Maier

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Maier
ENTRETIEN
> PAR FRANÇOISE INIZAN, À FLACHAU (AUTRICHE) > PHOTOS PAUCE
Sa vie depuis sa retraite, en 2009, ses souvenirs de compétiteur, le ski autrichien…
« Herminator », la quarantaine épanouie, a passé toutes les portes avant les Mondiaux
de Schladming, qui dureront jusqu’au 17 février dans son pays.
« MON HISTOIRE
N’EST PAS FINIE »
Hermann Maier
PLACE HERMANN-MAIER. STATUE HERMANN MAIER. PISTE HERMANN MAIER…
À Flachau, petite station autrichienne du sud de Salzbourg, où il est né, Hermann Maier,
est partout. Ce soir-là, après nous avoir régalé de sa bonne humeur pendant l’entretien,
il a concouru en nocturne dans une course d’anciennes « légendes du ski » devant plusieurs
milliers de spectateurs enthousiastes…
Vous avez toujours été un skieur
et un homme à prendre des risques.
Aujourd’hui, à 40 ans, êtes-vous un peu
plus sage ou toujours « Herminator » ?
(Il rit.) Herminator a disparu après
mon accident de moto en 2001 (après
lequel il a failli être amputé de la jambe
et a dû arrêter le ski pendant quinze mois).
Je n’étais déjà plus tout à fait la même
personne… Et là, c’est encore différent.
Ou plutôt, je suis le même homme,
mais plus un homme de compétition.
Elle ne m’intéresse plus.
Pourquoi ?
C’est tellement usant ! Et je ne parle pas
du ski ou de l’entraînement, car ça, c’était
du fun, mais du travail avec les médias,
les sponsors ou les voyages. C’était très
important pour moi d’arrêter tout ça pour
avoir du temps, prendre du plaisir
et me retrouver au calme dans la nature.
Que faites-vous aujourd’hui ?
Je travaille beaucoup avec la banque
Raiffeisen – qui m’a toujours soutenu –
et je suis encore sous contrat avec Rolex.
J’ai aussi lancé il y a deux ans une ligne
de vêtements de ski, baptisée Seven
Summits by Hermann Maier, pour l’instant
commercialisée en Autriche mais peut-être
dans le futur ailleurs, en Europe. J’ai une
école de ski ici, à Flachau, dont le directeur
est mon frère Alex (ancien snowboarder)
et je participe encore à des courses de ski
pour des événements de charité. C’est déjà
beaucoup de travail. Et puis, je fais beaucoup
de ski touring et de télémark.
Du télémark ? Non, impossible… N’est-ce
pas une discipline pour les vieux ?
Mais je suis vieux ! (Il rit.) Non, le télémark,
c’est très technique et ça exige beaucoup
de puissance. C’est ça qui le rend

intéressant. Dans la neige profonde,
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9
JÉRÔME PRÉVOST
ENTRETIEN
dans les bosses, c’est génial ! J’avais
découvert le télémark en 2004
mais je n’avais pas le temps d’en faire
car je concourais encore. J’aime la liberté
qu’il me procure. Aujourd’hui, en alpin,
je me sens pris, les pieds,
tout, comme dans un bloc de béton.
L’adrénaline, le goût du risque
ne vous manquent-ils pas ?
Non. C’est même plus fort, car je fais
du hors-piste et je n’ai plus de portes.
Autrefois, j’étais enfer mé et ça devenait
parfois ennuyeux : une porte bleue, une
rouge, une bleue, une rouge. Là, je choisis
mes trajectoires et mes terrains de jeu, qui
peuvent être très, très pentus ! Je choisis des
lieux pour être seul et skier en communion
avec la nature. Ici, on a de magnifiques
endroits sauvages, peu touchés par
la modernité, le Massif du Dachstein, par
exemple… Peut-être qu’un jour je ferai aussi
le mont Blanc. Ça paraît spectaculaire. J’ai
déjà fait l’aiguille du Midi. Et c’était génial.
Coureur, vous dominiez le super-G,
justement parce que vous aimiez observer
la nature et qu’elle vous aidait à décrypter
cette course d’improvisation et d’instinct.
Vous étiez toujours le dernier à quitter
les pistes lors des reconnaissances…
Oui, j’aime profondément la nature. C’est
pour ça que Wengen a toujours été ma course
favorite. Le paysage y est incroyable.
Je prenais aussi tellement de temps pour
admirer la vue au départ du Hahnenkamm
(la montagne de Kitzbühel) que la
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10 FÉVRIER 2005,
BORMIO (ITALIE). MAIER
DEVIENT CHAMPION DU
MONDE DE GÉANT POUR
LA PREMIÈRE FOIS.
HERMANN
MAIER, C’EST…
ans sur les pistes,
13
entre sa première
(à Hinterstoder, en
reconnaissance était déjà presque close
quand je la commençais. Je garde plus
de souvenirs de ces vues que de la plupart
de mes courses. De l’inspiration que
je puisais de ces décors plus que de la
compétition en elle-même.
Pour cela, vous auriez pu continuer
encore à courir ?
Oui, j’aurais pu faire une saison de plus
et aller à Vancouver pour participer à mes
troisièmes Jeux Olympiques. Mais j’avais
déjà tout gagné. Et puis, je voulais arrêter
ma carrière en bonne santé et de mon propre
chef. Pas sur blessure. Or, j’avais
le sentiment que, en cas de lourde chute,
mon corps ne m’aurait plus protégé comme
lorsque j’étais plus jeune. Je n’aurais plus eu
la solidité nécessaire, celle qui m’a sauvé aux
Jeux de Nagano (il avait chuté de façon
spectaculaire lors de la descente), en fait celle
que j’ai eue entre Nagano, en 1998, et mon
accident de moto, en 2001. À cette époque,
je me sentais invincible. En 2009, j’avais
peur qu’en cas d’accident tout se termine.
Longtemps, vous n’avez pu regarder
les images de votre chute à Nagano.
Ressentez-vous encore une émotion
particulière quand vous les revoyez ?   
Autriche, le 10 février
1996) et sa dernière
course de Coupe du
monde (12 mars 2009,
à Are, en Suède).
gros Globes de cristal
(classement général
de la Coupe du monde) en
1998, 2000, 2001 et 2004.
Globes de cristal :
5 en super-G, 3 en
géant, 2 en descente.
victoires en Coupe
du monde, record
à battre.
points
engrangés
lors de la saison 19992000. Record à battre.
podiums
de Coupe du
monde en 268 courses.
titres mondiaux :
en super-G et en
descente, en 1999, à Vail,
et en géant, en 2005, à
Bormio. Et aussi l’argent
en descente, en 2001, à
Sankt Anton, et l’argent
en super-G, en 2003, à
Saint-Mortiz, et le bronze
en super-G, en 2001.
titres olympiques,
(super-G et géant),
aux Jeux de 1998, à
Nagano (Japon). Et aussi
l’argent en super-G et
le bronze en géant aux
Jeux de Turin, en 2006.
4
10
54
2000
96
3
2
ALOIS FURTNER/ASA/DPPI
ENTRETIEN
L’ACCIDENT DE MOTO DONT IL A ÉTÉ VICTIME
EN AOÛT 2001 A FAILLI LUI COÛTER
SA JAMBE DROITE. MAIS « HERMINATOR »
EST REVENU À LA COMPÉTITION, TOUJOURS
AUSSI FORT, EN JANVIER 2003.
Plus vraiment. Dès que je suis invité sur
un plateau télévisé, on me les montre. Je m’y
suis habitué ! N’empêche, je me dis à chaque
fois : « Comment est-ce que je m’en suis
sorti sans rien au dos ? » Je n’arrive toujours
pas à y croire. J’ai eu beaucoup de chance : la
neige était mouillée. Si elle avait été glacée…
Trois jours après, vous gagnez l’or
du géant et du super-G. Puis, après votre
accident de moto, en 2001, vous êtes
revenu pour gagner. Votre carrière
n’a jamais été un long fleuve tranquille…
C’est ce qui la rend si intéressante. J’ai appris
beaucoup. À être au top puis à être à terre.
Et ce que j’ai appris est bien plus intéressant
que toutes mes victoires. Car c’est comme
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« Il ne me reste
pas un souvenir
préféré, ou une
victoire spéciale,
mais plutôt le
sentiment général
d’avoir appris
beaucoup
de la vie »
la vie. La plupart du temps, vous êtes en bas,
non ? Bon, d’accord, disons au milieu, mais
jamais vraiment au top. C’est pour ça qu’il
ne me reste pas un souvenir préféré de cette
carrière, ou une victoire spéciale, mais
plutôt le sentiment général d’avoir appris
beaucoup de la vie.
Avec le recul, qu’est-ce que cela vous
inspire d’être considéré comme le plus
grand skieur autrichien après Toni Sailer,
Karl Schranz et Franz Klammer ?
Je ne sais pas. Tout ça est allé tellement
vite que je n’arrive pas à me mettre dans
une perspective historique. J’ai couru pour
la dernière fois en mars 2009, à Are, en
Suède. Ça ne fait que trois saisons. Quand
j’ai vu la course d’Adelboden cette année
(géant remporté par Ted Ligety, le 12 janvier)
à la télévision, ça m’a remis dedans, mais
c’est très rare. Peut-être parce que j’y ai
remporté ma première course, en 1998,
et que j’y ai regagné l’année d’après.
Il y a quelques flashes comme ça, mais
je n’arrive pas à juger l’ensemble.
Marcher dans les pas de ces trois
légendes du ski ne signifie donc rien
de spécial pour vous ?
Si, parce que cela signifie que mon rêve
d’être un grand skieur, leur égal, est devenu
réalité. Mais, en même temps, pour moi,
ce n’est pas la fin. Mon histoire n’est pas
finie… C’est aussi que j’entends
constamment mon nom dans les médias.
En ce moment, par exemple, on reparle de
mes 2 000 points remportés en une saison
(1999-2000) que la Slovène Tina Maze
(lire pages 40-43) pourrait battre. Donc,
attendons quelques années et ça viendra.
Mais il est trop tôt pour convoquer l’histoire.
Le ski autrichien a connu d’autres succès
depuis votre retraite, mais il n’a produit
aucune vraie star. Pourquoi, selon vous ?
Est-ce dû à votre organisation très cadrée
qui nuit à l’éclosion des personnalités ?
C’est difficile à dire. Il y a toujours eu des
individualités qui ont émergé du système,
comme Benjamin Raich (double champion
olympique, en 2006, et du monde, en 2005 ;
2e meilleur Autrichien au nombre de victoires
– 36 – en Coupe du monde après Maier,
qui en compte 54) qui travaillait avec son
père. Ou Marcel Hirscher, aujourd’hui, qui
est également avec son père, Ferdinand.
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ENTRETIEN
À FLACHAU, CHEZ LUI,
EN JANVIER.
« Vous
(les Français)
avez beaucoup
de talents
prometteurs.
Chez nous,
derrière
Marcel Hirscher,
il n’y a plus
de jeunes »
14
de suite d’un petit statut. C’est parfois trop
facile pour ces jeunes.
Vous, vous aviez dû vous battre…
Pour moi, c’était un rêve de skier en Coupe
du monde. Pas d’entrer dans l’équipe
autrichienne de Coupe du monde. Je voulais
skier contre les meilleurs. Maintenant,
le rêve des jeunes Autrichiens est d’entrer
dans cette équipe pour être reconnu
et bénéficier d’une certaine image,
d’une certaine vie sociale, ce qui ne
m’intéressait pas du tout.
Dès vos débuts, l’école de ski de Garmisch
vous avait jugé trop petit…
En fait, à 15 ans, j’ai souffert de la même
maladie que Lionel Messi. Je ne grandissais
pas et, pour cette raison, j’ai eu des
problèmes de genou. J’ai dû quitter l’école
de ski de Garmisch et même arrêter de skier
pendant deux ans. Puis j’ai recommencé.
Mais mon chemin pour revenir a été ardu car
les équipes de jeunes étaient déjà pleines.
Or, en Autriche, vous ne pouvez pas réussir
en dehors de ces équipes.
Est-ce ce « chemin ardu » qui a forgé votre
forte personnalité ?
Oui. Ça m’a obligé à prendre mes propres
décisions. Pour l’école. Pour le reste de ma
vie. Pour décider, par exemple, de travailler
l’été comme maçon pour me bâtir
un physique et rattraper mon retard.
Avec Bode Miller, puis aujourd’hui
Ted Ligety, Lindsey Vonn ou la jeune
Mikaela Shiffrin, âgée de 17 ans, ce sont
les Américains qui sortent les stars.
L’ É Q U I P E M A G A Z INE N º 15 9 5 9 FÉ VR IER 2 0 13
Ligety dit que c’est parce qu’ils sont plus
libres que vous. Est-ce vrai ?
Oui, sûrement. Ils peuvent former leur
propre équipe au sein de l’équipe. Ces petites
cellules ont toujours existé mais elles
se multiplient. Voyez les Kostelic, Tina Maze,
en Slovénie ; Lara Gut en Suisse.
Ils fonctionnent comme des joueurs
de tennis. Impossible chez nous.
Marcel Hirscher fonctionne tout de même
avec sa propre équipe. Pourra-t-il être
différent et devenir une vraie star du ski ?
Première chose, c’est un grand skieur qui
possède une technique magnifique. Et puis,
tout comme son père, c’est un fanatique
du matériel. Je suis sûr que Marcel dort
avec ses skis ! (Il rit.) Et ça, ça le rend très
intéressant. Moi, je me souciais beaucoup
de mon équipement, mais j’étais seul.
Marcel, il a son père et son « serviceman »
Edi Unterberger. Et ces deux hommes
ont beaucoup d’expérience. Ce savoir plus
la technique du gamin font de Hirscher
un très, très bon.
À part lui, y a-t-il un skieur qui vous plaît
particulièrement aujourd’hui ou en qui
vous vous retrouvez un peu ?
Non, pas spécialement. Mais l’équipe
de France me séduit par sa jeunesse,
avec Alexis Pinturault (lire pages 48-51)
à sa tête. Vous avez beaucoup de talents
prometteurs. Chez nous, derrière Marcel
Hirscher, il n’y a plus de jeunes.
ENTRETIEN REALISÉ PAR FRANCOISE INIZAN
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