L`homophobie dénoncée
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L`homophobie dénoncée
L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Gai Écoute L’homophobie dénoncée Registre des actes homophobes (RAH) Un projet pilote, une expérience concluante Laurent McCutcheon 1 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Gai Écoute C.P. 1006 Succursale C Montréal Québec H2L 4V2 Canada Téléphone : 514 866-6788 Télécopieur : 514 866-8157 Courriel : [email protected] Internet : www.gaiecoute.org Tous droits réservés ISBN 978-2-9814556-0-4 (version imprimée) ISBN 978-2-9814556-1-1 (version PDF) Dépôt légal - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2014 Dépôt légal - Bibliothèque et Archives Canada, 2014 © Gai Écoute inc. 2014 2 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Le 1er avril 2014 Fondé sur l’hypothèse que les déclarations d’actes homophobes sont généralement sous-évaluées, le déploiement du Registre des actes homophobes permet de les déclarer de manières anonymes et confidentielles. Il vise à vérifier le bien-fondé de l’hypothèse, à sensibiliser les victimes et les témoins à la nécessité de rompre le silence entourant les comportements homophobes et de les porter à la connaissance des autorités compétentes. Laurent McCutcheon Déclaration Plus tard, moi et mon frère, on s'achètera un gros Hummer et on fera la course sur Ste-Catherine et ce sera 100 points pour une tapette et 50 pour une butch. Laurent McCutcheon est bénévole pour Gai Écoute depuis 1982. Il a quitté la présidence en 2013. Il a instauré le programme de Registre des actes homophobes et il est l’auteur du rapport. 3 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 4 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Table des matières Table des matières 5 Remerciements 8 Résumé 11 Présentation de Gai Écoute 13 Sa mission 13 Ses objectifs 13 Son expertise 13 L’homophobie 15 Qu’est-ce que l’homophobie? 15 Qu’est-ce qu’un acte homophobe? 15 Qu’est-ce que l’intimidation? 16 Qu’est-ce que le harcèlement psychologique? 16 Présentation du projet pilote 17 L’hypothèse de travail 17 Les objectifs du projet 19 Qui peut déclarer un acte homophobe? 20 Le fonctionnement 20 Le contenu de la déclaration 21 Le partenariat 23 Le soutien aux victimes 23 Les déclarations de langue anglaise 23 Caractéristiques des actes homophobes 25 Les actes homophobes à caractère criminel 25 Les actes homophobes à caractère discriminatoire 25 5 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Les instances compétentes pour recevoir les plaintes d’homophobie Les actes homophobes à caractère criminel 27 Les actes homophobes à caractère discriminatoire 27 Les communications 29 Le matériel promotionnel 29 Internet 29 Partenaire média 29 Lancement du projet pilote 29 Bilan des retombées médias 30 Le recensement des plaintes déposées auprès des institutions 31 Les actes homophobes à caractère criminel 31 Les actes homophobes à caractère discriminatoire 32 Connaissance de l’homophobie 35 Aperçu de l’homophobie en milieu scolaire 35 Aperçu de l’homophobie en milieu de travail 37 Une expérience française, SOS homophobie 38 Une expérience albertaine 38 La campagne du gouvernement du Québec 39 Gai Écoute, témoin de l’homophobie 39 Résultats de l’expérience 6 27 41 Présentation 41 La méthodologie 41 Les déclarations 41 Les dénonciations 44 Les victimes 45 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Les agresseurs 47 Les actes homophobes 48 Les actes homophobes à caractère criminel 51 Les actes homophobes à caractères discriminatoires 54 Les actes homophobes survenus dans les médias 56 Les plaintes aux autorités compétentes 57 Conclusion 59 Les peurs de porter plainte 59 Les bienfaits de la déclaration anonyme 61 Recommandations 63 Annexes 65 Bilan et évaluation des retombées de presse 67 Formulaire de déclaration d’actes homophobes 73 Visuel au format de téléphone intelligent 77 Dépliant de la campagne 78 Affiche de la campagne 80 7 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 8 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Remerciements La réussite du programme de déclaration des actes homophobes a été rendue possible grâce à la participation de nombreux intervenants que nous tenons à remercier : Les personnes, victimes, témoins, tiers, qui ont rempli anonymement une déclaration d’acte homophobe Le ministre de la Justice et ministre responsable du Bureau de lutte contre l’homophobie Roger Noël, directeur du Bureau de lutte contre l’homophobie Robert Asselin, président de Gai Écoute Déclaration J’ai été battue par mon frère parce que je lui ai dit que je trouvais que des filles sont belles. Christian Paul Carrière, directeur général de Gai Écoute Benjamin Cerentola, premier chargé de projet François Laberge, deuxième chargé de projet Maryse Bézaire, directrice des communications de Gai Écoute Pierre Sheridan, bénévole, responsable de l’informatique, du traitement des données et réviseur des textes Alain Gagnon, ex-chef de police du poste 21 du Service de police de la ville de Montréal Claude Guillet, graphiste André Labonté, communications Yves Lafontaine, magazine Fugues, partenaire média Les bénévoles, les employés et les administrateurs de Gai Écoute 9 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 10 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Résumé L’homophobie est une forme de discrimination qui mise souvent sur le fait que nombre de personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres (LGBT) hésitent à dévoiler leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Lorsque l’on consulte les rapports de gestion des organismes publics et des instances habilitées à recevoir et disposer des plaintes, il ressort que les actes homophobes, qu’ils soient à caractère criminel ou discriminatoire, sont peu nombreux. Le Centre canadien de la statistique juridique 1 reconnaît qu’il y a une sous-représentation de la réalité. Lorsque l’on interroge les personnes homosexuelles ou transgenres, on trouve un nombre fort important de gais, de lesbiennes et de transgenres qui disent avoir déjà été victimes d’homophobie. Cette réalité est mieux documentée dans le milieu scolaire et le milieu de travail comme le démontrent les travaux de recherches cités dans le présent rapport. Une conclusion s’impose : les actes homophobes sont rarement déclarés aux autorités compétentes, et cela pour une foule de raisons liées aux conséquences d’une telle déclaration. En nous appuyant sur cette conclusion et sur l’hypothèse que les témoins et les victimes d’actes homophobes déclareraient davantage ces actes s’ils avaient la possibilité de le faire dans un contexte anonyme et confidentiel, nous avons proposé le déploiement d’un Registre de déclarations des actes homophobes, anonymes et confidentielles. Ce registre s’adresse à l’ensemble de la population. Aucun groupe n’a été ciblé et aucune démarche particulière auprès de groupes LGBT n’a été menée. Fort du soutien du Bureau de lutte contre l’homophobie du ministère de la Justice du Québec, et fort de son expertise, Gai Écoute a pris l’initiative de concevoir un projet pilote en ce sens. Le Registre a été annoncé publiquement le 18 juin 2012 et il a connu des retombées médiatiques très importantes comme le démontre le bilan des retombées de presse annexé au présent rapport. L’adresse électronique [email protected] a été créée pour recevoir les déclarations de manière anonyme. Le service Web utilisé pour recueillir les déclarations ne permet pas d’identifier la provenance des courriels. Un accusé Centre canadien de la statistique juridique. (2001). Les crimes haineux au Canada : Un aperçu des questions et des sources de données. Statistique Canada. Récupéré sur http://www.statcan.gc.ca/pub/85-551-x/85-551-x1999000-fra.pdf 1 11 Déclaration Dans le cadre d’un kiosque de lutte à l'homophobie organisé dans une école, un groupe d’élèves nous entouraient et tenaient des propos haineux, homophobes et d’autres rigolaient derrière eux. Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée d’expédition est automatiquement affiché dans le navigateur du déclarant, l’informant que sa déclaration a été envoyée à Gai Écoute. La réaction a été quasi immédiate. Dans les jours suivant l’annonce du registre, 30 déclarations correctement complétées ont été consignées au registre. Au cours des trois premiers mois, 81 déclarations ont été reçues. Pour la durée du projet — dixhuit mois —, 256 déclarations correctement complétées ont été inscrites au registre et font l’objet de l’étude. Pour chaque déclaration, il fallait indiquer au moins un type d’acte homophobe parmi ceux de la liste proposée. Dans plusieurs cas, les déclarants ont indiqué plus d’un type d’actes homophobes pour un même événement. Ainsi, 958 actes homophobes sont consignés dans les 256 déclarations analysées. Déclaration Lors d’un accident de voiture sur la rue L., je suis sortie de la voiture et le conducteur m’a traité d’hostie de lesbienne et il a fait un délit de fuite. J’ai porté plainte à la police pour délit de fuite. L’hypothèse de sous-représentation des actes homophobes s’avère fondée. Comme le démontre le Registre des actes homophobes, il y a effectivement beaucoup plus d’actes homophobes déclarés de manière anonyme que d’actes rapportés dans les rapports de gestion des organismes compétents. Le projet pilote apporte une foule d’informations sur les victimes, sur les types d’actes homophobes, sur les lieux de survenance, sur le groupe ethnique, sur le genre des victimes et des agresseurs de même que sur les intentions de porter plainte aux autorités. Comme avant-goût des résultats, disons que les déclarations ont été remplies majoritairement par les victimes, les témoins ne comptant que pour le quart des déclarations. Les victimes sont principalement des hommes blancs d’âge adulte et l’acte s’est produit avant tout dans l’espace public. Les objectifs du projet pilote ont été atteints. Les résultats confirment l’hypothèse de la sous-représentation et le volet sensibilisation à la nécessité de porter plainte a été atteint, compte tenu de la médiatisation du projet. Enfin, le projet a fait ses preuves et le Registre des actes homophobes mérite d’être maintenu, tant sur le plan du recensement des actes que sur le plan de la sensibilisation des victimes et des témoins à la nécessité de rompre le silence. 12 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Présentation de Gai Écoute Sa mission Né en 1980, à l’initiative d’un groupe de bénévoles, Gai Écoute est un Centre d’écoute téléphonique et de renseignements qui offre des services d’information, d’aide et de soutien aux personnes concernées par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, à leurs proches de même qu’aux personnes intéressées par ces questions. La dispensation des services de Gai Écoute est fondée sur les valeurs suivantes : Une approche valorisante de l’homosexualité. Absence de préjugés. Fierté et dignité des personnes homosexuelles et transgenres. Approche dépourvue de victimisation. Respect du cheminement individuel des personnes. Favorisation du dévoilement de son identité sexuelle. Conception non marginale de l’homosexualité. Inclusion des personnes LGBT dans la société. Ses objectifs Offrir des services d’aide, de soutien, d’écoute téléphonique et de renseignements aux personnes concernées et intéressées par les questions relatives à l’orientation sexuelle et à la diversité sexuelle. Favoriser le bien-être des personnes homosexuelles et de leurs proches. Offrir une information générale sur le milieu gai, lesbien, bisexuel et transgenre. Favoriser l’inclusion des personnes homosexuelles dans la société. Combattre les préjugés envers les personnes homosexuelles. Susciter un esprit d’ouverture à la diversité et aux valeurs d’inclusion de notre société. Recenser les déclarations d’actes homophobes. Son expertise Compte tenu de son expertise et de son expérience de plus de trente ans auprès des personnes homosexuelles et transgenres, Gai Écoute a voulu compléter sa mission par l’addition d’un programme de déclaration des actes homophobes. Depuis 1980, les intervenants et les intervenantes de Gai Écoute assurent des services à une population qui est confrontée à des manifestations, des 13 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée comportements ou des préjugés entretenus en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou celle de leurs proches. De manière générale, il est opportun de dire que l’homophobie est responsable des problématiques entourant l’orientation sexuelle et l’identité de genre des personnes qui sollicitent les services de Gai Écoute. Mentionnons les principaux motifs : la difficulté d’accepter son orientation sexuelle, la découverte, le questionnement, l’isolement provoqué par son orientation sexuelle ou son identité de genre et les relations avec les proches. Par ailleurs, s’il est connu que des personnes subissent l’influence de l’homophobie, ce qui est moins connu, c’est l’ampleur des actes homophobes. C’est pourquoi Gai Écoute s’est engagé dans la voie du recensement des actes homophobes en mettant sur pied un Registre de déclarations des actes homophobes à l’intention des victimes et des témoins de ces actes. 14 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes L’homophobie Qu’est-ce que l’homophobie? L’homophobie est le nom donné à la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Sont incluses dans cette forme de discrimination la gaiphobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie. L’homophobie se manifeste par des attitudes négatives ou des comportements négatifs envers les personnes homosexuelles ou envers l’homosexualité de manière générale. La définition de l’homophobie inscrite dans la Politique québécoise de lutte contre l’homophobie est claire : « Toutes les attitudes négatives pouvant mener au rejet et à la discrimination, directe et indirecte, envers les gais, les lesbiennes, les personnes bisexuelles, transsexuelles et transgenres, ou à l’égard de toute personne dont l’apparence ou le comportement ne se conforme pas aux stéréotypes de la masculinité ou de la féminité.2 » Règle générale, toutes les personnes victimes de discrimination cherchent à dénoncer les actes discriminatoires et à obtenir un soutien auprès des organismes compétents. Hélas, cette réalité n’est pas celle des victimes d’actes homophobes. Bon nombre d’entre elles n’ont en effet encore jamais dévoilé leur identité sexuelle et elles n’oseront sans doute pas le faire auprès des autorités. Qu’est-ce qu’un acte homophobe? Un acte homophobe est une manifestation négative visée par la définition de l’homophobie, quelle que soit sa gravité ou son importance. Ce sont les insultes, les gestes et les moqueries, les menaces, la violence physique, la violence verbale, le harcèlement, l’intimidation, la discrimination, les graffitis et les illustrations, les abus, les propos négatifs véhiculés dans les médias. Ministère de la Justice. (2009). Politique québécoise de lutte contre l'homophobie. Québec. Récupéré sur http://www.justice.gouv.qc.ca/francais/publications/rapports/pdf/homophobie.pd 2 15 Déclaration Mon père m’a battu lorsqu'il a appris que j’étais gai. Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Qu’est-ce que l’intimidation? Lorsque l’intimidation se manifeste dans le cadre d’une dynamique liée à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre, elle est considérée comme un acte homophobe. La Loi visant à prévenir et à combattre la violence et l’intimidation à l’école adoptée par l’Assemblée nationale du Québec lui donne la définition suivante : « « Intimidation » : tout comportement, parole, acte ou geste délibéré ou non à caractère répétitif, exprimé directement ou indirectement, y compris dans le cyberespace, dans un contexte caractérisé par l’inégalité des rapports de force entre les personnes concernées, ayant pour effet d’engendrer des sentiments de détresse et de léser, blesser, opprimer ou ostraciser.3 » Qu’est-ce que le harcèlement psychologique? L’article 81.18 de la Loi sur les normes du travail du Québec donne la définition suivante du harcèlement psychologique : « Une conduite vexatoire se manifestant soit par des comportements, des paroles, des actes ou des gestes répétés, qui sont hostiles ou non désirés, laquelle porte atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique du salarié et qui entraîne, pour celui-ci, un milieu de travail néfaste.4 » Gouvernement du Québec. (2012). Loi visant à prévenir et à combattre l’intimidation et la violence à l’école. (Éditeur officiel du Québec) Québec. Récupéré sur http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=5&file=2012C19 F.PDF 4 Gouvernement du Québec. (s.d.). Loi sur les normes du travail. Éditeur officiel du Québec. Récupéré sur http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/N_1_1/ N1_1.html 3 16 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Présentation du projet pilote Le Registre de déclaration des actes homophobes est un moyen de collecter dans un cadre anonyme et confidentiel des informations sur les actes homophobes. Il s’adresse aux victimes et aux témoins de ces actes. Avec ses services téléphoniques et de clavardage anonymes et confidentiels, Gai Écoute a une expérience de témoignages de personnes qui ont été victimes d’actes homophobes. Dans ce contexte, Gai Écoute a présenté un projet pilote au Bureau de lutte contre l’homophobie du ministère de la Justice qui a soutenu le projet pour une période de dix-huit mois. Le déploiement d’un tel outil vise à démontrer qu’il y a une sous-évaluation des actes homophobes auprès des instances habilitées à recevoir les déclarations. Les déclarations consignées au Registre des actes homophobes (RAH) ont fait l’objet d’une analyse selon de nombreux critères qui ont permis de brosser un tableau de l’homophobie et de faire les recommandations appropriées. L’hypothèse de travail Le projet de déclaration des actes homophobes de manière confidentielle et anonyme repose sur l’hypothèse suivante : le nombre de déclarations d’actes homophobes auprès des instances habilitées à les recevoir serait largement inférieur à la réalité. Les instances habilitées Les services de police pour les actes à caractère criminel. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec. La Commission canadienne des droits de la personne. La Commission des normes du travail. Le Conseil de presse du Québec. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. Les ordres professionnels. Fort de son expérience de plus de trente ans à venir en aide aux personnes concernées par l’orientation sexuelle et l’identité de genre, Gai Écoute a été à même de poser ce constat. Nombre de personnes victimes de discrimination en raison de leur orientation sexuelle souhaitent taire la situation et trouvent un réconfort dans le cadre d’une intervention téléphonique anonyme et confidentielle. 17 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Dans le même sens, l’étude Les crimes haineux au Canada : Un aperçu des questions et des sources de données, publiée par le Centre canadien de la statistique juridique, déplore cette sous-représentation en matière criminelle.5 « Le problème de la sous-déclaration des crimes haineux est un problème capital pour les statistiques. D’après la plupart de la documentation, les victimes de crimes haineux sont moins susceptibles que les victimes d’autres types d’infractions de signaler leur victimisation à la police. De plus, le taux de sousdéclaration par certains groupes cibles peut être plus que problématique quand on le compare à d’autres victimes de crimes haineux. Des études menées au Canada et aux ÉtatsUnis indiquent que le taux de sous-déclaration qui s’applique aux victimes de crimes haineux qui sont ciblées selon leur orientation sexuelle est particulièrement élevé quand on le compare à celui d’autres groupes qui sont souvent les victimes d’infractions motivées par la haine, comme les groupes ethniques ou religieux (American Psychological Association, 1998; Roberts, 1995; Comstock, 1991) » On a invoqué de nombreuses raisons pour expliquer le taux élevé de sous-déclaration chez les victimes de crimes haineux. En voici quelques-unes : La crainte de représailles de la part de l’agresseur (Roberts, 1995); La crainte des organismes d’application de la loi et la méfiance à leur endroit parce que les victimes ont des bagages culturels différents. Par exemple, les gens qui viennent de pays africains ou asiatiques, où l’application de la loi sert parfois de moyen d’oppression, peuvent hésiter à signaler leur victimisation aux autorités (Bureau of Justice Assistance, 1997 : 11);6 Centre canadien de la statistique juridique. (2001). Les crimes haineux au Canada : Un aperçu des questions et des sources de données. Statistique Canada. Récupéré sur http://www.statcan.gc.ca/pub/85-551-x/85-551-x1999000-fra.pdf 6 Références dans la citation • American Psychological Association (APA). 1998. Hate Crimes Today : An Age-old Foe In Modern Dress. (Via the Internet). • Roberts, Julian V. 1995 Disproportionate Harm : Hate Crime in Canada – An analysis of Recent Statistics. (Working Document WD1995-11e). Ottawa : Department of Justice Canada. • Comstock, G.D. 1991. Violence Against Lesbians and Gay Men. New York : Columbia University Press. • Bureau of Justice Assistance. 1997. A Policy Maker’s Guide to Hate Crimes. Washington D.C. U.S. Department of Justice. 5 18 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes La croyance que leur victimisation ne sera pas prise au « sérieux par les responsables de l’application de la loi ou la perception que la police peut potentiellement aggraver la victimisation. (APA, 1998; Roberts, 1995; Berk, Boyd et Hamner, 1992); La crainte de victimisation secondaire. Cela se produit quand les autres répondent négativement à la victimisation initiale d’une personne (Herek & Berrill, 1992 : 289). Par exemple, certains membres des communautés gaies et lesbiennes craignent de révéler leur orientation sexuelle et peuvent vouloir éviter les réactions ou les répercussions négatives qu’une telle divulgation pourrait avoir tant au sein du système de justice pénale et qu’à l’extérieur de celui-ci (Roberts, 1995; Comstock, 1991).7 » Les objectifs du projet Le projet pilote de déploiement d’un Registre des actes homophobes poursuit les objectifs suivants : Recenser les actes homophobes dont les personnes sont victimes ou témoins. Établir que les actes homophobes déclarés constituent une sous-évaluation de la réalité. Dresser un tableau de l’homophobie. Contribuer à la lutte contre l’homophobie. Faire connaître les différents recours. Inciter les victimes d’actes homophobes à porter plainte aux instances appropriées. Proposer aux intervenants des différents milieux de rapporter les actes dont ils sont témoins. Inviter les utilisateurs de divers réseaux sociaux, tels Facebook, à dénoncer les contenus haineux ou homophobes auprès des fournisseurs, mais aussi auprès des services de police le cas échéant. Inciter les victimes à solliciter l’aide et le soutien dans leurs démarches. Références dans la citation • Roberts, Julian V. 1995 Disproportionate Harm : Hate Crime in Canada – An analysis of Recent Statistics. (Working Document WD1995-11e). Ottawa : Department of Justice Canada. • American Psychological Association (APA). 1998. Hate Crimes Today : An Age-old Foe In Modern Dress. (Via the Internet). • Berk, Richard A., Elizabeth A. Boyd & Karl Hamner. 1992. “Thinking More Clearly About Hate-Motivated Crimes.” In Gregory M. Herek & Kevin T. Berril (eds.) Hate Crimes : Confronting Violence against Lesbians and Gay Men. Newbury Park : Sage Publications. • Herek, Gregory M. & Kevin T. Berril. 1992. Hate Crimes : Confronting Violence Against Lesbians and Gay Men. Newbury Park : Sage Publications. • Comstock, G.D. 1991. Violence Against Lesbians and Gay Men. New York : Columbia University Press. 7 19 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Répandre l’idée que l’on ne doit pas garder sous silences les actes homophobes et créer l’habitude de les déclarer de manière systématique. Développer des mécanismes de collaboration avec les instances habilitées à recevoir les plaintes relatives aux actes homophobes : o La Sûreté du Québec. o Les services municipaux de police. o Les intervenants œuvrant auprès des victimes d’actes criminels. o Les centrales syndicales. o Les intervenants du milieu de la santé. o Les commissions scolaires et les directions d’écoles. o Le monde du travail. o Les ordres professionnels. o Les ministères de la Sécurité publique, de la Justice, de la Santé et des Services sociaux, de l’Éducation, etc. Sensibiliser les organismes susceptibles d’accompagner les victimes dans leur cheminement personnel. Qui peut déclarer un acte homophobe? Une victime, un témoin ou une tierce personne peut déclarer un acte homophobe. Le fonctionnement Infrastructure de Gai Écoute Gai Écoute possède l’infrastructure nécessaire pour la mise en place d’un registre de déclarations anonymes et confidentielles d’actes homophobes. La ligne téléphonique, accessible gratuitement de partout au Québec, de 8 h à minuit, est en mesure de recevoir les déclarations. Les intervenants peuvent remplir le formulaire de déclaration des actes homophobes lorsqu’il y a lieu. Le site Internet de Gai Écoute fournit toute l’information nécessaire et un formulaire automatisé de déclaration des actes homophobes permet de remplir une déclaration et de l’expédier de manière anonyme. Le système d’aide par courriel est aussi une porte d’entrée. Il préconise l’utilisation d’adresses électroniques de type Gmail ou Hotmail pour assurer la confidentialité. Gai Écoute offre un service de clavardage individuel en direct. Au cours d’une séance, l’intervenant peut proposer à son interlocuteur de remplir le formulaire de déclaration, sinon il peut le faire pour lui, en tant que tiers. 20 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Le portail de Gai Écoute comprend aussi les sites de la Fondation Émergence, de la Journée internationale contre l’homophobie et une section en langue anglaise pour diffuser le formulaire de déclaration. Registre informatique Les formulaires complétés sur le Web sont versés systématiquement au registre informatisé tenu par Gai Écoute. L’anonymat L’anonymat des déclarations est assuré par l’utilisation d’un service Web qui achemine les formulaires de déclaration ne comportant que les renseignements fournis par la personne qui a rempli le formulaire. La confidentialité Les contenus des déclarations ne sont pas publiés de manière à préserver la confidentialité des informations. Les quelques contenus insérés dans ce document à titre d’exemple ne contiennent aucune information permettant l’identification des personnes. Le contenu de la déclaration La personne qui fait la déclaration Victime de l’acte Témoin de l’acte Tierce personne Le territoire Le projet pilote est conduit au Québec. Comme le programme est disponible sur Internet, des déclarations peuvent parvenir de l’extérieur du Québec. Deux territoires sont retenus aux fins du projet. Québec Hors Québec Le lieu où est survenu l’acte homophobe Commercial Travail Résidence École Espace public Autres 21 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée La langue du formulaire de déclaration Français Anglais Les types d’actes homophobes Insulte Violence physique Geste et moquerie Intimidation Vandalisme Menace Violence verbale Harcèlement Discrimination Propagande haineuse Abus Vol Autres L’homophobie dans les médias Radio Télévision Journaux Internet Graffitis Autre Actes ayant lieu à répétition Oui / Non Les agresseurs Nombre Description La description de la victime Les plaintes Intention de porter plainte Plainte effectivement portée La description de l’acte 22 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Le partenariat Le projet a été conduit avec la collaboration de plusieurs partenaires. Fondation Émergence La Fondation Émergence est partenaire du projet pilote. Elle participe en diffusant de l’information. Aussi, le site Internet de la Fondation, et particulièrement celui www.homophobie.org, sont des vitrines pour le Registre des actes homophobes. De plus, le site donne accès au formulaire de déclaration en langue anglaise. Magazine Fugues Fugues est un partenaire important compte tenu de son lectorat constitué en grande partie de personnes intéressées par les questions relatives à l’orientation sexuelle. SPVM et le SPAL Un accord de principe a été conclu avec le Service de police de la ville de Montréal (SPVM). La première campagne a été amorcée avec le poste de quartier 21 qui propose aussi un formulaire de déclaration anonyme sur son micro site. Il a de plus collaboré à inciter les autres postes de quartier à participer au projet. Le Registre des actes homophobes a été présenté à tous les commandants des postes de l’Île de Montréal et du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL). École nationale de police du Québec Le Bureau des affaires institutionnelles et des communications de l’École nationale de police du Québec distribue le matériel promotionnel du programme à tous les aspirants policiers, depuis la 131e cohorte admise en septembre 2012. Le soutien aux victimes Le programme ne peut offrir des services aux victimes en raison de son caractère anonyme et confidentiel. Les déclarations de langue anglaise La compilation des données ne fait pas de distinction entre les déclarations de langue anglaise et française. 23 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 24 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Caractéristiques des actes homophobes Aux fins de l’expérience, les actes homophobes sont regroupés selon deux caractéristiques : ceux à caractère criminel et ceux à caractère discriminatoire. Les actes homophobes à caractère criminel La violence physique et verbale, le harcèlement, les menaces, le vandalisme et le vol, la propagande haineuse basée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre sont considérés comme des actes homophobes à caractère criminel. Les actes homophobes à caractère discriminatoire La Charte canadienne des droits et libertés, incluse dans la Loi constitutionnelle de 1982, énonce que la protection des droits de la personne constitue une compétence partagée entre le Parlement canadien et ceux des provinces. Les provinces se sont donc donné leur propre charte des droits pour agir dans leurs champs de compétences. De manière à compléter la protection des droits de la personne, le parlement canadien a adopté la Loi canadienne des droits de la personne pour assurer la protection des droits de la personne dans les champs de compétences fédérales et qui autrement échapperaient à la protection des chartes. À titre d’exemple, les fonctionnaires fédéraux, l’armée canadienne et les entreprises de télécommunications sont des institutions de compétences fédérales soumises au respect de cette loi. Aux fins de ce projet, les actes homophobes à caractère discriminatoire sont ceux qui contreviennent aux dispositions prévues dans les chartes des droits et autres législations de même qu’aux différentes formes de discrimination, d’intimidation ou de harcèlement psychologique. 25 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 26 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Les instances compétentes pour recevoir les plaintes d’homophobie Les actes homophobes à caractère criminel Services de police de son territoire Infocrime Montréal Infocrime Québec Les actes homophobes à caractère discriminatoire La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse La Commission canadienne des droits de la personne Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision Le Conseil de presse du Québec Les syndicats et la Commission des normes du travail L’école La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a compétence pour disposer des plaintes considérées comme discriminatoires au sens de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. La Commission canadienne des droits de la personne La Commission canadienne des droits de la personne a compétence pour disposer des plaintes considérées comme discriminatoires au sens de la Loi canadienne sur les droits de la personne et des autres dispositions législatives canadiennes. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes et le Conseil canadien des normes de la radiotélévision Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes et le Conseil canadien des normes de la radiotélévision ont compétence pour disposer des actes homophobes commis dans un média électronique ou dans une publicité. Le Conseil de presse du Québec Le Conseil de presse du Québec est l’organisme habilité à traiter les plaintes visant un média québécois. 27 Déclaration 27 years old, organist at our church and very sweet in personality. When he went outside they attacked him when the group was switching bars. Stabbed him in the back 2 times. Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Les syndicats et la Commission des normes du travail S’il s’agit d’un acte homophobe sous forme de harcèlement psychologique en milieu de travail, on doit s’adresser en premier lieu à son syndicat ou à la Commission des normes du travail selon le cas. L’école Lorsque l’acte homophobe relève de l’intimidation en milieu scolaire au Québec, la Loi visant à prévenir et à combattre l’intimidation et la violence à l’école prévoit des mécanismes de traitement des plaintes en milieu scolaire. L’école doit mettre en place des mesures d’aide et de traitement des plaintes de manière confidentielle. 28 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Les communications Le succès du projet pilote de Registre des actes homophobes (RAH) réside en grande partie sur son programme de communications. Rejoindre la population et faire connaître le projet à la grandeur du territoire est un exercice titanesque pour un organisme communautaire à petit budget. Pour y arriver, des outils de communication percutants ont permis de susciter l’intérêt des médias de toutes sortes. L’acronyme RAH fait aussi partie du plan de communication en visant à susciter une réaction. Le matériel promotionnel Conscient que les médias sociaux et Internet sont de grands véhicules de l’homophobie, le concept promotionnel s’appuie sur le visuel d’une tablette électronique et d’un téléphone mobile intelligent. Le matériel imprimé comprend une affiche, un dépliant d’information et une réplique d’un appareil téléphonique que l’on peut voir en annexe. Internet Sur le site Internet de Gai Écoute, une nouvelle section a été créée pour accueillir ce nouveau programme. L’information pertinente et les outils promotionnels y sont disponibles. Le formulaire de déclaration des actes homophobes est accessible en ligne et les déclarations sont expédiées par le système à une adresse courriel dédiée. Elles ne contiennent aucune identification qui permettrait d’en révéler la provenance. Partenaire média Le magazine Fugues a été et demeure le partenaire média du programme. Il y a consacré des articles, des pages publicitaires et il en fait la promotion sur son site Internet. Lancement du projet pilote Le programme a été lancé lors d’une conférence de presse organisée par Alain Labonté communications avec la participation du Bureau de lutte contre l’homophobie et du poste de quartier 21 du Service de police de la Ville de Montréal. La couverture média a été impressionnante. 29 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Bilan des retombées médias Entre le 18 juin et le 4 juillet 2012, des articles de fond ont été publiés dans les grands médias imprimés, à la radio, à la télévision, dans le Web, et ce, autant au niveau national que régional. Durant cette période, le Registre des actes homophobes a fait l’objet de 42 reportages dans les médias. Médias imprimés : 7 Radio : 14 Télévision : 3 Sites Web : 18 La portée totale de la couverture médiatique est évaluée à 5 049 600 impressions. Un bilan média a fait l’objet d’une analyse professionnelle et les résultats sont en annexe au présent rapport. 30 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Le recensement des plaintes déposées auprès des institutions De manière à vérifier l’hypothèse de départ concernant une sous-représentation, il a fallu recenser les actes homophobes déclarés auprès des différentes institutions en les regroupant selon les deux caractéristiques que sont les actes homophobes à caractère criminel et les actes homophobes à caractère discriminatoire. Les actes homophobes à caractère criminel Au Canada, pour connaître le nombre d’actes homophobes à caractère criminel, il faut s’en remettre aux crimes haineux qui sont déclarés par les municipalités, selon certains critères, dont l’origine ethnique, la religion, l’orientation sexuelle. Ils sont comptabilisés par Statistique Canada. Pour l’année 2010, le rapport fait état du nombre de crimes suivants : Région métropolitaine Toronto Vancouver Ottawa Montréal Origine ethnique Religion Orientation sexuelle 154 69 80 53 110 15 32 36 35 30 15 13 Données tirées d’un tableau de Statistique Canada8 Parmi les grandes villes canadiennes, la ville de Montréal est celle où les services de police ont déclaré le moins de crimes haineux fondés sur l’orientation sexuelle alors que sa population est la deuxième en importance. Selon Statistique Canada9, 18 % des crimes haineux déclarés par la police en 2011 étaient motivés par la haine de l’orientation sexuelle. « De 2010 à 2011, le nombre d’affaires motivées par la haine de la race ou de l’origine ethnique déclarées par la police a diminué (-4 %), tout comme le nombre d’affaires motivées par la haine de la religion (-17 %). En revanche, le nombre d’affaires de crimes de haine déclarées par la police motivés par l’orientation sexuelle a augmenté de 10 %.10 » Brennan, C. D. (2012, avril 12). Les crimes haineux déclarés par la police au Canada, 2010. Statistique Canada. Récupéré sur http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2012001/article/11635-fra.pdf 9 Allen, M., & Boyce, J. (2013). Les crimes haineux déclarés par la police au Canada, 2011. Statistique Canada. Récupéré sur http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2013001/article/11822-fra.pdf 10 Notre soulignement. 8 31 Déclaration Malheureusement à cause des actes violents je n'ai pas beaucoup de souvenirs de ce qui s'est passé exactement. J'ai repris conscience après que plusieurs individus (seuls je me rappelle sont 2 filles noires) m'aient violemment donné des coups de pieds et des coups de poings. Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Toujours selon Statistique Canada, en 2011, 65 % des crimes haineux comportant des infractions avec violence étaient motivés par la haine de l’orientation sexuelle. « L’infraction avec violence la plus fréquente était les voies de fait, ayant été déclarée dans 22 % de l’ensemble des crimes de haine. Les voies de fait simples (niveau 1) représentaient les deux tiers (68 %) de ces voies de fait et sont survenues le plus souvent dans les crimes motivés par la haine de l’orientation sexuelle, ou de la race ou l’origine ethnique. 11 » Les actes homophobes à caractère discriminatoire Aux fins du projet pilote, les actes homophobes recensés par les diverses instances autres que policières sont regroupés sous le titre « Actes homophobes à caractère discriminatoire ». Les données relatives à ces actes sont répertoriées à partir des rapports de gestion des organismes habilités à recevoir les plaintes de cette nature. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse Commission des normes du travail et CSST Commission canadienne des droits de la personne Conseil de presse du Québec Plaintes à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse Dans son rapport annuel de gestion, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse rapporte le nombre de plaintes selon les motifs. Pour l’année 2012-201312, en lien avec l’orientation sexuelle, la commission a ouvert 16 dossiers, contre 23 et 29 pour les années précédentes, ce qui représente 2 ou 3 % des dossiers. Plaintes à la Commission des normes du travail et à la CSST S’il s’agit d’un acte homophobe sous forme de harcèlement psychologique en milieu de travail on doit d’abord s’adresser à son association syndicale et, s’il n’y a pas de syndicat, on s’adresse à la Commission des normes du travail. Dans certains cas, le harcèlement psychologique peut engendrer une lésion professionnelle d’ordre psychologique. Il faut alors s’adresser à la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST). Allen, M., & Boyce, J. (2013). Les crimes haineux déclarés par la police au Canada, 2011. Statistique Canada. Récupéré sur http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2013001/article/11822-fra.pdf 12 Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. (2013). Rapport d’activités de gestion 2012-2013. Récupéré sur http://www.cdpdj.qc.ca/Publications/RA_2012_2013.pdf 11 32 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Dans son rapport annuel de gestion 2012-201313, la Commission des normes du travail a rapporté avoir reçu 4 088 demandes de toutes sortes concernant le harcèlement psychologique. De ce nombre, 169 ont fait l’objet d’une fermeture de dossier après qu’une plainte eut été déposée. Par ailleurs, la Commission ne donne pas d’information sur les motifs ayant donné lieu à une plainte pour harcèlement psychologique et évidemment pas quant à la question de l’orientation sexuelle. Quant aux lésions professionnelles d’ordre psychologique en lien avec l’orientation sexuelle, peu d’informations sont disponibles. Toutefois, la jurisprudence permet de conclure à l’existence de cette réalité en lien avec l’orientation sexuelle. « « Dans l’affaire S.B. et Compagnie A, la Commission d’appel en matière de lésions professionnelles a reconnu que le travailleur, un scientifique en chef de haut niveau, avait subi une lésion professionnelle suivant les diagnostics de trouble de stress post-traumatique et de dépression majeure. »14 » Plaintes à la commission canadienne des droits de la personne En 2013, la Commission canadienne des droits de la personne a reçu 1 236 plaintes, dont 146 en provenance du Québec. Plusieurs plaintes sont non recevables pour divers motifs et 661 ont fait l’objet d’un traitement. Parmi les motifs interdits de discrimination prévus à la Loi canadienne sur les droits de la personne, celui de l’orientation sexuelle compte pour 2 %, ce qui représente quelque 3 plaintes pour le Québec au cours de cette année.15 Plaintes au Conseil de presse du Québec Pour l’année 2011-2012, le Conseil de presse du Québec a reçu 46 plaintes, dont deux pour le motif de discrimination sans préciser celui-ci.16 Commission des normes du travail du Québec. (2013). Rapport annuel de gestion 2012-2013. Récupéré sur http://www.cnt.gouv.qc.ca/fileadmin/pdf/publications/c_0294.pdf 14 Fortin, N. (2014, mars 6). Orientation sexuelle et trouble de stress post-traumatique. Blogue SOQUIJ. Récupéré sur http://blogue.soquij.qc.ca/2014/03/06/orientation-sexuelle-trouble-de-stress-posttraumatique/ 15 Commission canadienne des droits de la personne. (2014). Rapport annuel au parlement 2013. Récupéré sur http://www.chrc-ccdp.gc.ca/sites/default/files/pdf/ccdp-rapport-annuel-2013.pdf 16 Conseil de presse du Québec. (2012). Rapport d’activités 2011-2012. Récupéré sur http://conseildepresse.qc.ca/wp-content/uploads/2012/12/rapport_annuel_2011-2012.pdf 13 33 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 34 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Connaissance de l’homophobie Le Québec ne compte pas un très grand nombre de chercheurs travaillant sur la question de l’homophobie. La création d’une chaire de recherche sur l’homophobie à l’Université du Québec à Montréal est encore toute récente. Par ailleurs, la littérature fait état de plusieurs actes de colloques et de présentations de toutes sortes. Nous rapportons ici quelques études et expériences qui ont paru utiles pour le présent exercice. Aperçu de l’homophobie en milieu scolaire « Lutter contre l’homophobie implique donc de savoir ce qu’elle signifie : qui elle blesse, comment elle blesse, sous quelles formes elle se manifeste. C’est identifier qui l’emploie, la déploie ou lui prête inconsciemment voix. C’est déterminer ce qui la sous-tend et la soutient, au-delà des mythes et des spéculations qui circulent ici et là. Mais encore, c’est aussi en évaluer l’ampleur.17 » Cette affirmation est tirée de la conclusion de l’étude L’homophobie pas dans ma cour, pour le compte de GRIS-Montréal, et conduite par monsieur Gilbert Émond, Ph.D, professeur adjoint, Sciences humaines appliquées à l’université Concordia, et de Janik Bastien Charlebois, Ph.D, chargée de cours en sociologie à l’UQÀM. Une autre étude a retenu l’attention : L’impact de l’homophobie et de la violence homophobe sur la persévérance et la réussite scolaires conduite par la chercheure principale, Line Chamberland, Université du Québec à Montréal, avec les cochercheurs Gilbert Émond, Université Concordia, Danielle Julien, Université du Québec à Montréal, Joanne Otis, Université du Québec à Montréal. Émond, G., & Bastien Charlebois, J. (2007). L’homophobie pas dans ma cour. GRIS Montréal. Récupéré sur www.gris.ca/wp-content/uploads/2012/02/GRIS_Rapport_de_recherche.pdf 17 35 Déclaration Je vis de la discrimination à l’école, les autres m’écœurent, quand j’arrive de l’école, rendu à la maison ma mère est homophobe et me donne des volées. Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Le site du Fonds de recherche Société et culture du Québec résume ainsi son contenu : Près de quatre élèves du secondaire sur dix (38,6 %) rapportent avoir été victimes d’un incident à caractère homophobe en milieu scolaire, parce qu’ils sont ou parce qu’on pense qu’ils sont gais, lesbiennes ou bisexuel-les. Les résultats de notre recherche révèlent que la violence homophobe touche un grand nombre d’élèves, sans égard à leur orientation sexuelle, à leur sexe, à leur langue d’origine, à la région où ils habitent, ou encore à leur niveau scolaire. Les élèves victimes d’homophobie sont nombreux à rapporter manquer des cours ou des journées d’école, avoir un faible sentiment d’appartenance à l’école ou connaître des difficultés d’ordre psychologique. « De nombreuses recherches ont démontré que ces facteurs ont des conséquences négatives sur leur réussite et leur persévérance scolaires, un impact qui peut être contrecarré par le soutien d’amis, d’enseignants ou d’intervenants ainsi que par la pratique d’activités artistiques ou sportives. Cette étude, la première de cette envergure à documenter le climat scolaire relatif à l’homophobie dans les écoles secondaires et les établissements collégiaux québécois, vient confirmer les tendances observées dans des enquêtes similaires récentes, au Canada et aux États-Unis. Elle évoque également la nécessité pour les directions d’école, les enseignants et les intervenants de mettre en place des efforts concertés de lutte contre l’homophobie et de sensibilisation à la diversité sexuelle. » En documentant de manière concrète et exhaustive les manifestations et les conséquences de l’homophobie en milieu scolaire à l’échelle du Québec, cette recherche contribue à sensibiliser et mobiliser les acteurs du monde de l’éducation autour de cette question, à cibler les guides d’intervention existants et à mieux faire connaître les outils disponibles et les modèles de pratiques déjà en place.18 Fonds de recherche du Québec - Société et culture. (2010, août). Combattre l’homophobie en milieu scolaire. (Gouvernement du Québec, Éd.) Capsule recherche. Récupéré sur http://www.frqsc.gouv.qc.ca/fr/recherche-expertise/actualite/capsule-recherche.php?id=36 18 36 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Une récente enquête conduite par le professeur Michel Dorais, de l’Université Laval, auprès des jeunes de la diversité sexuelle a fait l’objet du livre De la honte à la fierté, publié chez VLB éditeur. Dans un article du quotidien Le Devoir (7 février 2014) consacré à cette recherche, on rapporte que : « Les jeunes gais, lesbiennes, bisexuels ou transgenres, de 14 à 21 ans, sont toujours sept fois plus à risque d’avoir des comportements suicidaires que le reste de la population. La moitié d’entre eux disent subir de l’intimidation, quelquefois ou souvent, et dans 88 % des cas, cette intimidation se déroule autour de l’école. L’intimidation se traduit en premier lieu par des propos haineux, mais aussi par l’atteinte à la réputation, l’intimidation et les menaces, et la violence physique. 19 » Aperçu de l’homophobie en milieu de travail Une étude sous la direction de la chercheure Line Chamberland avec la collaboration de Michaël Bernier, Christelle Lebreton, Gabrielle Richard et Julie Théroux-Séguin menée en 2007 et intitulée Gais et lesbiennes en milieu de travail en fait état : « Selon le cas, de 10 à 23 % des participants et participantes ont subi une forme ou une autre d’homophobie directe dans le cadre de l’emploi principal occupé pendant les cinq dernières années : étiquetage (les autres les perçoivent constamment à travers l’étiquette de “gai” ou “lesbienne”); rejet; refus de collaborer avec eux; mise en doute des compétences ou de la réputation professionnelle; dévoilement ou menace de dévoiler l’orientation sexuelle sans le consentement de la personne et avec l’intention de lui nuire. L’étude a aussi permis de dénombrer des gestes homophobes violents dont les personnes ont été victimes à au moins une reprise pendant cette période : harcèlement ou avances sexuelles non désirées (20,9 %); intimidation ou menace à caractère sexuel (5,1 %) ou non sexuel (15,6 %); agression à caractère sexuel (1,8 %) ou non sexuel (7,1 %); vandalisme contre les outils ou le lieu de travail de la personne (4,4 %).20 » Montpetit, C. (2014, février 7). La cour d’école, bastion de l’homophobie. Le Devoir. Récupéré sur http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/399356/la-cour-d-ecole-bastion-de-lhomophobie 20 Chamberland, L., Bernier, M., Lebreton, C., Richard, G., & Théroux-Séguin, J. (2007). Gais et lesbiennes en milieu de travail : Les faits saillants. Récupéré sur Centre collégial de développement de matériel didactique : http://homophobie.ccdmd.qc.ca/medias/pdfs/homophobie_faits_saillants.pdf 19 37 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Une expérience française, SOS homophobie En France, l’organisme SOS homophobie gère une ligne d’écoute téléphonique, reçoit les déclarations d’actes homophobes et publie un rapport annuel21. Cet organisme entretien des liens de collaboration avec Gai Écoute. Des victimes d’actes homophobes reçoivent un suivi et des portraits types de certaines victimes sont dressés et publicisés dans le rapport annuel qui brosse un portrait de l’homophobie en France. Les rapports annuels de SOS homophobie nous apprennent que les visages de l’homophobie sont semblables des deux côtés de l’océan. Une expérience albertaine Une expérience de recensement des propos homophobes véhiculés sur Twitter est Déclaration AVIS A TOUS LES HOMOSEXUELS ! qui ont établi leur campement à [nom du village]. LA CHASSE EST OUVERTE !!! Ma toute vous tuer osti de gang de mangeux de graines. (Facebook) menée à l’Université de l’Alberta à partir du site Internet www.nohomophobes.com. Le site veut être un miroir reflétant l’homophobie dans la société. Le site Internet programmé à cet effet22 comptabilise les mots à usage courant et à connotations homophobes de langue anglaise tels faggot, dyke, no homo et so gay. De manière continue, le site affiche en temps réel un compteur indiquant le nombre de fois que ces mots ou expressions sont utilisés dans les messages diffusés sur Twitter. S’il est impossible de transposer directement ces données au Québec, il est néanmoins plausible de croire que les francophones n’échappent pas à cette phobie véhiculée sur Twitter. Utilisation d'expressions homophobes sur Twitter Fréquence moyenne par semaine Faggot 29591 So Gay 7801 No Homo 6547 Dyke 3450 0 5000 10000 15000 20000 25000 30000 SOS homophobie. Rapports annuels. Disponibles sur http://www.soshomophobie.org/rapportannuel 22 Institute for Sexual Minority Studies and Services. NoHomophobes.com. (University of Alberta). http://www.nohomophobes.com/#!/about/ 21 38 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes La campagne du gouvernement du Québec Au cours du mois de mars 2013, le ministère de la Justice du Québec a mené une première campagne de sensibilisation à la télé et dans les médias sociaux pour lutter contre l’homophobie. Le 6 mars, quelques jours après le lancement de la campagne, La Presse rapportait qu’elle suscitait une vague de commentaires homophobes sur Internet. Des commentaires homophobes déferlent sur les médias sociaux en réaction à la campagne sur la diversité sexuelle lancée dimanche par le gouvernement québécois. « Cette campagne comprend notamment une publicité télévisée dans laquelle on peut voir deux hommes s’embrasser en public. Les pages Facebook de l’émission Salut, Bonjour! et du Téléjournal 18 h faisaient état de cette publicité, et les réactions des internautes étaient par moment très vives. « Je trouve cette pub-là dégueulasse, dégoûtante et ridicule », écrit une internaute. « Dans certains pays, être gai est passible de peine de mort », signe un autre.23 » Gai Écoute, témoin de l’homophobie Le centre d’écoute téléphonique et de renseignement des gais et lesbienne du Québec vient en aide depuis 1980 à des milliers de personnes en lien avec l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Socialement, ni l’orientation sexuelle ni l’identité de genre ne sont des obstacles à l’épanouissement des personnes. Ce qui pose problème, c’est l’omniprésence de l’homophobie. Gai Écoute traite en moyenne 14 000 demandes d’aide par année bien que les services ne soient pas disponibles la nuit. De manière indirecte, les appels touchent une forme ou une autre d’homophobie. Que ce soit les difficultés d’acceptation de son identité sexuelle, de solitude, de relations avec les proches, l’homophobie est toujours en coulisse. Van Hoenacker, F. (2013, mars 6). Vague de commentaires homophobes sur l'internet. La Presse. Récupéré sur http://www.lapresse.ca/actualites/national/201303/06/01-4628185-vague-decommentaires-homophobes-sur-linternet.php 23 39 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 40 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Résultats de l’expérience Présentation Le projet pilote de déploiement d’un Registre des actes homophobes (RAH) consignant les déclarations anonymes et confidentielles est une expérience pratique devant établir que les plaintes déclarées aux autorités ne reflètent pas la réalité. Le projet a été conduit avec une très grande rigueur et avec des règles déontologiques capables d’assurer l’anonymat et la confidentialité des déclarations. La promotion du projet a connu une forte médiatisation lors de son lancement. Toutefois, les moyens financiers n’ont pas permis de faire connaître son existence à l’ensemble de la population. La méthodologie Un formulaire de déclaration des actes homophobes a été développé en prenant en considération tous les critères nécessaires pour arriver à une évaluation objective de la situation. Le formulaire est accessible à partir du site Internet de Gai Écoute 24. La version anglaise est disponible sur le volet homophobiaday.org 25 du même portail. Les déclarations Toutes les personnes qui ont fait une déclaration au Registre des actes homophobes l’ont fait de manière spontanée, sans aucune assistance, et aucun groupe en particulier n’a été ciblé. Le registre s’adresse au grand public. Certains formulaires ont été remplis par une tierce personne, dont des intervenants de Gai Écoute qui ont jugé utile de rapporter un acte homophobe à la suite d’un appel téléphonique. Ces déclarations sont traitées au même titre que les autres. Les formulaires complétés sont transmis au registre informatique du projet de manière anonyme. Les seuls renseignements transmis sont ceux que la personne a elle-même inscrits dans le formulaire. Aucune information ne permet de la retracer. 24 25 http://www.gaiecoute.org/default.aspx?scheme=4054 http://homophobiaday.org/default.aspx?scheme=4223 41 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Le message de confirmation suivant s’affiche à l’écran : « Merci. Votre déclaration a été envoyée à Gai Écoute. Les informations qu’elle contient sont confidentielles. Gai Écoute n’a aucun moyen de faire le lien entre le (la) déclarant(e) et les réponses enregistrées pour ce formulaire. Si vous souhaitez communiquer avec un écoutant ou une écoutante, vous pouvez contacter Gai Écoute.26 » Nombre de déclarations reçues au registre Le registre des actes homophobes reçoit quotidiennement à son adresse électronique [email protected] de nombreux courriels et pourriels. Les seuls qui sont ajoutés au Registre des actes homophobes sont ceux qui sont correctement complétés. Au 1er avril 2014, le registre comptait quelque 378 déclarations, certaines reçues avant la période à l’étude et d’autres après cette période. Nombre de déclarations étudiées Aux fins de l’étude, seules les 256 déclarations reçues entre le 1er mai 2012 et le 31 octobre 2013 ont été retenues. Cette période de dix-huit mois est celle convenue au protocole d’entente signé avec le Bureau de lutte contre l’homophobie du ministère de la Justice. 26 http://www.gaiecoute.org/utilisateur/documents/formulaires/rah-merci.html 42 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Fluctuation mensuelle du nombre de déclarations Pour la période étudiée, le registre comprend 256 déclarations correctement complétées pour une moyenne mensuelle de 14 déclarations. Déclarations mensuelles 35 30 30 25 28 23 21 20 15 16 14 18 15 15 12 11 12 11 10 9 8 4 5 5 4 2013 oct. 2013 sept. 2013 août 2013 juil. 2013 juin 2013 mai 2013 avr. 2013 mars 2013 févr. 2013 janv. 2012 déc. 2012 nov. 2012 oct. 2012 sept. 2012 août 2012 juil. 2012 juin 2012 mai 0 On remarque une fluctuation mensuelle importante en fonction des périodes de médiatisation du Registre des actes homophobes et des campagnes de lutte contre l’homophobie. Le programme a été lancé publiquement le 18 juin 2012 et a connu une importante médiatisation. En moins de deux semaines, 30 déclarations correctement complétées ont été consignées. Cet élan s’est poursuivi pour une période de trois mois et l’on note une diminution progressive par la suite. Un nouvel élan est remarqué en mars 2013, moment où le gouvernement du Québec a mené une importante campagne médiatique de lutte contre l’homophobie. Au même moment, la Fondation Émergence menait sa campagne de la Journée internationale contre l’homophobie. Une conclusion s’impose alors : le nombre de déclarations d’actes homophobes rapportées au registre est directement relié à sa médiatisation et aux campagnes de lutte contre l’homophobie. 43 Déclaration Nous sortions d'un bar sur Ste-Catherine vers 21h et sept femmes se sont mises à nous crier PD, faget, et d'autres insultes, tout à fait gratuitement. C'était d'une violence verbale que je ne n’ai jamais vue dans ma vie. Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Les dénonciations Qui sont les dénonciateurs? Déclaration Bonjour, je vis au Sénégal. Et tous les jours, je suis témoin d'actes homophobes. Les homos n'ont pas de vie ici. Ils sont traqués, tués, torturés. Récemment, j'ai vu des gens qui ont attrapé un gay, ils l'ont attaché à un poteau de lampe. Et ils incitaient les passants à le lapider. Le gouvernement ne fait rien contre ça. Au contraire, c'est les premiers à t'arrêter, car l'homosexualité est considérée comme un crime ici. Le pire, c'est que les médias, les télévisions, la radio n'arrêtent pas de diffuser des messages homophobes qui incitent à tuer les gays. Les dénonciateurs sont les personnes qui ont rempli correctement une déclaration reçue entre le 1er mai 2012 et le 31 octobre 2013. Trois catégories de dénonciateurs étaient proposées sur le formulaire de déclaration : les victimes, les témoins de l’acte dénoncé et une tierce personne. Dans 58 % des dénonciations, c’est la victime qui fait la déclaration et, en deuxième lieu, à 25 %, ce sont des témoins d’un acte homophobe qui ont fait celle-ci. Les tierces personnes, qui comptent pour 17 %, sont des personnes qui accompagnent les victimes, des organismes et des intervenants de Gai Écoute qui l’ont complétée à la suite d’une intervention. Les dénonciateurs Victimes 58% Témoins 25% Tiers 17% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% Lieu de provenance des dénonciations Comme le projet pilote est conduit principalement au Québec et que l’accès au registre se fait par Internet, donc accessible de partout, le formulaire demande de préciser la ville, la province et le pays où l’acte homophobe a eu lieu. À 81 %, les déclarations proviennent du Québec contre 6 % de l’extérieur du Québec, alors que 13 % des dénonciateurs n’ont pas précisé de lieu de provenance. Lieu de provenance des dénonciations Québec 81% Non précisée 13% Hors Québec 6% 0% 44 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Les victimes Genre des victimes des actes homophobes Les victimes d’actes homophobes sont à 70 % de genre masculin contre 15 % de genre féminin. Les victimes transgenres représentent 3 % des déclarations. Genre des victimes des actes homophobes Masculin 70% Féminin 15% Non précisé 12% Transgenre 3% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% Groupe d’âge des victimes des actes homophobes Les déclarants devaient indiquer le groupe d’âge de la victime de l’acte homophobe selon les catégories proposées : mineur, jeune adulte, adulte et aînés. De manière majoritaire, les victimes d’actes homophobes déclarés au registre sont des adultes dans 52 % des actes dénoncés. Viennent ensuite les jeunes adultes pour 17 %, les mineurs pour 12 % et les aînés pour 4 %. Groupe d'âge des victimes des actes homophobes Adultes 52% Jeunes adultes 17% Non précisé 14% Mineurs 12% Aînés 4% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 45 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Groupe ethnique des victimes des actes homophobes Les groupes ethniques sont ceux des minorités visibles retenues par Statique Canada. Outre les Blancs et les Autochtones, les groupes sont : Chinois, SudAsiatique, Noir, Arabe, Asiatique occidental, Philippin, Asiatique du Sud-Est, LatinoAméricain, Japonais et Coréen.27 Aux fins du projet, les groupes ethniques sont les Blancs, les Arabes, les Noirs, les Latino-Américains et les Asiatiques. À 74 %, les Blancs constituent largement le groupe le plus visé par les actes homophobes. Aucun autre groupe ethnique en particulier n’est victime d’actes homophobes de manière importante. Les Arabes comptent pour 4 %, les Noirs 2 %, les Latino-Américains 1,6 % et les Asiatiques 0,4 %. Groupe ethnique des victimes des actes homophobes Blancs 74% Non précisé 18% Arabes 4% Noirs 2% Latino-Américains 1,6% Asiatiques 0,4% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% Statistique Canada. (2012). Définitions, sources de données et méthodes. Variables : Minorité visible de la personne. Récupéré sur http://www.statcan.gc.ca/concepts/definitions/minority-minorite1fra.htm 27 46 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Les agresseurs Nombre d’agresseurs impliqués dans un acte homophobe Le formulaire de déclarations propose des choix de réponses quant au nombre d’agresseurs impliqués dans l’acte homophobe. Dans 57 % des actes homophobes rapportés, il n’y a qu’un seul agresseur, et dans 10 % des cas, ils sont deux. Dans 32 % des actes homophobes, les agresseurs sont plus de deux. Nombre d’agresseurs impliqués dans l'acte homophobe Un 57% Plus de deux Déclaration À quelques reprises en marchant dans Parc-Extension avec mon conjoint, en croisant certains hommes immigrants, ils ont craché en notre direction en nous jetant un regard. 32% Deux 10% Non précisé 1% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% Genre des agresseurs responsables des actes homophobes Les agresseurs responsables des actes homophobes sont majoritairement de genre masculin dans un rapport de 78 % contre 22 % pour le genre féminin. Genre des agresseurs responsables des actes homophobes Masculin 78% Féminin 22% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 47 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Groupe d’âge des agresseurs des actes homophobes Les déclarants d’actes homophobes devaient indiquer à quel groupe d’âge appartenait l’agresseur parmi les suivants : mineur, jeune adulte, adulte, aînés. À 57 %, les agresseurs sont des adultes, suivi des jeunes adultes pour 25 %, des mineurs pour 12 % et des aînés pour 6 %. Groupe d'âge des agresseurs des actes homophobes Adultes 57% Jeunes adultes Déclaration J’ai 13 ans, à mon école secondaire je subis de l'intimidation et de la violence physique depuis septembre 2013 à cause de mon orientation sexuelle. 25% Mineurs 12% Aînés 6% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% Les actes homophobes Lieu des actes homophobes Quatre lieux possibles étaient proposés sur le formulaire de déclaration : l’espace public, la résidence, le travail et l’école. À 56 %, la majorité des actes homophobes rapportés sont survenus dans l’espace public, suivi du lieu de résidence avec 21 % et du lieu de travail à 16 %. Le lieu de l’école ne représente que 8 % des déclarations. Lieu des actes homophobes Espace public 56% Résidentiel 21% Travail 16% École 8% 0% 48 10% 20% 30% 40% 50% 60% L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Types d’actes homophobes dénoncés Les déclarants devaient préciser un ou plusieurs types d’actes qui correspondaient le mieux à leur perception parmi une liste d’actes proposée : insulte, violence physique, geste et moquerie, intimidation, vandalisme, menace, violence verbale, harcèlement, discrimination, propagande haineuse, abus, vol, autre. La perception que l’acte homophobe est discriminatoire arrive au premier rang. Rappelons qu’il était possible de mentionner plus d’un type d’acte homophobe dans une même déclaration, ce qui explique pourquoi le nombre de types d’actes homophobes est supérieur au nombre de déclarations reçues. Types d'actes homophobes dénoncés Discrimination (247) 25,8% Insultes (188) Déclaration Un formateur de l'usine dit à tout le monde que je suis un fif, une tapette et répète que je suis un mangeur de saucisses, de grosses saucisses. 19,6% Gestes et moqueries (151) 15,8% Intimidation (89) 9,3% Violences verbales (66) 6,9% Menaces (65) 6,8% Harcèlement (43) 4,5% Violences physiques (31) 3,2% Propagande haineuse (30) 3,1% Abus (16) 1,7% Vandalisme (13) 1,4% Vols (10) 1,0% Autres (9) 0,9% 0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 49 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Caractéristiques des actes homophobes dénoncés Aux fins du projet, les différents types d’actes homophobes sont regroupés selon deux caractéristiques : ceux à caractère criminel et ceux à caractère discriminatoire. La notion d’acte criminel est une notion connue de tous. Celle d’acte discriminatoire est moins habituelle. Elle a été empruntée à la Loi canadienne sur les droits de la personne.28 On peut facilement imaginer qu’un acte de violence physique soit aussi accompagné d’insultes et autres propos discriminatoires. Déclaration J’ai manqué mon bus, j'aimais marcher, il faisait beau, je suis rentré à pied. Lorsque je suis passé devant la statue du parc MontRoyal, 4 hommes (16 à 20 ans) sont sortis du parc en riant du fait qu'ils venaient de battre un gay. Ils se sont précipités sur moi, m'ont arraché mon sac à dos. Je me suis enfui, mais l'un deux m'a plaqué au sol, l'autre m'a fracturé le nez. Parmi les déclarations reçues, à 185 reprises on a considéré que l’acte présentait un caractère criminel et 773 fois on a lui a attribué un caractère discriminatoire. Le regroupement des actes homophobes à caractère criminel comprend les types suivants : La violence physique La violence verbale Le vandalisme La menace physique Le vol Le regroupement des actes homophobes à caractère discriminatoire comprend les types suivants : Les insultes Les gestes et les moqueries L’intimidation Le harcèlement La propagande haineuse Ministère de la Justice. Partie III : Actes discriminatoires et dispositions générales. Loi canadienne sur les droits de la personne (L.R.C. (1985), ch. H-6). Récupéré sur http://laws-lois.justice.gc.ca/PDF/H-6.pdf 28 50 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Répartition des déclarations selon les types d’actes homophobes Dans 57 % des déclarations, les actes étaient à caractère discriminatoire et dans 42 % ils étaient à la fois à caractère criminel et discriminatoire. Les déclarations pour lesquelles on n’y a vu que le caractère criminel ne comptent que pour 1 %. Répartition des déclarations selon les types d’actes homophobes Uniquement discriminatoires 57% À la fois criminels et discriminatoires 42% Uniquement criminels 1% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% Les actes homophobes à caractère criminel Types d’actes homophobes à caractère criminel Les types d’actes homophobes dénoncés le plus souvent sont les violences verbales dans 36 % des actes déclarés, 35 % pour les menaces, 17 % pour les violences physiques, 7 % pour les actes de vandalisme et 5 % pour les vols. Types d’actes homophobes à caractère criminel Violences verbales 36% Menaces 35% Violences physiques 17% Vandalisme 7% Vols 5% 0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35% 40% 51 Déclaration À 3 heures du matin, angle [nom des rues], un groupe de 7 ou 8 hommes "aux gros bras" avec la testostérone dans le tapis me lançant à moi-même et mes 2 amis "wow those are fags", "hey fags come here i'll kick your fancy fag ass" etc. Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Genre des victimes d’actes homophobes à caractère criminel Les victimes d’actes homophobes à caractères criminels sont principalement de genre masculin à 77 % contre 17 % pour le genre féminin et 3 % pour les personnes transgenres. Dans 4 % des cas, on n’a pas déclaré le genre de la victime. Genre des victimes d’actes homophobes à caractère criminel Masculin 77% Féminin Déclaration Pendant plusieurs jours un autre étudiant me poussait toujours dans les casiers, j'ai eu plusieurs ecchymoses. Un jour, il m'a mis à genoux devant tout le monde, en plein milieux du corridor, et ma collé la tête sur son jean, à l'endroit où il y a son pénis, et me disait t’aimes ça là. 17% Non précisé 4% Transgenre 3% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% Groupe d’âge des victimes d’actes homophobes à caractère criminel Pour chaque déclaration d’actes homophobes, on devait indiquer l’âge de la victime selon les groupes d’âge suivant : mineurs, jeunes adultes, adultes, aînés. Ce sont les adultes qui sont principalement victimes d’actes homophobes à caractère criminel dans une proportion de 53 %, contre 21 % pour les jeunes adultes, 13 % pour les mineurs et 4 % pour les aînés. Enfin, 9 % n’ont pas répondu à cette question. Groupe d'âge des victimes d’actes homophobes à caractère criminel Adultes 53% Jeunes adultes 21% Mineurs 13% Non précisé 9% Aînés 4% 0% 52 10% 20% 30% 40% 50% 60% L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Groupe ethnique des victimes d’actes homophobes à caractère criminel À 76 %, les Blancs constituent largement le groupe le plus atteint par les actes homophobes à caractère criminel suivi, loin derrière, des Arabes à 5 %, des Noirs à 4 % et des Latino-Américains à 3 %. Il n’y a pas de déclarations où les Asiatiques auraient été victimes d’un acte homophobe à caractère criminel. Groupe ethnique des victimes d’actes homophobes à caractère criminel Blancs Déclaration Un homme, étranger, dans le début trentaine m'a fixé dans le métro, je l'ai regardé et il continuait à me regarder, je lui ai donc souri (je le trouvais beau). Il a commencé à me traiter de fag et il a marché vers moi en me poussant et me criant dessus. Il m'a suivi jusqu'à l'extérieur du métro [nom de la station] et il m’a bousculé. J'ai peur de porter plainte auprès de la police, je ne veux pas avoir affaire à cet homme. 76% Non précisé 13% Arabes 5% Noirs 4% Latino-Américains 3% Asiatiques 0% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 53 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Les actes homophobes à caractères discriminatoires Types d’actes homophobes à caractère discriminatoire Les types d’actes homophobes à caractère discriminatoire sont : discrimination, insulte, geste et moquerie, intimidation, harcèlement, propagande haineuse, abus et autres. Une déclaration pouvait contenir plus d’un type d’actes homophobes. Le type général de discrimination reçoit 32 % des choix de réponse, 24 % pour les insultes, 20 % pour les gestes et moqueries, 12 % pour l’intimidation, 6 % pour le harcèlement, 4 % pour la propagande haineuse et 2 % pour les abus. Types d’actes homophobes à caractère discriminatoire Déclaration Quelques chambreurs m'insultent à répétition et avec le concierge, ils me font des remarques homophobes. Discriminations 32% Insultes 24% Gestes et moqueries 20% Intimidation 12% Harcèlement 6% Propagande haineuse 4% Abus 2% Autres 1% 0% 54 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35% L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Genre des victimes d’actes homophobes à caractère discriminatoire Les victimes d’actes homophobes à caractère discriminatoire sont très majoritairement de genre masculin (65 %) contre 14 % de genre féminin. Les transgenres représentent 3 % des victimes. Genre des victimes d’actes homophobes à caractère discriminatoire Masculin 65% Non précisé 18% Féminin 14% Transgenre Déclaration J’ai 18 ans, je vis de l'intimidation, des menaces je me fais traiter de salope, butch de monstre de pourriture et j'en passe, et ça par ma mère. 3% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% Groupe d’âge des victimes d’actes homophobes à caractère discriminatoire Pour chaque déclaration d’actes homophobes, on devait indiquer l’âge de la victime selon les groupes d’âge suivant : mineurs, jeunes adultes, adultes, aînés. Ce sont les adultes qui sont principalement victimes d’actes homophobes à caractère discriminatoire dans une proportion de 52 %, contre 14 % pour les jeunes adultes, 11 % pour les mineurs et 5 % pour les aînés. Enfin, 18 % n’ont pas répondu à cette question. Groupe d'âge des victimes d’actes homophobes à caractère discriminatoire Adultes 52% Non précisé 18% Jeunes adultes 14% Mineurs 11% Aînés 5% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 55 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Groupe ethnique des victimes d’actes homophobes à caractère discriminatoire À 72 %, les Blancs constituent largement le groupe le plus atteint par les actes homophobes à caractère discriminatoire suivi, loin derrière, des Arabes à 3 %, des Noirs, des Latino-Américains et des Asiatiques à 1 %. Groupe ethnique des victimes d’actes homophobes à caractère discriminatoire Blancs 72% Non précisé Déclaration Je marchais main dans la main avec mon conjoint nous nous rendions au restaurant, deux gars ont fait des gestes de fellation en nous croisant. 22% Arabes 3% Noirs 1% Latino-Américains 1% Asiatiques 1% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% Les actes homophobes survenus dans les médias Les déclarants étaient aussi appelés à indiquer si l’acte homophobe avait été commis dans un média, ce qui a été fait à 75 reprises. Le média le plus concerné est évidemment Internet pour 56 % des actes contre 11 % à la télé, 11 % à la radio, 9 % dans les journaux et 9 % dans un graffiti. Actes homophobes survenus dans les médias Internet 56% Télé 11% Radio 11% Journaux 9% Graffiti 9% Autres 4% 0% 56 10% 20% 30% 40% 50% 60% L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Les plaintes aux autorités compétentes Pour chaque déclaration, on devait indiquer son intention de porter ou de ne pas porter plainte aux autorités telles le responsable de l’école, la police, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, la Commission canadienne des droits de la personne, la Commission des normes du travail, un syndicat, un employeur, le Conseil canadien des normes de la radiotélévision, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes et le Conseil de presse du Québec. Sur l’ensemble des déclarations d’actes homophobes, 23 % des répondants ont déposé une plainte alors que 19 % ont l’intention de le faire. Enfin, 58 % des répondants n’ont pas répondu à cette question. Plaintes aux autorités compétentes Aucune indication 58% Plainte déjà déposée 23% Intention de porter plainte 19% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 57 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 58 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Conclusion Selon les recensements officiels des instances publiques, qu’ils soient à caractère criminel ou à caractère discriminatoire, les actes homophobes rapportés sont peu nombreux. Par ailleurs, un survol des études et expériences menées sur l’homophobie atteste de l’omniprésence de l’homophobie dans les différents milieux étudiés. Le but du présent projet pilote était de vérifier le bien-fondé de l’hypothèse de la sous-représentation et de proposer un moyen de déclaration différent, dans un contexte anonyme et confidentiel, et d’en évaluer les résultats. Par ailleurs, différentes études sur l’homophobie mettent en lumière qu’elle fait encore énormément de victimes. Ce décalage entre le tableau dressé par les études et celui rapporté par les institutions habilitées à recevoir les plaintes atteste la thèse de la sous-représentation. L’analyse des informations recueillies au Registre des déclarations des actes homophobes permet de confirmer la validité de l’hypothèse de départ voulant que les déclarations des actes homophobes faites aux autorités compétentes soient largement inférieures à la réalité. De même, les résultats permettent de confirmer que les personnes victimes d’actes homophobes, qu’ils soient d’ordre discriminatoire ou d’ordre criminel, ont tendance à ne pas les déclarer. Le projet pilote confirme que dans un contexte anonyme, les déclarations sont beaucoup plus nombreuses et que les actes criminels en lien avec l’orientation sexuelle ou l’identité de genre sont presque toujours accompagnés d’actes discriminatoires. À la lecture des différentes déclarations, il est permis de comprendre que pour une victime, la déclaration anonyme, dans un contexte formel, est un geste libérateur. Les peurs de porter plainte Peu de personnes ont porté plainte pour l’acte homophobe déclaré alors qu’elles avaient le droit de la faire et d’obtenir des mesures de réparation. Alors, pourquoi ne portent-elles pas plainte? Selon le caractère de l’acte homophobe, il est possible de porter plainte à la police, à l’école, aux commissions des droits de la personne et autres instances habilitées à traiter les plaintes dans leurs champs de compétence respectifs. 59 Déclaration Dans les couloirs de l'école, un groupe de jeunes s'amusent à faire exprès pour me bousculer lorsque je vais à mes cours. Battu par ces mêmes jeunes en dehors des heures de cours lorsque j'étais seul. Intimidation survenue dans les vestiaires d'éducation physique de la part de certains garçons dû à mon orientation sexuelle. Harcèlement de façon répétitive! Menace de mort si je porte plainte à la police. Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée La peur des conséquences est la raison principale pour laquelle la majorité des victimes ne portent pas plainte. La première peur est celle de devoir dévoiler son orientation sexuelle ou de confirmer les allégations d’une telle orientation sexuelle. Malgré toutes les avancées juridiques et sociales, l’orientation sexuelle demeure une question délicate, voire difficile à vivre pour nombre de personnes, et l’homophobie est omniprésente. De manière générale, le fait de porter plainte signifie que l’agresseur est mis au courant de la plainte et qu’il pourrait de ce fait vouloir s’en prendre à nouveau à sa victime, la faire chanter et la contraindre à faire marche arrière. Dans le cas des actes criminels, plusieurs déclarations consignées au registre sont explicites : « J’ai peur, il menace de me tuer si je porte plainte. » Une plainte à la police enclenche une enquête et l’agresseur devra répondre aux questions des policiers. Déjà à ce stade, l’agresseur représente une menace, il pourrait vouloir se venger ou menacer la victime de représailles si elle collabore avec les policiers. En deuxième lieu, selon le résultat de l’enquête, le procureur général pourra porter des accusations et en saisir les tribunaux. Arrive alors le processus judiciaire avec le procès, les témoignages et la sentence. Tout au long de ce processus, la victime sera invitée à témoigner et ainsi être confrontée à l’agresseur. Il faut comprendre que le fait de porter une plainte enclenche un processus qui sera difficile à vivre pour la victime et qui sera souvent traumatisant. Ce faisant, après évaluation de la balance des inconvénients, de nombreuses victimes préfèrent ne pas porter plainte et garder le silence. Dans le cas des plaintes pour discrimination, le processus sera d’abord administratif. Il n’en demeure pas moins qu’il engendre aussi un processus d’enquête où la victime et l’agresseur devront répondre à des questions. Les conséquences peuvent sembler moins lourdes que pour un acte criminel, mais encore ici la peur des conséquences incite au silence. En milieu scolaire, l’école a l’obligation d’assurer la protection des jeunes et elle doit prévoir un plan pour contrer l’intimidation et prévoir des mécanismes de traitement des plaintes. Malgré toute la prudence qui entoure le traitement de ces plaintes, il faudra bien que des mesures soient prises auprès de l’agresseur. Il est encore ici raisonnable de croire que le plaignant évaluera les conséquences de son geste et imaginera qu’il peut être confronté à l’agresseur et à son entourage. Dans le cas où la plainte ne vise pas une personne en particulier, mais plutôt la 60 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes collectivité, la victime pourrait trouver avantage à saisir la direction de l’école sans crainte de représailles. En milieu de travail, les conséquences découlant d’une plainte présentent plusieurs similitudes avec le milieu scolaire avec l’obligation de vivre dans le même milieu que l’agresseur et avec possibilité de devoir le côtoyer. Par surcroît, les peurs associées au dévoilement de son orientation sexuelle sont amplifiées à l’idée que la carrière puisse en souffrir et les chances d’avancement diminuer. Les bienfaits de la déclaration anonyme Il faut encourager les victimes d’actes homophobes à se prévaloir de leur droit, et les inciter à porter plainte aux autorités compétentes. La dynamique des actes criminels ou discriminatoires fondés sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre diffère des autres formes de discrimination. Elle est probablement la seule forme de discrimination dont l’identité des victimes n’est pas apparente. En pareille situation, l’idée de permettre de faire des déclarations anonymes s’avère positive à plusieurs égards. D’abord, une déclaration anonyme et confidentielle n’entraîne aucune conséquence pour les victimes ou les témoins. La déclaration anonyme : Offre aux personnes incapables de porter plainte un réconfort et la possibilité de se libérer du poids du silence. Renforce la capacité des victimes à rapporter les actes homophobes et à se prévaloir de leurs droits. Propose des ressources professionnelles aux victimes d’actes homophobes. Incite les témoins à rapporter les actes homophobes qui, trop souvent, se déroulent sous leurs yeux sans qu’ils posent de gestes bien qu’ils les condamnent. Le Registre de déclarations anonymes et confidentielles des actes homophobes permet de dresser un tableau de l’homophobie non déclarée auprès des instances habilitées à recevoir les plaintes et suscitera des mesures de soutien et de prévention. Enfin, ce registre de déclarations anonymes et confidentielles des actes homophobes est une mesure structurante de lutte contre l’homophobie qui mérite d’être maintenue. 61 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 62 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Recommandations Que le programme de déclarations anonymes et confidentielles des actes homophobes soit reconduit. Que le ministère de la Sécurité publique, le ministère de la Justice et le ministère de la Santé et des Services sociaux soutiennent le programme. Que des chercheurs universitaires approfondissent la question de la sousreprésentation des actes homophobes par les institutions habilitées à recevoir et à traiter les plaintes. Qu’un partenariat soit développé avec les diverses instances habilitées à recevoir les plaintes pour actes criminels et discriminatoires. Qu’un programme d’information et de sensibilisation de déclaration des actes homophobes soit mis en place. Qu’un service d’accompagnement des victimes soit mis en place. 63 Déclaration Ils étaient trois gars contre moi, chaque jour, ils m'insultaient, me traitait de fif, de tapette, des fois ils me bousculaient. Malgré leur attitude, je continue de dire que je suis fier d'être homosexuel. Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 64 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Annexes Bilan et évaluation des retombées de presse 67 Formulaire de déclaration d’actes homophobes 73 Visuel au format de téléphone intelligent 77 Dépliant de la campagne 78 Affiche de la campagne 80 65 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 66 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Bilan et évaluation des retombées de presse 67 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 68 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes 69 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 70 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes 71 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 72 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Formulaire de déclaration d’actes homophobes 73 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 74 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes 75 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée 76 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes Visuel au format de téléphone intelligent 77 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Dépliant de la campagne 78 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes 79 Registre des actes homophobes | L’homophobie dénoncée Affiche de la campagne 80 L’homophobie dénoncée | Registre des actes homophobes 81