Mise en œuvre généralisée d`un traitement directement observé
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Mise en œuvre généralisée d`un traitement directement observé
INT J TUBERC LUNG DIS 1 (5): 397-404 © 1997 IUATLD Mise en œuvre généralisée d’un traitement directement observé (TDO) dans un hôpital de New York et évaluation d’un programme de TDO de patients ambulatoires N. Salomon, D. C. Perlman, A. Rubenstein, D. Mandelman, F. W. McKinley, S. R. Yancovitz Service de Médecine, Beth Israel Medical Center, New York, Etats-Unis. ______________________________________________________________________________RESUME CADRE : Programme de traitement directement observé (TDO) pour la tuberculose dans un hôpital de New York City. OBJECTIF : Description d'un programme modèle de TDO spécifique pour la tuberculose, avec utilisation d'une identification active et prospective des hospitalisés, et identification des facteurs associés à une acceptation d'un TDO volontaire par les patients ainsi qu'à leur maintien sous traitement. SCHEMA : Recrutement pour le TDO par la surveillance quotidienne des hospitalisés. Proposition du TDO comme choix au patient en même temps que des services concrets et des incitants. Un TDO sur place a été proposé dans une clinique pour patients ambulatoires. Des efforts supplémentaires ont été fournis dès qu'un patient ne s'est pas présenté à une visite ou davantage de TDO. RESULTATS : Pendant la période d'étude, 95% de 176 tuberculeux hospitalisés ont fait l'objet d'une évaluation pour TDO. Des 137 venant en compte pour le TDO, 85% ont choisi de bénéficier du TDO (intervalle de confiance [IC] à 95% 77,5 à 90). L'emploi de drogues illicites est associé de façon indépendante avec une susceptibilité plus grande d'acceptation du TDO (odds ratio [OR] 4,88 ; IC 95% 1,5-15,7). Parmi les 101 patients qui ont bénéficié du TDO in situ, l'utilisation de drogues illicites (OR 0,21 ; IC 95% 0,08-0,6) et les traitements antituberculeux antérieurs (OR 0,27 ; IC 95% 0,27 - 0,7) étaient tous deux en relation avec un moins bon maintien sous traitement. Toutefois, grâce à une prise en charge intensive des cas, 1% seulement de cette cohorte fut perdue de vue et l'index général d'achèvement du traitement fut de 97%. CONCLUSIONS : La surveillance des hospitalisés est une stratégie hautement efficace de recrutement pour le TDO. Un modèle de TDO qui inclut la participation des patients dans le programme de sortie et qui offre des incitants permet de récolter un taux élevé d'acceptation volontaire. La prise en charge des ambulants est un moyen très efficace d'arriver à un traitement complet, particulièrement chez ceux qui risquent un faible maintien sous traitement. MOTS-CLE: tuberculose ; traitement directemeont observé ; observance LE DEPISTAGE EFFICACE et le traitement complet des cas de tuberculose (TB) sont les éléments cruciaux de la lutte antituberculeuse.1 Après plus de dix ans d’augmentation régulière à New York,2 le nombre de cas de TB déclarés a diminué de 35,8 % entre 1992 et 1995.3 Cette diminution est attribuée principalement à l’utilisation extensive des traitements directement observés (TDO) et à un meilleur contrôle de l’infection.4 Malgré ces tendances encourageantes, seulement 60 % des 2445 cas de TB diagnostiqués à New York en 1995 ont reçu par TDO tout ou partie de leur traitement.3 Plusieurs experts de renom ont présenté des arguments très convaincants en faveur d’un traitement généralisé par TDO de tous les patients porteurs de TB aux Etats-Unis, afin de s’assurer que le traitement est pris jusqu’au bout.5 Toutefois, l’assiduité au TDO des groupes traditionnellement à haut risque de mauvaise observance6 n’est pas bien évaluée. Comme la majorité des patients souffrant de TB aux EtatsUnis sont hospitalisés au moment du diagnostic,7,8 les hôpitaux pourraient constituer des centres efficaces de recrutement des patients justiciables d’un TDO.9,10 L’objectif de cette étude est de décrire un programme de TDO TB spécifique, Auteur pour correspondance : Nadim Salomon, MD, Service de Maladies infectieuses, Beth Israel Medical Center, First Avenue at 16th Street, New York, NY 10003, Etats-Unis. Tel: (+212) 420 4006. Fax: (+212) 420 2032. [Traduction de l'article "Implementation of universal directly observed therapy at a New York City hospital and evaluation of an out-patient directly observed therapy program" Int J Tuberc Lung Dis 1997; 1 (5): 397-404.] 2 The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease utilisant l’identification prospective des patients hospitalisés pour TB et de définir l’assiduité au TDO et les résultats obtenus pour les patients enrôlés dans de tels programmes. METHODES Equipe de traitement directement observé En septembre 1993, un programme de DTO TB a été mis en place au Beth Israel Medical Center, hôpital de 900 lit de New York, situé dans une zone de forte prévalence de TB, et offrant des services de soin primaires, secondaires et tertiaires.3,11 L’équipe du programme de TDO a été formée parmi les soignants des départements existants (médecins des consultations du virus de l’immunodéficience humaine [VIH] et spécialistes de maladies infectieuses), et par recrutement de personnel supplémentaire (un travailleur social de terrain, une assistante sociale à temps partiel, une infirmière de consultations externes, et un médecin attaché à la journée, à qui il était fait appel une ou deux fois par semaine, selon les besoins). Le salaire du personnel supplémentaire a été pris en charge par un programme de l’Etat de New York au sein duquel le TDO TB était financé par le système Medicaid. Sur place, un conseiller en santé publique du New York City Department of Health assurait un lien directe avec les autorités sanitaires locales. Identification des sujets suspects Les patients hospitalisés souffrant de TB étaient identifiés grâce aux résultats de microbiologie et aux spécimens prélevés (pour les patients à examen de crachat ou à culture positive) et grâce à la revue bi-hebdomadaire des registres de pharmacies (pour les patients recevant un traitement antituberculeux), et grâce aux informations fournies par les praticiens hospitaliers. Recrutement pour traitement directement observé Les patients étaient soumis à un bilan initial médical et psychosocial complet effectué en milieu isolé par les membres de l’équipe de TDO, et étaient ensuite suivis pendant toute leur hospitalisation. Les interventions comprenaient une série de services concrets et de mesures éducatives pendant l’hospitalisation. Les services concrets étaient : accès gratuit au téléphone et à la télévision, et repas spéciaux pendant la période d’isolement,12 assistance sur des dossiers spécifiques (logement, assurances, invalidité), information et dépistage systématique du VIH, accès aux protocoles de désintoxication par la méthadone, soins médicaux permanents. Les mesures éducatives visaient à expliquer les bénéfices sanitaires d’un traitement antituberculeux complet et les conséquences de la non-observance, et tout particulièrement la résistance aux médicaments, le placement en TDO sous contrôle judiciaire et la détention. Ces interventions et ces services étaient délivrés avant tout choix d’un traitement post-hospitalisation, dont le TDO pouvait faire partie. Les patients sous méthadone étaient spécialement avertis de la possibilité de sevrage induit par la rifampicine, et ils étaient assurés, au cas où de tels symptômes apparaîtraient, que la quantité de méthadone serait ajustée en conséquence.13 La décision de recevoir un TDO, le choix du site spécifique de ce TDO et la possibilité de recevoir un avantage en nature dans notre site (fourniture hebdomadaire de jetons de métro ou de bons d’alimentation en cas de bonne observance du traitement et du respect des rendez-vous de suivi, pour une valeur de 25 $ US) furent présentés comme relevant d’un libre choix du patient, et sans relation avec les conditions d’accès aux services ou aux soins médicaux. Les patients optant pour le TDO avaient le choix entre plusieurs sites, selon leur situation spécifique : TDO sur place dans le centre de consultations externes voué au dépistage du VIH, programmes de désintoxication par la méthadone ou dispensaires des services de santé public locaux. TDO sur place des patients ambulatoires Tous les patients identifiés furent suivis pendant toute l’hospitalisation. Le planning de sortie et la coordination des TDO furent assurés par l’assistante sociale. Les patients étaient considérés comme éligibles pour un TDO sauf s’ils étaient transférés dans des centres de soins de long séjour. Le NYC Health Department se vit notifier toutes les décisions de sortie. Avant la sortie de l’hôpital, l’équipe soignante fut prévenue de tous les patients qui avaient choisi de suivre un TDO dans le centre de consultations externes et leurs plannings de TDO furent transmis à celui-ci. De plus, comme l’exigeait le Department of Health de l’état de New York, le programme TDO incluait aussi les patients adressés par d’autres centres. Ces patients sont inclus dans les analyses de continuation du TDO, mais pas dans l’analyse d’acceptabilité du TDO. L’adhésion au traitement était assurée par l’observation de l’ingestion, la tenue concomitante TB et TDO d’un journal de traitement, l’examen quotidien du journal de traitement par le travailleur social de terrain, et les interventions nécessaires. Le protocole exigeait que chaque dose non prise soit suivie par une ou plusieurs interventions de contact : d’abord un appel téléphonique puis, si nécessaire, une visite du travailleur social de terrain. L’équipe de TDO et le conseiller en santé publique se réunissaient chaque semaine au centre pour faire le point sur les suivis de traitement et discuter des éventuelles interventions nécessaires. Tous les patients étaient suivis, dans le centre, par l’un des médecins de l’équipe de TDO et par l’assistante sociale du programme. Bactériologie et recherche de sensibilité L’isolement de Mycobacterium tuberculosis a été effectuée par le laboratoire hospitalier et les tests de sensibilité microbienne par Laboratoire de mycobactériologie du NYC Department of Health, comme décrit précédemment.14 Etait défini comme « résistance » un développement > 1 % de colonies sur les milieux contenant des antibiotiques, comparé à des milieux sans antibiotiques (contrôle). Etaient considérés comme multirésistants les bacilles tuberculeux qui résistaient au moins à l’INH et à la rifampicine. Protocole de traitement Les patients étaient traités par des régimes antituberculeux conformes aux directives consensuelles actuelles.15,16 Pendant l’hospitalisation, le traitement était administré chaque jour. Le TDO des patients ambulatoires était assuré au centre de consultation externe de la manière suivante : les patients dont les isolats étaient multisensibles ou mono-résistants recevaient un traitement en une prise, deux ou trois jours par semaine, et les patients dont les isolats étaient multirésistants recevaient un traitement quotidien, du lundi au vendredi. Tous les traitements étaient administrés au sein du centre et aucun protocole de traitement ambulatoire ne comprenait de prise le soir ou le week-end. Si un patient manquait 20 % des consultations ambulatoires de TDO, les doses non prises étaient reportées à la fin du planning de traitement prévu. Des spécimens de crachats (provoqués, si besoin était), étaient habituellement recueillis toutes les deux semaines pendant l’hospitalisation et une fois par mois au centre de consultations externes. La durée proposée de traitement pour les patients porteurs d’isolats sensibles était de 6 mois en l’absence d’infection par le VIH et de 9 mois en 3 cas de séropositivité (ou lorsque la sérologie était inconnue) ; elle était de 9 mois pour les patients porteurs de germes résistants ou ne supportant pas l’isoniazide (INH), et de 18 mois au moins pour les patients résistants ou intolérants à la rifampicine (RIF). Les patients étaient considérés comme ayant une infeciton par le VIH lorsqu’une sérologie positive était avérée ou s’ils avaient une maladie entrant dans le diagnostic de syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA).17 Les patients étaient considérés comme non-infectés par le VIH s’ils avaient une sérologie négative au moment du diagnostic de TB. Comme la durée du traitement des TB multirésistantes (TB-MR) liées au VIH n’est pas déterminée, elle a été définie arbitrairement comme étant égale à 18 mois de TDO avec au moins deux agents actifs in vitro et une absence de maladie clinique pendant au moins 12 mois de traitement.16 Toutefois, les quelques cas de TB-MR qui avaient « terminé le traitement » ont reçu comme conseil de continuer à prendre deux agents actifs in vitro. Recueil et analyse des données Les données ont été colligées de manière prospective sur des formulaires normalisés. Elles comprenaient : variables démographiques, facteurs de risque de VIH et état de la sérologie, site de la tuberculose, date de diagnostic de la TB et de la mise en route du TDO, description du protocole antituberculeux, dates et résultats des examens et des cultures de crachats, résultat des traitements. Les principales variables observées étaient : la proportion de patients éligibles effectivement enrôlés dans les programmes de TDO, l’observance et l’assiduité au traitement, et la proportion de traitements pris intégralement par ceux qui recevaient le TDO au centre de consultations externes du VIH. Les patients étaient considérés comme « assidus » s’ils avaient pris le traitement jusqu’au bout ou s’ils étaient restés en traitement jusqu’à leur mort. Les patients étaient considérés comme « non assidus » s’ils ne s’étaient jamais présentés pour leur TDO, s’ils avaient été transférés vers d’autres programmes, s’ils avaient quitté la ville, choisi de prendre les médicaments seuls, ou avaient été perdus de vue pendant le traitement. Les motifs de « transfert » comprenaient la non-assiduité, une incarcération prolongée, l’incapacité de vivre seul en raison d’un mauvais état de santé ou d’une situation sociale instable, ainsi que la demande du patient. Les patients étaient considérés comme « nonobservants » s’ils ne s’étaient jamais présentés au 4 The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease TDO, avaient manqué > 20 % des consultations malgré les interventions, ou avaient été perdus de vue. Le terme « perdu de vue » s’appliquait aux patients non-observants du TDO et qui ne purent par la suite être retrouvés ni par le travailleur social de terrain, ni par les services de santé publique locaux. Etaient considérés comme ayant « terminé leur traitement » les patients qui s’étaient présentés pendant toute la durée prévue et avaient reçu 80 %3 des doses prévues en ambulatoire.18,19 Les données ont été compilées sur un microordinateur équipé de Epi-Info version 5.0 (Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta, GA). Les données sont exprimées en pourcentages ou en médianes (avec intervalle). Les chiffres ont été analysés par test du ², tests exacts de Fisher et par tests de Wilcoxon. Une régression logistique a été utilisée pour évaluer l’indépendance statistique parmi les variables qui démontraient une association univariée avec l’enrôlement dans le TDO, ou l’assiduité au TDO. Dans l’analyse univariée, les variables pour lesquelles P<0,1 ont été incluses dans les modèles. Le risk ratio (RR) et l’intervalle de confiance à 95 % ont été calculés et présentés pour toutes les variables restantes dans les modèles multivariés avec un P 0,05. Les données ont été analysées au moyen du système SAS (Statistical Analysis System ; SAS Institute, Cary, Caroline du Nord). Toutes les valeurs de P sont bilatérales. Tableau 1 Efficacité de l’identification active et du recrutement pour TDO parmi les patients hospitalisés Nombre de patients (%) Suspicion de TB 226 Diagnostic de TB 167/226 (74) Non éligibles pour TDO 30/167 (18) Décédés pendant hospitalisation 11 Transférés en centres de long séjour 16 Transférés en foyers de tuberculeux 2 Transféré en centre antituberculeux carcéral 1 Eligibles pour TDO 137/167 (82) Enrôlés dans le TDO 116/137 (85) Choix d’un traitement auto-administré 21/137 (15) TB = tuberculoses; TDO = traitement directement observé . Caractéristiques démographiques Elles sont énumérées dans le Tableau 2. Vingt-sept patients (20 %) ont nécessité des interventions des services sociaux parce qu’ils n’avaient pas de logement stable. Plus de la moitié des patients (73/137, 53 %) avaient des antécédents de consommation de drogues illicites (cocaïne, héroïne) et/ou d’alcoolisme et 82 % déclaraient en consommer actuellement. D’après les dossiers du NYC Health Department, 41 patients avaient des antécédents de TB ; 24 (59 %) d’entre eux étaient décrits comme non-compliants. Parmi ceux dont la culture était positive, 20 % (26/130) avaient des isolats résistants à un ou plusieurs médicaments : 13 MR, six résistances à la RIF seule, quatre à Tableau 2 Caractéristiques démographiques RÉSULTATS Identification des patients hospitalisés porteurs d’une tuberculose Entre septembre 1993 et août 1995, 226 patients hospitalisés ont été examinés à la recherche d’une TB. Parmi eux, 58 (26 %) avaient une maladie autre qu’une TB et un (0,5 %) avait déjà reçu un TDO complet de TB. Parmi les 167 patients restants, 160 avaient une TB avérée à la culture, et sept avaient une tuberculose clinique.20 Treize patients porteurs d’une tuberculose microbienne n’ont pas fait l’objet d’une identification prospective. Parmi ces 13 patients, cinq ont quitté l’hôpital avant le diagnostic de TB, quatre ont quitté l’hôpital 3 jours après le diagnostic de TB, et pour quatre, le diagnostic n’a été fait qu’à l’autopsie. La majorité (75 %) des 167 patients examinés souffraient d’une ou plusieurs maladies chroniques intercurrentes. Parmi les 167 patients, 137 (76 %) étaient éligibles pour un TDO (Tableau 1). Caractéristiques Age (années) Sexe masculin Groupe ethnique Noirs Latino-américains Blancs Asiatiques Nés à l’étranger Mauvais traitement de la TB Domicile instable Toxicomanie Alcoolisme Traitement actuel par méthadone Emploi, à temps plein ou partiel Sérologie VIH séropositif séronégatif inconnu TB pulmonaire Examen de crachats positif Profil de résistance* Chimiosensibilité Chimiorésistance Nb total éligibles pour TDO n (%) 42.2 ± 11.9 96/137 (70) 64/137 (47) 38/137 (28) 19/137 (14) 16/137 (12) 38/137 (28) 41/137 (30) 27/137 (20) 67/137 (49) 31/137 (23) 35/137 (26) 30/137 (22) 80/137 (58) 44/137 (32) 13/137 (10) 123/137 (90) 79/137 (58) 104/130 (80) 26/130 (20) TDO = traitement directement observé. * Le profil de sensibilité n’était pas disponible pour 7 patients présentant une tuberculose clinique. TB et TDO l’INH seule, deux à l’INH et à la streptomycine, et une résistance à l’INH, au pyrazinamide et à l’éthambutol. Les 11 patients souffrant de TBMDR qui optèrent pour un TDO étaient infectés par le VIH. Adoption du traitement directement observé parmi les patients hospitalisés Globalement, 85 % (116/137) des patients éligibles ont choisi d’être traités par TDO (IC 95 %, 77,5-90,3). Parmi les 116 qui ont opté pour le TDO, 115 (99 %) ont effectivement été inclus dans le programme ; un patient ne s’est jamais présenté au centre de consultations externes. Onze patients ont choisi de recevoir un traitement antituberculeux par TDO dans leur centre de délivrance de la méthadone, et 13 dans les centres gérés par les services de santé de New York. Les 92 patients restants ont choisi de recevoir le TDO au centre de consultations externes ; la durée moyenne de traitement en hospitalisation était de 1, 43 mois (intervalle = 0,1 à 13 mois). Les comparaisons ont été faites entre les patients ayant opté pour un TDO et ceux qui ont choisi le traitement auto-administré. Dans les analyses univariées, l’acceptation du TDO était associée à la prise de drogues illicites (94 % des patients consommant des drogues, contre 76 % des autres ; P = 0, 006), à l’existence d’un emploi (90 % des sans-emploi, contre 67 % des personnes ayant un emploi ; P = 0,004), et au pays d’origine (89 % des patients nés aux Etats-Unis contre 74 % des patients nés en dehors ; P = 0,05). L’acceptation du TDO était liée de manière marginale à l’âge (87 % des 50 ans contre 71 % des > 50 ans ; P=0,09) et à l’appartenance ethnique (95 % des latino-américains, 81 % des autres ; P=0,07). Les analyses de régression logistique ont montré que les antécédents de toxicomanie étaient le seul facteur associé de manière indépendante à une forte probabilité d’acceptation du TDO (Tableau 3). Assiduité au programme sur site et observance du traitement Au total, 101 personnes ont choisi de recevoir un TDO au sein du centre de consultations externes hospitalier : 92 patients hospitalisés et 9 patients provenant d’autres horizons (trois MR, un cas résistant à le RIF, un cas résistant à l’INH, et deux cas multisensibles). Les neuf patients adressés par d’autres centres ne différaient pas des 92 autres patients par leurs caractéristiques énumérées dans le Tableau 2. Vingt-trois patients avaient des isolats résistants à un médicament ou plus : 12 MR, cinq à l’INH seule, quatre à la RIF seule, un à l’INH et la streptomycine, et un à l’INH, l’éthambutol et le pyrazinamide. Vingt (20 %) des 101 patients ont nécessité un traitement 18 mois en raison d’une résistance à la RIF (16), d’une intolérance à la RIF (3) et d’une résistance à l’INH, l’éthambutol et le pyrazinamide. La sérologie VIH était connue pour 97 % des 101 patients. Le nombre moyen de lymphocytes CD4+/mm3 pour les 65 patients VIH-positifs était de 182 (intervalle : 1 à 838). En tout, 658 mois-patients de TDO ont été administrés au centre de consultations externes pendant la durée de l’étude. L’assiduité aux consultations des 101 patients a été 95 % pour 52 % d’entre eux, 90 % pour 69 % des patients et 80 % pour 85 % des patients. Globalement, 70 % des patients (71/101) recevant le TDO au centre de consultations externes sont restés en traitement jusqu’à la fin ou jusqu’à leur décès (médiane de durée des TDO des patients ambulatoires : 6, 86 mois ; intervalle : 0,26 à 22,4 mois). L’analyse univariée a montré que l’assiduité au TDO dans le centre de consultations externes était associée de manière significative aux antécédents Tableau 3 Caractéristiques associées à l’acceptation du TDO parmi les patients hospitalisés et à l’assiduité au TDO dans un centre de consultation externe, dans les analyses multivariées* Variable TDO (n = 137) Toxicomanie Pas de toxicomane Pas d’assiduité au TDO (n = 101) Toxicomanie Pas de toxicomane Traitement antituberculeux antérieur Pas de traitement antituberculeux * regression logistique Nb avec caractéristique/total 5 Odds ratio (IC95 %) Valeur de P 63/67 53170 4,88 (1,53-15,7) 0,007 23/54 7/47 16/34 14/67 0,21 (0,08-0,60) 0,002 0,27 (0,27-0,71) 0,006 6 The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease de toxicomanie (85 % des non-toxicomanes contre 57 % des toxicomanes ; P=0,002) et aux antécédents de traitement antituberculeux (79 % des patients jamais traités contre 53 % des patients antérieurement traités ; P = 0,007). Les toxicomanes ont également nécessité un plus grand nombre d’interventions de terrain pour consultations manquées (médiane des consultations manquées pour les toxicomanes : 8,2 % ; intervalle : 0-100 %) que les non-toxicomanes (médiane 1,88 % ; intervalle 0-28,1 % ; P=0,002). La relation entre assiduité et groupe ethnique était marginale (80 % de latino-américains, 65 % d’autres ethnies ; P=0,08) et avec les TB MR (74 % de TB non-MR, 50 % de TB MR ; P=0,09). Les valeurs de P pour toutes les autres variables énumérées dans le Tableau 2 étaient > 0,1. Les analyses de régression logistique ont montré que la toxicomanie et les antécédents de traitement antituberculeux étaient associés de manière indépendante à une probabilité plus faible d’assiduité au centre de consultations externes (Tableau 3). Il n’existait pas d’interactions significatives entre ces deux variables (coefficient de corrélation de Spearman : 0,03 ; P=0,73). Parmi les 30 patients qui n’ont pas été « assidus », 25 (83 %) avaient des antécédents de toxicomanie ou de traitement antituberculeux. L’un de ces 30 patients ne s’est jamais présenté pour suivre le TDO et a été traité par la suite dans le service des tuberculeux d’un centre de détention. Les 29 autres ont reçu un TDO en externe pendant une durée médiane de 3,2 mois (intervalle : 0-10,6 mois), mais n’ont pas été « assidus » pour diverses raisons : deux ont choisi de prendre leur traitement seul (l’un à cause d’une incompatibilité du TDO avec ses horaires de travail ; l’autre après être allé consulter pour les soins primaires dans un autre centre) ; cinq ont été incarcérés de manière prolongée ; quatre ont quitté l’état de New York ; 10 ont été hospitalisés dans d’autres centres (huit en centres de long séjour ; un en foyer de tuberculeux ; un dans un centre de soins antituberculeux carcéral) ; et huit ont été pris en charge par d’autres programmes ambulatoires de TDO (sept centres du Department of Health, un dispensaire de traitement par la méthadone). Les raisons de transfert comprenaient : non-observance (56 %), incapacité de vivre de manière autonome en raison de la progression de l’infection par le VIH (39 %), incapacité de vivre de manière autonome en raison d’une absence de domicile fixe (11 %), plus grande facilité pour le patient de poursuivre le traitement dans un autre centre de TDO (17 %). Proportion de traitements pris intégralement Les taux de traitements terminés à la date du 10 avril 1997 sont énumérés dans le Tableau 4. Neuf mois s’étaient écoulés depuis le diagnostic de TB pour les 80 patients qui nécessitaient 6 à 9 mois de traitement, et 18 mois s’étaient écoulés pour 20 des 21 patients nécessitant 18 mois de traitement ou plus. Les 10 patients sortis de l’étude en raison de la non-observance ont continué à recevoir un TDO (sept dans l’un des centres locaux du Department of Health, un dans un centre de traitement par la méthadone, un dans un foyer de tuberculeux, un dans un centre de long séjour). Deux estimations du rapport traitement terminés/(nombre total de traitements - patients sortis de l’étude - patients décédés)3 ont été faites. Lorsque tous les patients transférés pour nonobservance sont traités comme des patients n’ayant pas pris tout le traitement, l’indice global pour les 100 patients qui ont eu la possibilté de terminer le traitement est de 88 % ; il est de 94 % pour ceux qui nécessitaient jusqu’à 9 mois de traitement et de 54 % pour ceux qui nécessitaient plus de 18 mois de traitement. Toutefois, six des 10 patients transférés vers d’autres sites pour non-observance ont finalement terminé leur traitement antituberculeux (parmi ceux qui restent, deux sont morts au cours du traitement, un autre a été perdu de vue et un autre reçoit encore depuis 25 mois son traitement dans un centre antituberculeux carcéral). Lorsque les 6 patients transférés pour non-observance et qui ont terminé leur traitement dans d’autres sites sont inclus parmi ceux qui ont terminé le traitement, l’indice global passe à 98 %, à 100 % parmi ceux qui nécessitaient jusqu’à 9 Tableau 4 Evolution des patients qui ont reçu un TDO au centre de consultations externes, en fonction de la durée proposée de traitement* Evolution Traitement terminé Décédé au cours du traitement En traitement Déménagé Perdu de vue Durée proposée de traitement 6-9 mois >18 mois Total (n = 80) (n = 21) (n = 101) 70 9 79 8 7 15 0 2 0 TDO = traitement directement observé * Au 10 avril 1997. 2 2 1 2 4 1 TB et TDO mois de traitement, et à 82 % parmi ceux qui nécessitaient au moins 18 mois de traitement. Cinq patients (quatre TB-MR et un cas sensible) avaient des cultures positives récurrentes après une stérilisation initiale des cultures de crachats : trois en raison d’une non-observance et deux après arrêt du traitement en raison d’effets secondaires. Les 14 patients morts pendant le traitement avaient tous une infection par le VIH. DISCUSSION Le traitement directement observé de la TB diminue, cela est démontré, le nombre de cas de TB.4,21 Il contribue à réduire le nombre de résistances acquises aux médicaments,22 améliore les résultats bactériologiques et la survie des patients souffrant de TB multi-résistantes en rapport avec l’infection par le VIH14, et il est rentable.4,23 Par conséquent, il est essentiel de mettre au point des systèmes efficaces pour enrôler les patients souffrant de TB dans des programmes de TDO. Si le recours au TDO est prôné par de nombreux experts, on ne sait pas exactement comment inciter activement les patients à y participer. Le TDO est habituellement considéré comme un service offert exclusivement aux patients ambulatoires et, dans l’état de New York, il est répertorié comme tel par le système Medicaid. Toutefois, aux Etats-Unis, la majorité des cas de TB sont diagnostiqués à l’hôpital.7,8 Nos résultats montrent qu’un programme de TDO hospitalier a été capable d’identifier à 95 %, de manière prospective, 176 patients chez qui le diagnostic de TB avait été fait avant décès. De la même manière, 113 patients ont été enrôlés dans un TDO au Bellevue Hospital de New York pendant une période de 7 mois, ce qui représente 95 % des candidats potentiels au TDO, et 95 patients ont été enrôlés à l’Hôpital de Harlem sur une période de 10 mois, dane les deux cas à partir d’une méthode hospitalière.9-10 Ensemble, ces données montrent que les programmes de TDO qui recourent à la surveillance des patients hospitalisés peuvent dépister et recruter efficacement des patients souffrant de TB pour les TDO dans des zones de forte prévalence de TB, que ce soit dans des centres publics ou privés. Le système d’identification prospective des patients TB a permis de dépister 95 % de tous les cas de TB diagnostiqués pendant la durée de l’étude. Toutefois, il est possible que certains cas passent inaperçus, car plusieurs ont été diagnostiqués à l’autopsie. Des retards au diagnostic de TB ont été décrits, et le moment 7 opportun du diagnostic reste un élément important.24 L’identification des cas demande du temps et les patients dont le séjour à l’hôpital est très court peuvent passer au travers du dépistage, ce qui souligne la nécessité d’une étroite coordination entre soins internes et externes. De plus, comme la confirmation d’un diagnostic de TB peut prendre des semaines, la nécessité d’une bonne identification de la majorité des cas de TB impose de consacrer du temps à des cas qui, finalement, se révèlent ne pas être des tuberculoses. Par conséquent, la charge véritable d’un programme de TDO qui recourt au recrutement actif de cas potentiels de TB comprend à la fois le temps passé sur les cas de TB avérés et celui passé sur les cas possibles, plus tard exclus du programme. Dans cette série, 26 % de patients en excès ont été dépistés, ce qui représente trois cas de TB avérée pour chaque patient indemne de tuberculose. Bien que tous les efforts soient faits pour s’assurer que le lieu du TDO est bien choisi par le patient, la majorité des patients ayant opté pour un TDO ont choisi de le recevoir au sein du centre de consultations externes. Nous pensons que plusieurs facteurs ont pu jouer en faveur de ce site : le sentiment de familiarité et de confiance éprouvé à l’égard de l’équipe à l’issue des multiples relations nouées pendant la période d’hospitalisation, la disponibilité des services sociaux, l’existence de facteurs incitatoires et, comme 58 % des patients avaient une infection intercurrente par le VIH, la possibilité de recevoir les deux traitements (TB et VIH) dans le même cadre. Si le TDO est considéré comme une stratégie essentielle dans la lutte contre la TB, 5,25 son acceptabilité par les patients n’est pas bien définie. Certains experts ont recommandé que le TDO soit obligatoire,5 tandis que d’autres ont objecté qu’une telle attitude minerait le désir légitime d’individualiser les traitements26. Plusieurs auteurs ont insisté sur le fait que l’attention portée à des facteurs sociaux déterminants, comme la délivrance d’un traitement pour les toxicomanes dépendants et l’accès à un logement pour les sansabris, doit faire partie intégrante des tentatives pour améliorer l’adhésion au traitement.26,27 Nous avons étudié l’acceptation volontaire du TDO parmi une population où le taux de toxicomanie et l’absence de domicile fixe étaient très élevés, et découvert que 84 % des patients pouvaient être enrôlés dans un programme de TDO. Chez les toxicomanes, traditionnellement à haut risque de mauvaise observance du traitement,13 l’acceptation 8 The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease du TDO était significativement plus élevée. L’association entre toxicomanie et TDO est restée élevée même dans les modèles univariés. Si les raisons de cette association restent hypothétiques, il est possible que l’existence d’un cadre très structuré et de facteurs incitatifs représentent un attrait pour les toxicomanes. Ces résultats démontrent qu’un programme qui favorise la participation des patients en fournissant des avantages en nature peut favoriser une bonne adhésion au TDO, même chez les patients à haut risque de non-observance. Des résultats antérieurs ont montré que la fiabilité de l’auto-administration des médicaments antituberculeux après sortie de l’hôpital dans les groupes où toxicomanie, alcoolisme, absence de domicile et infection par le VIH sont élevés, est parfois associée à une proportion très faible de continuation de traitement et à un taux élevé de réhospitalisation pour rechute de TB.6 Parmi les 101 patients ayant reçu un TDO à notre centre de consultations externes, nous avons observé un taux d’assiduité significativement plus bas parmi les patients ayant des antécédents de toxicomanie et ceux qui avaient déjà reçu un traitement antituberculeux. Toutefois, si le TDO a dû faire l’objet d’un travail intensif, principalement à cause de la non-observance et de l’évolution de l’infection VIH dans ces sous-groupes, 1 % seulement de notre cohorte a été perdu de vue, et 5 % seulement ont fait une rechute de TB. La proportion de traitements pris intégralement a été de 97 %. Ces résultats démontrent que la prise en charge de cas au sein d’un programme de TDO hospitalier, en association étroite avec les services de santé locaux, constitue une stratégie très efficace pour assurer la prise complète des traitements, en particulier par les patients à risque de mauvaise observance. Comme nos résultats le démontrent, de nombreux patients TB avaient des maladies chroniques intercurrentes et beaucoup pouvaient être admis dans des centres de soins pendant leur traitement antituberculeux. Plusieurs poussées épidémiques spectaculaires de TB ont été décrites dans un certain nombre de centres.28,29 Le diagnostic tardif des résistances antibiotiques et le retard à la mise en route d’un traitement efficace ont joué une grande part dans ces poussées épidémiques.24 Par conséquent, en s’assurant que les patients souffrant de TB reçoivent un traitement efficace avant leur transfert vers d’autres centres de soins, les programmes hospitaliers pourraient contribuer à prévenir l’extension de la maladie. En résumé, la surveillance des patients hospitalisés constitue une stratégie très efficace de recrutement pour les TDO dans les zones de forte prévalence de TB. Un modèle de programme de TDO TB comprenant des services concrets, des avantages en nature, et une politique d’interventions sur le terrain, est parfaitement acceptée par les patients TB, y compris ceux dont l’adhésion au traitement est compromise par des facteurs péjoratifs. Le TDO exige une mise en œuvre beaucoup plus énergique chez les patients toxicomanes, ayant déjà été traités pour une TB, ou porteurs d’une infection VIH. Néanmoins, grâce à ce type de programme et à une bonne coordination entre les services compétents, les médecins et les autorités sanitaires locales, il est possible d’obtenir qu’une proportion élevée de traitements soient poursuivis et pris intégralement. Remerciements Les auteurs remercient Qiuhu Shi, PhD, pour ses conseils statistiques, et les Drs Donna Mildvan, Stephen G. Baum et Danielle Salomon pour avoir relu et critiqué le manuscrit. Nous remercions également le New York Stade Department of Health et le New York City Bureau of Tuberculosis pour leur soutien constant. Les directives sur l’expérimentation humaine du Département d’état à la santé des Etats-Unis et celles des institutions où exercent les auteurs ont été respectées pendant la conduite de cette étude clinique. Des résultats partiels de ce travail ont été présentés à la 123 Conférence de l’American Public Health Association, à San Diego (Calif.), en octobre 1995. Ce travail a reçu un soutien financier du New York State Department of Health (C-011208) et de la Stony Wold-Herbert Foundation. References 1 2 3 4 5 6 7 8 Raviglione MC, Snider DE, Kochi A. Global epidemiology of tuberculosis: morbidity and mortality of a worldwide epidemic. JAMA 1995; 273:220-226. Tuberculosis in New York City, 1992: information summary. New York: New York City Department of Health, 1993. Bureau of tuberculosis control: information summary. New York: New York City Department of Health, 1995. Frieden T R, Fujiwara P I, Washko R M, Hamburg M A. Tuberculosis in New York City - turning the tide. N Engl J Med 1995; 333: 229-233. Iseman D I, Cohn D L, Sbarbaro J A. Directly observed therapy for tuberculosis - we can't afford not to try it. N Engl J Med 1993; 328: 576-578. Brudney K, Dobkin J. 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