La profession infirmière en crise
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La profession infirmière en crise
La profession infirmière en crise ? Une recherche sur le concept de soi professionnel des infirmiers Projectleiders KUL: Leader du projet UCL Prof. Bernadette Dierckx de Casterlé Prof. Elisabeth Darras Prof. Koen Milisen Projectmedewerkers KUL: Collaborateurs du projet UCL Lic. Tom Braes Lic. Yannick Dubois Lic. Kris Denhaerynck Sophie Leonard Lic. Katrien Dierickx Lic. Kaat Siebens Centrum voor Ziekenhuis- en Unité des Sciences Hospitalières et Verplegingswetenschap Médico-sociales Katholieke Universiteit Leuven Université catholique de Louvain Projet sur demande du Ministère fédéral des affaires sociales, de la santé publique et de l’environnement (2001 – 2003). Remerciements Et si l'on commençait par certaines conclusions… Pour les compétences dont ils font preuve chaque jour et qu'ils nous ont dévoilées sans retenue. Pour l'engagement qui les lie à leur profession et qu'ils ont eu vis à vis de nous. Pour la collaboration parfois difficile en hôpital, qui a été d'une richesse extrême dans ce cas. Pour s'être dévoilés et risqués davantage qu'ils ne le savent le faire dans leur pratique. Pour le temps qu'ils n'ont pas et qu'ils nous ont consacré sans compter. Pour le soutien qu'ils demandent et celui qu'ils voudraient donner davantage. Comme eux nous sommes fiers de cette profession et d'avoir pu travailler avec eux. Merci donc aux infirmiers et infirmières qui ont répondu massivement présents à notre appel. Merci aux nombreux hôpitaux qui ont fait preuve d'un grand intérêt pour ce projet en s'inscrivant pour y participer. Merci aux hôpitaux et infirmiers ayant participés aux groupes focus de la première phase du projet. Merci plus particulièrement aux hôpitaux de l'échantillon qui ont permis la diffusion des questionnaires. Merci aux infirmiers relais qui ont fait du taux de réponses ce qu'il est. Merci aux différentes commissions d'accompagnement qui nous ont éclairé de leurs expériences et compétences tout au long du chemin. Merci enfin au statisticien maison pour l'ensemble du travail effectué. Merci à tous les autres que j'ai pu oublier… En résumé… tout simplement… MERCI 2 Résumé Le problème que pose la pénurie d’infirmiers fait aujourd’hui l’objet de nombreux débats et études. Il y a de plus en plus de signes indicateurs concernant à la fois la pénurie d’infirmiers mais également les effets que cela entraîne pour eux et pour la qualité des soins. Par contre, d’autres éléments sont beaucoup moins évidents : qu’entend-on essentiellement par pénurie, où se situe-t-elle précisément, quelle est son étendue et quels sont les facteurs déterminants à cet égard. Étant donné que l’on souhaite parvenir à une harmonisation efficace de la demande et de l’offre, il semble également indiqué de comprendre comment les infirmiers travaillant à des postes et dans des domaines différents, conçoivent leur place, leur rôle et leur contribution spécifiques dans les soins de santé actuels et à venir. Aussi, le Centrum voor Ziekenhuis- en Verplegingswetenschap de la KULeuven et l’Unité des sciences hospitalières de l’UCLouvain ont mis sur pied une étude de grande envergure sur l’image qu’ont, de leur profession, les infirmiers travaillant dans les hôpitaux belges. L’étude Belimage laisse la parole aux infirmiers et permet de comprendre le problème de la pénurie de leur propre point de vue. Au total, 9.941 infirmiers de 22 hôpitaux belges ont participé à cette étude. Les résultats de l’étude révèlent assurément que le personnel infirmier a une image positive de sa profession. Pour les infirmiers, leur apport consiste essentiellement à poser des actes médico-techniques et plus particulièrement à guérir le patient et à détecter les problèmes et les complications. Là où les infirmiers se sentent forts, c’est en ce qui concerne les actes diagnostiques et thérapeutiques (préparation médicale, soins de plaies, prises de sang…) mais également au niveau des soins (soins d'hygiène, alimentation, mobilité…). Prendre ses responsabilités dans les soins d’un patient et être attentif au patient (l’accompagner) viennent respectivement en troisième et quatrième position. La grande majorité considère la profession infirmière comme une profession à grandes responsabilités. Ce regard sur la profession va de pair avec une grande fierté. Parallèlement, le personnel infirmier a conscience qu’il ne peut remplir seul cette mission de soins. Une bonne collaboration avec les médecins et une équipe qui fonctionne bien sont essentielles. Ainsi, 84 % des personnes interrogées trouvent que le bon fonctionnement d’une équipe dépend de la manière dont elle est dirigée et 89% pensent que l’équipe a besoin d’un meneur clairvoyant. D’un autre côté, les sentiments de frustration, de mécontentement et de fatigue sont énormes. Bien que de nombreux infirmiers se considèrent comme des professionnels compétents dans le domaine des soins de santé et que plus de 87% se sentent fiers d’être infirmiers, près de 55% ne conseilleraient pas cette profession à d’autres. 54% disent qu'ils n’iront pas jusqu’à la fin de leur carrière et, si c’était à refaire, 39% ne choisiraient plus la même formation. Les tensions que l’on retrouve à l’intérieur du cadre des soins au sein duquel les professionnels doivent effectuer leur tâche, jouent ici un rôle important. Une première tension concerne le management. Presque tous les infirmiers (97%) considèrent qu’il est important, pour la direction de l’hôpital, d’avoir un contact avec le terrain. 64% trouvent néanmoins que l’information ne passe pas bien entre la direction et les infirmiers et près d’une personne sur deux (49%) est d’avis que la politique de l’hôpital ne les aide pas suffisamment dans l’accomplissement de leur mission. Deuxièmement, pour près de 60% des infirmiers, des services d’appui qui permettraient de consacrer du temps aux patients font cruellement défaut. Plus de 41% ne peuvent, par conséquent, dispenser les soins qu’ils souhaiteraient dispenser et près de 69% considèrent que le contexte des soins est stressant. Le problème de l’autonomie des infirmiers est, lui aussi, source de tensions. Près de 60% trouvent qu’il est essentiel, voire prioritaire, de pouvoir prendre, de manière autonome, des décisions dans le domaine des soins. Plus de 37% ne jouissent toutefois pas de cette liberté. 3 Le rapport avec d’autres disciplines est une quatrième source de problèmes. Plus de 91% des infirmiers se perçoivent comme un partenaire égal et plus de 70% estiment qu’une bonne relation de travail avec le médecin est une priorité. Cependant, un infirmier sur cinq (20%) ne se sent pas ou peu reconnu par les kinésithérapeutes, les logopèdes, les psychologues, etc. Un infirmier sur quatre (25%), même, considère que les médecins reconnaissent peu, voire pas du tout, les interventions des infirmiers. Enfin, la majorité des infirmiers (79,9%) trouvent que la société n'a pas une image correcte de ce qu’ils font. Plus d’un infirmier sur 2 trouvent que c’est dérangeant (28%) ou frustrant (26%). Les résultats susmentionnés suggèrent que le contexte économique, le management de l’hôpital (et plus particulièrement, la politique en matière de soins infirmiers et la collaboration multidisciplinaire) et l’image qu’a, aujourd’hui, la société de l’infirmier, freinent le personnel infirmier au lieu de le soutenir dans sa tâche. De nombreux infirmiers ont le sentiment de ne plus pouvoir dispenser les soins qu’ils souhaiteraient. Il est inquiétant de constater que selon environ 60% des infirmiers, il est rare, voire impossible et ce, principalement par manque de temps, de s’attarder et de développer une relation personnelle avec le patient. Plus de 40% parviennent rarement, sinon jamais, à adapter les soins aux souhaits du patient et près d’un(e) infirmier sur 3, à prêter une oreille attentive et à discuter de problèmes éthiques. Dans un tel contexte, il semble difficile de parvenir à dépasser les aspects médico-techniques pour fournir des soins où le patient, en tant que personne, est totalement pris en compte. Cela, précisément, explique pourquoi, aujourd’hui, beaucoup d’infirmiers ne se sentent pas tellement heureux dans leur travail. Les conclusions de l’étude Belimage s’énoncent comme suit : ce n’est pas tant le contenu des soins infirmiers qui est à l’origine de tensions, d’insatisfaction et d’épuisement mais les conditions dans lesquelles doit s’effectuer le travail. Pour traiter efficacement cette crise dans le domaine des soins infirmiers, il est nécessaire, selon ce groupe de +/- 10.000 infirmiers, d’investir dans un environnement de soins qui soutient davantage les infirmiers dans leur travail. Les infirmiers aiment leur profession. Ils sont prêts et tout à fait capables de prendre leurs responsabilités quant aux soins. Tous ces éléments positifs constituent, pour l’infirmier, une force indéniable et un pouvoir d’attraction potentiel non négligeable. Par conséquent, cela revêt une importance considérable pour l’avenir de la profession. La force nécessaire aux infirmiers pour prendre leurs responsabilités dans les soins du patient et influencer les décisions politiques est, de manière complexe, liée à l’image qu’ils ont de leur propre travail. Les résultats de la présente étude invitent les décideurs, les managers, les chercheurs et les personnes en charge de la formation des infirmiers, notamment, à chercher, avec eux, des moyens en vue de les soutenir davantage dans leur travail et ainsi, d’utiliser de manière optimale, la grande force présente au sein du personnel infirmier. 4 Membres du groupe d’experts : Chris Aubry Johan Buellens Patricia Claessens Luc Dekeyser Joke Simons Bernadette Stinglhamber Gert Peeters Ann Vandenberghe Martine Vanschoor 5 TABLE DES MATIERES Remerciements Résumé Table des matières 2 3 6 CHAPITRE 1 : INTRODUCTION ET PROBLEMATIQUE 11 1. Etat de la question...................................................................................................................................................... 11 CHAPITRE 2 : ETUDE DE LA LITTERATURE 13 1. Introduction....................................................................................................................................................................... 13 2. Stratégie de recherche .................................................................................................................................................. 13 2.1. Préambule 2.2. Critères d’inclusion 13 14 3. Littérature disponible ................................................................................................................................................... 14 3.1. Littérature néerlandophone 3.2. Littérature francophone 3.3. Littérature anglophone 14 14 14 4. Contenu............................................................................................................................................................................... 14 4.1. Concepts et définitions 4.1.1. Littérature infirmière 4.1.2. Littérature psychologique 4.1.3. Proposition pour le projet 4.2. Cadre de pensée théorique 4.2.1. Littérature infirmière 4.2.2. Littérature psychologique 4.2.3. Proposition pour le projet 4.3. Instrument de mesure 14 14 17 17 17 17 18 19 19 5. Conclusion......................................................................................................................................................................... 23 CHAPITRE 3 : METHODOLOGIE 1. 24 Elaboration de l'instrument de mesure : phase 1......................................................................................... 24 1.1. Groupes focus 1.2. Constitution des groupes focus 1.3. Méthodologie des groupes focus de la KUL 1.3.1. Sélection de la population et constitution de l'échantillonnage 1.3.2. Sélection de la méthode de collecte des données 1.3.3. Collecte des données 1.3.4. Analyse des données 1.4. Méthodologie des groupes focus de l’UCL 1.4.1. 1.4.2. 1.4.3. 1.4.4. Sélection de la population et construction de l’échantillonnage Choix de la méthode de collecte de données Collecte de données et réalisation d’entretiens tests Analyse des données 1.5. Résultats généraux 24 24 25 25 25 27 27 28 28 28 29 29 30 6 1.6. Dimensions retenues et élaboration du questionnaire 1.7. Conclusion 2. Elaboration de l'instrument de mesure : phase 2 2.1. Structure du questionnaire 2.2. Sélection des questions 31 34 35 35 35 3. Déroulement de l’enquête.......................................................................................................................................... 36 3.1. Sélection des hôpitaux 3.2. Critères de constitution de l'échantillon 3.2.1. 3.2.2. 3.2.3. 3.2.4. 3.3. 3.4. 3.5. 3.6. 3.7. Statut de l'hôpital Région Taille de l'hôpital Nature de l'hôpital Résumé concernant l'échantillon final Collecte des données Sélection des répondants Taux de réponse Analyses statistiques CHAPITRE 4 : RESULTATS 1. 36 36 36 37 38 38 39 39 40 40 42 47 Description de l’échantillon.................................................................................................................................. 47 1.1. 1.2. 1.3. 1.4. 1.5. Age, sexe et statut civil Formation de base et formation complémentaire Fonction exercée Modalités du travail Conclusion 47 47 48 48 48 2. Analyse descriptive des résultats ........................................................................................................................... 49 2.1. Image de soi des infirmiers en relation avec la compétence 2.1.1. 2.1.2. 2.1.3. 2.1.4. 2.1.5. Importance des savoirs constitutifs de la compétence Aptitudes et attitudes spécifiques Contribution au développement des compétences Investissements utiles pour optimaliser le niveau actuel de compétence Résultats quant à la formation permanente 2.2. Image de soi professionnelle des infirmie rs par rapport aux soins infirmiers 2.2.1. 2.2.2. 2.2.3. 2.2.4. 2.2.5. 2.2.6. Aspects prioritaires dans les missions infirmiers Conditions importantes pour réaliser la mission infirmière Aspects complémentaires dans les missions infirmières Influence de l'environnement des soins sur la mission infirmière Influence des contraintes de temps sur la mission infirmière Qualité des soins 2.3. Image de soi des infirmiers concernant ses relations à l'équipe 2.3.1. Importance de l'équipe infirmière 2.3.2. Place de l'infirmier dans l'équipe 2.4. Influence du contexte sur l'image de soi professionnelle des infirmiers 2.4.1. 2.4.2. 2.4.3. 2.4.4. 2.4.5. 2.4.6. 2.4.7. 2.4.8. 2.4.9. Leadership Autonomie Facteurs de contexte Image de la société perçue par les infirmiers Image des infirmiers quant à leur profession Mesures structurelles et financières dans le cadre de la pénurie infirmière Fierté de la profession Satisfaction avec le travail actuel Plan de carrière à venir 49 49 49 50 52 52 52 52 53 53 54 54 55 55 55 55 57 57 57 58 58 58 59 59 60 60 7 3. Analyses par tableaux croisés.................................................................................................................................. 61 3.1. 3.2. 3.3. 3.4. 3.5. Différences entre la population masculine et féminine Différences entre infirmiers gradués et les autres diplômés Différences par rapport aux formations complémentaires Différences entre les groupes sur base des postes occupés Différences entre les services 61 61 62 63 63 3.5.1. 3.5.2. 3.5.3. 3.5.4. 63 64 64 65 Sentiment de compétence et importance apportée à certaines capacités ou attitudes Image de soi et de la société Image de la société Perspectives d'avenir 3.6. Différences dues au temps de travail 3.7. Différences dues à l'âge et à l'ancienneté 3.8. L’image de la société et le sentiment de compétence en relation avec le désir de quitter la profession CHAPITRE 5 : DISCUSSION 1. 65 66 67 68 Regard sur les soins infirmiers dispensés actuellement .......................................................................... 68 1.1. Valeurs professionnelles et auto-évaluation des compétences infirmières 1.1.1. Un haut sentiment global de compétence 1.1.2. Une adéquation entre le sentiment de compétence et l'importance accordée aux attitudes et aptitudes spécifiques 1.1.3. Un regard médico-technique au détriment d'un soin plus personnalisé 1.1.4. Un rejet apparent des tâches "moins nobles" 1.1.5. Une dénégation des aptitudes logistiques et administratives 1.1.6. Des différences de vision en fonction des études de base, complémentaires et de l'ancienneté 1.1.7. Des priorités différentes entre régions concernant les domaines de savoirs 1.1.8. Vers un leadership infirmier soutenant le développement du rôle propre 1.2. Regard sur la qualité des soins infirmiers 1.3. Autonomie 68 68 68 69 69 70 70 71 72 72 73 2. Relations avec autrui.................................................................................................................................................... 74 2.1. Relation avec les médecins 2.2. Relation avec l'équipe pluridisciplinaire 2.3. Relation avec la hiérarchie 74 75 75 3. Formations aux compétences en soins infirmiers.......................................................................................... 76 3.1. Développement des compétences et enseignement 3.1.1. 3.1.2. 3.1.3. 3.1.4. 3.1.5. Quatre grands domaines contribuent au développement des compétences Dilemmes et contradictions face à la formation de base en soins infirmiers Une formation permanente suivie… mais pourquoi ? Une formation universitaire peu visible et peu reconnue Une insatisfaction face aux systèmes actuels 3.2. Quelles formations pour l'avenir ? 3.2.1. Une formation de base profitant des tensions entre école et hôpital 3.2.2. Une formation permanente infirmier vivante et vivifiante 3.2.3. Une formation universitaire centrée sur le management humain, le leadership et le développement d'expertises infirmières. 76 76 77 77 78 78 78 78 80 81 4. Satisfaction au travail, image de la profession et plan de carrière ........................................................ 82 4.1. Satisfaction au travail 4.1.1 Une impossibilité de donner les soins désirés 4.1.2. Un contexte stressant et peu soutenant 4.1.3. Une insatisfaction importante 82 82 82 83 8 4.2. Image de la profession et fierté d'être infirmier 4.2.1 Un sentiment de fierté impressionnant 4.2.2. Des images contradictoires 4.2.3. Un impact sur le désir de quitter la profession 4.3. Des désirs de changements mais peu de désertion 84 84 84 85 86 5. Pistes de réflexions quant à quelques problèmes contemporains .......................................................... 87 5.1. 5.2. 5.3. 5.4. Introduction de personnel moins qualifié Accessibilité aux études facilitée pour les kinésithérapeutes Les gardes d'enfants et la mobilité du personnel Le résumé infirmier minimum… un outil méconnu ? 88 88 89 89 6. Remarques méthodologiques ................................................................................................................................... 89 CHAPITRE 6 : CONCLUSIONS 91 Bibliographie 96 9 10 Chapitre 1. INTRODUCTION ET PROBLEMATIQUE 1. Etat de la question Il ressort de plusieurs études internationales (Beckmann et al., 1998; Bednash, 2000; Buerhaus et al., 1997; Buerhaus et al., 2000; Coffman & Spetz, 1999; Plati et al., 1998; Spurgeons, 2000) et des expériences de terrain une pénurie dans la profession infirmière . Il ne s’agit pas seulement d’un problème quantitatif mais aussi d’une question de personnel qualifié (Johnson, 2000). Cette dernière remarque nous semble non négligeable eu égard à deux récentes études effectuées en Belgique concernant l'éventuelle situation de pénurie. En effet, dans leur rapport de recherche concernant la partie francophone du pays, Stordeur, Hubin & Leroy (2002) signalent que "si la pénurie semble frapper les catégories plus qualifiées de personnel, il semblerait y avoir moins de difficultés de recrutement pour le personnel soignant". Ils précisent cependant que "une meilleure structuration des tâches infirmières et des autres professionnels est indispensable si l'on veut éviter le glissement de tâches vers les professionnels ne subissant pas de pénurie de recrutement, auquel cas se poseraient des problèmes évidents de sécurité, de qualité des soins et de responsabilité". Cette structuration des tâches ne peut se faire sans tenir compte de l'image que les infirmiers ont de leur propre profession et des valeurs qu'ils y attachent. D'autre part, l'étude flamande de Pacolet et collègues (2002) ne dénonce pas tant une pénurie d'infirmiers qu'une pénurie de personnel soignant à court et à long terme. Une précieuse projection, mais dont les chiffres semblent indiquer que tous les problèmes sont évacués alors que, bien souvent, le personnel perçoit les choses tout autrement dans la pratique. Cette étude tient peu ou pas compte du contexte dans lequel les infirmiers accomplissent leurs tâches de soins. S'il faut ajuster efficacement l'offre et la demande dans le secteur des soins, il convient aussi d'entendre la voix des intéressés eux-mêmes. La pénurie d'infirmiers ne doit pas seulement être analysée dans une optique économique ou politique, mais également sous l'angle qualitatif. Sous peine de dissocier l'aspect soins de l'aspect technique et scientifique dans l'art infirmier, et de le transférer vers du personnel moins qualifié comme les soignants. D'où le risque de galvauder la profession et de mettre en danger les soins aux patients. Au-delà de ces études, plusieurs solutions sont avancées pour pallier cette pénurie : le rappel de professionnels ayant quitté la profession, l’augmentation des champs de compétences, l’emploi de temps partiels et plus récemment les tentatives d’attrait des jeunes vers la profession (Bradshaw 1999). En Belgique, l’accord social du 01 mars 2000 avance d’autres conduites à tenir comme l’harmonisation et la révision des barèmes, la diminution et l’adaptation du temps de travail, l’accompagnement des stagiaires et nouveaux professionnels, des projets de formation pour les soignants, etc.. A l’aide de ces mesures financières et structurelles on tente de promouvoir la profession en mettant l’accent sur le recrutement et l’image de celle-ci. La question se pose de savoir si ces règlements permettront à eux seuls de garantir des effets durables sans engendrer d'effets pervers. En effet, ces règlements doivent être resitués dans un contexte en perpétuelle mutation au sein duquel les professionnels doivent réaliser leurs missions de soins. Les clients sont de plus en plus critiques et attendent des soins d'une qualité toujours plus grande. L'importance prise par la maîtrise des coûts a introduit des règles qui vont parfois à l’encontre des valeurs professionnelles (Rapport raad voor volksgezondheid en zorg, Hollande). On attend toujours plus des professionnels infirmiers qui, faute de temps, doivent dès lors déléguer des tâches faisant partie de leur rôle à d’autres personnels moins biens formés (Buerhaus et Staiger, 1997), ou donner la priorité aux soins techniques. On connaît cependant de plus en plus l'impact de telles solutions sur la qualité des soins et sur certains de ses indicateurs (augmentation des taux de mortalité) (Aiken, 2002). De plus, le raccourcissement de la durée de séjour et la prise en charge de patients de plus en plus dépendants engendrent des exigences croissantes pour les soignants. Enfin, les responsabilités des infirmiers augmentent sous l’influence de systèmes complexes d’information, des nouvelles technologies, de la délégation des actes médicaux ou encore de la spécialisation des soins,… (Buerhaus et al, 1997). Cet ensemble, avec les problèmes de pénurie que connaît déjà la profession, mène à un contexte professionnel dans lequel les infirmiers ont extrêmement difficile à trouver leur place (Bradshaw, 1999). 11 Des recherches récentes montrent que certaines des évolutions citées précédemment et particulièrement les mesures structurelles et financières, sont considérées par les professionnels infirmiers comme nuisant à leur statut professionnel, comme nuisant à la qualité des relations entre soignants et soignés et comme une atteinte à la fierté de la profession (Mills et Blaesing, 2000). Les mesures prises sans tenir compte de ce que les infirmiers considèrent comme fondamental dans l’exercice de la profession ont aussi des conséquences sérieuses sur l’attrait de nouveaux professionnels et sur la rétention du personnel en place dans un temps de pénurie (rapport d’avis pour les soins de santé à la population, Hollande, Mills et Blaesing, 2000). Ce constat est donc très important au moment où la dignité de la profession soignante est atteinte à un large niveau (Fabricius, 1999). Le délaissement précoce de la profession (Spurgeon, 2000), la question du travail à temps partiel (Deschamps et Pacolet, 1998), mais aussi la prise de distance de nombreux professionnels avec la profession (Bradshaw, 1999) sont sans doute des signes du malaise général qui touche la profession infirmière . Encore plus alarmant est la détermination avec laquelle, dans l’étude de Mills & Blaesing (2000) près de la moitié des infirmiers ne choisiraient pas à nouveau la profession infirmière ou ne la conseilleraient pas à d’autres. En outre, le public et la majorité des jeunes ont une image négative et une mauvaise connaissance des tâches réelles des infirmiers (Foong et al., 1999). Dès lors, en dépit de leur admiration pour la profession, peu rejoindraient le groupe professionnel (ou auraient le souhait de devenir infirmier) (Hemsley-Brown, 1999). Une image de soi positive et le rayonnement de celle-ci sont donc aussi d’une importance capitale pour le futur de la profession. Rendre une dignité aux infirmiers va donner la possibilité de jouer positivement sur des circonstances externes de la pénurie (Fabricius, 1999) et aura sans doute une influence aussi fondamentale que les mesures structurelles. L’image de soi des professionnels infirmiers ne dit pas seulement comment ils se voient, mais aussi comment les autres (médecins, autres professionnels de la santé et patients) sont en rapport avec les soignants et quelle est l’importance des responsabilités et du pouvoir des infirmiers (Davidhizard, 1998). La volonté de prendre ses responsabilités dans les soins aux patients et d'influencer les décisions politiques est liée de manière complexe à l’image qu’ont les praticiens de leur profession. L’image de la société, qui limite aussi ce pouvoir, est intrinsèquement liée à l’image que donnent les infirmiers (Stille 1992). Aborder effectivement la crise actuelle dans la profession infirmière, y compris le problème de la pénurie, exige une attention explicite qui permette aux infirmiers d'avoir une emprise sur le contenu et la structure des leurs activités et leur confère un pouvoir dans cet environnement de soins turbulent (Kitson, 1996). La présente étude a pour but de mettre en lumière ces aspects essentiels en étudiant la manière dont les infirmiers hospitaliers (dans leurs diverses positions et sur leurs divers terrains d'action) perçoivent leur place, leur rôle et leur contribution spécifiques dans les soins de santé actuels et à venir. Nous espérons ainsi contribuer à une compréhension nuancée de la profession infirmière et formuler des recommandations pour l'avenir de celle-ci. 12 Chapitre 2. ETUDE DE LA LITTERATURE 1. Introduction Le but de cette revue de littérature consiste à présenter un aperçu de la littérature actuelle concernant l’image de soi professionnelle du personnel infirmier et les domaines et concepts s’y rattachant. Cette étude de la littérature est également destinée à faire l’inventaire de tous les instruments existant actuellement et mesurant cette image de soi professionnelle du personnel infirmier ou les concepts apparentés. 2. Stratégie de recherche 2.1. Préambule Pour faire l’inventaire de la littérature relative à l’image de soi professionnelle du personnel infirmier, nous avons travaillé de façon systématique. En premier lieu, les sources de littérature électronique suivantes ont été consultées : Medline (1995-08/2002), Cinahl (1982-06/2002), Antilope (jusque décembre 2000 inclus), Invert (199303/2002), Psychlit (1992 jusque 10/2001 inclus) et le Catalogue collectif de Belgique (1986-1999). Durant la recherche de littérature, tant la littérature anglophone que francophone et néerlandophone ont été prise en considération. Les articles portugais, italiens, allemands et espagnols (bien que peu nombreux) n’ont pas été examinés compte tenu du manque de connaissances de ces langues de la part des chercheurs. Lors de la recherche de littérature différents termes de recherche anglais, français et néerlandais ont été utilisés : ? Self-image, self-concept, self-esteem, role, profession, identity, self-perception, self-evaluation, image. En combinaison avec nurse. ? Concept de soi, image de soi, image professionnelle, identité, pénurie, infirmier, évaluation, représentations. ? Zelfbeeld, imago, zelfconcept, identiteit, professie, rolperceptie, rol, perceptie. A côté de la recherche sur base des mots clés, nous avons réalisé des recherches sur base des noms d’auteurs les plus souvent rencontrés dans les articles analysés. Sur base de la revue de littérature, nous avons constaté que deux auteurs, Leanne Cowin et David Arthur, avaient une grande expertise concernant le concept de soi professionnel des infirmiers. Ces auteurs ont été contacté dans le cadre de l'élaboration de l'instrument de mesure. Il leur a été demandé via e-mail s'il était possible d'obtenir la version finale de leurs instruments de mesure pour les utiliser dans notre recherche. Nous avons reçu l'autorisation des deux auteurs sans aucun problème. Enfin, nous avons également complété notre recherche via la recherche de références sur des sites internets (par exemle : webnursing, sylvae, infiweb, etc.) et par la consultation d'experts. 13 2.2. Critères d’inclusion Lors de la sélection de la littérature pertinente, un certain nombre de critères d’inclusion ont été utilisés. Tout d’abord, la littérature devait avoir un rapport avec l’image de soi professionnelle ou l’image de soi des professionnels infirmiers. Au moment des recherches de littérature, nous étions surtout focalisés sur la façon dont le concept était défini et mesuré. Toutes sortes de sujets de recherche ont été repris. Les articles retenus traitaient tant de recherches qualitatives que de recherches quantitatives ou d’analyses de concept. 3. Littérature disponible 3.1. Littérature néerlandophone Pour la littérature néerlandophone, seul un article pertinent traitant de l’image de soi professionnelle du personnel infirmier a été trouvé (Verhoeven, 1996). Etant donné que cet article est une traduction d’un article en langue anglaise de David Arthur (Measurement of the professional selfconcept of nurses : developing a measurement instrument, 1995) nous avons préféré prendre en considération les résultats de l’article original de Arthur au lieu des données traduites en néerlandais. 3.2. Littérature francophone Dans la littérature francophone, un seul article pertinent a été trouvé. Cet article de Bédard et Duquette (1998) concerne ‘le concept de soi professionnel’. Les résultats des 5 recherches que cet article résume sont rapportés dans cette étude de la littérature comme d’autres résultats de recherche. 3.3. Littérature anglophone Dans la littérature anglophone, 13 articles pertinents ont été trouvés. Dans l’étude de la littérature, les résultats de 12 articles ont finalement été rapportés. Le tableau (A) de la page suivante détaille, par article, le concept développé, l’auteur, l’année de publication et le sujet de la recherche. 4. Contenu 4.1. Concepts et définitions 4.1.1.Littérature infirmière Lors de l’analyse de la littérature, il est rapidement apparu qu’il existait une confusion quant à la terminologie concernant l’image de soi et l’image de soi professionnelle. Des concepts différents sont parfois décrits (en terme de définition et de contenu) avec de grandes ressemblances dans certaines recherches alors que dans d'autres, les concepts utilisés ne sont même pas décrits. Les notions suivantes sont retrouvées dans la littérature infirmière (voir tableau B) : ? Professional self-concept ? Nurse identity ? Nurses self-concept ? Self-image ? Self-concept and nurses ? Le concept de soi professionnel Notons enfin que la littérature relative à l’image de soi professionnelle du personnel infirmier est très pauvre. Il en existe par contre plus concernant les domaines apparentés tels que : Shortage, turnover, retention, career, career planning, development, future, values, aging, satisfaction, crisis, role, position. 14 Tableau A : Principaux articles de la revue de littérature Auteur & année de publication D. Arthur, 1992 Concept Professional self-concept of nurses D. Arthur, 1995 Sujet de la recherche Revue de littérature Développement de l’instrument Professional Self-Concept of Nurses Instrument (PSCNI) D. Arthur & S. Thorne, 1998 Application du PSCNI chez des étudiants infirmiers D. Arthur, K.Y. Sohng & C.H. Noh et.al., 1998 Application du PSCNI chez des infirmiers coréens D. Arthur, S. Pang & T. Wong et.al., 1999 Application du PSCNI chez des infirmiers de 11 pays différents L. Cowin, 2001 Nurses self-concept Développement de l'instrument : Nurses Self-Concept Questionnaire (NSCQ) E.F. Smith, W.B. Michael & B. Gribbons, 1997 Self-concept and nurses Application de l’échelle self-concept (DOSC-W) à une population d’infirmiers C.L. Bester, E.C. Richter & A.B. Boshoff, 1997 Application de l'outil : Vrey’s Self-Concept Scale J.E. Beeken, 1997 Application de l'outil : Tenessee Self-Concept Scale R.T. Porter & M.J. Porter, 1991 Self-image of nurses B. Sivberg & K. Petersson, 1997 J. Öhlén & K. Segesten, 1998 I. Fagerberg & M. Kihlgren, 2001 Application du Porter Nursing Image Scale chez des infirmiers Application du Gordon Personality Inventory Professional identity of the nurse Analyse de concept et développement Recherche qualitative concernant l'identité des infirmiers 15 Tableau B : Définition des principaux concepts utilisés par les auteurs Auteur Concept Définition F. Dagenais & A.I. Meleis, 1982 in D. Le concept de soi professionnel Bédard & A. Duquette, 1998 ? La perception qu'a l'individu de lui-même au plan professionnel J.H. Hoff, 1984 in D. Bédard & A. Le concept de soi professionnel Duquette, 1998 ? Une configuration organisée des perceptions conscientes de soi quant à la capacité d'accomplir des différentes fonctions de l'infirmier C. Kelly, 1992 in D. Bédard & A. Le concept de soi professionnel Duquette, 1998 ? L'évaluation que fait l'infirmier de ses valeurs, connaissances et habilités professionnelles L. Frahm & S. Hyland, 1995 in D. Bédard Le concept de soi professionnel & A. Duquette, 1998 ? Quatre caractéristiques forment le concept de soi: l'image de soi (comment la personne se voit), l'intensité affective, l'évaluation de soi et le comportement de l'individu D. Bédard & A. Duquette, 1998. Le concept de soi professionnel ? Perceptions conscientes qu'une personne entretient au sujet d'elle-même au plan professionnel D. Arthur, 1995 Professional self-concept of nurses ? A set of attitudes towards the self and existing on a continuum ? How nurses view themselves as professionals L. Cowin, 2001 Nurses self-concept ? How nurses perceive themselves within their work environment ? Self-concept in light of their professional identity J. Ohlen & K. Segesten &, 1998 Professional identity of the nurse ? The individual nurse's perception of her/him self in the context of nursing practice. ? An experience and feeling of being a nurse I. Fagerberg & M. Kihlgren, 2001 Professional identity and ? How the nurse conceptualizes what it means to act and be a nurse experiences of nurses B. Sivberg & K. Petersson, 1997 Self-image of nurses ? Self-perception towards the essentials of nursing care R.T. Porter & M.J. Porter, 1991 Self-image of nurses ? How nurses perceive themselves J.E. Beeken, 1997 Self-concept and nurses ? The perception of self and includes input from others, the environment and the self. The two components of self-concept are self-esteem (how one feels about oneself) and self-image (one's perception of physical self) C. Bester, E. Richter & A. Boshoff, 1997 Self-concept and nurses ? The perception the individual forms about him or herself 16 4.1.2.Littérature psychologique Dans la littérature psychologique, il existe une grande confusion quant à la terminologie concernant le "self-concept", "self-esteem" et l’image de soi. Une définition universellement acceptée fait défaut. Pour clarifier cette matière, nous nous sommes basés sur un rapport de Johan et Joke Simons (2000) qui traite cette problématique et clarifie les définitions. La littérature est globalement unanime sur le fait que l’estime de soi/self-esteem est analysée comme le pôle affectif lié au sentiment d’estime de soi-même de quelqu’un et que l’image de soi/self-concept renvoie au pôle cognitif. Verkuyten (1988) et Van der Meulen (1993) définissent l’image de soi comme : ? L’ensemble des descriptions qu’une personne peut donner en rapport avec un certain nombre d'aspects de son fonctionnement. L’estime de soi peut dès lors être définie comme suit : ? La manière dont on évalue positivement ou négativement ses propres caractéristiques et ses propres qualités. ? L’estime de soi globale : les caractéristiques propres sont évaluées dans leur globalité. ? L’estime de soi spécifique : différentes composantes sont évaluées séparément. 4.1.3.Proposition pour le projet Cette étude de littérature nous offre suffisamment d’éléments sur base desquels nous pouvons prendre une décision dans le cadre des concepts et des définitions à développer. Pour le projet, nous avons décidé de faire référence aux concepts "d’image de soi professionnelle du personnel infirmier" et de "concept de soi professionnel" sur base desquels tant le pôle cognitif que le pôle affectif doivent être évalués. Nous emploierons cependant principalement la notion d'image de soi professionnelle que nous avons définis comme suit : L’image de soi professionnelle du personnel infirmier est la perception (cognitive et affective) qu’un infirmier a de lui-même dans son environnement de travail. 4.2. Cadre de pensée théorique 4.2.1.Littérature infirmière Les cadres de pensée théoriques et les définitions conceptuelles existant dans les articles analysés (lorsqu'ils y sont présentés), présentent nombre des différences. Arthur ne fait pas mention, de façon explicite, d’un cadre de pensée théorique dans ses articles. Sur base d’une étude de la littérature détaillée, il opte pour une approche multidimensionnelle du concept (professional self-concept) dans laquelle celui-ci peut être mesuré comme une variable continue. De même, il part de deux hypothèses de base pour le développement de son instrument. 1. Professional self-concept can be measured in a manner that has been accepted for the measurement of self-concept. 2. The opinions nurses have of themselves as professional can be translated into a measurement instrument. 17 Cowin par contre, fait bien mention de l’utilisation d’une théorie dans sa recherche. Elle s’est basée, pour le développement de son instrument de mesure, sur la "Self-concept measurement theory" de Shavelson, Hubner & Stanton (1976). Ce modèle hiérarchique hypothétique donne la description suivante du self-concept : Self-concept is a hierarchical structure with an apex of general esteem at the pinnacle. The hierarchy contains multiple dimensions or facets that become more context specific lower down in the structure. Selfconcept is a potential rather than an outcome. Segesten & Ohlen décrivent dans leur article deux cadres de pensée théorique comme résultat de leur étude de littérature dans le cadre de leur analyse et développement de concept. Elles décrivent le «Symbolic Interactionism » et la « Erikson's Psycho-social Development Theory ». Ces cadres de pensée théoriques décrivent la "professional identity" comme étant en lien étroit avec l’identité de la personne en général. La théorie d’Erikson donne des directives concernant la compréhension du développement professionnel en parallèle avec la croissance et le développement humain. 4.2.2.Littérature psychologique Dans la littérature psychologique, il existe différents modèles et analyses développés à propos des concepts d’image de soi, de concept de soi et d’estime de soi. Ces derniers peuvent être subdivisés en trois grands groupes : une analyse ou un modèle unidimensionnel, multidimensionnel ou hiérarchique (Simons, 1991 ; Simons, 1996). Dans l’analyse unidimensionnelle , les différents domaines de compétence se trouvent les uns à côté des autres et leur contribution dans l’élaboration de l’estime de soi globale est d’importance identique. Dans l’analyse multidimensionnelle , il existe, à côté de l’estime de soi globale, des compétences spécifiques à un domaine. De cette manière, l’estime de soi globale n’est pas la somme des scores des différents domaines de compétence. Le modèle hiérarchique est le premier modèle proposé par Shavelson, Hubner et Stanton (1976). De cette manière, l’estime de soi générale est divisée en une image de soi académique et une non académique. Ces images de soi académique et non académique sont également divisées en différents domaines de compétence, qui sont eux-mêmes divisés en plusieurs composants (Byrne, 1996). La notion de hiérarchie fait donc appel à une organisation spatiale du concept et non réellement à la supériorité ou à l'importance d'un élément par rapport à un autre. Les points de vue ci-dessus se retrouvent également partiellement dans notre étude de la littérature. Comme exposé ci-dessus, Arthur (1995) choisi une approche multidimensionnelle du concept de soi professionnel. Cowin (2001), par contre, se base sur le modèle hiérarchique de Shavelson, Hubner et Stanton pour le développement de son instrument de mesure (1976). De 'Zelfbeeld discrepantietheorie' de Tory Higgins (Higgins, Klein & Strauman, 1985, Higgins, 1987) nous est apparu comme un bon cadre de pensée pour notre projet. Cette théorie est une déduction fondée sur deux hypothèses de base : La première hypothèse présuppose qu’il existe trois domaines du ‘soi’: Le soi actuel : la représentation des caractéristiques que l’on estime réellement posséder. Le soi idéal : la représentation des caractéristiques que l’on souhaiterait idéalement posséder. Le soi convenable : la représentation des caractéristiques que l’on devrait posséder. La deuxième hypothèse de base envisage qu’il existe deux analyses de soi : son propre point de vue et celui de quelqu’un qui compte pour nous. 18 En combinant les trois domaines avec les deux analyses, nous obtenons six modèles de base des images de soi : ? L’image actuelle personnelle ? L’image actuelle autre ? L’image idéale personnelle ? L’image idéale autre ? L'image convenable personnelle ? L'image convenable autre Enfin, il existe encore deux hypothèses importantes sur base desquelles se fonde la théorie: 1. La discordance entre les deux images provoque un sentiment de malaise. 2. L’ampleur du malaise dépend du type de discordance de l’image de soi. 4.2.3. Proposition pour le projet Pour le projet, nous avons décidé, compte tenu des résultats de l’étude de littérature, de prendre pour point de départ un modèle hiérarchique du concept "image de soi professionnelle du personnel infirmier". Le modèle de Tory Higgins "de zelfbeeld discrepentietheorie" (Higgins, Klein & Strauman, 1995 ; Higgins, 1987) nous semble un modèle intéressant pour ce projet. Nous utiliserons cependant uniquement les concepts d’image de soi actuelle personnelle et d’image de soi idéale personnelle. 4.3. Instrument de mesure Sur base de l’étude de littérature, deux instruments de mesure récents, développés spécifiquement pour mesurer "le concept de soi professionnel" chez les infirmiers, ont été découverts. 1. Arthur (1985) a développé un instrument pour mesurer "le concept de soi professionnel" chez les infirmiers. Son premier instrument comprenait 7 dimensions (85 items). L’instrument final comprend 3 dimensions (27 items). Cet instrument de mesure a déjà été appliqué dans 4 études : une étude avec 4 groupes d’étudiants (n=127), une étude avec des infirmiers Australiens (n=170), une étude avec des infirmiers Coréens (n=800) et enfin, une étude avec des infirmiers de 11 pays différents (n=1957). Les observations les plus importantes d’Arthur (par communication personnelle) concernant son instrument sont, d’une part, la faiblesse de l’échelle "Communication" et, d’autre part, le manque de sensibilité de l’instrument par rapport aux variations entre les cultures. 2. L’instrument de mesure de Cowin (2001) est développé pour mesurer le concept de soi chez les infirmiers. Son instrument initial comptait 6 dimensions (80 items) et son instrument final comptait également 6 dimensions (36 items). L’instrument a été appliqué à un groupe d’étudiants (n=506) et comparé à un groupe d’infirmiers (n=528). Un résultat appréciable de cette recherche était la grande différence de score entre les deux groupes pour la dimension leadership. 3. A côté de ces deux instruments de mesure, il s’ajoute encore dans la littérature un troisième instrument développé spécifiquement pour mesurer l’image de soi du personnel infirmier. Malgré le fait qu’il ne s’agisse pas d’un instrument actuel, il peut quand même former une source importante d’informations et est, pour cette raison, malgré tout exposé dans cette étude de littérature. Porter et Porter ont développé le Porter Nursing Image Scale (1991). Cet instrument comprend 32 adjectifs 'matched-pair' et 'bipolar' classés arbitrairement et est composé de trois facteurs : le pouvoir interpersonnel (13 items) – les relations interpersonnelles (10 items) – la capacité interpersonnelle (7 items). A côté de ces trois instruments de mesure spécialisés, 4 autres doivent encore être mentionnés. La contribution de ces instruments de mesure sera plus restreinte mais néanmoins importante. 19 En premier lieu, il y a le DOSC (Dimensions of Self Concept), un instrument de mesure construit autour de cinq dimensions (niveau d'aspiration, anxiété, satisfaction au travail, leadership & initiative et identification vs aliénation) permettant d'évaluer le concept de soi académique (Smith, Michael & Gribbons, 1997). Cet instrument a été adapté pour l’application d’un instrument dans les métiers de haute technologie. Une sixième dimension, le stress au travail, a été ajoutée à l’instrument original (DOSC-W). Dans une recherche de Smith, Michael et Gribbons (1997), cet instrument a été testé sur une population d’infirmiers travaillant en hôpital. Par ailleurs, cet instrument avait déjà été appliqué auprès de salariés d’une entreprise d’électronique et auprès de militaires pensionnés. L’instrument est composé de 6 sous échelles et de 90 items. Il est aussi fait mention dans la littérature de la Vrey's Self-Concept Scale (Bester, Richter & Boshoff, 1997). Cet instrument, développé en 1974 pour mesurer le concept de soi chez les adolescents, a été utilisé dans une recherche de Bester, Richter et Boshoff (1997) et distribué auprès de 86 infirmiers d’un hôpital universitaire. Cette application a été utilisée pour établir un pronostic de la satisfaction au travail. Dans le cadre d’une recherche sur la pensée critique chez les infirmiers, le concept de soi a été mesuré auprès d'infirmiers au moyen de la Tensesse Self-Concept Scale, 100 items et 5 points dans l’échelle de Likert (J. Beeken, 1997). Un dernier instrument de mesure qui peut aussi avoir une utilité dans le cadre de notre recherche est le "Gordon Personality Inventory". Cet instrument a été utilisé dans la recherche de Sivberg et Petersson (1997) c’est à dire une recherche longitudinale chez les étudiants infirmiers (n=506) provenant de 3 collèges différents. Cet instrument comprend le Gordon A (image de soi), le Gordon B (estime de soi), le Gordon C (estime interpersonnelle). Dans le cadre de notre recherche, nous avons spécialement porté attention à la première partie de l’instrument de mesure. Malgré le fait qu’il n’y ait pas dans la recherche de Fagerberg et Kihlgren (2001) de mesure complète du concept ‘d’identité professionnelle’, les résultats qualitatifs de cette recherche peuvent apporter une contribution importante à notre recherche, ce qui explique le court aperçu développé dans cette partie. Cette étude est une recherche qualitative longitudinale auprès d’infirmiers, d’une part, lorsqu’ils sont encore aux études et, d’autre part, deux ans après leurs études. Dans cette recherche, aucune mesure de du concept "identité professionnelle" n’a été effectuée, mais il a été exploré la manière dont les infirmiers vivent le contenu de leur identité comme professionnel infirmier (en tant qu’étudiant et deux ans après les études). Quatre perspectives sont dès lors prises en considération : - Having the patient in focus - Being a team leader - Perceptorship - Task orientation Le tableau (C) de la page suivante représente par auteur les dimensions attribuées au concept concerné. Les dimensions communes apparaissent en grisé et sont reprises ci dessous : ?Empathy ?Flexibility ?Leadership ?Knowledge ?Skills ?Professionalism ?Satisfaction 20 Tableau C : Principales dimensions retenues par les auteurs (partie 1) Concept Auteur Dimensions Le concept de soi F. Dagenais & A. Professionprofessionnel Meleis, 1982 in nalisme D. Arthur, 1992 Ethique/morale Empathie Le concept de soi J. Hoff, 1984 in Connaissance professionnel D. Arthur, 1992 Compétence Qualification Le concept de soi L. Frahm & S. Image de soi professionnel Hyland, 1995 in D. Arthur, 1992 Intensité affective Evaluation soi Professional self- D. Arthur, 1995 concept (PSCNI) Nurses concept self- L. Cowin, 2001 Professional Satisfaction practice => leadership-skillflexibility Caring Flexibilité Leadership Créativité Knowledge Nursing ability de Comportement individuel Communication Communication Staff relationships Nursing skills (NSCQ) Professional J. Ohlen & K. Personnel: identity of the Segesten, 1998. ? Selfnurse knowledge ? Curiosity ? Generosity ? Tolerance of stress ? Professional knowledge Interpersonnel: ? Professionalism Sociohistorique ? Scientific approach ? Empathy ? Discernment (inzicht) ? Trust in one's own capacity and feelings 21 Tableau C : Principales dimensions retenues par les auteurs (partie 2) Concept Auteur Dimensions Professional I. Fagerberg & Having the Being a team Perceptorship identity and M. Kihlgren, patient in focus leader experiences of 2001 nurses Task orientation Self-image Sociability (Gordon personality inventory) Self-image (Porter Self Scale) Nursing Image Self-concept (DOSC-W) B. Sivberg & K. Ascendancy Petersson, 1997. Responsibility R. Porter & M. Interpersonal Porter, 1991. power Interpersonal relations E. Smith, W. Level Michael & B. aspiration Gribbons, 1997 Self-concept C. Bester, E Personal self Richter & A. (Vrey's selfBoshoff, 1997 concept scale) Self-concept of Anxiety Family self Emotional stability Cautiousness Original thinking Personal relations vigour Interpersonal ability Job interest and Leadership and Identification vs Jobstress satisfaction initiative alienation Social self Self-criticism J. Beeken, 1997 (TSCS) 22 and 5. Conclusion Nous pouvons conclure que la littérature apporte une information importante par laquelle nous pouvons prendre des décisions fondées dans le cadre du projet. Différents instruments de mesure apportent une information importante, tant à propos du développement de l’instrument de mesure que de la façon de le compléter concrètement. Il y a toutefois seulement un nombre limité d’instruments disponibles qui mesurent de façon spécifique l’image de soi professionnelle du personnel infirmier. Les instruments qui pourraient être utilisés ont cependant des limites importantes (non actuels, pas assez sensibles aux variations culturelles, etc…) et ne sont pas adaptés au contexte belge. Ces facteurs suggèrent la nécessité de développer un instrument spécifique au contexte belge. 23 Chapitre 3 METHODOLOGIE 1. Elaboration de l'instrument de mesure : phase 1 Il ressort des résultats d'une étude approfondie de la littérature qu'il y a lieu de développer un instrument de mesure de l'image de soi professionnelle des infirmiers propre au contexte belge. Pour mieux comprendre les dimensions sur lesquelles se fonde cette image de soi professionnelle, nous avons mené une recherche qualitative. Nous en avons alors comparé les résultats à ceux de l'étude de la littérature afin de dégager les dimensions propres au contexte belge. En concertation avec des experts en matière de recherche qualitative et au terme d'un bref recensement de la littérature, nous avons décidé de mener notre recherche par le biais de groupes focus. Cette forme de recherche qualitative permet d'interroger un « grand » groupe d'infirmiers à court terme. Nous nous sommes ainsi attachés à comprendre la manière dont les infirmiers perçoivent leur profession. Avant d'expliquer le fonctionnement des groupes focus, voici une brève présentation de cette technique. 1.1. Groupes focus Un groupe focus (également appelé groupe de discussion) est un moyen de sonder ce que des personnes ressentent ou pensent face à un thème, un produit ou un service donné. Cette méthode peut être utilisée à différentes fins, par exemple pour tester de nouveaux programmes et idées, apprécier des résultats, mener une enquête sur les consommateurs et collecter des informations pour la mise au point d'un questionnaire (Krueger & Casey, 2000). A la lumière d'une discussion autour d'un thème prédéfini (le focus), une certaine quantité de données qualitatives sont rassemblées. Cette discussion est menée avec un échantillon de la population à étudier, qui sera composé de personnes présentant une propriété particulière en rapport avec le thème discuté par le groupe focus. Les chercheurs doivent viser à créer un environnement accessible, confortable, sécurisant, de nature à encourager les participants à partager leurs points de vue. Il importe pour ce faire de ne pas exercer de pression dans le sens d'un vote ou d'un consensus, puisque c'est précisément l'interaction du groupe qui est très importante. La discussion de groupe, au cours de laquelle les différents participants s'influencent mutuellement en réagissant aux commentaires, revêt à ce titre une importance essentielle. Elle permet d'affiner, de nuancer et d'approfondir le thème abordé. Chaque groupe focus est très bien préparé, implique 6 à 10 participants (ce chiffre peut varier de 4 à 12) et est encadré par un animateur expérimenté (Krueger & Casey, 2000). 1.2. Constitution des groupes focus Pour la sélection de l’échantillonnage, différentes directives préliminaires ont été données par le groupe pilote de la recherche. Elles se résument en six points : 1) réunir 5 à 7 infirmiers volontaires; 2) assurer une hétérogénéité parmi les participants concernant l’ancienneté, l’unité (médecine, chirurgie, pédiatrie et gériatrie) et le type de patients pris en charge (aigu et chronique) ; 3) réaliser les groupes focus de préférence en dehors de l’hôpital ; 4) mener le groupe focus avec deux chercheurs ; 5) sélectionner des hôpitaux de différentes provinces ; Hormis ces critères, chaque groupe de chercheur (UCL & KUL) a construit sa propre stratégie pour mener à bien les focus groupes dans sa région. 24 1.3. Méthodologie des groupes focus de la KUL 1.3.1. Sélection de la population et constitution de l'échantillonnage En collaboration avec un groupe d'experts en matière de recherche qualitative et de groupes focus, le groupe de chercheurs de la KUL a mis sur pied un groupe de travail chargé d'élaborer la méthodologie des groupes focus. Le calcul du nombre de groupes focus fonctionnant au total s'est basé sur le nombre auquel la saturation théorique est atteinte. Dans un premier temps, 6 groupes focus ont été organisés dans six hôpitaux différents, dont un hôpital psychiatrique. ? Universitaire Ziekenhuizen K.U.Leuven, Leuven ? Universitair Ziekenhuis Antwerpen, Edegem ? V.z.w. Europa Ziekenhuizen St. Elisabeth, Brussel ? Ziekenhuis Oost-Limburg – St. Jan, Genk ? Universitair Centrum St. Jozef, Kortenberg ? Algemeen Ziekenhuis Maria Middelares, Sint-Niklaas Il s'agit ici d'un échantillon de convenance dont le choix est justifié par deux motifs. D'abord le fait que les données collectées sont destinées à confirmer, infirmer ou compléter les données de la littérature. Il ne s'agit donc pas de données qui requièrent un échantillon aléatoire mais un échantillon multiple ou varié. Ensuite, il est essentiel que la participation se fasse sur une base volontaire, de manière à ce que les groupes de discussion puissent générer un maximum d'informations. 1.3.2. Sélection de la méthode de collecte des données Le groupe de recherche de la KUL a résolu d'adopter une approche structurée des groupes focus. Ce choix a donné lieu à l'élaboration d'un questionnaire à 5 questions ouvertes. Ce questionnaire a été soumis pour évaluation à 5 chercheurs infirmiers. Les questions ont été retravaillées en fonction des remarques des chercheurs infirmiers pour aboutir à un questionnaire définitif. 25 Tableau D : Aperçu des questions posées aux groupes focus Question 1: Donnez au moins trois éléments qui constituent l'essence de la profession infirmière. Question 2: Qu'est-ce qui manquerait au patient et à sa famille s'il n'y avait plus d'infirmiers dans les hôpitaux? Question 3: Dernièrement, les autorités fédérales ont lancé une campagne relative à l'image et au recrutement du personnel infirmier sous le titre 'Infirmier: j'ai ça dans le sang'. Cette campagne donne une description de l'infirmier actuel en 5 mots clefs. Les Nuits blanches font allusion aux nuits de garde et/ou au nombre important d'heures prestées par les infirmiers. Hightech renvoie aux appareils modernes, sophistiqués qu'ils doivent utiliser. Rythme d'enfer ne renvoie pas seulement aux battements de cœur du patient mais aussi à ceux de l'infirmier face au stress engendré par son environnement de travail. L'esprit d'équipe désigne la collaboration permanente qui existe avec les collègues du personnel infirmier, mais aussi avec les médecins et autres collaborateurs des soins de santé. Enfin, le terme adrénaline renvoie aux situations auxquelles un infirmier doit faire face dans l'exercice de sa profession: situations de détresse, événements tragiques, moments joyeux. Qu'évoque pour vous, en tant qu'infirmier, cette campagne concernant l'image et le recrutement ? Question 4: Qu'est-ce qui vous motive actuellement à continuer d'exercer la profession infirmière? Question 5: Supposons qu'une personne de votre entourage envisage d'entamer des études d'infirmier et vienne vous demander conseil. Quelle serait votre réaction? Le groupe de recherche a émis certains critères pour la constitution du premier groupe focus qui se déroulerait aux Universitaire Ziekenhuizen Leuven. ? 6 participants ? infirmiers des Universitaire Ziekenhuizen Gasthuisberg ? mélange de formations A1 et A2 ? mélange en termes d'ancienneté ? exclusion des infirmiers titulaires d'un diplôme de licencié(e) ? exclusion des infirmiers occupant une fonction dans le staff ou la direction ? représentation proportionnelle des départements médicaux ? encadrement du groupe par deux chercheurs Le thème du groupe de discussion portait sur la question de savoir quels sont actuellement les aspects essentiels de la profession infirmière. Quelques jours avant la tenue du groupe focus, les participants ont reçu les 5 questions qui allaient servir à la discussion de groupe, et ont été invités à les préparer brièvement par écrit. 26 1.3.3. Collecte des données Le groupe de chercheurs a procédé à l'évaluation de la méthodologie du premier groupe focus avant de passer à l'organisation des autres groupes focus. Dans leur évaluation, ils ont proposé de limiter à 7 le nombre maximal de participants au groupe focus et de veiller à ce que les différents participants ne proviennent pas du même service. Ils ont en outre plaidé en faveur d'un animateur indépendant. Plusieurs tentatives ont été menées pour trouver un animateur indépendant chargé d'encadrer les groupes focus, mais personne ne s'est avéré disponible dans la période proposée pour assurer cette tâche. Par conséquent, ce sont les collaborateurs du projet qui ont animé euxmêmes les groupes focus. Au terme de cinq groupes focus, la saturation était atteinte, de sorte que le sixième groupe focus, prévu au Maria Middelares ziekenhuis de St.-Niklaas, n'a pas eu lieu. Les données ont donc été rassemblées sur la base de cinq groupes focus. Deux groupes focus ont eu lieu dans un hôpital universitaire, deux autres dans un hôpital général et le cinquième dans un hôpital psychiatrique. 1.3.4. Analyse des données La discussion menée au sein des groupes focus a été enregistrée au moyen d'un enregistreur Minidisk puis retranscrite mot à mot. Ces textes dactylographiés ont fait l'objet d'une analyse de contenu approfondie. Dans ce cadre, un groupe de travail a été constitué, avec deux experts en matière de recherche qualitative, un collaborateur de projet et l'animateur des groupes focus. Dans un premier stade de l'analyse des données, tous les collaborateurs du groupe de travail ont reçu une version entièrement dactylographiée des deux premiers groupes focus, que chacun a lue dans l'optique d'y découvrir les dimensions de l'image de soi professionnelle. Le deuxième stade a consisté en une session d'évaluation en équipe (peer-debriefing). Il s'agit d'une session au cours de laquelle le chercheur confronte ses données et analyses à celles de personnes dotées d'une expérience dans la recherche qualitative et/ou le sujet à l'étude. Cette session a consisté en une analyse préliminaire du contenu des données de ces deux groupes focus. Une analyse plus approfondie des données par le groupe d'experts a été organisée après que la version entièrement dactylographiée des troisième, quatrième et cinquième groupes focus eut été disponible également. Finalement, les résultats du groupe focus dans l'hôpital psychiatrique n'ont pas été inclus dans les analyses. Ces résultats se révélaient trop divergents de ceux des groupes focus organisés dans les hôpitaux généraux. 27 1.4. Méthodologie des groupes focus de l’UCL 1.4.1.Sélection de la population et construction de l’échantillonnage Dans un premier temps, nous avons animé des groupes focus (groupes tests) avec des étudiants puis avec des infirmiers des Cliniques Universitaires Saint-Luc. Dans un second temps, après une évaluation des groupes tests réalisés, nous avons répété le même scénario dans cinq autres hôpitaux dont un hôpital psychiatrique 1 : Clinique Sainte-Elisabeth, Namur Clinique Notre-Dame et Saint-Georges, Tournai Clinique Saint-Pierre, Ottignies Clinique Saint-Vincent, Rocourt Institut Psychiatrique Saint-Martin, Dave Il s’agit d’un échantillon de convenance. Deux raisons justifient ce choix. Premièrement, les données à recueillir ne nécessitent pas un échantillon aléatoire car nous désirons confirmer, infirmer ou compléter les données de la littérature ce qui n’exige qu’un échantillon diversifié. Ensuite, pour retirer un maximum d’informations et mener à bien ces groupes de discussion, une participation sur base volontaire est primordiale. Après avoir demandé une participation de vive voix à la direction du département infirmier des cinq institutions mentionnées ci-dessus, nous avons confirmé cette demande par un courrier. Chaque direction nous a constitué le groupe de discussion en tenant compte des impératifs établis par le groupe pilote de la recherche (voir point 1.2. p24) 1.4.2.Choix de la méthode de collectes de données Le procédé de collecte de données choisi (groupe focus) doit permettre à des groupes de 6 à 15 personnes de s’exprimer sur un sujet donné, en l’occurrence, l’image de soi professionnelle. La technique de la ‘chaise vide’ issue du drama est celle que nous avons adoptée pour la partie francophone du pays. Cette technique nous permet d’accéder rapidement à une multitude d’informations qui ne sont pas autrement accessibles de façon aussi approfondie, nuancée et personnelle. Le drama est une méthode pédagogique d’origine britannique qui vise à développer, grâce à des exercices généralement ludiques, la recherche des émotions, l’échange, la créativité, la consolidation du groupe et un travail sur les valeurs. Plus largement, cette méthode a pour objectif la découverte de potentialité, de connaissances et d’aptitudes par un processus collectif, de nature artistique et ludique. Au travers de ses propres sensations et sentiments, vécus dans un jeu dramatique et codifié, ces processus mènent à des découvertes dans des champs éducatifs (langue, histoire, géographie,…) sociaux (évaluer, écouter, parler, s’exprimer, vivre en groupe) et culturels (Quinet, 2001). Dans la technique de la chaise vide, un nombre de chaises égal au nombre de personnes présentes dans la salle plus une est disposé en cercle dans une pièce. Deux personnes encadrent le groupe : un animateur et un observateur. L’animateur est le premier à intervenir. Il se présente, explique l’objectif du groupe focus et précise les thèmes qui seront abordés : l’image voulue, l’image déposée et l’image diffusée. La technique utilisée consiste à faire passer, de manière volontaire, chaque infirmier sur une chaise vide pour permettre au reste du groupe de lui 1 Seuls les hôpitaux généraux sont concernés par cette étude. Si les résultats obtenus dans les hôpitaux psychiatrique ne semblent pas spécifiques à cette spécialité, l’étude sera étendue aux hôpitaux psychiatriques. 28 poser trois questions. Les consignes données au groupe stipulent de poser des questions permettant de construire, petit à petit et au travers de chaque infirmier passant sur la chaise, un infirmier fictif qui parle de lui, de son travail, de ce qu’il vit, de la façon dont il se voit dans sa pratique et dans l’idéal. Cette technique est utilisée pendant près de deux heures ; chaque infirmier peut retourner sur la chaise vide autant de fois qu’il le désire. Le but de cette technique est de créer un infirmier fictif à partir de l’expérience de chacun, sans que l’on puisse identifier cet infirmier fictif à l’un des membres du groupe. Le rôle de l’animateur est de veiller à ce que personne ne s’écarte du sujet et d’éventuellement reformuler certains propos pour approfondir la compréhension d'un thème particulier. L’observateur, lui, prend des notes. A la fin de la discussion, les grands points abordés sont retranscrits sur un tableau et sont directement validés et complétés ou nuancés par le groupe. Cette technique présente plusieurs avantages. Ainsi, elle : - crée une ambiance favorable qui permet au groupe, par cet aspect ludique, de rentrer rapidement dans le vif du sujet et d’apporter une information pertinente ; - permet de commencer à traiter le sujet de façon assez large et de l’approfondir progressivement et rapidement ; - préserve la liberté de chacun par une construction collective de l’image ; - permet une intervention minimum du chercheur de façon à laisser le terrain le plus ouvert possible et ne pas influencer (non-directivité) ; - inclut la retranscription immédiate ce qui permet de valider directement l’information et de faciliter et accélérer le traitement de l’information ; - offre une plus grande facilité à gérer le groupe car chacun a la parole et plusieurs personnes ne parlent pas en même temps ; - fait émerger des questions posées par le groupe qui peuvent être intéressantes à retenir pour la constitution du questionnaire. A posteriori, au regard des avantages décrits ci-dessus, de la satisfaction des participants et du peu d’inconvénients rencontrés, cette méthodologie était effectivement bien adaptée afin d'investiguer ce thème. Elle a en effet a permis de libérer la parole et d’aborder rapidement des thèmes sensibles et difficilement verbalisables. 1.4.3.Collecte de données et réalisation d’entretiens tests Avant d’animer les groupes de discussion avec les infirmiers des hôpitaux sélectionnés, une formation préliminaire de l’animateur et un pré-test de la méthode utilisée étaient nécessaires. Pour ce faire, nous avons rassemblé deux groupes d’étudiants en soins infirmiers et un groupe d’infirmiers. Le premier groupe était composé de l'animateur (un chercheur de l'équipe) et de 6 étudiants de licence en sciences de la santé publique ayant déjà une petite expérience de travail en milieu hospitalier. Le second était composé de 6 étudiants en spécialisation psychiatrique ayant peu d’expérience hospitalière (stages et jobs). Le troisième groupe était constitué de 5 infirmiers. Ces tests ont été concluants. D'une part, il ont permis une formation de l'animateur et, d'autre part, une atteinte de nos objectifs de recherche (faire émerger chez les infirmiers leur concept de soi professionnel et les éléments influençant celui-ci). 1.4.4.Analyse des données Pour la Wallonie et Bruxelles, les résultats des quatre groupes focus et du troisième groupe test ont été analysés par deux chercheurs différents utilisant des modes d’analyse différents. Ceci a permis une triangulation de l’analyse des données et l’atteinte d’un consensus sur les dimensions à retenir. Comme nous l’avons mentionné plus haut, la Flandre a utilisé une approche légèrement différente pour animer ses groupes focus. Recueillir des données via des méthodes différentes a permis une seconde triangulation source d’une meilleure cohérence et 29 pertinence dans l’élaboration des dimensions du concept analysé. Les résultats du groupe focus mené dans l’hôpital psychiatrique étant trop spécifiques à cette spécialité, nous n'en avons pas tenu compte dans l'analyse suivante 2 . 1.5. Résultats généraux Avant d’analyser plus en détail les différentes dimensions retenues, il est intéressant de constater que les propos des infirmiers ayant participé aux groupes focus nous ont également permis de confirmer la pertinence de nos hypothèses de départ. ? L’influence du contexte sur le concept de soi professionnel semble bien réel aux dires des infirmiers. En effet, lorsque nous leur demandons de parler de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont, ceuxci éprouvent de grandes difficultés. Leurs réponses glissent rapidement sur des éléments de contexte et chacun sait combien les revendications actuelles sont nombreuses au niveau de la profession. Se définir et dire ce qu’ils font semble terriblement difficile ; les infirmiers ne commencent à y penser qu’une fois le contexte mis de côté… ce qui n’empêche pas l’image donnée de rester bien souvent floue et délicate à préciser. Les infirmiers ont difficile à se dire, à se montrer, à dévoiler ce qu’ils font. Ce n’est pas nouveau certes et nombre de recherches s’attaquent actuellement à ce défi qu’est la définition du(des) soin(s) infirmier(s). ? Le contexte ne sert pas seulement d’excuse à une difficulté de se dire. Il se vit aussi comme un mur qu’on ne peut franchir, qui empêche d’accéder à cet idéal de soins infirmiers qui semble si difficile à atteindre. En effet, les groupes focus montrent combien la situation est difficile au niveau du vécu des infirmiers. Ils sont visiblement frustrés, déçus de ne pas pouvoir exercer leur profession comme ils l’ont toujours rêvé. L’idéal semble bien loin… loin derrière ce mur qu’ils ne peuvent franchir. Un mur qui pourrait mener certains à faire demi-tour et à quitter la profession (« Soigner ne doit pas être qu’exécuter les ordres médicaux, je ne le supporterais pas »3 ). ? Outre l’influence de ce contexte qui semble terriblement pesant aux professionnels infirmiers, nous pouvons noter de nombreuses tensions entre le concept de soi professionnel et l’image qu’ils pensent que les autres professionnels ont de la profession infirmière. L’exemple le plus classique concerne bien entendu ce que les infirmiers pensent de l’image que certains médecins peuvent encore avoir de leurs rôles («ils croient qu’on est juste là pour exécuter leurs ordres»). Cependant, nous percevons bien dans le discours des soignants que le problème de méconnaissance des rôles ne concerne pas seulement le médecin. Les infirmiers pensent aussi que les autres professionnels, et même les patients, ne savent pas toujours réellement ce qu’ils peuvent attendre des infirmiers («Les autres professionnels ne savent pas vraiment ce qu’on fait, souvent cela se résume aux toilettes»). Reste qu’il s’agit là des perceptions des infirmiers et non réellement de celles des médecins ou des patients. Cependant, si de telles images existent encore actuellement (ce qui serait certainement utile à analyser), nous pouvons comprendre certaines tensions qui rendent le travail difficile et peuvent, là aussi, mener les infirmiers à vouloir quitter la profession. Le constat n’est certes pas réjouissant, mais comment pourrait-il l’être si les infirmiers ont tant de difficultés à se dire, à exprimer qui ils sont, à dévoiler ce qu’ils font et quelle est leur contribution spécifique au système de soins de santé actuel. 2 3 Suite à cette spécificité, il a été décidé de ne pas prendre en compte les hôpitaux psychiatriques pour la suite de l’étude. Les phrases en italiques reprennent des propos d’infirmières participant aux groupes cibles. 30 Quatre dimensions principales ont finalement été retenues comme constituant le concept de soi professionnel : la compétence et la formation, les soins infirmiers et l’équipe. La notion de satisfaction, fort présente, a finalement été considérée comme un élément inclus dans les autres dimensions. Outre ces dimensions, il est également apparu utile d’intégrer dans le questionnaire la notion de responsabilité. N’étant apparue de manière explicite que du côté francophone du pays, cette notion n’a pas été retenue comme dimension principale. 1.6. Dimensions retenues et élaboration du questionnaire Après la mise en commun des résultats de l'UCL et de la KUL, un consensus a été trouvé quant aux dimensions constitutives du concept de soi professionnel. Un accord a également été trouvé quant aux variables de contexte devant être prises en compte dans l’étude. Une validation des résultats a été réalisée de manière indirecte lors du pré-test du questionnaire. Le temps alloué pour la recherche ne nous a pas permis de valider directement les dimensions et sous-dimensions retenues auprès des groupes focus d’où venait l’information ou auprès d’un grand nombre de professionnels de terrain. Il s’agit probablement là d’une des limites de l’étude. Notons cependant que le groupe de chercheurs a créé une commission d’encadrement (constituée d’experts dans le domaine des soins infirmiers mais aussi de psychologues, de sociologues et d'un pédagogue) afin d’assurer la qualité du processus et des résultats de la recherche. Cette commission a été consultée afin de valider l’interprétation réalisée. Les dimensions développées ci-dessous sont issues d’une triple réflexion provenant de l’étude de la littérature, des résultats des groupes cibles et des discussions du groupe pilote de la recherche. Ces dimensions ont été cernées via des définitions qui, loin d’être formelles ou exhaustives, permettent surtout à l’équipe de recherche de bien comprendre le concept tel qu’il apparaissait dans les groupes focus. Ces définitions ont également permis de décomposer les différentes dimensions en sous-dimensions à investiguer au niveau du questionnaire. Voyons à présent plus en détail les dimensions retenues. La compétence La compétence peut se définir comme étant la capacité spontanée d’intégrer, de mobiliser et de transférer un ensemble de ressources (connaissances, savoirs, aptitudes, raisonnements et attitudes) dans un contexte donné pour faire face aux différents problèmes rencontrés ou pour réaliser une tâche (Le Bortef, 1997). C’est en résumé une combinatoire entre connaissance, aptitude et attitude dans un contexte donné. L’analyse des données montre en effet combien la compétence, et surtout sa dimension de connaissances, est centrale dans la pratique des soins infirmiers. «Il faudrait plus de trois ans pour acquérir les compétences nécessaires à l’exercice de la profession». «Il faut des connaissances, mais sans le savoir-faire, cela ne sert à rien». «Kwaliteit van zorg kan je alleen geven als je een professioneel opgeleide verpleegkundige bent». ‘«Theoretische kennis heb je nodig om te weten wat je gaat vertellen aan de patiënt»’ Nous reprenons la compétence comme première dimension, non pas pour son importance dans le discours des infirmiers, mais parce qu’elle est un préalable essentiel à une pratique professionnelle de qualité. Il semble en effet impensable pour les infirmiers de pratiquer sans posséder un certain nombre de connaissances. Les interviews posent cependant la question du type de connaissances utilisées, car si les connaissances médicales sont régulièrement citées, les connaissances spécifiquement infirmières le sont beaucoup moins. «On a augmenté le niveau de connaissances intellectuelles, mais on déborde parfois sur le rôle du médecin. On apprend des choses auxquelles on n’aura jamais accès». «In het algemeen zijn wij uitvoerders van gedelegeerde medische handelingen». 31 Notons enfin que certains infirmiers ne considèrent pas la connaissance seulement comme un préalable mais aussi comme devant faire l’objet de perfectionnements réguliers. Si la connaissance est essentielle, elle ne suffit pas à l’exercice de la profession. Un infirmier compétent semble aussi avoir besoin de développer certaines attitudes (de responsable, de leader, d’assurance, …) et aptitudes (intellectuelles et cognitives, instrumentales et techniques, sociales et communicatives). Ces trois éléments (connaissances, attitudes et aptitudes) sont repris comme sous-dimensions. «L’infirmière a un esprit de synthèse important. Elle sait faire le topo d’un patient en moins de trois minutes». «On a du feeling, on sent les choses quand cela ne tourne pas rond avec un patient». Les soins infirmiers La seconde dimension qui transparaît au niveau des groupes focus concerne la dimension des soins. Les définitions nous ayant permis d’aborder ce concept sont premièrement celle du «skilled companionship» qui définit les soins infirmiers comme «une pratique fondée sur l’exigence morale de favoriser le bien-être des patients en prenant soin d’eux dans le cadre d’une relation personnelle entre le patient et l’infirmière. Cette relation a pour but d'apporter au patient l'aide dont il a besoin pour supporter l'impact de la maladie et des traitements. Les actes infirmiers posés sont inspirés par le souci humain du bien-être du patient et ce au sens le plus large du terme (physique, psychique, relationnel, social, moral, spirituel). Les soins sont donc une intégration harmonieuse des compétences et de la sollicitude et demandent un haut degré d'implication de la part des infirmière qui à la fois exécutent certaines tâches et accompagnent le patient» (Bishop et Scudder, 1990). La seconde définition est celle de Watson «Les soins infirmiers consistent en un processus intersubjectif d’humain à humain qui nécessite un engagement au caring en tant qu’idéal moral et de solides connaissances. Le but des soins infirmiers est d’aider la personne à atteindre un plus haut niveau d’harmonie entre son âme, son corps et son esprit. Le soin commence quand l’infirmière entre dans le champ phénoménal d’une autre personne et perçoit, ressent et répond au vécu de l’autre de manière à lui permettre de laisser aller des sentiments ou des pensées qu’il rêvait de laisser aller» (Watson, 1998). Les groupes focus réalisés montrent en effet combien la notion d’accompagnement du patient éclaire la pratique. Ils montrent aussi que soigner ne se limite pas à cela, à l’interaction avec le patient. Soigner c’est aussi une multitude d’autres actions qui concourent indirectement au bien-être du patient. «Soigner, c’est accompagner le patient pendant la vie, les épreuves à surmonter et jusqu’à la mort». «On se décharge de beaucoup de choses sur les infirmières. Nous, nous le faisons pour que le patient soit bien ou le mieux possible. On pallie la désorganisation des autres car on se sent responsable du patient». «Verpleegkundige zorg is professionele zorg aan hulpbehoevenden. Het is het zinvol zorg besteden, het is niet zomaar deelnemen aan het proces van het maken van een product, marketing en zorgen dat het verkocht raakt. Het is een zinvolle activiteit , werken met mensen. Het is sociale contacten hebben met patiënten, familie en uw team» Outre la notion d’accompagnement, différentes sous-dimensions ont été retenues pour la construction du questionnaire. Elles se basent sur le discours des infirmiers mais aussi sur des référentiels d’évaluations utilisés dans un établissement d’enseignement en soins infirmiers (ISSIG, 2001). Les principales sous-dimensions retenues sont présentées à la figure 1. Elles ont guidé la recherche d’items pertinents à intégrer dans le questionnaire. 32 Caring ou prendre soins Poser un jugement diagnostique, thérapeutique et éthique Fondements théoriques Démarche de soins Collecte de données Analyse et interprétation Planification Evaluation Processus de soins Rôles infirmiers Engagement professionnel Réalisation de soi Continuité des soins Rôle de collaboration Soins techniques Expertise Acteur du système de santé Equipe Communication & relation Patient au coeur des soins Investissement professionnel Responsabilité Communication hors patient Participation à la recherche Qualité des soins Spécificité professionnelle Autonomie Manager dans l'équipe Formation des étudiants Flexibilité - créativité Dimension éthique Tâches diverses Figure 1 : Sous-dimensions de la dimension "soins infirmiers" L’équipe La troisième dimension s’intéresse à l’infirmier comme membre d’une équipe pluri- ou interdisciplinaire. La définition retenue est la suivante : «L’équipe est le groupe de professionnels travaillant avec le bénéficiaire de soins et unissant leurs efforts et leurs compétences pour répondre aux problèmes de santé, aider ou soulager la personne»4 . Deux niveaux sont à distinguer : l’équipe infirmière et l’équipe pluri(inter)disciplinaire. Les membres de l’équipe poursuivent un but commun, des objectifs de rendement communs et une même façon d’aborder la situation, pour lesquels ils se sentent mutuellement responsables et interdépendants5 . Pour pouvoir parler d’équipe, il faut un esprit d’équipe, un sentiment d’appartenance, du soutien et du respect de la part des collègues ainsi que pouvoir compter les uns sur les autres6 ». Ces définitions combinées aux résultats des groupes focus permet aisément de retirer les différentes sous-dimensions qui sont : l’esprit d’équipe, le sentiment d’appartenance, le soutien et le respect des collègues. Si ces éléments devraient pouvoir rendre compte de la manière dont l’infirmier se perçoit comme membre d’une équipe, il semble déjà important de noter que les groupes focus ont permis de nuancer fortement cette notion d’équipe en fonction de différents niveaux. En effet, lorsqu’il parle d’équipe, l’infirmier pense essentiellement à l’équipe constituée par les infirmiers et autres préposés au bénéficiaire, mais n’y inclut pas spontanément les acteurs de ce que l’on pourrait appeler l’équipe pluridisciplinaire. Si nous lui demandons d’aller plus loin dans sa perception de l’équipe, l’infirmier y inclut tout d’abord le médecin, ensuite le kiné, et enfin les autres paramédicaux. En outre, il apparaît clairement que l’infirmier ne se perçoit pas spontanément comme faisant partie d’une institution ou d’un groupe professionnel au sens large du terme. «On collabore dans une équipe avec les médecins, chacun a quelque chose à dire et est sur le même pied (…) l’infirmière est une composante d’une équipe mais en fait, il n’y a pas de réel travail d’équipe». «Teamwerk is heel belangrijk. Het is belangrijk dat je als team goed samenhangt. Ik vind het belangrijk dat je een goede werksfeer hebt. Ook met de dokters, maar vooral zelf, onder onze collega’s» 4 Adaptation de la définition du dictionnaire Larousse L’équipe. Comment en tirer les avantages, Guide, Affaires indiennes et du Nord Canada sur http://www.ainc-inac.gc.ca/ai/ldr/th2a_f.pdf 6 Résultats tirés des groupes focus KUL 5 33 La satisfaction Enfin, la quatrième dimension touche au concept de satisfaction. Au sens le plus large du terme, nous pouvons la considérer comme le sentiment de plaisir que l’infirmier éprouve globalement face à son travail ou par rapport à certains aspects de celui-ci. Il sera donc intéressant d’analyser cela au travers des tensions pouvant exister entre le concept de soi des professionnels infirmiers et l’image idéale qu’ils ont ; ceci pour toutes les dimensions et sous-dimensions de leur travail (ici apparaît bien le caractère transversal de la satisfaction). Nous pouvons en effet identifier dans des propos exprimés que de nombreuses tensions existent entre la réalité et l’idéal ou encore entre ce qui est vécu et souhaité. Reste à vérifier si l’intensité de ces tensions est telle qu’elle influence négativement la satisfaction générale face à la profession exercée et suscite l’envie de quitter celle-ci. Les résultats quantitatifs permettront certainement d’affiner cette première analyse. «C’est usant, car il y a toujours un rapport de force, rarement de confiance et de collaboration». «Dans la pratique, on manque de temps, on doit laisser tomber des choses, notamment tout le dialogue avec le patient». La responsabilité Parallèlement à la notion d'équipe, nous voyons également émerger la notion de responsabilité. L’infirmier se sent responsable de nombreux éléments : du patient, de sa famille et de son environnement, de lui-même et de la mise à jour de ses connaissances, de son comportement vis-à-vis de l’équipe infirmière, parfois de l’organisation, mais presque jamais de la vie associative assurant la représentativité de la profession. Cette responsabilité semble donc d’autant plus importante (et pesante ?) qu’on touche aux intérêts du patient. Elle l’est d’autant moins qu’on s’éloigne de celui-ci. Rappelons cependant que cette notion de responsabilité est apparue de façon plus explicite dans les groupes cibles francophones que dans les groupes cibles néerlandophones. «Les soins infirmiers sont des actions que je pose de manière autonome et avec responsabilité pour la prescription, l’action et l’évaluation». « N’importe qui ne peut pas faire ce métier car il y a un minimum de responsabilités et de choses à savoir». «Sommige dagen ga ik gefrustreerd naar huis. Want dan ga je naar huis en denk je van, ik heb zo hard gewerkt en toch heb ik de zaken die echt had willen doen niet kunnen doen». 1.7. Conclusion Cette approche qualitative fut sans conteste d’un grand apport pour cette recherche. Outre le fait qu’elle nous a permis d’affiner les concepts relevés dans la littérature, elle nous a surtout apporté les dimensions culturelle et contextuelle qui nous faisaient défaut. Ces groupes focus ont non seulement validé l’information issue de la littérature mais l’ont également complétée et affinée. La longue période que nous avons consacrée à l’organisation et la réalisation de cette approche qualitative sera valorisée par la qualité, la précision, la pertinence et la fiabilité du futur questionnaire. 34 2. Elaboration de l'instrument de mesure : phase 2 2.1. Structure du questionnaire Le questionnaire a été mis au point sur la base des résultats de l'étude de la littérature et de la recherche qualitative, et en concertation avec un groupe de travail constitué d'experts (commission d'encadrement interne). Le questionnaire se structure en cinq volets: Volet 1: Données démographiques Volet 2: Formation & compétence Volet 3: Soins infirmiers Volet 4: Equipe Volet 5: Contexte des soins Le premier volet propose une série de questions générales relatives aux données personnelles (données démographiques, niveau de formation, caractéristiques du département, …). Le deuxième volet du questionnaire comporte des questions relatives à la formation et à la compétence des infirmiers. Les questions ayant trait à la tâche soignante des infirmiers et aux soins prodigués par les infirmiers constituent le troisième volet du questionnaire. Ce volet sonde également la qualité des soins donnés. Les questions du volet quatre s'intéressent au fonctionnement de l'équipe. Le questionnaire se termine par une série de questions liées au contexte de soins (management infirmier, mesures publiques, image de la société, …). Notons enfin que les notions de satisfaction et de responsabilités ont été introduites de manière transversale dans l'outil de recherche. 2.2. Sélection des questions L'implémentation du questionnaire s'est appuyée sur l'étude de la littérature (instruments existants), les résultats de la recherche qualitative ainsi que certains schémas de pensée en matière d'art infirmier. Ce qui a débouché dans un premier temps sur un questionnaire de 210 questions. Cette version du questionnaire a été soumise pour validation à une série d'experts. Il a tout d'abord été fait appel à l'expertise des membres de la commission d'encadrement interne. La diversité des disciplines (infirmiers, sociologue, psychologue, …) et de l'expertise (chercheurs, professeurs, responsables de la politique, …) au sein de ce groupe faisait de cette commission d'encadrement un forum intéressant pour la validation de cet instrument. Parallèlement, le questionnaire a été soumis à quatre chercheurs infirmiers. Tandis qu'un premier test pilote était déjà organisé avec 6 infirmiers/ères des Universitaire Ziekenhuizen Gasthuisberg. Tant les experts que les chercheurs infirmiers ont émis les deux mêmes grandes remarques. Tout d'abord, le questionnaire a été jugé trop long. Le temps de remplissage s'étendait de trois quarts d'heure à une heure. De plus, la formulation de certaines questions a été qualifiée de trop abstraite. Sur la base du feed-back des experts et des infirmiers, le questionnaire a été sensiblement modifié et réduit à 67 questions. Un nouveau test pilote a été organisé. Cette fois, le questionnaire a été soumis à une infirmière, une infirmière cadre et un chercheur infirmier. Suite au feed-back du deuxième test pilote, le groupe de chercheurs a remanié une dernière fois le questionnaire. Ce remaniement a débouché sur un questionnaire final de 52 questions. Le questionnaire final figure en annexe 1. 35 3. Déroulement de l’enquête 3.1. Sélection des hôpitaux Tous les hôpitaux belges (à l'exception des hôpitaux psychiatriques) ont été invités par écrit à participer au projet. La lettre d'accompagnement envoyée aux hôpitaux expliquait brièvement l'enquête et proposait, en annexe, un bulletin-réponse permettant à chaque hôpital de poser sa candidature. 76 hôpitaux ont retourné leur bulletin de participation, dont 66 souhaitaient participer à l'enquête. Il s'agissait respectivement de 37, 23 et 6 hôpitaux des Régions flamande, wallonne et bruxelloise. Pour la constitution de l'échantillon, nous avons choisi de nous concentrer sur les hôpitaux généraux. Ceci a entraîné l'exclusion des hôpitaux spécialisés et gériatriques. Concrètement, cela s'est traduit, au sein du pool d'hôpitaux candidats, par l'exclusion de respectivement 8 et 3 hôpitaux pour les Régions flamande et wallonne. 3.2. Critères de constitution de l'échantillon La constitution de l'échantillon s'est fondée autant que possible (et selon le taux de réponse) sur les quatre critères de sélection suivants : statut de l'hôpital, région, taille et nature de l'hôpital. 3.2.1.Statut de l'hôpital La constitution de l'échantillon a respecté la répartition des hôpitaux privés et publics telle qu'elle existe au niveau des Régions. En Wallonie, 53% des hôpitaux sont privés, contre 55% à Bruxelles et 68% en Flandre. Nous retrouvons approximativement cette répartition dans l'échantillon pour la Flandre et la Wallonie, avec une légère déviation pour Bruxelles en faveur des hôpitaux privés (voir tableau E). De même, la proportion de lits d'hôpitaux privés et publics est bien respectée en ce qui concerne la Flandre et la Wallonie, avec à nouveau un léger écart en faveur des lits d'hôpitaux privés pour Bruxelles. Tableau E : Vue d'ensemble des hôpitaux (et du nombre de lits) privés et publics en Belgique et dans l'échantillon PRIVE PUBLIC TOTAL Nb (%) Lits (%) Nb (%) Lits (%) Nb Lits HOPITAUX GENERAUX EN BELGIQUEe WALLONIE FLANDRE 25 59 (53%) (68%) 8673 18497 (51%) (61%) 22 28 (47%) (32%) 8382 12034 (49%) (39%) 47 87 17001 30531 BRUXELLES 11 (55%) 5571 (65%) 9 (45%) 2942 (35%) 20 8513 36 PRIVE PUBLIC TOTAL Nb (%) Lits (%) Nb (%) Lits (%) Nb Lits ECHANTILLON WALLONIE FLANDRE 4 7 (50%) (64%) 1545 4280 (47%) (61%) 4 4 (50%) (36%) 1741 2779 (53%) (39%) 8 11 3286 7059 BRUXELLES 2 (67%) 1287 (89%) 1 (33%) 154 (11%) 3 1441 3.2.2.Région L'échantillonnage s'est voulu représentatif de chaque région. Ce qui implique que la sélection des hôpitaux par province et pour la Région Bruxelloise a tenu compte autant que possible (selon le taux de réponse) du nombre effectif d'hôpitaux dans ces régions (voir tableau F). Tableau F : Vue d'ensemble des hôpitaux volontaires et sélectionnés dans l'échantillon par région WALLONIE Hainaut Liège Luxembourg Namur Brabant Wallon Volontaires 7 9 1 2 1 Nombre d'hôpitaux dans l'échantillon 2 3 1 1 1 FLANDRE Anvers Limbourg Flandre orientale Brabant Flamand Flandre occidentale Volontaires 11 2 7 4 5 Nombre d'hôpitaux dans l'échantillon 3 1 3 2 2 BRUXELLES Volontaires 6 Nombre d'hôpitaux dans l'échantillon 3 37 3.2.3.Taille de l'hôpital La taille de l'hôpital est un autre critère qui a été pris en compte dans la constitution de l'échantillon. Selon leur taille, les hôpitaux ont été subdivisés en trois catégories: - Catégorie 1: 250 – 400 lits - Catégorie 2: 400 – 600 lits - Catégorie 3: > 600 lits La constitution de l'échantillon visait une représentation aussi équitable que possible des hôpitaux des trois catégories respectives (voir tableau G). Tableau G : Vue d'ensemble de l'échantillon en fonction de la taille des hôpitaux Taille des Hôpitaux Nombre de lits Wallonie Flandre Bruxelles 250 – 400 lits 3 4 2 400 – 600 lits 3 3 - > 600 lits 2 4 1 3.2.4.Nature de l'hôpital Le dernier critère utilisé pour la constitution de l'échantillon tenait compte de la nature de l'hôpital (voir tableau H). Une distinction a été opérée entre: - Hôpital universitaire - Hôpital général à caractère universitaire -Hôpital général La constitution de l'échantillon visait à inclure ces trois catégories dans chaque région. Tableau H : Vue d'ensemble de l'échantillon en fonction de la nature des hôpitaux NATURE DES HOPITAUX Nature de l'institution Wallonie Flandre Bruxelles Hôpital général 6 7 1 Hôpital général à caractère universitaire 1 2 1 Hôpital universitaire 1 2 1 38 3.3. Résumé concernant l'échantillon final Au total, l'échantillon comporte 22 hôpitaux répartis sur les trois régions du pays. Pour la Flandre : A.Z. Middelheim (Antwerpen), Antwerpen, O.C.M.W., 987 lits Kliniek Heilig Hart (Mol), Antwerpen, V.Z.W., 180 lits A.Z. Klina (Brasschaat), Antwerpen, V.Z.W., 436 lits Virga Jesse Ziekenhuis (Hasselt), Limburg, Autonome Verzorgingsinstelling, 567 lits Universitair Ziekenhuis (Gent), Oost-Vlaanderen, Openbare Universiteit, 1059 lits A.Z. St.-Elisabeth (Zottegem), Oost-Vlaanderen, V.Z.W., 304 lits A.Z. Maria Middelares – St. Jozef (Gent), Oost-Vlaanderen, V.Z.W., 554 lits Universitair Ziekenhuis K.U.L.(Leuven), Vlaams-Brabant, Vrije Universiteit, 1667 lits A.Z. H. Hart – Mariëndal (Tienen), Vlaams-Brabant, V.Z.W., 352 lits H.-Hartziekenhuis (Roeselare), West-Vlaanderen, V.Z.W., 674 lits Kliniek O.L.Vr. Van Lourdes (Waregem), West-Vlaanderen, V.Z.W., 279 lits TOTAL Flandre : 7059 lits (60%) Pour la Wallonie Centre Hospitalier Régional du Val de Sambre (Auvelais), Hainaut, Intercommunale, 407 lits Centre Hospitalier de Jolimont – Lobbes (Haine-Sainte-Paul), Hainaut, A.S.B.L., 714 lits Centre Hospitalier Universitaire de Liège, Liège, Etat Communauté, 729 lits St.-Nikolaus Hospital (Eupen), Liège, Association d'util. Public, 177 lits Clinique André Renard (Herstal), Liège, A.S.B.L., 160 lits I.F.A.C. - Princesse Paola (Marche-en-Famenne), Luxembourg, A.S.B.L., 246 lits Centre Hospitalier Régional de Namur (Namur), Namur, Organisme de droit public, 428 lits Clinique St-Pierre (Ottignies), Brabant Wallon, A.S.B.L., 425 lits TOTAL Wallonie: 3286 lits (28%) Pour Bruxelles Cliniques Universitaires St.-Luc, Bruxellles, A.S.B.L., 944 lits Institut Jules Bordet, Bruxelles, C.P.A.S., 154 lits Algemene Kliniek St. Jan, Brussel, V.Z.W., 343 lits TOTAL Bruxelles : 1441 lits (12%) 3.4. Collecte des données Une fois connue la composition définitive de l'échantillon, tous les hôpitaux ont été informés par lettre de leur inclusion ou non dans l'échantillon. Ce courrier invitait également les hôpitaux sélectionnés pour l'enquête à une réunion d'information et de rencontre organisée par le groupe de chercheurs. Cette réunion s'est tenue début juillet 2002. Au cours de cette réunion, les collaborateurs du projet ont été présentés. Les objectifs de l'enquête, son organisation ainsi que le développement de l'instrument de mesure ont été également exposés. Cette réunion fut également l'occasion de préciser les modalités de collaboration avec les hôpitaux respectifs. La collecte effective des données a eu lieu pendant les trois premières semaines de septembre 2002. A titre de promotion de l'enquête, un poster a été distribué dans les hôpitaux participants par le groupe de chercheurs. 39 Le groupe de chercheurs n'a pas imposé de méthode de travail bien précise pour l'organisation concrète de la collecte des données, laissant les hôpitaux participants libres de choisir leur méthode de collecte des données. Il a été proposé que les coordinateurs du projet élaborent avec chaque hôpital individuel une méthode de travail pour la collecte des données. Le planning complet de la collecte des données est illustré schématiquement dans le tableau I. Tableau I : Planification de la collecte de données Planification Période Août Septembre Octobre Prise de contact avec les 19 au 30 août 2002 hôpitaux 2 au 20 sept. 2002 Recueil des données Retour des questionnaires 23 au 27 sept. 2002 complétés à Leuven 30 sept. Au 18 oct. 02 Encodage des données 3.5. Sélection des répondants La sélection des répondants s'est basée sur les critères d'inclusion suivants: ?Infirmiers (A1 et A2) en contact direct avec les patients ?Infirmiers cadres Et sur les critères d'exclusion suivants: ?Assistants infirmiers et apparentés 3.6. Taux de réponse Il a été demandé à chaque hôpital participant combien d'infirmiers étaient susceptibles de participer à l'enquête. Ce chiffre est repris pour chaque hôpital dans la deuxième colonne du tableau J. Les questionnaires complétés ont été recueillis dans chaque hôpital par le coordinateur de projet. Ce nombre figure pour chaque hôpital dans la troisième colonne. Le taux de réponse a ensuite été calculé par hôpital. La moyenne nationale du taux de réponse s'élève à 71,22%, avec une moyenne respective de 75,09%, 71,58% et 51,57% pour la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. 40 Tableau J : Vue d'ensemble des taux de réponse Potentiel Nom de l'institution Nombre de questionnaires remplis Taux de réponse de l'institution FLANDRE A.Z. Heilig Hart Mariëndal A.Z. Klina A.Z. Maria Middelares – St. Jozef A.Z. Middelheim A.Z. St. Elisabeth Heilig Hartziekenhuis Kliniek Heilig Hart Kliniek O. L. Vr. Van Lourdes Universitair Ziekenhuis Gent Universitair Ziekenhuis K.U.L. Virga Jesse Ziekenhuis TOTAL FLANDRE 285 468 589 1060 269 980 190 285 1519 2661 640 8946 191 283 534 798 243 866 166 268 1086 1827 456 6718 67,02% 60,47% 90,66% 75,28% 90,33% 88,37% 87,37% 94,04% 71,49% 68,66% 71,25% 75,09% 350 305 173 837 92 191 252 77 2277 72,46% 62,63% 72,08% 74,40% 74,19% 67,02% 85,42% 54,23% 71,58% 484 137 325 946 9941 40,78% 62,56% 76,47% 51,57% 71,22% WALLONIE Centre hospitalier Jolimont-Lobbes Centre Hospitalier Régional de Namur Centre hospitalier Régional de Val de Sambre Centre Hospitalier Universitaire de Liège Clinique André Renard Clinique Saint-Pierre I.F.A.C. St. Nikolaus-Hospital TOTAL WALLONIE 483 487 240 1125 124 285 295 142 3181 BRUXELLES Cliniques Universitaires Saint-Luc Institut Jules Bordet Algemene Kliniek Sint Jan TOTAL BRUXELLES TOTAL NATIONAL 1187 219 425 1831 13958 Sur un total de 9941 questionnaires reçus, 9638 étaient utilisables pour l'analyse des réponses. Les chiffres respectifs sont donc de 6477 (67%), 2233 (23%) et 928 (10%) pour la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. 41 3.7. Analyses statistiques Dans un premier temps, une analyse descriptive ainsi que des tests paramétriques et non paramétriques ont été réalisés sur l'ensemble des données au niveau national et régional (voir annexe 2). Afin d'obtenir une image plus nuancée pour certains sous-groupes dans la profession, les variables pertinentes (l'âge, le sexe, le niveau de formation, les formations complémentaires, la fonction, le service, le pourcentage de temps de travail, l'ancienneté et le sentiment de compétence) ont fait l'objet d'analyses croisées avec certains items du questionnaire. Cette analyse a été uniquement réalisée sur base des données nationales (voir annexe 2). Pour les questions 27a "En tant qu'infirmière, à quel point vous sentez-vous compétente pour les aptitudes suivantes…" et 27b "Chez une infirmière, quelle importance accordez-vous en général aux aptitudes suivantes…", une analyse factorielle a été réalisée. En supprimant les item concernant les aptitudes logistiques et administratives, l'analyse factorielle nous donne un modèle clair et correctement interprétable de 6 facteurs. Le détail de ces facteurs et l'arrangement des items constitutifs sont proposés dans les tableaux des pages suivantes. 42 Tableau k : Question 27a " En tant qu'infirmière, à quel point vous sentez-vous compétente pour les aptitudes suivantes…?"’ Facteur1 Facteur2 Facteur3 Facteur4 Facteur5 Facteur6 Capacités sociales et communicatives Communiquer avec les partenaires médicaux 0.77727 0.15932 0.12149 0.08664 0.16608 0.19355 Communiquer avec les médecins 0.76863 0.21545 0.00392 0.11972 0.17754 0.17494 Communiquer avec les collègues infirmiers 0.74308 0.13595 0.21925 0.14829 -0.07282 0.12898 Reformuler (traduire les explications du médecin au patient et à sa famille) 0.60165 0.17764 0.16636 0.14381 0.36301 0.07105 Communiquer avec les familles 0.60110 0.03373 0.41826 0.05154 0.16565 0.13355 Informer et éduquer 0.51415 0.13383 0.20282 0.12532 0.49325 0.09344 Capacités intellectuelles et cognitives Créativité 0.14773 0.78880 0.11464 0.08522 0.23422 0.17309 Flexibilité 0.20874 0.77644 0.19501 0.07131 0.08334 0.16697 Transfert de connaissances 0.18637 0.70037 0.08572 0.25315 0.21835 0.14005 Attitude de Caring Sollicitude 0.16727 0.14481 0.83340 0.16211 0.04010 0.07349 Construire une relation professionnelle avec le patient 0.21225 0.09880 0.73314 0.02473 0.34217 0.09617 Assumer la responsabilité des soins 0.25284 0.28119 0.52759 0.35043 0.11823 0.08480 43 Capacités instrumentales et techniques Aptitudes à dispenser des soins thérapeutiques et diagnostiques 0.13941 0.21981 0.00129 0.80334 0.14187 0.05013 Aptitudes à dispenser les soins de base 0.11949 0.05688 0.22104 0.79677 -0.05292 0.08789 Rédiger un rapport écrit 0.12532 0.06144 0.12362 0.51208 0.20774 0.41160 Attitude critique et scientifique Attitude scientifique 0.17185 0.23376 0.05101 0.08461 0.76284 0.15157 Attitude critique 0.16915 0.20833 0.31694 0.06315 0.68383 0.15705 Capacités d'organisation Déléguer des soins 0.20332 0.17637 0.08430 0.12444 0.13113 0.82382 Organiser le travail en fonction de la collaboration avec les autres professionnels 0.25974 0.27011 0.10778 0.11330 0.14352 0.74735 44 Tableau l: Question 27b " Chez une infirmière, quelle importance accordez-vous en général aux aptitudes suivantes…?" Facteur1 Facteur2 Facteur3 Facteur4 Facteur5 Facteur6 Capacités sociales et communicatives Communiquer avec les médecins 0.82412 0.15230 0.07067 0.17000 0.11887 0.11333 Communiquer avec les paramédicaux 0.76763 0.13284 0.11142 0.09131 0.19728 0.26012 Communiquer avec les collègues infirmiers 0.76723 0.14882 0.18743 0.19219 0.01821 0.08277 Communiquer avec la famille 0.61209 0.12767 0.40469 0.08113 0.07087 0.11397 Reformuler (traduire les explications du médecin au patient et à sa famille) 0.61028 0.16456 0.27207 0.06699 0.28342 0.07548 Informer et éduquer 0.57661 0.15048 0.28229 0.05770 0.34669 0.09859 Capacités intellectuelles et cognitives Créativité 0.15288 0.81962 0.13264 0.04664 0.17910 0.20814 Flexibilité 0.23095 0.79501 0.15073 0.09676 0.12345 0.13386 Transfert de connaissances 0.15743 0.74516 0.17467 0.18601 0.10706 0.13735 Attitude de caring Sollicitude 0.20902 0.14346 0.82275 0.13715 0.10799 0.12594 Construire une relation professionnelle avec le patient 0.26999 0.15521 0.73607 0.06226 0.28301 0.12535 Prendre ses responsabilités dans les soins 0.26319 0.20013 0.63913 0.28296 0.08947 0.00796 Capacités instrumentales et techniques Aptitudes à dispenser des soins thérapeutiques et diagnostiques 0.14648 0.13556 0.11946 0.82271 0.06061 -0.01049 Aptitudes à dispenser les soins de base 0.11153 0.02847 0.18618 0.77950 -0.06329 0.05665 Rédiger un rapport écrit 0.14768 0.16040 0.02199 0.57493 0.25185 0.29362 45 Attitude critique et scientifique Attitude scientifique 0.23181 0.18731 0.10749 0.11337 0.80520 0.14429 Attitude critique 0.25325 0.19261 0.33478 0.01433 0.70405 0.14450 Capacités d'organisation Déléguer des soins 0.13685 0.19247 0.10098 0.09854 0.12609 0.84200 Organiser le travail en fonction de la collaboration avec les autres professionnels 0.27296 0.22897 0.12304 0.09948 0.12836 0.75080 46 Chapitre 4. RESULTATS 1. Description de l’échantillon Le texte qui suit présente uniquement les principales données descriptives de l'échantillon. Des données plus précises concernant l'échantillon sont disponibles à l'annexe 2. 1.1. Age, sexe et statut civil L’échantillon de cette étude est constitué d’environ un homme pour six femmes (voir tableau 1). Nous constatons donc que la présence masculine tend à croître dans une profession traditionnellement fort féminine. Notons que cette tendance semble plus prononcée en Flandre (17,1% d'hommes) qu'en Wallonie (14,4%) ou à Bruxelles (13,2%) et qu'elle ne concerne ici qu'un échantillon exclusivement hospitalier. Les personnes interrogées sont âgées de 20 à 65 ans. L'âge moyen est de 37 ans (SD ? 9 ans et demi) (voir tableau 2) et la carrière moyenne d'environ 15 ans (SD ? 9 ans et demi) (voir tableau 19). Ce chiffre de 15 ans semble contredire une idée largement répandue concernant la courte "durée de vie" dans la profession. En étudiant les classes d'âges, on se rend compte que les personnes sont moins nombreuses surtout après 45 ans. L’âge le plus souvent rencontré est de 23 ans. Aucune différence significative n'est à signaler en fonction des régions. L'idée d'une profession constituée essentiellement de femmes célibataires n'est plus en accord avec les chiffres rencontrés actuellement sur le terrain. En effet, seuls 21% des infirmiers sont actuellement célibataires alors que 72% d'entre eux vivent en couple. Notons également que 60% des personnes interrogées vivent avec un enfant au moins sous le même toit. Signalons enfin qu'à Bruxelles, un plus grand nombre de personnes célibataires sont présentes (27,6% vs 19% pour la Flandre et 23,8% pour la Wallonie) et vivent sans enfant (près de 46,5%) (voir tableau 4). 1.2. Formation de base et formation complémentaire L'échantillon est constitué essentiellement d'infirmiers gradués et/ou d'accoucheuses (environ ¾ de l'échantillon) et d'un nombre plus faible d'infirmiers brevetés (environ ¼). Notons que ces proportions varient fortement d'une région à l'autre (voir tableau 5). Parmi les infirmiers ayant participé à cette étude, environ un tiers (31,3%) a suivi une formation complémentaire faisant suite au diplôme infirmier de base. Ce chiffre varie fortement d'une région à l'autre. Il est près de deux fois plus élevé à Bruxelles (49,5% vs 27,5% en Flandre et 34,7% en Wallonie). La spécialisation en soins infirmiers est la formation complémentaire la plus suivie (15,7%) avec une forte variation entre les régions (13,6% pour la Flandre, 17,6 en Wallonie et 25,4 à Bruxelles). Viennent ensuite l’école des cadres (8,9%), la formation complémentaire non universitaire (6,6%), la licence en sciences de la santé publique (3,8%) et enfin, les autres formations universitaires (1,6%). Notons cependant que, hormis l'école des cadres pour laquelle la différence statistique n'est pas significative, l'ensemble des formations connaît un plus grand succès à Bruxelles qu'en Wallonie et en Flandre (voir tableau 5). 47 1.3. Fonction exercée 82,2% des personnes constituant l'échantillon exercent une fonction d’infirmier de chevet et 4,5% sont accoucheuses (voir tableau 7). Pour le reste, nous retrouvons essentiellement des infirmiers chefs de service (5,7%) ou chefs adjoints (2%), des infirmiers de référence pour l'institution (3,3%) ou des infirmiers relais pour le service (4,1%). Un certain nombre de postes nouvellement "réglementés" sont également présents : cadre infirmier (1%), infirmier en hygiène hospitalière (0,3%) et coordinateur qualité (0,2%). Ces chiffres nous montrent notamment l'importance de l'émergence de nouvelles fonctions dans la profession (infirmier de référence pour l'institution ou le service). Hormis pour le nombre de cadres intermédiaires (0,7% en Flandre, 1,3% en Wallonie et 1,8% à Bruxelles ; p=0,001), le nombre d'infirmiers en santé communautaire (0,7% en Flandre, 0,2% en Wallonie et 0,1% à Bruxelles ; p=0,001) et le nombre d'infirmiers chercheurs (1,2% en Flandre, 0,2% en Wallonie et 1,7% à Bruxelles ; p=0,000), il n'y a aucune différence significative entre les régions. 1.4. Modalités du travail 57,4% du personnel infirmier interrogé dans cette étude travaille à temps plein (voir tableau 9). Ici aussi des différences apparaissent entre les régions. En effet, ce pourcentage est de 63,1% en Wallonie contre 58,2% à Bruxelles et 55,3% en Flandre. Quoi qu'il en soit, on voit apparaître ici l'importance du phénomène du travail à temps partiel qui touche entre 36,9% et 44,7% des personnes selon les régions. D'autres données concernant les modalités de travail nous apprennent qu'environ 41,1% des personnes travaillent exclusivement de jour et 50,1% sont amenées à travailler de jour et de nuit (voir tableau 10). Il n'y a pas de différence significative à ce niveau entre les régions (p=0,072). Trois quart des personnes interrogées travaillent au moins un week-end par mois (80% en Wallonie) (voir tableau 12) et près de 15% font encore des horaires coupés (voir tableau 13). Ce dernier chiffre varie fortement entre les régions étant donné qu'il n'est que de 4,1% à Bruxelles contre 11,4% en Wallonie et 16.8% en Flandre (p=0,000). 1.5. Conclusion Pour conclure, le profil type d’un infirmier de notre échantillon est assez simple à se représenter. Nous sommes face à une population majoritairement féminine, de moins de 45 ans et présentant 15 ans de carrière en moyenne. Les infirmiers d'aujourd'hui vivent en ménage, souvent avec un enfant au moins vivant sous le même toit. Ils possèdent un diplôme d’infirmier gradué et ont souvent suivi une formation complémentaire (de 30% à 50% selon les régions). Ils travaillent autant à temps partiel qu'à temps plein, combinent (un fois sur deux) des horaires de jours et de nuit et travaillent au moins un week-end par mois. 48 2. Analyse descriptive des résultats On envisagera successivement l'image professionnelle des infirmiers concernant leurs compétences, les soins infirmiers et l'équipe. Pour terminer on analysera l'impact du contexte de soins sur cette image professionnelle. Le texte qui suit présente uniquement les principaux résultats. Des données plus précises sont disponibles à l'annexe 2. 2.1. Image de soi des infirmiers en relation avec la compétence Les infirmiers se trouvent très compétents dans l'exercice de leur profession. En effet, 85% des répondants au niveau national se trouvent compétents à très compétents pour faire face à leur travail quotidien contre seulement 0,9% s'estimant incompétents ou plutôt incompétents (tableau 28). Le même constat peut être fait au niveau des trois régions du pays. Ci-dessous nous présentons les aspects les plus importants de cette compétence en reprenant les capacités et attitudes dans lesquelles les infirmiers se trouvent le plus ou le moins compétents. Nous présentons également les capacités et attitudes qu'ils estiment prioritaires ou les moins importantes. Ensuite, nous analyserons quels sont les éléments constitutifs de la compétence et quels sont les éléments dans lesquels il semble nécessaire (aux yeux des infirmiers) d'investir pour favoriser le développement et l'optimalisation des compétences. Pour finir, un certain nombre d'éléments concernant la formation permanente seront envisagés. 2.1.1.Importance des savoirs constitutifs de la compétence 41,8% des répondants trouvent que le savoir-faire pratique et technique est prioritaire pour travailler comme infirmier. Le savoir (31,6%) et le savoir-faire intellectuel (30,5%) viennent respectivement en deuxième et troisième places. Le savoir-être (27,6%) vient en dernière position (tableau 25a). On perçoit ici un certain nombre de différences entre les régions (tableaux 25a et b). En Flandre, le savoir est perçu comme une priorité par un nombre plus important d'infirmiers (35,2%) en comparaison avec la Wallonie (21,5%) et Bruxelles (30,3%). Par contre les infirmiers wallons et bruxellois donnent plus d’importance au savoir-faire pratique et technique (respectivement 49,7% et 47% vs 38,3%), au savoir-faire intellectuel (respectivement 44,1% et 44,2% vs 23,9%) et au savoir être (respectivement 38,8% et 39,7% vs 22%) que les infirmiers flandriens. 2.1.2.Aptitudes et attitudes spécifiques Les personnes interrogées devaient spécifier à quel point elles se sentaient compétentes par rapport à un certain nombre d'aptitudes et d'attitudes spécifiques. Ensuite, elles devaient définir quelle importance elles accordaient à ces mêmes aptitudes et attitudes. Suite à ces questions, nous pouvons voir au niveau national que les infirmiers se sentent le plus souvent "très compétents" au niveau des aptitudes à dispenser des soins de base (41,5%) et des aptitudes à dispenser des soins thérapeutiques et diagnostiques (37,4%). Assurer la responsabilité des soins (34,1%), la sollicitude (34,0%) et la communication avec le patient (30,8%) viennent respectivement en troisième, quatrième et cinquième positions (tableau 27a). En ce qui concerne l'importance accordée aux différents items, les cinq items prioritaires pour les répondants sont les aptitudes thérapeutiques et diagnostiques (49,1%), le fait d'assumer la responsabilité des soins (45,7%), la communication avec le patient (44,9%), les aptitudes à dispenser des soins de base (36,5%) et la démarche systématique en soins infirmiers (31,6%). Cela montre que quatre des cinq aptitudes ou attitudes estimées comme prioritaires sont également celles pour lesquelles les soignants se sentent "très compétents". Néanmoins, il 49 apparaît que les pourcentages pour le sentiment de compétence et l'importance accordés à une même capacité ne sont pas nécessairement aussi élevés. Ainsi, par exemple, 49,1% des infirmiers trouvent les aptitudes diagnostiques et thérapeutiques prioritaires alors que seulement 37,4% se trouvent "très compétents" à ce niveau (tableau 27a). Les aptitudes techniques propres aux différents appareillages (8,0%), la délégation d'activités de soins (8,1%), l'attitude scientifique (8,2%) et les aptitudes administratives (7,0%) sont les aptitudes ou attitudes pour lesquelles les répondants se disent le plus souvent “incompétents" ou "plutôt incompétents". Les aptitudes logistiques (34,6%), administratives (15,7%) et la délégation d'activités de soins (8,9%) sont les aptitudes ou attitudes perçues comme les "moins importantes" par les répondants (tableau 27a). Lorsque nous comparons les résultats pour les trois régions, il y a un certain nombre de différences à prendre en compte (tableaux 27b, c et d). Seuls certains exemples sont repris ciaprès. Davantage d'infirmiers bruxellois se sentent "très compétents" dans les aptitudes à dispenser des soins de base (respectivement 50,8% vs 41,7% pour la Wallonie et 40,1% pour la Flandre) et dans les aptitudes diagnostiques et thérapeutiques (46,1% vs 39,2% pour la Wallonie et 35,5% pour la Flandre). A côté de cela, les infirmiers bruxellois et les wallons accordent plus d'importance que les flandriens aux aptitudes à dispenser des soins de base (respectivement 45,5% et 43,5% vs 32,2%) et aux aptitudes diagnostiques et thérapeutiques (respectivement 57,5% et 54% vs 45,5%). Contrairement à Bruxelles (23,5%) et à la Wallonie (20,3%), davantage d'infirmiers flandriens (41,1%) trouvent les aptitudes logistiques “peu importantes". Pour terminer, les infirmiers wallons se trouvent plus souvent (11,9%) "très incompétents" à "incompétents" que les infirmiers bruxellois (6,8%) ou flandriens (5,4%) concernant les aptitudes administratives. 2.1.3.Contribution au développement des compétences Les trois principaux éléments qui, selon les infirmiers interrogés, ont une contribution "grande" à "très grande" sur le développement de leur niveau de compétence actuel sont leur propre pratique et réflexions (90%), la formation de base d'infirmier ou d'accoucheuse (73,2%) et l'échange d'expériences et de connaissances avec les collègues infirmiers (67%) (tableau 23a). L'échange de connaissances et d'expériences avec les étudiants infirmiers (57,8%), l'échange de connaissances et d'expériences avec des collèges d'autres disciplines (39,9%) et une formation complémentaire qui mène à un certificat (38,3%) sont les trois éléments les plus importants qui n'ont "pas de contribution" ou une "faible contribution" sur le niveau de compétence actuel (tableau 23a). Pour les items concernant l'apport de la formation universitaire, des spécialisations et de la lecture de littérature spécialisée, nous avons analysé s'il existait des différences entre les infirmiers avec ou sans formations complémentaires (universitaire ou non). Concernant la formation universitaire, il apparaît que seulement 47,3% des personnes ayant une licence en sciences de la santé publique et 48,2% des personnes ayant suivi d'autres formations universitaires trouvent que la formation universitaire a un impact "grand" ou "très grand" sur leur niveau de compétence actuel. Davantage d'infirmiers universitaires (respectivement 45,6% et 48,3% pour les licenciés en sciences médico-sociales et hospitalières et pour les autres formations universitaires) trouvent que la lecture de la littérature spécialisée a un impact "grand" ou "très grand" sur le développement de leurs compétences actuelles. Pour les personnes sans formation complémentaire, ce chiffre est de 24,0% alors qu'il est de 30,8% pour les personnes avec une formation complémentaire non-universitaire (tableau 23a). 50 Les questions en relation avec la contribution des spécialisations en soins infirmiers et de la formation universitaire ont été remplies par un certain nombre de personnes ne possédant pas ces diplômes. Ils nous donnent probablement ainsi un regard indirect sur la contribution qu'ils pensent que de telles formations peuvent avoir. Ainsi, 89,2% des personnes sans formation complémentaire et 73% des personnes avec une formation complémentaire non universitaire estiment que la formation universitaire n'a "pas" ou "peu" d'impact sur le niveau de compétence. Ces pourcentages élevés contrastent nettement avec ceux des personnes ayant réellement suivi ces formations. En effet, seul 22,1% d'infirmiers licenciés en sciences médico-sociales et hospitalières et 27,2% d'infirmiers possédant une autre licence sont de cet avis (tableau 23a). Enfin, les infirmiers avec ou sans formation complémentaire (universitaire ou non) on également des avis différents quant à l'impact des spécialisations en soins infirmiers. En comparaison avec les 41,8% d'infirmiers sans formation complémentaire, 71% des personnes avec une formation complémentaire non universitaire et 62,1% et 68,6% des personnes avec formation universitaire (respectivement licenciés en sciences médico-sociales et hospitalières et autres licenciés) trouvent que les spécialisations en soins infirmiers ont un impact "grand" à "très grand" sur le développement des compétences. Un autre résultat important concerne le fait que 85,3% des répondants trouvent que l’essentiel de la formation s’acquiert à l’hôpital, au chevet du patient (tableau 46). Moins positif est le fait que 66,3% des infirmiers au niveau national disent n'être "pas du tout d'accord" ou "plutôt pas d'accord" avec le fait que le s nouveaux infirmiers qui sortent de l’école sont aptes à exercer convenablement leur métier (tableau 46). Entre les différentes régions, il y a un certain nombre de différences à prendre en considération (tableaux 23b, c et d). En comparaison avec les wallons (53,5%), les infirmiers licenciés en sciences médico-sociales et hospitalières de Flandre (66,1%) et de Bruxelles (66,6%) trouvent davantage que les spécialisations en soins infirmiers ont une contribution “grande” à “très grande” sur le niveau actuel de compétence. A Bruxelles, davantage de personnes avec une formation complémentaire non universitaire (79,5%) trouvent que les spécialisations en soins infirmiers ont une contribution "grande" ou "très grande" sur leur niveau de compétence actuel. En comparaison, ce chiffre est de 70% en Flandre et de 69,4% en Wallonie. Pour finir, comparé à la Flandre (52%), on trouve plus d'infirmiers avec formation universitaire (hors sciences de la santé publique) en Wallonie (79,2%) et à Bruxelles (77,7%) qui trouvent que les spécialisations en soins infirmiers ont une contribution "grande" à "très grande" sur le niveau de compétence actuel. Toujours en lien avec la contribution d'une formation universitaire au développement des compétences, on retrouve deux fois plus de personnes sans formation complémentaire à Bruxelles (comparé à la Flandre et à la Wallonie) qui trouvent que la formation universitaire a une "grande" ou "très grande" contribution au développement des compétences. Les pourcentages sont respectivement de 10,7% versus 4,9% et 4,4%. De plus, en Flandre, on retrouve davantage d'infirmiers licenciés en sciences médico-sociales et hospitalières (54,7%) qui pensent que la formation universitaire a une "grande" ou "très grande" contribution au développement des compétences. A Bruxelles et en Wallonie, les chiffres sont respectivement de 44% et 38,2%. Pour finir, on retrouve davantage d'infirmiers bruxellois avec une autre formation universitaire (62,9%) qui pensent que la formation universitaire a une "grande" ou "très grande" contribution au développement des compétences. Les chiffres sont de 42,9% en Wallonie et de 40,9% en Flandre (tableau 23 b, c en d). Une dernière différence est à prendre en compte lorsqu'on regarde la contribution de la lecture professionnelle au développement des compétences. On retrouve à Bruxelles (51,3%) et en Flandre (48,8%) d'avantage d'infirmiers licenciés en sciences médico-sociale et hospitalières qui estiment que la lecture de la littérature professionnelle a une "grande" ou "très grande" contribution au développement des compétences. Ce chiffre est de 36,9% pour la Wallonie (tableau 23 b, c en d). 51 2.1.4.Investissements utiles pour optimaliser le niveau actuel de compétence 95,2% des répondants au niveau national sont d'avis qu'il existe certains domaines dans lesquels il faut investir afin d'améliorer le niveau de compétence des infirmiers (tableau 24a). Concernant cette question, il n'y a pas de différence à prendre en considération entre les différentes régions (tableau 24a). Parmi les domaines dans lesquels il faudrait investir, un domaine est bien plus demandé que les autres : la formation permanente (60%). Les autres domaines importants soulignés sont la formation de base en soins infirmiers ou d'accoucheuse (43,1%), l'échange de connaissances et d'expériences avec les collègues infirmiers (31,6%) et les spécialisations en soins infirmiers (30,0%). Des résultats plus détaillés sont fournis au niveau du tableau 24b. Lorsqu'on compare les résultats entre les différentes régions, trois grandes différences apparaissent (tableau 24b). Premièrement, il y a davantage d'infirmiers bruxellois (66,6%) ou wallons (64,1%) qui trouvent qu'il est important d'investir dans les formations permanentes (contre 58,3% en Flandre). Deuxièmement, davantage d'infirmiers flandriens (32,4%) accordent une priorité aux spécialisations en soins infirmiers comparé aux infirmiers wallons (25,6%) et bruxellois (23,9%). Troisièmement et pour conclure, il y a une différence à prendre en considération concernant l'échange de connaissances et d'expériences avec les collègues infirmiers. En Wallonie, on trouve qu'il faut davantage y investir (36,8%) qu'en Flandre (30,2%) et à Bruxelles (29,7%). 2.1.5.Résultats quant à la formation permanente 85,8% des infirmiers interrogés sont "plutôt d'accord" ou "entièrement d'accord" avec le fait que la possibilité de pouvoir participer régulièrement à des formations permanentes leur donne beaucoup de satisfaction et 85,2% trouvent que les formations permanentes auxquelles ils participent contribuent à améliorer la qualité des soins qu'ils donnent (tableau 26a). De plus, 73,7% des répondants signalent que, pour eux, la formation permanente est une priorité . Cependant, environ un infirmier sur quatre (26,7%) trouve que la formation permanente a une "faible contribution" voir "pas de contribution" sur son niveau actuel de compétence (tableau 23) et 34,4% disent qu'ils ne cherchent pas eux-mêmes des possibilités de se former (tableau 26 a). Enfin, relevons que 40,8% des infirmiers disent qu'ils ne consultent pas régulièrement la littérature professionnelle (articles, livres,…). Il n'y a pas de différence à relever ici entre les régions (tableaux 26 b, c et d). 2.2. Image de soi professionnelle des infirmiers par rapport aux soins infirmiers Cette partie reprendra successivement un certain nombre de points ayant un lien direct avec la mission soignante des infirmiers. Nous présenterons d'abord les aspects prioritaires de la mission infirmière et nous analyserons un certain nombre de conditions importantes pour la réalisation de celleci. Ensuite, après avoir analysé certains aspects complémentaires, nous étudierons l'influence de l'environnement de travail et de la pénurie sur le travail infirmier. Enfin, un certain nombre de résultats concernant la qualité des soins clôtureront cette partie. 2.2.1.Aspects prioritaires dans la mission infirmière Au niveau national, les infirmiers voient principalement leur contribution aux soins d'un point de vue médico-technique et, plus particulièrement, dans le fait de viser la guérison du patient (40,2%) et dans la détection des problèmes de santé et des complications éventuelles chez le patient (36,2%) (tableau 29a). A la troisième place vient le fait de vouloir adapter les soins en fonction de chaque patient (35,4%) (tableau 29a). Ensuite, plus d'un infirmier sur quatre trouve prioritaire de favoriser le bien-être du patient à travers une bonne relation d'aide et de soins (28,8%), le fait de dispenser les soins de bases strictement nécessaires (26,8%) et 52 d'apporter au patient l’aide dont il a besoin pour vivre avec sa maladie et son traitement (26,8%). Aux yeux des infirmiers, les aspects les moins importants concernent le fait de chercher, avec le patient, une réponse créative à ses soucis et problèmes (15,9%) et de défendre les intérêts du patient auprès des autres professionnels et de l’organisation hospitalière (16,9%). Pour les trois régions, les classements effectués au niveau des domaines prioritaires ne montrent pas de différence (tableaux 29b, c et d). Une exception par rapport à cela concerne le fait de viser la guérison du patient. Cet aspect est davantage décrit comme prioritaire par les infirmiers wallons (49,8%) que par les infirmiers bruxellois (39,8%) ou flandriens (37%). 2.2.2.Conditions importantes pour réaliser la mission infirmière Comme résultat important au niveau national, notons que 72,9% des répondants trouvent "très important" ou "prioritaire" le fait de discuter des problèmes de soins avec les collègues infirmiers (tableau 31a). Ensuite viennent respectivement avec 70,6%, 63,8% et 62,5% le fait d'entretenir une bonne relation de travail avec les médecins, entretenir une bonne relation de travail avec les supérieurs hiérarchiques et se concerter avec l'équipe interdisciplinaire. Les aspects signalés le plus souvent comme "peu importants" sont : le fait de soigner régulièrement les mêmes patients (12,6%) et le fait d'agir selon ses propres valeurs étiques (10,4%). Il est à noter cinq grandes différences entre les trois régions (tableaux 31b, c en d). Ainsi, le nombre d'infirmiers qui trouvent "très important" ou "prioritaire" de prendre librement des décisions en matière de soins et le fait de soigner régulièrement les mêmes patients est beaucoup plus grand en Flandre et à Bruxelles qu'en Wallonie. Les pourcentages pour la Flandre et Bruxelles et la Wallonie sont respectivement de 62%, 62,1% et 48,3% pour le fait de prendre librement des décisions en matière de soins et de 58,2%, 57,6% et 49,2% pour le fait de prendre en charge régulièrement les mêmes patients. Une autre différence à prendre en compte concerne le fait d'entretenir une bonne relation avec les médecins et avec les supérieures hiérarchiques. On retrouve beaucoup plus d'infirmiers en Flandre qui trouvent ces aspects "très importants" ou "prioritaires". Les chiffres pour la Flandre, Bruxelles et la Wallonie sont respectivement de 77%, 66,5% et 54% pour le fait d'entretenir de bonnes relations de travail avec les médecins et de 75,1%, 52,2% et 36,1% pour le fait d'entretenir de bonnes relations avec les supérieurs hiérarchiques. Pour terminer, les infirmiers bruxellois (56%) et flandriens (51,6%) sont plus nombreux que les infirmiers wallons (41,6%) à trouver "très important" ou "prioritaire" le fait d'agir selon ses propres valeurs éthiques. 2.2.3.Aspects complémentaires dans les missions infirmières 95,1% des répondants au niveau national sont "plutôt d'accord" ou "entièrement d'accord" avec le fait qu'aider les autres membres de l'équipe soignante à progresser professionnellement fasse partie de la mission infirmière (tableau 30a). 89% sont "plutôt d'accord" ou "entièrement d'accord" avec le fait que contribuer à la formation des étudiants en sois infirmiers fasse également partie de leur mission et 83,6% que les infirmiers doivent participer à des recherches en soins infirmiers. En outre, 68,5% des répondants sont "pas du tout d'accord" ou "plutôt pas d'accord" avec le fait qu'exécuter des tâches administratives fasse partie de la mission infirmière. Cet item présente de grandes différences suivant les régions du pays (tableaux 30b, c et d). Comparé à la Flandre (34,1%), moins d'infirmiers wallons (26,5%) et bruxellois (25,2%) sont "plutôt d'accord" ou "entièrement d'accord" avec le fait que les tâches administratives fassent partie de la mission infirmière. 53 2.2.4.Influence de l'environnement de soins sur la mission infirmière Des informations importantes apparaissent lorsqu'on analyse l'influence du contexte de soins sur le fonctionnement des infirmiers et des services infirmiers (tableau 32a). 88,9% des infirmiers interrogés au niveau national disent qu'ils peuvent “souvent” ou “toujours” travailler de façon autonome. Ensuite, viennent respectivement avec 85,4% et 81,1% le fait de posséder l'information nécessaire pour prodiguer de bons soins et le fait de pouvoir justifier les décisions prises en matière de soins. L'analyse par région permet de donner les mêmes tendances par rapport à ces résultats. Néanmoins, les flandriens sont plus nombreux que les wallons et bruxellois à dire qu'ils peuvent "souvent" ou "toujours" réaliser ces activités au cours de leur dernière journée de travail. Ainsi, par exemple, les infirmiers bruxellois et wallons disent respectivement pour 79,7% et 78% avoir "souvent" ou "toujours" les informations nécessaires pour prodiguer de bons soins (contre 88,8% en Flandre). Regardons maintenant les tâches que les infirmiers ont le moins l'occasion d'effectuer. Respectivement 62,9% et 60,9% des infirmiers au niveau national ne savent “jamais” ou “rarement” discuter des problèmes éthiques des patients au sein de l'équipe et consacrer du temps à discuter avec les étudiants. En outre, 57,4% et 44,4% des répondants ne savent “jamais” ou “rarement” consacrer du temps à établir une relation personnelle avec le patient et adapter leur organisation aux souhaits personnels des patients. Aussi, il apparaît que 34,5% de l'échantillon ne sont “jamais” ou “rarement” créatifs dans leurs pratiques de soins. Pour finir, respectivement 31,4% et 30,6% des personnes interrogées ne savent “jamais” ou “rarement” évaluer systématiquement le résultats de leurs soins et prendre le temps de recueillir les données nécessaires concernant les patients. Au niveau des régions, il y a de grandes différences à prendre en considération (tableaux 32b, c et d). Comparés à la Flandre, les wallons et les bruxellois se situent systématiquement plus souvent dans les catégories "jamais" ou "rarement" lorsqu'on leur demande s'ils ont eu l'occasion de réaliser certaines activités particulières au cours de leur dernière journée de travail. La différence la plus importante se situant entre la Flandre et la Wallonie. Ainsi, par exemple, 65,5% des infirmiers wallons et 57,2% des bruxellois disent qu'ils ne savant "jamais" ou "rarement" adapter leur organisation aux souhaits du patient (contre 35% en Flandre). Un autre exemple montre que beaucoup plus d'infirmiers wallons (76,9%) ou bruxellois (71,7%) que flandriens (56,9%) disent qu'ils ont "jamais" ou "rarement" le temps de discuter des problèmes éthiques concernant les patients. 2.2.5.Influence des contraintes de temps sur la mission infirmière On a demandé aux infirmiers de signaler, dans une liste proposée à priori, quelles étaient les tâches qu'ils auraient du exercer durant leur dernière journée de travail et qu'ils n'ont pu réaliser par manque de temps. 32,4% des infirmiers interrogés ont signalé ne pas avoir eu le temps pour écouter les préoccupations du patient et 30,6% pour répondre à un souhait ou une demande spécifique d’un patient (tableau 37). Pour les massages de confort et l'éducation du patient et de sa famille, les pourcentages sont de 23,4% et 19,9%. Il y a trois grandes différences entre les régions (tableau 37). La première concerne les tâches d'éducation du patient et de sa famille. Deux fois moins d'infirmiers en flandriens (14,9%) que wallons (31%) ou bruxellois (27,4%) rapportent ne pas avoir su réaliser ces soins. La seconde différence a été enregistrée concernant la prévention des escarres. A Bruxelles (5,3%) et en Flandre (3,4%), les infirmiers disent mois souvent ne pas avoir le temps de se préoccuper de ce problème. Le pourcentage pour cet item est de 7,9% pour la Wallonie. Enfin, les infirmiers bruxellois (21%) et wallons (20,4%) disent plus souvent ne pas avoir le temps d'adapter les plans de soins que les infirmiers flandriens (12,3%). 54 2.2.6.Qualité des soins 91% des répondants au niveau national décrivent la qualité des soins qu'ils ont donné durant leur dernière journée de travail comme “excellente” ou “bonne” (tableau 33). Il n'y a pas de grande différence en fonction des régions. Lorsqu'on regarde au niveau de la qualité de soins donnés au niveau du service, 89,3% des infirmiers au niveau national signalent que celle-ci est “excellente” ou “bonne” (tableau 34). Ici non plus on n'observe pas de différence importante entre les trois régions du pays (tableau 34). A la question demandant si les infirmiers pensent que les patients sont prêts à se prendre en charge lorsqu'ils quittent l'hôpital on remarque que 44,3% en sont "peu convaincus" ou "pas du tout convaincus" (tableau 35). Il n'y a aucune différence importante à relever entre les régions (tableau 35). Pour finir, on a également demandé dans quelle mesure le fait d’avoir fait appel à des aides infirmiers et/ou du personnel non infirmier pour soigner les patients influence la qualité des soins dispensés dans l'unité. Selon 43,3% des répondants au niveau national la qualité s'est améliorée, selon 41,6% elle est restée la même et selon 15,1% elle a été détériorée (tableau 36). Pour ces résultats, il y a une différence importante entre les différentes régions. Seulement 22,2% des infirmiers wallons et 30,6% des bruxellois qui ont répondu trouvent que la qualité s'est améliorée contre 50,8% en Flandre. La différence est aussi importante au niveau de la détérioration : seulement 10% en Flandre estiment que la qualité s'est détériorée contre respectivement 27,1% et 27,8% en Wallonie et à Bruxelles. 2.3. Image de soi des infirmiers concernant ses relations à l'équipe Pour les infirmiers, l'équipe semble être un élément prioritaire par rapport à leur fonctionnement quotidien. Nous analyserons donc ci-dessous quelle importance les infirmiers accordent à cette notion d'équipe, comment ils s'y sentent et quelle est la place qu'ils y occupent actuellement. 2.3.1.Importance de l'équipe infirmière La majorité des infirmiers au niveau national se sentent responsables des actes qu'ils délèguent (96,1%) et co-responsables du bon fonctionnement de l'équipe (95,4%). Pour 96,1% le sentiment d'appartenance à l'équipe infirmière est important et 89,3% des répondants ont besoin d'un bon chef d'équipe qui partage sa vision des soins infirmiers. Pour finir, 83,9% des répondants trouvent que le bon fonctionnement de l'équipe dépend du leadership du chef d'équipe (tableau 38a). Lorsque l'on analyse les différences entre les régions, on ne note aucune différence en relation avec ces items (tableaux 38 b, c en d). 2.3.2.Place de l'infirmier dans l'équipe 91,5% des infirmiers interrogés au niveau national se considèrent comme un partenaire à part entière de l'équipe pluridisciplinaire, 88,6% peuvent compter sur leurs collègues dans des situations de soins difficiles et 88,4% savent précisément ce que leur supérieur hiérarchique attend d'eux. Néanmoins, 49% des répondants ne se voient pas comme ayant une place centrale dans la coordination des soins au sein de l'équipe pluridisciplinaire (tableau 38a). Cette dernière donnée a été analysée en fonction du niveau de formation des infirmiers et de la fonction occupée dans l'institution (voir annexe 2 tableau 57a-h). Il apparaît ainsi que 47,3% des infirmiers sans formation complémentaire trouvent que dans leur pratique actuelle ils ont une place centrale dans la coordination des soins au sein de l'équipe pluridisciplinaire. Ce chiffre est plus élevé dans les autres catégories. Il est respectivement de 58,0% pour les personnes avec une formation complémentaire non universitaire et de 64,9% pour les personnes ayant une formation complémentaire universitaire (voir tableau 57e). 55 Concernant la place dans l'équipe, 89,3% des infirmiers du groupe 3 (infirmiers en chef, adjoints et cadres intermédiaires) trouvent que dans leur pratique actuelle ils ont une place centrale dans la coordination des soins au sein de l'équipe pluridisciplinaire. Seulement 47,7% des infirmiers du groupe 1 (infirmiers, accoucheuses, infirmier sociale,…) et 53,6% des infirmiers du groupe 2 (infirmiers spécialistes, hygiéniste, coordinateur qualité) sont de cet avis (voir tableau 57a). Si l'on analyse ces résultas en fonction des régions, un certain nombre de différences apparaissent également. Davantage d'infirmiers sans formation complémentaire à Bruxelles (59,1%) trouvent que dans leur pratique actuelle ils ont une place centrale dans la coordination des soins au sein de l'équipe pluridisciplinaire. Seuls 43,2% d'infirmiers flandriens et 46,7% de wallons sont de cet avis. Par contre, autant d'infirmiers sans formation complémentaire ou avec une formation complémentaire non universitaire estiment que dans leur pratique actuelle ils ont une place centrale dans la coordination des soins au sein de l'équipe pluridisciplinaire (respectivement 59,1% et 58,9%). Cet équilibre ne se retrouve ni en Flandre (respectivement 43,2% et 56,1%), ni en Wallonie (respectivement 46,7% et 62,1%). Pour finir, les infirmiers universitaires wallons et bruxellois estiment davantage que les flandriens que dans leur pratique actuelle ils ont une place centrale dans la coordination des soins au sein de l'équipe pluridisciplinaire. Les chiffres sont respectivement de 71,2%, 70,2% et 58,1% (voir tableau 57f, g et h). Nous remarquons aussi qu'en Wallonie (55,6%) et à Bruxelles (56,7) davantage d'infirmiers du groupe 1 (infirmiers, accoucheuses,…) pensent que dans leur pratique actuelle ils ont une place centrale dans la coordination des soins au sein de l'équipe pluridisciplinaire. En Flandre, seul 43,7% pensent de même. Cela concerne également les infirmiers du groupe 2 (respectivement 62,7%, 64,2% et 50,0% pour la Wallonie, Bruxelles et la Flandre) et, dans une moindre mesure, les infirmiers du groupe 3 (respectivement 94,6%, 89,1% et 87,1% pour la Wallonie, Bruxelles et la Flandre) (voir tableau 57b, c et d). Outre ces résultats, notons également qu'un infirmier sur quatre (25%) n'est "pas du tout d'accord" ou "plutôt pas d'accord" de dire que les médecins avec lesquels il travaille reconnaissent l'utilité de ses interventions et 20,6% disent que les autres disciplines (kinésithérapeutes, logopèdes, psychologues, …) n'ont pas de respect quant à la contribution des infirmiers dans les soins. Pour finir 17,9% ne sont "pas du tout d'accord" ou "plutôt pas d'accord" de dire que l'équipe infirmière est d'accord sur les objectifs de soins à poursuivre. Des résultats importants en lien avec les relations entre médecins et infirmiers montrent que 43,3% des infirmiers au niveau national trouvent qu'il n'y a pas beaucoup de travail d'équipe entre les médecins et les infirmiers. Pour finir, un peu plus d'un infirmier sur quatre trouve que les médecins et les infirmiers n'ont pas de bonnes relations de travail (29,1%) (tableau 40a). En relation avec ces résultats, trois grandes différences existent entre les régions (tableaux 38 b, c et d). Ainsi, le nombre d'infirmiers qui trouvent qu'ils n'ont pas une place centrale dans la coordination des soins au sein de l'équipe pluridisciplinaire est plus grand en Flandre (53,2%) qu'en Wallonie (40,9%) et à Bruxelles (39,7%). A côté de cela, davantage d'infirmiers wallons (89%) et bruxellois (87%) que flandriens (79,1%) trouvent que l'équipe infirmière est d'accord sur les objectifs de soins à poursuivre. Pour finir, les infirmiers flandriens trouvent davantage (91,3%) qu'ils savent précisément ce que leur supérieur hiérarchique attend d'eux. Les pourcentages pour cet item sont seulement de 84,2% à Bruxelles et 81,9% en Wallonie. Aucune différence entre les régions n'apparaît cependant concernant les relations entre infirmiers et médecins (tableau 40b, c et d). 56 2.4. Influence du contexte sur l'image de soi professionnelle des infirmiers Dans cette partie différents facteurs contextuels seront envisagés successivement. Certains concerneront directement les pratiques au sein des institutions hospitalières (le leadership, l'autonomie, les relations infirmiers-médecins et infirmiers-paramédicaux et l'image des infirmiers) d'autres, plus généraux, concerneront l'image de la société ou encore les mesures structurelles et financières prises ou pouvant être prises dans le cadre de la pénurie en soins infirmiers. Enfin, différents points seront envisagés. Ils évoqueront la fierté des infirmiers face à leur profession, la satisfaction au travail et les perspectives de carrière. 2.4.1.Leadership Presque tous les infirmiers au niveau national (97,1%) estiment qu'il est important que la direction des soins infirmiers soit en contact avec la réalité du terrain . En outre, 63,8% des infirmiers trouvent que la transmission de l’information de la direction vers les infirmiers ne se passe pas très bien. Un autre élément à prendre en considération concerne les "feed-back" donnés par le supérieur hiérarchique. 84,2% des infirmiers pensent qu'un feed-back régulier de la part des supérieurs hiérarchiques est important pour la qualité du travail. A côté de cela, il est utile de noter que près de la moitié des infirmiers (48,9%) se disent "plutôt pas d'accord" ou "pas du tout d'accord" avec la proposition disant qu'ils se sentent soutenus dans leur travail par la politique des soins infirmiers suivie au sein de leur institution. On voit également que 43% ne sont "pas d'accord" ou "plutôt pas d'accord" avec la proposition suivante « Je parle régulièrement de problèmes professionnels avec mon responsable ». En outre les relations qu'ils entretiennent avec leurs supérieurs hiérarchiques ne constituent pas un soutien pour 36,1% des personnes interrogées (tableau 39a). Entre les trois régions, il existe une grande différence à prendre en considération. Les infirmiers wallons trouvent moins (55,5%) que les relations qu'ils entretiennent avec leurs supérieurs hiérarchiques constituent un soutien pour eux en tant qu'infirmiers (contre 67,1% en Flandre et 61,3% à Bruxelles (tableaux 39 b, c et d). 2.4.2.Autonomie 87,2% des infirmiers au niveau national ont le sentiment de contrôler leur propre pratique (tableau 40a). 88,9% des infirmiers interrogés au niveau national disent qu'ils peuvent "souvent" ou "toujours" travailler de manière autonome (tableau 32a). Cependant, 37,4% d'entre eux rapportent qu'ils sont "plutôt pas d'accord" ou "pas du tout d'accord" de dire qu'ils ont la liberté de prendre des décisions importantes en matière de soins aux patients et dans leur travail. Pour finir, un peu plus d'un quart (27,2%) signalent qu'on les met dans des positions dans laquelle ils sont contraints d'agir contre leurs convictions d'infirmiers (tableau 40a). Entre les régions on peut remarquer une différence importante (tableaux 40 b, c et d). Contrairement aux infirmiers bruxellois (78,9%) ou wallons (80,3%), les infirmiers flandriens sont davantage (90,7%) d'accord de dire qu'ils ont le sentiment de contrôler leur propre pratique. 57 2.4.3.Facteurs de contexte Il est intéressant de remarquer que 59,3% des infirmiers au niveau national ne sont "pas du tout d'accord" ou "plutôt pas d'accord" de dire que des services de soutien adéquats leur permettent de consacrer du temps aux patients (tableau 40a). A côté de cela, 51,1% des répondants trouvent qu'il n'y a pas suffisamment de temps et d’occasions pour discuter avec d’autres infirmiers des problèmes de soins rencontrés avec les patients et 50,9% trouvent qu'il n'y a pas suffisamment d’infirmiers qualifiés pour prodiguer des soins de qualité aux patients (tableau 40a). De grandes différences apparaissent entre les régions lorsqu'on regarde ces différents aspects (tableaux 40b, c en d). Davantage d'infirmiers wallons et bruxellois estiment que ceux-ci sont problématiques actuellement. Ainsi, 71,3% des répondants en Wallonie et 57,1% à Bruxelles (contre 43% en Flandre) sont d'accord avec l'affirmation disant qu'il n'y a pas suffisamment d'infirmiers qualifiés pour prodiguer des soins de qualité aux patients. A côté de cela, les infirmiers wallons et bruxellois estiment de façon plus marquée que leurs collègues flandriens que les services de soutien ne les supportent pas suffisamment (respectivement 71,5% et 68,5% versus 53,8%) et qu'ils n'ont pas suffisamment de temps et d’occasions pour discuter avec d’autres infirmiers des problèmes de soins rencontrés avec les patients (respectivement 63,2% et 56,1% versus 46,3%). 2.4.4.Image de la société perçue par les infirmiers Lorsqu'on demande aux infirmiers (au niveau national) quelle est l'image que la société se fait de leur profession, 73,4% répondent que la société voit la profession comme une vocation (tableau 41a). Etre infirmier c'est faire des toilettes et des pansements, les infirmiers sont les petites mains des médecins et le métier d'infirmier est dur viennent respectivement en deuxième, troisième et quatrième positions (49,2%, 37,3% en 35,5%). Seulement 7,7% des répondants estiment que la société les voit comme faisant partie d'une profession à grandes responsabilités. En outre, 40,1% des répondants pensent que l'image globale que la société se fait des infirmiers est “plutôt négative" ou "négative" (tableau 42). 79,6% des infirmiers pensent que cette image est "plutôt fausse" ou "fausse" (tableau 43) et plus d'un infirmier sur deux se sent frustré ou dérangé par cette image (tableau 44). Notons encore que 83% des infirmiers estiment que les infirmiers professeurs ont une image de la profession différente de la leur (tableau 46a). Un certain nombre de différences sont à considérer entre les régions. En Wallonie et à Bruxelles les infirmiers pensent davantage que la société a une image d'un infirmier qui ne fait qu'exécuter des instructions (respectivement 22,8% et 20% contre 11,7% pour la Flandre) et d'un métier difficile (respectivement 44% et 43,2% contre 31,5%). Par contre, davantage d'infirmiers flandriens (31,2%) que wallons (21,3%) ou bruxellois (23,7%) pensent que la société estime que le métier d'infirmier force l'admiration. A côté de cela, d'avantage d'infirmiers flandriens (34,2%) pensent également que la société trouve leur métier mal payé (contre 33,2% à Bruxelles et 24,1% en Wallonie). Enfin, notons que les infirmiers flandriens pensent davantage que la société a une image "plutôt négative" ou "négative" de leur profession (46,2% pour la Flandre, 35,4% pour Bruxelles et 23,9% pour la Wallonie) (voir tableau 43). 2.4.5.Image des infirmiers quant à leur profession En contraste avec l'image perçue de la société, on voit que les infirmiers au niveau national voient majoritairement (82,5%) leur profession comme étant à hautes responsabilités. Aux seconde et troisième places viennent respectivement le fait que le métier d'infirmier est dur (71,8%) et mal payé (61,9%) (tableau 41b). Pour ces résultats, on voit apparaître de grandes différences entre les trois régions du pays (tableau 41b). Ainsi, 20,9% des infirmiers flandriens trouvent que le métier d'infirmier force l'admiration contre seulement 7,6% en Wallonie et 11,9% à Bruxelles. Autre différence, 23,5% 58 des infirmiers flandriens trouvent qu'un infirmier exécute son travail en toute autonomie contre 17,7% à Bruxelles et 11,7% en Wallonie. D'un autre côté, les infirmiers wallons trouvent davantage que la profession d'infirmière est une vocation (35,3% pour la Wallonie, 29,2% pour la Flandre et 23,6% pour Bruxelles) et que les infirmiers sont les petites mains des médecins (12,3% pour la Wallonie contre 6,7% pour la Flandre et 9,2% pour Bruxelles). Finalement, les infirmiers bruxellois (72,8%) pensent davantage que la profession est mal payée (pour 71,5% en Wallonie et 57% en Flandre). 2.4.6.Mesures structurelles et financières dans le cadre de la pénurie infirmière On a proposé aux infirmiers de se positionner quant à l'effet d'un certain nombre de mesures déjà prises ou potentielles pour répondre au problème de la pénurie infirmière (tableau 45a). La majorité des infirmiers au niveau national trouvent qu'une revalorisation générale des salaires (95,7%), une augmentation des primes pour prestations irrégulières (94,1%), une réduction du temps de travail en fin de carrière sans perte de salaire (90,6%), la promotion de mesures pour faciliter la garde des enfants (85,1%) et l'amélioration de la mobilité des membres du personnel (remboursement intégral des frais de déplacement entre le domicile et le lieu de travail, facilités de parking,…) (83,9%) ont ou pourraient avoir un "effet positif" sur le futur de la profession infirmière. La comparaison des résultats entre les régions n'amène aucune différence particulière (tableaux 40 b, c et d). Le recrutement d'infirmiers étrangers (44,8%), l’accessibilité à la profession infirmière pour le personnel peu qualifié (aides soignantes) moyennant une formation rémunérée (42,9%), l’accessibilité à la profession infirmière pour les kinésithérapeutes moyennant une formation rémunérée (35,4%) et l'exploitation des données du Résumé Infirmier Minimum (RIM) pour déterminer les effectifs infirmiers à prévoir au sein des unités de soins (22,4%) sont les quatre mesures les plus citées comme pouvant avoir un "effet négatif" sur l'avenir de la profession. Pour deux de ces mesures, des différences importantes apparaissent entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles (tableaux 45b, c en d). En Flandre, seulement 23 % des répondants pensent que l’accessibilité à la profession infirmière pour les kinésithérapeutes moyennant une formation rémunérée aurait un effet négatif contre 59,2% à Bruxelles et 61,3% en Wallonie. En outre, seulement 36% des infirmiers flandriens trouvent que l’accessibilité à la profession infirmière pour le personnel peu qualifié (aides soignantes) moyennant une formation rémunérée aurait un effet négatif contre respectivement 56,7% et 58,3% pour les wallons et les bruxellois. Pour finir, plus de 30% des infirmiers interrogés trouvent qu'un certain nombre de mesures n'auront pas d'effet sur l'avenir de la profession : les campagnes d’amélioration de l’image de la profession organisées par les autorités gouvernementales (45,2%), le dégagement de budgets pour la recherche scientifique (38,6%), une formation de base en soins infirmiers gratuite (35,7%) et l'utilisation des informations du Résumé Infirmier Minimum (RIM) pour déterminer les effectifs infirmiers à prévoir au sein des unités de soins (32,2%) (tableau 45a). Concernant la campagne sur l'image des infirmiers, il est intéressant de noter que davantage d'infirmiers flandriens (51,9%) trouvent que cette mesure n'a pas d'effet sur l'avenir de la profession (contre 36,4% à Bruxelles et 29,5% en Wallonie) (tableaux 45 b, c et d). Ensuite, il a été demandé aux infirmiers de statuer sur l’importance de faire partie d’une association professionnelle. 56,6% des répondants au niveau national trouvent cela non important (tableau 46a). 2.4.7.Fierté de la profession 87,1% des infirmiers au niveau national disent, de façon générale, être fiers d'être infirmiers et 60,8% choisiraient à nouveau la même profession (tableau 47a). De plus, 87,3% des infirmiers disent qu’en tant qu’infirmiers ils sont bien considérés par leur entourage direct (famille, amis, connaissances, …) (tableau 46a). Malgré ces résultats positifs, 41,3% des 59 infirmiers disent que dans le contexte de soins actuel ils ne sont pas en mesure de donner les soins qu’ils voudraient donner et 68,6% trouvent aussi que dans l’environnement où ils travaillent, ils trouvent le métier d’infirmier stressant (tableau 47a). Pour finir, 54,7% des répondants ne recommanderaient pas les études en soins infirmiers à leurs enfants ou à leurs amis (tableau 47a). Ces derniers chiffres sont plus élevés en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre (tableaux 47b, c en d). Ainsi, 55% des infirmiers wallons et 52,1% des infirmiers bruxellois disent ne pas savoir donner les soins qu’ils voudraient donner contre seulement 35% en Flandre. En outre, 85,9% des infirmiers wallons et 84,5% des infirmiers bruxellois trouvent le travail infirmier stressant contre 60,2% en Flandre. Pour finir, davantage d’infirmiers wallons (69,6%) ou bruxellois (63,8%) ne conseilleraient pas à un enfant ou à leurs amis d’entreprendre des études en soins infirmiers. Ce chiffre est seulement de 48,3% en Flandre. 2.4.8.Satisfaction avec le travail actuel Lorsqu’on demande aux infirmiers de décrire leurs sentiments à la fin d’une journée de travail, 69,5% rapportent être fatigués mais contents (tableau 48). Deux fois plus d’infirmiers flandriens (16,7%) que d’infirmiers wallons (8,4%) ou bruxellois (7,6%) disent, en fin de journée, être satisfaits d’avoir bien accompli leur travail. Elément positif : 12,1% des répondants disent être très satisfaits de leur travail actuel et 72,1% se disent satisfaits (tableau 51). Lorsqu’on pose aux infirmiers la même question en leur demandant de faire abstraction du contexte actuel, le nombre d’infirmiers “très satisfaits” passe de 12,1% à 25,8% ; soit deux fois plus (tableau 52). On retrouve à Bruxelles et en Wallonie un nombre plus important d’infirmiers qui se disent insatisfaits ou très insatisfaits de leur travail actuel qu'en Flandre. Les chiffres sont respectivement de 24,7%, 23,1% et 12% (tableau 51). 2.4.9.Plan de carrière à venir La majorité des répondants au niveau national (67,4%) signalent qu’ils ne comptent rien changer à leur situation actuelle dans l’année à venir (tableau 49). Par contre, 10,6% des infirmiers rapportent que dans l'année qui vient, ils comptent diminuer leur temps de travail, 9,8% qu’ils vont tenter d’améliorer leur position au sein de l’institution et 4,6% qu’ils vont tenter de changer de service tout en restant dans la même institution. Seulement 2,6% des répondants pensent quitter la profession pour travailler dans un domaine où le diplôme infirmier n’est pas strictement nécessaire (tableau 49). A long terme, moins de la moitié des infirmiers (45,7%) pensent qu’ils pourront travailler jusqu’à la fin de leur carrière (tableau 50). La majorité des infirmiers pensent donc, à moyen ou à long terme, quitter la profession. En effet 33,2% répondent qu’ils vont encore travailler un petit temps mais probablement pas jusqu’à a fin de leur carrière et 16,2% qu’ils vont encore travailler un petit temps mais certainement pas jusqu’à la fin de leur carrière (tableau 50). Enfin, notons qu'environ 5% cherchent actuellement autre chose et quitteront la profession si l’occasion se présente (tableau 50). Entre les régions, cinq différences essentielles apparaissent. Premièrement, les infirmiers flandriens sont plus nombreux (71%) que les wallons (60,8%) et les bruxellois (56,3%) à ne rien vouloir changer à leur situation de travail actuelle (tableau 49). Deuxièmement, les infirmiers flandriens (47,1%) et wallons (46,7%) pensent davantage être certain, à ce moment, de travailler jusqu’à la fin de leur carrière. A Bruxelles, seulement 33,4% sont de cet avis (tableau 50). Troisièmement et quatrièmement, deux fois plus d’infirmiers bruxellois que wallons ou flandriens pensent changer de profession (pour travailler dans un autre domaine que les soins infirmiers) (respectivement 6,1% contre 2,0% et 2,9%). Finalement, 24,9% des infirmiers bruxellois disent encore vouloir travailler pendant un petit temps mais certainement pas jusqu’à la fin de leur carrière. Seules 18,1% des infirmiers wallons et 14,4% des flandriens pensent de même (tableau 50). 60 3. Analyses par tableaux croisés (annexe 3) Note générale sur les résultats présentés ci-dessous : Ces résultats sont uniquement descriptifs et permettent d'avoir une vue d'ensemble des caractéristiques générales propres à certaines catégories d'acteurs. Ils ne permettent en rien de tenir un discours prescriptif. En effet, lorsqu'on dit que les hommes se sentent généralement plus compétents que les femmes on ne peut conclure que le fait d'être un homme augmente le sentiment de compétence. En effet, d'autres facteurs peuvent intervenir et expliquer l'observation réalisée. Analyser le poids et l'influence de chaque facteur spécifique n'ont pu être réalisé dans cette phase de l'étude. Cela devrait faire l'objet d'analyses statistiques complémentaires. 3.1. Différences entre la population masculine et féminine En comparaison avec les femmes, les hommes voient leur profession davantage comme étant mal payée (70,7% vs 60,4% ; voir tableau 58a). Ils tentent davantage d'améliorer leur position au sein de l'hôpital (1,95 fois plus que les femmes ; respectivement 16,6% vs 8,5% ; voir tableau 62a) et sont plus souvent amenés à vouloir changer de profession (2,27 fois plus que les femmes ; respectivement 4,8% et 2,1% ; voir tableau 62a) ou à dire qu'ils cherchent autre chose actuellement et que si l'occasion se présente, ils quitteraient la profession (1,99 fois plus que les femmes ; respectivement 8,3% et 4,2% ; voir tableau 62.a). En comparaison avec les hommes, les femmes voient davantage le métier comme une vocation (31,8% vs 21,5% ; voir tableau 58a). En outre, les infirmières pensent davantage que la société considère la profession comme étant une profession difficile (37,2% vs 27,3%; voir tableau 58a). 3.2. Différences entre infirmiers gradués et les autres diplômés Il n'y a pas de différence majeure entre les infirmiers gradués et brevetés concernant leurs sentiments de compétence en regard des différents domaines explorés dans le questionnaire. Par contre, on peut noter un certain nombre de petites différences à prendre en compte en ce qui concerne la façon dont les personnes envisagent leur plan de carrière pour l’année à venir. Il est cependant nécessaire de prendre ces données avec beaucoup de prudence étant donné le faible pourcentage de personnes concernées dans l’échantillon. Les infirmiers gradués ont davantage tendance à vouloir changer d'hôpital pour garder la même fonction (2,65 fois plus que les infirmiers brevetés ; respectivement 1,2% et 0,5%) ou améliorer leur position (2,24 fois plus que les brevetés ; respectivement 1,1% et 0,5%). Ils ont également davantage tendance à vouloir quitter le milieu hospitalier pour continuer à travailler comme infirmier (2,19 fois plus que les brevetés ; respectivement 2,0% et 0,9%). Enfin, ils ont moins tendance à vouloir arrêter de travailler définitivement (2,37 fois moins ; respectivement 0,6% et 1,3%) (voir tableau 62c). En comparaison avec les infirmiers gradués, les infirmiers brevetés voient davantage leur métier comme une vocation (37,3% vs 27,4% ; voir tableau 58c). Ils sont plus confiants dans l'image que la société a d'eux. Ils trouvent cette image plus positive (65,6% vs 57,5% ; voir tableau 59c), plus exacte (24,2% vs 18,8% ; voir tableau 60c) et se sentent donc logiquement davantage valorisés (21,8% vs 13,4% ; voir tableau 61c) et moins dérangés par celle-ci (22,7% vs 30,3% ; voir tableau 61c). 61 3.3. Différences entre les personnes sans formation complémentaire, avec formation complémentaire non universitaire et avec formation complémentaire universitaire. Les personnes sans formation complémentaire (PSFC) se sentent plus valorisées par l'image de la société (18,1% vs 11,8% pour les personnes ayant une formation complémentaire non universitaire (PAFNU) et 7,5% pour les universitaires ; voir tableau 61c). Les personnes avec une formation complémentaire universitaire verront leur métier moins comme une vocation (19,1% vs 26,7% pour les PAFNU et 32,2% pour les PSFC). Ces personnes ont moins de confiance dans l'image que la société se fait de leur profession. Elles trouvent cette image moins positive (48,5% vs 55,8% et 62,4% ; voir tableau 59c), moins exacte (10,8% vs 16,1% et 22,8% ; voir tableau 60c) et se sentent donc moins valorisées (7,5% vs 11,8% et 18,1% ; voir tableau 61c). Cette image les indiffère moins (22,4% vs 29,5% et 30,2%). Ils se sentent alors davantage dérangés (40,5% vs 30,1% et 26,5%) et frustrés (29,6% vs 28,6% et 25,2%) par celle-ci (voir tableau 61c). Pour finir, il y a une différence importante par rapport à l’image que se font les infirmiers de l’image de la société. En effet, les infirmiers possédant une formation universitaire pensent beaucoup moins que les autres que la société se fait une image de l’infirmier comme étant une personne qui ne fait que des toilettes et des pansements (2,3% vs 51,3%) (voir tableau 58d). La formation universitaire a une influence certaine sur les intentions des personnes quant au fait de modifier leur situation de travail. Près de la moitié des personnes avec une formation universitaire (49,9%) disent vouloir changer leur situation de travail actuelle ( contre 35,8% pour les PAFNU et 30,1% pour les PSFC). Les personnes possédant une formation universitaire désirent davantage améliorer leur position au sein de l'hôpital (3,4 fois plus que les PSFC et 2 fois plus que les PAFNU ; respectivement 25,3% vs 7,5% et 12,8%), changer d'hôpital pour améliorer leur position (4,2 fois plus que les PSFC et 2,5 fois plus que les PAFNU ; respectivement 3,0% vs 0,7% et 1,2%) ou, éventuellement, à quitter le milieu hospitalier (2,1 fois plus que les PSFC et les PAFNU ; respectivement 3,3% vs 1,6% et 1,5%), voire même à changer de profession (2,6 fois plus que les PSFC et 1,7 fois plus que les PAFNU ; respectivement 5,4% vs 2,1% et 3,2%) (voir tableau 62c). Ces trois derniers résultats doivent être pris avec prudence étant donné le nombre peu élevé de personnes sur lesquels ils se basent. Les universitaires disent moins souvent qu'ils travailleront jusqu'à la fin de leur carrière ( respectivement 37,8% vs 46,9% pour les PSFC et 44,1% pour les PAFNU), mais plus fréquemment qu'ils continueront un certain temps mais certainement pas jusqu'au bout de leur carrière (1,6 fois plus souvent que les PSFC et 1,5 fois plus souvent que les PAFNU ; respectivement 24,5% vs 15,6% et 16,3%) ou qu'ils cherchent actuellement autre chose et sont prêts à quitter la profession (2,2 fois plus souvent que les PSFC ou 1,5 fois plus souvent que les PAFNU ; respectivement 9,1% vs 4,1% et 6,0%) (voir tableau 63c). Pour conclure cette partie, notons encore que les moyennes des tableaux 55c et 55d semblent mettre en avant certaines tendances. Ainsi il apparaît que le sentiment de compétence pour les différents domaines de compétences explorés dans le questionnaire augmente avec le niveau de formation. Ceci est particulièrement vrai pour les capacités d’organisation, l’attitude critique et scientifique et les capacités sociales et communicatives (voir moyennes tableau 55c). En outre, il apparaît que l’importance que l’on accorde à un certain nombre de capacités est également reliée au niveau de formation. Ainsi, il apparaît que les infirmiers possédant une formation universitaire semblent accorder davantage d’importance aux capacités intellectuelles et cognitives, à l’attitude critique et scientifique et aux capacités d’organisation (voir tableau 55d). 62 3.4. Différences entre les groupes sur base des postes occupés. Pour cette partie, le groupe 1 reprendra les infirmiers, les accoucheuses, les infirmiers sociaux, les infirmiers relais pour le service et les infirmiers chercheurs. Le groupe 2 rassemblera les infirmiers de référence pour l'institution, les infirmiers en hygiène hospitalière et les coordinateurs qualité. Enfin, le groupe 3 sera constitué des infirmiers chefs (et adjoints) et des cadres intermédiaires. Les infirmiers du groupe 1 ont moins l'impression d'utiliser la totalité de leurs compétences acquises lors de formations complémentaires (66,6% vs 81,6% pour le groupe 2 et 85,0% pour le groupe 3 ; voir tableau 53). Ils ont davantage que les autres l'image d'une profession à vocation (31,2% vs 24,2% pour le groupe 2 et 21,5% pour le groupe 3 ; voir tableau 58e) et ont plus tendance à dire qu’ils veulent changer de service au sein de la même institution (4,9% vs 2,5% pour le groupe 2 et 2,9% pour le groupe 3; voir tableau 62d). Les infirmiers du groupe 2 possèdent un sentiment de compétence plus élevé que les infirmiers des groupes 1 et 3 concernant l'attitude critique et scientifique (3,95 vs 3,90 pour le groupe 3 et 3,62 pour le groupe 1 ; voir tableau 55e). Ce groupe a une image plus marquée d'une profession mal payée (69,3% vs 62,4% pour le groupe 1 et 56,7% pour le groupe 3 ; voir tableau 58e) et désire davantage changer de position afin de l'améliorer au sein de l'institution (18,6% vs 16,7% pour le groupe 3 et 8,7% pour le groupe 1 ; voir tableau 62d). Les infirmiers du groupe 3 se sentent plus souvent compétent ou très compétent comparé aux infirmiers des groupes 1 et 2 (respectivement 92,4% vs 84,1% et 89,6%). Concernant l'image de la profession, ce groupe exprime le moins appartenir à une profession mal payée (56,7% vs 62,4% pour le groupe 1 et 69,3% pour le groupe 2; voir tableau 58e). Ils trouvent davantage que l'image de la société est fausse (84,5% vs 82% pour le groupe 2 et 79,1% pour le groupe 1 ; voir tableau 60d) et se sentent davantage dérangés par celle-ci (36,7% vs 28,5% pour le groupe 2 et 27,3% pour le groupe 1 ; voir tableau 61d). Les moyennes présentées dans les tableaux 55e et 55f montrent deux tendances positives. Ainsi il apparaît que le sentiment de compétence pour les différents domaines de compétences explorés dans le questionnaire diffère en fonction du type de fonction. Ceci est particulièrement vrai pour les capacités d’organisation, l’attitude critique et scientifique et les capacités sociales et communicatives (voir moyennes tableau 55e). En outre, il apparaît que l’importance que l’on accorde aux différentes capacités spécifiques est également reliée à la fonction que l’on occupe. Ainsi, il apparaît que le groupe des infirmiers chefs accorde plus d’importance aux capacités intellectuelles, cognitives et d’organisation (voir moyennes du tableau f). 3.5. Différences entre les services Concernant les différences existant entre les services, nous allons analyser les différentes variables une à une. 3.5.1.Sentiment de compétence et importance apportée à certaines capacités ou attitudes (voir tableaux 55g et 55h) Il n’y a pas de grandes différences à prendre en compte entre les différents services. Il apparaît seulement un certain nombre de tendances sur base des moyennes des tableaux 55g et 55h. Ainsi, il semble que les services de soins palliatifs et de psychiatrie dans les hôpitaux généraux se distinguent à plusieurs reprise des autres services tant au niveau de leur sentiment de compétence par rapport à un certain nombre de capacités spécifiques que par rapport à l’importance qu’ils accordent à ces mêmes capacités. 63 Ainsi, il apparaît que les infirmiers des services de soins palliatifs se sentent davantage compétents que les infirmiers des autres services en ce qui concerne l’attitude de caring (4,36 vs 4,26 et moins ; voir tableau 55g). A côté de cela, on note que les infirmiers des services psychiatriques ont le sentiment de compétence le plus bas concentrant les capacités instrumentales et techniques (3,96 vs 4,04 et plus pour les autres services ; voir tableau 55g) et accordent également le moins d’importance à ces capacités (2,96 vs 3,05 et plus ;voir tableau 55g). Ils ont par contre le plus haut sentiment de compétence concernant les capacités intellectuelles et cognitives, les capacités d’organisation et les capacités sociales et communicatives (respectivement 4,05 vs 4,0 et moins pour les autres services, 3,84 vs 3,79 et moins, 4,05 vs 4,01 et moins ; voir tableau 55g). Les infirmiers des services psychiatriques accordent également le plus d’importance aux capacités intellectuelles et cognitives et à l’attitude critique et scientifique (respectivement 3,03 vs 2,98 et moins et 2,91 vs 2,77 et moins ; voir tableau 55h. Pour finir, les infirmiers des services psychiatriques et de soins intensifs accordent le plus d’importance aux capacités d’organisation, aux capacités sociales et communicatives et à l’attitude de caring (respectivement 2,63 et 2,61 vs 2,55 et moins, 3,17 et 3,14 vs 2,37 et moins et 3,41 et 3,36 vs 3,23 et moins ; voir tableau 55h). Globalement, les infirmiers se trouvent compétents ou très compétents. Le sentiment de compétence qu'ont les infirmiers par rapport à leur travail est le plus élevé chez les infirmiers travaillant dans les services de soins palliatifs (87,8%) et le plus bas dans les services psychiatriques (81,3%) (voir tableau.g). 3.5.2.Image de soi et de la société (voir tableaux 58f et 58 g) Globalement, on se rend compte que l'image que l'infirmier a de son travail diffère fortement de l'image qu'il pense que la société s'en fait. Concernant l'image personnelle, différents écarts apparaissent en fonction du type de service. Ainsi l’image : - d'une vocation est moins présente dans les services d'urgences, médico-techniques et de psychiatrie (respectivement 26,5%, 28,2% et 25,5% vs 32,1 et plus pour les autres services), d'un métier dur est moins présente dans les services de psychiatrie (63,4 vs 6,1 et plus), - d'un métier mal payé est davantage présente dans les services d'USI et médico-techniques (respectivement 67,7 et 67,6 vs 59,7 et moins), - d'un métier à hautes responsabilités est moins présente chez les infirmiers travaillant dans un service médico-technique (74,9 vs 80,6 et plus), - d'un métier où l'on est les petites mains des médecins est plus fréquente chez les infirmiers travaillant dans un service médico-technique ou en maternité (respectivement 13,2 et 11,8 vs 8,5 et moins), - d'une profession autonome est davantage présente en psychiatrie (31,5 vs 21,2 et moins). 3.5.3.Image de la société (voir tableaux 58G ? 59e, 60e et 61e) Ce que perçoivent les infirmiers de l'image que la société se fait de leur profession varie également fortement entre les services. Ainsi, les infirmiers des services de soins palliatifs pensent plus souvent que la société voit la profession infirmière comme une vocation, comme étant difficile et mal payée (respectivement 82,3% vs 75,5% et moins , 47,3% vs 39,8% et moins et 38,2% vs 35,6% et moins). En outre, ils pensent le moins que la société les considère comme les petites mains des médecins (25,8% vs 34,7% et plus). Les infirmiers des services d’urgence et de soins intensifs trouvent davantage que la société voit la profession infirmière comme se limitant à faire des toilettes et des pansements (56,7% vs 50,3% et moins). Pour finir, les infirmiers des services médico-techniques pensent le moins que la société estime que les infirmiers ne font qu’exécuter des instructions (10,8% vs 14,5% et plus) (voir tableau 58g). 64 Les deux services qui perçoivent le plus l’image de la société comme étant négative sont la gériatrie et les services d'USI (respectivement 44,6% et 43,8% des infirmiers de ces services trouvent l'image plutôt négative ou négative). A l'opposé, nous trouvons les services de soins palliatifs et de maternité (respectivement 33,1% et 34,7%). Les infirmiers des services de soins palliatifs, de maternité et de psychiatrie sont les infirmiers qui pensent le moins que l’image de la société est fausse ou plutôt fausse (respectivement 75,4%, 75,5% et 75,5% ; voir tableau 60e). Les infirmiers des services de soins palliatifs se sentent plus valorisés par l’image de la société que les infirmiers travaillant dans les autres services (19,7%) et sont les moins frustrés par celle-ci (22,4%). Ils sont cependant fort dérangés par cette dernière (29,5%; voir tableau 61e). Les infirmiers des services d'USI sont les plus nombreux à penser que l'image que la société se fait de la profession est inexacte (84,4%). Ils se sentent les moins valorisés par cette image (11,4%) et le plus dérangés (29,8%). En outre, ils sont également fort frustrés par rapport aux autres services (27,2%; voit tableau 61e). 3.5.4.Perspectives d'avenir (voir tableaux 62h et 63h) Trois constats principaux : - Les personnes pensant le plus souvent pouvoir travailler jusqu'à la fin de leur carrière se situent dans les services médico-techniques et de maternité (46,7% et 47,3%). D'un autre côté, les personnes travaillant en psychiatrie sont les moins nombreuses à le dire (38,4%) - Les personnes des services de psychiatrie sont les plus nombreuses à vouloir améliorer leur position au sein de l'institution (12,1%) ou dans une autre institution (1,9%). Les personnes désirant le moins améliorer leur position dans l’institution ou hors de l’institution sont situées dans les services de maternité (respectivement 7,9% et 0,8%). Les personnes travaillant en psychiatrie sont par contre les moins nombreuses à vouloir changer de service (1,9%) ou d'hôpital (0,5%) pour exercer une même fonction. En outre, les personnes de psychiatrie sont les moins nombreuses à vouloir arrêter définitivement de travailler (0% contre 1,3% en gériatrie) mais sont les plus nombreuses à chercher actuellement un autre emploi (7,6%) et à vouloir quitter la profession (3,9%) - Les personnes travaillant en soins palliatifs sont les moins nombreuses à vouloir changer de profession (0,6%) ou à dire qu'en ce moment elles cherchent un autre emploi et que si l'occasion se présente elles quitteraient la profession ( 2,7%). Elles sont cependant les plus nombreuses à vouloir changer de service tout en restant dans le même hôpital (7,1%) ou à vouloir réduire leur temps de travail (13,6%). 3.6. Différences dues au temps de travail (voir tableaux 62e et 63e) Les personnes travaillant à temps partiel ont davantage tendance à ne pas vouloir modifier leur situation que les personnes travaillant à temps plein (73,4% vs 62,9%) mais ont moins le désir d'améliorer leur position au sein de l'hôpital (6% vs 12,7%) ou dans un autre hôpital (0,6% vs 1,2%). Les personnes à temps partiel sont deux fois plus susceptibles de vouloir arrêter définitivement de travailler et pensent donc moins pouvoir travailler jusqu'à la fin de leur carrière (39,2% vs 50,3%). 65 3.7. Différences dues à l'âge et à l'ancienneté La perception de sa propre compétence augmente sensiblement durant les cinq premières années et se stabilise ensuite pour finalement baisser en fin de carrière (voir tableaux 56h, 56 i, 56j). Les personnes plus âgées que la moyenne se sentent plus souvent très compétentes que les personnes moins âgées que la moyenne (17,0% vs 12,5% ; voir tableau 56b). Notons aussi que 3,5% des infirmiers se trouvent plutôt incompétents dans l'année suivant l'obtention de leur diplôme (soit environ 3,9 fois plus que les personnes ayant obtenu leur diplômes depuis 1 à 5 ans, 8,8 fois plus pour la catégorie de 5 à 15 ans, 5 fois plus pour la catégorie 15 à 30 ans et 3,2 fois plus pour la catégorie 30 à 45ans ; voir tableau 56i). Que l'on parle de l'expérience dans le service ou de l'ancienneté dans la profession, seul le sentiment de compétence concernant les capacités intellectuelles et cognitives et les capacités d'organisation semble augmenter continuellement. Pour le reste, le sentiment de compétence n'augmente que fort peu durant les cinq premières années (si ce n’est au terme de la première année d’exercice) pour stagner ensuite ou diminuer (voir tableaux 55i, 55k). Notons à ce niveau que le sentiment de compétence au niveau des capacités techniques est celui qui chute le plus fortement en fin de carrière. Enfin, un constat global peut être fait : plus on avance en âge, moins on semble accorder d'importance aux différents items catégorisant les compétences (capacités instrumentales et techniques, capacités intellectuelles et cognitives, capacités d'organisation, capacités sociales et communicatives, attitude de caring, attitude critique et scientifique). Ceci est plus particulièrement vrai pour les attitudes sociales et communicatives, l'attitude scientifique et l'attitude de caring (voir tableaux 55j et 55l). Suivant l’ancienneté et le nombre d’années écoulées depuis l’obtention du diplôme, les infirmiers pensent moins que la société considère les infirmiers comme ne faisant que des toilettes et des pansements ou comme une profession ne demandant pas beaucoup d’études (voir tableau 58h, 58i et 58j). Les infirmiers en fin de carrière trouvent davantage que leurs jeunes collègues que la société associe le travail infirmier à un travail difficile et à un travail avec de grandes responsabilités (respectivement 18,3% pour les infirmiers travaillant depuis 361 à 540 mois vs 8,5% et moins pour les infirmiers travaillant depuis moins de 360 mois dans le service ; voir tableau 58h). Concernant l’image personnelle des infirmiers, on peut noter que les infirmiers possédant le plus d’ancienneté considèrent davantage la profession comme étant difficile (tableau 58h, 58i et 58j). Les infirmiers en milieu de carrière ont plus souvent l’image d’une profession mal payée que les autres (infirmiers dans leur première année ou en fin de carrière ; voir tableau 58h, 58i et 58j). Notons également que les infirmiers plus âgés que la moyenne ont plus souvent l’image d’une profession difficile (75,9% vs 68,4% ; voir tableau 58b). En outre, les infirmiers plus jeunes que la moyenne trouvent moins que la société considère la profession comme étant mal payée mais pensent davantage qu’on les voit comme faisant uniquement des toilettes et des pansements (respectivement 30,4% vs 41,4% et 57,3% vs 40,7%; voir tableau 58b). Par contre, plus on vieillit dans la profession, plus on pense que la société a une image positive et correcte du travail infirmier (surtout vrai au-delà de 15 ans d'ancienneté). Les personnes avec plus de 30 ans d'expérience se sentent beaucoup plus favorisées (près de deux fois plus) et beaucoup moins dérangées par l'image de la société que les personnes de moins de 30 ans d'expérience (voir tableaux 59fgh, 60fgh et 61 fgh). Ceci est confirmé par l'analyse de l'âge avec laquelle on remarque que les personnes plus âgées que la moyenne sont plus confiantes dans l'image que la société leur renvoie. Elles trouvent cette image plus positive (66% vs 54,4%), plus correcte (22,3% vs 18,7%) et se sentent davantage valorisées par celle-ci (19,0% vs 13,0%) (voir tableaux 59b, 60b et 61b). Plus on a d'ancienneté et moins on désire changer de service, changer d'hôpital ou tenter d'améliorer sa position. Par contre, en avançant en âge on désire davantage réduire son temps de travail. Notons aussi qu'arrêter définitivement de travailler apparaît essentiellement dans la catégorie des personnes ayant plus de 30 ans d'expérience (voir tableau 62i, 62j et 62k). 66 Lorsque l’on regarde en fonction de l’ancienneté (nombre d’années de travail au sein d’un même service, nombre d’années depuis la fin des études ou nombre d’années de travail depuis la fin des études ; voir tableau 63i, 63j en 63k) on remarque que les infirmiers avec 5 à 15 ans d’ancienneté sont les moins nombreux à dire qu’ils pensent pouvoir travailler jusqu’à la fin de leur carrière. Bien que les infirmiers possédant moins d’un an de carrière soient les plus nombreux à dire qu’ils pensent pouvoir travailler jusqu’à la fin de leur carrière, environ 40 pour cent d’entre eux ne sont pas certain de cela. Ces chiffres sont confirmés par l'analyse par catégories d'âges (voir tableau 62b): Les personnes moins âgées que la moyenne sont davantage prêtes à changer de service (1,55 fois plus souvent) ou d'hôpital pour exercer une même fonction (4 fois plus souvent). Elles désirent également davantage améliorer leur position dans l'institution (1,6 fois plus souvent) ou dans une autre institution (2,3 fois plus souvent). Ces résultats doivent être interprétés ave prudence étant donné le faible pourcentage de personnes qu’ils concernent. Notons pour conclure que les personnes désirant arrêter de travailler ont un âge nettement supérieur à la moyenne (51,97 ; SD 8,18 ; mode 57) et que les personnes désirant réduire leur temps de travail sont âgées de près de 40 ans en moyenne (39,73 ; SD 9,22). 3.8. L’image de la société et le sentiment de compétence en relation avec le désir de quitter la profession. L'image qu'à la société influence le désir de travailler jusqu'au bout ou de quitter la profession. Une image positive et exacte est associée aux personnes désirant travailler jusqu'au bout. Une image fausse, négative, frustrante ou dérangeante est associée au fait de vouloir chercher autre chose et, si possible, de quitter la profession (deux à quatre fois plus de personnes ayant une image fausse, négative ou frustrante se positionnent dans cette catégorie) (voir tableaux 62n, 62o, 62p, 63l, 63m et 63 n) Le sentiment de compétence semble également influencer les choix de carrière. Les personnes se sentant plutôt compétentes à très compétentes disent plus souvent ne rien vouloir changer à leur situation (67,5% vs 54,3% pour les personnes qui se sentent incompétentes ou plutôt incompétentes). Les personnes se sentant incompétentes ou plutôt incompétentes semblent davantage être prêtes à changer de profession au cours de l’année à venir (5,7% vs 2,4% pour les personnes se sentant plutôt compétente à très compétentes), à réduire leur temps de travail (15,7% vs 10,6%) ou arrêter momentanément (2,9% vs 0,7%) ou définitivement (1,4% vs 0,7%) de travailler (voir tableau 62l). 67 Chapitre 5. DISCUSSION La présente discussion envisagera successivement différents points clés émergeant des analyses précédentes et liés aux quatre grands thèmes du questionnaire. Dans un premier temps, nous nous arrêterons sur le regard que portent les infirmiers sur les différents aspects de leur profession. Nous tenterons de faire émerger et de comprendre les grandes valeurs qui soutiennent celles-ci et guident la pratique actuelle de terrain. Nous analyserons à la fois l'importance donnée par les infirmiers aux différentes dimensions de leur pratique et la compétence qu'ils estiment posséder dans ces différents domaines. Dans cette partie, nous discuterons également les perceptions à propos des notions de qualité des soins et d'autonomie professionnelle. Dans un second temps, nous nous attacherons à analyser en quoi les relations qu'entretiennent les infirmiers avec leurs collègues proches (infirmiers, médecins, infirmiers en chef) ou éloignés (équipe pluridisciplinaire, ligne hiérarchique) constituent, pour eux, un frein ou un soutien à l'exercice de leur profession Fort de ces éléments (état des compétences infirmières, valeurs professionnelles et relations à l'équipe), la troisième partie de cette discussion nous permettra alors d'analyser la façon dont se forment (ou pourraient se former) les compétences infirmières ainsi que les principaux problèmes relatifs aux formations de base, complémentaires et continues en soins infirmiers. La quatrième partie traitera successivement des notions de satisfaction au travail et des perspectives de carrière ce qui nous mènera à envisager le regard que portent les infirmiers sur un certain nombre de problèmes contemporains ainsi que sur un certain nombre de solutions proposées actuellement (ou pouvant être apportées à l'avenir). 1. Regard sur les soins infirmiers actuels 1.1. Valeurs professionnelles et auto-évaluation des compétences infirmières 1.1.1.Un haut sentiment global de compétence Le premier constat qui s'impose à la lecture des résultats est le sentiment global de compétence élevé dont font part les infirmiers. En effet, ils semblent avoir une image positive d'eux-mêmes dans leur travail ce qui leur donne, sans conteste, une force importante pour envisager l'avenir et pour faire avancer la profession. Ce sentiment global de compétence élevé est confirmé par la perception exprimée par les infirmiers sur certaines aptitudes ou attitudes spécifiques. 1.1.2.Une adéquation entre le sentiment de compétence et l'importance accordée aux attitudes et aptitudes spécifiques Avant d'analyser plus en détail les aptitudes et attitudes spécifiques des infirmiers, un second constat nous semble intéressant à réaliser. En effet, on peut remarquer que les items pour lesquels les infirmiers se sentent compétents ou très compétents sont également ceux auxquels ils apportent le plus d'importance dans la réalisation de leur métier. On ne peut dire ici quel phénomène a un impact sur l'autre. L'infirmier se dit-il compétent dans les domaines pour lesquels il accorde de l'importance ou accorde-t-il de l'importance à un domaine parce qu'il s'y sent bien et compétent ? Quoi qu'il en soit, on peut probablement voir transparaître ici un mécanisme de protection lui permettant probablement de réduire à néant un certain nombre de réflexions auxquelles il ne pourrait échapper si des différences existaient. Si ce mécanisme existe bien, il aurait deux implications principales. Premièrement, il masquerait un certain nombre d'idéaux, les infirmiers ne révéleraient pas directement ce qui est réellement important pour eux. Deuxièmement, il serait à l'origine d'une vision assez claire et homogène des valeurs principales sous-tendant la profession à l'heure actuelle. 68 1.1.3. Un regard médico-technique au détriment d'un soin plus personnalisé Ces valeurs nous sont données par l'analyse des aptitudes et attitudes étudiées au sein de la seconde partie du questionnaire. A la lecture des résultats, il nous semble que la profession infirmière, malgré un désir évident de développer un rôle propre et autonome centré sur les besoins des patients, est encore fortement influencée, à l'heure actuelle, par des dimensions médico-techniques. La priorité pour les infirmiers semble claire. Il y a certains soins à donner coûte que coûte ; ceux-ci concernent directement la sécurité des patients et les aspects médicaux de la profession. Même si elle semble fortement désirée, l'individualisation des soins et la prise en compte réelle de la personne dans les soins passe encore au second plan ; lorsque le contexte le permet. Ainsi, par exemple, les soins de plaies, la détection de complications physiologiques et la réalisation d'activités diagnostiques prendront toujours le devant par rapport à la discussion d'un plan de soins avec le patient, à des soins de confort, à l'éducation du patient et de sa famille ou à des discussions éthiques par rapport aux patients. Ce constat donné par l'analyse des aptitudes et attitudes est renforcé par le fait que les infirmiers, à l'heure actuelle, accordent plus d'importance au savoir-faire pratique (bien utile pour réaliser correctement leur mission médico-technique) qu'au savoir-faire relationnel auquel ils disent apporter moins d'importance. Concernant l'individualisation des soins, il est également intéressant de noter que nombre d'infirmiers (85.4%) disent posséder l'information pour soigner les patients (bien connu comme étant nécessaire pour effectuer correctement son travail) alors que seulement 69.5% disent avoir le temps de récolter cette information. En lien avec la vision médico-technique du métier, ce constat nous pousse à croire que les infirmiers disposent des informations minimales à la réalisation des soins médico-techniques fournies lors des rapports infirmiers, mais aussi qu'ils s'en contentent n'ayant pas la possibilité de rechercher une information qui leur permettrait une réelle prise en charge de la personne en tant que sujet de soins. Ceci permet alors de mieux comprendre les différences entre l'importance accordée à l'individualisation et à la possibilité de la mettre en œuvre (qui demande du temps pour recueillir l’information et pour communiquer avec le patient). Ce constat nous amène donc à encourager la création de réels moments d'échanges et de concertation au sein des équipes pour examiner la situation de santé du patient et non plus seulement la prise en charge médicale de ce dernier. 1.1.4.Un rejet apparent des tâches "moins nobles" Autre constat intéressant concernant les valeurs sous-tendant la profession : les soins de base ne constituent pas, eux non plus, la priorité pour les infirmiers (79,1% des infirmiers trouvent cela très important ou prioritaire ). Ils s'y sentent compétents mais n'y apportent pas autant d'importance qu'on aurait pu le croire en entendant certains discours actuels concernant l'introduction d'une aide-soignante dans la profession. Comment alors interpréter de tels chiffres ? Traduisent-ils l'idée largement répandue de l'existence de tâches nobles et de tâches moins nobles dans la profession ; certains infirmiers désirant alors se réserver les tâches nobles et mieux reconnues (actes techniques,…) ? Sont-ils le reflet du désir de se séparer de certaines tâches considérées comme plus routinières et donc peut-être moins intéressantes aux yeux des infirmiers ? Quoi qu'il en soit, il apparaît prudent de réfléchir à l'impact que pourrait avoir un retour à une organisation du travail par tâches en fonction de la qualification. En effet, une telle organisation nuirait certainement à la qualité des soins car elle pourrait enlever à l'infirmier la possibilité d'une réelle rencontre avec le patient ; rencontre facilitée par certaines activités de longues durées. De telles rencontres sont cependant essentielles à l'exercice de son jugement clinique. Faire de l'infirmier un simple technicien rencontrant ponctuellement le patient lui ôterait tout pouvoir d'exercer ce jugement, base de toute prise en charge de qualité centrée sur le patient. 69 Ainsi, soyons prudent avec ces résultats, car s'il est probablement vrai qu'à certains moments de tels soins pourraient être assurés par d'autres catégories de personnels (et ainsi libérer du temps aux infirmiers pour améliorer la personnalisation des soins), il n'en est pas moins vrai qu'à d'autres, la présence infirmière dans les soins "de base" est essentielle. 1.1.5.Une dénégation des aptitudes logistiques et administratives Enfin, un dernier constat s'impose, les infirmiers accordent une importance tout à fait mineure à un certain nombre de tâches. Parmi celles-ci on retrouve essentiellement des activités administratives et logistiques ainsi que celles qui permettent la délégation de soins. Si les deux premiers éléments sont aisément compréhensibles et devraient leur permettre, si on leur donne davantage de support, de dégager plus de temps pour les patients, il est interpellant de retrouver aussi la notion de "délégation des soins". Comment expliquer que la délégation tienne si peu d'importance dans le discours des infirmiers ? N'ont-ils pas réellement compris le sens de ce terme dans le questionnaire ? Est-ce un élément réellement absent de leur profession à l'heure actuelle ou alors une manière de dire qu'ils ne veulent pas déléguer certains actes de leur fonction suite au projet d'introduction d'une nouvelle aide soignante ? L'enquête ne permet pas de le dire mais nous en reparlerons ultérieurement lorsqu'on abordera la question de la formation. En effet, dans le contexte actuel de pénurie, les infirmiers disent ne plus pouvoir assurer la totalité des soins aux patients. Que font-ils alors des soins qu'ils ne peuvent plus réaliser eux-mêmes ? Quel est le réel suivi de ces soins si les responsabilités qu'entraîne une réelle délégation (en terme de contrôle de la qualité du travail, de suivi,…) ne sont pas pleinement assurées ? 1.1.6.Des différences de vision en fonction des études de base, complémentaires et de l'ancienneté Premièrement, il faut noter qu'aucune différence n'apparaît dans les chiffres quant au sentiment de compétence exprimé par les infirmiers gradués et les infirmiers brevetés. Relevons cependant que ceci ne dit rien sur la compétence réelle des personnes mais seulement sur la manière dont elles se perçoivent dans la profession. Cela ne permet aucunement de statuer sur l'égalité des compétences réelles entre ces deux niveaux de formation. La seule différence constatée est l'importance plus grande accordée par les infirmiers gradués à l'attitude critique et scientifique (ce qui semble logique eu égard aux objectifs de formation). Deuxièmement, on se rend compte que les infirmiers ayant réalisé des formations complémentaires universitaires ou non universitaires se sentent globalement plus compétents que les autres. Ce constat est particulièrement vrai au niveau de l'attitude critique et scientifique, des capacités d'organisation et des capacités sociales et communicatives. Le même constat peut également être réalisé pour les infirmiers ayant des postes à responsabilités. Dans ces deux cas, il est cependant difficile de dire quel élément a un impact sur l'autre. Les infirmiers compétents sont-ils amenées à réaliser davantage de formations complémentaires ? Le fait de réaliser des formations complémentaires augmente-t-il réellement le sentiment de compétence (ce qui n'est pas encore la compétence) des infirmiers ou encore est-ce simplement la fonction que l'on occupe qui nous permet de développer un certain nombre de compétences sur le terrain ? Difficile de répondre à de telles questions et l'ensemble des éléments sont probablement intrinsèquement reliés. Les résultats à certaines questions nous le confirment. En effet, parmi les infirmiers ayant réellement suivi une formation universitaire, seuls 47,3% estiment que celle-ci a eu une "grande " ou "très grande" contribution à leur niveau de compétence actuel. 70 Ainsi, près d'un infirmier sur deux ayant suivi cette formation estime qu'elle ne contribue pas de manière importante à son niveau de compétence. Quel que soit l'élément qui explique alors ce sentiment de compétence supérieur, il semble nécessaire de se poser la question de la pertinence de ces formations. Nous y reviendrons ultérieurement. Troisièmement, lorsque l'on analyse les liens entre l'âge ou l'ancienneté et les autres variables, des constatations peuvent être faites. En effet, concernant le sentiment de compétence global, on voit que les personnes plus âgées que la moyenne se sentent davantage "très compétentes" que les autres. Par contre, ceci apparaît beaucoup moins lorsqu'on analyse les différents domaines de compétences séparément. Peut-être le sentiment de compétence global n'est-il alors que le reflet d'une certaine confiance en soi, d'une plus grande expérience, d'une certaine routine sécurisante,…. Une autre hypothèse pourrait venir à l'esprit lorsqu'on analyse le sentiment de compétences pour les aptitudes et attitudes spécifiques. On constate en effet qu'il est très bas à la sortie des études et augmente sensiblement au terme de la première année d'exercice. Il n'augmente que fort peu durant les quatre années suivantes pour stagner ensuite et parfois diminuer en fin de carrière. Ceci tendrait à montrer soit qu'il n'y a que fort peu de développement de compétence et d'expertise si ce n'est lors de la première année d'exercice (ce qui serait davantage de l'ordre de l'adaptation), soit que les infirmiers ne se rendent pas compte de la modification et/ou de l'augmentation de leurs compétences et ne voient pas se développer leur expertise. Ceci poserait alors un certain nombre de questions. Comment rendre cette expertise apparente, comment la faire partager à d'autres (désir exprimé clairement par les infirmiers) ou encore comment la faire reconnaître par les autres professionnels de l'hôpital pour améliorer les relations qui nous lient à eux ? De nombreux travaux ont déjà tenté de montrer l'apport spécifique de soins infirmiers (Drummond, 2002 ; Kikuchi, 1999) ou de mettre en avant le savoir infirmier (Lauzon, 2000). Continuer d'investir dans cette voie semble une priorité. En outre, s'il est dorénavant prouvé qu'il existe une valeur ajoutée attribuable aux infirmiers (Aiken, 1994 ; Aiken, 2002 ; Needleman, 2002) en terme d'amélioration des indicateurs de qualité grâce à des staffs infirmiers optimaux, il reste à expliquer et à montrer comment et pourquoi ces indicateurs s'améliorent. Ceci constitue à notre sens une autre voie qu'il serait intéressant d'approfondir lors de recherches ultérieures. Reste à se poser la question de savoir où aller rechercher ces savoirs infirmiers. La comparaison du sentiment de compétence en fonction du type de service dans lequel travaillent les infirmiers peut probablement nous apporter des pistes explicatives. En effet, il apparaît assez clairement que certains infirmiers se sentent plus compétents que d'autres. Ce constat apparaît essentiellement en psychiatrie et en soins palliatifs. Si la situation en psychiatrie est probablement trop particulière par rapport aux autres services infirmiers, la situation des soins palliatifs serait assez intéressante à étudier. A ce niveau les infirmiers se sentent globalement les plus compétents, mais ils se sentent aussi particulièrement compétents quant aux aptitudes sociales et communicatives, aux aptitudes de caring et à l'attitude critique et scientifique. Ce service semble donc se détacher un peu de la norme en mettant en avant de nombreuses compétences qui passent davantage au second plan dans d'autres services. Même si les normes d'encadrement dans ces services leur permettent probablement davantage de mieux intégrer ces aspects dans leurs prises en charge des patients, il nous paraît alors important de s'attarder sur le fonctionnement (organisations, relations à l'équipe médicale et pluridisciplinaire,…) de telles unités. 1.1.7.Des priorités différentes entre régions concernant les domaines de savoirs Si l'on analyse maintenant les différences existant entre les différentes régions du pays, on peut remarquer que peu de différences existent dans la façon d'envisager la profession. Par contre, une grande différenciation apparaît quant aux principaux savoirs utiles à la formation en 71 soins infirmiers. Globalement, les savoir-faire pratiques restent l'élément le plus important dans les trois régions mais wallons et bruxellois accordent nettement moins d'importance aux savoirfaire théoriques que les flandriens. Par contre, ils accordent beaucoup plus d'importance aux savoir-faire intellectuels, au savoir-être et au savoir-faire pratique. Il est difficile de dire ici ce qui influence de tels chiffres. Certes l'élément culturel nous semble important à prendre en considération mais n'oublions pas non plus l'impact que peut avoir la formation de base (différente en Flandre) sur de tels éléments. 1.1.8.Vers un leadership infirmier soutenant le développement du rôle propre L'ensemble des éléments ci-dessus nous pousse à mettre en avant l'importance que pourrait prendre le management infirmier dans les années à venir pour aider les infirmiers à trouver le sens de ce qu'ils font et pour leur donner le soutien nécessaire à un travail de qualité. Ceci reviendrait à leur donner un environnement de travail leur permettant, à nouveau, de mettre en tension l'importance qu'ils donnent à certains aspects et le sentiment de compétences qu'ils éprouvent par rapport à ceux-ci. Les infirmiers pouvant alors explorer de nouvelles voies, oser prendre le risque de considérer à nouveau le client comme une personne à part entière et ,enfin, pratiquer le métier qu'ils avaient sans doute rêvé en choisissant cette profession. Ces quelques constatations nous semblent confirmer les résultats du clinical leadership development project (Groupe CLP, 2002) dans lesquels, tant les études de cas réalisées auprès d'infirmiers que les interviews concernant les attentes des patients montraient combien la prise en compte de la personne dans sa totalité revêt une importance capitale pour la profession mais ne peut se faire sans un certain soutien émanant de la hiérarchie et des politiques institutionnelles, régionales et/ou nationales. 1.2. Regard sur la qualité des soins infirmiers Les éléments présentés ci-dessus nous permettent quelques réflexions quant à la vision que se font les infirmiers de la qualité des soins. En effet, plus de 90% des infirmiers estiment bonne ou excellente la qualité des soins qu'ils ont prestés ou qui ont été donnés dans leur unité. S'il est évident qu'il est difficile d'avouer donner des soins de qualité acceptable ou mauvaise, des chiffres aussi élevés nous semblent malgré tout poser question lorsque l'on sait que quatre infirmiers sur dix disent ne pas pouvoir donner les soins qu'ils voudraient donner, trois sur dix ne pas pouvoir répondre à des demandes spécifiques des patients ou prendre le temps d'écouter ce dernier, deux sur dix ne pas avoir eu le temps, lors de leur dernière journée de travail, d'éduquer le patient. En outre, l'on sait combien la notion de continuité des soins est présente lorsque l'on évoque la qualité. Or, plus de quatre infirmiers sur dix disent que, par manque de temps, ils ne savent "jamais" ou "rarement" définir des objectifs de soins pour les patients. Les chiffres donnés ci-dessus représentent la situation au niveau national ; ils sont très souvent plus élevés en Wallonie et à Bruxelles qu'en Flandre (parfois deux fois plus élevés). Qu'entendent alors les infirmiers par "qualité des soins" ? Ne s'agirait-il pas davantage de sécurité des soins ou de qualité exclusivement médico-technique ? L'ensemble des résultats exposés précédemment nous pousse à le croire. Reste cependant que les infirmiers ne sont pas totalement dupes et que même s'ils n'osent pas avouer directement un manque au niveau de la qualité de soins, un infirmier sur deux estime tout de même qu'il n'y a pas suffisamment d'infirmiers qualifiés pour donner des soins de qualité au patient (43% en Flandre, 57,1% à Bruxelles et 71,3% en Wallonie). Parleraient-ils ici enfin de la "vraie" qualité qu'ils attendent et espèrent ? D'une prise en charge adaptée aux besoins d'une personne ? Rien ne nous pousse à le démentir. Reste qu'il semble difficile dans le contexte actuel de parvenir à donner de tels soins. En outre, 4,5 infirmiers sur dix estiment que les patients ne sont pas prêts à se prendre en charge lorsqu'ils quittent l'hôpital. Se pose donc ici un problème essentiel apparu ces dernières années : la réduction de la durée de séjour des patients. Si l'impact de cette réduction sur le financement 72 des soins de santé est notable, il semble qu'elle ait un effet plus nuancé sur les soins infirmiers fournis aux patients. Cette réduction de la durée de séjour pose donc de nouveaux défis à la profession et impose une réflexion de fond quant à la manière d'envisager les soins à l'heure actuelle. La durée de séjour limitée impose d'avoir une idée la plus claire possible, avant l'entrée du patient, sur le processus de soins qu'il devrait suivre. Des plans de soins standards (à utiliser intelligemment) et des réflexions sur l'élaboration de chemins cliniques sont donc intéressants à développer et permettraient aux infirmiers de gagner du temps avec le patient en cours d'hospitalisation. Un dernier élément nous semble utile à apporter, de nombreuses études (Aiken, 1994 ; Aiken, 2002 ; Needleman, 2002) sont parvenues à montrer l'impact d'une présence infirmière accrue sur la qualité et les résultats de soins (réduction de la mortalité, du nombre d'infections,…). De telles études devraient être reproduites et adaptées au contexte belge. Ceci permettrait alors de ne pas se limiter à des considérations générales sur l'organisation des soins mais de susciter également des réflexions quant aux normes minimales d'encadrement dans les services hospitaliers et aux rôles respectifs des différents intervenants. 1.3. Autonomie Le problème de l’autonomie des infirmiers semble également un point intéressant à discuter. En effet, près de 60% trouvent qu’il est prioritaire, voire essentiel de pouvoir prendre, de manière autonome, des décisions dans le domaine des soins. Cependant, même si près de 90% des infirmiers disent avoir la possibilité d'être autonome, 37% signalent ne pas avoir la liberté de prendre des décisions importantes en matière de soins aux patients et dans leur travail. Que signifie alors pour eux le fait d'être autonomes ? La notion d'autonomie est effectivement assez complexe et notamment dans un environnement où le travail d'équipe est essentiel à la réalisation correcte de la mission poursuivie. Comment être autonome sans être individualiste et comment travailler ensemble sans être totalement soumis à l'autorité d'autres personnes ? Les frontières sont généralement difficiles à définir et seule une bonne connaissance de son rôle et du rôle des autres acteurs hospitaliers ainsi qu'une capacité à faire reconnaître la valeur de son travail pourrait permettre une telle autonomie. Or, les infirmiers disent avoir peu de possibilités de concertations avec les partenaires de l'équipe pluridisciplinaire et accorder peu d'importance à celles-ci. On voit mal dans ce cas comment ils pourraient connaître le rôle de chacun et faire reconnaître sa contribution aux soins. En outre, ils signalent le peu de collaboration existant avec les médecins et ne se sentent pas systématiquement reconnus par ces derniers. Ceci nous pousse davantage à penser que les infirmiers ne disposent effectivement pas d'une réelle autonomie dans leur travail. En quoi pourraient-ils alors se sentir autonomes ? Ne confondraient-ils pas l'autonomie avec une certaine forme d'abandon ou d'autogestion dans un cadre défini par d'autres ? On leur confierait le malade avec un diagnostic (parfois) et un certain nombre de prescriptions. Leur autonomie serait alors totale… dans un cadre entièrement défini par d'autres, ce qui leur laisseraient peu de place pour développer leur rôle propre ou réellement "autonome", peu de place pour une réelle approche infirmière du patient. On en reviendrait alors à nouveau à l'approche médico-technique des soins dans laquelle les infirmiers auraient une certaine liberté pour organiser, comme ils veulent, le travail attendu et demandé par d'autres. Serait-on donc ici devant un leurre, un leurre d'autonomie qui enlève aux infirmiers toute possibilité de développer une réelle professionnalisation au travers d'un apport spécifique et d'un rôle propre reconnu par tous. 73 Notons enfin que, lorsqu'ils posent un regard sur leur profession, les infirmiers travaillant en psychiatrie évoquent plus souvent que les autres l'image d'une profession autonome. Sont-ils encore plus abandonnés que les autres ou l'environnement moins médicalisé leur permet-il réellement une plus grande autonomie dans leur prise en charge des patients. Le fait d'être obligés d'avoir une réelle relation avec les patients pour atteindre leurs objectifs de soins leur permettrait-il de ne pas (ou dans une moindre mesure) se laisser enfermer dans des aspects exclusivement médico-techniques. Toutes les hypothèses restent ouvertes et rien ne permet de les confirmer à ce niveau. 2. Relations avec autrui Quittons à présent la problématique des soins directs pour aborder la délicate question des relations entre acteurs. Certains éléments ont déjà été avancés lors de la discussion sur l'autonomie mais nous semblent intéressants à développer ci-dessous. Nous envisagerons donc successivement les relations avec les médecins, l'équipe pluridisciplinaire et la hiérarchie. Notons déjà une remarque importante, tant dans les études qualitatives que dans l'analyse du questionnaire, il apparaît que l'infirmier accorde beaucoup plus d'importance et se sente davantage responsable vis-à-vis des personnes qui lui sont proches et avec qui il travaille régulièrement. La personne prioritaire à ses yeux est certainement le patient. Viennent ensuite l'équipe infirmière, le médecin, l'équipe pluridisciplinaire, la hiérarchie et l'institution. Le sentiment d'appartenance à une institution semble assez peu développé chez les infirmiers. 2.1. Relation avec les médecins L'élément positif qu'il nous semble important de relever est le désir de la majorité des infirmiers d'entretenir de bonnes relations avec le corps médial. Plus de 70% des infirmiers estiment cela nécessaire et trouvent que les relations actuelles sont de qualité. Ici encore, il semble donc que l'on dispose d'une force évidente pour envisager l'avenir de la profession. Malgré ce constat rassurant, trois infirmiers sur dix estiment malgré tout qu'il n'y a pas de bonnes relations de travail et un infirmier sur quatre estime que les médecins ne reconnaissent pas l'utilité des interventions infirmières. Ceci pose donc nombre de questions lorsque l'on sait combien la relation existant entre médecins et infirmiers peut influencer la qualité des soins (Aiken et al., 2002). Comment améliorer encore ces relations ? Une piste de solution tiendrait peut-être dans l'amélioration de la reconnaissance (et donc de la connaissance) mutuelle. Pour arriver à cela, l'augmentation des rencontres et discussions entre médecins et infirmiers semblerait nécessaire. Ceci nous paraît d'autant plus utile lorsque l'on sait que près de 43% des infirmiers estiment qu'il n'y a pas beaucoup de travail d'équipe entre médecins et infirmiers. Développer les occasions de se rencontrer ne pourrait qu'avoir un effet bénéfique sur les relations mutuelles si toutefois l'enjeu de ces discussions reste bien où il doit être… au niveau du bienêtre et du devenir du patient. Reste que tout ceci dépend de facteurs organisationnels difficiles à faire bouger mais autour desquels une réflexion de fond s'avère nécessaire. Est-il possible de travailler réellement en collaboration dans l'intérêt du patient sans se connaître, se reconnaître et sans disposer de temps, de lieux et d'objectifs précis (et convergents) sur lesquelles collaborer concrètement ? Selon nous, ceci ne peut se faire tant que les infirmiers n'auront pas défini leur contribution spécifique aux soins de santé et ne disposeront pas d'arguments "scientifiques" appuyant leur rôle autonome. Pour conclure, signalons qu'il nous semble qu'une analyse plus approfondie des résultats concernant les soins palliatifs permettrait certainement de tirer des conclusions intéressantes quant à cette problématique des relations entre acteurs. Cette idée est soutenue par une recherche de Cannaerts dans laquelle il a été montré clairement que le travail d'équipe contribue effectivement à des soins de qualité (Cannaerts, Dierckx & Grypdonck, 2000) Ceci est également valable en ce qui concerne le point suivant traitant des relations avec l'équipe pluridisciplinaire. 74 2.2. Relation avec l'équipe pluridisciplinaire Le constat le plus important concernant les relations avec l'équipe pluridisciplinaire est le suivant : bien que les infirmiers se sentent faire partie à part entière de cette équipe (à plus de 90%), moins de la moitié d'entre eux sont d'accord de dire qu'ils assument une place centrale dans la coordination des soins au sein de celle-ci. Même si ce rôle pourrait être inconscient, ceci semble fort à contre-courant avec le discours largement propagé dans les institutions de formation en soins infirmiers et par certaines théories de soins tendant – à tort ou à raison - à conférer à l'infirmier la coordination des soins. Comment pouvons-nous alors expliquer de tels chiffres ? L'orientation essentiellement médico-technique du travail infirmier actuel pourrait en partie jouer un rôle dans ce désinvestissement de la coordination par l'infirmier. Celui-ci n'estimant peut-être pas qu'il lui revient de coordonner une activité essentiellement médicale. Sa position serait peut-être alors différente s'il avait à coordonner l'ensemble des activités de soins touchant le patient (en tant que sujet de soins) et son expérience de santé actuelle. Quoi qu'il en soit, reste alors à savoir qui assume ce rôle de coordination et s'il l'assume à juste titre. Une étude menée actuellement par l'unité des sciences hospitalières de l'UCL dans le cadre d'un projet Léonardo Européen (Programme Léonardo da Vinci – Projet Pilote F/01/B/P/PP – 118135 « Développer les compétences et la mobilité des cadres infirmiers pour améliorer la qualité de la prise en charge des patients à l’hôpital ») tendrait à montrer que cette fonction est actuellement assurée par à l'infirmier chef d'unité. Une réflexion en profondeur nous semble ici nécessaire afin de juger de la pertinence d'une telle situation tout en étant conscient qu'une modification de celle-ci (si cela était souhaitable) entraînerait forcément d'importantes modifications dans l'organisation des services et dans la formation en soins infirmiers. Deux autres constats posent également question. Premièrement, la concertation avec les autres professionnels de la santé semble faire partie des tâches que les infirmiers portent au second plan étant donné que plus d'un tiers d'entre eux disent ne pas avoir eu l'occasion de se concerter lors de leur dernière journée de travail. Cependant, 65% le souhaitent. Le travail en collaboration et les structures le permettant sont donc encore visiblement à promouvoir. Cela permettrait en tout cas d'améliorer la reconnaissance mutuelle des différents acteurs étant donné qu'un infirmier sur cinq estime ne pas être respecté par les autres acteurs de l'équipe pluridisciplinaire. Nous revenons ici sur un sujet déjà discuté précédemment. 2.3. Relation avec la hiérarchie Par rapport à la hiérarchie, il nous semble important de différencier deux niveaux ; celui de l’infirmier en chef et celui du reste de la ligne hiérarchique. Premièrement, l'infirmier en chef, acteur à part entière de l'équipe infirmière, constitue pour les infirmiers un maillon indispensable de l'équipe. 85 à 90% d'entres eux disent en avoir besoin et trouvent que le bon fonctionnement de l'équipe dépend de lui. Un même pourcentage d'infirmiers attend du chef des feed-back leur permettant d'améliorer la qualité de leur travail. En résumé, les infirmiers ont besoin du support de leur chef mais ne l'obtiennent, à ce jour que dans 65% des cas. Les infirmiers placent donc leur confiance dans cette fonction qui, visiblement, a encore de belles potentialités à développer. Ici aussi cependant, une formation adaptée aux besoins réels des infirmiers, une formation en management humain de qualité semble plus que nécessaire. De telles conclusions avaient également été mises en avant dans l'étude concernant le clinical leadership development project (Groupe CLP, 2002). 75 Deuxièmement, par rapport aux cadres intermédiaires et supérieurs, il semble que la transmission d'informations de la direction vers la base soit une grande source de difficulté pour plus de six infirmiers sur dix et que près d'un infirmier sur deux ne se sent que très peu soutenu par les politiques de soins infirmiers institutionnelles ; politiques, qui dans leur esprit, sont sans doute élaborées loin de la réalité du terrain (en effet, 97% d'infirmiers souhaitent que la direction soit en contact avec la réalité du terrain). Ici aussi les infirmiers attendent donc un soutien qu'ils semblent ne pas recevoir ou, en tout cas, ne pas percevoir. Est-ce une question de compétences des cadres, un problème de formation ou encore un problème de visibilité des politiques institutionnelles ? L'étude ne permet pas de le dire mais une réflexion en profondeur sur le type de management du département infirmier (management à tous les niveaux de l'institution) semble, ici aussi, nécessaire afin d'utiliser au mieux le potentiel disponible. Même si de nombreuses pistes de réflexions restent ouvertes, il est heureux de constater que des travaux concrets ont déjà débuté suite à l'étude concernant le leadership clinique. Notons enfin que l'importance apportée à la relation avec les médecins et la hiérarchie est beaucoup plus élevée en Flandre (respectivement 77% et 75,1%) qu'à Bruxelles (66.5% et 52.2%) ou en Wallonie (54% et 36.1%). Influence culturelle ou autre, rien ne nous permet de statuer sur ces éléments qui constituent assurément une force à exploiter. 3. Formations aux compétences en soins infirmiers 3.1. Développement des compétences et enseignement Dans un premier temps, nous analyserons les facteurs contribuant aujourd’hui au développement des compétences infirmières et la satisfaction actuelle des infirmiers par rapport aux principaux niveaux de formations qui leurs sont proposés. Nous analyserons ensuite l’avis des infirmiers quant aux domaines dans lesquels il faudrait investir au point de vue du développement de leurs compétences ce qui nous permettra de formuler un certain nombre de propositions adaptées à chaque situation. 3.1.1.Quatre grands domaines contribuent au développement des compétences Lorsque l’on analyse les résultats de l’enquête, on voit clairement se détacher quatre grands domaines qui contribuent particulièrement au développement des compétences infirmières. Ces domaines concernent, par ordre d’importance, l’expérience acquise sur le terrain et les réflexions personnelles, la formation de base en soins infirmiers, l’échange de connaissances et d’expériences avec les collègues et l’initiation à l’engagement dans un nouveau service. Il est intéressant de noter que, pour deux de ces quatre domaines (expérience acquise se le terrain et échange entre collègues), le développement des compétences se fait de manière totalement informelle et ne relève d’aucune organisation particulière et d’aucun support extérieur structuré. Chacun est donc totalement libre de profiter ou non, de rechercher ou non ces opportunités de formation, ce qui pourrait rendre le résultat totalement aléatoire d’un infirmier à l’autre. Même si leur contribution est déjà importante, des pistes de solutions sous forme de soutien à ces deux domaines semblent donc nécessaires. Nous y reviendrons ultérieurement. Notons également que l’expérience acquise sur le terrain est perçue comme plus importante à Bruxelles et en Wallonie qu'en Flandre. Outre l'aspect culturel qui peut certes jouer à ce niveau, d'autres facteurs pourraient intervenir qu'il serait intéressant d'analyser (notamment la différence de formation, la différence de vision entre les brevetés et les gradués,…). Enfin, on constate une grande différence à propos de l'initiation à l'engagement. En Flandre, cela semble contribuer davantage au développement des compétences et l'on veut y investir. On pourrait croire que ces formations permettant l'adaptation des infirmiers à une nouvelle institution ou à un nouveau service (et donc à de nouvelles techniques) sont principalement orientées sur des aspects médico-techniques ? Quoi qu'il en soit, elles sont visiblement 76 appréciées, utiles et de qualité dans cette région du pays où elles répondent peut-être aussi davantage aux besoins d'une population d'infirmiers plus souvent brevetés. Ici non plus, aucun élément du questionnaire ne nous permet de statuer mais il semble qu’une étude de ce phénomène pourrait s’avérer intéressante. 3.1.2.Dilemmes et contradictions face à la formation de base en soins infirmiers Concernant la formation de base, les relations à l'infirmier professeur peuvent aussi poser question. Comment l'étudiant peut-il se positionner entre deux acteurs qui ont des visions totalement différentes des soins infirmiers (seulement 17% des infirmiers estiment que les infirmiers professeurs ont la même image qu'eux de la profession !). Les infirmiers se disent d'accord ou totalement d'accord avec le fait que l'accompagnement des étudiants fait partie de leur mission (à plus de 90%). En outre, on remarque qu'ils considèrent que la formation se fait principalement sur le terrain (85% sont d'accord ou tout à fait d'accord avec cela)… et donc à leur contact ! Cependant, ils n'en retirent rien en terme d'apprentissage ce qui semble étonnant. En outre, ils ne privilégient pas ces temps sur le terrain, et disent ne pas avoir le temps de s'y consacrer et de parler avec les étudiants. Peut-on former des étudiants sans échange avec eux et sans discussion ? L'infirmier considère-t-il simplement que son rôle consiste à être un modèle duquel l'étudiant doit retirer (par lui-même) un certain nombre d'apprentissages et de connaissances ? La question mérite d'être posée d'autant que malgré leur apport évident à la formation (cfr supra), ils considèrent seulement à 33.6% que les étudiants sont aptes à exercer à la fin de leurs études ! 3.1.3.Une formation permanente suivie… mais pourquoi ? Concernant les formations permanentes, nous pouvons relever le faible pourcentage d’infirmiers estimant que cela contribue au développement de leurs compétences (34,8%). Cependant, d’autres questions donnent des éléments totalement différents, ainsi 85% des infirmiers estiment que les formations permanentes contribuent à la qualité des soins. Un tel chiffre témoigne-t-il d’un réel apport des formations permanentes, est-il simplement le reflet d’une idée largement préconçue et répandue sur la nécessité de suivre des formations permanentes pour maintenir à jour ses connaissances ou encore, résulte-t-il du fait qu'on accorde beaucoup d'attention aux activités médico-techniques durant ces formations ? Un autre constat difficile à comprendre réside dans le fait que 73% des infirmiers considèrent la formation permanente comme une priorité et 85% sont satisfaits d’y participer. Or, un peu moins de 20% des personnes interrogées sont entièrement d’accord avec le fait de dire qu’elles recherchent par elles-mêmes des possibilités de se former. Difficile de comprendre de tels chiffres, mais un si bas pourcentage pose assurément question. En résumé, il semble que les infirmiers estiment que la formation permanente pourrait avoir une utilité (peut-être au niveau de leurs compétences médico-techniques) mais restent peu proactifs à ce niveau n’étant que partiellement convaincus de son impact actuel sur le développement de l'ensemble de leurs compétences. Qu’y trouvent-ils alors de si satisfaisant ? Probablement aussi une poche d’air leur permettant de souffler et de se défaire, le temps d’une journée, du poids permanent du contexte hospitalier actuel ? Notons également qu'à Bruxelles, où les gens cherchent davantage les possibilités de formations permanentes, on retrouve davantage de personnes suivant ces formations. C'est cependant aussi dans cette région qu'on estime le plus nécessaire d'investir dans ce domaine. Pourquoi cette nécessité accrue dans une région où les personnes ont déjà un large accès aux formations permanentes ? Est-ce le reflet d'un intérêt réel pour de telles formations ou une demande d'amélioration des formations actuelles vu leur faible contribution au développement des compétences (6ème position sur 12 !) ? 77 3.1.4.Une formation universitaire peu visible et peu reconnue La formation universitaire en sciences de la santé publique est, de manière générale, peu reconnue comme contribuant au niveau de compétence (dans les infirmiers n'ayant suivi aucune formation complémentaire seuls 5% pensent qu’elle a une contribution grande ou très grande). Et même s’il est utile de noter que ce pourcentage est plus élevé chez les personnes ayant suivi cette formation, il n’atteint cependant que 47,3%. Comment interpréter un tel chiffre ? Remet-il en cause la qualité de la formation en elle-même qui pourrait ne pas mener à un développement des compétences ? Est-il le signe d’une formation non adaptée aux besoins des personnes et dans laquelle on développerait un certain nombre de compétences peu utiles sur le terrain ? Est-il enfin le signe d’une formation de qualité, adaptée aux besoins du terrain mais réalisée auprès de personnes qui ne peuvent mettre en œuvre ce qu’elles ont appris à cause du contexte hospitalier actuel ou de leur position dans l’institution (à des postes ne valorisant pas leur diplômes) ? S’il est difficile, sur base du questionnaire, d’apporter une réponse positive à la première proposition, des éléments semblent nous montrer que la formation serait effectivement partiellement inadaptée aux besoins réels des personnes sur le terrain et que celles-ci ne peuvent mettre en œuvre l’ensemble de leurs compétences une fois confrontées à la réalité du terrain (à Bruxelles particulièrement, le nombre de personnes ayant suivi une formation universitaire est nettement plus élevé que dans les autres régions du pays et nombre de personnes sont donc probablement surqualifiées par rapport à la mission qui leur est confiée actuellement). Le fait que davantage d'infirmiers flandriens possédant une licence en sciences médicosociales trouvent que la formation universitaire a un impact grand à très grand sur le développement de leurs compétences actuelles peut probablement être expliqué par le fait que la Flandre a opté pour une formation universitaire davantage orientée sur l’aspect clinique et ont introduit depuis plus longtemps la fonction d’infirmier spécialiste clinique. Ces éléments rendent probablement plus visible la contribution des formations universitaires au niveau du développement des compétences actuelles des infirmiers. De plus, le fait qu’un nombre relativement élevé d’infirmiers (principalement sans formation complémentaire ou avec une formation complémentaire non universitaire) a un regard négatif sur la contribution de la formation universitaire au développement des compétences peut également découler de la difficulté bien connue de faire un lien visible entre la formation universitaire et les compétences développées par celles-ci. 3.1.5.Une insatisfaction face aux systèmes actuels Comme nous venons de le voir, différents éléments d’insatisfaction semblent transparaître par rapport aux systèmes actuels de développement de compétences. Avant de faire des propositions par rapport à ces trois éléments, voyons tout d’abord les principaux domaines dans lesquels les infirmiers veulent investir. Les domaines prioritaires sont, sans conteste, la formation permanente (six infirmiers sur dix au niveau national) et la formation de base en soins infirmiers (un peu plus de quatre infirmiers sur dix). Viennent ensuite l’échange de connaissances et d’expériences avec les collègues infirmiers ou d’autres disciplines (principalement en Wallonie et à Bruxelles) et les spécialisations (principalement en Flandre). Cette différence nous semble importante à prendre en considération. 78 3.2. Quelles formations pour l'avenir ? 3.2.1.Une formation de base profitant des tensions entre école et hôpital Il n’est bien entendu pas possible de discuter ici, de manière exhaustive, de la pertinence du système de formation actuel. Néanmoins certaines informations nous permettent d’envisager un certain nombre de propositions. Le principal point d’achoppement semble résulter des visions apparemment différentes de la profession. D’après nos expériences d’infirmiers et de formateurs, il nous semble cependant que ces visions ne sont pas si différentes qu’il n’y paraît au premier abord, mais qu’il existe par contre une méconnaissance réciproque entre les infirmiers de terrain (et leurs objectifs de soins et de rentabilité) et les infirmiers professeurs (et leurs objectifs de formation). Plutôt que de se focaliser sur les différences apparentes existantes, les infirmiers pourraient, dans de nombreux cas, utiliser ces différences pour permettre des discussions et des confrontations porteuses de sens et donc de développement de compétences. La situation actuelle ressemble bien souvent à ceci : les infirmiers professeurs rappellent souvent aux étudiants avant les stages « ne fais pas comme tu verras sur le terrain » alors que les infirmiers du terrain mettent en garde ces mêmes étudiants en leur signalant « ici, tu oublies ce que tu as appris à l’école et tu réserves ça pour tes examens ». Les étudiants apprendraient certainement beaucoup plus si les différents acteurs lâchaient prise par rapport à leurs propres pratiques pour permettre à l’étudiant de découvrir sa pratique des soins. Favorisant chez lui la réflexion et la confrontation de deux modèles (possédant chacun leurs points positifs et négatifs) pour trouver sa vision réfléchie et justifiée des soins infirmiers. L’étudiant pourrait alors certainement plus facilement trouver un espace de liberté dans lequel il définirait sa pratique sur base de principes fondamentaux enseignés à l’école et sur base de la réalité (souvent complexe) du terrain. Il ne serait plus obligé de choisir son camp entre la formation ou le terrain mais pourrait enfin devenir autonome et praticien réflexif (personne réfléchissant sur sa pratique). Arriver à une telle situation ne peut se faire sans l’émergence de réels projets de formation construits en collaboration avec les institutions de soins ou, tout au moins, avec l’explicitation des projets de formation aux personnes du terrain et grâce à une réelle collaboration entre les milieux de formation et de pratique. Une meilleure connaissance réciproque des objectifs et des besoins de chacun pourrait certainement permettre de sortir de cette situation inconfortable où chacun estime que l’autre ne fait pas ce qu’il faut faire, où chacun pense que l’autre a une vision fondamentalement différente de la sienne. Reste un problème évident, si les étudiants passent la moitié de leur formation sur les terrains de stage, il semble qu’à l’heure actuelle ces étudiants ne disposent que de peu de soutien sur le terrain pour leur permettre de développer leurs compétences autrement que par l’observation et l’imitation. Quelles solutions apporter à ce problème ? Une sensibilisation des infirmiers à certaines notions pédagogiques ? La mise en place d’un réel encadrement par les infirmiers du terrain (ce qui demande du temps et du personnel) ? L’augmentation des possibilités de supervision des étudiants sur le terrain (ce qui demande également du temps et du personnel) ? Une meilleure préparation des étudiants à leur stage grâce à une formation favorisant davantage la réflexion personnelle et l'ouverture d'esprit que l’imposition de pratiques et techniques toutes faites et « irréalisables » en réalité ? Nombre de pistes d’amélioration sont en tout cas envisageables et nécessaires et pourraient s'appuyer sur une force non négligeable présente sur le terrain. En effet 89% des infirmiers estiment que participer à la formation des étudiants fait partie de leur rôle même s’ils n’ont, à ce jour, pas le temps ou l’occasion de s’en préoccuper (6 infirmiers sur 10 ne peuvent jamais ou que parfois consacrer du temps à parler avec les étudiants). Une fois encore, il apparaît 79 donc que la priorité donnée aux aspects médico-techniques du métier prend le pas sur d’autres missions infirmières qui, bien que fondamentales, sont devenues difficilement réalisables. D'autres pratiques ou habitudes semblent également importantes à repenser. En effet, il serait pertinent de réfléchir aux meilleures stratégies qui permettraient aux étudiants de développer de manière cohérente et intégrée l'ensemble des compétences propres à leur fonction. Il nous paraît utile de mettre en garde contre des systèmes encore trop souvent basés sur le développement d'une somme de capacités médico-techniques au travers d'un système de formation fortement inspiré des spécialités médicales ( soins infirmiers en médecine, soins infirmiers en maternité, soins infirmiers gériatriques,…). Peut-être serait-il intéressant de repenser la formation en soins infirmiers pour la reconstruire sur des valeurs spécifiquement infirmières et qui permettraient davantage de développer des compétences transversales utiles quelle que soit la spécialité exercée. Un préalable s'impose dès lors, celui d'encourager le développement de ces savoirs infirmiers par une recherche accrue. Celle-ci permettrait de rendre visible et de conceptualiser un savoir infirmier souvent intuitif, informel,… Enfin, un certain nombre de compétences indispensables à une pratique professionnelle (délégation, coordination, travail d'équipe interdisciplinaire) ne sont que fort peu envisagées dans les formations actuelles. Or nous avons vu combien ces compétences prennent de plus en plus d'ampleur actuellement. Former les étudiants à de telles compétences demande assurément de réfléchir à de nouveaux dispositifs pédagogiques plus adaptés à de tels objectifs. Outre ces éléments il semble aussi utile d’imaginer un système de formation permettant aux futurs infirmiers de réfléchir au sens de leur mission et aux possibilités de dépasser les limites imposées par le contexte actuel qui les poussent encore trop souvent à donner des soins essentiellement médico-techniques. 3.2.2.Une formation permanente infirmier vivante et vivifiante Au vu des résultats exposés précédemment, il semble que la formation permanente, telle qu’elle est organisée actuellement ne satisfasse pas pleinement les infirmiers et ne participe que bien peu au développement des compétences. Améliorer cette situation demanderait selon nous de revoir fondamentalement l’organisation actuelle de ces formations afin qu’elles répondent davantage aux attentes des infirmiers. Essentiellement organisées actuellement autour de notions théoriques, médicales et techniques, elles permettent peu souvent aux infirmiers d’aborder des problématiques spécifiquement infirmières centrées sur des besoins moins « médicalisés » des personnes soignées. Si de telles formations semblent utiles et appréciées en début de carrière (notamment en Flandre sous la forme d’une initiation à l’engagement), les infirmiers semblent vouloir davantage d’échanges et de discussions leur permettant de confronter leur vision des soins avec d’autres professionnels (infirmiers) pour développer ensemble de nouvelles compétences et/ou de nouveaux savoirs. De telles formations peuvent certainement être organisées selon les modèles actuels de formation dispensées en extrahospitalier mais pourraient aussi, selon nous, être organisées et favorisées par l’hôpital lui-même. Dégager des moments de réflexion en équipe ou dans l’institution autour de certaines problématiques infirmières pourrait contribuer fortement au développement des compétences. Ce mode de formation, s’il était organisé au sein des équipes infirmières (par exemple sous forme de staffs infirmiers), pourrait fortement renforcer l’esprit d’équipe et la cohérence des projets de soins et des soins proposés aux personnes soignées (n’oublions pas qu’à l’heure actuelle, un infirmier sur cinq n'est pas du tout d'accord ou plutôt pas d'accord avec le fait de dire que "l’équipe infirmière est d’accord sur les objectifs de soins communs à poursuivre"). Reste donc à engager une réflexion de fond au sein des institutions quant aux moyens à mettre en œuvre pour favoriser de telles démarches. 80 Outre ces formations visant le développement des compétences infirmières et de l’expertise, il semble aussi utile d’imaginer de nouvelles formations permettant aux infirmiers de redonner du sens à leur mission et de réfléchir aux possibilités de dépasser les limites imposées par le contexte actuel qui grève leur apport potentiel à une « simple » fourniture de soins médico-techniques. Tout ceci n’étant utile que si les infirmiers disposent, après ces formations, d’un support dans l’équipe pour favoriser la mise en œuvre des compétences développées (nous en reparlerons ci-après au niveau de la formation universitaire). De telles mesures permettraient selon nous d’offrir aux infirmiers des formations plus en phase avec leurs attentes et donc, peut-être, de renforcer leur pro-activité face à la formation permanente. 3.2.3.Une formation universitaire centrée sur le management humain, le leadership et le développement d'expertises infirmières. Différents éléments du questionnaire permettent ici de signaler l’importance évidente d’apporter aux cadres de demain des compétences dans la gestion du personnel et d’une équipe de soins. Les infirmiers ont besoin de support, de feed-back sur leur travail, d’encadrement, d’informations claires émanant de la hiérarchie,… et l’expriment fortement. Ceci ouvre nombre de possibilités pour une formation plus adaptée aux besoins du terrain mais probablement aussi plus complexe à organiser. Il est temps de former des cadres infirmiers pour lesquels la priorité serait d’apporter aux infirmiers un support suffisant pour leur permettre d’assumer pleinement leur mission soignante dans un contexte difficile et délicat. Des cadres visionnaires, supportant l’équipe et lui permettant de se réaliser pleinement tant dans leur vision médico-technique (ce qui est déjà possible actuellement) que dans leur vision infirmière et dans leur besoin de prendre en compte la personne en tant que sujet de soins. Telle est notamment un des objectifs poursuivi par les formations faisant suite au projet de développement du leadership clinique. Même si une étude plus approfondie serait nécessaire à ce sujet, il semble également que la « surpopulation » de personnes avec formation universitaire présentes à Bruxelles pourrait engendrer nombre de problèmes et notamment une fuite de ce personnel vers d’autres secteurs si l’on ne parvient pas à utiliser ces personnes à bon escient (les personnes avec formation complémentaire universitaire sont deux fois plus nombreuses que les personnes sans formation complémentaire à dire qu’en ce moment elles cherchent autre chose et que si l’occasion se présentait, elles quitteraient la profession). On dispose là d’une force évidente et probablement de personnes désirant faire avancer la profession si on leur en donnait réellement l’occasion. Ce premier constat, auquel s'ajoute le fait que les infirmiers estiment avoir peu de possibilités de carrière (seules 6,2% des infirmiers sont entièrement d'accord de dire que les possibilités de carrière offertes dans la profession infirmière leur permettent de réaliser leurs ambitions) nous amène à réfléchir à l'impact que pourrait avoir le développement et la reconnaissance de nouvelles fonctions à l'hôpital. Les chiffres de l'étude nous montrent d'ailleurs combien ces fonctions existent déjà sur le terrain où l'on retrouve nombre d'infirmiers de référence pour les services (4,1%) ou pour l'institution (3,3%). Ce constat est d'ailleurs encore plus présent en Flandre où les chiffres sont respectivement de 4% et 3,6%. Ainsi, résoudre le problème de la carrière infirmière ainsi que celui de la fuite de personnel pourrait probablement se faire en reconnaissant officiellement ces nouveaux postes au sein des institutions. Quoi qu'il en soit et pour revenir à la question de la formation universitaire, il y a nécessité de former les personnes occupant ou désirant occuper de tels postes. Outre les compétences pédagogiques dont elles devraient pouvoir faire preuve, il est essentiel aujourd'hui d'apporter une importance particulière au développement de compétences "soignantes" à l'université. Ceci revient à former 81 des infirmiers qui seraient de réels spécialistes cliniques. Des infirmiers pouvant tirer pleinement parti des recherches récentes pour fournir des soins sur base de données probantes. L'enjeu est donc bien ici de promouvoir la pratique avancée en soins infirmiers (et non pas le développement de compétences médicales) afin de mettre en évidence l’apport spécifique de la profession infirmière. C'est alors seulement que la profession infirmière pourra progresser vers une plus grande autonomie et s'assurer d’une plus grande reconnaissance de son rôle autonome spécifique. La position existant actuellement en Flandre semble encourageante par rapport à de telles fonctions. Peut-être serait-il intéressant de continuer à explorer de telles voies. 4. Satisfaction au travail, image de la profession et plan de carrière Cette partie traitera successivement de trois notions essentielles pour permettre d'envisager l'avenir de la profession. Dans un premier temps, nous analyserons la satisfaction des infirmiers au travail ainsi que différents éléments venant influencer celle-ci. Dans un second temps, nous regarderons comment l'infirmier perçoit sa profession et comment il estime que d'autres la perçoivent. Nous verrons enfin comment ces deux premiers éléments peuvent avoir, ou non, un lien avec le désir de quitter la profession. 4.1. Satisfaction au travail 4.1.1 Une impossibilité de donner les soins désirés Le premier constat important à réaliser réside dans le fait que 45% des infirmiers ne peuvent pas donner les soins qu'ils voudraient donner. Nous avons déjà vu précédemment combien certains soins ne peuvent être réalisés par faute de temps. Les soins centrés sur les besoins et désirs de la personne passant au second plan alors que la priorité est donnée aux soins médico-techniques. Si on ne peut nier qu'un tel ordre de priorité est normal pour assurer des soins sécuritaires, il est malgré tout utile de se demander dans quelle mesure il ne faut pas chercher des solutions pour permettre aux infirmiers de concilier les deux principaux aspects de leur profession. Même si ce constat peut être fait de la même manière pour l'ensemble du pays, il faut malgré tout relever de grandes différences entre les régions. Ainsi, par exemple, 45% des infirmiers flandriens ne peuvent jamais ou rarement adapter leur travail aux souhaits personnels des patients, contre 65,6% en Wallonie et 57,3% à Bruxelles. D'autres exemples sont tout aussi évidents lorsqu'on regarde les tâches que l'infirmier n'a pas su effectuer lors de sa dernière journée de travail. Ainsi, deux fois plus d'infirmiers wallons que flandriens n'ont pas eu le temps d'éduquer le patient et sa famille (31,0% vs 14,9%), de préparer le patient à sa sortie d'hôpital (17,4% vs 8,9%), ou encore, de faire de la prévention pour les escarres (7,9% vs 3,4%). Bruxelles a une situation intermédiaire avec des chiffres qui sont respectivement de 27,4%, 13,4% et 5,3%. Comment expliquer de tels écarts ? Nombre d'interprétations peuvent être fournies. Aucune ne peut cependant être validée par l'analyse des résultats de cette étude. Est-ce un problème inhérent à une différence culturelle dans l'évaluation qui est faite d'une certaine réalité (les Wallons sont-ils plus pessimistes de nature ?), le reflet d'une situation de "pénurie" nettement plus difficile en Wallonie et à Bruxelles, les conséquences de situations de soins et de pathologies plus lourdes pour la Wallonie et Bruxelles, ou encore une importance accrue accordée à certains soins (éducation au patient,…) et donc l'impression de ne pas pouvoir les donner à toutes les personnes qui en auraient besoin,… L'analyse des données du RIM et du RCM permettrait probablement d'apporter un début de réponse à ces questions. 4.1.2. Un contexte stressant et peu soutenant Quoi qu'il en soit, il apparaît comme évident qu'un certain nombre de tâches spécifiques à la fonction soignante des infirmiers ne peuvent être réalisées actuellement. Lorsque l'on tente d'analyser les raisons d'une telle réalité, différents facteurs semblent apparaître comme prépondérants. 82 Premièrement, nous avons déjà signalé précédemment que le manque de temps est un facteur indéniable. On a vu combien les infirmiers regrettent les supports insuffisants pour réaliser le travail logistique et administratif qui ne leur permettent pas de libérer assez de temps pour les patients. Deuxièmement, et ceci est apparu dans l'analyse des relations entre les infirmiers et le reste des acteurs hospitaliers, un manque de soutien, de reconnaissance et de collaboration efficace avec certains intervenants. A ce niveau, nous pouvons également relever à nouveau la difficulté apparente pour les infirmiers de déléguer certaines tâches et donc de se dégager du temps pour pouvoir réaliser d'autres soins. Troisièmement, notons que si les infirmiers n'accordent que peu d'importance aux facteurs financiers dans les soins (six sur dix estiment que cela fait partie de leur mission – ce chiffre bas étant probablement dû au faible sentiment d'appartenance à l'institution), ils en regrettent néanmoins les impacts sur les soins (six infirmiers sur dix estiment que le contexte économique de l'hôpital s'oppose à leurs aspirations d'infirmiers et quatre infirmiers sur dix disent ne pas pouvoir donner les soins qu'ils voudraient donner). Ces trois facteurs, le temps, le soutien et le désintérêt pour le contexte financier nous semblent essentiels face à toute réflexion qui s'engagerait sur l'avenir de la profession. Enfin, un dernier élément influence très certainement la satisfaction des infirmiers : le stress. Les résultats de l'étude nous montrent que 68,6% d'infirmiers perçoivent leur environnement comme étant stressant. Quel est l'origine de ce stress ? Comment le réduire ? Si l'élément principal tient probablement dans l'influence du contexte, d'autres causes telles la nature du travail infirmier ou le sentiment de responsabilité élevé dont font preuve les infirmiers vis-à-vis d'une multitude de tâches et d'intervenants jouent sans doute également un rôle. Peut-être serait-il alors non seulement utile de développer chez les infirmiers leur hardiesse au travail7 mais aussi de clarifier la fonction et les responsabilités réelles et effectives qui leurs incombent et de leur apprendre à dire "non" à certaines tâches pour ne plus faire un travail qui ne leur est pas forcément dévolu au détriment des fonctions et des tâches qu'ils revendiquent. 4.1.3. Une insatisfaction importante L'ensemble des éléments cités précédemment contribue probablement à expliquer pourquoi seuls 12,1% des infirmiers sont très satisfaits de leur travail actuel et pourquoi seulement 13,9% d'entres eux sont satisfaits d'avoir bien accompli leur travail en fin de journée alors que 7,2% sont découragés et attristés de ne pas tout avoir pu faire pour les patients. De grandes différences existent ici entre les régions étant donné que deux fois plus de personnes en Flandre sont satisfaites d'avoir bien accompli leur travail en fin de journée (16.7% vs 8.4 en Wallonie et 7.6 à Bruxelles) et deux à trois fois moins sont découragées et attristées (4,9% vs 13,4% pour la Wallonie et 8,9% pour Bruxelles). Enfin, pour conclure et pour confirmer le lien existant entre les facteurs contextuels et la satisfaction des infirmiers dans leur travail, notons que si seules 12,1% d'entre eux sont très satisfaits de leur travail actuel, ce chiffre double (25,8%) lorsqu'on leur demande si, indépendamment du contexte dans lequel ils travaillent, ils sont très satisfaits d'être infirmier. Il est essentiel de prendre en compte l'ensemble de ces données pour toute décision concernant l'avenir de la profession ou pour toute recherche ultérieure visant à analyser le problème de pénurie d'infirmiers ou l'influence du contexte sur les soins infirmiers. Bien que la relation entre la satisfaction au travail et le désir de quitter la profession pourrait être analysée sur base des données recueillies lors de cette étude, nous n'avons pas pu le réaliser dans le cadre de ce rapport. Une recherche plus approfondie à ce niveau ne ferait cependant que confirmer la nécessité (mise, par ailleurs, en évidence dans ce rapport) d'envisager des pistes de solutions novatrices afin de maintenir en place les infirmiers dans les institutions hospitalières (et peut-être dans la profession). 7 Ressource personnelle permettant aux personnes de demeurer en santé dans un univers pourvoyeurs de nombreux stresseurs (Maddi, Kobasa, 1984 in Dalmas 2001) 83 4.2. Image de la profession et fierté d'être infirmier 4.2.1 Un sentiment de fierté impressionnant Un premier constat, très positif, réside dans le fait que 87,1% des infirmiers se disent fiers de leur profession. Si, dans un premier temps, on peut penser qu'il s'agit là d'une force évidente pour attirer et faire la promotion du métier, ce chiffre pose néanmoins question lorsque l'on sait que seuls 60,8% des infirmiers referaient les mêmes études et que seulement 45,3% recommanderaient ces études à leurs enfants ou à un ami. Comment interpréter de tels chiffres ? Même dans les moments difficiles que vivent les infirmiers à l'heure actuelle, ils restent fiers de ce qu'ils font. On pourrait soutenir le fait qu'on est généralement fier lorsqu'on parvient à faire ou à réussir quelque chose de difficile (et les infirmiers perçoivent bien leur profession comme étant difficile). Cependant qui conseillerait ou espérerait que son enfant ou un ami choisisse, pour sa vie à venir, une voie difficile (physiquement, mentalement,…). Une autre interprétation pourrait avancer que les infirmiers sont fiers de faire ce métier par rapport à l'image idéale qu'ils en avaient lorsqu'ils ont commencé leurs études et qui est véhiculée dans la société: "je suis fier de pouvoir aider les gens dans les moments difficiles de leur vie" et non par rapport à la réalité de leur travail au quotidien. Face à cette même situation, on pourrait également penser qu'ils ne conseilleront pas leur profession ne voulant pas inciter quelqu'un qui a peut-être un idéal (comme eux) à choisir une profession qui ne lui permettra pas de le réaliser. 4.2.2.Des images contradictoires A cette première contradiction s’ajoute une autre : l'image qu'ont les infirmiers de leur profession et l'image qu'ils pensent que la société en a. Des différences fondamentales existent entre ces deux images. Ainsi, si la majorité des infirmiers voient leur profession comme un métier à hautes responsabilités (82,5%), dur (71,8%) et mal payé (61,9%) elles estiment par contre que la société voit le métier d'infirmier comme une vocation (73,4%) et les infirmiers comme faisant essentiellement des pansements et des toilettes (49,2%) et comme étant les petites mains des médecins (37,3%). Face à ces représentations il est étonnant de remarquer que l'infirmier pense que la société a une image positive de sa profession (60% en moyenne et 76% en Wallonie). Cette perception positive provient, selon nous, pour une part importante de la notion de vocation qui force respect et admiration pour la profession infirmière. On peut en effet difficilement imaginer que la société ait une vision négative du métier alors qu'elle pense que les infirmiers sont entièrement dévoués à leur prochain, se donnent corps et âmes à leur métier,…. Reste cependant (et cela semble logique) que cette image positive est considérée comme fausse à plutôt fausse par 79.6% des infirmiers et comme frustrante ou dérangeante dans 53.5% des cas. Ceci semble assez normal à partir du moment ou l'image très (trop) positive de la société s'appuie essentiellement sur des notions (valeurs) non professionnelles. Il faut être bon, savoir s'occuper des patients, changer des langes et laver les personnes,…. Les candidats potentiels vantent les mérites des infirmiers mais ne se sentent pas capables d'effectuer le travail réalisé par les infirmiers (surtout quant aux tâches quotidiennes). Nous ne sommes pas ici devant un problème de compétences potentielles mais bien de volonté pour réaliser certains actes. Dès lors, en dépit de leur admiration pour la profession, peu rejoindraient le groupe des professionnels infirmiers (ou auraient le souhait de devenir infirmier) (Hemsley-Brown, 1999). Voilà selon nous un message qui passe fréquemment dans la société et qui montrent clairement que l'image renvoyée, bien que positive, n'est donc finalement que peu valorisante. 84 Ainsi, nous venons de le voir, les images véhiculées par la société et par les infirmiers semblent fort différentes. Ces différences ont tendance à s'accentuer parallèlement avec le niveau de formation ou la situation hiérarchique des infirmiers. Ainsi, un infirmier davantage formé ou haut placé se sentira davantage dérangé ou frustré par l'image perçue de la société. Ceci se comprend aisément lorsque l'on sait qu'ils ont une image d'une profession plus autonome, donnant plus de responsabilités, résultant moins d'une vocation et étant moins soumis à l'autorité médicale. Cependant, étant eux-mêmes plus dérangés ou frustrés, on peut se demander quelle est la nature du message qu'ils font passer aux infirmiers placées sous leur responsabilité. Notons également que l'image que l'on a de sa profession se modifie au fil des ans et plus particulièrement au niveau de la perception de la lourdeur du métier qui semble s'accroître. Dans ce cas, par contre, la perception de l'image de la société est perçue comme moins fausse et moins négative comme si les infirmiers, eux-mêmes plus convaincus de la lourdeur de leur métier, se sentaient moins dérangés par une image de la société mettant essentiellement l'accent sur ce point précis. 4.2.3.Un impact sur le désir de quitter la profession Le principal élément à mettre en avant réside dans le lien évident entre les sentiments provoqués par l'image de la société perçue par les infirmiers et le désir, pour ceux-ci, de quitter la profession. En effet, nous avons pu remarquer qu'une image fausse, négative, frustrante ou dérangeante entraîne deux à quatre fois plus de personnes à se positionner dans la catégorie "je cherche autre chose et si possible je quitte la profession". Ainsi, même s'il n'est pas possible, à l'heure actuelle, de parler de l'image réelle de la société (aucune étude n'existant à ce niveau en Belgique), peut-être serait-il nécessaire d'envisager une réelle étude visant à l'identifier. Ceci permettrait soit de pouvoir argumenter auprès des infirmiers qu'ils ont une vision tronquée de cette image, soit d'envisager des actions concrètes dans la société afin de modifier une vision irréelle du métier. Reste alors que si l'on désire modifier l'image de la société, il faut connaître la nouvelle image que l'on désire diffuser (et les meilleurs canaux pour le faire). A ce niveau, nous l'avons vu, une réelle difficulté existera tant qu'une réflexion de fond sur le rôle et l'apport spécifique des infirmiers n'aura pas eu lieu. De telles réflexions et, si nécessaire, une modification de l'image de la société, faciliteraient certainement la vie des infirmiers lorsqu'ils devront se positionner face à des personnes désirant rejoindre la profession. Peut-être, se retrouvant face à des candidats mieux informés, ne devront-ils plus trop les mettre en garde contre le risque de voir s'envoler leurs illusions sur la profession. Dans ce cas seulement, les 87% d'infirmiers fiers de leur profession pourraient réellement devenir une force d'attraction pour les futurs candidats désirant entamer une formation. Pour conclure, voyons maintenant comment comprendre le fait que 45,2% (soit un pourcentage plus élevé que pour toutes les autres solutions avancées) des infirmiers estiment que des campagnes d'amélioration de l'image effectuées par le gouvernement n'auront pas d'impact sur l'avenir de la profession ? Et que dire des deux campagnes publicitaires lancées l'année dernière ? Une première hypothèse pourrait avancer que les infirmiers ayant répondu au questionnaire étaient encore fortement marqués par la première campagne (peu appréciée) et n'ont point été sensibilisés par la seconde (qui avançait pourtant des valeurs professionnelles plus proches de leurs attentes). Une autre hypothèse pourrait avancer que les infirmiers accordent peu d'importance à de telles campagnes car ils ne voient pas directement comment elles pourraient avoir un impact sur les facteurs contextuels ; ce mur qui, selon eux, les empêchent de donner les soins qu'ils voudraient donner. 85 Ces campagnes bien que nécessaires selon nous, ne rencontrent donc qu'un succès modéré auprès des infirmiers. A notre avis, de telles initiatives sont à encourager étant donné qu'elles pourraient avoir un impact considérable sur l'avenir si, donnant une image moins utopique et plus professionnelle, elles parvenaient à modifier l'image de la société pour la rendre plus réaliste. N'oublions cependant pas que l'image que la société se fait de la profession est en grande partie historique et ne dépend pas uniquement de campagnes d'informations. Chaque infirmier a évidemment un rôle direct et important à jouer dans la promotion de son métier et de son image. 4.3. Des désirs de changements mais peu de désertion L'élément principal à relever à ce niveau concerne les chiffres rassurants émanant de cette étude. En effet, même si 18,1% des infirmiers veulent changer leur position actuelle (pour changer de service, d'hôpital, de secteur ou évoluer dans la hiérarchie) seules 4,9% des infirmiers au niveau national envisagent de quitter si l'occasion se présente. Il est cependant important de noter qu'outre ces 4,9%, 10,6% envisagent également de réduire leur temps de travail (essentiellement après 40 ans ce qui, implicitement, pourrait augmenter le nombre relatif de départ de la profession des personnes expérimentées). N'oublions pas cependant que ce chiffre ne représente qu'un désir de quitter et non le nombre réel de personnes quittant la profession dans l'année. Il est difficile d'interpréter ce chiffre dans l'absolu et sans référence précise par rapport à d'autres professions. La situation actuelle dans les soins infirmiers n'est peut-être finalement que le reflet de ce qui se passe actuellement sur le marché du travail. Ce chiffre est-il alors bas ou élevé ? Constitue-t-il un risque en vue d'une éventuelle pénurie ? Combien de personnes vont-elles réellement quitter la profession ? Peu d'éléments permettent de répondre à ces questions même s'il est plutôt rassurant de constater que d'autres études menées à l'étranger ont déjà présenté des chiffres nettement plus élevés (Aiken 2001). Quoi qu'il en soit, il est indispensable d'accorder une importance toute particulière à ces personnes qui constituent, à l'évidence, un groupe vulnérable. Des mesures spécifiques visant à soutenir, à suivre ces personnes et à les maintenir dans la profession doivent donc être envisagées. Quelques éléments supplémentaires sont également intéressants à noter. Par exemple, les personnes à temps partiel semblent moins vouloir s'investir dans la profession (moins de désir de progression) et ont davantage tendance, par la suite, à abandonner la profession ou à arrêter définitivement de travailler. Une question essentielle se pose alors… Les personnes resteraient-elles plus longtemps au travail si elles n'avaient pas la possibilité de travailler à temps partiel ou quitteraientelles plus tôt encore la profession ? Rien dans cette étude ne permet de répondre à cette question. Un autre constat interpellant concerne les personnes avec formations complémentaires ou postes à responsabilités. Celles-ci sont plus nombreuses à vouloir progresser dans la profession, mais aussi à être prêtes à changer de profession (ce qui leur est sans doute permis vu leur niveau d'étude supérieur). La raison pourrait être trouvée dans le peu de possibilités offertes pour réaliser une réelle carrière horizontale (et/ou verticale) dans la profession infirmière. Est-il alors possible d'éviter une telle fuite du personnel hautement qualifié en lui proposant des postes répondant à ses attentes ou ces personnes suivent-elles justement des formations afin de changer par la suite de profession ? Une étude approfondie à ce sujet permettrait probablement d'apporter nombre de réponses à ces questions. Quoi qu'il en soit, ces questions sont intéressantes à se poser, et certainement à Bruxelles où le nombre de personnes spécialisées ou formées à l'université sont nettement plus nombreuses qu'ailleurs (et ou le nombre de personnes désirant quitter la profession est également nettement plus élevé) et présentent dès lors un potentiel important qu'il serait dommage de ne pas utiliser à bon escient. Il semble donc indispensable de développer les notions de carrières horizontales (promotions dans la carrière permettant de garder un contact direct avec la personne soignée : infirmier spécialiste clinique, pratique avancée en soins infirmiers, infirmier de référence,…) et verticales (promotions dans la carrière vers des postes ne permettant plus un contact direct avec la personne soignée : infirmier chef de service, 86 cadre intermédiaire,…) pour permettre à un maximum de personnes de se réaliser dans la profession qu'ils ont choisi et pour éviter une fuite massive de personnel qualifié vers d'autres professions. Quoi qu'il en soit, si l'on a pu constater tout au long de cette partie la nécessité de travailler sur le sentiment de compétence, l'image de soi et de la société, la satisfaction au travail, la définition claire de la profession, la prise en compte des compétences personnelles de chacun,… il semble également essentiel aujourd'hui de disposer d'un certain nombre de bases de données qui permettraient de savoir précisément qui travaille où et qui change de travail pour aller où. Ceci permettrait à coup sûr de suivre de plus près l'adéquation entre l'offre et la demande de soins et de mieux comprendre le comportement des infirmiers face à leur profession ; ce qui, malgré certaines tentatives, est impossible à faire avec précision à l'heure actuelle. Certaines études s'attaquent, certes partiellement, à cette problématique (Nurses' early exit study - UE Contract QLK6-CT-2001-00475) mais des outils utilisables en routine permettraient sans doute une meilleure information et l’élaboration de banque de données de qualité. 5. Pistes de réflexions quant à quelques problèmes contemporains Pour conclure cette discussion, revenons quelques instants sur certains problèmes contemporains ainsi que sur l'avis des infirmiers quant aux mesures structurelles et financières passées et/ou souhaitées. Un triple constat peut émerger lorsqu'on analyse l'avis des infirmiers sur un certain nombre de mesures structurelles et/ou financières. Premièrement, ils trouvent (comme la majorité des autres travailleurs sans doute) que les mesures visant à mieux reconnaître financièrement leurs prestations (régulières ou irrégulières) sont celles qui auraient le meilleur impact sur la profession. Ainsi, ils plébiscitent les mesures suivantes qui sont respectivement classées 1ère, 2ème et 3ème : - La réduction du temps de travail en fin de carrière sans perte de salaire - La revalorisation générale des salaires - L'augmentation des primes pour prestations irrégulières. Deuxièmement, les mesures les moins appréciées sont toujours celles pour lesquelles les infirmiers estiment qu'elles pourraient avoir un impact négatif sur la valorisation de leurs compétences et donc sur la professionnalisation du métier et la reconnaissance qu'on pourrait leur apporter (si n'importe qui peut faire ma profession aussi bien que moi, même s'il ne parle pas ma langue ou s'il a une moins bonne formation, quelle est alors ma place, ma spécificité, ma valeur ajoutée,… ?). Ainsi, environ un infirmier sur deux estime que les mesures suivantes ont ou auraient un impact négatif sur la profession : - Recrutement des infirmiers étrangers - L’accessibilité à la profession infirmière pour les kinésithérapeutes moyennant une formation rémunérée - L’accessibilité à la profession infirmière pour le personnel peu qualifié (aides-soignantes) moyennant une formation rémunérée Troisièmement, les mesures les plus souvent considérées comme n'ayant pas d'effet sont généralement celles qui ne s'attaquent pas directement aux facteurs contextuels empêchant les infirmiers de donner les soins qu'ils voudraient donner (voir ci-dessus). Rappelons, par exemple, que les trois mesures le plus souvent citées comme n'ayant pas d'effet sont : - Des campagnes d’amélioration de l’image de la profession organisées par les autorités gouvernementales - Dégager des budgets pour la recherche scientifique - Une formation de base en soins infirmiers gratuite Ce triple constat est essentiel lorsqu'on envisage différentes mesures pouvant être prises ultérieurement. Sans revenir sur la question de la nécessité, ou non, de continuer des campagnes d'information sur la profession infirmière, nous pouvons ainsi envisager différentes questions d'actualité telles que l'introduction de personnel moins qualifié, l'accessibilité aux études facilitée pour les kinésithérapeutes, l'augmentation des possibilités de gardes pour enfants ou encore la mobilité du personnel ou le résumé infirmier minimum. 87 5.1. Introduction de personnel moins qualifié Comme nous venons de le voir, ce type de mesure tendrait plutôt à être mal perçu par les professionnels infirmiers. En effet, les infirmiers pourraient percevoir ceci comme une atteinte directe à leur statut professionnel. Même si le pourcentage de personnes estimant l'impact négatif d'une telle proposition est nettement plus élevé en Wallonie (56,7%) et à Bruxelles (58,3%) qu'en Flandre (36%), cette mesure reste, dans chaque région, la seconde mesure la moins bien considérée. Les optimistes diront que la Flandre a un pourcentage nettement plus bas face à cette proposition car elle possède déjà davantage d'expérience à ce niveau. Ils argumenteront alors l'utilité de persister dans cette voie en s'inspirant de cet exemple. Les pessimistes relèveront néanmoins l'unanimité nationale qui fait de cette mesure la seconde plus mal considérée dans les trois régions du pays. Quoi qu'il en soit, poursuivre une telle politique devrait, au vu de la présente étude, se faire avec beaucoup de prudence. Prudence tout d'abord face à la nécessité de clarifier au mieux les contributions spécifiques de chaque professionnel de la santé travaillant avec le patient. Ainsi seulement pourrait-on éviter une certaine forme de protectionnisme exprimé par certains infirmiers face à la peur de perdre une partie de leur rôle propre. Prudence également dans la clarification des responsabilités de chacun et des liens devant exister entre les différents professionnels. On a vu en effet combien les relations interdisciplinaires n'étaient encore que peu développées. Prudence encore face au problème évident de la délégation. Rappelons ici que les infirmiers se sentent peu compétents par rapport à cela (seulement 62,1% des infirmiers se sentent compétents à très compétents) et y apportent peu d'importance (la délégation fait partie des trois capacités les moins importantes aux yeux des infirmiers, juste après les aptitudes logistiques et administratives). Prudence enfin face à la nécessité accrue de compétence de coordination face à un nombre croissant d'intervenants auprès du patient. Notons à ce sujet que l'infirmier ne se voit pas, à l'heure actuelle, comme ayant une place centrale dans la coordination des soins. Ainsi, à la lueur de ces deux derniers points, il semble évident qu'une réflexion fondamentale visant une modification dans l'enseignement des soins infirmiers devrait survenir pour permettre aux étudiants de développer réellement ces nouvelles compétences de délégation et de coordination d'équipe. Pour conclure, il semble donc que l'introduction de personnel moins qualifié dans les équipes de soins actuelles pourrait poser d'énormes difficultés si l'on n'envisage pas, au préalable, un certain nombre de problèmes et si l'on faisait l'économie d'une réflexion de fond sur la clarification des fonctions, sur le fonctionnement des équipes et sur le développement de nouvelles compétences. 5.2. Accessibilités aux études facilitée pour les kinésithérapeutes Ce type de mesure serait, lui aussi, mal perçu par les professionnels infirmiers. Ceux-ci, par peur d'y perdre une partie de leur spécificité, pourraient y percevoir une atteinte à leur statut professionnel Même si le pourcentage de personnes estimant négatif l'impact d'une telle proposition est nettement plus élevé en Wallonie (61,3%) et à Bruxelles (59,2%) qu'en Flandre (21,7%), cette mesure reste majoritairement perçue négativement. Pour ce point, comme pour le précédent, il semble donc important d'apporter une grande attention aux discours des professionnels et d'engager avec eux un réel dialogue afin de prendre en compte leurs avis et représentations sur de telles questions, de réfléchir aux bénéfices (ou pertes) potentiels de telles mesures et d'anticiper un certain nombre de problèmes ou de réactions protectionnistes. 88 5.3. Les gardes d'enfants et la mobilité du personnel Il nous semble important de relever les pourcentages élevés d'infirmiers estimant que des mesures prises dans ce domaine pourraient avoir un impact positif sur la profession (près de neuf infirmiers sur dix). On n'est pas étonné de voir un tel pourcentage à cet item étant donné qu'il s'agit bien ici de mesures agissant directement sur des facteurs de contexte qui rendent la profession difficile (horaires irréguliers,…). De même, des mesures visant à faciliter la mobilité du personnel seraient accueillies avec presque autant de ferveur par le personnel et plus particulièrement à Bruxelles et en Wallonie qu'en Flandre (86.6% et 85.7% vs 83%). Ainsi, nous ne pouvons qu'encourager toute réflexion qui viserait à produire un certain nombre de propositions (et leur mise en œuvre) ayant un impact direct sur le contexte actuel rendant difficile l'exercice de la profession. Les infirmiers attendent de tels soutiens et y sont massivement favorables. 5.4. Le résumé infirmier minimum… un outil méconnu ? Enfin, un dernier point attire notre attention : la diversité des réponses apportées à la question concernant l'utilisation des données du RIM pour déterminer les effectifs infirmiers à prévoir au sein des unités de soins. Cette question est en effet la seule qui ne présente pas un avis tranché de la part des infirmiers. En effet, 22,4% pensent qu'un telle mesure aurait un impact négatif alors que 32.2% estiment qu'elle n'aura pas d'impact et que 29.5% envisagent un impact positif. Comment expliquer de tels chiffres ? Est-ce dû à la méconnaissance de cet outil par les personnes de terrain. Les infirmiers savent-ils réellement à quoi sert le RIM, ce que l'on peut faire avec les données fournies par celui-ci ou encore comment leur institution utilise les données du RIM ? Nous n'avons aucune preuve à ce sujet. En outre, on est en droit de se demander quelles sont leurs perceptions de cet outil qui tient peu compte tant du contexte dans lequel se donnent les soins que des aspects spécifiquement infirmiers de la profession. A l'heure où un projet d'adaptation et de modification de l'outil est en cours, il semble urgent de se poser ces questions dont les réponses pourraient assurément avoir un impact non négligeable sur une utilisation correcte et pertinente de cet outil de travail. 6. Remarques méthodologiques Dans cette étude, 9941 infirmières travaillant dans les hôpitaux généraux belges ont été interrogées sur leur concept de soi professionnel à l’aide d’un instrument de mesure totalement nouveau. L’élaboration de celui-ci se base sur une méthodologie systématique et scientifique. Après une étude approfondie de la littérature et la réalisation d’une étude qualitative via focus groupes, nous avons fait appel à un groupe d’experts émanent de diverses disciplines afin de participer à l’élaboration du questionnaire. L’observation critique, l’évaluation du processus d’élaboration de l’instrument et les feed-back continuels du groupe d’experts ont amené nombre de modifications importantes et d’adaptations de l’outil. La sensibilité de celui-ci apparaît du fait qu’il permet de prendre en compte des différences quant au concept de soi professionnel entre certains groupes spécifiques d’infirmiers (en fonction du service, de la position dans l’institution, de l’âge,…). Cependant, malgré la grande attention portée à l’élaboration du questionnaire, une validation plus approfondie de celui-ci serait nécessaire. Des analyses plus fines apporteraient davantage de fiabilité, de validité et permettraient d’obtenir une instrument plus facilement utilisable en routine. Celui-ci ne serait alors plus seulement pertinent au niveau scientifique mais pourrait alors devenir un outil de soutient et/ou d’évaluation de formation (aussi bien au niveau méso que macro). 89 De plus, un ensemble de remarques méthodologiques concernant la généralisation et l’interprétation des résultats doivent être discutées. Une première remarque méthodologique concerne le fait que nous avons uniquement interrogé des infirmiers émanent d’institutions hospitalières. Les moyens financiers disponibles ne permettant pas, par exemple, d’étendre cette recherche aux infirmiers travaillant à domicile ou dans les maisons de repos. Par conséquent, les résultats de cette étude concernent seulement le concept de soi professionnel des infirmiers travaillant dans les hôpitaux généraux. Initialement, il était également prévu de prendre en considération les infirmiers travaillants dans des institutions psychiatriques. Les résultats des focus groupes ont cependant montré l’impossibilité de construire un instrument de mesure commun aux milieux psychiatriques et généraux. Il a donc été décidé de ne pas reprendre les institutions psychiatriques dans l’échantillon final. Une seconde remarque concerne le nombre limité d’hôpitaux repris dans l’échantillon ainsi que la représentativité de ceux-ci. Etant donné le délais relativement court de l’étude (1 an) et les limites du budget, il n’a pas été possible de prendre plus de 22 hôpitaux dans l’échantillon (sur les 66 candidats). Pour certaines régions le nombre d’hôpitaux volontaires était cependant limité. Il n’a donc pas toujours été possible de respecter à la lettre les critères d’inclusion définis par le groupe de recherche. Un troisième et dernier élément concerne la taille de l’échantillon (n = 9941). Cette taille élevée a entraîné une signification positive de pratiquement tous les tests statistiques effectués. Ainsi, nous avons moins tenu compte des résultats des analyses statistiques afin de nous centrer davantage sur une analyse critique des données et sur la signification clinique de celles-ci. Sur base des résultats descriptifs l’expertise clinique et scientifique du groupe de recherche a mis en avant les différences les plus importantes et « significatives » entre les régions et entre certains sous-groupes. Nous encourageons chaque lecteur a faire preuve de cette même attitude critique face aux résultats en fonction de sa propre expertise. 90 Chapitre 6 : CONCLUSIONS Les résultats de l’étude révèlent assurément que le personnel infirmier a une image positive de sa profession. Pour les infirmiers, leur apport consiste essentiellement à poser des actes médico-techniques et plus particulièrement à guérir le patient et à détecter les problèmes et les complications potentielles. Les infirmiers se sentent particulièrement compétents lorsqu'ils pratiquent des actes diagnostiques et thérapeutiques (préparation médicale, soins de plaies, prises de sang…) mais également lors des soins de base (soins d'hygiène, alimentation, mobilité…). Prendre ses responsabilités dans les soins d’un patient et l'accompagner sont également des points essentiels pour le professionnel infirmier. La grande majorité considère leur profession comme une profession à grandes responsabilités. Ce regard sur leur profession va de pair avec une grande fierté. Parallèlement le personnel infirmier a conscience qu’il ne peut remplir seul cette mission de soins. Une bonne collaboration avec les médecins et une équipe qui fonctionne bien sont deux points essentiels même si ils semblent partiellement faire défaut actuellement. Ainsi, un certain nombre de propositions visant à l'amélioration du travail d'équipe entre les différents prestataires de soins (équipe paramédicale et médecins essentiellement) se sont avérées pertinentes. Par exemple : - Veiller à l'amélioration des relations infirmiers/médecins par une meilleure (re)connaissance des rôles et responsabilités de chacun. - Soutenir le développement d'un réel travail d'équipe par une meilleure coordination des tâches et objectifs de chaque intervenant auprès du patient. - Promouvoir le développement du leadership clinique 8 pour permettre aux infirmiers d'augmenter leur confiance en eux. Ceci leur permettrait alors probablement d'affirmer davantage l'impact qu'ils ont dans les soins et de justifier plus facilement leur place dans l'équipe. Malgré cette fierté importante dans la profession, les sentiments de frustration, de mécontentement et de fatigue sont énormes. Bien que de nombreux infirmiers se considèrent comme des professionnels compétents dans le domaine des soins de santé et que plus de 87% se sentent fiers d’être infirmiers, près de 39% ne choisiraient plus la même profession aujourd'hui et 55% ne conseilleraient pas cette profession à leur enfant ou à un ami. Ce dernier chiffre est un signal inquiétant et potentiellement dommageable. En effet, un rayonnement davantage positif par les infirmiers eux-mêmes formerait à coup sûr un pouvoir attractif important pour attirer des jeunes dans la profession. Notons également que si moins de 5% des infirmiers hospitaliers désirent actuellement quitter la profession, nombre d'infirmiers pensent probablement (32%) ou certainement (14%) ne pas travailler jusqu'à la fin de leur carrière. Il est difficile de dire si ces chiffres sont particuliers à la profession ou s'ils sont le reflet d'une situation générale sur le marché du travail actuel. Quoi qu'il en soit, on peut imaginer assez clairement l'impact de tels chiffres sur l'image actuelle donnée par la profession. La majorité des infirmiers (79,9%) trouvent que la société n'a pas une image correcte de ce qu’ils font et plus d’un infirmier sur deux trouve que c’est dérangeant (28%) ou frustrant (26%). Rappelons ici combien l'image de la société est probablement liée à l'image que donnent les infirmiers de leur profession. Ainsi, il nous semble indispensable pour l'avenir de réfléchir sur l'image donnée par la profession. Pour ce faire, différents éléments semblent importants : - Réfléchir à (et diffuser) une définition plus claire et réaliste de la mission infirmière. Ceci devrait permettre de donner une image plus correcte de la profession auprès des autres professionnels et du public. 8 Cet objectif est notamment poursuivi par le CLP group par l'implantation du Clinical leadership project conçu par le Royal College of Nursing. Ce programme vise à stimuler le leadership des infirmiers chefs dans l'optique d'augmenter le leadership des infirmières au chevet des patients. 91 - Employer la force et la fierté émanant des professionnels (par exemple en employant les résultats de l'étude pour faire prendre conscience aux infirmiers de l'impact considérable qu'ils ont sur l'image donnée au public). - Utiliser les images différentes émanent du terrain et des milieux de formation pour permettre des confrontations porteuses de sens et de développement de compétences. - Etudier l'image réelle qu'ont la société, les médias, les autres professionnels de la santé,… de la profession infirmière et travailler sur ces représentations afin de les faire évoluer. - Trouver des moyens novateurs, en accord avec les attentes des professionnels, afin d’améliorer l'image de la profession. Les nombreuses tensions apparaissant dans les résultats de l'étude semblent déterminantes quant à la situation décrite ci-dessus. La première concerne le management. Presque tous les infirmiers (97%) considèrent qu’il est important, pour la direction de l’hôpital, d’avoir un contact avec le terrain. 64% trouvent néanmoins que l’information ne passe pas bien entre la direction et les infirmiers et près d’une personne sur deux (49%) est d’avis que la politique de l’hôpital ne les aide pas suffisamment dans l’accomplissement de leur mission. Notons enfin que respectivement 84 % et 89 % des personnes interrogées trouvent que le bon fonctionnement d’une équipe dépend de la manière dont elle est dirigée et que l’équipe a besoin d’un meneur clairvoyant. Au vu de ces résultats, il semble donc indispensable de réfléchir à un certain nombre de propositions qui permettraient d'améliorer les relations qu'entretiennent actuellement les infirmiers avec leur hiérarchie . Par exemple : - Intégrer davantage les infirmiers dans la gestion des équipes de soins. - Adapter la formation des cadres infirmiers aux nécessités actuelles (management humain, leadership, expertise infirmière). - Formaliser et évaluer les communications entre la hiérarchie et les infirmiers afin d'étudier l'impact de celles-ci sur l'amélioration des soins et le développement de la profession. - Favoriser le dévelo ppement et la visibilité de politiques de soutien aux soins infirmiers. Deuxièmement, pour près de 60% des infirmiers, des services d’appui leur permettant de consacrer du temps aux patients font cruellement défaut. Plus de 41% ne peuvent, par conséquent, dispenser les soins qu’ils souhaiteraient dispenser et près de 69% considèrent que le contexte des soins est stressant. Un certain nombre de propositions doivent donc logiquement viser à améliorer et/ou à donner un plus grand soutien au personnel infirmier. Ainsi par exemple : - Former les infirmiers et développer leur hardiesse9 . - Analyser l'opportunité de recourir à plus de personnel qualifié (ou non) en fonction des milieux de travail et, le cas échéant, définir les rôles, missions et responsabilités respectives de chacun. - Analyser et réduire les facteurs de stress dans la profession infirmière. - Analyser et réduire les facteurs contextuels diminuant l'autonomie professionnelle et la possibilité de donner, de façon autonome, les soins adéquats. - Développer et encourager la création de conseils infirmiers au sein des institutions. - Développer et encourager la création d'un ordre professionnel (permettant, entre autre, d'avoir des statistiques fiables sur les professionnels en place, de diffuser une image unique et forte de la profession, d'apporter du soutien au professionnels,…). 9 Ressource personnelle permettant aux personnes de demeurer en santé dans un univers pourvoyeurs de nombreux stresseurs (Maddi, Kobasa, 1984 in Dalmas 2001) 92 - Mettre en place des mesures sociales visant à réduire les départs prématurés de la profession (gardes d'enfants,…). Le problème de l’autonomie des infirmiers est, lui aussi, source de tensions. Près de 60% trouvent qu’il est essentiel, voire prioritaire, de pouvoir prendre, de manière autonome, des décisions dans le domaine des soins. Plus de 37% ne jouissent toutefois pas de cette liberté. Ceci pourrait en partie expliquer le nombre assez élevé d'infirmiers voulant gravir les échelons dans la profession. Cependant, malgré l'apparition de plus en plus fréquente de rôles nouveaux au sein du système de santé, de tels postes sont encore peu nombreux et souvent non reconnus, ce qui pourrait alors pousser un certain nombre d'infirmiers qualifiés à vouloir quitter la profession. Rappelons ici que plus d'un infirmier sur deux estime que les possibilités de carrière offertes dans l'institution ne lui permettent pas de réaliser ses ambitions. Un certain nombre de propositions pourraient améliorer la situation actuelle en développant une réelle carrière infirmière. Ainsi, par exemple, il semble utile de : - Développer la recherche visant à étudier la pertinence de créer de nouvelles fonctions, l'apport de celles-ci sur la qualité des soins et la façon d'intégrer celles-ci de manière effective et efficace. - Développer les notions de carrières horizontales (promotions dans la carrière permettant de garder un contact direct avec la personne soignée : infirmier spécialiste clinique, pratique avancée en soins infirmiers, infirmier de référence,…) et verticales (promotions dans la carrière vers des postes ne permettant plus un contact direct avec la personne soignée : infirmier chef de service, cadre intermédiaire,…). - Réfléchir à une organisation des soins infirmiers permettant d'intégrer ces nouvelles fonctions et de les reconnaître tant d'un point de vue barémique que de leur place dans l'organigramme institutionnel. Le rapport avec d’autres disciplines et leur (re)connaissance des soins infirmiers est une quatrième source de problèmes. Ainsi, remarquons que plus de 91% des infirmiers se perçoivent comme un partenaire à part entière dans l’équipe pluridisciplinaire et plus de 70% estiment qu’une bonne relation de travail avec le médecin est une priorité mais aussi une réalité. De tels chiffres donnent assurément l'opportunité d'envisager un certain nombre de propositions visant à améliorer encore cette situation. Notons cependant qu'un infirmier sur cinq (20%) ne se sent pas ou peu reconnu par les kinésithérapeutes, les logopèdes, les psychologues, etc. et qu'un infirmier sur quatre (25%) considère que les médecins reconnaissent peu, voire pas du tout ses interventions. Ainsi, il semble utile d'envisager un certain nombre de propositions permettant de remédier à cette situation : - Développer des indicateurs (de qualité) qui permettraient de rendre visible le travail infirmier dans toutes ses dimensions (médico-technique mais aussi spécifiquement infirmières, humaines et de caring). - Développer le concept de formation multidisciplinaire qui permettrait aux différents acteurs en contact avec le patient d'avoir un certain nombre de cours en commun dans leur formation (Verbeek, 2001 ; Harden & al 1999 ; Horsburgh & al 2001). Les résultats susmentionnés suggèrent que le contexte économique (sous financement de l’hôpital), l’image qu’a la société de l’infirmier et le fonctionnement de l’hôpital (plus particulièrement, la politique en matière de soins infirmiers et la collaboration multidisciplinaire) freinent le personnel infirmier au lieu de le soutenir dans sa tâche. De nombreux infirmiers ont le sentiment de ne plus pouvoir dispenser les soins qu’ils souhaiteraient. Il est inquiétant de constater que selon 60% environ des infirmiers, il est rare, voire impossible et ce, principalement par manque de temps, de s’attarder et de développer une relation personnelle avec le patient. Plus de 40% parviennent rarement, sinon jamais, à adapter les soins aux souhaits du patient et près d’un infirmier sur trois, à prêter une oreille attentive et à discuter de problèmes éthiques. Dans un tel contexte, il semble difficile de parvenir à dépasser les aspects médico-techniques pour fournir des soins où le patient, en tant que personne, est totalement pris en compte. Cela, précisément, explique pourquoi, aujourd’hui, beaucoup d’infirmiers ne se disent pas tellement heureux dans leur travail. 93 Reste alors à développer une réflexion de fond quant à l'organisation des soins de demain qui permettront aux infirmiers de réaliser leurs ambitions tout en garantissant des soins de qualité aux patients. Un certain nombre de propositions peuvent y concourir : - Donner une définition réaliste et claire des soins infirmiers => Quelle est la mission et la contribution spécifique des soins infirmiers => De quoi et de qui un infirmier est-il responsable,… => Quels actes l'infirmier peut-il déléguer ? Dans quelles conditions ? Avec quel suivi et quelles conséquences ? => Quelles sont les relations qui l'unissent aux autres professionnels (soignants, médecins,…)? - Permettre le développement du rôle propre en favorisant notamment l'intégration des rôles médicotechniques et spécifiquement infirmiers - Réfléchir aux conséquences de l'évolution des soins et de leur contexte (diminution de la durée de séjour, vieillissement de la population,…) pour développer des processus et des outils permettant des prises en charges multidisciplinaires adéquates et tenant compte des collaborations intersectorielles de plus en plus nécessaires. De telles réflexions devraient assurément se baser sur un dialogue constructif entre les institutions de soins, les instituts de formation en soins infirmiers, les organisations professionnelles et les universités en utilisant les compétences spécifiques de chacun et en promouvant les recherches qui permettraient de développer, valider et opérationnaliser ces processus et outils. - Constitution d’un fond afin de soutenir financièrement la recherche et l’implantation de projets en soins infirmiers. De telles réflexions amènent naturellement à repenser les systèmes de formations actuels et à les adapter à la vision des soins infirmiers de demain : - Développer un réel savoir infirmier par la recherche sur des concepts spécifiquement infirmiers (autonomie, douleur, deuil, isolement social, confort,…). - Développer une formation de base en accord avec les rôles réels assumés par les professionnels, osant dépasser les aspects uniquement médico-techniques et utiliser de nouveaux moyens pédagogiques adaptés au développement des compétences infirmières (relation d'aide, délégation, coordination, leadership,… mais aussi des comportements faisant preuve de hardiesse). - Développer le concept de formation multidisciplinaire en imaginant par exemple la création de cours, de séminaires, de travaux communs à plusieurs professionnels de la santé. - Développer une formation universitaire répondant aux défis d'aujourd'hui (management humain, leadership infirmier) et de demain (spécialisation clinique des infirmiers, evidence based medecine, pratique avancée en soins infirmiers,…). - Elaborer des formations permanentes vivantes et qui développent également de réelles compétences soignantes. - Favoriser le développement de compétences au travail (sur le terrain) par l'amélioration des capacités de pratique réflexive et par le partage des compétences entre professionnels (staff infirmiers,…). Avant de conclure, deux points importants méritent encore notre attention. D'une part l'importance d'étendre la présente étude à d'autres secteurs employant nombre d'infirmiers (Psychiatrie, soins à domicile, maisons de repos et maisons de repos et de soins), d'autre part, l'intégration nécessaire de la dimension éthique dans les soins infirmiers. En effet, l'analyse des résultats de la présente étude montre des particularités intéressantes au niveau des services psychiatriques et de certaines compétences qui y semblent plus particulièrement présentes. Les institutions spécifiquement psychiatriques avaient été exclues suite à la réalisation des groupes focus. Il serait maintenant utile d'adapter l'instrument utilisé afin d'analyser les différences propres à ce milieu et de pouvoir les prendre en compte dans l'élaboration des politiques à venir. 94 Concernant les soins à domicile, une étude similaire à celle-ci serait également intéressante. En effet, vu l'importance de l'influence du contexte sur l'image professionnelle des infirmiers, on peut facilement imaginer des différences fondamentales dans la manière dont les infirmiers à domicile (qui exercent dans un contexte fondamentalement différent) voient leur fonction. Une telle étude permettrait à coup sûr de parvenir à une meilleure compréhension des valeurs propres à cette catégorie de personnel infirmier. Concernant les maisons de repos et les maisons de repos et de soins, la même remarque s'impose et une telle étude serait d'une importance capitale quand on connaît le rapport personnel qualifié/personnel non qualifié dans de telles institutions. En outre, les résultats d'une analyse approfondie de ce contexte particulier permettrait de réfléchir sur l'intégration de personnel moins qualifié mais aussi d'analyser l'impact de celle-ci sur l'image de l'infirmier et la qualité des soins infirmiers prestés. Reste à évoquer la problématique de la dimension éthique dans les soins infirmiers. Les résultats de cette recherche nous montrent en effet combien celle-ci risque de passer au second dans le contexte actuel et combien il est donc urgent de développer des structures, des organisations, des enseignements,… qui ne se limitent pas à évoquer la dimension éthique mais, bien au contraire, qui la stimulent, la valorisent et la promeuvent dans l'objectif de dépasser la dispensation de soins "sécurisés" pour permettre une prise en charge réellement "éthique" du patient. Les conclusions de l’étude Belimage peuvent dès lors s'énoncer comme suit : ce n’est pas tant le contenu des soins infirmiers qui est à l’origine de tensions, d’insatisfaction et d’épuisement mais les conditions dans lesquelles doit s’effectuer le travail. Pour traiter efficacement cette crise dans le domaine des soins infirmiers, il est nécessaire, selon ce groupe de +/- 10.000 infirmiers, d’investir dans un environnement de soins qui soutienne davantage les infirmiers dans leur travail. Au-delà de ce nécessaire soutien, divers résultats de l'étude nous poussent à mettre en exergue l'importance du rôle que l'infirmier doit lui-même jouer dans la résolution de la crise actuelle ; que cela soit au niveau de l'image qu'il donne de sa profession ou de son investissement dans le développement de son rôle, de sa fonction et d'un réel leadership infirmier. Les infirmiers aiment leur profession. Ils sont prêts et tout à fait capables de prendre leurs responsabilités professionnelles. Tous ces éléments positifs constituent une base solide et une force d’attraction importante essentielle pour l’avenir de leur profession. Les résultats de la présente étude invitent donc les décideurs, les managers, les chercheurs, les personnes en charge de la formation des infirmiers et les infirmiers eux-mêmes à chercher ensemble des moyens nécessaires pour améliorer les conditions de travail et utiliser de manière optimale l'énergie et la grande force révélées par cette étude. 95 BIBLIOGRAPHIE Aiken, L.H., Smith, H.L., & Lake, T.E. (1994). Lower medicare mortality among a set of hospitals known for good nursing care. Medical care, 32, 771-787. Aiken, L.H., Clarke, S.P., Sloane, D.M., Sochalski, J.A., Busse, R., Clarke, H., Giovannetti, P., Hunt, J., Rafferty, A.M., & Shamian, J. (2001). Nurses’ reports on hospital care in five countries. Health Affairs, 20, 43-53. Aiken, L.H., Clarke, S.P., & Sloane, D.M. (2002). Hospital staffing, organizational support, and quality of care: cross-national findings. International Journal for Quality in Health Care, 14, 5-13. 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