Étude d`un motif romanesque : la scène de bal
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Étude d`un motif romanesque : la scène de bal
108217_NRP30_20_45.qxd 1/04/08 12:42 Page 20 S É Q U E N C E 2 de Séries générales et technologiques Étude d’un motif romanesque : la scène de bal OBJETS D’ÉTUDE : LE RÉCIT, LE ROMAN OU LA NOUVELLE, L E T R AVA I L D E L’ É C R I T U R E Par Valérie Monfort* et Sébastien Le Clech** SOMMAIRE Supports : corpus de textes et d’images > p. 32 Objectifs – Percevoir l’existence d’un motif récurrent dans la littérature romanesque. – Observer le travail de l’écriture mis en œuvre dans le traitement de ce motif. – Utiliser le motif littéraire pour dégager la singularité des textes. Présentation de la séquence > p. 21 Étape 1 : Caractériser un motif littéraire en faisant apparaître des invariants > p. 21 Séance 1 : Élaboration d’une grille d’analyse pour la caractérisation du motif de la scène de bal Séance 2 : Définition du motif littéraire Étape 2 : La scène de bal et ses techniques narratives, les accents de la musique et le mouvement des corps > Charles Wilda, Joseph Lanner et Johann Strauss, 1906. p. 25 Séance 3 : Les moyens romanesques pour décrire la danse > p. 32 Séance 7 : Le motif détourné et le motif déconstruit – Charles Perrault, Cendrillon ou la petite pantoufle de verre, Contes. 1697. – Honoré de Balzac, Sarrasine, 1830. – Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1862. – Guy de Maupassant, La Parure, 1884. – Émile Zola, Germinal, 1885. – Léon Tolstoï, La Guerre et la Paix (livre deux, III, chapitres 14 à 17) 1870 (traduction de Boris de Schloezer). – Giuseppe Tomasi Di Lampedusa, Le Guépard (sixième partie) (traduction de Jean-Paul Manganaro). – Auguste Renoir, Le Bal du Moulin de la galette, 1876 (Musée d’Orsay), poster central. Étape 5 : Évaluation Durée de la séquence : 11 heures. Séance 4 : Étude de l’image, analyse d’un tableau représentant une scène de bal Étape 3 : Le développement du motif et son efficacité fictionnelle > p. 27 Séance 5 : Le bal, portrait condensé d’un groupe social Séance 6 : Le bal, événement collectif et péripétie personnelle Étape 4 : Les variations sur le motif 20 Corpus de travail Nouvelle Revue Pédagogique - Lycée / n° 30 / mai-juin 2008 > p. 31 > p. 32 108217_NRP30_20_45.qxd 1/04/08 12:42 Page 21 S É Q U E N C E 2 de Séries générales et technologiques P R É S E N TAT I O N D E L A S É Q U E N C E Cette séquence cherche à faire découvrir les caractéristiques du genre romanesque à travers l’étude d’un motif : « la scène de bal ». La diversité des représentations auxquelles cette scène a donné lieu permet aux élèves de repérer des points communs et des divergences entre elles. Cette perspective comparatiste est stimulante pour comprendre les particularités et la complexité du roman. On fera apparaître les différents moyens dont dispose ce genre pour raconter un bal et la façon dont, à travers l’histoire littéraire, il se fabrique des invariants qui constituent un motif. Cette séquence peut se situer en fin d’année après un premier cours sur le récit et la nouvelle, elle s’appuie sur la connaissance des élèves de certains éléments de narratologie pour les approfondir, comme le point de vue, l’analyse de la vitesse du récit, etc. En s’arrêtant sur un motif précis, on cherche aussi à proposer une vision plus globale du genre : on abordera la question du rapport au réel, de la construction du personnage, aspects qui seront creusés en classe de première lors de l’étude d’une œuvre intégrale. Cette séquence favorise la fréquentation des grands textes romanesques grâce au groupement d’extraits, elle entraîne l’élève à réfléchir à partir d’un corpus comme il devra le faire à l’écrit du baccalauréat. Elle lui montre aussi l’importance de la question de l’écriture et de la réécriture par la connaissance d’un motif romanesque. É TA P E 1 : C a ra c t é r i s e r u n m o t i f l i t t é ra i re e n fa i s a n t a p p a ra î t re d e s i n va r i a n t s Séance 1 Élaboration d’une grille d’analyse pour la caractérisation du motif de la scène de bal Support : tous les textes du corpus, p. 32. Durée : 2 heures. > Approches de la scène de bal I. Questionner les représentations, le bal est une scène récurrente dans la littérature et au cinéma On commencera par demander aux élèves de questionner leurs représentations. Ils devront noter ce dont ils se souviennent de scènes de bal qu’ils auraient lues ou qu’ils auraient vues : titre de l’œuvre, noms des personnages, etc. On leur demandera ensuite de noter une dizaine de mots ainsi que deux procédés littéraires qu’ils s’attendent à trouver sous la plume d’un écrivain qui raconte une scène de bal. Le bilan de ce travail de réminiscence pourra prendre la forme d’un tour de classe. Sans doute, les élèves évoqueront les contes avec les personnages de Cendrillon, de La Belle au bois dormant, ils rappelleront des images de films ou de téléfilms – Titanic, par exemple. Cette discussion permettra d’introduire quelques éléments attendus de la scène de bal : costumes, musique, mouvements, rencontre amoureuse, etc. et surtout de montrer que la caractéristique première d’un motif est sa prégnance et que la scène de bal ne fait pas défaut à cette règle. II. Étude de l’extrait de Madame Bovary : première scène de bal, élaboration du modèle L’étude approfondie de l’extrait de Madame Bovary permet de cerner un certain nombre d’éléments constitutifs de la scène de bal. > Questions Les élèves chercheront à répondre aux trois questions suivantes en s’appuyant sur l’analyse de procédés stylistiques. (Préparation : 20 minutes.) 1/ Comment le cadre de l’action est-il mis en place ? Étudiez le point de vue. 2/ Étudiez la façon dont Flaubert décrit les protagonistes comme des membres anonymes de groupes. 3/ Quel type d’action observe-t-on ici ? > Éléments de réponse 1/ Ce texte ne présente pas une description détaillée des lieux. Toutefois, on relève dans chacun des trois paragraphes des indications qui permettent de se représenter l’espace du bal : « les escaliers », « près de la porte », « le parquet », « sur la ligne des femmes », « à côté, sur le tapis des tables ». Cette absence de précisions suggère que le lieu compte surtout pour le décor qu’il offre. Aucune indication de temps n’est donnée, si ce n’est celle de l’ordre des danses qui scandent la soirée « quadrille, contredanses ». On expliNouvelle Revue Pédagogique - Lycée / n° 30 / mai-juin 2008 21 108217_NRP30_20_45.qxd 1/04/08 12:42 Page 22 S É Q U E N C E 2 de Séries générales et technologiques Isabelle Huppert dans Madame Bovary, film de Claude Chabrol, 1991. quera aux élèves le sens de ces deux termes spécialisés qui montrent que le bal possède sa propre temporalité. Le bal est raconté à travers le point de vue d’Emma, qui observe la salle de bal depuis la porte, en scrutant la mise des autres femmes, puis c’est son émotion qui est décrite lorsqu’elle commence à danser, ce qu’exprime le verbe de sensation « entendre ». 2/ Les protagonistes sont traités comme des ensembles. On relève des termes qui désignent des groupes ainsi que des pluriels : « du monde », « les groupes d’hommes », « la ligne des femmes », « des mères ». L’auteur signale ainsi l’existence de codes qui arbitrent le bal en faisant référence à l’existence de « places », de « lignes » qui montrent que l’individu vaut pour son appartenance à un groupe – de sexe, d’âge. L’impression d’anonymat est particulièrement remarquable dans la façon dont Flaubert décrit les toilettes des femmes ou les danseurs. En effet, le romancier élude le portrait des femmes et lui préfère une évocation métonymique par leurs accessoires « les bouquets cachaient », « les éventails peints s’agitaient », « les garnitures », « les broches […] frissonnaient ». L’impression de masse est traduite aussi par les pluriels et les énumérations qui soulignent la richesse des parures. Ainsi la description des coiffures insiste sur l’ornementation fleurie de ces dernières. Les invités du bal constituent une sorte de public indistinct qui disparaît derrière ses costumes et ses artifices et contribue à créer une ambiance colorée et fastueuse. 3/ La première partie du texte est descriptive : elle met en place un décor et un public. L’action commence lorsqu’Emma entre dans la danse. Ce sont surtout les verbes qui traduisent ses mouvements et ceux des autres danseurs « se balançant », « glissait », « retombaient », « se bouffaient », « frôlaient », ainsi que les accents des instruments qui portent la danse « jouait », « reprenait », « lançait ». Flaubert s’attache également à montrer le bonheur que le bal fait 22 Nouvelle Revue Pédagogique - Lycée / n° 30 / mai-juin 2008 naître chez son héroïne. La description de la danse épouse le point de vue de cette dernière et souligne le plaisir auditif par un vocabulaire mélioratif « délicatesses », « clair », « éclat ». L’entente harmonieuse qui s’établit entre les danseurs est traduite par des parallélismes « les mains se donnaient, se quittaient ; les mêmes yeux s’abaissant devant vous, revenaient se fixer sur les vôtres », cette mécanique discrète de la danse que chacun maîtrise favorise des gestes galants ce qui se lit dans le champ lexical du corps « doigts, pieds, lèvres, yeux ». Bilan de l’explication L’étude de cette scène permet d’affiner les outils d’analyse. On était parti de l’étude du lieu, du temps, des personnages et de l’action. Au terme de cette explication, les élèves peuvent proposer des entrées plus nombreuses et plus précises : le décor, le public, les groupes d’appartenance, les codes sociaux, les toilettes, les mouvements, la musique, les émotions, la séduction, le point de vue adopté. III. Confrontation du modèle et des textes du corpus On répartira la classe en quatre groupes (groupe 1 : Perrault, groupe 2 : Maupassant ; groupe 3 : Balzac ; groupe 4 : Zola). Dans un premier temps, les élèves liront le texte et chercheront en quoi il offre d’autres éléments pour analyser une scène de bal. Ensuite, les élèves compléteront le tableau pour le texte qui les concerne. Chaque groupe remettra une grille en fin d’heure au professeur. 108217_NRP30_20_45.qxd 1/04/08 12:42 Page 23 S É Q U E N C E 2 de Séries générales et technologiques Cendrillon Sarrasine La Parure Germinal Décor (temps/espace) Minuit Minuit, Salon splendide Quatre heures du matin Le jour tombait Salle Public anonyme Toutes les dames Les femmes de Paris Tous les hommes Non (noms propres) Groupe d’appartenance Fils du roi Noblesse Les attachés du cabinet Amis, voisins Codes sociaux Collation/Danse Jeux/Danses Toilettes/Costumes Habits de drap d’or, Pantoufles de verre Mousseline Dentelle Élégance Fourrure Insistance sur la beauté des femmes Les grandes beautés Si belle Les plus jolies femmes de Paris Plus jolie que toutes Évocation de la musique Violons Musique Évocation des mouvements Tant de grâce Jeux de séduction Occupés à la considérer Émotions Point de vue adopté Omniscient Vacarmes, Trois musiciens Pistons Dansant Remuement des hanches et des gorges Airs de tête Entre les amants Succès Tous les hommes la regardaient Joie, ivresse Folle de joie Ivresse Sensations : odeur fortes Le témoin Omniscient Omniscient Travail de préparation à la séance suivante Pour présenter le contexte de la scène de bal que vous avez étudiée, vous chercherez des informations sur son auteur, sur l’intrigue dans laquelle elle s’inscrit, vous expliquerez à quel moment intervient le bal. Séance 2 Boisson/Danse Définition du motif littéraire Support : le tableau ci-dessus et les textes du corpus, p. 32. Durée : 1 heure. I. Synthèse des grilles d’observation Présentation des extraits et particularités dans le traitement de la scène de bal (voir tableau ci-dessus). Cendrillon : Dans ce conte, le bal intervient au centre du récit et met en scène une société de nobles assez mal définie, comme le veut l’écriture du conte. Il constitue la péripétie centrale du récit, puisque c’est vers là que tend le merveilleux avec l’intervention de la fée et la rencontre entre l’héroïne et le prince. La lecture de l’extrait invite à ajouter la mention du temps dans l’étude du « cadre ». La Parure : De la même façon, le bal constitue une péripétie essentielle dans la nouvelle. Le personnage principal, madame Loisel, remporte un succès considérable au sein de l’assemblée constituée de membres du cabinet ministériel dans lequel son mari occupe un poste subalterne. Cependant, c’est à partir de là aussi que sa vie va prend un tour cauchemardesque à cause de la perte de la parure. Les élèves souligneront l’accent mis sur la beauté et la séduction du personnage. Germinal : Dans ce roman, le bal apparaît au début du récit, il rassemble les ouvriers de la mine qui viennent tous ensemble se divertir, danser et boire le soir d’une fête patronale dont la description occupe un chapitre entier. Le bal n’a pas une importance déterminante dans l’intrigue, mais c’est ce soir là que la Maheu va proposer à Étienne de s’installer chez eux, cohabitation qui va infléchir le cours du récit. Cet extrait se différencie des autres par l’absence de descriptions des costumes. Sarrasine : Dans cette longue nouvelle, la scène de bal se trouve à l’incipit du récit. La haute société parisienne de la Restauration se trouve réunie chez la riche famille de Lanty. Lors de cette fête, le narrateur rencontre un vieillard effrayant et mystérieux que semble protéger la famille de Lanty. Le récit qu’il va faire à la jeune femme qu’il cherche à séduire au cours de ce bal, sera pour le narrateur l’occasion de lever le voile sur l’identité du vieillard. Nouvelle Revue Pédagogique - Lycée / n° 30 / mai-juin 2008 23