yussuf jerusalem « a heart full of sorrow » sortie
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YUSSUF JERUSALEM « A HEART FULL OF SORROW » SORTIE 3 MAI 2010-03-22 INROCKUPTIBLES 26 MAI 2010 ROCK AND FOLK mai 2010 TSUGI MAI 2010 Les 5 meilleurs groupes français > 1 page VICE MAI 2010 YUSSUF JERUSALEM A Heart Full of Sorrow Born Bad/Pias 9/10 Born Bad sort une réédition de cet album génial passé plus ou moins inaperçu l’année dernière malgré les efforts intarissables de nos rédacteurs musique qui l’avaient porté aux nues des caves à vin de Saint-Ouen jusque devant les portes du Chiquito. Ce qui avait d’ailleurs le don de faire particulièrement chier la tête pensante de ce groupe, qui ne supportait pas l’idée qu’un « magazine de merde » tel que le nôtre puisse s’intéresser à eux. Je vous conseillerai donc de ne pas acheter ce disque, de ne pas en parler autour de vous et de ne pas vous rendre à leur concert s’ils viennent jouer près de chez vous ou au Chiquito. C’est mieux comme ça, non ? STOMY BALLSY CHRONIC’ART ( AVRIL 2010) YUSSUF JERUSALEM - A heart full of sorrows (Born Bad) Fort d'une avantageuse réputation Outre-Atlantique, Yussuf Jerusalem est sur toutes les bouches des jeunes hipsters qui emmerdent le monde, et on comprend pourquoi. La pochette, convoquant les ténèbres d'un bûcher médiéval, laisse croire qu'on est en passe d'écouter un brûlot Black Metal. Fausse route: les neuf titres, dont le catchy "We Ain't Coming Back" et une ahurissante reprise de Marianne Faithfull, oscillent entre college rock nonchalant immolé par le fuzz et folk-pop rugueuse aux intonations traînantes, avec la juste dose de coolitude craspec et d'arrogance punk low-fi. En embuscade sur la dernière piste, un ultime sursaut de graillon metalleux bien vénère vient nous rappeler que l'ogre reste tapi derrière la candeur apparente. L'avenir du rock français est en marche et il a les crocs. CLARK Mai 2010 SFR Musique Fraiche Yussuf Jerusalem - A Heart Full Of Sorrow par Christian Eudeline Mystérieux, solennel et mélancolique, l'album de Yussuf Jerusalem pose les questions et révèle la musique d'un esprit tourmenté. Ecoutez et vous verrez, ce disque ne ressemble à rien de connu. Le premier morceau de cet album, dans sa réédition puisque par rapport au premier pressage sorti il y a deux ans les titres ont été complètement redistribués, fait irrémédiablement penser à Morrissey période Smiths, pour son côté mélancolique et grandiloquent. Et ce n’est pas là la chose la moins étrange de ce premier album enregistré seul dans une studette à deux pas des puces de Saint-Ouen. Pourquoi par exemple une aussi grande fascination pour les pochettes de disques de Christian Death ? Pourquoi s’adonner à des plaisirs solitaires alors que la capitale française ne demande qu’à partouzer ? Pourquoi flasher encore et toujours sur les mêmes albums : le premier Pink Floyd, les trois premiers Big Star d’Alex Chilton et n’importe quel Lee Hazlewood (avec Nancy Sinatra de préférence) ? Pourquoi s’être d’abord concentré sur les Etats-Unis plutôt que sur son pays natal ? Pourquoi une telle obsession pour l’opium du peuple ? Pourquoi se cacher derrière un pseudo aussi référentiel (Yussuf pour la renaissance de Cat Stevens (sans doute) et Jerusalem berceau de nombreuses religions) ? Pourquoi ? Pourquoi ? Yussuf Jerusalem, ou Benjamin Daures dans la vraie vie, n’a pour échapper à son quotidien que la musique et ces quelques mélodies forcément mélancoliques qu’il égrène sur son 8 pistes. Aidé d’une boîte à rythme archaïque, il évoque ses obsessions en anglais. Tout ne ressemble pas aux Smiths, loin s’en faut, il faut même reconnaître que la première chanson est plus pop que les autres, et que ce concept du one man band (que l’on peut traduire par nouveau Rémi Bricka rock) s’avère quelque peu monotone, mais il s’en dégage une ambiance encore plus étrange. Ce sont là les divagations d’une âme tourmentée, une énergie primale, de l’art brut, tout de même très versé dans le rock. Et si les titres sont tous aussi forts les uns que les autres c’est qu’ils portent souvent l’empreinte de la possession ou de la tourmente (We Ain’t Coming Back, The End Of Tomorrow, A Heart Full Of Sorrow, Gilles De Rais, Jihad…) Ce disque unique, Benjamin enregistre également sous le pseudonyme des Creteens mais c’est une autre histoire, ne ressemble à rien de connu, et c’est pour cette raison qu’on y jettera une oreille (religieuse tant qu’on y est…) pour simplement comprendre ce que le spleen peut avoir de remarquable. MAGIC mai 2010 A Heart Full Of Sorrow de Yussuf Jerusalem Non, Cat Stevens n’a pas abandonné son actuel nom d’artiste. Le sympathique vieux conteur barbu sort même un nouvel album acoustique ce mois-ci, toujours sous l’alias Yusuf Islam, mais sans rapport avec celui du jeune Yussuf Jerusalem dont la musique est, à première écoute, moins apaisée que celle de son aîné. On laissera aussi de côté les allusions au culte religieux, quel qu’il soit, tant ce garçon de Saint-Ouen, dénommé Benjamin Daures pour l’état civil, ne semble pas porté par une ferveur autre que celle qu’il manifeste envers le rock garage sixties. Celui-ci est compris au sens large, avec une touche d’humour qui ne masque pas le caractère un peu mélancolique et exutoire de cet album attachant : une imagerie death metal pour la pochette mais, pour le tracklisting, une reprise chahutée de Jackie DeShannon popularisée par Marianne Faithfull (With You In Mind), un instrumental bancal et succinct (Jihad), un déroutant morceau caché de grindcore au nom sanguinolent et approprié (Gilles De Rais)… Est-ce un disque sonique en forme de rébus pour initiés ? Même si Yussuf Jersusalem aime visiblement brouiller les pistes, on ne sent pas chez lui une détermination à ne pas vouloir atteindre une audience autre que confidentielle, qui violerait l’intimiste de son œuvre ou parce que sa poignée de fans jalousent son élu et entend le partager en famille, et en famille seulement. D’apparence bordélique (troublée ?), cette musique est pourtant susceptible de grésiller aux oreilles de tous : des paroles éplorées en anglais, mais des chansons batailleuses, une écriture versatile, mais des guitares secouées à l’unisson, enfin une voix attachante, qu’elle soit écrasée ou non par les réverbérations ou les compressions successives. Après la révélation de Kurt Vile, 2010 apparaît comme une bonne année pour les enfants du 13th Floor Elevators et de Brian Jonestown Massacre. Julien Welter MODZIK- Mai 2010 L’INDEPENDENT – 1 page www.popnews.com Qui donc se cache derrière ce sobriquet un brin provocateur? Un jeune homme de 25 ans, Benjamin Daures, leader du groupe punk Creteens, qui a écrit et enregistré seul, à Saint-Ouen, ce premier album. Sorti en avril sur le label Born Bad, "A Heart Full of Sorrow" est juste un bon disque de rock garage, gorgé de mélodies pop qui filent droit au coeur comme celui de mes chouchous du moment, The Strange Boys, dont il pourrait être une sorte de cousin éloigné. Rodé par une tournée de trois mois aux Etats-Unis, Yussuf Jerusalem sera invité au prochain festival La Villette Sonique (31 mai – 6 juin 2010). En attendant cette date, Benjamin a accepté de nous dévoiler (un peu) l’univers de ses chansons… On ne saura rien de l’origine de sa fascination pour Gilles de Rais, mais quelque chose me dit qu’il préfère le satrape libidineux au héros de la guerre de Cent Ans, frère d’arme d’une célèbre Pucelle… We Ain't Coming Back J'ai écrit ce morceau en pensant parler de la mort. En fait, j'ai réalisé que c'était une chanson sur l'amour salvateur. C'est aussi le premier morceau que j'ai écrit et enregistré pour cet album. Multicolor Ecrit et enregistré en moins de 30mn, celui-là parle de descente. "No multicolor, just plain black and white", c'est l'ennui, le quotidien qui paraît plus insupportable que jamais après un voyage. The End of Tomorrow Une cavalcade contre la faucheuse. On s'en sort toujours de justesse et on continue au galop, mais tout droit vers la fin, irrémédiablement. The One You Really Want Parfois on fréquente quelqu'un, on danse avec, en sachant que ça ne mènera nulle part. J'ai souvent l'impression de côtoyer la vie d'autres gens, sans vraiment m'y investir, sans y participer honnêtement. Ça me rend triste et mélancolique, comme Casper le fantôme. A Heart Full of Sorrow J'imagine Gilles de Rais, le cœur brisé par la mort de Jeanne, vendant son âme à qui la voudra pour partir retrouver Dieu et le mettre devant ses méfaits. Pour comprendre? Greeting from Novi Sad J'ai joué de la basse pour les Turpentine Brothers en Europe. C'était la première fois de ma vie que j'allais dans les pays d'ex-Yougoslavie, notamment en Serbie. On s'est retrouvé à Belgrade, le jour où le Kosovo déclarait son indépendance. Au milieu des feux et des émeutes dans la ville, le concert annulé (le groupe étant américain), On a passé la nuit dans cette ambiance apocalyptique sans informations sur la situation réelle. A Novi Sad, j'ai rencontré cette fille qui m'a fait réaliser que dans toutes les pires situations, on arrive toujours à s'évader, à retrouver la liberté et l'amour comme on le peut. With You in Mind Une jolie fille m'a fait écouter cette chanson, et j'ai voulu l'épater en enregistrant une reprise. Sans succès. Gilles de Rais Sur le pressage américain, ce morceau servait d'ouverture à l'album. La plupart des gens ne le comprennent pas, ils pensent que c'est une blague, que c'est pour déranger... Pourtant cette chanson est totalement honnête, je ne crois pas que tous les morceaux d'un disque doivent sonner de la même façon. Les réactions sur ce titre me permettent de trier les gens. Propos recueillis par Luc Taramini Photos par Julien Bourgeois Merci à Benjamin et Adrien www.concertandco.com Œcuménique songwriter pop garage psyché, Yussuf Jerusalem livre un manifeste - intitulé A Heart Full Of Sorrow - souhaitant provoquer des vocations pour partir guerroyer contre la musique numérique et clinique dont on nous abreuve à longueur de journées... Ce recueil de chansons joyeusement déjantées a été enregistré et composé tout seul à la maison sur un 8 pistes par Benjamin Daures, un membre imminent des augustes, visiblement défunts et (bien nommés ?) Creteens. S'il fera hurler de rage les adeptes du son laser ne sachant pas déceler un putain de bon morceau derrière des grésillements distordus, A Heart Full Of Sorrow possède tous les atouts pour ravir les fans de pop et de rock psychédélique marqués au fer rouge par The Kinks, Them, 13th Floor Elevators, Roky Erickson et The Velvet Underground. En se vautrant à la fois dans la dissonance et le culte du bruit, tout en gardant une sincère passion pour la pop song parfaite avec mélodies qui marquent et refrains qui tuent, Yussuf Jerusalem vient de publier un disque oscillant magistralement entre pop sixties, rock fifties, surf, folk, hardcore punk et drug music. C'est décalé, très varié et truffé de tubes, à l'instar du vrillant Me Ain't Coming Back, du lancinant Multicolor, de l'accrocheur The End Of Tomorow, du sonique Greetings From Novisad ou encore du mélodique A Heart Full Of Sorrow. A signaler également, une reprise efficiente et effrontée de Marianne Faithfull, With You In Mind. Certains ex futurs bébés rockeurs navrants devraient en prendre de la graine au niveau de l'écriture et de la rock 'n roll attitude ! Et le monde serait moins fadasse... Pierre Andrieu PRESTO – Mai 2010 www.gonzai.Com 9 MAI 2010 A l'écoute de « A Heart Full Of Sorrow » - dernière sortie haute énergie de chez Born Bad, pas évident de cerner le personnage nommé Yussuf Jerusalem aka Benjamin Daures. On laissera volontiers les professionnels du name dropping érudit pinailler sur les références (cf : Mark Lanegan, Rocky Erickson, Syd Barrett, Jay Reatard, Joy Division, la Bible Belt gothique à la Cormac McCarthy, on m'aura tout dit) pour monter directement le volume et laisser Multicolor, le titre, s'échapper d'un cauchemar d'Hope Sandoval. On peut voir ça comme ça, après tout. Ecoute-il la pseudo nouvelle scène parisienne disparue ? Met-il du Rimel en concert pour faire croire qu'il est intérieurement hanté par un démon de Lovecraft ? Mange-t-il normalement ? Par quoi faut-il passer pour pondre tel machin country bizarroïde couché sur ressorts d'amplis réverbérés comme ce The One You Really Want réellement addictif ? Dans une société idéale, le premier titre We Ain't Coming Back pourrait même cartonner en radio (en quoi ? ? ?), mais à quoi bon ? Et puis, quel studio normalement équipé en bon sens a pu laisser notre homme enregistrer ce qu'il voulait ? Bon, que les paisibles amateurs de hi-fi aillent se faire engluer par les Besnard Lakes, ici, on ne plaisante pas avec la distorsion et cet album en est rempli jusqu'à la gueule ; ça crachote, grince, vibre, c'est une ode à la gueule de bois, aux ruptures amicales ou non, ça en raconte plus sur la vie que n'importe quelle drouille folkeuse dont les bars parisiens sont friands, ces poireaux polis... "Paris la nuit c'est fini", entonnent les ânes ? Rien du tout, archi faux, il s'en passe de ces choses, suffisait de sortir... Mis à part le fait que « A Heart Full Of Sorrow » soit un disque à acheter sur le champ pour qui exige de la moelle sous l'os, c'est un album court (26 minutes tout au plus) qui ne se range pas. Au contraire, il pourrait devenir peu à peu le confident spécial d'une race d'insomniaques cueillis au matin dans le caniveau, une dague au cœur. Si le gars se laisse facilement convaincre d'une entrevue dans un bistrot de Château Rouge, il n'en est pas de même pour le baragouin. D'ailleurs - et il l'annonce volontiers une mousse en main - les interviews formelles, c'est pas son truc. Cependant, pas bégueule pour un rond et encore moins autiste, la nouvelle signature Born Bad que les sourds prendront pour un nouveau Jay Reatard en plus rugueux, est comme on l'imagine : normal, paisible, avenant, en plein boulot (statut vérifié, il répare ces cochonneries de Vélib à longueur de journée). Assez éloigné donc de l'imagerie dark-mec-cinglé-enregistrant- seul-dans-son-corridor-étroit-parsemé-de-piques-médiévales que la pochette du disque laisse présumer ; quoique... Précisions : On enregistre où quand on s'appelle Yussuf Jerusalem ? Yussuf: N'ayant pas assez de préamplis valables et de micros sous la main pour tout balancer live, j'ai enregistré seul dans mon coin sur un 8 pistes Tascam à cassette. L'idéal serait bien sûr d'en chopper un à bande mais... A la fin du disque, il y a une minute de silence totalement détruite par un morceau dément, « Gilles De Rais » ! Yussuf: En fait, l'album était déjà disponible aux Etats Unis en 2008 sur le label Floridas Dying avec un track listing totalement différent. Alors que justement c'était le morceau d'introduction dans le pressage US, le strict tracklisting que j'avais conçu à la base ; cependant JB de Born Bad voulait autre chose en ouverture. On s'est mis d'accord sur We Ain't Coming Back, histoire de ne pas faire fuir tout le monde dès les premières notes. Ça sort en vinyle ? Yussuf: En vinyle oui, mais pas que. Le premier pressage oui, en K7 aussi pour la tournée aux Etats Unis. Des cds, j'en ai plein, mais bon... La rencontre avec Born Bad ? Yussuf: Au départ, je connaissais JB de vue, surtout de réputation, mais tu sais jusqu'à l'été dernier, j'étais guitariste dans Jack Of Heart, groupe qu'il a également signé et puis dans les Creteens, mon premier groupe punk sale... Vous vous êtes notamment fait remarquer à Strasbourg... Yussuf: Ah ouais, par le biais de Seb Normal on a pu faire quelques dates au Molodoi, dans le club mythique du Zanzibar ; sur une péniche aussi... à Strasbourg il y avait des gens concernés et un excellent magasin de disques coincé dans une ruelle où le mec ne passait que du métal extrême, des trucs pas possibles (Diabolus In Musica, aujourd'hui remplacé par... un coiffeur, nda). On ne jouait pas dans les « salles de musique actuelles » hein. D'ailleurs avec Yussuf Jerusalem on prévoit de faire une tournée en Europe de l'est - Serbie, Croatie, Slovénie, etc - pas forcément pour jouer comme des malades, peut être plus pour voyager. Pour l'anecdote pourrie je me souviens qu'on s'était entièrement fait piller le camion à Rome avec Jack Of Heart : 6 guitares, tous nos sacs, l'ordi.. Et tout ça devant un poste de police ! Rome ville ouverte ! Yussuf: Maintenant, je dors dans le camion. On nous rabat les feuilles avec la crise du disque et toi, comme ça, tu en sors un? Yussuf: Bof non, je ne me pose pas la question. En fait j'ai commencé j'avais 15 piges, j'ai acheté une basse et trois mois après j'enregistrais un disque avec mes potes, voilà. On m'a demandé « ça te dirait de faire un 45t ? », tu parles si j'étais content ! Jamais démarché qui que ce soit, jamais rien fait en ce sens, je joue parce que ça me fait marrer et puis, ça serait trop déprimant de ne pas le faire. Les disques, les groupes, impossible de m'en passer, c'est important. Bon, maintenant j'ai un boulot fixe mais avant... Exemple : la dernière tournée effectuée, me suis barré 3 mois de mon taf sans prévenir personne ; quand je suis revenu j'avais reçu un avertissement pour 4 JOURS d'absence. Z'ont rien capté ; m'enfin, de là à engranger tous les jours... Le boulot pour moi ça aide à vivre, à pouvoir aller boire des coups au bistrot, à réparer son ampli en rade. Tu joues sur quoi ? Sur un Fender Deluxe Reverb avec ma Strat. Un os aussi que j'ai acheté 40 $ dans le Tennessee, une Harmony sunburst 60's à coté de Memphis pendant la première tournée US, embarqué par Jeffrey Novak (un Kevin Ayers US et lettré, signé entre autre chez In The Red - nda) dans un magasin au milieu de nulle part où le proprio répare ses choses à longueur de journée, ce vieux briscard a de ces trésors... La mienne est impossible à accorder correctement comme on se doute, mais ce son ! Je me dis toujours que c'est pas plus mal de se faire la main sur ce genre de râpe ; dès que tu passes sur un vrai modèle, eh, ça vole ! En effet. Bon, flicaillons qu'on est, quels sont tes disques de chevet ? Yussuf: Des disques, des disques... Au départ j'étais vraiment branché garage punk, tous les dégénérés, les Oblivians, ces trucs là, grosse période ! les sixties bien sûr... j'écoute aussi pas mal de blues, Skip James, les grands du Delta, la clique de chez Fat Possum : T Model Ford vu en concert, génial ! Et puis... Beaucoup de métal ; les gens ne comprennent pas mais... le black métal tiens ! Bon, pas celui des magazines, pas le symphonique à jabot non, plutôt toute cette frange souterraine s'enregistrant sur un 4 pistes K7 ; polonais, serbes, bulgares, des trucs bien craignos qui sortent de la forêt quoi. Du stoner aussi. J'aime beaucoup Sleep, l'album Dopesmocker, un double Lp, un morceau par face, tous ces machins à la Electric Wizard, St Vitus, du doom à lampes... En ce moment je me fais une grosse session de Creedence et le T-Rex pré-glam avec le mec aux bongos. Kevin Ayers ? Le morceau - interlude Jihad me faisait penser à son Irreversible Neural Damage avec Nico. Yussuf: En fait, c'est Valentin le bassiste de la formation scénique qui l'a pondu lui même. Le seul truc que je n'ai pas enregistré, je trouvais ça marrant... Eh, on a oublié plein de choses : le rap ! Dj Screw, un fondu texan sous codéine qui ralentissait tout, les beats, les voix ! Le gars est mort à l'heure actuelle. Sans blague, un disque qui m'a vachement marqué c'est celui de Rocky Erickson avec les Aliens, celui de 1980 produit par Stu Cook de Creedence, un truc pas possible. Toujours été fan des 13th Floor Elevator, mais cet album là... jamais pu décrocher ; d'ailleurs je l'ai vu en concert aux States en octobre 2009 et il a joué TOUS les morceaux de l'album, fabuleux ! Ca et Dead Moon de Portland embarqué par ce cinglé de Fred Cole, lui qui trafique des groupes depuis les 60's ; encore un mec parfait. Tu vas souvent traîner là bas ? Yussuf: Yep. L'année dernière, je suis parti 2 mois en concert avec Yussuf, un mois avec Jack Of Heart, avec les Crusaders Of Love - groupe génial de Lille, un mois avec Brimstone Howl (du Nebraska, signé chez Alive, label High Energy ! !), un excellent groupe avec lequel j'ai adoré jouer. La question bête : on te compare à Jay Reatard, ton avis ? Yussuf: Sais pas. Je l'ai connu ici quand il est venu jouer avec les Lost Sounds, truc que j'ai écouté pendant des heures. Il était en day of à Paris et ne savait pas vraiment ou dormir, c'était l'hiver et je l'ai tout simplement invité chez moi. L'été suivant je partais aux USA en croisant de temps à autre toute sa clique à Memphis. Alors oui, pour les Creteens l'affiliation avec les Reatards je comprends, mais maintenant... C'est assez éloigné de ce que je fais non ? Et les films, parlons des films ! Yussuf: : Ouais, depuis que je suis minot j'en bouffe à la pelle. Mon père bosse en médiathèque alors tu peux imaginer. Ceux de Jarmush ; suis pourtant pas trop fan de Tom Wait mais Down By Law reste assez marquant. Les films de zombies, tous les Roméro. Tiens, voilà un genre qui me fout les jetons au premier degré ; avec ma frangine on branchait une sorte de décodeur Canal + et on restait là à matter ces monstruosités, complètement flippés ! Attends, le film que j'ai dû regarder 20 fois c'est Conan le Barbare ! Le premier, hein, pas confondre avec la suite merdique. J'ai lu les bouquins d'Howard, ces gros pavés... Et les bd, énormément, l'heroic fantasy que les gens considèrent comme un style mineur, voire pire, alors que - sans rentrer dans le détail - y a vraiment des perles immanquables. Beaucoup de SF évidemment... J'aimerais bien trouver d'ailleurs les vieux numéros de Métal Hurlant ; chaud ça. Si on tape Yussuf Jerusalem sur Youtube, on peut voir un clip de With You In My Mind, reprise surprise de Marianne Faithfull avec des images stroboscopiques d'Aleister Crowley, tout le bestiaire de la Golden Dawn, pentagrammes et colifichets inclus. Fait exprès ? Yussuf: Ah non, n'y suis pour rien, je ne sais même pas qui l'a fait. Un type m'avait envoyé un mail après notre deuxième concert qui lui avait plu, c'est tout. En même temps, c'est vrai que j'aimerais bien m'essayer aux clips, tout monter, expérimenter, ça c'est intéressant. Bon, quand je serai au chômage hein. Une bière de plus et c'est le retour au trottoir. On fuit derrière nous la meute hurlante accrochée au poste TV du bar, match de foot oblige pour retourner sur le trottoir. Moment pour Benjamin de repartir au charbon, réparer ces foutus vélib et, qui sait, de bricoler encore et encore sur son 8 pistes, des morceaux que personne n'a jamais entendu, jusqu'au prochain disque... Yussuf Jerusalem // A heart full of sorrow // Born Bad http://www.myspace.com/ridersofallah Yussuf Jerusalem sera en concert le 2 juin au Trabendo dans le cadre de « La Villette Sonique » CHRONIC’ART (Mai 2010 ) YUSSUF JERUSALEM - A heart full of sorrows (Born Bad) Fort d'une avantageuse réputation Outre-Atlantique, Yussuf Jerusalem est sur toutes les bouches des jeunes hipsters qui emmerdent le monde, et on comprend pourquoi. La pochette, convoquant les ténèbres d'un bûcher médiéval, laisse croire qu'on est en passe d'écouter un brûlot Black Metal. Fausse route: les neuf titres, dont le catchy "We Ain't Coming Back" et une ahurissante reprise de Marianne Faithfull, oscillent entre college rock nonchalant immolé par le fuzz et folk-pop rugueuse aux intonations traînantes, avec la juste dose de coolitude craspec et d'arrogance punk low-fi. En embuscade sur la dernière piste, un ultime sursaut de graillon metalleux bien vénère vient nous rappeler que l'ogre reste tapi derrière la candeur apparente. L'avenir du rock français est en marche et il a les crocs. VOXPOP YUSSUF JERUSALEM | POP UP Yussuf Jerusalem est le projet garage le plus stimulant de la scène parisienne actuelle. Leur premier album A Heart Full Of Sorrows est récemment sorti chez Born Bad Records. L’écouter c’est un peu se laisser emporter dans une épopée chevaleresque à destination d’une terre dangereuse et sans espoir. Enfouies sous le bruit qu’ils adorent faire, les chansons de ce disque sont mélodieuses, intelligemment calibrées et terriblement accrocheuses. A la vue des rares interviews de Benjamin Daures, leader du groupe, qui traînent sur la toile, on pensait se retrouver face à un mec froid voir un peu agressif. Un mec qui n’en à rien à foutre. On était à côté de la plaque. A l’occasion du concert donné à Paris pour la sortie de A Heart Full Of Sorrows, c’est un garçon timide, un peu angoissé et vraiment sympa qui répond à nos questions. Rencontre avec Benjamin Daures et Valentin, son ami qui tient la basse. Vous avez récemment signé chez Born Bad Records, comment ça s’est passé ? C’est Born Bad qui m’a approché. En fait le disque est sorti dans un premier temps et confidentiellement aux Etats-Unis, sur un label de punk-rock qui s’appelle Florida’s Dying, des mecs d’Orlando. La sortie américaine s’est vendue très vite : 900 vinyles partis principalement là-bas. Ici on est passé un peu inaperçu : il n’y avait que très peu de copies, peu de gens avaient l’album. Born Bad a quand même un pied dans la scène garage où moi je circule. Ils avaient déjà signé et sorti l’album de Jack of Heart, qui était mon ancien groupe. J’y faisais de la guitare. C’est quand même un petit milieu de groupes. Ca vous fait quoi de jouer du garage en 2010 ? Les thèmes ne sont plus les mêmes, de quoi parlent tes chansons ? Le garage c’est venu du punk. J’ai commencé par être fan de métal. Ca m’a ramené vers le punk. Et du punk je suis passé par tous les sous-genres : le hardcore et puis surtout le garage. En fait, ce qui me plaît c’est tout ce qui s’enregistre à l’arrache. Je n’arrive pas à écouter ce qui passe à la radio. Je ne fais pas d’électro, ni de rap. J’ai une guitare et depuis toujours j’écoute du garage. C’est ce qui me vient naturellement. Après, forcément, les thèmes changent avec le temps. Mes chansons parlent de… ce sont des chansons d’amour. Plus ou moins des chansons d’amour et de guerre. Et contre qui partez-vous en guerre ? Je ne sais pas… Contre le monde dans lequel on vit. Je pars en guerre contre me lever et partir au travail le matin. J’ai beaucoup d’ennemis, mais aucun en particulier. Je ne m’occupe pas trop d’eux. We Ain’t Coming Back Ŕ Yussuf Jerusalem http://www.youtube.com/watch?v=esIULbpjeWI&feature=related J’imagine qu’il est difficile pour vous de vivre de votre musique. T’as un job à côté ? Ouais, je répare des vélos. Je fais ça 35 heures par semaine. Je trouve que les vélos ça n’est pas plus idiot qu’autre chose. Au moins ça sert à quelque chose. J’ai commencé par faire de la musique, j’ai beaucoup tourné. Genre il y a quelques années j’étais la moitié du temps en tour. C’est un peu pour sortir des tournées que je me suis mis à travailler. Histoire d’avoir une vie un peu plus saine et aussi avoir de l’argent pour l’investir dans du matos. Et puis pour tenter autre chose. J’ai 25 ans et je pense qu’à mon âge c’est pas mal d’essayer de travailler un peu. Goûter à la vie que les gens ont autour de moi. Ca permet aussi de rencontrer des gens que je ne fréquente pas dans la scène du garage. On ne gagne pas d’argent avec la musique. Le label sert à éviter qu’on en perde trop. Et vous deux, comment vous êtes vous rencontré ? Vous avez joué ensemble au sein des Creteens, non ? Valentin : Oui, on jouait ensemble dans notre dernier groupe, les Creteens. A la base, je ne viens pas vraiment de cette scène là. J’ai un autre groupe de métal hardcore… J’ai commencé le garage avec Benjamin dans les Creteens et Yussuf… On s’y est rencontré par un pote en commun puis on a joué ensemble. Benjamin : En fait dans les tournées des Creteens, les musiciens changeaient assez souvent. J’ai fait des tournées aux USA aussi et c’étaient des américains qui jouaient avec moi. Et puis ça me permettait de bouger. Les dernières années c’était avec Valentin et puis d’autres vrais potes. C’était plus pour se retrouver entre nous. C’était des tournées de punk rock, assez roots donc. Tu dors par terre, tu joues pour trois fois rien et le matin tu vas manger au Mc Donald parce que tu ne peux pas acheter autre chose. Moi ça me faisait marrer. Ce nom, Yussuf Jerusalem, t’as trouvé ça comment ? Tout le monde se pose un peu la question. Je ne sais pas. Yussuf, c’est un peu un hommage à Cat Stevens qui s’est rebaptisé en Yussuf Islam. Il a fait la musique de Harold and Maude, un film que j’adore. Et Jerusalem parce que je trouve que ça représente bien la guerre. Quelqu’un a dit que c’était le berceau des religions. J’ai un peu l’impression que c’est aussi le berceau de la guerre… Ca donne un peu le concept de la musique qu’on fait : de la pop guerrière. T’as l’air d’avoir un rapport à l’histoire et au moyen-âge assez particulier. On l’entend vraiment sur l’album. J’aime beaucoup lire des bouquins d’histoire de la période médiévale. Ca me fascine. Toute l’histoire de France de Michelet, les Croisades, la vie de Jeanne D’Arc. Ca me permet aussi de me rapprocher au lointain, à la culture française. C’est vrai qu’on ne fait pas forcément de la musique française. Je n’ai jamais mis les pieds à l’école. En fait ça n’est pas obligatoire si on écrit deux ou trois courriers… Maintenant c’est devenu plus chaud. Mais à l’époque, dans les années 80’, c’était encore faisable. Mes parents ont fait ce choix plutôt que de m’y envoyer. Je restais chez moi. Je faisais des Gi Joe et puis je suis passé aux Elfes et aux dragons. Si on m’y avait forcé, je n’aurai sûrement jamais lu des bouquins d’histoire. With You In Mind Ŕ Yussuf Jerusalem http://www.youtube.com/watch?v=UdR5rxzEI58 Vous habitez tous les trois en banlieue parisienne ? C’est là que vous avez commencé à jouer ? Valentin : moi je suis de Créteil dans le Val de Marne. Avant j’habitais dans le Val d’Oise. Benjamin : J’ai grandit dans le 93, à Aubervilliers. Et puis après j’ai déménagé à Saint Ouen pour me rapprocher un peu. Nicolas, le batteur, est de Saint Ouen aussi. On répète dans une cave. Il se dit que tu as enregistré l’album tout seul sur un vieux 8 pistes… J’ai enregistré l’album dans ma piaule, sur une machine qui coûte 100 euros. L’album est très mélancolique. D’où te viennent ces chansons, tous ces sorrows ? Benjamin : Je ne sais pas si je suis quelqu’un de mélancolique ou pas. Sûrement l’hiver, ça m’arrive d’être dans un état un peu spécial. Ca vient de partir des mois en tournées, de mener une vie assez particulière et puis de se retrouver chez moi à ne plus rien faire du tout. En l’occurrence l’album je l’ai enregistré dans cet état là. Sur les genoux après des tournées de trois mois. Valentin : J’en sais rien de comment il fonctionne. Ca lui passe par la tête, c’est un état d’esprit. Je l’ai vu plusieurs fois entre deux tournées. Il n’est pas dans un état normal : dans le vague, un peu perdu, déconnecté. Il s’est retrouvé à composer ses trucs instinctivement. Après c’est de fil en aiguille. Y’a un disque qui est sorti, des concerts et des tournées. Maintenant faut en parler, mais à la base ce n’était pas réfléchi. Benjamin : Ce n’est pas un album que j’ai enregistré en pensant le sortir. En l’occurrence, un pote en Floride m’a proposé de le sortir direct et c’est ce qui a créé le groupe. Avant je faisais ça dans mon coin. Les morceaux ne sont pas calculés. C’était vraiment fait à l’instinct. Je n’écris pas trois chansons en même temps. Je suis vraiment sur une chanson et après je passe à l’autre. Ce qui sort vient naturellement, sans trop réfléchir. Tu as pris du temps à l’enregistrer ? Vu que j’ai fait l’album entre des tournées, des trucs que je faisais, ça m’a pris à peu près un an. Ca n’était pas un projet actif, car je faisais Jack of Heart de façon très intensive. Etalé une semaine par-ci, une semaine par-là… Maintenant on est un groupe qui tourne. Mais je continue à faire mes trucs dans mon coin car c’est comme ça que j’arrive à travailler. Sur A Heart Full of Sorrows, tu reprends With You in Mind, une chanson popularisée par Marianne Faithfull. C’est une des toutes premières que j’ai enregistré. Je l’ai faite car c’était le morceau préféré d’une fille. J’ai voulu un peu l’épater en faisant une reprise. En fait, ça n’a pas marché. Elle préférait l’originale ! Il y a bien souvent une fille derrière mes chansons. Yussuf Jerusalem est votre projet qui marche le mieux. Vous avez des ambitions pour ce groupe ? Valentin : Nos ambitions ? Ca revient au côté instinctif dont on parlait. Le truc n’a pas été composé pour être un album, ni un groupe. On n’a pas d’objectifs. On va essayer de rester sur la même dynamique. Même quand on parle entre nous, on ne calcule pas. Si ça se trouve, demain on va parler sur MSN et on se dira « eh, on part en tournée en décembre ! » Benjamin : On n’a pas de planning. On ne veut pas se prendre la tête, on ne veut pas de cahiers des charges. On s’en fout. Je pense que la réelle ambition ça serait de sortir un album pour pouvoir tourner dans les pays de l’Est. Parce que c’est cool. C’est un endroit qu’on aime bien. J’ai envie d’aller explorer à l’Est. La différence c’est qu’avec nos précédents groupes on jouait dans des caves pourries et on avait trois bières. Là on est amenés à jouer dans des endroits un peu plus professionnels, plus beaux. Mais je ne suis pas allé vers ça moi, je m’en fous. A la base je joue dans des caves devant 10 personnes. Photographies de Louis Canadas Légende Photo : Benjamin Daures, Nicolas (batteur) et Valentin (bassiste) Yussuf Jerusalem est le projet garage le plus stimulant de la scène parisienne actuelle. Leur premier album A Heart Full Of Sorrows est récemment sorti chez Born Bad Records. L’écouter, c’est un peu se laisser emporter dans une épopée à destination d’une terre hostile. Enfouies sous le bruit qu’ils affectionnent, leurs mélodies se révèlent diablement accrocheuses. A la vue des rares interviews de Benjamin Daures (chanteur-guitariste) qui traînent sur la toile, on s’imaginait déjà face à un mec mal luné voire franchement agressif (comme vous le verrez en cliquant ici). Il n’en aurait probablement rien à foutre. Mais on se révélera clairement à côté de la plaque. A l’occasion du concert donné à Paris pour la sortie française de A Heart Full Of Sorrows, c’est un garçon affable mais surtout ostensiblement timide que nous rencontrerons, accompagné de son bassiste Valentin Valère. Vous avez récemment signé chez Born Bad Records, comment ça s’est passé ? C’est Born Bad qui m’a approché. En fait, le disque est sorti dans un premier temps et confidentiellement aux Etats-Unis, sur un label de punk-rock qui s’appelle Florida’s Dying basé à Orlando. Il s’y est très bien vendu : neuf cent vinyles écoulés là-bas. Ici, on est passé un peu inaperçu. Born Bad a quand même un pied dans la scène garage où moi je circule, et ils avaient déjà signé et sorti l’album de Jack of Heart, mon ancien groupe où j’étais le guitariste. Le garage-rock est né en réponse à la répression sexuelle et à la création de l’adolescence. De quoi doit-il parler après quarante ans d’existence ? J’ai commencé par être fan de métal, qui m’a ramené vers le punk. Et du punk je suis passé par tous les sous-genres : le hardcore mais surtout le garage. En fait, ce qui me plaît, c’est tout ce qui est enregistré à l’arrache. Le garage me vient naturellement, dès que j’ai une guitare en main. Après, forcément, les thèmes doivent changer avec le temps. Mes chansons parlent de… (gêné) ce sont des chansons d’amour. Ouais, c’est ça. Plus ou moins des chansons d’amour et de guerre. De guerre ? Mais contre qui ? Je ne sais pas… Contre le monde dans lequel on vit. Je pars en guerre contre me lever et partir au travail le matin. J’ai beaucoup d’ennemis, mais aucun en particulier. Je ne m’occupe pas trop d’eux. WE AIN’T COMING BACK – YUSSUF JERUSALEM J’imagine qu’il est difficile pour vous de vivre de votre musique. Tu as un job à côté ? Ouais, je répare des vélos. Je fais ça à 35 heures par semaine. Ça n’est pas plus idiot qu’autre chose. Au moins ça sert à quelque chose. J’ai commencé par faire de la musique, j’ai beaucoup tourné. Il y a quelques années j’étais la moitié du temps sur la route. C’est pour sortir des tournées que je me suis mis à travailler, histoire d’avoir une vie un peu plus saine et aussi avoir de l’argent pour l’investir dans du matos. Et puis pour tenter autre chose : j’ai 25 ans et je pense qu’à mon âge c’est pas mal d’essayer de travailler un peu. Goûter à la vie que les gens ont autour de moi. Ca permet aussi de rencontrer des personnes autres que celles que je fréquente dans la scène du garage. On ne gagne pas d’argent avec la musique, mais au moins, avec un label, tu n’en perds pas trop. Vous aviez déjà joué ensemble, non ? Valentin : Oui, on jouait ensemble dans notre dernier groupe, les Creteens. A la base, je ne viens pas vraiment de cette scène là. J’ai un autre groupe de métal hardcore… le garage c’est venu avec Benjamin, dans la période Creteens puis maintenant avec Yussuf. Comme beaucoup de monde, on s’est rencontrés grâce à un pote en commun. Benjamin : En fait dans les tournées des Creteens, les musiciens changeaient assez souvent. J’ai fait des tournées aux USA aussi et c’étaient des Américains qui jouaient avec moi. Et puis ça me permettait de bouger. Les dernières années c’était avec Valentin et puis d’autres potes. C’était plus pour se retrouver entre nous. C’était des tournées complètement roots donc : tu dors par terre, tu joues pour trois fois rien et le matin tu vas manger au Mc Donald’s parce que tu ne peux pas acheter autre chose. Ça me faisait marrer. Ce nom, Yussuf Jerusalem, ça vient d’où ? Tout le monde se pose un peu la question. Je ne sais pas. « Yussuf» , c’est un peu un hommage à Cat Stevens qui s’est rebaptisé « Yussuf Islam» . Par ailleurs, il a fait la musique de « Harold and Maude» , un film que j’adore. Et « Jerusalem» parce que je trouve que ça représente bien la guerre. Quelqu’un a dit que c’était le berceau des religions. J’ai un peu l’impression que c’est aussi le berceau de la guerre… Ça donne un peu le concept de la musique qu’on fait : de la pop guerrière. L’histoire et le Moyen-Âge sont bien présents sur le disque. Vous êtes fans de Donjons et Dragons ou quoi ? Oui ! J’aime beaucoup lire des bouquins d’histoire de la période médiévale. C’est carrément fascinant. Toute l’Histoire de France de Michelet, la période des Croisades ou de la vie de Jeanne D’Arc. Ça me permet aussi de me raccrocher au lointain, à la culture française. Mais au-delà de ça, je n’ai jamais mis les pieds à l’école. Quoi ? En France ? Dans les années 80 ? En fait ça n’est pas aussi obligatoire que ça. Tu as juste à écrire deux ou trois courriers… Maintenant c’est devenu plus chaud d’après ce que j’en ai compris. Mais à l’époque, dans les années 80, c’était encore faisable. Mes parents ont fait ce choix plutôt que de m’y envoyer. Je restais chez moi. Je jouais aux GI Joe et puis je suis passé aux Elfes et aux dragons. Si on m’y avait forcé, je n’aurais probablement jamais lu de bouquins d’histoire. WITH YOU IN MIND – YUSSUF JERUSALEM L’album est très mélancolique. D’où te viennent ces chansons, tous ces sorrows ? Benjamin : Je ne sais pas si je suis quelqu’un de mélancolique. Sûrement pendant l’hiver, car il m’arrive d’être dans un état un peu spécial. C’est une des conséquence de partir des mois en tournées, de mener une vie assez particulière et puis de se retrouver chez soi à ne plus rien faire du tout. En l’occurrence, cet album je l’ai enregistré dans cet état d’esprit là, sur les genoux, après des tournées consécutives de trois mois. Valentin : Je ne sais pas comment Benjamin fonctionne. Ses chansons lui passent par la tête, c’est un état d’esprit qui lui est propre. Je l’ai vu plusieurs fois entre deux tournées, et il n’est pas dans un état normal, dans le vague, un peu perdu, déconnecté. A la base on n’a pas pensé à enregistrer un disque, c’est plutôt une collection de chansons. Benjamin : Ce n’est pas un album que j’ai enregistré en pensant à une sortie éventuelle. En l’occurrence, un pote en Floride m’a proposé de le sortir et c’est en quelque sorte ce qui a « créé» le groupe. Avant, je faisais tout ça dans mon coin. Les morceaux ne sont pas calculés. Je n’écris jamais trois chansons en même temps, ce qui sort vient naturellement, sans trop réfléchir. Tu as pris du temps pour l’enregistrer ? Vu que j’ai fait l’album au milieu des tournées entre autres choses, ça m’a pris à peu près un an. Ça n’était pas un projet actif, car j’étais dans Jack of Heart de façon très intensive. Maintenant Yussuf Jerusalem est un groupe qui tourne. Mais je continue à faire mes trucs dans mon coin car ce n’est que comme ça que j’arrive à travailler. Sur « A Heart Full of Sorrows» , tu reprends « With You in Mind» , une chanson popularisée par Marianne Faithfull. C’est une des toutes premières que j’ai enregistrées. J’ai fait ça pour épater une fille, mais pour tout t’avouer, ça n’a pas marché… elle préférait l’originale ! Il y a bien souvent une fille derrière mes chansons. Yussuf Jerusalem est-il un groupe ambitieux ? Valentin : Je vais en revenir au côté instinctif dont on parlait. Ces chansons n’ont pas été composées pour être sur un album, ni jouées par un groupe. On n’a pas d’objectif, si ce n’est d’essayer de rester sur la même dynamique. Même quand on parle entre nous, on ne calcule rien. Si ça se trouve, demain on va parler sur MSN et on se dira « eh, si on partait en tournée en décembre? ». Benjamin : On n’a pas de planning. On ne veut pas se prendre la tête, on ne veut pas de cahiers des charges. On s’en fout. Je pense que la réelle ambition ça serait de sortir un album pour pouvoir tourner dans les pays de l’Est, c’est un endroit qu’on aime bien, qu’on a envie d’explorer. Mais la différence est claire… avec nos précédents groupes on jouait dans des caves pourries et on avait trois bières. Là, on est amenés à jouer dans des endroits un peu plus professionnels, plus beaux. Mais je ne suis pas allé vers ça de moi-même. A la base, je suis fait pour jouer dans des caves devant dix personnes. http://www.brain-magazine.com YUSSUF JERUSALEM - POUR UNE APOCALYPSE Jeudi, 27 Mai 2010 On nous avait dit beaucoup de choses au sujet de Benjamin, le chanteur de Yussuf Jerusalem, qu'on avait découvert l'an dernier grâce à Vice. Entre autres que c'est un sale con prétentieux qui déteste tout le monde et qui dévore des bébés. Vivants. En vrai, ce garçon mange des jambon-beurre au Clair de Lune, son "bar de hooligans" préféré, quand on le sort du lit à 14 heures pour faire une interview. Et il est plutôt sympa. Vous avez passé un moment en tournée aux Etats-Unis, comment ça s'est passé ? Benjamin : Ça a duré deux mois, et sur deux mois t'as forcément des hauts et des bas. Des bons concerts et aussi pas mal de plans à l'arrache. Moi je connais surtout le Sud et la Côte Est, parce que j'y avais déjà tourné avec d'autres groupes, et la Côte Ouest c'était une première. J'avais pas les contacts et du coup c'est une bookeuse qui s'est occupée de la gestion et il y a eu des trucs un peu foireux. Par exemple on est arrivés dans un club à mi-parcours, et là notre contact c'est le numéro d'un mec qu'on appelle et qui nous dit qu'il travaille plus pour ce club depuis quatre ans. Et quand tu sais que t'as quinze dates derrière bookées par la même nana... On a bien failli dormir sur des parkings. Vous avez tourné seuls ou avec d'autres groupes ? Benjamin : Non, on a tourné avec Thomas Function, qui sont signés chez Fat Possum. Un groupe de Huntsville, Alabama. Et puis des groupes locaux se rajoutaient, ou d'autres groupes en tournée, comme Digital Leather. Surtout des groupes américains. On a aussi fait quelques festivals, dont le "Scion Garage Fest" organisé par Vice à Portland, avec Roky Erickson et les Black Lips. Vous êtes en contact avec les mecs de Vice ? Benjamin : On connaît ceux de Paris, mais aux Etats-Unis c'est différent, c'est un truc énorme. Ils ont des tas de trucs à gérer, c'est plus difficile de garder contact. C'est devenu une institution, ils ont même un label. Oui, c'est eux qui gèrent les Black Lips. Benjamin : Eux, je sais pas si ils vendent beaucoup de disques, mais ce qui est sûr c'est qu'en tournée ça cartonne. Ils en remplissent des salles... Je pense que Vice se fait probablement pas mal d'argent avec eux. Au fait, tu travailles pour Vélib, comment tu t'es débrouillé pour qu'ils te laissent partir autant de temps ? Benjamin : Ben je les ai pas prévenus en fait. Je suis juste parti trois mois et quand je suis revenu à Paris, ils m'avaient pas viré ni rien donc j'y suis retourné pour voir et ils m'ont fait "ah, ça va mieux tes problèmes ? écoute, tiens, ton sac est là". En fait ils n'avaient aucune idée de ce que j'avais fait. Comme j'avais eu un malaise cardiaque juste avant de partir, et que j'avais été arrêté par un médecin, ils croyaient que c'était la prolongation de mon arrêt maladie. Tu t'y vois toujours dans quelques années ? Benjamin : Dans quelques années, je me vois... au Clair de Lune en fait. Ou alors je serai peut-être passé un peu plus bas, je jouerai au Rapido, j'essaierai de me refaire pour pouvoir acheter des cordes. Mais tu crois pas en la fin du monde en 2012 ? Le morceau The End of Tomorrow c'est une référence apocalyptique non ? Benjamin : Non non, ça parle d'une autre fin du monde. Je ne suis pas inspiré par les trucs cosmiques comme le calendrier aztèque... Je me pose pas trop la question, mais peut-être qu'en décembre 2012 je serai en train de me chier dessus en regrettant de t'avoir dit ça. Enfin si c'est la fin du monde à ce moment-là, ce sera pas plus mal. (Il a tout de même un compte à rebours de la fin du monde en 2012 sur sa page facebook, ndlr). Et le morceau Evil Rise, c'est ton hommage au metal norvégien ? Benjamin : Non, c'est juste un morceau qui n'est pas encore sur un disque mais qui devrait bientôt. Sans doute sur le deuxième LP qu'on va sortir. En fait le premier que Born Bad a sorti était sorti avant aux Etats-Unis, et là on prévoit un nouveau truc. Vous marchez mieux là-bas ? Benjamin : Non, je crois que c'est partout pareil. Ça marche même en Europe, même en France. Dans toutes les villes, t'as deux, trois abrutis qui écoutent du garage, alors ça passe. Vu de l'extérieur, ça doit ressembler à un milieu hyper confidentiel, mais quand on baigne dedans depuis un moment on se rend compte qu'il y a un réseau qui existe, même s'il reste en dehors des grosses salles. C'est pas plus mal d'ailleurs, même si à terme j'aimerais bien gagner de l'argent en faisant rien. Ça me prend pas de temps, je répète chez moi, j'enregistre sur mon lit. D'ailleurs, ça devient invivable tellement j'ai amassé d'amplis, de pré-amplis, de micros. Dieu merci, je suis pas encore tombé dans les claviers, je connais des gens qui collectionnent les vieux claviers analogiques. Mais entre les basses, les guitares, et les deux batteries que j'ai dans ma chambre... En fait t'es le Anton Newcombe (leader du Brian Jonestown Massacre ndlr) français... pourquoi t'as un groupe ? Benjamin : Ben pour pouvoir faire des concerts en fait. Mais oui, je procède comme lui dans Dig!, je fais des morceaux tout seul en me samplant. D'ailleurs, quand on envoie un mail à Newcombe, c'est comme avec toi, on se fait harceler par la maison de disques... Benjamin : Ouais, en fait une maison de disques ça sert à ça, à envoyer plein de mails relou et à faire le travail de relance que nous on a pas trop envie de faire. On nous avait dit que tu répondrais pas aux mails de toute façon. Benjamin : Moi ? J'ai si mauvaise réputation que ça ? Haha, c'est tant mieux. Non mais c'est juste parce que j'aime pas les interviews mail. T'es assis derrière ton ordinateur comme un con à répondre à dix questions qui ont rien à voir les unes avec les autres, t'as l'impression de faire tes devoirs. J'en avais fait quelques-unes pour les gars qui font des fanzines, ils fonctionnent pas mal comme ça. C'est une de mes premières interviews en face à face. Est-ce que tu accepterais de jouer pour "My Sweet Sixteen" ? Benjamin : Non, je crois pas que ce soit un truc hyper marrant. Comme je refuse de jouer pour des soirées étudiantes. Ce public ne m'intéresse pas, même si on n'a pas vraiment le luxe de choisir. C'est quoi ton public idéal ? Benjamin : Le public parfait c'est les potes. C'est dix personnes dans un bar et les bergers allemands qui mangent les mégots. Comprenne qui pourra. Le nom de groupe le plus débile que tu connais ? Benjamin : Je sais pas, y en a des tonnes. Mais mon préféré, ça doit être Traquenard. Un groupe mythique. C'est bien punk, tu te renseigneras sur ce groupe. On fera ça. On a fini. Benjamin : Ah, ben je vais pouvoir aller me doucher alors. Yussuf Jersualem sera en concert à La Villette Sonique le 2 juin. L'album A Heart Full Of Sorrow est sorti chez Born Bad Records. Elise & Jean-Benoit. http://foggygirlsclub.blogspot.com/2010/05/cure-de-defatigue-yussufhunx-au-point.html Parfois je suis fatiguée. Souvent même. Je baille, je traîne des pieds. Je me sens lasse. Terriblement. Et puis débarque Hunx and His Punx sur la scène du Point FMR. Hunx and His Punx c’est surtout un mec. Gay. Très gay. C’est pas politiquement correct ? Bon… On s’en tiendra à gay alors. Sa musique est gay. Son show transpire la sueur, le sexe. C’est moite, c’est humide. Ça suinte. Même le tatoué craque. Tout le monde succombe. La salle est sous le charme. Hunx il est comme ça. Il ne chante pas vraiment bien. Il est même un peu agaçant sur les bords, avec ses moues de gigolo à deux balles. Mais je l’aime. Mon voisin l’aime. Et le barman aussi. Et le videur ! Le videur aussi il l’aime. Hunx il fait du rock. Façon shangri Las dégueulasses. Ou Ronettes cochonnes. C’est trash et rose bonbon. Hunx est coquette. Il se change souvent. Combinaison déchirée imprimé léopard. String en cuir. String en bonbons. Nu. Ça varie. Ses copines assurent aux instru. Lui aussi. Il ne se démonte jamais (façon de parler). Une caméra = un sourire. Un pilier = une pose langoureuse. Un relou = il le dégage gentiment. Perte de string ? Pas de problème, il cache le précieux engin à une main et continue de chanter. Il se fait toucher la b*** par des mecs du public ? Une pirouette, et le voilà aux côtés de sa copine batteuse. Hunx c’est le type qui se sort de n’importe quelle situation. Il veut être star, il le sera. Pas de doute là-dessus. Mais attention ! Son concert ne se résume pas à un mauvais striptease. Hunx il se désape. Mais avec classe. Il salue du derrière. Se marre avec sa grosse copine bassiste. Avoue qu’il est bourré. Boit une bière. Sourit d’un air gêné alors qu’il n’est pas du tout gêné. Hunx il brouille les pistes. Un peu comme Yussuf Jerusalem au final. Pas la première partie mais le groupe d’avant. Nuance. Eux c’est du lourd (héritage Johnny Cash). Et pourtant ils évitent soigneusement l’écueil d’un énième copier-coller dégoulinant de nostalgie, et naviguent entre 2010 tendance mélancolique et chevauchée sauvage dans les plaines américaines. Ou peut être promenade dans le bayou. De nuit. Bref, passons. C’est mystérieux et sobre. Intime presque. Avec le recul, j’en viens à me demander si Yussuf Jerusalem n’était finalement pas plus sexuel que Hunx and His Punx. Certes, Yussuf ne m’a pas réveillé. Leurs chansons m’ont plongé dans une torpeur, un état de semi-conscience somnolente. Hypnotique. Magique même. En un mot : transcendant. La preuve qu’un string en cuir n’est pas toujours nécessaire pour atteindre les sommets… - RollK Ŕ