1,6 0,0 prêt Rénovation de la Tour de contrôle de Sharm El Aviation civile Sheik 0,8 0,8 0,6 0,8 0,0 prêt 11/11/1996 Rénovation des ateliers de maintenance de Chem. de fer l'ENR 3,8 3,8 3,0 3,0 0,9 prêt 892 11/11/1996 Réhabilitation de la station de pompage de Komombo Irrig 12,2 12,2 9,8 10,1 2,0 prêt 892 11/11/1996 Station de traitement d'eau potable de Fayoum eau potable 10,7 0,0 0,0 0,0 10,7 prêt n° proto cole date 843 14/12/1995 Assistance technique pour la plannification et la conception de réseaux électriques ruraux 843 14/12/1995 Centraux téléphoniques d'Alexandrie 843 14/12/1995 Centraux téléphoniques de la région du Delta 843 14/12/1995 Signalisation du réseau ferré 843 14/12/1995 Assistance technique pour l'hôpital de Kasr El Aini 843 14/12/1995 Compensateur d'énergie réactive 892 11/11/1996 Remotorisation Alexandrie des turbotrains le Caire- 892 11/11/1996 Remotorisation Alexandrie des turbotrains le Caire- 892 11/11/1996 Assistance à la navigation aérienne aéroports d'Alexandrie, El Dabaa et Taba 892 11/11/1996 892 objet secteur Distribution Santé Distribution des Chem. de fer Chem. de fer Aviation civile 98 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) montant protocole M€ montant contrat M€ part trésor M€ Utilisations M€ solde M€ Conditions 2,3 2,3 1,8 2,3 0,0 prêt Téléphone 2,3 2,3 1,8 2,3 0,0 prêt Distribution 2,1 1,8 1,4 0,0 2,1 prêt Rénovation du centre de contrôle aérien du Aviation civile Caire 22,9 22,9 22,9 22,9 0,0 prêt 30/11/1997 Station de pompage d'Abu Rawash et Zenin Irrig 12,2 0,0 0,0 0,0 12,2 prêt 949 30/11/1997 Renovation des catenaires de la ligne n°1 du Caire métro 9,9 9,7 7,7 9,6 0,3 prêt 949 30/11/1997 Extension de la station de traitement d'eau potable de Shoubra El Kheima eau potable 7,6 7,6 6,1 7,5 0,1 prêt 949 30/11/1997 Central téléphonique d'El Sharkia Téléphone 2,3 2,3 1,8 2,2 0,1 prêt 949 30/11/1997 Central téléphonique d'Alexandrie Téléphone pm pm pm pm 0,0 prêt 949 30/11/1997 Modernisation du système de contrôle aérien du Aviation civile Caire (complément) 2,1 2,1 1,7 2,1 0,0 prêt 949 30/11/1997 Dispatching électrique de la région ouest du Delta du Nil 18,3 2,7 2,7 0,0 18,3 prêt 998 13/12/1998 Station d'épuration d'Alexandrie Ouest (Agamy) Assainissement 32,8 0,0 0,0 0,0 32,8 prêt 998 14/12/1998 Renovation de l'atelier ferroviaire d'Abbasseya Chem. de fer 6,9 6,8 4,8 5,4 1,5 prêt A10 01/05/1999 Informatisation de la bibliothèque d'Alexandrie Culture 5,9 5,9 4,1 4,9 1,0 prêt n° proto cole date 892 11/11/1996 Centraux téléphoniques Marsa Matrouh 892 11/11/1996 Central téléphonique de Garbiya (Delta) 892 11/11/1996 Sous station électrique de Wadi El Faregh 892 11/11/1996 949 objet secteur d'Alexandrie et de Téléphone Distribution 99 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie n° proto cole date A10 01/05/1999 en Egypte (1993-2003) objet Assistance technique au projet Tochka secteur montant protocole M€ montant contrat M€ part trésor M€ Utilisations M€ solde M€ Conditions Irrig 6,2 5,4 5,4 2,5 3,7 prêt 2001 Etude de trafic du Caire (métro) métro 3,4 3,4 3,4 3,1 0,3 fasep 2002 Etude de trafic routier métro 0,4 0,4 0,4 0,2 0,2 fasep 2002 Etude d'un stade Sport 0,3 0,3 0,3 0,1 0,2 fasep métro 48,8 0,0 0,0 0,0 48,8 prêt 22,0 0,0 0,0 0,0 22,0 prêt 5,0 0,0 0,0 0,0 5,0 prêt Chem. de fer 0,4 0,4 0,4 0,1 0,3 fasep Irrig 0,6 0,6 0,6 0,1 0,4 fasep Aviation civile 0,8 0,8 0,8 0,0 0,8 fasep A76 19/02/2002 Modernisation de la ligne n°1 du Caire A91 16/12/2002 Modernisation du l'aviation civile B03 15/12/2003 Modernisation égyptien du centre de réseau formation de météorologique 2003 Etude de signalisation ferrée 2003 Etude de réhabilitation du barrage de 2004 Etude de communication aérienne Aviation civile Aviation civile Sources : Crédit National sauf Mission économique pour les Fasep. Soldes au 31 décembre 2003 100 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Une aide alimentaire qui débouche coopération dans le domaine agricole sur une Depuis 1968, la France accorde une aide alimentaire à l’Egypte et ce don, livré sous forme de farine de blé ou, depuis 2000, de blé, a permis d’abonder un fonds de contrepartie dont la stratégie d’intervention est fondée sur un appui au secteur public (ministère de l’Agriculture, centres de recherche, facultés d’agriculture) dans le cadre de projets destinés à accroître, directement ou indirectement, les ressources alimentaires nationales. Le Bureau de Liaison Agricole Franco-Egyptien, BLAFE, chargé depuis 1983 d’administrer ce fonds, vient de fêter ses vingt ans d’existence, qui ont vu la réalisation de 140 projets à partir des quelque 110 millions d’euros collectés durant la période 1983-2002. L’arrêt de l’aide alimentaire à l’Egypte provoque une remise en question de la coopération agricole francoégyptienne Mais l’Egypte est un pays émergent pour lequel l’aide alimentaire devrait disparaître, ce qui risque d’entraîner la disparition du BLAFE et donc de la coopération agricole franco-égyptienne. Il se pose donc le problème de savoir si la Coopération française doit envisager une coopération dans le domaine agricole sous une forme différente de celle qui existe actuellement. 101 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L’annulation de dette Selon les règles du Club de Paris, l’annulation de 50% de la dette peut revêtir deux formes : soit l’annulation immédiate de la moitié des créances, soit le rééchelonnement de la totalité de la dette avec un élément don de 50% La dette égyptienne publique ainsi que celle bénéficiant d’une garantie publique ont fait l’objet d’un traitement exceptionnel en mai 1991 dans le cadre du Club de Paris. L’accord prévoit que 50% de cette dette soient annulés en valeur actualisée à la date de sa signature. Il invite par ailleurs les gouvernements ou organismes créanciers à procéder à des conversions de dette sur une base volontaire, ceci à hauteur de la totalité des éléments de dette relevant de l’aide publique et dans la limite d’un plafond de 10% de ceux correspondant à la restructuration des créances commerciales, ce plafond ayant été par la suite augmenté par un amendement du 26 novembre 1997. Les principes d’annulation et de conversion de dettes Les annulations de la moitié de la dette égyptienne convenues en mai 1991 ont été réalisées selon deux modalités. Les accords du Club de Paris offrent le choix de deux méthodes d’annulation : Option DR66 : annulation immédiate de 50% de l’encours des créances accompagnée d’un rééchelonnement de l’autre moitié à des conditions similaires à celles du prêt primaire, de quasi marché pour la dette commerciale et concessionnelle pour la dette APD . Option DSR67 : étalement sur une très longue période du remboursement de 100% de l’encours des créances en utilisant un taux très concessionnel de façon à ce que l’élément don de ce remboursement soit de 50% comme dans le premier cas. Le premier de ces traitements, que l’on peut qualifier d’annulation en principal a été retenu par la France pour les seules créances liées à son aide publique. Il a les conséquences suivantes : − une diminution immédiate de la moitié de l’encours de la dette extérieure égyptienne, − une imputation immédiate des montants annulés à l’aide publique du pays créancier, − un rééchelonnement du solde non annulé à des conditions sans incidence spécifique68 sur le décompte de l’aide publique, 66 Debt Reduction (Réduction de dette) 67 Debt Service Reduction (Réduction du service de la dette) (Nota : par réduction des seuls intérêts). 68 Les composantes de la dette garantie n’ont aucune incidence et les remboursements du principal de la dette publique concessionnelle doivent, comme c’est la règle générale, être déduits. 102 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Le second type de traitement est celui retenu par la France pour ses créances à garantie publique qui constituent l’essentiel de la dette égyptienne à son égard. Il peut être interprété comme une annulation par réduction d’intérêt et opère de façon sensiblement différente du précédent traitement : − sa répercussion sur l’encours de dette extérieure n’apparaît qu’au fur et à mesure des remboursements des créances et n’a pas d’effet immédiat comme dans le premier cas, − il consiste en un rééchelonnement à très faible taux d’intérêt et sur une très longue période de la totalité du nominal des créances et suppose donc à terme un remboursement du nominal 100% de ces créances, − il s’accompagne d’imputations d’aide publique tout au long de la période de rééchelonnement, les montants imputés correspondant à la différence entre les intérêts qui auraient été payés si le taux du marché avait été retenu et ceux qui ont été effectivement réglés sur la base d’un taux réduit, − il suppose que la décote des créances sur la base de laquelle leur cession peut être normalement envisagée évolue dans le temps : dans le cas égyptien, de 50% en début de la période de restructuration en 1991, à 100% de la valeur du solde de l’encours juste avant le dernier remboursement, celui-ci devant pratiquement avoir lieu en 201669 pour ce qui est des créances françaises. Des conversions de dette de deux types très distincts ont été réalisées avec l’Egypte Des opérations de nature très différente ont été répertoriées sous le terme de conversion de dette : Des opérations de cession en euros des créances par la France et de leur rachat en livres égyptiennes par l’Egypte qui sont adossées à des transferts de capitaux en Egypte destinés à réaliser des investissements. Des opérations d’annulation qui s’effectuent sous condition de la réalisation de projets de développement. Les premières de ces conversions ne constituent qu’une modalité d’application particulière des termes généraux de l’accord du Club de Paris de 1991. On les désigne sous le terme un peu ambigu de « conversioninvestissement » : une dénomination qui indique que ces conversions sont effectuées parallèlement à des transferts de capitaux destinés à des investissements, et, il est vrai, des transferts effectués dans des conditions favorables, mais qui ne doit pas conduire à penser qu’elles financent ces investissements. Ces conversions supposent l’existence d’un tiers 69 Il y aura en fait des remboursements jusqu’en 2025, mais qui ne représenteront que 3% de l’encours initial. 103 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Les conversionsinvestissements sont dénouées grâce à des opérations de change faites dans le cadre d’investissements en Egypte (1993-2003) investisseur cherchant à convertir des devises afin de réaliser une opération nécessitant la disponibilité de livres égyptiennes. Ce dernier rachète en devises une partie de sa créance au pays créancier et se la fait payer ensuite en livres égyptiennes par le gouvernement égyptien. Les enjeux pour chacun des trois partenaires à cette conversion sont les suivants : − pour l’investisseur, une opération de change intéressante pour autant que la créance lui soit cédée un peu au-dessous de sa valeur ; − pour le gouvernement créancier, l’expression de sa préférence pour une encaisse immédiate et un soutien aux investissements en Egypte ; − pour le gouvernement égyptien, une opportunité de liquider en monnaie nationale une partie de sa dette extérieure dans de bonnes conditions. Les conversions-investissements effectuées dans le cadre de l’option annulation par réduction d’intérêt (DSR) des accords du Club de Paris de 1991 avec l’Egypte conduisent à anticiper la concrétisation d’annulations que prévoient ces accords. Dans le cas de la France, elles ont été conçues pour permettre une cession des créances70 et ne sont pas en principe destinées à apporter un élément don supplémentaire. Elles le font toutefois dans la mesure où il est accepté que les créances soient rachetées en dessous de leur décote normale. Leur mise en œuvre suppose ainsi que chacun s’accorde sur cette décote ou, en d’autres termes, sur le taux de redénomination71 des créances. Les conversions annulations ont une portée radicalement différente. Elles supposent que le gouvernement créancier renonce tout simplement à ses créances : qu’il les annule. On passe donc là de la logique d’annulation de 50 % retenue dans les accords du Club de Paris à une logique d’annulation à 100 %. Les conversionsannulations sont réalisées en contrepartie de réalisation de projets de développement par le gouvernement bénéficiaire et sont assimilables à des dons 70 71 Ces annulations s’effectuent le plus souvent sur des échéances échues ou à échoir à très court terme et non pas sur le solde consolidé des créances. Elles sont équivalentes à un don de la totalité des montants convertis et en sont l’instrument financier. Ce don est généralement fait sous la condition que le gouvernement égyptien réalise des projets de développement pour L’accord bilatéral de septembre 1991 indique que le gouvernement français « peut vendre ou échanger ». Dans le cas où elle s’inscrit dans un rééchelonnement à des conditions de quasi-marché, comme dans le cas des annulations en principal (option DR), cette valeur n’est guère différente de la valeur nominale de la créance. Dans le cas où la créance s’inscrit dans un schéma de remboursement concessionnel à taux d’intérêt réduit (option DSR), sa décote diminue au fur et à mesure que s’exprime et se consomme l’élément don qui lui est attaché en raison de l’application d’intérêts réduits. En début de période de remboursement, la décote de la créance est égale à l’élément don et en toute fin de période elle est nulle. Inversement le taux de redénomination, c’est-à-dire le rapport de la valeur effective de la créance et de sa valeur nominale, augmente de 50% à 100%.La mise en œuvre des conversions-annulations ne pose pas ces problèmes lorsqu’elle est faite sur la base d’échéances échues. Les montants à payer sont en effet bien définis et n’ont pas à souffrir de la complexité qu’introduit l’actualisation. 104 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) un montant équivalent à la valeur des échéances annulées. En général, la contre-valeur en livres égyptiennes de ces dernières est d’abord déposée dans un compte spécial. Elle est débloquée par la suite au fur et à mesure des accords auxquels peuvent parvenir le créancier et le gouvernement égyptien sur la définition technique et le budget d’un projet. Le projet financé est dès l’origine une propriété égyptienne sur laquelle le créancier ne dispose que d’un droit de contrôle initial. Les accords d’annulation et de conversion franco-égyptiens Les annulations au titre des accords de 1991 ont été particulièrement importantes Le montant élevé des annulations concédées par la France en 1991 au titre de la dette commerciale (€ 2,5 milliards), traduit l’importance de l’engagement financier français en Egypte au début des années 80 Les accords du Club de Paris ont concerné les prêts conclus avant le 31 octobre 1986, leurs échéances futures ainsi que les impayés en principal et en intérêts qui leur correspondaient et les intérêts de retard. La dette de l’Egypte à l’égard de la France comprenait alors € 4,7 milliards72 de dette commerciale bénéficiant d’une garantie publique et une dette d’aide publique au développement, ou dette APD, de l’ordre de €400 millions73. En valeur actualisée en 1991 à la date des accords, le montant des annulations concédées par la France était donc de plus de € 2,5 milliards. Ces montants traduisent l’importance des engagements financiers français au début des années 1980. La restructuration de la dette commerciale d’une façon qui dégage un élément don de 50% correspond par exemple, quand on retient pour l’actualisation un taux de marché de 6%, à un remboursement sur 25 ans de la dette à un taux d’intérêt fixe de 0,7% par an. C’est sur une telle période que l’essentiel de la dette égyptienne à l’égard de la France a été restructuré74. Elle l’a cependant été sur la base d’un taux d’intérêt non pas fixe mais déterminé en fonction du TMO (taux moyen de rendement au règlement des emprunts garantis par l'Etat et assimilés). La baisse de ce taux, de 9,5% à la date de la signature des accords à 4,8% en 2004, se traduit actuellement par l’application d’un taux réduit plancher de 0,1%. Les sommes imputées chaque année en aide publique au développement au titre de la restructuration représentent les intérêts perdus pour le Trésor en raison de l’application du taux réduit en lieu et place du TMO. La différence entre ces taux a baissé de 6 à 4%75 entre 199576 et 2004. Compte tenu des diminutions d’encours qui ont réduit l’encours commercial à € 3,3 milliards fin 2004, les annulations imputées en aide publique au 72 73 Source Coface : ce chiffre inclut vraisemblablement des intérêts de retard. L’encours non APD hors intérêt de retard indiqué dans l’accord bilatéral du 12 septembre 1991 est de € 4,346 milliards. Arrondi des € 399 millions hors intérêts de retard indiqués dans l’accord bilatéral du 12 septembre 1991. 74 Soit le premier « lot » qui représente 93% de la dette commerciale. 75 Sur la même période, le TM0 a baissé de 8% à 4,8% au jour de l’établissement de ce rapport. Il était de l’ordre de 9,5% lors de la signature des accords du Club de Paris en mai 1991 et de celle de l’accord bilatéral franco-égyptien d’application en septembre 1991. 76 Le taux d’annulation a progressé de paliers de 15, 30 et 50% de 1991 à 1994. 105 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) titre des réductions d’intérêt77 sont passées d’environ € 250 à 150 millions. Dans l’avenir, elles doivent progressivement baisser jusqu’à pratiquement disparaître en 2017, la baisse s’établissant à environ € 10 millions par an. Les conversions-investissements de 1993-1994 et l’investissement d’environ € 350 millions en capital Ce sont au total € 705 millions qui ont été convertis au cours des années 1993 et 1994 lors d’une première série d’opérations faite en application d’un accord du 10 mars 1993. Ce montant s’analyse en € 465 millions de créances commerciales consolidées et € 240 millions de créances APD. Les cessions effectuées ont donné lieu à des appels d’offres du Trésor français et se sont dénouées avec une décote moyenne de 53% pour un rachat à 50% par les Egyptiens. Compte tenu de la valeur actualisée des créances commerciales que l’on peut estimer à 54 % de leur valeur nominale à la date des cessions, le manque à gagner pour le Trésor français a été de 13 %78 de leur valeur actualisée de ces créances, soit d’environ € 30 millions. Le manque d’informations détaillées sur la dette APD et ses modalités traitement conduit n’a pas permis à l’évaluateur de procéder à une semblable estimation79 pour le volet APD de cette conversion. La conversioninvestissement de 1993-1994 a porté sur un nominal de € 705 millions et s’est accompagnée d’apports privés de € 350 millions en Egypte aux fins d’investissements privés en capital Ces cessions ont donné lieu à une diminution de € 685 millions de la dette extérieure égyptienne et, pour ce qui concerne la dette commerciale, à des imputations en aide publique de € 232,5 millions d’aide publique française : c’est-à-dire de la moitié de la valeur nominale des créances concernées, l’autre moitié, à l’abandon près de quelques points, étant payée au Trésor français par l’investisseur intervenant dans l’opération comme intermédiaire. Ces imputations qui se sont ajoutées à celles effectuées au titre des réductions d’intérêts expliquent le pic à € 350 millions que manifestent les annulations imputées 1994. L’annulation des créances APD n’a quant à elle pas donné lieu à des imputations supplémentaires conséquentes d’APD car les montants primaires lui correspondant avaient déjà fait l’objet de ces imputations lors de leurs décaissements. Pour le gouvernement égyptien, l’opération s’est traduite par un rachat à 50 % de son nominal d’une dette commerciale d’une valeur actuelle estimée à 54 %, soit une économie de 18 millions de francs. Pour les investisseurs privés, compte tenu des frais techniques qu’a entraîné l’ensemble des volets commercial et APD de l’opération, le « bonus » ou la marge bénéficiaire a été de l’ordre de € 20 millions. 77 C’est-à-dire compte non tenu des imputations résultant des conversions. 78 7 % sur le montant nominal des créances et 13 % sur leur valeur actualisée de 54 %. 79 Tout dépend en effet du taux d’intérêt associé au remboursement de cette partie de la dette. 106 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les évaluateurs ont eu communication de la liste des sociétés égyptiennes pour lesquelles les transferts de capitaux ont été effectués à la faveur des conversions de dette commerciale. Cette liste qui mentionne les investissements correspondant est présentée en annexe. S’agissant d’investissements à payer en livres égyptiennes, on ne s’étonnera pas de que ceux-ci aient comprennent de nombreuses opérations foncières et immobilières. La liste ne mentionne pas les investisseurs concernés, ni a fortiori leur nationalité80, ni les modalités précises du financement correspondant (avance, prêt, apport en capital). Toute incitation à investir en Egypte constitue une réponse appropriée à un des problèmes fondamentaux du pays qu’est celui de sa croissance économique. Pour qu’elle s’effectue à un rythme qui permette non seulement de maintenir le niveau de vie actuel des habitants mais de l’améliorer, des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars par an devraient être réalisés. Cela est loin d’être le cas aujourd’hui : une partie de l’épargne nationale est absorbée par le déficit budgétaire et les investisseurs étrangers restent prudents en raison des incertitudes qui pèsent sur la stabilité politique du pays ainsi que sur celle de sa monnaie. L’effet de levier du volet commercial des conversions-investissements de 1993-94 est important puisqu’il y a eu un facteur 15 entre leur coût pour le Trésor français (€ 30 millions) et les investissements induits (€ 465 millions). Ces opérations sont donc susceptibles de constituer un outil efficient de soutien du développement du pays pour autant que leur caractère incitatif soit avéré et que les opérations enregistrées ne soit pas le reflet d’un seul effet d’aubaine pour des investisseurs qui auraient de toute façon transféré des capitaux ou qui les auraient rapatriés pour ce qui concerne des investisseurs égyptiens. On peut enfin noter que le fait que ces conversions ne soient pas réservées à des investisseurs français ne permet pas de garantir une quelconque pérennité d’une présence industrielle française et ni donc de fonder une influence économique française à long terme. L’appréciation de l’intérêt qu’ont véritablement eu ces conversions et la portée du caractère incitatif à l’investissement qu’a pu avoir le bonus de 6 % qui leur a été accordé nécessiteraient donc une étude approfondie. L’accord de conversion-investissement de mai 1999 n’a encore donné lieu à aucune opération Un second accord de conversion-investissement portant sur près de € 46 millions81 de créances commerciales a été signé en mai 1999 mais n’a encore donné lieu à ce jour à aucune opération. Sa mise en application 80 Selon les informations orales recueillies, il apparaît toutefois que les conversions ne devaient pas être et n’ont pas été réservées à des investisseurs français. 107 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) suppose une procédure dont la mise en œuvre semble être entravée par les éléments suivants : − Les hésitations de l’administration égyptienne, qui a par ailleurs manifesté avec insistance à la mission son souhait82 de la voir convertie en conversion-annulation. − Le principe que semble avoir retenu la partie égyptienne83 de n’admettre qu’un taux de redénomination de 50% alors que la valeur actuelle des créances consolidées est sensiblement plus élevée. − Et du côté français, ici les difficultés rencontrées pour identifier l’interlocuteur égyptien approprié, là un doute sur la possibilité de trouver des investisseurs intéressés, malgré le précédent des cessions antérieures sur des montants dix fois plus élevés, et la crainte de ne pas pouvoir mener le processus à son terme. Comme cela a été indiqué précédemment, le taux de redénomination des créances augmente de 50 à 100% tout au long de la période de rééchelonnement. Cette période étant aujourd’hui (2004) à moitié écoulée, il peut être estimé entre 70 et 75% selon l’hypothèse d’évolution du TMO que l’on retient84. Un appel d’offres dans le contexte d’un taux de redénomination fixé à 50% comme le souhaite la partie égyptienne aurait toutes chances de se dénouer au même niveau de décote de 47% que celui atteint lors des conversions de 1993-1994. Compte tenu de la valeur des créances que l’on peut estimer à un taux moyen de 72%85, le manque à gagner pour le Trésor français serait de 25% du nominal, soit de € 11,5 millions : un manque à gagner de moitié de celui supporté sur les € 465 millions de créances commerciales converties en 1993-1994, soit cinq fois supérieur en valeur relative. Le coût pour le Trésor d’une telle conversion serait en outre de 50%86 du montant des investissements directement concernés. Ce niveau peut paraître élevé s’agissant d’aide au profit d’investisseurs privés, qui plus est pas nécessairement étrangers en Egypte, et ceci quand bien même la partie de l’aide leur revenant se limiterait à € 1,4 million, soit 12 % du coût de l’opération. C’est en effet le Trésor égyptien qui, en dépit du manque d’intérêt qu’il peut manifester pour une telle opération, en serait le principal bénéficiaire. Il y verrait sa dette extérieure réduite dans des conditions très avantageuses : un rachat de créances valant environ 81 300 millions de francs. 82 Demande exprimée par la Sous-secrétaire d’Etat chargée des prêts étrangers au ministère des Finances et la Sous-secrétaire d’Etat senior au ministère de la Coopération internationale rencontrées par la mission d’évaluation. 83 Position exprimée par le Directeur général du département des Investissements et des Correspondants étrangers de la Banque Centrale 84 75% en cas de maintien à 4,8% du TMO et 70% en cas de hausse à 6%. 85 Pour ne retenir qu’un taux moyen. Cela intègre une hausse du TMO d’ici à 2015. En l’absence de hausse le taux de redénomination serait plutôt de l’ordre de 75 %. 86 Soit 25% du nominal des créances pour des investissements d’un montant de 50% de ce même nominal. 108 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie La complexité technique de cette opération et son coût vraisemblablement élevé pour le Trésor français conduisent à douter de son opportunité et de son efficience en Egypte (1993-2003) 72 % de leur nominal pour 50 % de ce même nominal, soit une marge de 22 % sur le nominal et de 30 % sur la valeur réelle des créances : € 10 millions. Cette opération, qui serait coûteuse pour la partie française, semble toutefois ne pas être pour autant appréciée par les Egyptiens. Son dénouement serait d’abord susceptible de signifier l’échec de ceux dont l’objectif actuel est d’obtenir des conversions-annulations de la part des bailleurs bilatéraux : un concept aujourd’hui très en vogue. Ensuite son intérêt ne semble pas être reconnu par l’ensemble de l’administration, notamment au Département des Investissements et des Correspondants étrangers de la Banque Centrale. Elle y est là plutôt regardée avec une certaine indifférence comme une banale opération de change. En outre la question d’un taux de redénomination supérieur à 50% ne semble pas même pouvoir y être débattue. La complexité introduite par les mécanismes d’actualisation dans cette question risque ainsi de faire obstacle aux discussions qu’elle suppose, voire à l’acceptation même du principe même de telles discussions, et enfin et surtout, si ce premier obstacle était surmonté, à l’acceptation par les cercles dirigeants égyptiens de tout dépassement du niveau de 50% auquel se réfèrent les accords du Club de Paris. A l’inverse, si la partie française acceptait d’emblée la demande égyptienne d’un taux de 50 %, elle serait conduite à réaliser une opération lui coûtant € 11,5 millions dont : − € 10 millions au profit d’une administration égyptienne qui, au ministère des finances, risque de ne pas mesurer la portée du geste et, au ministère de la Coopération international, a toute chance de ne pas apprécier puisqu’elle se verrait priver des projets qu’elle souhaite associer à toute conversion ; − et € 1,4 million au profit d’investisseurs pour lesquels on ne sait pas si la conversion doit constituer une incitation à investir ou seulement une aubaine à l’occasion d’une opération de transfert de fonds. La mise en œuvre de cet accord qui serait donc relativement coûteux pour la partie française risque donc finalement de ne pas être très bien perçu par la partie égyptienne. Le moindre risque serait couru si la partie française était prête à accepter d’emblée un taux de redénomination de 50 %. Dans ce cas toutefois, la visibilité de l’aide serait très faible et de surcroît le Ministère de la Coopération internationale se verrait privé de se faire valoir en faisant état de projets financés par la France. En alternative à la mise en application de l’accord de mai 1999, on pourrait donc songer soit à l’adoption d’une prudente attitude d’attente, soit à son 109 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) abrogation87 formelle accompagnée de la signature d’un accord de cessionannulation d’un coût équivalent pour le Trésor français. La conversion-annulation de 1994 a permis la réalisation de projets de développement Parallèlement aux opérations de cessions de 1993 et 1994, un accord de conversion-annulation a été signé fin mars 1994. Il a porté pour un montant de près de € 9 millions88 sur des sommes89 arrivant à échéance entre la date de la signature de l’accord et le 1 janvier 199890. Le mécanisme adopté prévoit le dépôt de la contre-valeur en livres égyptiennes des sommes concernées dans un compte spécial ouvert au Fonds social de développement égyptien (FSD) et le contrôle par une commission bipartite des sommes disponibles qui sont toutefois explicitement réservées à des investissements dans le domaine social ou de la formation professionnelle. Toute affectation à des dépenses de fonctionnement est exclue. Les projets réalisés dans le cadre de la conversionannulation de 1994 sont en général considérés comme des succès Divers projets ont ainsi bénéficié des fonds disponibles : − des programmes d’alphabétisation (Sharqiya, Assiut, Ismaïlia) : € 457 000 ; − des programmes de formation professionnelle pour adultes (AFPA) : € 3,8 millions ; − un programme de mise en place d’un service d’aide médicale d’urgence (SAMU) : € 2,3 millions ; − et divers petits projets d’un montant total de € 515 000. A l’exception du projet de Samu, ces programmes sont considérés comme des succès. Une mention toute particulière doit être faite du projet AFPA, qui a été la référence sur laquelle s’est constituée une candidature commune avec la coopération allemande (GTZ) à la maîtrise d’oeuvre de projets de plus grande ampleur financés sur fonds européens. Le programme de Samu s’est quant à lui heurté à des problèmes de définition, de motivation de la partie égyptienne pour laquelle ce n’était pas nécessairement un objectif prioritaire et, enfin, de dévaluation. A la suite de cette dernière, les fonds mis en réserve en livres égyptiennes se sont en effet avérés insuffisants pour permettre l’acquisition des matériels importés nécessaires au projet. Le schéma de financement s’est ainsi trouvé totalement déséquilibré et le projet condamné. Le projet a été finalement annulé au début de 2003 et une partie des fonds reste disponible au ministère égyptien de la santé. 87 Le texte de l’accord ne prévoit pas de date limite pour sa mise en œuvre. A tout moment celle-ci pourrait donc être demandée par les Egyptiens s’ils en voyaient l’opportunité. 88 58 millions de francs. 89 Ce n’est pas ici l’encours consolidé de la dette qui a été diminué, mais des échéances de remboursement ou d’intérêt qui ont été annulées. 90 Il ne se pose pas pour ces sommes de problème d’actualisation. 110 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L’imputation en aide publique des montants correspondant à ces annulations a été effectuée à mesure des décaissements effectifs et non des conversions. La convention d’annulation dispose en effet que les sommes non utilisées continuent à appartenir à la France. Les utilisations sont surtout intervenues entre 1996 et 2001 à raison d’environ un million d’euros par an. Les conversions des autres bailleurs Dans le cadre de l’article VI-4, divers bailleurs ont procédé à des conversions de dettes. Dans la première moitié des années 1990 ces conversions ont toutes été de type conversion-investissement, sauf une celle à laquelle a procédé la Suisse en 1995. Les décotes des créances ont logiquement légèrement progressé au cours de la période, de 57 % à 48 %. Le montant total converti au cours de cette période quinquennale a été de $ 1,5 milliards dont les trois quarts correspondent aux opérations effectuées par la France qui ont été précédemment commentées et le reste est partagé entre l’Espagne, la Suisse, l’Allemagne, à moindre titre la Belgique puis enfin, pour un relativement petit montant, la Suède. Cette période s’est clôturée sur une opération suisse qui fait encore référence, la conversion-annulation de près de $ 125 millions, en aide projet. Les conversionsannulations réalisées par l’Allemagne et l’Italie constituent un instrument majeur de la coopération de ces deux pays avec l’Egypte Après une période de 6 ans pendant laquelle il n’a été procédé à aucune conversion, deux bailleurs se sont lancés dans des conversionsannulations : l’Allemagne et l’Italie. L’Allemagne a engagé un programme de ce type en 2002. Les annulations effectuées91 ont été de € 38 millions en 2002 et de € 30 millions en 2003. La poursuite du programme qui devrait concerner jusqu’à € 200 millions est conditionnée au bon déroulement de l’utilisation des tranches précédentes. Selon les informations collectées, les montants annulés correspondent à des échéances d’intérêt de prêts garantis restructurés. Les sommes correspondantes sont versées dans un compte spécial du FSD et sont strictement réservées au financement de projets de protection de l’environnement, de lutte contre la pauvreté et de formation. Ces opérations dont la trace n’apparaît pas encore dans les statistiques publiées par le CAD portent sur des montants annuels de l’ordre du tiers de l’aide annuelle nette allemande au cours des dernières années92. Elles constituent donc une partie conséquente de cette aide et pourraient par ailleurs en marquer une augmentation significative93. 91 Source : agence de la KFW au Caire. 92 1998 à 2002 inclus. 93 L’arrêt à l’année 2002 des séries statistiques du CAD qui étaient disponible lors de la rédaction de ce rapport ne permet pas de savoir si l’Allemagne augmente ou non son aide. Le recours à un nouvel instrument financier, à moins qu’il ne vienne se substituer à un autre instrument, conduit toutefois à poser la question. 111 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Après être restée discrète sur la scène égyptienne dans la seconde moitié des années 1990, la Coopération italienne a également mis en place au début des années 2000 un programme de conversions-annulations dont les montants en jeu sont similaires à ceux des Allemands. Il prévoit94 sur la période quinquennale 2001-2006 des annulations de créances95 allant jusqu’à € 30 millions par an, pour un total de € 150 millions. Selon les informations communiquées, les échéances concernées correspondraient pour l’essentiel96 à des dettes non antérieurement restructurées selon les uns, et à des dettes commerciales restructurées selon les autres. Ces opérations qui n’apparaissent pas encore sur les statistiques publiées par le CAD semblent devoir signifier un retour de l’Italie dans le groupe des bailleurs les plus actifs en Egypte. Compte non tenu d’opérations sur prêts concessionnels qui, par ailleurs, semblent rares, l’Italie affiche97 ainsi pour 2002 et 2003 des dons d’aide publique d’une moyenne de € 35 millions par an qui pour 75% d’entre eux correspondent à des annulations de dette. Ces dernières constituent donc le principal outil financier de ce bailleur. Les conversions italiennes sont effectuées à la condition qu’un projet ait été identifié et bilatéralement agréé, les décaissements étant par la suite l’objet de conventions de financement établies en fonction de la définition détaillée du projet. La prise en charge du projet par le budget égyptien en relais du financement octroyé pour sa mise en place, est une condition systématiquement imposée dans ces conventions. Jusqu’à présent, les Italiens ne gèrent en effet pas directement les projets ainsi financés. Ils en confient la gestion à des tiers, en particulier au Pnud et à des ONG. Ces dispositions dont les résultats ne leur paraissent pas toujours satisfaisants devraient les conduire à modifier les modalités de leurs conversions. A l’avenir une partie des sommes annulées pourraient ainsi être réservée au financement en devises d’une assistance technique qui puisse superviser la gestion des projets. 94 Mémo de la Coopération italienne. 95 Créances arrivant à échéance comme dans le cas des conversions-annulations françaises. 96 Sur les € 150 millions de créances annulables, seuls € 4 millions correspondraient à des dettes restructurées. 97 Dans un mémo de synthèse de 2003 de la Coopération italienne qui a été remis à l’évaluateur. 112 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Cessions de créances commerciales98selon l’accord du 10 mars 1993 Banque et investisseur Montant TOTAL 465,0 Ubaf (8/07/93) 25,8 Abou Youssef Construction d'un centre d'entretien du moteur diesel Misr Chemical Réalisation d'unités de production Honda Egypt Réalisation d'unités de maintenance et de salons d'exposition Bank or America international Ltd. (8/07/93) 10,8 Geneidy for manufacturing and training Société générale (16/07/93) Extension de l'activité 40,4 Imexico Egypt Co. Acquisition de terrain et opération touristique sur la mer rouge Modern land reclamation investment Acquisition de terrain et opération touristique sur la mer rouge Egyptian finance Co. (30/07/93) Abou Soma development Co 98 Investissement 6,9 Aménagement d'un site touristique Soma Bay hotel Co. Aménagement d'un site touristique Club Ras Soma Hotel Co. Aménagement d'un site touristique Source : Coface 113 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Ubaf (23/02/94) en Egypte (1993-2003) 108,3 Cairo light industry Achat de terrain et construction d'immeubles Achat de terrain et construction d'immeubles, acquisition de moyen de transport et d'équipement électrique Achat de terrain et construction d'immeubles et financement d'équipements industriels Arafat Group Co. Egyptec Co. for communication cables El Gouma hotels Achat de terrain et construction d'un hôtel Egyptian Co. for textiles and dying Achat de terrain et construction d'immeubles Abou Youssef Construction d'un centre d'entretien du moteur diesel Misr Chemical Construction de nouvelles unités Alexandria national iron and steel Co Achat d'actifs immobiliers Citibank (28/02/94) 44,2 Swiss Co for textiles and ready made garments Dépenses relatives aux usines de l'Arafat group International steel rolling mills Achats de terrains et d'équipements Nile Co. for building materials Construction d'une usine de marbre Nile storage and crop improvement Co. Achats d'entrepôts de stockage de produits agricoles Nile marketing Co. Construction d'entrepôts Nile tour Co. Achats de bus Virpack Egypt Achat d'entrepôts et de bureaux Intradco Co. Achat d'entrepôts et de bureaux Pantrade Associates Achat de terrains et d'équipements International services and consulting Co. Achat d'entrepôts et de réseaux de distribution Virpack Misr Achat d'entrepôts et de réseaux de distribution Pharmacy Co. Construction d'une usine Alexandria national iron and steel Co Extension de l'activité International tourism investment Co. Financement d'un projet touristique en mer Rouge Eva Co. for knitting, dying and clothing Extension de l'activité National Co. for trade and industrial services Extension de l'activité 114 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Nerfertiti Co. for trade and distribution Société générale (8/06/94) Achat de terrain, d'immeubles et de véhicules de transport 44,2 Aluminium Co. for Egypt Construction d'une usine de purification de gaz Misr Co. for electrical wires Implantation d'une usine de câbles électriques Egyptian Co. for land reclamation Chemical Bank (10/06/94) Non précisé 25,9 Middle east splint Co. Continental Bank (17/06/94) Ouvrages liés à la distribution d'électricité 114,3 Electrical supply and contracting Co. Ouvrages liés à la distribution d'électricité Radecco commercial agencies Co. Construction d'une usine de tissage Hanco Egydco Co. Construction d'une usine Zamzam trading Co. Citibank (22/06/94) Equipements de traitement des eaux 31,2 Universal food Co. Achat de terrain, d'immeubles et de véhicules de transport Dar el shorouck for publishing and distribution and printing Geneidy for manufacturing and training Investissement dans l'édition et l'impression Extension de l'activité Fostat establishment for trading Achat de terrains, d'immeubles et de véhicules Eva Co. for knitting, dying and clothing Achat de terrains, d'immeubles et de véhicules Trico Tarek factory Achat de terrains, d'immeubles et de véhicules Misr Bank (28/06/94) Dr. M. El Garhi 13 Extension d'une usine sidérurgique et d'un complexe de logements 115 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Evaluation de la coopération française en Egypte (1993-2003) 116 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) III Les moyens de l’aide française Une prépondérance des annulations de dette aux termes desquelles l’aide affichée devrait baisser de 80% Dans son Country assistance strategy report de 2001, la Banque mondiale ne mentionne pas la France dans la liste des principaux bailleurs de fonds de l’Egypte alors que, dans la documentation chiffrée que publie l’OCDE, la France figure au second rang des bailleurs bilatéraux. Ces derniers chiffres sont toutefois controversés dans l’étude de cas faite en 2002 sur l’Egypte à la demande du groupe de travail constitué par le CAD sur les pratiques des bailleurs (DAC task force on donor practices). Les annulations de dette représentent 80% de l’aide bilatérale française sur la période 1993-2002 Cette situation pour le moins contrastée tient à la prise en compte ou non des annulations de dette qui représentent 80% de l’aide bilatérale française sur la période 1993-2002. Leur comptabilisation est à la fois légitime et conforme aux règles du CAD de l’OCDE. Elles ne sont cependant plus prises en compte par la Banque mondiale parce qu’elles ne correspondent à aucun flux financier réel et, vraisemblablement aussi, parce que pratiquement tous les pays à l’exception de la France ont depuis plusieurs années apuré les annulations de dette consenties en 1991 dans le cadre du Club de Paris à la suite de la première guerre du Golfe : dès 1991 pour les Etats-Unis, en 1997 pour l’Allemagne. Pour les apports d’aide publique, le rang de la France et son maintien dépendent donc très étroitement de la question de la prise en compte des annulations de dette dont le montant cumulé sur la période 1993-2002 a été de € 2,35 milliards. Les dernières données disponibles sur l’aide publique globale de la France sont celles de l’année 2002. Sur la période 1993-2002 l’aide bilatérale française est passée d’une moyenne de € 282 millions en début de période (1993-1997) à € 221 millions en fin de période (1998-2002). Ce fléchissement est la conséquence de deux facteurs : L’aide française à l’Egypte, en moyenne de € 252 millions sur la période, est passée de € 282 millions en début de période à € 221 millions en fin de période 99 la baisse des annulations de dette qui ont naturellement diminué en passant d’une moyenne de € 214 millions pendant la première partie de la période à une moyenne de € 189 millions pendant la seconde partie ; la baisse des aides projets du Trésor qui, prêts et dons confondus, ont constitué en moyenne près de 12% de l’aide sur la période et sont passés en valeur nette99 d’une moyenne de C’est-à-dire remboursements de prêts déduits. 117 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) € 47 millions en début de période à € 12 millions en fin de période. 400 M€ Evolutions et perspectives de l'aide française Versements 350 <---- données statistiques 300 estimations et perspectives ----> AIDE BILATERALE TOTALE NETTE 250 200 Annulation de dette 150 Total bilatéral net hors annulations de dette 100 50 Contribution à l'aide multilatérale 2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 1994 1993 1992 -50 1991 0 Evolution 1993-2002 de l’aide française à l’Egypte Millions d'euros moyenne 93-97 moyenne 98-02 Moyenne 93-02 Coopération technique (tous ministères sauf Trésor) 15,7 5,6% 16,1 7,3% 15,9 6,3% Aide projets (prêts et dons du Trésor) 46,8 16,6% 12,3 5,6% 29,6 11,8% 213,5 75,8% 188,0 84,9% 200,7 79,8% 7,3 2,6% 4,9 2,2% 6,1 2,4% AIDE BILATERALE TOTALE 281,7 100% 221,3 100% 251,5 100% Total hors annulation de dette 68,1 24,2% 33,4 15,1% 50,8 20,2% Contribution à l'aide multilatérale 19,8 7,0% 18,0 8,1% 18,9 7,5% Annulation de dette Aide alimentaire et divers 118 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La coopération des ministères autres que celui des l’Economie et des Finances et celui de l’Agriculture est restée stable (en moyenne de l’ordre de € 16 millions) passant en part relative de 5,6 à 7,3% dans un contexte de décroissance. M€ 200 L'aide projet et la coopération technique prêts bruts 150 <---- données statistiques estimations et perspectives ----> 100 Aide projets (prêts et dons du Trésor) 50 2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 1994 1993 1992 -50 1991 0 Coopération technique (tous ministères horsTrésor et Agriculture) Aide alimentaire et divers -100 L’aide alimentaire a plus que suivi la tendance générale de réduction de l’aide française, sa contribution passant de € 7,3 millions dans les cinq premières années à € 4,9 millions dans les dernières années. Elle a par ailleurs été considérablement réduite tout en fin de période, n’atteignant que € 3,4 millions en 2001 et étant totalement absente en 2002. Au delà de l’évolution de ces moyennes, on notera que : les annulations de dette devraient s’établir dans les prochaines années à un niveau de € 150 à 100 millions ; l’aide projet a régulièrement chuté : non seulement en termes nets : de € 100 millions en 1993 à un niveau négatif de 13 millions d’euros en 2002 , mais également en termes bruts, qui sont le reflet de l’action de la France en matière de projets en Egypte, ceux-ci dons et prêts confondus se réduisant de 142 millions d’euros en 1993 à 26 millions en 2002. La seconde de ces baisses traduit une tendance affirmée et forte à un désengagement de l’aide projet ou à un dysfonctionnement de celle-ci. Le solde de l’aide nette hors annulation de dettes pourrait devenir négatif. Après avoir atteint en moyenne 250 millions d’euros sur la période 19932002, l’aide publique française bilatérale a baissé à € 106 millions en 2002. Hors annulations de dette, elle est même réduite à € 4 millions en raison des remboursements de prêts d’aide projet. Ces derniers doivent augmenter dans 119 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) les prochaines années et rendre négatif le solde de l’aide nette hors annulation de dettes. Le maintien d’une aide nette positive pourrait nécessiter l’augmentation de l’aide projet ou de la coopération technique La contribution de la France à l’aide multilatérale (essentiellement celle de la Commission européenne) est aujourd’hui plus importante que son aide nette et est en augmentation. Une stabilisation au niveau actuel des versements de prêts qui se sont situés vers les € 20 millions au cours des toutes dernières années (1999-2002) ne permettra pas à terme de maintenir l’aide hors annulation de dette à un niveau au moins positif comme en 2002. Il y aura en effet à défalquer de ces apports les remboursements des prêts arrivant au terme de leur période de différé. Les échéances de remboursement du seul encours existant en juin 2004 ne cesseront ainsi d’augmenter jusqu’en 2008 où elles atteindront près de € 54 millions, soit € 15 millions de plus qu’en 2002. Toutes choses égales par ailleurs et hors annulations de dette, l’aide française nette se trouverait alors négative de € 10 millions. L’aide projet se trouve très lourdement grevée par les remboursements des protocoles antérieurs dont les niveaux étaient 10 fois supérieurs à ceux d’aujourd’hui. Son maintien à un niveau net positif nécessiterait donc un relèvement des niveaux actuels de l’aide projet ou de la coopération technique. Un des instruments possibles pourrait être trouvé dans des conversions annulations. On notera qu’assez paradoxalement la contribution de la France à l’aide publique multilatérale (essentiellement à celle de la Commission européenne), est aujourd’hui plus importante que son aide nette. Elle se situe à un niveau de plus de 50% de l’aide brute hors annulation de dette (versements de prêts, coopération technique et aide alimentaire). Cette contribution, qui passe de € 15 millions en 1999 à € 24 millions en 2002, affiche en outre une tendance marquée à la hausse à l’inverse de celle de l’aide bilatérale directe. 120 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Une coopération technique stabilisée Au début de la période sous revue ainsi que dans les années la précédant, les montants imputés en coopération technique montrent une forte croissance, passant de près de € 11 millions à € 19 millions de 1991 à 1995100. Depuis 1996, les montants ont évolué autour d’une valeur de € 15 millions. Coopération technique par ministère 20 Co o pératio n technique (to us ministères ho rsTréso r et A griculture) . ministère des A ffaires étrangères 15 10 do nt titre IV du M A E 5 . Educatio n natio nale (éco lage) 0 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 1994 1993 1992 1991 . Recherche L’augmentation de € 3 millions des montants de cette coopération qui est observée de 1997 à 2002 est pour moitié imputable à l’écolage101. Les montants qui lui ont été imputés sont en effet passés de € 2,2 à 3,9 millions, ce qui correspond à une augmentation de 12% par an. Ces imputations correspondent aux étudiants égyptiens inscrits dans des institutions publiques sur le territoire français. Leur nombre est passé de 794 en 2002 à 819 en 2003102. Cet accroissement participe à un mouvement général d’augmentation du nombre d’étudiants étrangers en France. Les crédits imputés par le ministère de la Recherche103 sont restés stables autour d’un montant de € 2,2 millions sur la période 1998-2002, seule période pour laquelle des données ont pu être collectées104, Ils couvrent 100 La constance des crédits du MAE sur titre IV et titre III observée jusqu’en 1998 et la faible vraisemblance de fluctuations de l’écolage ou de l’aide sur le budget de la Recherche qui soient susceptibles de rendre compte de cette croissance temporaire laisse peu de place à quelque hypothèse que ce soit pour l’expliquer. La rareté des données et des archives disponibles limite par ailleurs les chances de trouver une explication. 101 Les données disponibles ne permettent pas d’identifier les raisons de la seconde moitié de cette augmentation. 102 Données MAE. 103 Ce chiffre paraît faible eu égard au nombre de chercheurs français en Egypte. 104 A la suite de changements à la fois de personnel et de matériel informatique, le service compétent du Trésor ne dispose plus de détails sur les déclarations d’APD antérieures à 1998. Ce sont les données collectées par le consultant lors d’une évaluation antérieure qui ont été utilisées pour la première moitié de la 121 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) l’essentiel des dépenses de fonctionnement et de personnel des institutions et instituts français publics de recherche existant en Egypte : le CNRS, l’IRD, et l’IFAO pour ne citer que les plus importants. Le MAE participe toutefois de façon significative à la couverture de ces dépenses, notamment en leur allouant des subventions sur titre III. Ces dernières ont été de € 0,44 millions en 2003 et doivent être portées à € 0,51 millions en 2004. Elles représentent donc de l’ordre du cinquième de l’aide à la recherche. L’aide prodiguée par le ministère des Affaires étrangères a été en moyenne de 11 millions d’euros sur la période 1998-2002. Elle peut être estimée à un niveau similaire au début de la période en fonction des données partielles qui sont disponibles. On notera que la baisse des crédits du titre IV de ce ministère observable en 1999, année qui correspond l’absorption du ministère de la Coopération n’est pas entièrement significative : elle correspond en partie à des changements survenus à cette date dans les procédures comptables105 du ministère. L’absence de comptabilité analytique et d’imputation par intervention des personnels du titre III rend difficile l’approche du coût par action La répartition des crédits du ministère par action ou type d’action reste un exercice difficile dans la mesure où il n’est pas tenu de comptabilité analytique. La « programmation106 » par action qui descend au niveau de détail le plus fin ne porte en effet que sur le titre IV. Il n’y a pas d’imputation parallèle des personnels du titre III qui permette d’évaluer de façon systématique le coût des différentes actions. Ces personnels constituent 60% des effectifs d’assistance technique et représentent avec les coûts administratifs et le personnel des services culturels qui leur sont associés de l’ordre de la moitié des montant du titre IV. Seules des estimations au cas par cas du coût de certaines actions peuvent être ainsi effectuées. Les données collectées pour l’année 2003 auprès des services ainsi que les données partielles des premières années de la période permettent cependant de donner les grandes lignes des engagements du MAE et d’indiquer leurs évolutions. Au sein d’une enveloppe qui apparaît s’être stabilisée à € 11 millions tout au long de la période des transferts ont eu lieu au profit de l’AEFE et au détriment du personnel de titre IV. Le budget alloué à ce dernier dont les chiffres collectés paraissent fiables a chuté d’une moyenne de € 1,8 million sur la période 1993-1998 à € 1 million en 2003. Cette diminution de 45% correspond à une réduction des effectifs qui sont passés d’une cinquantaine de personnes en première moitié de la période à 21 personnes en 2003. Cette réduction a essentiellement porté sur du personnel professionnel (dits période. Des changements d’organisation et de personnel à l’Education nationale et à la Recherche rendent également très difficile une recherche sur le détail des déclarations d’APD. 105 Notamment le passage au titre III des subventions aux établissements à autonomie financière (EAF), dont celle accordée au CFCC . 106 Cette programmation est par ailleurs prévisionnelle et il ne semble pas y avoir de document équivalent retraçant l’exécution de l’exercice. 122 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) civils). Les effectifs de volontaires internationaux (VI et ex CSN), bien moins chers, ont été beaucoup moins affectés. Structure de l’aide du MAE (en M€) moyenne 93-98 titre IV année 2003 6,61 4,64 1,77 1,00 Personnel d'assistance technique sur titre III 2,80 2,80 AEFE titre III imputée en APD 1,03* 1,70 Autres titres et frais administratifs 0,68 0,80 TOTAL 11,13 10,94 total hors AEFE 10,10 9,24 dont personnel sur titre IV subventions titre III aux établissements 1,00 * estimé à 50 % des subventions totales L’AEFE a absorbé les réductions de crédit sur l’assistance technique. Son budget est en effet passé d’une moyenne de 1 million d’euros en début de période à € 1,7 million aujourd’hui. On note que les montants qui sont ici décomptés107 sont calculés sur la base des subventions totales à seule proportion des élèves des pays éligibles à l’APD inscrits dans les établissements gérés par cette association : en Egypte il s’agit en tout premier lieu d’élèves égyptiens. Le budget correspondant au personnel relevant du titre III est resté stable. Les coût paramétriques lui correspondant ont toutefois évolué et les effectifs correspondant ont ainsi diminué. Ils sont passés d’une moyenne de 40 personnes en début de période à 31 personnes en 2003. En résumé, on notera qu’avec un budget de coopération du MAE qui n’a guère varié en monnaie constante, les seuls moyens a avoir progressé sont ceux mis à la disposition de l’accueil des élèves dans les écoles françaises. Ceux alloués aux actions spécifiques de coopération ont pour leur part diminué en valeur et plus encore en volume. Les effectifs globaux sur titre III et IV, effectifs des services culturels non compris, sont en effet passés de 90 en début de période à 52 en 2003. 107 L’imputation en APD des subventions à l’AEFE a été estimée à 50% de ces dernières là où les montants imputés n’étaient pas disponibles. 123 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Des protocoles diminution en Egypte (1993-2003) financiers importants mais en Des protocoles en forte baisse pour l’ensemble des pays L’Egypte a subi, comme les autres pays, la baisse du montant des protocoles Au cours de la période sous revue, le montant des engagements sur protocoles pour l’Egypte, prêts et dons, ainsi que le Fasep, ont atteint € 501 millions108. L’évolution de ces engagements a été marquée par : une baisse très importante entre 1993, année où ils dépassent € 80 millions, et 2000, année où ils ont été pratiquement nuls, une reprise pour des opérations très ciblées dans le domaine du métro et de l’aviation civile en 2002 et, plus modestement, en 2003. Engagements sur protocoles et Fasep 90 M€ Protocoles et Fasep (engagements) 80 Divers 70 Chemin de fer 60 Téléphone Métro 50 Irrigation 40 Navigation aérienne 30 Electricité 20 Assainissement 10 Eau potable 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 1994 1993 0 De nombreuses raisons sont à la source de cette situation, mais la principale est l’évolution de la politique française concernant les protocoles tous pays confondus. Sur la période, les engagements de protocoles tous pays confondus ont en effet été divisés par 10 en passant de plus d’un milliard d’euros en début de période à environ € 100 millions aujourd’hui. 108 Y compris un Fasep en 2004 124 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Engagements sur protocoles tous pays et part de l’Egypte 1 200 60% Tous pays 1 000 50% part de l'Egypte 800 40% 600 30% 400 20% 200 10% 2003 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 1994 0% 1993 0 L’Egypte n’a pas été défavorisée au cours de cette évolution. Sa part a même un peu augmenté dans les premières années de la période, passant de 8% à un pic de 14% en 1998 avant de revenir à une moyenne de 9% pendant les années 1999 à 2003, durant lesquelles le caractère irrégulier des engagements traduit la mise en application de la politique de la RPE (Réserve pays émergent) à partir de 1998. La baisse des protocoles en Egypte est donc principalement la conséquence d’une politique française de restriction du volume des protocoles. Un facteur supplémentaire a cependant joué : l’administration égyptienne s’est montrée extrêmement réticente à s’endetter après la crise financière de 1991. Elle a même cherché à restructurer son aide publique en suscitant des dons plutôt que des prêts. Les principaux bailleurs proposant des prêts ont tous été conduits à diminuer leurs engagements, sauf cas exceptionnels : prêt de la KFW de $ 137 millions en 1998 pour un barrage hydroélectrique ; série de prêts de l’IDA d’un montant total de $ 199 millions en 1999. Ces deux prêts ont toutefois été réalisés à des conditions particulièrement concessionnelles avec des éléments dons respectifs de 83% et 78%. En dehors de ces cas particuliers, la proportion Parts des prêts et des dons en Egypte durant la période 1 600 M$ 40% Engagem ents 25% 800 20% 600 15% dons hors dette 400 10% prêts hors dette 200 5% 0 0% 2001 1 000 1999 30% 1997 1 200 1995 35% 1993 1 400 selo n CRS OCDE des prêts dans l’aide publique à l’Egypte est passée de 25% à 10% à la fin de la période. L’administration égyptienne a donc tenu le cap qu’elle s’était fixée. % prêts/total hors dette 125 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Aide Française, Versements Nets Millio n s d 'eur o s Co o p ér at io n t ech n iq ue (t o us m in ist èr es . m in ist èr e d es Af f air es ét r an gèr es d on t t it re IV d u MAE 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 10,7 13,2 14,5 16,4 18,8 14,8 13,8 6,3 6,4 6,9 7,0 6,6 15,9 11,2 6,4 15,1 10,8 5,0 17,3 12,9 4,9 15,6 9,8 4,9 16,7 10,3 5,0 1,4 1,5 1,1 0,9 0,8 d o n t p erso n n el su r t it re IV 1,9 t it re III h ors AEFE et serv ices cu lt u rels . Rech er ch e . Ed ucat io n n at io n ale (éco lage) Aid e p r o jet s (p r êt s et d o n s d u Tr éso r ) . dons . p r êt s d on t p rêt s b ru t s* rem b ou rsem en t * Aid e p r o gr am m e An n ulat io n d e d et t e Pr êt s d e co n so lid at io n Aid e alim en t air e et d iver s . aid e alim en t air e . aid e d 'ur gen ce . aut r e 3,0 1,7 2,4 2,0 3,1 2,0 3,0 1,6 2,7 2,6 2,5 2,2 2,0 2,3 2,0 2,4 2,1 3,7 2,4 3,9 m oy e n n e 9 3 -9 7 15,7 6,7 1,8 m oy e n n e 9 8 -0 2 Moy e n n e 9 8 -0 2 16,1 11,0 5,2 15,9 11,0 5,9 1,1 1,5 2,2 2,9 2,2 2,9 2,8 91,4 20,6 70,8 108,4 0,0 87,7 9,9 77,8 175,1 -45,3 105,0 5,3 99,7 136,3 0,0 -16,3 12,6 -28,9 113,7 -154,1 61,9 7,4 54,4 91,1 -0,2 57,6 2,0 55,6 88,9 -1,8 25,9 3,9 22,0 31,6 -3,6 34,3 2,4 32,0 50,4 -10,4 33,3 2,1 31,2 52,9 -17,4 15,2 4,9 10,3 25,2 -16,5 -8,1 3,2 -11,2 14,2 -23,7 -13,2 2,4 -15,5 23,5 -37,3 46,8 6,3 40,5 92,3 -32,0 12,3 3,0 9,4 33,2 -21,1 29,6 4,6 24,9 62,8 -26,5 24,5 98,8 0,7 97,0 347,9 -8,1 260,5 150,8 211,6 216,8 183,1 223,7 214,0 102,2 213,5 188,0 200,7 7,8 7,7 0,0 6,9 6,9 0,0 0,0 6,0 5,9 3,4 3,4 0,6 0,0 7,3 7,3 4,9 4,8 6,1 6,0 0,1 0,0 0,5 5,4 6,4 6,5 6,4 6,4 17,2 0,0 5,4 6,4 6,5 6,4 6,4 17,2 0,0 AIDE BILATERALE TOTALE NETTE 132,1 206,9 222,9 346,3 347,4 240,4 251,3 274,8 238,4 262,3 225,0 106,3 2 8 1,7 2 21 ,3 2 5 1 ,5 Tot al net hor s ann ulat ion s de d et t e 107,6 108,0 126,0 -1,5 87,0 89,6 39,7 58,0 55,3 38,5 10,9 4,1 6 8,1 33 ,4 5 0 ,8 Tot al aide b r ut e b or s ann ulat ions 107,6 153,3 126,0 152,6 87,2 91,4 43,4 68,4 72,7 55,0 34,7 41,4 1 0 0,1 54 ,4 7 7 ,3 33,2 14,9 12,6 21,9 21,8 18,1 24,7 17,2 13,2 15,2 19,8 24,4 19,8 18,0 18,9 Contribution à l'aide multilatérale source : ministère des Finances sauf détails du budget du MAE fournis par cette dernière institution 126 Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Aide Française, Versements Nets : prévisions Millio n s d 'eu r o s Co o p ér at io n t ech n iq u e (t o u s m in ist èr es h . m in ist èr e d es Af f air es ét r an g èr es d o n t t it re IV d u MAE 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 16,5 10,0 16,5 10,0 16,5 10,0 16,5 10,0 16,5 10,0 16,5 10,0 16,5 10,0 2,5 4,0 2,5 4,0 2,5 4,0 2,5 4,0 2,5 4,0 2,5 4,0 2,5 4,0 -23,7 2,0 -26 15 -40 -29,7 0,7 -30 15 -45 -42,8 0,7 -44 5 -49 -11,3 0,7 -12 38 -50 -17,1 0,7 -18 35 -53 -33,2 0,7 -34 20 -54 -42,4 0,7 -43 10 -53 d o n t p erso n n el su r t it re IV t it re III h o rs AEFE et serv ices cu lt u rels AEFE au t res t it res et f rais ad m in ist rat if s . Rech er ch e . Ed u cat io n n at io n ale (éco lag e) Aid e p r o jet s (p r êt s et d o n s d u Tr éso r ) . dons . p r êt s d o n t p rêt s b ru t s* rem b o u rsem en t * Aid e p r o g r am m e An n u lat io n d e d et t e Pr êt s d e co n so lid at io n 147,3 144,8 136,6 0,0 0,0 0,0 1 4 0 ,1 1 3 1 ,6 1 1 0 ,3 1 3 4 ,8 1 2 1 ,1 9 7 ,0 7 7 ,8 Tot al b ilat é r al n e t h or s an n ulat ion s d e -7 ,2 -1 3 ,2 -2 6 ,3 5 ,2 -0 ,6 -1 6 ,7 -2 5 ,9 Tot al aid e b r ut e b or s an n ulat ion s-ce ss 3 3 ,1 3 2 ,2 2 2 ,2 5 5 ,2 5 2 ,2 3 7 ,2 2 7 ,2 Contribution à l'aide multilatérale 20 20 20 20 20 20 20 Aid e alim en t air e et d iver s . aid e alim en t air e . aid e d 'u r g en ce . au t r e AIDE BILATERALE TOTALE NETTE Sources : A partir de 2003, 129,6 121,7 113,7 103,7 0,0 0,0 0,0 0,0 Projections Natexis pour les remboursements de prêts, estimations Coface pour les annulations, Hypothèse d’invariances pour le MAE, la Recherche et l’Education, la contribution à l’aide multilatérale, les dons du Trésor Estimations en fonction des soldes non utilisés pour les versements bruts de prêts. 127 Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Budgets et effectifs géographisés du MAE 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 BUDGETS titre IV dont personnel sur titre IV 6,35 6,36 6,92 6,99 6,64 6,43 4,99 4,92 4,90 4,95 4,64 1,85 1,73 2,01 1,98 1,59 1,44 1,47 1,08 0,86 0,83 0,95 0,80 0,80 0,80 0,87 2,95 2,45 3,14 3,03 2,66 2,58 2,60* 2,80 1,70 subventions titre III aux établissements Personnel d'assistance technique sur titre III 1,00 AEFE titre III (APD et non APD) 1,44 1,83 2,24 2,21 2,25 2,38 3,15 Autres titres, frais administratifs et service culturel 0,68 1,72 0,31 0,39 0,03 0,97 0,80* 0,80 11,42 12,35 12,61 12,62 11,58 12,37 12,34 10,94 9,98 10,52 10,36 10,41 9,33 TOTAL Total hors AEFE TOTAL déclaré en APD cours de l'euro en francs 6,62 6,57 6,45 6,41 6,59 9,98 9,19 11,21 10,78 12,89 9,78 9,24 6,61 6,56 6,56 6,56 10,31 EFFECTIFS DG sur titre III 49 44 44 40 34 30 31 titre IV 52 58 54 64 37 33 21 101 102 98 104 71 63 52 7 7 8 8 7 7 nd 108 109 106 112 78 70 52 51 53 55 53 54 55 nd 159 162 161 165 132 125 TOTAL ASSISTANCE TECHNIQUE Services culturels titre III TOTAL MAE AEFE EFFECTIFS TOTAUX source : MAE, sous-direction de la programmation et des affaires financières sauf estimations notées * 128 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) IV Evaluation globale du dispositif de coopération L’évaluation globale a pour objectif principal d’apprécier, d’une part, la conformité des objectifs poursuivis à la stratégie globale de coopération (pertinence) et, d’autre part, d’évaluer l’efficacité d’ensemble du dispositif, c'est-à-dire l’adéquation des résultats obtenus aux objectifs recherchés. Elle conduit à opposer les points forts et les points faibles de notre dispositif général de coopération. L’évaluation globale porte, en premier lieu, sur le dispositif mis en œuvre par le pôle diplomatique (MAE), puis sur celui soutenu par le ministère de l’économie, des finances et de l’industrie109. Une coopération culturelle pertinente mais dont l’efficacité est difficile à apprécier Quatre grands objectifs structurent la stratégie de coopération internationale du ministère des Affaires étrangères110 : 1. Agir pour un monde plus solidaire ; 2. Contribuer à la stabilité et à la paix ; 3. Œuvrer pour une gestion collective des problèmes globaux ; 4. Participer à la construction européenne. La coopération avec l’Egypte s’inscrit dans un objectif plus général visant à préserver la stabilité et la paix. La coopération avec l’Egypte ne participe pas nécessairement à tous ces objectifs. Mais elle s’inscrit, clairement, dans le second. 109 Cette dichotomie est conforme à la présentation générale du dispositif français d’aide au développement qui distingue deux pôles ministériels : un pôle diplomatique (ministère des Affaires étrangères) et un pôle économique et financier (ministère de l’économie, des finances et de l’industrie). Cf. Ministère des Affaires étrangères, Direction Générale de la Coopération Internationale et du développement, Bilan 2003 et perspectives, Paris, 2004, page 11. Les actions correspondent à des logiques différentes et doivent être distinctes, mais dans de nombreux cas davantage de concertation permettrait une meilleure efficacité de la coopération économique. On peut citer le cas de la gestion des sites archéologiques où une offre française devrait comporter une dimension culturelle et une dimension investissement d’entreprises françaises dans le secteur du tourisme. 110 Cf. Ministère des Affaires étrangères, La coopération internationale du ministère des Affaires étrangères. DGCID, bilan 2002 et perspective. Cette section ne traite que du dispositif de coopération du pôle diplomatique. 129 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Les relations bilatérales sont excellentes. Les positions françaises et égyptiennes convergent sur les principaux problèmes géopolitiques du Proche et du Moyen-orient. en Egypte (1993-2003) La contribution à la stabilité et à la paix passe d’abord par des relations de nature politique Le renforcement de la stabilité et de la paix dépend d’abord de moyens politiques. Les relations franco-égyptiennes sont très étroites111. Les présidents Moubarak et Chirac ont eu l’occasion de réitérer, à maintes reprises, la convergence de leur point de vue sur les grands problèmes géopolitiques de la région. La paix et la sécurité, tant au Proche qu’au Moyen-Orient, sont des objectifs forts partagés par nos deux pays. La France et l’Egypte ont aussi un dessein commun : celui de bâtir une véritable Communauté méditerranéenne. Initié en 1995, le processus de Barcelone a été fortement appuyé par la France. Il s’est traduit notamment par la signature, en juin 2001, d’un Accord d’association entre l’Union européenne et l’Egypte. Ce trait d’union politique et économique devrait contribuer à renforcer le partenariat pour la paix et pour le rapprochement entre le monde arabe et l’Europe. La stabilité et la paix passent aussi par des échanges et par le dialogue des cultures La coopération, d’influence, doit nourrir le « dialogue des cultures » pour éviter le « choc des civilisations ». Comme le souligne la DGCID, le renforcement de la stabilité et de la paix passe, non seulement par ces relations politiques au plus haut niveau, mais aussi par des actions relevant d’une coopération d’influence. Ainsi, les tensions et les violences (les « chocs de civilisation » pour reprendre une image désormais connue) se nourrissent de l’incompréhension entre les peuples, de l’absence de dialogue, de la méconnaissance de l’autre, du refus de l’altérité et du respect des différences. La coopération peut participer, avec les moyens qui sont les siens, à combler ces écarts, à rapprocher les esprits, à rétablir, enfin, la confiance entre les peuples. Il lui faut pour cela : 1) multiplier les échanges culturels ; 2) Développer les échanges universitaires et scientifiques ; 3) Favoriser les débats d’idées ; 4) Faire valoir les valeurs universelles ; 5) Développer la francophonie ; 6) Promouvoir les médias libres. Ces objectifs, ambitieux, assignés au dispositif français de coopération passent par des interventions ciblées visant à : 1. Multiplier les échanges culturels. Le dialogue des cultures suppose d’organiser des manifestations visant à faire connaître, dans tous les domaines de la vie artistique, des œuvres consacrées par le temps ou des créations contemporaines. Ce dialogue culturel implique aussi, en retour, l’accueil des cultures étrangères en France. Il suppose aussi un réel travail en commun des artistes, des coproductions ainsi que des échanges d’expérience en matière de politique culturelle ; 2. Développer les échanges universitaires et scientifiques. Partager les savoirs, constituer une véritable communauté scientifique 111 Les nombreuses (et fréquentes) visite des deux chefs d’Etat et, à leur suite, les divers échanges entre les responsables des deux exécutifs traduisent l’excellence des relations bilatérales. 130 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) internationale, favoriser l’accueil des étudiants étrangers en France, assurer la promotion des filières francophones partout dans le monde constituent autant d’actions qui s’inscrivent, de toute évidence, dans cette volonté de conforter ce dialogue entre les nations porteur de paix et de stabilité à long terme ; 3. Prendre part au débat mondial des idées. Ouvrir les débats, susciter les échanges entre les intellectuels, les chercheurs, les experts autour de thématiques fondamentales comme la démocratie, la nation, l’Etat de droit, la justice, la laïcité, les identités communautaires, les fractures sociales et bien d’autres thèmes encore, constituent un moyen d’alimenter ce dialogue des cultures. L’organisation de conférences et de colloques ou encore l’édition d’ouvrages (livres et revues) appuient cette politique. 4. Aider à l’établissement de l’Etat de droit et de la démocratie. Le dialogue entre les peuples doit se fonder sur le respect de la pluralité des cultures et la reconnaissance de l’universalité de certaines valeurs comme la liberté (politique, intellectuelle, artistique, économique), la paix, l’égalité politique, la solidarité économique et sociale… La coopération institutionnelle, dont l’objectif est de renforcer l’Etat de droit, l’appui aux médias indépendants, le soutien aux associations de défense des droits de l’homme sont autant de levier sur lesquels agit la coopération française pour promouvoir la démocratie et l’Etat de droit. 5. Développer la francophonie. Le partage de langue française (un Etat sur quatre est aujourd’hui membre de l’Organisation internationale de la francophonie) est évidemment un formidable atout pour favoriser le dialogue des nations et des peuples. Cet avantage n’est pas acquis ; il se construit quotidiennement au travers de multiples actions en faveur de l’enseignement du français et, plus généralement, de la diffusion des valeurs partagées par la communauté francophone dans le monde. 6. Renforcer la présence française dans le paysage audiovisuel mondial. Les médias constituent un vecteur fondamental d’influence qui justifie une véritable politique audiovisuelle à l’échelle mondiale. Radios et télévisions francophones participent ainsi pleinement à la diffusion des cultures. Un dispositif en adéquation avec la stratégie de la DGCID Le dispositif de coopération en Egypte s’inscrit tout à fait dans les grands objectifs de la DGCID. Les actions de la coopération française en Egypte (cf. tableaux synoptiques ci-dessus) s’inscrivent tout à fait dans les objectifs repérés ci-dessus. Cette adéquation entre les objectifs généraux de la DGCID, les grands axes de coopération en Egypte et les principales actions réalisées révèle une forte pertinence du dispositif. La pertinence du dispositif est forte. 131 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Cette pertinence est renforcée par le choix, politique, de concentrer une partie importante des actions en faveur des élites égyptiennes. Ce choix se justifie à plusieurs titres. Il revêt une importance particulière au Proche et au Moyen-Orient dans un contexte de renforcement du radicalisme d’origine confessionnel. La décision, politique, de cibler les élites égyptiennes est très pertinente. Ce sont en effet les élites qui constituent le fer de lance des mouvements islamiques radicaux. Les élites égyptiennes méritent toute notre attention. C’est avec elles que nous devons dialoguer en premier, dans le respect de l’altérité, mais pour faire valoir l’intérêt des deux parties à la paix, à la stabilité et à la démocratie 112 en Egypte (1993-2003) Comme l’ont montré les travaux de S.P. Huntington112, les mouvements islamiques sont parties prenantes du processus de modernisation et en sont le produit113. Les membres les plus actifs sont, la plupart du temps, des jeunes bénéficiant d’une certaine mobilité sociale ascendante et disposant souvent d’un bon niveau de connaissance des cultures étrangères. Le noyau « historique » est composé d’étudiants et d’intellectuels qui ont participé aux premières phases du processus d’islamisation politique à la faveur des actions collectives portées par les syndicats étudiants. Ce mouvement est bien repérable en Egypte qui a connu, dans les années soixante-dix, une montée du fondamentalisme islamique au sein de l’Université. Selon une étude de Saad Eddin Ibhrahim114quatre traits distinctifs caractérisaient les dirigeants des groupes islamiques égyptiens : (i) la jeunesse : la majorité d’entre-eux ont accédé à leur fonction au sein des mouvements entre 20 et 40 ans; (ii) le haut niveau d’études : 80% d’entre-eux étaient étudiants ou diplômés de l’Université, 50% venaient d’Universités prestigieuses ou des disciplines scientifiques comme la médecine et l’ingénierie ; (iii) Plus de 70% appartenaient aux classes moyennes. Leur origine était modeste, mais pas pauvre. Ces jeunes constituaient souvent la première génération à faire des études. (iv) La quasi-totalité du groupe était constituée d’urbains. Ces étudiants et intellectuels forment les cadres dirigeants, et parfois les troupes de choc pour les premiers, des mouvements islamistes. De nombreuses études, publiées entre autres dans Foreign Affairs, montrent que les activistes islamistes comptent en leur sein un nombre « très disproportionné » de jeunes gens bien formés, dont des médecins, des avocats, des ingénieurs, des scientifiques, des professeurs et des fonctionnaires. Ces élites méritent toute notre attention. Elles feront l’Egypte de demain. Le dialogue que nous pouvons nouer à chaque occasion avec elles doit permettre de réaffirmer, d’un côté, la pluralité des cultures, la multipolarité du monde moderne ou encore le respect de l’altérité, mais aussi, de l’autre, Samuel P. Hutington, Le choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 1997. 113 Comme le notait Olivier Roy (The Failure of Political Islam, Tauris, Londres, 1994) : « La masse de l’islam révolutionnaire est un produit de la société moderne ». Ce mouvement n’a effectivement guère reçu de soutien de la part des élites rurales, des paysans ou encore des personnes âgées. La révolution iranienne en est un exemple. De même, les travaux de Gilles Kepel (Géopolitique n°33, juin 1991) ont montré que les activistes des groupes fondamentalistes ne sont pas des « conservateurs âgés ou des paysans illettrés » 114 Saad Eddin Ibhrahim, Islamic Militancy as Social Movement : The Case of Two Groups in Egypt, in Dessouki ed., Islamic Resurgence, p 128-131, cite in S.P. Hutington, p 160. 132 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) l’attachement aux valeurs universelles, à la paix et à la sécurité. Le dialogue des cultures ainsi que les échanges avec les élites constituent certainement l’un des meilleurs remparts au choc des civilisations. Un dispositif dont l’efficacité est difficile à mesurer En pratique, il s’avère difficile de savoir dans quelle mesure le dispositif français de coopération touche, directement ou indirectement, cette intelligentsia porteuse de valeurs culturelles, philosophiques, politiques et sociales différentes de nôtres, voire en opposition de phase. Cette difficulté tient peut-être à un manque de documentation et d’études sociologiques. Au total, les élites qui devraient constituer la cible de notre coopération d’influence s’avèrent finalement assez mal connues. Faute d’études fines sur les élites, il est difficile d’apprécier l’efficacité d’une coopération d’influence. Dans ces conditions, il est très difficile d’estimer la contribution réelle des actions de coopération au renforcement de l’influence française en Egypte. On ne doit pas sous-estimer a priori le risque d’une double déperdition d’énergie (d’autant plus préjudiciable que les moyens sont comptés) : 1. Erreur de cible. Il existe un risque d’orienter tout ou partie des actions de coopération en faveur de populations qui ne font pas (ou ne feront pas) partie de l’élite. On peut alors se poser la question de l’intérêt de renforcer son influence auprès d’agents qui, euxmêmes, n’en ont qu’assez peu… 2. Effets pervers. L’élite qui bénéficie des dispositifs mis en place par les diverses coopérations internationales (française, mais aussi américaine ou allemande) peut chercher avant tout à acquérir un savoir opérationnel et technique lui permettant d’en tirer un avantage privé (cf. ci-dessous). Il se pourrait alors que les dispositifs ne participent pas (ou très peu) au « dialogue des cultures ». On ne peut pas rejeter catégoriquement l’hypothèse qu’une meilleure connaissance du monde occidental ne s’accompagne pas d’un rejet encore plus virulent de ses normes et de ses valeurs (l’accès aux connaissances n’a jamais impliqué l’adhésion aux valeurs de la société qui les a produites). On ne peut pas accepter d’emblée l’hypothèse que les élites que nous touchons sont réellement stratégiques Une meilleure connaissance des élites, notamment celles de la nouvelle génération et qui ne sont pas forcément proches du pouvoir, est aujourd’hui indispensable. Seule cette intelligence permettra de juger de notre influence réelle en Egypte. Dans ces conditions, il s’avère difficile d’apprécier la pertinence d’une critique souvent entendue, et parfois même de la partie égyptienne, déplorant le manque de visibilité du dispositif français de coopération. Ce défaut est incontestable si la visibilité est mesurée par le nombre et l’ampleur des réalisations rentrant dans le strict champ de la coopération. La critique serait encore acceptable si l’on considère qu’un dispositif de coopération se doit d’être visible aux yeux du plus grand nombre. Elle l’est La visibilité du dispositif n’est pas un objectif en soi. Une coopération discrète peut être efficace si elle touche les élites agissantes. 133 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) toutefois beaucoup moins si l’on admet que la visibilité n’est pas un objectif en soi et qu’il est préférable d’être connu et reconnu aux yeux de ceux qui font et qui feront le destin du pays. Les faits ont montré, contre l’avis de Staline, qu’il n’était pas toujours besoin d’aligner moult divisions pour peser sur le cours de l’histoire. Encore faut-il s’assurer que cette coopération discrète soit réellement efficace. Le nombre de francophones reste stable ; mais leur poids relatif diminue fortement Un dispositif qui vieillit Le dispositif de coopération a été orienté historiquement en faveur des élites francophones. Cette cible est toujours demeurée numériquement marginale, y compris au début du siècle dernier pourtant considéré comme l’âge d’or de la francophonie, où les effectifs étaient d’environ 40 000 personnes. Ce chiffre est resté globalement stable depuis. Si les effectifs fréquentant les écoles bilingues se sont réduits, ceux des écoles privées où le français est enseigné comme langue étrangère ont augmenté. La marginalisation de la francophonie est avant tout perceptible en termes relatifs : la langue française était parlée par un égyptien sur 200 au début du XXème siècle mais seulement par un sur 2000 aujourd’hui115. Ce déclin relatif a certainement de nombreuses origines. L’évolution du statut social des francophones figure certainement en bonne place parmi celles-ci. De la fin du XIXe au milieu du XXe siècle, la maîtrise de la langue française et son usage courant, y compris dans les relations familiales, était l’apanage des classes supérieures disposant d’un fort capital culturel et souvent économique. Cette francophonie historique (repérable naguère essentiellement dans les professions libérales et intellectuelles) est aujourd’hui vieillissante. La francophonie n’a plus le même statut social qu’autrefois. Le français est en concurrence avec l’anglais et souffre mal de la comparaison. Le signe de distinction sociale que pouvait constituer naguère la francophonie n’est pourtant pas totalement effacé aujourd’hui. Mais il est plutôt recherché désormais par les classes moyennes, disposant d’un certain capital culturel mais pas nécessairement économique, et qui aspirent, par effet d’imitation, à intégrer les classes supérieures. La fréquentation des établissements scolaires (et universitaires) enseignant le français ou la participation à certaines manifestations culturelles organisées par les services français s’inscrivent dans cette stratégie de mobilité sociale. Considérant la langue avant tout comme un vecteur promotionnel (et discriminant), ces nouveaux francophones (mais pas nécessairement francophiles) n’hésiteront pas à mettre le français en concurrence avec l’anglais. Et les avantages comparés ne sont que rarement en notre faveur. 115 Ces chiffres sont volontairement arrondis ; le recensement du nombre de locuteurs étant lui-même très imprécis. 134 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Si le dispositif de coopération éducative, culturelle et linguistique demeure toujours reconnu et apprécié, la réduction récurrente des moyens pénalise sérieusement sa « maintenance » et plus encore son développement : • Le réseau scolaire francophone présente des signes dangereux d’essoufflement. Les écoles se paupérisent. La qualité des enseignants se réduit fortement. Ces institutions ne sont plus attractives. Beaucoup disparaîtront alors que les survivantes passeront à l’anglais ou à l’arabe ; • Le nombre d’étudiants accueillis en France est limité. Les moyens (bourses) programmés permettent de financer un peu plus de 500 mois-bourses (et ne concernent qu’un petit millier d’étudiants). C’est moins que la Grande Bretagne (600 moisbourses), moins que l’Espagne (près de 800) et très loin derrière l’Allemagne (1400). Bien sûr les filières francophones et l’Université française d’Egypte permettent de rééquilibrer partiellement ce bilan en notre défaveur. Mais, là aussi, ces efforts apparaissent, sinon modestes, du moins en retrait par rapport à ceux de l’Allemagne et, évidemment, par rapport à ceux déployés par les Etats-Unis. • Faute de moyens, les débats d’idées qui s’expriment en France et, plus généralement en Europe, ne rencontrent qu’un écho limité en Egypte. Bien sûr, les positions politiques et diplomatiques de la France sur les grands problèmes du monde en général et de la région en particulier sont bien connues des autorités. Mais, un déficit d’images, de sons et de publications francophones ne permet pas de faire écouter la différence à une majeure partie de la population aux yeux desquels les positions occidentales se résument à celles des Etats-Unis (et qui sont, elles, fort bien connues). L’initiative récente du centre français de coopération du Caire d’organiser des conférences hebdomadaires sur des thèmes d’actualité permet incontestablement de réduire ce déficit116. On ne peut que s’en féliciter et saluer une initiative s’inscrivant totalement dans le dialogue des cultures que nous cherchons à promouvoir. Le dispositif français présente des signes de vieillissement. Les réductions budgétaires le pénalisent : - Le réseau scolaire est à bout de souffle ; - Les moyens maquent pour accueillir des étudiants en plus grands nombres ; - La pénurie d’images et de sons nous rend souvent muets. Les quelques ombres au tableau évoquées ci-dessus ne doivent pas masquer cependant la grande qualité d’ensemble du dispositif. Cette qualité, la coopération française la doit, en premier lieu, à l’engagement des hommes et des femmes qui agissent en son nom. Ces forts investissements personnels peuvent conduire, parfois, à privilégier l’action individuelle au détriment de l’action collective et de la recherche des 116 Les « conférences du lundi » organisées par le CFCC réunissent une centaine de personnes en moyenne chaque semaine sur des thèmes assez éclectiques mais où les problèmes géopolitiques et sociaux sont bien représentés. On peut citer, par exemple, les conférences sur « L’orient arabe à l’heure américaine », « Les relations internationales nouvelles », « Les évolutions politiques dans le monde arabe », « Le débat politique français », « L’impuissance de la puissance : la crise du nouvel ordre international », « La mouvance islamique en Afrique du nord »… Environ 2200 personnes ont participé à ces conférences depuis leur création en février 2004. A ces réunions s’ajoutent des conférences (« Les mercredis de l’Egypte ») sur des thématiques culturelles, historiques et sociologiques. La pertinence de cet outil, qui s’inscrit totalement dans l’objectif du dialogue des cultures, est évidemment très forte. 135 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) congruences et des synergies. Une définition claire de la stratégie et des objectifs ainsi que l’assurance d’une certaine pérennité des moyens permettraient certainement de renforcer la dynamique de groupe et de mieux mobiliser encore les énergies. Une coopération entreprises économique De 1993-2003, la Coopération française interventions dans trois directions : en ciblée Egypte sur a mené les des le maintien ou l’accroissement de l’influence française ; l’augmentation des investissements français et des échanges commerciaux ; le développement économique de l’Egypte. La pérennité de l’influence française en Egypte est en partie liée à la part importante des entreprises françaises dans le commerce extérieur et les investissements égyptiens Les remises de dette ont levé un obstacle au développement, mais les interventions directes en faveur du développement ont été limitées Durant cette période, le premier objectif a été primordial pour la Coopération française et s’est manifesté par le centrage des interventions sur les domaines culturels et éducatifs en s’appuyant pour leur mise en œuvre sur des moyens importants : CFCC, Ifao, actions universitaires, linguistiques, scientifiques et techniques. Etant donné la brillante position qui était celle de la France en Egypte il y a quelques décennies, les interventions ne pouvaient que maintenir plus que développer une influence qui reste importante, mais qui, étant donné la place prise par le monde anglo-saxon, ne peut plus, seule, être au premier rang. Poids lourd économique du monde arabe, l’Egypte devait naturellement attirer les entreprises françaises. Sur les cinq dernières années, les exportations françaises ont représenté entre 1 et 1,6 milliard d’euros, plaçant la France dans les premiers rangs des fournisseurs de l’Egypte et provoquant un important excédent commercial français117. Sur la période, les investissements français, soutenus par les Protocoles financiers ont été importants. La place tenue par la France dans le commerce extérieur égyptien et les investissements réalisés par les entreprises françaises constituent aussi un élément essentiel de l’influence française et un gage de sa pérennité. Les interventions directes en faveur du développement ont par contre été plus limitées. Certes des actions ont été menées dans le domaine éducatif, qui constitue sans doute la base du développement d’un pays. D’autre part, l’Egypte a été un des bénéficiaires majeur de l’APD française par le biais 117 En 2002, les exportations françaises représentaient un peu moins de € 1,2 milliard, plaçant la France au troisième rang des exportateurs européens (Allemagne : € 1,4 milliard ; Italie : 1,2 milliard) et au deuxième rang de ces pays, après l’Allemagne, pour l’excédent commercial (€ 850 millions). 136 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) des remises de dettes, qui constituaient un obstacle fondamental au développement du pays. En participant de façon importante à la levée de cet obstacle, la France a favorisé l’amélioration du niveau de vie de l’ensemble de la population. Cependant la Coopération n’a pas cherché, en dehors des interventions en faveur du développement agricole, soutenues par le Fonds de contrepartie de l’aide alimentaire et mises en œuvre par le BLAFE (Bureau de Liaison Agricole Franco-Egyptien), a réaliser des actions d’appui direct au développement. Réalisées dans un pays émergent, les interventions économiques ont logiquement été axées sur le soutien aux entreprises françaises Les outils disponibles de coopération économique sont destinés aux investissements et au commerce, non à la réalisation de projets de développement Pays « émergent », l’Egypte ne fait pas partie de la ZSP. Les interventions qui y sont réalisées ne peuvent être des interventions de type projet sur don de la ZSP et les instruments disponibles, FASEP et RPE, sont destinés à favoriser le développement des entreprises françaises : le FASEP est un fonds d’aide au secteur privé qui cherche à faciliter l’offre française pour l’obtention de marchés ; la RPE soutient des projets favorisant le développement du pays dans la mesure où des entreprises françaises en sont bénéficiaires. Ce choix, qui implique l’impossibilité de réaliser des projets sur dons favorisant le développement du pays est parfois critiqué par les Egyptiens. Ainsi, pour le ministère de la Coopération internationale « Il n’y a plus de véritable projets dans l’aide française. C’est dommage ! Le Gouvernement français est seulement motivé par l’intérêt des entreprises françaises »118. Il correspond néanmoins à un choix logique et la France peut considérer que son aide au développement est en fait réalisée par l’intermédiaire de l’Union européenne, dont les importants moyens financiers peuvent davantage avoir une incidence sur des problèmes de développement dont les enjeux dépassent les moyens de la Coopération française. On peut aussi souligner que la coopération américaine a pris récemment un virage, estimant désormais que l’Egypte n’est plus un pays qui relève de l’aide au développement, mais un pays qui requiert du commerce et des investissements. La visibilité de l’aide au développement française, réalisée sous forme de remises de dettes, est très faible Un impact peu visible des remises de dettes Second bailleur de fonds en Egypte sur la période, la Coopération française paraît cependant peu visible en dehors des cercles parfois restreints où elle intervient directement. La visibilité internationale de la France est certes importante pour des raisons politiques, mais la présence française en Egypte ne correspond pas à celle que devrait pouvoir revendiquer le 118 « No real projects in french aid. It’s a pity! … French Government is only motivated by french companies… Other means are necessary». 137 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) « second bailleur » : les Egyptiens estiment les interventions françaises moins importantes que celles non seulement des Etats-Unis, mais aussi de l’Allemagne et de l’Italie ; les autres bailleurs considèrent parfois que la présence française en Egypte ne dépasse pas l’archéologie et le métro du Caire. Certes, les Egyptiens auront toujours tendance à souligner pour chaque bailleur les insuffisances de ses interventions et notamment de ses dons préférés aux prêts surtout si ceux-ci comportent des conditionnalités. Mais, l’examen de la présence effective actuelle de chaque bailleur sur le terrain119 les conduit à constater la faiblesse des interventions du « second bailleur ». Dans les réunions des bailleurs, les représentants de la France semblent d’ailleurs avoir souvent du mal à trouver des raisons de souligner l’importance des interventions françaises. Le rappel d’annulations de dette considérées comme du passé n’est pas suffisant. La contribution de la France aux interventions européennes n’est pas perçue comme une intervention française. On peut d’autre part souligner que les annulations de dettes de 50% prévues par le Club de Paris en 1991 avaient pour but la diminution du fardeau de la dette égyptienne et non la visibilité de la Coopération française120. Cependant, les annulations qui dépassaient ces 50% auraient pu – à coût budgétaire équivalent – être couplées avec des aides projets et une coopération renforcée121. Une plus grande parcimonie à l’égard du traitement de la dette aurait pu permettre d’être plus généreux pour des aides ayant un impact direct sur le développement122. Des outils de coopération au développement mal adaptés à un pays « dual » Les outils français de coopération ciblent soit les pays en développement, et notamment les zones Afrique de l’Ouest et Afrique centrale (ZSP et projets), soit les pays émergents (FASEP et RPE). Or, la structure « duale » d’un pays comme l’Egypte, avec des secteurs, en particulier sociaux, semblables à ceux d’un pays en développement, mais des domaines (par exemple Internet et le téléphone mobile) du niveau de ceux des pays développés, rendrait utile la possibilité de mettre en oeuvre des projets de développement. 119 Cf. Première partie Chapitre II « Les coopérations extérieures ». 120 L’affichage pendant des années de l’annulation de dette a d’ailleurs procuré à la France une « visibilité » plutôt supérieure à celle des autres bailleurs. 121 On peut noter que dans le cadre de l’Initiative HIPC (Highly Indebted Poor Countries) et des CDD (Contrats Désendettement Développement) français, les remises de dettes ont été couplées avec des projets de développement. 122 Le problème du choix entre projets de développent et aide budgétaire se pose aussi, mais de manière presque opposée, pour la coopération de l’Union européenne, qui a transformé € 175 millions sur les € 250 millions d’un projet de modernisation industrielle en aide budgétaire. 138 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) En effet, si les marchés emportés par les entreprises françaises en Egypte montrent bien que le ciblage de l’Egypte en tant que pays émergent comporte une réelle logique, l’absence d’outil de développement soulève des problèmes. Comment par exemple donner une dimension « gestion des sites » aux interventions en archéologie sans réaliser un « projet » 123? Comment réaliser un projet d’intervention institutionnelle dans le domaine éducatif ? Comment avoir un poids suffisant dans la formation professionnelle, face à l’Allemagne, sans un projet qui pourrait ensuite être relayé par des financements européens ? On peut également citer le cas du BLAFE, actuellement financé sur une aide alimentaire qui ne se justifie plus dans un pays émergent, mais qu’il n’est pas possible de remplacer par un projet. La Coopération française manque d’un outil pour utiliser ses compétences dans le domaine du développement économique L’inadaptation des outils d’aide au développement résulte aussi de l’existence d’une coopération de service à service et non d’Etat à Etat L’inadaptation des outils d’aide au développement provient aussi de l’absence de stratégie globale de coopération La coopération franco-égyptienne s’effectue de service à service, et non dans un cadre stratégique d’Etat à Etat. Les négociations sur les annulations de dettes sont représentatives de négociations qui impliquent fortement la Coopération française, mais auxquelles le MAE ne participe pas124. Dès lors, les possibilités que pourraient ouvrir ces annulations à la coopération au développement sont moins prises en compte. Cette coopération de service à service peut d’ailleurs tout à fait convenir aux Egyptiens, dans un pays où chaque ministère constitue un fief dont il importe de garder les frontières. Il est cependant probable que les instruments seraient souvent plus efficaces, à la fois pour l’Egypte et pour la France si une stratégie globale était définie. L’adoption d’une stratégie globale de coopération devrait s’accompagner d’une réflexion sur les instruments et sur les acteurs Faute de stratégie d’ensemble de la Coopération française, il existe une absence de concertation stratégique entre les instruments existants. Dans le domaine de la coopération économique, l’élaboration d’une stratégie globale pourrait s’accompagner d’une réflexion sur les points suivants : L’annulation de dettes : instrument financier, l’annulation de dettes a cependant pour objectif de favoriser le développement du pays ; faute d’autres moyens disponibles pour la coopération française, L’élaboration d’une stratégie pays devrait inclure une réflexion sur l’annulation de 123 Cf. chapitre dettes,l’ intervention desur ce domaine. l’AfD ,124 le rôle la On de pourrait dire à l’inverse qu’il n’y a pas de participation du MINEFI aux Commissions mixtes, qui sont coopération censées déterminer les orientations de la Coopération française. décentralisée, le futur programme MEDA dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES 139 Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) certaines annulations de dettes pourraient être utilisées pour mettre en œuvre des projets de développement. L’intervention de l’AfD : L’AfD est actuellement autorisée à intervenir en Egypte, mais ne peut effectuer des dons. La forte capacité de mise en œuvre de l’Agence pourrait cependant être mise à profit pour réaliser certains projets de développement. Il est ainsi proposé dans les évaluations sectorielles de réaliser une offre française pour la gestion de sites archéologiques. Des études préalables, qui ne peuvent relever du FASEP, pourraient être réalisées par l’AfD, qui aurait déjà effectué au Liban des interventions semblables. La coopération décentralisée : étant donné le rôle historique de la France en Egypte et la perception de ce pays par les Français, la « mobilisation » de la coopération décentralisée pourrait sans doute être plus facile que pour d’autres pays. Ainsi, le travail engagé à Alexandrie avec les régions PACA et Midi-Pyrénées peut constituer une référence pour d’autres gouvernorats d’Egypte. D’autres interventions présentent également un grand intérêt, par exemple la coopération hospitalière avec Lille ou le développement d’une coopération entre l’Association des Incubateurs Egyptiens, le Réseau des Pépinières de la région Midi-Pyrénées et la fondation Sophia Antipolis dans le domaine des pépinières d’entreprises. Cette coopération décentralisée pourrait aussi constituer un atout pour le développement des entreprises françaises. Le programme MEDA : une stratégie globale de la Coopération française doit, dans le domaine économique, tenir compte des autres coopérations européennes. Une réflexion sur MEDA III avec d’autres pays membres pourrait permettre de mieux assurer la cohérence d’une stratégie française avec celles de la Commission et des pays membres. 140 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) V Prospective Un cadrage simplifié à l’horizon 2015 La prospective stratégique est une discipline relativement jeune, dont l’ambition n’est pas de prédire l’avenir (ce que nul ne sait faire) mais, plus modestement, d’explorer quelques futurs possibles. La réalisation d’un exercice complet de prospective stratégique (qui suppose une étude fine du passé, la mise en évidence des facteurs-clef du futur, l’examen approfondis des scénarios et des futuribles, l’étude des ruptures et des bifurcations) dépasse largement le cadre de la présente évaluation. Il est apparu néanmoins souhaitable d’envisager, même sommairement, les évolutions possibles du dispositif français de coopération en Egypte à l’horizon d’une dizaine d’années. Ce balayage s’appuie sur un double cadrage, démographique et économique : • Les projections de population montrent qu’il n’y a pas de risque d’explosion démographique en Egypte au cours des prochaines années. La croissance démographique aura plutôt tendance à se ralentir, y compris (et surtout) dans les mégapoles du Caire et d’Alexandrie. En revanche, la croissance de la population active continuera d’être forte. Elle exercera une pression importante sur le marché du travail qui devra accueillir, chaque année, près d’un demi million d’actifs supplémentaires. Ce défi démographique ne pourra être relevé sans une croissance forte. • L’Egypte est donc confrontée à un véritable impératif de croissance, pour assurer un emploi à tous et relever le niveau de vie de chacun. Un modèle économique élémentaire montre que la croissance devra être de l’ordre de 6% par an pour atteindre un tel objectif. Ce rythme n’est pas inaccessible à l’Egypte. Mais, il suppose certainement la mise en œuvre des réformes, mainte fois reportées jusqu’ici. La croissance ne pourra reposer que sur le développement vigoureux de l’initiative privée. Elle suppose aussi, de forts investissements (27 milliards dollars dès demain et jusqu’à 50 milliards de dollars dans dix ans). Ces investissements devront être financés (à hauteur du tiers environ) par des capitaux extérieurs. Ces masses annuelles sont très largement supérieures à ce que l’Egypte peut raisonnablement prétendre obtenir au titre de la coopération internationale. L’impératif de croissance se double donc d’un impératif d’intégration réussie dans la division internationale du travail. La croissance de la population active est un véritable défi démographique… Qui ne pourra être relevé sans une croissance forte (6,5% par an). Cette croissance suppose de forts investissements privés (30 à 50 milliards de $ ...par an !). Les besoins de financement dépassent ce que peuvent apporter les aides internationales. L’Egypte devra se réendetter pour croître. 141 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Il appartiendra à la coopération internationale, et singulièrement à la coopération européenne, de faciliter cette insertion de l’Egypte dans les échanges mondiaux. La croissance suppose un resserrement des relations politiques et économiques avec l’Europe. Or, le processus de Barcelone piétine. Les relations politiques bilatérales en deviennent plus stratégiques encore. Mais, le partenariat économique doit rester l’affaire de l’Europe. La coopération française pourrait appuyer l’émergence : - de nouveaux entrepreneurs ; - d’une intelligentsia laïque et libérale. Ces nouvelles élites, économiques et culturelles, seront des vecteurs de la croissance, de la stabilité et de la paix. Mais l’Egypte attend certainement plus de l’Europe qu’un simple partenariat économique. Or, le volet politique du processus de Barcelone semble actuellement bloqué. Cette défaillance ne doit pas pour autant ralentir le partenariat pour la paix et la stabilité qui apparaît, plus que jamais, comme une condition nécessaire à la croissance, non seulement de l’Egypte, mais des PSEM dans leur ensemble. Le dialogue bilatéral avec l’Egypte, qui permet d’aller de l’avant alors que l’Europe reste encore en gestation, ne devra pas se réduire pour autant à sa seule dimension politique. La coopération française aura un rôle majeur à jouer dans les années à venir. Ce rôle, la France aura à l’exercer en premier lieu dans le domaine économique. Elle devra continuer, comme elle l’a fait dans le passé, à financer certains projets de développement. Mais, les moyens limités dont nous disposerons ne seront certainement pas à la hauteur des besoins de financement exprimés par l’Egypte. Cette contrainte financière, forte, impose un renouvellement du dispositif. Celui-ci pourrait être orienté à l’avenir en faveur des élites économiques. On peut espérer bien sûr de ce type d’appui qu’il facilite l’accès réciproque aux marchés. Mais les enjeux de cette coopération économique ne sont pas simplement mercantiles. On peut attendre d’un réseau d’affaires qu’il joue aussi un rôle d’incubateur et favorise l’émergence d’entrepreneurs schumpétériens, respectueux des règles de bonne gouvernance d’entreprises. Ces réseaux, qu’il faudra renforcer, devraient permettre aussi de faire la promotion d’un modèle social qui assure une meilleure répartition des fruits de la croissance. La coopération culturelle, linguistique et éducative aura toujours à assurer la promotion de la francophonie en Egypte. Cet enjeu mobilisera des moyens importants, tant humains que financiers. Mais, le dialogue des cultures, s’il veut être efficace, ne pourra pas se réduire à des actions culturelles en faveur d’une petite élite francophone et dont le poids relatif (et donc l’influence) est nécessairement appelé à se réduire. Le dialogue des cultures ne pourra être réellement un vecteur de paix et de stabilité que s’il s’engage avec les élites arabophones les moins acquises aux valeurs universelles que nous cherchons à défendre. Il sera certainement difficile d’engager cette communication en direct. Les élites francophones (et francophiles) que nous appuierons à cet effet auront un rôle déterminant à jouer dans ce dialogue à plusieurs voix. Ces thèmes sont développés ci-dessous. 142 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L’explosion démographique n’aura pas lieu L’Egypte compte actuellement environ 70 millions d’habitants, c'est-à-dire plus que le Maroc, l’Algérie et la Tunisie réunis. La densité démographique moyenne, qui est de l’ordre de 1400 habitants au km², est la plus élevée du monde125. La croissance démographique se ralentit. L’Egypte comptera près de 90 millions d’habitants en 2015. La population se stabilisera à 100 millions environ à partir de 2030 L’Egypte a souvent été considérée, en matière démographique, comme un « cas extrême ». On estime ainsi que la population avait déjà doublé entre le début et le milieu du XIXème siècle. En cent ans (de 1897 à 1996), elle sera encore multipliée par six (alors que celle de la France, par comparaison, n’augmentait que de 50% sur la même période). La transition démographique ne s’est réellement amorcée, en Egypte, qu’à la fin des années 1980 ; le taux de natalité chutant alors de 4 à 2,8%. Ce fléchissement a de multiples origines, en commençant par la généralisation de l’enseignement (notamment des filles) et, dès le début des années soixante, celle du planning familial. Il est aussi le résultat de politiques publiques volontaristes en faveur d’une plus grande maîtrise de la fécondité. Ces ruptures de tendance ont contribué à désamorcer la « bombe démographique » dont certains prédisaient une explosion imminente. Actuellement la population croît, selon les estimations, entre 1,6 et 2,1% par an. L’accroissement démographique de la capitale serait plus faible (de l’ordre de 1% par an). La croissance de la population active restera forte. Il faudra assurer un emploi à 500 000 jeunes supplémentaires tous les ans. Même si cette transition démographique est bien engagée, la population égyptienne va continuer de croître par un simple effet de base. Elle devrait atteindre les 86 à 88 millions d’habitants en 2015, et une centaine de millions en 2030. Au cours des dix ans à venir, le supplément de population devrait être ainsi de l’ordre 1,5 millions par an. Cette progression devrait s’accompagner d’un renforcement de la pression de la demande en matière d’éducation, de santé, de logement et, plus généralement, d’infrastructures économiques et sociales. D’autre part, l’emploi des jeunes arrivants sur le marché du travail (+500 000 environ chaque année) constitue un enjeu politique et économique majeur. 125 Cette densité a été calculée en rapportant le nombre d’habitants à la superficie « utile » du pays. Au Caire, la densité atteint des pointes de 9000 habitants au km², contre 3500 dans Paris intra muros. 143 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Un impératif de croissance pour assurer l’emploi et la paix sociale La croissance à long terme repose essentiellement sur le stock de capital accumulé au fil du temps, sur les disponibilités en main d’œuvre ainsi que sur la productivité de chacun de ces facteurs. Sans réforme, la croissance restera faible (3% par an et peu créatrice d’emplois. Un scénario tendanciel inacceptable La prolongation des tendances lourdes du passé concernant ces facteurs conduit à un scénario de croissance molle et largement inacceptable. Si le taux d’investissement demeure aussi faible qu’actuellement (à peine plus du sixième du PIB) et en l’absence de toute relèvement de la productivité du capital (dont l’efficacité demeure inférieure à 20%), la croissance devrait plafonner aux alentours des 3% par an (en termes réels). Emploi et chômage (millions) 40 35 Si la productivité apparente du travail continue d’augmenter au rythme moyen de 2,2% par an (cf. supra, cadrage +10 millions de chômeurs géoéconomique), une progression tendancielle du PIB de 3% l’an ne devrait s’accompagner que d’une croissance très faible de l’emploi (de l’ordre de 1% par an). Ce rythme est très largement insuffisant < + 3 millions d'emploi > tant pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail que pour résorber le sous-emploi actuel (estimé par certains à 2000 2015 pas moins de 20% de la population active). Dans ces conditions, le « chômage » ne devrait cesser de croître pour atteindre près de… 40% de la population active en 2015 (soit pas moins de 15 millions d’actifs contre 5 millions estimés actuellement). 13 millions d'actifs supplémentaires 30 25 20 15 10 5 0 Le taux de chômage pourrait atteindre 40% en 2015. Le risque d’explosion sociale sera maximum. Ce scénario tendanciel est évidement celui de tous les dangers. Un scénario optimiste fondé sur une croissance forte de l’investissement Un scénario plus optimiste pourrait se fonder sur un objectif de plein emploi à l’horizon 2015 (avec un taux de chômage à cette date limité à 5% de la population active, soit moins de 2 millions de personnes). En supposant que la productivité apparente du travail continue de progresser au rythme de 2,2% par an au cours de la prochaine décennie, la réalisation d’un tel objectif nécessiterait une croissance comprise entre 6 et 6,5% par an. Le plein-emploi suppose une croissance de l’ordre de 6% par an. 144 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie La croissance supposera de forts investissements (de 30 à 50 milliards de $ par an). Ces investissements devront être financés partiellement par l’extérieur (10 à 20 milliards par an). L’Egypte devra donc se ré-endetter fortement. Ne pas mettre en œuvre la réforme exposerait les autorités à des risques intérieurs forts…. en Egypte (1993-2003) Ce taux de croissance nécessaire pour parvenir au plein emploi n’est pas inaccessible. Il apparaît toutefois assez volontariste à la lumière des performances moyennes enregistrées depuis une quinzaine d’années. Il suppose, en tout état de cause, une évolution sensible du modèle de croissance égyptien : • Une croissance au rythme de 6,3% par an supposerait, toute chose étant égales par ailleurs, un fort relèvement de la productivité marginale du capital qui devrait doubler en dix ans (soit 7% de croissance par an). Les gisements de productivité ont beau être nombreux en Egypte, ce taux est probablement impossible à atteindre, y compris en supposant une modernisation presque totale de l’appareil productif national 126: • La croissance ne pourra donc pas reposer exclusivement sur des gains de productivité. Elle supposera aussi des efforts d’investissement importants conduisant à une augmentation des capacités de production domestiques. Ainsi, un relèvement du taux d’investissement à 27% (soit au niveau de la moyenne des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure) permettrait d’atteindre un rythme de croissance du PIB de 6,3% par an avec une progression de la productivité du capital limitée à 2,5% par an (ce qui est nettement plus accessible à l’Egypte). Ce scénario optimiste pourrait venir buter toutefois sur un problème de financement de l’accumulation. Si le taux d’épargne domestique reste au niveau actuel (de l’ordre de 17% du PIB), le financement des investissements nécessaires à la croissance passera par un recours accru à l’épargne internationale : on peut estimer ainsi que le tiers environ des investissements devra être financé par l’extérieur. Les montants empruntés viendront gonfler inexorablement la dette. Un rapide calcul montre que son encours pourrait passer de 27 milliards de dollars environ aujourd’hui à près de 150 milliards de dollars en 2015 (multipliée par presque 6). A cette date, l’endettement extérieur pourrait atteindre les 80% du PIB (contre 25% environ actuellement). En dépit de ses lacunes, ce cadrage macroéconomique révèle une partie des difficultés auxquelles pourraient être confrontées les autorités égyptiennes dans un proche avenir : • Les atermoiements dans la mise en œuvre de la réforme, voire son blocage, pourraient se solder par un tassement des rythmes de croissance. Ce scénario ne permettrait ni de réduire la pauvreté, ni de procurer du travail à tous. Une croissance molle et pauvre en emploi pourrait exacerber les risques de tension interne (surtout si, parallèlement, les filets sociaux sont pris en charge de manière 126 Rappelons, pour mémoire, que les gains de productivité les plus élevés ont été enregistrés aux Etats-Unis à la fin des années 1990 avec l’introduction de la net-économie. Ils avoisinaient alors les 5 à 6% par an. 145 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) croissante par des organisations confessionnelles agissant pour partie sur financements extérieurs127) ; Un scénario de croissance volontariste (milliards de $ constants) 200 Dette extérieure (USD m ds) 250 PIB (+6,3% par an) 180 160 200 140 120 150 100 80 100 Investissements (27% du PIB) 60 40 50 20 0 0 1971 2005 2007 2009 2011 2013 1981 1991 2001 2011 2015 source: WDI et estimation DM E • Ces risques pourraient se réduire si la croissance venait à être plus forte. Mais, ils ne disparaîtront pas pour autant. Le renforcement des rythmes de croissance suppose en effet un recours croissant à des financements extérieurs. Or, compte tenu de l’intensité actuelle du risque-pays, ces capitaux ne pourront être mobilisés que s’ils dégagent une très forte profitabilité. Dans ces conditions, il y a peu de chance alors que la croissance soit pro-poor (voire même que son contenu en emplois soit important). Aux risques intérieurs toujours présents, s’ajouteraient alors deux risques supplémentaires pour les autorités : celui de se voir déposséder d’une partie de son pouvoir économique au bénéfice des milieux d’affaires ; celui, aussi, de voir sa gestion macroéconomique mise progressivement sous tutelle internationale au fur et à mesure que l’endettement extérieur grossira. Mais la réforme ne garantira pas, à elle seule, l’emploi. 127 Le champ d’action des organisations confessionnelles a eu tendance à s’élargir ces dernières années. Présentes –et souvent fort actives- dans le domaine caritatif et social, ces organisations interviennent de plus en plus dans le domaine éducatif où elles assurent un soutien scolaire gratuit aux enfants les moins favorisés (et ils sont nombreux). Ce type d’intervention assure une influence croissante à ces organisations. Rappelons que les cours particuliers nécessaires pour pallier les déficiences du système éducatif public peuvent représenter jusqu’à 10% du revenu d’un ménage. 146 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Ces défis macroéconomiques, et surtout macrofinanciers, ne pourront vraisemblablement pas être relevés par la coopération internationale. Certes, l’aide bi et multilatérale pourra contribuer au financement de quelques projets (productifs ou non). Certes, l’Union européenne pourra apporter une aide à la modernisation de l’appareil productif égyptien dans le cadre de la mise en œuvre des accords d’association. Mais, ces financements (qui ne pourront pas tous être affectés à l’investissement) seront au mieux de l’ordre de 1 à 2 milliards de dollars par an. Bien sûr, un apurement total de la dette égyptien permettrait, à lui seul, un financement « en creux » (puisqu’il ne s’agit pas d’un flux net de ressources) de près de 30 milliards de dollars. Mais ces sommes demeurent encore très en deçà des besoins de financement international requis pour assurer une croissante forte qui s’échelonneront, eux, entre 10 et 20 milliards de dollars…par an. L’aide internationale sera insuffisante (2/3 milliards de $/an) pour répondre aux besoins de financements extérieurs de l’Egypte (10/20 milliards de $/an). La croissance sera donc financée par des investissements directs et par des emprunts extérieurs. Ces financements internationaux ne pourront être acquis sans une insertion réussie de l’Egypte dans la division internationale du travail. Cette plus grande intégration dans les échanges mondiaux présuppose, à son tour, le renforcement des relations politiques privilégiées avec les pays occidentaux, et singulièrement avec l’Europe. Ces ressources ne pourront être mobilisées que si l’Egypte est fortement intégrée dans les échanges mondiaux. Un besoin d’ouverture sur l’Europe L’Union européenne est le premier partenaire commercial de l’Egypte. Sa part de marché (30% environ des échanges) est supérieure à celle des Etats-Unis128. A ces mouvements commerciaux s’ajoutent des flux d’investissements directs. D’autre part, l’Egypte est le deuxième pays méditerranéens bénéficiaires des financements de la Banque Européenne d’Investissement (BEI); l’encours des prêts est de l’ordre de 2,8 milliards d’euros. Cet engagement fait de la BEI le premier bailleur de fonds de l’Egypte129 L’Egypte a besoin de l’Europe : - d’une Europe économique, pour son marché et ses financements ; - d’une Europe politique pour la paix et la stabilité de la région. Ce partenariat économique est appelé à se renforcer à l’avenir. Ainsi, la mise en œuvre des accords d’association devrait se traduire par une croissance des flux commerciaux entre l’Egypte et les Etats membres de l’Union européenne. De même, les activités de la BEI devraient croître avec le nouveau dispositif financier mis en place à Barcelone en octobre 2002 visant à la constitution d’une « Facilité euro méditerranéenne d’investissement et de partenariat »130. 128 La part de marché est calculée ici en faisant la moyenne (arithmétique) des contributions des pays membres de l’Union aux exportations et aux importations égyptiennes. 129 Source : Ministère de l’Economie, des finances et de l’industrie, DREE/Trésor, La lettre d’Egypte, n°108, février 2004. 130 La FEMIP (Facilité Euro Méditerranéenne d’Investissement et de Partenariat) sera dotée, d’ici à la fin 2006, d’une enveloppe de 8 à 10 milliards d’euros (sur ressources propres de la BEI et sur le budget de l’UE). 147 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Un besoin insatisfait Toutefois, ces engagements restent encore largement potentiels : le processus initié à Barcelone en 1985, et qui devait conduire, à l’horizon 2010, à une zone euro-méditerranéenne de libre échange, de paix et de stabilité entre l’UE et les PSEM, semble actuellement bloqué131. L’initiative piétine essentiellement en raison de l’absence de règlement du conflit israélo-arabe. Or, la dynamique politique du processus de Barcelone est actuellement bloquée. Ce blocage est évidemment préjudiciable à une Egypte qui a doublement besoin de l’Europe. Besoin, en premier lieu, d’un partenariat économique étroit avec l’Union afin d’assurer une croissance forte à long terme ; besoin aussi, et peut-être surtout, d’une Europe forte, qui pèse sur la scène politique et diplomatique mondiale, d’une Europe qui puisse rééquilibrer une relation avec les Etats-Unis parfois trop pesante ; besoin d’une Europe qui, enfin, puisse faire entendre sa voix, celle de la paix, et participe activement au règlement du conflit israélo-arabe. Or, ce besoin d’Europe demeure encore largement insatisfait. Un partenariat politique fondé sur des initiatives bilatérales Ce défaut d’Europe, qui peut être malheureusement durable, laisse la place à des initiatives bilatérales dans le domaine politique et diplomatique (comme celles que mènent la France depuis de longue date et, plus récemment, l’Allemagne). L’attention prêtée par certains pays européens et les alliances nouées à cette occasion contribuent à renforcer le poids de l’Egypte. En retour, ces initiatives permettent aux pays européens qui en sont les leaders d’exprimer une politique régionale différente de celle des Etats-Unis. Le renforcement des relations politiques bilatérales permet de faire avancer le processus de paix et de stabilité. Ces dialogues bilatéraux à vocation régionale permettent incontestablement d’aller de l’avant. En oeuvrant pour la sécurité et pour la paix, ils participent bien aux objectifs affichés, souvent haut et fort, par une Europe qui n’a pas encore, hélas, les moyens politiques de ses ambitions diplomatiques. Mais le partenariat économique avec l’Egypte doit être assumé par l’Europe. Ces dialogues bilatéraux devraient contribuer ainsi à faire progresser le volet politique du processus de Barcelone. En revanche, il n’est pas certain que les Etats-membres qui en sont les leaders (et singulièrement la France et l’Allemagne) aient un réel intérêt à se substituer à l’Europe en matière de coopération économique. L’accès au grand marché, les initiatives en faveur des investissements directs européens en Egypte, le financement de certaines infrastructures collectives reposent sur des dispositifs 131 Les PSEM (Pays de Sud et de l’Est de la Méditerranée) regroupent l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc ; la Syrie, la Tunisie, l’Autorité palestinienne, Israël, la Turquie, Chypre et Malte (auxquels s’est jointe plus tard la Libye). 148 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) institutionnels et nécessitent des moyens financiers qui relèvent clairement du niveau communautaire. Si l’Union peut manquer encore de dimension politique, la Communauté européenne dispose quant à elle, et ce depuis fort longtemps, de tous les instruments nécessaires pour mener à bien ce partenariat économique dont l’Egypte a besoin. Cette répartition des tâches (où le partenariat économique est l’affaire avant tout de la Communauté) n’implique pas pour autant de réduire les relations bilatérales à leur seule dimension politique. Au contraire, la coopération bilatérale, et singulièrement celle de la France, pourrait constituer un facteur-clef de succès, non seulement pour le partenariat politique, mais aussi pour le partenariat économique. Une coopération française renouvelée Comme on l’a vu plus haut, le retour à une croissance forte, nécessaire pour assurer l’emploi et augmenter le niveau de vie de la population, passera par le développement des initiatives privées. L’aide économique prodiguée par la Communauté européenne (et par ses Etats-membres) devrait accompagner ce mouvement en permettant, par l’ouverture des marchés et des aides à l’investissement, une meilleure intégration de l’Egypte dans la division internationale du travail. Une coopération économique en faveur des milieux d’affaires En Egypte comme ailleurs, l’émergence du secteur privé sur lequel se fondera la croissance future ne sera pas spontanée. Le processus de privatisation pourrait suivre un schéma assez proche de celui repérable, naguère, au Japon à la fin de l’ère Meiji ou, plus récemment, en Malaisie, voire en Corée du Sud. Ces exemples historiques montrent que l’industrialisation a été réalisée initialement sous l’égide d’un Etat fort, autoritaire et volontariste (comme en Egypte du temps de Nasser). Cette industrialisation à marche forcée vient généralement buter, à terme, sur des difficultés qui trouvent souvent leurs origines dans une insuffisance de la productivité des facteurs. Le pouvoir politique cède alors ses actifs industriels (souvent à des prix inférieurs à leur valeur réelle) à un milieu d’affaire dûment sélectionné (zaïbatsu au Japon, chaebols en Corée). Le capitalisme se développe tout en restant fortement dépendant du pouvoir militaro-bureaucratique132. La libéralisation de l’économie égyptienne est encore très partielle et les milieux d’affaires restent très proches du pouvoir politique. 132 Ce qui fait dire à certains que le système égyptien reste fondamentalement un « capitalisme d’Etat », souvent fort éloigné des principes élémentaires du libéralisme. 149 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Cette proximité entre les milieux d’affaires et le pouvoir est bien repérable en Egypte actuellement133. Ces liens seraient d’autant plus étroits, selon certains observateurs, que la libéralisation serait largement en trompe l’œil : les milieux d’affaires étant, jusqu’à présent, plus avides de capturer les rentes monopolistiques qu’à prendre de réels risques industriels à long terme. La coopération française pourrait jouer un rôle dans l’émergence d’une élite économique, libérale et dynamique. Pour aider à la transformation du monde des affaires, la coopération française pourrait favoriser la constitution d’un réseau rapprochant les élites économiques française et égyptiennes. On peut espérer de ce type d’appui qu’il facilite l’accès réciproque aux marchés. Mais les enjeux réels de ce « cercle des affaires » ne sont pas uniquement mercantiles. On peut attendre de ce type de réseau qu’il joue aussi un rôle d’incubateur et favorise l’émergence d’entrepreneurs schumpétériens, plus respectueux des règles de bonne gouvernance d’entreprises ; le respect de ces règles étant en effet indispensable à la bonne marche des affaires et au succès d’éventuels joint ventures134. Ces réseaux, qu’il faudra renforcer, devraient favoriser aussi la promotion d’un modèle social qui assure une meilleure répartition des fruits de la croissance et des relations sociales apaisées L’animation d’un réseau d’intérêts francoégyptien permettrait aussi d’insister sur l’importance de la dimension sociale du développement économique. Au total, cette nouvelle coopération économique viserait la promotion d’un capitalisme plus concurrentiel, plus libéral, mais néanmoins soucieux de sa dimension sociale. Le « capitalisme sauvage » est probablement la pire des organisations sociales dans un monde arabe manifestant déjà, et parfois de manière très violente, son hostilité à certaines normes et valeurs prévalant en occident. Le progrès économique ne sera pérenne que s’il est partagé par tous. Participer à l’émergence d’une intelligentsia laïque et libérale Favoriser l’émergence d’une économie sociale de marché, dont le fonctionnement ne serait pas trop éloigné du modèle européen, est une nécessité à long terme. Jusqu’à présent en effet, la croissance égyptienne, fondée sur des rentes, a été plutôt inégalitaires. Et ces inégalités sont source de dangers. Jusqu’ici, les fruits de la croissance ont été assez mal répartis. Une part importante de la population rencontre de réelles difficultés pour vivre. En 2000, le premier décile (qui regroupe les 10% de la population la plus riche) percevait le tiers environ de la richesse nationale, c'est-à-dire autant (si ce n’est plus) que les 50% de la population la plus pauvre. Le premier quintile (20% des plus riches) percevait environ la moitié de la richesse nationale alors que les 20% les plus pauvres se partageaient moins de 8% 133 Les milieux d’affaires ont été les véritables gagnants des réformes engagées dans les années 1990. Ces milieux ont été associés à gestion du pouvoir. La principale instance de « consultation » est le « Conseil présidentiel des hommes d’affaires égypto-américains ». Cette institution a été mise en place dans le cadre de l’initiative Al Gore - Moubarak en 1995 (dans le cadre du « Partenariat pour la croissance »). Le pouvoir a verrouillé en partie le dispositif en plaçant le fils du Président, Gamal Moubarak, au poste de porte-parole de l’institution. 134 Rappelons que l’Egypte figurait encore, au début de l’année 2004, sur la « liste noire » du GAFI. 150 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Des intellectuels sous contrôle L’affaire Saad Eddine Ibrahim est une illustration des rapports parfois tendus que les autorités égyptiennes entretiennent avec les intellectuels. Professeur à l’Université américaine et fondateur du centre Ibdn Khaldoun, Saad Eddine Ibrahim a été arrêté et incarcéré en 2000. Jugé par la Haute Cour de Sûreté de l’Etat en 2001, il a été condamné à sept années de prison pour avoir reçu des financements en provenance du l’UE et porté atteinte à l’image de l’Egypte. De nombreuses interprétations courent sur la cause réelle de son incarcération. Proche du pouvoir (et notamment de l’épouse du chef de l’Etat), ce professeur était aussi l’animateur d’une émission politique à la télévision d’Etat. Il représentait la tendance la plus libérale au sein de l’intelligentsia politique. On pourrait lui reprocher d’avoir voulu s’impliquer de façon indépendante dans l’organisation des élections législatives de 2000. La lourde condamnation de Saad Eddine Ibrahim a ému la communauté internationale et a probablement effrayé l’ensemble de la « scène démocratique » égyptienne en Egypte (1993-2003) du revenu total. Selon la Banque mondiale, la pauvreté (moins d’un dollar par jour pour « vivre ») touchait plus d’un égyptien sur six135. Une grande partie de la population rencontre donc des difficultés sérieuses pour vivre (et une fraction non négligeable d’entre-elle, simplement pour survivre au quotidien). L’aggravation de ces difficultés ou l’émergence de nouveaux problèmes politiques et diplomatiques ne conduisent par pour autant les autorités à accélérer les réformes. Privilégiant un certain statu quo social, les autorités se livrent, très souvent, à une gestion populiste de l’opinion publique. Celle-ci consiste à créer (ou à laisser se développer) des évènements plus ou moins scandaleux, alimentant la polémique, et qui confisquent le débat sur les problème de société à l’origine des difficultés. Cette manipulation de l’opinion publique est archétypique des régimes autoritaires. Elle est toutefois pernicieuse dans la mesure où elle conduit, assez souvent, à désigner comme bouc émissaire les intellectuels les plus engagés dans le débat politique et défendant les valeurs de la démocratie occidentale (cf. encadré). Elle est pernicieuse, aussi, dans la mesure où cette gestion renforce, implicitement, le pouvoir d’une partie de l’intelligentsia, conservatrice sinon réactionnaire, et fortement hostile à la normalisation avec Israël. Une gestion populiste conduit à détourner l’attention de la population en canalisant sa vindicte à l’encontre des intellectuels les plus progressistes. La Coopération française pourrait jouer un rôle dans l’émergence d’une intelligentsia libérale et laïque, porteuse des valeurs universelles que nous cherchons à promouvoir. Tous les vecteurs de l’action culturelle doivent être mobilisés pour soutenir les créations artistiques, pour diffuser les œuvres (tant en Egypte qu’en France), pour favoriser les rencontres entre des intellectuels français et leurs homologues égyptiens. Les centres culturels, comme espace de liberté d’expression et lieux d’accueil des débats, ont un rôle déterminant à jouer dans cette dynamique. Favoriser le dialogue des cultures est un objectif majeur de la DGCID. Mais cette orientation est un peu trop générale pour être réellement opérationnelle. Sa mise en œuvre risque de déboucher sur une coopération culturelle tous azimuts (et nécessairement coûteuse) mais dont l’efficacité n’est pas totalement prouvée. Il importe donc de préciser quelques uns des axes d’intervention possibles (à défaut de leurs modalités pratiques). L’émergence d’une intelligentsia libérale et laïque en Egypte n’est pas une fin en soi. Elle pourrait être même contreproductive si les membres de ce 135 World Bank, Arab Republic of Egypt : Poverty Reduction in Egypt, Report n°24234-EGT, Washington, June 29, 2002. 151 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) groupe qui bénéficieront des appuis de la Coopération française restent marginalisés et agissent en autarcie. Nous pourrions attendre de cette élite francophone et francophile qu’elle engage le dialogue avec les intellectuels les moins acquis aux valeurs universelles que nous défendons. Ainsi, le dialogue ne sera efficace que si les élites qui bénéficieront de notre appui communiquent, de manière permanente, avec le reste des intellectuels égyptiens et fassent entendre la différence dans des cercles plus larges où les valeurs universelles de la démocratie, de la liberté et de la paix, ne sont pas toujours défendues, sinon entendues. Cette stratégie de communication par voix interposées ne sera efficace sans une étude préalable visant : • à déterminer les milieux intellectuels dans lesquels nous souhaiterions voir s’animer les débats ; • à définir précisément les thèmes de ces débats136 : • à cibler avec soin les hommes qui porteront les débats dans ces cercles et qui devront être, pour cela, les premiers bénéficiaires de nos appuis ; • à déterminer les vecteurs de communication les plus appropriés (ces outils du dialogue devant être choisis eux-mêmes en fonction des cibles et des thématiques). Si les moyens financiers consacrés à la coopération culturelle venaient à être plus importants qu’ils ne le sont aujourd’hui, ou si l’efficacité du ciblage évoqué ci-dessous n’était pas nécessairement au rendez-vous, il pourrait être opportun d’envisager de nouvelles cibles et un nouveau medium. L’histoire (et l’actualité) ont largement montré le rôle déterminant de la radio, puis de la télévision, dans la fabrication de l’opinion publique137. La création d’une télévision en langue arabe, destinée à un large public (et éventuellement à vocation régionale) pourrait constituer à cet effet un instrument puissant de renforcement de l’influence française en Egypte. 136 Inviter au dialogue permanent des cultures reste largement incantatoire si l’on ne dit rien du contenu de ces débats. 137 Radio Free Europe et Radio Liberty ont joué ainsi un rôle clef dans la fabrication de l’opinion publique dans les pays de l’est (notamment en RDA et en Pologne) lors de la guerre froide. 152 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Troisième partie Evaluations sectorielles 153 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) 154 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) I La coopération linguistique et éducative Le contexte égyptien Depuis les années soixante, le système éducatif égyptien a beaucoup évolué et le résultat de ces transformations s’est matérialisé au cours des dix dernières années. D'une part, la population scolaire s'est s'accrue considérablement et cette croissance devrait se poursuivre d'autant plus que le niveau de généralisation de la scolarisation est encore faible. L'analphabétisme est important. Malgré les efforts entrepris depuis 1993, il y a encore en 2001, 32 % d’analphabètes. 51 % des enfants ne sont pas scolarisés : ils proviennent surtout des populations paysannes et de celles des banlieues défavorisées et concernent particulièrement les filles138. Dans les villes on ne compte pas moins de 2 millions d'enfants des rues. En dépit de cette faible scolarisation, les effectifs de l'enseignement public croissent chaque année d'environ 300000 élèves. La croissance a été de plus de 25% au cours des dix dernières années soit environ 2,6 % par an, en moyenne, avec presque un doublement des effectifs de l'enseignement secondaire. Grâce au plan « Education pour tous », ce sont les filles qui profitent le plus de cet accroissement (+35,5 % pour les filles contre +21 % pour les garçons). Une démographie scolaire qui a un potentiel de croissance considérable Croissance des effectifs de l’enseignement Enseignements (toutes spécificités confondues) Maternels 1991/1992 2000/2001 Accroissement Relatif (%) 232 051 383 616 Primaire 6 563 457 7 197 953 9,7 Préparatoire 3 607 793 4 458 714 23,6 1 682 210 3 138 963 86,6 12 085 511 15 179 246 25,6 Secondaire Total 65,3 Un système éducatif dégradé D'autre part, la qualité du système éducatif s'est fortement dégradée, surtout au cours des dix dernières années, résultante d'une lente détérioration qui a commencé au début des années soixante. La démocratisation de l'enseignement engagée alors a été mal accompagnée, par des moyens matériels et des ressources humaines insuffisants. Cela se manifeste, en particulier, au niveau des conditions d'accueil par une moyenne de 55 à soixante élèves par classe, voire plus. 138 Données fournies par le poste selon le ministère de l’éducation égyptien 155 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Le plan "Education pour tous" qui a fortement amélioré les conditions de scolarisation des populations défavorisées, en particulier de scolarisation des filles, a amené un nombre important d'élèves supplémentaires dans l'enseignement primaire. Un système éducatif qui connaît une dégradation régulière de ses enseignements, favorisée par ses modalités de fonctionnement La compétence des enseignants s'est progressivement dégradée avec un effet "boule de neige" bien connu : les plus mauvais bacheliers se dirigent vers l'enseignement et la faculté pédagogique, deviennent des enseignants dans des classes difficiles, puisque particulièrement chargées, forment mal des jeunes qui deviennent alors de futurs candidats à l'enseignement. Le cycle recommence et la détérioration cumulée a des conséquences encore plus importantes. Des choix importants dans le fonctionnement du système éducatif ont accentué cette lente dégradation. Le système des examens a accru ce phénomène. Le baccalauréat joue un rôle de sélection et d'orientation, et il y a, au sein des disciplines, une hiérarchie qui se reflète au niveau des universités. Les élèves qui ont les meilleurs scores peuvent choisir les disciplines nobles (médecine, sciences de l'ingénieur, économie etc.), les autres, qui n'ont pas obtenu de bons scores, ne peuvent aller que dans des filières moins considérées comme les facultés de pédagogie. D'autre part, les modalités de cet examen fondé majoritairement sur la mémorisation (voire dans bien des cas exclusivement) favorisent une préparation intense mais peu formatrice. En particulier, dans certaines matières comme le français renforcé, l'examen est fondé sur la seule mémorisation et la dimension communicative de la langue est souvent ignorée, d'autant plus que seules des épreuves écrites sont proposées. La réforme du baccalauréat avec la passation d'une première tranche d’épreuves à la fin de la deuxième année du secondaire a aggravé la situation, accentuant le bachotage et réduisant, de fait, la durée de l’apprentissage. Un système éducatif égyptien dans lequel les enseignants sont peu motivés et où les cours particuliers sont devenus une institution. La rémunération des enseignants a doublé durant ces dix dernières années passant, pour un enseignant débutant, de 70 livres égyptiennes à 150 livres, mais le pouvoir d'achat a, lui, considérablement baissé. Il s'en est suivi un développement des cours particuliers, qui sont devenus une véritable composante du fonctionnement du système éducatif. Les enseignants ont trouvé là une ressource qui peut représenter deux fois, voire trois fois leur salaire, profitant du fait qu'il est très important pour les Egyptiens des classes moyennes et supérieures, de voir leurs enfants faire des études supérieures. D'où une certaine réticence du corps enseignant aux réformes, craignant de voir ces revenus disparaîtrent. Les parents sont eux-mêmes profondément conservateurs et hostiles à tous les changements. Néanmoins, il s'est développé une méfiance des familles envers le corps enseignant, et plus généralement le système éducatif. Depuis dix ans, de nouvelles demandes de formation de qualité ont entraîné l'ouverture de 156 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Une situation qui favorise la naissance d’écoles privées dont les références sont francophones ou anglophones. en Egypte (1993-2003) nouvelles écoles, dites « d'investissement », développées autour de formes d'enseignement moderne au plan pédagogique, dans de bonnes conditions de confort. Mais ces établissements ne sont réservés qu'à une certaine élite économique tant les frais de scolarité sont élevés. Une autre stratégie de parents se manifeste par la volonté d'inscrire leurs enfants dans des établissements appartenant à des modèles éducatifs étrangers. Le lycée français du Caire et de nouvelles écoles privées comme le lycée Balzac qui délivrent un enseignement français, sont de bons exemples de ces choix de parents aisés. La même recherche se fait en direction des établissements anglophones. L’école maternelle qui pourrait favoriser une amélioration générale du niveau de l'enseignement n'est fréquentée que par la population la plus aisée. De plus, une grande partie du système d'enseignement est particulièrement inadéquate : le plan de démocratisation de l'enseignement a entraîné une forte population vers les sections techniques et professionnelles qui sont totalement inadaptées à l'actuel marché du travail, entraînant un accroissement des jeunes chômeurs. Enfin, dans la première moitié des années 90, l'affrontement de l'islamisme organisé, encouragé par l'Etat et l'islamisation "contestatrice" de l'Égypte ont entraîné une régression au niveau de l'enseignement et limité son adaptation à une société qui s'ouvrait au niveau mondial. Les réformes du système éducatif Le ministère de l'éducation a réagi et entrepris des réformes et des investissements dans l'éducation. Il accroît la construction d’écoles (13350 ont été construites en 2003) et augmente le nombre des enseignants qui est passé de 569000 en 1991 à 807000 en 2003. Cette dernière évolution représente 42% des effectifs à comparer aux 25% de croissance de la population des élèves, même s’il faut noter que l'accroissement des élèves est plus important dans le secondaire pour lequel l'encadrement nécessaire est plus élevé. Les autorités ont choisi de développer l'offre éducation dans deux directions opposées. La première est la mise en oeuvre du plan «Education pour tous» pour lequel les objectifs sont le développement de l'enseignement préscolaire et l'accès à tous les enfants de l'enseignement primaire ; la seconde est une voix « élitiste », à travers la création des écoles «intelligentes » organisées autour de nouvelles technologies, la suppression du secondaire commercial et le rééquilibrage du baccalauréat au profit du secondaire général. Les autorités ont engagé des moyens importants, près de 17 milliards d'euros en quinze ans, en partie sur fonds propres et avec l'aide des coopérations bilatérales et multilatérales (USAID, PNUD, UNICEF principalement). Le gouvernement entreprend également d'améliorer la Une double perspective de développement du système éducatif : une voie « élitiste » et un plan « éducation pour tous » 157 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) formation continue des enseignants mais ne s'est pas attaqué à la formation initiale, ni à l'amélioration du niveau de rémunération des enseignants pourtant nécessaire à l'amélioration de son recrutement. L'enseignement fondamental et secondaire est représenté par plusieurs types d'établissements : La coopération française intervient majoritairement à la marge du système éducatif, dans un ensemble de 55 établissements privés ou quasi privés, majoritairement catholiques, scolarisant 43 000 élèves • les écoles publiques qui recouvrent l'ensemble du territoire. Le français y est enseigné comme langue vivante 2 (LV2) • des établissements privés francophones (dites écoles bilingues), qui suivent les programmes égyptiens débouchant sur le baccalauréat national avec comme particularité l'enseignement du français comme langue vivante 1 et l'enseignement des mathématiques et des sciences en langue française. Il y a 55 établissements de ce type. • des établissements privés ou semi-privés qui enseignent l'anglais en LV1 et d'autres langues en tant que LV2, dont le français. Il y a plusieurs centaines de ces établissements appelés écoles de langue. • Enfin, quelques établissements privés ou d’ambassade qui suivent le programme français et enseignent en français. La coopération française intervient essentiellement dans les écoles bilingues. Elles sont actuellement 55 et étaient 56 en 1973, donc l'effectif global varie peu. Cependant, certaines de ces écoles ont abandonné le français et ont été remplacées par de nouvelles qui sont, soit des écoles expérimentales, soit des écoles d'investissement à but lucratif. Ces écoles scolarisent, en 2004, 43000 élèves. Les effectifs de ces écoles ont diminué de 11% entre 1995 et 2004. C'est particulièrement sensible dans les lycées Al-Horreya qui sont les anciens lycées de la Mission laïque française et qui ont été nationalisés en 1958. Dans ces établissements, la baisse des effectifs pendant la même période, a atteint 47 %. C’est aussi un fait important en province sur l'ensemble du dispositif où la baisse atteint 21%. Mais cette baisse est compensée par la croissance des nouvelles écoles. L'enseignement des langues en Egypte Dans les établissements gouvernementaux, la première langue vivante (LV1), s'enseigne de la première préparatoire (le début de notre collège) jusqu'à la fin de la deuxième année du secondaire, qui en compte trois. Dans les écoles de langues, la LV1 s'enseigne, soit dès la maternelle, soit dès la première année de l'enseignement primaire. Dans les écoles bilingues, le français est enseigné comme LV1 avec une utilisation comme langue d'enseignement pour les mathématiques et les sciences. 158 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie L’anglais est enseigné systématiquement en première langue dans le système gouvernemental égyptien, dès la première année du collège, et le français en deuxième langue durant les deux premières années du lycée. L’enseignement des langues est de mauvaise qualité dans le système gouvernemental égyptien. Les conditions et les méthodes d’enseignement sont mauvaises. La situation des LV2 est catastrophique. en Egypte (1993-2003) Pour les langues vivantes 2 (LV2), dans les écoles gouvernementales, cet enseignement a lieu pendant les deux premières années de l'enseignement secondaire, à l'issue desquelles, des épreuves anticipées du baccalauréat en sanctionnent l'apprentissage. Dans les écoles de langues, la LV2 s'enseigne, soit dès la première année ou de la quatrième année du primaire, soit la première préparatoire qui correspond à la première année des collèges. L’apprentissage du français LV1 ne concerne que 43000 élèves soit 5 % des élèves d'égyptiens. 95 % des élèves apprennent l'anglais en première langue. De 97 % à 98 % des élèves choisissent le français comme deuxième langue vivante (LV2). Les 2 à 3 % restants se répartissent entre l'allemand, l‘italien, l'espagnol et le chinois. Aux épreuves du baccalauréat, la première langue vivante fait l’objet d’une épreuve anticipée à la fin de la deuxième année de l'enseignement secondaire. C'est une épreuve écrite, obligatoire, portant sur le programme sous la forme de questions fermées ou même de QCM ne laissant aucune place à l'expression ou à la communication et peu à la compréhension. C'est essentiellement à la mémorisation qu’on fait appel. Il existe une épreuve optionnelle dite de « français renforcé », avec des épreuves plus ouvertes, plus complètes, destinées aux élèves ayant fait du français depuis la maternelle ou le primaire. Cela porte sur le français, la géographie ou les mathématiques. Cette option est de moins en moins choisie par les candidats, parce qu’elle est réputée difficile et mal corrigée par les enseignants du secteur gouvernemental, peu habitués à ce type d’interrogations. Cela apparaît donc, pour les élèves, un mauvais choix stratégique pour obtenir de bons scores au baccalauréat et pouvoir choisir les facultés qu'ils désirent. Les deuxièmes langues vivantes sont enseignées à tous les élèves des deux premières années de l'enseignement secondaire (deux premières années de lycée). C'est le français qui est choisi systématiquement ; environ 1700000 élèves passent cette épreuve en français. Elle est uniquement écrite et fait appel essentiellement à la mémorisation. Dans les écoles de langues, cette deuxième langue est souvent enseignée dès la première année du collège (première préparatoire), voire la quatrième année de l'enseignement primaire. Les résultats de ces élèves sont souvent meilleurs que ceux des filières bilingues. L’enseignement des LV2 consiste en deux périodes de 45 minutes, chaque semaine, pendant deux ans, dont une grande partie utilisée pour préparer l'examen. Les conditions d'apprentissage sont également mauvaises, du fait de la taille des classes qui ne permet pas d’utiliser la langue comme moyen de communication. Enfin l'épreuve est basée sur la seule mémorisation. C'est une simple matière d'examen, un moyen d'améliorer le score. 159 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L'intervention française dans le domaine scolaire ( de la maternelle, à la fin du secondaire) est très importante. Le budget sur titre IV de la coopération éducative a varié de 1 460 000 Euros en 1992 à 1 905 000 en 2003, avec un pic de 2 347 000 en 1996, date d'ouverture du CFCC. C'est 11 fois plus que l'intervention culturelle pour le seul domaine scolaire en 2003. Pour l'essentiel, ce sont les établissements bilingues qui en bénéficient (83 % de l'ensemble en 2003) et pour 13 % l'ingénierie éducative et l'ingénierie de formation. Le secteur bilingue est la cible privilégiée de la coopération à ce niveau. Budgets de la coopération éducative scolaire 2 500 000 Ingénerie éducative 2 000 000 Environnement francophone Euros 1 500 000 Ecoles binlingues 1 000 000 Total 500 000 0 1992 Une intervention massive de la coopération française dans le domaine scolaire (de la maternelle au secondaire), essentiellement dans le dispositif des 55 établissements bilingues 1993 1 994 1 995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Les courbes des effectifs des personnels connaissent les mêmes inflexions que celles des budgets. Le pic en 96 et 97 correspond à l'ouverture du CFCC et à la relance d'un certain nombre d'opérations. Cette concomitance est naturelle, car la part la plus importante du Titre IV est consacrée aux recrutements locaux. La baisse du budget et des effectifs correspond à un changement de politique qui s'est avéré nécessaire à mi-période. Les personnels en substitution ont progressivement cessé leurs activités et de nouveaux personnels les ont remplacés dans des fonctions de conseil, d'encadrement de l'innovation, et de formation. Certains postes n’ont pas été remplacés pour dégager des marges de manœuvre pour les interventions. 160 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Evolution des personnels de la coopération éducative 140 120 100 Effectifs Titre III Titre IV 80 CSN 60 Recrutés locaux Total 40 20 0 1992 1993 1 994 1 995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 La formation professionnelle La formation professionnelle est affirmée comme une des premières priorités du gouvernement égyptien139. L’insertion professionnelle constitue le moyen de la lutte conte un chômage qui sévit dans la plupart des régions d’Egypte. Elle concerne l’agriculture, mais surtout l’industrie, le défi de la modernisation de la production industrielle étant parmi les plus difficile à relever par l’Egypte, mais aussi parmi les plus nécessaires en raison de l’application progressive des règles de l’OMC. Deux programmes importants de l’Union européenne et de la Banque mondiale existent dans ce domaine : Union Européenne Le TVET, «Technical and Vocational Education and Training Program », est un programme de € 33 millions mis en place par l’UE en faveur du ministère de l’Industrie et de l’emploi. Banque mondiale La Banque mondiale intervient fortement dans le domaine de l’éducation, mais peu en liaison avec la Coopération française140. Parmi les projets en cours de la Banque figure un projet de développement de la formation professionnelle, le « Skills development program », approuvé en juillet 2003 et qui doit être clos en juin 2008. Ce projet, dont les déboursements n’avaient pas encore débuté en mars 2004, est en fait plus important que 139 Lors d’un entretien au MOCI, ce domaine a été présenté comme l’une des deux premières priorités du gouvernement avec l’aide aux PME. 140 Le domaine de la formation professionnel est cependant de tous les domaines le seul où la personne rencontrée à Banque mondiale connaissait le cas d’une collaboration avec la France. 161 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) ne le supposerait son montant de USD 5,5 millions car il devrait par la suite être poursuivi avec des financements égyptiens (affectation d’une partie de la taxe professionnelle). Son objectif est de répondre aux demandes de formation professionnelle des entreprises du secteur privé. La Banque mondiale estime : - que 50 à 100 000 emplois pourraient être pourvus chaque année si la main d’œuvre égyptienne possédait les qualifications requises ; - que la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne ont davantage de compétences que la Banque mondiale dans ce domaine. La Moubarak-Kohl Initiative - MKI Cette institution, fondée il y a une dizaine d’années, se prévaut de 12 000 personnes formées pour 1 600 entreprises. Fondée sur la formation en alternance pour répondre aux besoins des entreprises égyptiennes, notamment celles récemment installées, elle jouit d’une excellente réputation et édite des fiches en anglais bien réalisées sur le contenu, la durée et la localisation de ses différentes formations. Elle doit cependant en principe cesser ses activités en 2008, la relève étant prise par les Egyptiens. Les difficultés de la coordination européenne Etant donné leurs compétences respectives (AFPA et MKI), un consortium avait été monté en octobre 2002 par le CFCC et la GTZ avec un partenaire égyptien pour intervenir dans le cadre du projet TVET de € 33 millions. L’appel d’offres, prévu pour décembre 2002 a d’abord été reporté en mars 2003, mais n’est finalement pas encore sorti, la mise en œuvre du projet Banque mondiale ayant conduit à une reconfiguration du projet. Pourtant, il s’était tenu au Caire les 14 et 15 octobre 2003, une conférence franco-allemande sur l’éducation professionnelle et la formation. Du côté français, y avaient participé non seulement le CFCC, mais la région RhôneAlpes et différents organismes français s’intéressant à la formation141. Des documents avaient été publiés, des CD-Rom édités, aussi bien du côté allemand que du côté français. Les efforts réalisés ne seront peut-être pas inutiles pour l’avenir. Mais La reconfiguration du projet et son report, sans semble-t-il d’information en temps utile des partenaires par la Délégation sont néanmoins très préjudiciables à une coopération européenne souhaitable dans un domaine important. 141 Groupe CESI, Circé Consultants, VIA International Consulting, AFORP Formation. 162 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les interventions de la coopération française La coopération éducative et linguistique au niveau scolaire, apparaît d'emblée comme paradoxale. D'une part, les dix dernières années se caractérisent par une considérable évolution de cette intervention et dans le même temps, on observe une grande stabilité des lieux d'intervention et des problématiques développées. Du côté des permanences, se trouve tout un réseau d'établissements privés, majoritairement catholiques et francophones, ou encore les lycées Al Horreya (anciens établissements de la Mission laïque), soutenus bien avant notre période référence. Cette permanence de l'aide a été telle que les réductions de ce soutien, en particulier dans les lycées Al Horreya, sont perçues comme un abandon illégitime. Les journaux de langue française y font largement écho. Tout au long de ces années, les établissements bilingues ont été et sont encore la cible principale de l'intervention de la coopération française dans le domaine éducatif. Restent des interventions dans le secteur gouvernemental, qui concernent cette fois non plus des établissements, mais des enseignants et des cadres de l'éducation. Les contraintes ont organisé l'évolution. C'est tout d'abord l'affaiblissement de la qualité du système éducatif, puis la diminution des moyens d'intervention. Cette diminution de moyens d’intervention, loin d’en diminuer la qualité, a amené une réflexion sur les conditions et le sens de cette coopération et impliqué de nouvelles modalités d'intervention. D’autre part, une modification importante de la philosophie globale de la coopération française a progressivement remplacé la substitution par une expertise, du conseil et de la formation. A quelles « élites » la coopération s’adresse-t-elle, à travers le réseau des établissements bilingues ? Une élite francophone ou francophile, une élite économique ou encore les cadres d’une société future encore indéterminée ? Ce paradoxe est difficile à dépasser parce qu'il intègre des problématiques de nature très différentes. On veut atteindre des élites que l'on associe historiquement à la francophonie. Or, ces élites ont profondément changé. Aucune étude sérieuse ne permet de dire ce qu'elle est actuellement, à quoi elle aspire, sinon que l'anglophonie est centrale pour tous ceux qui ont des ambitions pour leurs enfants dans l'Égypte actuelle. On associe toujours élite culturelle à pouvoir décisionnel, comme si cette association allait de soi. Par ailleurs, on considère que l'usage de la langue française est le moyen le plus sûr pour fonder des relations stables, alimenter les filières universitaires et l'université française du Caire, qui utilisent le français comme langue d'enseignement. On considère, également, que le développement de la langue ou sa survie dépend d'une défense directe de la langue française. Enfin, ces établissements d'enseignement représentent des zones d'influence qu'il convient de ne pas négliger. Ce mélange rend particulièrement difficile les choix en matière de dispositif et de philosophie d'intervention, même si, l'image de qualité reconnue d'un certain nombre 163 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) d'entre eux (et par les familles qui les fréquentent) semble donner raison à l'intervention actuelle. Pour être plus clair, il faut séparer ce qui relève de la promotion de la francophonie, de la recherche de liens avec une « élite » à redéfinir, de l'entretien d'un réseau d’établissements performants, exemplaires, pour le reste du système et permettant l'expérimentation, ou qui relève du soutien à un réseau d'établissements confessionnels. Ces quatre démarches correspondent à des enjeux différents. Il faut également souligner que le réseau des établissements bilingues, très majoritairement privés constitue, au plan de la masse et du statut, un ensemble marginal, et que la visibilité de l'intervention française est à ce niveau particulièrement faible. La stabilisation du système antérieur De 1993 à 1996, on se trouve dans une période de stabilisation du dispositif de coopération mis en place. Les écoles bilingues concernent 60000 élèves, et l’enseignement du français LV2, plus de 2 millions d’élèves dans le système gouvernemental. Une coopération qui est presque une tradition, avec un mélange de formation de cadres égyptiens dans les divers champs concernés, associé à une substitution/formation qui vit ses dernières expériences et ses dernières illusions. En 1993, l'activité est essentiellement centrée autour de la formation : la formation des professeurs relais, la formation des professeurs de mathématiques, de sciences, et la formation des assistants pédagogiques. On entreprend de développer un projet informatique dans 14 établissements pilotes et on équipe les bibliothèques tout en mettant en place une formation des bibliothécaires. L'année suivante, la formation des assistants pédagogiques est amplifiée dans un programme concernant 60 assistants, sur trois ans. Les inspecteurs de mathématiques et de sciences, du dispositif, sont sensibilisés simultanément à la formation des professeurs. Le travail sur les projets d'établissements se poursuit, associé à une réflexion sur le fonctionnement de ceux-ci. Enfin parallèlement aux formations, des produits pédagogiques sont élaborés. A partir de 1995, ce programme se poursuit sans grand changement. Une part croissante des cadres des établissements bilingues, pédagogiques et administratifs sont concernés par une formation. La coopération conforte l'ensemble du dispositif, pour les établissements à français renforcé comme pour le système gouvernemental. Pour celui-ci, le ministère égyptien participe au programme en donnant des bourses à des professeurs de français, de mathématiques et de sciences pour une formation à l'université Jules Verne d'Amiens. L’évaluation fait son apparition et plus généralement, l’ingénierie éducative se développe. Au niveau des établissements bilingues, on entreprend de nouvelles activités : la mesure du niveau linguistique des enseignants et l'évaluation des compétences des élèves. Cela va permettre, non seulement, d’avoir une information sur le niveau effectif des élèves en français et sur la 164 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) compétence des enseignants de cette discipline, mais surtout, de concevoir les formations et de les adapter aux difficultés que rencontrent les enseignants. Ces quatre années qui précèdent l'ouverture du CFCC, correspondent à un approfondissement de la stratégie définie précédemment à la fois dans le système gouvernemental et le système bilingue. Tout juste voit-on un début de retrait de personnels positionnés dans les lycées Al Horreya. Les activités touchent l'ensemble des acteurs : enseignants, chefs établissements, bibliothécaires, inspecteurs et assistants pédagogiques, à travers des actions de formation assez lourdes ; elles concernent les trois disciplines et l'ensemble des moyens d'accompagnement, documentation, bibliothèque et matériel pédagogique. Les évaluations deviennent des outils d'accompagnement de l'aide apportée par la coopération. La coopération se désengage au niveau de la substitution, principalement dans les lycées gouvernementaux « Al Horreya », mais conforte ses actions à travers l’institutionnalisation des réalisations développées dans le réseau bilingue. L’approfondissement des actions de formation et d’ingénierie se poursuivent. Continuité et désengagement Les années 1997 et 1998 correspondent à la fois à un moment d'institutionnalisation des coopérations antérieures et en même temps à un désengagement du secteur gouvernemental. La formation continue atteint une plus grande ampleur dans les trois disciplines en même temps que se développent des partenariats qui permettent de prendre le relais des activités directement conduites par la coopération. Par exemple, une coopération entre l'Institut National de Recherche Pédagogique de Paris et le Centre National des Recherches Pédagogiques égyptien, va permettre de développer des matériels pédagogiques correspondant à la modernisation qui est introduite dans les établissements bilingues, comme dans le secteur gouvernemental. D'autre part, la création à l'université d’un diplôme général de pédagogie en langue française pour la formation des professeurs de français, de mathématiques et de sciences, est conçue en partenariat avec l'université Lille 1. Ces changements, appuyés par des partenariats vont déplacer la formation vers ces structures institutionnelles. Dans le même temps, le ministère égyptien finance l'envoi en France, de trois groupes de 20 enseignants pour se former et constituer des cadres sur lesquels s’appuyer pour la modernisation du système gouvernemental. La coopération française poursuit parallèlement son désengagement au niveau des lycées gouvernementaux Al Horreya et plus généralement des établissements de province. Ce retrait va être l’occasion de mesurer la situation de ces établissements par rapport au système gouvernemental. Après le départ des agents de la coopération, l’enseignement du français s’est dégradé assez rapidement, car ces écoles se sont retrouvées sans enseignants compétents et le niveau a baissé. Ces substitutions n’ont pas entraîné de transferts de compétence. Les raisons en sont multiples. Certains de ces agents, n’avaient pas les qualités requises, ou bien, 165 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) assimilés à des enseignants classiques, se sont trouvés englués dans la routine et « l’esprit d’établissement ». Ces départs ont été considérés comme un abandon qui a été souvent traité assez sévèrement – et l’est encore – par la presse francophone. Recentrage du dispositif de la coopération Le projet d’établissement dont la philosophie est d’aider au développement d’une stratégie de formation, a servi de base à la définition d’un partenariat contractuel et permis le recentrage du dispositif ? A partir de 1999, la baisse des moyens affectés à ce secteur de la coopération a amené une réflexion sur le dispositif et une rationalisation de l’intervention. Par exemple, des établissements qui abandonnaient progressivement le français LV1 et son usage dans l’enseignement des mathématiques et des sciences, continuaient à être soutenus, en particulier sous forme d’emplois de substitution, ainsi que certains d’entre eux qui n’avaient plus véritablement de projets. C’est ici que le travail fait sur le projet d’établissement révèle son importance (ce n’est pas bien sûr le seul intérêt). Avec les outils et la méthodologie développés, la mise en place de projets d’établissement va devenir le cadre à un partenariat contractuel entre la coopération et les équipes des établissements. L’évaluation sélective des projets, détermine maintenant la répartition des moyens par établissement. Outre la rationalisation des actions de la coopération dans un contexte de déflation continue prévisible, ces procédures ont l’intérêt d’encourager les établissements à se définir une véritable stratégie éducative et pédagogique. Le contexte contractuel rompt avec ces usages de soutien pérennes, dont l’arrêt est perçu comme un abandon ou un mépris. Dans les conditions de contraintes présentes, cela permet de sauvegarder un dispositif que la coopération considère à la fois comme le meilleur réservoir pour les filières universitaires de langue française et l’Université Française d’Egypte, et la base pour le développement de nos relations culturelles, scientifiques et économiques. Cette transformation de l’intervention s’apparente alors à un choc culturel, qui va sans doute être atténué par la professionnalisation des chefs d’établissement – cheville ouvrière du partenariat - qui se poursuit et s’amplifie à travers la participation à des séminaires de formation, des conférences et des invitations en France. Par ailleurs, les grands secteurs d’intervention, l’enseignement dans les cycles maternel et primaire, l’enseignement des mathématiques et des sciences en langue française, les didactiques de ces disciplines, l’ingénierie pédagogique et l’ingénierie des formations, continuent à se développer dans les mêmes directions dans tout le dispositif contractualisé. Tout un ensemble d’activités périscolaires participe également à la maîtrise du français. Un gros effort est poursuivi pour la modernisation des enseignements de ce dispositif. La promotion des pratiques pédagogiques modernes, 166 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie La modernisation des contenus et des pratiques didactiques, et la participation à des actions scientifiques de l’actualité ont conforté l’image d’excellence de l’enseignement à la française. en Egypte (1993-2003) l’actualisation des connaissances scientifiques, et de leurs formes d’enseignement sont au centre des actions de la coopération : développement de nouvelles approches pédagogiques des sciences (par exemple « la main à la pâte », nombreuses manifestations de promotion des connaissances scientifiques (journées de la science, rallyes des mathématiques…), projets (Opération MESOE Méditerranée, Enseignement Secondaire, Observation, Environnement qui met à disposition des enseignants des ressources du spatial)….. . Sans doute faut-il être prudent, à ce stade où presque tout est à construire, dans l’utilisation de la « recherche action » qui peut parfois masquer la nécessité d’une structuration solide du savoir. Au-delà du dispositif des établissements bilingues, la coopération française développe tout un ensemble d’outils et de technologies au service de l’enseignement du français : des actions de formation comme : - - - la formation à distance par visioconférences d’un millier de professeurs avec l’aide du Centre de développement des technologies nouvelles et les centres de formation continue du ministère de l’Education, la formation de formateurs de formateurs, en partenariat avec le CLA de Besançon la formation initiale des professeurs de mathématiques et de sciences enseignant en français à travers le Diplôme Général de Pédagogie, prolongé par le DUFP (diplôme Universitaire de Formation des Professeurs), toujours en partenariat avec l’université Lille 1, les formations de professeurs de français dans les universités de Rouen et Amiens, les actions d’aide à la production de produits audiovisuels et multimédia (émissions éducatives et grand public diffusées par satellite ou des cd-rom d’apprentissage du français). La professionnalisation de la formation des formateurs et son institutionnalisation, au centre d’une intervention efficace. La fin de cette période 1999-2004 est aussi une période d’institutionnalisation et de rationalisation, mais contrairement aux années 97 et 98, une période stable aux plans des ressources humaines et budgétaires. C’est l’institutionnalisation travers la création du: d’une part importante des formations, à 167 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Diplôme Général de Pédagogie (PGP), formation initiale destinée à l’origine aux enseignants des filières bilingues. Diplôme Universitaire de la Formation des Professeurs (DUFP). Ces certifications concernent les enseignants et les formateurs. C’est le renvoi logique et nécessaire d’actions de formations initiatrices vers des structures dont c’est le rôle institutionnel et pérenne. On oublie souvent cette très importante phase d’institutionnalisation, et on s’étonne alors, que les processus mis en place disparaissent, lorsque l’assistance se retire en fin de projet. Participent également de cette logique, le développement du : DELF, Diplôme Elémentaire de Langue Française DALF, Diplôme Approfondi de Langue Française, auquel certains établissements du dispositif préparent leurs meilleurs élèves Une institutionnalisation en appui Enfin, il faut noter la toute récente création de l’Institut Universitaire de Formation des Professeurs (IUFP), sur le modèle des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres français, en partenariat avec l’IUFM de Paris. C’est aussi cohérent avec l’effort de rationalisation de l’ensemble des formations et des interventions dans le dispositif bilingue qui a été entrepris dans la perspective d’une économie d’échelle, dans l’emploi des 36 personnes qui interviennent sur le terrain, et une meilleure efficacité. Cette période a vu se développer une ingénierie éducative complète, de l’ingénierie pédagogique utilisée dans les classes et qui emprunte à toutes les techniques contemporaines (audiovisuel, numérique….), à l’ingénierie des formations, dont une des matérialisations la plus spéculaire, adaptée à la situation présente en Egypte, est la formation des maîtres par visioconférence, dans les 25 sites, par milliers. De plus, cette institutionnalisation est confortée par de multiples partenariats qui amènent une aide concrète et une expertise indispensable à ce processus, et permet, en plus, de situer la juste place de l’intervention française sur place. Le développement de l’enseignement de la langue française a donc des atouts importants en terme de qualité de formation, bien sûr à conforter, d’autant que non seulement les outils de formation sont développés mais aussi que le débat est véritablement engagé au plan technique sur la nature de la langue qui doit être utilisée dans chaque cas spécifique (utilisation en tant que langue seconde, langue étrangère, langue de spécialité ou langue d’enseignement). 168 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les interventions dans le domaine de la formation professionnelle Alors que la Commission mixte de 1992 ne mentionnait pas la formation professionnelle, celle de 2001 tient compte de cette priorité nouvelle dans le domaine de la coopération internationale. Jusqu’à présent, les réalisations résultent essentiellement de l’intervention de l’AFPA, Association pour la Formation Professionnelle des Adultes. Trois projets AFPA ont été mis en œuvre : Un programme de réhabilitation de 12 centres de formation professionnelle. Depuis 1996, l’AFPA a fourni des équipements et aidé à la formation d’instructeurs. Le financement a été réalisé à hauteur de FRF 35 millions par le Fonds Social de Développement sur les fonds de contrepartie de l’annulation de dettes. Les centres réhabilités142 jouissent d’une bonne réputation143 et une extension du programme a été réalisée avec une remise à niveau des formateurs en France. Etant donné la réussite du projet et le financement exceptionnel mis en œuvre, le Conseil supérieur égyptien de développement des ressources humaines, placé sous l’autorité du Ministre de la main d’œuvre et de la migration, a cherché à assurer la pérennité du dispositif. Un projet hôtellerie financé par le Fonds Social de Développement et ACCOR Egypte144. Un projet de réhabilitation de centres de formation professionnelle sur financement européen en consortium avec le British Council et dans lequel l’AFPA a la responsabilité des secteurs hôtellerie et construction. C’est à partir de la première intervention réussie qu’un consortium a été monté avec la GTZ pour répondre aux offres de la coopération européenne et qu’une valorisation des résultats a été tentée avec l’appui du Conseiller de coopération multilatérale. Une assistance technique a été mise en place à la Banque mondiale145 qui montait un projet de mise à disposition des entreprises privées d’un fonds qui pourrait par la suite être abondé par la taxe professionnelle. Cette AT aurait pu participer au secrétariat technique mis en place par les ministères de l’Industrie et du travail et de la Coopération internationale dans le but de coordonner les aides des bailleurs de fonds, notamment Banque mondiale et Union européenne. Cette AT aurait pu ainsi contrebalancer l’influence prépondérante (et hégémonique) de la GTZ dans ce domaine. 142 Par exemple les centres pilotes de Boulak et Zakazk. 143 55% des stagiaires ont trouvé un emploi après leur stage. 144 Ce projet n’a pas été poursuivi. Il semble que les autres chaînes hôtelières aient été réticentes à envoyer du personnel se former chez ACCOR . 145 AT financée sur la ligne souple à la disposition du Directeur général de la DGCID, qui permet de financer un AT pendant 2 ans, le poste prenant ou non ensuite la charge de l’AT. 169 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Toutefois, ce poste ne sera pas renouvelé. En revanche, un AT sera placé, en avril 2003, auprès du Conseil suprême égyptien pour le développement des ressources humaines. Sa mission sera de faciliter l’accès de l’expertise française aux programmes de la Banque mondiale et de l’UE dans le secteur de la formation professionnelle (budget total de 50 M€). 170 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Evaluation La coopération éducative et linguistique de niveau scolaire, au cours des dix dernières années, s’est adressée majoritairement à une cible, le réseau des établissements dits « bilingues », considérés comme la base de l’intervention française à ce niveau - ne serait-ce que pour alimenter l’enseignement supérieur francophone -, avec une orientation d’une étonnante stabilité sur une francophonie élitiste et immuable. Déjà, au début des années quatre-vingts, cette perspective était décrite avec pratiquement les mêmes mots et sans doute les mêmes décalages. Les « élites », une cible mouvante qu’il est nécessaire de redéfinir avec l’aide de la recherche en sciences humaines du CEDEJ. Pourtant, de nombreuses questions se posent sur l’évolution de ces élites, de ces partenaires assez mal déterminés, qu’aucune étude sérieuse n’a analysés. On observe que la clientèle de ces établissements est maintenant plus constituée de cadres d’entreprise et de professions libérales non francophones ; les égyptiens qui viennent se former en français au CFCC sont d’abord des cadres, des professions libérales ou des ingénieurs (30%), mais les employés représentent près de 20%. Indépendamment de ces interrogations, l’intérêt de ce dispositif apparaît à tous les intervenants comme d’une grande évidence, implicite. D’où, bien sûr, une grande continuité de la présence auprès de ce réseau. Mais face à cet immobilisme apparent, une transformation importante s’est faite dans la réalité qui s’est construite. En fait, face aux contractions budgétaires et par conséquent aux diminutions de ressources humaines, cette coopération s’est substantiellement modifiée. L’institutionnalisation et le développement des partenariats pour rendre pérenne une coopération Les contraintes ont entraîné un recentrage vers des activités de formation et de conseil ; la rationalisation des interventions a débouché sur une institutionnalisation des processus mis en place dans la formation. Les cadres du ministère de l’Education égyptien ont été très impliqués dans ce développement et les structures de formation à distance du secteur gouvernemental ont été naturellement utilisées. Le ministère égyptien ne s’y est pas trompé et est intervenu sous plusieurs formes en appui, y compris au niveau de la formation des enseignants de français, qui, par tradition, revenait à l’intervention française. A cette institutionnalisation s’est ajouté un développement des partenariats avec des institutions de formation, universitaires ou non, positionnant progressivement la coopération française en Egypte, comme appui et non comme opérateurs. Enfin, des règles ont été mises en place pour impliquer les partenaires dans les établissements à travers le développement des projets d’établissement qui ont commencé à clarifier sur le terrain le rôle d’une coopération partenariale. La contractualisation sur projet permet de resserrer le réseau autour des partenaires réellement motivés qui s’impliquent dans une dynamique. 171 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Un double risque pour la coopération française: l’entropie des ses actions et la perte d’unité méthodologique des pratiques de formation Un risque majeur pour le système d’enseignement de l’Egypte : le multiculturalisme issu de l’ensemble des coopérations étrangères en Egypte (1993-2003) On se trouve en face maintenant d’un ensemble très cohérent d’actions qui touchent à la formation linguistique des professeurs de français, de mathématiques et de sciences, enseignant dans les établissements du dispositif bilingue ou les écoles expérimentales, au développement d’une ingénierie pédagogique avancée, en particulier au niveau scientifique, à la mise en place de procédures opérationnelles…. C’est important parce que cette ingénierie qui est apparemment appréciée de nos partenaires égyptiens, donne corps, au présent, à l’image positive d’un enseignement à la française qui est particulièrement recherché. Mais dans le même temps, tout cet ensemble d’actions est à la limite de la dispersion – même si cela apparaît utile - comme le montre la mise en place d’actions parascolaires qui visent l’utilisation de la langue dans un contexte hors scolaire. Le risque d’entropie est réel. Le second risque de cet ensemble très important d’actions est de perdre toute unité méthodologique, comme par exemple de passer d’un enseignement très cadré à de la « recherche action », avec des partenaires qui n’ont pas encore au plan pédagogique une autonomie suffisante. Cela est d’autant plus important que le système éducatif égyptien va être confronté à un multiculturalisme éducatif, complexe à gérer, au plan de la cohérence. Par exemple, les curricula sont actuellement transformés avec l’aide des chinois, des japonais, des allemands, des italiens, des suédois et des nordaméricains. Nous-mêmes, avec une approche très spécifique, nous proposons des approches de la formation scientifique. L’intervention française à travers les réseaux dans lesquels elle intervient se situe de fait, dans un espace marginal du système éducatif. Son rôle de levier est faible, quant aux transformations qu’elle induit. La lisibilité de cet investissement lourd de la coopération française est particulièrement faible. C’est un travail à la marge. Sauf que, du fait que l’ensemble des actions se développe dans un espace restreint, il amène à mettre en place concrètement des prototypes de développement pour le système éducatif. En fait, la coopération française a construit un ensemble de services, en traitant ces établissements bilingues comme un véritable système éducatif complet. Pour ce réseau, pour le seul enseignement du français, des mathématiques et des sciences, la coopération française a développé: un institut de formation des professeurs, une activité qui est celle d’un institut national de recherche pédagogique, des formations à distance par visioconférence d’un centre national de formation à distance, un système de certifications, 172 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) un ensemble de compétences pour des cadres de l’éducation, chefs d’établissements et inspecteurs. Actuellement, tous les éléments d’un prototype existent. Sauf bien sûr, qu’il manque tous les éléments de faisabilité, au plan des ressources humaines (coûts, compétences, nombre…), de l’organisation et des incidences qu’un tel projet pourrait générer dans un espace où les différences culturelles sont grandes entre les bénéficiaires et le projet. Si on veut développer une telle problématique, il faut le faire complètement. La tentation inconsciente de construire un système éducatif pour le réseau bilingue, ou la réalisation d’un prototype expérimental, transposable au système gouvernemental. Vers un projet européen d’enseignement des secondes langues étrangères Si ce dispositif mis en place par la coopération poursuit le développement de cet ensemble de services dans le seul réseau des établissements bilingues, alors il est démesuré. Si cela sert de prototype dans une perspective de mise en place au niveau du système gouvernemental, alors c’est une avancée profitable à l’ensemble du système éducatif égyptien. De toute façon, il est nécessaire de se centrer sur un nombre restreint d’établissements utilisant le français. Les autres établissements peuvent bénéficier d’un appui en conseils et documentation dans les domaines de la langue et des didactiques. Au plan général, la coopération devrait jouer plus un rôle de passeur vers des partenariats avec les organisations et les structures en France. De cette manière, un redéploiement des ressources affectées aux actions éducatives et linguistiques devrait bénéficier de manière plus importante aux actions développées dans le système national et alimenter également des actions transversales ou non, qui concernent la langue et la culture française, traditionnellement rattachées au culturel et dont l’impact favorise également le développement de la francophonie. Les approches développées actuellement dans le domaine éducatif et linguistique, et les progrès qui ont été réalisés, permettent d’envisager des perspectives pour l’avenir, qui ne cantonnent pas la francophonie au seul dispositif bilingue. Le développement de l’Egypte n’ira pas sans développer l’enseignement des langues. Le trilinguisme, déjà nécessaire au niveau des pays de l’OCDE, où l’on sait que la répartition sociale sera très influencée par le nombre de langues maîtrisées, sera essentiel au développement de ce pays, en dépit du rôle de l’anglais comme médium moyen. Il faut donc penser à un projet de grande lisibilité, qui se développerait progressivement dans le système éducatif égyptien, année par année, à partir de la première préparatoire (1ère année de collège). Il mettrait en place, aux côtés de l’anglais LV1, une seconde langue vivante. Un tel projet devrait, bien sûr, être européen. Mais il y a tout lieu de penser que le français serait choisi très majoritairement, ouvrant un très important vivier de « francophones », ayant étudié notre langue durant une demi-douzaine d’années. La France pourrait dans un projet de ce type, être un opérateur important au côté d’autres pays européens. La lisibilité d’un tel projet, qui s’inspirerait du prototype actuellement mis en place serait évidemment grande. Il s’en suivrait bien sûr une redéfinition de l’ensemble des actions dans le secteur. 173 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Enfin, il sera nécessaire pour les projets plus globaux à venir, de tenir compte du fonctionnement des partenaires égyptiens. Les modes de décision et la distribution du pouvoir entraînent les partenaires en contact avec les agents de la coopération française, à préférer des ensembles d’actions qui se décomposent en éléments simples, correspondant à la répartition de leurs attributions. C’est aussi la tendance des acteurs français, qui en professionnels, interviennent sur des secteurs précis correspondant à leur compétence, mais sans vision globale. Or, ce sont des projets intégrés, en cohérence, dont a besoin le système éducatif égyptien. Pertinence Les objectifs de la coopération culturelle dans le domaine de l’action éducative et linguistique de niveau scolaire ressortent de plusieurs problématiques. L’une d’elle est l’entretien d’un lien avec une population francophone ou francophile, dont on pense qu’elle intervient au moins potentiellement dans le système politique de décisions. Une autre, qui lui est associée, est de maintenir une francophonie, à travers un ensemble d’établissements majoritairement religieux, avec lesquels les liens sont ancestraux, et en eux-mêmes importants. Plus techniquement, il s’agit de développer un enseignement en français, de qualité, attractif pour les élites, qu’elles soient ou non francophones et de fournir les étudiants nécessaires aux secteurs universitaires francophones. Compte tenu de l’existence d’un ensemble d’établissements qui forment des élèves dont une partie actuellement suffisante alimente l’enseignement supérieur francophone, accueillant traditionnellement les élites, seuls à proposer un enseignement de et en français, on peut dire, qu’à ce titre, les objectifs sont pertinents par rapport à la situation en Egypte. Cohérence Les actions entreprises, sont bien en phase avec ces objectifs, surtout dans la période récente qui a tenu compte de la réalité des terrains. C’est le cas de l’aide apportée à la qualité des enseignements, dans les établissements motivés dont il ressort une meilleure image au niveau des familles, donc une attractivité renforcée. Au plan général, il y a une grande différence entre le début de la période de référence et les années 2000. Avant de recentrer les activités sur les établissements qui développaient de vrais projets, de supprimer la substitution, avant d’avoir développé une importante ingénierie pédagogique, certaines actions étaient vouées à l’échec du fait des conditions dans lesquelles elles s’exerçaient. Au stade actuel, on peut répondre positivement à ce critère de cohérence, en modérant le jugement par les mises en garde évoquées dans la partie évaluation. Efficience et efficacité 174 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Que ce soit au plan de l’adéquation entre les moyens et les objectifs ou de l’adéquation aux objectifs, les actions initiées dans le secteur ont été plus satisfaisantes dans la deuxième partie de la période. Deux réponses peuvent donc être données selon la période. La réaction positive à la contraction budgétaire et la rationalisation des actions ont permis une amélioration très nette de l’efficacité, tout en se rapprochant nettement de l’efficience. Impact et pérennité L’impact de cette coopération éducative et linguistique est différemment perceptible, suivant les périodes concernées et les partenaires. En fait, nous n’avons pas assez de recul pour pouvoir estimer correctement les impacts positifs. Mais des indicateurs donnent des informations partielles, tant au plan positif que négatif. Ainsi, lors du retrait des agents en situation de substitution, on a pu assister à un effondrement de la qualité de l’enseignement délivré dans certains établissements. Le transfert de compétence ne s’était pas fait, pour des raisons qui vont de la compétence de ces agents, au fonctionnement de l’équipe pédagogique et de son niveau. Du côté positif, on peut mesurer l’efficacité des actions en faveur des enseignants de français, à l’engagement du ministère de l’Education égyptien, qui a accompagné les actions de formations sur place par des bourses de formation en France, ou la coopération dans la formation à distance. Le premier exemple correspond à la première moitié de la période et le second aux années récentes. Enfin, plusieurs actions ont abouti à l’institutionnalisation des procédures mises en œuvre et des partenariats sont à l’origine de coopérations qui, sans être pérennes en elles-mêmes, développent des fonctionnements qui peuvent aisément le devenir. Pour certains établissements et pour les activités de formation, on se dirige vers la mise en place de solutions pérennes. Recommandations Poursuivre l’institutionnalisation des procédures développées dans les actions de coopération Poursuivre la mise en place de partenariats pour étendre les compétences et pour aboutir à des échanges pérennes. Prendre soin de maîtriser la cohérence de l’ensemble des interventions au plan de la gestion des ressources humaines, comme au plan méthodologique, et veiller à se concentrer sur les actions prioritaires. Œuvrer à convaincre les autorités égyptiennes de donner une place plus importante à l’enseignement des LV2, et poursuivre le conseil 175 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) au niveau de la commission des examens pour soutenir une révision des modalités du baccalauréat. Développer l’idée et la faisabilité d’un prototype transférable au système gouvernemental. Concevoir un projet de développement de l’apprentissage des langues secondes dès la première préparatoire, en vue de le proposer à l’Union Européenne. La mise à disposition de crédits supplémentaires permettrait une meilleure adéquation entre l’aide française et la demande des autorités du pays. Ces crédits devraient bénéficier, par ordre de priorité, aux mesures suivantes : • En priorité 1, à la mise en place progressive l’enseignement d’une deuxième langue dès le début l’enseignement secondaire d’une part et, d’autre part, l’installation de structures de formation des maîtres, avec sans l’aide de l’Union Européenne. de de à ou • En priorité 2, à l’amélioration de l’enseignement scientifique en favorisant les partenariats avec des institutions françaises, et en utilisant davantage les capacités de cette expertise française dans les cycles scolaires. Cette mesure doit être prolongée au niveau du supérieur par le développement de filières scientifiques (universités francophones d’Egypte) et/ou par l’utilisation des enseignements à distance en provenance des établissements d’enseignement supérieurs français. L’attractivité de telles orientations pourrait être stimulée par des bourses et un système de stages en entreprises en France. • En priorité 3, dans le cadre de l’enseignement technique du système éducatif égyptien, pourrait être envisagée une participation à la mise en œuvre de formations professionnelles ciblées, en partenariat avec des entreprises françaises. 176 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie II Les appuis recherche à l’enseignement en Egypte (1993-2003) supérieur et à la Les appuis à l’enseignement supérieur Le contexte: la dégradation de l’enseignement supérieur public égyptien146 L’enseignement supérieur égyptien accueille environ 1,5 millions d’étudiants répartis au sein de treize universités publiques. Les cinq plus grandes d’entre–elles (Universités du Caire, d’Al Ahzar, d’Aïms-Shams, de Zagazig et d’Alexandrie) concentrent plus de 60% des étudiants. Chaque campus accueille entre 120 et 200 000 étudiants147. Au cours des années 1990, le nombre d’étudiants a été multiplié globalement par trois ; le budget de l’enseignement supérieur n’a pas suivi cette tendance : multiplié par 2,5 en livres courantes, il n’a progressé que de 17% seulement en livres constantes. En d’autres termes, la dépense réelle par étudiant (en monnaie constante) a chuté de près de 60% au cours de la période sous revue. Le système universitaire égyptien est fortement dégradé. Les budgets n’ont pas suivi l’explosion des effectifs. La massification de l’enseignement supérieur égyptien, et sa paupérisation, se sont accompagnées d’une baisse sensible de la qualité des cours dispensés dans des facultés surchargées et souffrant de plus en plus d’une pénurie de matériels didactiques. Conscientes depuis longtemps de cette dégradation148, les autorités égyptiennes n’ont pu réaliser, jusqu’à présent, les réformes nécessaires pour enrayer le phénomène. Ce contexte, marqué à la fois par une croissance de la demande et par la défaillance de l’offre publique, va susciter deux types de rééquilibrage de nature différente : 146 Cette section s’appuie largement sur une note de synthèse rédigée par le CFCC à l’occasion de la présente évaluation ainsi que sur les entretiens réalisés auprès des responsables des filières francophones et de l’UFE. 147 A titre de comparaison, on dénombrait 1,8 millions d’étudiants en France répartis dans 89 Universités ; les plus grandes d’entre-elles accueillent au maximum 25 000 étudiants. 148 La dégradation de l’enseignement supérieur égyptien, parfois très sensible, a été reconnue par les autorités elles-mêmes dans un rapport interne du ministère égyptien de l’enseignement supérieur publié en janvier 2001. Ce rapport faisait suite à une conférence internationale tenue en 1999 au cours de laquelle un diagnostic précis et sans complaisance avait déjà été établi. 177 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les universités privées soutenues par les coopérations internationales (*) L’université américaine du Caire. L’université Américaine du Caire (AUC) occupe un statut à part dans le paysage universitaire égyptien puisqu’elle est la plus vieille université privée en Egypte, créée en 1919. Elle accueillait 5146 étudiants à la rentrée universitaire 2003, dont 867 étudiants en Master. En 2003-2004, le budget de l’AUC s’élevait à plus de 62 millions de dollars, sans bénéficier d’aide gouvernementale. Les frais d’inscription en 1ére année varient entre 40 et 60 000 LEG par an. L’AUC est donc solidement établie sur le marché universitaire égyptien. Elle propose un grand nombre de disciplines. Elle bénéficie d’une très forte renommée et attire les élites égyptiennes. Cependant, la création de nouvelles universités privées a conduit cette année 2004, pour la première fois, l’AUC à baisser ces tarifs et à faire une campagne de publicité. L’université allemande du Caire : L’université allemande (GUC : German University in Cairo) vient directement concurrencer l’UFE. Ouverte en octobre 2003, elle accueille 900 étudiants en 2004. Le ministère allemand de l’enseignement supérieur et de la recherche et l’Office allemand des échanges universitaires soutiennent ce projet à hauteur de 600 000 euros et par la mise à disposition de trois assistants techniques. L’université allemande propose deux mastères et six facultés : pharmacie et biotechnologie, sciences de l’ingénieur et des matériaux, technologies de l’information et de la communication, management technologique, ingénierie et technologie des médias, études postgraduate et recherche scientifique. Trois facultés supplémentaires seront créées par la suite : sciences et arts appliqués, sciences fondamentales, langues et sciences humaines. La GUC applique une stratégie d’ouverture vers le monde professionnel avec des enseignements techniques et des liens renforcés avec les entreprises allemandes et égyptiennes. L’objectif affiché de la GUC est de recruter 1000 étudiants chaque année (200 par faculté) et un horizon de 5000 étudiants en 2008. Les frais d’inscription sont déterminés en fonction des pourcentages obtenus au baccalauréat égyptien et varient entre 30000 LE à 52 200 LEG par an. L’université canadienne Une université égypto-canadienne privée, bilingue (français/anglais) a été ouverte en 2004. Du côté égyptien, le financement du projet est assuré par le Groupe Al Ahram (presse). Du côté canadien, les partenaires universitaires sont: l’université du Québec pour les facultés de journalisme et de communication; l’université Hamilton pour les facultés de gestion et de comptabilité ; l’université de Toronto pour la faculté de technologie de l’information et de communication. Ces trois facultés seront complétées d’abord par l’ouverture de 5 autres facultés en 2005, puis par 4 autres facultés à l’horizon 2007, soit 12 facultés en tout. Il s’agit d’un projet entièrement privé pour lequel aucun financement public du Canada n’est prévu. Le projet est piloté par l'Association des universités et collèges du Canada, association privée à but non lucratif mais dont les membres sont publics. L’université française d’Egypte : Ouverte en 2002 avec 40 étudiants, l’université française d’Egypte (UFE) accueillait 108 étudiants en 2003, et 240 en 2004 dans trois facultés : faculté de gestion et systèmes d’information (110 étudiants), faculté des langues appliquées avec (60 étudiants), faculté d’ingénierie créée en 2003 avec 70 étudiants. L’UFE n’a pas encore atteint son rythme de croisière et le nombre d’inscrits augmente chaque année. L’UFE reçoit une aide publique du Département pour des attachés techniques et des crédits pour des missions et des invitations, ainsi que 760 000 euros du Trésor Public français. Les frais d’inscription sont déterminés en fonctions des pourcentages obtenus au baccalauréat égyptien (pour la première année) et les résultats obtenues au cours de l’année (pour les années supérieures) ; ils s’élèvent en moyenne à 25 000 LEG par an. (*) Source : CFCC. 178 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie L’insuffisance de l’offre publique va susciter la création d’universités privées Les filières francophones au sein des universités publiques sont aussi une réponse (partielle) à la déliquescence du système. • en Egypte (1993-2003) Un processus de privatisation. La loi égyptienne autorisera, à partir de 1996, le développement d’un système privé d’enseignement supérieur. Celui-ci est désormais composé à la fois d’établissements à buts lucratifs exclusivement égyptiens et d’universités privées soutenues financièrement par diverses coopérations internationales (comme l’universités allemande du Caire ou encore l’université égypto-canadienne privée). L’université française d’Egypte (UFE) participe à ce système ainsi que l’université américaine, même si cette dernière possède une histoire et un statut différent (cf. encadré). Ce processus de privatisation va toucher aussi, mais sous une autre forme, les universités publiques elles-mêmes ; le personnel enseignant étant de plus en plus incité (financièrement) à dispenser des cours (privés) de soutien aux étudiants ; • Le développement de « filières » au sein des facultés égyptiennes. Cette modalité de rééquilibrage est spécifique à la coopération française qui va créer, à partir de la fin des années 1980, des structures d’enseignement francophone (filières) au sein des universités publiques égyptiennes ; les programmes de formation étant assurés en coopération avec des universités ou des instituts d’enseignement supérieur français. Ce dispositif, inscrit dans la commission mixte de 1992, est une réponse originale visant à créer des pôles d’excellence au sein des structures publiques égyptiennes. Les universités privées, quelle qu’en soit la forme, et les « filières » francophones ne constituent toutefois qu’une réponse très partielle au déséquilibre quantitatif et qualitatif entre l’offre et la demande de formation supérieure. Ainsi, en 2004, les effectifs des universités privées (soit 30 000 étudiants environ) ne représentent que 2% de total des inscrits dans les universités publiques ; les filières francophones accueillent, quant à elles, moins de 700 étudiants (soit à peine 0,05% du total des effectifs de l’enseignement supérieur égyptien). Le dispositif français Ces filières permettent de former des étudiants à un coût bien moins élevé que s’ils venaient en France Les filières francophones La création des filières francophones d’enseignement supérieur, qui s’étalera de 1998 à 2003, visait un double objectif : • Le premier est clairement politique. Il s’agissait de développer, dans les pays non francophones, des filières utilisant le français comme langue d’enseignement au sein des universités nationales 179 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) les plus prestigieuses afin d’y attirer et d’y former les futures élites de la nation. L’Egypte, qui revendique souvent d’être le pays non francophone le plus francophone, avait pour vocation d’accueillir un tel dispositif (de même qu’elle sera l’hôte de l’université Senghor) ; • Le second objectif est plutôt d’ordre économique. La création de filières répondait aussi au souci d’offrir des débouchés aux élèves des 65 écoles bilingues (soit environ 45 000 élèves en 2004, dont 2500 au niveau bac) et cela à un coût moindre que celui des bourses d’enseignement supérieur (pour mémoire, le coût de formation d’un seul boursier est équivalent à celui de douze étudiants dans les filières). Les 6 filières francophones accueillent aujourd’hui un peu moins de 750 étudiants égyptiens Il existe actuellement six filières francophones spécialisées : • L’Institut de droit des affaires internationales (IDAI) a été créé en 1998 à l’université du Caire. L’IDAI délivre un diplôme français de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Les effectifs en 2004 s’élevaient à 206 étudiants allant du DEUG au magistère ; • Le département de gestion et de commerce international (DGCI) a été créé en 1993 au sein de l’université d’Aïn Shams. Le département accueille 226 étudiants en 2004, du DEUG au master « contrôle de gestion et audit » délivrés en partenariat avec les universités de Poitiers et de Paris-I (et de Paris-Dauphine pour le MBA) ; • Créée en 1994 à l’université du Caire, la filière francophone d’économie et de sciences politiques accueillent actuellement 186 étudiants. Le cursus conduit les étudiants jusqu’à la maîtrise. Les enseignements sont dispensés en partenariat avec l’IEP de Paris. Cette formation devrait être complétée, l’an prochain, par un master en études euro méditerranéennes financé sur des fonds Tempus ; • La filière francophone d’égyptologie a été crée en 1997 à l’université de Caire. Elle accueille, chaque année, une dizaine d’étudiants qui obtiennent une licence à l’issue des quatre premières années d’enseignement. La préparation de magistère et de doctorat est faite en co-tutelle (université du Caire et université française choisie selon le sujet attribué et la spécialité du professeur égyptologue) ; • La filière de journalisme et de communication accueille onze étudiants et délivre un diplôme d’étude supérieure égyptien en journalisme (DES), en partenariat avec le CFPJ (Paris) et l’IFP de l’université Paris-II ; • La filière francophone d’agro-alimentaire vient d’ouvrir à l’université d’Alexandrie (faculté d’agriculture, département des sciences et des technologies du lait). Elle accueille actuellement une quinzaine d’étudiants. Le budgets des filières est stable et modeste (un million d’euros par an environ) 180 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Le budget global des filières (essentiellement la rémunération des coordonnateurs et les missions d’enseignants français) est de l’ordre d’un million d’euros. Ce budget est à peu près stable sur l’ensemble de la période : Evolution des moyens du MAE au profit des filières francophones (en euros) Filières : 1999 2000 2001 2002 2003 2004 IDAI 342 608 321 502 333 623 345 744 334 210 369 080 Eco / Sc Po 341 587 305 333 307 111 308 889 288 127 260 904 DGCI 315 234 329 796 331 560 333 323 322 265 292 056 36 766 35 628 34 490 34 674 35 203 993 398 1 007 922 1 022 446 979 276 957 243 Egyptologie Total 999 429 La répartition des moyens pour l’année 2004 est la suivante : Nbre d’étudiants Filières : Montant des appuis (en euros) Total Par étudiant Répartition des appuis (en euros) Personnel Bourses Missions Et divers IDAI 191 369 137 1 830 199 467 50 070 119 600 Eco / Sc Po 200 261 102 1 460 124 074 47 750 90 278 DGCI 280 293 586 1 140 163 968 12 300 49 35 203 720 Egyptologie Journalisme Total 15 79 000 5 270 735 1 038 028 1 410(*) 7 170 35 203 487 509 (51%) 110 120 (12%) 361 399 (37%) (*) Pour mémoire, le coût moyen d’un étudiant boursier s’élève à 14 190 €/an Sources : CFCC et programmation 2004. L’université française d’Egypte (UFE) Créée en 2002, après une longue période de gestation, l’Université française d’Egypte (UFE) est un établissement privé de droit égyptien qui dispense des cours en français. L’UFE compte trois facultés : gestion et système d’information, langue étrangères appliquées aux affaires et, plus récemment (2002), une faculté d’ingénierie. Elle acceuillait 40 étudiants seulement en 2002, 70 en 2003 et 140 environ lors de la dernière rentrée universitaire (2004/05). L’UFE est de création récente (2002) et n’accueille encore que moins de 150 étudiants Plusieurs motivations ont sous-tendu la création de cette université dont le projet d’établissement s’avère très ambitieux. La dégradation du système public d’enseignement supérieur et la nécessité de promouvoir une offre de qualité constitue, probablement, l’une des motivations premières des pères fondateurs de l’UFE. Ceux-ci pourront compter aussi sur le soutien explicite des plus hautes instances de la République d’Egypte qui salueront à 181 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) maintes reprises une initiative visant à compléter le paysage universitaire égyptien en l’enrichissant d’une institution francophone (aux côtés de l’université américaine et allemande). D’autres motivations, plus mercantiles, ne sont probablement pas à exclure de la part d’opérateurs privés qui engageront leurs capitaux dans cette entreprise à but lucratif (les droits d’écolage sont de l’ordre de 25 000 LEG par an, soit environ 3 800 euros)149. Les enseignements dispensés à l’UFE sont assurés par des professeurs égyptiens, des enseignants français en mission de courte durée ainsi que par les trois chefs de département français. Les appuis financiers du MAE, sur ligne souple du Département, s’élèvent à un peu plus de 400 000 euros (en 2004), soit un peu moins de 3 000 euros par étudiant (contre 1 250 euros dans les filières francophones). Soixantequinze pour cent de cette enveloppe sont consacrés à la rémunération des trois chefs de département. Cet appui contribue au tiers environ du budget total de fonctionnement de l’UFE (un peu moins de 1,4 millions d’euros par an). Les formations en France et les bourses La France accueillait, en 2003, 800 étudiants égyptiens dont 163 BGF, tous issus, pour ces derniers, des filières francophones. Cette offre correspondait à environ 500 mois/homme pour un montant de l’ordre de 800 000 euros. A titre de comparaison, la Grande Bretagne offrait 600 mois bourse (1,2 millions d’euros) et l’Allemagne 1400 mois/homme (1,3 millions d’euros). Les Etats-Unis accueillaient, en 2001, un peu plus de 1000 boursiers égyptiens contre 240 pour la France à la même époque (et près de 600 pour l’Allemagne et la Grande Bretagne). La France accueille environ 800 boursiers égyptiens. Le nombre de boursiers du gouvernement français est en diminution régulière depuis la fin des années 1990. La réduction a porté essentiellement sur les bourses de stage alors que, parallèlement, le nombre de bourses d’étude a eu tendance à augmenter. Il n’y a pas de véritables programmes de bourse inscrits dans la longue durée. Les boursiers de l’enseignement supérieur bénéficient de cet appui à l’occasion de programmes ponctuels dont la durée de vie est souvent assez courte. Il existe de nombreux programmes de coopération scientifique mais ceux-ci sont souvent ponctuels. Les coopérations scientifiques diverses Il existe plusieurs types de coopération scientifique. Certaines s’entendent sur une durée significative de cinq ans ou plus alors que d’autres sont plus 149 Ces droits sont plus faibles que ceux perçus par l’université allemande (entre 30 et 50 000 LEG par an) ou par l’université américaine (entre 40 et 60 000 LEG pas an). Pour mémoire, le salaire moyen est de l’ordre de 300 euros par mois. 182 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) ponctuelles (cf. graphique ci-dessous). Dans ces coopérations, le poste joue un rôle d’intermédiaire entre les partenaires français et égyptiens. Son soutien porte sur des missions, des bourses ou des invitations. Sur l’ensemble de la période, le budget programmé a été divisé par un facteur 4,3 : il a été divisé par 2 entre 1993 et 1995 (à l’époque de la création des filières DGCI et FESP), puis encore par 2,6 entre 1995 et 2004. Cette diminution sensible s’inscrit dans un contexte global d’attrition où le budget global s’est réduit de 20%. Projets de coopération scientifique significatifs (durée de plus de 5 ans) 300 000 En euros 250 000 200 000 150 000 100 000 50 000 0 1 991 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2 004 Telecom - TIC (formation - recherche) Archéologie et filière d'égyptologie créée en 2000 Centre ingénierie pour l'archéologie Agro - bio (formation - recherche) On constate, parmi les projets significatifs (cf. graphique ci-dessus) une relative stabilité du soutien à l’archéologie et de la filière d’égyptologie : notre coopération dans ce domaine s’inscrit dans le cadre plus large de la longue présence archéologique française en Egypte. Dans le domaine de l’agronomie et de la biologie, un certain nombre de projets ont été soutenus (microbiologie du lait, lutte biologique, génétique…) en accompagnement des financements du BLAFE (Bureau de Liaison Agricole Franco- Egyptien : fonds de contrepartie d’aide alimentaire). Ces activités disparaissent progressivement au cours de la période considérée (budget divisé par un facteur 4 entre 1992 et 1999). Depuis 1999, le seul budget dans ce domaine correspond à la prise en charge, par le ministère, d’une partie du salaire du co-directeur du BLAFE. Enfin, la période 1991-2004 est marquée également par l’existence de deux projets significatifs : • Le programme de soutien au centre d’ingénierie pour l’archéologie, en coopération avec l’organisme égyptien des antiquités et le département des mines de la faculté d’ingénieurs du Caire, débute en 1993 et se termine en 1998. Il était dédié à la formation en France d’ingénieurs et d’archéologues dans le domaine de la géotechnique (avec l’école des Mines de Nancy et l’INERIS) ; 183 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) • Le programme dédié aux Technologies de l’Information et des Communications (TIC) débute en 1992 et se termine en 1997, il reprend en 1999 pour s’éteindre une nouvelle fois en 2004. Destiné à la formation en thèse, au sein de l’INRIA, d’étudiants de l’ITI ; il n’a qu’imparfaitement rempli ses objectifs : à la connaissance du Poste, seules deux thèses ont été soutenues depuis 1992. Les autres programmes de coopération technique Les programmes de coopération technique ont subi une forte baisse (cf graphique ci-dessous) comparable à l’évolution budgétaire globale. Entre 1991 et 2004, le budget du secteur a été divisé par un facteur 1,8 : 810 000 Euros en 1991 et 450 000 Euros en 2004. Coopération technique et institutionnelle 600 000 En euros 500 000 Suppression de 210 000 euros de bourses 400 000 un CSNA et 2 vacataires en moins Coopération médicale, ONG et dvpt 300 000 200 000 Coopération administrative 100 000 0 1 991 Aménagement du territoire 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2 004 Le graphique ci-dessus inclut, au sein de la coopération médicale, le domaine des ONG et développement en raison de la proximité des thèmes abordés : handicap, relation mère - enfant, etc. Le budget ONG & Développement correspond à 1/9ème seulement de celui de la coopération médicale. La coopération dans ce secteur montre une forte baisse des crédits entre 1991 et 1994 (-320 000 euros) expliquée par la suppression, en 1992, d’un programme de bourse de 200 000 Euros et, en 1993, d’un CSNA et de 2 vacataires. On constate d’autre part une nouvelle baisse des crédits entre 1995 à 2004 (de 662 000 euros en 1995 à 448 000 en 2004) qui s’inscrit à la fois dans une baisse globale de l’enveloppe et dans un recentrage des activités. En effet, en 2004, la majeure partie des fonds est consacrée à un Contrat de Recruté Sur Place, des formations pour le concours du DIS/DES et des bourses AFSA (Attestation de Formation Spécialisée Approfondie), alors qu’auparavant d’autres projets étaient soutenus : management des hôpitaux, appui à la recherche médicale et chirurgicale, mise en place d’un système de réponse aux urgences médicales, santé maternelle et infantile, etc. 184 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Dans le domaine de l’aménagement du territoire, une coopération a toujours existé sur des thèmes tels que la planification, l’urbanisme, l’environnement, etc. Entre 1995 et 1999, un projet important de rénovation de la maison « Sennari » a été soutenu par la France, avec notamment la prise en charge de l’architecte responsable du projet (repérable, sur le graphique ci-dessus par le plateau entre 1995 et 1999). Dans le domaine de la coopération administrative, certaines actions sont soutenues depuis 1991 : bourses pour des formations à l’ENA ou à l’IIAP et invitations en France de diplomates, stages en France pour des membres du Conseil d’Etat, du Centre National d’Etudes Judiciaires ou du Ministère de la Justice. Par ailleurs, d’autres actions plus ponctuelles ont été menées dans le domaine des douanes, de la poste, des statistiques nationales (avec l’INSEE)… Les moyens financiers L’évolution budgétaire globale du secteur montre que l’enveloppe budgétaire a baissé de 10 % entre 1991 et 2004 (cf. graphique cidessous). Sur cette période, les principales variations sont dues (i) à une baisse globale du budget en 1994, (ii) à la création des filières DGCI (Département de Gestion et Commerce International) et de la filière d’Economie et de Science Politique (la création de l’Institut du Droit des Affaires internationales remontant à 1988) ainsi qu’à (iii) un projet de rénovation d’une maison islamique à partir de 1995. Entre ces deux années (1994 – 1995), la variation du budget atteint les 500 000 euros. Après 1996, le montant global de la programmation scientifique et technique diminue progressivement vers sa valeur actuelle de 1.8 millions d’euros. L’enveloppe budgétaire a baissé de 10% entre 1991 et 2004. Elle est aujourd’hui de 1,8 millions d’euros. Evolution budgétaire globale (en euros) 2 500 000 Total programmé (DSUR + DDCT) 2 000 000 Avec AT UFE Coopération universitaire 1 500 000 création DGCI et FESP Sans AT UFE 1 000 000 Santé, ONG-dvpt, administratif et aménagement du territoire 500 000 0 1 991 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2 004 185 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Sur la période 1995 – 2004, le budget du secteur a diminué de plus de 20%, passant de 2,2 millions d’euros en 1995 à 1,8 millions d’euros en 2004. Evaluation de la coopération universitaire Pertinence Le développement des échanges universitaires et scientifiques figure parmi les principaux objectifs assignés au dispositif de coopération française dans le monde. Partager les savoirs, constituer une véritable communauté scientifique internationale, favoriser l’accueil des étudiants étrangers en France, assurer la promotion des filières francophones partout dans le monde constituent autant d’actions qui s’inscrivent, de toute évidence, dans cette volonté de conforter un dialogue entre les nations porteur de paix et de stabilité à long terme. La pertinence de la coopération universitaire est forte Les actions de la coopération française en faveur de l’enseignement supérieur égyptien participent largement à cet objectif général. La pertinence du dispositif (filières francophones, UFE, bourses et échanges…) est forte. Une appréciation identique avait déjà été formulée, en 1997, par une précédente mission d’évaluation portant sur les trois premières filières universitaires francophones150. Cohérence Les six filières ainsi que l’UFE permettent aux élèves des écoles bilingues (mais aussi accessoirement à d’autres151) de poursuivre leurs études supérieures en bénéficiant d’enseignements en langue française. Le dispositif s’intègre ainsi dans un système, beaucoup plus vaste, de formation qu’il complète utilement. Le dispositif filières + UFE est cohérent. Cet ensemble apparaît globalement cohérent (du primaire au supérieur) et participe au maintien d’une tradition francophone en Egypte. Filières et UFE sont complémentaires 150 Il n’y a pas, comme certains pouvaient éventuellement le redouter, de réelle concurrence entre les filières et l’UFE. Ainsi, sur les 1500 élèves sortant des 21 écoles bilingues du Caire, seul 7% s’orientent vers les filières et 3% à peine entrent à l’UFE. Ces ratios montrent que les risques d’éviction d’une modalité (filières versus UFE) sur l’autre sont limités voire nuls (y compris dans le cas des enseignements de gestion dispensés à la fois à l’UFE et dans la filière DGCI). On peut considérer, au contraire, que les deux dispositifs sont largement complémentaires et s’adressent à des publics différents. Cf. Guyomar, M (1997), Evaluation des filières universitaires francophones du Caire, Ronéo. 151 Les étudiants recrutés dans les filières ou à l’UFE ne sortant pas des écoles bilingues ne représentent que 5% des effectifs. 186 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Efficience Comme il a été dit plus haut, la création des filières francophones répondait, en autres, au souci de réduire les coûts de formation par rapport au système traditionnel des bourses. L’efficience des filières peut être mesurée simplement par leur coût comparé (par rapport aux bourses). Le rapport est de l’ordre de 1 à 12 (au bénéfice évidemment des filières francophones). Cet avantage comparé n’est pas remis en question dans la filière journalisme, même si celle-ci fait ressortir des coûts par étudiant plus élevés (5300 euros) que la moyenne (1400 euros environ). Le surcoût apparent est imputable essentiellement aux missions du CFPJ de Paris (qui facture ses prestations au coût du marché) mais qui ne peuvent être « amorties » que sur un nombre limité d’étudiants (une quinzaine par promotion). Les coûts unitaires de formation dans les filières sont plus faibles que les bourses. La croissance du nombre d’étudiants à l’UFE a contribué à augmenter l’efficience de cette université. Actuellement, les concours du MAE s’élèvent à environ 1 600 euros par étudiant, soit un niveau très proche de celui des filières de droit, de sciences politiques et de gestion (entre 1500 et 2000 euros par étudiant et par an). Efficacité et impact La coopération dans le domaine de l’enseignement supérieur vise au renforcement de l’influence française en Egypte. Le dispositif (filières francophones au sein des universités, UFE, bourses d’études en France…) a pour objectif de former des décideurs, tant dans la sphère publique que privée, ainsi que des leaders d’opinion. Les formations offertes sont de qualité, voire d’excellence. Les partenariats noués avec des universités et des institutions françaises prestigieuses (comme le Panthéon Sorbonne, Assas, Dauphine, comme l’IEP de Paris ou encore le CFPJ pour ne citer qu’elles) conduisent à la délivrance de diplômes français et bientôt européens152. Les formations sont appréciées des étudiants qui bénéficient de méthodes pédagogiques actives alors que les modes d’apprentissage dans le système éducatif égyptien sont plutôt fondés sur l’acquisition par cœur des connaissances. Les formations, parrainées par des universités françaises prestigieuses, sont de qualité. Il reste toutefois difficile d’évaluer la contribution de la coopération universitaire au renforcement de l’influence française en Egypte. Toutefois, la qualité du dispositif ne garantit pas nécessairement son efficacité153. Il s’avère alors difficile d’apprécier la contribution exacte du dispositif au renforcement de l’influence française en Egypte : 152 L’Institut de Droit des Affaires Internationales (IDAI) procède actuellement à une réforme de son cursus pour passer au système européen « LMD » (Licence, Master, Doctorat). L’IDAI a noué un partenariat avec Paris I (Panthéon Sorbonne), Paris-II (Assas) et Paris-IX (Dauphine) 153 Cette remarque, assez générale, peut s’appliquer à d’autres secteurs d’intervention de la coopération française en Egypte. 187 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) • La coopération dans le domaine de l’enseignement supérieur s’adresse prioritairement aux élites de la nation égyptienne. Mais, il s’avère que cette population-cible est finalement assez mal connue. Il n’existerait pas d’études sociologiques permettant de dresser des profils-types et d’opérer des stratifications distinguant les différentes catégories d’élites (politiques, économiques et culturelles) ainsi que les relations qu’elles nouent entre-elles. L’absence de documentation opérationnelle sur les élites réduit notre connaissance sur leurs besoins, sur leurs attentes et, plus généralement, sur leurs opinions (affichées et réelles) vis-à-vis de la France en général, et de sa coopération en particulier154. Dans ces conditions d’information imparfaite, rien ne permet d’affirmer que les bénéficiaires du dispositif français de coopération appartiennent déjà (ou appartiendront demain) à l’élite dirigeante du pays. Si tel n’était pas le cas, on serait en droit de s’interroger alors sur l’intérêt, pour la diplomatie française, de renforcer son influence sur des agents qui en ont, ou en auront eux-mêmes, assez peu… • Il importe donc, pour réduire ce risque de déperdition, de mieux valoriser les investissements en capital humain en participant activement à la promotion sociale des hommes sur lesquels ont porté nos efforts. En d’autres termes, il faut valoriser les hommes sur lesquels ont porté les investissements de façon à ce qu’ils aient intérêt à valoriser, à leur tour, notre dispositif. Cet effet « club » peut être illustré dans le cas de la filière francophone de formation aux métiers du journalisme. Cette filière a formé, depuis sa création en 1995, une centaine de journalistes environ. 70% d’entre eux exercent effectivement ce métier, aussi bien dans la presse écrite (et notamment à l’hebdomadaire francophone Al Ahram) qu’à la télévision (principalement sur les chaînes du réseau Nile) ou encore à l’agence de presse égyptienne Mena. Actuellement, ces « anciens » sont suivis au travers d’un annuaire. Cet outil (d’auto-reconnaissance) peut contribuer, à long terme, à l’émergence d’un esprit de corps. Mais, ce processus de valorisation est insuffisant. Il pourrait être opportun d’inviter, presque systématiquement, ces journalistes lors des rencontres avec la presse organisées par la chancellerie. Cette « distinction » monterait tout l’attachement porté à cette filière et, réciproquement, devrait valoriser les journalistes qui en sont issus ; ceux-ci devraient avoir intérêt, à leur tour, à valoriser la formation qui les a distinguée. Il importe, dans toute la mesure du possible, de constituer et d’animer des réseaux d’anciens bénéficiaires des actions de la coopération française pour conforter et amplifier notre influence. Il serait pertinent d’augmenter la rentabilité des investissements en capital humain, en suivant mieux les hommes et en les valorisant. 154 De même, il n’y aurait pas, à notre connaissance, d’études comparatives sur la fréquentation de l’université américaine et allemande. 188 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Recommandations 1. Les filières francophones au sein des universités égyptiennes et l’UFE apparaissent comme des dispositifs plus complémentaires (en terme de recrutements et d’offre de formation) que concurrents. Il ne serait donc pas opportun de vouloir les fusionner (ce qui comporterait un risque majeur dans les conditions actuelles de management de l’UFE…) ; 2. Les filières, mais aussi l’UFE, sont de petite dimension (200 à 300 étudiants au mieux par entité). Elles sont donc, par nature, peu visible dans le paysage universitaire égyptien (notre offre ne concerne, au total, que moins d’un étudiant sur 1000)155. Cette atomicité est renforcée par la stratégie de communication des ces entités qui se présentent « en ordre dispersé ». Ainsi, chaque filière dispose de ces propres supports de communication (et notamment de sa propre plaquette de présentation). L’appartenance à un même réseau n’est pas mis en avant (et souvent même occulté). Ceci réduit encore plus la visibilité de l’ensemble. Dans ces conditions, la stratégie de communication et le marketing de l’offre française doivent être revu en profondeur. Il pourrait être opportun de présenter l’offre (filières et UFE) sous une « marque » commune (par exemple, un « pôle universitaire français en Egypte ») ; 3. La demande égyptienne de formation supérieure est déjà considérable (1,5 millions d’étudiants actuellement). Elle devrait croître fortement au cours dix prochaines années (4 millions d’étudiants attendus d’ici à 2015 en prolongeant les tendances actuelles156). L’accroissement de l’offre française constitue une première réponse possible face à cette pression anticipée de la demande. L’augmentation peut se faire de manière intensive (en augmentant le nombre de bénéficiaires dans les filières existantes ainsi qu’à l’UFE), ou de manière extensive (en créant de nouvelles filières et en diversifiant les thématiques). Dans cette perspective, le souhait de maintenir simplement notre « part de marché actuel » (soit 0,07% du total de la populations estudiantines) conduirait à accueillir dans les filières et à l’UFE entre 2 500 et 3 000 étudiants à un horizon de dix ans (contre 1000 actuellement). A coût unitaire constant (de l’ordre de 1 500 euros par étudiant), cette augmentation de l’offre devrait se traduire par un triplement de l’enveloppe (qui passerait, en euros constants, de 1,2 millions en 2004 à 4 millions environ en 2015). Cet effort financier apparaît peu réaliste. Il ne serait pas opportun de fusionner les filières et l’UFE La visibilité du dispositif pourrait être améliorée en présentant l’ensemble de l’offre sous un libellé unique La demande de formation supérieure va croître fortement dans les années à venir. L’offre française peut répondre à ce supplément de demande. Mais, il faudra mobiliser des moyens importants. Il est nécessaire, avant de procéder à tout arbitrage, d’évaluer la contribution de cette coopération au renforcement de l’influence française 155 Un étudiant sur 1500 exactement ; ce qui n’implique pas pour autant qu’elles soient inconnues des étudiants égyptiens maîtrisant la langue française. 156 La population étudiante a triplé entre 1992 et 2004 (soit une croissance moyenne de l’ordre de 10% par an). 189 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La stratégie alternative n’est pas, pour autant, celle du renoncement. Elle invite plutôt à réfléchir sur le repositionnement de l’offre. Dans cette perspective, il importe, avant tout, de définir précisément les objectifs stratégiques poursuivis par la partie française (à cet égard, répondre à une demande ou satisfaire un besoin n’est pas un objectif en soi). Si, par hypothèse l’objectif poursuivi est le renforcement de l’influence française auprès des élites157, (ou la consolidation de nos intérêts économiques), il convient alors de s’interroger, rétrospectivement, sur l’efficacité des dépenses réalisées au cours des dernières années (c'est-à-dire sur leur contribution réelle à la réalisation de cet objectif158). Cet exercice est difficile (et la difficulté n’est pas propre à l’Egypte). Mais, ce travail d’intelligence doit être mené pour déterminer la nature des moyens à mettre en œuvre. S’il s’avérait que, finalement, les investissements sur les élites francophones n’ont eu qu’un faible impact, il pourrait être opportun (et urgent) de redéployer le dispositif en faveur d’autres cibles et en utilisant d’autres vecteurs (cf. supra, la section consacrée à l’analyse prospective). 4. L’Université française d’Egypte est un projet très ambitieux, tant sur le plan académique que financier. Le premier défi, pédagogique, a été relevé avec succès, notamment grâce à l’engagement permanent et au travail considérable réalisé par les coordonnateurs français. Le second challenge est plus problématique. La faiblesse du nombre d’inscrits (109 en 2003/04, 230 étudiants en 2004/05) pèse sur des comptes déjà lourdement grevés par des coûts de fonctionnement élevés (LEG 8 mns en 2004/05). Le déficit d’exploitation de l’université (LEG 4,4 mns) représente environ 1,8 fois les recettes tirées des droits d’inscription. Enfin, l’UFE semble souffrir d’un réel problème de gouvernance. Les marges de manœuvre du vice-président français ont été réduites de facto par la nomination récente d’un vice-président égyptien. Ces dysfonctionnements, financiers et organisationnels, posent la question de la pérennité de l’institution. Il est évidemment trop tôt pour trancher cette question. L’UFE est encore jeune (trois ans d’existence) et sa rentabilité ne pourra être appréciée qu’à plus 157 Cette hypothèse est conforme à la doctrine de coopération de la DGCID : « En matière de rayonnement culturel et scientifique à l’étranger, notre objectif est de consolider le rôle de la France comme acteur majeur des échanges internationaux dans les secteurs de la culture et de la communication, des langues, de l’université et de la recherche, des institutions publiques. Si la France entend jouer ainsi un rôle de premier plan dans le dialogue culturel international, c’est naturellement pour elle-même et les retombées en matière d’influence dont elle entend bénéficier ». Ministère des Affaires étrangères, DGCID, Bilan 2003 et perspectives, Paris, 2004. 158 En d’autres termes, il convient de se donner les moyens de savoir si les moyens engagés dans l’enseignement supérieur au cours de dix dernières années ont permis, ou non, de renforcer l’influence française (ou de consolider ses intérêts économiques). Les efforts entrepris récemment par le Poste pour suivre les anciens boursiers (au travers notamment d’annuaires) sont exemplaires. 190 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) long terme. Il importe en revanche, et sans tarder, de confier à un cabinet spécialisé un audit financier et organisationnel approfondi débouchant sur un contrat d’objectifs clairs et obligeant les deux parties (et incluant, si besoin, des clauses de conditionnalités à la poursuite de la coopération française). Sans préjuger des conclusions de cet audit (qui reste à venir), on peut imaginer d’ores et déjà plusieurs voies d’ajustement : • La plus évidente consiste à augmenter l’attractivité de l’UFE en ouvrant le recrutement à étudiants arabophones possédant une bonne maîtrise de la langue anglaise leur permettant de suivre des enseignements en anglais (qui devraient plus nombreux à l’avenir). Ce choix impliquerait évidemment de dispenser des cours de français afin que ces étudiants soient susceptibles de suivre avec profit les enseignements dans notre langue ; • Il pourrait être aussi opportun d’envisager un nouveau positionnement de l’UFE au sein d’un projet de création d’une Université européenne qui serait alors le pendant de l’Université américaine. La France pourrait être à l’origine de ce projet mobilisateur pour l’Union (qui devra y contribuer financièrement). Ce projet devra nécessairement associer au moins un autre partenaire européen (en plus de l’Allemagne). L’appui de cet outsider (peut-être l’Espagne ou l’Italie ?) est indispensable pour éviter que la fusion, à terme, de l’UFE et du GUC ne soit perçue comme l’absorption de la première par la seconde. Le rapprochement des universités française et allemande au sein d’un pôle européen unique permettrait certainement d’accélérer les réformes de l’UFE. Cette perspective pourrait conduire aussi à reconsidérer les appuis actuels prodigués aux filières francophones. Celles-ci pourraient être utilement fondues dans le pôle européen. La mise en place progressive de la réforme LMD est une opportunité à saisir pour envisager la création d’une Université européenne au Caire. 191 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les appuis à la recherche en sciences humaines Le Centre d’Etudes et de Documentation Juridique, CEDEJ, est un centre de recherche et de documentation pluridisciplinaire dont le terrain d’intervention est constitué de l’Egypte et du Soudan. Des travaux y sont développés dans les domaines de l’histoire, de la sociologie, du droit et des sciences politiques, de la géographie et de l’urbanisme et enfin, dans une moindre mesure, de l’économie. Les objectifs poursuivis sont le développement de la recherche, la formation à la recherche, la documentation et la diffusion de la recherche à travers des activités éditoriales et la participation aux activités de la communauté scientifique. Chercheurs du CEDEJ par intitutions 100 90 Effectifs 80 70 CNRS 60 MAE 50 IRD 40 CEDEJ 30 Total 20 10 0 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Années L’équipe est constituée de chercheurs relevant du CNRS et du MAE, avec quelques personnes relevant de l’IRD ou d’autres institutions, mis à disposition ou détachés au CEDEJ. Ces effectifs ont décru de 50% par rapport au début de la période de référence, mais ce sont plus particulièrement ceux des stagiaires de recherche, non français, qui ont fortement diminué. Les ressources du CEDEJ ont par contre évolué positivement. Ressources du CEDEJ Budget (en milliers d'euros) 1 000 900 800 700 600 500 400 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Années 192 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La recherche. Durant la période de référence (1993-2004), les travaux de recherche se sont organisés autour de 6 domaines : le droit, avec des études portant sur les institutions judiciaires égyptiennes, les sciences politiques avec des recherches sur le savoir et le pouvoir dans l’Egypte contemporaine et sur les effets de la libéralisation économique (les actuels projets portent sur « parlementarisme et architectures constitutionnelles »), la sociologie, l’anthropologie et l’histoire (qui incluent des études en cours sur l’histoire de la médecine et la jeunesse) , l’économie qui a suscité des études au cours de la première partie de la période et semble actuellement très en retrait. Enfin, deux programmes complètent cet ensemble : les études de l’Observatoire Urbain du Caire Contemporain (OUCC) et les études soudanaises. Ces programmes offrent un ensemble de ressources cartographiques (en particulier numériques), statistiques et documentaires et poursuivent des études sur les évolutions urbaines dans le premier cas, et sur les réseaux sociaux, économiques et culturels dans le second. Cet ensemble de travaux est de qualité et apporte une contribution réelle pour la connaissance de la société égyptienne. Cependant, pour être un outil complet de coopération, cette institution devrait pouvoir apporter une aide à la définition de l’intervention française, tant au niveau des populations-cible que des problématiques à développer. D’une part, ces travaux se situent dans une perspective à moyen ou long terme, le CEDEJ n’étant pas en mesure de répondre de manière circonstancielle aux demandes du poste, même avec financement complémentaire. La détermination des populations concernées par la coopération française, les mesures d’impact de cette intervention, l’éclairage de certains problèmes sociétaux ou politiques en Egypte ou en France (la loi sur le port du voile par exemple), l’évolution des systèmes de décision et la mouvance des élites locales devraient faire parties intégrantes du programme d’études du CEDEJ. Les problèmes liés à l’actualité et à leur retentissement sur la société égyptienne, devraient ainsi trouver une place naturelle dans les activités du centre : cela correspond à la mise en place d’une fonction de « veille » permanente, ou d’observatoire de cette société. Le CEDEJ pourrait alors, aux côtés des missions traditionnellement dévolues à un centre de recherche, servir aussi d’outil de coopération. Une institution dont l’absence de politique globale de recherche ne permet pas la prise en compte des besoins de l’intervention française En fait, le CEDEJ apparaît comme une institution de recherche sans politique de recherche. Les chercheurs déterminent en fonction de leur histoire et de leurs intérêts les sujets d’études, comme cela se ferait dans une institution de même nature en France, donc indépendamment de la perspective de coopération. Les financements croisés du MAE, du CNRS et des organismes comme les communautés européennes, les fondations ou les bailleurs de fonds internationaux, leur donnent les moyens de cette autonomie. 193 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La formation à la recherche. Le CEDEJ joue un rôle important dans l’accueil et l’encadrement de jeunes chercheurs. Une cinquantaine de stagiaires français viennent chaque année séjourner dans le centre pour une activité pratique sur le terrain, dans le cadre de leurs études. Les chercheurs encadrent autant que possible ces étudiants, les aident à préciser leur sujet et à recueillir les informations sur le terrain. Un petit nombre de stagiaires étrangers, surtout européens, sont également pris en charge dans le cadre d’accords spécifiques. L’accueil des doctorants, un service important rendu par le CEDEJ à la communauté scientifique qui doit s’intégrer dans la définition de la politique de recherche Accueil de doctorants et de stagaires 90 80 70 Effectifs 60 Français 50 Etrangers 40 Total 30 20 10 0 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 La documentation. La fonction documentaire, qui fut centrale lors de la fondation du CEDEJ, ne joue maintenant qu’un rôle de documentation de centre de recherche. Elle est constituée d’un ensemble de 30 000 livres et de nombreuses revues, en particulier de revues de presse. Les ouvrages sont en partie référencés numériquement, ces références étant accessibles sur un ordinateur, en interne. Ce fond est remarquable quant aux sources sur la société égyptienne. Un service à moderniser et dont les missions doivent être actualisées Mais son accessibilité est faible ; la disposition des ouvrages, pour ceux qui sont accessibles, ne favorise pas leur utilisation, problème que n’explique pas seulement l’insuffisance des locaux, mais l’organisation générale. Les références ne sont actuellement consultables que de manière interne alors qu’une mise sur site Internet serait nécessaire, en particulier pour informer les utilisateurs potentiels de l’existence de ces ressources. On estime qu’environ 300 universitaires ou chercheurs bénéficient chaque année de ce service, ce qui, comparé aux ressources qui devraient être disponibles, est faible. Les revues de presse posent d’autres problèmes. Actuellement, une revue de presse est réalisée manuellement sur l’ensemble des thématiques 194 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) développées par le CEDEJ. Cela, en dépit de la numérisation d’un certain nombre de quotidiens et d’hebdomadaires. De plus, ces articles, découpés et classés dans les dossiers thématiques (par au moins quatre personnes) ne sont pas référencés. De fait, ces revues de presse qui mobilisent beaucoup d’énergie sont inaccessibles une fois réalisées, et ne sont donc pas consultées. . Cette riche documentation doit être modernisée et ne conserver que les activités utiles (par exemple, développer les événements médiatiques), en rapport avec les missions du CEDEJ, pour en faire un véritable lieu d’information et d’étude. La valorisation de la recherche, les activités éditoriales et la diffusion. Une politique d’édition et de diffusion à construire. Une institution peu présente dans le débat scientifique international Une part importante de l’activité de valorisation de la recherche se situe dans la participation des chercheurs à des colloques et séminaires, dans leur champ de compétences. Ces activités multiples et la forte présence dans le débat scientifique en Egypte sont très positives. Au plan des activités éditoriales, de très nombreuses contributions se font et tout est objet d’édition dans les revues ou ouvrages édités par le Centre. Cependant, il convient d’attirer l’attention sur le fait qu’une très faible part de ces travaux est publiée dans des revues internationales de bon niveau et que la participation aux conférences se fait dans le strict champ des études elles-mêmes. Ce qui révèle un certain enfermement, préjudiciable au développement d’une recherche de qualité. Enfin, la politique éditoriale du centre n’inclut pas la politique de diffusion. Aucune stratégie pour la diffusion de toute la littérature éditée n’apparaît dans le fonctionnement du centre. Evaluation Pertinence Les objectifs de la coopération française ont été d’offrir une base d’informations sur la société égyptienne, créer un espace de recherche sur cette société, poser un regard extérieur en apportant des compétences méthodologiques. Ces objectifs sont globalement réalisés avec le CEDEJ. Il y a un espace de recherche où des études de qualités sont réalisées ; il y a un centre de documentation dont les ressources en ouvrages sont riches. Une réelle compétence de recherche s’exerce et bénéficie aux égyptiens à travers la réalisation de recherches conjointes et la participation à des séminaires ou à l’école doctorale qui se développe. Cohérence Structurellement, les moyens mis en œuvre semblent bien adaptés aux objectifs définis initialement. L’existence de ce centre, dans son principe, 195 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) était la réponse au problème posé auquel s’est adjoint un objectif supplémentaire : pouvoir offrir aux jeunes doctorants, français ou égyptiens, voire d’autres nationalités, une expérience scientifique de terrain. Cependant, il faut noter que si les moyens financiers sont en progression, la diminution du nombre des chercheurs et des stagiaires de recherche rend plus difficile la couverture des champs traditionnels du CEDEJ (par exemple le droit et l’économie). L’incidence est également importante au niveau de l’accueil des doctorants et de la qualité de leur encadrement : les chercheurs sont moins nombreux, donc moins disponibles pour ce travail d’encadrement qui ne correspond pas à leur mission principale. L’efficience et l’efficacité Que ce soit au plan de l’adéquation entre les moyens et les objectifs ou de l’adéquation aux objectifs, la réponse est la même et pour les mêmes raisons de qualité ou d’absence de qualité du service rendu ; au plan formel, les deux critères sont satisfaits. Au plan de la qualité, si la recherche est satisfaisante, l’absence de stratégie globale pour piloter ces recherches, les domaines non couverts et qui sont indispensables aux actions de coopérations du poste, l’enfermement des chercheurs dans des problématiques restreintes et non confrontées à la communauté scientifique internationale, posent le problème de l’efficience et de l’efficacité. Au plan de la documentation, les moyens existent pour proposer un outil documentaire contemporain mais les résultats sont insuffisants au plan de la réalisation. La politique d’ensemble de la recherche est à revoir, en même temps que celle du recrutement des chercheurs et des chercheurs-associés, afin de développer de manière cohérente de nouvelles orientations. Le centre documentaire doit être profondément modernisé et ses missions redéfinies ; l’édition doit faire l’objet d’une réflexion globale, et une politique de présence scientifique et de diffusion de la recherche est à construire. Enfin, des structures de concertation existent, mettant en présence l’ensemble des partenaires (MAE, CNRS…) comme le comité d’orientation stratégique, lequel doit à l’avenir jouer pleinement son rôle dans l’orientation de la politique du CEDEJ. Impact et pérennité L’impact du CEDEJ est actuellement très limité sur certains aspects de son activité ; si un redressement n’était pas entrepris, l’impact du centre ne 196 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) pourrait que décliner pour devenir très incertain. La définition d’une politique de la recherche (incluant en particulier les besoins du poste et la rationalisation des recrutements), la modernisation de la documentation, une adaptation de l’édition et la prise en compte de la diffusion, une ouverture vers la communauté internationale et une plus grande intégration dans les travaux des partenaires égyptiens, sont donc nécessaires à la fois pour la pérennité de l’institution et pour l’accroissement de son impact. Ces questions doivent être au centre des préoccupations du nouveau directeur du CEDEJ, qu’il conviendra sans doute d’aider en termes d’adaptation des moyens et des programmes. Recommandations • Définir une vraie politique de recherche, en tenant compte en particulier des besoins de la coopération française en matière de veille, d’impact des actions entreprises et des points forts de la recherche actuelle. • Définir, à partir de cette nouvelle politique de recherche et pour les recrutements à venir, les profils des futurs chercheurs. • Poursuivre les activités doctorales et l’accueil de doctorants, et encourager encore davantage la participation aux débats d’idées en Egypte. • Transformer la documentation en un véritable outil d’information contemporaine, avec des missions redéfinies. • Définir une politique de valorisation de la recherche, avec une réflexion sur les bons supports de diffusion dans la communauté des chercheurs, au plan local comme international. • Mettre en place une politique de diffusion. 197 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) III La coopération culturelle et artistique L’action artistique L’action artistique, au cours des dix dernières années, a été marquée par des événements importants dont deux, de nature différente, qui ont influencé fortement la programmation ; l’un concerne la création du CFCC en 1996 et, l’autre, la célébration du bicentenaire des relations culturelles entre l’Egypte et la France en 1998. Ces influences se sont exercées comme des contraintes : la commémoration du bicentenaire et l’état initial des locaux du CFCC ont nécessité, dans un premier temps, le transfert des activités culturelles « hors les murs », puis, avec la création du centre, l’organisation de celles-ci -pour une part croissante, au fur et à mesure des années- « dans les murs ». Une action artistique à la recherche de nouveaux publics, en particulier des jeunes Des actions de plus en plus professionnalisantes Le deuxième axe d’évolution tient à la transformation des populations égyptiennes et à la prise en compte de cette évolution dans la programmation culturelle, en particulier en ciblant davantage les actions sur la jeunesse et le grand public. Cette recherche de nouveaux publics se traduit surtout dans les actions de formation ou les offres médiathèques ; on peut citer comme exemple les opérations dans le domaine du cirque et des musiques actuelles. Le troisième constat porte sur la nature même de la coopération française, de plus en plus professionnalisante. Des master-class, des stages, des résidences d’artistes, des conférences accompagnent maintenant systématiquement tous les événements et le moindre spectacle est occasion de formation. Les leçons ont également été tirées de l’usage antérieur des bourses, et celles-ci ne sont dorénavant utilisées que dans le cadre d’un ensemble cohérent d’interventions, ce qui donne à cet instrument une meilleure efficacité. Le quatrième constat porte sur l’évolution des méthodes de travail francoégyptiennes. Durant cette dizaine d’années, dans les divers compartiments de l’action culturelle, des procédures de décisions communes se sont mises en place pour le choix des activités artistiques. Par ailleurs, un certain partage des engagements s’est développé, au plan financier notamment mais aussi via des coproductions. La mise en place de partenariats Le cinquième constat est la stabilité de la nature de l’intervention française et sa progression régulière. Par exemple, les actions dans le domaine des arts de la scène ont une large antériorité par rapport à la période de référence de la présente évaluation et se sont développées tout au long des 198 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) dix dernières années, avec l’expertise et l’aide financière de l’Association Française d’Action Artistique (AFAA) qui accompagne la programmation du poste dans ses domaines de compétence. Le tableau suivant montre l’évolution des engagements financiers sur titre IV pour ces actions artistiques. On y note une évolution positive constante, avec une pointe en 1997 et 1998 qui correspond à la préparation et à la réalisation de l’année de l’Egypte « France Egypte, Horizons partagés », à l’occasion du bicentenaire des relations culturelles entre la France et l’Egypte. On remarque également en 1996 un début de croissance qui correspond à l’ouverture du nouveau CFCC du Caire et une augmentation des activités de ce qui est maintenant appelé l’antenne d’Alexandrie. Actions artistiques Arts de la scène 200 000 180 000 Budges en euros 160 000 140 000 Arts plastiques et muséologie 120 000 100 000 80 000 Manifestations multidisciplinaires et bicentenaire 60 000 40 000 20 000 0 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 Total Années Une nouvelle ligne de financement, qui apparaît à cette date, couvre l’ensemble des activités culturelles in situ du CFCC dans ses diverses antennes (hors cinéma). Les financements présentés ici ne comprennent pas la participation financière de l’AFAA. Le début des opérations hors les murs L’action artistique renforcée par des opérations de formation Durant la période s’étendant de 1993 à 1996, les activités artistiques sont donc extériorisées. En particulier pour le Caire, la diffusion des œuvres théâtrales, musicales et chorégraphiques françaises se fait surtout dans des lieux prestigieux comme l’Opéra du Caire ou le nouveau théâtre expérimental des Hanaguers, mais aussi dans divers autres centres égyptiens, ainsi que dans des centres culturels étrangers, en particulier à l’occasion d’ « Euro-culture » . Dans le domaine du théâtre, des représentations contemporaines de théâtre sont proposées comme le « Marivaux » de Daniel Mesguich, la « Bérénice » de Chistian Rist dont le succès est attesté. A ces représentations est associée, en prolongement ou en parallèle, la formation des acteurs. Par exemple, au théâtre des Hanaguers, des formations sur place ont été assurées par Bruno Meyssat et Jean-Michel Bruyère avec un 199 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) réel succès. De même, la représentation donnée par la compagnie du théâtre du Prado de Lille au Festival international de théâtre expérimental a été prolongée par un travail de formation de jeunes acteurs égyptiens issus de l’Académie des arts. Ces interventions correspondent à une nouvelle politique de formation, qui tend à se substituer aux bourses dont l’impact s’est montré très incertain. Une action artistique qui donne lieu à des coproductions La danse contemporaine et les arts lyriques sont très présents dans la programmation et des actions formatrices sont également menées en direction de la compagnie de danse contemporaine de l’Opéra du Caire. Les spectacles de la compagnie « Plaisir d’Offrir » de Marseille ou la « Cendrillon » de l’Opéra de Lyon s’inscrivent dans cette perspective. Des master-class ont été organisées avec la participation de Caroline Dumas pour les chanteurs de l’Opéra, et de Michel Gies pour la mise en scène, et Gérard Akoka pour la direction d’orchestre. Ces actions sont exemplaires à plus d’un titre. L’intervention de Caroline Dumas, qui a été financée par le MAE en 93, a été renouvelée l’année suivante à l’initiative des égyptiens, qui ont financé seuls sa venue. De manière générale, les master-class sont à frais partagés, le plus souvent les égyptiens assumant les frais de séjour et le fonctionnement des formations, la France, les billets d’avion. Cette intervention de Caroline Dumas est prolongée par des formations de chanteurs au Conservatoire National Supérieur de Musique. L’intervention de Michel Gies, est elle aussi exemplaire d’une master-class qui se prolonge en une coproduction d’un Opéra arabe « Anas el Wougou ». Ce nouveau type de coopération montre bien que les égyptiens commencent à être demandeurs d’échanges culturels plus équilibrés. La musique est aussi très présente dans la programmation française : le jazz (« Quartet de jazz Levallet » ou Henri Texier dans le cadre d’une coproduction avec un groupe égyptien), la musique instrumentale classique et la direction d’orchestre dans une master-class d’un mois, avec la formation instrumentale pour de jeunes musiciens du Conservatoire et de l’Opéra du Caire, et enfin la venue de chanteurs de variétés comme Georges Moustaki. Une programmation artistique qui produit des transferts de compétences L’ouverture en octobre 1995 du Musée Khalil, avec l’assistance entre autres de Geneviève Lacambe du Musée d’Orsay, et la programmation d’une exposition au Musée d’Orsay sur les peintres français des collections du Musée du Caire sont l’occasion de transferts de compétences au sein du tout jeune Musée Khalil . Un programme de formation a été mis en place en muséologie et pour la restauration des œuvres peintes. Le Louvre a également participé à ces actions. Dans le même temps, après l’aide française pour la réhabilitation de la maison Harawi, celle de la maison ElSennary est entreprise. Enfin, apparaît en 1996 une coopération entre l’Ecole Nationale du Cirque (France) et le Cirque National Egyptien, qui symbolise particulièrement le 200 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie début de l’ouverture vers de progressivement se développer. en Egypte (1993-2003) nouveaux publics, ouverture qui va Les différentes interventions qui viennent d’être évoquées sont toutes caractéristiques d’une partie des actions de coopération organisées sur les dix dernières années. Elles engagent ou s’appuient sur des programmes demandés et appréciés, et s’apparentent à des partenariats. Elles sont basées sur des compétences françaises reconnues par les égyptiens. Des partenariats de plus en plus équilibrés Des manifestations artistiques de plus en plus pluridisciplinaires Un impact certain et une action culturelle artistique plus partagée Les diverses interventions de ces quatre premières années (période 19931996) vont se poursuivre au cours des années suivantes, parfois avec les mêmes partenaires comme la cantatrice Caroline Dumas. Ce que l’on peut percevoir de cette coopération, c’est son inscription progressive dans des procédures de plus en plus équilibrées et confiantes, aussi bien pour les prises en charge financières que pour les procédures collectives de choix des programmes. Et s’il reste quelques progrès à faire en matière de concertation dans le choix des spectacles, dans les activités hors de l’enveloppe directe du poste (comme celle de l’AFAA), ces programmes fonctionnent dans l’ensemble à la satisfaction des partenaires. Les années 1997 et 1998 sont marquées par l’année « France-Egypte, horizons partagés » commémorant le bicentenaire des relations culturelles entre la France et l’Egypte. C’est une nouvelle culture d’actions de coopération en Egypte. D’une part, il s’agit de manifestations menées simultanément dans les deux pays, dont l’ampleur rend nécessaire l’intervention de partenaires externes privés et publics. Ce fut le cas de l’Institut du Monde Arabe, de la Ville de Paris, pour ne citer que les principaux, de musées français et d’entreprises implantées en Egypte, mais aussi d’institutions égyptiennes. L’AFAA a assuré la coordination générale de la commémoration. Ces manifestations ont généré des partenariats multiples à caractère pluridisciplinaire. Un volet scientifique a été conçu dès le début du projet avec exposition (« Archéologie sous les mers »), colloque (Cinquantenaire du code civil égyptien, inspiré du droit français et sur la naissance de la citoyenneté en Egypte), action de préservation du patrimoine (maison Sennary qui avait accueilli les savants français lors de la campagne d’Egypte). Ces manifestations à dimension pluridisciplinaire ont par ailleurs mobilisé transversalement les services du poste. L’impact de ces manifestations semble assez important comme le montre d’une part, l’accroissement sensible, au sein des institutions égyptiennes, de la programmation d’origine française, sans appel au CFCC, et d’autre part, le fait que les partenaires égyptiens rencontrés lors de notre mission ont spontanément évoqué ces manifestations et celles qui suivirent jusqu’en 2003. Aussi durant ces années, la coopération culturelle va bénéficier d’une image très favorable et un certain nombre de partenariats entre les artistes égyptiens et français et leurs institutions respectives vont se construire ou se conforter. 201 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Ainsi en 1999, l’Opéra du Caire et le centre Chorégraphique National, en prolongement de la tournée régionale du ballet de Biarritz, se produira au festival de Biarritz avec un spectacle. La résidence d’artistes conduite par Thierry Malandin accompagne cette dynamique. Une coopération se développe également entre le Centre National des Arts Plastiques et l’Ecole des Beaux Arts de Nancy, entre le Festival International de théâtre expérimental et la compagnie Van Der Zee – Guy Alloucherie … La même année, le CFCC participe à la Triennale des Arts Graphiques et, en même temps, organise dans le cadre de « Expo 99 », manifestation d’entreprises, une exposition d’affiches avec le concours de l’Ecole des Beaux Arts du Caire, sponsorisée en partie par des entreprises françaises implantées en Egypte. Dans le même temps, le CFCC commence à être utilisé comme lieu de manifestations, avec la Fête de la Musique et les Nuits du Ramadan. Une participation effective des entreprises françaises en Egypte Des manifestations dans les murs du nouveau CFCC, tournées vers « le dialogue des cultures » De 2001 à 2003, dans la continuité des opérations pluridisciplinaires hors les murs du CFCC, des opérations importantes sont conduites. Tout d’abord, les manifestations développées dans le contexte de « Les français aiment le Caire », où, dans divers lieux historiques de la ville, sont organisés des expositions, des conférences, des projections de films et des lancements d’ouvrages, événements qui montrent et mettent en perspective les réalisations communes sur le patrimoine et l’organisation urbaine du Caire, depuis sa fondation jusqu’à une époque récente. Cet ensemble de manifestations a connu un certain nombre de financeurs privés comme le Métro du Caire et France Télécom. pour les plus importants, intéressés par l’image positive véhiculée dans ce type de coopération culturelle. Elles furent l’objet d’une importante couverture médiatique (36h au niveau de la télévision et de nombreux articles dans la presse francophone et arabophone ). Puis ce fut « Parfums et cosmétiques d’Egypte » avec la participation du Louvre et du musée de Marseille, avec des conférences, des animations, des expositions photos et des animations spécifiques « jeunesse » marquant cette recherche de nouveaux publics que nous avons déjà évoquée, et enfin, « Quand les sciences parlent arabe » Ces manifestations ont en commun de parler aux égyptiens de leur pays, avec soit une vision extérieure, soit interne, comme en témoignent les deux derniers ensembles de manifestations. Toutes ces manifestations se sont déroulées en grande partie à l’extérieur des locaux du CFCC. L’actualité du centre semble se diriger vers une autre voie. Le développement des conférences hebdomadaires, dans les murs du centre, sur des sujets de société ou des questions scientifiques, appartenant aux deux communautés, participe plus au « dialogue des cultures » qu’à un regard sur l’Égypte ancienne ou contemporaine, ou encore sur un passé 202 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) commun. C’est dans cette perspective qu’est actuellement proposée l’offre du CFCC, amenant souvent plusieurs centaines de participants égyptiens à ces conférences, gage d’un succès réel. D’autres manifestations du même ordre sont présentées dans le centre, développant un lieu de débat et de rencontres. Elles ont en outre une vertu fédératrice pour les divers services concernés de l’enseignement supérieur et des institutions de recherche, résultat qui est loin d’être négligeable dans le fonctionnement actuel des institutions françaises en Egypte. Les manifestations hors les murs se poursuivent au cours de ces trois dernières années, et portent la marque des investissements antérieurs dans le secteur des arts de la scène et des arts plastiques. En 2001 et 2003, la France a été l’invitée d’honneur du festival de danse du Caire, festival pour lequel le poste, avec l’aide de l’AFAA, a fait venir des compagnies françaises prestigieuses. Ces manifestations ont été prolongées là aussi par des actions de formation professionnalisantes au bénéfice des artistes et des techniciens de la scène. Par ailleurs, les actions de fond développées depuis 1993 se poursuivent actuellement, avec une ouverture des champs en musique (Génération Musique, musiques instrumentales), danse, ou encore avec le cirque (résidence de trois semaines pour les professionnels et les enfants). Un appui constant de l’AFAA Deux remarques s’imposent au terme de cet examen, la première concerne les traces internes (mémoire) de la coopération culturelle et la seconde sa lisibilité. Très peu de documents existent pour construire l’histoire et l’évaluation de ces interventions. Il n’y a pas de description ou de synthèse des grandes opérations pluridisciplinaires, ni au niveau de la gestion des projets, ni au niveau de la fréquentation, pas plus que d’éléments permettant d’estimer l’impact de ces interventions. Il en est de même du suivi des offres au niveau du CFCC. Un manque de lisibilité pour les actions artistiques et le besoin de disposer d'un lieu adapté, type "résidences d'artistes" Ces dernières souffrent d’un manque de lisibilité. Si les grandes opérations, aux publics élargis, laissent des traces évidentes, le travail de structuration, qui est la base du travail de coopération, est plus discret. Par ailleurs, ces masters-class, ces résidences, pour nombre d’entre elles, ne disposent pas d’un lieu de travail adapté : une maison de résidences d’artistes paraît souhaitable en termes d’efficacité, mais aussi en termes de lisibilité. Un lieu de rencontres pour artistes, parfaitement identifié et si possible symboliquement marqué (comme par exemple une maison ancienne du vieux Caire, réhabilitée avec l’aide de la France), permettrait d’atteindre ces deux objectifs. Ce lieu permettrait par ailleurs, de développer des résidences croisées, par exemple entre pratiques artistiques et écriture, dans une perspective de développement créateur mettant en synergie simultanément plusieurs modes d’expression. Au point où est arrivée cette coopération artistique, ce serait un prolongement logique de l’investissement consenti ces dix dernières années. 203 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La bibliothèque Alexandrina A partir de 1995, le projet de la Grande Bibliothèque Alexandrina a impliqué la coopération française au niveau des ressources humaines : missions de conseils, positionnement d’un conseiller auprès du responsable d’Alexandrina et formation des bibliothécaires au plan professionnel et au plan linguistique, puisque la décision a été prise de référencer les ouvrages de cette bibliothèque en trois langues, l’arabe, l’anglais et le français. Alexandrina, un projet et une réalisation hautement symboliques Bibliothèque Alexandrina 70 000 Budget en euros 60 000 50 000 40 000 30 000 20 000 10 000 0 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 Années Les engagements financiers de ce programme se sont maintenus au cours des dix années autour de 20 000 €, si on fait abstraction du redéploiement qui a dû être fait pour couvrir les suppléments de prise en charge du conseiller du responsable d’Alexandrina, de 1998 à 2000. Ces crédits ont en particulier permis de couvrir les frais de formation d’une partie des personnels sur place et en France (à l’ENSSIB de Lyon). Tous ont bénéficié de bourses pour se former en français à l’antenne du CFCC d’Alexandrie. De plus, en 2002, les égyptiens ont demandé à la France de réaliser la conception d’un musée des sciences et des techniques au sein du CFCC, commande qui a été confiée au Conservatoire National des Arts et Métiers. Ce projet est actuellement terminé. Enfin, le poste participe à l’animation d’Alexandrina via, entre autres, l’invitation de personnalités françaises. Le poste d’adjoint au directeur est stratégique et de la plus grande importance. C’est l’essentiel de la présence française. Une utilisation s'apparentant plus à celle d'un espace culturel qu'à celle d'une grande bibliothèque Cependant, Alexandrina fonctionne plus comme un espace culturel que comme une grande bibliothèque. Ainsi, une part importante des ouvrages qui ont été donnés à cette institution, de provenances diverses (par exemple de l’Institut Pasteur), sont pour l’essentiel toujours dans des cartons ou non répertoriés. La priorité n’est pas à ce niveau. D’autant que l’image de modernité que les concepteurs ont voulu donner au centre, comme les objectifs du responsable, orientent le lieu vers une utilisation d’Internet comme source d’information, et que ce lieu invite plus aux rencontres culturelles ou au dialogue des cultures qu’à la fréquentation plus classique d’une bibliothèque ; celle-ci ne sera sans doute jamais au niveau 204 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) de la Bibliothèque Nationale en France ou des grandes bibliothèques américaines, déjà pour une grande part sur le Net. La politique du livre français en Egypte La promotion du livre français en Egypte revêt plusieurs formes dont les trois principales sont : 1. la présentation des oeuvres françaises à la foire du livre du Caire et dans les événements où le livre peut être présent, 2. l’aide à la traduction et à l’édition en arabe d’un choix d’ouvrages importants de langue française, 3. et la dotation en livres d’institutions francophones en Egypte. Une autre dotation de 63 266 € (non incluse dans le graphique ci-dessous) concerne le développement du centre de ressources du CFCC de Medina, attribuée à son ouverture. Les dotations en livres et revues aux institutions égyptiennes ont été importantes, régulières, au cours de la période 1993-2003. Elles concernent les bibliothèques publiques du Caire comme la bibliothèque Moubarak ou la Grande Bibliothèque du Caire, et des établissements francophones comme l’institut Dominicain d’Etudes Orientales et le collège de jésuites de la sainte famille. De plus, au cours de la deuxième moitié de la période de référence, des matériels bibliographiques et des documents ont été ajoutés pour l’autoformation des bibliothécaires, en même temps que s’organisaient des formations professionnelles au CFCC, ainsi que des cours de français. La Foire Internationale du Livre du Caire, un événement permettant de promouvoir le livre français, et plus largement, de diffuser la pensée française La promotion du livre français est une activité importante dans le dispositif de coopération, même si elle s’est concentrée plus particulièrement sur une manifestation : la Foire internationale du Livre du Caire, cela sans exclure des manifestations spécifiques comme le salon des livres pour la jeunesse. L’investissement dans cette Foire a été régulièrement croissant pour favoriser la présence ou la représentation d’éditeurs français, et pour affirmer une présence intellectuelle française. Dès le début, des animations ont été proposées autour des livres présentés et des conférences organisées avec des intellectuels français invités par le CFCC. 205 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Livre 250 000 Budgets en euros 200 000 150 000 promotion du livre /dotations DTI 100 000 Total 50 000 0 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 Années Des retombées importantes de la Foire en termes d'échanges intellectuels Ces prestations ont pris une place de plus en plus importante et un partenariat avec les organisateurs de la Foire s’est construit. Depuis 1999, la France y a un pavillon qui est un lieu important d’échanges et un rendezvous prisé par les intellectuels égyptiens. Il s’est institué dans cette manifestation un dialogue des cultures qui se prolonge bien au delà de ce rendez-vous. Un exemple de prolongement : avec l’aide des collectivités territoriales françaises, des auteurs ont été invités dans des foires du livre françaises comme le salon du livre de Villeneuve sur Lot (14 écrivains égyptiens invités en 1999). Dans ce cas, si l’hébergement était à la charge de la ville d’accueil, les billets d’avion ont été payés par le ministère égyptien de la culture, ce qui montre l’intérêt des autorités égyptiennes. D’autres manifestations de ce type pourraient être citées. L’impact de la présence française dans cette foire du livre, fréquentée par plusieurs millions de visiteurs, est donc très important. D’autres salons ou manifestations sont l’occasion de promouvoir le livre français. C’est ainsi que le CFCC participe à la foire du livre pour enfants qui est à l’initiative du ministère de la culture égyptien ; « lire en Fête », « le printemps des poètes » sont également des moments forts de la vie du Centre . La volonté de renforcer les programmes de traduction -en français et en arabe- de textes de référence Le Département de Traduction et d’Interprétation (D.T.I) du Caire a eu pour vocation, au départ, de favoriser les échanges intellectuels entre l’Egypte et la France à travers la traduction croisée d’œuvres considérées comme majeures dans les deux pays. On pourrait ajouter, maintenant, la participation au dialogue des cultures. Il héberge le Programme d’Aide à la Publication (P.A.P) Taha Hussein. Dans la première moitié de la période (jusqu’en 1998), des éditions d’œuvres traduites dans les deux sens ont bien été réalisées, avec une moyenne de 15 titres chaque année, mais depuis 1999 la décision a été 206 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) prise de ne conserver que la traduction d’œuvres françaises en arabe. Actuellement, 149 projets éditoriaux ont été initiés, dont 33 sont en cours. Parmi ces derniers, une partie est en cours de traduction et une seconde partie en phase de correction de traduction, voire en retraduction. La qualité des traductions ayant été jugée insuffisante, une reprise a été nécessaire pour un certain nombre de ces ouvrages. Par ailleurs, la publication de 14 nouveaux titres est actuellement envisagée à la suite de la réunion au mois de mai du comité de sélection. Un gros travail de recherche a été réalisé par l’actuelle responsable du DTI, pour établir le bilan des publications et des actions en cours. Il a été nécessaire de rechercher les contrats passés, les partenaires éditeurs ou traducteurs, les ouvrages eux-mêmes, s’informer auprès des éditeurs des réalisations effectives et des tirages. S’il n’a pas été possible d’avoir une information sur les ventes réalisées, ce travail a cependant permis de constater qu’une vingtaine d’ouvrages ont enregistré -par rapport aux contrats initiaux de publication- de deux à sept ans de retard (certains contrats étaient de fait caducs). Un certain "flou", voire des dysfonctionnements, dans les missions et les pratiques du DTI Le département de traduction et d’interprétation du Caire œuvre depuis une quinzaine d’année avec un ensemble de procédures implicites ou même explicites telles que d’importants retards se sont accumulés au cours des dernières années. Ces retards accumulés tiennent à de multiples causes qui interviennent simultanément. Il s’est avéré difficile de trouver des partenaires éditeurs compétents et surtout intéressés par la publication des ouvrages retenus, c’est à dire susceptibles d’être vendus. Aucune analyse n’a été utilisée pour le développement d’une stratégie d’aide et de conseil auprès des éditeurs. Au-delà des choix, qui correspondent plus aux intérêts propres d’un comité de lecture, que du résultat d’une réflexion sur les besoins réels, les procédures utilisées posent en elles-mêmes des problèmes qui entraînent de véritables handicaps. La première est sans doute la confusion entre la fonction d’aide et de conseil et la fonction d’éditeur, que le DTI a souvent prise en charge au moins partiellement. Cela se traduit, au plan juridique, dans l’établissement de contrats entre le poste et les traducteurs ou les éditeurs. Tous les cas de figure se rencontrent, entraînant en particulier une confusion juridique au niveau des droits d’auteurs des traducteurs. Une mise à plat complète de l’ensemble des situations, avec une aide juridique, est nécessaire. Cela se concrétise également dans la révision des traductions prises en charge par le DTI, du fait de la médiocrité constatée de celles-ci. Pour 207 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) certains ouvrages, on peut même parler de retraductions, réalisées par de nouveaux traducteurs avec un contrôle professionnel du DTI, surtout lors de cette dernière année. Enfin, les actuels processus de décisions qui passent par le DTI, avec un comité de lecture qui se réunit une à deux fois par an, ainsi que les différentes négociations, ne permettent pas à un ouvrage d’être imprimé en moins de 18 mois. Le manque de traducteurs de qualité et le besoin de formation et de requalification Une autre raison à ces disfonctionnements tient à la difficulté de trouver des traducteurs compétents, alors que dès 1994 des actions de formation étaient entreprises sous forme de stages de neuf mois réalisés en France. Cette situation ne peut s’améliorer sans développer simultanément un plan de formation afin de constituer ce vivier, ce qui semble en cours avec le Centre de Traduction d’Arles. Sans doute l’extension des missions du DTI, au début des années 2000, at-elle joué un rôle dans ces dysfonctionnements. Pendant qu’un constat était fait sur ces difficultés en 2000, qu’une réorganisation du service était entreprise sur de nouvelles bases, on étendait les missions du service à « la veille scientifique dans les domaines de la traduction, de l’interprétation, des arabes de spécialité, ainsi que des évolutions de la langue Arabe » et son intervention à l’ensemble des disciplines et à la proposition de réalisations numériques. Sur l’ensemble des années qu’analyse la mission, de nombreuses informations manquent : les ouvrages ont-ils été imprimés, à combien d’exemplaires et combien ont été vendus ? Pour très peu d’ouvrages, on peut trouver les réponses. Certains titres n’ont pas laissé de traces. Un défaut de suivi est patent et pour le futur, il conviendra, outre la fonction de conseil et d’aide à l’édition, d’ajouter celui de suivi des ouvrages et de leur adéquation aux nouvelles cibles du DTI (Jeunesse, cadres non francophones….) Des besoins ressentis, mais non couverts par le DTI Enfin, une demande est forte, au niveau égyptien, d’informations et de documents qui explicitent la philosophie politique française et nos conceptions sociales en rapport avec l’actualité française et internationale. La présence importante de personnalités égyptiennes au débat hebdomadaire du CFCC en témoigne. La nouvelle stratégie du DTI du Caire devrait tenir compte de cette demande, à la fois en termes de réactivité (traduire des textes d’actualité dans le rythme de celle-ci) et de contenus. 208 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie La nécessité de clarifier le fonctionnement et les missions du DTI et d'étendre ses activités aux besoins exprimés en matière d'informations liées à l'actualité ; grande prudence vis-àvis d'une éventuelle extension du DTI en pôle régional. en Egypte (1993-2003) Partant de ce constat, c’est donc tout d’abord une mise à plat complète qui doit être faite et tirer les conséquences de la présente situation, avant même de poursuivre les missions du DTI, tant au plan des contenus, des procédures fonctionnelles ou juridiques. C’est ensuite une véritable politique qu’il faut définir, avec des cibles explicites, une réactivité et un suivi qui correspondent aux missions d’un tel service. Le projet de pôle régional basé au Caire pour la traduction, n’apparaît pas adapté à la situation présente. Evaluation Pertinence Les objectifs de coopération culturelle dans le domaine artistique apparaissent parfaitement adaptés à la situation égyptienne. En témoignent les réactions très positives des autorités égyptiennes. Il en est de même de l’ensemble des manifestations que la coopération française a développées dans ce secteur. Pour le livre, la participation aux salons spécialisés et aux événements littéraires est parfaitement en phase avec les objectifs initiaux de diffusion de la pensée française. L’existence du département de traduction et d’interprétation et celle du programme d’aide à la publication sont également des réponses adaptées en Egypte. Cependant, l’absence sousestimée d’un vivier de traducteurs et d’une analyse des besoins et des lecteurs potentiels a, par une mise en œuvre un peu décalée et des procédures inadaptées, limité la pertinence d’une telle structure. Cohérence Les actions entreprises, que ce soit dans ou hors les murs, sont en cohérence avec les objectifs de cette coopération culturelle. Les moyens mis en œuvre peuvent paraître parfois insuffisants (notamment pour certaines manifestations artistiques ou pour la professionnalisation des artistes) pour obtenir l’effet de levier attendu et répondre à la demande croissante de partenariats. Mais la nature des moyens est cohérente avec les objectifs, si on excepte le besoin d’un lieu d’accueil pour les résidences d’artistes. Il en est de même pour le livre dans la mesure où le DTI reste dans sa vocation d’aide et non de réalisateur. 209 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L’efficience et l’efficacité Que ce soit au plan de l’adéquation entre les moyens et les objectifs ou de l’adéquation aux objectifs, les actions initiées dans le secteur artistique satisfont pleinement à ces critères. Les partenariats équilibrés et la satisfaction des partenaires le confirment. Il en est de même pour la promotion du livre. En revanche, le constat est différent pour le DTI, dont le fonctionnement et les choix ont fortement limité l’efficacité. Certes, une bonne centaine d’ouvrages ont été édités depuis sa création, ce qui n’est pas négligeable, et d’autres vont l’être prochainement. Mais la confusion des rôles, des choix inadaptés et une mauvaise estimation des besoins donnent une satisfaction faible au regard des critères d’efficience et d’efficacité. Impact et pérennité L’impact de cette coopération culturelle est indéniable. La satisfaction des partenaires, les développements de partenariats équilibrés voire relayés par les autorités égyptiennes, traduisent l’influence de cette coopération. Il faut cependant veiller à ce que la mobilisation du public pour les grandes manifestations extérieures au CFCC et l’impact croissant des débats culturels à l’intérieur du centre ne se concurrencent pas, mais se développent conjointement au sein de la programmation, touchant ainsi simultanément les deux catégories de publics. La visibilité serait renforcée par l'existence d'une maison, bien identifiée, pour les résidences d'artistes ; les relations partenariales qui conduisent déjà à une situation pérenne, ainsi que la professionnalisation des acteurs culturels en un lieu dédié, seraient de nature à accroître l'impact et la durabilité des actions. Y contribueraient par ailleurs : - la mise en synergie des différents événements culturels (manifestations pluridisciplinaires, projets artistiques et littéraires...), aussi bien hors les murs du CFCC que dans ses murs ; - et la présence plus systématisée de la production écrite française (livres, revues, bulletins, articles...) dans tous ces événements culturels ; Les résidences "croisées" -arts et écrit- pourraient symboliser le décloisonnement recherché entre certaines expressions artistiques (danse, image, théâtre et cirque) et littéraires (par exemple musique et lecture). C'est aussi une manière très active de conforter la francophonie. Ce secteur, dont l'impact est important, avec une satisfaction sensible des partenaires, devrait bénéficier d'un redéploiement de moyens, du secteur éducatif et linguistique vers le champ culturel. 210 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Recommandations − Poursuivre les actions engagées depuis plusieurs années en Egypte pour la professionnalisation des acteurs culturels. − Mener simultanément des opérations pluridisciplinaires hors les murs, fortement mobilisatrices, et des opérations dans les murs du CFCC, pour servir en particulier le dialogue des cultures. − Médiatiser ces deux types d’événements et les accompagner par des ressources en livres et articles. − Mettre en place une maison de résidences d’artistes dans un espace adapté au plan fonctionnel comme au plan symbolique. − Mettre en synergie l’ensemble des actions culturelles, à travers les opérations pluridisciplinaires, les résidences croisées et la présence systématique des textes écrits (français ou traduits). − Recentrer les missions du DTI et la cible de ses interventions. Définir de nouvelles procédures de fonctionnement et ne pas envisager de faire de ce DTI un pôle régional, avant sa transformation. Dans l’hypothèse où des crédits complémentaires seraient attribués à la coopération franco-égyptienne, un scénario légèrement différent pourrait âtre proposé. Compte tenu des très bons résultats obtenus à partir d’un engagement très modeste et pour répondre à la demande égyptienne, il serait nécessaire de développer plus largement les actions de professionnalisation sur place et en France, par le biais de formations et d’échanges, dans le domaine de la création artistique et de métiers plus techniques (son, lumière…), et de renforcer parallèlement la présence de la pensée française dans les événements culturels et dans l’ensemble des médias (y compris la télévision, pour laquelle un développement spécifique devrait être envisagé). Cette amplification des actions culturelles devrait être assortie d’un budget en très forte augmentation, représentant une part significative des moyens complémentaires qui seraient dégagés en faveur de l’ensemble de la coopération franco-égyptienne. 211 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) IV La recherche archéologique Le contexte La recherche archéologique est au cœur de la relation franco-égyptienne La France est en 2004 le pays qui aura envoyé le plus de missions de recherche archéologique en Egypte La recherche archéologique est au cœur de la relation franco-égyptienne. Pour de nombreux Egyptiens et intervenants étrangers en Egypte, la coopération franco-égyptienne c’est d’abord l’archéologie. Pour le reste du monde, l’image de l’Egypte est souvent liée à son archéologie. Comme le soulignait le procès-verbal de la Commission mixte de 2001 « la présence française en Egypte se confond avec l’histoire même du passé de ce pays : c’est en effet Auguste Mariette qui crée, en 1858, le service des antiquités en Egypte, puis Gaston Maspero qui suscite l’installation au Caire, en 1880, de ce qui allait devenir l’Institut français d’archéologie orientale (Ifao) ». Depuis, et mis à part la période qui a suivi la crise de Suez de 1956, la France a multiplié et diversifié les activités de cet institut, qui a récemment été modernisé. De nombreuses missions de différents pays s’intéressent à l’archéologie égyptienne. Parmi les principales interventions on peut citer : les missions américaines au nombre de 46 pour l’année 2004 (chiffre dépassé cette année par la France dont le nombre de missions est de 47), le Royaume Uni (25 missions), l’Allemagne (22 missions), l’Italie (16 missions), la Pologne (12 missions). Certains pays disposent de missions permanentes. C’est le cas de l’Allemagne qui a fondé en 1907 le département du Caire du Deutsche Archäologische Institut (DAI), dont les actions sont orientées vers les sites pharaoniques, mais aussi vers la restauration des monuments de l’Islam. Une coopération fructueuse avec l’Ifao a été développée dans le domaine des antiquités islamiques. Une mission franco-germanoégyptienne est prévue sur le site de Deir el-médina. Le dispositif français de coopération L’action archéologique française s’exerce à travers la Commission consultative des recherches archéologiques françaises à l’étranger, qui se prononce chaque année sur la qualité scientifique et les implications budgétaires des projets (fouilles et publications) qui lui sont soumis pour avis par les quelque 150 missions archéologiques françaises dans le monde. Dans le cadre de la Commission des fouilles, la part de l’Egypte, prépondérante, représente plus du dixième des crédits alloués. Au titre de 212 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) 2004, douze missions bénéficient de subventions du MAE, pour un total de 272 300 €159. Le dispositif français de coopération en archéologie se caractérise par la multiplicité des institutions et des missions. Mais de nombreuses autres institutions interviennent également et le dispositif français de coopération en archéologie et égyptologie se caractérise par la multiplicité des institutions et missions. Certaines, comme l’Ifao, le Centre franco-égyptien de Karnak créé en 1970, le Centre d’études alexandrines qui a moins d’une quinzaine d’années, sont permanentes. D’autres, comme la Mission archéologique française de Saqqara, sont temporaires mais bénéficient d’une notoriété importante. Certaines sont constituées d’une équipe160 qui fouille pendant deux à trois mois avant de regagner la France pour exploiter les résultats. L’Ifao Centre de recherche qui relève du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche, l’Ifao bénéficie depuis 1988 du statut d’établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel161. Installé dans le palais Mounira depuis 1907, il poursuit aujourd’hui des études de toutes les civilisations qui se sont succédées sur le sol égyptien depuis la préhistoire jusqu’à la période arabo-islamique et son imprimerie assure la publication non seulement de ses propres recherches, mais encore des travaux du Service égyptien des antiquités. Il reçoit une subvention estimée à € 4,5 millions. Le prestige d’une institution comme l’Ifao participe fortement à la visibilité de la Coopération française. Des partenariats avec divers institutions tant françaises qu’étrangères ont été nouées, notamment avec le CNRS, l’IRD et le MAE, qui est membre de droit du Conseil d’administration et du Conseil scientifique de l’institution. L’Ifao ne reçoit pas de subventions directes du MAE, mais un certain nombre de fouilles dont le MAE est le principal bailleur de fonds sont menées par l’Ifao. L’Ifao a mené ou a participé au cours des dix dernières années à plus d’une vingtaine de chantiers archéologiques importants. Une trentaine des 46 missions françaises de 2004 interviennent en liaison avec l’Ifao. L’Institut 159 Ce sont notamment : Le Centre franco-égyptien d’études des temples de Karnak, le Busbasteïon (fouilles et étude des tombeaux rupestres), Tanis (étude de l’évolution d’une capitale égyptienne), Tell el Herr (forteresses) Saqqara (nécropole de Pépy 1er), Alexandrie (archéologie de sauvetage urbain, époque grécoromaine). 160 Outre l’archéologue, l’équipe peut comprendre un topographe, un épigraphiste, un photographe, un céramologue, un restaurateur, un spécialiste informatique et bien sûr de la main d’œuvre. 161 Il accueille des membres statutaires, titulaires de l’agrégation ou d’un doctorat, nommés pour une durée d’un an renouvelable trois fois , et répartis entre deux sections : études égyptologiques et papyrologiques ; études coptes et arabo-islamiques. Les études coptes sont pratiquement inexistantes en raison de l’absence, estimée conjoncturelle, de spécialistes, mais les études arabo-islamique regroupaient en 1999 huit chercheurs autour notamment de deux programmes de recherche documentaire : « la spiritualité dans l’Egypte médiévale et moderne » et « les archives du Caire ». L’Ifao reçoit aussi des boursiers et des missions temporaires de chercheurs ou d’enseignants et peut admettre des membres étrangers pris en charge par leurs pays. 213 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) participe par ailleurs à la formation des étudiants égyptiens qui fréquentent la bibliothèque de l’Ifao, des personnels rattachés au Conseil suprême des antiquités, CSA, des universitaires qui participent aux séminaires et colloques de l’Ifao. Le laboratoire de restauration comporte, sous une responsabilité française, quatre Egyptiens. Son imprimerie est utilisée par le CSA et, pour un Egyptien, être publié par l’Ifao, constitue une reconnaissance. L’Ifao emploie 150 personnes, dont une trentaine relèvent de contrats métropolitains. Le Centre franco-égyptien d’études des temples de Karnak, CFEETK Le Centre francoégyptien de Karnak, le Centre d’études alexandrines, la mission archéologique de Saqqara bénéficient aussi d’un prestige international La création à Karnak d’un centre de recherche franco-égyptien résulte du protocole d’accord signé en 1967 entre le MAE et le ministère égyptien de la Culture. En 1972, la partie française a été rattachée au laboratoire d’architecture antique du CNRS162. Le CFEETK se consacre à la conservation, à la restauration et à l’étude des temples de Karnak, qui représente un des plus prestigieux ensemble archéologique du monde. Il relève à la fois du Conseil suprême égyptien des antiquités, du CNRS et du MAE, et l’orientation de ses travaux est décidée par une commission mixte qui siège annuellement. Une trentaine de chercheurs et techniciens interviennent au Centre dont 11 (3 Volontaires internationaux et 8 boursiers) sont pris en charge par le MAE163. En une trentaine d’années, les restaurations et travaux réalisés164 ont permis d’accueillir de nombreux visiteurs et les autorités égyptiennes sont très attachées à l’exploitation touristique du site. Le Centre d’études alexandrines, CEAlex Ce Centre est la plus jeune des trois institutions archéologiques permanentes installées par la France en Egypte. Depuis janvier 1999, ce centre constitue une UMS co-pilotée par le CNRS et l’IFAO et dirigée par Jean-Yves Empereur. L’IFAO fournit à cette structure, dans le cadre d’une convention renouvelée pour quatre ans au 1er janvier 2003, une part importante de ses moyens165. Plusieurs opérations sont en cours : fouilles et cartographie sous-marines à l’emplacement du phare et dans la baie 162 UPR 1002. 163 Soit un coût pour 2004 d’environ 40 000 €. La contribution totale du MAE au fonctionnement du CFEETK s’élève à environ 76 000 €, dont 36 000 € de subvention allouée en 2004 au titre de la Commission des fouilles. 164 Parfois en liaison avec des sociétés privées, par exemple pour la Chapelle rouge, dont la reconstruction a été financée par le groupe Accor. 165 183 000 euros par an. La contribution du MAE au budget du Centre était, sur décision de la Commission des fouilles à l’étranger, d’environ 120 000 F par an en 1999. 214 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) d’Alexandrie, fouilles à l’occasion d’opérations immobilières, documentation auprès du musée gréco-romain. La Mission archéologique française de Saqqara C’est sur le site de Saqqara qu’Auguste Mariette a commencé, vers 1850, des investigations qui lui vaudront la direction du service des antiquités qui jettera les bases de l’égyptologie moderne. Le site est également indissociable du nom de Jean-Philippe Lauer, qui découvrit la pyramide à degrés de Djéser en 1926 et consacra jusqu’en 2001 sa vie à l’étude de ce complexe et à sa restauration. Les fouilles, placées sous le patronage de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et financées en grande partie par le MAE, ont régulièrement donné des résultats importants ces dernières années. Les autres missions et travaux Parmi les autres missions importantes et les travaux réalisés, on peut citer : la mission française des fouilles de Tanis ; la mission archéologique du Musée du Louvre à Saqqara166 ; la mission archéologique française du Bubastéion (Saqqara) ; la mission archéologique franco-égyptienne du Nord Sinaï ; l’Institut européen d’archéologie sous-marine, association française créée en 1984 et entièrement financée par le mécénat privé ; le laboratoire d’archéologie et d’histoire thébaines (Lahtes-Louvre) et le Centre d’étude et de documentation sur l’ancienne Egypte, en collaboration entre le CNRS, le Musée du Louvre et le CSA ; les fouilles islamiques d’Istabl Antar ; les recherches sur l’Egypte copte ; les collaborations avec le Centre d’ingénierie pour l’archéologie et l’environnement ;… D’autres travaux, comme les publications en arabe d’ouvrages d’égyptologie publiés avec le concours du CFCC, participent aussi au dispositif. 166 Le musée du Louvre associe traditionnellement ses études des collections à un travail sur le terrain. 215 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Evaluation L’évaluation de la coopération franco-égyptienne dans le domaine archéologique doit partir de constats sur la Coopération française et sur le partenaire égyptien. Constats sur la Coopération française : Une réelle excellence de la Coopération française Dans son examen de la coopération en matière de recherche, le procèsverbal de la Commission mixte indique sous le titre « Archéologie, Egyptologie, Islamologie » : « Les parties égyptienne et française jugent très satisfaisante leur coopération dans le domaine de l’archéologie qui bénéficie en Egypte de la présence de l’Institut Français d’Archéologie Orientale (Ifao) et de nombreuses missions franco-égyptiennes et françaises ». Les récentes notes du MAE reprennent souvent – et à juste titre – cette affirmation « Maintenir l’excellence de notre coopération en archéologie et égyptologie ». Cette excellence se marque en effet par : L’excellence de la coopération française en archéologie se manifeste par ses résultats directs, sa capacité de renouvellement et ses retombées pour l’Egypte. Elle permet aussi en France des expositions permanentes ou temporaires remarquables comme en 2004-2005 « Pharaon » à l’Institut du Monde Arabe • L’importance et la permanence des résultats : l’ancienneté des chantiers de fouilles, les actions actuelles de l’Ifao, du centre franco-égyptien de Karnak, des autres missions archéologiques (Saqqara, Tanis,…), placent la France en première place, dans le domaine fondamental pour l’Egypte de l’archéologie et de l’égyptologie. • Le renouvellement des domaines : la notoriété mondiale des découvertes du Centre d’études alexandrines, le développement des recherches en islamologie soulignent cette capacité de renouvellement. • Les retombées pour l’Egypte : toutes les découvertes restent la propriété de l’Egypte, qui enrichit son patrimoine au fur et à mesure des missions de terrain. Les retombées économiques de cet apport sont également considérables : la valorisation de ce patrimoine par le tourisme constitue une base essentielle de l’économie égyptienne. • La forte contribution au rayonnement de France : on peut aussi souligner – à l’heure où il souvent difficile de trouver des budgets pour mener les actions les plus souhaitables – que ce rayonnement ne représente qu’un coût budgétaire limité. 216 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Un foisonnement de la recherche qui conduit à la constitution de « chapelles » Le foisonnement est certes le résultat de la vigueur de la recherche archéologique et égyptologique française, mais : Cette excellence s’accompagne d’un foisonnement des centres de décision qui conduit à la constitution de « chapelles », qui reflètent l’émiettement de l’archéologie française • La multiplicité des missions reflète l’émiettement de l’archéologie française : l’émiettement est aussi synonyme de moyens dispersés, et il n’existe par exemple pas de laboratoire français susceptible de rivaliser avec les grands laboratoires anglosaxons. La conservation des pièces est-elle un problème différent à l’Ifao et au Louvre ? Les interventions du Musée du Louvre doiventelles relever de quatre missions différentes ? • La multiplicité des intervenants conduit à la constitution de « chapelles » : la recherche archéologique et égyptologique française est un jeu de pouvoirs et de personnalités dont une partie de la tâche consiste à ne pas dépendre de la « chapelle » voisine. • La multiplicité des centres de décision s’oppose à la cohérence des interventions : entre le Collège de France, le CNRS, le Musée du Louvre, la Direction des Musées de France, la Commission des fouilles, l’IRD, les universités, la maison de l’Orient de Lyon, le ministère responsable de la Recherche, le MAE, les missions sur place, il est souvent difficile de voir d’où vient la décision et quelle est sa logique. Les différents intervenants estiment souvent que, dans leur domaine spécifique d’intervention, des missions viennent effectuer des travaux sans qu’ils en soient informés. Le nombre extrêmement faible de bourses accordées aux Egyptiens dans ce domaine résulte sans doute en partie de cette multiplicité des centres de décision, chacun, Ifao, CNRS, MAE,… estimant que ce problème relève du centre de décision voisin167. L’absence de présence significative de la France en muséologie et en gestion des sites et du patrimoine On constate en effet que : Les importantes découvertes de Saqqara sont peu valorisées au niveau de la Coopération française • La présentation des sites n’apporte souvent aucune visibilité à la coopération française : à Saqquara, où une gravure peu lisible rappelle le rôle de Jean-Philippe Lauer, qui y a mené des travaux entre 1926 et 2001, la visite semble pouvoir s’effectuer sans référence au rôle de la France168. 167 Cet éparpillement des moyens peut aussi rendre difficile la venue en France d’interlocuteurs égyptiens dans des conditions satisfaisantes. 168 Il existerait une brochure de J.P. Lauer réalisée il y a une trentaine d’années. 217 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) • Les efforts de présentation des sites ont été très limités : il existe certes une obligation pour ceux qui réalisent des fouilles de présenter leurs recherches169, mais l’objectif est avant tout de publier pour la reconnaissance des pairs. A Karnak, il n’existe aucune brochure simple de présentation du site170. • Les fortes compétences de la France dans ces domaines ne sont pas utilisées. Actuellement, les Egyptiens s’adressent plutôt aux Italiens pour les problèmes de muséologie. Constats sur le partenaire égyptien La reconnaissance d’une place prépondérante de la France… malgré certaines difficultés de gestion des relations La place de la France, dans son rôle historique mais aussi dans son rôle actuel, est reconnue. Pour le responsable du Conseil Suprême des Antiquités, « La France doit être numéro 1 ». Certes, ce même responsable, formé à l’école américaine, s’exprime en anglais et compare les dollars apportés par la Coopération française et par la Coopération américaine, mais les relations, un moment difficiles en raison des personnalités en cause, sont à nouveau bonnes et les Egyptiens semblent souhaiter que le rôle de la France se développe et ne relève pas seulement du passé. Dans un pays où les relations personnelles sont particulièrement importantes, les bonnes relations actuelles entre le CSA et les autorités françaises (Ambassadeur, Conseiller culturel et Directeur de l’Ifao) permettent d’appuyer ce développement. Une forte demande à la France, en partie insatisfaite La poursuite des activités de recherche archéologique, le maintien du rôle de l’Ifao correspondent certainement à une demande égyptienne. Mais une triple demande reste insuffisamment satisfaite : Actuellement, la demande égyptienne de coopération n’est pas satisfaite. 169 1. Une demande de « coopération » au niveau de la recherche : cette demande d’une plus grande participation des Egyptiens remonte au temps où ceux-ci n’avaient que des rôles très secondaires. Cette demande est logique, car il est normal que le pouvoir de décision appartienne aux Egyptiens, dont certains ont des formations élevés qu’ils souhaitent naturellement mettre en pratique. Elle n’est sans doute pas toujours facile à mettre en oeuvre, car un chercheur de haut niveau n’a pas pour premier objectif de coopérer avec un personnel local dont le niveau de formation n’est pas forcément Bien que certaines fouilles aient pu avoir lieu sans être suivies d’aucune publication. 170 Malgré, semble-t-il, une demande du Conseiller culturel estimant utile la réalisation d’une brochure de présentation par exemple d’une trentaine de pages. 218 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) équivalent. Elle doit par contre être un objectif de la Coopération française. 2. Une demande de formation : cette demande, qui permet aussi de répondre à la première demande, est actuellement mal satisfaite, et les Egyptiens ont l’impression que la France se ferme notamment aux boursiers. La filière d’Egyptologie à l’Université du Caire, dont l’objectif à moyen terme est la formation d’étudiant(e)s qui ont vocation à participer à la recherche archéologique ou à occuper des postes de responsabilité, répond en partie à cette demande. 3. Une demande d’appui à la muséologie et surtout à la gestion des sites : ce point sera développé dans le chapitre suivant. Conclusions et recommandations Il est possible d’admettre un foisonnement de la recherche archéologique et égyptologique, mais une meilleure définition du rôle des différentes institutions est souhaitable Préserver l’excellence des résultats obtenus dans la recherche suppose sans doute d’admettre un certain foisonnement de cette recherche et des centres de décision. Cela conduit à ne pas donner dans l’immédiat à l’Ifao un rôle central de coordination, ce qui soulèverait de multiples oppositions171. Ce foisonnement peut être admis dans la mesure où il ne met pas en cause l’unicité de la représentation de la France vis-à-vis des autorités égyptiennes, ce qui ne pose actuellement aucun problème, l’Ambassadeur, assisté du Conseiller culturel et du Directeur de l’Ifao, étant bien considéré par ces autorités comme un interlocuteur unique. Une meilleure définition du rôle des différentes institutions est cependant souhaitable, pour élimer la dispersion de la recherche archéologique française et son aspect « chapelles », pour concentrer certains moyens (par exemple au niveau laboratoires) et faire appel à d’autres sources de financement (société privées et coopération décentralisée par exemple), pour donner à l’Ambassade, interlocuteur unique des autorités égyptiennes, une vision globale, actuellement impossible à obtenir, des interventions françaises. Il n’entre pas dans le cadre d’une évaluation pays de proposer une meilleure organisation d’un milieu complexe, mais le lancement d’une réflexion sur cette organisation serait souhaitable. Dans l’attente de réformes plus importantes, une plus grande concentration des centres de 171 Une telle centralisation serait cependant réalisée avec succès à l’Ecole française d’Athènes. 219 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) décision, dont les rôles seraient mieux définis, autour de l’Ifao semble souhaitable. Ainsi que l’indiquait une note du MAE : « De par sa longue tradition archéologique, l’IFAO représente une plate-forme d’une importance indéniable pour développer la recherche égyptologique, mais aussi pour aider à la sauvegarde du patrimoine égyptien ». Cette coordination devrait aussi procurer à l’Ambassade une vision globale des interventions françaises. La coopération doit être développée dans plusieurs directions La constitution d’équipes mixtes franco-égyptiennes de chercheurs devrait être encouragée, et le nombre de bourses accordées accrues, notamment pour les métiers du patrimoine172. On peut aussi souhaiter qu’une plus grande visibilité des interventions de la Coopération française soit recherchée (des émissions télévisées pourraient avoir un impact important). La poursuite de la seule coopération actuelle conduit à une limitation de la Coopération française à la recherche Les travaux de recherche archéologique effectués par les différentes missions françaises en Egypte sont essentiels au niveau de l’histoire de l’humanité et doivent bien sûr être encouragés. Pour la Coopération française cependant, l’aide publique au développement en Egypte ne peut pas être uniquement constituée dans ce domaine des travaux des chercheurs qui réalisent des fouilles. Ne pas prendre en compte les aspects économiques qui résultent de la recherche archéologique conduirait à une limitation de la coopération franco-égyptienne. Cet aspect sera développé dans le chapitre suivant. La coopération française ne peut, dans ce domaine, être une coopération au développement en se limitant à la recherche archéologique 172 Une bourse à Lille peut-être préférable à une bourse à Paris, où l’important milieu arabe est moins favorable à l’apprentissage du français. 220 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) V La gestion des sites archéologiques et le tourisme Le contexte L’archéologie a aussi une dimension économique fondamentale pour l’Egypte Au domaine de l’archéologie sont liés ceux de la muséologie, de la gestion des sites découverts, et aussi, pour les Egyptiens, un tourisme qui constitue actuellement une ressource importante de l’économie du pays et, pour le futur, une des principales possibilités d’accroissement des rentrées de devises. Avec environ 5 millions de touristes par an173, l’Egypte n’est actuellement qu’une petite destination touristique. Le nombre total de touristes y est inférieur à celui de l’Irlande ou du seul musée du Louvre ou du Centre Georges-Pompidou. Il n’est d’un ordre de grandeur que de deux fois supérieur à celui de sites comme les falaises d’Etretat, le village de Riquewihr en Alsace ou le parc Aquaboulevard de Paris. Face à cette situation, la déclaration récente du Président Moubarak174, estimant que l’Egypte devait avoir pour objectif de recevoir prochainement 12 millions de touristes, ne paraît pas excessivement ambitieuse, même si l’atteinte d’un tel objectif suppose la réalisation d’infrastructures importantes. La mise en valeur des sites reste limitée, et l’Egypte, qui ne reçoit que deux fois plus de touristes que le village de Riquewihr en Alsace, reste une petite destination touristique Pour les Egyptiens, la mise en valeur des sites est maintenant plus importante que les fouilles L’importance accordée par les Egyptiens à la recherche archéologique est certaine. Mais les fouilles ont été nombreuses et restent souvent à exploiter. Une décision d’arrêter les fouilles dans le sud du pays aurait d’ailleurs été prise175. A Karnak, de nouvelles fouilles ne peuvent être réalisées qu’en tenant compte de l’existence d’un site touristique majeur. Pour les Egyptiens la mise en valeur des sites existants est estimée plus importante que de nouvelles fouilles, en raison de l’importance économique du domaine archéologique pour le pays. Le tourisme emploie en effet plus de 2 millions de personnes, soit environ 7,5% de la population active, et représentait en 2002 un chiffre d’affaires 173 1996 : 3 896 000 ; 1999 : 4 800 000 ; 2000 : 5 506 000 ; 2002 : 5 200 000 ; 2003 : environ 5 500 000. 174 Déclaration faite durant la période de la mission, avant les attentats du Sinaï. 175 Dans le delta par contre, où l’urbanisation risque de faire disparaître des vestiges importants, les fouilles peuvent être poursuivies. Ainsi les fouilles de sauvetage restent le but principal du CEAlex dans cette ville moderne d’Alexandrie qui atteint 6 millions d’habitants. 221 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) de 3,7 milliards de dollars176. Certes, les sites archéologiques ne sont pas les seuls concernés, et la plongée sous-marine en Mer rouge représente une partie importante des activités touristiques, mais faire passer le nombre de touristes de 5 à 12 millions ou plus, constitue pour l’économie égyptienne un défi qui ne peut être relevé que par une meilleure gestion des sites archéologiques. Il existe dans ce domaine une forte demande égyptienne à la Coopération française Cette demande concerne la muséologie mais surtout la gestion des sites. Lors de la mission, le Secrétaire général du CSA a formulé le souhait que la France participe davantage (y compris financièrement) : à la mise en valeur de sites comme Karnak ; à la réalisation de musées régionaux (notamment à Charm elCheikh) ; à combler le fort déficit de compétences en muséologie de l’Egypte, « qui a besoin de l’expertise française » malgré l’appui important des Italiens (la participation au Grand musée du Caire n’a cependant pas été évoquée) ; à la formation des jeunes. Pour les Egyptiens le maintien de la place de la Coopération française au premier rang en archéologie passe par la gestion des sites Une réponse de la Coopération française à la demande égyptienne de gestion des sites semble nécessaire Ce domaine est sans doute un de ceux où la coopération française devrait en Egypte assurer un développement important. A défaut, il est probable que dans 20 ans Karnak sera considéré comme un site créé par les américains, sur lequel quelques archéologues français auront travaillé dans le passé. La Commission mixte de 2001 soulignait d’ailleurs déjà l’intérêt de la gestion de site : « Les deux parties conviennent d’intensifier leur coopération dans le domaine de la mise en valeur des sites archéologiques, particulièrement dans la zone du Delta, ainsi qu’à Saqqara, où travaillent trois missions françaises ». Mais ces déclarations d’intention se sont heurtées à la crainte que soient privilégiées du côté égyptien, sous la pression des besoins, les retombées économiques à court terme, et à la tendance, du côté français, sous la pression de missions prestigieuses, à ne s’intéresser qu’au patrimoine de l’humanité sans prise en compte de la réalité économique égyptienne. Faute de prolonger le domaine de la recherche archéologique par celui de la gestion des sites, Karnak sera peut-être considéré dans quelques années comme un site « américain » La mise en œuvre d’une réponse est cependant complexe. Comme l’indiquait le Professeur J. Leclant177 lors d’un entretien « Nos archéologues doivent être incontournables sur la science, mais on ne leur demande pas d’avoir une compétence sur le flux de visiteurs ». On ne peut pas non plus 176 Chiffres extraits de la note « Le secteur du tourisme en Egypte ». Mission Economique, septembre 2003. 177 Professeur au Collège de France et Secrétaire Perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. 222 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) dire par exemple à une chaîne hôtelière, qu’elle soit française ou égyptienne, que le rôle de l’archéologue s’arrête après les fouilles et que la responsabilité de la gestion du site lui incombe. Le rôle du Conseil Suprême des Antiquités est également essentiel. Le Ministère du Tourisme est directement concerné. Il est donc nécessaire pour répondre à cette demande égyptienne de définir les rôles de chacun. La Coopération française, si elle sait parler d’une seule voix, pourrait avoir ce rôle fédérateur. Pour les investisseurs français « La croissance du tourisme égyptien, conjuguée à la large gamme de métiers liés directement ou indirectement à ce secteur, font de cette activité une des premières sources d’opportunité d’investissement pour les entreprises françaises »178. Recommandation Réaliser une gestion de site ayant une bonne visibilité pour la Coopération française. Cette réalisation suppose les phases suivantes, dont la cohérence et les coûts doivent être examinées avant de s’engager vis à vis des partenaires égyptiens : Avoir du côté français une vision – et une seule - à la fois culturelle et économique des problèmes posés par la gestion d’un site qui pourrait par exemple être Saqqara ou Karnak. Faire savoir aux Egyptiens le souhait de la Coopération française de s’intéresser davantage aux aspects patrimoine, gestion de sites, tourisme et leur désigner un interlocuteur. Proposer aux Egyptiens le choix d’un (ou plusieurs) site sur lequel sera mené une étude, sans s’engager à ce stade sur un financement autre que celui des études : choix éventuel du site, scénarios d’aménagement, répartition des tâches entre : les archéologues qui doivent tenir compte de la préservation du site, mais aussi des fouilles à venir ; les autorités égyptiennes ; les intervenants privés (chaîne hôtelière, transporteurs, produits dérivés), coûts et financements possibles, recettes envisagées, 178 Note de la Mission Economique du 1er septembre 2003, qui souligne que le groupe ACCOR, établi en Egypte en 1981 en partenariat avec un groupe égyptien, est devenu le premier opérateur hôtelier avec 21 hôtels (3225 chambres), deux bateaux de croisière et plus de 4000 personnes. 223 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie - en Egypte (1993-2003) formations à réaliser (dans ce cadre il s’agira moins de formations en archéologie que de formations aux métiers du patrimoine et du tourisme179). Proposer un projet d’aménagement de site clefs en mains ayant une bonne visibilité. Un aménagement par exemple d’une partie de Saqqara n’aurait pas nécessairement un coût élevé180. Des aménagements plus lourds peuvent aussi être envisagés. Les obstacles à la mise en œuvre d’une telle recommandation sont cependant nombreux. On peut notamment citer : La difficulté d’obtenir une coordination des ministères égyptiens, chacun ayant d’abord pour objectif de défendre son territoire. L’interministériel est particulièrement difficile en Egypte. La difficulté de coordonner des intervenants dont les logiques sont différentes : mépris des archéologues pour une brochure touristique ; absence d’intérêt des vendeurs de produits dérivés pour l’archéologie ; optiques différentes et faiblesse du dialogue entre le CFCC et la Mission Economique ; logique propre des opérateurs hôteliers ;… Les problèmes de financement (a) du côté des Egyptiens : qui sont réticents à s’endetter ; qui considèrent souvent que les recettes des entrées sur les sites leur reviennent et ne peuvent donc servir de base à un emprunt ; et (b) du côté français : où le FASEP est davantage destiné à faciliter des investissements qu’à réaliser des études préalables ; où la RPE a vocation à financer des investissements dont l’Etat reste propriétaire ; où le montage d’un projet ZSP n’est pas possible181. Il faut cependant souligner les raisons multiples de la mise en œuvre d’une telle recommandation dont l’intérêt dépasse la réalisation d’un projet particulier : 179 On peut souligner les capacités de formation du groupe Accor. 180 Ce site est cité à titre d’exemple, car seule une partie du site pourrait être retenue en raison de son étendue. D’autres sites seraient peut-être plus appropriés. 181 Ce paragraphe souligne bien que le FASEP et la RPE, qui correspondent bien à la situation de pays émergent de l’Egypte, ne sont pas adaptés à la promotion d’infrastructures de tourisme, qui ne relèvent d’ailleurs normalement pas de financements concessionnels. Le montage d’un projet ZSP n’est pas non plus possible puisque l’Egypte ne fait pas partie de cette zone. Des études préalables pour réaliser des investissements touristiques qui respectent les sites archéologiques seraient cependant nécessaires et sans doute peu rentables dans l’immédiat. Il semble que l’AfD ait pu réaliser une opération de ce type au Liban. L’utilisation de fonds résultant de la conversion de dette pourrait également être examinée. 224 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Elle pourrait accroître fortement la visibilité de la Coopération française. Elle conforte des axes importants de l’action économique française : développement des opérateurs français du secteur tourisme (groupe Accor notamment) ; possibilités de soutenir l’intervention de PME françaises182 dans des domaines ciblés : le résultat pourrait être particulièrement intéressant pour un pays où les exportations françaises ne sont souvent réalisées que par de très grandes entreprises sur de gros contrats irréguliers ; Elle correspond à un axe formation (écoles hôtelières, gestion touristique, gestion du patrimoine) sur lequel la France, premier pays touristique du monde a des compétences importantes et auquel la Coopération française accorde une grande importance dans ses interventions. Le développement dans ce domaine de la formation en langues étrangères bénéficierait certes d’abord à l’anglais, mais éventuellement aussi au français. Elle correspond à un axe de développement déjà identifié par la Coopération française. Ainsi le rapport 2002 de la DGCID soulignait que, dans la région Proche et Moyen-Orient, « le développement d’une coopération technique ouverte à de nouveaux secteurs : tourisme et valorisation du patrimoine, urbanisme » constituait un axe prioritaire. Elle est en accord avec les orientations fixées par le Chef de l’Etat égyptien quant à l’accroissement du nombre de touristes. Elle est également en accord avec les deux premières priorités indiquées à la mission lors d’un entretien au Ministère égyptien de la coopération internationale, MOIC : les PME et la formation professionnelle. Dans ce dernier domaine on peut souligner que l’AFPA, Association pour la formation professionnelle des adultes, a réhabilité avec succès des centres de formation professionnelle et est intervenu sur plusieurs projets dans le domaine de la formation hôtelière. Elle peut permettre touristiques183. à l’Egypte de diversifier ses sites 182 Par exemple dans les domaines de la signalétique des sites, de l’éclairage, des audio-guides, de la billeterie (réservation avec gestion des flux touristiques),… 183 Ce qui peut constituer un moyen de rendre le tourisme moins sensible à des attentats ciblés. Le tourisme égyptien a par exemple été très sensible à l’attentat de Louxor en 1997. 225 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Elle est en concordance avec la proposition de décembre 2003 du Conseil suprême des antiquités, de mettre en place une commission scientifique franco-égyptienne pour superviser la mise en valeur des sites de Karnak et Saqqarah. Cette recommandation présente donc un intérêt à la fois par sa visibilité, par ses retombées pour les investisseurs français, par ses retombées économiques pour l’Egypte. Certes, la période n’est pas propice aux projets coûteux, mais la France ne peut-elle examiner les possibilités d’utilisation des conversions de dettes pour mettre ses moyens d’intervention au niveau de ceux de pays comme l’Italie ou l’Espagne ? On peut aussi penser que l’Afd, si elle intervenait prochainement en Egypte, pourrait assurer la conduite d’une telle opération184. 184 L’AfD a déjà conduit des opérations similaires, par exemple à Byblos au Liban. 226 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) VI La coopération institutionnelle La coopération juridique modernisation de l’Etat et judiciaire et la Le Contexte Dans un pays où la modernisation de l’Etat ne peut être que progressive… Le besoin de modernisation de l’Etat est en Egypte évident et ressenti comme tel par les Egyptiens. Mais cette modernisation ne doit pas saper les bases d’un régime présidentiel autoritaire qui assure au pays une réelle tranquillité intérieure185. Même les intellectuels modèrent parfois leurs critiques vis-à-vis d’un autoritarisme parfois estimé préférable à un régime islamique. La coopération juridique et la modernisation de l’Etat doivent se situer entre le respect de l’autorité et des réformes qui doivent être avalisées par le parti du régime, le Parti national démocratique, PND, qui domine l’Assemblée du Peuple et a obtenu 98% des voix aux élections municipales d’avril 2002. Dans le domaine judiciaire, on peut rappeler que si le droit coutumier est appliqué au premier échelon, le pays est néanmoins régi par le Code Napoléon et l’école française de droit reste à la base du droit égyptien. Le dispositif français de coopération La Coopération française a souhaité soutenir l’effort de modernisation de l’Etat engagé par le gouvernement égyptien. Lors de la Commission mixte de 2001, une ambition importante a été affichée en ce qui concerne la coopération juridique et judiciaire : « Les deux parties proposent que leur coopération juridique et judiciaire, relancée en 1999, se poursuive et aboutisse à la constitution d’un réseau reliant institutions françaises et égyptiennes, animé de part et d’autre de la Méditerranée par des pôles d’intérêt commun : …la demande vis-à-vis de la Coopération française est importante 185 • « … jumelage des Cours de Cassation française et égyptienne engagé en 2001… • « …création d’un centre de prise en charge des mineurs en danger… • « …formation de magistrats aux enjeux internationaux… • « … coopération entre les Conseils d’Etat des deux pays… ». La sécurité qui existe dans une ville aussi peuplée que Le Caire est exceptionnelle. 227 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) En ce qui concerne l’informatisation du Conseil d’Etat égyptien, il était cependant indiqué qu’une étude sur l’informatisation avait été réalisée en 1994 sans que le projet aboutisse en raison de son coût (un million de francs) et de sa complexité technique. Quant à la formation de magistrats aux enjeux internationaux, elle répondait à une volonté égyptienne de rapprochement entre le Centre national d’études judiciaires et l’Ecole nationale de la magistrature. Dans le domaine de l’ingénierie administrative et de la modernisation de l’Etat, le procès-verbal soulignait l’importance que la partie égyptienne accordait à la réforme de la fonction publique et l’intérêt du mastère d’administration publique auquel l’ENA/IIAP apportait son soutien par le biais d’un partenariat avec l’Académie Sadate. Pour la formation des jeunes diplomates égyptiens, une concertation élargie était souhaitée, notamment pour réaliser un cycle de sensibilisation aux règles et mécanismes de l’OMC, avec le concours d’écoles d’administration, d’experts en économie et de représentants du MAE. Les actions conduites ces dernières années concernent essentiellement : La formation des jeunes diplomates : une coopération administrative s’est développée depuis quelques années avec le concours de l’IIAP et de l’Institut d’études diplomatiques pour la formation de jeunes diplomates égyptiens francophones186. Les bourses : 3 bourses par an sont accordées dans le cadre de l’IIAP pour un mastère d’administration publique de 18 mois. La coopération juridique et judiciaire. Les décideurs du Centre national d’études judiciaires souhaitent garder des contacts avec la France et des cours de français et des bourses sont dispensées à ceux qui en sortent187. D’autre part, en vue de la mise en œuvre du projet d’Académie de justice, un expertassistant technique doit être mis à la disposition du ministère de la Justice, l’objectif étant notamment de former des greffiers et de favoriser le désengorgement des tribunaux. La réponse française à la demande égyptienne est actuellement limitée, alors que la France est peut-être le pays le plus susceptible d’appuyer, dans le domaine juridique et judiciaire, la modernisation de l’Etat égyptien Evaluation Les interventions dans ces domaines sont tout à fait conformes aux orientations de la Coopération française. Ainsi le rapport 2002 de la DGCID soulignait que, dans la région Proche et Moyen-Orient, « l’accompagnement des mutations politiques et socio-économiques par un soutien à l’Etat de droit et à la démocratisation, par des formations dans les domaines du droit 186 On peut souligner que s’il existe en Egypte un Ministère du développement administratif, il n’existe pas de lieu spécifique pour la formation des hauts fonctionnaires. 187 Pour 2004 le coût de la coopération juridique et judiciaire s’élève à € 57 000. Six magistrats égyptiens ont participé à des cours en arabe sur les institutions judiciaires françaises. 228 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) et de l’administration (Egypte, Liban, Syrie, pays du Golfe, Territoires palestiniens) » constituait un axe prioritaire. Bien que des actions intéressantes aient été menées, il ne semble pas que les interventions relativement ponctuelles réalisées soient à la hauteur des ambitions affichées par la Commission mixte. Pourtant, la France est peut être le pays le plus susceptible d’appuyer, dans le domaine juridique et judiciaire, la modernisation de l’Etat égyptien, et il semble qu’il y ait une réelle demande égyptienne dans ce domaine. Conclusions et recommandations Dans ce domaine, la Coopération française doit être consciente de ses limites, mais aussi de ses possibilités. Limites, car la modernisation de l’Etat égyptien est une tâche considérable et complexe qui doit s’inscrire dans la durée. Possibilités, car, s’agissant de coopération, il y a dans ce domaine une réelle demande égyptienne et une véritable compétence française. Plusieurs orientations pourraient être retenues, les deux premières étant déjà en partie mises en œuvre actuellement : La coopération « par le haut » (Cours de Cassation, Conseils d’Etats, formation des jeunes diplomates, Académie de justice…), qui correspond à une forte demande égyptienne. Les actions dans ce domaine devront, pour avoir une réelle incidence en Egypte et représenter un domaine de compétence de la Coopération française, s’inscrire dans le temps. • Des possibilités de coopération nombreuses et dont le coût serait faible existent • Les bourses, dont le nombre pourrait être accru. Le développement de partenariats. Par exemple une note MAE soulignait les possibilités de collaboration qui peuvent exister avec le centre régional de formation des juristes du monde arabe qui doit s’ouvrir au Caire grâce à des financements de l’OPEP et de fonds koweïtiens. • Les actions par la société civile. L’autorisation de développer des ONG est récente en Egypte. Les grandes ONG anglo-saxonnes se développent et la Banque mondiale met en place un programme important d’appui au développement des ONG. Un projet, en cours d’étude au CFCC, pourrait dans cette optique revêtir de l’intérêt. • Le développement de la coopération décentralisée. Cette coopération, très vivace en France, est encore relativement peu développée à l’égard de l’Egypte. Certes, quelques actions • 229 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) importantes existent188, mais il est probable qu’étant donné l’image de l’Egypte en France et, sans doute, la volonté de certains acteurs de la coopération décentralisée de sortir de l’Afrique francophone, des actions plus importantes pourraient être réalisées. Il serait souhaitable de conduire une réflexion sur les possibilités de développement de la coopération décentralisée française en Egypte en prenant en compte : - le caractère décentralisé de cette coopération : ce n’est bien sûr pas au MAE de définir ce que doit être cette coopération, dont l’autonomie constitue une partie de la richesse, mais la coopération décentralisée pourrait bénéficier de l’expérience et des compétences sur place des administrations centrales… et la Coopération française accroître sa visibilité par les actions de la coopération décentralise ; - l’existence ou l’inexistence d’interlocuteurs en Egypte : la coopération décentralisée est menée par des collectivités locales dotées de pouvoirs. La forte hiérarchisation du pouvoir en Egypte peut conduire à l’absence d’interlocuteurs au niveau souhaitable. Les « actions par le haut », les bourses, un projet pour favoriser les ONG, l’appui au développement de la coopération décentralisée, constituent des interventions, qui comme toutes les actions demandent des moyens. En l’absence de moyens financiers et de capacité de donner une certaine pérennité à ces moyens, il est peut être peu utile d’entreprendre des actions qui dépassent un cadre ponctuel. Les domaines examinés ci-dessus sont cependant parmi ceux où les moyens financiers requis sont particulièrement faibles, alors que l’incidence des actions menées peut être importante pour la Coopération française. 188 Par exemple les interventions PACA et Midi-Pyrénnées à Alexandrie. 230 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La coopération dans le domaine de la sécurité intérieure Le contexte189 Les objectifs de stabilité politique, de préservation des intérêts fondamentaux de la nation, de protection des principales sources de revenus (tourisme, canal de Suez…) justifient, aux yeux des autorités, une politique sécuritaire forte (maintien de la loi sur l’état d’urgence) accordant la priorité à la lutte contre toute forme de contestation violente, réelle ou supposée. Cette lutte est assurée par un fort dispositif policier. La coopération dans le domaine de la sécurité reste modeste. L’impératif sécuritaire s’accompagne cependant d’une volonté d’ouverture sur l’extérieur pour la professionnalisation des personnels dans tous les domaines touchant à la sécurité civile et à la sécurité publique. C’est ainsi que l’Egypte bénéficie d’un appui très conséquent de la part des Etats-Unis dans ce domaine. Les relations franco-égyptiennes apparaissent de fait beaucoup plus modestes, sinon marginales. Il n’existe pas d’accords cadre de coopération franco-égyptiens dans les domaines de la police ou de la sécurité civile. Les objectifs de la coopération technique190 Amorcée en 1999, la coopération franco-égyptienne dans le domaine de la sécurité vise trois grands objectifs : 1. Le développement humain ; 2. La bonne gouvernance ; 3. La lutte conjointe contre la criminalité internationale. Cette coopération doit avoir des effets de retour en sécurité intérieure Les enjeux prioritaires sont : 1. d’améliorer le système d’alerte et de réponse en matière de risques naturels et technologiques ; 2. de présenter à la partie égyptienne une autre culture de la sécurité et d’influer sur les comportements collectifs et individuels ; 3. d’accroître la performance des agences publiques oeuvrant dans le champ de la sécurité intérieure. Le dispositif de coopération L’opérateur principal de la coopération dans le domaine de la sécurité est le Service de Coopération Technique Internationale de Police (SCTIP). Ouverte en 1999, la délégation du SCTIP en Egypte compte actuellement 189 Cette section s’appuie, entre autres, sur les notes de cadrage sectoriel rédigé par le SCTIP à l’occasion de la présente évaluation. 190 La coopération opérationnelle dans le domaine de la sécurité intérieure n’entre pas dans le champ de la présente évaluation. 231 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) deux membres : un commissaire de police, attaché de sécurité intérieure, et un capitaine. Ces personnels, et leurs frais de fonctionnement, sont pris en charge par le ministère de l’intérieur. L’enveloppe de coopération financée par le MAE (DGCID) est de l’ordre de 40 000 euros. D’autre part, une étude de faisabilité d’un projet de régulation de la circulation au Caire a fait l’objet d’un financement FASEP. Un projet concernant la protection des personnes (27 salles de gestion de crise) pourrait recevoir un financement sur la RPE. Enfin, les sources de financement pourraient être élargies prochainement aux fonds européens (au travers des programmes MEDA et Tempus). Les actions réalisées et les projets en cours La coopération technique se traduit par des formations de courte ou moyenne durée, des séminaires, des échanges d’expertises et des stages in situ. Entre 25 et 30 actions sont réalisées par an. Les principaux thèmes abordés sont la sécurité des populations (sécurité civile, sécurité routière, sécurité des touristes) et l’optimisation des investigations criminelles (enquêtes financières, cybercriminalité, police scientifique). Pilotée par le SCTIP, cette coopération se traduit essentiellement par de la formation Le SCTIP organise aussi, avec l’appui du CFCC, des cours de français spécialisé. Des bourses linguistiques sont financées sur les crédits du Poste (au titre de la coopération éducative). Trois projets importants sont en phase en conception : 1. Un projet de régulation de la circulation au Caire ; 2. Un projet de création de 27 salles de gestion des crises (sécurité civile) ; 3. Un projet de formation professionnelle dans le domaine de la sécurité civile et de la gestion des crises financé sur budget européen (programme Tempus) et dans lequel la délégation du SCTIP jour un rôle d’interface et de facilitateur entre les autorités égyptiennes et la Commission européenne. Eléments d’évaluation Le développement institutionnel figure, depuis maintenant plus de dix ans, au rang des objectifs prioritaires de la coopération française. La sécurité, en renforçant l’Etat de droit et en protégeant les libertés individuelles, participe pleinement au développement économique et social ainsi qu’à la bonne gouvernance. Soucieuses des conséquences du développement mondial de la grande criminalité, les autorités françaises ont élargi le champ de la coopération en matière de police à la lutte contre les trafics, notamment de stupéfiants, et contre le crime organisé à grande échelle. 232 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Plus récemment, le ministre de l’intérieur, Dominique de Villepin, a eu l’occasion de rappeler, lors de son intervention au 14ème colloque annuel du SCTIP en septembre 2004, toute l’importance que le ministère de l’intérieur et celui des Affaires étrangères portaient au renforcement de la coopération opérationnelle et aux actions ayant des retours forts en sécurité intérieure. La coopération franco-égyptienne dans le domaine de la sécurité s’inscrit dans ces grands objectifs et apparaît donc globalement pertinente. La coopération est pertinente. La réalisation des grands projets structurants et visibles (régulation routière, salles de gestion des crises, formation des personnels) orientera clairement notre dispositif de coopération en faveur de la sécurité civile. Ce choix peut s’avérer pertinent au regard des objectifs de solidarité. On peut émettre néanmoins des réserves sur la contribution (directe et indirecte) de telles actions au renforcement des effets de retour en sécurité intérieure. Si ces réserves étaient confirmées, elles pourraient remettre en cause partiellement la cohérence du dispositif. Le dispositif est cohérent. Il est très difficile d’apprécier l’efficacité des formations car les bénéficiaires ne font pas l’objet d’un suivi. Enfin, mais cette remarque n’est pas propre au domaine de la sécurité, il s’avère particulièrement difficile d’estimer l’efficacité du dispositif de coopération. Il est incontestable que la francophonie est un atout pour tisser les liens nécessaires au renforcement de la confiance mutuelle. Les stages linguistiques en France ainsi que les cours de langue dispensés au CFCC, participent bien à la réalisation de cet objectif et à la constitution d’un réseau francophone. Celui-ci serait déjà effectif au sein de l’autorité égyptienne de contrôle de l’administration (où 5 à 10% des enquêteurs sont issus des écoles bilingues)191. Mais, cet exemple de succès pourrait être isolé. Il s’avère en effet que l’on ignore presque totalement si les autorités égyptiennes valorisent (ou non) les hommes qui ont bénéficié d’un appui de la France ou de la coopération multilatérale. Bien sûr, les contacts directs sont compliqués quand les langues constituent un obstacle et que le devoir de réserve est fort. Mais ces handicaps ne devraient pas pour autant justifier l’absence presque totale de suivi des bénéficiaires et d’évaluation ex-post des actions. 191 L’autorité de contrôle de l’administration est une entité placée sous la responsabilité directe du chef de l’Etat égyptien. Elle notamment pour mission de lutter contre la corruption et le blanchiment. 233 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La coopération militaire et de défense Le contexte et les grands objectifs de la coopération Les Etats-Unis constituent, et de loin, le premier partenaire de l’Egypte dans le domaine de la défense. Le pays bénéficie d’une aide militaire américaine s’élevant à environ 1,3 milliards par an auxquels s’ajoutent de nombreux appuis en faveur de la sécurité extérieure. Jusqu’en 1998, coopération militaire et de défense franco-égyptienne se résumaient à quelques formations, à des exercices en commun (Cléopâtre et Bright Star) et à des contacts techniques (essentiellement dans le domaine du renseignement et de l’armement). Depuis cette date, l’Egypte a exprimé le souhait de développer cette coopération, afin notamment d’élargir son champs de dialogue limité jusqu’alors aux seuls Etats-Unis. La coopération militaire française est modeste par rapport à celle des Etats-Unis. Les différences d’engagements financiers sont de l’ordre de 1 à 6 000 (en notre défaveur) Cette volonté d’ouverture va se traduire par une évolution de la nature de la coopération qui tend désormais vers un partenariat stratégique englobant trois volets principaux : 1. Entraînement et formation : les deux appareils militaires exécutent en commun de nombreux exercices interarmées dans un cadre bi et multilatéral ; 2. Armement : l’Egypte a exprimé le souhait d’intensifier la coopération technologique, singulièrement dans le domaine des systèmes d’information et de commandement, dans les équipements de chiffrement et dans le domaine spatial ; 3. Dialogue stratégique, notamment dans le cadre européen (PESC et dialogue euro-méditerranéen). Le dispositif de coopération La planification des activités s’effectue dans le cadre d’une commission mixte pilotée par les états-majors des deux armées. Une quinzaine de stages, financés par la DCMD, sont offerts tous les ans à des militaires égyptiens relevant de l’armée de l’air, de la marine et de la gendarmerie. Pour faciliter ces formations et éviter les désistements entraînés par une maîtrise insuffisante de la langue, le ministère des Affaires étrangères soutien l’enseignement du français à l’institut militaire de langue du Caire par la mise à disposition d’un lecteur de français et par la formation d’une dizaine d’instructeurs égyptiens. La coopération se réduit à une quinzaine de stages par an et à un soutien en français financé par le poste. Les budgets de la DCMD en Egypte sont stables depuis le début de la décennie (aux environs des 180 000 euros par an). Le développement futur de la coopération militaire et de défense est subordonné à la signature d’un accord de coopération, assurant notamment 234 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) la protection juridique des coopérants et des forces militaires françaises engagés en Egypte. La signature de cet accord bute depuis plusieurs années sur des problèmes juridiques (et politiques). Eléments d’évaluation La paix et la sécurité figurent au premier rang des biens publics essentiels à la collectivité. L’histoire montre qu’ils constituent des facteurs-clef indispensables pour assurer un développement économique et social équilibré et soutenable à long terme. La pertinence du dispositif est forte mais il est difficile d’en apprécier l’efficacité Ces objectifs de paix et de sécurité figurent aussi au rang des priorités de la DGCID. La coopération militaire et de défense y contribue pleinement, avec les moyens qui sont les siens. La pertinence du dispositif est forte. L’efficacité du dispositif est, en revanche, plus difficile à apprécier : • Les négociations engagées en vue de la fourniture d’équipements ont connu de nombreux avatars qui ne s’expliquent pas tous par la contrainte financière qui pèse sur notre partenaire égyptiens ; • Les militaires égyptiens formés en France ne font pas l’objet d’un suivi systématique. Dans ces conditions, il est difficile de savoir si les formations dispensées constituent un réel atout dans la carrière des officiers concernés. Il s’avère tout aussi difficile, si ce n’est plus, de savoir si la formation (et plus généralement les échanges) contribuent au renforcement de l’influence française en Egypte. 235 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) VII La coopération sur protocoles Les moyens mis en œuvre en Egypte par l’intermédiaire des protocoles ont fait l’objet d’une description détaillée dans la deuxième partie du rapport au chapitre « Les moyens de l’aide française ». Dans ce chapitre seront analysés le coût des protocoles et la mise en œuvre des protocoles dans les différents secteurs d’intervention. L’élément don des protocoles financiers a varié au cours de la période L’élément don et le coût budgétaire des interventions L’élément don des financements du Trésor peut être retenu pour estimer le coût budgétaire des interventions. Les protocoles peuvent associer un prêt du Trésor et un prêt commercial garanti. Le taux de mixage est la proportion du protocole financée sur prêt du Trésor. L’élément don global du protocole dépend de la proportion d’élément don du prêt du Trésor et de son importance dans l’ensemble du financement, c’est-à-dire du taux de mixage. A la suite des crises financières de 1987 et 1991, l’administration française a d’abord adopté une politique de limitation du risque financier. Celle-ci l’a conduit à proposer des protocoles à fort élément don au début des années 1990, l’époque où, pour d’autres pays, les leçons de la crise conduisent à abandonner le prêt pour le don. De 75% en 1993, l’élément don des protocoles a cependant été réduit à 46% dès l’année 1995. Cette modulation a d’abord été faite en modifiant les conditions des prêts du Trésor qui jusqu’en 1995 ont été la seule composante des protocoles. A partir de cette date, des crédits garantis ont été réintroduits dans la composition des protocoles, jusqu’à 30%, en maintenant l’élément don global de l’ensemble autour de 37-38% puis à partir de 2002, en le ramenant au standard de 35%. Les crises financières de 1987 et 1991 ont conduit à des prêts du Trésor à fort élément don 236 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Mixage et élément don des protocoles de 1993 à 1999 Ancien régime des protocoles Régime de la RPE Total Elément don protocole en global % M€ Prêts du Trésor en M€ Montant élément don M€ 3,0 64,5 77,1 73,2 3,0 64,5 77,1 73,2 2,3 32,2 40,1 33,6 80% 22,9 22,9 18,3 38% 47,6 38,1 18,1 100% 80% 18,3 18,3 14,6 47% 80% 38% 36,4 29,1 13,8 1998 54% 70% 38% 39,6 27,7 15,0 Assitance technique à Toshka 1999 Autres projets 1999 37% 52% 100% 70% 37% 37% 6,2 5,9 6,2 4,1 2,3 2,2 2002 51% 70% 36% 70,8 49,5 25,4 2003 51% 70% 36% 5,0 3,5 1,8 53% 91% élément don des prêts du Trésor Part des prêts du trésor Rénovation quartier Gamaleya 1993 Autres projet 1993 1994 1995 75% 50% 52% 46% 100% 100% 100% 100% 75% 50% 52% 46% Centre de contrôle aérien du Caire 1996 80% 100% Autres projets 1996 47% 80% Dispatching électrique Delta Ouest 1997 80% 1997 PROTOCOLE ET PROJETS TOTAL PROTOCOLE PRETS TOTAL DON ET FASEP TOTAL 89% 48% 470,5 417,3 219,6 100% 30,2 30,2 30,2 50% 500,7 447,5 249,8 Il y a eu deux exceptions aux principes énumérés ci-dessus. Deux projets ont bénéficié de financement avec un élément don global de 80% : un dispatching électrique et le centre de contrôle de la navigation aérienne du Caire. Le financement d’un projet à plus de 80% d’élément don a pour effet de place le projet hors du champ d’application de la règle générale adoptée au sein de l’OCDE de ne pas faire d’aide liée dans les secteurs marchands. Sur la période 19932003, l’élément don des € 420 millions de protocoles peut être estimé à 61%, soit près de € 260 millions Sur l’ensemble de la période, y compris les protocoles des années 2002 et 2003 dont la plupart des projets ne sont pas encore imputés, l’élément don des € 500 millions de prêts et dons sur protocole a été de 50% en moyenne et le coût budgétaire associé peut être estimé à près de 250 millions d’euros. Les mutations dans les secteurs concernés La répartition sectorielle des engagements français a subi une profonde restructuration au cours de la période. De nombreux secteurs ont disparu du champ des interventions françaises : l’eau potable, l’électricité, l’irrigation, et le téléphone. Ne restent plus dans la seconde moitié de la période sous revue que l’assainissement, l’aviation civile, le métro et le chemin de fer. La majorité des fonds de cette dernière période n’est d’ailleurs pas encore imputée. 237 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie E nga ge m e nt s m o ye ns a nnue ls e n M e uro s 160 140 120 Divers Chemin de fer 100 Télépho ne M étro 80 en Egypte (1993-2003) Cette mutation prolonge celle commencé au début des années 1990. Dans la seconde moitié des années 1980, les principaux secteurs d’intervention française sur protocole avaient été les transports terrestres (30%) avec la fin de la construction de la ligne 1 du métro du Caire, qui avait dans la période antérieure absorbé une grande partie des crédits français, l’électricité (36%), avec des projets concernant principalement la production électrique, l’aviation civile (8%), un secteur d’intervention très ancien, les télécommunications (6%) et enfin l’eau urbaine, un secteur qui est apparu au début des années 1990. Irrigatio n Avant de commenter les facteurs dont cette mutation résulte, il convient de noter que la baisse des Electricité engagements moyens sur protocoles, de € 125 à 60 Eau po table millions avant et après 1993, ne signifie pas une A ssainissement diminution proportionnelle de l’effort budgétaire français. Pour la période 1985-92, la proportion de prêts du Trésor dans les protocoles était de 64%. Par la suite jusqu’en 1998, elle a été de près de 100%. Après les crises financières égyptiennes de 1987 et 1991 la France a dû en effet restructurer € 4,7 milliards d’encours commercial. Elle a en conséquence progressivement écarté les prêts commerciaux garantis de ses protocoles avec l’Egypte. La proportion de prêts du Trésor dans les protocoles est alors passée d’environ 30% au début des années 1980 à 70% après le premier Club de Paris de 1987, puis à 100% à la suite de la restructuration de 1991. Le risque de crédit étant proportionnel à ce qui n’est pas l’élément don dans les protocoles, la France divisait192 ainsi par deux le risque pris pour un montant donné de protocole. Navigatio n aérienne 60 40 20 0 Cette politique a bien entendu compté dans les réorientations sectorielles des interventions françaises car, à effort budgétaire comparable, la capacité de financement est à peu près divisée par 3 lorsque l’on passe d’un schéma où l’on inclut 70% de crédits commerciaux garantis à un schéma où ceux-ci sont proscrits. On peut en partie expliquer l’absence de la France dans le financement de la ligne n°2 du métro du Caire au début des années 1990 par la politique restrictive de crédit de la France. La ligne 2 a finalement été entièrement financée sur fonds propres égyptiens. Un deuxième facteur de mutation résulte de la crise financière des années 1980, crise générale qu’ont connu les pays en développement. D’un 192 En retenant un élément don de 50% pour les prêts du Trésor, l’élément don des protocoles varie de 15% à 50% quand la proportion des prêts du Trésor passe de 30 à 100%. La partie non couverte par l’élément don sur laquelle porte le risque passe donc de 85% à 50%. 238 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) commun accord, les pays de l’OCDE ont pratiquement exclu les services marchands de leurs financements d’aide publique liée de façon : à contraindre les pays à gérer ces services dans des conditions de marché et à ouvrir aux investissements privés les secteurs correspondants dont les déficits trop souvent pesaient trop lourd sur le budget des états ; à limiter la surenchère qu’effectuaient les bailleurs sur le financement et le développement de ces secteurs. L’exclusion des secteurs marchands des financements de l’aide publique a fait disparaître les financements consacrés à certains secteurs : télécommunications, production et distribution électrique,… Les secteurs des télécommunications, de la production électrique, puis de la distribution et de l’aviation civile ont été les premiers pour lesquels cette règle a été appliquée. Les premiers ont ainsi progressivement disparu des interventions françaises. Des crédits inscrits pour des projets de télécommunication et de distribution électrique dans le protocole de 1994 ont même dû être réaffectés en 1995 au profit de secteur ouverts. Le programme de réaffectation a été le suivant : Projets annulés : 47 M€ − Modernisation du contrôle aérien du Caire : 23 M€ − Réhabilitation de la sous-station électrique de Tanta : 12 M€ − Construction et extension de centraux téléphonique : 12 M€ Projets venant s’y substituer : 40 M€ − Station de pompage d’El Nasr : 24 M€ − Station d’eau potable du 10 de Ramadan : 11 M€ − 2 projets de production d’électricité par récupération de chaleur (El Nasr Coke & chemicals et Egyptalum) : 5 M€ Certains des projets annulés seront refinancés par la suite selon d’autres modalités. Un troisième facteur, la relative saturation des marchés, est également susceptible d’avoir joué de façon négative en faisant disparaître des secteurs ou du moins en diminuant leur importance. Les besoins d’équipement des grands centres urbains qui constituaient les marchés cible des entreprises françaises et des protocoles se trouvent en effet maintenant en partie satisfaits et, en conséquence, ces marchés se rétrécissent (cas du transport aérien pour le futur et éventuellement de l’hydraulique urbaine). Les priorités sectorielles des Egyptiens ont également varié Des déplacements sont en outre observables dans les priorités retenues par les Egyptiens. Ainsi le ministère de la Coopération internationale retient 239 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) maintenant comme secteurs prioritaires pour l’aide publique, les PME, la formation professionnelle, le développement des établissements scolaires et le ministère de l’hydraulique, l’équipement de centre ruraux en équipements d’assainissement. Les priorités évoluent donc et les entreprises françaises représentées en Egypte ne sont pas - ou ne se sont pas - nécessairement adaptées aux nouveaux marchés auxquels les Egyptiens veulent consacrer le volume des prêts d’aide publique qu’ils peuvent accepter. Les interventions dans les principaux secteurs Répartition sectorielle et réalisations Sur l’ensemble de la période 1993-2003 les protocoles et Fasep se répartissent comme indiqué dans le diagramme ci-après. Répartition 1993-2003 des engagements sur protocole Divers 5% Chemin de fer 6% Assainisseme nt 18% Téléphone 7% Les secteurs de l’hydraulique urbaine et rurale, des transports aériens et terrestres et de l’électricité ont été les principaux bénéficiaires des protocoles Métro 13% Eau potable 16% Irrigation 11% Navigation aérienne 12% Electricité 12% Le secteur de l’hydraulique urbaine qui prédomine et celui de l’hydraulique rurale ont constitué 45% des engagements avec des projets de station de traitement d’eau potable ou d’épuration des eaux usées dans les grands centres urbains qui ont été réalisés essentiellement par Degrémont et OTV. 31% des engagements ont portés sur le secteur des transports aériens et terrestres avec le métro, l’aviation civile et également des interventions dans les chemins de fer : les 240 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) principales entreprises intervenantes sont Thalès ATC pour les projets de contrôle du trafic aérien, le groupement Interinfra (Alstom transport, Alcatel, Cegelec, Spie, Dumez) pour les différentes composantes du métro (Génie civil, contrôle et signalisation, rames) et Alstom pour les transports ferrés où l’opération principale a été la rénovation des turbotrains de la ligne Le Caire-Alexandrie. L’électricité, qui a bénéficié de 12% des engagements, pour l’essentiel des sous-stations de distribution haute et moyenne tension et un dispatching régional, a concerné des électriciens comme Cegelec et Alstom, mais également des sociétés spécialistes des courants faibles comme Alcatel. Le solde est partagé entre des centraux téléphoniques (Alcatel) et des projets divers. Le taux d’utilisation des protocoles des années 1993-96 est satisfaisant (près de 90%), mais celui des années ultérieures est nettement plus faible Le taux d’utilisation des protocoles des années 1993 à 1996 qui était de 87%193 fin 2003 est relativement satisfaisant. Il correspond à des utilisations de € 258 millions et traduit un retard dans l’achèvement de la station d’épuration de Gabal El Asfar ainsi que le quasi-abandon d’un projet de traitement d’eau potable dans le Fayom. Celui des années postérieures était en revanche de 21% seulement à la même date. Cette situation fait que les imputations sur des protocoles des années 1998 et suivantes sont presque inexistantes. Il dénote de nombreux retards ou blocages et a pour conséquence de diminuer la présence française sur le terrain encore pour quelques années. 193 Déduction faite du projet de station d’eau potable de Fayoum qui est aujourd’hui considéré comme sans suite et dont les crédits n’ont pas été réaffectés. 241 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Utilisations faites des protocoles et des Fasep fin 2003 90 M€ Protocoles et Fasep (utilisations des prêt et dons du Trésor fin 2003) 80 70 60 Divers Chemin de fer Téléphone Métro 50 Irrigation 40 Navigation aérienne 30 Electricité 20 Assainissement 10 Eau potable 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 1994 1993 0 Les principaux projets qui sont en retard et/ou en attente sont les suivants (il leur correspond des prêts du Trésor de près de € 200 millions, soit plus de 80% des crédits non utilisés) : Seconde tranche de la station d'eaux usées de Gabal El Asfar (52,6 M€ sur protocole de 1995) : le projet, après d’importants retards, est en cours d’achèvement (34% des crédits non utilisés fin 2003). Station d’eau potable du Fayoum (10,7 M€ sur protocole de 1996) : projet considéré comme annulé arrivant au terme de sa date limite d’imputation. Dispatching électrique de la région Ouest du delta du Nil financé sur un protocole de 18,3 M€ de 1997 : après la fin des études (2,7 M€), les contrats de réalisation viennent d’être imputés en 2004 soit 5 ans après la signature du protocole. Station d’épuration d’Abou Rawash (12,2 M€ sur protocole de 1997) : projet annulé ; les Egyptiens ont demandé le réaffectation des crédits correspondants. Station d'épuration d'Alexandrie Ouest (Agamy) : (32,8 M€ sur protocole de 1998) : à la suite de difficultés diverses la BEI qui devait financer un volet du projet n’a pas prorogé la date limite d’imputation de son financement ; le projet est actuellement bloqué. Modernisation du centre de formation de l’aviation civile (22 M€ sur protocole de 2002) : le projet est en cours d’évaluation par la nouvelle direction du centre. 242 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Réhabilitation et modernisation de la ligne n°1 du métro du Caire (48,8 M€ sur protocole de 2002) : après une offre de réalisation qui n’a pas été jugée satisfaisante par le client, le programme à réaliser est en cours de mise au point par ce dernier. L’aviation civile La présence d’entreprises françaises dans ce secteur remonte à 1975 avec la définition par Sofreavia d’un programme de modernisation du système de contrôle aérien (ATC194) de l’ensemble du pays. La réalisation partielle de ce programme a donné lieu, entre 1979 et 1991, à un volume de marchés de près de € 140 millions en euros courants195 dont 90% a été financé sur protocole et le solde sur crédits commerciaux bénéficiant de garanties publiques. Thales ATC (Thomson) et Sofreavia ont été les principaux intervenants. Ces réalisations, qui relèvent de financements engagés avant la période sous revue, ont été effectuées en deux phases d’à peu près égale importance, lancées à dix ans d’écart, la première au début des années 1980 et la seconde en 1990. La première phase a été celle de la création de l’actuel Cairo Air Navigation Center (CANC). Ont été fournis un bâtiment équipé, du mobilier et une partie des équipements spécifiques y compris, à hauteur de 10% de cette phase, l’équipement radar et les aides à la navigation aérienne (navaids196) du site d’Asyut. Elle a été complétée par l’équipement du centre de formation du CANC situé à Embaba, un quartier du Caire. La seconde phase consiste en une amélioration et une extension de l’équipement installé en première phase. Elle vise principalement à compléter la couverture du contrôle « en route » du pays, c’est-à-dire du contrôle civil de son espace aérien. Deux volets complémentaires correspondent à une fourniture de navaids supplémentaires et au remplacement des radars secondaires du Caire et d’Asyut installés lors de la première phase et jugés obsolètes. L’inspection des finances et celle de l’aviation civile française ont effectué en 1992 une évaluation qui a principalement concerné les projets de première phase qui seuls étaient alors achevés et en service. Les réalisations y sont considérées comme particulièrement réussies du point de vue technique. Leur inscription dans le plan directeur élaboré par Sofreavia a garanti une grande cohérence d’ensemble, le matériel Thales ATC a été de grande qualité, et l’intervention d’assistance technique de Sofreavia comme conseil, superviseur, et formateur a permis que s’instaure 194 Air Traffic Control. 195 Conversion à 6,55957 francs pour un euro sans prise en compte de l’inflation. 196 Aides pour les aéronefs à la navigation aérienne (balises, etc…). 243 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) un climat de confiance entre les divers participants et que les Egyptiens acquièrent la maîtrise des équipements. L’évaluation de 1992 consacre toutefois l’essentiel de ses conclusions à la nécessité de trouver des solutions « pour doter le CANC […] d’une capacité autonome d’investissement, au moins pour le renouvellement courant des équipements », après avoir regretté l’absence du traitement de ces questions dans le schéma directeur de Sofreavia. Elle prévoit en effet la nécessité de renouveler une bonne partie du matériel dès 1995. C’est précisément très peu de temps après cette évaluation qu’a été lancé le programme de rénovation du CANC, qui, avec celle de son centre de formation, a absorbé la quasi totalité des quelque € 54 millions de protocoles consacrés au secteur de l’aviation civile au cours de la période sous revue (cf. liste ci-après). La rencontre lors de la présente évaluation de responsables de l’aviation civile et du CANC ainsi que la visite de ce centre a permis de constater : que la plupart des matériels du CANC avaient été renouvelés, tous étant financés à 100% sur protocole ; que les Egyptiens étaient particulièrement satisfaits et fiers de leur centre, de la qualité de leurs équipements, des performances de leurs contrôleurs aériens et des prestations des entreprises françaises ; que la réorganisation institutionnelle et financière du secteur engagée au milieu des années 1990 était en voie d’achèvement ; que ni les entreprises ni les administrations françaises n’avaient participé à cette réorganisation ; qu’au terme de trois ans de collaboration avec Eurocontrol qui est l’organisme européen de recouvrement des « redevances de route », le CANC indique qu’il est à même de s’autofinancer et même de dégager un profit. Par ailleurs l’évaluateur, qui il est vrai n’est pas un spécialiste, s’est interrogé sur le dimensionnement d’un système de contrôle en route. Il lui a été présenté comme pouvant gérer simultanément un millier de mouvements d’aéronefs alors que le trafic constaté lors de la visite était de 120 mouvements et n’était pas considéré comme particulièrement faible. Au questionnement près sur le dimensionnement des installations, ces constatations s’inscrivent dans le droit fil de celles effectuées lors de la première évaluation : excellence de la prestation technique, absence totale de prise en compte des questions de gestion et d’organisation institutionnelle et financière. 244 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) On notera par ailleurs que le financement de la rénovation du CANC s’est effectué de façon très particulière. Le projet principal d’un montant de € 23 millions a d’abord été inscrit sur le protocole de 1994. Il en a été retiré en 1995 en raison des règles de l’OCDE ne permettant plus d’aide liée dans les secteurs marchands, les montants correspondants ayant été réaffectés comme cela a été indiqué dans les paragraphes précédents. Son financement a finalement été réaménagé en 1996 dans un protocole tout à fait exceptionnel puisqu’il réserve un élément don de 80% à l’opération quand à cette date la règle commune pour ce dernier est de 38%. Cette disposition conduit à passer le seuil de 80% au-delà duquel le financement sur aide liée n’est plus sujet aux limitations imposées par les règles convenues entre les membres de l’OCDE participants à « l’Arrangement sur les crédits à l’exportation bénéficiant d’un soutien public ». Les principaux concurrents de Thales, pas seulement en Egypte, sont des américains. Ceux-ci sont très présents sur les aéroports secondaires, plusieurs opérations ayant été financées par l’USAID sur don, la capacité financière de cette agence qui gère près d’un milliard de dollars en Egypte étant considérable et ayant pu en l’occurrence être redoutée. Le secteur du transport aérien en Egypte comporte des enjeux commerciaux particulièrement importants Les enjeux commerciaux de la France en matière de transport aérien en Egypte sont particulièrement importants avec les ventes récurrentes d’Airbus, leur entretien, le contrôle aérien ainsi que la construction d’aéroports et leur gestion éventuelle pour lesquels divers appel d’offres internationaux sont en cours ou prévus à court terme. Ce secteur a été profondément restructuré dans la seconde moitié des années 1990, les objectifs étant d’assurer son autonomie financière et d’en répartir la gestion entre secteur public et secteur privé. Les enjeux tant commerciaux qu’en terme de développement de cette restructuration étaient donc très importants. On peut regretter que la recommandation d’intervenir en matière institutionnelle et de gestion faite par les inspections des Finances et de l’Aviation civile en 1992 n’ait pas été suivie. Même si cette intervention avait été modeste, elle aurait sans doute permis d’approfondir et d’élargir à la gestion du secteur les liens tissés par Sofreavia au plan de la programmation technique. Elle aurait peut-être permis de mieux placer les entreprises françaises sur les marchés qui doivent très prochainement s’ouvrir. Le projet de rénovation du centre de formation des contrôleurs aériens d’Embaba (15,4 M€), dont la signature et l’imputation restent aujourd’hui en suspens est présenté comme visant à former les élèves sur les mêmes matériels que ceux utilisés par le CANC. Alors que ces contrôleurs auront à exercer ultérieurement au Caire avec des équipements français ou dans les régions avec des équipements actuellement américains, ce projet renvoie à 245 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) la concurrence franco-américaine sur le marché égyptien. Ce centre ainsi que les services de la météorologie avec lesquels un projet de € 5 millions est en phase de mise en place dépendent directement du ministère et n’ont pas de liens directs avec le CANC. Ce dernier dépend de la Holding for Airport and Air Navigation, comme la société chargée des services de navigation aérienne des autres aéroports du pays et celle chargée de la gestion des aéroports. La réorganisation en cours, ainsi que le jeu des changements de direction et des luttes d’influence incontournables compte tenu des enjeux commerciaux du secteur semble suffire à expliquer le retard que subit ce projet depuis son inscription sur le protocole de 2002. 246 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Projets du secteur de l’aviation civile financés sur protocole montant protocole M€ montant contrat M€ part trésor M€ utilisations M€ solde non utilisé condi tions élément don global Système d'information aéronautique du Caire 1,3 1,3 1,3 1,3 0,0 prêt 50% 1993 Système d'information aéronautique du Caire 1,0 1,0 1,0 1,0 0,0 prêt 50% 1993 Etude de modernisation du centre de contrôle aérien du Caire 0,3 0,3 0,3 0,3 0,0 don 100% 1994 Modernisation du système de contrôle aérien du Caire 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt 52% 1994 Tour de contrôle du Caire (complément d'équipement) 2,7 2,7 2,7 2,7 0,0 prêt 52% 1996 Assistance à la navigation aérienne des aéroports d'Alexandrie, El Dabaa et Taba 1,6 1,6 1,3 1,6 0,0 prêt 1996 Rénovation de la Tour de contrôle de Sharm El Sheik 0,8 0,8 0,6 0,8 0,0 prêt 38% 1996 Rénovation du centre de contrôle aérien du Caire 22,9 22,9 22,9 22,9 0,0 prêt 80% 1997 Modernisation du système de contrôle aérien du Caire (complément) 2,1 2,1 1,7 2,1 0,0 prêt 2002 Modernisation du centre de formation de l'aviation civile du Caire 22,0 0,0 0,0 0,0 22,0 prêt 2003 Modernisation du réseau météorologique égyptien 5,0 0,0 0,0 0,0 5,0 prêt 36% 2004 Etude de communication aérienne 0,8 0,8 0,8 0,0 0,8 fasep 100% TOTAL 62,7 35,7 34,8 34,9 27,8 Taux de mixage moyen 86% Elément don 34,5 24,0 10,4 année objet 1993 97% 24,8 24,8 247 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques 38% 38% 36% 55% Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les télécommunications Le secteur des télécommunications a surtout été financé sur des protocoles antérieurs à la période Le secteur des télécommunications a surtout fait l’objet de protocoles dans les années antérieures à 1990. Alcatel et Thomson se sont partagés le marché correspondant jusqu’en 1984, année où le premier a absorbé l’activité du second. De 1975 à 1990, des contrats d’un total de € 410 millions, soit en moyenne € 27 millions par an, ont été signés par ces entreprises avec l’Arento, administration égyptienne du téléphone assurant alors à la fois le rôle d’opérateur et de régulateur des réseaux. La plupart des contrats ont été financés sur protocole. Sur la seule décennie 1980, les protocoles dans ce secteur ont atteint € 230 millions, soit en moyenne € 23 millions par an. Les règles adoptées par les pays de l’OCDE à la suite de la crise financières des années 1980 ont conduit à limiter radicalement les financements dans ce secteur qui a été une des premières cibles de la vague de privatisations des années 1990. 2002 2000 1998 1996 1994 1992 1988 1986 Centraux téléphonique sur protocole 1984 1982 1980 M€ 1990 80 70 60 50 40 30 20 10 0 A partir de 1984, une logique de dotation annuelle d’une douzaine de millions d’euros pour le secteur a été adoptée. La dotation qui avait été initialement retenue dans le protocole de 1994 n’a toutefois pas pu être mise en place en raison de la contrainte que constituaient les règles de l’OCDE. Elle a été ainsi en partie réaffectée comme il a été indiqué dans les paragraphes précédents mais elle a aussi été d’une certaine manière reportée sur les années suivantes. Les protocoles de 1994 à 1997 ont ainsi retenu des montants de l’ordre de € 4 millions pour le secteur, ceux-ci étant toutefois systématiquement affectés à deux projets. Ce faisant le montant unitaire des financements n’a pas dépassé le seuil de 2 millions de DTS197, soit 2,3 millions d’euros, au-delà duquel s’appliquait la règle OCDE. Il n’y a plus eu de protocole dans le secteur par la suite. 197 Droits de tirage spéciaux. 248 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Alcatel a été en concurrence assez vive198 avec Thomson puis, après l’avoir absorbé, avec les Américains et les Allemands. L’entreprise est longtemps restée dans un strict rôle de fournisseur alors que son concurrent Siemens se lançait dans un partenariat avec l’Arento en créant l’Egyptian Telephone Company (ETC), une usine de montage de matériel de télécommunications, et que les Américains réalisaient sur don une étude de l’ensemble du secteur des télécommunications égyptiennes. Cette étude devait conduire à la restructuration du secteur en 1998 avec la séparation des fonctions d’opérateur et de régulateur et la création de Telecom Egypt pour l’exploitation et la libéralisation du secteur. L’activité de l’entreprise s’est cependant redéployée, à partir de 1995, encore partiellement appuyée sur des protocoles des années antérieures mais en signant essentiellement des contrats financés sur les fonds propres d’Arento. Elle a commencé à diversifier son offre à la faveur de l’évolution du secteur en installant des câbles sous-marins et en participant à la couverture GSM du pays. En 1998, elle a signé une première tranche de € 55 millions du contrat dit « Nile vision » avec Telecom Egypt. En 2002, elle signait « Nile vision plus », un contrat de € 300 millions à réaliser sur 5 ans pour moderniser les infrastructures de la société. Pour la période de redéploiement de son activité, à partir de 1997 et donc sur 8 ans, la société affiche des prises de commande cumulées de € 1,1 milliard. On peut donc parler aujourd’hui de succès commercial. Faut-il également parler de pertinence et d’efficacité de l’aide française ? Sans doute. Mais ce faisant, il ne faut pas oublier que l’aide au secteur a été essentiellement apportée dans les années noires pour l’aide publique qu’ont été les années 1980 au cours desquelles des financements inconsidérés et aujourd’hui proscrits ont été apportés dans de nombreux secteurs. On notera également que sur les 300 millions d’euros de protocoles consacrés au secteur depuis 1980, 200 l’ont été avant 1986 et ont très vraisemblablement fait l’objet des Club de Paris de 1987 et 1991. Le succès aura donc ici été coûteux. Les leçons en ont désormais été tirées par l’ensemble des membres de l’OCDE. Il ne doit plus y avoir de financement pour ce secteur. En raison des règles de l’OCDE, il ne doit plus y avoir de financement sur protocole dans ce domaine 198 Il a fallu en effet l’intervention du ministre français des PTT auprès de l’administration égyptienne, l’Arento, pour apurer le contentieux créé avec cette dernière sur fond de rivalités franco-françaises. 249 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Projets du secteur des télécommunications financés sur protocole année 1993 montant montant part protocole contrat trésor M€ M€ M€ 1,5 1,5 1,5 objet Etude complexe radio/TV du Six-Octobre 1993 Centraux téléphoniques d'Alexandrie et d'El Khalbeya 1994 Centraux téléphoniques d'Alexandrie utilisations M€ 1,5 solde non utilisé 0,0 don élément don global 100% condi tions 13,7 2,3 2,3 2,3 2,3 13,7 2,3 2,2 2,3 2,3 13,7 2,3 2,2 2,3 2,3 13,7 2,3 2,2 2,3 2,3 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 prêt prêt prêt prêt prêt 50% 52% 52% 46% 46% 1994 Centraux téléphoniques d'El Khalbeya 1995 Centraux téléphoniques d'Alexandrie 1995 Centraux téléphoniques de la région du Delta 1996 Centraux téléphoniques d'Alexandrie et de Marsa Matrouh 2,3 2,3 1,8 2,3 0,0 prêt 38% 1996 Central téléphonique de Garbiya (Delta) 1997 Central téléphonique d'El Sharkia 1997 Central téléphonique d'Alexandrie 2,3 2,3 2,3 2,3 2,3 2,3 1,8 1,8 1,8 2,3 2,2 2,3 0,0 0,1 0,0 prêt prêt prêt 38% 38% 38% TOTAL 33,5 33,5 31,6 33,4 0,1 Taux de mixage moyen Elément don 95% 16,3 16,3 95% 16,3 16,3 0,1 250 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques 49% Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les chemins de fer Les engagements de protocole dans ce secteur ont été de € 29 millions dont un tiers d’élément don. Les interventions financées peuvent se décliner selon deux axes : La maintenance, un peu plus de 26 millions avec la fourniture de matériel d’entretien des voies (1,5 M€ et Geismar), la remise à niveau de l’atelier de production et d’entretien d’appareils de voie d’Abasseya (10,7 M€, Cogifer et Geismar) et surtout la réhabilitation des turbotrains de la ligne principale Le Caire – Alexandrie (14 M€ Turbomeca et ANF). La signalisation (2,7 M€, Alstom et SNCF international). La situation des Egyptian National Railways (ENR) est caractéristique d’un grand service public ferré. La société exploite 5000 km de voies non électrifiées et recourrant principalement à une signalisation mécanique surtout utilisées pour le trafic passager qui représente 75% des recettes. Les 5% du réseau que représente la voie Le Caire-Alexandrie assurent 15% du trafic passager. La situation déficitaire de l’ENR la conduit à limiter l’entretien des équipements et les investissements. Les équipements deviennent ainsi rapidement obsolètes soit de vétusté soit par manque d’entretien. Des accidents surviennent ainsi souvent sur les lignes secondaires d’autant que la société concentre ses capacités de maintenance sur les lignes principales que sont Le Caire-Alexandrie et Le Caire-Assouan. Sur cet axe principal du réseau les performances sont satisfaisante avec, pour la ligne de référence qu’est celle de Le Caire-Alexandrie exploitée avec des turbotrains de Turbomeca-ANF, une vitesse de 140 km/h, une sécurité, une ponctualité et un confort satisfaisants. La réhabilitation des turbotrains (14 M€) Durant la période sous revue, près de la moitié des protocoles du secteur ont été consacrés à la réhabilitation des turbotrains C’est à la réhabilitation de ces turbotrains qu’a été 50% des protocoles du secteur au cours de la période sous revue. Ce matériel avait été livré en 1984-85 et se trouvait environ à la moitié de sa durée de vie théorique. Son degré d’usure commandait qu’une réhabilitation ou un changement de matériels soit effectué. L’étude préalable avait estimé qu’une réhabilitation était à ce stade à la limite de la rentabilité comparée à l’achat de matériels neufs. Les limites du budget d’investissement des ENR avaient ensuite fait retenir la solution budgétairement la moins exigeante. Il est possible également qu’ait pesé dans le choix l’offre d’un protocole par des Français attachés à la vitrine que constitue « leur » turbotrain comme le métro et 251 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) particulièrement soucieux de ne pas voir l’image de l’industrie ferroviaire française ternie par un accident grave. Les entreprises françaises sont assez bien implantées à l’ENR en matière d’entretien des voies mais pratiquement absentes de celui du matériel roulant. Les 6 motrices du turbotrain font figure d’exception parmi les quelque 800 motrices ou automotrices du parc qui sont allemandes, américaines ou japonaises et dont l’entretien passe par des sociétés de nationalité correspondante. Turbomeca et ANF Industries qui sont respectivement intervenus sur les turbines et les bogies en se partageant le contrat à parts égales, n’avaient aucun concurrent en France ni à l’étranger en raison de la spécificité du matériel. Le protocole n’a donc pas été mis en place pour des raisons essentiellement commerciales. Les contrats financés ont été pour elles une première expérience dans le domaine de la maintenance ferroviaire en Egypte alors qu’ils pensaient pouvoir se limiter à la remise en état des matériels que l’ENR devait par la suite remonter. Une expérience difficile à laquelle divers diables ont participé : incendie de motrices, blocage de longue durée de matériel en douane, disparition des personnels formés, insuffisance de l’outillage du client, flou contractuel sur la part locale des contrats, incertitude sur la contrepartie locale des ENR. En conséquence d’importants retard ont été enregistrés et une certaine tension est apparue entre le client et ses fournisseurs en cours de réalisation. Au-delà de l’étude préalable qui s’est assuré du bien fondé du projet, il a manqué ici une intervention extérieure qui connaisse la faiblesse du maître d’ouvrage et puisse ainsi introduire les clauses appropriées d’assistance technique dans le cahier des charges. Les prestations sont aujourd’hui achevées et les tensions sont retombées mais ces interventions sont restées sans suite conséquentes pour les deux sociétés. Par ailleurs la technologie du turbotrain est aujourd’hui abandonnée en France et l’on s’attend à ce que la ligne Le Caire-Alexandrie soit à l’avenir soit électrifiée soit passée en diesel. Les ateliers d’Abesseya (10,7 M€) La rénovation des ateliers d’Abesseya a mis aux prises pendant près de quatre ans la Cogifer et Geismar toutes deux fournisseurs traditionnels des ENR. Un financement pris à la fois sur les protocoles de 1996 et de 1998 montre que la définition du projet a longtemps été incertaine. 252 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Avant leur rénovation, les ateliers d’Abesseya étaient décrit comme suit dans l’évaluation199 du secteur ferroviaire égyptien faite en 2001 pour le compte du Trésor : « les machines outils sont dépassées […]. Une partie de ces machines n’est d’ailleurs plus en état de fonctionnement. La rationalité est absente du processus et des installations. Les conditions de travail sont précaires. Les bâtiments vétustes, mal entretenus, bas de plafond et inadaptés aux équipements modernes. La compétence du personnel ne permet pas d’envisager une diversification des productions et l’évolution de la technicité des travaux ». A partir d’un pareil constat et devant l’ampleur de la tâche, on aurait pu s’attendre à ce que le projet de rénovation de ces ateliers de production d’aiguillages ait été soigneusement conçu, mis au point et formulé. Il n’en a rien été du moins au début. Cogifer qui fournissait la technologie et Geismar qui devait fournir les machines outils se sont opposés au point que le principe même du projet ai failli être abandonné. C’est finalement Cogifer seul qui a signé un contrat à la fin de l’année 2000, soit 4 ans après la première inscription du projet sur protocole, et c’est 4 ans après, en 2004, que le contrat est attendu s’achever. Une telle situation est préjudiciable à une gestion rationnelle des fonds d’aide publics disponibles et à l’image tant de la coopération française que de ses entreprises et n’a pas manqué de peser sur le coût final de l’opération. La mission n’a pas effectué de visite des ateliers rénové ni évoqué avec l’ENR ce projet qui n’est pas non plus évalué dans l’étude mentionnée ci-dessus mais, compte tenu des références de la société française, on peut s’attendre à ce que la qualité technique de l’opération soit satisfaisante. Ce qui mériterait d’être examiné sont plutôt les questions de la gestion et de l’exploitation des ateliers rénovés. Quelle formation a-telle été apportée à un personnel jugé manquer de compétences pour que la nouvelle unité puisse tourner de façon satisfaisante ? Le projet réussira-t-il à fonctionner au sein de l’ENR ou n’aurait-il pas mieux fallu le réaliser dans un contexte institutionnel différent en créant, comme la loi l’autorise, une société de droit privé sur la base d’un partenariat entre l’ENR et Cogifer ? Compte tenu de ce que l’on sait de l’histoire du projet, il y a ici un doute et un risque que l’intervention d’une entité chargée de garantir le montage du projet dans ses aspects techniques, financiers, industriels et institutionnels aurait permis d’éviter. 199 Evaluation rétrospective de projets du secteur ferroviaire égyptien financés sur protocole. Cerfi, André Posokhow et Alain Leroux, Avril 2001. 253 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Projets du secteur des chemins de fer financés sur protocole montant protocole M€ année objet 1994 Equipements pour la maintenance du réseau ferroviaire de l'ENR 1,5 montant part contrat trésor M€ M€ condi tions 1,4 0,1 prêt élément don global 52% 1,5 1995 Signalisation du réseau ferré 2,3 2,3 prêt 46% 1996 Remotorisation des turbotrains le Caire-Alexandrie 7,0 5,6 prêt 38% 1996 Remotorisation des turbotrains le Caire-Alexandrie 4,7 3,8 prêt 38% 1996 Rénovation des ateliers de maintenance de l'ENR 3,8 3,0 prêt 38% 1998 Renovation de l'atelier ferroviaire d'Abbasseya 6,8 4,8 prêt 38% 2003 Etude de signalisation ferrée 0,4 0,4 fasep 100% 26,5 21,3 TOTAL 28,9 Taux de mixage moyen 81% Elément don 11,6 Rapport final définitif – Mars 2005 23,6 5,3 9,4 2,2 81% 10,7 10,7 254 ddidacticiels et modélisation économiques solde non utilisé 1,5 SERES dme utilisations M€ 40% Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Le métro du Caire Deux lignes de métro sont aujourd’hui en service au Caire : La ligne n° 1 dont le premier tronçon a été mis en service en 1987 a été à la fois construite et financée par les Français ; € 600 millions de protocoles lui ont été affecté ; La ligne n°2 dont la mise en service a commencé en 1998 est une réalisation française à l’exception des rames qui sont de fabrication japonaise ; elle a été financée par les Egyptiens sur fonds propres200 et a donné lieu à la signature de contrats d’un total de € 1,2 milliard avec des entreprises françaises. 120 100 M€ m étro sur protocole (engagements) 80 60 40 20 0 L’intérêt de la France pour le métro du Caire est ancien. Une première mission de la RATP est signalée en 1954 mais c’est le plan de transport réalisé par Systra, alias Sofretu, en 1973 qui a été l’élément fondateur de l’ancrage français à ce projet. Les deux lignes ont été réalisée par selon un organigramme similaire constitué de Systra pour la programmation, les études et la supervision et du groupement Interinfra pour la réalisation. Alors que Systra est l’héritière des services publics français de transport en commun, Interinfra a été créé en 1976 pour fédérer les actions commerciales à l’export de deux grands groupes concurrents de l’époque, la Compagnie Générale d’Electricité et le Groupe Empain-Schneider. Il est actuellement contrôlé par Alstom-Transport et comporte comme autres partenaires Amec Spie Rail, Vinci construction grands projets, et dans une moindre mesure, Alcatel et Thales. 200 Le ministère concerné couvrait à l’époque les transports et les télécommunications. Les recettes de ces dernières auraient fourni une partie de la trésorerie nécessaire à la construction. 255 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Le métro est une nécessité compte tenu de la densité du tissu urbain en Egypte (1993-2003) Du côté égyptien, la Cairo Metro Organisation, CMO, assure l’exploitation et la maintenance du réseau alors que la construction des lignes est assuré par la National Authority for Tunnels, NAT. L’exploitation du métro est bien entendu déficitaire comme la plupart des équipements de ce genre mais celui-ci s’avère nécessaire compte tenu de la population du Caire et de la densité du tissu urbain. Des études récentes menées par Systra (sur Fasep) et par les Japonais (sur don Jica) concluent toutes deux la nécessité de la construction rapide d’une troisième ligne pour éviter que la circulation au Caire ne se voie paralysée. Les protocoles sous revue Un montant de € 63 millions a été consacré à ce secteur pendant la période sous revue qui s’articulent comme suit : € 10 millions pour la rénovation des Catenaires de la ligne n°1, € 49 millions pour la rénovation d’équipements de la ligne n°1 et notamment des rames, € 4 millions pour des études de trafic dans la perspective d’une 3° ligne. Les deux premiers protocoles correspondent à de la maintenance, et le second à la rénovation de voitures françaises … dont la maintenance a échappé aux entreprises françaises et a été confiée aux Japonais ! Le premier protocole a été signé alors que la construction de la ligne n°2 était en cours, que les entreprises françaises avaient obtenu des contrats d’un total de € 1,2 milliard financés sur fonds propres, et que dans la même année la NAT attribuait à Interinfra un contrat de € 60 millions pour l’extension 2b de la ligne n°2, toujours sur fonds propres. Si le protocole avait été financièrement nécessaire, cela pourrait signifier que la NAT pouvait mobiliser tous les fonds nécessaire pour la construction mais qu’au sein du ministère des Transports elle le faisait au détriment du budget de maintenance de la CMO. Cette situation n’est pas très satisfaisante comme ne l’est pas plus, dans un pays comme l’Egypte, l’adoption d’un principe de financement de budgets de maintenance qui revient à subventionner l’exploitation des projets. Les protocoles sont fait pour créer des courants d’affaires. Les utiliser pour entretenir ces courants ne semble pas pertinent. Ces dernières observations s’appliquent plus encore au projet de rénovation d’équipements de € 49 millions inscrit sur protocole en 2002. Une première tentative de passer un contrat avec Alstom a échouée et a été à l’origine de tensions assez vives entre cette société et CMO. Elle avait été menée, il est vrai sur la base de spécifications imprécises et en outre dans l’urgence 256 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) créée par la crainte que le mauvais état du matériel ne conduise à un accident grave : une situation non sans rapport avec celle du turbotrain 6 ans auparavant. L’exploitant en a retiré la désagréable impression d’être à la merci des intérêts et des conditions d’Alstom. L’intervention de Systra a par la suite permis d’établir des spécifications et de définir un programme d’urgence pour assurer la sécurité. Lors de la mission d’évaluation, CMO avait dressé un « plan d’action » pour la ligne n° 1 qui est exploitée depuis maintenant plus de 15 ans. Ce plan prévoyait l’utilisation du protocole de la façon suivante : − réhabilitation des voitures : 20 M€, − doublage de voie en bout de ligne pour créer une station : 10 M€, − modernisation du systeme de contrôle : 10 M€, − rénovation du système de caténaires : 5,25 M€, − réhabilitation du système de fixation des rails201 : 0,7 M€. Le protocole répondait à un vrai besoin sans aucun doute mais n’avait pas pris en compte la faible capacité de CMO à définir des priorités et à gérer les urgences. La situation aujourd’hui créée est un peu délicate et pas très saine. Elle pourrait déboucher sur de nouvelles tensions avec Alstom à propos du coût de son intervention. En effet, alors que les prix unitaires d’Alstom sont déjà jugés trop élevés, la réduction du budget consacré aux voitures entraînera une réduction du nombre de voitures traitées et de ce fait une déséconomie d’échelle, une augmentation du coût de leur traitement et enfin probablement une augmentation des prix proposés. Par ailleurs, CMO peut être tenté de faire jouer les entreprises les unes contre les autres dans le « partage » du protocole. Que le protocole serve à attiser des différends n’apparaît pas souhaitable. Alors que le métro est dans une certaine dépendance vis-à-vis des fournisseurs français pour assurer sa maintenance, il paraît également préférable de ne pas associer l’administration française aux frustrations justifiées ou non que cela peut faire naître. Le financement sur Fasep d’études de trafic dans la perspective de la ligne n°3 s’inscrit au contraire dans une optique d’ouverture de marchés et en continuité du rôle de conseil que n’a cessé d’avoir Systra auprès de la CMO et de la NAT. Il permet de leur faire bénéficier de l’expérience accumulée dans un partenariat de maintenant plus de 30 ans. Se pose cependant de 201 Le système actuel pourrait être responsable de l’usure anormale constatée sur les bogies. 257 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) façon aiguë le problème de la stratégie à adopter pour optimiser les chances françaises de participer à l’opération. La ligne n°3 La ligne n° 3 est conçue pour desservir l’agglomération dans sa dimension est-ouest alors que les deux premières lignes sont plutôt orientées nordsud. Dans sa configuration finale elle doit desservir le quartier d’Embaba à l’ouest du Nil, et, à l’est, le centre de la ville, le quartier d’Héliopolis et l’aéroport. Sa réalisation doit se faire en 4 phases même si la réalisation des deux premières phases est celle qui est couramment évoquée. La première de ces phases a été chiffrée par Systra à € 700 millions dont 400 de part étrangère. Il s’agit donc à long terme d’un projet de l’ordre de près de € 3 milliards. La ligne de métro n°3 est une infrastructure financièrement non rentable,pour laquelle les Egyptiens essaieront d’obtenir un financement concessionnel La première phase a fait l’objet d’un appel à qualification par lot et la NAT indique vouloir faire un appel d’offres par lot ou lots groupés. Vingt-deux sociétés ont été préqualifiées, les concurrents les plus notables étant Interinfra (France), Siemens (Allemagne), Mitsubishi (Japon) et Catic (Chine). S’agissant d’une infrastructure financièrement non rentable, l’Egypte cherchera à obtenir des prêts concessionnels pour la réalisation et les enchères sont déjà lancées. Le Président de la NAT remet ainsi volontiers aux visiteurs copie du tarif des prêts concessionnels japonais en soulignant les qualités du plus avantageux : un prêt d’aide liée avec un remboursement en 40 ans dont 10 ans de grâce et 0,3% d’intérêt ; un produit à 50% d’élément don environ. La question essentielle est de savoir si la France voudra dégager les moyens nécessaires pour soutenir un groupement franco-français, pour le nommer : Interinfra. Si oui c’est un protocole proportionné aux 400 millions de la première tranche qu’il faudra mettre en place et qui soit en outre suffisamment concurrentiel pour éviter de voir scinder le marché entre, d’une part, les installations fixes et, d’autre part, le matériel roulant sur lequel la concurrence japonaise est particulièrement redoutée. Sinon, le risque est de voir les Egyptiens pousser les bailleurs à faire des surenchères sur la concessionnalité de leurs financements pour soutenir leurs entreprises nationales sur un nombre de lots adapté aux capacités financières de chacun. Les bailleurs pourraient alors avoir à s’engager dans un lutte commerciale sévère où, en fonction des stratégies industrielles ou des politiques régionales des uns et des autres, ils seraient en outre plus ou moins contraints de choisir quelles entreprises soutenir. Cela constitue un jeu assez risqué : comment se prémunir simultanément par exemple d’attaques commerciales japonaise sur le matériel roulant et allemande sur 258 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) les installations fixes dans ce jeu de momarsa202 qu’affectionnent les Egyptiens ? Malgré, et parfois même peut-être à cause de ses références, la France ne possède pas tous les atouts : Sa capacité à mobiliser de l’aide publique sur l’Egypte apparaît aujourd’hui limitée par rapport à celle des Allemands et des Japonais ; en 2001, la KFW a engagé € 75 millions de prêts à 80% d’élément don sur l’Egypte et le JBIC € 90 millions à un élément don moyen de 65% sur les années 2002 et 2003. La NAT et CMO pourraient être tentés d’adopter une politique de diversification de leurs fournisseurs. La bataille commerciale sera rude. Il faut en effet réaliser que les entreprises adjudicataires de certains des contrats de la première tranche seront presque nécessairement appelées pour les tranches suivantes. On ne change pas de matériel roulant d’un tronçon à l’autre ni de système de contrôle et de signalisation. A l’adjudication de la première tranche une partie du jeu sera donc fait pour les quatre tranches c’est-à-dire d’un projet de € 3 milliards. Les efforts consentis par les adjudicataires seront donc à proportion de ce montant et non pas de celui de la seule première tranche. Une alternative à une défense franco-française pourrait être la constitution d’un consortium européen (Euro-infra ?) qui pourrait cumuler les prêts concessionnels de plusieurs pays membres ainsi qu’un prêt de la BEI à des conditions adaptées. Rappelons à cet égard qu’Interinfra a été constitué initialement par des groupes concurrents et rappelons également que Français et Allemands ont coréalisé le métro d’Athènes. Rappelons encore que la plupart des crédits accordés par la France pour la construction de la ligne n° 1 ont été restructurés dans le cadre des accords du Club de Paris et à moitié annulés. La ligne n°3 représente un enjeu de € 3 milliards qui pourrait justifier la création d’un consortium européen Des solutions autres que ces schémas volontairement simplificateurs doivent bien entendu être élaborés mais la solution des années 1980 ne peut plus être retenue et une opération de cette ampleur exige qu’une stratégie soit soigneusement définie. Il semble ne pas y en avoir à l’heure actuelle. Le schéma de référence retenu par Interinfra pour financer la part rapatriable est aujourd’hui celui d’un financement de € 150 millions sur protocole à 35% d’élément don et d’un prêt BEI de € 200 millions. Cela semble un peu faible eu égard aux enjeux. 202 Enchères autour d’une table. 259 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Projets métro financés sur protocole année montant montant part protocole contrat trésor M€ M€ M€ objet utilisations M€ solde non utilisé condi tions élément don global 1994 Supervision de la réalisation du poste de commande de la ligne 1 du métro du Caire 0,8 0,8 0,8 0,7 0,0 prêt 52% 1997 Rénovation des caténaires de la ligne n°1 du Caire 9,9 9,7 7,7 9,6 0,3 prêt 38% 2001 Etude de trafic du Caire (métro) 3,4 3,4 3,4 3,1 0,3 fasep 100% 2002 Etude de trafic routier 0,4 0,4 0,4 0,2 0,2 fasep 100% 2002 Modernisation de la ligne n°1 du Caire 48,8 0,0 0,0 0,0 48,8 prêt 36% TOTAL 63,2 14,2 12,3 13,6 49,6 Taux de mixage moyen 74% Elément don 25,4 7,3 18,1 86% 7,9 7,9 260 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques 40% Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Hydraulique urbaine et agricole Cet ensemble de secteurs a fait l’objet de 46 % des engagements protocoles et Fasep : • Traitement d’eau potable : € 81 millions avec la réalisation ou l’extension de 8 unités. • Traitement des eaux usées : € 90 millions avec le projet phare de Gaba El Asfar. • Hydraulique agricole : € 56 millions avec des interventions sur 3 stations de pompage et la fourniture d’une assistance technique au grand projet de Toshka. Hydraulique urbaine Le secteur de l’eau urbaine a fait l’objet d’une évaluation en 1994, soit tout au début de la période sous revue. Cette évaluation souligne dans ses conclusions à la fois la bonne qualité des réalisations techniques et l’importance de l’impact des interventions françaises qui, à cette date et pour le Caire où elles étaient concentrées, correspondaient aux besoins de 60% de la population. Il y est noté par ailleurs : • que les collectivités locales éprouvaient souvent des difficultés à rendre disponibles les sites puis, pour des raisons à la fois budgétaires et techniques, à réaliser le génie civil, ce qui entraînait des retards de 2 à 3 ans dans les chantiers ; • qu’avec un recouvrement de charges limité à 40% « les déficits d’exploitation acheminent [les exploitants] à la banqueroute » ; • que le manque de ressources des exploitants ne leur permettait pas d’entretenir les réseaux dans lesquels 50% de l’eau produite par les stations était perdue. L’évaluation recommandait en conséquence : • que les projets français souvent limités à la fourniture et au montage des équipements prennent plus en compte les questions de génie civil et de réseau ; • que l’aide française soit utilisée comme levier pour inciter les pouvoirs publics égyptiens à réformer la gestion et la distribution de l’eau et notamment augmenter son prix ; • que la livraison des divers lots d’équipement soit coordonnée avec la réalisation des phases de génie civil pour éviter une mise en attente inutile de lots sur les sites, • que les interventions en matière de détection de fuites d’eau et de maintenance ou de réhabilitation du réseau soient développées. 261 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L’évaluation fournissait également, pour la période 1994-2000, une approche succincte du marché indiquant que celui-ci se situait pour les 2/3 en milieu rural et que l’investissement pour l’ensemble du pays concernait pour les 2/3 l’assainissement et pour 1/3 l’eau potable. Les principales sociétés françaises intervenant dans le secteur de l’hydraulique urbaine sont Degremont et OTV. L’activité de la première, implantée depuis longtemps en Egypte, est concentrée sur le Caire et est exclusivement financée sur protocole. Elle se réduira considérablement à l’achèvement de la construction de la station de Gabal El Asfar203 du Caire qui doit intervenir prochainement. Le groupe Degremont restera cependant très présent puisque Degremont Espagne a signé sur protocole espagnol la réalisation d’une douzaine de stations de traitement. Il serait intéressant d’analyser les retombées de ce programme pour les sociétés françaises. OTV est revenue sur le marché égyptien au seuil des années 90 à la faveur de la réorientation des protocoles français sur le secteur de l’hydraulique. Son activité plus décentralisée que celle de Degremont France concerne souvent des centres urbains secondaires. Deux projets sont ont été bloqués ou abandonnés dans ce secteur. Celui d’eau potable de Fayoum (11 M€) et celui d’assainissement d’Agamy à Alexandrie (33 M€). Dans des circonstances qui n’ont pas pu être élucidées lors de la présente évaluation, la procédure d’appel d’offres du premier projet aurait été annulée par les Egyptiens après adjudication en raison d’une plainte d’un concurrent. Ceux-ci ont par la suite demandé une réaffectation du protocole sur d’autres projets et se sont heurtés à un refus. Le blocage du second projet est dû à deux facteurs. La station d’Agamy, à l’ouest d’Alexandrie est le volet traitement d’un projet où la BEI finance la réalisation du réseau et la France le traitement, l’un n’allant pas sans l’autre. Le refus des autorités égyptiennes de souscrire à une conditionnalité d’augmentation des tarifs d’eau potable pendant plusieurs années est une des causes du retard de 6 ans qui a été pris. Cette augmentation est maintenant faite, mais le projet est actuellement victime de la faiblesse de la maîtrise d’ouvrage locale : faible compétence technique et faible capacité de dialogue. Dans ces circonstances, il est attendu que la BEI ne proroge pas la date limite d’utilisation de son prêt. Depuis 1998 et après la station d’Agamy, il n’y a pas eu d’autre projets inscrits sur protocole dans le secteur de l’hydraulique urbaine alors que : • la politique aujourd’hui affichée est celle d’une participation aux objectifs du millénaire dans ce secteur ; 203 Un site dont la capacité doit à terme dépasser celle de la station d’épuration d’Achères. 262 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) • les entreprises françaises sont en pointe dans ce secteur tant sur le plan de l’équipement que de celui de la gestion des réseaux. Il est possible qu’après les villes principales les centres urbains secondaires aient aujourd’hui atteint un niveau d’équipement qui déplacent ailleurs les priorités. Il est donc recommandé qu’une évaluation de type prospectif soit effectuée pour évaluer les besoins et les priorités égyptiennes, la nature des marchés correspondants, les financements disponibles et enfin l’adéquation du dispositif français en place ainsi que ses possibilités d’évolution. On notera à cet égard que le Nopswad, l’organisme responsable du secteur en dehors du Caire, annonce une grande campagne d’équipement des petites villes pour laquelle plusieurs banques de développement ont manifesté leur intérêt. Hydraulique agricole Trois projets de travaux et trois prestations de services ont fait l’objet d’une inscription sur protocole pour des totaux respectifs de € 48 et 7,3 millions. Des trois projets, seule la station de pompage d’El Nasr –Noubareya réalisée par Bergeron (24 M€, 1994) est actuellement achevée. Les équipements de la station de Komombo (12 M€, 1996) sont en caisse dans l’attente de la réalisation du génie civil par les Egyptiens et le troisième projet, suite à son abandon, fait l’objet d’une demande de réaffectation des crédits du protocole correspondant. Les prestations de services en cours concernent l’étude Sogreah sur la réhabilitation du barrage de Zefta et une assistance technique assez importante pour la construction de la station de pompage de Toshka fournie par Sogreah et BRL. L’eau en haute, moyenne ou basse Egypte est exclusivement celle du Nil et l’hydraulique agricole y a toujours été en enjeu majeur et éminemment politique. Les deux grands chantiers en cours sont la réhabilitation des barrages construits au début des années 1900 et la création de l’immense périmètre irrigué de Toshka. Ce projet situé juste en aval du barrage d’Assouan suppose un prélèvement d’eau de l’ordre du débit de la Seine à Paris pour approvisionner en eau 300 000 hectares. Projet par excellence du Président Moubarak, son bien-fondé est souvent contesté du fait de l’extrême pauvreté des sols du périmètre. Les entreprises françaises ont perdu au profit d’un consortium anglojaponais le marché, financé sur fonds propres, de la construction d’un première phase de la station de pompage de Toshka (environ € 1 milliard). Elles participent avec des Allemands à sa supervision, cette participation étant financée sur un volet de € 5,4 millions à 37% d’élément don du protocole de 1999. La demande de réaffectation égyptienne des € 12 millions prévus pour le projet aujourd’hui abandonné d’Abu Rawash 263 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) concerne précisément la fourniture d’équipements électromécaniques pour ce projet. Compte tenu de ce que le pari égyptien sur Toshka n’est susceptible que d’effets à très long terme, l’acceptation de la demande de réaffectation aurait une portée essentiellement politique. Un soutien significatif du projet Toshka apparaît cependant bien au-delà des possibilités financières de l’aide publique française. Succès ou échec de celui-ci, l’aide française qui lui serait attribuée risquerait donc de perdre toute sa visibilité en dehors de quelques gestes symboliques forts. L’opportunité d’un soutien plus actif de la France à ce secteur mériterait un examen attentif. Les entreprises françaises y ont remporté des succès : Vinci avec un contrat de € 70 millions financé par la BEI pour un des lots du barrage de Naga Hamadi en haute Egypte et Sogreah avec une étude sur la gestion du secteur de l’eau au niveau national que finance le Japon. La connaissance approfondie du secteur qui a été acquise devrait permettre de déterminer les enjeux économiques qui lui sont attachés et de définir une stratégie en conséquence. Dans le court terme, il conviendrait également d’examiner de plus près les raisons de l’arrêt du chantier de Komombo et par la suite d’user d’influence politique, voire de fonds que pourraient dégager des conversions de dettes, pour faire avancer ce dossier. On recommande donc également que soit réalisée une évaluation prospective des opportunités qu’offre ce secteur dans lequel se réalisent de grands projets. L’opportunité de définir une stratégie française et d’apporter un soutien plus actif au secteur de l’eau, domaine où les compétences françaises sont fortes, mériterait un examen attentif 264 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Projets du secteur de l’eau potable financés sur protocole année montant montant part protocole contrat trésor M€ M€ M€ objet utilisations M€ solde non utilisé condi tions élément don global 1993 Etude résorption fuite réseau d'eau au Caire 0,8 0,8 0,8 0,8 0,0 don 100% 1993 Extension de la station de traitement d'eau potable de Fustat 13,7 13,7 13,7 13,3 0,4 prêt 50% 1993 Station de traitement d'eau potable de d'Hosneya et El Badrashein 9,8 9,8 9,8 9,8 0,0 prêt 1993 Station de traitement d'eau potable de Beni Mazar 4,9 4,9 4,9 4,9 0,0 prêt 1993 Extension de la station de traitement d'eau potable de Beni Suef 4,3 4,3 4,3 4,3 0,0 prêt 1994 Extension de la station de traitement d'eau potable d'El Tebbin 12,2 12,2 12,2 11,7 0,5 prêt 1994 Extension de la station de traitement d'eau potable de Beni Suef 5,0 5,0 5,0 4,1 0,9 prêt 1994 Station de traitement d'eau potable du 10 de Ramadan (Grand Caire) 11,4 11,4 11,4 11,4 0,0 prêt 1995 Etude résorption fuite réseau d'eau au Caire 0,3 0,3 0,3 0,3 0,0 don 100% 1995 Etude résorption fuite réseau d'eau de Ramadan/Badr 0,5 0,5 0,5 0,5 0,0 don 100% 1996 Station de traitement d'eau potable de Fayoum 10,7 0,0 0,0 0,0 10,7 prêt 38% 1997 Extension de la station de traitement d'eau potable de Shoubra El Kheima (Le Caire) 7,6 7,6 6,1 7,5 0,1 prêt TOTAL 81,1 70,4 68,9 68,5 12,6 34,7 5,0 Taux de mixage moyen Elément don 95% 39,7 98% 35,6 35,6 265 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques 50% 50% 50% 52% 52% 52% 38% 49% Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Projets du secteur de l’assainissement financés sur protocole année montant montant part protocole contrat trésor M€ M€ M€ objet utilisations M€ solde non utilisé condi tions élément don global 1993 Etude drainage Alexandrie Est 0,6 0,6 0,6 0,6 0,0 don 100% 1993 Etude assainissement Alexandrie ouest 1,5 1,5 1,5 1,5 0,0 don 100% 1993 Etude du traitement des boues au Caire 0,3 0,3 0,3 0,3 0,0 don 100% 1994 Etude de la station d'épuration Gabal El Asfar des eaux usées du Caire 1,5 1,5 1,5 1,5 0,0 don 1995 Etude du traitement des eaux usées du Caire 0,2 0,2 0,2 0,2 0,0 don 1995 Supervision de la réalisation de la station de traitement des eaux usées de Gabal El Asfar 0,8 0,0 0,0 0,0 0,8 don 1995 Seconde tranche de la station d'eaux usées de Gabal El Asfar 52,6 52,6 52,6 34,9 17,7 prêt 1998 Station d'épuration d'Alexandrie Ouest (Agamy) 32,8 0,0 0,0 0,0 32,8 prêt TOTAL 90,3 56,8 56,8 39,1 51,2 Taux de mixage moyen 89% Elément don 41,4 20,2 21,3 100% 28,3 28,3 266 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques 100% 100% 100% 46% 38% 46% Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Projets du secteur de l’hydraulique agricole financés sur protocole année montant montant part protocole contrat trésor M€ M€ M€ objet condi tions élément don global Supervision barrage d'Esna 0,5 0,5 0,5 0,5 0,0 don 100% 1994 Station de pompage d'El Nasr - Noubareya 24,0 23,9 23,9 23,9 0,2 prêt 52% 1996 Réhabilitation de la station de pompage de Komombo 12,2 12,2 9,8 10,1 2,0 prêt 38% 1997 Station de pompage d'Abu Rawash et Zenin 12,2 0,0 0,0 0,0 12,2 prêt 38% 1999 Assistance technique au projet Toshka 6,2 5,4 5,4 2,5 3,7 prêt 37% 2003 Etude de réhabilitation du barrage de Zefta 0,6 0,6 0,6 0,1 0,4 fasep 100% TOTAL 55,7 42,5 40,1 37,1 18,6 Taux de mixage moyen 91% Elément don 25,2 17,8 7,3 94% 20,1 267 Rapport final définitif – Mars 2005 ddidacticiels et modélisation économiques solde non utilisé 1993 SERES dme utilisations M€ 20,1 45% Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L’électricité Le secteur de l’électricité a fait l’objet d’inscriptions sur protocole d’un total de € 61 millions sur la période 1993-2003 sous revue alors que dans la période 1989-1993 ces inscriptions avaient été de près de € 700 millions. Cette chute résulte des contraintes de financements retenues pour ce secteur par les pays de l’OCDE en raison de sa nature marchande : pas d’aide liée dans les secteur marchands sauf montant inférieur à DTS 2 millions ou élément don supérieur à 80 %. Les interventions sur protocoles dans le secteur de l’électricité, qui avaient été de € 700 millions durant la période 1989-1993, n’ont plus été que de € 61 millions entre 1993 et 2003 Ces contraintes ont conduit : • à réaffecter un projet de réhabilitation de sous-station de € 12 millions inscrit sur le protocole de 1994, • à multiplier les petits projets de moins de € 2 millions, • et à financer avec un prêt d’un élément-don de 80 % un dispatching de la région du Delta. Une évaluation faite en 1999 de cinq des petits projets a montré le caractère très commercial de ceux-ci qui dont certains se sont adressé à des entreprises effectuant des bénéfices confortables (Egyptalum, Nasr El Coke) et l’un à une entreprise en passe d’être démantelée. La prise en compte de la sous-station de Louxor (1993) et celle de Wadi El Nuqra (1995) signent la fin de l’aide considérable accordée par la France à la constitution des infrastructures de production d’électricité et de distribution haute tension. L’attribution d’un protocole à 80 % d’élément don au dispatching de la région ouest du Delta pour déroger à la règle OCDE suppose une très forte volonté politique de voir confier cette réalisation aux entreprises françaises. L’implantation des entreprises concernées en Egypte avait en effet été largement assurée par l’octroi régulier de protocoles pendant plus de 10 ans. Sept ans après son inscription sur protocole, seules les études du projet ont été aujourd’hui réalisées, et financées sur protocole. Aucun contrat de réalisation n’a encore été signé. L’évaluateur n’a pas eu d’informations sur les raisons de ce délai. L’absence de hâte qu’a manifesté le bénéficiaire à utiliser un prêt doté d’un tel élément don a sans doute à voir avec les réformes qu’a subi le secteur ainsi qu’aux conditions de rétrocession du prêt qui lui sont faites de la part de la banque centrale et qui peuvent être bien moins intéressantes que celles du protocole. 268 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Projets du secteur de l’électricité financés sur protocole montant montant part protocole contrat trésor M€ M€ M€ année objet condi tions élément don global 13,7 13,7 13,7 13,7 0,0 prêt 50% 1993 Compensateur d'énergie réactive 2,1 2,1 2,1 2,1 0,0 prêt 50% 1993 Centre de formation pour travaux sous tension 2,0 2,0 2,0 2,0 0,0 don 100% 1994 Centrale hydro-électrique d'El Lahun 3,0 3,0 3,0 2,4 0,7 prêt 52% 1994 Compensateur d'énergie réactive 2,3 2,3 2,3 2,2 0,1 prêt 52% 1994 Centrale thermique El Nasr Coke & Chemical 2,3 0,0 0,0 0,0 2,3 prêt 52% 1994 Centrale thermique d'Egyptalum 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt 52% 1995 Sous station électrique de Wadi El Nuqra 9,1 9,1 9,1 9,1 0,0 prêt 46% 2,3 2,3 2,3 2,3 0,0 prêt Assistance technique pour la plannification et la conception de réseaux électriques ruraux 46% 1995 Compensateur d'énergie réactive 1,5 1,5 1,5 1,5 0,0 prêt 46% 1996 Sous station électrique de Wadi El Faregh pm pm pm 0,0 pm prêt pm Dispatching électrique de la région ouest du Delta du Nil 18,3 2,7 2,7 0,0 18,3 prêt TOTAL 59,0 41,1 41,1 37,7 21,3 19,4 16,2 1997 Taux de mixage moyen Elément don 100% 35,6 100% 22,0 22,0 269 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 ddidacticiels et modélisation économiques solde non utilisé 1993 Sous-station électrique de Louxor est (distribution) 1995 dme utilisations M€ 80% 60% Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Conclusion et recommandations Les protocoles ont atteint près de € 140 millions par an dans la période antérieure à celle de l’évaluation. Ils étaient dédiés aux deux tiers au métro et à la production électrique. Trois autres secteurs faisaient l’objet d’interventions régulières : le téléphone, le contrôle de la navigation aérienne et l’eau potable. A la suite de la crise financière de la fin des années 1980 et de l’annulation de dette de 1991 qui en a marqué le terme, cette aide a été progressivement mais sévèrement réduite, dans les mêmes proportions que le budget protocoles/RPE tous pays confondus. A la fin de la période sous revue, les engagements en Egypte ont ainsi été d’une moyenne de € 20 millions par an, soit sept fois moins que dans les années 1980. Ces restrictions budgétaires et la prise en compte des règles de l’OCDE visant à mettre un terme au financement sur aide publique des projets commercialement viables ont conduit à un premier remaniement des engagements sur protocole. L’introduction de la RPE en 1998 et l’accentuation de la contrainte budgétaire en ont provoqué un second. Ces deux périodes témoignent des difficultés pour effectuer les abandons nécessaires plutôt que des premiers succès qu’une nouvelle stratégie aurait pu susciter. Crédits concessionnels et garanties publiques avaient permis un positionnement sur de grands marchés publics qui avaient exigé la mise en place d’un important et lourd dispositif commercial. Celui-ci s’est trouvé peu adapté à la donne des années 1990 et n’a généralement pas trouvé de second souffle. La presque seule exception à cette règle a été la situation d’Alcatel. A la faveur de la restructuration et de la libéralisation du secteur des télécommunications en Egypte, l’entreprise a en effet su développer et diversifier son activité, en particulier dans l’installation de câbles sousmarins et la couverture GSM du pays qui ont été financées sur fonds propres. La réponse aux grandes mutations de secteurs comme le contrôle de la navigation aérienne et l’électricité a essentiellement consisté en propositions de financements à 80 % d’élément-don, ceux-ci permettant de ne pas être tenu par les règles OCDE limitant l’aide publique aux projets commerciaux. Malgré les recommandations d’intervention en matière institutionnelle et de gestion qu’avaient exprimées les inspections des Finances et de l’Aviation civile dès 1992, l’absence française à ces niveaux a fait obstacle à l’acquisition d’une connaissance fine des mutations en cours, voire même d’une participation active, qui auraient permis de les anticiper, de gagner en influence et de développer une stratégie industrielle 270 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) et commerciale adaptée à l’ouverture de ces secteurs. Ce champ a été laissé à l’influence américaine. De plus, en dépit de l’excellence des prestations antérieurement réalisées, l’impact commercial de la tactique défensive qui a été adoptée s’est révélé très faible. Un projet de dispatching de € 18 millions demeure en effet bloqué depuis maintenant 7 ans et le projet d’équipement du centre de formation du contrôle aérien se trouve en panne depuis plus de 2 ans. La diversification de l’aide française observée au début de la période sous revue a principalement concerné le secteur de l’eau. Aux projets antérieurs d’eau potable se sont adjointes des interventions dans le domaine de l’assainissement et de l’hydraulique agricole. L’effet de levier des opérations financées dans le secteur de l’eau urbaine a cependant été inexistant : depuis 1998, aucun contrat n’a été signé et la plupart des entreprises qui sont intervenues voient aujourd’hui leurs chantiers s’achever et s’apprêtent à fermer leur bureaux. Une présence parallèle aux niveaux institutionnels et en matière de gestion aurait pu permettre de percevoir l’évolution du secteur et de prendre la mesure de ses évolutions et de l’urgence qu’il y avait à adapter l’offre française. Il paraît souhaitable qu’une évaluation de type prospectif soit effectuée pour évaluer les besoins et les priorités égyptiennes, les marchés correspondants, les financements disponibles et les possibilités d’évolution de l’offre française. La mise en place d’un dispositif d’assistance, d’appui de suivi et de veille auprès des autorités égyptiennes sera par ailleurs nécessaire pour accompagner le redéploiement d’entreprises françaises si l’objectif de doublement de l’aide française dans le domaine de l’eau doit se traduire en Egypte. Le développement de ce secteur ne peut avoir lieu qu’en parallèle avec des évolutions de son organisation et de ses institutions. Au cours de la seconde moitié de la période sous revue, les imputations annuelles, protocoles et Fasep confondus, n’ont pas excédé € 2 millions alors qu’elles avaient été de près de € 50 millions en début de période. Cette situation tient en partie au principe même de la réforme de 1998. La RPE conduit en effet à soutenir un nombre restreint de grosses opérations. Dans un pays où les opérations sont commercialement particulièrement difficiles à monter et où les pouvoirs publics ont adopté une politique d’endettement extérieur très restrictive, le maintien d’un flux de projets s’accommoderait mieux d’un portefeuille plus diversifié d’opérations plus petites. D’un montant de près de € 50 millions, le principal engagement sous le régime de la RPE a concerné la ligne n°1 du métro du Caire. Ce projet est surprenant à plus d’un titre. C’est tout d’abord un projet de maintenance 271 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) alors que l’exploitation du métro relève plutôt de questions de tarification et de subvention locale. Le contenu précis du projet fait l’objet de controverses entre la Cairo Metro Organisation (CMO) et le fournisseur français Alstom. Enfin le besoin d’un financement concessionnel apparaît d’autant moins que la ligne n°2 a été financée sur fonds propres égyptiens. Ce protocole prend toutefois un sens dans la perspective de la construction de la ligne n°3 : une opération d’un total de € 3 milliards dont € 700 millions pour une première phase pour laquelle de premières études ont été effectuées par Systra sur financement Fasep. Pour cette opération, une première question se pose : la France voudra t-elle dégager des moyens proportionnés au montant de l’ensemble de l’opération ou ne pourra t-elle qu’en soutenir une partie ? Dans le premier cas le groupement Interinfra est susceptible de présenter une offre particulièrement complète et cohérente alors que dans le second les industriels en ordre dispersé seraient soumis à une concurrence bien plus menaçante. Le schéma de financement actuellement retenu par Interinfra pour les € 400 millions de part étrangère de la première phase est celui d’un protocole de € 150 millions et d’un prêt de € 200 millions de la BEI. Ce schéma risque tout d’abord s’avérer insuffisant face à la concurrence japonaise, voire chinoise. En outre, la participation qu’il attend de la BEI semble difficile à concilier avec une exclusion de tout partenariat avec des industriels d’autres pays membre. La question est donc finalement de savoir si le soutien financier français à la ligne n°3 doit être passif ou s’il doit s’inscrire dans un politique industrielle et en être l’outil. Dans ce dernier cas, à l’instar de la constitution d’Interinfra faite avec des groupes concurrents pour sauvegarder l’essentiel, celle d’un groupement européen susceptible de mobiliser un volume critique de crédits concessionnels et de financements communautaires mériterait sans doute d’être envisagée 272 dme ddidacticiels et modélisation économiques Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) VIII La coopération agricole 204 Le contexte L’agriculture contribue en Egypte à 17% du PIB et fournit des emplois à près d’un tiers de la population active. La surface agricole utile du pays, ne représente que 3,4 millions d’hectares, bien qu’elle ait été accrue de 1,2 million d’hectares ces trente dernières années. L’objectif du gouvernement est de dépasser 4 millions d’hectares grâce à la poursuite de la politique de bonification des terres (projets Nord Sinai, East Oweinat, Toshka). Depuis le milieu des années 80, de profondes réformes ont permis la privatisation de 90% des exploitations appartenant à l’Etat, la multiplication des petites exploitations (1,5 ha en moyenne), la suppression des subventions sur les intrants et la libéralisation des prix. Avec environ 6 millions de tonnes de blé importées chaque année, l’Egypte est un des trois premiers importateurs mondiaux de blé. Les achats à l’étranger de céréales, d’un montant de plus d’un milliard de dollars par an, représentent le premier poste des importations et correspondent à la couverture d’environ la moitié des besoins. Elles permettent de satisfaire une consommation de blé et de farine qui est l’une des plus élevées du monde205. Pour la campagne 2002/2003 les principaux fournisseurs ont été la France (2,3 millions de tonnes), la Russie (1,3 Mt) et les Etats-Unis (1,3 Mt). Pour la campagne 2003/2004, les Etats-Unis ont repris leur position de principal fournisseur, la part de la France devant être beaucoup plus faible. L’importance de l’enjeu céréalier à poussé le gouvernement égyptien à conduire dès 1986 une politique visant à encourager la production locale de blé et à améliorer son ratio d’autosuffisance, actuellement d’environ 50%. Pour l’ Egypte, qui importe chaque année la moitié des 13 millions de tonnes de blé consommées, l’enjeu céréalier est fondamental L’élevage bovin, important206, est pour sa majeure partie réalisé dans de petites exploitations familiales traditionnelles. Il existe cependant des exploitations moyennes (10 à 100 bovins) et 32 grandes structures (500 à 7000 bovins). L’alimentation animale produite localement est souvent insuffisante et le développement du secteur dépend en partie des matières premières importées. 204 Dans ce secteur, une mission parallèle à la mission d’évaluation a été réalisée, à la demande du ministère de l’Agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales. Cette mission, effectuée par Monsieur J.M. Travers, Inspecteur Général de l’Agriculture, avait pour objectif de réaliser une évaluation rétrospective et prospective du BLAFE, et s’est déroulée à la même période que la mission d’évaluation, ce qui a permis des échanges de vues. 205 173/kg/an/habitant, essentiellement sous forme de pain « baladi », dont jusqu’au 2/3 du coût est couvert par des subventions. 206 Le nombre de bovins est estimé à 7,3 millions de têtes. dme ddidacticiels et modélisation économiques 273 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) La dépendance vis-à-vis des importations, notamment pour les principales denrées de base, reste un sujet de grave préoccupation pour le gouvernement égyptien. Une stratégie de développement agricole a été mise en place pour la période 1997/98 à 2016/17. Parmi les 14 axes retenus figurent : maintenir la croissance de la production de céréales ; augmenter la production de sucre ; donner plus d’importance aux projets d’irrigation ; augmenter le production de protéines animales ; appuyer la recherche agricole ; poursuivre l’effort de distribution de terres aux jeunes diplômés ; poursuivre les programmes de bonification des terres ; créer un environnement favorable aux investisseurs étrangers et égyptiens ; etc. … On peut noter que l’accord d’association Union européenne – Egypte prévoit une libéralisation du commerce des produits agricoles. Le dispositif français de coopération Dans les secteurs de l’agriculture et de l’élevage, les interventions de la Coopération française reposent pour l’essentiel sur les actions du Bureau de Liaison Agricole Franco-Egyptien, BLAFE207. Une aide alimentaire qui a permis la mise en œuvre de projets de développement agricole en partenariat Chaque année depuis 1968 la France accorde une aide alimentaire à l’Egypte. Ce don est livré sous forme de farine de blé ou, depuis 2000, de blé. La dernière livraison (20 000 tonnes) a été réalisée en novembre 2003. Depuis 1983, la France et l’Egypte ont créé un Fonds de contrepartie de l’aide alimentaire pour soutenir le développement du secteur agricole en finançant des projets. Ce Fonds, abondé par le biais de la monétisation sur le marché égyptien des produits livrés, a représenté € 110 millions sur la période 1983-2002. Le Fonds de contrepartie de l’aide alimentaire permet de mettre en œuvre, par l’intermédiaire du BLAFE, de nombreux projets de développement agricole En 1984, le BLAFE a été créé avec mission d’administrer le Fonds de contrepartie, d’identifier les projets susceptibles de faire l’objet d’un financement en tenant compte de la demande égyptienne et du taux de retour pour les entreprises françaises, et de suivre les projets approuvés tout au long de leur cycle. Le BLAFE est un service du ministère égyptien de l’Agriculture, dont le co-directeur égyptien est Directeur des relations internationales du ministère et le co-directeur français un assistant technique. Ce dernier, s’il est logé au ministère208, entretient des relations 207 En dehors de ce cadre, des travaux sont menés en liaison avec l’IRD dans le domaine de la virologie alimentaire ; le CFCC dispose de quelques moyens, très limités (bourses de stage, invitations) 208 Il existait antérieurement des bureaux canadien, américain et allemand. La Coopération française est la seule à avoir conservé un assistant technique logé au ministère, ce qui permet un réel travail en commun avec l’administration égyptienne. dme ddidacticiels et modélisation économiques 274 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) étroites avec les services de l’Ambassade et, plus spécialement la Mission économique où il dispose également d’un bureau. L’instruction des projets est effectuée par un comité technique paritaire, le comité de pilotage à qui revient la décision d’adopter ou non un projet étant coprésidé par le Ministre de l’Agriculture et l’Ambassadeur de France. Le coût annuel de fonctionnement du BLAFE (assistant technique et frais de fonctionnement) pour la Coopération française est d’environ € 150 000, qui sont pris en charge pour 40% par le ministère de l’Agriculture, pour 40% par le ministère des Affaires Etrangères (CFCC) et pour 20% par le ministère des Finances (DREE). Les fonds de contrepartie représentent une capacité de mettre en œuvre des projets pour un montant d’environ € 2 millions par an. Le budget de l’aide alimentaire, qui dépendait jusqu’à présent du ministère de l’Agriculture sauf pour les transports, sera entièrement géré par les Affaires étrangères à compter de 2005. Les projets du BLAFE présentent un intérêt certain pour le développement agricole et s’inscrivent dans la stratégie égyptienne Jusqu’en 1999 les financements de projets, réalisés dans tous les secteurs, ont fait preuve d’une certaine dispersion, mais depuis une concentration sur certaines filières (blé, lait, sucre) et approches (bonification des terres, lutte biologique) a été opérée. En 2002, un programme-cadre a été élaboré. Le BLAFE permet le financement de projets de développement dans un pays où des projets ZSP ne sont pas possibles Entre la Commission mixte de 1992 et celle de 2001, 75 projets ont été financés. On peut citer : l’appui à la distribution des terres aux jeunes diplômés ; le programme de mise en valeur des terres récemment irriguées dans le delta ; le projet de développement de l’élevage, dont l’objectif est d’augmenter la production de lait et de viande ; le projet d’amélioration des techniques fromagères. Fin 2003, le projet CREFDAT (Centre de Ressources Egypto-Français pour le Développement Agricole de la zone de Toshka), action d’expérimentation qui accompagne un grand projet de développement agricole du pays, a été approuvé. Les projets réalisés s’inscrivent dans la stratégie agricole définie par le gouvernement égyptien. La qualité de ces projets est appréciée par les Egyptiens. Elle est également reconnue par les autres bailleurs de fonds209. 209 Le Co-directeur du BLAFE copréside le groupe des donneurs sur l’agriculture. La Commission européenne aurait envisagée de confier au BLAFE la gestion du solde de son fonds de contrepartie de l’aide alimentaire. dme ddidacticiels et modélisation économiques 275 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Evaluation Des projets réussis qui constituent la seule aide à des projets de développement de la Coopération française Pour la Coopération française, l’incidence positive, même si elle est bien sûr limitée, des projets BLAFE sur les secteurs de l’agriculture et de l’élevage se double d’un intérêt en tant que participation de la France à des projets de développement : dans le cadre des Donor Assistance Groups, DAG, créés pour coordonner la lutte contre la pauvreté et la marche vers les objectifs du millénaire, c’est seulement dans le groupe agriculture que la France peut faire entendre sa voix. Il est parfois reproché à la Coopération française par les Egyptiens210 de ne plus agir que dans l’intérêt direct des entreprises françaises : le BLAFE, sans perdre de vue cet aspect, réalise de réels projets de développement. Des retombées non négligeables pour les institutions et entreprises françaises Le taux de retour de l’aide alimentaire est estimé par le BLAFE à 40%211. Bien que ce taux semble optimiste et n’ait pu être vérifié, on constate que pour les 75 projets mis en œuvre entre 1992 et 2001, l’encadrement par des entreprises ou des institutions françaises a été fréquent212. Le projet de filière francophone dans l’agro-alimentaire à l’Université d’Alexandrie est soutenu par le BLAFE. Les exportations céréalières françaises profitent aussi de la visibilité du BLAFE et il est probable qu’elles seraient moins faciles sans l’existence de celui-ci. Un dispositif de financement qui ne peut être maintenu Pays émergent pour lequel le principal bailleur, les Etats-Unis, estime que l’aide doit être remplacée par le commerce et les investissements, l’Egypte ne doit normalement pas bénéficier d’une aide alimentaire, qui, selon les orientations désormais admises par les donateurs, est à réserver aux pays les plus pauvres et aux situations d’urgence. Néanmoins, classée par la FAO dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier, l’Egypte a un besoin crucial d’importer des céréales et la France a défini avec les autorités égyptiennes un programme d’appui à la sécurité alimentaire. Il serait cependant peu cohérent de réaliser de l’aide alimentaire dans l’unique objectif de permettre au BLAFE de poursuivre ses activités. Actuellement, les fonds disponibles en trésorerie s’élèvent à environ LE 70 millions213, mais 50 millions sont affectés à des projets en cours. Le 210 Par exemple au ministère de la Coopération internationale. 211 Montant de l’aide alimentaire / marchés des institutions et entreprises françaises. 212 IGN, Spot-images, Cirad, Agropolis, INRA, IRD, UCEAR, Agropôle, Gnis sont cités dans le procès-verbal de la Commission mixte. 213 La livre égyptienne vaut actuellement € 0,13. dme ddidacticiels et modélisation économiques 276 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) reliquat de 20 millions disponible214 permet la poursuite des activités du BLAFE pendant environ 2 ans. Après cette période d’autres financements doivent être envisagés pour que le BLAFE poursuive ses activités. On peut aussi souligner que si les résultats obtenus sont à porter au crédit d’une équipe franco-égyptienne soudée, ils dépendent avant tout de l’énergie dispensée par un homme, l’assistant technique co-directeur, et la pérennité institutionnelle du BLAFE n’est pas assurée. Conclusions et recommandations La poursuite des activités du BLAFE est souhaitable pour l’Egypte : l’intérêt des projets pour l’agriculture du pays est certain. Elle est également souhaitable pour la France : le BLAFE représente pratiquement la seule aide à des projets de développement de la Coopération française, et une aide réussie avec en outre un retour pour les institutions et entreprises françaises. La pérennité du BLAFE ne pourrait être assurée que par des financements nouveaux difficiles à trouver Le maintien des crédits de fonctionnement pris actuellement en charge par les ministères de l’Economie et des finances, des Affaires étrangères et de l’Agriculture et les reliquats financiers disponibles dans le Fonds de contrepartie peuvent permettre d’assurer pour encore deux années les activités du BLAFE. Au delà, la survie du BLAFE ne peut être assurée que par de nouveaux financements, mais les organismes susceptibles de les fournir semblent peu favorables à un engagement d’environ € 2 millions par an permettant le maintien de l’activité actuelle. C’est le cas du ministère de l’Agriculture comme du ministère des Affaires étrangères ainsi que du ministère de l’Economie et des finances215. Les outils comme le FASEP et la RPE ne sont pas adaptés à un tel financement ; l’AfD n’est pas autorisée à faire des dons en Egypte. Le programme est trop important pour la coopération décentralisée. Les céréaliers acceptent les retombées, mais ne sont probablement pas prêts à ce qu’elles représentent un coût. Il ne semble pas non plus que le Gouvernement égyptien veuille pérenniser sur son budget ce bureau franco-égyptien216. Le BLAFE pourrait certes développer une activité de conseil en Egypte, mais il s’agirait plus de l’activité d’un ou de quelques individus que de la pérennité d’une institution. 214 Dont 13 millions correspondent à l’aide alimentaire dispensée fin 2003. 215 La DREE envisagerait de ne plus participer financièrement au fonctionnement du BLAFE. 216 Selon le ministère de la Coopération internationale, l’agriculture n’est d’ailleurs pas au « top de l’agenda » de la coopération internationale, la formation professionnelle et le développement des PME étant prioritaires. dme ddidacticiels et modélisation économiques 277 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) En ce qui concerne les financements multilatéraux, le CSP de la Commission européenne ne comporte pas de volet agricole pour la période 2002-2006 et la FAO ne dispose pas de moyens suffisants. Comme dans d’autres domaines, la question se pose en fait de savoir si la Coopération française doit réaliser des projets de développement dans un pays qui ne fait pas partie de la ZSP. Une réponse positive nécessite des moyens supplémentaires, qui semblent difficiles à rassembler, mais qui pourraient éventuellement provenir des accords de conversion de dette. Une réponse négative condamne à terme l’existence du BLAFE, dont la disparition devrait sans doute alors être discutée avec les Egyptiens, car les actions de développement de la Coopération française en Egypte, à la fois réussies et ayant une bonne visibilité externe ne sont pas nombreuses, et il ne serait pas souhaitable de confirmer l’impression de retrait de la Coopération française qu’ont parfois certains Egyptiens. La Coopération française peut-elle abandonner, sans donner l’impression d’un retrait, la réalisation de projets de développement réussis et visibles ? dme ddidacticiels et modélisation économiques 278 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Annexes Termes de référence Présentation des experts Liste des personnalités rencontrées L’aide internationale à l’Egypte dme ddidacticiels et modélisation économiques 279 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie dme ddidacticiels et modélisation économiques en Egypte (1993-2003) 280 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie DGCID SME / SCE4 Bureau de l'évaluation en Egypte (1993-2003) Direction du Trésor SAEI Unité d’évaluation Évaluation de la coopération française en Egypte 1993-2003 Termes de référence* (version 7) ( 8 avril 2004) L'évaluation-pays, ou évaluation géographique, porte sur les activités de coopération dans le pays concerné. C’est un exercice de nature rétrospective, confiée à un prestataire extérieur, sélectionné après une mise en concurrence. Elle est réalisée sous la conduite d'un comité de pilotage. Elle sert de base à une réflexion de caractère stratégique. 1. JUSTIFICATION DE L'EVALUATION La décision de mener une évaluation de la coopération française en Egypte a été inscrite au programme de la DGCID du Ministère des affaires étrangères par le comité des évaluations du 27 mai 2003 sur proposition de la coordination géographique. La Direction du Trésor du Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie l’a également inscrite à son programme 2004. Cet exercice associe en outre d’autres ministères et organismes publics. Cet exercice est motivé par : • les relations historiques, culturelles et économiques; • la francophonie; • l'importance des moyens et la diversité des instruments de la coopération (bien que n’appartenant pas à la Zone de Solidarité Prioritaire, l’Egypte est un des bénéficiaires majeurs de l’APD française); • la multiplicité des acteurs et des opérateurs; • le souhait du poste d’apprécier la cohérence du dispositif de coopération, d’améliorer sa lisibilité et éventuellement de réorienter ses choix stratégiques; • La perspective d’un démarrage des activités de l’Agence française de développement. • La perspective d’établissement d’un document stratégique pays. Dans la perspective d’une coopération rénovée avec l’Egypte, des leçons doivent être tirées de l’analyse du passé. Les succès ou des difficultés en matière de coopération qui ont pu être rencontrés dans la décennie écoulée sont de nature à éclairer la pratique de la coopération dans le futur. * Ce document demeure la propriété exclusive de l'administration française. Les consultants doivent s'engager à ne pas divulguer son contenu et à le pas l'utiliser à d'autres fins que celles de l'étude. dme ddidacticiels et modélisation économiques 281 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie 2. en Egypte (1993-2003) CHAMP DE L'EVALUATION L'étude analysera la politique française de coopération en Egypte dans son ensemble, entre 1993 et 2003. Elle englobera tous les moyens participant à la coopération française en Egypte, mis en œuvre par : - les administrations : Ministère des affaires étrangères, Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, Ministère de l’agriculture, Ministère de la recherche, Ministère de l'éducation nationale, Ministère de la culture et de la communication, Ministère de l’intérieur et autres administrations ayant contribué à la politique de coopération. - les organismes participant au dispositif français de la coopération internationale. Il s'agit : des organismes sous tutelle : l'Agence pour l’Enseignement du Français à l’étranger (AEFE), l’Association Française d’Action Artistique (l’AFAA), le Bureau de liaison agricole franco-égyptien (BLAFE), le Centre d’études et de documentation économique, juridique et sociale (CEDEJ) ; et des établissements publics comme l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO), les Universités, les écoles, IRD … - les collectivités territoriales ainsi que les ONG recevant des subventions du MAE. Sont exclues les actions relevant exclusivement d’une logique d’expansion économique (promotion du commerce extérieur et des investissements français). Il importera toutefois de mettre en perspective les interactions entre les activités de coopération et les relations diplomatiques, commerciales, industrielles, financières, etc entre la France et l’Egypte. 3. OBJECTIFS DE L'EVALUATION 3.1. Analyse rétrospective Les évaluations pays ont pour objectif l'analyse rétrospective afin d'en tirer des enseignements pour l'avenir. L'exercice d'évaluation peut être utilisé aussi dans les procédures internes pour améliorer la communication, les échanges, l’apprentissage et la synthèse des expériences. Détaché de l'action quotidienne, ce travail devra permettre de tirer les enseignements du passé en déterminant les objectifs atteints, les principales réalisations, les lacunes du dispositif et le degré d'adéquation de la coopération à la réalité de l’Egypte et aux orientations définies par la France. Sur ce point, il sera nécessaire d'analyser comment l'action de la France se situe par rapport au contexte humain, politique ou économique, et par rapport à la politique sectorielle du pays. Il conviendra également de replacer l'action de coopération dans le cadre des orientations politiques et stratégiques générales de la France dans la région. L'évaluation constituera une démarche participative et pragmatique de réflexion visant à prendre un certain recul pour améliorer les méthodes de coopération et leur efficacité. Elle croisera les approches sectorielles, par acteurs et par instrument, pour dégager une compréhension globale de la politique française de coopération en Egypte. L'évaluation est donc bien entendue ici comme un instrument essentiel de réflexion et de conseil qui se distingue nettement de l'audit ou du seul contrôle, dont les objectifs et les moyens d'analyse sont différents. De même l'évaluation des personnes ne fait pas partie du champ de l'étude. 3.2. Principales perspectives L'évaluation-pays devra se positionner selon les trois perspectives suivantes : 1. Une appréciation globale des réalisations sur la base des objectifs fixés, en formulant un jugement sur la pertinence de ces objectifs par rapport aux buts et aux moyens du pays bénéficiaire, aux priorités arrêtées par la Coopération française, et par référence aux ambitions assignées par la communauté internationale (réduction de la pauvreté et des inégalités, développement durable, genre, etc.). dme ddidacticiels et modélisation économiques 282 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) 2. Un jugement sur les activités, faisant appel aux critères d'efficacité, d'efficience et de viabilité, en procédant à des études sectorielles, sur les instruments, sur les moyens et sur les dispositifs opérationnels. 3. Une évaluation de la performance de la coopération française en tenant compte des conditions initiales en Egypte, des capacités de mobilisation des divers acteurs publics et privés, des actions des autres bailleurs de fonds (en particulier de l'Union européenne), ainsi que de l'évolution de l'environnement général. Ambitions complémentaires de l'exercice d'évaluation 3.3. A l'objectif essentiel d'examen du passé pour en tirer des enseignements, s'adjoindront deux objectifs supplémentaires : a) Etudier les modes de relations, internes et externes : Un des objectifs assigné à l'évaluation-pays est aussi de contribuer à approfondir et à mieux organiser le dialogue interministériel ainsi que les relations avec les opérateurs, à développer les contacts avec les instances de coopération internationales et les divers interlocuteurs, en particulier les autres bailleurs de fonds qui interviennent dans le pays. b) Contribuer à établir une nouvelle relation de partenariat avec le pays bénéficiaire : L'évaluation-pays offre l'occasion d'engager de nouvelles relations avec les autorités égyptiennes et de fournir des éléments à l'édification du partenariat. 4. CONTENU DE L'EVALUATION 4.1. Démarche d'analyse (stratégie, secteurs, instruments, thèmes spécifiques) L'exercice d'évaluation-pays relève d'une démarche à visée synthétique. Un tel exercice ne constitue pas en une somme organisée d'évaluations de projets et de programmes. Il procède d'un raisonnement en termes de politique et stratégie globales. 4.1.1. Les évaluateurs s'efforceront de retracer et d’analyser l’évolution des orientations stratégiques (explicites et implicites) de la coopération (pour la France et pour l’Egypte). Pour effectuer cette première analyse générale, les évaluateurs s'appuieront sur l'ensemble des documents disponibles, notamment la programmation, les déclarations officielles, les procès-verbaux des commissions mixtes, les visites ministérielles, les rapports de mission, les comptes-rendus des opérateurs, les évaluations de projets et de secteurs etc. Au cours de la dernière décennie, les objectifs de la coopération française ont visé trois directions complémentaires : 1- L’influence française sur les plans culturels, éducatifs, linguistiques, universitaire, scientifique et technique, audiovisuel ; 2- la solidarité et l’aide au développement (l’Egypte est un des bénéficiaires majeurs de l’APD française) ; 3- le soutien des investissements français et le développement des échanges commerciaux. 4.1.2. Ils présenteront une analyse par secteur (une nomenclature sectorielle adaptée au contenu de la coopération avec l’Egypte sera mise au point par les évaluateurs) : - linguistique et éducatif ; - scientifique, universitaire et recherche (coopération universitaire, sciences sociales, archéologie…); - culturel et artistique ; - audiovisuel et journalistique ; dme ddidacticiels et modélisation économiques 283 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) - coopération technique (y compris coopération militaire et sécurité intérieure) et institutionnelle; - économique : eau et assainissement, transports (métro, chemin de fer, tramway), électricité, santé, télécommunications, tourisme ; - agriculture. 4.1.3. Une analyse par instrument de la coopération devra également être présentée : - coopération financière : Réserve pays émergents (RPE), FASEP, protocoles financiers avant 1998 ; - crédits d’intervention sur titre IV du MAE et du Ministère de la recherche; - crédits de fonctionnement sur titre III du MAE, MINEFI…; - assistance technique ; - conversion de la dette ; - bourses, missions ; - aide alimentaire (fonds de contrepartie – Bureau de liaison agricole franco-égyptien, BLAFE) ; - Assistance au développement des échanges en technologies économiques et financières (ADETEF) ; - coopération décentralisée (IMED, région PACA,...). 4.1.4. Enfin certaines questions spécifiques seront approfondies : - Quelle est la cohérence de la politique de coopération avec les autres éléments de l’action extérieure de la France (action diplomatique, action de promotion du commerce extérieur). - Quelle a été l’adaptation de notre coopération à l’évolution de la société égyptienne (démographique, politique, culturelle, économique…) ; - Quelle est la cohérence de notre coopération avec la politique de développement de l’Egypte (notamment, dans le domaine linguistique et éducatif et dans les secteurs soutenus par la coopération financière) ; - Quelles sont les contraintes et les attentes concernant le BLAFE. Quels scenarii envisageables pour l’avenir - Quelles sont les synergies entre nos actions de coopération (en particulier par rapport aux domaines de l’archéologie, des sciences sociales, de l’économie…). Y-a-t-il eu des projets fédérateurs ; - En quoi notre politique d’action culturelle favorise le dialogue de nos deux cultures. - Quelle est l’articulation entre la coopération bilatérale française et la coopération communautaire de l’Union européenne, les organismes multilatéraux et en particulier l’Agence Internationale de la francophonie (Université Senghor d’Alexandrie) ; - Quelle est l’influence des associations franco-égyptiennes sur la constitution de partenariat et de réseaux (faire notamment la carte des associations existantes). 4.2. Critères de l’évaluation L’appréciation des experts devra être formulée de manière explicite, aussi bien dans sa partie sectorielle que dans sa partie globale, selon les critères communément reconnus dans le domaine de l’évaluation des politiques publiques : pertinence, effectivité, efficacité, efficience, cohérence, viabilité, impact. 4.3. Approches concernant l'impact Les évaluateurs s’efforceront d’apprécier, dans la mesure du possible, l'impact sur le court, le moyen et le long terme des interventions de la coopération française au regard des principaux objectifs retenus. Cette mesure tiendra compte de l'objectif politique de présence française (francophonie, intérêts diplomatiques, échanges commerciaux et investissements, image de la France…). Seront passés en revue : les impacts politiques, sociaux, institutionnels, économiques et financiers, techniques et opérationnels. dme ddidacticiels et modélisation économiques 284 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Ils fourniront également des appréciations concernant les impacts sur le développement de la francophonie, sur l'image de la France créée par la coopération, en terme de visibilité et de lisibilité, et sur les échanges commerciaux et les investissements français (effets directs et à moyen terme sur le commerce extérieur, effet vitrine). Une comparaison avec les autres partenaires de l’Egypte sera établie. 4.4. Conclusions, enseignements à tirer et propositions Les conclusions seront présentées en tenant compte des principaux critères de l'évaluation des politiques publiques : pertinence, cohérence, efficacité, efficience, viabilité, impact. L'évaluation devra aboutir à des conclusions sur la coopération française en Egypte dans son ensemble ainsi que par secteur, thème et instrument. L'évaluation exprimera des jugements argumentés sur les échecs et les réussites. A la lumière des principales conclusions et des principaux enseignements tirés de l'évaluation, les évaluateurs présenteront des propositions pour l'avenir de la coopération française en Egypte. Ces propositions porteront en particulier sur les stratégies, les méthodes de coopération et le partenariat. Ces propositions constitueront pour l'Administration des pistes de réflexion susceptibles d'éclairer les décisions et la mise en œuvre des actions de coopération pour le futur et de faciliter l’élaboration ultérieure par l’Ambassade du document de stratégie pays. 5. ORGANISATION DE L'EVALUATION 5. 1. Mission de lancement Une mission d’information et de sensibilisation a été effectuée du 1er au 4 mars 2004 par le chef du bureau de l'évaluation de la DGCID et le chef de l’unité d’évaluation des activités de développement du Trésor. Au cours de cette mission, des contacts ont été pris avec les principaux acteurs français de la coopération. Un projet de termes de référence de l’évaluation a été remis. Les objectifs de l'évaluation, son champ, sa problématique, ses principaux thèmes, son calendrier, ont été présentés et la mission a recueilli les différentes remarques exprimées par les représentants des administrations et organismes publics représentés. La mission a également rencontré les représentants des principales aides multilatérales. 5. 2. Comité de pilotage et comité de suivi Un comité de pilotage est institué à Paris. Il est présidé par M. Tristan d’Albis, Conseiller-maître à la Cour des Comptes. Il est composé de représentants du MAE, du MINEFI et des principaux ministères français et organismes concernés par la coopération avec l’Egypte ainsi que de représentants de la société civile. La liste ci après n'est pas limitative . Les noms des membres seront précisés ultérieurement. 1. Ministère des affaires étrangères • Direction d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, sous direction d'Egypte-Levant (ANMO/EL) • • • • • • • • • • Bureau de la politique culturelle et artistique (CID/CCF/C) Sous-direction du français (CCF/F) Bureau de la coopération universitaire (CID/SUR/UCO) Sous direction de la recherche (CID/SUR/RSA et CID/SUR/RES) Direction de l’audiovisuel et des techniques de communication (ATC) Sous-direction du développement social et de la coopération éducative (CID/DCT/H) Sous direction du développement économique et de l'environnement (CID/DCT/E) Sous-direction de la coopération institutionnelle (CID/DCT/I) Mission des appuis financiers et des études économiques (CID/DCT/FAP) Service de la coordination géographique, Département d'Afrique du Nord/Moyen-Orient (CID/CG/AO) Mission pour la coopération non-gouvernementale (CID/CNG) • dme ddidacticiels et modélisation économiques 285 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie • • • • • 2. Ministère • • • • en Egypte (1993-2003) Bureau de l'analyse stratégique et des questions multilatérales (CID/SME/SCE1) Direction de la coopération militaire et de défense (DCMD) Service des affaires francophones (FR) Centre d’analyse et de prévision (CAP) Bureau de l'évaluation (CID/SME/SCE4) de l'économie, des finances et de l'industrie Direction du Trésor, Unité d'évaluation des activités de développement Direction du Trésor, Bureau F4 pays émergents DREE – bureau 4C Afrique Proche-Orient DIGITIP, SPIC, Sous direction internationale 3. Ministère de l’agriculture • DPEI 4. Ministère • • • • de la recherche MSTP DR DT CNRS 5. Ministère de la culture • DAI 6. Ministère de l’éducation nationale • DRIC 7. Ministère de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer • Direction des affaires économiques et internationales (DAEI) • Direction du Tourisme, Mission des affaires internationales 8. Ministère de la Défense • EMA 9. Ministère de l’intérieur • SCTIP 10. AEFE 11. AFD • Département Méditerranée 12. IRD 13. Autres Personnalités Le comité de pilotage discute et approuve les termes de référence. Il donne un avis sur le choix des experts, puis les informe et favorise leur travail. Il étudie le rapport d'étape ainsi que le rapport provisoire et fait part de ses remarques. Il valide le rapport final. Un comité de suivi est également constitué au Caire. Il est composé de représentants de la coopération française. Ce comité est informé par le comité de pilotage vis l’Ambassade, consulté tout au long du processus d’évaluation, et ses réactions sont examinées par le comité de pilotage. dme ddidacticiels et modélisation économiques 286 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Le Bureau de l’évaluation de la DGCID et l’unité d’évaluation de la direction du Trésor ont un rôle méthodologique, administratif, financier. Ils assurent le co-secrétariat permanent de l'évaluation et favorisent les échanges entre le comité de pilotage, le comité de suivi et les évaluateurs. 5. 3. Constitution de l’équipe d’évaluation Les consultants sont invités, en prenant connaissance des présents termes de référence, à faire des propositions techniques et financières pour la réalisation de l’évaluation. La sélection s'effectuera sur la base des critères suivants : • exposé de la problématique et compréhension du sujet, • méthodologie proposée, • qualifications, expériences et compétences (notamment c.v. des experts), • prix des prestations (cf. modèle de devis en annexe 1) • délais et modalités de réalisation (chronogramme). Le calendrier ci-après doit être respecté. 5. 4. Première phase : étude des dossiers à Paris Dans une première phase, estimée de l’ordre de 30 hommes/jour, les évaluateurs prendront connaissance à Paris des divers documents et rencontreront les personnes concernées. A l'issue de cette phase, ils remettront un rapport d'étape dont le contenu sera le suivant (cf. également point 8) : - présentation des principales données quantitatives de la coopération française sur la période sous revue (tableaux et graphiques commentés) - précisions sur la nomenclature de secteurs à retenir - précisions sur la méthodologie pour la suite de l'évaluation - propositions pour la mission de terrain (déplacements à prévoir à l'intérieur du pays, projets à visiter et justification de ces propositions) 5. 5. Deuxième phase : mission de terrain Une mission de terrain, de l'ordre de 55 hommes/jour, sera effectuée dans le pays. Le programme en sera préparé par l'Ambassade de France au Caire sur la base des propositions faites dans le rapport d'étape. Les évaluateurs devront rencontrer : - du côté français : les différents services de l'Ambassade, les diverses structures de la coopération française en poste dans l’État , les assistants techniques, des représentants du secteur privé et associatif. - du côté égyptien : les autorités, les responsables des projets et leurs bénéficiaires finaux (ceci concerne les projets qui seront visités par les évaluateurs), des représentants de la société civile. - du côté de la communauté internationale : les représentants des principaux bailleurs de fonds. Des déplacements à l’intérieur du pays sont à prévoir (notamment Alexandrie). Des réunions seront organisées avec l’Ambassade en début et en fin de mission. 5. 6. Troisième phase : synthèse Environ 30 hommes/jour sont prévus pour cette phase de synthèse qui s'achève par la rédaction du rapport provisoire (cf. point 8). Le nombre d'hommes/jour pour chacune des trois phases est indicatif et peut être modifié. Au total, cependant, l'expertise ne devrait pas dépasser 115 hommes/jour. dme ddidacticiels et modélisation économiques 287 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) 6. EXPERTISES 6. 1. Expertises externes Le bureau d’études retenu après consultation restreinte aura la responsabilité d’assurer le rôle d’ensemblier en intégrant des apports d’études complémentaires de travaux réalisés par des consultants ou de prestations d’experts additionnelles. L'expertise pourrait être composée de plusieurs experts senior et d'un expert junior. Les compétences devront s’exercer dans les trois domaines suivants: - questions économiques et financières de l’aide au développement ; - questions relatives aux échanges culturels, coopération éducative, scientifique et technique, francophonie, formation, archéologie ; - questions relatives aux investissements et aux échanges commerciaux et agricoles. Les experts devront disposer d' une solide expérience en matière d’évaluation de politiques publiques et être spécialistes des problèmes de relations internationales et de coopération (solidarité et influence). L'expert junior, ayant de préférence une formation socio-économiste, pourra être chargé de la compilation des données et de la préparation des séries statistiques en France. Les évaluateurs ne devront pas avoir été ou être actuellement partie prenante aux actions, projets, programmes et politiques sur lesquels ils auront la mission de porter une appréciation. 6. 2. Expertises internes En fonction de l'expertise proposée par le candidat retenu, le comité de pilotage examinera la possibilité de confier une ou plusieurs expertises complémentaires à des agents de l'Etat ou d'organismes parapublics. 7. CALENDRIER La durée globale de l'étude est de 7 à 8 mois. Le calendrier prévisionnel est le suivant : • • • • • • • • • • • mise en concurrence (lancement de la consultation début avril 2004) sélection du candidat (début mai) établissement du marché, (notification mi mai 2004) 1ère phase d’analyse et de collecte de données (juin) présentation au comité de pilotage du rapport d'étape (fin juin) mission de terrain (fin août - septembre) rencontre avec le comité de pilotage au retour de la mission (septembre) remise du rapport provisoire au comité de pilotage au plus tard le 15 octobre étude du rapport par le comité de pilotage (fin octobre) rapport final au plus tard le 1er décembre 2004. restitution et rétroaction auprès des responsables du MAE à Paris (mi-décembre) et au Caire. 8. RAPPORTS Un rapport d'étape sera établi à la fin de la phase d'étude des dossiers à Paris et préalablement à la mission de terrain (cf point 5.4). Il sera remis en 25 exemplaires et diffusé au comité de pilotage. dme ddidacticiels et modélisation économiques 288 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) A l'issue de la mission en Egypte, un rapport de mission rendra compte des visites et des rencontres, sans procéder à une analyse approfondie. Le rapport provisoire devra être disponible pour le 15 octobre 2004. Il sera remis en 25 exemplaires (et sur disquettes) et diffusé au comité de pilotage. Le rapport final (remis en cinq exemplaires et sur disquette) devra être achevé et disponible pour le 1er décembre 2004 dans sa version définitive. Ce rapport, qui aura intégré les observations émises par le comité de pilotage, devra être préparé en vue de son édition dans la collection " évaluations " du ministère des affaires étrangères, conformément à la charte graphique. Une synthèse de l'étude, de cinq à six pages, sera publiée au début de ce rapport. Cette synthèse générale sera complétée par un résumé distinct de deux pages selon le schéma adopté par les deux services assurant le cosecrétariat. Dans la perspective d’une éventuelle publication dans la collection « rapports d’évaluation » du MAE, il est demandé à l’opérateur de fournir au moins 4 photographies (libres de droits sur support numérique) pour la 1ère page de couverture ainsi qu’un résumé, en une demi-page, pour la 4ème de couverture. Le document n'engagera que ses rédacteurs et en aucun cas les autorités françaises. Celles-ci décideront ensuite de son utilisation et de sa diffusion. 9. RESTITUTION, RETROACTION La restitution des conclusions, des leçons à tirer de l'évaluation et des propositions des évaluateurs concerne tous les acteurs de la coopération franco-égyptienne. Elle fera l'objet de séances organisées à Paris et au Caire. Une séance de restitution des principales conclusions et recommandations de l’évaluation sera organisée à Paris ainsi qu’au Caire avec la participation du responsable de l’équipe des évaluateurs. La rétroaction vise les responsables de l'Etat et de l'administration. Le comité de pilotage établira une note pour le Directeur général de la coopération internationale et du développement et pour les cabinets des Ministres concernés. L’Ambassade au Caire effectuera une information des partenaires selon les modalités qu’elle appréciera en temps voulu. dme ddidacticiels et modélisation économiques 289 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Présentation des experts Présentation du groupement La présente évaluation a été réalisée par un consortium regroupant les sociétés DME & SERES.. DME a réalisé, depuis 1986, de nombreuses évaluations de projets, de programmes et de politiques publiques de développement. Ces évaluations ont été menées tant ex-ante (avant la mise en œuvre des projets ou des stratégies), qu’ex-post afin d’en apprécier, notamment, la cohérence, la pertinence et la pérennité. Les principales références de DME dans ce domaine sont les suivantes : -1) Pour le MAE : • Evaluations rétrospectives des actions de la coopération française au Tchad (2003, en consortium avec SERES), en Guinée (2002, en consortium avec SERES), au Vanuatu (2001, en consortium avec Ingérop et SERES) ; • Evaluations de dispositifs de coopération : évaluation des dispositifs d’analyse économique en Afrique (2002) ; Evaluation des actions de formation dans le domaine du développements social (2003) ; • Evaluation de projets dans le domaine de la sécurité intérieure et civile (2004). -2) Pour des exécutifs nationaux ou régionaux : • Evaluation des stratégies de développement de la Polynésie française après le CEP, pour le Gouvernement de la Polynésie française, ministère du Plan (2001) ; • Evaluation des effets économiques et budgétaires de la loi de défiscalisation de certains investissements dans les départements et les territoires d’Outre-mer, pour les Chambres de Commerce et d’Industries de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion (1996) ; • Evaluation de l’impact des transferts publics sur les équilibres économiques de la Martinique, pour la Chambre de Commerce et d’Industries de la Martinique (1994 et 2004) -3) Pour des institutions internationales : • Evaluation des stratégies communautaires en matière d’ajustement structurel dans les pays de la zone Afrique-Caraïbes-Pacifique, à la demande de la Direction Générale du Développement et du Parlement Européen (en collaboration -1992) ; • Evaluation de la planification en Afrique sub-saharienne, à la demande du Programme des Nations Unies pour le Développement (en collaboration - 1988) ; • Evaluation des politiques commerciales et financières sur l’emploi dans les pays les moins avancés, à la demande du Bureau International du Travail (en collaboration - 1987). SERES s’est spécialisée dès sa création en 1990 dans l’évaluation des politiques publiques et possède une profonde expérience de ces évaluations, qui résulte des évaluations effectuées notamment : -1) pour le CICID • Evaluation de la coopération administrative internationale notamment en Afrique du Nord (cas du Maroc) et en Afrique subsaharienne (2002) dme ddidacticiels et modélisation économiques 290 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) -2) pour le MAE : • Evaluations rétrospectives de l'aide française à Djibouti (1999), et, en consortium avec DME, au Vanuatu (2001), en Guinée (2002) et au Tchad (2003) ; • Evaluation rétrospective globale des Programmes d’Appui aux Administrations Financières et Economiques - PAAFIE (1996-97) ; • Evaluations particulières des PAAFIE Sénégal (1998), Burkina Faso (1999), et Guinée (2000). • -3) pour la Direction du Trésor : • Evaluation du Centre d’Innovation Franco-Thaï de Bangkok (1997) ; • Evaluation de l'appui au secteur privé et au partenariat en Tunisie (1996) ; • Evaluation des appuis à l'Office National des Chemins de Fer du Maroc (1995) ; • Evaluation de l'appui au partenariat des entreprises franco-marocaines (1994). -4) pour des institutions internationales, notamment la Commission Européenne : • Participations aux évaluations de la stratégie d'aide pays de la Commission Européenne pour différents pays : Cameroun et Côte d'Ivoire (1998), Sénégal (1999), Burkina Faso (2001) ; • Evaluation rétrospective de l'ajustement structurel en Côte d'Ivoire (1994-95) ; • Evaluation rétrospective des transferts STABEX en Côte d'Ivoire (199495). Présentation de l’équipe de consultants L’équipe était constituée de quatre consultants seniors : Olivier Sudrie, économiste principal à DME et chef de projet, Jean-Claude Le Goff, Directeur SERES, Daniel Robin (DME) et Patrick Durrande (SERES). Biographie résumée des consultants seniors Olivier Sudrie, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, docteur ès sciences économiques, Professeur de sciences économiques et maître de conférences à l’Université de Versailles, a réalisé de nombreuses évaluations de projets, de programmes et de politiques de développement. Figurent notamment parmi cellesci : • Evaluation rétrospective de la coopération française au Vanuatu, MAE 2001 (en collaboration avec Ingerop et SERES) ; • Evaluation rétrospective de la coopération française en Guinée, MAE 2002, (en collaboration avec SERES) ; • Evaluation rétrospective de la coopération française au Tchad, MAE 2003, (en collaboration avec SERES) ; • Evaluation des actions de formation dans le domaine du développement social, MAE 2004. • Evaluation comparative des dispositifs d’analyse économique en Afrique, MAE 2002. dme ddidacticiels et modélisation économiques 291 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) • Etude sur le devenir de l’assistance technique française (réalisée en collaboration avec R. Forceville et P. Pougnaud). Ministère de la Coopération 1992 ; • Evaluation des stratégies communautaires en matière d’ajustement structurel dans les pays de la zone ACP (en collaboration avec Ph. Hugon). Parlement européen, Direction Générale du Développement, 1992. • Evaluation des politiques commerciales et financières sur l’emploi dans les pays les moins avancés (en collaboration avec Ph. Hugon). Bureau International du Travail, 1987 Chercheur au Centre d’Etudes et de Recherche en Economie du Développement (Université Paris-X) Olivier Sudrie a effectué, au cours des vingt dernières années, de très nombreuses missions d’expertise à l’étranger et notamment en Afrique du Nord (Maroc, Tunisie, Algérie) ou au Proche-Orient (Jordanie). Il assurera la direction de l’étude. Jean-Claude Le Goff, docteur en économie et diplômé de Sciences Po est fondateur et Directeur de SERES. Il a orienté une partie importante de son activité ces dernières années vers les évaluations rétrospectives de programmes complexes, en particulier les évaluations de politiques publiques. Il a mené plusieurs évaluations dans des pays arabes pour le MAE et pour la Direction du Trésor. • Evaluation de la coopération notamment au Maroc (CICID – 2002) administrative internationale • Evaluations rétrospectives de l’aide française à Djibouti (1999), et, en consortium avec DME, au Vanuatu (2001), en Guinée (2002) et au Tchad (2003) ; Evaluation rétrospective du Projet d’Appui aux Administrations Financières et Economiques de Guinée (PAFIEG), MAE, 2000 Evaluation de l'aide française à Djibouti (MAE - 1998-99). Evaluations des Programmes d’Appui aux Administrations Financières et Economiques - PAAFIE - Cameroun, Côte d'Ivoire, Bénin, Sénégal, (MAE 1997-2000). Evaluation de la politique d’aide de l’Union Européenne aux pays ACP, Cameroun, Côte d'Ivoire, Sénégal, Burkina Faso (Commission Européenne 1998-2001). Evaluation rétrospective de l'ajustement structurel et des transferts Stabex en Côte d'Ivoire sur (Commission Européenne - 1994-95). Evaluations rétrospectives de protocoles réalisées pour la Direction du Trésor : Appui au partenariat en Tunisie (1997) ; Centre d’Innovation FrancoThaï de Bangkok (1997) ; Office National des Chemins de Fer du Maroc (1995) ; Partenariat des entreprises franco-marocaines (1994). Participation en 1994, à la demande de la Commission Européenne, à un séminaire à Bruxelles sur les évaluations rétrospectives. Critique de la méthode suite aux évaluations réalisées. dme ddidacticiels et modélisation économiques 292 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Daniel Robin, après avoir réalisé de nombreuses évaluations de fonctionnement de systèmes éducatifs dans les pays de l’OCDE, et des comparaisons internationales, se consacre depuis une douzaine d’années -pour la coopération française et les institutions multilatérales- à la définition et à l’évaluation de plans d’aide, projets et programmes de développement, ainsi qu’à l’analyse du fonctionnement des institutions de l’éducation et de la culture. Figurent notamment parmi ces travaux : • Evaluation rétrospective de la coopération française en Guinée, MAE 2002 (avec SERES), dans les secteurs de l’éducation, de la culture et de la jeunesse et des sports. • Audit du système éducatif de Russie et de la relation entre formation et emploi (Communauté Européenne, 1996-2000). • Evaluation du programme du PNUD en Haïti (Unesco, 1992). • Evaluation de la coopération éducative, conception et mise en place d’un plan d’appui sectoriel (Comores, Niger, 1991-1992). • Etude de faisabilité et implantation d’une capacité nationale d’évaluation (Guinée 1996 et 2003, Mali 1997, Banque Mondiale). • Evaluation du fonctionnement de l’enseignement élémentaire et secondaire – de l’administration et de la décentralisation – (Mauritanie 1996, Guinée, Sénégal, Djibouti 1995 - Banque Mondiale- Madagascar 1992-1995, Coopération française) ; • Evaluation des modes d’information pour la gestion du système éducatif (Guinée, Mauritanie – Banque Mondiale – 1992-1993). Patrick Durrande, a une expérience très large de l'évaluation des politiques d’aide publique. Depuis quinze ans, il collabore régulièrement avec les services d’évaluation de la Direction du Trésor, de l’ex-ministère de la Coopération, et, aujourd'hui, du MAE. Outre des évaluations projet, dont une en Egypte et deux en Tunisie, il a participé à de nombreuses évaluations pays. Les travaux du consultant en matière d’évaluation ont concerné l’Afrique subsaharienne, le Maghreb, l’Amérique du sud et l’Asie. Les principaux sont les suivants : Evaluations pays pour la Direction du Trésor : Sri-Lanka, Bolivie ; Evaluations pays, ou générales, pour le ministère des Affaires étrangères ou celui de la Coopération : Maroc dans le cadre de l’évaluation de la coopération administrative, Sénégal, Côte d’Ivoire, pays subsahéliens du Club du Sahel, évaluation de la coordination des stratégies d’aide publique au Burkina Faso, typologie des FAC d’intérêt général ; Evaluation projet pour la Direction du Trésor : usine de centraux téléphoniques de Mankapur en Inde, aide au partenariat en Pologne et en Hongrie, métro de Santiago du Chili, petits projets industriels en Egypte, collecte des ordures ménagères à Tunis, équipement en remorqueurs de l’Office tunisien de la marine marchande et des ports ; Evaluation projet pour le ministère des Affaires étrangères : évaluation à mi-parcours de l’aide au secteur privé béninois ; Evaluation projet pour d’autres bailleurs : évaluation à mi-parcours du barrage de Ben Taïba en Algérie (BafD), évaluation a priori du refinancement de la banque tunisienne de développement touristique, évaluation déjà mentionnée de la coordination des stratégies d’aide publique au Burkina Faso (Commission européenne). Patrick Durrande a une double formation en sciences et en sciences humaines, avec un premier DEA en physique nucléaire et un second, en sciences économiques, acquis dans les Universités respectives d’Orsay et de Paris. Il est également diplômé de l’Université de Standford en ingénierie économique. dme ddidacticiels et modélisation économiques 293 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie dme ddidacticiels et modélisation économiques en Egypte (1993-2003) 294 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Liste des personnalités rencontrées Nom Fonction Abd El Aziz Ibrehag Conseillère pour le française au Ministère de l’Education Abd Elmegeed Tobar Mohammed Ministère de l'Aviation Civile, Chef du Département du planning et du suivi des projets Abdelmoneim M. Blafe Abdou Amir Youssri Sous-secrétaire d'Etat Senior, Ministère de l'Aviation Civile, Chef du Département des affaires financières, commerciales et économiques Abou Baker (Dr.) Amin Sous secrétaire d’Etat au Ministère de l’Education Abou Zeid Zahia, Mme Sous-secrétaire d'Etat, Ministère de la Coopération internationale (MOIC) Abourachid Dounia directrice du département de traduction et d’édition Ahmed Mosaad Medhat Directeur du Centre Central d’entraînement Al-Kibi Jamal Directeur adjoint – Bureau de la Banque mondiale au Caire Aly El Khawas Aleya, Mme Directeur au Département des Investissements et des Correspondants étranges, Banque Centrale Amè Philippe Co-Directeur BLAFE Amorim Aude de Chef du bureau de l’évaluation – DGCID - MAE Angelé Sabine français langue vivante 2 Angelozzi Annibale Conseiller au service de coopéraiton, Ambassade d'Italie Anwar Mohamed (Dr.) Ibrahim Sous secrétaire d’Etat pour les relations culturelles étrangères Awada-Jalu Sawsan Agence de la Francophonie Aziz Basta Camelia, Mme Directrice du département des études, de la plannification et de la communication, Ministère de l'Irrigation et des Travaux publics Baquian Max Sous-direction de la recherche – MAE Baron Robert secrétaire général du CEDEJ Bayoumi Hala chercheur au CEDEJ Beauvais Christophe de Attaché scientifique et de coopération universitaire CFCC Beaux-Grimal Nathalie Responsable de la filière francophone d’égyptologie, Université du Caire Bellaïche Serge Direction du Trésor, Bureau F1 Bénéteau Jean Vice Président, Université française d’Egypte dme ddidacticiels et modélisation économiques 295 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Nom en Egypte (1993-2003) Fonction Benevento Guido Chef du service de coopération, Ambassade d'Italie Bernay Michel Directeur des études, faculté d’ingénierie, Université française d’Egypte Besancenot Hervé Deuxième conseiller, ambassade de France Biays Joël-Pascal Coordonnateur de l’Institut de droit des affaires internationales, Université du Caire Blin Louis Consul général de France à Alexandrie Blum Jan Directeur de l'agence KFW du Caire Boccone Marc Coordination mathématiques Borai Gamal Inspecteur et ancien conseiller pour le français Bordes Gilles Chargé de mission Méditerranée Moyen-Orient, DGI, ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Bouallegue Rémy Ministère des Affaires étrangères, Direction d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Boyer Luc Dree, Ministère de l’économie, des Finances et de l’Industrie Bullock James L. Counselor for Public Affairs (Cultural and press) – Ambassade des Etats-Unis Catalan-Marcos Rodolphe Conseiller régional de coopération multilatérale - Cavalier Jean-Michel Ministère des Affaires étrangères Chambon Florence Ministère des Affaires étrangères, DGCID, Direction de l’audiovisuel extérieur et des techniques de communication. Chiquet Gérard Représentant pour le Moyen-Orient, Sofreavia Colas des Francs Ophélie Coordinatrice de la filière francophone de journalisme (CFCC, Université du Caire) Courbe Thomas Chef du bureau Afrique, Proche-Orient, DREE Cousseran Jean-Claude Ambassadeur de France en Egypte de Beauvais Christophe Attaché scientifique et de coopération universitaire (CFCC) Delecambre Daniel Ministère de l’Enseignement Egyptien deThelin (Sœur) Geneviève coordinatrice du collège du Sacré-Cœur de Ghamra Driyer M. Directeur de la Mission archéologique allemande Dullier Jean-Pierre Attaché de sécurité intérieure Dupuis Véronique Dupuy Bernard Durin Jean-Paul El Razaz Samia, Mme dme ddidacticiels et modélisation économiques cours de langue Secrétaire Général d'Interinfra secondaire Directeur de l'ingénierie du Centre de navigation aérienne du Caire 296 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Nom en Egypte (1993-2003) Fonction El Soda Morsi Faculté d’Agriculture, Université d’Alexandrie El Soda Morsi Professeur – Faculté d’Agriculture – Université d’Alexandrie El Tayeb (Dr.) Mohamad Directeur des Instituts Nationaux El-Azab Amin Shalaby Magdy Président de l'Organisation du Metro du Caire (CMO) Empereur Jean-Yves Directeur, Centre d’études alexandrines, Alexandrie Farid Hawa français de spécialité Farouk Dina bureau technique du Ministre Favereau Annie Ministère des Affaires étrangères Feas Enrique Conseiller commercial de l'Ambassade d'Espagne Fergani Donia chef du secteur de l’Education technique Fostier Richard Attaché Commercial – Mission Economique Fourment Jean-Pierre Directeur, Alstom Transport Egypte Gabriel (Père) Nabil secrétaire général des écoles catholiques Gambard-Trébucien Martine Consul de France Gaufroy Dominique, Mme Direction du Trésor, Bureau F1 Geoffroy Jean-Pierre Directeur commercial export, Sofreavia Georget Philippe Sous-Directeur de la recherche –– Commission des fouilles Gharib Omaïna Directeur du département des missions Griffiths Stéphane Responsable de la filière francophone en gestion et commerce international, Université Aïn-Shams Guespereau Martin Direction du Trésor, bureau F4 Harmon James Chief, Division of Water and Wastewater – USAID Hawass Zahi Secrétaire Général du Conseil Suprême des Antiquités Hawass Zahi Secrétaire Général du Conseil Suprême des Antiquités Helal Hany Recteur de l’Université Senghor Hendrickx Damien Attaché de sécurité intérieure adjoint Hué Christian Vice-Consul, chef de Chancellerie, Consulat Général de France à Alexandrie Hugonnot Bernard Attaché culturel (CFCC) Humbert Max-André mathématiques et sciences Humeau-Roussel Benedicte directrice de la médiathèque de Mounira Hussein Ragha Présidente de l’Association Egyptienne des professeurs de Français Ibrahim Hussein Mohamed M. Directeur Général du Département des Investissements et des Correspondants étranges, Banque Centrale dme ddidacticiels et modélisation économiques 297 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Nom en Egypte (1993-2003) Fonction Imannn Yassef directeur général de l’enseignement agricole Jacquemond Richard université et ancien responsable du DTI Janelle Robert Bureau des politiques agricoles et de la sécurité alimentaire – DCT/EPS Jean-Michel Guillot DMT2 – Sous-Direction Accords Internationaux, Coface Kamelgarn Daniel Responsable de l’unité Evaluation des projets de développement – Direction du Trésor – MINEFI Karim M. Conseiller, National Authority for Tunnels (NAT) Keraudren Henri Commissaire en chef de la marine, DCMD Khoury Hamid Délégué régional pour le Moyen-Orient, Amec Spie Rail Klesse Wolfgang B. Programme Manager – Délégation de la Commission Européenne Klesse Wolfgang B. Programme Manager – Délégation de la Commission Européenne Korra Sawsan conseillère pour le français aux Instituts Nationaux Lahaye Jean-Pierre Chef du service DGCIC/SME/PAF/BUD, Ministère des Affaires étrangères Lautré Marc Chef des services économiques pour le Proche-Orient, Mission Economique Lautré Marc Conseiller financier Laveille Jean-Louis écoles trilingues Le Razer Yann Assistant du conseiller de coopération et d’action culturelle (CFCC) Leclant Jean Professeur au Collège de France - Secrétaire Perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres Lemaire Pascal Responsable géographique Egypte – DGCID – MAE Louche Denis Conseiller de coopération et d’action culturelle, Directeur du CFCC Loussararian Peter Attaché audiovisuel (CFCC) Magdi Abdel Samad Director General – Egyptian International Centre for Agriculture Magdi Abdel Samad Director General – Egyptian International Centre for Agriculture Marcon Luigi Ernesto Resident representative - BEI Marcou Jean Directeur de la filière francophone de la faculté d’économie et de science politique, Université du Caire Maroger Dominique Ministère des Affaires étrangères, DGCID Mehanna Gharra dme ddidacticiels et modélisation économiques présidente de l’AEPF 298 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Nom en Egypte (1993-2003) Fonction Mellado Diego First Secretary – Head of Sector – Economic Modernisation – Délégation de la Commission Européenne Mellado Diego First Secretary – Head of Sector – Economic Modernisation – Délégation de la Commission Européenne Meublat Guy Attaché de coopération – Développement et coopération technique Millet Julien Chargé de l'Egypte au bureau Afrique, Proche-Orient, DREE Mohamed Mahmoud Moataz propriétaire de l’Ecole Balzac Moisseron Jean-Yves directeur de l’IRD Morcos Hala, Mme Directrice commercial pour l'Egypte, Amec Spie Rail Moulin Anne-Marie chercheur au CEDEJ Mousny Françoise cycle maternel Naffetat Martine directrice de l’Ecole Balzac Naggar Antoine Directeur général, Thalès Air Traffic Managment Egypt Nandy Jane Associate Director – Human development and Democraty – USAID Nauman Shérif Directeur commercial, Degremont Egypte Necola Samira, Mme Directrice du département des études et recherches, Office national de l'Eau potable et de l'Assainissement (Nopwasd) Nesci Vincenzo Président, Alcatel Egypte Omara Samy M. Président de l'Office national de l'Eau potable et de l'Assainissement (Nopwasd) Ott Mary Deputy Director - USAID Pages Christian Conseiller Financier – Mission Economique Pauly Monique Attachée commerciale, biens de consommation et services, Mission Economique Pease Olivier Directeur des ventes, Alstom Transport Egypte Pellissier Jean-Paul Chef du Bureau Afrique – Méditerrannée et organisations internationales – Ministère de l’Agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales Pharès Adrien Directeur général, Crédit Agricole Indosuez Egypte (futur Calyon Bank Egypt) Piquet Hervé Chef de la mission économique Platel Bernard écoles gouvernementales Pliez (Dr.) Olivier chercheur au CEDEJ dme ddidacticiels et modélisation économiques 299 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Nom en Egypte (1993-2003) Fonction Poggiolli Claude formation initiale, primaire-préparatoire Poulet Claude Attaché de coopération éducative et linguistique Rimmen-Mohl Ghislaine Attachée Commerciale – Mission Economique Roignan Anne-Hélène Conseillère Commerciale – Mission Economique Rojkoff Audrey DGCIC/SME/PAF/BUD, Ministère des Affaires étrangères Rotte-Capet Marie-Christine Direction du Trésor Saba Assal Hoda Inspectrice Générale de L’Enseignement technique Sabbag Ronald Directeur général, Degremont Egypte Sabry Abd El Aziz Khater Head of Egyptology Sector – Conseil Suprême des Antiquités Saïd Maya écoles gouvernementales Sami Nathalie université Schmidt Peter-Michael Directeur du programme Moubarak-Kohl Initiative– GTZ Shafie Abdallah General Director – Foreign Relations – Ministry of Agriculture Shafie Abdallah General Director – Foreign Relations – Ministry of Agriculture Shehatta Ali Président, National Authority for Tunnels (NAT) Sherkawi Hani directeur ESIG Suby Stéphanie Assistante (VP PACA), filière francophone « IAA », Université d’Alexandrie Taher Moushira H., Mme Sous-Secretaire d'Etat, Ministère des Finances, Departement des prêts Toubar Khaled M. Services techniques, Ministère de l'Irrigation et des Travaux publics Travers Jean-Marie Inspecteur général – Ministère de l’Agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales Valentin Marc Directeur, école française Champollion, Alexandrie Van Horn Robert A. Chief, Commodity Import Program - USAID Van Horn Robert A. Chief, Commodity Import Program - USAID Vernet Yannick Coordinateur VP PACA, musée d’histoire des sciences, Bibliotheca Alexandrina Wakil Ola Conseillère, Ministère de la Coopération internationale (MOIC) Yassine Imane bureau technique du Ministre Zikri Kauzman Magdi Directeur du collège de La Salle dme ddidacticiels et modélisation économiques 300 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) L’aide internationale à l’Egypte Sauf mention contraire, les données présentées dans cette annexe ont été élaborées à partir des bases statistiques du CAD (OCDE). Elles sont limitées à l’année 2002 faute de publication de l’année 2003. Elles ont été laissées en dollars US dans la mesure où les repères en matière d’aide internationale s’expriment habituellement dans cette monnaie. Trois bases de données ont été exploitées. − Celle retraçant les versements globaux des bailleurs (disbursments) qui sont les éléments de référence pour quantifier l’aide publique (461 enregistrements) ; − Celle des aides engagées (commitments) qui distinguent les prêts, les dons et la coopération technique (1007 enregistrements) ; − Celle des projets individuels engagés déclarés par les bailleurs (Credit reporting system ou CRS – 2450 enregistrements). Les chiffres des trois bases ne coïncident pas parfaitement mais restent très cohérents entre eux : $ 22,2 milliards pour l’aide brute sur la période 19932002, $ 21,6 pour les engagements globaux et 18,2 milliards pour les engagements par projets. Il y a tout d’abord bien entendu un décalage entre engagements et versements pour les projets dont la réalisation s’étale sur plusieurs années. Cela explique en partie les différences entre les données concernant les versements et les engagements. Elles restent toutefois limités, les secondes recouvrant 98 % des montants décaissés. Une des différences entre engagements globaux et projets individuels résulte de l’absence totale des pays et des fonds arabes dans le Credit reporting system. Là encore cependant la base du CRS recouvre 84 % des engagements globaux et apparaît très représentative de l’activité des bailleurs. Les bailleurs omettent parfois de déclarer en détail certains éléments de leurs actions. Les engagements par projets se situent ainsi à des niveaux souvent inférieurs tant à ceux des versements et des engagements globaux. Par exemple pour ce qui est de la coopération technique française, les contributions des ministères de la Recherche et de l’Education n’apparaissent pas dans le CRS217. Les projets de la Commission européenne ne sont également pratiquement pas enregistrés dans cette base. 217 Cette situation est générale et n’est pas limitée au cas égyptien. dme ddidacticiels et modélisation économiques 301 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) En outre des imprécisions sur la nature de certains projets apparaissent parfois. Dans le cas de la France, les annulations de dettes sont bien toutes prises en compte au niveau du versement des dons mais elles n’apparaissent spécifiquement comme telles qu’à partir de l’année 1998. En outre elles n’apparaissent pas du tout avant cette date dans la base des engagements. Les versements L’aide publique est conventionnellement comptée nette. Pour autant que leurs conditions soient concessionnelles, la totalité des décaissements de prêts est toujours initialement comptée dans l’APD en dépit du caractère limité de leur élément don. Les prêts nets et l’aide nette sont par la suite calculés en décomptant des versements courants les remboursements effectués. Les différés pendant lesquels il n’y pas de remboursement étant souvent longs, les remboursements ne commencent que six à dix ans après les versements qui leur correspondent. Dans le cas de l’Egypte, les annulations de dette correspondent toutes à des créances privées prises en compte par les Etats après mise en jeu des garanties publiques initialement accordées aux banques prêteuses. Elles se traduisent par l’enregistrement de dons. Le traitement de la dette égyptienne en mai 1991 a donné lieu à plusieurs types de mesures : des annulations immédiates, des annulations échelonnées et des rééchelonnements avec ou sans mise en place de prêts spécifiques de rééchelonnement. Ces derniers sont des prêts concessionnels mis en place par les bailleurs qui permettent au bénéficiaire de régler leurs arriérés commerciaux et d’honorer les échéances correspondant aux périodes au terme desquelles les bénéficiaires sont censés avoir consolidé leur capacité à faire face à leurs obligations financières. Des prêts de ce type pour un total de près dix milliards de dollars ont ainsi été effectués à la suite de la crise financière égyptienne et de la guerre du Golfe. Les inexactitudes relevées sur la classification des annulations de dette françaises dans la base du CAD ont été corrigées en fonction des données communiquées par la direction du Trésor. Celles similaires concernant d’autres pays, l’Allemagne notamment, n’ont pas eu ce traitement. Elles ne portaient souvent par ailleurs que sur l’année 1992, voir une autre des premières années de la période. Le prêt de refinancement allemand de $ 1,5 milliard indiqué dans le CRS pour l’année 1992 n’apparaît pas dans les versements 1992 de ce pays pour une raison indéterminée. Les prêts de refinancement américains de $ 5,8 milliards ont été faits en 1991. Ils ne figurent donc pas dans les données cidessous qui commencent en 1992. dme ddidacticiels et modélisation économiques 302 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les versements des principaux bailleurs moyenne 93- moyenne 98- Moyenne 9397 02 02 Millions de dollars 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Aide publique nette Etats-Unis France Commission européenne Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche AID Pays-Bas BAfD Canada Royaume Uni Autres pays 1 662 267 72 715 409 111 23 -37 -3 26 9 35 17 291 939 261 57 111 379 275 26 -24 8 15 9 31 10 290 685 410 136 292 94 189 25 10 38 20 6 27 7 742 626 449 94 170 117 243 27 27 69 24 9 63 6 92 725 301 98 442 54 201 33 25 67 17 14 114 8 99 542 284 197 397 97 125 31 23 141 23 23 17 9 76 810 308 190 112 211 85 32 26 39 24 18 15 12 72 667 254 151 104 71 132 40 22 14 19 18 14 5 72 635 242 73 65 53 86 42 25 26 17 10 9 4 41 630 201 71 106 61 53 25 23 3 20 14 10 4 36 846 100 91 62 28 13 16 20 21 17 2 10 12 48 703 341 117 282 148 207 28 12 65 20 13 50 8 260 718 221 115 90 85 74 31 23 20 19 13 11 7 54 710 281 116 186 117 140 30 18 43 20 13 31 8 157 TOTAL Aide publique nette Membres de l'Union europénne Union européenne yc. Commission 3 597 1 175 1 247 2 387 557 615 2 682 1 385 1 522 2 016 743 837 2 200 870 968 1 985 802 999 1 955 536 726 1 582 469 620 1 328 392 465 1 257 387 458 1 286 247 338 2 254 871 988 1 482 406 521 1 868 639 755 Millions de dollars 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 894 128 113 411 337 189 239 243 195 206 192 96 135 48 252 281 1 66 23 22 21 Annulations de dette Etats-Unis France Commission européenne Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche AID Pays-Bas BAfD Canada Royaume Uni Autres pays 8 6 22 12 43 18 2 moyenne 93- moyenne 98- Moyenne 9397 02 02 258 187 222 143 0 72 13 13 8 7 11 4 0 2 56 96 53 2 6 7 11 27 27 4 8 7 3 11 10 10 TOTAL Annulations de dette Membres de l'Union europénne Union européenne yc. Commission 1 082 61 61 164 8 8 552 136 136 536 193 193 582 288 288 569 313 313 271 258 258 199 195 195 217 209 209 222 215 215 118 115 115 481 188 188 205 198 198 343 193 193 Millions de dollars 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 768 140 72 715 409 111 23 -37 -3 18 9 35 17 239 939 147 57 111 379 275 26 -24 8 9 9 -12 10 288 685 -2 136 157 94 189 25 10 38 20 6 27 7 736 626 113 94 122 117 243 -39 4 69 24 9 7 6 85 725 112 98 190 54 201 33 3 67 5 14 18 8 88 542 45 197 116 97 125 31 2 141 23 23 17 9 49 810 65 190 111 211 85 32 26 39 24 18 15 12 45 667 59 151 104 71 132 40 22 14 19 18 14 5 68 635 36 73 65 53 86 42 25 26 15 10 9 4 33 630 9 71 106 61 53 25 1 3 20 14 10 4 29 846 4 91 62 28 13 16 1 21 17 2 10 12 44 703 83 117 139 148 207 15 -1 65 16 13 11 8 249 718 34 115 90 85 74 31 15 20 19 13 11 7 44 710 59 116 114 117 140 23 7 43 18 13 11 8 146 2 515 1 114 1 187 2 224 550 607 2 129 1 249 1 385 1 480 550 644 1 617 581 679 1 417 489 686 1 684 278 468 1 383 274 425 1 111 184 256 1 035 172 243 1 168 132 223 1 773 684 800 1 276 208 323 1 525 446 562 Aide publique hors annulation de dette Etats-Unis France Commission européenne Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche AID Pays-Bas BAfD Canada Royaume Uni Autres pays TOTAL hors annulation de dette Membres de l'Union europénne Union européenne yc. Commission dme ddidacticiels et modélisation économiques 39 19 moyenne 93- moyenne 98- Moyenne 9397 02 02 303 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Millions de dollars Versements de prêts Etats-Unis France Commission européenne Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche AID Pays-Bas BAfD Canada Royaume Uni Italie Fonds arabes Autres pays TOTAL Versements de prêts Membres de l'Union europénne Union européenne yc. Commission Millions de dollars en Egypte (1993-2003) 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 51 136 4 250 47 42 6 117 26 225 63 2 044 96 64 162 94 39 70 46 103 109 75 71 57 95 40 52 7 28 152 65 61 34 45 54 57 61 27 50 64 46 42 31 27 22 44 26 32 16 39 63 41 29 25 81 42 22 28 3 76 69 130 73 449 33 52 50 38 29 1 54 61 90 56 239 8 19 50 83 82 157 57 33 49 32 54 78 45 62 10 10 7 10 15 24 17 19 10 13 3 13 12 13 87 85 24 118 87 8 631 74 3 4 12 2 2 7 5 2 5 10 5 9 12 25 2 3 15 26 153 32 6 4 1 17 78 16 12 743 486 494 2 722 459 478 1 221 889 939 506 177 260 434 178 261 536 95 253 328 108 164 305 107 140 242 93 142 252 93 125 282 89 143 1 084 360 438 282 98 143 683 229 290 moyenne 93-97 moyenne 98-02 -150 11 15 30 13 3 6 -13 1 5 21 -1 1 -1 9 -6 0 10 -27 37 57 72 62 70 -13 -10 65 -4 13 -9 -2 146 27 -1 20 -1 11 -1 1 -7 0 2 -89 24 36 51 37 37 -3 -5 43 -2 12 -5 -1 69 13 1 -108 34 19 -130 42 34 -150 10 43 483 235 293 -47 40 55 218 137 174 1999 2000 2001 2002 moyenne 93-97 moyenne 98-02 566 11 155 86 173 42 27 24 143 10 111 84 46 90 36 21 451 10 88 58 50 46 25 24 177 6 79 118 52 41 17 0 354 3 57 76 39 8 13 0 172 28 58 68 86 111 25 6 338 8 98 84 72 46 24 14 255 18 78 76 79 78 24 10 10 0 5 1 53 3 1 6 1 41 10 1 7 1 24 7 2 7 1 27 5 6 2 42 13 2 7 8 32 14 3 62 9 1 6 2 35 7 1 10 2 49 460 346 404 1 104 133 288 564 145 256 747 83 170 432 65 144 535 54 111 587 359 417 676 96 194 632 227 305 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Prêts nets Etats-Unis France Commission européenne Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche AID Pays-Bas BAfD Canada Royaume Uni Italie Fonds arabes Autres pays 51 101 4 47 25 42 0 -65 -3 2 9 0 -2 87 72 -32 3 117 19 69 47 151 -31 -44 56 105 81 39 -24 16 32 59 97 75 -66 -36 70 43 95 34 52 0 -47 25 137 35 50 34 -92 36 30 29 39 20 4 -121 33 36 25 24 16 4 -175 10 -15 30 3 7 16 -175 -11 -8 53 9 -12 7 -187 -15 33 12 -11 -16 1 -40 8 -6 9 -43 -2 117 75 5 -9 38 -1 6 67 -14 14 141 -1 23 39 -1 16 14 -1 18 -2 26 -1 9 -2 3 0 13 -1 -2 598 65 -6 69 -1 9 -4 -2 3 -1 2 -2 11 -1 7 -1 1 -1 -12 -6 -1 -1 -7 -3 -1 5 -15 -1 -2 TOTAL Prêts nets Membres de l'Union europénne Union européenne yc. Commission 338 129 133 529 254 273 895 641 697 264 63 95 341 160 203 384 59 196 106 54 84 48 58 95 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 48 21 68 673 384 44 17 25 103 14 38 -40 332 99 20 14 256 23 79 118 13 130 19 16 66 73 61 46 20 141 25 2 279 24 54 138 19 118 30 0 155 5 58 80 47 65 29 0 2 3 5 4 4 11 30 7 80 26 3 73 23 3 66 5 3 69 12 3 60 TOTAL Coopération technique et div 1 349 Membres de l'Union europénne 882 Union européenne yc. Commission 950 720 210 248 640 521 601 472 387 448 642 330 384 Millions de dollars Dons pour investissements et divers Etats-Unis France Commission européenne Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche AID Pays-Bas BAfD Canada Royaume Uni Autres pays dme ddidacticiels et modélisation économiques moyenne 93- moyenne 98- Moyenne 9397 02 02 1992 Moyenne 9302 Moyenne 9302 304 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Millions de dollars Coopération technique Etats-Unis France Agences onusiennes Commission européenne Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche AID Pays-Bas BAfD Canada Royaume Uni Italie Autres pays TOTAL hors annulation de dette Membres de l'Union europénne Union européenne yc. Commission Millions de dollars Apports bruts d'aide Etats-Unis France Commission européenne Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche AID Pays-Bas BAfD Canada Royaume Uni Agences onusiennes Autres pays TOTAL prêts bruts et coopération technique Membres de l'Union europénne Union européenne yc. Commission dme ddidacticiels et modélisation économiques en Egypte (1993-2003) moyenne 93- moyenne 98- Moyenne 9397 02 02 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 669 17 26 0 32 833 17 26 0 29 460 19 21 1 31 584 24 25 1 39 482 19 22 1 43 434 16 13 2 37 336 18 8 5 39 645 16 12 3 33 359 16 7 629 14 9 29 27 679 16 7 2 29 559 19 21 1 36 529 16 9 2 32 544 17 15 1 34 24 6 3 25 7 3 21 6 3 26 2 2 31 2 2 26 2 2 23 2 2 26 0 2 33 2 1 23 2 1 20 1 1 26 4 3 25 1 1 26 3 2 14 13 15 21 14 12 12 9 12 11 10 15 11 13 5 12 16 4 827 103 103 4 9 6 3 975 86 86 4 6 2 5 594 87 87 7 6 1 6 744 100 102 6 7 1 3 635 92 93 11 8 2 9 573 84 86 8 10 3 9 474 92 96 10 4 1 8 771 71 75 5 3 1 5 472 68 68 4 3 2 8 733 66 66 4 3 2 8 783 68 70 6 7 2 5 704 90 91 6 5 2 7 647 73 75 6 6 2 6 675 81 83 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 moyenne 93-97 moyenne 98-02 768 174 72 918 431 111 23 28 8 16 10 35 19 26 283 942 147 64 267 395 2 168 26 16 19 15 10 31 11 26 277 716 138 145 214 108 189 25 19 50 20 7 27 9 21 767 650 167 109 167 129 243 27 4 83 25 10 11 8 25 65 761 114 112 191 59 201 33 3 82 19 15 18 10 22 71 596 48 212 146 108 126 31 2 157 24 24 17 10 13 56 902 74 214 139 234 92 28 26 57 25 19 15 18 8 56 788 75 179 125 89 147 36 22 33 19 19 15 5 12 73 810 53 110 79 76 111 27 25 49 16 11 11 4 7 73 805 36 118 115 92 93 19 1 32 21 14 11 4 9 46 1 033 43 139 91 61 56 15 1 54 18 5 12 4 7 61 733 123 128 197 160 585 28 9 78 21 13 21 10 21 247 868 56 152 110 110 100 25 15 45 20 14 13 7 9 62 800 90 140 153 135 343 27 12 62 20 13 17 8 15 155 2 455 1 722 1 711 1 569 1 905 1 639 1 461 1 417 1 600 2 375 1 605 1 990 664 773 600 712 525 738 332 546 322 502 243 352 223 342 211 350 808 937 266 418 537 678 2 920 1 471 1 543 4 417 755 819 1 497 1 641 Moyenne 9302 305 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les engagements globaux Les engagements globaux recensés pour la période 1993-2002 sont de $ 21,7 milliards et atteignent 98% du montant des versements pour la même période. Cela assure une cohérence d’ensemble satisfaisante entre les deux séries. Les données du CAD pas plus que celles sur les versements ne décomptent le prêt de rééchelonnement de $ 1,5 milliard qu’a fait l’Allemagne en 1992. A l’inverse de ces dernières, elles ne prennent par ailleurs pas en compte les annulations de dette françaises antérieures à 1997. Les données permettent toutefois de bien saisir la diminution des différentes composantes de l’aide publique accordée à l’Egypte tout au long de la période. Evolution des engagements d’aide M$ 5 000 4 500 Total engagements 4 000 3 500 Prêts yc prêts de retructuration de dette 3 000 2 500 2 000 Dons yc annulation de dettes et coopération technique Coopération technique 1 500 1 000 500 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 1994 1993 1992 0 Un des leurs apports spécifiques est la quantification qu’elles offrent de la coopération technique. Ce que déclarent à cet égard les Etats-Unis s’y trouve cependant mal pris en compte de 1997 à 2000. Par ailleurs, le niveau de $ 400 à 500 millions qu’ils déclarent en dehors de cette période correspond à une réalité très spécifique : tout ce qui n’est pas investissement au sens strict, cela comprenant des aides budgétaires de fonctionnement, des aides à l’importation, des aides à la restructuration, etc. dme ddidacticiels et modélisation économiques 306 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les engagements par instrument des principaux bailleurs millions de dollars 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 4 375 893 198 25 1 034 639 208 5 780 41 5 46 15 111 4 282 748 96 137 131 409 2 111 18 3 37 41 59 14 78 2 217 995 269 139 238 2 176 1 002 175 138 89 161 142 37 2 26 24 168 10 152 2 147 804 280 324 353 5 161 23 2 26 30 4 10 75 2 283 827 624 323 273 1 305 778 17 222 83 87 34 1 1 23 11 3 5 1 755 975 16 257 72 180 77 1 1 1 181 695 28 212 112 33 31 6 1 1 499 861 100 113 52 201 75 13 1 22 8 4 100 11 8 4 6 20 4 123 253 283 116 2 819 694 263 118 414 202 159 49 3 38 17 47 16 67 602 64 66 171 49 1992 1993 1994 1995 354 101 99 82 moyenne 93-97 moyenne 98-02 2 728 849 217 171 245 155 553 32 2 32 25 67 10 85 124 69 90 1 604 827 157 225 119 100 53 16 1 9 15 9 7 20 5 8 34 moyenne 93-97 moyenne 98-02 Total 93-02 Total engagements TOTAL Etats-Unis Commission européenne France Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche Multilateraux hors CE Pays-Bas Canada Royaume Uni AID Italie Fonds arabes Autres pays millions de dollars 192 35 2 35 11 58 53 18 46 61 2 20 26 5 18 23 50 10 46 17 10 32 10 29 10 44 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 624 94 136 81 161 184 68 36 382 53 140 179 145 150 35 149 295 5 0 27 74 33 24 36 87 152 75 21 663 8 379 1 868 1 984 1 818 1 277 3 030 244 18 205 200 380 85 525 643 387 620 Total 93-02 Prêts yc prêts de retructuration de dette TOTAL France Commission européenne Allemagne Pays arabes Japon AID Italie Fonds arabes Autres pays millions de dollars 1 043 65 327 208 99 111 2 728 97 50 83 83 1 992 78 1 148 80 156 160 123 110 283 62 67 602 64 19 1992 1993 1994 53 18 1995 5 201 41 100 23 10 1996 10 10 6 10 19 1 008 88 95 101 62 1 992 85 310 174 16 224 44 63 73 80 41 100 23 10 5 1997 1998 1999 2000 2001 2002 moyenne 93-97 moyenne 98-02 7 201 528 667 699 569 2 034 525 643 387 106 Total 93-02 Dons yc annulation de dettes et coopération technique TOTAL Etats-Unis Commission européenne France Allemagne Pays arabes Japon Danemark Autriche Multilateraux hors CE Pays-Bas Canada Royaume Uni Autres pays 3 332 1 554 1 671 1 863 1 552 1 963 1 901 1 160 1 605 1 032 1 204 1 721 1 380 18 837 893 133 25 707 431 109 5 780 41 5 46 15 143 748 47 40 48 326 119 18 3 37 41 59 14 54 694 107 39 253 202 159 49 3 38 17 47 16 47 995 169 38 156 1 002 38 44 8 804 245 256 353 827 484 270 94 778 17 222 48 695 2 212 38 861 76 113 52 192 35 2 35 11 58 142 37 2 26 24 168 10 49 161 23 2 26 30 4 10 50 46 61 2 20 26 5 18 46 34 1 1 23 11 3 5 17 975 16 222 67 180 77 1 1 31 6 1 34 13 1 22 8 4 32 11 8 4 23 6 20 4 24 849 121 83 164 264 155 32 2 32 25 67 13 74 827 119 208 60 180 45 16 1 9 15 9 7 29 8 379 1 201 1 455 1 119 709 996 244 18 205 200 380 85 514 dme ddidacticiels et modélisation économiques 171 307 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie millions de dollars 1992 en Egypte (1993-2003) moyenne 93-97 moyenne 98-02 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Total 121 225 109 100 618 726 478 356 4 978 79 18 14 38 24 1 16 0 32 27 1 1 12 8 1 4 7 15 535 14 23 34 1 1 21 24 3 1 627 16 2 30 21 2 1 16 3 3 5 4 2 3 11 1 14 3 9 419 19 3 33 28 2 2 21 14 13 311 16 6 29 26 2 1 7 10 4 5 9 2 917 173 33 309 267 16 18 127 118 85 23 82 Coopération technique TOTAL 808 702 476 479 612 Etats-Unis France Commission européenne Allemagne Japon Danemark Autriche Multilateraux hors CE Pays-Bas Canada Royaume Uni Autres pays 668 17 0 31 26 5 3 26 3 7 12 11 548 17 0 31 27 4 3 26 32 6 346 19 3 31 22 3 3 21 9 15 341 24 4 36 28 0 2 25 10 3 441 19 1 32 33 2 2 22 12 40 16 7 36 27 1 2 13 7 1 8 4 5 9 12 dme ddidacticiels et modélisation économiques 2 8 21 1 10 12 8 308 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Les engagements des principaux bailleurs bilatéraux par secteur Les engagements concernés ont été calculés d’après le Credit reporting sytem du CAD. Les engagements 1993-2002 des principaux bailleurs bilatéraux par instrument et par secteur millions de dollars prêts TOTAL 528,3 France Allemagne dons coopérati investiss on ement dons coopérati investiss on ement 44,0 89,8 total prêts 662,1 635,7 340,5 210,7 1 186,9 total Japon Etats-Unis TOUT dons = total dons = total tout 548,4 7 943,4 12 189,8 Éducation 0,0 2,3 34,3 36,6 0,0 93,4 37,8 131,2 10,8 335,3 681,8 Santé 1,0 14,0 2,2 17,2 0,0 0,0 2,1 2,1 21,9 230,2 290,7 0,4 0,4 244,8 245,5 210,9 10,6 45,0 129,7 9,7 184,4 167,0 474,9 1 453,6 5,4 5,4 8,6 1 093,4 1 113,7 0,0 26,5 28,8 55,3 28,6 139,3 0,1 0,1 7,0 47,8 52,7 20,7 154,8 Politiques & prg / population & santé génésique Distribution d’eau et assainissement 0,0 Administration publique et société civile 221,5 0,5 Emploi Logement Autres services sociaux Transports et entreposage 3,8 1,0 117,9 5,2 Communications 65,1 2,8 Production et distribution d’énergie 98,6 0,5 123,1 1,0 298,5 19,1 39,8 2,6 Services aux entreprises et autres 0,3 0,2 0,4 0,8 1,1 21,6 19,7 105,1 7,5 13,3 2,1 3,5 41,1 176,4 0,0 505,0 1,5 0,4 236,5 377,6 317,6 263,1 1 095,6 42,4 239,3 325,7 1,9 1,9 1 286,6 1 291,3 13,5 126,1 126,6 531,3 953,0 0,0 20,8 42,2 291,4 0,0 0,0 Industries manufacturières 7,8 0,3 0,4 8,5 1,5 5,1 Commerce 97,4 3,9 14,8 0,7 0,7 15,1 13,0 43,7 71,7 11,6 33,5 32,7 66,2 2,0 0,1 0,0 0,1 0,0 Protection de l'environnement Autres activités plurisectorielles Autres types d’aide sous forme de produits et d’ Non affecté/non spécifié dme ddidacticiels et modélisation économiques 3,6 5,8 0,3 6,1 0,2 0,0 0,2 14,2 13,3 1,5 0,8 0,8 Pêche 2,8 98,6 Services bancaires et financiers Agriculture 34,9 68,9 7,0 116,1 20,8 403,6 405,0 331,4 496,6 687,3 833,9 1 475,9 10,1 1 475,9 10,6 309 Rapport final définitif – Mars 2005 SERES Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Figure 1 : Engagements de la France par secteur et instrument France France prêts prêts dons investissement Éducatio n dons investissement Éducatio n coopération Santé P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique Distributio n d’ eau et assainissement Distributio n d’ eau et assainissement A dministratio n publique et so ciété civile A dministratio n publique et so ciété civile Emplo i Emplo i Lo gement Lo gement A utres services so ciaux A utres services so ciaux Transpo rts et entrepo sage Transpo rts et entrepo sage Co mmunicatio ns Co mmunicatio ns P ro ductio n et distributio n d’ énergie P ro ductio n et distributio n d’ énergie Services bancaires et financiers Services bancaires et financiers Services aux entreprises et autres Services aux entreprises et autres A griculture A griculture P êche P êche Industries manufacturières Industries manufacturières M US$ Co mmerce P ro tectio n de l'enviro nnement Co mmerce P ro tectio n de l'enviro nnement A utres activités plurisecto rielles A utres activités plurisecto rielles 0 50 100 150 200 250 300 0 310 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques coopération Santé P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique 50 100 150 200 250 300 Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Figure 2 : Engagements de l’Allemagne par secteur et par instrument Allemagne Allemagne prêts dons investissement Éducatio n Éducatio n Santé Santé P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique Distributio n d’ eau et assainissement Distributio n d’ eau et assainissement A dministratio n publique et so ciété civile A dministratio n publique et so ciété civile Emplo i Emplo i Lo gement Lo gement A utres services so ciaux A utres services so ciaux Transpo rts et entrepo sage Transpo rts et entrepo sage dons investissement Co mmunicatio ns Co mmunicatio ns coopération P ro ductio n et distributio n d’ énergie P ro ductio n et distributio n d’ énergie Services bancaires et financiers Services bancaires et financiers Services aux entreprises et autres Services aux entreprises et autres A griculture A griculture P êche P êche Industries manufacturières Industries manufacturières Co mmerce Co mmerce P ro tectio n de l'enviro nnement P ro tectio n de l'enviro nnement M US$ A utres activités plurisecto rielles 20 40 60 80 100 120 140 160 180 0 311 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 ddidacticiels et modélisation économiques M US$ A utres activités plurisecto rielles 0 dme coopération 50 100 150 200 250 300 Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Figure 3 : Engagement du Japon par secteur et par instrument Japon dons = total Éducatio n Santé P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique Distributio n d’ eau et assainissement A dministratio n publique et so ciété civile Emplo i Lo gement A utres services so ciaux Transpo rts et entrepo sage Co mmunicatio ns P ro ductio n et distributio n d’ énergie Services bancaires et financiers Services aux entreprises et autres A griculture P êche Industries manufacturières Co mmerce M US$ P ro tectio n de l'enviro nnement A utres activités plurisecto rielles 0 50 100 150 200 250 300 312 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en Egypte (1993-2003) Figure 4 : Engagements des Etats-Unis par secteur et par instrument Etats Unis do ns = to tal Éducatio n Santé P o litiques & prg / po pulatio n & santé génésique Distributio n d’ eau et assainissement A dministratio n publique et so ciété civile Emplo i Lo gement A utres services so ciaux Transpo rts et entrepo sage Co mmunicatio ns P ro ductio n et distributio n d’ énergie Services bancaires et financiers Services aux entreprises et autres A griculture P êche Industries manufacturières Co mmerce M US$ P ro tectio n de l'enviro nnement A utres activités plurisecto rielles A utres types d’ aide so us fo rme de pro duits et d’ aide pro gramme générale 0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 313 SERES Rapport final définitif – Mars 2005 dme ddidacticiels et modélisation économiques 1100 1200 1300 1400 1500 Ministère des Affaires étrangères Evaluation de la coopération française Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie 314 dme ddidacticiels et modélisation économiques en Egypte (1993-2003) Rapport final définitif – Mars 2005 SERES