david isaac

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DAVID ISSAC. DIXIEFROG par Jean-Louis Guinochet
LISA PANOYAN. EUROPEAN BLUES CRUISE 2015 par andré Fanelli.
DAVID ISAAC
Par Jean-Louis Guinochet
À l'approche des ses 30 ans
DIXIEFROG
crée un nouveau label !
Dixiefrog est crée en 1986 par deux amis ayant une passion commune pour le blues.
Le premier, Alain Rivet, re-baptisé "Leadfoot" (pied de plomb) par Larry Garner pour sa
tendance à appuyer sur le champignon, est l’un des premiers français dans les années 60 à
chanter du blues, du rock et de la soul. Il tourne notamment avec des groupes comme les
Turnips (avec Captain Mercier et Gil Neau) et les Murators (avec Alain Chamfort à l’orgue) et
publie son premier album solo sur RCA en 1975. Depuis, il n'a cessé d'animer la scène blues,
restant encore toujours très présent aujourd'hui avec la sortie d'albums personnels et de
nombreuses
collaborations
comme
chanteur
ou
comme
auteur(1).
Le second, Philippe Langlois, après avoir commencé par gérer les tournées de Francis Lalanne,
puis celle de Sapho, avec une première société fondée en 1980, revient par ce biais à ses
premières amours musicales, le blues.
Alain Rivet (photo Olivier Ménard. 2009) et Philippe Langlois (photo DR).
Le nom du label, Dixiefrog, fut choisi sur une idée d'Alain Rivet. Cependant, il quittera assez
vite la société pour se consacrer exclusivement à son activité d'artiste, laissant à Philippe et sa
pugnacité le soin de gérer la suite de l'aventure tout seul.
Totalement indépendant, ce label lui donnera la possibilité de choisir ses poulains et de les
distribuer dans toute l'Europe.
Depuis, avec la publication d'une bonne vingtaine
d'albums par an d'artistes de haut niveau, il est devenu
un acteur incontournable de la scène blues européenne
et reconnu comme l'un des meilleurs du genre.
Dans cette période de mutation particulièrement perturbante pour l'industrie du disque, nous
avons demandé à David Isaac, qui épaule Philippe à cette tâche difficile, de nous expliquer
comment il envisage l'avenir.
JLG < Bonjour David.
Tout d'abord, comment se comporte au sein de votre catalogue le dernier album de Mighty Mo
Rogers que j'ai qualifié de "chef d'oeuvre" (2) parce que, depuis longtemps, rarement un album
récent m'avait apporté autant d'émotion ?
David Isaac < Le demarrage a été très correct. Il était dans les charts jazz des ventes physiques
et du téléchargement. L'accueil média a été hyper positif également. Après Eric Bibb et Popa
Chubby ce sera certainement une de nos meilleures ventes de l'année.
JLG < Depuis la création de DixieFrog en 1986, on observe au fil des années la disparition des
cassettes, le règne du CD jusqu'aux années 2000, et depuis l'apparition des supports virtuels
que nous connaissons aujourd'hui. Comment vois-tu l'avenir et penses-tu que le fait que vous
soyez un label très spécialisé est un atout ?
DI < Je ne sais pas si c'est particulièrement un atout. Ce qui est certain c'est qu'il faut tenter de
faire coexister les différents supports et prendre conscience qu'il y a, dans notre secteur de
niche, des consommateurs de musique enregistrée sur CD, sur vinyles ou sur supports
dématérialisés. Tous les artistes n'ont pas intérêt à sortir leur album sur ces trois supports, cela
dépend des projets, mais il faut garder à l'esprit qu'ils sont complémentaires.
JLG < Un de ces supports a plus de chance qu'un autre ?
DI < Lequel des supports sera celui que les consommateurs adopteront définitivement et y-ena-t-il un seul d'ailleurs ?
Nous vivons une époque intimant l'adaptation. Qu'il y ait aujourd'hui des clients pour la
musique payante est rare mais ils existent. Nous leur devons le meilleur et en reconquérir
toujours plus est un challenge élevé mais surtout obligatoire.
JLG < L'ouverture de Dixiefrog aux métissages musicaux n'est pas nouvelle avec des rencontres
entre
blues
et
world
music
par
exemple.
C'est une voix toujours prometteuse ? Même entre blues et hip-hop (3)?
Le blues pourrait être vu comme une source qui s'est
tarie, tout naturellement, avec le temps. Évidemment
que non ! L'Europe prouve d'ailleurs la vitalité dans le genre, les audaces à croiser les
DI <
genres pour redonner un coup de projecteur sur le style. Il y a des mouvances actuelles et pour
autant très originelles, très roots, telles que les formules des "One Man Band" ou des "Duo",
souvent guitare batterie, qui s'attache à transmettre une certaine "essence" du blues. L'Europe,
avec ses différents représentants, dont Nico Wayne Toussaint qui a été salué à l'IBC de
Memphis, a très largement redonné envie aux États-Unis d'aimer cette musique folklorique.
Des artistes tels que Jack White III ou Dan Auerebach des Black Keys portent également haut et
fort, à l'internationnal, auprès du grand public, un genre musical inépuisable car terriblement
percutant en live.
JLG < La liste de vos artistes est impressionnante (4) et on y compte un bon nombre d'artistes
américains de renommée internationale. Est-ce plus facile avec eux qu'avec les Européens ?
DI < Absolument pas. Les approches et les mentalités sont, certes, différentes, mais il s'agit
toujours d'offrir les prestations d'accompagnement, de conseils, de structures professionnelles
les plus exigeantes et les plus adaptées.
Dixiefrog Records a toujours offert une relation
personnelle pointue et professionnelle avec chacun des
ses artistes permettant de bâtir le meilleur album ... ou
au moins de s'en approcher dans l'intention.
JLG < La scène est-elle toujours une obligation pour booster les ventes d'un artiste ou les
vidéos de promotion sur les réseaux sociaux sont-elles en train de prendre le relais ?
DI < Le streaming musical, qui est en fait la consultation gratuite de vidéos, devient un
élément supplémentaire effectivement dans le dispositif traditionnel de promotion de la
musique de l'artiste. La rémunération reste assez faible même si elle tend à se normaliser. La
scène reste l'élément central, le ciment de la carrière d'un artiste. Le disque se vend en
merchandising, sur les concerts et toujours dans les réseaux traditionnels de distribution...mais
l'équilibre est différent. L'adaptation d'un artiste et des personnes qui l'entourent et travaillent
avec lui se joue dans ce système.
JLG < Penses-tu qu'à terme, la diffusion par clés USB format carte bancaire, incorporant sur le
même support des documents graphiques, des musiques et des vidéos, puissent remplacer le
CD ?
DI < Non ou du moins pas de manière verticale. Que cela puisse exister et être proposé,
pourquoi pas, mais que cela devienne un modèle majeur de consommation de la musique,
absolument pas. Encore une fois, ce monde offre des multitudes de supports, de moyens
multimédia afin d'écouter la musique, mais le physique reste la base et doit le rester. Notre
challenge est là, même s'il faut rester attentif à toutes les tendances en la matière. Peut-être
que le marché de niche qui est le nôtre pourra nous permettre de revendiquer les supports
physiques que nous affectionnons particulièrement.
JLG < As-tu un projet ou un scoop à nous annoncer ?
DI < Dès avril 2015, il y a la sortie d'un superbe Little Bob Blues Bastards, HOWLIN' , qui marque
les 40 ans de carrière de Little Bob et son 25ème album ! Mais surtout, cet album montre tout
le talent de cet artiste, infatigable, à triturer le Blues, le Rhythm'n Blues et le Rock'n Roll,
lequel est tout à fait actuel et alternatif.Son passage dans le film d'aki Kaurismäki, "Le Havre",
aura fini de rappeler au monde de la musique qu'il est définitivement le "Rocker" Français par
excellence.
Guy Verlinde, "Aka Lightnin'Guy", sortira également un album, "BETTER DAYS AHEAD" sous son
nom, un blues personnel plein de sensibilité et d'acuité sur le monde qui l'entoure.
Toujours en ce mois d'avril, il y aura un "songbook" d'Eric Bibb. Un projet magnifique qui
détaillera une partie des compositions et des créations de ce bluesman moderne par excellence
avec des tablatures, des partitions, des paroles qui feront de l'ensemble un objet unique !
JLG < Et un scoop ?
DI < Un scoop ?..
...Il y a pour moi la possibilité qui m'est offerte par
mon ami et patron, Philippe, de créer mon petit label,
sorte de ligne artistique parallèle à Dixiefrog :
BORDERLINE BLUES
(en référence à mon agence artistique du nom de Borderline Blues Agency, qui a pour activité
le booking et le label).
Sous Borderline Blues et Dixiefrog, il y aura, à la rentrée 2015, un fantastique album "Bo Weavil
& The 44'S", "A SON OF PRIDE".
Matt Aka Bo Weavil s"est entouré d'un line up de fines gâchettes de la région nantaise pour
livrer un album blues, rock, rythm'n blues garage de très haut vol. Les sons, les compositions,
le chant y son purement fantastique et modernes. Ce sera "Le Projet" à suivre obligatoirement
à la rentrée. Je suis aussi de près avec Philippe un groupe de jeunes anglais "45'S" emmenés par
un talent nommé Tom Hamilton Hugues (chant & guitare). Nous avons déjà des rough mixes qui
nous laissent penser que nous devrions sortir un 2ème album terrible sur Bordeline Blues avec
ce jeune artiste très influencé par The Jim Jones Revue et les Rolling Stones de la première
heure...
Le visuel du nouveau label Bordeline Blues Agency, graphisme Nicolas Obéry pour Fantasma
Gorik. www.custom-shoot.com
Bo Weavil & The 44'S. Document Dixiefrog 2015.
JLG < C'est déjà beaucoup de travail !
DI < Oui, pas mal, et en plus, au niveau du Booking, je m'associe avec Christophe Jardon (Aka
Kriss) qui était guitariste et chanteur du groupe "Classic N Trouble". Kriss a son agence du nom
de Muzivox (www.musivox.com) et ensemble nous allons tenter de proposer notre tonalité
différente à la scène blues. Kriss a une marque assez rock'n roll, pub rock (Dr.Feelgood, Eddie
And The Rod, Nine Below Zero, Washington Dead Cats...) alors que moi j'ai toujours le blues qui
coule dans mon cerveau électrique (Bo Weavil & The 44'S, Nico Duportal And His Rythm Dudes,
Hummingbird, Dave Arcari....
Nous allons, Kriss et moi, représenter en France la nouvelle formule de la BLUES CARAVAN
"Girls with Guitar" de Ruf avec SADIE JOHNSON, ELIANA CARGNELUTTI et HEATHER CROSS.
L'album est sorti le 03 Février 2015. Le moins qu'on puisse dire c'est que ces jeunes demoiselles
jouent avec une fraîcheur, un aplomb qui prouve les beaux jours du Blues dans ses variantes les
plus larges !
JLG < Nous avons hâte de découvrir tous ces projets !
Merci David pour le temps que tu as consacré à nos lecteurs de Feeling Blues et nous souhaitons
encore plusieurs belles décennies à DixieFrog et bien sûr également à Borderline Blues.
Propos recueillis par Jean-Louis Guinochet le 25 février 2015.
(1). Dernier album de Leadfoot Rivet. "One Night On The Road Live !". DixieFrog. 2014.
(2). Feeling Blues n°13 page 13.
(3). Références musicales plus métissées : Pura Fé qui apporte la preuve de l’influence des
tribus amérindiennes sur le blues, Nublues qui a réussi la fusion du blues et du hiphop, Gashouse Dave qui rappe son blues teinté d’acid-jazz, Amar Sundy qui mêle le blues à la
musique touareg ou Lobi Traore qui représente le blues malien.
(4). DixieFrog publie ou a déjà publié sur son catalogue : Popa Chubby, Calvin Russell, Tony Joe
White, Eric Bibb, Jean-Jacques Milteau, Mighty Mo Rodgers, Bjørn Berge, le catalogue Music
Maker, Bill Wyman's Rhythm Kings, The Blind Boys of Alabama, Duke Robillard, Beverly Jo
Scott, Leon Redbone, Malted Milk, Rod Barthet, Demi Evans, Bill Perry, Lee Rocker, Magic
Slim, Zachary Richard, Jason & The Scorchers, Little Bob, Alexx & MoOonshiners, LeadFoot
Rivet, Eric Ter, Mil Mougenot, Patrick Verbeke, Benoît Blue Boy, Jesus Volt, Nico Wayne
Toussaint, Jimmy Thackery, Coco Montoya, Billy Joe Shaver, Dan Seals, Tommy Castro, Fred
Chapellier, Blues Power Band et bien d’autres…
Site officiel :
www.bluesweb.com
Fantasma Gorik :