LA TRANSMISSION CULTURELLE ACTIVE DANS LES FAMILLES

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LA TRANSMISSION CULTURELLE ACTIVE DANS LES FAMILLES
par
Martine Wadbled,
sociologue,
Ceriem et Lasema
(Laboratoire
Asie du Sud-Est
et Monde
austronésien,
CNRS)
1)- La majorité des personnes
ayant la nationalité française,
le terme “viêtnamien”
est employé par commodité
et renvoie ici plutôt
à la dimension ethnique
qu’à la dimension
strictement nationale.
2)- La plupart des rapatriés
des années cinquante
travaillaient
dans l’administration ou
dans l’armée française
et ont choisi de “rentrer”
en France, plutôt que de rester
dans le Sud du pays, alors
que de nombreux réfugiés,
surtout les boat people,
ont quitté le Viêt Nam sans
connaître leur destination
finale. Cf. Ida Simon-Barouh,
“Les Viêtnamiens en France”,
H&M, n° 1219, mai-juin 1999,
pp. 69-89.
3)- Le Viêt Nam est constitué
de 54 groupes ethniques ;
les personnes rencontrées
en France sont toutes
des Kinh ou Viêt,
le groupe majoritaire (plus
de 90 % de la population),
habitants des plaines.
Si la formation d’un individu lié à une culture, à une histoire, passe
en partie par un apprentissage passif des pratiques et des valeurs
de ce groupe, la transmission culturelle en situation de migration
prend aussi une forme active, volontaire, conscientisant la spécificité du groupe et contribuant explicitement à la construction d’une
identité de type ethnique. C’est à cette modalité particulière de la
transmission culturelle que nous allons nous attacher à travers
l’exemple de la socialisation d’enfants issus de familles viêtnamiennes(1), essentiellement de réfugiés arrivés en France à partir
de 1975, mais aussi, quoique dans une moindre mesure, de rapatriés
d’Indochine installés depuis le milieu des années cinquante. Malgré la diversité des situations de ces deux populations (durée de
séjour en France, rapport à la France à l’arrivée(2), très forte proportion d’Eurasiens parmi les rapatriés, religion, origine géographique), des éléments essentiels permettent de les rapprocher : un
fonds culturel commun(3), une migration vécue d’abord comme un
exil sans espoir de retour et, surtout, un fort attachement à la culture
et à l’histoire viêtnamiennes, autrement dit une identité ethnique
fièrement revendiquée.
Alors qu’au Viêt Nam, les enfants intériorisent de façon “quasi naturelle” – c’est-à-dire passive – une grande partie des traits culturels
de la société dans laquelle ils baignent, en France, ce “bain culturel” est plus hétérogène car il est constitué, d’une part, du cadre culturel de la famille et du groupe auquel elle se rattache et, d’autre part,
de celui de la société d’installation. Or, ces deux cadres culturels sont
le plus souvent pris dans une relation inégalitaire, au sein de laquelle
les migrants sont en situation minoritaire. Pour les Viêtnamiens arrivés adultes, déjà culturellement structurés, l’influence de la société
française n’est pas aussi marquée que pour leurs enfants arrivés très
jeunes ou nés en France et dont la construction identitaire se déroule
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Les réfugiés et rapatriés du Viêt Nam en France ont à cœur de transmettre à leurs enfants les traditions de leur pays d’origine. En cela,
ils veillent essentiellement au respect des principes confucéens – piété
filiale, respect de la hiérarchie sociale, perfectionnement de l’individu par le savoir – et accordent une grande importance à l’apprentissage du viêtnamien. Mais la transmission culturelle active ne se
fait pas qu’au sein de la famille ; les associations y ont aussi leur part.
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LA TRANSMISSION CULTURELLE ACTIVE DANS
LES FAMILLES VIÊTNAMIENNES EN FRANCE
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dans ce contexte socioculturel particulier. Celle-ci relève, en partie,
d’une transmission culturelle spécifique de la famille mais est soumise, également, sinon plus parfois, aux influences de la société majoritaire tout au long de leur socialisation.
Si dans leurs toutes premières années, les enfants, peu en contact
avec la société majoritaire et en relation essentiellement avec les
parents et les membres du groupe, acquièrent par imprégnation la
base culturelle du groupe (la langue, la nourriture, les comportements), en grandissant ils fréquentent de plus en plus souvent les
membres de la société française, avec l’école particulièrement, et sont
soumis à son influence. C’est souvent à
ce moment que les parents adoptent une
Les parents opèrent une “sélection”
attitude plus active, volontariste, dans
entre des éléments culturels
l’inculcation des valeurs et des pratiques
sur lesquels ils ne transigeront pas,
culturelles.
et d’autres pour lesquels
Il n’est cependant pas question pour
une certaine souplesse est admise.
les adultes, c’est-à-dire, ici, les parents,
de tenter de reproduire à l’identique le mode de vie qui était le leur
au Viêt Nam. Conscients de la différence entre ce qu’il était naguère
et celui de la nouvelle société, ils tiennent à ce que leurs enfants s’y
insèrent le mieux possible, tout en veillant au maintien de certains
aspects qui sont en fait le lien entre eux et leur progéniture. Dans
toutes les familles, on essaie ainsi de trouver un compromis conjuguant les caractéristiques socioculturelles de la société française et
celles des parents, de composer en quelque sorte avec la société française tout en gardant une spécificité viêtnamienne. La formule fréquemment employée par les parents : “Nous voulons bien que nos
enfants soient comme des Français dehors, mais comme des vrais
Viêtnamiens à la maison”, rend compte de cette démarche.
LA PRÉPONDÉRANCE DE LA FAMILLE
On peut même parler d’une “sélection” opérée par les parents entre
certains éléments à transmettre, considérés comme fondamentaux
et sur lesquels ils ne transigeront pas, tandis que pour d’autres, une
certaine souplesse est admise. Les principes confucéens qui depuis
des siècles ont structuré (et continuent jusqu’à aujourd’hui à structurer) la société viêtnamienne sont le cœur de ces aspects avec lesquels on ne transige pas, à savoir : la piété filiale incluant la prépondérance de la famille, le respect de la hiérarchie sociale, et le
perfectionnement de l’individu par le savoir.
Si la société française actuelle est marquée par la valorisation de
l’individu et de son autonomie, et par le relâchement des liens fami-
Dans une association
viêtnamienne à Rennes :
les enfants font
une démonstration de
la “chanson de l’éléphant”.
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liaux traditionnels, pour les Viêtnamiens (comme dans d’autres
sociétés d’Asie du Sud-Est), l’individu n’existe que dans un rapport
au groupe et la famille est le groupe fondamental. C’est toujours la
première des valeurs énoncées par les parents et reprise par les
enfants : respect et dévouement envers les parents, quel que soit l’âge.
Ainsi, un père de famille de plus de quarante ans, installé en France
depuis plusieurs années, se rase-t-il la moustache lorsque son propre
père, réfugié résidant en Australie, ayant reçu une photo de son fils
moustachu, lui signifie par courrier qu’il n’apprécie pas de le voir arborer un attribut qu’il juge déplacé à son âge ! De même qu’il a obéi à
l’injonction paternelle, cet homme exige à son tour de ses enfants
une soumission sans discussion. Il n’est guère pensable pour les
enfants de s’opposer aux décisions paternelles puisque ceux-ci ont
appris que “le père, dans la famille viêtnamienne, c’est l’autorité”.
Cette conception de la famille comprend une vie familiale soudée
et les pratiques vont dans ce sens. Les parents sont souvent réticents
à envoyer leurs enfants en colonie de vacances, et on ne les trouve
pas plus enclins à les envoyer passer les fins de semaines chez des
copains ou des copines, sauf si c’est dans une autre famille viêtnamienne. Pour eux, les soirées et les vacances en famille, “c’est
l’idéal”. L’exemple des familles françaises où les uns et les autres
vaquent à leurs occupations séparément leur paraît peu attrayant et
bien éloigné de leur conception de la vie familiale. Ainsi, ce n’est qu’à
l’âge de vingt deux ans qu’une jeune fille aura la permission de passer sa première nuit en dehors du cercle familial ; elle n’obtiendra
que quatre ans plus tard et avec beaucoup de difficultés l’autorisation de louer un logement personnel, les parents n’ayant jamais envisagé le départ des enfants du foyer en dehors du mariage. Pour autant,
les enfants ne sont pas confinés à la maison. Nombreux sont ceux qui,
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dès que les parents en ont les moyens financiers, ont des activités
encadrées à l’extérieur (bibliothèque, musique, danse, sport, etc.).
Mais les parents veillent, les emplois du temps sont vérifiés et il n’est
pas question que les enfants soient livrés à eux-mêmes dans la rue
au bas de l’immeuble.
Avec la famille, le respect de la hiérarchie sociale est un autre point
d’ancrage de la conception confucéenne. Si cet aspect est présent
dans la société globale, les pratiques qui s’y réfèrent sont cependant
souvent plus souples que dans la conception viêtnamienne. Les
enfants ont intériorisé cela dès le plus jeune âge, par un vocabulaire
particulier et des comportements adéquats(4) qui leur permettent de
se situer dans la famille et dans le groupe. Mais hors du groupe, comme
par exemple à l’école, cette attitude particulière est parfois en décalage avec les pratiques. Ainsi, aux parents conseillant à leurs enfants
d’aller voir l’enseignant en cas de conflit avec des pairs, les enfants
rétorquent que cette attitude leur vaut des moqueries de la part des
autres enfants : “Ils nous traitent de bébés !”
UNE VISION ETHNICISANTE
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DU MONDE
Autre point fort marqué par le confucianisme, l’école, les études
comme lieu de promotion sociale. En France tout comme au Viêt Nam,
les parents sont particulièrement exigeants vis-à-vis du travail scolaire des enfants. Les devoirs sont surveillés, les mauvaises notes sanctionnées et pendant les vacances, une bonne partie du temps est occupée à faire des exercices. Les parents font des projets d’avenir
professionnel pour leurs enfants, la plupart du temps pour des
métiers où ils estiment qu’il n’est guère besoin de compétences en
français : médecin, ingénieur informatique, infirmière… En France,
du fait des difficultés linguistiques de certains au début de leur parcours, les images de référence ont changé : le savant moderne n’est
plus un lettré mais un scientifique. Garçons et filles sont également
sollicités, il faut un bon métier quel que soit le sexe. On attend des
enfants qu’ils aient non pas de bons mais d’excellents résultats. “Je
sais qu’elle travaille bien, dit un père de sa fille, mais je veux qu’elle
travaille mieux et je ne veux pas lui dire que c’est bien ! Je lui dis :
‘Tu travailles mal, tu fais des fautes en français, il faut faire
mieux.’ Je fais ça pour elle, pas pour moi, je n’aime pas faire ce
rôle comme ça mais il faut !”
Dans une autre famille, un jeune garçon, éprouvant quelques difficultés, sera envoyé pour une année scolaire dans une autre région
de France, chez des parents considérés plus à même de le faire pro-
4)- Nous faisons référence ici
aux postures et aux termes
d’adresse spécifiques
employés selon l’âge, le sexe
et le statut social,
qui inscrivent les enfants
dans un rapport au groupe
et hiérarchique dès le plus
jeune âge.
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gresser dans ce domaine. La plupart des enfants scolarisés semblaient
avoir intégré l’importance de l’école et je n’en ai guère entendu s’en
plaindre ou rechigner, devant ou derrière les parents. Parfois pourtant, l’investissement des parents sur ce plan génère une telle pression que certains enfants ou adolescents, ne réussissant pas à se
conformer aux attentes de leurs géniteurs, éprouvent de grandes difficultés sur le plan psychologique. Les enfants des années quatre-vingt
sont aujourd’hui des adolescents ou de jeunes adultes. Si tous n’ont
pas été des élèves aussi brillants que le souhaitaient leurs parents,
la majorité d’entre eux a cependant effectué un parcours plutôt satisfaisant. Notons l’explication que certains parents donnent à la réussite scolaire. Si pour tous, l’assiduité en est inséparable – leur vigilance quant au temps passé à étudier le prouve –, quelques-uns
inclinent à penser que celle-ci a quelque chose à voir avec leur origine viêtnamienne. Ils naturalisent l’image du “bon élève asiatique”,
telle la réflexion de cette jeune mère,
fille de rapatriés née en France, qui
Pour certains parents,
veut une bonne école pour sa fille eurconserver la langue est un devoir,
asienne : “Pour nous, les Viêts, l’école
c’est sérieux, c’est vrai, on a de bonnes
une question d’honneur vis-à-vis
capacités pour l’école !”
de la famille et des compatriotes.
Les parents rencontrés ont tous à
cœur de veiller au maintien de principes
qu’ils considèrent comme spécifiques à la culture viêtnamienne. Or,
ces principes ne sont pas antinomiques avec les valeurs occidentales
mais apparaissent souvent plus restrictifs et contraignants comparés au modèle dominant de la société française actuelle. Les parents
sont amenés à s’en démarquer par une plus grande formalisation, fondée sur la référence ethnique. L’éducation des fils et des filles ne se
mesure donc pas à l’aune française, perçue comme trop laxiste, mais
à la viêtnamienne, plus stricte, plus sévère et meilleure, selon les
parents. Ainsi, la notion d’enfants “bien élevés” recouvre celle de “vrais
Viêtnamiens”. Si les principes inculqués valent pour tous les moments
de la vie et pour tous, les parents enseignent également à leurs enfants
qu’ils vivent dans deux univers, français et viêtnamiens. Très tôt, les
jeunes apprennent à adopter un comportement différencié selon les
interlocuteurs. Ainsi, pour saluer une personne, l’enfant, devant un
Viêtnamien, se présente-t-il tête baissée, les bras croisés sur la poitrine, mais embrasse les joues ou serre la main d’un Français. De
même, à table, selon la formule rituelle viêtnamienne, il invite
d’abord ses parents à manger (“ba, ma, an com”) mais il souhaitera
ensuite un “bon appétit X, bon appétit Y !” aux Français qui parta-
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gent le repas. Ces pratiques, sans exclure, marquent toutefois concrètement la distinction entre les groupes, et participent d’une perception ethnocentrée, voire ethnicisante du monde par les enfants.
DANS LA PRATIQUE,
LA LANGUE S’APPAUVRIT
La langue, quant à elle, est un des traits importants de la culture
viêtnamienne. Si cet aspect n’est pas traité ici, c’est qu’il donne lieu à
un certain nombre de compromis. Pour tous les parents, la langue est
un élément fondamental dans la définition de l’identité viêtnamienne
mais ils l’appréhendent différemment dans les pratiques. Pour certains,
pour les réfugiés essentiellement, conserver la langue est un devoir,
une question d’honneur vis-à-vis de la famille restée au pays ou émigrée dans un autre pays tiers dont on ne connaît pas le parler, et visà-vis des compatriotes : “Celui qui parle la langue fait honneur à ses
parents, on est honteux si les enfants ne comprennent pas !” C’est également un lien avec le pays : “Ça peut donner le goût de connaître le
pays de leurs parents !” ; “Il faut penser qu’on est toujours des Viêtnamiens, apprendre à parler, à écrire, penser qu’un jour on va retourner là-bas !” Pour ceux qui tiennent ce discours, il n’est pas question
de parler aux enfants dans une autre langue, de même qu’ils exigent
que leurs enfants s’expriment à la maison avec eux et les frères et sœurs
en viêtnamien. D’autres sont plus nuancés, comme ce grand-père qui
apprécie l’apprentissage du viêtnamien par son petit-fils, pour qu’il
sache le lire et le comprendre un peu. Mais en réalité, dit-il, “ce n’est
pas nécessaire, ce n’est pas grave, si c’est possible oui… Et on peut
mélanger les deux langues…”. Pour d’autres encore, c’est un “plus”
qui aidera les enfants dans leur vie future. Cas plutôt rare, une mère
pense que ce n’est pas très grave si son fils oublie le viêtnamien : “On
vit en France, il faut bien apprendre le français !”
Dans la pratique, le viêtnamien est la langue maternelle des
enfants de réfugiés jusqu’à ce qu’ils aillent à la… maternelle. Ensuite,
la langue française s’impose de plus en plus à l’extérieur avec l’école
et, dans le foyer familial, avec la télévision et les frères et sœurs. Malgré la vigilance parentale, les enfants s’expriment plus volontiers en
français entre eux et les adultes sont parfois décontenancés lorsque,
à la consigne de jouer en parlant viêtnamien, les enfants répondent :
“Mais ce jeu-là on ne le connaît qu’en français !” Cependant, ils ont
des scrupules à interdire aux enfants de jouer et ne sont pas toujours
disponibles pour leur apprendre des jeux en viêtnamien : “Un parent
ne peut pas jouer comme un enfant avec un enfant !” Avec le temps,
le viêtnamien des enfants s’appauvrit, le vocabulaire se restreint, la
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prononciation est déficiente et très peu, en fin de compte, savent lire
et dépassent le stade des conversations quotidiennes.
Chez les rapatriés, le sentiment envers la langue viêtnamienne est
le même mais la pratique linguistique disparaît avec les générations.
Du côté des enfants des rapatriés, aujourd’hui adultes et parfois même
déjà cinquantenaires, le viêtnamien reste la langue parlée avec les
parents ou parfois entre eux, mais comme pour les enfants des réfugiés, il s’agit d’une langue appauvrie et surtout orale. Chez les petitsenfants des rapatriés, le plus souvent issus de mariages mixtes, la
connaissance de la langue des grands-parents se réduit à quelques
mots et expressions courantes (aller dormir, manger, jouer…) mais
ils sont généralement incapables de construire une phrase en viêtnamien. Certains, peu nombreux il est vrai, font l’effort d’un apprentissage formel de la langue, mais la plupart, quoique fiers de leur origine viêtnamienne, n’en ressentent pas le besoin.
La famille joue un rôle majeur dans la transmission des pratiques
et des traits culturels, mais elle n’est cependant pas le seul lieu de transmission. Celle-ci s’effectue aussi dans le cadre associatif, par les activités proposées aux enfants au sein des associations de Viêtnamiens.
À Rennes, où nous avons effectué une recherche sur la socialisation
des enfants de réfugiés à la fin des années quatre-vingt, malgré les divergences de points de vue qui ont entraîné la scission de la première et
seule association de réfugiés viêtnamiens en deux autres distinctes,
les objectifs de perpétuation d’une identité viêtnamienne auprès des
jeunes générations restent un dénominateur commun aux deux associations. Les enfants de différentes familles étaient regroupés, quelques
La danse des jeunes filles
lors de la fête du Têt.
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UN CADRE ASSOCIATIF ACTIF
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heures par semaine, hors du cadre scolaire. Ils étudiaient avec des
parents bénévoles des rudiments d’histoire du Viêt Nam et apprenaient
à lire et à écrire le viêtnamien, que bien souvent déjà ils parlaient en
famille mais sans dépasser le stade des termes usuels. Ces moments
étaient également l’occasion d’apprendre des jeux, des chansons, des
poèmes viêtnamiens, de confectionner des cerfs-volants, ou de préparer des chorégraphies en tenue traditionnelle ou moderne pour le spectacle proposé lors des festivités du Nouvel An lunaire (Têt).
Dans les familles et plus encore au sein de l’association, par la transmission active, les adultes tentent d’ancrer chez les enfants le sentiment d’appartenance qui les constitue en un groupe ethnique particulier. Chez les rapatriés, installés depuis maintenant plus de
quarante-cinq ans, si l’intégration dans la société française semble
acquise, elle s’accompagne d’un fort sentiment d’appartenance à l’origine viêtnamienne. Ainsi, quelques-uns parmi les enfants, dans les
années quatre-vingt-dix, ont œuvré, par le biais d’une Association des
arts et culture d’Indochine, à maintenir les traditions festives et la
mémoire de l’histoire des rapatriés, en organisant diverses manifestations tant à l’attention du groupe que de la société française. Plus
récemment, en 2000, s’est créée l’Association des résidents et amis du
centre d’accueil des Français d’Indochine (Arac), îlot viêtnamien en
terre occitane, à Sainte-Livrade-sur-Lot. Cette association est cependant à vocation plus large que celles des réfugiés, car si elle est tournée vers la culture viêtnamienne, elle propose aussi des activités sans
connotation ethnique (tournois de football, badminton, pétanque,
constitution d’une bibliothèque, salle télé…).
L’observation générale des pratiques familiales montre un milieu
culturel dans son ensemble, tandis que la transmission culturelle envisagée sous l’angle “actif” permet de dégager, à partir d’un ensemble touffu
de pratiques variables selon les cas, les aspects saillants essentiels à la
construction d’une identité ethnique viêtnamienne en situation de migration, que l’installation en France soit récente, comme pour les réfugiés,
✪
ou déjà plus ancienne, comme dans le cas les rapatriés.
Florence Nguyen-Rouault, “Le culte des ancêtres
dans la famille vietnamienne”
Dossier Vies de familles, n° 1231, mai-juin 2001
Ida Simon-Barouh, “Les Viêtnamiens en France”
Hors-dossier, n° 1219, mai-juin 1999
A PUBLIÉ