nouveau paradis des retraités - Les Grands prix du journalisme
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Mon argent Retraite Le Mexique, nouveau paradis des retraités 14 AFFAIRES PLUS • SEPTEMBRE 2008 Soleil, petits prix... Le Mexique attire de plus en plus de snowbirds. Des retraités s’y installent même pour de bon ! U riachi. En 2007, le Mexique a été nommé « pays idéal où passer ses vieux jours » par International Li- En 2007, le Mexique a été nommé « pays idéal où passer ses vieux jours » par International Living, un magazine américain qui dresse un palmarès annuel des destinations pour la retraite. ving, un magazine américain qui dresse un palmarès annuel des destinations pour la retraite. Climat idéal C’est vrai qu’il fait beau au sud du Rio Grande, ce fleuve qui trace une frontière naturelle entre le Texas et le Mexique. « Pas un jour de pluie », ont répété la vingtaine de retraités québécois rencontrés en mars. « On gagne des années de vie, ici », dit Pierre Charlebois, attablé à côté de son épouse, dans leur cuisine jaune au décor mexicain. Cheveux noirs en chignon, t-shirt brodé par des Huichols (des Indiens du Mexique), Carole garde des airs d’enfant, malgré sa bienveillance de grand-mère. « Je joue au tennis chaque jeudi avec mon amie Jeanne, qui a 75 ans », dit cette ancienne secrétaire d’école de 65 ans, qui a sept petits-enfants. Le printemps est « éternel » dans la région de Chapala, qui est entourée de montagnes. Avec une température moyenne de 23 degrés Celsius et un taux d’humidité très faible, le climat ne fait pas qu’apaiser les douleurs articulaires, il est aussi doux pour le portefeuille. Pas besoin de chauffage ni d’air climatisé à Ajijic ! « Pour vivre ici, nous dépensons 3 000 dollars par mois, par rapport à 5 000 au Québec », calcule Pierre Charlebois, ancien directeur de programme à l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Après le beau temps, c’est le faible coût de la vie qui attire les retraités québécois au Mexique. Depuis 2002, la valeur du dollar canadien face au peso mexicain a pratiquement doublé. En février, le huard valait en moyenne 10,77 pesos. Résultat : au restaurant, on paye près de 12,50 dollars AFFAIRES PLUS • SEPTEMBRE 2008 15 ▲ ne petite chapelle jaune est perchée sur le mont Chupanaya, derrière Ajijic, une ville de 15 000 habitants de l’Ouest du Mexique. « Je monte sur cette montagne tous les matins ou presque », dit Pierre Charlebois, 67 ans, en la montrant du doigt. L’ingénieur retraité a du souffle. Et des jambes solides, malgré une prothèse au genou droit. « J’ai déjà été champion aux 100 et 200 verges ! » dit l’ancien coureur aux yeux bleus comme le ciel mexicain. Retraités depuis 13 ans, Pierre et Carole Charlebois ont trouvé leur « oasis » : Ajijic (prononcer « ah-hehick »). Depuis cinq ans, ils passent l’hiver dans cette bourgade tranquille aux rues pavées et étroites, au bord du lac Chapala, le plus grand lac naturel du Mexique. « C’est un mini Mont-Tremblant », dit Carole. En 2006, le couple de Gatineau a fait le grand saut et a acheté une petite maison dans la Mision del Lago, un quartier privé à l’accès contrôlé où vivent de nombreux retraités. Le Mexique n’est pas seulement le refuge hivernal des papillons monarques. C’est aussi celui de milliers de retraités canadiens ! De plus en plus de snowbirds un brin aventureux troquent leurs vieilles pantoufles de Floride contre le sombrero d’un ma- PHOTO : MAUDE CHAUVIN • ASSISTANTE: JUDITE CHAUVIN / MANNEQUINS : HÉLÈNE L’ECUYER ET RAYMOND TOUCHET TE /MAQUILLEUSE• COIFFEUSE: VIRGINIE VANDELAC par Marie-Eve Cousineau Les destinations préférées des retraités canadiens GUADALAJARA On trouve de tout dans la deuxième ville du pays : de bons restaurants, une vie culturelle animée, des centres commerciaux, des hôpitaux modernes, un aéroport international et beaucoup d’expatriés ! SAN MIGUEL DE ALLENDE Cette ville à l’architecture coloniale et au riche passé abrite des milliers de retraités. MAZATLÁN Cette station balnéaire attire surtout les snowbirds canadiens et américains de l’Ouest. Les prix immobiliers y sont inférieurs à ceux des autres destinations de plage. MORELIA Le centre historique de Morelia, la capitale de l’État de Michoacán, a été classé « patrimoine mondial » par l’UNESCO. Mais la ville n’est pas trop touristique. MEXICO PUERTO VALLARTA Très animée, cette station balnéaire populaire a son charme. Il s’agit de la première destination gaie du Mexique. CHAPALA/AJIJIC Une destination populaire auprès des retraités canadiens. On ne se baigne pas dans le lac Chapala, qui est plutôt pollué, mais on aime le climat printanier qu’il procure. pour un filet mignon de 400 g et un verre de vin. Une soirée pour deux au cinéma avec pop-corn et boissons gazeuses coûte moins de 10 dollars. Et quelques tacos, dans la rue, ne reviennent qu’à deux ou trois dollars. Maillots de bain, serviettes de plage : Lucie Douville et Jean-Jacques Gagné lézardent depuis novembre à Acapulco, une station balnéaire à l’allure américaine sur la côte du Pacifique. En cinq mois, ils n’ont dépensé que 12 500 dollars. « Pendant que nous sommes ici, nous renflouons nos comptes de banque », dit Lucie, 53 ans, cadre retraitée de L’Oréal Canada. « Nous ne nous privons pas », ajoute Jean-Jacques, un ancien policier de 61 ans, tout en sirotant une Corona 16 AFFAIRES PLUS • SEPTEMBRE 2008 au restaurant La Union, à la plage Hornos. Le vieux serveur mexicain a l’habitude de ces snowbirds qui baragouinent l’espagnol. Chaque mercredi, la communauté québécoise se retrouve ici pour un dîner spaghetti. Jean-Jacques Gagné et Lucie Douville sont retraités depuis 2003 et 2004. Pendant trois hivers, ces propriétaires d’une caravane à sellette ont pris la route du Texas. Après avoir visité l’Ouest américain, ils ont décidé en 2007 de remiser leur « maison » – c’en est une, avec son cinéma maison et son foyer électrique ! – au camping de Saint-Mathieu-de-Belœil, où ils passent leurs étés. Leur tanière hivernale ? Une copropriété au 18e étage du complexe Ocea- ACAPULCO Acapulco attire les adeptes de la plage qui aiment la chaleur. nic 2000, qui offre une belle vue sur la Bahía de Acapulco, ceinturée de montagnes. Le 3 1/2 meublé (balcon-terrasse et chambre climatisée) se loue 800 dollars américains par mois. Avec 700 000 habitants et 32 degrés sous le soleil, Acapulco ne manque pas de piquant. Sur la Costera Miguel Aleman, l’artère du bord de mer où s’alignent les gratte-ciels hôteliers, les autobus et les taxiscoccinelles klaxonnent sans cesse. Mais Acapulco a un joli et tranquille zócalo, sorte de grand-place où jasent de vieux Mexicains, chapeau western sur la tête. Et à 20 kilomètres de là, à la Bahía de Puerto Marqués, des plages de sable blanc s’étendent à perte de vue. Des drapeaux du Québec et du Canada y flottent au vent… « Les Mexicains sont très accueillants et chaleureux, souligne Lucie Douville. Je ne me suis jamais sentie menacée ici. » Wal-Mart, Costco, Sam’s Club, Home Depot, Sears… Les Québécois ne perdent pas trop leurs repères au Mexique. Sauf à la caisse : ça coûte souvent moins cher ! Mexique : 1,11 $ / litre Mexique : 0,56 $ / litre Québec : 1,47 $ / litre Québec : 0,56 $ / litre Mexique : 1,92 $ / 650 g Mexique : 0,21 $ / rouleau Québec : 2,97 $ / 650 g Québec : 0,28 $ / rouleau Mexique : 2,54 $ / litre Mexique : 0,69 $ / kg Québec : 2,37 $ / litre Québec : 1,30 $ / kg Mexique : 1,58 $ / 650 g Mexique : 3,90 $ Québec : 2,97 $ / 650 g Québec : 10,99 $ Mexique : 6,25 $ / kg Mexique : 1,85 $ / kg Québec : 12,06 $ / kg Québec : 2,18 $ / kg Mexique : 1,69 $ Mexique : 1,99 $ / kg Québec : 2,54 $ Québec : 2,84 $ / kg Mexique : 7,90 $ Mexique : 13,80 $ / kg Québec : 8,66 $ Québec : 14,26 $ / kg NOTE : LES PRIX DES ALIMENTS ONT ÉTÉ RECUEILLIS EN MAI DANS LES SUCCURSALES DE WAL-MART À ACAPULCO ET À MONTRÉAL, AINSI QUE DANS CELLES DE MAXI ET COMPAGNIE (WAL-MART NE VEND PAS DE FRUITS, DE VIANDE ET DE BIÈRE AU CANADA). LES PRIX ONT ÉTÉ AJUSTÉS EN FONCTION DU FORMAT (LÉGÈREMENT DIFFÉRENT) ET DE LA VALEUR DU DOLLAR CANADIEN PAR RAPPORT AU PESO MEXICAIN. IL S’AGIT DONC D’ESTIMATIONS. LES PRODUITS QUI APPARAISSENT DANS LE TABLEAU ONT ÉTÉ UTILISÉS POUR ILLUSTRER DES PRODUITS GÉNÉRIQUES. CERTAINES MARQUES NE SONT PAS DISPONIBLES AU MEXIQUE ET/OU LES PRIX PEUVENT NE PAS CORRESPONDRE. Combien ça coûte ? Essence Autobus locaux 0,72 $ / litre 0,40 $ / trajet Femme de ménage 10 $ pour la maison Jardinier Souper au restaurant pour deux (avec vin) Massage Médecin spécialiste (consultation) 50 $ Assurances privées de santé de 250 à 5 000 $ / année 2,50 $ l’heure 30 $ de 20 à 25 $ Nettoyage dentaire 20 $ Visite chez le médecin 25 $ Chirurgie de remplacement : valvulaire (cœur) de 30 000 à 50 000 $ US Arthroplastie du genou de 12 000 à 16 000 $ US Internet (haute vitesse) 30 $ par mois SOURCES : INSIDERS’ GUIDE, CHOOSE MEXICO FOR RETIREMENT, CHAPALA.COM, MEDTOGO (WWW.MEDTOGO.COM), WWW.FOCUSONMEXICO.COM, SERGE LORIAUX ET RETRAITÉS RENCONTRÉS. ▲ Acheter ou louer Lucie Douville et Jean-Jacques Gagné sont satisfaits de leur expérience. Ils ont déjà réservé leur appartement pour l’hiver prochain. Mais pas question pour eux d’acheter. « Nous n’aimerons peut-être plus Acapulco dans cinq ans », dit Lucie. Sage décision, selon Douglas Gray, auteur de l’ouvrage The Canadian Snowbird Guide (Éditions Wiley, 2008). « Que ce soit au Mexique ou en Floride, il vaut mieux louer qu’acheter, dit-il. On conserve sa liberté. Dans deux ou trois ans, on sera peut-être malade. » Et puis, devenir propriétaire est plus complexe au Mexique qu’au Canada ou aux États-Unis. Qu’importe ! De plus en plus de baby-boomers y achètent une résidence ou une copropriété en prévision de leur retraite. Puerto Vallarta, au bord de la Bahía de Banderas (baie des Drapeaux), n’a jamais vu autant de grues s’animer dans son coin de ciel. Jadis village de pêcheurs, cette charmante station balnéaire aux toits de tuile reçoit chaque année plus de deux millions de visiteurs. Selon les prévisions, sa population de 300 000 habitants devrait tripler d’ici 2020. Plus de 100 projets de copropriétés, maisons ou communautés de retraités à accès contrôlé sont en développement dans la région, selon Wayne Franklin, président-fondateur de Tropicasa Realty, une agence immobilière de Puerto Vallarta. On y offre des studios à 150 000 dollars américains aussi bien que des palais à dix millions. « Si l’on achète une résidence en préconstruction, sa valeur doublera d’ici cinq ans, et quadruplera d’ici 10 ans, estime cet entrepreneur d’origine californienne. Vu la force de votre dollar, acheter est une bonne affaire pour vous en ce moment ! » Il reste que le prix à payer dans une Coût de la vie Mexique–Québec *NOTER QUE LES PRIX ESTIMÉS VARIENT SELON LES DESTINATIONS. ILS POURRAIENT ÊTRE PLUS ÉLEVÉS À CANCUN QU’À AJIJIC. AFFAIRES PLUS • SEPTEMBRE 2008 17 « Nos taxes foncières ne sont que de 100 à 150 dollars par mois. » – Pierre Huot PHOTO : PATRICK FORGET Retraités depuis 2002, Pierre et Michelle Huot ont acheté une maison au Mexique. station balnéaire est plus élevé que dans un petit village mexicain. Il y a encore moyen de vivre à bon marché à Puerto Vallarta (PV pour les locaux). Jean-Claude Cloutier, un célibataire de 67 ans, ne dépense que 7 000 dollars pour son séjour de cinq mois. Billets d’avion et fiestas compris ! À la retraite depuis 1995, cet ancien directeur d’école primaire loue le même petit studio depuis huit ans. L’habitué de Janitzio, un immeuble de logements dans la vieille ville, bénéficie d’un tarif préférentiel, nous assure-t-il. Mais il ne veut pas en divulguer le prix. PHOTO : MÉLANIE DUBUC Ma casa mexicaine Dans la constitution de 1917, le Mexique interdit aux étrangers d’être propriétaires d’une résidence située à moins de 50 kilomètres de ses côtes ou de 100 kilomètres de ses frontières. Le gouvernement mexicain n’a pas modifié cette loi, mais il offre un moyen de la contourner : le « fideicomiso », une sorte de fiducie. La banque est fiduciaire, et l’acheteur étranger bénéficiaire. « Vous avez les mêmes droits qu’un propriétaire : vous pouvez vendre la maison, la louer, la rénover », assure Luis Brasdefer, présidentfondateur de Mexico Consulting, une firme de Vancouver qui offre des conseils en matière d’affaires et d’immobilier au Mexique, notamment aux retraités. Selon 18 AFFAIRES PLUS • SEPTEMBRE 2008 lui, mettre en place une telle fiducie (50 ans de vie, renouvelable) coûte près de 1 700 dollars. Les frais annuels sont d’environ 500 dollars. Lorsque la résidence est située à l’intérieur des terres, comme dans la région de Chapala, les étrangers peuvent être propriétaires en nom propre. Mais il faut rester prudent. En 1917, après la révolution mexicaine, l’État a offert des terres à des collectivités de fermiers afin qu’ils les cultivent. Ces parcelles (des « ejido land ») ne peuvent être vendues – à moins qu’elles n’aient été transformées en terrains privés, ce qui est plutôt rare. Mais des fraudeurs le font ! Résultat : des gens paient des dizaines de milliers de dollars pour découvrir qu’ils ne sont propriétaires de rien... Pour éviter ce cauchemar : • On fait affaire avec un agent ou un courtier immobilier membre de l’AMPI (Asociación Mexicana de Profesionales Inmobiliarios) référé par une connaissance ou par le Jean-Claude Cloutier me reçoit à souper en toute simplicité. Au menu : pozole, une soupe traditionnelle de grains de maïs séché et de viandes, chuletas ahumadas, des côtelettes de porc fumé, et tres leches, le gâteau aux trois laits. Le tout arrosé d’un vin en boîte étonnant et d’eau fraîche bouillie au préalable, comme on le recom mande au Mexique. « J’ai tout acheté », précise Jean-Claude Cloutier, un homme sympathique à Profeco (office de protection du consommateur mexicain). Au Mexique, les agents et les courtiers n’ont pas à détenir de permis d’exercice, contrairement au Québec. • Avant d’acheter la résidence, on peut prendre une assurance-titre, qui confère une protection, notamment en cas de fraude (par exemple quand le vendeur n’était pas propriétaire de la résidence), d’ejido land ou de servitude non publiée au registre. Chez Stewart Title Guaranty de Mexico, une telle assurance coûte de 0,5 à 1 % du prix d’achat. • Pour conclure la transaction, on fait affaire avec un notario público connu (un avocat qui a suivi une formation supplémentaire pour devenir notaire), recommandé par des expatriés, par votre agent ou par un courtier immobilier. • On peut obtenir un prêt hypothécaire auprès de la banque Scotia, qui a récemment lancé un programme pour l’achat d’une seconde résidence en Amérique centrale ou dans les Caraïbes. Toute la transaction peut alors s’effectuer à partir du Québec, en français. Payer moins d’impôts la moustache grisonnante retroussée à l’ancienne. Ce retraité est un adepte de Puerto Vallarta. Ici, la température oscille entre 23 et 27 degrés Celsius. « Marcher sur le malecón [boulevard du bord de l’eau] est tellement agréable ! dit ce voyageur qui a fait le tour du Mexique et d’une cinquantaine d’autres pays. On ne s’y sent jamais seul. » Ce citoyen de Saint-Valère, près de Victoriaville, s’est recréé une famille à PV. Cet hiver, il a attiré jusqu’à une trentaine d’amis et de connaissances. PV n’est tout de même pas Hallandale Beach. Les snowbirds ont leur Vallarta Tribune, un hebdomadaire en anglais, avec une page en français, tiré à 3 000 exemplaires. organisme sans but lucratif doté d’une bibliothèque de 30 000 livres qui offre entre autres des cours d’espagnol, de photographie et de yoga. Une fois par mois, les Québécois participent aussi à un potluck organisé par le club des Amitiés francophones – les anglophones ont leur Canadian Club of Lake Chapala. Retraités depuis 2002, Pierre et Michelle Huot sont nouveaux dans le coin. Après avoir passé cinq hivers à Acapulco, ce couple de Bromont a emménagé en février dans une petite maison jaune d’un quartier à accès contrôlé de San Antonio Tlayacapan, un village typiquement mexicain situé dans la région de Chapala. Prix de la résidence : 160 000 dollars améri- La Presse n’y est pas distribuée de novembre à avril, comme elle l’est en Floride. Ici, pas de guichet automatique Desjardins non plus. Mais La Presse n’y est pas distribuée de novembre à avril, comme elle l’est en Floride. Ici, pas de guichet automatique Desjardins non plus. ▲ La diaspora canadienne Pour trouver un contingent de retraités aussi important que celui de la Floride, il faut prendre la route de Guadalajara, deuxième ville du pays, et traverser des montagnes de cactus et des champs d’agave bleu dont la sève sert à faire la téquila. La région de Chapala se trouve à environ 45 minutes de voiture de Guadalajara. Elle accueillerait quelque 20 000 Nord-Américains, dont 6 000 Canadiens, ce qui en ferait la plus importante concentration de snowbirds canadiens après celle de Floride. Les expatriés y ont leur repère : la Lake Chapala Society, un cains payés comptant, comme c’est souvent le cas au Mexique. « Nos taxes foncières ne sont que de 100 à 125 dollars par an », se réjouit Pierre Huot, un grand-père de 61 ans, cadre retraité de l’usine d’IBM à Bromont. Le faible taux de taxation est un des avantages des expatriés au Mexique. Les Huot, qui vivent dans une caravane à sellette durant l’été, songent à devenir des non-résidents canadiens. Grâce à ce statut, leurs revenus ne seraient imposés qu’à 15 %, plutôt qu’à leur taux d’imposition actuel de 25 %. « Il nous faudrait renoncer à l’assurance-maladie du Québec, mais cela ne nous dérange pas, dit Pierre Huot. Les listes d’attente, très peu pour nous. » Sa femme a déjà subi une opération à la vésicule biliaire à Acapulco. Devenir un non-résident canadien peut être avantageux pour un retraité qui vit à l’étranger à longueur d’année. Le Canada a signé une convention fiscale avec le Mexique, comme avec 85 autres pays. En vertu de ce traité, le gouvernement canadien impose à ses non-résidents un taux d’imposition de 15 % sur les revenus de source canadienne dont les paiements sont périodiques : pensions, revenus de fonds enregistré de revenu de retraite (FERR), etc. Les retraits du REER, considérés comme des paiements fixes (donc, non périodiques), sont imposés à un taux de 25 %. Le Mexique, lui, ne nous impose pas ! En théorie, les résidents y sont imposés jusqu’à un maximum de 28 % – le Canada prélevant déjà 15 %, la part du Mexique s’élève alors à 13 %, selon la convention. « Mais jusqu’à présent, cette règle n’est pas appliquée, dit Reg Cyr, un consultant financier de Toronto. Il semble que le gouvernement mexicain ne veuille pas taxer les expatriés qui dépensent de l’argent au Mexique et qui contribuent à la croissance de son économie. » Le statut de non-résident canadien n’est pas pour autant le pactole, rappelle Martha Kittel, directrice principale, service aux cadres chez la firme en fiscalité KPMG Canada. Pour prouver à l’Agence du revenu du Canada que l’on ne réside plus au pays, il faut : • Vendre sa résidence principale ou la louer à long terme (le locataire ne doit avoir aucun lien de dépendance avec nous) ; • Déménager mari, femme ou enfants (à charge) dans le pays d’accueil ; • Vendre ses biens personnels (automobiles, véhicules récréatifs, meubles, vêtements, etc.), s’en départir ou les déménager ; • Renoncer au régime provincial d’assurance-maladie ; • Couper le plus possible nos liens économiques avec le Canada (comptes de banque ou cartes de crédit, emploi avec un employeur canadien, participation active dans une entreprise canadienne, etc.). AFFAIRES PLUS • SEPTEMBRE 2008 19 « L’hôpital privé était comme un hôtel cinq étoiles », dit Pierre Huot. On peut trouver des médecins mexicains compétents et qui parlent anglais dans la plupart des villes, selon le Insiders’ Guide Choose Mexico for Retirement. Mais il faut bien réfléchir avant de déménager pour de bon à l’étranger. En 1996, Nicole Pinel et Don Slimman ont quitté le Canada pour le Honduras. Ils sont devenus non-résidents canadiens pour être moins imposés. « On nous promettait la vie des Caraïbes et les prix de l’Amérique centrale », dit Nicole Pinel, une fonctionnaire à la retraite depuis 1991. Faux ! Après trois ans et demi, le couple d’Ottawa n’en pouvait plus. « Sans téléphone, sans bibliothèque et sans Internet, nous en étions réduits à faire de la plongée sousmarine », dit Nicole Pinel. Le couple a finalement déménagé à Ajijic. « La vie culturelle est beaucoup plus active dans cette région qu’au Honduras, dit cette adepte de corridas et de marchés locaux. À Guadalajara, on trouve de l’opéra et de bons restaurants. » Seul facteur d’irritation, le rythme mexicain : « Mañana ! Mañana ! » (« Demain ! Demain ! » en français). Le Mexique est exotique et, pourtant, Carole Charlebois retrouve un peu de son enfance à Ajijic. Le dimanche, son mari et elle assistent à la messe aux côtés de Mexicaines âgées, qui portent un châle noir sur la tête. L’après-midi, le couple observe les familles qui se promènent en voiture et font des pique-niques. « Je faisais cela quand j’étais petite », se souvient Carole. Carole a aussi parfois la nostalgie du Québec. Ses enfants et petitsenfants, avec lesquels elle communique grâce à Skype (un logiciel de téléphonie Internet gratuit), lui manquent. « Mon lave-vaisselle aussi un peu ! dit-elle en riant. Mais ce n’est pas grave. Pierre et moi lavons la vaisselle en jasant, comme lorsque nous étions jeunes mariés... » AP Pour en savoir plus ● La firme Canada2Mexico, en partenariat avec le Conseil de promotion touristique du Mexique, offre cet automne à Toronto, Vancouver, Calgary et, en 2009, à Montréal un séminaire sur la retraite au Mexique : canada2mexico.com. Le coût est de 95 à 105 $ par personne et de 180 à 195 $ par couple, selon le mode de paiement. ● The Canadian Snowbird Guide: Everything You Need To Know About Living Part-Time in the USA and Mexico, de Douglas Gray, Éditions Wiley, 2008. ● Insiders’ Guide, Choose Mexico For Retirement, de John Howells et Don Merwin, Globe Pequot Press, 2007. Mon argent Ma carrière Ma vie 12 numéros pour seulement 19,95 $ + taxes Abonnez-vous 20 AFFAIRES PLUS • SEPTEMBRE 2008 www.affairesplus.com 1 877 815-3335 Mentionnez le code G08LPG) ( Le Mexique par la route Beaucoup rêvent de se rendre au Mexique en véhicule récréatif. Ils partent souvent en caravane. par Marie-Eve Cousineau formule rassure les amateurs de VR qui traversent pour la première fois la frontière mexicaine. « Nous avons déjà sept réservations pour novembre 2009 et six pour janvier 2010 », dit Serge Loriaux, directeur général de Caravanes Soleil... pour le Mexique !, joint sur son cellulaire dans un terrain de camping du Mississippi. Entrepreneur retraité depuis 1997, Serge Loriaux, 59 ans, travaille plus que jamais. Les caravanes qu’il guide avec sa conjointe durent 25 jours et s’arrêtent dans une quinzaine de villes mexicaines. La tournée, qui débute au Texas, où il faut se rendre par soi-même, coûte 1 500 dollars par couple. À ce montant s’ajoutent environ 1 000 dollars pour les frais de camping, les excursions et les visites de musées. « La plupart des gens qui participent à la caravane de novembre passent l’hiver à Tacho’s », dit Serge Loriaux. La Fédération québécoise de camping et de caravaning (FQCC) offre aussi des caravanes d’une durée de 64 jours au Mexique. Les forfaits, qui comprennent entre autres la location du terrain de camping, quelques nuitées à l’hôtel, des repas et plusieurs activités d’excursion, coûtent 9 000 dollars pour deux adultes. La caravane d’Horizon Lussier, elle, ne coûte que 500 dollars (cela comprend le terrain de camping, mais pas les excursions). Elle n’est toutefois offerte qu’à ceux qui ont acheté un VR neuf ou usagé chez le concessionnaire. Caravane ou non, il faut aussi prévoir un budget pour les frais de péage des États-Unis et du Mexique (quelques centaines de dollars, selon le trajet) et le coût de l’assurance automobile au Mexique (celles du Québec ne sont pas reconnues). Sans compter l’essence ! Mais sur les campings de Puerto Vallarta ou d’Acapulco, les cours de broderie, de danse en ligne, de photographie ou parfois même d’espagnol sont gratuits ! Les retraités partagent entre eux leurs connaissances. « Il y a un bel esprit d’entraide », dit Jean-Guy Dufour. Ce qui compense amplement les ratés d’Internet, les routes parfois abîmées, les topes (dos d’âne à l’entrée et à la sortie des villages), les problèmes de réservations ou la fosse septique qui déborde… L’aventure, quoi ! AP Pour en savoir plus ● Site Internet VRCamping créé par Serge Loriaux : www.vrcamping.com ● Fédération québécoise de camping et de caravaning : www.fqcc.ca AFFAIRES PLUS • SEPTEMBRE 2008 21 PHOTO : MÉLANIE DUBUC P uerto Vallarta a une enclave québécoise : le terrain de caravaning Tacho’s ! Plus de 100 couples de snowbirds y vivent l’hiver. « Nous formons un vrai petit village », dit Jean-Guy Dufour, 65 ans, en jetant un coup d’œil à sa montre. Dans quelques minutes, ce médecin retraité a rendez-vous chez la coiffeuse. Une voisine québécoise a un « salon » sous une gloriette verte. Jean-Guy Dufour est chef de la caravane d’Horizon Lussier, un concessionnaire de véhicules récréatifs (VR) et de roulottes situé à Marieville, à 40 kilomètres de Montréal. Depuis 1997, l’entreprise organise un circuit Québec–Puerto Vallarta pour ses clients. Fin octobre 2007, une vingtaine de VR ont entrepris la grande traversée d’environ 5 800 kilomètres. Dans le cortège : un mécanicien, un traducteur français-espagnol et un serre-fi ls. Sans oublier le chef Dufour et son épouse Lorraine, sa copilote. « On ne laisse jamais un véhicule seul sur la route », dit Jean-Guy Dufour, assis dans son luxueux VR de 40 pieds de long, à la veille du retour vers le Québec, en mars. Les caravanes Québec–Mexique sont de plus en plus populaires. La