géométrie - Art
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Géométrie Comparée Étude de la Composition dans les Arts L'origine de la GÉOMÉTRIE Prague Mai 2011 La Géométrie Égyptienne Une géométrie avec les yeux par Yvo Jacquier Nul n'est censé ignorer la Science © Yvo Jacquier - Une géométrie avec les yeux 1 on 9 ◊ La "Géométrie avec les yeux" égyptienne • Le voyage de Pythagore en Égypte (de 550/540 à 525 av J-C) Quand Pythagore arrive en Égypte, au VIème Siècle av J-C, les prêtres y pratiquent la géométrie sur un quadrillage. Cette tradition remonte à la nuit des temps, probablement à celui des cavernes : l'Homo Sapiens ( Sapiens veut dire sage ) montre qu'il l'est deux fois face à son cousin Néanderthal qui contrairement à lui, n'aime pas les Mathématiques. L'Homme devient Sapiens Sapiens par la Géométrie, et aussi avec l'Art, quand l'Homme de Néanderthal disparaît. Plus exactement, il se mélange... • Le quadrillage Une corde à noeuds régulièrement espacés permet de graduer une ligne, tout comme le quadrillage permet de graduer le plan avec ses mailles. Ce sont les premiers outils de la géométrie [ —•> Pour en savoir plus ]. Ce quadrillage sert à construire et à situer des fgures simples. Il permet ensuite de les comprendre plus facilement, et de faire des démonstrations. Enfn, grâce à lui, il est beaucoup plus facile de tout retenir, les fgures comme les démonstrations. Les Artistes perpétueront cette pratique jusqu'à l'invention de la Perspective, à la Renaissance. [ —•> Pour en savoir plus ] • Le Triangle 3-4-5 Les Égyptiens développent et étudient beaucoup de fgures au cours des milliers d'années que dure leur Civilisation. Certaines sont simples comme le cercle, le carré, le rectangle ou encore le triangle. D'autres sont plus sophistiquées, comme l'Hexagramme, le Pentagramme ou le Vesica Piscis [ —•> Image ]. Pourtant, ce n'est pas une de celles-ci qu'ils considèrent comme sacrée, mais un modeste triangle : le triangle 3-4-5. Les chifres indiquent la longueur de ses trois cotés, et comme Pythagore achèvera de le démontrer, l'un de ses angles est droit. © Yvo Jacquier - Une géométrie avec les yeux 2 on 9 Le triangle 3-4-5 est un triangle rectangle, c'est à dire la moitié d'un rectangle. Mais cette équerre naturelle, si pratique pour les constructeurs du bâtiment, a bien d'autres qualités oubliées : des propriétés aujourd'hui inconnues, que les Égyptiens considéraient comme magiques... • Les lignes internes du Triangle Sacré À l'intérieur de ce triangle il y a des lignes très particulières que l'on appelle bissectrices. Elles partagent les trois angles du triangle en deux parties égales. Mais, alors que normalement il faudrait utiliser le compas plusieurs fois pour les tracer, il est très facile de les trouver sur ce quadrillage. Celui-ci déborde volontairement du triangle. Les trois bissectrices sont curieusement les diagonales d'un carré, d'un double-carré et d'un triple-carré (ici en couleurs). • Le rectangle d'or du triangle Ensuite, les trois droites se coupent en un point très important de la fgure, au beau milieu du quadrillage. Si l'on trace un cercle, quel que soit son diamètre, à partir de ce point, il coupe deux des bissectrices pour former un rectangle aux proportions très particulières, et appelé pour cette raison "rectangle doré". Quand on retire un carré à un rectangle doré, le petit rectangle qui reste a exactement les même proportions que le grand (il est donc doré lui aussi). © Yvo Jacquier - Une géométrie avec les yeux 3 on 9 La proportion de ce rectangle, c'est à dire la division du grand coté par le petit, est désignée par la lettre grecque Phi, et s'appelle Nombre d'Or. Pythagore en a trouvé la valeur exacte, grâce à son fameux théorème : Phi = (1+√5)÷2 ≈ 1,618... • L'autre manifestation du Nombre d'Or Phi porte beaucoup de noms (section ou proportion dorée, ou encore divine proportion), c'est dire l'abondance de la littérature à son sujet. Notre modeste triangle 3-4-5 devient sacré pour les Égyptiens par sa présence. Les angles de deux bissectrices le montrent une première fois. La troisième bissectrice, qui n'a pas encore servi, va nous donner sa valeur exacte ! Le point où les trois bissectrices se rejoignent est le centre du cercle inscrit au triangle, celui qui touche les trois cotés. Son rayon est 1, comme pour nous montrer simplement des choses parfois un peu compliquées. Depuis le sommet du triangle jusqu'au point où le cercle inscrit coupe la bissectrice, la distance est exactement de 2.Phi, soit le diamètre du cercle (qui est 2) multiplié par le Nombre d'Or. Les Égyptiens connaissent la réalité géométrique du Nombre d'Or, mais ils ignorent son expression arithmétique : Phi = (1+√5)÷2. Voici un schéma de démonstration que Pythagore aurait pu concevoir, à partir du quadrillage égyptien, pour identifer √5. Il suft de lui ajouter le rayon 1 du cercle pour avoir 2.Phi. © Yvo Jacquier - Une géométrie avec les yeux 4 on 9 • Trois autres propriétés du Triangle Sacré A - La surface du triangle est égale à la moitié d'un rectangle de 4x3, soit 12÷2=6. B - Quand le triangle pivote de 45°, la pente de son grand coté, appelé hypoténuse, est exactement de sept carreaux vers le bas pour un carreau sur le coté. Il suft pour s'en rendre compte de construite un deuxième quadrillage, en blanc sur le visuel, qui coïncide avec les diagonales des carrés du premier quadrillage. C - De même que pour Phi, il est facile de trouver la racine du trois, en construisant un cercle jumeau au premier, de rayon 1, selon la fgure du Vesica Piscis dont nous avons parlé : le centre de l'un se pose sur le cercle de l'autre . L'intersection des cercles jumeaux mesure exactement √3. •• La somme des propriétés Le triangle 3-4-5 rassemble ainsi un lexique très particulier de nombres : - 1 est le rayon de son cercle inscrit. - 2 est le diamètre de ce cercle. - 3, 4 et 5 sont les longueurs de ses trois cotés. - 6 est sa surface. - 7 est la pente de son hypoténuse quand il s'incline à 45°. - √3 se trouve aisément en coupant le cercle inscrit aux 3/4 de sa hauteur. - La distance de 2.Phi est marquée par ce cercle sur une des bissectrices. - Les deux autres bissectrices sont les diagonales d'un rectangle doré. Toutes ces propriétés se démontrent facilement sur le quadrillage [ Voir à ce propos l'article complet sur Pythagore]. Elles n'ont pas manqué d'étonner les Égyptiens et les Grecs. Cette géométrie, qui se comprend avec les yeux, va tout naturellement servir à construire des oeuvres d'art et d'architecture, les "arts visibles". © Yvo Jacquier - Une géométrie avec les yeux 5 on 9 ◊ À quoi servent ces propriétés ? Les Grecs ont fait des mathématiques un art à part entière, que l'on étudie pour luimême sans se préoccuper de ce à quoi il sert. Il n'est pas nécessaire d'appliquer les mathématiques à la vie concrète pour les trouver intéressantes et les développer. C'est un des principes de la recherche. Mais avant Euclide et ses « Principes », qui énoncent les bases de la géométrie théorique, les mathématiques étaient beaucoup plus liées à leur application. Nées de l'observation du concret, elles s'appliquaient à résoudre des problèmes concrets. • La Géométrie Sacrée La "géométrie avec les yeux" des Égyptiens s'est appliquée au concret des oeuvres d'art et d'architecture pendant des millénaires. Ces oeuvres ont gardé un caractère religieux (bien au-delà de l'Égypte, jusqu'à la Renaissance), d'où le nom de Géométrie Sacrée. <— Ci-contre: le souverain Benia, 18e Dynastie, 1500 ans av J-C Les Grecs et les Égyptiens avaient un point commun : ils pensaient que le monde avait été créé avec les mathématiques, et que l'univers gardait son équilibre grâce à elles. Le philosophe Platon donna à cette harmonie le joli nom de « musique des sphères ». Les mathématiques (pas seulement la géométrie) étaient considérées comme la "langue des Dieux" par les sages. Or on ne peut se contenter de "regarder" une langue. On a envie de la comprendre, de la traduire, et aussi de la parler. Cette attitude est à l'origine de l'utilisation des mathématiques pour construire des peintures et des temples, des sculptures et des bas-reliefs, et même de la musique ! Les hommes cherchaient ainsi à rendre aux Dieux une part de ce qu'ils leur avaient donné. Et, que les Dieux ne fassent plus qu'un n'a pas altéré ce principe. © Yvo Jacquier - Une géométrie avec les yeux 6 on 9 • Diférentes façons de penser Nous ne voyons pas les choses comme les Égyptiens. Il nous est très difcile de nous mettre à la place de gens qui ont vécu plusieurs milliers d'années avant nous. Nous avons confance avant tout en la Science et en sa logique. Comme nous ne voulons pas perdre la tête et la remplacer par la leur, nous devons procéder autrement. Si nous voulons comprendre ces gens, nous devons reconstituer leur façon de penser à partir de la nôtre. Nous sommes habitués à ce que nous appelons "objectivité". En appliquant cette objectivité, nous pouvons approcher l'Antiquité. C'est notamment le travail des Archéologues, qui réféchissent à partir de données scientifques. Fort heureusement, une partie de ce que nous apprenons à l'école aujourd'hui vient de l'Antiquité. Nous étudions Thalès, Pythagore et Euclide. • Les propriétés du triangle 3-4-5 Nous avons constaté les propriétés étonnantes du triangle 3-4-5. Ces éléments objectifs, parfaitement connus des Égyptiens et développés par les Grecs, nous rapprochent de leur pensée. Nous pouvons maintenant mieux comprendre la part qui nous échappe encore... Une telle somme de propriétés les a naturellement étonnés, et ils ont cherché à lui donner un sens... Ces propriétés géométriques sont marquées par des nombres : les nombres entiers de 1 à 7, plus les valeurs du nombre d'or et de la racine de trois. Cet ensemble curieux ressemble à un lexique ou à un alphabet; c'est quelque chose d'organisé qui ne semble pas tenir du hasard. Les géomètres antiques se sont dit que derrière chaque nombre se cachait une signifcation secrète, à la façon d'un code. N'oublions pas que les Dieux ont beaucoup d'importance pour l'Antiquité : il n'y a pas de domaine où ils n'interviennent pas. Pour nous, cette liste de nombres ofre un premier intérêt. Si l'on arrive à repérer la géométrie qui construit les oeuvres, dans le plan d'un temple par exemple, nous pouvons alors traduire ce plan par l'intermédiaire des nombres. L'outil des nombres est aussi surprenant que la paire de lunettes pour voir des images en 3D. Une autre © Yvo Jacquier - Une géométrie avec les yeux 7 on 9 dimension se révèle, que l'on ne perçoit pas sans ces lunettes particulières. Et ça fonctionne parce que les images ont été créées pour cela. Les correspondances entre les objets (d'art et d'architecture), les formes géométriques (notamment le triangle 3-4-5) et les nombres sont à la base de ce que l'on appelle la Symbolique. ◊ Le Triangle Sacré dans la Peinture À travers quelques exemples simples, l'on peut constater la traduction des oeuvres que permet la composition. Les nombres introduisent le discours de l'interprétation. NB: ces exemples représentent une modeste part de la géométrie totale. 1 - La Sainte Trinité - Andreï Rublev - 1420/28 Dans la religion Chrétienne, la Trinité désigne Dieu, unique, selon trois personnes distinctes : celles du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Rublev le rappelle à Vassili Ier, grand Prince de la Moscovie (qui deviendra Russie), quand celui-ci demande à l'Iconographe de rassembler son peuple autour de la Religion. Le coté "4" du Triangle Sacré, se rappelant du terrestre selon la Tradition, se pose au milieu de l'Autel. Le coté "3", au caractère céleste, se joint au sceptre du Père. Enfn les têtes du Fils, au centre, et du Saint-Esprit, à droite, s'inclinent face au Père, vers l'hypoténuse de valeur "5", que l'on attribue à l'humain. Le père siège au dehors du triangle. Le Fils seul se tient à l'intérieur, et le Saint-Esprit reste en contact avec le coté humain. Le corps du Christ est dans le cercle qui évoque la forme de l'Hostie. Cet élément symbolique est également présent dans une Icône célèbre, oferte par Byzance à la Russie : « La Vierge de Vladimir ». Pour conclure cette introduction à la Sainte Trinité de Rublev, un rectangle doré se développe verticalement sur cercle inscrit, et désigne le haut du tableau. © Yvo Jacquier - Une géométrie avec les yeux 8 on 9 2 - La naissance de Vénus - Sandro Botticelli - 1486 La réalité mythologique de l'oeuvre prend ici un autre sens. Ainsi Zéphyr et Chloris s'inscrivent en tant que couple dans le médaillon d'un Triangle Sacré. La bissectrice qui porte le Nombre d'Or plonge vers le nombril de Vénus, en signe de fécondité. La bissectrice dorée d'un autre triangle passe sur ce point. Vénus est une sirène Dans ce Vesica Piscis, Botticelli a placé deux rectangles de 3 sur 4 (chacun porte deux Triangles 3-4-5). Il les a incliné de façon vraiment particulière : regardons le rectangle de gauche, bleuté. Si l'on prolonge son coté droit, il va chercher l'angle, en haut, du rectangle jaune. 3 - Melencolia I - Albrecht Dürer - 1514 Avec Melencolia, Dürer expose une synthèse de tout l'héritage de la Géométrie Sacrée. Les fameuses propriétés des angles sont ici exploitées avec une grande complexité. Le grand Triangle Sacré de Melencolia résulte d'un parcours beaucoup trop sophistiqué pour être exposé ici, où Dürer met en oeuvre toute une série de principes de composition. L'inclinaison particulière du triangle ne doit rien au hasard : le rectangle d'or (de sa bissectrice dorée) accorde l'une de ses diagonale à l'horizontale, pendant que l'autre devient la diagonale d'un double-carré vertical. Quel double-carré ? Ceci est une autre histoire... © Yvo Jacquier - Une géométrie avec les yeux 9 on 9