L`éleveur laitier (n°135, 04/2006) Dossier Bâtiment
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L`éleveur laitier (n°135, 04/2006) Dossier Bâtiment
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Airesd’exerciceContre lesglissades, tapisourainures ? Pour rénover un sol en béton lisse, le rainurage est le moins onéreux. De son côté, le tapis en caoutchouc apparaît idéal pour le confort animal mais lourd pour les finances. ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Rien de pire qu’un sol en béton devenu lisse par l’usuredurabotmécaniqueou du godet utilisé pour racler les déjections. Mieux vaut d’ailleurs ne pas attendre de retrouver une vache écartelée pour agir. Un béton glissant a de nombreux effets induits néfastes sur un troupeau. Rien de tel pour casser l’envie aux vaches de se chevaucher et rater des chaleurs. Ou encore pour qu’elles hésitent à se déplacer et donc qu’elles fréquentent moins la table d’alimentation, avec à la clé des soucis métaboliques. L’éleveur n’est pas non plus à l’abri d’une mauvaise chute. Nombreux en ont fait l’expérience. Avant de parler solutions tech- > ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ à ajouter au béton un désactivant qui l’empêche de prendre en surface et de le décaper au jet basse pression quand il est encore frais. Difficile toutefois de l’envisager pour des aires d’exercice. Ses 11 E/m2 de surcoût par rapport à un béton classique cantonnent la technique à des surfaces réduites, comme les quais de traite. OBJECTIF : UN SOL RUGUEUX MAIS PAS DÉPLANÉIFIÉ Autre point tout aussi primordial pour prolonger la rugosité : la réalisation même du béton. C’est aujourd’hui l’affaire des spécialistes que sont les dallistes. Imposez-leur surtout, pour les aires d’exercice, de laisser l’hélicoptère au vestiaire. Rien de tel pour transformer une surface en patinoire. Cet outil couplé à l’utilisation de la règle vi- brante donne un béton très condensé et compact, mais aussi trop lisse. « Un glaçage à l’hélicoptère, c’est plus glissant que dix ou quinze ans de rabot », rappelle Denis Vermot, de SaintGeorges-Armont (Doubs), éleveur reconverti depuis dix-sept ans dans le rainurage desbétons.Témoin ce clientrécent qui, au bout de huit jours et après avoir rentré ses vaches dans un bâtimentneuf,en aeu trois de « cassées ». Pour ce professionnel du rainurage, l’idéal est de pouvoir rendre son sol rugueux,sans le déplanéifier pour autant. C’était le cas pour tous ceux qui, dans les années quatrevingt, suivaient cette mode consistant à passer un coup de fourche ou de bêche un peu trop lourd sur le béton frais. Pour rendre le sol antidérapant pendant une voire plu- Le flammage plombé par son coût Le décapage thermique (ou flammage) est une technique ancienne de rénovation des bétons. Elle consiste à réaliser un choc thermique à l’aide d’une flamme d’oxy-tétrène. Par l’apport de chaleur intense (près de 3 000° C) et ponctuel à la surface du béton, on provoque son éclatement sur 1 à 2 mm avec pour résultat la disparition de la partie patinée glissante. Ce travail, à confier à des spécialistes, se réalise avec une machine munie d’une rampe de brûleurs multibuses de 25 ou 50 cm de large. Ressorti du placard par Air liquide suite au forcing d’un éleveur jurassien convaincu de ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ niques pour ces bétons devenues peu ou prou des patinoires, sachez que la vitesse à laquelle un béton se lisse dépend, au-delà des agressions quotidiennes du raclage, de sa propre nature. Si, à la construction de votre bâtiment, vous avez le choix entre du béton fait avec du sable roulé de rivière ou du calcaire, exigez le premier (ou du sable issu de granit). Le surcoût peut en valoir la peine. En effet, qui dit sable de rivière, dit graviers de silex qui donneront un béton plus dur qui se lissera moins vite. A contrario, rien de pire pour la longévité dela rugosité que du sable calcaire terreux et mal lavé, comme on en trouve parfois. L’idéal en la matière serait de pouvoir réaliser des sols en béton désactivé avec du sable de rivière. Cette solution consiste PAGE 38 son intérêt, le flammage commence à être proposé par un réseau de prestataires. Ils sont pour le moment trois recensés par Air liquide (1) à rayonner sur la moitié Nord, deux dans l’Ouest, un en Champagne-Ardenne. Un quatrième du Centre-Est pourrait bientôt les rejoindre. Une dizaine d’élevages aurait fait appel à leurs services. Difficile toutefois d’imaginer que le flammage perce vraiment. Il en coûte en effet de 6 à 10 E/m2, soit 2,5 à 4 fois le prix d’une scarification à la rainureuse qui, elle aussi, éclate par percussion les premiers millimètres de béton. (1) Tél. : 01.34.21.30.84. L’ÉLEVEUR LAITIER > N° 135 < AVRIL 2006 DOSSIER VOS BÉTONS SONT-ILS ENCORE SUFFISAMMENT ANTIDÉRAPANTS Une vache sûre de ses pas marche normalement pour se déplacer. Elle n’a pas le dos arrondi et ne cherche pas ses appuis avec des pas courts. C. Thiriet ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Le signe le plus évident d’un béton encore rugueux est l’observation de vaches qui n’hésitent pas à se chevaucher. C. Thiriet ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Il n’y a qu’une vache vraiment en confiance sur ses appuis pour se lécher ainsi le pis sur trois pattes, comme au pré. C. Thiriet sieurs années, Denis Vermot conseille, après la règle vibrante, de passer simplement un coup de balai de cantonnier dont le manche aura été rallongé. Avantage decette formule : repousser la facture du rainurage. C’est d’autant plus conseillé que les grosses rainureuses automotrices des trois sociétés (1) intervenant sur le marché national ne font du bon travail que si elles travaillent un béton suffisamment dur. « Trop d’éleveurs nous demandent de rainurer dans des sols qui n’ont pas atteint leur dureté. C’est dommage, car ils réalisent d’excellentsbétons et unàdeux moisaprès, ils les font arracher. Un béton d’un an se découpe plus net et le rainurage est de meilleure qualité. » LA NETTETÉ DE L’ARÊTE EST PRIMORDIALE Des solutions techniques existant pour rénover une aire d’exercice bétonnée devenue glissante, le rainurage et la scarification sont les moins onéreuses. Comptez 2,5 à 3,2 E/m2 contre 6 à 10 E/m2 pour du flammage (voir encadré) et autour 30 E/m2 pour des tapis en caoutchouc. Rainurage et scarification (ou surf a ç a g e ) s e r é a l i s e n t a ujourd’hui avec deux types de machines. Les premières, spécialement conçues pour cette L’ÉLEVEUR LAITIER > N° 135 < AVRIL 2006 ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Pour vérifier si votre rainurage est toujours efficace, faites le test du balai. Le manche posé sur l’entre-rainure, puis poussé doit être stoppé par l’arête de la rainure. tache, tranchent le béton en le martelant avec des molettes en acier. Celles-ci sont dotées de pointes en carbure de tungstène et montées sur un rotor. Pour rainurer, ces molettes mobiles sont espacées de 50à60mm,elleslesontde10à 15 mm pour scarifier. On trouve dans ce groupe des machines de moyenne puissance (1,5 ch/rainure) et de gros automoteurs (6 ch/rainure). L’autre type d’automotrice adapté des travaux publics travaille avec des pointes en carbure fixées sur un rotor… Ce qui paraît un peu moins à même de réaliser une découpe franche. Or, tout le monde s’accorde sur un point en matière de rainurage : c’est la netteté de l’arête de la rainure où vient buter l’onglon qui empêche la vache de glisser. Et c’est aussi l’érosion de cette arête qui oblige avec le temps à réintervenir. En matière de dimension des rainures, deux écoles s’opposent. Les prestataires opérant avec de petites machines préconisent plutôt des rainures peu profondes (5 à 7 mm). Argument de Dominique Bernier, de Multi service bovin, en Ille-et-Vilaine : « Mon principe est de respecter au maximum le béton en évitant de réaliser des microfissuresdanslesquellesdesjuspeuvent stagner, avec par exemple ● ● ● ■ ■ ■ ■ ■ PAGE 39 ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ UNE RAINURE TROP LARGE NUIT AU CONFORT DU PIED PAR EFFET BASCULE DE L’ONGLON ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Equiper ses aires d’exercice devenues trop glissantes d’un revêtement en caoutchouc n’est pas donné à toutes les bourses. Comptez un investissement de l’ordre de 30 E/m2 (pose incluse). Un rainurage ou un surfaçage ne coûte que 2,5 à 3,2 E/m2. ●●● des risques de contamination si l’élevage est confronté à des problèmes de dermatites. » Les autres, qui avec des automotrices lourdes et puissantes ont plus de facilités à scier le béton, visent une profondeur de 10 à 15 mm. C’est le cas de DenisVermot:«Lesolnes’usepas en hauteur, c’est l’angle de l’arête qui s’érode provoquant un effet cuvette. Avec une rainure assez profonde, on retarde cette échéance. En sciant plus profond, on est aussi plusà mêmederéaliser unerainure bien nette. Il ne s’agit pas non plus d’aller trop loin pour éviter de voir y stagner trop de lisier. » Toutefois, l’uncommel’autreannoncent la même durée de vie de l’efficacité d’un rainurage bien fait : au moins dix ans. En matière de largeur (18 à 20 mm) et d’espacement (50 mm) entre rainures, ces deux opérateurs, comme d’autres, se retrouvent en re- ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ vanche à l’unisson. « Plus la rainure est large, plus l’onglon a de chances d’y trouver un point d’appui. Mais on risque aussi de nuire au confort du pied, par effet de bascule de l’onglon… Avec à la clé des animaux qui rechigneront à fouler le béton. 18 à 20 mm de large sont un maximum à ne pas dépasser. » Pour l’espacement, 50 mm semblent être le bon compromis entre efficacité et confort pour l’animal. « Avant, je travaillais à 60 ou 70 mm de large. Je suis revenu à 55 mm. Au-delà, les vaches peuvent encore s’écarteler car leurs onglons ne trouvent pas toujours la butée de la rainure assez vite. En deça, on peut nuire à la planitude du sol et au confort des aplombs. » Entre rainurage et scarification, les prestataires divergent aussi parfois sur la solution à choisir. Sur des bétons an- ciens, Dominique Bernier préconise de scarifier sur les 1 à 1,5 mm, « toujours pour respecter le béton », son leitmotiv. Il est toutefois rarement suivi par ses clients qui, question de coût, préfèrent un rainurage qui durera plus longtemps. Comptez, selon la qualité des bétons, la fréquence et l’agressivité du raclage, au moins dix anspourunrainurage.Etpour une scarification entre trois et six ans. C’est pour cette raison que Denis Vermot et d’autres prônent plutôt le rainurage sur des bétons anciens jamais rainurés ou rainurés peu profond. «Silebétona déjà été rainuré à 10-15 mm, je préconise en revanche de scarifier », explique ce dernier. Question de confort pour l’animal. « En effet, il est impossible pour l’automoteur de re- passer dans les mêmes rainures. On risque alors de transformer le sol en un champ de bataille. En scarifiant, je rogne les inter-rainures, les rendant plus rugueuses tout en replanifiant le sol. Et quand ce sol sera à nouveau glissant, je rainure à nouveau. » Même discours aux établissements Boué. RECOUVRIR DE TAPIS : LA SOLUTION DE LUXE Pour les interventions sur les bâtiments neufs, les professionnels sont sur la même longueur d’onde. Le rainurage est la règle. Pas de scarification, sauf cas très exceptionnels pour certains s’il y a eu un glaçage à l’hélicoptère. « Pour faire une scarification de qualité, il est impératif d’intervenir sur un béton vraiment dur. » Là aussi, même avec cette technique moins Caillebotis : bientôt du rainurage avec des disques à diamant Deux solutions s’offrent aujourd’hui aux éleveurs confrontés à des problèmes de glissance sur caillebotis. Le première consiste, comme pour les aires bétonnées, à les recouvrir d’un revêtement en caoutchouc. C’est ainsi que la firme allemande Kraiburg propose des tapis avec des fentes découpées sur mesure. Autre solution : le faire scarifier sur 1 mm d’épaisseur dans le sens des fentes comme le proposent quelques ■ ■ ■ ■ ■ RAINURER OU INSTALLER DES TAPIS, UN COÛT QUI VA DE UN À DIX PAGE 40 prestataires. Ce travail est réalisé avec des machines équipées, comme les petites rainureuses, de rotor à molettes spéciales qui, en frappant le surface du caillebotis, le rabotent. Une troisième solution, venue d’Europe du Nord devrait bientôt être envisageable. Elle consiste à réaliser, dans le sens des couloirs, des rainures de 1 à 2 mm maximum de profondeur, de 3 mm de large, espacées de 2,5 à 4,5 mm (selon les sociétés). Pour ce faire, la machine est équipée de disques à diamant qui, comme une meuleuse, scient la surface du caillebotis. Vermot rainurage travaille à la mise au point d’une machine de ce type. Elle sera montée sur chenilles, guidée par laser et travaillera sur 1 m de large. Interrogé sur un chantier à réaliser dans l’est de la France, un entrepreneur belge propose 5,25 E/m2 pour rainurer un caillebotis avec sa machine travaillant sur 40 cm de large. L’ÉLEVEUR LAITIER > N° 135 < AVRIL 2006 DOSSIER sur les tapis, les affections d’origine mécanique au niveau des sabots ont fortement diminué. Il n’y avait quasiment plus d’ulcère de la semelle. Les contusions étaient devenues rares et peu graves. « A ma grande surprise, les onglons avaient retrouvé une forme naturelle, note Barbara Benz, chargéedel’étude.C’est-à-direavecun bord porteur légèrement saillant, plus apte à supporter le poids de l’animal qu’une semelle plane. » ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ DES VACHES PLUS À L’AISE agressive, il s’agit de trouver un compromis entre rugosité du support scarifié et confort pour les aplombs. Le problème actuel des rainureuses à molettesmobilesestqueleurécartement et leur alignement sur le rotor se dérèglent très vite au travail. D’où l’intérêt de scarifier avec un rotor doté de dents de carbure montées sur autant de porte-dents rigides pour griffer le sol en surface. « Le rainurage est une solution inté- ressante, mais elle n’est pas suffisante à elle seule pour supprimer tout souci de glissance. Un raclage propre et soigné reste incontournable, notamment à ces périodes critiques de printemps ou d’automne où le sol des stabulations a tendance à se recourir d’une pellicule grasse », remarque Claude Rémy, conseiller bâtiment en Haute-Marne. Comparé au rainurage,lasolution des tapis caoutchouc paraît sûrement plus satisfai- L’ÉLEVEUR LAITIER > N° 135 < AVRIL 2006 sante en matière de confort pour les vaches. Le tapis recrée en effet les conditions de sol d’un pâturage. Les vaches y retrouvent leur naturel. Une étude indépendante conduite en 2001 par une université allemandeleprouve.Enlicependant un an, soixante holsteins conduites six mois sur sol béton, puis six mois sur un revêtement en caoutchouc. Les résultatssontéloquents.Aubout de seulement trois mois passés ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Le tapis en caoutchouc offre une surface plane et homogène. Les vaches semblent plus à l’aise. Leurs onglons s’enfoncent d’au moins 4 mm dans le tapis, rendant ce dernier antidérapant. Les vaches, plus actives, se déplacent avec beaucoup de dynamisme et de spontanéité d’une zone à une autre. Fini les pas hésitants, peu sûrs et courts observés sur le béton. Ils sont à la fois plus longs et rapides. Des mesures effectuées en ferme montrent que les pas peuvent être aussi longs (78 cm) qu’au pâturage. Certaines vaches courent parfois d’un bout à l’autre du bâtiment. Plus actives, elles fréquentent davantage la table d’alimentation et cela se traduit par une augmentation de l’ordre de 8 % du fourrage ingéré. D’autres changements sont encore plus frappants, telsquelafaçondeselécher.« Il est assez rare de voir une vache se lécher le pis sur le béton, souligne Barbara Benz. Ce mouvement l’oblige à se mettre sur trois pattes ; inconfortable sur une surface glissante. Sur tapis de caoutchouc, il devient normal. » Autre constat : comme débarrassées de la peur de glisser, les vaches sur tapis hésitent beaucoup moinsquesurlebétonàsechevaucher. Elles expriment ainsi davantage de signes de chaleurs. La fréquence des chevauchements par heure passe de 0,4 sur le béton à 1,4 ● ● ● ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ PAGE 41 ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ AU CANADA, CERTAINS TAPIS COMPTENT, SANS AUCUN SIGNE D’USURE, VINGT ANNÉES D’UTILISATION ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ●●● sur les tapis. Et ce, même si ce mouvement se fait parfois (même sur le tapis) au prix d’une glissade. Les nombreux avantages techniquesdutapisjustifient-ils les 30 E/m2 d’investissement comparé à un rainurage ? C’est peut-être un luxe que certains jugeront utile s’ils veulent des conditions de confort « tip-top » pour leurs animaux. Le surcoût important peut aussi sepondéreravecla longévité de ces tapis. Certes, les premières installations en Europe datent de moins de cinq ans. Mais sachez qu’en Amérique du Nord, les tapis sur aires d’exercice sont utilisés depuis longtemps. Dans plusieurs étables canadiennes, certains en service depuis bientôt vingt ans n’ont pas pris une ride. A l’évidence, le tapis se justifiera aussi mieuxen rénovation que surun bâtiment neuf. Cela,notamment si le béton est trop dégradé et oblige à refaire une chappe avant de rainurer. Pour être complet, sachez que ces tapis peuvent s’installer dans des couloirs équipés d’un racloir automatique. Une pose particulière est toutefois nécessaire le long du rail. Le racloir ne se trouve alors pas en contact avec le tapis, mais avec deuxlisières en Téflon. Ilexiste aussi des tapis spéciaux pour caillebotis. ■ JEAN-MICHEL VOCORET ET LIONEL SIMERMAN ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ PAGE 42 Florent et Loïc Perrin, du Gaec de l’Ecluse à Hâcourt (Haute-Marne). « NOS VACHES SE DÉPLACENT BEAUCOUP MIEUX » En optant pour des tapis en caoutchouc dans les allées, Florent et Loïc Perrin ont privilégié le confort de leurs animaux. Fin 2002, Florent Perrin passe une dizaine de jours au Canada. Il y visite un bâtiment de 300 laitières aux allées recouvertes de tapis en caoutchouc. Ce système, très répandu en Amérique du Nord, est alors méconnu en Europe. « Les vaches se sont mises à courir devant moi, s’exclame Florent. J’étais stupéfait. » De retour en France, il en parle à Loïc, son frère. Ils choisissent de recouvrir l’aire d’attente et la salle de traite de tapis en caoutchouc. A cette époque, les deux frères construisent un nouveau bâtiment (plus une salle de traite) pour héberger leurs soixantequinze laitières. Il est inauguré en février 2003. « Les vaches remontaient dans l’aire d’attente après la traite, note Florent. Elles se sentaient vraiment mieux sur les tapis que sur le béton. » Dès septembre 2003, les frères Perrin recouvrent de tapis de caoutchouc les 630 m² de l’aire d’exercice. Pour la pose, il faut laisser un es- > pace d’environ 2 cm au bord des murs et des logettes afin que les éléments puissent se dilater sans se gondoler en été. Les tapis s’assemblent à la manière d’un puzzle et les ajustement sont effectués avec de nombreuses coupes au cutter. Pour les logettes, le caoutchouc est un excellent isolant et améliore le confort du couchage. Les animaux passent déjà leur troisième hiver dans le bâtiment. « Les tapis n’empêchent pas les vaches de tomber, affirme Loïc. Mais elles se relèvent plus facilement et donc ne se blessent pas. Aucune vache ne s’est écartelée depuis plus de deux ans et demi. Dans l’ancien bâtiment, il était courant d’en avoir une ou deux chaque année. » Les tapis en caoutchouc favorisent également l’expression des chaleurs. Certaines vaches traversent même le bâtiment en se chevauchant. Malgré la présence de caoutchouc, quelques soucis de boiterie se sont fait jour. Beaucoup d’animaux souffrent de mortellaro. « Nous parons toutes les vaches chaque année, affirme Florent. Et juste après, il y a généralement une explosion de mortellaro dans le troupeau. Nous devrions désinfecter la meuleuse après chaque animal. Toutefois, les vaches qui boitent ont beaucoup moins mal que sur du béton. Et une fois soignées, elles guérissent beaucoup plus vite. » Les frères Perrin nettoient les allées deux fois par jour à l’aide d’un racloir dont la base est gainée de caoutchouc. « Pour bien racler l’aire d’exercice, estime Loïc, les tapis doivent être suffisamment humides et souillés. En été, la bouse s’assèche très vite sur le caoutchouc. le risque de glissade devient alors important. Il faudrait alors ne raboter qu’une s e ul e f o i s p a r j o u r . » A 30 E/m² , l’investissement de départ est assez onéreux. «C’estvrai.MaisauCanada,j’ai vu des tapis de plus de quinze ans. Ils n’avaient pas pris une ride ! Pour rien au monde, je ne remettrais aujourd’hui mes vaches sur du béton. » ■ LIONEL SIMERMAN L’ÉLEVEUR LAITIER > N° 135 < AVRIL 2006