Etude sur la mesure des niveaux de vie Enquêtes intégrées sur l

Transcription

Etude sur la mesure des niveaux de vie Enquêtes intégrées sur l
Etude sur la mesure des niveaux de vie
Enquêtes intégrées sur l’agriculture
(LSMS-ISA)
Améliorer la qualité et la pertinence pour les politiques des données recueillies sur
l'agriculture au niveau des ménages en Afrique subsaharienne
I. Contexte et justification
Le développement agricole est un moteur de croissance essentiel, ainsi qu’un mécanisme
efficace de lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire, dans la mesure où il se
traduit généralement par des retombées positives plus importantes pour les couches de la
population les plus défavorisées (Ligon et Sadoulet, 2007; Ravallion et Chen, 2007). Le
dernier rapport sur le développement dans le monde “L’agriculture pour le
développement” (Banque mondiale, 2007) indique que l’Agriculture est d’une importance
capitale pour permettre aux pays d'atteindre dans les délais prévus les Objectifs de
Développement du Millénaire en matière de réduction de la pauvreté . Dans la plupart des
pays d’Afrique subsaharienne, la grande majorité de la population en proie à la pauvreté
et à l’insécurité alimentaire est constituée des ruraux et d’autres groupes vulnérables,
notamment les femmes, qui dépendent largement des activités champêtres. Par
conséquent, les efforts visant à combattre la pauvreté en Afrique doivent se concentrer
davantage sur le milieu rural et l'agriculture et être attentifs à la dimension genre. En
effet, il s’agit là de l’un des axes communs à la plupart des stratégies de réduction de la
pauvreté de cette région. (Gubert et Robillard, 2002).
La crise alimentaire actuelle a clairement mis en exergue à la fois l’importance de
politiques appropriées et les lacunes des systèmes d’informations agricoles qui entravent
la création des savoirs et freinent l’innovation et le changement. Cependant, les pénibles
évènements découlant de l’augmentation des prix des denrées alimentaires à travers le
monde sont susceptibles de transformer une crise majeure en opportunité. Au cours de
1
World Bank
Nov 2008
l'année à venir, la Banque mondiale à elle seule contribuera à hauteur d’environ 6
milliards de dollars EU au soutien de la production agricole et alimentaire à travers le
monde. Des efforts similaires sont actuellement consentis par d’autres bailleurs de fonds
et organisations internationales, notamment la Fondation Bill and Melinda Gates afin de
soutenir les agriculteurs dans les domaines de l’irrigation, de la gestion de l’eau, des
intrants et de la technologie, ainsi que de la diversification des cultures. Il est donc
primordial d’évaluer d'une part l’efficacité, et d'autre part la véritable orientation en
faveur des pauvres de ces interventions.
Cependant, l’agriculture n’évolue pas en vase clos. Elle s’intègre au sein d’un ensemble
complexe de stratégies de création de revenus impliquant plusieurs personnes et plusieurs
activités dans différents secteurs (Banque mondiale, 2007; Davis et al, 2007; Foster et
Rosenzweig, 2008). L’ouverture et diversification des petits exploitants aux activités non
agricoles est devenue la norme plutôt que l’exception. (Bryceson, 2002; Reardon, 1997;
Davis et al, 2007). Il est possible d’accroître ses revenus et de minimiser les risques en
développant les liens entre les différentes sources de revenu des personnes pauvres vivant
en milieu rural. Toutefois, le cadre institutionnel et le fonctionnement des secteurs non
agricoles dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont peu propices à une
meilleure intégration entre les différents secteurs et les divers acteurs. La promotion
d’une approche plus globale du développement rural nécessite une plus grande
collaboration entre les différents acteurs. La production de données multisectorielles de
meilleure qualité pour soutenir ces rapports sera d’un grand concours dans ce processus.
En dépit de l’importance du secteur agricole et de son rôle essentiel dans l’atteinte des
OMD, les statistiques agricoles demeurent lacunaires. Des 44 pays d’Afrique
subsaharienne évalués par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et
l’agriculture, seuls deux sont considérés comme disposant de systèmes de collecte
d’informations performants, contre 21 dont les systèmes sont jugés peu satisfaisants
(FAO, 2008). L’étendue de la couverture et son exhaustivité sont également très variables
(voir par ex. l’étude de cas menée par Kelly et Donovan, 2008). Les connaissances sur
l’agriculture et son impact sur le bien-être et l’équité sont très limitées du fait du manque
2
World Bank
Nov 2008
de données fiables et
de qualité sur les ménages ruraux. Dans leur étude sur le
développement agricole, les activités rurales non agricoles et la pauvreté en milieu rural,
Foster et Rosenzweig (2008) relèvent que “très peu d’études permettent de procéder à
une comparaison directe sur la durée en utilisant des mesures comparables …”. D’autres
études ont également révélé que les incohérences et autres problèmes de qualité limitent
l’analyse (Tiffen, 2003; Ngendaumana, 2001). Les statistiques sur la prise de décision au
sein des ménages en ce qui concerne les activités agricoles font défaut: davantage de
données ventilées par genre et portant sur l’allocation des ressources au sein des ménages
et la participation dans les activités agricoles et autres activités génératrices de revenu
pour comprendre le rôle respectif des hommes et des femmes dans les activités de
production et de reproduction sont nécessaires. Les investissements et l’assistance
technique déployés dans le domaine des statistiques agricoles n’ont pas permis de mettre
en place des systèmes durables: leur qualité demeure médiocre, ils continuent de manquer
de pertinence et restent peu utilisés dans les réflexions nationales sur les politiques
(Binswanger, 2008).
Un certain nombre de raisons expliquent pourquoi la qualité et la quantité des statistiques
agricoles ont rarement joui de l’importance qu’elles méritent dans la prise de décision.
Tout d’abord, les pays les plus pauvres, pour lesquels l’agriculture constitue le principal
moyen de survie, sont également ceux qui généralement présentent les statistiques de plus
mauvaise qualité (Banque africaine de développement et al, 2004). En dépit de la
nécessité évidente d’une analyse empirique, ces pays ne disposent pas de ressources
financières nécessaires pour produire des données administratives ou d’enquête sur
l’agriculture et les activités extra champêtres. De plus, même lorsque les ressources
financières existent, ce sont généralement les ressources humaines qui font défaut pour
collecter les informations de manière rentable et durable. L’appui extérieur irrégulier et
ponctuel apporté au cours des dernières années (notamment par les donateurs) n’a pas
suffi à résoudre ce problème.
Deuxièmement, les statistiques agricoles sont souvent collectées de manière isolée au
plan institutionnel, sans grande coordination sectorielle, et avec très peu de valeur ajoutée
3
World Bank
Nov 2008
analytique au-delà du secteur. Dans de nombreux pays, les statistiques collectées par les
Ministères de l’agriculture ne sont pas liées ou exploitées conjointement avec les données
disponibles auprès des Bureaux nationaux des statistiques ou des ministères de tutelle
(travail, éducation et santé notamment).1 Cela reflète en partie l’incapacité persistante à
reconnaître que les économies rurales sont différentes et que cette diversité se retrouve au
sein des ménages. Le Groupe de travail sur l’alimentation, l’agriculture et les statistiques
rurales a lui aussi reconnu l'existence de cette problématique. (Paris21, 2002). Les
principales recommandations faites consistaient à repenser les enquêtes agricoles, en
élargissant notamment leur portée pour y inclure à la fois les activités agricoles et non
agricoles et en plaidant pour l’amélioration de la coordination entre les différentes
agences chargées de la production des statistiques agricoles.
L’absence de compétences analytiques dans les pays en développement est une troisième
cause majeure expliquant la mauvaise qualité des statistiques; elle est en outre à l’origine
d'un cercle vicieux car la médiocrité de l'analyse des données sape à son tour toute
demande de données de grande qualité. Les retards dans la production de rapports
contenant des statistiques constituent également un problème. Ainsi par exemple, les
rapports nationaux et régionaux sur l’Etude d'échantillon de recensement
agricole
(ACSS) menée en 2003 en Tanzanie n’ont été produits qu’en 2006-2007 (Kaimu et
Muñoz, 2007). Bien que ces problèmes soient courants dans les pays en développement à
travers le monde, ils se posent avec plus d’acuité en Afrique subsaharienne. Le Groupe de
travail Paris21 mis sur pied en 2002 a souligné la nécessité de renforcer les capacités des
producteurs de données en matière de statistiques et d’analyse.
Enfin, les problèmes de mesure ont eu un impact sur la capacité des analystes et
chercheurs politiques à élaborer des politiques novatrices et plus efficaces. Plusieurs
aspects du monde agricole sont intrinsèquement difficiles à mesurer, notamment
Au Malawi par exemple, il existe de grandes différences dans les estimations du
nombre de ménages ruraux entre le Ministère de l’agriculture (3,4 millions de
ménages ruraux) et le Bureau national des statistiques (2,47 ménages ruraux),
différences qui à leur tour affectent l’exactitude et l’efficacité de la planification du
programme des intrants subventionnés (Faculté des études orientales et africaines,
2008).
1
4
World Bank
Nov 2008
l’estimation de la production agricole destinée à la consommation locale, ainsi que
l’évaluation du rendement et la taille des exploitations agricoles. Ce problème est
exacerbé par le caractère saisonnier de l’agriculture : la plupart des enquêtes sont
effectuées à un moment précis, tandis que les grandes décisions agricoles couvrent un
cycle agricole. Beaucoup reste à faire à la fois pour mettre au point de nouvelles
techniques d’enquête et valider les méthodes existantes.
En résumé, il est primordial de percevoir l’agriculture comme faisant partie intégrante
d’une économie rurale complexe, et de comprendre les liens en termes agricoles qui
existent entre les économies et les populations rurales et urbaines dans la mise en œuvre
de toute stratégie de réduction de la pauvreté en Afrique subsaharienne. Cependant, les
données disponibles souffrent d’un financement irrégulier, d’un cloisonnement
institutionnel et sectoriel, ainsi que d’une méthodologie lacunaire. Tous ces facteurs,
combinés à une faible capacité analytique nationale, ont entraîné un manque grave de
connaissances et entravé la capacité à identifier et promouvoir une véritable innovation et
des sources de croissance sectorielle.
Le présent document décrit un projet ambitieux portant sur la préparation et la réalisation
d’enquêtes par panel des ménages dans six pays d’Afrique subsaharienne. L’objectif
global de ce projet est de deux ordres: combler le manque d’informations sur le secteur
agricole et contribuer à l’amélioration de la qualité, de la pertinence et de la durabilité des
systèmes d’informations agricoles. Les différentes enquêtes proposées seront intégrées
dans le système des ménages et les autres systèmes existants dans chaque pays, afin de
prendre appui sur les expériences antérieures pour améliorer la qualité et la pertinence
des initiatives à venir. L’opération de collecte des données dans chaque pays consistera
en une enquête nationale des ménages calquée sur le modèle de l’Etude sur la mesure des
niveaux de vie (LSMS) qui aura lieu tous les trois ans sous forme de panel. Les six pays
de ce projet seront choisis de manière à maximiser la synergie avec les autres projets du
panel en cours dans certains pays de la région, y compris la prochaine enquête nationale
en Tanzanie – financée en partie par la Fondation Gates – et les enquêtes du Ghana, de la
Zambie et du Kenya. Compte tenu de l’urgente nécessité pour les économies rurales de
5
World Bank
Nov 2008
procéder à des comparaisons directes sur la durée au moyen de mesures comparables, le
programme envisagé est censé transformer notre perception du développement en
Afrique, en particulier de l’agriculture et des liens qui existent entre les activités
champêtres et non champêtres, et offrir d’énormes opportunités permettant d’évaluer les
interventions dans le secteur agricole et au-delà.
Les enquêtes démographiques par panel mettront l’accent sur l’agriculture, mais
utiliseront comme base un instrument d'enquête multi-sujets. Ainsi, les revenus non
agricoles et les activités agricoles seront enregistrés, en même temps qu’un riche
ensemble d’informations multisectorielles utiles, pour une meilleure compréhension de la
production agricole, de l’économie et des ménages ruraux. En dépit du fait qu’elle mettra
l’accent sur l’agriculture et les zones rurales, cette enquête couvrira à la fois les zones
rurales et les zones urbaines pour une meilleure compréhension de la mobilité
géographique. Bien que le présent projet ne couvre que six ans et demi, un horizon de
quinze à vingt ans est envisagé pour permettre de mieux appréhender certaines des
questions essentielles liées au développement et à l’agriculture, notamment la
transformation et l’adaptation environnementales, les changements institutionnels ainsi
que la mobilité géographique et socioéconomique. Ce projet mettra en contact divers
utilisateurs (analystes et décideurs) et des producteurs de statistiques en vue d’améliorer
la qualité, la pertinence et l’exploitation des statistiques. Cela ouvrira également la voie à
l’amélioration des capacités analytiques des pays concernés par l’enquête en brisant de
manière potentielle le cercle vicieux des mauvaises analyses qui entravent la demande de
statistiques de qualité. Enfin, le système proposé permettra une meilleure liaison avec
d’autres sources de données, telles que les informations géo référencées, et
administratives, tout en fournissant des outils empiriques pour la validation sur le terrain
d’autres sources d’informations et des techniques de mesure, notamment la « vérification
au sol » des photographies aériennes et la téléobservation. Cette approche couvrant
plusieurs domaines et plusieurs niveaux est essentielle pour générer des informations
nécessaires à l’amélioration de la prise de décisions basée sur des données factuelles.
6
World Bank
Nov 2008
Ce projet sera dirigé par une équipe du programme de l’étude sur la mesure des niveaux
de vie (LSMS) de la Banque mondiale (BM). Le LSMS est considéré comme l’exemple
idéal des enquêtes multi-sujets sur les ménages, et l’équipe du programme LSMS offre la
meilleure combinaison qui soit d’expérience sur le terrain, de capacités analytiques, de
connaissances et de recherche institutionnelle sur la méthodologie, qui lui permet de
mettre en œuvre le projet proposé de manière satisfaisante. Depuis près de trois
décennies, l’équipe du programme LSMS contribue à l’effort mondial de production de
données fiables sur les ménages. Grâce également au programme LSMS, le nombre de
pays développés présentant des statistiques fiables sur la pauvreté a augmenté de manière
significative au cours de la même période. Une grande partie des statistiques de la base
des données sur le suivi de la pauvreté dans le monde (110 pays et plus de 550 données
simples en 2008) et les statistiques sur la pauvreté généralement utilisées à travers le
monde ont été soit produites par l’équipe LSMS, soit collectées selon les méthodologies
et grâce aux avis techniques de cette dernière. Son expérience avérée dans l’animation et
la conduite des activités d’innovation et de collecte méthodologique des données dans les
domaines de la lutte contre la pauvreté et les inégalités sera bientôt appliquée pour faire
face aux nouveaux problématiques posés par les statistiques lacunaires et pourtant
essentielles en matière d’alimentation, agriculture et ressources naturelles en Afrique
subsaharienne.
Enfin, ce projet ne sera pas mené de façon isolée; il le sera en collaboration avec les
initiatives en cours visant à améliorer les systèmes statistiques en Afrique, y compris
celles de la Banque mondiale (à l’instar des initiatives en faveur du renforcement des
capacités) et d’autres bailleurs de fonds. L’équipe de la Banque mondiale entretient
actuellement une collaboration étroite avec l’équipe de l’ICRISAT qui travaille sur un
système d’enquête similaire en Asie du Sud, sous les auspices de la Fondation Gates.
L’équipe du LSMS travaille également en étroite collaboration avec d’autres institutions
actuellement actives dans le domaines des enquêtes par panel en Afrique subsaharienne
(ex. Université de Yale, Université d’Etat de Michigan et l’IFPRI, entre autres). Le
projet envisagé fournira un cadre de réflexion technique en vue d’harmoniser les
méthodologies et concepts. Il importe également de relever que les enquêtes sur le terrain
7
World Bank
Nov 2008
liées aux projets de collecte de données existants permettront de ramener les coûts de ce
projet largement en deçà de ceux des projets individuels, et de réduire la charge qui
incombe aux organismes publics et aux répondants, tout en assurant une plus grande
viabilité à long terme.
Ce projet a fait l’objet d’une large consultation avec les différents départements de la
Banque mondiale – notamment la région Afrique, le département de l’agriculture et du
monde rural, ainsi que le Groupe de données sur l’économie du développement – et des
collaborateurs extérieurs, invités pour une réunion d’évaluation technique du projet en
mai 2008, sous les auspices de la Fondation Bill and Melinda Gates. Les principales
recommandations du groupe technique ont déjà été intégrées au présent projet.
II. Objectifs du Projet
L’objectif majeur du présent projet est d’améliorer nos connaissances sur l’agriculture en
Afrique subsaharienne – notamment son rôle dans la réduction de la pauvreté et la façon
de stimuler l’efficacité et l’innovation dans ce secteur. Pour atteindre cet objectif, il sera
nécessaire de développer et de mettre en œuvre un modèle novateur de collecte de
données agricoles dans cette région. Il s’agira essentiellement de combler certaines des
principales lacunes techniques et institutionnelles des systèmes passés et présents. Le
projet se fixe un programme d’activités ambitieux et est conscient de ce que la rentabilité
et la pérennité des activités envisagées sont les garants du succès à long terme. Pour
atteindre cet objectif, les futures activités reposeront sur quatre piliers : un cadre
multisectoriel, une intégration institutionnelle, un renforcement des capacités
analytiques et une diffusion active.
Tout d’abord, la collecte des statistiques agricoles doit faire partie d’un cadre élargi et
multisectoriel allant au-delà du milieu rural. Cela facilite la production des statistiques
nécessaires pour élaborer des politiques agricoles efficaces sur l’ensemble du territoire et
8
World Bank
Nov 2008
dans le cadre plus élargi de l’économie rurale.2 Deuxièmement, la collecte des statistiques
agricoles doit être soutenue par un cadre institutionnel bien adapté et propice à la
collaboration et à l’intégration des sources de données. Actuellement, le cadre
institutionnel en place dans la plupart des pays en développement est peu idoine à
l’atteinte de cet objectif, et l’absence d’une base rurale solide rend plus difficile cette
intégration. (Zezza et al. En soutenant une approche polyvalente de la collecte des
données, ce projet entend promouvoir la collaboration intersectorielle et surmonter
certaines contraintes institutionnelles existantes. Troisièmement, il est nécessaire de
renforcer les capacités nationales afin d’accroître la valeur des statistiques produites et de
renforcer le lien qui existe entre les producteurs et les utilisateurs des statistiques. Cela
implique à la fois la capacité à analyser les données ainsi que la capacité de produire à
temps des ensembles de données appropriées au profit du public. Le manque de
compétences analytiques dans les pays en développement perpétue la faible demande de
données statistiques. Par voie de conséquence, cela a une incidence négative sur la qualité
et la disponibilité d'analyses pertinentes pour les politiques. La faible diffusion des
statistiques et résultats disponibles a contribué à exacerber le problème.
III. Conception et Plan de Mise en Œuvre du Projet
Le présent projet portera sur la mise en place des compétences nationales nécessaires
pour concevoir et mener des enquêtes des ménages et analyser les statistiques découlant
de ces enquêtes, avec un accent particulier sur l’agriculture. De nouvelles statistiques
seront produites grâce à la conception et à la mise en œuvre d’enquêtes par panel au
niveau des ménages pendant les six années et demie à venir. Outre les six pays concernés
par ce projet, des enquêtes par panel sont en cours ou sont prévues dans d'autres pays
africains sous les auspices des différentes institutions, ce qui accroît l’impact général de
ce projet en ce qui concerne la disponibilité des statistiques sur l’agriculture en Afrique.
Il convient de relever que l’agriculture est également importante en zones urbaines
(Lee-Smith et Prain, 2006; PNUD, 1996, et ressources du site web de la FAO sur le
Programme de récoltes en milieu urbain) et certaines études prouvent que les liens
entre les populations et leurs parents paysans vivant en milieu rural ont une
incidence sur le bien-être en milieu urbain (Frayne, 2004).
2
9
World Bank
Nov 2008
La Banque mondiale et la Fondation collaborent actuellement dans un septième pays, à
savoir la Tanzanie, dans la conception et la mise en œuvre de l’enquête par panel au plan
national menée par le Bureau national des statistiques. Citons au nombre des autres pays
concernés: le Mozambique (Michigan State University (MSU), la Banque mondiale et
d’autres donateurs, le Ghana (Yale University), la Zambie et le Kenya (MSU) et le
Zimbabwe (Banque mondiale, Duke University et University of North Carolina). Des
liens de coopération étroits avec ces institutions seront maintenus pendant la durée du
projet, et les possibilités de synergies explorées. La capacité de produire et d’exploiter
des statistiques pertinentes sera créée grâce au développement d’un cadre institutionnel
de collaboration et de renforcement des compétences qui sera affiné pendant la durée du
projet et ajusté aux besoins spécifiques et aux compétences existantes dans chaque pays.
A terme, le but du projet est de produire un modèle et un ensemble d’outils pouvant être
adoptés par les pouvoirs publics et les bailleurs de fonds pour élargir ce projet à d’autres
pays de la région.
III.1. III.1.Caractéristiques de conception du futur Système d’Enquête des Ménages
III.1.a. Le Panel
Le présent projet implique la mise en œuvre d’un ensemble d’enquêtes par panel sur les
ménages en Afrique subsaharienne. Les enquêtes par panel ou longitudinales supposent
des visites répétées à un échantillon de base. Les enquêtes par panel offrent l’opportunité
unique de suivre la trajectoire socioéconomique des ménages dans la durée; cela permet
une analyse en profondeur que l’on peut effectuer à travers des enquêtes transversales
successives. Les enquêtes par panel offrent également l’occasion unique d’évaluer de
manière rigoureuse l’impact de certaines interventions spécifiques (pour plus de détails
sur les avantages des statistiques par panel, cf. Durrant et Menken, 2002, et Rosenzweig,
2003). L'étude rurale de villages en Inde réalisée par l’Institut international de recherche
sur les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISTAT) est probablement l’enquête
par panel la plus connue qui soit spécifiquement focalisée sur les ménages paysans (cf.
Walker & Ryan, 1990). Parmi les exemples d’enquêtes par panel les plus récents sur les
10
World Bank
Nov 2008
ménages, citons l’Enquête sur la vie familiale en Indonésie (Strauss, et al. 2004). S'il
existe certains panels spécialisés dans les ménages paysans ou dans certaines zones
spécifiques d’Afrique subsaharienne à l’instar du groupe de travail Tegemeo au Kenya
(Takashi et Jayne, 2004) ou l’Enquête sur la santé et le développement de Kagera (Beegle
et al. 2004), il n'existe que peu de grandes enquêtes d’envergure nationale qui
s’intéressent spécifiquement à l’agriculture. L’un des exemples les plus notables est
l’enquête sur la Trabalho de Inquérito Agricola (TIA) réalisée par le Ministère de
l’agriculture du Mozambique avec l’assistance technique de la MSU. Dans certains cas,
des efforts ponctuels sont déployés pour se pencher sur des thématiques particulièrement
urgentes. C'est le cas par exemple, d'une enquête par panel partielle réalisée en 2007,
dans la foulée de l’enquête nationale sur les ménages organisée en 2004 au Malawi
(Faculté des études orientales et africaines, 2008). Ces données ont été utilisées pour
évaluer la contribution du programme de distribution de bons d'engrais à la production de
maïs, qui effectivement s’est avérée inférieure à ce qui avait été présenté dans le discours
politique national.
Ce projet nécessite une enquête par panel au cours de laquelle les ménages seront
interrogés à nouveau tous les trois ans. Un intervalle de trois ans est jugé suffisant pour
apprécier la dynamique de la plupart des variables et cerner convenablement les
changements intervenant dans les modèles comportementaux et agronomiques.3 Cet
intervalle semble également suffisant au regard des capacités limitées de la plupart des
pays pour analyser sur place un flux continu et volumineux de données. Il y a lieu de
reconnaître cependant que compte tenu de la grande instabilité temporelle de la
production agricole du fait de l'évolution des conditions agro climatiques, un intervalle de
trois ans peut s'avérer inadéquat pour appréhender pleinement toutes les fluctuations de la
production. Pour cette raison, dans certains pays, la possibilité de procéder à une collecte
supplémentaire d’informations au cours des années intercalaires peut être envisagée si
des financements supplémentaires sont disponibles4.
Un intervalle similaire est en passe d'être adopté par l’Université de Yale dans son
enquête par panel au Ghana et par la MSU au Mozambique.
4
Ces activités complémentaires de collecte des données peuvent prendre la forme
d’enquêtes annuelles plus légères, d’études plus approfondies au niveau des villages
3
11
World Bank
Nov 2008
Comme indiqué plus haut, les données issues des enquêtes par panel sont plus complexes
que les statistiques transversales traditionnelles, tant sur le plan analytique qu’en termes
de collecte. En ce qui concerne ce dernier volet, la qualité d’un panel dépend de la
mesure dont on aura réussi à minimiser la déperdition des effectifs. En effet, au fur et à
mesure que la population vieillit et se déplace, une certaine déperdition naturelle des
effectifs est inévitable, et celle-ci peut fausser à la fois les statistiques de base et le travail
analytique d’examen des modifications des conditions socioéconomiques (Rosenzweig,
2003). Afin de préserver la représentativité nationale des statistiques, les échantillons des
enquêtes seront périodiquement renouvelés totalement ou en partie selon le degré
d’érosion des effectifs ou de mobilité. Telle est l’approche adoptée au cours des Enquêtes
sur les niveaux de vie au Vietnam (1992/93 et 1997/98).
En plus du renouvellement potentiel de l’échantillon, le projet suivra les individus et les
ménages déplacés. Le degré de suivi de la trace de tous les individus quel que soit leur
lieu de réinstallation dépendra de la nature de la mobilité dans chaque pays et des
disponibilités budgétaires.
III.1.b. Multi—sujet, polyvalent
L’enquête par panel proposée se focalisera sur une enquête familiale élargie calquée sur
le modèle d’enquêtes LSMS de la Banque mondiale.5 Comme il a été mentionné plus
haut, depuis près de trois décennies, le LSMS est à l’avant-garde de la mise en œuvre et
de la production d’enquêtes multi-sujets sur les ménages représentatives au plan national,
dont les résultats ont été bien archivés et mis à la disposition du public.
sur un sous- échantillons de ménages ou s’intégrer dans les systèmes nationaux de
données administratives de routine.
5
Pour plus de détails sur le programme et les enquêtes LSMS, y compris les
informations méthodologiques, les activités passées et présentes, la documentation,
les
questionnaires
et
les
séries
de
données,
consulter
le
site
www.worldbank.org/lsms. Pour une analyse de la méthodologie et des
caractéristiques du LSMS, voir également « élaboration d’un questionnaire d’enquête
sur les ménages pour les pays en développement; leçons tirées de 15 ans d’Etudes
sur la mesure des niveaux de vie” par M. Grosh et P. Glewwe, Banque mondiale,
2000.
12
World Bank
Nov 2008
Un certain nombre de traits distinctifs caractérisent les enquêtes LSMS. Tout d’abord, les
informations sont collectées sur une gamme de sujets liés au bien-être. Le plus important
est que l’outil de l’enquête est conçu pour collecter le plus grand nombre possible de
données pour l’élaboration d’un quantificateur général du bien-être basé sur la
consommation.6 Ce quantificateur constitue le fondement essentiel de la plupart des
analyses des niveaux de vie actuellement produites dans les pays en développement.
C’est la base de suivi du premier Objectif de Développement du Millénaire (ODM) sur la
pauvreté et de constitution d’une grande partie de la base de données de la Banque
mondiale sur le suivi de la pauvreté dans le monde. Il ne fait aucun doute que dans une
large mesure, les progrès considérables enregistrés dans notre capacité à mesurer et à
suivre la pauvreté à travers le monde au cours des trois dernières décennies peut être
attribué à l’œuvre de l’équipe LSMS et à la Banque mondiale. Les estimations de la
pauvreté produites à travers les enquêtes du style LSMS ont également largement
contribué à la plupart des analyses des politiques et des impacts réalisées par la Banque
mondiale, les organismes de développement et les gouvernements à travers le monde. Les
séries de données telles que celles produites par une LSMS permettent une analyse
distributionnelle et incidente, et constituent par conséquent un outil exceptionnel pour
évaluer l’impact de la pauvreté et viser l’efficacité des programmes des pouvoirs publics
et des donateurs. Parfois, l’enquête LSMS procède également à la collecte d’informations
au niveau individuel et par genre sur la gestion des ressources du ménage, la prise de
décisions et la participation aux activités agricoles et d’appoint, ce qui permet aux
chercheurs de procéder à une analyse sexospécifique. De plus, le recours à des
enquêtrices et à des entretiens directs avec les femmes sont des techniques standard des
enquêtes LSMS. Comme il sera expliqué plus loin, le même type d’informations sera
recueilli à travers le futur système d’enquête, et des méthodologies similaires intégrant la
dimension genre seront utilisées pour mieux cerner le rôle des femmes dans l’agriculture
et l’économie rurale.
Les dépenses de consommation ont longtemps été le moyen privilégié d’évaluation
du bien-être au détriment du revenu, dans les zones à faible revenu ayant un
secteur agricole et un secteur informel très développés comme les pays d’Afrique
subsaharienne, pour un certain nombre de raisons (cf. Deaton et Grosh, 2000, et
Deaton et Zaidi, 2002, pour plus de détails).
6
13
World Bank
Nov 2008
Il existe d’innombrables exemples sur la manière dont les statistiques du type LSMS ont
été utilisées pour orienter la prise de décisions et contribuer de manière efficace à la
prestation des services dans certains pays. A titre d’exemple, citons la cartographie de la
pauvreté permettant le ciblage des programmes d’assistance sociale et de dépenses
publiques dans plusieurs pays, notamment le Nicaragua, le Guatemala et l’Albanie, la
restructuration des Fonds d’investissement social suite aux évaluations au Nicaragua, et
la réforme des programmes d’assistance, dont celui des timbres-ristournes en Jamaïque,
les subventions de l'essence au Ghana, et les subventions des prix des denrées
alimentaires en Tunisie. (Grosh, 1997).
Etant donné que le projet vise à fonctionner autant que faire se peut au sein du système
d’enquête existant, les spécificités du modèle pourront varier d’un pays à un autre. Bien
que plusieurs pays d’Afrique subsaharienne disposent d’enquêtes pluridisciplinaires,
leurs modules agricoles sont assez réduits et lacunaires. D’autre part, la plupart des pays
ont des enquêtes–échantillons qui renferment des informations agricoles complètes mais
aucune information par exemple sur la consommation, la santé et les activités non
agricoles des membres du ménage. De plus ces enquêtes agricoles sont rarement liées au
système national d’enquêtes sur les ménages, sont généralement basées sur des
échantillons non représentatifs et ne sont pratiquement jamais basées sur des données
longitudinales. Ceci entraîne des problèmes de qualité, des différences inexplicables dans
les estimations de différentes sources (voir note de bas de page 1), ainsi que la sous
utilisation conséquente de ces données, ainsi que leur manque de pertinence et de
crédibilité.
Même si les questionnaires définitifs portant sur plusieurs sujets seront différents d’un
pays à un autre en termes de contenu et de profondeur de chaque module, il est probable
que chacun contienne des informations sur les sujets ci-dessous en plus de l’agriculture :
o Démographie des ménages
o éducation
o santé et nutrition
o consommation /dépenses alimentaires
14
World Bank
Nov 2008
o dépenses non alimentaires
o conditions de logement
o biens
o emploi
o agriculture et élevage
o migrations intérieures et internationales
o participation à des projets et programmes
o Activité indépendante non agricole et autres sources de revenu
Les informations seront collectées de manière à permettre une analyse ventilée par sexe.
Ainsi par exemple, les informations sur la propriété des biens, la gestion des ressources et
la participation aux activités et programmes seront précisées pour chaque sexe.
L’utilisation d’enquêtrices et l'organisation d'entretiens directs avec les femmes
amélioreront l’exactitude des informations collectées et permettront la collecte de
données nécessaires pour mieux définir une politique d'autonomisation de la femme.
A partir des questions portant spécifiquement sur la politique et les compromis évidents,
la profondeur de chaque module ou le nombre de modules seront réajustés en
conséquence. Ainsi par exemple, bien que dans le cadre du module santé on puisse
limiter la quantité des informations collectées à la morbidité de base, à l’accès au service
de santé, aux dépenses de santé et aux mesures d’anthropométrie infantile, il sera possible
dans certains enquêtes d’introduire un module plus étendu et de collecter des
informations sur les antécédents vaccinaux complets des enfants, le comportement
maternel pré et post natal ainsi que les pratiques en matière d’allaitement, ou même de
procéder à des tests sur les micronutriments et un dépistage du VIH. Dans le cas de la
Tanzanie par exemple, des mesures anthropométriques sont effectuées pour tous les
membres de la famille, y compris les adultes. La possibilité de rotation des modules dans
le temps est envisagée en fonction des problématiques de politique spécifiques propres à
chaque pays. Pour un exposé détaillé des objectifs spécifiques de chacun de ces modules,
le lecteur peut se référer à la publication du LSMS intitulée Elaboration de
15
World Bank
Nov 2008
questionnaires d’enquêtes sur les ménages pour les pays en développement : leçons tirées
des quinze ans de l’Etude sur la mesure des niveaux de vie (Grosh and Glewwe, 2000).
En ce qui concerne l’agriculture, l’équipe LSMS compte élaborer un module de base dans
le cadre de ce projet, qui servira de modèle général pour chaque pays. Un prototype est en
cours d’élaboration dans le cadre du projet tanzanien et servira de base qui pourra être
amélioré dans les pays concernés par le présent projet. L’enquête par panel en cours au
Ghana menée par la Yale University, et l'éventuelle 4ème phase de l’enquête Temegeo
menée au Kenya par la Banque mondiale apporteront également une précieuse
contribution à l’élaboration de ce module agricole, notamment dans les domaines des
droits de propriété, des réseaux sociaux et de la dimension genre. Ce modèle sera modifié
pour correspondre aux aspects des systèmes agricoles propres à chaque pays. En évitant
un modèle strictement standardisé, les données seront mieux adaptées pour examiner et
répondre aux questions de politiques spécifiques de chaque pays.7
L’ensemble essentiel des indicateurs généraux à observer dans le module agricole a été
identifié par l’équipe LSMS au terme d’un processus consultatif avec plusieurs experts, et
au cours de la réunion technique tenue en mai 2008 dans le cadre de la préparation du
projet. Ces domaines clés sont nécessaires à la fois pour suivre les tendances et pour
procéder aux analyses afin de comprendre par exemple les facteurs qui entravent
l’efficacité et la productivité du secteur agricole, ainsi que le rôle des femmes dans
l’agriculture et les autres activités de production. De plus dans certains cas particuliers,
ces mesures sont utilisées comme entrées dans les systèmes de comptes nationaux et pour
des besoins de prévision (i.e pour prévoir les pénuries alimentaires). Il est prévu que les
membres du Comité de pilotage du projet et ceux du Comité technique consultatif
révisent et enrichissent cette liste dans les mois à venir. Il faudra évidemment faire
preuve de flexibilité pour pouvoir faire face aux problèmes nouveaux qui se poseront
Citons parmi les exemples d’aspects spécifiques à l’agriculture de chaque pays: le
système foncier et les lois de succession, le système de commercialisation (pour les
établissements de commercialisation du tabac au Malawi et les coopératives en
Tanzanie par exemple), la structure des marchés des intrants (tels que la distribution
des engrais dans le cadre du système de protection sociale, notamment la
distribution gratuite des bons d’engrais).
7
16
World Bank
Nov 2008
avec le temps. Des informations sur les variables ci-après seront collectées dans tous les
pays :
•
La production, le stockage et la vente des produits de l’agriculture et
d’élevage de base
•
La productivité des principales cultures, avec un accent sur les mesures
d’amélioration de:
o La quantification de la production
o La dimension des exploitations
•
Le régime de propriété
o dimension et régime foncier
o transactions
•
Accès et utilisation des services, des infrastructures et des ressources
naturelles
o Services de vulgarisation agricole
o Infrastructures (y compris les routes)
o Crédit (tant pour l’agriculture que pour d’autres projets)
o Education et santé
o Accès aux marchés
o Accès à l’information
o Accès aux ressources naturelles et aux biens communs
•
Utilisation des intrants et adoption des technologies
o Main-d’œuvre familiale et rémunérée
o Usage des technologies et équipements agricoles
o Variété des semences
o Engrais et pesticides
•
Chocs
•
Pratiques culturales
o Mécanisation
o Gestion des sols et de l’environnement
o Gestion de l’eau
o Adaptation aux changements climatiques
17
World Bank
Nov 2008
Un questionnaire communautaire sera également utilisé conjointement avec l’enquête sur
les ménages afin de recueillir des informations communautaires sur les sujets englobant
l’accès aux services et infrastructures publiques aux réseaux sociaux, aux institutions et
aux prix de détail.
Au-delà du modèle des questionnaires, le projet s’intéressera à trois aspects
supplémentaires de la standardisation. Premièrement, une application de saisie des
données standard pour accompagner le module agricole central. Un système de saisie
périodique des données et un système d'interviews individuelles assistées par ordinateur
(IPAO) seront envisagés. En Tanzanie par exemple, l’équipe LSMS travaille à titre
expérimental à l’élaboration d’une plate-forme d’IPAO qui sera utilisée pour gérer les
modules agricoles de manière électronique à travers l’utilisation d’ordinateurs personnels
ultraportables (UMPC). L’expérience accumulée à ce jour milite en faveur de la
pertinence de ce matériel pour ce type de projet de terrain, mais il demeure nécessaire de
procéder à l’essai de ce matériel et du logiciel sur le terrain. L’objectif final est
d’exploiter l’expérience acquise par l’équipe LSMS en Tanzanie et dans d’autres pays
pour développer un package standard (mais personnalisable) qui puisse permettre aux
pays bénéficiaires de mettre en œuvre leurs enquêtes en toute autonomie à l’aide des
UMPC.
Deuxièmement, ce projet développera un outil de base pour l’analyse des données sur le
modèle du programme ADePT mis sur pied par le Groupe de recherche sur l’économie de
développement
(DECRG)
de
la
Banque
mondiale
(http://econ.worldbank.org/programs/poverty/adept). Le programme ADePT, qui est basé
sur la plateforme de logiciel statistique STATA fournit un ensemble de tableaux, de
graphiques et de cartes standard liés à des indicateurs de pauvreté et de main d’œuvre.
Dans sa forme actuelle, ce programme permet de comparer les statistiques sur la pauvreté
dans différents pays. Il comporte des applications permettant une analyse de sensibilité et
une vérification des données pour minimiser les erreurs. Il peut également servir à
vulgariser de nouvelles méthodes d’analyse économique appliquée à un large public. Il
18
World Bank
Nov 2008
s’est également révélé être un excellent outil de formation en matière d’analyse de base
de la pauvreté. Les vulgarisations de l’ADePT comportent déjà des modules distincts sur
la main d’œuvre, le genre et la protection sociale. L’élaboration d’une application
similaire pour le module agricole serait de nature à accroître l’implication des partenaires
locaux et d’accélérer la production de statistiques de base sur l'agriculture une fois les
données collectées. Les modules d’ADePT existants seront également diffusés et utilisés
pour l’analyse préliminaire d'autres parties du questionnaire.
Enfin, le projet intègrera les nouvelles séries de données dans la plateforme du Projet des
niveaux de vie comparés (CLSP). Le CLSP est une base de données internet
(actuellement en version Bêta) élaborée et gérée par l’équipe LSMS. Des séries de
données comparables seront construites à partir des enquêtes des ménages de chaque
pays. L’interface CLSP permettra aux utilisateurs d’accéder aux données grâce à des
outils d’analyse en ligne. Cette interface permet aux usagers ayant une expérience limitée
en matière de micro données et de logiciels statistiques d’exploiter les informations tout
en accomplissant la plupart des tâches de base pour d'autres désireux de procéder à des
analyses comparées et transnationales. L’utilisation de cet outil facilitera l'accès le plus
ouvert qui soit aux données comparables produites par le projet.
III.1.c. Spécificité de chaque pays par rapport à la série d’indicateurs communs de
base
Les séries de données doivent répondre aux besoins spécifiques de chaque pays, tout en
appliquant également les normes internationales pour permettre des comparaisons entre
pays. L’enquête LSMS a ceci de particulier qu'elle doit trouver le juste milieu entre à la
fois être taillée sur mesure pour les besoins et problématiques politiques propres du pays
et répondre aux impératifs de comparabilité entre différents pays. Les enquêtes LSMS
sont généralement régies par la demande et découlent très souvent d'une sollicitation des
pouvoirs publics qui souhaitent répondre à des besoins statistiques bien définis. Les
questionnaires contiennent des questions de politiques spécifiques à chaque pays, et sont
élaborés en collaboration avec les partenaires locaux, et à ce titre, les enquêtes LSMS
diffèrent toutes l’une de l’autre. Afin d’améliorer la pertinence et la durabilité de la
19
World Bank
Nov 2008
collecte des données, point n’est besoin d’insister davantage sur l’importance du
partenariat et du sens d’appropriation de la part des populations locales au cours des
phases de planification et de conception. C’est l’approche adoptée par l’équipe LSMS:
les enquêtes LSMS sont principalement menées en collaboration avec les partenaires
étatiques, généralement le Bureau national des statistiques, en y associant étroitement les
ministères de tutelle et les parties prenantes au plan local.
Le degré de personnalisation varie également selon le module. Ainsi par exemple, les
questions sur les biens, les entreprises non agricoles, la démographie et la consommation
peuvent nécessiter moins de personnalisation que des modules sur l’agriculture ou les
institutions. Les us, coutumes et normes culturelles peuvent également influencer la
manière dont les questions sont libellées et les interviews menées, notamment en ce qui
concerne les entretiens avec les femmes. L’équipe LSMS jouit d’une longue expérience
pour s’assurer que ce processus de personnalisation produise les meilleures retombées qui
soient en termes de qualité et de pertinence des données. La personnalisation du contenu
et du modèle doit cependant tenir également compte des normes internationales et du
facteur de comparabilité entre pays. Le système proposé intègrera donc les critères de
personnalisation par pays et de comparabilité entre pays en termes de contenu, ainsi que
les nomenclatures et classifications internationales.
III.1.d. Stratégie en matière de dimension genre
La stratégie de ce projet en matière de genre comporte deux grands volets : la méthode de
collecte des données et la parité hommes-femmes au sein des membres de l’équipe du
projet.
En ce qui concerne la technique de collecte des données, ce projet reconnaît l’impérieuse
nécessité d’aller au-delà de la conception du ménage comme unité d’analyse afin
d’améliorer la qualité, la pertinence et la pérennité des systèmes de données agricoles.
Bien que le projet conceptualise les initiatives de collecte des données dans le cadre des
20
World Bank
Nov 2008
enquêtes des ménages par panel, la plupart des données sont en fait collectées au niveau
individuel.
Comme il a été indiqué au paragraphe III.1.b, des informations concernant l’emploi,
l’éducation et l’état de santé seront collectées auprès de tous les membres de la famille.
Ceci inclut le temps consacré aux activités lucratives et non lucratives, telles que le
ravitaillement en eau, la recherche du bois, les activités agricoles et l’élevage. Dans la
partie du
questionnaire portant sur l’agriculture, les informations sur la propriété
foncière, la prise de décision sur l’accès à la terre et au crédit pour les activités agricoles
(et non agricoles) seront collectées. Les questionnaires communautaires viseront à
recueillir des informations sur la dimension sexospécifique du leadership communautaire,
les réseaux sociaux, les coutumes et les normes en milieu communautaire, y compris
celles liées aux traditions en matière d’héritage et d’accès à la terre.
La collecte des données au niveau individuel s’intéressera à la plupart des problèmes
figurant dans la liste aide-mémoire de la BMGF sur les questions de genre. Les
problématiques spécifiques à l’agriculture comprennent l’accès des femmes aux terres
irriguées, l’engagement des femmes dans la production de subsistance et de rente, les
différences liées au sexe dans l’utilisation des nouvelles technologies et l’accès au crédit,
et la mesure dans laquelle les décisions en matière agricole sont prises par les hommes,
les femmes ou de manière conjointe. De plus, ce projet élargit les données ventilées par
sexe aux questions foncières, notamment la direction d’entreprises non agricoles par les
femmes, et le temps alloué par tous les membres de la famille aux activités économiques.
En réalité, la collecte d’informations au niveau individuel dans le cadre des enquêtes sur
les ménages constitue la norme du programme LSMS.
L’équipe du projet s’efforcera également de respecter la parité entre les sexes. Cela
s’appliquera tant au niveau de la collecte des données que de l’élaboration et de l’analyse
des questionnaires. Il est important d’inclure des femmes dans les équipes d’enquêteurs,
surtout dans les régions ou les pays où la division du travail et des responsabilités en
fonction du sexe est très marquée. Ne pas reconnaître et tenir compte de ces aspects
21
World Bank
Nov 2008
pourrait compromettre la qualité des statistiques. Ainsi par exemple, l’équipe LSMS
mène actuellement une enquête sur le terrain en Afghanistan pour évaluer de manière
rigoureuse les avantages en terme de qualité des données découlant de l’utilisation
d’enquêtrices pour interroger les femmes sur différents types de sujets. Bien que cette
technique ne soit pas applicable dans la plupart des pays où ce projet sera mis en œuvre,
elle illustre le fait que la composition sexospécifique des équipes de terrain peut favoriser
une collecte de données de meilleure qualité. S’agissant de l’élaboration et de l’analyse
des questionnaires, le recours à une équipe diversifiée, et pas uniquement au plan
sexospécifique, permet de s’assurer que tous les sujets d’une pertinence avérée pour des
groupes précis sont pris en compte dans l’élaboration du questionnaire, puis examinés.
L’équipe LSMS jouit d’une expérience dans le pilotage des enquêtes qui a permis
d’accroître l’enveloppe allouée aux questions de genre. Il s’agit notamment d'enquêtes de
terrain portant sur les ménages et dotées de modules élargis à la prise de décision dans
l’économie familiale. Dans le cadre de notre programme de recherche actuel, nous
menons des expériences de recherche sur les conséquences des réponses par personne
interposée, notamment pour ce qui touche à la sous-estimation de la contribution de la
main d’œuvre féminine et à la collecte d’informations exactes sur l’accès des femmes au
crédit et aux financements (car ces informations sont généralement fournies par les
hommes chefs de famille). Nous élaborons également un guide des bonnes pratiques en
matière de collecte de données d’enquêtes pour une analyse sexospécifique.
III.1.e. Intégration dans les activités étatiques existantes ou programmées
Compte tenu du niveau limité de compétences et de ressources humaines, l’idéal serait
que toute nouvelle stratégie de collecte de données en Afrique subsaharienne soit intégrée
autant que possible dans le système d’enquêtes existant dans chaque pays. Cela nécessite
un cadre de coordination institutionnelle approprié (cf. point III.2 ci-dessous), ainsi que
l’intégration matérielle des activités proposées dans les activités en cours ou prévues. Il
s’agit d’une condition nécessaire, bien qu’insuffisante, pour maximiser la pertinence,
l’utilisation et la durabilité des enquêtes et des données. Les enquêtes sur les ménages
22
World Bank
Nov 2008
peuvent s’avérer coûteuses, en particulier dans les pays africains dans lesquels les coûts
de transport sont élevés et les ressources humaines limitées, et qui ont par conséquent
besoin d’une assistance technique de haut niveau. Par conséquent, il est fondamental
d’éviter les doubles emplois et d’exploiter les enquêtes et plans existants. Le travail
proposé ici s'inscrira en droite ligne des Stratégies nationales pour le développement des
statistiques (SNDS), là où elles existent, et le projet sera mis en œuvre dans les pays
appliquant actuellement ces stratégies pour s’assurer que les statistiques agricoles sont
bien intégrées.
Il est préconisé, dans la mesure du possible, que les enquêtes dans le cadre du projet
soient “greffées” aux initiatives étatiques de collecte de données actuelles ou à venir. Ces
modèles permettent de faire des économies et sont de nature à d’améliorer la perennité
des enquêtes. Outre les avantages liés au coût, l’intégration dans des activités
programmées incitera les gouvernements à s’approprier et à soutenir ces enquêtes, tout en
permettant une meilleure utilisation des ressources humaines limitées dont dispose le
pays.
L’idée d'exploiter les enquêtes en cours ou programmées n'est pas toujours possible, car il
faudra tenir compte des caractéristiques et des instruments d’enquête prévus. Même
lorsque cela serait possible, cela se ferait peut être à un coût élevé en ayant
éventuellement une flexibilité limitée en termes de conception et de contenu de l’enquête.
A cet égard, l’une des complications éventuelle pour l’intégration totale d’un module
général sur l'agriculture dans une enquête existante est la programmation de l’enquête
planifiée (par rapport au cycle agricole), et/ou dans l’organisation de terrain programmée.
L’une des solutions actuellement appliquée dans les enquêtes LSMS en cours est de
répartir le questionnaire entre plusieurs enquêtés (le plus compétent dans chaque
domaine) et d’effectuer plusieurs visites. Afin de garantir la profondeur et la qualité des
statistiques agricoles, chacun pourrait songer à appliquer le module agricole lors de sa
propre « visite ». Cette approche a récemment été appliquée dans le cadre de la
méthodologie LSMS et consiste à inclure dans l’enquête principale un bref module
23
World Bank
Nov 2008
d'aiguillage pour identifier tous les ménages ruraux de l’enquête. Sur la base de cette
identification, un module agricole est alors appliqué à ce sous-échantillon de ménages.
Cette approche présente divers avantages. Tout d’abord, il permet au module d’aller en
profondeur, tout en allégeant le questionnaire principal. Ensuite, le module agricole peut
être appliqué à un moment plus propice à des fins agricoles, notamment après la récolte.8
Troisièmement, à cette étape de la collecte des données, il est possible d'interroger
différentes personnes ayant de grandes connaissances sur les questions agricoles. Cette
approche est actuellement utilisée dans le NPS tanzanien, où des enquêteurs se
consacrant spécialement au volet agricole seront intégrés dans l’équipe de terrain du NPS
avec pour mission explicite de recueillir des statistiques agricoles. Grâce au court module
de sélection du NPS principal, l’enquêteur du volet agricole recevra une liste des
ménages se consacrant à la production agricole et/ou animale, pour des entretiens de suivi
approfondis couvrant différents aspects de la production agricole. Cette même approche
sera appliquée dans les pays se proposant de réaliser des enquêtes similaires, rendant
ainsi cette intégration possible.
Une deuxième préoccupation découlant de l’intégration du module sur le volet agricole
dans une enquête existante a trait à la programmation et à la fréquence des entretiens.
Compte tenu de la nature de la production agricole et de son hétérogénéité en termes de
systèmes de culture et de saisonnalité, l’idéal serait de recueillir les informations au
moment le plus approprié pendant la saison des cultures, et à une fréquence plus élevée
que celle autorisée pour une enquête ordinaire. Ainsi, lier l'application d’un module
agricole à un projet de collecte des données en cours sur la base d’une visite unique peut
avoir un impact négatif tant sur la qualité que la quantité des informations que l’on désire
recueillir. Le problème pourrait même être plus grave dans les cas où l’enquête s'étale sur
12 mois, avec la visite d’un sous-échantillon par mois. C’est le cas du NPS tanzanien où
un douzième des échantillons doit être visité chaque mois. Cela est potentiellement
L’idéal serait d’identifier ce moment propice sur la base des informations
idiosyncrasiques recueillies auprès des ménages au cours de l’enquête principale, par
exemple sur la base des modèles de culture par ménage, et des activités
champêtres.
8
24
World Bank
Nov 2008
source de problème supplémentaire en raison de la nécessité de rattraper divers retards
enregistrés par les ménages par rapport à des évènements spécifiques tels que les
semailles (achat des intrants) ou les récoltes (vente de la production). L’importance des
erreurs dues à la programmation de l’enquête n’apparaît pas clairement.
Le projet abordera ce problème de différentes manières. Premièrement, une deuxième
interview avec les ménages à un moment différent et plus propice de l’année sera ajoutée.
Ainsi par exemple, les informations sur les principales transactions et les autres
informations sensibles au facteur temps portant sur la production et la commercialisation
des produits agricoles (achat et utilisation des intrants, les récoltes et les ventes par
exemple) seront collectées à travers le déploiement des enquêteurs dans les ménages au
moins une fois de plus au cours de la période de référence de 12 mois. La possibilité
d’utiliser les agents vulgarisateurs disponibles pour mener cette action supplémentaire de
collecte des données est envisagée en Tanzanie et sera examinée dans le cadre du présent
projet. L’un des avantages potentiels qu’il y a à recourir aux agents vulgarisateurs est
que cela permettra de promouvoir la collaboration et l’appropriation interinstitutionnelles,
tout en encourageant une meilleure intégration dans les systèmes administratifs de
collecte des données existants dont sont généralement chargés les agents vulgarisateurs.
Il existe des dotations budgétaires pour un entretien de suivi supplémentaire avec chaque
ménage paysan. Enfin, à titre expérimental au départ, les ménages recevront des outils de
base nécessaires pour soutenir la collecte des données entre les visites et améliorer ainsi
la qualité du rappel. On entend par outil, par exemple des cartes de récolte, des carnets
agendas et de simples outils de mesure pour faciliter la quantification de certaines
variables pouvant être difficiles à bien mesurer à travers le rappel en une seule, voire
deux visites. 9
Afin d’explorer pleinement les possibilités de greffage et en guise de contribution à la
conception de l’enquête, l’une des premières activités de chaque pays sera de réaliser une
évaluation complète des activités de collecte des données planifiées au niveau des
ménages. Pour ce faire, une première mission constituée de responsables de la Banque
mondiale, et si possible de consultants recrutés, sera déployée sur le terrain pour
participer à l’évaluation. L’exploitation des enquêtes existantes est la méthode de travail
privilégiée pour ce projet. Cependant, dans certains cas, il serait plus judicieux de mener
les enquêtes parallèlement aux initiatives existantes, tandis que dans d’autres, ce sera la
Ainsi par exemple, un mètre en ruban pourrait être remis à chaque ménage lors de
la première visite pour mesurer le bétail. Un autre exemple récemment adopté au
cours du même type d’enquêtes serait de munir les ménages de seaux en plastique
pour mesurer la production des cultures difficiles à quantifier telles que les légumes
et tubercules.
9
25
World Bank
Nov 2008
seule option. Compte tenu de son implication dans la conception et la réalisation des
enquêtes sur les ménages à travers le monde, l’équipe LSMS est la mieux placée pour
veiller à ce que ces opportunités de greffage soient exploitées au maximum. Le projet en
cours sur le NPS en Tanzanie est un exemple patent de ces synergies, étant donné que
l’opportunité de juxtaposition avec le projet de la Fondation Gates est née du fait de
l’implication, dès le départ, de l’équipe LSMS dans la conception du NPS . Une
opportunité similaire existe désormais au Mozambique où l’équipe LSMS travaille en
collaboration avec le Ministère de l’Agriculture et l’Université d’Etat de Michigan dans
la conception de l’Enquête agricole nationale de 2008 (Trabalho de Inquérito Agrícola).
Il s'agit là de deux exemples les plus récents de synergies possibles dans le cadre du
programme LSMS.
III.1.f. Conception des échantillons
Le plan d'échantillonnage général de chaque pays met l’accent sur deux aspects: dresser
un échantillon valable et représentatif au plan national et éviter des échantillons
excessivement grands qui pourraient compromettre la qualité des données et la durabilité
du système, ainsi que la capacité à minimiser les effets de déperdition au cours des phases
ultérieures suivant la période de référence de base. Selon le pays et compte tenu
évidemment de l'importance politique de sa structure administrative et agroclimatique,
l’échantillon sera également représentatif au plan sous-national, c'est-à-dire pour les
zones urbaines et rurales, et dans la mesure du possible, au second niveau administratif
pour les états/provinces/districts.
Le point de départ et premier axe méthodologique dans la conception d’un échantillon est
le choix d’un cadre d'échantillonnage approprié qui identifie les ménages pouvant être
retenus pour participer à l’enquête. Dans le contexte africain, ce n’est pas nécessairement
une tâche évidente. Conformément à la tradition des LSMS et sur la base des récentes
directives sur l'échantillonnage des enquêtes agricoles (FAO, 2005), un cadre
d'échantillonnage basé sur la population est recommandé pour le système d’enquête
envisagé. Bien que ce système de liste démographique exclue les exploitations agricoles
26
World Bank
Nov 2008
commerciales, l’utilisation du ménage au lieu de l’exploitation agricole comme unité
d’observation semble plus réalisable, compte tenu de la grande portée du projet proposé.
Par ailleurs, dans le contexte africain, les petits exploitants continuent de représenter la
majeure partie de la production agricole et leur place dans la réduction de la pauvreté fait
d’eux une cible plus appropriée pour le système envisagée. Cependant, en fonction des
objectifs de l’enquête et de l’importance du secteur commercial dans un pays donné, la
nécessité de compléter les statistiques agricoles fournies par les enquêtes sur les ménages
proposées avec les enquêtes spécialisées sur les exploitations commerciales devra être
envisagée dans certains cas.
La phase en cours des Recensements de la population et de l’habitat (RPH) 2010 est une
contribution essentielle au système d’enquête envisagé, dans la mesure où elle peut
fournir une liste actualisée des ménages à partir de laquelle nous pouvons extraire nos
échantillons. Selon les directives récentes de la FAO (FAO, 2005), ces listes
démographiques peuvent servir de base à des recensements agricoles basés sur les
échantillons et à toute autre enquête de suivi détaillée sur l’agriculture, pourvu que le
RPH comprenne une série limitée de questions pour la bonne identification des ménages
paysans et/ou des agriculteurs. Sur la base de ces directives, l’échantillon des futures
enquêtes par panel peut en principe être constitué directement à partir des listes du
Recensement agricole constituées à leur tour à partir de celles du RPH, garantissant ainsi
une parfaite intégration entre l’enquête et les recensements.
Bien que cette méthode semble attrayante, peu de recensements de la population ont à ce
jour inclus le type de questions de sélection proposées par les directives de la FAO. De
plus, il y a lieu de s’interroger sur l’exactitude des questions de sélection dans un grand
projet tel que le recensement, qui peut déboucher sur une sous déclaration des activités
champêtres.10 Pour terminer, même lorsque des questions de sélection sont incluses dans
le recensement démographique, peu de pays d’Afrique subsaharienne prévoient
Les informations sur la possession des biens sont généralement considérées
comme très sensibles dans les recensements, et par conséquent sujettes à sous
déclaration. Il convient par conséquent de souligner que ces informations collectées
à la faveur de recensements de la population, bien que peu précises en termes de
quantification de variables spécifiques telles que la possession des terres et du bétail,
peuvent être suffisantes pour construire une variable dichotomique en vue de
l’identification des ménages engagés dans les activités agricoles et/ou pastorales.
10
27
World Bank
Nov 2008
actuellement de procéder à un recensement agricole. Par conséquent, une totale
intégration du système par panel dans les recensements de la population et agricole ne
sera possible que dans quelques rares pays, du moins pour l’instant. 11 La disponibilité
des informations dans les recensements de la population et la réalisation récente d’un
recensement agricole constitueront l’un des critères de sélection des pays. L’un des pays
dans lesquels cette approche pourrait être adoptée est le Mozambique. Le Mozambique a
réalisé un recensement de sa population en 2007 et des questions permettant de
déterminer la propriété foncière et pastorale ont été incluses. Ce pays entend réaliser un
recensement agricole en 2009 ou en 2010, ce qui fera de lui le candidat idéal pour utiliser
cette approche comme cycle de base pour une nouvelle enquête par panel.
Dans d’autres pays où aucune information agricole n’est disponible dans les
recensements pour permettre une certaine stratification, un échantillon représentatif des
ménages urbains et ruraux au plan national sera constitué directement à partir des listes
des recensements de la population. La sélection des UPE sur la base d’une probabilité
proportionnelle à la taille (PPS) pourrait ne pas entièrement
prendre en compte la
structure du secteur de l’agriculture et de l’élevage. Cependant, eu égard à l’objectif
multiple de l’enquête, cette approche semble appropriée
En fonction de l’“ancienneté” des listes démographiques, il sera nécessaire de procéder à
des mises à jour, et des dotations budgétaires ont été prévues à cet effet. Compte tenu de
la grande proportion des ménages représentés dans les activités champêtres en Afrique
subsaharienne, un modèle standard de groupes à plusieurs niveaux sera plus indiqué pour
sélectionner un nombre suffisant de foyers paysans. Les questions d'aiguillage,
semblables à celles proposées par la FAO pour le recensement de la population, seront
incluses dans le questionnaire principal de l’enquête pour identifier tous les ménages
engagés dans les activités champêtres. Ces ménages paysans seront soumis à un module
agricole supplémentaire plus détaillé administré par des enquêteurs spécialisés.
11
Dans les cas où le recensement de la population comporte des questions de dépistage jugées fiables, l’on
pourrait créer un échantillon principal composé des ménages agricoles et non agricoles et l’utiliser pour le
choix de l’échantillon du panel et pour les mises à jour ultérieures. Le ‘’palier champêtre’’ de l’échantillon
principal serait constitué de la liste à utiliser pour le Recensement agricole au moment de sa réalisation, le
cas échéant.
28
World Bank
Nov 2008
Les pays ont généralement besoin d’informations hautement désagrégées au plan
géographique. Cependant, le système envisagé insistera sur l’évaluation des indicateurs
essentiels agricoles et de bien-être au niveau national et au niveau des grandes
circonscriptions infranationales, notamment les principales régions/zones urbaines et
rurales, telles que les principales zones de développement ou les zones agro écologiques.
Des estimations plus dissociées au plan géographique devront être effectuées à travers
des recensements agricoles et des collectes d’informations administratives. L’on pourra
également essayer de procéder à des estimations sur des zones réduites pour certaines
variables
importantes
à
condition
de
disposer
des
sources
d’informations
complémentaires nécessaires.
Le projet envisage un échantillon d'enquête compris entre 3.000 et 5.000 ménages par
pays pour l’enquête par panel; la taille véritable de l’échantillon dépendra du nombre réel
de domaines d’inférence de chaque pays, des questions de politique pertinentes et des
calculs de puissance correspondants. En supposant que 80% des ménages échantillonnés
sont engagés dans une certaine forme d’activité agricole, entre 2.400 et 4.000 ménages de
l’échantillon total seront interrogés dans chaque pays. Il est également possible de
suréchantillonner les ménages selon la prévalence escomptée et les exigences en termes
de taille finale de l’échantillon. La taille finale visée de l’échantillon repose sur la longue
expérience du programme LSMS dans la réalisation d’enquêtes multi-sujets des ménages.
Elle reflète l’équilibre entre un échantillon assez important qui soit représentatif aux
niveaux national et infranational mais respecte la qualité des données. Il importe
également d’avoir des échantillons plus réduits pour garantir une plus grande durabilité
du système après la durée de vie du projet. Dans les pays ayant des besoins pressants en
matière de données dégroupées et justifiant d’une expérience avérée dans les opérations
complexes de collecte des données, et en cas de financements supplémentaires par
d’autres sources, l’on peut élargir l’échantillon afin de parvenir à une plus grande
représentativité aux niveaux inférieurs de dissociation des données. La taille exacte de
l’échantillon sera déterminée dans chaque pays sur la base de conditions spécifiques et en
collaboration avec un expert en échantillonnage. Ainsi par exemple, si l’objectif visé est
l’estimation de la production de(s) la(es) principale(s) culture(s) au niveau national, la
29
World Bank
Nov 2008
taille requise de l’échantillon peut s’avérer réduite, et par conséquent proche du minimum
envisagé de 3.000 ménages. Cependant, si l’on désire procéder à l’estimation de certaines
cultures présentant un certain intérêt commercial, ou si l’on vise la représentativité de
certaines zones écologiques, de plusieurs systèmes de culture et de sous-circonscriptions
administratives, alors l’échantillon devra être plus important, donc proche du maximum
(5.000
ménages).
Le
regroupement
de
l’échantillon
(à
travers
l’approche
d’échantillonnage la plus courante, l’échantillonnage à deux niveaux) et d’autres
paramètres de conception entreront également en compte dans la taille de l’échantillon et
dans les calculs de puissance, ce qui signifie que les chiffres proposés doivent être
considérés comme une fourchette approximative. Pour une présentation plus détaillée de
l’échantillonnage, voir Annexe G. Enfin, pour préserver la représentativité nationale des
données, les échantillons de l’enquête seront partiellement ou intégralement renouvelés
après un certain nombre d’années, selon les niveaux d'érosion et de mobilité de chaque
pays.
III.1.g. Géocodage et amélioration des liens avec d’autres sources de données.
Une autre caractéristique importante du projet sera de s’assurer que les nouvelles données
peuvent être liées à d’autres sources de données. Jusqu’à présent, l’absence de lien entre
les groupes de données a miné les enquêtes sur les ménages et considérablement réduit
l’utilité de chacune des sources de données. L’exploitation de la technologie GPS permet
d’améliorer la “liaison” entre les enquêtes sur les ménages et les sources de données
géoréférencées.12 La réduction drastique du prix de l'équipement GPS et l’amélioration
spectaculaire de leur précision et de leur facilité d’utilisation font aujourd’hui des
enquêtes sur les ménages géocodées un exercice pratique et peu coûteux que l’on peut
pratiquer régulièrement durant les interventions sur le terrain. Le géocodage des ménages
est également fort utile dans les enquêtes par panel dans la mesure où il permet de suivre
les ménages d’une phase à une autre. Enfin, la technique de GPS sera utilisée autant que
Citons à titre d'exemple à ce sujet le lien entre l’enquête nationale sur les ménages
du Malawi avec le réseau routier pour cartographier les délais de déplacement sur le
réseau primaire/secondaire/tertiaire vers les centres de commercialisation, et le lien
entre les données pluviométriques et l’enquête sur le climat des investissements
ruraux en Ethiopie, afin d’évaluer l’impact de la variation pluviométrique sur les
activités agricoles et non agricoles.
12
30
World Bank
Nov 2008
faire se peut pour mesurer la taille des parcelles. En collaboration avec la FAO, un
document de référence résumant les expériences antérieures et fournissant des directives
méthodologiques sera produit dans le cadre de ce projet, et vulgarisé au cours d’un
atelier. Les questions de confidentialité pourront limiter la diffusion d’informations
géocodées en accès libre, mais les évolutions techniques récentes peuvent aider à
surmonter ce problème potentiel.
Les sources de données peuvent également être liées entre elles par d’autres moyens,
notamment l’échantillonnage et la juxtaposition des contenus. L’un des exemples de ce
dernier cas est l’usage de la technique d’estimation des petites superficies pour la
cartographie de la pauvreté développée par la Banque mondiale (voir Elbers, Lanjouw
and Lanjouw, 2003, pour les détails méthodologiques). Cette méthode repose sur la
disponibilité d’un ensemble de variables communes entre deux sources de données
différentes, en général un recensement démographique et une enquête sur les ménages,
pour procéder à une évaluation des taux de pauvreté ou d’autres indicateurs à des niveaux
de dégroupage des données que l’on ne peut réaliser dans le cadre d’une enquête ménage
du fait de la taille de l’échantillon. Cette méthode et les méthodes similaires prouvent le
niveau de planification et de coordination ex-ante que les producteurs et les planificateurs
de données peuvent réaliser avec peu ou pas de ressources supplémentaires. A cet égard,
les cycles de recensements de la population et de l’habitat 2010 en cours dans plusieurs
pays offrent une grande opportunité pour que le système proposé tire pleinement
avantage du chevauchement contextuel afin de parvenir à ce type de lien.
Ce système d’enquête sera également utilisé pour la “vérification au sol” des photos
aériennes et pour la téléobservation. Afin de développer des modèles plus précis de
prévisions en matière de production agricole et de déficit alimentaire, il est nécessaire de
valider la précision de la télé observation des photos. Les mesures manuelles des
dimensions des parcelles agricoles seront réalisées au cours du travail sur le terrain, soit
par GPS ou par tout autre moyen ; des photos numériques des parcelles identifiées par
satellite seront également prises. Cette technique est plutôt simple et ne nécessitera que la
fourniture de quelques équipements de base (des appareils photos numériques et des
31
World Bank
Nov 2008
trépieds) et d’une formation simple aux enquêteurs. De plus des analyses des sols seront
effectuées sur certaines parcelles sélectionnées dans le double objectif de valider les
données de la télé observation et les mesures signalées par les intéressés sur l'épuisement
des sols. L’équipe LSMS travaillera en collaboration avec l’Institut International de
Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI), la FAO et d’autres centres GCRAI
pour définir et appliquer un protocole de base de vérification au sol du matériel de télé
observation et de mesure de la qualité des sols.
III.1.i. Validation des méthodes
Un projet de cette importance et de cette durée peut contribuer de manière significative à
la résolution de certains problèmes méthodologiques et de mesure. La vérification au sol
de la téléobservation mentionnée plus haut en est l’un des exemples. Les données
d’enquête en général et les données liées au revenu en particulier posent généralement de
sérieux problèmes de mesure ; les données sur les revenus et la production agricole n’en
font pas exception. L’un des aspects les plus importants pour le futur projet concerne les
carences bien connues en matière d'évaluation de la production agricole destinée à la
consommation domestique– qui a une incidence sur notre évaluation du bien-être – ainsi
que les problèmes habituels d’évaluation de la dimension des parcelles et du rendement.13
Il est nécessaire de procéder à des recherches méthodologiques et le projet envisagé peut
constituer un cadre idéal pour valider sur le terrain certains aspects les plus pressants liés
à l’évaluation des données agricoles. Les exercices de validation peuvent être aisément
effectués dans le cadre des activités envisagées moyennant un effort et des frais
supplémentaires minimes. Dans la plupart des cas, le travail méthodologique sera
poursuivi sur un échantillon aléatoire de ménages plus réduit. Le programme LSMS de la
13
Il est généralement difficile de recueillir des informations sur la production propre, et cela l’est davantage
pour les cultures régulièrement ou fréquemment récoltées telles que le manioc, la patate douce ou la
banane. L’utilisation d’une carte de récoltes est un exemple d’innovation dans les techniques d’enquête, tel
que décrit dans Ssekiboobo (2007). En Ouganda, l’enquête nationale sur les ménages (2005/6) comportait
une carte de récoltes pour compléter les 2 cycles d’enquête sur les ménages. Une carte de récoltes sur
laquelle devaient être mentionnées les récoltes du ménage a été remise à chaque famille paysanne. Un
contrôleur de récoltes dans le village passait au moins une fois par mois contrôler la carte. Néanmoins, ce
système de cartes n’a pas produit tous les résultats escomptés. Les moniteurs de récoltes ne passaient pas
régulièrement dans les ménages, ce qui fait que les problèmes de cartes incomplètes, en particulier celles
des ménages analphabètes n’ont pas pu être résolus.
32
World Bank
Nov 2008
Banque mondiale a mis l’accent au cours des deux dernières années sur l’innovation et la
validation méthodologiques.14 Comme c’est le cas dans le travail de validation en cours,
l’équipe LSMS associera d’autres chercheurs travaillant à l’intérieur comme à l’extérieur
de la Banque sur ces questions. Chaque proposition de validation devra être approuvée
par le Comité Consultatif Technique du projet et les Groupes de travail techniques qui
seront mis en place dans chaque pays (pour plus de détails, voir section VI). Ce travail
méthodologique pourra également être effectué grâce à des financements supplémentaires
provenant d’autres sources.15
Au cours de la réunion d’évaluation du projet organisée en mai dernier, un certain
nombre de domaines prioritaires et de problèmes de quantifications ont été répertoriés; il
s’agit notamment de :
o La mesure des parcelles par GPS et la validation des estimations auto-effectuées
par les pays;
o L’estimation du rendement de l’agriculture intercalaire;
o La meilleure quantification des récoltes des racines, des tubercules et des
légumes;
o L’analyse du type et de la qualité des sols;
o L’autoévaluation de la production et des revenus agricoles;
o Les mécanismes interconnectés de contrats et de commercialisation ;
o La prise en compte des populations nomades;
o La quantification et l’évaluation des produits dérivés de l’élevage (notamment
le lait)
o Une meilleure prise en compte des secteurs de la pêche et de l’aquaculture
La validation de ces questions et d’autres se fera au cas par cas, sur la base de protocoles
rigoureux qui seront élaborés par l’équipe LSMS en collaboration avec les institutions
Cf. “LSMS IV: Etudes pour l’amélioration des données d’enquêtes” Equipe LSMS,
Groupe de recherché sur l’économie du développement, Banque mondiale, 2006.
15
L’approche adoptée par l’ICRISAT VLS est une des approches possibles; elle
consiste à inviter des chercheurs extérieurs à présenter des propositions de modules
complémentaires pour des projets de recherche spécifiques et des travaux de
validation méthodologique.
14
33
World Bank
Nov 2008
collaboratrices. Un minimum de 12 activités de validation seront réalisées au cours du
projet. S’agissant par exemple de la mesure de la dimension des parcelles, l’objectif sera
d’évaluer la précision des méthodes communément utilisées par les pays par rapport aux
techniques objectives telles que le GPS. Des types de validation similaires peuvent
également être appliqués dans le cas des données sur la qualité des sols ou les données de
distance. Des dotations budgétaires existent pour certaines de ces activités.
Des
financements supplémentaires peuvent être fournis à travers des alliances ponctuelles
avec d’autres institutions sur des questions de recherche et des interventions de validation
spécifiques.
De plus, ce projet favorisera la mise au point d’un module d’IPAO normalisé (mais
néanmoins personnalisable) pour permettre aux pays clients de mener des enquêtes de
manière autonome à l’aide d’UMPC. L’élaboration d’un système standard qui peut être
configuré à son tour pour chaque pays comporte un certain nombre d’avantages en
particulier pour réduire les coûts unitaires (économies d’échelle) et promouvoir la
standardisation des systèmes de codage.
Un certain nombre de caractéristiques fait de l’application de l’IPAO sur UMPC un
système particulièrement adapté au système proposé :
a) Les interviews et la saisie des données sont rassemblées, ce qui permet de
procéder à une validation complète pendant l’entretien;
b) Les données des entretiens précédents peuvent être utilisées pendant l’entretien en
cours (pré remplissage, détermination en aval des questions de suivi). Cela est
vrai à la fois pour les enquêtes par panel (une visite par an) et pour les enquêtes à
visites multiples au cours de la période de production;
c) L’ordinateur peut permettre de traiter des données compliquées (telles que les
marges des produits agricoles et d’élevage) qui peuvent être comparés aux normes
matérielles et financières dans le cadre d’un système global de validation des
données.
d) Il offre un appui multilingue dynamique et la possibilité d'activer/désactiver des
questions ou des modules entiers selon leur pertinence pour l’enquête;
34
World Bank
Nov 2008
e) La saisie automatique des données est possible, par exemple les relevés GPS, les
enregistrements de son et de photographies numériques. De plus, pour des
questions portant spécifiquement sur les parcelles, il est possible de saisir et
d’afficher un croquis cartographique à des fins de référence pendant le sondage.
f) Les UMPC présentent des avantages substantiels en terme de portabilité, de taille
de l’écran, de capacité de stockage et de traitement, ce qui en font un outil idéal
pour des enquêtes complexes;
g) Les données sont téléchargées quotidiennement à travers des modems GPRS ou
CDMA vers un serveur FTP et sont immédiatement disponibles pour les
utilisateurs finaux;
h) Accès immédiat et tenant compte du contexte au manuel de l’enquêteur pendant
l’interview;
i) La capacité à distribuer des mises à jour de manière électronique (inutile de
réimprimer les questionnaires).
III. 2 Cadre institutionnel
L’un des plus grands défis de l’enquête proposée sera d’identifier et d’œuvrer à la mise
en place d’un cadre institutionnel approprié en vue de garantir la pertinence, l’efficacité
et la pérennité du projet. La plupart des mécanismes institutionnels en place dans la
majorité des pays continuent de refléter le paradigme archaïque dans lequel les ministères
de l’agriculture ont conservé un rôle prépondérant dans la définition du programme de
développement et de croissance des zones rurales, et ont donc traditionnellement été
chargés de la collecte des statistiques agricoles. Bien que les transformations
institutionnelles puissent dépasser le cadre d’un projet spécifique comme celui-ci, il est
important de souligner son importance et de proposer un certain nombre de mesures
susceptibles de promouvoir et d’accélérer cette transition institutionnelle. A cet égard, le
caractère polyvalent de la collecte des données proposée fournira une plateforme utile
pour développer la collaboration interinstitutionnelle.
Il existe déjà des cadres et des initiatives appropriés dans la plupart des pays en
développement; associer ce projet à une ou plusieurs de ces initiatives permettra
35
World Bank
Nov 2008
d’améliorer le profil de développement agricole et rural du programme d’action des pays.
Les comités chargés des Objectifs de Développement du Millénaire ou les Groupes de
travail chargés de l'élaboration des Documents de stratégie de réduction de la pauvreté
fonctionnant dans divers pays sont des exemples de cadres au sein desquels la prise de
conscience et l’utilisation des enquêtes sur les ménages en général, et les statistiques
agricoles en particulier peuvent être promues.
Deuxièmement, il est fondamental d’éviter les doubles emplois en exploitant les enquêtes
et plans existants. Seize pays d’Afrique subsaharienne disposent déjà de stratégies
nationales de développement des statistiques et seize autres s'attèlent actuellement à leur
élaboration (http://www.worldbank.org/data/countrydata/csid.html). L'initiative proposée
ici s'inscrira dans le droit fil de ces stratégies.
Enfin, dans plusieurs pays, des Groupes d’utilisateurs des données (GUD) ont déjà été
créés en vue de promouvoir la collaboration interministérielle et un débat fertile entre les
producteurs et les utilisateurs de données. Lorsque ces groupes n’existent pas, le projet
œuvrera à leur création. En tant que membre actif de la plupart des initiatives financées
au niveau national, la Banque mondiale est en situation idéale pour promouvoir
l’intégration du système proposé dans un cadre stratégique existant. Bien que
l’expérience accumulée jusqu’à ce jour dans la promotion des programmes de
développement rural par ces moyens ait produit des résultats mitigés, l’objectif est de
renforcer ces efforts et de susciter une prise de conscience des problèmes agricoles par la
production de statistiques de qualité et le renforcement des capacités analytiques. Une
étroite collaboration avec les projets et les actions portant sur les politiques agricoles
également soutenues par la Fondation Gates sera maintenue. Enfin, il sera important de
promouvoir la collaboration avec les institutions locales et régionales comme le
Consortium pour la recherche économique en Afrique (CREA) et l’Association africaine
des chercheurs en agriculture.
III.3. Renforcement des capacités
36
World Bank
Nov 2008
L’objectif ultime et à long terme du projet est de créer un système durable de collecte des
statistiques sur les ménages et le secteur agricole. Bien que l’indépendance financière
totale du système soit susceptible de ne pas être atteinte pendant le durée du projet,
l’objectif au cours des six années et demie que va durer le projet est de faire prendre
suffisamment conscience et de renforcer les capacités, ainsi que de permettre aux
institutions partenaires locales de gérer le système avec moins d’assistance technique
extérieure.
Dans le cadre de cette stratégie, il sera essentiel de renforcer les capacités analytiques des
organismes publics appropriés en matière d’exploitation efficace des données sur les
ménages. Le projet proposé offre une opportunité exceptionnelle compte tenu de son
horizon à long terme. Le cycle de projet classique et les enquêtes ponctuelles se sont
avérés largement insuffisants pour renforcer les capacités nationales nécessaires pour
produire des impacts à long terme. De plus, les Bureaux nationaux des statistiques et les
ministères de tutelle tels que l’agriculture ne figurent pas parmi les priorités financières
du gouvernement: au fil des ans, les dépenses publiques sur l’agriculture et les
statistiques n’ont cessé de décroître.
Le renforcement des capacités pose un certain nombre de défis. Le personnel des
ministères de tutelle et des bureaux des statistiques manque de formation nécessaire pour
concevoir et analyser les données au niveau micro. Par ailleurs, plusieurs organismes
publics des pays en développement se caractérisent par un niveau élevé de mobilité du
personnel. Il est important d’envisager des meures incitatives appropriées et de mettre en
place un vivier consistant de personnel formé.
Citons à titre d'exemple positif de politique de renforcement des capacités, le Programme
d’amélioration des enquêtes sur les conditions de vie en Amérique latine et aux Caraïbes
(ISLC/MECOVI) financé par la Banque interaméricaine de développement (BID), la
Commission économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPALC) et la
Banque mondiale (http://www.iadb.org/sds/POV/site_19_e.htm). L’ISLC/MECOVI a en
effet intégré les volets d’assistance technique et de formation au plan national et régional.
37
World Bank
Nov 2008
Les programmes propres à chaque pays étaient généralement appuyés par la présence
d’un conseiller résident au cours des premières années. L’assistance extérieure et la
formation pour tous les volets de la conception du modèle et de l’analyse des résultats de
l’enquête étaient assurées par le programme, en conjonction avec des ateliers régionaux
et des stages de formation formels sur certains thèmes précis. Les différents niveaux
d’expertise de chaque pays participant et l’échange d’expérience et de savoir-faire ont
contribué à développer la coopération Sud-Sud et un enrichissement mutuel entre les
pays. Le programme MECOVI a également été essentiel dans la promotion de la
politique d’accès libre aux statistiques dans la région.
Dans le même ordre d’idées, le projet propose se propose de recruter dans chaque pays un
conseiller résident au cours des deux premières années d’activités du projet. Outre ce
Conseiller Technique résident, un système reposant sur une assistance technique à court
terme et des activités de formation sur des volets précis de la collecte et de l’analyse des
données, s'appuyant sur un ferme engagement du personnel de la Banque mondiale, basé
au Siège et à la Mission résidente de chaque pays, sera adopté. Deux ateliers de formation
régionaux, dont l’un pour l’Afrique francophone et l’autre pour l’Afrique anglophone
seront organisés sur des thèmes à déterminer après consultations avec les bénéficiaires et
les donateurs. Chaque atelier regroupera un minimum de 20 participants. Le Groupe de
travail technique qui sera mis sur pied dans chaque pays comprendra des chercheurs et
des universitaires nationaux qui travailleront en étroite collaboration avec le conseiller
résident et le personnel de la Banque mondiale, ainsi que les autres initiatives d’analyse
de la BMGF et bailleurs de fonds, pour la production et l’exploitation des données dans
les projets de recherche conjoints.
Citons en guise d'exemple, une éventuelle
collaboration avec le Programme de Masters pour les agroéconomistes qui sera peut-être
soutenu par la Fondation.
La collaboration entre les producteurs et les utilisateurs de données va s’étendre de
l’élaboration d’instruments d’enquêtes à l’analyse des données produites. Il s’agit d’une
relation essentielle qui permettra de garantir la viabilité du projet et de promouvoir le
développement de données de qualité pertinentes pour la formulation de politiques. Si la
38
World Bank
Nov 2008
création des capacités nationales nécessaires à une analyse de haut niveau de données au
niveau micro n'entre pas dans le cadre du présent projet, ce dernier soutiendra la
formation pratique en matière d’analyse en associant le personnel local des ministères de
tutelle concernés à une préparation conjointe du travail d’analyse, en collaboration avec
les chercheurs internationaux et le personnel des organismes donateurs. Ce lien entre la
production et l’exploitation des données est un aspect fondamental. Une assistance plus
approfondie devrait être fournie et sera apportée dans le cadre de la composante politique du
programme de la BMGF qui sera mis en œuvre dans chaque pays.
III.4 Diffusion
L’un des aspects fondamentaux du système proposé est l’intérêt public que revêtent les
données, qui deviendront disponibles pour l’ensemble de la communauté de chercheurs et
de décideurs 12 mois après la fin de l’opération de collecte. Au terme de la période de 12
mois, ces données seront entièrement traitées, consignées par écrit et diffusées à travers
différents moyens, notamment un site web spécialement conçu à cet effet, afin de mieux
faire connaître le projet et diffuser les données, les documents de référence et les résultats
de l’analyse. Au lieu d'un site internet pluraliste, contenant toutes les informations, la
solution alternative serait une page plus simple à utiliser, avec des liens appropriés vers
d’autres sites par pays dans lesquels les données et les documents seront stockés. Le site
du LSMS sera également revu pour intégrer toutes les informations et tous les liens
relatifs à ce projet.
Afin de s’assurer que les données sont mises à la disposition du public en temps utile, il
sera important de négocier et de signer des accords d’accès libre aux données avec
chaque pays afin que tout le monde ait accès à ces données. L’équipe LSMS jouit d’une
longue expérience pour s’assurer que les données collectées sont entièrement enregistrées
et diffusées (Pour plus de détails, voir le site de la LSMS www.worldbank.org/lsms). En
outre, le projet travaillera en collaboration avec d’autres initiatives de diffusion des
données telles que le Programme accéléré sur les données (ADP) et le Réseau
international des enquêtes sur les ménages (IHSN) de la Banque mondiale, ainsi que
CountryStat de la FAO.
39
World Bank
Nov 2008
Dans le cadre des activités de diffusion, et afin d’aider le projet à identifier les lacunes
majeures en matière de connaissances et les domaines d’intérêt méthodologique, le projet
apportera également sa contribution à l'élaboration de quatre documents de référence et
de rapports d'analyse sur plusieurs sujets. Les sujets susceptibles d’être abordés reflètent
les domaines déjà répertoriés dans la partie sur la validation méthodologique. Ainsi par
exemple, le projet travaillera en collaboration avec la Division des statistiques de la FAO
pour préparer un document sur les techniques d’amélioration de l’évaluation de la
dimension des parcelles par GPS. En outre, trois ateliers régionaux de restitution des
principaux résultats et de diffusion de certains résultats seront organisés. Ce projet, ainsi
que ses différents résultats, feront également l’objet d’une large diffusion à travers des
exposés présentés au cours de séminaires et ateliers, notamment la Conférence
internationale des agroéconomistes. Enfin, le projet financera deux réunions de donateurs
au cours de la 1e et de la 4e année (après l’évaluation à mi-parcours) dans le but de fournir
à l’ensemble de la communauté des bailleurs de fonds des informations sur le projet et
d’explorer les opportunités de financement pouvant permettre d’accroître le nombre de
pays engagés dans le projet et de futures vagues de panel d'enquêtes. L’atelier de
restitution prévu servira également de cadre pour communiquer les résultats obtenus aux
autres bailleurs de fonds et solliciter leur appui.
Bien que l’on relèvera une certaine variation entre les données recueillies afin de
respecter les particularités de chaque pays et d’examiner les questions essentielles dans
différentes régions, un ensemble de questions et d’indicateurs de base demeureront
néanmoins comparables dans les six pays. Dans l'optique de faciliter l’accès et
l’exploitation de ces séries de données, des ensembles de données harmonisées ou
comparables seront élaborées à partir des données brutes. Ces nouvelles séries de
données, qui seront pleinement documentées, seront incluses dans le Projet de
comparaison des niveaux de vie, une interface web pour analyse en ligne des données
développée par l’équipe LSMS pour le calcul d’une gamme d’indicateurs, allant de
simples fréquences à l’analyse à variables multiples sur demande.
40
World Bank
Nov 2008
Afin d’accroître l’utilité des données collectées, il est fondamental de tenir compte du
critère temps. L’équipe LSMS a toujours été à l’avant-garde de la conception et de la
mise en œuvre de techniques de terrain permettant de minimiser le décalage entre la fin
du travail sur le terrain et la publication des résultats. L’utilisation d’un système
intelligent et simultané de saisie des données a permis de réduire considérablement le
temps nécessaire à la préparation des séries de données définitives et de haute qualité à
des fins d’analyse. Depuis quelque temps, l’équipe procède à l’expérimentation d’autres
techniques, notamment l’IPAO, qui permettra de réduire encore le temps de traitement
des données et d’en améliorer la qualité. Un système d’IPAO est en cours d’élaboration
pour le module agriculture du NPS de Tanzanie et sera mis à l’épreuve avant son
application réelle. Comme nous l’avons décrit à la Section III.1.h portant sur les
méthodes de validation, et sur la base de l’expérience acquise en Tanzanie et dans
d’autres pays, une plateforme standard (mais personnalisable) d’IPAO sera développée.
III.5 Choix des pays et élaboration du programme
Au total 6 pays d’Afrique subsaharienne seront retenus pour ce projet, et un minimum de
deux vagues de panels incluant au moins deux visites à chaque ménage seront effectués
pendant la durée du projet. Une approche graduelle est envisagée, avec à chaque fois,
l’ajout de deux nouveaux pays au bout des trois premières années du projet. Les pays
seront choisis d’abord et surtout sur la base l’intérêt et de l’engagement à moyen et à long
terme de leurs gouvernements vis-à-vis du projet. Etant donné que la sélection finale des
pays dépendra d’un certain nombre de critères, certains étant difficiles à évaluer a
priori16, l’on proposera une liste de pays présélectionnés, identifiés lors de la réunion
technique de mai 2008 et en collaboration avec les départements opérationnels de la
Banque mondiale. La liste des pays présélectionnés a été dressée sur la base d’un certain
nombre de critères examinés au cours de la réunion technique de mai 2008 dont:
1. L'existence d’un récent recensement démographique (incluant des informations
agricoles) et/ou un recensement agricole;
16
Un des exemples est l’engagement du gouvernement, qui est difficile à quantifier avant de s’engager
dans les discussions véritables sur le projet.
41
World Bank
Nov 2008
2. une expérience en matière d'enquêtes multi-sujets sur les ménages et la possibilité
de greffage à des projets existants;
3. adhésion possible des pouvoirs publics, illustrée par l’inclusion de l’enquête par
panel dans la Stratégie nationale de développement des statistiques;
4. la couverture géographique de l’ensemble du projet (Afrique australe, de l’Est et
de l’Ouest ; Afrique francophone et anglophone ; pays de grande et de petite
envergure ; représentation des différentes zones écologiques et des différents
systèmes agricoles).
La liste à partir de laquelle le 6 pays seront retenus comprend:
1. Le Mozambique
2. Le Malawi
3. L’Ouganda
4. Ethiopie
5. Le Nigeria
6. Mali
7. Sénégal
8. Le Niger
9. Le Cameroun
Bien que le Mozambique dispose déjà d’un panel, il n’est pas prévu de poursuivre
l’initiative au-delà de 2009. En réalité, l’enquête TIA 2008 en cours de préparation
n’envisage ni une composante par panel, ni la collecte de données complètes sur les
dépenses à la consommation pour l’élaboration d’un instrument de quantification de la
pauvreté17. Certains pays, à l’instar de l’Ethiopie (Etude Oxford portant sur 15 villages),
le Niger (ICRISTAT – Etude au niveau des villages) et le Malawi (Enquête
complémentaire par panel de l’IFPRI) ont déjà été amenés à réaliser des enquêtes par
panel. D’autre pays, parmi lesquels le Mali, la Zambie et le Mozambique prévoient de
Les discussions entre l’équipe LSMS et le Ministère de l’agriculture et la MSU ont
porté essentiellement sur la possibilité d’interroger à nouveau en 2008 un sous
échantillon de l’enquête AI sur les ménages conduite en 2005 qui comportai un
module sur la consommation destiné à mesurer le niveau de pauvreté.
17
42
World Bank
Nov 2008
lancer des projets de collecte de données ciblées pour étudier expressément des cultures
précises. Ces initiatives sont certes intéressantes et importantes, mais elles ne sauraient se
substituer au programme d’enquêtes envisagé dans la mesure où elles ne sont pas
représentatives au plan national, et ne prévoient, dans la plupart des cas, aucune autre
phase dans l’avenir. Elles ne recueillent en outre généralement que des informations
partielles pour évaluer la pauvreté. Néanmoins, le projet proposé tiendra compte de ces
efforts et prendra appui sur ces initiatives antérieures.
Les six premiers pays sont ceux qui auront priorité. Les activités des six pays qui seront
finalement retenus sur la base des critères énumérés ci-dessus seront complétées par les
enquêtes par panel en cours ou prévus dans un certain nombre de pays africains, à savoir
la Tanzanie, le Ghana, le Kenya, la Zambie et le Zimbabwe. Une étroite coordination sera
maintenue avec les principaux responsables de recherche de ces projets afin de
promouvoir l’harmonisation des méthodologies chaque fois que faire se peut.
La première étape de la sélection des pays sera l’examen du contenu des stratégies
nationales de développement des statistiques et de l’état actuel des statistiques agricoles
dans la région subsaharienne. Parallèlement à cette analyse de base, l’équipe collaborera
avec d’autres experts sur le terrain afin de déterminer les pays susceptibles d’être
intéressés par le projet. L’équipe déploiera une première équipe dans les différents pays
pour discuter du projet avec les autorités compétentes. Dans les pays manifestant un vif
intérêt, un correspondant national sera désigné et un programme de travail établi. En
fonction des infrastructures et activités disponibles en matière d’enquêtes, ce programme
de travail peut s'avérer être un plus par rapport aux efforts déjà déployés ou alors
constituer un important investissement en temps et en ressources pour la création de
nouvelles compétences en matière d’enquêtes.18 En collaboration avec les partenaires
Dans le cas de la Tanzanie, les financements provenant de la Fondation Gates
assureront environ 25% des financements requis pendant la 1e année. 4 bailleurs de
fonds en tout prennent en charge les coûts de l’enquête nationale par panel, en plus
d’une contribution substantielle du Gouvernement tanzanien. Dans d’autres pays, il
faudra développer et réaliser une enquête complète. Chaque pays constituera un
exemple à part, dans la mesure où l’objectif est de s’inspirer des travaux antérieurs,
18
43
World Bank
Nov 2008
étatiques, l’équipe explorera pleinement toutes les opportunités de jumelage disponibles.
Un Groupe de travail technique national sera mis sur pied pour le projet (voir le point n°
6 ci-dessous) et approuvera le plan. Tout déficit en matière de financement identifié au
cours de cette phase sera comblé par le gouvernement ou par d’autres bailleurs de fonds.
En plus de la Tanzanie où ce travail a déjà démarré sur financement distinct de la
Fondation, les activités devraient démarrer au cours de la première année dans deux
autres pays. Des discussions informelles préliminaires ont déjà eu lieu avec le Ministère
de l’Agriculture mozambicain et avec l’office national des statistiques ougandais afin
d’examiner les pistes possibles de coopération. Des discussions ont eu lieu entre
l’Université de l’Etat du Michigan et l’IFPRI sur d’éventuels partenariats dans certains
des pays où ils ont eu à travailler dans le passé et/ou dans lesquels ils disposent d’un
personnel résident, à l’instar du Mozambique, du Malawi et de l’Ethiopie. L’éventualité
d’une collaboration avec l’Office national des statistiques du Malawi dans la mise en
œuvre de la prochaine Enquête intégrée sur les ménages prévue entre 2009 et 2010 est
également à l'étude.
IV. Risques potentiels
L’un des principaux risques associés au projet découle des faibles capacités
techniques et institutionnelles des pays partenaires. Pour cette raison, le projet
envisage une forte assistance technique prolongée, illustrée par la présence d’un
Conseiller technique résident dans chaque pays pendant les deux premières années
de l’enquête et la forte implication de la Banque mondiale et des autres conseillers
techniques à toutes les étapes de la conception et de la mise en œuvre du projet. Un
second risque découle du fait que, pour réduire les coûts, le volume de travail dévolu
aux institutions nationales manquant généralement de personnel et promouvoir la
viabilité du projet, il a été jugé préférable que ledit projet soit intégré à des
initiatives de collecte de données existantes prévues par les institutions partenaires.
le cas échéant, mais de ne pas se cantonner aux pays les plus avancés et disposant
d’outils d’enquête plus perfectionnés..
44
World Bank
Nov 2008
Par conséquent, dans certains cas, la programmation et le succès de l’enquête par
panel, dans certains contextes, peut dépendre des paramètres établis pour l’enquête
auxquels est liée cette composante. Il sera décidé de conduire une enquête distincte
si l’on estime que les inconvénients de l’intégration sont supérieurs aux avantages.
Dans plusieurs cas, il est plus facile de réaliser une nouvelle enquête indépendante.
Cependant, les coûts seront plus élevés et la pérennisation de l'effort de collecte des
données moindre que si le jumelage à une enquête existante avait été possible.
De plus, l’absence de coordination institutionnelle entre le bureau national des
statistiques , le Ministère de l’Agriculture et les autres ministères d’exécution
concernés présente une autre difficulté susceptible d’entraver la réussite du projet.
L’isolement des différents organismes publics est précisément ce contre quoi ce
projet entend lutter : cependant, il n’existe pas de ‘’remède miracle’’ en la matière
et le succès de cet effort peut varier d’un pays à un autre.
Par ailleurs, la grande mobilité du personnel constituera un défi pour garantir la
continuité et la durabilité à long terme. L’assistance technique ne peut être efficace
que lorsqu’il existe une équipe de base pour la recevoir et transformer les
connaissances reçues en pratiques institutionnelles. Si les salaires des personnels
des bureaux des statistiques des Ministères de l’Agriculture sont bas ou si le niveau
de prestige institutionnel n’est pas suffisamment élevé, la rotation des effectifs sera
également élevée. De plus, le fait de former le personnel de ces administrations peut
contribuer à accroître le rythme de rotation du personnel, car celui-ci peut être
alors en mesure de trouver de meilleurs emplois. Bien que ce projet ne puisse pas
faire grand-chose en termes de salaires et d’opportunités d’emplois, améliorer la
qualité des statistiques et rehausser la pertinence des interventions est de nature à
améliorer le prestige de l’institution et/ou fournir d’autres éléments de motivation à
même de limiter la mobilité des effectifs.
Dans les pays dont le niveau des capacités est limité, il y a un risque de surcharger le
système en ajoutant une enquête complexe qui devra être réalisée par l'état. Afin de
45
World Bank
Nov 2008
minimiser ce risque, le projet vise à prendre appui sur les activités existantes.
Même sous cet angle, des problèmes pourraient toujours subsister, tels qu'un effet
d'éviction d’autres activités. Le Groupe d’experts technique de chaque pays passera
attentivement en revue les enquêtes existantes ou programmées, ainsi que la
capacité du pays à s’assurer que l’enquête proposée ne posera pas de problèmes
nouveaux aux Bureaux national des statistiques ou aux Ministères de l’Agriculture.
Enfin, l’engagement du gouvernement est une composante essentielle du projet,
mais difficile à obtenir. En l’absence d’un niveau d’engagement élevé de la part des
autorités, le projet fonctionnera mal tout simplement et sa pérennité sera
certainement compromise. Pour cette raison, il sera crucial que l’équipe dirigeante
du projet soit disposée à "se retirer" d'un pays donné si le partenaire correspondant
ne fait pas preuve de suffisamment d’engagement vis-à-vis du projet. L’obtention
de cet engagement peut également prendre plus de temps que prévu. Il est évident
que le risque de voir des mutations politiques affecter l’engagement des
gouvernements à apporter et/ou à respecter ses engagements existera toujours. Cet
aspect devra faire l’objet d’un suivi minutieux dans chaque pays.
V. Suivi et évaluation
Le suivi général de ce projet sera assuré par le Comité directeur du projet (cf. point n°VI
ci-dessous). Une revue à mi-parcours du projet sera réalisée par un consultant
indépendant pour évaluer les activités menées à cette date. Une réunion des Groupes de
travail techniques de tous les pays concernés sera organisée afin d’examiner le document
de bilan à mi-parcours et de faire des propositions d’amélioration, de modification et
d’évaluation approfondie, le cas échéant. Un rapport final sera dressé et soumis au
Comité de pilotage du projet pour examen et adoption.
Compte tenu de la complexité de ce projet, des ajustements inévitables devront
certainement être effectués pendant son exécution, et le plan de travail, ainsi que le
chronogramme révisé, seront revus et approuvés chaque année par le Comité de pilotage
46
World Bank
Nov 2008
du projet. Ce Comité adressera au Conseil technique consultatif toute modification
technique majeure pour avis.
L’évaluation d’un projet de cette importance et de cette envergure est difficile, et les
résultats escomptés multiples. En fin de compte, le succès de ce programme se mesurera
à l'aune de l’exploitation de ses données dans la prise de décision. Un autre indicateur
évident du succès du projet sera le niveau d’adhésion de chaque pays, tel qu’illustré dans
la durabilité à long terme du système d’enquête au-delà de la vie du projet. Cet objectif
peut être atteint en intégrant entièrement l’enquête proposée dans les Stratégies nationales
de développement des statistiques de chaque pays et en veillant à ce que les pouvoirs
publics honorent leurs engagements financiers – ne serait-ce qu’en partie – afin de
garantir la survie du système au-delà de la durée du projet.
VI. VI. Capacités organisationnelles et Conception de la gestion du projet
La Banque mondiale et son équipe LSMS est en meilleure posture que quiconque pour
mettre en œuvre cette stratégie à multiples niveaux, compte tenu de sa grande expérience
dans la réalisation d’importantes enquêtes nationales dans les pays en développement, sa
forte présence dans les pays ciblés et sa longue tradition dans la collaboration et le
renforcement des capacités des Bureaux nationaux des statistiques et les ministères de
tutelle des pays en développement en matière de collecte de données et d’analyse des
politiques. L’équipe LSMS fournit régulièrement sur demande aux pays en
développement une assistance technique en matière de conception et réalisation
d’enquêtes sur les ménages, offrant ainsi d’innombrables possibilités de création de
synergies entre les activités envisagées et les programmes permanents de collecte de
données financés par l'état. Citons à titre d'exemple la collaboration actuelle entre la
Banque mondiale et le Gouvernement tanzanien dans la conception d’une enquête par
panel nationale qui sera réalisée à partir de 2008. Des approches similaires peuvent être
adoptées dans d’autres pays, dès lors que des opportunités analogues se présentent.
Les activités envisagées se dérouleront dans le cadre du programme LSMS du Groupe de
recherche sur l’économie du développement (DECRG) de la Banque mondiale, dirigé par
47
World Bank
Nov 2008
Martin Ravallion. Ce projet sera conduit par Calogero Carletto (Economiste Principal),
avec l’entière collaboration technique des autres membres de l’équipe LSMS: Kinnon
Scott (Directeur du LSMS et Economiste Principal), Kathleen Beegle (Economiste
Principal), Diane Steele (Administrateur de la base de données), Kristen Himelein
(consultant), Carlo Azzarri (consultant) et Talip Kilic (consultant). La supervision
générale du projet sera assurée par Peter Lanjouw, Directeur de recherche du Groupe sur
la pauvreté du DECRG. L’équipe du projet comprendra également les deux consultants
recrutés pour un contrat de longue durée pendant toute la durée de vie du projet pour
appuyer les activités courantes du projet et accompagner l’équipe LSMS en apportant une
assistance technique aux pays et en organisant des ateliers de formation et de
sensibilisation.
La Banque mondiale contribuera financièrement au projet de plusieurs manières. Tout
d’abord, elle prendra en charge le responsable du projet pendant toute la période
nécessaire à la conception du projet et à la fourniture de l’assistance technique. Les
chercheurs de la DECRG et le personnel des autres départements de la Banque mondiale
feront des heures supplémentaires, aux frais de la Banque, pour la conception et la mise
en œuvre des programmes de chaque pays. La Banque mondiale contribue également de
diverses autres manières, notamment en finançant la formulation des Stratégies nationales
de développement des statistiques (SNDS), la création de méta bases de données et
d’autres outils de diffusion à travers le Programme accéléré de données (ADP) et d’autres
initiatives complémentaires. Enfin, comme cela a déjà été fait en Tanzanie, le personnel
de la Banque mondiale accompagnera le projet en mobilisant les ressources financières et
les moyens techniques nécessaires auprès d’autres bailleurs de fonds et institutions. Bien
qu’il soit difficile de le quantifier à l’avance, les expériences antérieures ont montré que
plusieurs fonctionnaires de la Banque mondiale s'investiront certainement, sur ressources
propres dans les activités de collecte et d’analyse des données. A titre d’exemple, nous
pouvons nous servir de l’expérience en cours en Tanzanie dans laquelle la Banque
mondiale a investi ses propres ressources et consacré plusieurs semaines en temps de
fonctionnaires au cours d’une même année (environ 10 semaines) et des frais de voyage
(environ 20.000 dollars EU) pour aider à la conception de l’enquête nationale par panel.
48
World Bank
Nov 2008
En supposant que le même niveau d’efforts soit consenti pour les activités à venir, la
contribution en nature peut s'évaluer à plus de 60.000 dollars par enquête soit plus de
700.000 dollars pendant la durée du projet.
Un Comité de pilotage du projet (CPP) sera créé et dirigé par Martin Ravallion, Directeur
du DECRG. Le CPP comprendra un représentant de la Fondation Gates, deux chercheurs
de la DECRG, un représentant des Départements Région Afrique et Développement rural
en Afrique (DRA) de la Banque mondiale, ainsi que deux experts extérieurs. Le CPP se
réunira une fois par an pour procéder à l'examen des activités en cours et des projets à
venir, et donner des orientations à l’équipe LSMS sur des questions de stratégie générale.
Le CPP jouera un rôle de plaidoyer important pour le projet.
Un Comité technique consultatif (CTC) sera mis en place pour conseiller l’équipe LSMS
sur les principales décisions techniques, notamment le choix des pays, l’analyse
technique de certaines études spéciales, les questions d’échantillonnage, etc. Le CTC se
réunira au moins une fois par an et sera composé des membres de l’équipe LSMS, de
trois fonctionnaires de la Banque mondiale et de trois experts externes issus des milieux
universitaires et d’autres instituts de recherche.
Un Groupe de travail technique (GTT) sera mis sur pied pour chacun des pays retenus
pour contribuer à la conception de l’enquête et à la promotion du travail d’analyse dans le
pays. Le GTT comprendra un membre de l’équipe LSMS, le Conseiller technique
résident, au moins un autre chercheur de la DECRG, un représentant de l'organe
d'exécution au plan national (ex. le Bureau national des statistiques ou le Ministère de
l’Agriculture), au moins deux représentants des milieux universitaires et de la recherche
au plan national et, le cas échéant, un représentant de l’institution sous-bénéficiaire. Le
GTT sera co-présidé par les deux organismes d'exécution, à savoir le partenaire étatique
et la DECRG. La possibilité d’inviter au sein du GTT les principaux chercheurs et les
partenaires étatiques des projets d’enquêtes par panel dans la région en plus de ceux des 6
pays (ex. Ghana, Zambie et Kenya) sera envisagée, afin d’échanger d’expériences et
d’harmoniser les méthodologies.
49
World Bank
Nov 2008
Dans un pays au moins, le projet envisage l’établissement de partenariats avec les sousbénéficiaires pour la conception et la mise en œuvre des programmes nationaux. Des
discussions préliminaires ont déjà eu lieu avec des acteurs clés en matière de collecte des
données en Afrique, notamment l’Université d’Etat du Michigan, l’Institut international
de recherche sur les politiques agricoles (IFPRI) et l’Université de Yale, et la
collaboration avec certains des pays pressentis est à l'étude.
50
World Bank
Nov 2008