LA PRESSE EN PARLE MUSIC HALL
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LA PRESSE EN PARLE MUSIC HALL
LA PRESSE EN PARLE Comédie dramatique de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Sophie Gazel, avec Laurence Guatarbes, Pablo Contestabile et Yves Buchin. Sapho chante Léo Ferré MUSIC HALL Théâtre de la Boutonnière (Paris) février 2009 "Music Hall" est une pièce de Jean-Luc Lagarce, dramaturge mort du sida en 1995, dont l'univers se caractérise par les thèmes de l'abandon et de la difficulté à trouver sa place dans le monde actuel, devenu un des auteurs majeurs de ces dernières années. Sa pièce "Juste la fin du monde" fit partie de la programmation de la Comédie Française en mars 2008. "Music Hall" est toujours une invitation au rêve et renvoie l'image de ces spectacles à l'américaine qui déploient autant de talents divers, d'inventivités que de richesses dans les lumières, les costumes et les accessoires. C'est avec ironie que Lagarce utilise le terme : ce qui le touche avant tout c'est ce destin d'artistes, qui errent difficilement dans la vie avant de se poser sur scène comme s'ils atteignaient une planche de salut. Quelle est leur vie diurne? Qui sont-ils avant le lever de rideau? De quelle dépendance souffre-t-il pour supporter leur condition de plus en plus précaire, d'un point de vue non seulement financier mais aussi celui de leur survie? Les lieux qui proposent des scènes se raréfient et le public leur préfère souvent un programme à la télévision. La metteur en scène Sophie Gazel a habillé le tragique des trois personnages de culture argentine. Ainsi leurs histoires se font-elles ballets et chansons. L'émotion est chaque fois perceptible. Les deux boys (Yves Buchin et Pablo Contestabile) entourent la fille (Laurence Guatarbes) vêtue de rouge. Le trio évolue ainsi, amoureusement, sensuellement, se heurtant à des sentiments jamais exprimés : ceux de leur lassitude, de leur amertume parfois et de la tentation de quitter ce radeau de la méduse. On quitte la représentation, troublés, touchés par la grâce et la fragilité des acteurs, bercés par la mélancolie rieuse des rythmes tangos, comme si on y lisait la chronique d'une mort annoncée, celle des troupes de théâtre qui parent encore nos villes des paillettes du music hall. Sandrine Gaillard www.froggydelight.com Samedi 14 mars 2009 Music-hall (critique), Théâtre de la Boutonnière à Paris Sublime et désinvolte Hier soir, j’étais à Buenos Aires. Ou alors pas très loin, au Théâtre de la Boutonnière. On y jouait du Jean-Luc Lagarce, un peu après la bataille. Un « Music-hall » sensuel et renversant. L’histoire d’une passion folle sur un air de Tango. Du béton brut au sol, aux fenêtres des rideaux de fil rouge. L’ambiance est tamisée. D’emblée on y est, dans cette milonga du fin fond argentin. Le tableau est complet. Un vieux Gramophone bâille sur le bar et, là-bas endormi dans un coin, un accordéon dans son étui. Puis, « la fille » fait son entrée, lente et désinvolte. Elle porte des talons hauts, une robe rouge et boit le maté en haranguant le public. Elle nous raconte sa vie d’artiste. Et cette évocation idéalisée de l’Argentine aux allures de carte postale ancienne fait joliment écho à la nostalgie de son monologue. Entourée de ces deux partenaires à la scène, ses « boys », elle déterre les souvenirs et retrace son parcours de chanteuse-danseuse de tango. Les débuts lumineux, le déclin, la solitude, la passion pour son art. Elle évoque avec force détails la tournée des bars minables dans des bleds perdus de la pampa, les représentations devant un public absent ou endormi, et chante son amour indéfectible pour la scène. La portée tragique de ce beau monologue est contrebalancée par la joyeuse présence de ses deux partenaires de passage et joliment ponctuée par des intermèdes musicaux et dansés. Ainsi le soufflet de l’accordéon devient respiration, et les pas sensuels du tango découpent un espace suspendu où plus rien ne peut arriver, ni aux acteurs ni aux spectateurs. Cette forte connivence entre les comédiens et le public est amplifiée par la charmante promiscuité du Théâtre de la Boutonnière. On ne pouvait rêver plus puissante lecture de ce fragment de l’auteur contemporain le plus joué au monde. La mise en scène de Sophie Gazel est plus qu’à la hauteur. Ici, on questionne la fragilité de l’artiste et la place de la culture dans la cité. Un beau sujet d’actualité traité avec amour au fil d’un récital de boléro. On rompt avec la mythologie du music-hall. Les strass et les paillettes se convertissent en dentelle rouge, et les élans swing d’une Joséphine Baker sont troqués pour des interprétations déchirantes de lagrimas negras. Une transposition osée qui semble évidente a posteriori. L’histoire est sublimée par la présence de trois comédiens de haut vol, qui semblent faire corps avec le texte. Laurence Guatarbes mène la danse avec brio, mi-lionne, mi-matador. Elle jongle entre les registres avec une aisance incroyable, nous menant du rire aux larmes en un tour de piste. Sa voix rauque et suave égrène des refrains entêtants en espagnol. Ses deux acolytes, Yves Buchin et Pablo Contestabile, l’accompagnent à l’accordéon et à la voix, et jouent une partition subtile et enjouée qui renoue avec l’intention comique du texte. Car, oui, Jean-Luc Lagarce pensait avoir écrit une pièce drôle. Mais, ici, le rire est nerveux, presque anxieux et « l’œil fixé sur le trou noir », la fille dessine un dernier pas de danse, magnifique et habité, de ceux qui sondent l’abîme et qui restent dans la rétine, à tout jamais. ¶ Ingrid Gasparini / http://www.lestroiscoups.com/article-29030506.html Les Trois Coups FIGARO On parle de la « petite musique » de Marguerite Duras. On peut parler ausi de celle de Lagarce. Elle nous prend au creux de l’estomac, elle ne nous lâche pas, comme un refrain mélancolique, longtemps après avoir quitté le théâtre. Mais est-ce un théâtre ? « La Boutonnière » est une ancienne fabrique de boutons en nacre dont la dénomination a été conservée, en hommage à cet artisanat en perdition. Est-ce une salle de théâtre? Un grand espace, quelques banquettes pour accueillir un nombre restreint de spectateurs. Un lieu presque improbable mais idéal pour aller à la rencontre de « la Fille » et de ses deux boys. Pas de coulisses : ils entrent face à nous, ils nous regardent, nous les regardons : nous sommes déjà là, avec eux, complices, pour écouter les confessions de la Fille, les commentaires des boys. La Fille dans sa robe rouge, les longs cheveux bruns, le corps mince et gracile, un sourire aux lèvres, un peu narquois, un peu nostalgique aussi . Une vague ressemblance avec la Gréco de l’après-guerre, surtout lorsqu’elle chante, la voix rauque. C’est du music-hall alors ? Peut-être est-ce que ce fut du music-hall… : aujourd’hui la Fille, nous voyant si proches d’elle, si attentifs aussi, peut-être bienveillants, nous raconte son parcours. Peut-être a-t-elle eu du succès parfois, autrefois. Peut-être seulement dans ses rêves. Elle n’a qu’un accessoire, celui qui a permis à Marlène de devenir un ange bleu pour toujours : : un tabouret. Elle sait en jouer du tabouret la Fille, y faire des pirouettes. Mais parfois, dans certains théâtres on n’en n'en veut pas. Le tabouret n’a pas de succès. Et les boys ? Au début c’était son mari et son amant : l’un a tué l’autre. Elle en a changé, quinze se sont succédés . Ils chantent,dansent, font diversion quand elle pleure... « The show must go on » : la Fille, continuera d’aller de salle en salle, avec son tabouret, des boys. "Music-Hall", avec ces comédiens, dans ce lieu, c'est authentique ! MARIE ORDINIS 07 février 2009 Music Hall, de Jean-Luc Lagarce Music-hall, fragments, de Jean-Luc Lagarce, mise en scène Sophie Gazel La Boutonnière est ce lieu étonnant au coeur du onzième arrondissement de Paris et jouxtant des ateliers de confection et tant d’autres boutiques d’artisans qui perdurent, Dieu soit loué, côté métro Voltaire . Au fond d’une cour et au premier étage d’un de ceux-ci auquel on accède par un escalier métallique il y a cet espace parfaitement transformable. L’équipe qui l’anime en a fait un lieu de culture et de rencontres et le ré-envisage, le re-formule en fonction de ce qui s’y donne. Cette fois-ci c’est ce Music-Hall, signé Jean-Luc Lagarce, une de ses premières pièces, datant de 1988 et dont une autre version qui va s’achever se joue aux Bouffes du Nord. Concomitance ?…Lagarce est parfait quand il s’agit de montrer que le parcours d’un artiste est forcément baroque, que son statut, de nos jours, l’est tout autant, et que ce qu’on prend pour un échec pourrait tout aussi bien être considéré comme une réussite ailleurs et en d’autres temps ; bref que l’art, authentique, salvateur, pur, intemporel et hasardeux, mais refondateur du monde vrai, est fait pour nous donner du plaisir à tous et pas seulement ceux qui le pratiquent. Mais il y a des saboteurs-raboteurs partout, voyez nécessité de rentabilité – et les artistes peu connus, souvent obligés d’effectuer tournée après tournée comme on fait la manche, sont régulièrement traités avec un certain mépris. Deux hommes, une femme, tous étonnants, mais elle très physique avec de l’énergie à revendre. Eux plutôt subtils débordent d’humour et sont au deuxième degré. L’un à l’accent prononcé chante et joue d’un vrai accordéon au son de bandonéon. Les voila qui dansent des tangos musclés et autres milongas. La pièce est poignante et ces trois comédiens généreux émeuvent d’un bout à l’autre. Théâtre de La Boutonnière, du mardi au samedi à 21heures. Réservations: 01 48 05 97 23 posted by Marie Ordinis @ 3:46 PM REGARD EN COULISSE Music-Hall (Fragments) D'après l'oeuvre de Jean-Luc Lagarce Mise en scène : Sophie Gazel Avec Laurence Guatarbes, Yves Buchin et Pablo Contestabile. C’est l’histoire de trois artistes qui vont de ville en ville pour jouer leur spectacle et gagner leur vie autant qu’il leur est possible malgré les conditions misérables qu’ils rencontrent dans chaque lieu qui les accueille. Au fil de leur récital de Boléro et de Tango, ils témoignent de leur vie, de la précarité des tournées et de certains épisodes intimes de leur existence. Ce cinquième spectacle de la compagnie franco-argentine Théâtre Organic est d'une rare élégance. Il réussit à mettre en scène ce mystère qui est celui des artistes de la scène, prêts à tous les compromis et tous les sacrifices pour être ne serait- ce que quelques instants sur scène dans la lumière sous le regard du public. Les personnages de ce Music-Hall sont pathétiques mais ils portent une parole, celle d’une foi dans le théâtre et d’un amour indéfectible pour lui. C'est pourquoi l'on s'attache très rapidement à la Fille et ses deux Boys, qui nous confient leurs anecdotes théâtrales et intimes. Cela est d'autant plus prononcé que le cadre exceptionnel de la Boutonnière permet une promiscuité qui permet au public de se retrouver au coeur même du dispositif dramatique et scénique, un cabaret d'un autre temps, qui représente à travers ce lieu, le théâtre de tous les possibles. Le jeu des trois comédiens, Laurence Guatarbes, Yves Buchin et Pablo Contestabile sonne juste et leur complicité évidente renforce cette notion de troupe qui se protège derrière des morceaux de tango afin de démontrer une certaine dignité dans la lucidité de leur drame. Même si le décalage entre le jeu statique de La Fille et l'occupation judicieuse de l'espace scénique par ses Boys dans la dernière partie de l'ouvrage est peut-être un peu trop flagrant, donnant ainsi l'impression d'assister à une brève de comptoir, le désenchantement des personnages face à leur destin n'en est que plus évident. Note : 4 étoiles Sébastien Fevre TOP N°1 MUSIC HALL / Théâtre de la Boutonnière / Paris C’est l’histoire de trois artistes qui vont de ville en ville pour jouer leur spectacle et gagner leur vie autant qu’il leur est possible malgré les conditions misérables qu’ils rencontrent dans chaque lieu qui les accueille. Au fil de leur récital de Boléro et de Tango, ils témoignent de leur vie, de la précarité des tournées et de certains épisodes intimes de leur existence. "Music Hall" est l’un des meilleurs spectacles vus depuis la rentrée 2008 : Un texte expressif extrêmement bien mis en valeur par les acteurs ; De la musique, de la danse, du théâtre ; et le tout se mêlé sans s’emmêler avec une dimension latente de tragi-comique. Les artistes sont tous formidables : Yves Buchin et Pablo Contestabile, proches de l’excellence côtoient une Laurence Guatarbès, belle, sensuelle et d’une justesse précieuse... De l’authentique au service du spectaculaire : Music Hall, ce sont 2 boys, 1 fille, et le champs des possibles est à l’infini... Bravo à eux ! C.L
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