l`évolution du monde paysan au XXe siècle

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l`évolution du monde paysan au XXe siècle
 Les paysans français face aux mutations de 1870 jusqu’à la fin
du XXe siècle
Aujourd’hui la France est le deuxième exportateur mondial de produits agricoles.
L’agriculture est donc au cœur de l’économie française. Pour y arriver, les paysans ont dû
faire face à de nombreuses mutations qui ont modifié le secteur agricole de 1870 jusqu’à la
fin du XXe siècle. L’année 1870 correspond à la fin du Second Empire qui se termine le 2
septembre avec la capture de Napoléon III par les Prussiens à Sedan. La IIIe République
lui succède alors jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale qui laisse place au
régime de Vichy. À la libération, la IVe République est proclamée jusqu’en 1958, date du
début de la Vème République menée par le Général de Gaulle et qui régit toujours la
France aujourd’hui. Durant cette période, les paysans comme le reste des Français
connaissent de nombreux bouleversements avec, entre autres, deux guerres mondiales de
1914 à 1918 et de 1939 à 1945 et des crises économiques comme celle qui frappe les
États-Unis puis le reste du monde en 1929. Pendant cet intervalle, l’économie est aussi
bouleversée avec l’ouverture des frontières et la mise en place d’un marché mondial.
L’année 1992 clôture les changements qu’a connus le monde paysan de 1870 jusqu’à la
fin du XXe siècle avec la réforme de la PAC (politique agricole commune) qui structure
l’agriculture européenne depuis le milieu du siècle. Les paysans sont des actifs qui vivent
du travail de la terre et de l’élevage. Ils représentent encore plus de la moitié de la
population active totale au début du XXe siècle pour atteindre moins de 5% à la fin des
années 1990. Les paysans font donc face à des mutations, c'est-à-dire à des changements
radicaux et des évolutions profondes, dans différents domaines qui bouleversent leur façon
de produire et de vivre.
Quelles sont les conséquences pour les PF des nombreuses évolutions
économiques ? De quelle façon les politiques liées à l’agriculture se concrétisent elles ? De quelle manière ces évolutions se traduisent-elles sur les modes de vie ?
Les mutations économiques imposent de nombreux changements qui affectent le monde
paysan et son organisation de la production. Tout au long de cette période, les paysans
doivent aussi s’adapter aux politiques agricoles successives menées par les
gouvernements. Enfin, les différentes évolutions entrainent un changement radical dans le
quotidien de la vie paysanne.
I I.
MUTATIONS ÉCONOMIQUES ET TRANSFORMATIONS TECHNIQUES
A. Une production influencée par de nombreux aléas
1)
les crises : De 1870 à 1992, plusieurs crises affectent le monde paysan et la
production de denrées agricoles. En 1873 débute la Grande Dépression qui entraine
une forte diminution des prix agricoles. En effet, de 1871 à 1896 l’indice des prix de
gros des denrées alimentaires chute de 39%. Cette période est surtout caractérisée
par la diminution symbolique du prix du blé qui conduit à une baisse du revenu des
agriculteurs. Cette situation s’explique par la concurrence des « pays neufs » comme
l’Argentine, les Etats-Unis ou encore l’Australie ou des colonies permise par
l’ouverture de la France au libre échange débutée sous Napoléon III, puis l’ouverture
de l’UE, l’OMC.
2)
Le développement des transports : maritimes à faible coût favorise la venue de
marchandises étrangères sur le marché français. Cet accroissement de l’offre ne
s’accompagne pas d’une hausse de la demande ce qui entraîne une situation de
surproduction et de baisse des prix.
3)
Le phylloxéra : En parallèle de ces difficultés économiques, les vignes sont détruites
par la crise du phylloxéra. Elles doivent alors être replantées ce qui suppose des frais
importants de la part des viticulteurs. Cette crise a pour conséquence une stagnation
de la production. Les paysans ne se mettent pas à la conquête de nouvelles terres
augmentant ainsi les friches. Elle débouche aussi sur des difficultés au niveau
financier. Les prêteurs sont plus hésitants devant l’insécurité du remboursement et les
capitaux notables se détournent de l’agriculture.
B. Une baisse chronique des prix
1)
L’impact de 1929 et la concurrence coloniale : Cette crise de surproduction se
répète à nouveau en 1929. Un krach boursier à New York entraine une déflation qui se
généralise à l’ensemble des pays industrialisés et à l’ensemble des secteurs d’activité
de l’économie, dont l’agriculture. À nouveau, la diminution des prix agricoles, à l’image
du prix du blé qui chute de plus de 80% de 1931 à 1935, favorise la baisse des
revenus.
Cette baisse est favorisée par l’augmentation de la production due à une lente
modernisation et à une bonne récolte de vin et de blé et en parallèle à une stagnation de
la demande liée aux difficultés économiques. L’entrée libre des produits coloniaux
renforce, à nouveau, l’abondance des produits agricoles. Ces deux crises démontrent les
difficultés de l’agriculture française pour s’adapter à la concurrence des produits étrangers.
2) L’impact des 2WW : Les deux guerres mondiales qui ont marqué le XXe siècle
mettent aussi en avant le manque d’efficacité de l’agriculture française à cette période.
II La mobilisation de la Première Guerre mondiale enlève un tiers des paysans à
l’agriculture française. À cela s’ajoute la réquisition d’un tiers des chevaux qui entraine la
diminution des labours et donc de la production de céréales. Les difficultés
d’approvisionnement en engrais et l’occupation d’une dizaine de départements par
l’ennemi qui représente 6% de la superficie agricole participent aussi à cette baisse.
Les paysans français se retrouvent dans l’incapacité à répondre à la demande en produits
agricoles de la population française. Le gouvernement se trouve dans l’obligation de
recourir aux importations. L’effort productif de la paysannerie française est donc encore
insuffisant.
Ce scénario se reproduit à nouveau lors de la Seconde Guerre mondiale. La main œuvre
moins nombreuse, la réquisition des chevaux, la pénurie d’essence qui débute en 1941, la
diminution des importations liée aux difficultés d’échange avec l’extérieur et les
prélèvements des Allemands qui occupent le territoire entrainent à nouveau une situation
de pénurie. Les quantités des rations officielles distribuées à la population sont alors
insuffisantes et favorisent le développement d’un marché au noir.
À nouveau, la production agricole française est insuffisante pour répondre aux besoins des
Français. Les paysans pour faire aux nouveaux besoins du pays et à la situation de
concurrence doivent modifier leur façon de produire et leur exploitation pour pouvoir être
plus efficaces et plus compétitifs. Cette situation explique les changements qu’a connus la
paysannerie au tournant du XXe siècle.
3) La modification des structures d’exploitation : Pour s’adapter aux mutations
économiques, les exploitations des paysans ont connu des changements. À la fin du
XIXe, les paysans, et surtout une certaine « bourgeoisie paysanne », commencent
doucement à accéder à la propriété. La petite propriété se porte donc bien même si la
grande propriété foncière est encore dominante dans la plupart des régions. Pendant
la période d’entre-deux-guerres, ce processus d’accession à la propriété se confirme.
Le nombre d’exploitations diminue tandis que l’exploitation familiale de taille moyenne
se renforce. Les trois quarts des exploitants sont maintenant propriétaires. En
parallèle, le faire-valoir direct, ce qui signifie l’exploitation d’une terre par celui qui est
propriétaire, est encouragé au détriment du métayage, c'est-à-dire louer une terre en
contrepartie d’un prélèvement sur la récolte, et du fermage qui correspond à la location
d’une terre contre une redevance annuelle au propriétaire.
Cette accession à la propriété doit permettre de renforcer le paysan et de lutter contre
l’exode rural qui pénalise l’agriculture à cette époque. Ce processus se poursuit le 13 avril
1946, après la Seconde Guerre mondiale, avec le vote d’une loi visant à renforcer la
propriété et favoriser la disparition du métayage. Après les années 1950,
l’augmentation de la taille des exploitations est aussi mise en avant pour permettre une
meilleure efficacité et compétitivité des exploitants. Depuis 1970, la taille des exploitations
augmente de 9 hectares environ. Jusqu’en 1979, le prix de la terre augmente aussi
montrant la volonté d’agrandissement des exploitations de la part des paysans pour être
plus compétitifs. Après cette date, ils s’attachent plus à l’intensification de l’agriculture ce
III qui freine l’achat de terres nouvelles. Les changements qui ont affecté le monde paysan
ont montré la nécessité de modifier le fonctionnement et la taille des exploitations pour être
plus compétitifs et pouvoir répondre efficacement à la demande. Cette modification doit
s’accompagner logiquement d’une modernisation du travail agricole qui permet une plus
grande efficacité.
C. La modernisation des techniques et des exploitations
1) Le machinisme et autres adjuvants : pour devenir autosuffisante et compétitive sur le
marché mondial, l’agriculture française doit passer par l’étape fondamentale de la
modernisation. Cette volonté de renouvellement se ressent déjà dans les années 1870,
car elle permettrait de faire diminuer les coûts salariaux et d’augmenter les rendements.
À cette époque se développe donc le machinisme, la diffusion d’engrais et la génétique
qui débute permettant le croisement de races pour un élevage plus performant.
Cependant, cet effort de modernisation ne concerne encore qu’une minorité
d’exploitations et la diffusion du progrès technique rencontre encore de nombreux
obstacles. Pour permettre cette modernisation, les paysans doivent avoir accès au
crédit. Le 5 novembre 1874, les futures sociétés de Crédit Agricole bénéficient d’un
statut spécial qui leur permet d’avoir des avantages fiscaux. Cette démarche vise à
encourager les prêts fiscaux favorables à l’investissement dans de nouvelles machines.
Cependant, l’endettement agricole pour la modernisation a des limites. Après la guerre
de 14-18, la pénurie participe à l’augmentation de l’inflation des produits agricoles qui
est bénéfique aux paysans. Leur épargne est en hausse, mais elle reste très peu utilisée
pour les prêts. Les paysans conservent un comportement d’épargnant. Ils hésitent
toujours à s’endetter pour moderniser leur exploitation. Par la suite, la période d’entredeux-guerres est favorable à la diffusion de moyens modernes. Les paysans maitrisent
mieux la fertilisation des sols, augmentent leur consommation d’engrais, possèdent de
plus en plus souvent une charrue moderne. En 1920, est aussi créé le Crédit Agricole
qui favorise le crédit pour les investissements visant à moderniser l’exploitation. Mais ce
mouvement est toujours trop lent et la plupart des exploitations restent sous-équipées
tandis que le nombre de tracteurs est encore faible. Les paysans ne sont toujours pas
en mesure d’assurer l’approvisionnement complet de la France. La crise de 1930
renforce cette idée avec la diminution du pouvoir d’achat des agriculteurs qui freine le
mouvement d’équipement en machines.
Cette situation se renverse après la Deuxième Guerre mondiale avec un mouvement
durable et efficace qui permet de moderniser le monde paysan. La politique d’aprèsguerre est une politique productiviste pour faire face à la pénurie. Le plan Monnet de
1946 vise à augmenter l’équipement de tracteurs, symbole de la modernité. Le 24 mai
1946, le crédit destiné aux jeunes agriculteurs est aussi mis en avant suivi par le
IV nouveau plan Monnet en 1948 garantissant des prêts à 3% sur 30ans. Mais le nombre
de tracteurs prévu par le plan Monnet n’est pas atteint. La modernisation de l’agriculture
doit encore progresser. Après les années 1950, celle-ci se met définitivement en
marche. À partir de 1950, il est possible de parler de « révolution des tracteurs ». En
1963, plus d’un exploitant sur deux en possède un. La motorisation de l’agriculture est
quasi complète. En parallèle, le recours aux produits du travail scientifique est en plein
essor. L’accès à la modernisation devient indispensable à présent pour le paysan qui
souhaite maintenir la rentabilité de son exploitation. Le recours massif au crédit traduit
ce changement d’état d’esprit. La conséquence de cette modernisation est une
augmentation de la production et une accession au rang de grand exportateur de
produits agricoles. De 1950 à 1955, les principales productions (lait, céréales) se
développent et dans les années 1970 la récolte de blé est multipliée par deux par
rapport à 1949. Pour la première fois, la France arrive à produire en plus grande
quantité qu’elle ne consomme. Cette rapide modernisation permet
une réelle
augmentation de l’efficacité du travail paysan avec une augmentation de la productivité
ce qui l’aide à mieux résister aux mutations économiques et en particulier à la
concurrence étrangère. Cependant, elle ne touche pas toutes les exploitations de la
même façon. Tandis que les grandes exploitations de céréales dans le Bassin Parisien
et les vignobles de qualité permettent à leurs paysans de disposer de revenus
confortables, certaines petites exploitations, comme celles de Bretagne, éprouvent des
difficultés à se moderniser et restent plus vulnérables. De manière générale, la France a
réussi avec succès l’étape de la modernisation du travail agricole qui lui permet d’être
autosuffisante et même de se placer sur le marché mondial. Mais des inégalités
persistent et les atouts de la modernisation cachent des difficultés qui touchent une
partie du monde paysan.
2) La forte augmentation des gains de productivité : La modernisation de l’agricultur a
donc permis une forte augmentation des gains de productivité. En effet, le taux de
croissance de la productivité a été de 8,1% par an de 1963 à 1967.
La hausse du taux d’équipements, qui est en parallèle plus moderne permet donc
d’augmenter les rendements agricoles et de travailler plus vite. Le nombre d’heures de
travail nécessaire à la production avec l’emploi de machines et de techniques de
fertilisation performantes est en rapide diminution. Cette situation entraine la chute du
nombre de travailleurs dans l’agriculture. La hausse des gains de productivité que
connait le travail paysan à cette époque n’est pas favorable à l’emploi.
3) La baisse inexorable de la population agricole : C’est pourquoi durant le XXe siècle,
la population active agricole a connu une baisse importante connue jusqu’ici par aucun
autre secteur de l’économie. En 1921, la population active agricole représente encore
42% de la population active totale. En 1936, elle ne se chiffre plus qu’à 36% pour
atteindre 6% en 1990. Cette baisse est aussi due à l’attractivité des emplois industriels
avec l’industrialisation commencée au XIXe siècle en France entrainant un exode rural.
Les salariés agricoles sont donc de moins en moins nombreux ainsi que les aides
familiales. Les exploitants sont donc à présent les plus nombreux dans le monde
V paysan. C’est pourquoi à la fin du XXe siècle, les non-salariés représentent 85% des
actifs de l’agriculture. Avec cette baisse, se rajoute le manque de successeurs aux
exploitants agricoles. Seulement 11% des fils d’agriculteurs le deviennent, tandis que
l’entrée dans la profession pour des actifs non fils de paysan reste très difficile.
En effet, parmi les jeunes agriculteurs installés avec les aides de l’Etat 94% viennent
d’une famille de paysans. L’entrée dans l’agriculture reste donc trop peu nombreuse
d’autant plus qu’une partie des paysans doit se livrer à la pluriactivité comme les
enseignants vignerons. Les futurs paysans sont donc insuffisants pour assurer le
renouvellement de la génération des agriculteurs qui va prendre sa retraite dans les
années suivantes.
La production agricole a donc réussi à augmenter pendant le XXe en employant un
nombre décroissant d’actifs agricoles grâce à l’augmentation de l’usage des machines.
La course à l’efficacité et à la productivité réalisée par les paysans depuis 1870 a permis
de transformer le monde agricole et ainsi de résister aux assauts de la concurrence et
aux difficultés d’une production insuffisante. Les paysans semblent donc avoir réussi en
partie à s’adapter aux transformations économiques. Mais s’ajoutent à cela d’autres
mutations concernant le monde politique.
II.
LA DÉLICATE RELATION ENTRE L’ÉTAT ET LE MONDE PAYSAN
A. Le rôle grandissant de l’État
1) Protéger les produits agricoles : depuis 1870, les gouvernements successifs
commencent à intervenir avec des mesures favorables à l’agriculture. Avant cette date,
l’action de l’Etat était plutôt faible. Cette intervention débute avec la Grande Dépression qui
touche la France dans les années 1870. En 1882 est créé le ministère de l’Agriculture
démontrant l’importance donnée à ce secteur par l’Etat. Puis, face à la forte diminution des
prix, les tarifs Méline (ministre de l’agriculture) sont créés en janvier 1892. Ils visent à établir
des tarifs douaniers pour protéger les produits agricoles français. Ils contiennent un tarif
général très protecteur pour certains produits tels le blé et un tarif minimum visant à
accorder des avantages à un pays si celui-ci le fait aussi pour la France. Cette politique
d’intervention se poursuit pendant les Deux Guerres mondiales.
Durant la Grande Guerre, les problèmes de ravitaillement insuffisants sont résolus avec un
retour à l’ouverture des frontières.
2) Encourager l’aide au financement ou contrôler la production : plus tard, en 1920
l’Etat encourage la création du Crédit Agricole pour favoriser les emprunts des agriculteurs.
Toujours durant cette période d’entre-deux-guerres, Monnet, appartenant au Front
Populaire, crée l’Office National Interprofessionnel du blé visant à contrôler la production sur
le marché extérieur et intérieur.
VI 3) La politique de Vichy : Cependant, la plus grande attention de l’Etat accordée aux
paysans est visible durant la Deuxième Guerre mondiale avec le gouvernement du maréchal
Pétain. Celui-ci met les valeurs paysannes au centre de ses discours et prône un retour à la
terre. Il souligne constamment la noblesse du métier de paysan. C'est pourquoi sous le
régime de Vichy est créée suite à la loi du 2 décembre 1940 la Corporation. Elle a pour
but à travers un cadre institutionnel d’amener à l’unité des paysans et de gérer leurs
intérêts.
Plusieurs autres mesures destinées au mode rural sont prises telles celle du 17 avril 1941
qui prévoit une participation financière de l’Etat pour la restauration de l’habitat rural.
L’intervention de l’Etat pour soutenir les paysans se développe donc au début du XXe
siècle. Mais celle-ci devient encore plus importante avec le début de la modernisation et ses
difficultés à partir des années 1950.
B. L’État pilote de la modernisation à partir des années 1950
1) L’achat des excédants : L’Etat intervient d’abord au niveau national avec, par
exemple, la création d’Interlait en 1953 destiné à acheter les excédents en période de
diminution des prix.
2) Mais surtout par le biais de la construction européenne : mais l’attention de l’Etat
envers les paysans se démontre surtout au niveau européen avec la création de la
PAC (politique agricole commune) en 1962 dans le cadre de la CEE (Communauté
économique européenne).
La PAC, qui est le premier budget de la CEE, garantie dans les années 1960 l’unicité des
marchés à l’intérieur des pays de la CEE, la préférence communautaire qui avantage les
pays membres et un prix minimum unique sur le marché intérieur européen et la solidarité
financière entre les Etats membres qui appartiennent à une organisation commune gérant
les dépenses de la PAC.
Cette première version de la PAC vise avant tout au soutien des prix agricoles ce qui
amène parfois à une production supérieure à la demande effective. La PAC a donc des
insuffisances d’où sa réforme en 1992. La nouvelle PAC privilégie les aides directes aux
agriculteurs qui compensent la diminution des prix nécessaire pour établir une réelle
concurrence avec les pays extérieurs à l’Union Européenne. Elle vise aussi à un meilleur
contrôle de l’offre pour aller vers un meilleur équilibre des marchés.
3) La PAC est donc très favorable aux paysans français qui perçoivent des aides
en plus des revenus apportés par leur production. Cependant, la PAC présente
toujours des insuffisances car les grandes exploitations bénéficient davantage d’aides
que les petites. Depuis la fin du XIXe siècle, l’Etat intervient donc pour favoriser les
paysans et leur exploitation. Ceux-ci prennent donc de l’importance comme le montre
l’intention que l’Etat leur porte et surtout leur influence au niveau politique.
VII C. La République, la Démocratie et les campagnes
1) Démocratisation institutionnelle des campagnes : Avec la venue de le République en
1870 après la chute de l’Empire le suffrage universel est à nouveau pleinement effectif
avec la disparition des candidats officiels privilégiés par le pouvoir. La pleine
démocratisation de la vie locale peut à nouveau reprendre. Le débat politique commence
donc à s’ancrer dans les villages. Les campagnes, comprenant leur importance au
niveau électoral, entrent dans l’ère de l’opinion et des discussions politiques favorisées
par l’école, la diffusion de la presse et des cafés. La loi de 1876 qui permet l’élection
des maires et des adjoints par le Conseil Municipal ainsi que celle de 1884 qui rend les
Conseils Municipaux publics participe à cela. La loi du 30 juin 1881 qui institue la
liberté de réunion permet l’organisation de réunions publiques et favorise aussi le débat
politique au village. Les élections, surtout municipales, mobilisent fortement les ruraux et
sont très animées. L’élection du maire, personnage important au village, est
fondamentale, car elle concerne directement la vie rurale.
2) Les paysans participent à cette vie politique locale. Par exemple, dans le
département du Var en 1912 les trois quarts des adjoints et la moitié des maires sont des
agriculteurs. Les campagnes, et en particulier les paysans, profitent donc de cette
démocratisation de la vie locale permise par la République et se lancent dans les débats
pour participer à la vie politique du pays. Les différentes lois républicaines qui permettent
cet engouement favorisent l’adhésion des ruraux à la République. Les élections
municipales de 1881 où pas même 10000 communes sur 36000 sont aux mains de la
droite montrent la pénétration du vote républicain dans les campagnes. Ce résultat a
aussi été permis par les efforts des Républicains pour conquérir le vote rural. Les
paysans s’attachent donc à participer à la vie politique au niveau communal et national
pour influer sur les décisions. Cet engouement se poursuit aussi au niveau de la
mobilisation syndicale et manifestante.
Face aux changements dans la production agricole, les paysans en plus de faire
entendre leur voie durant les élections se manifestent de différentes manières. Durant la
Grande Dépression autour des années 1870, le syndicalisme agricole commence à prendre
de l’importance. En 1867 est créée la Société des Agriculteurs de France par les grands
propriétaires terriens. Elle devient en 1886 l’Union Centrale des Syndicats Agricoles de
France.
En réaction à ces syndicats aux mains de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie,
Gambetta crée la Société Nationale d’Encouragement à l’Agriculture.
Les deux organismes ont pour objectif de défendre les paysans devant les pouvoirs publics
pour faire entendre leurs revendications. Même si à cette date, peu de paysans sont déjà
syndiqués, ce regroupement permet de donner une image d’une masse paysanne
structurée que l’Etat doit prendre en compte. En parallèle, se mettent aussi en place des
mutuelles pour protéger les paysans des possibles difficultés et des coopératives, par
VIII exemple chez les viticulteurs, pour stocker les excédents et assurer une vente dans de
meilleures conditions. Les paysans, en plus de se syndiquer, participent aussi à des
manifestations violentes destinées à faire réagir les pouvoirs publics.
3) De forts mouvements revendicatifs :
Ainsi, au début du XXe siècle, la forte diminution des prix du vin suite à l’abondance des
récoltes et à la concurrence extérieure provoque une crise de mévente.
En réponse à cette crise, les viticulteurs participent en 1903 au 1er congrès de la
Fédération des Travailleurs Agricoles du Midi. Cette action est suivie en 1904 puis en
1907 de grèves importantes qui prennent une forte ampleur, fraternisation des « gueux »
avec le 17e RI stationné à Béziers. (contexte : phylloxéra, vin algérien, chaptalisation, Baixas
grève fiscale et Marcelln Albert)
Cette situation se retrouve dans l’entre-deux-guerres lorsque l’écart entre les revenus des
agriculteurs et des ouvriers industriels se creuse. À cette époque, un employé des chemins
de fer perçoit un revenu deux fois et demi supérieur à un revenu d’ouvrier agricole.
En plus de cela, l’ouvrier industriel bénéficie d’avantages sociaux supérieurs. À cela s’ajoute
le fait que les paysans se sentent exclus des lois sociales mises en place par le Front
Populaire. En effet, les exploitants agricoles ne bénéficient des allocations familiales qu’en
juillet 1939. Ce malaise dans le monde rural se traduit par une plus forte adhésion aux
syndicats. Ainsi, durant cette période plus d’un exploitant sur deux adhère au moins à un
organisme. De cette manière, les paysans souhaitent faire évoluer l’activité économique de
manière à favoriser leurs intérêts.
Ce mouvement se poursuit dans les années suivantes avec la création en 1946 de la
Fédération Nationale des Syndicats Exploitants Agricoles qui est aujourd’hui le syndicat
majoritaire chez les agriculteurs. Ce syndicat dominant est un groupe de pression qui peut
faire infléchir les décisions prises par les autorités. Les paysans ont donc trouvé dans les
syndicats un moyen pour faire entendre leurs voix. Mais ils continuent à la faire entendre par
des manifestations qui traduisent une forte capacité de réaction du monde paysan. Ainsi, en
1952 la baisse du pouvoir d’achat des viticulteurs déclenche des grèves violentes dans le
Midi et qui se propagent dans d’autres régions. Ces manifestations permettent
d’impressionner l’opinion et les pouvoirs publics.
La Confédération paysanne (1987) est un syndicat agricole français (fédération nationale
des syndicats paysans + confédération nationale des travailleurs paysans). Elle est membre
de la Coordination paysanne européenne et de Via Campesina et elle milite pour la sortie de
l’agriculture de l’OMC, une agriculture « propre », équilibre alimentaire, revenu décent …
Les paysans ont donc du de 1870 à 1992 s’adapter aux politiques agricoles des
gouvernements et ont réussi à s’adapter aux différents changements grâce à une
participation à la vie politique et à une mobilisation à travers des manifestations ou des
organisations défendant les intérêts du monde agricole. Cette mobilisation couvre des
difficultés économiques, mais aussi parfois un malaise face aux évolutions du mode de vie.
IX III.
UNE SOCIÉTÉ PAYSANNE PROFONDÉMENT TRANSFORMÉE
A. Le train, le maître d’école et le service militaire = une plus grande mobilité
géographique
1) l’ouverture des camapagnes : De 1870 jusqu’à la fin du XXe siècle, la vie quotidienne
des paysans s’est profondément transformée face à l’influence grandissante du monde
urbain. Au début des années 1870, les campagnes sont toujours caractérisées par une
mortalité élevée et un retard sanitaire. Mais les transformations liées au monde des
citadins commencent à apparaître. L’univers des paysans s’élargit avec la
diversification des moyens de communication. Le chemin de fer permet de découvrir
de nouveaux espaces tandis que le courrier se répand grâce à l’instruction. En effet, les
lois Ferry de 1881 et 1882, et en particulier celle du 16 juin 1881 qui rend l’école primaire
gratuite puis obligatoire jusqu’à 13 ans le 28 mars 1882, permettent de faire reculer les
illettrés dans les campagnes et de propager la culture urbaine. La pratique du français en
classe diminue aussi l’usage des patois très courants dans le monde paysan. L’école est
aussi un moyen de promotion sociale pour les fils de paysans même cela reste
relativement rare.
2) La diffusion de la presse : à la même époque permet aussi de transmettre le modèle
urbain et crée une homogénéisation du pays avec la diffusion d’informations identiques
en même temps dans tout le pays. La lecture de quotidiens, qui donne de précieuses
nouvelles du front, et l’écriture de lettres se généralisent durant la Première Guerre
mondiale dans les campagnes. Le service militaire obligatoire généralisé en 1889 permet
la confrontation des jeunes ruraux avec des citadins et bouleverse aussi les habitudes de
vie au retour à la campagne. La diffusion du vin aux repas en est l’exemple. Sous
l’influence urbaine, l’alimentation se modifie aussi chez les paysans.
3) Des premiers changements significatifs dès la première moitié du XXe : Même si
elle reste frugale, la diffusion des métiers de l’alimentation comme les boulangeries à
l’image des modèles urbains propose une certaine diversification. L’habitat change aussi
avec une amélioration de la construction, parfois la diversification du mobilier et les
travaux d’adduction d’eau pour certaines habitations. En parallèle, les habitudes de la
ville se diffusent à la campagne avec le temps réglé par des horloges, comme l’exigent
les horaires pour le train et pour l’école, et la garde-robe qui se diversifie. Mais après la
Première Guerre mondiale, comme après la Deuxième Guerre mondiale, l’écart de
niveau de vie entre les paysans et le reste des Français reste toujours important.
B. L’entrée des campagnes dans l’Âge de la consommation
1) Une référence toujours plus marquée par le modèle urbain : Au milieu du XXe
siècle, une partie de la paysannerie reste toujours privée de réel confort. Ainsi, en 1946,
X moins de 20% des logements ruraux possèdent l’eau courante. Mais à partir des années
1950, les contacts avec la ville se multiplient avec le développement des autocars et des
automobiles.
Par ailleurs, la diffusion des nouvelles urbaines est de plus en plus importante avec
l’arrivée de la radio et de la télévision. En 1973, 75% des foyers en sont équipés.
Durant cette période le niveau de vie est en hausse pour les paysans ce qui leur donne
la possibilité de combler les écarts avec les ruraux et de modifier à nouveau leur mode
de vie pour se rapprocher de celui des citadins. Les constructions neuves avec un
confort domestique sont plus courantes dans les campagnes et l’alimentation se
diversifie encore avec l’accès aux grandes surfaces.
Par ailleurs, l’influence des villes est encore plus écrasante avec l’extension des surfaces
occupées par les villes. La périurbanisation se développe créant des « communes
dortoirs » où les actifs de la ville résident pour bénéficier d’un cadre de vie rural.
Ce changement amène des conflits entre des résidents qui veulent profiter du calme de
la campagne et les agriculteurs qui nuisent parfois aux habitants avec les bruits et les
odeurs liés au travail agricole. Mais la résistance des paysans est faible, car en plus de
la diminution de leur nombre ils ont adopté le mode de vie des urbains. Jusqu’à la fin du
XXe, la vie quotidienne des paysans a donc connu des changements profonds sous
l’influence urbaine toujours plus importante. Cette évolution se retrouve aussi dans les
relations sociales au sein du village.
2) De nouvelles formes de sociabilité : au tournant du XXème siècle, la sociabilité
villageoise traditionnelle est bouleversée par l’influence de la civilisation urbaine. Après
1890, l’attraction des veillées diminue au profit des cafés qui se développent. Ce recul
traduit le phénomène de repliement dans les campagnes à cette période. L’influence
urbaine amène aussi à la transformation des manifestations locales. Avant, elles
correspondaient souvent à des cérémonies religieuses pour se transformer en
cérémonies républicaines à l’image du 14 juillet jour de fête nationale. Par ailleurs, les
bals anciens laissent place aux bals des conscrits. L’emprise du monde urbain qui sert
maintenant de modèle à la sociabilité villageoise se traduit aussi avec la multiplication
des associations politiques, musicales ou mêmes sportives prenant la place des
anciennes formes de sociabilité.
Après la Grande Guerre, la création d’associations locales d’anciens combattants dans
les campagnes permet aussi de prendre le relais des anciennes formes de sociabilité. La
modernisation de la sociabilité dans le monde rural se ressent aussi après la Seconde
Guerre mondiale. L’imitation des pratiques urbaines est encore plus importante. Le bal
du samedi soir prend une grande importance ainsi que les attractions foraines. En
parallèle, la vie sociale villageoise s’affaiblit.
XI C. A la campagne comme à la ville
1) l’individualisation de la société rurale : en, effet les familles se replient sur elles même
ce qui entraîne la perte de l’ancienne cohésion sociale dans le milieu rural. Après les
années 1950, les fêtes traditionnelles disparaissent complètement. Les fêtes de village
deviennent des fêtes commerciales destinées à attirer des individus extérieurs au village et
en particulier des citadins en mal de nature.
Parfois, ces fêtes se transforment en spectacle de travaux agricoles d’antan qui deviennent
des symboles du mode de vie paysan délaissé. Ce divertissement du monde urbain est
profitable aux paysans. Ils profitent du recul de leur activité dans certaines régions pour
miser sur le tourisme. Ainsi, des anciennes granges destinées à garder le bétail pendant
l’hiver sont converties en gîtes ruraux. Les paysans apprennent donc à vivre avec les
individus du monde urbain aux dépens des habitants de leur commune. La solidarité entre
les paysans est aussi moins forte. Avec la baisse des agriculteurs et l’extension des
exploitations, les paysans sont souvent éloignés ce qui nuit à l’entraide.
2) la baisse de l’influence religieuse : ce recul des pratiques traditionnelles se perçoit
aussi avec le recul de la pratique religieuse et donc de l’influence du personnel
ecclésiastique. Au début du XXe siècle, cette influence est toujours perceptible dans
certaines régions. Par exemple, en 1902 les congrégations religieuses ne sont plus
autorisées à enseigner et certains membres sont même expulsés. La réaction en Bretagne
est violente et provoque des incidents. Au contraire, dans le Limousin les prêtes sont
découragés devant le recul de leur influence sur la population. Ce changement peut
s’expliquer en partie par la laïcité de l’école primaire depuis la loi du 28 mars 1882. Après
les années 1950, la ferveur religieuse est en très forte baisse et il est parfois difficile pour
les prêtres de moins en moins nombreux d’assurer la messe dominicale. Ce recul de la
sociabilité traditionnelle qui affecte le monde rural s’accompagne de difficultés
démographiques touchant le milieu rural profond.
3) Campagnes « vidées », campagnes revitalisée : déjà en 1870, la vitalité
démographique des campagnes décline. En 1872, elles représentent 69% de la
population totale contre 56% en 1914. Cela s’explique en partie par les départs plus
nombreux vers les villes en raison de la recherche d’un emploi domestique ou dans
l’administration. L’école a révélé la précarité de la condition paysanne et a développé le
mirage urbain.
Or, l’exode rural n’est pas compensé par une démographie dynamique dans les campagnes
comme le démontre le taux de mortalité encore élevé dans les campagnes. Après la
Première Guerre mondiale, la natalité est en baisse avec la disparition fréquente du chef
famille. Cela a pour conséquence le vieillissement et le dépeuplement de certaines régions.
Avec la crise des années 1930, la dépopulation se ralentit. Mais ce ralentissement est de
courte durée, après 1945 tous les jeunes désirent quitter les campagnes. L’avenir leur parait
incertain pour la paysannerie et le travail ouvrier donne l’illusion d’être moins pénible. À
partir de 1950, l’accélération brutale et inédite de l’exode rural amène à une dépopulation
complète et même à un abandon de certains villages. Ce problème pose à certaines
XII communes la question du regroupement. Dès le début des années 1960, 2000 à 4000
écoles sont supprimées. La désertification du monde rural devient une réelle cause
d’inquiétude c’est pourquoi les pouvoirs publics encouragent l’arrivée des jeunes avec des
primes et des prêts spéciaux, car en même temps le vieillissement des chefs d’exploitation
prend de l’importance. En effet, en 1983 l’âge moyen des chefs d’exploitation est de 53 ans.
Et l’absence de successeurs pose encore le problème d’une future dépopulation importante.
Malgré les efforts constants des paysans pour s’adapter, les campagnes perdent donc leurs
habitants et leur vitalité face à toutes les mutations qu’a connues la paysannerie tout au long
du XXe siècle, pour autant d’autres campagnes accueillent l’excédant urbain et se
transforment sous cette influence.
Conclusion :
De 1870 à 1992, les transformations économiques et les crises qui ont touché les paysans
les ont mis dans l’obligation de moderniser et de modifier leurs exploitations. La
paysannerie a aussi dû apprendre à faire entendre sa voix à travers différents moyens
pour défendre leurs intérêts auprès des pouvoirs publics et de l’opinion. Enfin, le monde
paysan a dû faire face et s’adapter à l’influence urbaine qui a constamment modifié le
mode de vie des campagnes durant cette période. Pour s’accommoder à ces différentes
mutations, les paysans ont besoin de l’aide de l’Etat. La mise en place de la PAC traduit
cette situation. Cependant, avec la création de l’OMC (organisation mondiale du
commerce) qui met en avant le libre échange et l’ouverture totale des frontières. Cette
organisation dont font partie les pays européens est en contradiction avec la PAC qui
soutient les agriculteurs européens et la préférence communautaire au détriment d’une
pleine concurrence. La PAC est donc de plus en plus remise en question au niveau
international avec l’exemple du groupe de Cairns qui réclament une diminution des
soutiens accordés aux agriculteurs européens.
Bibliographie indicative
Paysans français aux XIXe et XXe siècles par Lynch (Broché - 23 décembre 1999)
Les paysans français: Le travail, les métiers, la transmission des savoirs par Michèle
Salmona (Reliure inconnue - 3 mai 2000)
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