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CHRIS PEUS
7/05/12
MEHDI FEDOUACH/AFP
H446_P01:L'HEMICYCLE
Jacques
Attali
> P. 2
Directeur : Robert Namias
PATRICK KOVARIK/AFP
Gérant-Directeur de la publication : Bruno Pelletier
Philippe
Manière
>
Autrement
par Robert Namias
l n’y pensait pas tous les matins en se rasant, mais
il y croyait depuis longtemps. Premier secrétaire
du PS en 2007, sa candidature était logique, mais
les circonstances politiques de l’époque en ont
décidé différemment. François Hollande en a conçu
sans doute une certaine amertume et quelques regrets.
Mais le passé est le passé, et rien n’indique qu’avec le
député de Corrèze la gauche l’ait emporté il y a cinq ans
face à Nicolas Sarkozy. On épiloguera longtemps sur les
raisons multiples de l’échec de ce dernier, mais parmi
celles-ci le rejet de la personnalité et le mode de
gouvernance du Président sortant ne sont pas pour
rien dans le vote des 51,6 % des électeurs qui ont choisi
de mettre dans l’urne un bulletin au nom du candidat
socialiste. Si l’on ajoute que la crise de 2008 a contribué
de manière décisive à « sortir le sortant », on constate
I
www.lhemicycle.com
que ce qui était possible dimanche ne l’était pas par
définition en 2007. Il n’empêche, la victoire de François
Hollande n’est pas seulement un succès par défaut. C’est
l’incontestable réussite d’un homme qui s’est imposé
comme un successeur d’abord possible, ensuite naturel
et finalement logique dans un contexte politique qui n’a
cessé de se transformer au fil des mois. La droitisation
du Président Sarkozy en a fait un président politiquement affaibli, et plus fortement encore que le résultat
de cette élection ne le laisse apparaître. Depuis
longtemps déjà, le rapport de forces militait en faveur
d’une alternance. Non parce que la gauche fut majoritaire, mais parce que la droite qu’a progressivement
incarnée Nicolas Sarkozy était elle-même devenue
minoritaire au sein de son propre camp.
> Lire la suite p. 4
NUMÉRO 446 — MERCREDI 9 MAI 2012 — 2,15 ¤
Au sommaire • Tout dans la tête par Nathalie Segaunes > p. 4
• Un dimanche à l’heure du bilan par Michèle Cotta > p. 5 •
Les communes sous basse tension par Joël Genard > p. 10 •
Xavier Bertrand ou les trois visages du gaullisme par Éric Fottorino > p. 15
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Agora
MEHDI FEDOUACH/AFP
Les dossiers é
du Président v
JACQUES ATTALI
DIRECTEUR DE PLANET
FINANCE
«
Ce rendez-vous politique majeur que constitue une élection
présidentielle n’a pas donné lieu à un moment de vérité. À ma grande
tristesse, on peut déduire de toute la campagne qui vient de se dérouler
que la France a accepté de devenir une petite puissance »
Jacques Attali regrette que la question de la dette et de la réduction des déficits ait été
si rapidement évacuée du cœur de la campagne. Pour sortir la France et l’Europe du marasme
et de la crise, le directeur de PlaNet Finance suggère que les Européens s’entendent sur un
étalement du remboursement de la dette.
Vous avez promis, dans L’Express
du 4 avril, la « gueule de bois »
pour le lendemain de l’élection.
Les marchés financiers attendent-ils
le nouveau Président au tournant ?
Est-il possible d’échapper à leur
tutelle ?
Comme la France ne peut pas
rembourser ses dettes immédiatement, il lui faut envoyer des
signaux aux marchés financiers.
Il s’agit d’abord de dessiner le
chemin d’une vraie croissance
raisonnable. On ne peut évidemment pas faire que de l’austérité,
nous devons donc nous donner
les moyens de cette croissance,
par exemple grâce à des investissements européens. Il faut ensuite
prouver que l’on va maîtriser la
dette. La France doit respecter son
calendrier de retour à l’équilibre
budgétaire, que François Hollande
a annoncé pour la fin de 2017.
Il importe également de ne pas
agresser les marchés financiers
avec des discours inutilement provocateurs. Oui, il y a des spéculateurs corbeaux, mais il y a aussi des
gens sérieux qui veulent simplement être remboursés.
La situation économique du pays
est-elle pire que celle que les
Français ont en tête, au terme
de cette campagne électorale ?
La réponse ne souffre aucune
contestation : c’est oui. Les chiffres
du déficit budgétaire sont pires que
ceux qui ont été prévus, pires au
moins de 0,5 % du Produit intérieur
brut, voire plus. Sans parler de la
situation de nos comptes sociaux,
qui est, elle aussi, plus grave que
ce qui a été dit. Ce rendez-vous
politique majeur que constitue
une élection présidentielle n’a pas
donné lieu à un moment de vérité.
À ma grande tristesse, on peut
déduire de toute la campagne qui
vient de se dérouler que la France
a accepté de devenir une petite
puissance. À cause des candidats,
à cause des médias, qui n’ont pas
posé les bonnes questions, les vrais
D’abord, j’avais écrit ce livre pour
que les thèmes majeurs soient
traités pendant la campagne électorale. Je dois bien reconnaître
que j’ai échoué dans ma tentative !
En ce qui concerne l’étalement de
l’échéancier des dettes, la France
ne peut évidemment pas agir seule.
Il faut une décision au minimum
européenne, et, si possible, mondiale – je pense qu’à terme c’est un
enjeu pour la planète tout entière.
Pour l’heure, concentrons-nous sur
«
IL IMPORTE DE NE PAS
AGRESSER LES MARCHÉS
AVEC DES DISCOURS
INUTILEMENT PROVOCATEURS »
sujets n’ont pas été abordés. Souvenez-vous du débat télévisé de
l’entre-deux-tours entre les deux
finalistes : il n’a été question de la
Chine qu’à une reprise, et encore,
c’était par le biais d’une digression,
les iPad distribués en Corrèze par le
conseil général ! Cela résume notre
pays. Nous avons vécu la campagne
pour l’élection présidentielle du
Luxembourg.
Dans votre livre paru en janvier,
Candidats, répondez ! (Fayard), vous
prôniez une exigence immédiate :
étaler l’échéancier des dettes.
Comment le seul Président français
peut-il y parvenir, indépendamment
de ce que feront les autres
dirigeants européens ?
2
le continent européen, avec une
idée consistant à adopter une règle
simple : le triplement de la durée du
prêt. Autrement dit, une dette à un
an de l’échéance passe à l’horizon
de trois ans. Les marchés financiers
y trouveraient leur intérêt, car l’Europe deviendrait solvable d’un seul
coup et retrouverait même le chemin de la croissance. Mais je mets
en garde contre un danger : il faut
éviter qu’une initiative de la France
soit interprétée comme le début
d’une demande de moratoire de sa
part concernant sa propre dette.
Est-il possible de rapidement
redonner du pouvoir d’achat
aux ménages, ou faut-il prôner
la patience ?
L’HÉMICYCLE NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012
C’est possible, pour cela deux pistes
doivent être exploitées parallèlement : celle d’une meilleure croissance, précisément, et celle d’une
fiscalité plus juste.
Une inversion des courbes du
chômage dépend-elle vraiment
des décisions du nouveau pouvoir
politique ?
C’est, bien sûr, pour le nouveau
pouvoir, un moment singulier. À
lui de faire, pendant ces quelques
semaines, une pédagogie qui soit
d’abord politique. La cohabitation
serait une catastrophe pour la
gestion du pays. Un Président
tout juste élu ne peut pas ne pas
avoir les moyens de gouverner.
Je le pense. Je plaide depuis longtemps pour ce que j’appelle les
« contrats d’évolution ». Il s’agit
de faire en sorte que toute personne qui se forme pour chercher
un travail ne soit pas considérée
comme un chômeur. Il faut qu’elle
ait un revenu et un véritable
contrat, assimilable à un contrat
de travail. Le problème, c’est que
les syndicats ne s’intéressent pas
tant aux chômeurs qu’aux personnes susceptibles de le devenir.
Deuxième orientation : une croissance créatrice d’emplois. Ce n’est
pas une croissance qui lutte contre
les délocalisations ou qui interdit
la robotisation, mais, au contraire,
une croissance qui favorise la
compétitivité. Il n’est pas absurde
d’accepter certaines délocalisations
si cela facilite une amélioration de
la compétitivité.
Quel premier acte européen doit
accomplir le nouveau Président ?
La période qui s’ouvre est
particulière, puisqu’il s’agit
pour le nouveau président de la
République de gagner les élections
législatives des 10 et 17 juin.
Comment la gérer d’une manière
politiquement efficace, sans qu’elle
soit économiquement irréaliste ?
Un nouveau Président bénéficie
de la curiosité de ses partenaires
internationaux plus que d’un
poids particulier.
Il doit provoquer immédiatement
une discussion pour un fédéralisme de croissance. Par exemple,
grâce à la mise en place d’eurobonds, qui seraient destinés non
pas à rembourser de la dette mais
à susciter des investissements
européens. Proposer un saut vers
un fédéralisme européen est le seul
moyen de financement sain de
grands investissements porteurs
de croissance.
Vous avez l’expérience des
sommets internationaux. Deux
se profilent, celui du G8 et celui
de l’Otan. En quoi un Président
français qui vient de recevoir
l’onction du suffrage universel
bénéficie-t-il, ou non, d’un poids
particulier par rapport à ses
partenaires ?
Propos recueillis
par Éric Mandonnet
Rédacteur en chef adjoint
de L’Express
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Agora
CHRIS PEUS
s économiques
nt vus par…
PHILIPPE MANIÈRE
PRÉSIDENT DE FOOTPRINT
CONSULTANTS
«
Si le pouvoir en place ne travaille pas sur la question de l’égalité des
chances, que nous trahissons en toute bonne conscience depuis des
décennies, il y a là un foyer d’insurrection possible qui me semble bien
plus menaçant qu’un automne chaud »
Pour Philippe Manière, les deux questions à traiter en priorité par le nouveau Président seront
la compétitivité d’une part et l’intégration, la mobilité sociale, l’égalité des chances d’autre part.
Si cela n’était pas le cas, l’amertume pourrait se traduire par des mouvements radicaux.
Pour vous, quel est le premier dossier
que le Président devra traiter ?
Sa priorité sera de trouver une position convaincante vis-à-vis de nos
partenaires européens mais aussi
des investisseurs qui ont de la dette
française entre les mains. Beaucoup
de choses pendant la campagne ont
été dites qui pouvaient donner le
sentiment que la France s’éloignait
des engagements budgétaires pris
par le passé – dans les deux camps,
d’ailleurs. Les deux finalistes ont
rompu avec cette tradition qui voulait qu’on ne critique pas l’Europe
pendant une campagne. Le nouveau
Président devra donc convaincre
qu’il respectera ses engagements
vis-à-vis de ses électeurs, tout en
rassurant hors des frontières sur
le prix de ces promesses.
Le premier voyage à Berlin sera
donc particulièrement important…
Oui. Jacques Chirac en 2002 et
Nicolas Sarkozy en 2007 ont déjà
consacré au chancelier allemand
leur premier rendez-vous. Mais,
cette fois, les messages qui y seront passés devront être clairs
et convaincants en direction de
l’Allemagne et au-delà. Le Président ne pourra pas se contenter
de tirades sur l’amitié franco-allemande. Il devra trouver le bon
discours, pesé au trébuchet. Mais,
au-delà de cette urgence, il y a
deux vrais sujets fondamentaux
qui n’ont pas été abordés frontalement durant la campagne, qui
n’ont été traités que simplement
par touches subliminales ou métaphoriquement.
Le premier, c’est la compétitivité
avec un commerce extérieur à la
dérive et une désindustrialisation
continue. Il est à traiter en priorité
car, dans ce domaine, on n’obtient
pas de résultats avant un ou deux
ans. Le second sujet, selon moi, est
celui de l’intégration, de la mobilité sociale, de l’égalité des chances.
Si les Français sont si hostiles à la
mondialisation, c’est d’abord parce
qu’ils ont le sentiment, pas toujours
mal fondé, qu’elle apporte plus de
risques à la majorité d’entre eux et
plus de bienfaits seulement à une
petite élite bien formée, nomade
et anglophone. Là est notre vrai
problème d’égalité. En terme d’inégalités de revenus, la France se classe
très honorablement et la dérive est
beaucoup moins forte que dans
beaucoup de pays comparables.
En revanche, en terme d’égalité
des chances, les résultats sont
beaucoup plus mauvais : rapports
hommes/femmes très déséquilibrés, impossibilité pour les minorités visibles d’accéder à des postes
à responsabilité… Aujourd’hui,
les hommes blancs de plus de
50 ans trustent les positions de
pouvoir, dans la sphère politique
comme dans la sphère économique. C’est là-dessus qu’il faut
travailler !
La campagne a-t-elle gelé
beaucoup de choses ?
Non. Sur le terrain économique, les
acteurs sont plus sensibles à la situation économique internationale
qu’à la situation politique française.
Qu’il y ait deux ou trois grandes
entreprises qui aient reporté leurs
projets de plans sociaux en raison
de la campagne, c’est possible
mais ce ne sont que des reports :
personne ne va faire le vide à raison des résultats de cette élection.
Mais là où une évolution va se
cristalliser, c’est sur le marché
immobilier. Chez tous nos voisins,
la pierre s’est envolée comme
chez nous, puis elle a violemment
été corrigée. La correction n’a pas
encore eu lieu chez nous. Nous n’y
couperons pas. Un Président qui
inquiéterait les marchés pourrait
favoriser ce phénomène.
La pression des marchés
est-elle fantasmée ?
Non. Elle n’est pas fantasmée. On
a eu raison de dénoncer les excès
de la finance privée aux ÉtatsUnis. La situation de la France
(et de l’ensemble de l’Europe) est
différente. Nous avons, nous, un
problème d’endettement public :
depuis 1974, chaque année, nous
avons généré un déficit, ce qui est
unique. Compte tenu du quasidéfaut grec et de la dérive de nos
finances publiques, ceux qui détiennent des obligations du Trésor
français se demandent s’ils seront
remboursés – et ces inquiétudes
sont compréhensibles. En outre,
même s’ils ont l’un et l’autre feint
une relative rigueur, les deux candidats ont formulé dans leurs projets des prévisions de croissance
ambitieuses qui ne seront très probablement pas respectées. Il y aura
donc des économies à trouver, ou
de nouveaux impôts à instaurer.
Sachant que nous avons l’un des
taux d’imposition les plus élevés
du monde, c’est bien sûr sur la
réduction de la dépense publique
que la France est attendue. C’est la
seule voie possible. Mais cela est
politiquement exigeant pour le
Président élu.
Et la pression des agences
de notation ?
Elles vont faire la même analyse
que les marchés. Si l’on explique
que l’on s’éloigne du retour à
l’équilibre des finances publiques
et que des interrogations sur la
solvabilité du pays en découlent,
les agences en tireront toutes les
conclusions. Aujourd’hui, nous
n’avons été dégradés que par une
agence. Si les autres devaient lui
emboîter le pas, les conséquences
seraient lourdes. L’État français
arrive aujourd’hui à emprunter
pour se refinancer à un taux très
faible, inférieur à 3 %. Si nous
passions à 3,5 ou 4 % seulement,
cela nous coûterait des dizaines
de milliards d’euros.
Va-t-on assister au retour de la crise ?
Elle n’est pas terminée. Beaucoup
de déséquilibres ne sont toujours
pas réglés ; elle peut donc revenir
en force. Mais ce n’est pas une
raison pour exclure les bonnes
nouvelles : les États-Unis peuvent
démarrer plus vite que prévu, la
Grande-Bretagne, après une purge
sévère, peut connaître un redémarrage rapide et nous adresser
une demande substantielle… Il
y a de grandes incertitudes, mais
dans les deux sens – même si la
montagne de dette qu’il reste à résorber au niveau mondial génère
plus de menaces que d’espoirs.
NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012 L’HÉMICYCLE
3
Le Président va-t-il profiter d’un nouveau rapport de forces en Europe ?
Les Français surestiment toujours
le poids de leur pays. Nous pesons,
certes, d’un poids significatif, mais
n’oublions pas que nous sommes
27 dans l’Union ! Une grande partie de nos visions économiques
ne sont partagées par personne
en Europe sauf par les Wallons,
quand ils se sont levés du pied
gauche… De toute manière, les
grands tournants de l’Europe n’ont
jamais lieu à l’occasion d’une élection nationale.
La rentrée sociale sera chaude,
dit-on ? C’est votre avis…
L’automne chaud, le troisième tour
social, cela a été souvent annoncé…
et cela s’est en fin de compte rarement vu. En fait, plus le chômage
est élevé, moins le risque de mobilisation est fort. C’est une analyse
cynique, mais c’est une réalité.
Les salariés prennent en compte
le risque de perdre leur emploi. Je
ne crois guère aux mouvements
sociaux. Mais l’amertume très forte
de notre pays peut en revanche
se traduire par des mouvements
plus radicaux. Je le redis : si le
pouvoir en place ne travaille pas
sur la question de l’égalité des
chances, que nous trahissons en
toute bonne conscience depuis
des décennies, il y a là un foyer
d’insurrection possible qui me
semble bien plus menaçant qu’un
automne chaud.
Propos recueillis
par Ludovic Vigogne
Chef du service politique
de Paris Match
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L’HÉMICYCLE
Plan large
Pour François Hollande
Tout dans la tête
Pour le Président élu, le choix du Premier ministre et la composition du
gouvernement devaient se faire en fonction des résultats. Il va désormais
trancher sur des hypothèses déjà imaginées. L’investiture passée, tout ira
très vite en fonction d’un plan mûrement réfléchi et déjà annoncé
en ce qui concerne les premières mesures qui seront prises.
Par Nathalie Segaunes
’il a toujours refusé de donner la moindre indication
sur l’après-6 mai pendant la
campagne, François Hollande y a
évidemment beaucoup réfléchi
avant la victoire de dimanche soir.
Ainsi le candidat socialiste a-t-il
théorisé auprès de ses amis « les
deux temps du quinquennat ». La période 2012-2015 se déroulera en
deux séquences, fait-il valoir. Alors
qu’habituellement les premières
années sont celles de l’état de grâce
puis d’une période relativement
heureuse durant laquelle le gouvernement « mange son pain blanc »,
les dernières années étant celles où
traditionnellement apparaissent,
l’usure du pouvoir aidant, les difficultés, le nouveau Président estime
à l’inverse que son quinquennat
débutera… par le pain noir. Le
niveau d’endettement de la France
et la crise européenne sont tels que
les premières années Hollande
ne pourront être que celles de la
rigueur budgétaire et de l’effort
partagé. Du fait de la conjoncture
économique, l’état de grâce, s’il a
lieu, pourrait être très bref, estimet-on dans son entourage. « Il durera
deux jours », va jusqu’à prédire
Michel Sapin, l’un de ses fidèles.
En revanche, Hollande imagine
un second versant du quinquennat
plus faste, où la croissance sera
S
revenue et où la politique de redistribution chère à la gauche portera
ses fruits. Reste à savoir si cette
théorie relève d’un optimisme
atavique ou d’une habileté lui permettant de faire miroiter à ses amis
des responsabilités dans la seconde
période…
Quoi qu’il en soit, le nouveau Président estime que ces deux temps
doivent être incarnés par deux
Premiers ministres différents, revenant ainsi à un fonctionnement plus traditionnel de la
Ve République. Désireux de ne pas
faire durer le suspense, il avertira
rapidement après son élection
celle ou celui qu’il aura choisi
comme Premier ministre. Afin
notamment que ce dernier réfléchisse à la constitution du gouvernement. Car tout devrait aller très
vite ensuite. Hollande sera officiellement président de la République à la proclamation des
résultats par le Conseil constitutionnel, à savoir au plus tard ce
mercredi. La passation de pouvoir
se déroulera le 15 mai. « Le sens
des convenances veut que le nouvel
élu ne pousse pas le vaincu vers la
sortie, et que ce dernier ne fasse pas
obstacle à l’installation du vainqueur en partant le plus tard possible », souligne Michel Sapin. Le
nouveau gouvernement se réu-
LA FRANCE
QUI SE LÈVE VRAIMENT TÔT.
Patrick Chene
poltique matin
chaque matin-8h30
4
nira pour la première fois le mercredi 16 mai dans le salon vert de
l’Élysée.
L’ossature de ce gouvernement a
elle aussi été dessinée bien avant
le 6 mai. Il y aura quinze « pôles »,
autour desquels s’articulera l’exécutif : un pôle Économie et
Finances, un pôle Intérieur, un
pôle « productif et industriel », un
pôle Territoires, un pôle Énergie, un
pôle Éducation, un pôle Affaires
sociales, un pôle Affaires étrangères, etc. À l’intérieur de ces pôles,
qui seront en fait de superministères, on retrouvera les attributions plus habituelles : logement,
emploi, santé, collectivités locales,
droits des femmes, sports, jeunesse,
etc. La parité promise devrait se
faire sur l’ensemble des postes
(ministres, ministres délégués et
secrétaires d’État), et pas seulement
sur les quinze pôles, promet-on
dans l’entourage du chef de l’État
nouvellement élu.
Très vite, François Hollande s’envolera pour l’étranger : il a répété
durant sa campagne qu’il réserverait son premier déplacement à la
chancelière Angela Merkel en se
rendant à Berlin. Il devra ensuite
honorer un calendrier international particulièrement chargé. Plusieurs sommets sont à l’agenda :
le G8 à Camp David (États-Unis)
les 18 et 19 mai, un sommet de
l’Otan les 20 et 21 mai à Chicago
(Hollande annoncera aux partenaires le retrait des troupes d’Afghanistan d’ici fin 2012), le G20
au Mexique les 18 et 19 juin, puis
une rencontre informelle des
chefs d’État et de gouvernement
des vingt-sept pays de l’Union
européenne qui devrait se tenir
avant le sommet des 28 et 29 juin.
François Hollande fera la proposition de renégociation du traité
européen dès la fin mai, en vue de
ce Conseil européen. « Depuis plusieurs mois, il y a eu un gros travail
avec les administrations allemandes,
américaines et européennes, à leur
demande », confie Michel Sapin.
L’HÉMICYCLE NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012
Symboliquement, la première mesure du quinquennat sera la réduction de la rémunération du
chef de l’État et des membres du
gouvernement, de 30 %. François
Hollande a aussi présenté, plusieurs semaines avant l’élection,
son calendrier : dès la mi-mai, les
premiers décrets seront pris pour
augmenter de 25 % la prime de
rentrée scolaire, bloquer pour
trois mois les prix des carburants,
rétablir la retraite à 60 ans pour
les salariés qui ont commencé à
travailler à 18 ans et ont cotisé
41,5 années, mettre en place un
système de caution solidaire pour
faciliter l’accès au logement des
jeunes, doubler le plafond des
livrets d’épargne, fixer une rémunération maximum de 1 à 20
dans les entreprises publiques.
Une circulaire sera publiée sur la
lutte contre les « délits de faciès »
lors des contrôles de police. La circulaire Guéant sur les étudiants
étrangers sera abrogée, la révision
générale des politiques publiques
(RGPP) arrêtée, et le « gel conservatoire d’une partie des dépenses »
décidé dans l’attente du rapport
de la Cour des comptes sur les
finances publiques, publié à la
fin juin.
À l’Assemblée nationale, qui siégera en session extraordinaire
du 3 juillet au 2 août, sont prévus
le projet de loi de programmation
des finances, qui fixera la tra jectoire de retour à l’équilibre
budgétaire en 2017, le vote d’une
réforme fiscale, comprenant notamment la révision des niches
fiscales et la création d’une tranche
d’imposition à 75 % au-dessus
d’un million d’euros, la suppression de la « TVA Sarkozy », appliquée depuis le 1er avril, le réexamen de la rentrée scolaire 2013,
notamment pour les Rased, la
séparation des activités de dépôt
et des activités spéculatives,
ainsi que la commission de préparation de « l’Acte II de l’exception
culturelle ».
Autrement
suite de la page 1
C’est cette analyse
qu’a faite avant
beaucoup d’autres
François Hollande.
Elle l’a conduit à
Robert Namias penser qu’il battrait
DSK au cours d’une
primaire socialiste où le président du
FMI plairait trop à la droite pour séduire la gauche. Et qu’il apparaîtrait à
l’occasion de la campagne présidentielle
comme le fédérateur de tous ceux qui
s’inquiétaient des dérives droitières
de l’hôte de l’Élysée.
Élu, le nouveau Président va devoir
recoller les morceaux d’une France
divisée, mal dans sa peau, ballottée
par la crise. Et plus encore une France
déboussolée par un quinquennat dont
le bilan reste à établir mais qui, loin de
rassembler les Français, les a encouragés à l’isolement, à l’éloignement, voire
au rejet de l’autre. Le chômage et la
précarisation d’une partie grandissante
de la population ont fait le reste. Pour
autant il n’y aura pas de miracle, encore
moins d’état de grâce, et la situation
économique ne permet pas d’espérer
des lendemains qui chantent. Les marges de manœuvre du nouveau pouvoir
on le sait sont étroites. Redresser les
comptes publics d’un côté et réduire
le chômage en relançant la croissance
de l’autre relève sinon de la quadrature
du cercle, du moins d’un pari osé. C’est
celui de François Hollande. Il pense
y parvenir en retrouvant le chemin de
la confiance des Français par une gouvernance qui redonnera de la crédibilité au politique.
L’homme est sincère, habile, tenace, et
courageux. Il l’a montré depuis qu’il
y a deux ans, quasiment seul, ignoré
de tous et de ses amis socialistes en particulier, il a décidé de construire avec
quelques-uns sa victoire. Le pouvoir
conquis, il lui reste à montrer qu’il sera
fidèle à lui-même et aux Français, qui
pour l’heure affichent majoritairement
un scepticisme nourri par trente ans de
promesses non tenues et de volte-face
stupéfiantes.
Les premiers pas d’un nouveau Président
constituent les marqueurs indélébiles
d’un quinquennat. Nicolas Sarkozy n’a
jamais pu faire oublier les premiers
jours de son mandat. François Hollande
n’a cessé d’y penser dimanche soir.
Et de ce point de vue, son entrée en
présidence est réussie.
Mais ses premiers pas seront ailleurs.
En Allemagne et aux États-Unis, face
à Angela Merkel, à Barack Obama, aux
Européens et aux membres du G20. Le
Président élu affirme depuis des mois
que, fort du soutien populaire, il saura
faire avancer ses idées et obliger ses partenaires à négocier. C’est donc sur ces
premières rencontres qu’il va construire
sa crédibilité et être jugé sur sa volonté
et sa capacité à tenir ses promesses.
L’enjeu des prochaines semaines n’est
pas mince. À travers ces rendez-vous
internationaux, c’est d’abord de politique intérieure dont il s’agira. Et cela
ne sera pas sans conséquence sur les
législatives.
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Plan large
Cahiers de campagne
Un dimanche à la Bastille,
à l’heure du bilan
Par Michèle Cotta
rançois Hollande élu. Le
voici donc Président, le septième de la Ve République
et surtout le second Président de
gauche après François Mitterrand,
auquel il s’est si souvent référé
pendant sa campagne. L’élection
de François Mitterrand était restée
indécise jusqu’aux jours précédant
le scrutin, tous les sondages, en revanche, laissaient présager, depuis
les tout premiers jours de son entrée dans la bataille présidentielle,
la victoire de François Hollande.
Il n’empêche : cette campagne, que
beaucoup ont trouvée à tort sans
intérêt, se termine ce soir comme
celle de François Mitterrand, par
un rassemblement énorme de gens
à la Bastille, par des festivités
nocturnes d’un bout à l’autre de
la France. Par l’impression que le
changement est bien au rendezvous. Avec cette nuance que, les
Français le savent, la crise est là,
elle ne s’est pas envolée d’un coup
de baguette magique parce que
François Hollande a gagné. Les
problèmes existeront encore demain matin, certes, mais ce soir la
France de gauche célèbre d’autant
plus volontiers sa victoire qu’elle
sait que les lendemains ne seront
pas un chemin bordé de roses.
Chacun des Présidents a suivi son
itinéraire pour arriver à l’Élysée,
aucune élection n’est facile : tout
de même, quel chemin parcouru
par l’ancien premier secrétaire
du Parti socialiste ! Un homme qui
est resté longtemps en queue de
peloton du box-office de la politique ; à qui, en décembre 2010
alors que se profilaient les primaires du Parti socialiste, les sondages ne donnaient que 3 % des
suffrages, un homme dont les
caricaturistes ne parvenaient pas
à faire le portrait, tant son visage
manquait d’arêtes, dont les imitateurs soulignaient à l’envi les
hésitations et la trop grande gentillesse. Un homme qualifié de
flou, incertain, tel que le sobriquet
de « Flanby » a pu lui être attribué. Bref, un homme méconnu
des siens et de ses adversaires. On
a déjà oublié, par charité, on oubliera plus encore les expressions,
épithètes et autres adjectifs utilisés pour le décrire, il n’y a pas si
longtemps, par bien des autres
ténors du Parti socialiste. Quant à
F
François Hollande et sa compagne Valérie Trierweiler,
à la Bastille, dimanche 6 mai. PHOTO THOMAS COEX/AFP
ses adversaires, ils ont insisté, tout
au long de la campagne, sur son
inexpérience, son inaptitude à
exercer la fonction présidentielle.
Son adversaire principal, Nicolas
Sarkozy, lui, le tenait tellement
pour quantité négligeable qu’il
a longtemps pensé n’en faire
qu’une bouchée.
Seulement voilà : derrière l’apparence bonhomme, François Hollande est plus secret, mais aussi
plus obstiné, plus volontaire que
ses ennemis le croyaient. Derrière
le personnage souvent souriant,
toujours plein, peut-être trop,
d’humour, il y avait un autre
François Hollande. Un François
Hollande qu’un petit nombre
d’observateurs seulement avait
commencé de découvrir, l’ayant
vu à l’œuvre après le désastre
du 21-Avril, Lionel Jospin ayant
abandonné la vie politique et le
PS à la dérive, attentif à sauvegarder l’unité du parti, puis, plus
tard, l’inscrivant dans une série
de succès aux élections locales.
Mais l’extrême détermination de
Hollande n’est apparue que dans
les années 2010, alors qu’il avait
abandonné son poste de premier
secrétaire après le nouvel échec
de la gauche à la présidentielle,
en 2007. C’est alors qu’il s’est mis
au régime, comme François Mitterrand jadis s’était, un an avant
l’échéance de 1981, fait limer les
canines, qu’il avait trop pointues.
Peut-être est ce le premier signe de
sa résolution. Il y en a un second :
sa résistance aux amis de DSK,
alors favori du PS pour la présidentielle, lorsque ceux-ci lui demandèrent quelques jours avant
le mois de mai de se retirer pour lui
laisser la place. C’est la première
fois sans doute qu’aux émissaires
pressants il a montré qu’il savait
dire non.
Le reste a suivi : primaires réussies,
campagne effrénée autour de ses
soixante propositions, et victoire,
donc, aujourd’hui. Évidemment
le rejet de Nicolas Sarkozy compte
pour beaucoup dans le vote. Mais
François Hollande a su incarner
l’alternance.
Quelques mots sur la campagne
de l’entre-deux-tours : devancé
d’une courte tête au premier tour,
Nicolas Sarkozy a choisi d’aller à
la reconquête, sur sa droite, des
électeurs du Front national, délaissant ainsi le réservoir de voix,
plus restreint en effet, des centristes,
persuadé que ceux-ci se reporteraient presque mécaniquement
sur son nom au deuxième tour.
Cette stratégie s’est heurtée à un
double refus : celui de Marine
Le Pen, qui a renvoyé les deux
compétiteurs dos à dos, annonçant, le 1er mai, qu’elle déposerait
un bulletin blanc dans l’urne.
Et celui de François Bayrou, qui,
précisément à cause de la campagne « droitière » de Nicolas
Sarkozy, s’est prononcé pour François Hollande. Il l’a fait à titre
personnel, certes, et ses troupes
s’étaient déjà divisées : sa décision
n’en a pas moins été importante,
symboliquement, psychologiquement presque, et elle a compté
sur le report de 40 % des électeurs
centristes sur François Hollande.
Et maintenant ? Dès ce soir, les
élections législatives sont dans la
ligne de mire des deux camps. La
droite se présente à cette nouvelle
bataille avec deux handicaps
sérieux. Le premier est l’absence
de vrai leadership. Le véritable
chef de la majorité sortante était
Nicolas Sarkozy. À partir du moment où il est en retrait forcé,
qui conduira l’UMP à l’offensive ?
Jean-François Copé, son secrétaire
général, ou François Fillon, Premier ministre de Sarkozy pendant
cinq ans ? Ou encore Alain Juppé,
qui avait dit, dans l’entre-deuxtours, et qui avait été pour cela
morigéné par Nicolas Sarkozy,
qu’il ferait tout pour empêcher la
division de l’UMP en cas d’échec
du Président sortant ? Les trois à
la fois ? Difficile.
D’autant, deuxième obstacle, qu’il
n’y a pas d’exemple d’élections
législatives, survenues dans la foulée d’une présidentielle qui n’ait
confirmé la victoire du nouveau
Président. C’est même une des
raisons qui avaient été avancées
en faveur du quinquennat, donc
de l’alignement du mandat présidentiel sur le mandat législa tif, seul moyen, selon certains,
d’éviter la cohabitation. Les projections des intentions de vote
aux législatives prochaines, telles
qu’elles sont rendues publiques
dès ce soir, laissent présager, en
effet, « l’effet Hollande » sur les
législatives.
Déjà, les arguments de campagne
se préparent : la droite plaidera
qu’il ne faut pas donner tout le
pouvoir législatif à la gauche, qui
dispose déjà de la majorité au
Sénat, argument difficile à présenter après une période d’hyperprésidentialisation de Sarkozy.
À gauche, François Hollande plaidera la cohérence : il doit, pour
pouvoir commencer à appliquer sa
politique, disposer d’une majorité
à l’Assemblée nationale. Le revoilà,
différemment mais tout autant,
en campagne. À suivre.
Nicolas Sarkozy. Le Président sortant peu après sa défaite
annoncée, à la Mutualité. PHOTO FRANÇOIS DURAND/AFP
NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012 L’HÉMICYCLE 5
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Enquête
Inquiétude des pêcheurs d’outre-mer
La Commission européenne
met des bâtons dans les filets
Les comités régionaux des pêches de Martinique, Guadeloupe, Guyane et La Réunion dénoncent
des réglementations européennes inadaptées selon eux aux départements ultramarins. La délégation
sénatoriale à l’Outre-mer souhaite faire voter par la Haute Assemblée un texte qui permettra
à ces territoires d’obtenir des dérogations aux règles européennes en matière de pêche.
e rude bras de fer entre la
daurade coryphène et les
hiérarques bruxellois, ou
l’inadéquation entre une réglementation européenne tirée au
cordeau et les spécificités inhérentes à la pratique de la pêche
outre-mer. Voilà le sujet qui, malgré un Parlement en sommeil,
préoccupe des élus du Palais du
Luxembourg. La délégation sénatoriale à l’Outre-mer a récemment
auditionné les présidents des
comités régionaux des pêches de
Martinique, Guadeloupe, Guyane
et La Réunion. Elle veut leur permettre de demander à Bruxelles
des dérogations pour les pêcheurs
locaux. À la reprise des travaux
en séance publique, la délégation
entend soumettre au vote du Sénat
une proposition de résolution
européenne destinée à peser sur
les actuelles négociations sur la
réforme de la Politique commune
de la Pêche (PCP).
L’hiatus entre les textes européens
et le quotidien des professionnels
L
prend des allures très concrètes.
Premier constat des parlementaires : « L’interdiction de toute aide
à la construction des navires est un
non-sens outre-mer, où les ressources
halieutiques sont abondantes et sousexploitées par une flotte majoritairement constituée d’embarcations
vétustes et de petites dimensions. »
De plus, l’instrument financier
de la PCP n’est pas, selon les élus,
adapté aux spécificités ultramarines ; ils en veulent pour preuve
les conditions d’éligibilité aux
aides à la modernisation des moteurs, qui semblent sans commune
mesure avec la puissance exigée
par la force des courants et l’usure
accélérée due aux conditions climatiques. Enfin, la Commission
européenne refuse de financer
les dispositifs de concentration
de poissons (DCP), ces structures
flottantes qui permettent de fixer
les grands pélagiques (ces poissons
qui vivent dans les eaux peu profondes) en un point donné pour
faciliter leur capture. Sauf que le
Bananier. Des pêcheurs guadeloupéens rentrent à Basse-Terre
avec la pêche du jour. PHOTO MARTIN BUREAU/AFP
procédé en question permet de
consommer moins de carburant
puisqu’il évite d’arpenter les mers.
Les professionnels font donc valoir
que Bruxelles défavorise une pêche
écologique en voulant empêcher
les gros thoniers de dépeupler les
fonds marins, ce qui est tout à fait
louable.
Pour contourner la stricte réglementation, les sénateurs brandissent
un volet du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne :
l’article 349. Il constate que les
RUP (doux acronyme communautaire qui désigne les régions ultrapériphériques que sont les dé partements d’outre-mer français,
les îles espagnoles des Canaries
et celles, portugaises, des Açores
et de Madère) sont victimes d’un
éloignement, d’une faible superficie et d’un climat qui nuisent à
leur développement. Le texte entend améliorer leur compétitivité
en créant un environnement économique favorable ; c’est à ce titre
que la délégation parlementaire
compte obtenir des dérogations
de la part des Vingt-Sept. Essentiellement artisanale, la pêche fait
vivre des milliers de familles dans
les DOM.
Difficile de dire comment la Commission européenne réagira à ces
requêtes, les interlocuteurs ne se
bousculant pas pour livrer des
réponses. Les pêcheurs en attendent pourtant, eux qui se sentent
« comme un vélo à qui on appliquerait une réglementation destinée aux
poids lourds ».
Florence Cohen
« La pêche est le poumon de notre économie »
Questions à
Quelles sont les distorsions entre la
réglementation de Bruxelles et votre réalité
de pêcheurs ultramarins ?
On nous demande des choses irréalisables…
Nous, nous avons de petites barques non pontées sur lesquelles nous faisons des pêches à la
journée ; elles représentent 95 % de la flottille.
Avec ces embarcations, nous pratiquons une
pêche extrêmement artisanale, nous faisons
des ponctions pratiquement à l’unité. Et quand
on nous dit qu’il faut diminuer l’effort de
pêche, cela sous-entend : « exercé par les gros
chalutiers ». Nous n’avons pas de chalutiers ! De
même, lorsqu’on nous demande de diminuer
l’effort de pêche sur le cabillaud, sur l’anchois…
Nous n’avons ni cabillaud, ni anchois, ni loup,
ni bar ! Et tous les textes sont rédigés ainsi…
JEAN-CLAUDE
YOYOTTE
Qu’avez-vous dit à la délégation sénatoriale qui
vous a auditionnés, vous et les présidents des
comités des pêches de Guyane, Martinique
et La Réunion ?
PRÉSIDENT DU COMITÉ RÉGIONAL
DES PÊCHES DE GUADELOUPE
Ce que nous avons dit, c’est qu’il faut vraiment
que l’article 349 du Traité sur le fonction-
DR
6 L’HÉMICYCLE
nement de l’Union européenne s’applique
pleinement. Ce texte stipule que, compte tenu
de l’éloignement des régions ultrapériphériques (RUP), leurs spécificités doivent être
prises en compte. Or, [Bruxelles] nous pond un
FEAMP, un Fonds européen pour les affaires
maritimes et la pêche, dans lequel tout est
décidé pour les gros navires. Ils nous disent de
mettre des amendements… Mais quel amendement voulez-vous que je porte sur des
chapitres qui ne concernent que les gros
bateaux ? Il faut carrément écrire un nouveau
chapitre concernant les RUP.
Donnez-nous un exemple du type de dérogation
que vous réclamez.
Comme nous avons de petites embarcations,
nous pêchons uniquement sur le plateau
continental proche ; nous ne pouvons pas
aller au large. Cela signifie que l’effort de
pêche est accentué sur la ressource des mers
peu profondes. Donc, à terme, cette ressource
peut être menacée. Pour permettre à cette
zone de se reposer et de se régénérer, il serait
NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012
bien que les bateaux puissent aller pêcher
au large, sur le dispositif de concentration
de Poissons. L’Europe ne finance ni les DCP
ni les navires neufs. Or on ne peut pas prendre
le risque, sur de petites embarcations, d’aller
au large pêcher des grosses pièces. Donc il faut
que l’Europe ne gèle pas systématiquement
la construction de bateaux nouveaux.
Je vais plus loin. L’Europe dit : « Je veux bien
payer pour moderniser des bateaux, pas
pour en construire. » Mais les bateaux sont
tellement vétustes que les moderniser coûte
plus cher qu’en construire des neufs ! Nous
dénonçons toutes ces aberrations qui, sous
couvert de gérer la ressource, ont des effets
tout à fait opposés.
La pêche est un enjeu très important pour vous…
Elle fait vivre directement 1 600 foyers et,
indirectement, 7 000 foyers. Son poids économique est supérieur à celui de la canne et
de la banane réunis. La pêche est le poumon
de notre économie.
Propos recueillis par F.C.
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Page 7
La vie des
entreprises
2011 : une année accomplie
pour AG2R La Mondiale
Le résultat net de la SGAM AG2R LA MONDIALE s’établit en 2011 à 242 millions d’euros, portant
à 991 millions le résultat cumulé sur cinq ans. André Renaudin, Directeur général, en tire les
enseignements pour l’Hémicycle.
Peut-on dire que l’année 2011
vous aura permis d’atteindre
les objectifs du plan d’entreprise
triennal avec dans le même temps
une architecture du groupe
simplifiée et une marque unique ?
A.R. : Avec un résultat net de la
SGAM AG2R LA MONDIALE de
242 M €, le Groupe maintient
un niveau de résultat significatif
en 2011 dans un contexte marqué
par la crise économique et par des
modifications législatives et réglementaires comme la réforme des
retraites, la taxe spéciale sur les
conventions d’assurance.
Ce bon résultat contribue au renforcement des fonds propres de la
SGAM qui atteignent 2,8 Md €.
J’ajoute qu’AG2R LA MONDIALE
a réalisé près de 1 Md € de résultat
sur les cinq dernières années, lui
permettant d’augmenter significativement son ratio dur de solvabilité hors plus-values latentes,
137 % au 31 décembre contre
129 % l’année précédente.
Fin 2011, la marge de solvabilité
de la SGAM atteint 146 % du besoin de marge réglementaire, soit
un excédent de 935 M €.
Calculée au 30 avril 2012, la marge
atteint 197 %.
Grâce à ces bons résultats, votre
groupe est au hit-parade en matière
de protection sociale en France ?
Avec 15,5 Md € de collecte pour
l’ensemble de ses activités (15,7
Md € en 2010), AG2R LA MONDIALE atteint ses objectifs et
confirme sa place de 1er groupe
de protection sociale en France.
Les cotisations de retraite complémentaire obligatoire représentent
un peu plus de 12 % des régimes
Agirc-Arrco. Elles s’élèvent ainsi à
7,8 Md €, en progression de 4,9 %,
dont 5,5 Md € de cotisations Arrco,
0,9 Md € de cotisations Agirc et
1,4 Md € de cotisations AGFF.
Le chiffre d’affaires des activités
assurancielles représente 7,4 Md €
dont 3,6 Md € en assurance-vie
épargne, 1,4 Md € en assurance-vie
retraite, 1,2 Md €en santé, 1,1 Md €
en prévoyance. La collecte en épargne salariale est de 0,2 Md €.
La collecte en épargne retraite
enregistre-t-elle aussi de bons
résultats ?
L’année est marquée par un très
bon bilan de la retraite complémentaire et par des résultats audessus de la moyenne du marché
en épargne retraite avec une collecte nette positive à 0,9 Md €.
Une partie de ce bon résultat provient de la stabilité de la retraite
supplémentaire et de La Mondiale
Europartner, filiale luxembourgeoise d’AG2R LA MONDIALE,
dont le chiffre d’affaires a progressé de 33 % en 2011, à plus
de 1 Md €.
Avec un rendement moyen des
contrats d’assurance-vie, épargne
et retraite de 3,41 %, AG2R LA
MONDIALE se situe dans le haut
du marché quant à la rémunération des assurés.
Le niveau important de la collecte
nette permet aux provisions techniques assurancielles d’atteindre
55,9 Md €, en progression de +1,5 %.
Les chiffres-clés
1er groupe de protection sociale en 2011
André Renaudin. Directeur général d’AG2R La Mondiale. PHOTO FRANCK FIFE/AFP
«
EN 2011, AG2R LA MONDIALE CONFIRME
UNE CAPACITÉ BÉNÉFICIAIRE ANNUELLE
DE 250 M €, CE QUI LUI PERMET D’AFFICHER PRÈS
D’1 MD € DE RÉSULTATS CUMULÉS EN CINQ ANS »
André Renaudin
L’ensemble des actifs d’AG2R LA
MONDIALE, y compris les activités
de retraite complémentaire, atteint
67,6 Md €, en hausse de 32 % sur
les trois dernières années. L’épargne salariale atteint 1,06 Md €,
confirmant l’attrait des entreprises pour ce type de produit.
Avez-vous le sentiment que la crise
financière a épargné votre groupe ?
Fort d’une gestion d’actifs à la fois
performante et prudente, AG2R
LA MONDIALE traverse la crise financière en renforçant sa solvabilité. À la fin 2011, l’exposition aux
pays dits à risques était très limitée et la part des actions dans le
portefeuille général a été progressivement ajustée. Dans un contexte
général de dégradation des notations, la note A- de solidité financière de La Mondiale et d’AG2R
Prévoyance a été réaffirmée, traduisant la solidité de son modèle.
NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012 L’HÉMICYCLE
7
Et quelles sont les perspectives
pour cette année ?
2011 constituait la dernière année
du plan d’entreprise triennal
d’AG2R LA MONDIALE qui avait
pour ambition de bâtir un groupe.
La mission est accomplie et les
objectifs sont atteints. Après ISICA
et les trois instances des professionnels de la coiffure, le rapprochement d’AG2R LA MONDIALE
et de Prémalliance sera finalisé
en décembre 2012 lorsque les
deux Agirc et les deux Arrco fusionneront.
Le nouveau plan d’entreprise
2012-2014, intitulé « Priorité
Clients », a pour objectif principal
le développement des services aux
clients.
Propos recueillis
par Joël Genard
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15:56
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Initiatives
Réforme de l’affichage publicitaire
Nouveau bras de fer entre
les communes et les afficheurs
Le deuxième volet du Grenelle de l’environnement, adopté en juillet 2010, prévoyait de renforcer
dans les deux ans les contraintes d’affichage et de réduire de 30 % le nombre de publicités.
Mais un article de la loi dite loi Warsmann permet de retarder l’application des textes votés. Ce
qui provoque la colère de nombreuses villes dont Paris qui dénoncent le lobbying des afficheurs.
ointé du doigt par les écologistes et certaines municipalités qui l’accusent d’enlaidir le paysage urbain, l’affichage
publicitaire a encore semble-t-il
de l’avenir. Fixé à deux ans depuis
1979, le délai de mise en conformité des publicités avec les normes
posées par les municipalités est
en effet passé à six ans en mars
dernier. Un sursis qui s’applique à
la réglementation nationale (lire
encadré) et aux nouveaux règlements locaux de publicité (RLP) en
préparation dans plusieurs villes,
comme à Paris.
Danièle Pourtaud, adjointe au
maire (PS) de la capitale en charge
du patrimoine, s’est dite « furieuse
et choquée » contre le dispositif
Warsmann repoussant à 2017 le
règlement local de la publicité. Ce
dernier devait réduire de 30 %
l’affichage dans Paris à l’horizon
2013. « Le gouvernement a glissé
dans la loi Warsmann [loi de simplification du droit du 22 mars 2012,
NDLR] un article modifiant le Code
de l’environnement et rendant inopérantes les principales avancées du
nouveau règlement local de publicité », déplore la municipalité. Et
d’interpeller le gouvernement qui
a la possibilité de revenir par décret sur ce délai. « Au-delà du RLP,
c’est battre en brèche un grand principe de libre administration des collectivités locales », dénonce encore
Danièle Pourtaud.
principaux afficheurs, avait voté
contre le RLP : « D’après nos décomptes, il y aura plutôt 40 à 50 %
de baisse de la publicité dans Paris.
Les annonceurs sont très préoccupés. »
Selon lui, la mairie de Paris n’a pas
mesuré « les conséquences économiques, sociales et financières de ces
restrictions », car la ville « perçoit des
taxes locales pour la publicité extérieure, des droits de voirie et de redevance ». Il rappelle aussi le principe
de la liberté du commerce.
Première vice-présidente du groupe UMPPA au Conseil de Paris,
Laurence Douvin a regretté pour
sa part que la municipalité « ait
délibérément refusé de prendre en
compte les nombreuses avancées du
Grenelle de l’environnement, en ce
qui concerne le micro-affichage et les
bâches publicitaires ».
P
Un répit « utile »
Le nouveau règlement de la ville,
voté par le Conseil de Paris en
Ludovic Bellanger
Des restrictions insuffisantes
Bertrand Delanoë. Le maire de Paris et son conseil municipal
regrettent de ne pouvoir réduire le nombre de panneaux publicitaires
dans la capitale avant 2017. PHOTO ÉRIC CABANIS/AFP
juin 2011, avait été élaboré par
la collectivité et la préfecture, en
concertation avec les professionnels et les associations. Outre une
réduction de la surface publicitaire
dans la capitale, le RLP prévoyait
d’interdire la publicité dans un
périmètre de 50 m autour des
écoles, sur les bords de la Seine,
les canaux, la butte Montmartre,
les murs en surplomb des espaces
verts et des jardins publics, autour
des funérariums et des cimetières…
Autre mesure phare : l’interdiction
absolue des grands panneaux
« 4 par 3 » (12 m2) sur l’ensemble
du département. Un dispositif qui
induisait la suppression de 920
panneaux essentiellement situés
sur le périphérique et aux abords
des boulevards des maréchaux.
Du côté des afficheurs, le Syndicat
national de l’enseigne et de la signalétique (Synafel) se réjouit d’un
répit « utile ». « Les commerçants
auraient beaucoup souffert : la profession n’était pas capable de faire
face. » Stéphane Dottelonde, président de l’Union de la publicité
extérieure (UPE), regroupant les
De nouvelles règles d’affichage
Le décret réformant l’affichage publicitaire extérieur
(relatif aux panneaux, aux enseignes et aux bâches – objet de
polémiques dans la capitale) a
pour objectif de « dépolluer » l’espace public des dispositifs jugés
envahissants.
Le Code national de l’environnement limite ainsi à 12 m2 (et
ans pour préparer le texte auquel il
faut ajouter ce nouveau délai de six
ans », regrette encore Pierre-Jean
Delahousse. La fédération France
nature environnement (FNE) et
l’association Agir pour les paysages
ont demandé la remise à plat
complète de la législation sur l’affichage publicitaire et déposé une
demande en annulation devant
le Conseil d’État. « On peut se demander si la loi Warsmann va aussi
repousser de six ans l’extinction nocturne des enseignes et de certains
panneaux publicitaires qui était prévue pour entrer en vigueur au 1er juillet », s’interroge Raymond Leost,
expert juridique de FNE. Et de
conclure : « Quel intérêt y aura-t-il
pour un maire à mettre en œuvre un
RLP dont les effets ne seront même pas
visibles à la fin de son mandat ? »
jusqu’à 8 m2), contre 16 m2 auparavant, la taille des panneaux
d’affichage muraux dans les villes
de plus de 10 000 habitants. Il fixe
aussi de nouvelles règles de densité pour les panneaux installés
le long des voies publiques. Ces
nouvelles normes concernent également le micro-affichage dans
les vitrines des centres-villes.
8
Les affichages lumineux devront
aussi être éteints la nuit, entre
1 heure et 6 heures. De même, les
publicités numériques auront à
respecter des règles de luminance
ou de consommation énergétique.
Un ensemble de prescriptions dont
les applications varient en fonction
de la taille des agglomérations.
L’HÉMICYCLE NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012
Pour les antipubs, dont certains
rêvent d’une ville sans affichage
à l’image de São Paulo, le RLP propose des restrictions insuffisantes.
Élu au Conseil de Paris, Alexis
Corbière (Parti de gauche) verrait
bien la capitale suivre l’exemple
brésilien. « Paris aurait les moyens
d’une politique audacieuse, contre ce
matraquage permanent qui encourage la société de consommation par
une domination intellectuelle. » Il
prône « un débat de fond » car « le
rôle de la publicité est une véritable
question de société ».
Les associations de lutte contre
l’affichage estiment par ailleurs que
le transfert aux maires du pouvoir
d’encadrer la publicité risque
d’aggraver la situation. « Les maires
ont beaucoup de mal à prendre des
arrêtés pour réglementer la publicité
parce qu’ils subissent des pressions
importantes des acteurs économiques
locaux », analyse Pierre-Jean Delahousse, membre de l’association
Paysages de France. D’autant plus
que les recettes générées peuvent
être considérables.
Désormais, un maire qui veut durcir
son règlement local de publicité
se lance dans une bataille longue
de près de dix ans. « Avec la multitude de concertations, il faut trois
À Seclin, la ville
condamnée à
abroger son RLP
Assignée par les afficheurs devant
le tribunal administratif de Lille l’été
dernier, la ville de Seclin (Nord) a été
condamnée à abroger son règlement
local de publicité. Le texte, qui
permettait d’encadrer l’affichage
publicitaire, avait permis de réduire
le nombre de panneaux en centre-ville
de 250 à une centaine. Les afficheurs
ont trouvé la faille en attaquant
le règlement pour vice de forme,
puisqu’il manquait la présence
d’un représentant de Lille Métropole
communauté urbaine (LMCU) lors
de son élaboration. Cette dernière
a désormais la responsabilité de rédiger
un nouveau règlement, valable pour
l’ensemble des communes du territoire.
À Pau (Pyrénées-Atlantiques), la ville
s’est « bordée juridiquement » pour
éviter les recours des afficheurs.
Elle promet le début des démontages
pour 2013. Elle devrait être imitée
par La Rochelle et Bordeaux, toutes
en guerre contre le « 4 par 3 ». Une
bataille bordelaise qui se politise en
s’étendant à présent aux affichettes
des arrêts de tramway.
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En bref
À Montpellier, un tramway
peut en cacher trois autres
LE PÔLE MÉTROPOLITAIN
RHÔNE-ALPES EST NÉ
G Malgré les réserves du conseil régional,
le 5e pôle métropolitain vient de voir
le jour en Rhône-Alpes. Il réunit
le Grand Lyon, Saint-Étienne Métropole,
la communauté d’agglomération Porte
de l’Isère et la communauté
d’agglomération du Pays Viennois.
Sa population de deux millions
d’habitants et sa superficie de 1 600 km2
en font le plus important de France.
Parmi les priorités avancées : le
développement économique et l’emploi,
les transports, l’aménagement du
territoire et la culture.
Avec ses deux nouvelles lignes de tramway, Montpellier dispose désormais
du plus long réseau de France, devant Bordeaux et Nantes.
ssociation de la mer et du
feu, les deux nouvelles
lignes du tramway montpelliérain affichent leur style signé
Christian Lacroix. Inaugurés au
printemps, les 23 km des tracés
(19,8 km vers la mer et 8,2 km en
circulaire en ville) portent le réseau
de l’agglomération héraultaise
à 56 km. Le maillage global, qui
dessert Montpellier et ses sept
communes périphériques, devient
ainsi le plus long de France. Il
devance Bordeaux (44,3 km),
Nantes (43 km) et Strasbourg
(40,2 km).
A
récurrentes du trafic. Cas unique
en France, les quatre lignes se
croisent en effet devant la gare
centrale Saint-Roch, où une centaine de rames passent chaque
heure en période de pointe. Les
syndicats des transports de l’agglomération de Montpellier (TaM)
et la Fnaut (Fédération nationale
des associations d’usagers de transports) de dénoncer des risques
d’accidents – dont le premier a eu
lieu le jour de l’inauguration… –
et de surcoûts d’exploitation liés à
des embouteillages de tramways.
UN PARC NATIONAL
POUR LES CALANQUES
G Situées aux portes de Marseille,
les Calanques ont désormais leur parc
national. Outre la protection de ses eaux,
leur classement constitue un enjeu
du développement touristique local.
À terme, 2 % du territoire devraient être
protégés d’ici 2019. Trois nouveaux parcs
naturels marins (en Picardie, en Gironde
et dans le bassin d’Arcachon) seront
également créés d’ici la fin de l’année.
Une 5e ligne en 2017
Les communes du littoral
hostiles à une « clientèle
sociale »
L’investissement de 530 millions
d’euros prévoit une augmentation
de la fréquentation du réseau de
42 % d’ici à 2017, avec 95 millions de voyageurs attendus à cet
horizon. Des usagers qui doivent
composer pour l’heure avec des
retards répétés et des perturbations
Autre point noir, la ligne vers le
littoral échoue à Pérols, à 2 km
de la mer. Hostiles à l’arrivée de
la « clientèle sociale » du tramway
sur « leur » plage, les communes
concernées (Palavas-les-Flots, Mauguio-Carnon et La Grande-Motte),
membres d’une autre communauté d’agglomération (Pays de l’Or),
ne plaident pas pour l’heure pour
son prolongement.
Christian Lacroix devant le nouveau tramway de Montpellier.
Le couturier en a signé le nouveau design et l’habillage. PHOTO PASCAL GUYOT/AFP
Montpellier se tourne d’ailleurs
déjà vers la mise en service d’une
5e ligne de 20 km, entre Lavérune
et Prades-le-Lez, en 2017.
L.B.
Le Grand « Pari(s) » de
l’Exposition universelle
Le projet d’accueillir la célèbre Exposition universelle dans le Grand Paris
en 2025 est né d’un comité d’élus et de chefs d’entreprise.
es échecs successifs de Paris
et de Grenoble dans l’organisation des Jeux Olympiques
de 2012 et de 2018 n’ont pas refroidi
les ardeurs de Jean-Christophe
Fromantin, maire (DVD) de Neuillysur-Seine et conseiller général des
Hauts-de-Seine à l’origine du projet.
« On a coutume de dire que les expositions universelles sont à la fois le
bilan du passé et un regard sur l’avenir. C’est à nous de gérer, d’organiser,
de redonner de l’ambition en gérant
les dix ans à venir. »
Pour le comité de soutien regroupant notamment des élus, des chefs
d’entreprise et des ambassadeurs,
organiser l’Exposition universelle
dans le Grand Paris en 2025 « redonnera de l’ambition » à la France.
L’édile propose d’utiliser les futures
gares du Grand Paris et le patri-
moine architectural existant pour
accueillir l’événement, dont le dernier en date dans la capitale remonte à 1900.
L
Les métropoles régionales
pivots de l’organisation
Jean-Christophe Fromantin.
Pour le maire de Neuilly-sur-Seine,
l’organisation de l’Exposition
universelle en 2025 devrait
«redonner de l’ambition
à la France ». PHOTO PIERRE VERDY/AFP
« Au-delà de tout ce que cela peut
apporter de dynamisme économique,
artistique, politique et social, cette
idée d’expo laisse des espoirs à nos
enfants », souligne le réalisateur
Élie Chouraqui, qui soutient l’initiative. « En ces temps d’austérité,
un projet est véritablement un élément
de stimulation », affirme pour sa
part l’ambassadeur de France JeanPierre Lafon, président d’honneur
du Bureau international des expositions (BIE).
Pour concrétiser ce projet balbutiant,
le comité se donne jusqu’à 2014
afin de construire « les axes d’une
candidature officielle ». Le Bureau international des expositions effectuera son choix fin 2017.
L’ancien ambassadeur Patrick Gautrat a insisté sur la nécessité de mettre en place « une machine à gagner »,
après « les échecs retentissants de gros
événements comme l’organisation des
Jeux Olympiques de 2012 ».
L’occasion de « recréer cette dynamique » pour que le monde se donne
rendez-vous en France. « Nous imaginons organiser la première exposition
dont les formes immatérielles d’expression et de communication permettraient aux civilisations de se retrouver
et d’échanger », poursuit encore JeanChristophe Fromantin, qui propose
que les métropoles régionales soient
les pivots de cette organisation.
L.B.
NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012 L’HÉMICYCLE
9
« PACS » COMMUNAL
DANS LES ARDENNES
G Face à la dévitalisation de leur
territoire, Sedan et Charleville-Mézières
ont entamé leur rapprochement en vue
d’une fusion en 2013. L’objectif est de
créer une nouvelle agglomération
rassemblant les deux bassins de vie.
Les 140 000 habitants concernés
pourraient être consultés au printemps.
HUIT VILLES TESTENT
LES ZAPA
G Jusqu’ici boudée par les
agglomérations, l’idée de restreindre
les zones de circulation urbaine aux
véhicules trop polluants fait son retour.
Huit villes (Paris, Saint-Denis, Bordeaux,
Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand, Nice
et Aix-en-Provence) testeront pendant
trois ans le dispositif. Elles dresseront
d’ici l’été la liste des véhicules
indésirables, définiront le contour
des Zapa (zones d’actions prioritaires
pour l’air), et les horaires d’interdiction.
Le lancement est prévu pour le début
2013. En Europe, 180 villes disposent
de « low emission zones », concept
dont sont issues les Zapa.
MONT SAINT-MICHEL :
LA BRETAGNE VS
LA BASSE-NORMANDIE
G Alors que le mont Saint-Michel dessine
son nouveau visage, la Bretagne, qui
conteste le projet d’aménagement dans
sa conception actuelle, pourrait remettre
en cause sa participation. « Si rien ne
change, je suis prêt à proposer au conseil
régional de Bretagne un retrait définitif
de ce projet », explique son président
(PS) Jean-Yves Le Drian, ajoutant :
« Nous considérons que l’articulation
entre les navettes et les parkings n’est
pas cohérente. » Président (PS)
de la Basse-Normandie, Laurent
Beauvais a proposé une évaluation d’ici
un an du nouveau dispositif.
H446_p10:L'HEMICYCLE
7/05/12
11:47
Page 10
Développement
durable
Les communes sous basse tension
rop de lumière coûte cher !
C’est le constat de l’Agence
de l’environnement et de
la maîtrise de l’énergie (Ademe),
qui vient de débloquer une enveloppe de 20 millions d’euros à destination des communes de moins
de 2 000 habitants pour rénover
leur parc d’éclairage public. Plus
de la moitié du parc actuel, soit
9,5 millions de lampes environ,
est composée de lampadaires et
autres éclairages très énergivores.
« 40 % des luminaires en service ont
plus de 25 ans », constate Bruno
Lafitte, ingénieur à l’Ademe, avant
de faire référence à un autre chiffre
édifiant : « 30 % de la lumière ne sert
qu’à l’éclairage du sol. »
Complètement dépassés, les lampadaires éclairent mal, diffusent
une quantité de lumière trop
importante qui parfois éblouit
l’automobiliste. De plus, cette
déperdition de lumière nuit également à la faune : mal orientés,
les lampadaires deviennent des
pièges à insectes et désorientent
les oiseaux dans leurs déplacements nocturnes.
ALAIN BASCHENIS/AFP
Les collectivités locales vont devoir faire des économies d’énergie en réduisant notamment le coup
de l’éclairage public. Pour ce faire, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe)
vient de débloquer 20 millions d’euros pour aider les villes de moins de 2 000 habitants à rénover
leur parc de lampadaires.
T
Les communes de moins de 2 000 habitants sont incitées à rénover leur parc d’éclairage public.
vités. Soucieuses de réduire leur
consommation, bon nombre d’entre elles ont réagi, poussées par les
associations comme l’Association
les budgets communaux, certaines
municipalités en arrivent à devoir
limiter le nombre d’heures d’éclairage ou à couper durant la nuit
«
LA MODERNISATION DE L’ÉCLAIRAGE
PUBLIC REPRÉSENTE UN GISEMENT TRÈS
IMPORTANT D’ÉCONOMIES D’ÉNERGIE, QUI
PEUT PERMETTRE DE GAGNER 25 % SUR LA
FACTURE D’ÉLECTRICITÉ DES COMMUNES »
Des solutions existent
De plus en plus de petites
communes optent pour
une rénovation de leur éclairage
public, à la fois pour lutter contre
la pollution lumineuse et pour
réaliser des économies d’énergie.
Citons notamment la suppression
des suréclairements (supérieurs à
30 lux), la suppression des boules
énergivores, l’utilisation de luminaires haute performance et de
lampes basse consommation, mais
3 000 euros par lampadaire
nationale pour la protection du
ciel et de l’environnement nocturnes (Anpcen), qui labellise
chaque année plusieurs communes pour leur action exemplaire en matière d’éclairage. Face
à ces dépenses importantes dans
l’alimentation de ces éclairages
publics.
Symboliques, ces actions s’accompagnent parfois de plans de
rénovation à grande échelle des
dispositifs d’éclairage. Besançon,
Clermont-Ferrand ou plus récem-
Parmi les actions subventionnées
par l’agence figurent le remplacement du luminaire, du candélabre, ou les travaux de voirie
nécessaires au déplacement d’un
lampadaire par exemple. Les
montants dépendront du pourcentage de réduction de consommation d’électricité ciblé par la
commune. Pour une division par
deux de sa consommation, une
aussi des réducteurs de puissance
ou des ballasts électroniques. Par
ailleurs, le remplacement des
sources lumineuses, l’abaissement
des hauteurs de feux et le rabattement des flux lumineux vers le sol
limitent les déperditions et diminuent les puissances installées.
diagnostic pour déterminer les
gisements d’économies d’énergie
et les premières actions à mettre
en œuvre. Il convient ensuite
d’entretenir et de bien choisir ses
luminaires. D’après l’Ademe, 40 %
des luminaires sont obsolètes et
ont plus de 25 ans. Or les lampes
en fin de vie consomment jusqu’à
20 % d’électricité en plus !
Par ailleurs, le recours aux nouvelles technologies permet de gérer
plus finement l’éclairage public.
Ainsi, les systèmes de variation de
puissance adaptent la consommation aux besoins réels. L’alimentation des points lumineux par
des énergies renouvelables se développe également. Certains candélabres combinent une double
éolienne et des panneaux photovoltaïques, d’autres accumulent
de l’énergie le jour et se déclenchent la nuit, grâce à des détecteurs de présence.
La lanterne n’est pas la seule source
Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne ministre de l’Écologie
Mais énergiquement parlant cet
éclairage public est source de gaspillage d’énergie occasionné par
l’usage inconsidéré de ces lampadaires. Selon l’Ademe, l’éclairage urbain représente 50 % des
dépenses d’énergie des collecti-
ment Grenoble se sont lancés dans
de telles opérations techniques
permettant de rationaliser l’usage
des lampadaires sur le long terme.
Des investissements que de toutes
petites municipalités ne peuvent
malheureusement pas se permettre.
Ce n’est donc pas un hasard si le
plan de l’Ademe s’adresse aux
communes de moins de 2 000
habitants.
La marche à suivre
Les communes souhaitant
maîtriser leur éclairage public ont intérêt à faire établir un
10
L’HÉMICYCLE NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012
commune impliquée dans cette
démarche percevra 360 euros par
lampadaire. Pour une réduction
des deux tiers ou de 75 % de sa
consommation, elle pourra percevoir jusqu’à 3 000 euros. Autant
dire qu’à ce rythme ce plan, qui
au départ devait concerner les
villes de moins de 10 000 habitants, risque de se révéler bien
vite insuffisant pour satisfaire les
demandes des 31 900 communes
qui sont susceptibles de solliciter
l’aide de l’Ademe.
Certains élus considèrent toutefois que ce plan est en deçà des
objectifs du Grenelle, qui abordait, à travers les lois Grenelle I
et II, la pollution lumineuse de
manière globale et prévoyait « des
mesures de prévention, de suppression ou de limitation » destinées
notamment à « garantir l’observation du ciel nocturne ».
Ce qui semble avoir prévalu dans
le plan de l’Ademe, c’est la réduction de la consommation d’énergie et le gain économique. Nathalie
Kosciusko-Morizet, ancienne ministre de l’Écologie, a souligné lors
de la présentation du plan que « la
modernisation de l’éclairage public
représente un gisement très important
d’économies d’énergie, qui peut permettre de gagner 25 % sur la facture
d’électricité des communes. » Ainsi,
pour y parvenir, les collectivités
devront prendre en compte la problématique et retirer par exemple
les lampes à mercure, les moins
efficaces des sources d’éclairage,
qui sont dans le collimateur
de Bru xelles. Un règlement fait
d’ailleurs obligation aux États
membres de retirer ces lampes
du marché à l’horizon 2015. D’ici
cette date, des recommandations
sur le type d’ampoules à privilégier
seront adressées aux collectivités
par l’Ademe.
Joël Genard
de consommation énergétique à
améliorer : le mât d’éclairage, s’il
est en bois, a moins d’impact qu’un
mât traditionnel métallique. Les
mâts en bois auraient une empreinte
environnementale beaucoup moins
forte que les mâts traditionnels.
À savoir
L’éclairage public constitue
23 % de la facture globale
d’énergie des communes et 38 %
de la facture d’électricité !
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11:50
Page 11
Collectivités
locales
Menace sur les investissements
publics locaux ?
La crise financière, la mise en œuvre des ratios prudentiels de Bâle III ou encore la restructuration
de Dexia ont des conséquences sur le financement des investissements des collectivités locales.
C’est dans ce contexte que l’AMF, l’ADF, l’ARF, l’ACUF, l’AMGVF, l’AdCF et la FVM lancent ensemble
un cri d’alarme et organisent une rencontre sur ces difficultés d’accès au crédit par les collectivités.
Celle-ci se déroulera le 23 mai prochain. Le directeur général de l’AMF, Rollon Mouchel-Blaisot,
s’en explique dans l’Hémicycle.
Cette menace est-elle aussi forte
pour qu’il faille avant même les
prochaines élections législatives
organiser cette rencontre ?
R.M.-B. : Oui ! Le financement des
investissements des collectivités
locales connaît de manière structurelle un manque de financement.
Cela est dû au retrait partiel du
secteur bancaire traditionnel qui
avait l’habitude de financer les
projets locaux. Ce dernier souhaite
se mettre dès à présent en conformité avec les règles de Bâle III, avant
la date d’entrée en vigueur qui se
fera progressivement, de 2013 à
2018. À cela s’est ajoutée la faillite
de Dexia, qui apportait 40 % du
financement bancaire pour les
investissements des collectivités
avant la crise de 2008.
Le cumul de ces deux facteurs a pour
conséquence que les collectivités
ne trouvent plus une offre de financement suffisante, soit parce qu’il
n’y a pas de réponses, soit parce
que celles-ci sont partielles, avec
des taux, des montants et des
durées de remboursement qui sont
inadaptés.
Après 2008, certaines banques
avaient pourtant pris le relais de
Dexia mais, aujourd’hui, ces mêmes
établissements font marche arrière,
ce qui démontre bien qu’il y a un
problème majeur de financement
du secteur public local. Il n’y a pas
de problème de solvabilité de l’emprunteur mais c’est le coût d’accès
à la liquidité qui est maximal.
Les sept associations nationales d’élus
veulent ainsi rappeler à l’attention
du futur gouvernement et de la
future législature que les questions
restent pendantes et ne cessent de
s’aggraver. Il y a donc urgence à
partager ce constat qui n’est pas
conjoncturel mais structurel et
durable. L’objet de ce colloque est
bien de proposer des solutions.
Face à cette raréfaction de l’offre
bancaire, quelles sont les réponses
possibles ?
À partir d’un constat partagé, il faut
examiner toutes les pistes et en
proposer éventuellement d’autres.
Il y a eu des avances exceptionnelles
de la Caisse des Dépôts au moment
où les collectivités étaient confrontées à une vraie crise des liquidités
lorsque les banques ne se prêtaient
plus entre elles. En 2012, 5 milliards
seront ainsi prêtés dont 2 milliards
d’ores et déjà débloqués. Ces
concours exceptionnels étaient
Dépôts, qui devrait être opérationnel l’été prochain avec une montée
en puissance progressive. Nous
nous réjouissons de cette création
qui doit être opérationnelle le plus
vite possible. Il demeure cependant
encore quelques incertitudes sur
l’organisation de la future banque
publique, eu égard à la complexité
Il y a des solutions ponctuelles
avec les emprunts groupés menés
par de grosses collectivités qui
s’adressent ainsi directement aux
marchés internationaux mais avec
des contraintes de prêts qui ne sont
pas amortissables chaque année
et qui sont donc remboursables in
fine. Cela rend plus difficile l’accès
au marché obligataire.
Il existe aussi d’autres initiatives
comme le recours à l’emprunt populaire. Les régions Auvergne et
Limousin l’ont pratiqué récemment.
Il faut donc aboutir à la création
d’une Agence publique de
financement des investissements
locaux qui s’élèvent à près
de 17 milliards ?
Rollon Mouchel-Blaisot. PHOTO ROLAND BOURGUET
réclamés par les associations d’élus
et répondaient à un besoin urgent.
Mais nous sommes conscients
que ce ne sont que des réponses
conjoncturelles, car on ne peut
piocher indéfiniment dans les
fonds d’épargne réglementés !
La seconde réponse est la création
d’un nouvel acteur constitué de la
Banque Postale et de la Caisse des
du démantèlement de Dexia. Ce
futur acteur n’envisage pas d’atteindre le même montant de parts de
marché que l’opérateur défaillant
Dexia. Nous souhaitons d’ailleurs
une saine concurrence pour éviter
les dérives que l’on a connues et
les promoteurs du projet ont la
grande sagesse de ne pas vouloir
être en position dominante.
Il y a un dialogue soutenu sur
ce thème avec l’État, et les élus
comptent, lors de ce colloque, réaffirmer leur volonté de créer, dès
que possible, cette Agence. Elle est
indispensable dans ce nouveau
contexte financier. Elle sera un
acteur complémentaire au réseau
bancaire et ne sera pas en position
dominante. Le manifeste qui sera
publié le jour du colloque par les
présidents réaffirmera la nécessité
impérative de créer l’agence courant
2013. Cela suppose une autorisation
législative que nous espérons obtenir
rapidement afin d’être opérationnel
au plus tôt.
La détermination de la structure
juridique de l’Agence est fondée
sur deux impératifs. Le premier est
de confier le pilotage stratégique
aux collectivités. Le second principe
est de permettre aux collectivités
de déléguer la gestion opérationnelle
de l’Agence à des professionnels.
La structure sera donc à deux niveaux. En amont, elle prendra la forme d’un EPIC local, sans présence de
l’État. Ce sera l’instance « politique »
de l’Agence. En aval, la structure
prendra la forme d’une SA soumise
au contrôle de l’Autorité de contrôle
prudentiel (ACP). Cette filiale réalisera les opérations de prêts.
Par cette démarche, les collectivités
locales démontrent leur maturité.
En effet, pour la première fois sur
NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012 L’HÉMICYCLE
11
un sujet financier aussi important,
elles ont décidé de se prendre en
charge elles-mêmes et de trouver
les solutions. Ce projet n’a pas
pour vocation d’augmenter la dette
mais simplement de sécuriser les
financements des investissements
publics locaux et d’en réduire le
coût. Il s’inscrit dans une logique
de pleine responsabilité des collectivités territoriales.
Comment la structure
va-t-elle se financer ?
Nous nous sommes inspirés du
modèle d’agences de certains pays
nordiques. Les collectivités adhèrent
volontairement à l’établissement
public dès lors que leur situation
financière le permet. Elles pourront
vérifier par elles-mêmes leur capacité à intégrer l’agence à partir de
ratios financiers simples qui seront
connus à l’avance, en toute transparence. L’Agence sera ouverte aux
collectivités de toutes tailles. Les
adhérents verseront un ticket d’entrée, permettant la satisfaction de
50 % maximum de leurs besoins
moyens de financement annuel.
Ce montant est estimé au moment
du budget primitif et ajusté sur les
demandes de l’année suivante, en
fonction du compte administratif.
Mais si la situation d’une collectivité se dégrade, elle n’aura plus accès
au crédit, le temps que sa solidité
financière se renforce. C’est un système vertueux.
Il est à noter qu’au plus fort de la
crise financière de 2008 les agences
nordiques n’ont eu aucune difficulté à se financer.
Propos recueillis
par Joël Genard
Association des maires de France
Assemblée des départements
de France
ARF
Association des régions de France
ACUF Association des communautés
urbaines de France
AMGVF Association des maires
de grandes villes de France
AdCF Assemblée des communautés
de France
FVM Fédération des villes moyennes
AMF
ADF
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Pratiques
Les fiches
thématiques
de l’Hémicycle
par Richard Kitaeff
Les agences de l’eau : elles se
mouillent pour les territoires
Pour parvenir à une gestion durable de l’eau, six agences régionales sont chargées d’aider les
collectivités locales et les usagers (industriels et agriculteurs) dans des missions essentielles :
épuration des eaux usées, critères de potabilité, entretien des cours d’eau, augmentation
qualitative de la production aquatique, régulation des crues… Méconnues, les subventions
de ces agences sont un véritable atout pour les territoires.
ne agence de l’eau est un
établissement public administratif de l’État institué
par la loi du 16 décembre 1964 relative au régime et à la répartition
des eaux et à la lutte contre leur
pollution. Six circonscriptions
administratives ont été mises en
place, associées aux grands bassins
hydrographiques (« bassins versants »), et gérées par un organisme
consultatif, le comité de bassin.
Dans ce dispositif, l’organisme
exécutif est l’agence de l’eau.
L’article 17 de la loi prévoit que
« l’organisme directeur de l’établissement public doit comporter des
représentants de toutes les catégories
de personnes publiques et privées
intéressées à l’accomplissement de
son objet. Il comprendra notamment
une représentation des intérêts agricoles, correspondant à leur importance, dans la mesure où ceux-ci seront
concernés par les objectifs statutaires
et les attributions dudit établissement.
Il doit être composé, à concurrence
de plus de la moitié de ses membres,
de représentants de l’État, des collectivités locales et des établissements
publics administratifs intéressés. »
Cette répartition souligne l’enjeu
central de la gestion des ressources
aquatiques : associer les acteurs de
l’eau pour parvenir à un développement durable des activités
économiques (article L. 213-8-1
du Code de l’environnement). Ce
qui suppose des subventions pour
les partenaires de cette gestion
concertée.
De ce point de vue, l’action de
chaque agence de l’eau doit se
conformer aux orientations d’un
document de planification, le
Schéma directeur d’aménagement
et de gestion des eaux (SDAGE).
Celui-ci est élaboré par les comités
de bassin à l’échelle des bassins
versants en associant les élus, les
usagers et des associations. Ce
SDAGE fait office de « plan de gestion » au regard de la directivecadre européenne sur l’eau du
23 octobre 2000. C’est un outil
utile pour les élus car ils peuvent
ainsi vérifier la compatibilité de
leur projet. Les agences de l’eau
réalisent leurs missions dans le
U
Station d’épuration de Vitrolles (13). Inauguré en 2008, cet équipement d’un coût de 32 millions d’euros a été cofinancé par l’agence
de l’eau à hauteur de 37 %. PHOTO GÉRARD JULIEN/AFP
cadre du programme d’action
pluriannuel 2007-2012.
Contrats d’objectifs
et leviers d’action
Dans le domaine de l’eau, les
lois de Grenelle I et II ainsi que
diverses directives européennes
(relatives aux inondations ou au
milieu marin) sont mises en
œuvre par les agences, liées au
ministère en charge du Développement durable par des contrats
d’objectifs. Globalement, les agences de l’eau doivent déterminer
les instruments de la planification
de la gestion de l’eau de bassin,
produire des données sur l’eau et
surveiller la qualité des eaux naturelles. C’est dans ce cadre qu’interviennent les subventions pour
les collectivités. La participation
citoyenne, le travail international
avec les pays riverains, la concertation avec les autres instances
de bassin font également partie
des contrats d’objectifs. Pour atteindre l’objectif du bon état des
eaux, les agences disposent d’un
12
cadre global de dépenses de
12,3 milliards d’euros. Voici les
lignes directrices des actions pouvant être subventionnées à ce titre :
réduction des rejets polluants de
toutes origines, prévention de la
qualité de l’eau distribuée, développement durable des activités
économiques utilisatrices d’eau,
régulation des crues et entretien
des rivières, solidarité urbain-rural
pour l’assainissement des eaux
usées, sensibilisation du public et
des scolaires à la préservation de
l’eau et des milieux aquatiques…
Obtenir des résultats durables
suppose de disposer d’instruments
économiques. Pour subventionner
les collectivités, les agences de
l’eau bénéficient de recettes fiscales environnementales perçues
auprès des usagers (industriels,
pour cause d’activités économiques,
consommateurs). La solidarité de
bassin permet la mutualisation de
ces redevances s’élevant à 1,8 milliard d’euros par an. La facture
d’eau des abonnés domestiques
en fournit l’essentiel. Les subven-
L’HÉMICYCLE NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012
tions et prêts sont accordés, grâce
à cette assiette, aux personnes
publiques ou privées qui réaliseront des projets d’intérêt commun
dans les domaines précités.
Les agences de l’eau favorisent ainsi
l’optimisation environnementale
en visant l’efficacité des mesures
subventionnées, l’action préventive
et la logique territoriale afin que
deux tiers des masses d’eau soient
en bon état d’ici 2015.
Règles administratives
et financières
Pour se voir accorder une aide, il
faut s’adresser à l’agence de l’eau
de son bassin (Rhône-Méditerranée
et Corse, Adour-Garonne, LoireBretagne, Seine-Normandie, ArtoisPicardie, Rhin-Meuse). Il existe des
règles administratives et financières
permettant d’appréhender l’amplitude de l’aide, son objet et les
conditions de subventionnement.
Toute collectivité locale peut
bénéficier de l’aide, avec des cas
particuliers pour les délégations
de service public, l’externalisation
et le crédit-bail. L’agence n’attribue
pas d’aide inférieure à 500 euros
pour les études et les travaux. Le
dossier doit être déposé par la
collectivité bénéficiaire de l’aide
avant le commencement d’exécution du projet. Divers taux de
prise en compte de l’ensemble de
l’opération s’appliquent en fonction du projet retenu. Un certain
nombre d’obligations (entretien
de l’installation, publicités) s’imposent à l’élu en cas de subvention.
Il existe aussi un contrôle de l’exécution, les agences étant habilitées
à vérifier l’exactitude des renseignements transmis. De façon générale, les aides des agences de
l’eau sont porteuses pour les territoires et faciles à obtenir si le projet
de l’élu se trouve être en adéquation avec les contrats d’objectifs
de l’agence.
Actuellement, des projets portant
sur le désherbage alternatif aux
pesticides sont particulièrement
soutenus.
Richard Kitaeff
Professeur à Sciences-Po Paris
H446_p13:L'HEMICYCLE
7/05/12
11:54
Page 13
Culture
Chambéry ou le rendez-vous
des premiers romans
Le XXVe Festival du premier roman de Chambéry accueillera du 31 mai au 3 juin une vingtaine
d’auteurs français et étrangers, dont deux « Goncourt ». C’est un réseau de 3 000 lecteurs
à travers le monde qui a sélectionné ces écrivains, réunis pour un festival qui a opté pour
la modernité en s’ouvrant au numérique.
L
pour Le Pianiste afghan (L’Aube) ou
encore Fanny Saintenoy pour Juste
avant (Flammarion).
Ces primo-romanciers seront entourés de 15 auteurs de renom qui
ont marqué l’histoire du festival,
dont Carole Martinez, Goncourt
des Lycéens en 2011 pour Du
domaine des murmures. Plus d’une
centaine d’événements marqueront
ces quatre jours : tables rondes,
spectacles, ateliers de traduction,
lectures, expositions, dédicaces…
Pour fêter son quart de siècle, le
festival lance aussi cette année
« AlphaLire », plateforme d’accès
à la lecture connectée, a annoncé
Véronique Bourlon, directrice du
festival de Chambéry. Dans sa
phase test, d’avril à août, AlphaLire
comprendra les 15 titres francophones sélectionnés. Après inscription sur le site, le lecteur pourra
consulter gratuitement ces romans
et en discuter en ligne. Le festival
lancera par ailleurs en septembre la
première « résidence numérique »
d’auteurs numériques.
Selon une enquête publiée le
15 mai chez Arkhê par Bernard
Legendre et Corinne Abensour, le
portrait-robot du primo-romancier,
en France, montre qu’il a entre
30 et 50 ans et travaille dans un
domaine culturel, du moins en
lien avec l’écrit. Près d’un tiers des
JEAN-PHILIPPE KSIAZEK/AFP
e festival célébrera cette
année 23 « primo-romanciers », dont 15 auteurs francophones, parmi lesquels Alexis
Jenni – sacré par le Prix Goncourt
2011 pour son premier roman,
L’Art français de la guerre –, deux
Italiens, un Espagnol, un Alle mand, deux Anglais, un Roumain
et un Portugais.
Ont été notamment sélectionnés
Virginie Deloffre pour Léna (Albin
Michel), Prix des libraires 2012,
Nicole Roland pour Kosaburo, 1945
(Actes Sud), Raphaëlle Riol pour
Comme elle vient (Le Rouergue), Stéphane Chaumet pour Même pour ne
pas vaincre (Seuil), Chabname Zariâb
auteurs de premier roman n’en
publie pas de second, observent
les auteurs de l’enquête.
Parmi les premiers romans de la
rentrée littéraire 2011, L’Art français
de la guerre s’est vendu jusqu’ici
à quelque 200 000 exemplaires,
suivi par Les Morues, de Titiou
Lecoq, à… 17 200 exemplaires et
Du temps qu’on existait, de Marien
Defalvard, à 15 800 exemplaires,
selon des données Ipsos/LivresHebdo.
Pierre-Henry Drange
Alexis Jenni. L’auteur de
L’Art français de la guerre
a obtenu en 2011 le Goncourt
pour son premier roman.
La renaissance de l’Opéra Comédie
de Montpellier
Après dix-huit mois de travaux de rénovation, l’Opéra Comédie de Montpellier rouvre ses portes
le 25 mai. Avec ses 1 200 places et une acoustique entièrement renouvelée, il peut désormais
rivaliser avec les plus belles salles parisiennes.
’Opéra de Montpellier, surnommé « le petit frère du
Palais Garnier » de Paris,
propose pour sa réouverture un
ensemble de concertos de Bach
pour deux, trois et quatre claviers.
Les travaux, d’un coût de 14 millions d’euros, financés à 99 % par
L
Montpellier Agglomération, ont
permis de réhabiliter et de mettre
en conformité l’espace scénique
de 4 000 m2 sur 5 niveaux, sous la
conduite du cabinet Deshoulières
et Jeanneau architectes, basé à
Poitiers et associé au scénographe
Thierry Guignard. « On a tout dé-
moli dans la salle ancienne qui était
en bois mais n’était plus aux normes
de sécurité », explique Jean-Paul
Scarpitta, directeur de l’Opéraorchestre national de Montpellier
(OONM). « On a maintenant une aire
extraordinaire. Tout y est électrisé,
mécanique. »
L’Opéra Comédie de Montpellier. La rénovation a porté en priorité sur l’acoustique et l’esthétique
de la salle. PHOTO STEFANO SCATA/AFP
Le théâtre renaît à l’égal de ce qu’il
était au XVIIIe siècle mais dans
une modernité absolue. « C’est une
scène qui va être aussi bonne que celle
de l’Opéra Garnier », s’enthousiasmet-il, insistant sur le rideau complètement refait à l’identique grâce à
des dessins retrouvés. « Mon travail
d’architecte a été de faire entrer les
nouvelles techniques scénographiques
dans ce monument historique, d’être
un passeur entre des fonctions modernes et un bâtiment du patrimoine »,
complète Dominique Deshoulières.
Parmi les améliorations de la scène,
un monte-décors de grande dimension a été installé, des liaisons
dans la cage de la scène créées et
des ascenseurs installés qui fluidifient la circulation. Les peintures,
les dorures, les tentures de plafond
et les murs d’avant-scène ont également été restaurés. Cette rénovation
a redonné un vrai coup de jeune
à cet opéra érigé en 1755, mais qui
subit ensuite de nombreuses vicissitudes : détruit par un incendie,
NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012 L’HÉMICYCLE
13
il fut reconstruit à l’identique en
1788, brûla de nouveau en 1881 et
fut reconstruit. L’Opéra Comédie,
œuvre de Joseph Marie CassienBernard, élève de Charles Garnier,
fut finalement inauguré en 1888.
À l’intérieur, on peut admirer la
statue originale des Trois Grâces
d’Antoine, dont la copie trône à
l’extérieur devant l’entrée, sur la
place de la Comédie. Avec le retour
de l’Opéra Comédie (1 200 places
contre 1 900 au Palais Garnier),
devenu Opéra national de région
en 2002, Montpellier a désormais
la particularité de disposer, avec
l’Opéra Berlioz, au Corum (2 010
places), de deux grandes salles pour
l’art lyrique et la musique classique.
« Le Corum sera dédié aux spectacles plus contemporains et plus grandioses. La Comédie est plus intime.
On y donnera La Traviata, Les Noces
de Figaro, de Mozart. La Comédie,
c’est d’ailleurs un endroit idéal pour
Mozart », souligne M. Scarpitta.
P.-H.D.
H446_p14:L'HEMICYCLE
7/05/12
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Page 14
2.0
La Toile et le livre
La guerre des bibliothèques
Sous la pression de Google, qui entend développer une bibliothèque mondiale, les grandes bibliothèques
nationales accélèrent la numérisation de leurs propres collections. Il s’agit pour les États de garder
la maîtrise de leurs fonds documentaires et de protéger leur patrimoine scientifique et culturel.
A
cieux qui seront, de ce fait, moins
manipulés. La Bibliothèque nationale de France a lancé dès 1997 son
propre projet. L’ambition est vaste :
Gallica doit devenir le portail des
collections numériques françaises.
À cet effet, Gallica tisse des partenariats avec les grandes bibliothèques
Le site François-Mitterrand de la Bibliothèque nationale
de France. Pour protéger son patrimoine, les dirigeants de la BnF
ont décidé d’accélérer la numérisation de ses fonds. PHOTO XAVIER RICHER/AFP
est double : permettre l’accès de leur
fonds documentaire au plus grand
nombre tout en assurant une meilleure conservation des ouvrages pré-
de collectivités territoriales, mais
aussi d’instituts et d’organismes
nationaux. Dernièrement, le fonds
numérique s’est enrichi des collec-
http://data.bnf.fr
le catalogue numérique de la BnF
Les habitués le savent, un
catalogue des œuvres bien
conçu est souvent l’outil le plus
utile d’une bibliothèque. La Bibliothèque nationale de France
a donc lancé son projet de catalogue numérique afin de permettre une meilleure recherche des
œuvres disponibles. S’appuyant
sur les concepts de l’open data,
ce catalogue permet de présenter
les informations sur une œuvre
détenue par la BnF, mais aussi
par d’autres sources telles qu’Europeana et même Wikipédia. Ce
portail, déjà opérationnel, a vocation à devenir l’un des portails
culturels majeurs du Web par sa
simplicité et l’exhaustivité des
informations fournies.
tions de l’Institut national d’histoire de l’art, de la médiathèque de
Troyes et des archives, bibliothèques
et musées de Besançon. À ce jour,
Gallica fédère trente-six bibliothèques françaises auxquelles viennent
s’ajouter trois bibliothèques étrangères. Le fonds numérique a dépassé
un million cinq cent mille documents en 2011. Gallica s’inscrit
aussi dans un projet européen
plus vaste, nommé Europeana, dont
la vocation est de devenir le catalogue de l’ensemble de la culture
numérisée détenue par les grands
organismes culturels européens.
Côté français, le Musée du Louvre
est venu rejoindre Gallica.
Les documents numérisés sont bien
sûr des textes, anciens ou récents.
Mais les livres peuvent également
contenir des dessins, gravures,
des reproductions de tableaux, des
cartes géographiques et même des
partitions de musique. En outre,
les musées et instituts nationaux
proposent les numérisations de tableaux et de documents d’archives,
des fichiers vidéos ou sonores ainsi
que leur fonds photographique. En
2011, Europeana proposait déjà plus
de quinze millions de documents
numériques.
Ces divers projets ont connu une
accélération dans la seconde partie
des années 2000 suite au lancement
du projet Google Livres. Le géant
américain met à disposition des bibliothèques ses capacités techniques et ses finances pour les aider
à numériser leurs collections. En
contrepartie de certaines exclusi-
Le chiffre
vités, voire de violation des droits
d’auteur. Les grands projets européens ont donc été musclés pour
contrer cette « privatisation » de la
culture.
Il faut dire que l’enjeu est de taille :
dans un monde où la culture
joue un rôle économique accru, la
présence des grandes bibliothèques
sur le Net est devenue vitale :
chercheurs et scientifiques doivent
accéder aux fonds afin de travailler plus efficacement, et d’enrichir
leurs publications. Plus un fonds
documentaire est cité, plus il est
pris en considération. La puissance
scientifique et culturelle d’une nation passe aussi par là. De même,
les touristes sont une manne financière dont plus personne ne peut
se passer. Tous les musées, grands
et petits, ont intérêt à numériser
leurs collections afin de les faire
connaître et d’attirer le public. Le
tourisme mondial devrait atteindre
le milliard de voyageurs en 2012
et a rapporté près de 50 milliards
de dollars à la France en 2009. Pour
un pays dont la culture est un argument touristique primordial, sa mise
en ligne aura des conséquences économiques non négligeables.
Bulletin d’abonnement
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GÉRANT-DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Bruno Pelletier ([email protected]) DIRECTEUR Robert Namias ([email protected]) RÉDACTEUR EN CHEF Joël Genard
([email protected]) ÉDITORIALISTES Michèle Cotta, Axel de Tarlé, Bruno Jeudy, Gérard Leclerc, Marc Tronchot AGORA Éric Mandonnet L’ADMIROIR Éric Fottorino COLLABORENT
À L’HÉMICYCLE Ludovic Bellanger, Juliette Bot, Jean-Louis Caffier, François Clemenceau, Florence Cohen, Antoine Colonna, Pierre-Henry Drange, Alain Fournay, Paul Fournier, Anita
Hausser, Béatrice Houchard, Richard Kitaeff, Serge Moati, Jessica Nelson, Nathalie Segaunes, Manuel Singeot, Guillaume Tabard, Brice Teinturier, Philippe Tesson, Pascale Tournier,
Pierre de Vilno CORRECTION Aurélie Carrier MAQUETTE David Dumand PARTENARIATS Violaine Parturier ([email protected] - Tél. : 01 45 49 96 09) IMPRESSION
Roto Presse Numéris, 36-40, boulevard Robert-Schumann, 93190 Livry-Gargan. Tél. : 01 49 36 26 70. Fax : 01 49 36 26 89 ACTIONNAIRE PRINCIPAL Agora
Parution chaque mercredi ABONNEMENTS [email protected] COMMISSION PARITAIRE 0413C79258 ISSN 1620-6479 Dépôt légal à parution
14
L’HÉMICYCLE NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012
* Soit environ un an, en fonction du calendrier parlementaire.
lors que l’ouverture du Web
au grand public a surtout
engendré des sites parfois
bien éloignés du monde de la
connaissance – sites marchands,
réseaux sociaux, jeux, etc. –, les
grandes bibliothèques arrivent
elles aussi sur la Toile. L’objectif
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L’admiroir
Xavier Bertrand ou les trois
visages du gaullisme
Par Éric Fottorino
Plus gaulliste que sarkozyste, plus ségueniste que chiraquien, le maire de Saint-Quentin s’est
d’abord construit avec la parole de Philippe Séguin, qui selon lui renvoyait plus que tout autre
à celle du général de Gaulle. Il retient de ses différents mentors la fibre populaire qui l’inspire.
V
propos transparaît la conviction
d’un édile dont la municipalité
compte plus de bénéficiaires du
RSA (revenu de solidarité active)
que partout ailleurs en France.
« Le lieu où on est élu nous conditionne », affirme-t-il.
STÉPHANE DE SAKUTIN/AFP
isiblement, le ministre du
Travail – encore pour quelques jours – n’a pas besoin
de se creuser la cervelle pour citer
ceux qui ont balisé son parcours
politique : c’est une trilogie cohérente qui le mène de De Gaulle à
Chirac avec Séguin comme point
de passage obligé de l’un à l’autre.
L’explication est ainsi articulée :
« le déclic de l’engagement politique,
dit-il, c’est Chirac. La proximité sur
les idées, c’est Séguin. La véritable
référence, c’est le Général. » Une
alchimie qui fera de lui ce qu’il
est, un « gaulliste social », selon
sa propre expression. Issu d’une
famille modeste, il se souvient
qu’on ne parlait guère de politique
à la maison. En 1974, les siens
votèrent Chaban. Il n’avait pas
11 ans et passa la soirée seul devant
la télé, à tout suivre du scrutin,
spectateur fasciné de ce moment
intense que représentait l’élection
présidentielle. Un jour, le sénateur
gaulliste Jacques Braconnier repérera ce jeune adolescent assoiffé
de politique et lui mettra le pied
à l’étrier à Saint-Quentin, la ville
de l’Aisne dont il deviendra le
député-maire.
Le carré des chiraquiens
Envol politique
Chronologiquement, le premier à
séduire le jeune Xavier Bertrand
fut Philippe Séguin, qu’il invita à
Saint-Quentin en 1992 pour une
réunion publique sur l’Europe.
« Je croyais à la campagne du non
[au traité de Maastricht, NDLR],
explique-il à présent. L’Europe était
un enjeu incontournable mais pas
à tout prix. » À ses yeux, Séguin
incarnait ce gaullisme à visage
humain, enraciné dans un terreau
provincial : les Vosges et Épinal
pour le ténor du RPR d’alors,
dans lequel se reconnaissait l’élu
d’une commune populaire comme
Saint-Quentin. « Plus de mille personnes étaient venues l’écouter dans
le théâtre municipal qui comptait
600 places », se souvient le ministre,
ajoutant que ce moment fut celui
de son « envol politique ». Il avait
27 ans. Comme l’ensemble de
l’assistance, il but les paroles
de Séguin qui s’était montré un
tribun « bluffant » pour défendre
une Europe pas assez politique et
par trop monétaire et financière,
qui préférait selon lui la déflation
à la croissance. « C’était sa dernière
intervention avant son débat télévisé
avec Mitterrand », rappelle Xavier
Bertrand. Son attachement à Philippe Séguin, à la mémoire duquel
il a dédié un des salons du ministère du Travail, il le définit en
quelques mots choisis : « Son gaullisme social, son exigence éthique
et morale, sa capacité à montrer que
le politique peut imposer ses vues
aux eurocrates et aux technocrates. »
Une évocation qui inspire à ce séguiniste quelques commentaires
peu amènes sur le libéralisme ou
l’ultralibéralisme. « Il faut créer
des richesses mais aussi que cette
création ait du sens. Autrement dit il
faut savoir les partager. » Dans son
La relation avec Jacques Chirac
fut plus tardive. Il n’est pas du
« carré des chiraquiens » qui l’ont
soutenu en 1995, les Baroin, Pécresse, Jacob ou Copé. Bertrand
est plus modestement responsable
départemental de sa campagne, labourant exclusivement le terrain.
Il croit au Chirac de la « fracture
sociale » mais ne l’a jamais rencontré. « C’est Juppé qui m’a fait
confiance le premier », souligne-t-il,
en lui proposant de prendre en
charge à l’UMP le dossier difficile
des retraites. Nous sommes alors
en 2002. « J’étais inconnu au bataillon. J’ai travaillé à fond le sujet
et j’ai entrepris un tour de France
des retraites. » Il mesure la nécessité
de la pédagogie en politique. Il
deviendra alors rapporteur pour la
commission des finances sur cette
question, sera nommé secrétaire
général adjoint de l’UMP avant de
prendre le dossier de l’Éducation.
Chirac, qui a fini par entendre
parler de lui, le fera entrer dans le
gouvernement Raffarin en 2004,
comme secrétaire d’État puis
comme titulaire du portefeuille
de la Santé. Enfin il peut mesurer
de plus près ce qui l’attire chez
le Corrézien. « En 1995, il avait
fait le bon diagnostic sur la société
française. Comme Président, il s’est
montré rassurant, avec une forme
d’autorité naturelle, une véritable
hauteur de vue. Pour moi, il est celui
qui n’empêche pas de faire. » Et de
rappeler combien Chirac lui apporta son soutien sur la réforme
de l’assurance maladie comme
sur l’interdiction de fumer dans
les lieux publics. « C’était après
les grandes manifestations contre le
CPE. Il m’a dit : “Tu ne vas pas nous
remettre les Français dans la rue !”
J’ai répondu : “Si, M. le Président,
mais pour leur bien. Ils iront fumer
NUMÉRO 446, MERCREDI 9 MAI 2012 L’HÉMICYCLE
15
dehors !” » Quand viendra la crise
du chikungunya, quelques bons
camarades du gouvernement demanderont insidieusement « si
le ministre de la Santé a bien fait
ce qu’il fallait »… Xavier Bertrand
trouvera une nouvelle fois en
Chirac un défenseur. D’où le froid
qui naîtra entre les deux hommes
quand, en décembre 2006, le ministre chiraquien prendra clairement parti pour Nicolas Sarkozy
dans la perspective de la présidentielle de l’année suivante.
Une idée moderne
Un choix qui détonne au regard
du gaullisme social tant revendiqué par M. Bertrand. Mais à cette
époque, il estime que seul l’ancien
ministre de l’Intérieur est en mesure de l’emporter. Il ne se trompera pas. Pour autant, celui qui
affiche aujourd’hui ses ambitions
présidentielles pour 2017 ne perd
pas de vue les valeurs fondatrices
de son engagement politique :
« Le gaullisme est une idée moderne,
insiste-t-il. C’est une volonté de décloisonner, de dépasser les clivages,
de rassembler. De refuser tout sectarisme. C’est une aptitude à savoir
convaincre sa famille politique. C’est
un esprit profondément réformateur. »
Conscient du décalage entre les
solutions proposées et leur mise
en œuvre, il souligne aussi « la
dimension sacrificielle du pouvoir »,
très forte dans le gaullisme. « Vous
ne me suivez pas, je m’en vais »,
dit-il en vantant les mérites de
l’appel au peuple. « Je suis partisan
des référendums. Pas sur tout et pas
tout le temps, mais assez souvent
pour refonder la légitimité. On dit
aux gens qu’ils sont libres de choisir.
Une fois tous les cinq ans ce n’est pas
assez. Quand ils sont sollicités ils
disent non »… Hostile à « la loi du
plus fort », préférant « la promotion
à l’égalitarisme », partisan de
l’ascenseur social, Bertrand rêve
d’une droite « ferme sur le régalien
et ouverte sur la justice », qui ne
perde jamais le soutien des milieux populaires. Voici tracée la
ligne d’horizon de son gaullisme.
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20/02/12
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