Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon
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Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon
Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle Jacques Le Vot P a g e |1 Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle Jacques LE VOT Médecin radiologue Contact : [email protected] Introduction À l’aube du XXe siècle, Toulon est une ville particulière à plusieurs titres. En premier lieu, elle est une importante cité de 100 000 habitants et le principal port militaire français. A ce titre, elle dispose d’un équipement hospitalier civil et militaire et d’un corps médical numériquement et qualitativement développé pendant toute cette première moitié du siècle. L’article propose une étude d’ensemble de l’infrastructure hospitalière civile et militaire, de son évolution notamment lors des deux conflits mondiaux. On abordera aussi la question des personnels médicaux et paramédicaux de ces établissements de soins en relevant quelques noms de médecins ou chirurgiens ayant acquis une renommée locale voire nationale. Rappel historique La tradition hospitalière de la ville de Toulon est ancienne. On peut en retrouver la trace dans les archives par cette donation testamentaire de Dame Sibille au XIIIe siècle qui recommande l’achat de lits. Entre 1160 et 1190 de nombreux hôpitaux soignaient les pauvres sous l’égide de la confrérie du Saint Esprit. Mais en 1440, ces établissements étant devenus vétustes, il a fallu construire un nouvel hôpital du Saint Esprit au cœur de la ville. Cet établissement comportait une maison dévolue aux femmes. Ces hôpitaux à vocation charitable vivaient des dons et legs des personnes riches, au droit de 29 juin 2016 « pelote » (taxe payée par les personnes qui se marient avec une personne étrangère à Toulon), de taxes diverses. Au fil du temps, cet hôpital devenant lui-même vétuste, on devait édifier un nouvel établissement dans la ville qui venait de s’agrandir en 1638. Il prenait le nom d’Hôtel Dieu et gardait sa vocation charitable et d’accueil des enfants abandonnés à la « Charité » ainsi que les filles « séduites ». Cet hôpital fera face à l’épidémie de peste de 1721 et à la première épidémie de choléra de Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e |2 1834. La gestion fut transférée à la ville mais on continua à l’appeler hôpital du Saint Esprit. De 1852 à 1854, un nouvel hôpital a été construit à proximité de la Charité empiétant sur le jardin botanique de la Marine dont le majestueux cyprès chauve fut conservé. Il prit le nom d’hôpital Chalucet du nom du prélat philanthrope, évêque de Toulon et sera celui de la période que nous étudions. Mais Toulon, c’est aussi la Marine et l’Armée de terre, soit en 1911 environ 12000 marins et soldats. Le service de santé de la Marine avait à son effectif, à l’époque, environ 70 médecins sous l’autorité d’un directeur du service de santé auxquels se rajoutaient les médecins des régiments de l’Armée de terre et de la Coloniale. On peut comparer cet effectif conséquent aux 54 médecins que comptait la ville au début du siècle. Au plan hospitalier militaire, Toulon disposait d’un hôpital principal de la Marine, situé rue Nationale et d’un hôpital sur l’autre rive de la rade à Saint-Mandrier. Ces hôpitaux étaient les héritiers d’établissements disparus très liés à l’histoire de la ville notamment l’hôpital de Saint-Louis et le Lazaret à Saint-Mandrier, l’hôpital du bagne et l’hôpital militaire qui fonctionna de 1785 à 1866. Le patrimoine hospitalier de Toulon à l’aube du XXe siècle L’hôpital de la ville [Tab. 1, Fig. 1, 2]. Budget 450000F (1509438€ en avril 2015) Administrateurs Médecins 8 9 Chirurgiens : Dr Malartic, Dr Daspres Médecins : Dr Delahaye, Dr Bouisson, Dr Boeri Médecins résidents : Dr Deville, Dr Portay Sage-femme : madame Pagnet 1-Fiévreux hommes. 2-fiévreux femmes.3infirmerie de la charité, aliénés, enfants malades. 4-consultations gratuites. 1-Blessés hommes. 2-Blessés femmes. 3Maternité. 4-Vénériens, affections cutanées. Yeux : Dr Opin ORL : Dr Gontier de la Roche Nerfs/estomac : Dr Rapuc Voies urinaires : Dr Pollier Dents : M. Camatte Hospitalisations service médicaux 29 juin 2016 Hospitalisation services chirurgicaux Consultations gratuites Dont 230000 fournis par la ville Le Maire préside Tableau 1 : Hôpital civil en 1913. Au début du siècle, l’hôpital Chalucet est un établissement ancien qui a subi tout récemment des modernisations significatives. On a fait arriver l’eau, le gaz, l’électricité, installé un chauffage central et Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e |3 créé deux salles d’opération modernes (Elles subsisteront pendant tout le demi-siècle). De construction simple, en trois corps de bâtiments, il a été compliqué d’ouvrages surajoutés qui ne suffisent pas à en augmenter significativement la capacité. Architecturalement, il comporte une chapelle dont le portail donne sur le jardin. L’hôpital comporte 4 grandes divisions médicales: - les fiévreux hommes les fiévreux femmes – l’infirmerie de la charité pour les aliénés et les enfants malades - consultations gratuites - 4 services chirurgicaux : - blessés hommes – blessés femmes – maternité – vénériens et 29 juin 2016 affections cutanées. ème Figure 1 : Plan du centre de Toulon à la fin du 19 siècle : l’hôpital de la ville est proche de la gare de chemin de fer et du jardin public, à l’ouest. (Flèche rouge). L’hôpital principal de la Marine se situe en plein centre-ville, non loin du boulevard de Strasbourg (Flèche jaune). Le futur hôpital Sainte Anne se situera plus au nord sur les pentes du bas Faron. (Flèche noire). © Archives municipales de Toulon. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e |4 Figure 2 : Hôpital de la ville, appelé hôpital Chalucet ou Hôtel Dieu : situé à proximité de la gare de Toulon et proche du jardin public. On voit sur la photographie la chapelle qui donne sur le jardin public. (Collection personnelle). L’hospitalisation se fait en salles communes comme cela est de règle en cette époque. La capacité globale en lits est modeste si l’on considère la population de la ville. Mais à cette époque, le séjour à l’hôpital ne concerne qu’une faible partie de la population, notamment celle qui est la plus défavorisée. Au début du siècle, neuf médecins et chirurgiens y exercent à temps partiel ainsi qu’une sage-femme. Ils sont aidés par des internes qui constituent un groupe turbulent faisant l’objet, à plusieurs reprises, de réprimandes de la part de la commission administrative (Notamment pour des refus de soins ou pour avoir introduit à l’internat des femmes de « mœurs légères »). Le docteur Portay occupe la difficile fonction de médecin résident, toujours à la tâche et parfois critiqué par ses confrères et pas toujours soutenu par la commission administrative. A l’exemple de tous les hôpitaux du pays, les médecins, chirurgiens et pharmaciens hospitaliers sont des praticiens à temps partiel. Ils sont nommés par décision de la commission administrative, entérinée par le préfet du Var. Le titre de médecin ou de chirurgien des hôpitaux honore son titulaire. Les rémunérations hospitalières sont modestes et l’essentiel des revenus médicaux provient des activités dans les cabinets ou cliniques. Cet état de fait, qui perdura pendant toute la première moitié du siècle, est une conséquence de la fonction charitable de l’hôpital où il est de tradition que les médecins se dévouent pour les plus défavorisés. Les fonctions se cumulent pour une élite : médecin de l’hôpital, du théâtre, médecin inspecteur des écoles, inspecteur des pharmacies et drogueries, consultant au dispensaire de la Croix rouge française et au dispensaire médical de la ville, membre du bureau d’hygiène, expert auprès de la Justice. Un cours d’accouchement est délivré depuis 1879 sous la responsabilité du docteur Carence, chirur- 29 juin 2016 gien chef, assisté du docteur Perreymond, puis au départ en retraite du responsable, le docteur Daspres devenu chirurgien chef des hôpitaux lui succèdera. Ce cours concerne selon les années 5 à 21 élèves tandis que les accouchements aux hospices atteignent le chiffre de 200 en 1900. Un rapport est adressé chaque année au préfet du Var concernant cette activité originale. L’hôpital s’est séparé des 27 religieuses, les sœurs de la Sagesse, qui y exerçaient, pour les remplacer par 21 surveillantes laïques. Cette laïcisation hospitalière effectuée en 1904 (Sur rapport de Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e |5 l’administrateur Gamet), peu avant la promulgation de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ne s’est pas faite sans heurt puisque les polémiques se sont succédées entraînant des procès et même un duel avec échange de balles entre les adversaires, heureusement sans résultat. Les soignants des hôpitaux, population en majorité féminine, sont communément désignés dans les archives comme des « servantes », terme globalisant et peu revalorisant. Les rapports de la commission administrative montrent que cette population est instable, parfois négligente voire indélicate. La commission administrative prononcera en 1911 et 1912 de nombreuses radiations. L’hôpital et l’ensemble des établissements qui en dépendent (La charité, les fermes, l’annexe de la Tauriac) sont gérés par une commission administrative. Le maire préside cette commission qui réunit 6 à 7 administrateurs. En l’absence du maire, le vice-président dirige les débats. Les membres de la commission administrative sont des notables de la ville, commerçants, anciens militaires, avocats. On y verra bien entendu des médecins. Les administrateurs se répartissent les fonctions. L’une des plus importantes est évidemment celle de trésorier. Le budget au début du siècle mentionne 468 122,40 F de recettes pour des dépenses quasiment égales. La commission administrative se préoccupe de la gestion de l’ensemble des établissements. Elle organise les fêtes pour enfants et délivre pour les pupilles les autorisations diverses dont celles de s’engager dans l’Armée ou la Marine. Elle assure les recrutements notamment ceux des médecins ou chirurgiens de l’hôpital notamment le docteur Daspres nommé chirurgien des hospices à la séance du 17 juillet 1900 ou le docteur Delahaye, nommé médecin chef des hospices ainsi que celui des internes. Ceux-ci subissent un examen devant les praticiens de l’hôpital. Certaines questions et copies sont visibles dans les dossiers conservés aux archives. Cependant, la gestion de l’établissement a fait l’objet de critiques au début du siècle et en 1912 la presse toulonnaise s’est faite l’écho d’un cas de maltraitance porté devant la Justice. A cette occasion, la passivité de la commission administrative vis-à-vis d’une surveillante a été vivement dénoncée à plusieurs reprises. La commission administrative s’en est défendue avec vigueur devant le maire Micholet venu pour l’occasion présider la séance afin d’apporter par la suite des apaisements aux élus du conseil municipal. L’hôpital, ainsi qu’en témoignent les comptes rendus des conseils d’administration, exerce en priorité sa fonction de secours des indigents et reçoit une importante contribution financière municipale. 29 juin 2016 Parmi les évènements qui jalonnent la vie de l’hôpital, outre les fêtes de Noël, la fête nationale, occasion de nombreux discours officiels, on relève qu’en 1901, l’hôpital recevra le président de la République, Monsieur Loubet, et le personnel, les enfants, les vieillards, rassemblés pour l’occasion autour des officiels crieront « Vive Loubet ». Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e |6 Les hôpitaux de la Marine L’hôpital principal de la Marine [Tab. n°2-3-4 et Fig. n° 3]. L’hôpital principal était l’ancien séminaire des Jésuites, transformé en hôpital depuis 1785 et devenu vétuste au début du XXe siècle. Il était établi en plein cœur de la ville, accolé à l’hôtel de l’Intendance. ”Il occupait un vaste quadrilatère, de la rue Nationale au boulevard de Strasbourg, occupé maintenant par la nouvelle poste, le magasin des Dames de France et divers immeubles” (1). Il possédait une magnifique porte monumentale, ornée de deux statues (Elle est désormais la porte d’entrée du musée de la Marine place Monsenergue à Toulon). On peut en trouver la description dans les souvenirs des grands médecins de la Marine de l’époque (Jules Fontan et Oudard) et ceux des médecins stagiaires dont Victor Segalen par exemple. 1898 1901 1902 1903 1904 1906 1907 1909 Fontan A Duchâteau A Bertrand F Fontan A Segard C Plante J Ambiel G Aubert J* (dernier médecin chef avant fermeture) 29 juin 2016 Tableau 2 : Médecins de l’hôpital maritime principal 1898-1910. Pathologies Pathologies infectieuses et parasitaires Affections métaboliques Affections tumorales Affections du tube digestif Affections génito urinaires Maladies du cœur et des vaisseaux Affections respiratoires Nombre 167 Affections ostéo-articulaires Affections des yeux Affections des oreilles Atteinte du Système nerveux central Affections psychiatriques Autres TOTAL 5 0 2 23 2 3 81 4 10 140 3 300 Décès Remarques Prédominance numérique. Association avec pathologies respiratoires Bronchopneupathies, pleurésies, tuberculoses pulmonaires 437 étiologies relevées Tableau 3 : Hôpital principal de la Marine à Toulon. Statistique des décès du 13 février 1900 au 30 décembre 1902 (Source Service historique de la Défense. Toulon. 2F2-23). Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e |7 Cet établissement comportait des services de médecine (2 services cliniques) et des services chirurgicaux ainsi que les installations nécessaires à l’enseignement des médecins et un musée médical où étaient exposées les curiosités rapportées par les médecins de Marine au cours de leurs campagnes. Le service de chirurgie, d’une capacité d’environ 140 lits, était situé au 2ème étage du corps de bâtiment central face à la porte d’entrée monumentale. Il n’y avait qu’une petite salle d’opération. L’hôpital comportait un laboratoire qualifié de “rudimentaire”. Une annexe du service pharmaceu- 29 juin 2016 tique permettait les opérations radiologiques. Figure 3 : Hôpital principal de la Marine : Ancien séminaire des Jésuites. Transformé en hôpital en 1785. Situé en plein centreville, à l’emplacement de la poste centrale actuelle. Porte d’entrée monumentale donnant sur la rue Nationale (actuellement rue Jean Jaurès). Cette porte est toujours visible car elle a été déplacée en façade ouest de la corderie. © Société des amis du vieux Toulon. Cet établissement, assez malcommode, fermé par les autorités au cours de l’épidémie de choléra de 1884, a été rendu célèbre en deux circonstances. En avril 1897 est réalisée la première radiographie Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e |8 connue à Toulon (celle du coude et de l’avant-bras d’un second maître de mousqueterie, Jules Gourvennec), dans un laboratoire dépendant des pharmaciens. La seconde est la première suture du cœur réalisée par le professeur Jules Fontan le 1er janvier 1900, observation présentée à la société de chirurgie. Par ailleurs on dispose des statistiques de décès et d’activité chirurgicale de l’établissement qui montrent une nette prédominance des affections infectieuses, respiratoires, épidémiques de cette population jeune quasi masculine. Les pathologies chirurgicales sont variées : traumatismes divers, hernies, kystes, fistules, atteintes ostéo-articulaires. Sur 3 ans, on compte 852 interventions avec une mortalité globale de 4.11%. Notons à cette époque la gravité pronostique des laparotomies qui atteignent 34% de décès. Type d’intervention Laparotomies Abcès pelviens Appendicectomies Nombre 87 Remarques 49 laparotomies. Gravité pronostique Dont 25 appendicites et 13 abcès pelviens Hernies inguinales, paroi abdominale Interventions sur le thorax Intervention sur la face Intervention sur les yeux Intervention sur le nez et les oreilles Affections urinaires et de l’appareil génital 229 Grande fréquence 18 28 38 14 Pleurésies, abcès Fistules anales, hémorroides, varices Traumatismes Affections vasculaires traumatiques Ostéo-articulaire, tendons, kystes articulaires 91 Interventions cardiaques 1 Cancers Lipomes. Ganglions TOTAL 6 34 852 119 Enucléation fréquentes Otites, mastoidites, végétations adénoides Varicocèle, hydrocèle, orchidectomie, phimosis ; cancer du testicule (1 seul) taille vésicale Différents procédés utilisés 36 Fractures des membres, luxations, fracture du crâne 151 Amputations, tumeurs blanches, mal de Pott, ostéites, Kystes divers ; sutures tendons ; nécroses Suture du cœur par Jules Fontan le er 1 janvier 1900 Estomac, oesophage 838 interventions ; 14 comportent un geste double Tableau 4 : Opérations chirurgicales de l’hôpital maritime principal de Toulon. 1er janvier 1900-31 décembre 1903 (Source : Service historique de la Défense 1F6-22). 29 juin 2016 Cet hôpital restera en service jusqu’en 1910, date de l’ouverture de l’hôpital Sainte Anne. L’hôpital de Saint-Mandrier Cet hôpital [Tab. n° 5, Fig. n° 4 et 5] est établi sur l’autre rive de la rade à Saint-Mandrier. Il n’est donc pas vraiment toulonnais mais joue un grand rôle pour la Marine. Il est le descendant des premiers Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e |9 établissements de soins pour les malades de la Marine (prieuré, hôpital de Saint Louis). L’actuel hôpital de Saint Mandrier tel qu’il existe en 1900 est ouvert en 1830 sur l’emplacement de l’ancienne infirmerie royale. Il est bâti en forme de U orienté nord-sud. Il pouvait recevoir jusqu’à 1320 malades. Sa construction fut assez longue, émaillée d’incidents. Un élément architectural remarquable est la chapelle édifiée en 1840. La situation excentrée de cet établissement impose un transport assuré par des vapeurs trans-rade (Dont le célèbre « Kéraudren », bateau à vapeur.) entre la ville et l’hôpital. Ils assurent les approvisionnements, les transports de blessés et malades ainsi que ceux des personnels. 1911 1914 1915-1917 1918-1920 1921-1922 1923 1924-1926 1927 1928 1929-1931 1932-1933 1934-1935 1935-1936 Docteur Jan Docteur Henri Gazeau Docteur François Geay de Couvelette Docteur Pierre Santelli Docteur Michel Lambert Docteur Jean Deffressine Docteur Charles Autric Docteur Joseph Lifran Docteur Paul Cauvin Docteur Jules Barthès Docteur Henri Cazeneuve Docteur Hippolyte Le Coniac Docteur Henri Couraud (dernier médecin chef) Table 5 : médecins chefs de l’hôpital maritime de Saint Mandrier (1911-1936). Mais l’hôpital de Saint-Mandrier eut une grande importance pour la Marine. C’est lui qui reçut le plus grand nombre de blessés lors des catastrophes du Léna en 1907 et de la Liberté en 1911. On doit au médecin en chef Gazeaux, médecin chef d’escadre, une des- 29 juin 2016 cription Figure 4 : L’hôpital de Saint-Mandrier. L’hôpital de Saint Mandrier est un établissement maritime ancien situé de l’autre côté de la rade sur la presqu’ile de Saint-Mandrier. On y accède par voie maritime et routière depuis Toulon. Le cliché montre un « vapeur » transrade qui permettait les transports de personnels, de malades et de matériel entre Toulon et Saint-Mandrier. L’établissement sera désaffecté après l’agrandissement de l’hôpital Sainte Anne en 1936. © Société des amis du vieux Toulon. détaillée des consé- quences médicales de ce drame et en particulier celle des traumatismes dus au souffle et aux névroses traumatiques. C’est dans cet établissement que le docteur Jules Regnault, chirurgien, fit en 1912, une première auto-opération d’une hernie inguinale. Cet hôpital restera en service jusqu’en 1936, année où la marine regroupera ses moyens hospitaliers sur l’hôpital Sainte Anne agrandi. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 10 Figure 5 : Hôpital Saint Mandrier : Malades et soignants posent dans la cour de l’établissement. ©Société des amis du vieux Toulon. L’hôpital de la Marine de Sainte Anne (Tab. n° 6, Fig. n°6-7-8) Depuis longtemps, la ville souhaitait récupérer l’emprise de l’hôpital principal, au cœur de la cité. On avançait à ce propos le risque épidémique qu’un tel établissement faisait courir aux habitants. De fait, les statistiques d’activité montrent que cet hôpital recevait une population jeune, masculine, touchée particulièrement par des infections (affections respiratoires, typhoïde, maladies éruptives, méningites, tuberculose). Mais la Marine objectait qu’elle ne pouvait se séparer de son établissement principal tant que l’hôpital du Faron n’était pas construit. Cette construction tardait bien qu’un terrain ait été acquis depuis 1884 sur les pentes du bas Faron, au 29 juin 2016 lieu-dit Sainte Anne pour cela. Figure 6 : Hôpital maritime Sainte Anne : vue prise depuis les pentes du Faron peu après la mise en service en 1910. La rade et la presqu’ile de Saint Mandrier sont visibles au fond. L’hôpital comporte 9 grands bâtiments à toitures terrasses construits sur un terrain caillouteux dépourvu de végétation. Le pavillon médian le plus haut situé est le pavillon des « officiers malades ». (Collection personnelle) Mais pour édifier ce nouvel hôpital, il fallait vaincre les réticences du ministère de la Guerre opposé à toute construction en dehors des remparts et, dans cette attente, la marine en fut réduite à utiliser ce terrain caillouteux comme champ de manœuvre Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 11 jusqu’à ce que l’administration de la « guerre » ne décide elle-même de construire une caserne (la caserne Grignan) sur le terrain contigu à celui acquis par la marine. Dès lors l’opposition farouche du ministère de la guerre n’avait plus raison d’être et les travaux pouvaient être entrepris après une adjudication publique qui eût lieu le 25 octobre 1906 pour un hôpital de 500 lits. Situons en premier lieu l’emplacement où sera édifié le futur hôpital. Il s’agit d’un terrain grossièrement trapézoïdal, orienté nord sud, sur les pentes du bas Faron (d’où le nom initialement choisi par le ministre de la marine en 1884 d’hôpital du Faron et non retenu finalement), immédiatement au-dessus des fortifications de la ville, accusant un dénivelé de 33 mètre entre la partie haute et le point le plus Figure 7 : Hôpital maritime Sainte Anne : portail d’entrée surmonté de deux lanterneaux. En arrière-plan, la montagne bas. L’endroit ne comporte que quelques bas- du Faron alors dénudée car le reboisement est en cours et les tides isolées et l’on dit que le nom du site vient pentes peu bâties. (© Société des amis du vieux Toulon) d’une ancienne chapelle (2), détruite au moment où vont commencer les travaux (3). La conception retenue est celle d’un hôpital pavillonnaire. L’architecture dans ce cas ne fait que traduire les idées des médecins et des hygiénistes de l’époque et les hiérarchies sociales puisque l’hospitalisation des officiers et des sous-officiers et matelots ou hommes du rang est séparée ainsi que celle des “disciplinaires”. L’hôpital se composera donc de grands bâtiments dont les façades regardent vers la mer. Ces grands bâtiments, à toits plats, à grandes fenêtres et très hauts de plafond, présentent un alignement nord sud et est ouest remarquable. Ils disposent de terrasses où les patients peuvent prendre l’air et le soleil. 29 juin 2016 Figure 8 : Hôpital maritime Sainte Anne : vue de la face nord des bâtiments médians. On remarquera, en arrière, du premier bâtiment appelé par la suite pavillon Fontan (du nom du chirurgien célèbre du Service) deux extensions avec verrière qui sont les blocs opératoires. On remarque aussi un bâtiment médian plus petit qui est celui de la balnéothérapie. (© Archives hospitalières hôpital Sainte Anne Toulon) Neuf grands bâtiments sont ainsi érigés en zone moyenne du site cependant qu’un grand bâtiment situé en hauteur, sur une terrasse supérieure domine l’ensemble, s’alignant sur les bâtiments de l’axe Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 12 médian en surélévation d’une quinzaine de mètres par rapport à ceux situés au-dessous. Ce bâtiment abritera les officiers malades. L’hôpital dispose d’une chaufferie distribuant l’eau chaude à tous les bâtiments par des galeries techniques et il bénéficie de l’éclairage électrique. Certains bâtiments sont dotés d’ascenseurs. Il dispose également d’un bloc opératoire moderne pour l’époque, d’un service d’électricité médicale et de radiologie dirigé par le médecin principal Douarré. Selon l’habitude, une enceinte de moellons ceinture l’établissement, couronnée de tessons de bouteilles afin de dissuader de toute évasion ou intrusion. L’entrée normale se fait au sud-ouest par une porte monumentale à double battants, en fer forgé, dont les montants sont surmontés de lanterneaux électriques. L’hôpital, ainsi qu’en témoigne les photographies de l’époque, s’impose dans le paysage du bas faron. Il lui manque pour être beau un écrin de verdure dont il est totalement dépourvu. L’opinion publique le remarque et l’espace situé devant le pavillon de la chefferie reçoit par dérision le nom de « Sahara » (4). Les travaux, entrepris en 1906 s’achèvent en 1909, et le premier malade est admis en septembre 1910. La capacité globale est de 850 lits. Fermeture de l’hôpital principal Dès que fut actée la construction du nouvel hôpital par le ministère de la Marine, des tractations complexes débutèrent entre la ville, le ministère de la Marine et la Guerre. Elles devaient aboutir à la fermeture de l’établissement et sa cession par lots à la Ville puis à sa démolition par les entreprises après un appel d’offres. Personnels hospitaliers Dans ces hôpitaux, existe un personnel médical, nommé par le ministre dans les différentes fonctions hospitalières et d’enseignement. Ces médecins et pharmaciens exercent à plein temps, alternant des 29 juin 2016 périodes hospitalières et des embarquements. Ils sont assistés par un corps d’infirmiers militaires, formés au sein de la Marine. Les religieuses qui œuvraient jusqu’en 1905 dans les hôpitaux de la Marine furent chassées avec une certaine brutalité lors de la laïcisation ordonnée par le ministre Camille Pelletan. Un corps d’ouvriers et d’agents administratifs assure le fonctionnement technique et administratif des établissements. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 13 Années 1910-1911 1911-1914 1915-1918 Médecin chef Médecin en chef DRAGO T. Médecin en chef TRABAUD J Médecin en chef DRAGO J. 1918-1919 1919-1922 1922-1926 1926-1927 1928-1929 1930-1931 1931-1933 1933-1934 1934-1935 1935-1937 1937-1938 1938-1940 1940 1940-1942 1942 1942-1943 1943-1944 1944-1946 1946-1949 1949-1951 Médecin en chef NEGRETTI A. Médecin en chef AUDIBERT P.H.A Médecin en chef MICHEL L.B Médecin en chef DARGEIN U.G Médecin en chef VIGUIER E.U.U.M Médecin en chef DARGEIN U.G Médecin en chef GRAS C.A.G Médecin en chef CHAUVIN F.V Médecin en chef LE CONIAC M.C.I Médecin en chef PLAZY L Médecin en chef HESNARD A.L.M Médecin en chef BRUN L.D.H.G Médecin en chef SOLCARD P.O Médecin en chef HAMET L.M Médecin en chef JEANNIOT V.G.T Médecin en chef NIVIERE E.P.M Médecin en chef DELABERNARDIE C. Médecin en chef MONDON H.L.M Médecin en chef CARBONI P.P.P Médecin en chef BUFFET G.A. Remarques Premier médecin chef Premier conflit mondial 2ème chefferie Premier conflit mondial ème 2 chefferie Second conflit mondial Second conflit mondial Second conflit mondial Second conflit mondial Second conflit mondial Tableau 6 : médecins chefs de l’hôpital Sainte Anne de 1910 à 1950. On notera que les temps de chefferie sont courts (1 à 3 ans) et qu’il n’y a que deux médecins chefs qui aient exercé leur commandement à 2 reprises. Certains de ces médecins chefs exerceront des responsabilités en tant que directeurs de se services de santé d’arrondissement maritime ou de médecin chef d’un autre hôpital de la Marine. A l’ouverture de l’hôpital Sainte Anne, on assiste à une certaine spécialisation entre les deux hôpitaux (5) de la Marine. A Saint-Mandrier, les fiévreux, paludéens, contagieux des corps de troupe ainsi que le confirment les statistiques d’activité, à Sainte Anne les urgences, les spécialités dont l’oto-rhinolaryngologie confondue d’ailleurs avec l’ophtalmologie, les soins dentaires, la radiologie et l’accueil des officiers. Le directeur du service de santé de la Marine, sous l’égide du Préfet Maritime, avait autorité sur ces hôpitaux et les personnels médicaux ou infirmiers dont le budget relevait du ministère. 29 juin 2016 L’école de médecine navale Si le Var ne possédait pas de Faculté de médecine, il avait l’École de médecine navale qui accueillait depuis 1891 les médecins de la Marine pour leur stage d’application et l’École annexe qui préparait les élèves au concours d’entrée des écoles de santé militaire et validait pour la première année de Faculté. Ces deux écoles étaient accueillies par les hôpitaux de la Marine qui leur fournissaient les Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 14 terrains de stage et les moyens matériels. L’enseignement dans les deux écoles était excellent et la Marine entretenait un corps enseignant réputé à cette fin (6). Le futur médecin général Oudard y enseignera en 1904 puis de 1921 à 1929. Les établissements de soins privés à Toulon De nombreuses cliniques sont établies dans ces villes, dans de grosses villas ou des immeubles. Ce sont des établissements construits sur fonds privés, souvent par un médecin. À Toulon, le très connu et réputé professeur Fontan, dispose d’une clinique chirurgicale à Saint-Roch, d’une douzaine de lits (7). Elle reçoit une clientèle bourgeoise et des cas graves. Le docteur Henri Malartic, brillant et réputé chirurgien de la ville a également une clinique chirurgicale à Saint-Roch. Cette clinique restera en fonction pendant ce demi-siècle, à l’exception d’une brève interruption au cours du second conflit mondial. Les docteurs Prat-Flottes, Manoël, Berthollet (8), Daspres (9) disposent également de cliniques. Il existe aussi un dispensaire des dames de la Croix-Rouge française avec un bloc opératoire et des lits d’hospitalisation (10). Quant à la clinique du docteur Georges Bouras, ancien professeur de chirurgie à l’école annexe, située dans une belle bastide place du colonel Bonnier à Toulon, [Fig. n° 9] elle n’eut qu’une existence éphémère mais sa notice descriptive nous donne une parFigure 9 : Une clinique privée à Toulon à l’aube du XXe siècle : la clinique du docteur Bouras au Pont du Las. Couverture de la page de présentation. Il s’agissait d’un établissement de 40 lits, bien équipé mais dont l’existence a dû être très éphémère. (Collection personnelle) faite connaissance de l’idéal chirurgical de l’époque. Cette d’environ 40 clinique chambres possédait une salle d’opération aseptique, une salle d’opération septique et une unité de stérilisation. L’intérêt du document réside dans la description du secteur technique comportant des salles d’opération, des unités de stérilisation, une installation de radiologie diagnostique et thérapeutique et une unité d’électricité médicale. La notice descriptive insiste sur le confort de l’établissement et précise les tarifs de l’époque en matière d’hospitalisation privée. 29 juin 2016 A propos des cliniques privées, notons qu’elles sont pour la plupart chirurgicales et qu’elles accueillent les plus souvent une clientèle aisée. Les chirurgiens qui y opèrent ont leurs cabinets en ville et sont à temps partiel à l’hôpital pour un grand nombre d’entre eux. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 15 Pratiques professionnelles Les médecins et chirurgiens hospitaliers disposent d’une pharmacopée médicale importante (11) témoignant des progrès de la chimie de l’époque. Les médicaments plus courants sont les antiinflammatoires et antinévralgiques tels que le pyramidon ou l’aspirine, les antalgiques faisant appel si nécessité aux opiacés dont le chlorhydrate de morphine, à la quinine pour les paludéens, sous différentes formes galéniques. Mais de très nombreux autres produits sont disponibles. Des régimes alimentaires sont volontiers prescrits dont des diètes hydriques, des enveloppements chauds ou froids, des tisanes diverses. On utilise aussi l’électricité pour différentes affections inflammatoires ou atteintes des nerfs périphériques. On s’efforce de vacciner contre la variole, la diphtérie, la typhoïde. Personnalités médicales ou chirurgicales hospitalières de Toulon Les chirurgiens sont certainement ceux qui attirent la plus grande sympathie et la presse, notamment, l’hebdomadaire « je dis », tout en donne des portraits flatteurs. Le plus connu est le professeur Jules Fontan, médecin de la marine, qui, le 1er janvier 1900 a pratiqué la première suture d’un cœur blessé. Tous les professeurs de l’école d’application de la marine et de l’école annexe bénéficient d’une réputation flatteuse. A l’hospice civil, le chirurgien en chef, le docteur Carence, est une personnalité respectée. Il dispense le cours départemental d’accouchement. Lui succèdera le docteur Daspres, titulaire de la médaille des épidémies pour son action au cours de l’épidémie de choléra en 1884. Le docteur Henri Malartic deviendra le chirurgien le plus connu de Toulon. Mais les médecins des hôpitaux, les docteurs Delahaye, Guiol, Boeri, Portay, Deville sont également connus. Tous les médecins sont des notables, soucieux de reconnaissance sociale. Ils figurent sur les listes d’invitation officielles (de la préfecture maritime, de la sous-préfecture) et participent à toutes les manifestations artistiques où la bonne société d’alors se retrouve. Ils ont aussi des préoccupations intellectuelles qui les amènent à solliciter leur entrée à l’académie du Var où les médecins, historiquement, sont très nombreux et actifs. Le professeur Fontan sera à l’origine de la création de la Société des amis du vieux Toulon et de son musée en 1912. D’autres se retrouvent à la Société médicochirurgicale du Var (12) pour des réunions plus professionnelles et scientifiques et lisent les revues 29 juin 2016 médicales locales de l’époque dont la Provence médicale et le Var médical créé en 1913 par le docteur Fournier, urologue. Cette société médicale a ses deuils avec des funérailles dont la solennité est fonction de la notoriété du praticien, occasion aussi pour le monde médical toulonnais d’affirmer son importance sociale. Ainsi les personnalités du service de santé de la Marine, le docteur Bérenger-Féraud, décédé en 1900, Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 16 le docteur Cunéo, disparu en 1901, ont-ils des obsèques suivis par une foule importante et de très nombreux officiels civils et militaires, chacun y allant d’un éloge funèbre éloquent. Il en va de même au décès du docteur Carence, chirurgien en chef des hospices, en 1909, du docteur Long, tous deux praticiens hospitaliers réputés de la ville. Ces solennités perdureront au-delà de la guerre lors des obsèques du docteur Barrois, radiologiste de l’hôpital Chalucet, victime des radiations, en 1924 ou plus encore du Professeur Fontan disparu en 1931. Le premier conflit mondial : Toulon camp retranché et ses 14 hôpitaux À la déclaration de guerre, en août 1914, la ville devint un camp retranché soumis à l’autorité du préfet maritime. Elle eut à recevoir les blessés et malades en provenance du front français et d’Orient dans 14 hôpitaux permanents, complémentaires, auxiliaires, bénévoles et dépôts d’éclopés. Il faut rajouter à cette organisation l'A.C.M. (Assistance aux Convalescents Militaires), association placée sous l’égide du Ministère de la guerre. L’association dispose dans l’agglomération de Toulon de petits établissements (de 20 à 30 lits) dans de belles villas. Au total des 5 années de guerre quelques 2795 blessés et malades seront décédés dans le camp retranché de Toulon pour 182 500 hospitalisés [Tab. n° 7]. En 1916, 134 médecins sont sous les drapeaux à Toulon (13). ANNEE 1914 1915 1916 1917 1918 1919 TOTAL HOSPITALISATION 19525 38692 35895 49998 22184 16143 182437 DECES 242 636 872 431 759 398 2795 29 juin 2016 Table 7 : Bilan global de l’hospitalisation dans les formations sanitaires dépendant de la direction du service de santé du Vème arrondissement maritime pendant le premier conflit mondial (1914-1919). Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 17 L’arrivée des blessés dans les hôpitaux toulonnais : Les chemins de fer ont reçu la mission d’évacuation des blessés et malades depuis le front. La XVe région militaire et les hôpitaux de l’agglomération de Toulon reçurent un grand nombre de blessés par des convois ferroviaires de la ligne PLM. Par exemple, entre le 1er septembre 1914 et le 15 mai 1915, ce sont 47 convois et plus de 7300 malades et blessés qui sont arrivés dans l’agglomération de Toulon (14). Ils sont transportés vers les hôpitaux toulonnais par voitures ou parfois par tramways ambulances [Fig. n° 10] L’étude de la destination de ces blessés arrivés par voie ferrée montre l’importance du camp retranché de Toulon et de ses hôpitaux (Plus de 60% des blessés), de La Seyne (19%) et dans une moindre mesure de Hyères (14%) et de Figure 10 : Tramway ambulance et son personnel : Bandol (5%). Nous avions parlé de la particularité maritime de Toulon. Il ne faut pas oublier en effet que la guerre se déve- le transport des blessés arrivant par trains sanitaires en gare de Toulon se faisait parfois par des tramways équipés de logettes porte-brancards. Sur ce cliché, le personnel mobilisé présente ce dispositif original. (© Archives communales de Toulon. Fond Daussy) loppe aussi en Orient et les navires hôpitaux débarquent leurs blessés à Toulon, dirigés vers les différents hôpitaux de l’agglomération [Fig. n° 11]. 29 juin 2016 Figure 11 : Navire hôpital France IV à quai dans l’arsenal de Toulon en 1915. Il s’agit d’un paquebot récent, rapide assurant le transport des blessés depuis le front d’Orient vers Bizerte, Marseille et Toulon. Le navire est à quai à Missiessy. L’opération de transfert des blessés est achevée. Le convoi ferroviaire va partir et distribuer les blessés vers les établissements de la région. (Source ECPA) Présentation et fonctionnement des hôpitaux du temps de guerre à Toulon Fin septembre 1914, les 14 hôpitaux de la ville hébergent 4000 blessés ou malades (15), en décembre 5600 (16). Les blessés proviennent dans un premier temps de la zone des armées en France puis du Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 18 Corps expéditionnaire d’Orient par les navires hôpitaux. Ces hôpitaux recevront aussi des blessés serbes et des blessés allemands prisonniers au début de la guerre (17), ces derniers dirigés sur SaintMandrier. La presse décrit les blessés à l’arrivée des convois ou dans les hôpitaux comme « plein d’entrain » et « confiants pour l’avenir ». Elle fait mention de blessés à la tête, aux membres, rarement de blessés thoraciques ou abdominaux (18). Au début de la guerre, le choc des armées aux frontières et sur la Marne amène un fort contingent de blessés (87% des 2000 malades hospitalisés dans le camp retranché au 29 octobre 1914). Par la suite, les statistiques de décès de l’hôpital de SaintMandrier et de l’hôpital maritime annexe B nous renseignent plus précisément sur l’évolution de l’hospitalisation [Tab. n° 8]. Pathologies Pathologies infectieuses et parasitaires Affections respiratoires Affections métaboliques Affections tumorales Affections du tube digestif Affections génito urinaires Maladies du cœur et des vaisseaux Affections ostéo-articulaires Affections des yeux Affections des oreilles Atteinte du Système nerveux central Affections psychiatriques Autres Nombre 512 TOTAL 1140 étiologies 511 1 07 191 3 5 Remarques Epidémie de grippe. Association avec pathologies respiratoires 30% de tuberculoses 64% d’affections hépatiques 03 0 0 14 15 Traumatismes, suicides, inconnues 761 décès relevés causes Tableau 8 : Registre des décès de l’hôpital maritime de Saint Mandrier. Septembre 1918-décembre 1919 (Source : Service 2 historique de la Défense 2F -27). Dans le premier établissement, ce sont les soldats des régiments métropolitains et du CEO qui occupent les lits en proportion bien plus forte que les marins, les prisonniers malades, les ouvriers de l’arsenal. Ils meurent avant tout de pathologies médicales notamment de fièvres typhoïdes, de tuberculose, d’affections pulmonaires, de péritonites non traumatiques. Les traumatismes compliqués sont nettement moins représentés. Dans le second établissement, l’arrivée à compter de mai 1915 d’un 29 juin 2016 fort contingent de soldats du Corps expéditionnaire d’Orient, outre les pathologies déjà signalées, fait apparaître un grand nombre de décès par paludisme. Les hôpitaux maritimes ont connu dans l’ensemble une intense activité nécessitant d’ailleurs pour l’hôpital Sainte-Anne une extension par des « baraques Adrian » placées devant la chefferie (19). Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 19 Brassage du corps médical. Rappel des réservistes. Les médecins d’active ayant été dirigés pour la plupart vers des affectations de guerre et les médecins en âge de servir étant mobilisés, c’est à des médecins réservistes que l’on dut faire appel pour armer les hôpitaux, délaissant de fait la population, dont le dénuement médical, peu étudié à ce jour, est total. On confiera donc des responsabilités hospitalières importantes à des médecins âgés, réservistes pour la plupart (20). La seule femme médecin de la ville de Toulon, le docteur Feyraud Baylon, prendra en charge l’hôpital (21) du lycée Tessé à deux pas de la gare. On citera aussi le professeur Fontan qui a mis à la disposition du service de santé sa clinique de Saint-Roch où il accueille les cas jugés graves. Les infirmiers sont les infirmiers de la Marine renforcés d’infirmières de la Croix Rouge (8 pour SainteAnne). Le directeur du service de Santé de la région maritime a appelé l’attention du Préfet maritime et au-delà du ministre sur l’insuffisance numérique de personnel infirmier. Des appels à candidature parmi les matelots sans spécialité, les élèves des écoles annexes, ont été lancés. 50 jeunes marins suivront début 1915 un cours de 3 mois avec stages hospitaliers pour recevoir leur diplôme de matelot infirmier breveté provisoire. Il va quasiment de soi à cette époque que l’hébergement des patients se fasse en salle commune. Cependant, tous les hôpitaux n’ont pas le même équipement mais ils sont tous dotés d’une salle de soins servant de salle d’opération s’ils n’en disposent pas d’une vraie [Fig. n° 12]. A l’hôpital du lycée, un équipement radiologique est installé grâce au docteur Barrois. Le docteur Aubert dirige cet hôpital complémentaire n° 6 du lycée de Toulon. Il a le statut de médecin chef de réserve. Il protestera d’ailleurs de ne pas être « activé » pour la durée de la guerre afin d’asseoir son autorité sur ses confrères d’active. 29 juin 2016 Les hôpitaux bénévoles reçoivent un personnel mixte, militaire et civil. Parmi ceux-ci, les hôpi- Figure 12 : Salle d’opération à l’hôpital complémentaire n°6 du lycée de Toulon : cette salle d’opération très épurée a été installée dans un local non prévu à cet effet. Elle taux gérés par la ville de ressemble plus à une simple salle de soins. Le cliché figure dans un rapport demandé par Justin Godart, sous-secrétaire d’Etat à la santé sur les établissements de soins mis en service au cours de la guerre. (© Musée du Service de santé des armées) Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 20 Toulon ne fonctionneront que plus tard, à compter d’avril 1915, au Pont du Las, à la Rivière neuve et à Saint Roch, après appel d’offres pour la fourniture du matériel nécessaire à leur équipement et déblocage des crédits nécessaires. L’administration militaire a édicté les règles de fonctionnement de ces hôpitaux bénévoles qui doivent assurer à leurs frais le logement, la nourriture, la solde, l’entretien des effets d’habillement des infirmiers mis à leur disposition. Et, point important à cette époque, « les infirmiers doivent recevoir à chaque repas 20 cl de vin ». L’administration a rappelé les conditions de fonctionnement des hôpitaux bénévoles et précise qu’ « à tarif fixe, ces hôpitaux doivent loger, nourrir les malades mais ne fournissent pas le personnel médical ou le personnel infirmier. Le service de santé militaire prend en charge les soins médicaux. » La vie dans ces établissements nous est connue par la presse, notamment l’hebdomadaire « je dis tout » qui publie dans une rubrique intitulée « la glorieuse souffrance » de nombreux témoignages. Le style est convenu, laudatif. Les hôpitaux municipaux de Toulon, tout juste mis en service et sous occupés, font l’objet de commentaires particulièrement élogieux. Les médecins sont des « praticiens éclairés » et les infirmières attentionnées. Les blessés et malades sont heureux de leur sort et débordent de sentiments patriotiques. On fait d’ailleurs de gros efforts pour les divertir et on insiste sur la qualité de la nourriture servie. Il n’est pas sûr que ces descriptions soient conformes à la stricte réalité à l’exception de la quiétude ressentie par un blessé léger momentanément éloigné du front (22). Par ailleurs, la presse recense les personnalités hospitalisées comme le lieutenant Ivolsky, fils de l’ambassadeur de Russie, engagé volontaire dans l’armée française, blessé au talon et le général Van den Berg, blessé de la face, tous deux frappés au combat de Kum Kaleh, le comte Ségur de Lamoignon. Pratiques médico-chirurgicales dans les hôpitaux du camp retranché de Toulon Les commandes de matériel et de médicaments ainsi que les archives de médecine navale, les ordres du préfet maritime et du directeur du Service de santé sont de bons témoins des pratiques médicales et chirurgicales de l’époque : désinfecter les plaies au permanganate ou à la teinture d’iode, panser ensuite les blessés, réduire les fractures, les opérer sous anesthésie au chloroforme ou anesthésie 29 juin 2016 locale ou encore rachianesthésie, calmer la douleur par les opiacés, utiliser une pharmacopée simple tragiquement dépourvue d’antibiotiques face aux affections médicales infectieuses. Il existe des réflexions innovantes telles que la recherche de corps étrangers par méthode radiologique menée par le médecin de première classe Buffon, le Professeur Ozil, le médecin principal Rolland et des échanges avec les plus hautes sommités en la matière telle le professeur Bergonié qui viendra à Sainte-Anne et Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 21 à Saint-Mandrier présenter son électro-vibreur. Le docteur Regnault, chirurgien, rappelé au service, s’occupe du centre orthopédique du 5ème arrondissement maritime. En 18 mois il effectue 754 opérations et 800 appareils plâtrés destinés à des fractures de membres [Fig. n° 13]. A partir de mai 1915, après le choc et l’afflux des premiers mois, il est temps de se préoccuper des mutilés. Des médecins hospitaliers du camp retranché de Toulon iront à Paris suivre un cours de mécanothérapie. Des instructions ministérielles réglementent d’ailleurs la délivrance de prothèses. On retiendra aussi que l’hôpital auxiliaire n° 32, établi au Groupe scolaire de La Loubière, se spécialisera e Figure 13 : Blessés au centre d’orthopédie du V arrondissement maritime : il s’agit de patients du docteur Jules Regnault appareillés après blessures des membres inférieurs. (Journal Var médical 1920). dans le traitement des paludéens sous la direction du docteur Ravaux aidé des docteurs Vaillant et Lascols. Il n’y a pas dans les archives trace de transfusion sanguine, ni de traitement par l’électricité de névroses traumatiques. Nous ignorons si les chirurgiens toulonnais se sont livrés à des actes de chirurgie réparatrice ou esthétique. Le corps médical est resté démuni face à l’assaut de la grippe espagnole en fin de conflit [Tab. n° 8]. L’entre-deux-guerres L’entre-deux guerres est une période curieuse. Lassée des efforts de la guerre, la ville de Toulon à l’exemple du pays accueille ses mobilisés qui rentrent du front et cède, comme l’ensemble du pays à une certaine frivolité, tempérée cependant par les habitudes provinciales. L’hebdomadaire « Je dis tout » rend compte des activités mondaines, privées ou officielles, théâtrales, musicales, des changements qui interviennent dans la ville avec la destruction des remparts, la généralisation du tout à l’égout, l’extension du téléphone, l’afflux automobile. Il pointe les nuisances de la cité, odeurs, poussières, bruits, l’insuffisance des tramways et le « tyran de Brunet » qui les dirige. Il se régale de l’activité politique, ose des caricatures qui ne plaisent pas toujours, trouve dans le pagnolesque maire barbu de Toulon un sujet de choix (Marius Escartefigue). Mais la presse ne donne que peu 29 juin 2016 d’information sur la vie hospitalière. Notons en premier lieu que tous les hôpitaux mis en service au cours du conflit ont été fermé à l’exception des hôpitaux d’infrastructure. Les personnels ont été rendus à leurs occupations civiles. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 22 L’hôpital de la ville Il n’y a que peu de changements pour le vieil hôpital Chalucet et sa mission principale qui est d’accueillir les « indigents ». L’hôpital reste le recours pour la population civile dans toutes les situations difficiles notamment pour les « incurables », les « aliénés » ou pour certaines disciplines comme la pédiatrie ou les maladies des femmes. Cette mission charitable fondamentale, un peu limitative, n’empêche pas l’établissement d’augmenter son personnel et d’enrichir ses disciplines disponibles. A ce propos, la vice-présidence du colonel Rousson puis du docteur Bertholet ont été très fécondes puisque a été affirmée la nécessité d’un hospice civil à la hauteur de l’importance de la ville et différentes modernisations ont vu le jour, notamment un laboratoire de biologie ainsi que des améliorations du service de médecine et de chirurgie infantile. A la fin des années 30, dix-sept médecins y travaillent, mais toujours à temps partiel, représentant le panel des spécialités de l’époque. On y retrouve les chirurgiens Malartic, Jourdan, Jean, Villechaize, les médecins Mege, Lemaire, Laures. Le docteur Demouy est le radiologiste de l’établissement, Joseph Amalric y pratique la radiothérapie et la radiumthérapie. Psychiatrie et neurologie sont étroitement accolées sous la responsabilité du même chef de service, le docteur Laures. De nombreux transferts de malades psychiatriques se font vers l’hôpital départemental de Pierrefeu [Tab. n° 9]. Budget Administrateurs Médecins Hospitalisations service médicaux Hospitalisation services chirurgicaux 29 juin 2016 Consultations gratuites Table 9 : Hôpital civil de Toulon en 1924. 1 200 000F (1234295€ en avril 2015) 9 9 Chirurgiens : Dr Bertholet, Dr Malartic, Médecins : Dr Delahaye, Dr Deville, Dr Meges, Dr Lemaire Médecin résident : Dr Portay Dont 700000 F fournis par la ville 1-Fiévreux hommes. 2-fiévreux femmes.3- infirmerie de la charité, aliénés, enfants malades. 4consultations gratuites. 1-Blessés hommes. 2-Blessés femmes. 3-Maternité. 4-Vénériens, affections cutanées. Yeux : Dr Opin ORL : Dr Anglès d’Auriac Nerfs/estomac : Dr Rapuc Voies urinaires : Dr Pollier Dents : M. Camatte Organisation inchangée depuis le début du siècle Le Maire préside Organisation inchangée depuis le début du siècle Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 23 Sur le plan économique, on notera le relèvement rapide du prix de journée à partir de 1936 du fait de la réduction du temps de travail des personnels, d’une nouvelle échelle de solde plus favorable aux personnels et de l’augmentation générale du coût de la vie. La ville soutient financièrement l’hôpital et prend en charge les aides médicales gratuites. Pour le 2ème trimestre 1938 par exemple, les frais de prise en charge des indigents hospitalisés sont de 286599.70F (153429 €). A ces frais s’ajoutent ceux des assurés sociaux assistés partiellement et pris en charge par la ville de Toulon et les traitements ambulatoires. On comprend dès lors l’échange de courrier entre la municipalité et son centre hospitalier lui demandant de n’admettre au titre de l’assistance médicale gratuite que les ayants droit stricts. Par ailleurs, signe des difficultés financières de l’hôpital, on retrouve à plusieurs reprises des mémoires de frais du docteur Amalric pour des applications de radium à des indigents, non honorés par l’administration. Malgré ces préoccupations, le budget de l’hôpital restera très légèrement excédentaire. Par exemple le bilan comptable 1936 s’établit comme suit: recettes: 6778522,43F et les dépenses 6743659,64F. La commission administrative des hospices est très soucieuse du recrutement des médecins et chirurgiens de l’hôpital qui sont tous désormais nommés après concours sur épreuves. Ainsi le docteur Georges Jean, pourtant ancien professeur à l’école annexe de médecine navale, collaborateur du professeur Oudard à Sainte Anne, auteur de nombreuses publications scientifiques, fut nommé en juin 1933, chirurgien des hôpitaux après concours devant un jury comprenant des collègues hospitaliers et des professeurs de la faculté de Montpellier. Le docteur Seguy, biologiste, le fut dans les mêmes conditions. Les cliniques de la ville Les cliniques de la ville à cette époque sont établies dans différents quartiers de la ville, dans de grandes villas aménagées. À l’est, Saint-Jean, fondée par le docteur Coulomb en 1932 ; au sud, la clinique du littoral, rue Daillon ; au centre, l’hôpital Saint-Louis, de la Croix-Rouge française, rue Berier Fontaine, ouvert en 1930. À l’ouest, la clinique Malartic à Saint Roch fonctionne depuis de nombreuses années. L’établissement est voisin de la clinique Jourdan située elle aussi à Saint-Roch. La clinique de Provence sera installée dans la villa familiale du Pont-du-Las en 1937 par Marcel Issalène 29 juin 2016 et celle du docteur Dumas au boulevard Bauchières au Pont-du-Las. Dans ces établissements exercent les principaux chirurgiens de la ville y compris les chirurgiens des hôpitaux. Ces chirurgiens sont les docteurs Malartic Henri associé à son fils Jean et aux deux docteurs Villechaise, Villechaize l’oncle et Villechaise le neveu. Mais opèrent aussi les docteurs Jourdan et Jamin. Ils sont tous chirurgiens généralistes. Le docteur Henri Malartic a acquis désormais une stature départementale et se déplace à la Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 24 demande des établissements hospitaliers pour des interventions délicates (23). Le docteur Georges Jean, chirurgien des hôpitaux, verra son fils et ses deux petits-fils devenir chirurgiens urologues, constituant ainsi une dynastie médicale et chirurgicale toulonnaise originale. On ne possède par contre pas de statistiques d’activité de ces établissements privés. Les hôpitaux de la marine dans l’entre-deux-guerres: regroupement. [Fig. n° 14-15-16-17]. Dans les années 30, la Marine a entrepris, par nécessité, de regrouper en un seul établissement ses structures hospitalières (24). Dans ce but, l’hôpital Sainte-Anne est agrandi de trois bâtiments construits en zone sud de 1932 à 1934. Le plus important d’entre eux, le pavillon Bérenger Feraud (déconstruit en 2011), affecte la forme d’une croix de Lorraine, élevé sur cinq étages. Il masque un autre bâtiment, plus petit, qui reçoit le nom de Calmettes (il prendra le nom d’Hesnard ensuite. Toujours en place en 2015). L’hôpital ainsi agrandi rassemble alors plus de 500 personnes dont une cinquantaine d’officiers, médecins, pharmaciens, 280 infirmiers et 143 ouvriers, représentant l’ensemble des corps de métiers nécessaires à son fonctionnement. Il reçoit annuelle- ment plus de 12500 malades masculins et dispose d’un équipement technique remarquable pour l’époque. Les grands noms du monde médical maritime y ont servi, Gasti- Figure 14 : Agrandissement de l’hôpital Sainte Anne : De 1932 à 1934 on construit de nouveaux bâtiments dans le sud de nel, Palasne de Champeaux, Regnault, Ou- l’hôpital Sainte Anne. Le plus important est le pavillon Bérenger Féraud en forme de croix de Lorraine dont les façades sont orien- dard, Dargein, Hesnard, Plazy, Solcard, Per- tées à l’ouest. En arrière, on distingue le pavillon Calmettes qui vès. deviendra par la suite le pavillon Hesnard. Cet agrandissement L’hôpital est aussi centre d’expertise est concomitant de la fermeture de l’hôpital de Saint Mandrier. (Archives hôpital Sainte Anne). pour l’aéronautique sous la direction du médecin en 29 juin 2016 chef Goett, et assure diverses fonctions pour la Marine Figure 15 : Hôpital maritime Sainte Anne. 1936. Salle d’opération du pavillon Fontan. 2 tables sont disposées dans une grande salle éclairée par une vaste verrière. Les chirurgiens demandaient à l’époque une modernisation avec individualisation des salles et nouveaux circuits d’arrivée et de départ des malades et aménagement d’une salle de « postopérés ». (© Archives hôpital Sainte Anne). Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 25 dont le service d’hygiène et de désinfection et le laboratoire de bactériologie de l’arrondissement maritime. Les principales affections médicales rencontrées sont respiratoires, infectieuses, rhinopharyngées. On notera aussi la forte incidence du rhumatisme articulaire aigu, affection pour laquelle une salle est réservée au pavillon Berenger Féraud de l’hôpital Sainte Anne (109 cas en 1938). Les chirurgiens interviennent principalement en chirurgie viscérale, en orthopédie et urologie. Les techniques radiologiques et de laboratoire sont très actives (25). La bronchoscopie est introduite depuis les années 30. Un service original d’oxygénothérapie, fondé sur les travaux du médecin en chef Héderer existe également. Le professeur Oudard mettra au point entre 1921 et 1929 son procédé chirurgical de cure de la luxation de l’épaule. Le professeur Hesnard qui a fait connaître l’œuvre de Freud en France est titulaire de la chaire des maladies nerveuses [Tab. n° 10]. Nombre de patients accueillis. Total Nombre de décès Médecine générale Chirurgie générale Ophtalmologie et otorhinolaryngologie Neuro-psychiatrie Dermato-vénéreologie 29 juin 2016 Radiologie Stomatologie Disciplinaires 12 356 193 7074 séjours 4978 consultations 420 expertises 89 décès 3781 séjours 2984 consultations 158 expertises 1123 interventions 3000 actes de radio-chirurgie 2017 actes d’urologie 52 décès 1134 séjours 11781 consultations 657 interventions 193 extractions de corps étrangers de cornée 5 décès 551 séjours 958 consultations 520 expertises 364 examens psychotechniques 1510 séjours 13536 consultations Scopies : 29239 Graphies : 9856 Examens électriques : 60 Electrothérapie : 1900 séances Radiothérapie : 950 séances UV/IR/Diathermie 5540 séances 98 séjours Consultations 11081 25 2% des séjours 23.21 jours en moyenne par séjour (dont 24 après interventions chirurgicales soit 2% des interventions et 46% de la mortalité) Tableau 10 : Activité médico-chirurgicale de l’Hôpital maritime Sainte Anne. Rapport de fonctionnement 1938. Médecin en chef Brun. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 26 Figure 16 : Hôpital maritime Sainte Anne. 1936. Salle d’oxygénothérapie. (©Archives hôpital Sainte Anne). Figure 17 : Hôpital maritime Sainte Anne. Service de radiologie. 1936. Le service est alors dirigé par le médecin en chef Chrétien. Le cliché montre une table de radiodiagnostic avec alimentation par fils aériens, un écran de radioscopie, un pied porte tube et au fond de la salle un pupitre de commande ainsi que le générateur. (Archives hôpital Sainte Anne mais on peut trouver la même illustration dans le Journal de radiologie et d’électrologie de 1936, 20, 11, 624-626 qui avait publié un article sur le service de radiologie du nouvel hôpital Sainte Anne, sous la signature du médecin en chef Chrétien E.J, chef de service) Dans le même temps, l’hôpital de Saint-Mandrier est désaffecté. Les derniers malades le quittent vers Sainte-Anne en juin 1935. Cette année 1936 marque donc la concentration en un seul établissement des moyens hospitaliers de la Marine et la disparition de l’hôpital maritime de Saint-Mandrier, acteur et témoin majeur de l’histoire médicale de la Marine. Cependant, ce regroupement exclut l’hôpital de 29 juin 2016 l’Oratoire, situé à l’ouest de la ville à proximité de la commune d’Ollioules, que la Marine avait décidé de créer au début des années 20. Cet hôpital maritime sera d’abord un centre de repos pour marins « anémiés et malingres », un centre de soins de suite avant la création du terme. Il prendra vocation antituberculeuse après la seconde guerre mondiale [Fig. n° 18]. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 27 Figure 18 : entrée de l’hôpital maritime de l’Oratoire. Cet établissement fut créé en 1920 sur une grande propriété à l’ouest de Toulon à proximité de la commune d’Ollioules. Réservé aux marins « anémiés et malingres », il subsistera au regroupement des hôpitaux de la Marine en 1936, accueillera les blessés de la libération de Toulon en 1944 et deviendra brièvement un centre de « streptomycinothérapie » après-guerre. Par la suite, il recevra des tuberculeux et deviendra un centre de convalescence. Comment porter un jugement sur l’évolution hospitalière dans cette période qui va bientôt s’achever ? Les techniques chirurgicales restent classiques. Les grands chirurgiens toulonnais, les Malartic, Oudard, Villechaise, Jean, Solcard, Pervès sont réputés, estimés pour leur habileté, leur audace, leurs succès. À cette époque, la précision des indications, l’habileté manuelle et la rapidité d’exécution sont des atouts fondamentaux des chirurgiens qui réalisent pour chacun d’entre eux 4 à 5 interventions par jour. En effet, les interventions doivent être courtes car les procédés d’anesthésie générale sont limités à l’inhalation d’éther donné au masque d’Ombredanne, à celle du chloroforme avec l’appareil de Ricard ou au protoxyde d’azote moins puissant. À cette époque, il n’existe pas en France et à Toulon d’anesthésiste médical. Le chirurgien se fait aider par un auxiliaire qui sait « donner l’anesthésie ». 29 juin 2016 C’est un infirmier souvent, parfois un aide formé à cette tâche, sans formation para-médicale au départ. On utilise aussi la rachianesthésie et dans les cas les plus simples l’anesthésie locale. Il n’existe pas de réanimation post opératoire, argument supplémentaire pour des interventions simples rapidement exécutées car la mortalité post opératoire varie selon la gravité des opérations (26). On transfuse peu. Le don n’est pas gratuit sauf à l’hospice civil et dans la Marine où les volontaires reçoivent Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 28 une gratification ou un témoignage de satisfaction. On accouche aussi dans ces cliniques qui reçoivent indifféremment les patients atteints d’affections viscérales ou orthopédiques traumatiques ou non. En matière médicale, la clinique reste reine, bien que les hôpitaux soient dotés de laboratoires et de services de radiologie. Les pathologies n’ont guère changé et restent dominées par l’infectiologie. La tuberculose est toujours présente. Il y a peu d’innovation thérapeutique. Les patients qui entrent à l’hôpital, civil ou militaire savent que leur temps moyen de séjour sera de l’ordre de 3 semaines (27). Les conceptions en matière de maladies psychiatriques sont classiques et le terme “d’aliéné” ne disparaîtra à Toulon comme dans le reste du pays qu’à la fin des années 30. Les idées en matière de vérité due au malade ou relatives à la fin de vie sont celles classiques de l’époque. Mais déjà l’horizon s’assombrit de la perspective d’un nouveau conflit alors que les années 30 s’achèvent. La seconde guerre mondiale Mobilisation et défaite La mobilisation amène un renfort médical transitoire aux hôpitaux maritimes qui ne dure pas. On connaît en effet les évènements tragiques du mois de juin 1940, la défaite puis l’instauration du gouvernement de Vichy. Toulon est en zone libre mais des difficultés matérielles s’y font rapidement sentir. Dans ce contexte, le gouvernement de Vichy prend par un décret en 1940, la décision d’autoriser l’accès des hôpitaux maritimes aux familles des personnels de la Marine. Dans la logique de ce décret, une maternité de 50 lits est ouverte à l’hôpital Sainte-Anne afin de permettre aux femmes de marins d’accoucher dans de bonnes conditions matérielles et de soins. Mais il n’y a pas de service de pédiatrie installé. Dans la même période, le gouvernement de Vichy institue le 7 octobre 1940 un ordre des médecins. Le docteur Laurès, médecin hospitalier, préside l’ordre départemental du Var. 29 juin 2016 Le temps des épreuves Mais Toulon va bientôt entrer dans le temps des épreuves. Les Allemands se présentent devant Toulon le 26 novembre 1942 et le 27 novembre la Flotte se saborde. Toulon est désormais sous la poigne de l’occupant. Les bombardements alliés commencent à partir de novembre 1943 et se poursuivront Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 29 en 1944. La cité, à l’inverse de ce qui s’était produit lors du premier conflit mondial, est directement frappée. Figure 19 : Destruction de l’hôpital Chalucet. La destruction est partielle. Ici, le cliché réalisé par le docteur Demouy, radiologue de l’établissement, montre les décombres de son service. (© Société des amis du vieux Toulon). Le corps médical se déplace en dehors de la ville pour suivre la population de Toulon qui est partiellement évacuée ainsi qu’une partie des services de l’hôtel-Dieu vers les écoles de La Valette (28) [Fig. n° 19]. D’autres établissements de soins quittent la ville, l’hôpital Saint-Louis de la Croix Rouge vers Hyères, la clinique Malartic vers Montrieux, la clinique de Provence et Saint-Jean à Cotignac, celle du docteur Fabre à Solliès. Les bombardements qui se succèdent sur la cité en 1943 et au premier semestre 1944 sollicitent particulièrement les hôpitaux. Les noms qui se détachent et qui méritent le respect pour leur action décisive au cours de ces heures tragiques sont ceux du médecin en chef Pervès à l’hôpital Sainte-Anne et ceux des docteurs Jean, Jourdan à l’hôtel-Dieu. Le médecin en chef Pervès nous a laissé un remarquable rapport de l’accueil dans son service de 160 blessés consécutifs au bombardement du 24 novembre 1943. Toutes les considérations concernant les dispositions matérielles, les équipes chirurgicales à constituer, les aides, les formalités administratives y sont décrites. Mais on y voit aussi une réflexion médicale de qualité sur la nécessité du triage des blessés, sur le « shock » qui atteint particulièrement les ensevelis, sur la gravité des lésions des membres inférieurs, sur les thérapeutiques à 29 juin 2016 mettre en œuvre notamment les transfusions de sang, sur la nécessité d’une aide médicale pour les post opérés préfigurant ainsi la réanimation post opératoire. Cette théorisation de la prise en charge d’un afflux de blessés, fruit de l’expérience d’un grand chirurgien, sauvera les blessés des bombardements à venir et ceux de l’émissaire de la Seyne en 1944, dont les plus graves sont adressés à SainteAnne. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 30 Il est intéressant de noter que cette période de conflit initie un changement statutaire pour l’hôpital Sainte-Anne, ce qui l’amènera par la suite à recevoir des patients non militaires. L’établissement prendra en charge une partie de l’hospitalisation de la ville dans des conditions matérielles très difficiles et aggravées par une occupation partielle allemande et italienne. Malgré ce contexte des travaux sont entrepris notamment la couverture des pavillons par des toitures de tuiles, la construction d’un abri bétonné en arrière de Bérenger Féraud et d’un hôpital souterrain au nord [Fig. n° 20 et 21]. 29 juin 2016 Figure 20 : Hôpital maritime Sainte Anne : plan de l’hôpital souterrain au nord de l’emprise. Cet hôpital fut aménagé au cours du second conflit mondial. Il disposait de deux salles d’opération, d’une capacité d’hospitalisation réduite et malcommode d’accès, d’une autonomie énergétique. Il n’eut pas d’utilité réelle. Son entretien se poursuivit jusqu’au début des années 70. (©Service historique de la Défense Toulon) Figure 21 : Hôpital maritime Sainte Anne : salle d’opération de l’hôpital souterrain Le cliché montre l’état actuel. Le scialytique est toujours présent. (Collection personnelle). Toulon détruit est libéré le 28 août après de violents combats urbains dont les victimes sont prises en charge par des ambulances improvisées et les établissements de soins (29). Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 31 Après-guerre Retour à la normale, règlements de comptes, récompenses Le retour à la normale sera long compte tenu des destructions immenses dans la ville et le port et des besoins urgents de ravitaillement. Les comptes se règlent et l’épuration qui suit la fin de la guerre n’épargnera pas le corps médical civil et militaire (30). À l’inverse, Le Var libre, quotidien éphémère, cite les membres du corps médical dont la conduite au cours de la libération de Toulon a été exemplaire. Il n’oublie pas non plus les félicitations dues au personnel médical et tout particulièrement à celui de l’hôpital Sainte-Anne qui « s’est dévoué 8 jours et 8 nuits durant » (31). Ce retour à la normale s’accompagne de mesures administratives telles que l’institution de la sécurité sociale, la création de l’Ordre des médecins et d’innovations thérapeutiques majeures avec l’arrivée des antibiotiques. Nouvelles disciplines De nouvelles disciplines s’installent et notamment l’anesthésie-réanimation qui concernent tout particulièrement les hôpitaux. La France est en retard dans ce domaine par rapport aux anglo-saxons qui avaient créé cette spécialité au début du XXe siècle. Il y aura en 1950, trois anesthésistes civils à Toulon. Le plus connu est le docteur Antoine Marmottans nommé anesthésiste réanimateur des hôpitaux en 1950. L’autre est une femme, madame Josette Passeron. Le docteur Jurysdicky exerce également l’anesthésie. Son destin est particulier puisqu’il a fui la Pologne et ses persécutions. Pour exercer en France, il lui a été imposé de repasser ses examens. Il quittera d’ailleurs notre pays pour se fixer aux USA où il poursuivra sa carrière. Puisque on évoque cette discipline d’anesthésie réanimation, naissante en France, on se doit d’évoquer Henri Laborit. Le jeune médecin de la Marine Henri Laborit, élève de l’école d’application en 1939, a bénéficié du compagnonnage chirurgical du professeur Pervès à Sainte-Anne en 1945. Il a déjà commencé à réfléchir à la prise en charge des traumatisés et à la question du « shock ». Après ce 29 juin 2016 séjour à Toulon, Il poursuivra ses travaux à Lorient puis Bizerte et l’on connaît la suite : découverte des cocktails lytiques à l’origine de l’anesthésie potentialisée moderne, découverte de la chlorpromazine ou Largactyl®, direction du Centre d’étude et de recherche biophysiologique de la Marine à Toulon, laboratoire de recherche à Paris et récompenses internationales dont le prix Lasker en 1951. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 32 Activités des hôpitaux après la seconde guerre mondiale L’activité de l’hôpital maritime Sainte-Anne au sortir de la guerre nous est bien connue par les différents rapports dont celui du médecin de 1ère classe Perruchio, médecin résident de l’établissement en 1945. L’époque n’est pas facile car il faut faire face aux destructions et défauts d’entretien de la guerre. Dans ce rapport, on apprend que 37 médecins travaillent à l’hôpital dont les chirurgiens déjà cités. La subdivision des activités chirurgicales, médicales et des spécialités est classique. Pour le premier semestre 1945, l’hôpital a reçu 10000 entrants par an, a opéré 1045 patients et assure 24100 consultations. Il y a Figure 22 : Hôpital Sainte Anne en 1950. Cette photo- graphie aérienne montre les extensions en zone sud donc une reprise d’activité avec une activité gynéco- et les deux grands bâtiments Calmette (futur Hes- nard) à gauche et Bérenger Féraud à droite avec sa obstétricale nouvelle de l’ordre de 300 accouchements forme caractéristique en croix de Lorraine. Ce bâtipar an [Fig. n° 22]. La présence d’un corps professoral et d’étudiants de ment a disparu en 2011. En arrière la haute cheminée de « l’usine » et à l’arrière-plan, l’arsenal de terre et la ville. l’École annexe ou de l’École d’application, l’émulation des concours, stimulent l’activité. On trouvera dans les souvenirs de Jacques Gandin, alors élève de l’École d’application puis chirurgien, les portraits contrastés des médecins, chirurgiens et spécialistes de l’hôpital, rédigés d’une plume assez souvent personnelle, il faut le dire. L’établissement de l’Oratoire reçoit une mission antituberculeuse et deviendra temporairement un centre de steptomycinothérapie. L’hôpital de la ville On se souvient que l’hôpital civil fut durement touché par les bombardements de 1944 (29 avril, 11 juillet, 6 août). Le conseil d’administration s’efforça de faire les réparations les plus urgentes. Mais il fallut suppléer au manque de capacité par la loca- 29 juin 2016 tion de l’immeuble du Palais moderne aux 67 et 69, boulevard Foch, pour reloger les services sinistrés [Fig. n° 23]. Figure 23 : Hospices civils de Toulon : l’immeuble dit du Palais moderne où s’établit une partie des services hospitaliers soit 296 lits de 1950 à 1963 (aspect actuel). (Collection personnelle). Dans ce bâtiment, une partie des services hospitaliers soit 296 lits dont la maternité et des services Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 33 chirurgicaux s’installa pour une période provisoire qui allait durer 18 ans. Dans cet après-guerre, il y eut des modifications significatives de la gouvernance des hospices, avec en 1946 la nomination d’un nouveau directeur, monsieur Llanès et en 1947 la création de la commission médicale d’établissement, uniquement consultative. Les projets des praticiens du centre hospitalier civil ne manquent pas. On discute sérieusement de la création d’un centre anticancéreux à Toulon, à la suite d’une correspondance du directeur du centre anticancéreux de Marseille le professeur Paoli constatant l’afflux de malades en provenance du Var. Mais ce projet n’aboutit pas. Des recrutements et des nominations de médecins ont lieu. Ainsi, les docteurs Carcopino, Lamoureux et Brissy radiologistes, sont recrutés par le centre hospitalier; l’un d’entre eux, le docteur Lamoureux comme chef de service de radiothérapie (32). Mais finalement, c’est l’hôpital de la Croix-Rouge française, rue Berrier-Fontaine qui deviendra le centre de radiothérapie toulonnais. Le docteur Maurice Sansot, pédiatre de l’établissement et consultant pour cette discipline dans le Var, soumet des projets d’extension et d’aménagement de son service, notamment pour les prématurés. Toutefois, la commission administrative renonce à héberger le centre de transfusion sanguine qui, pour longtemps, s’établira à la cité sanitaire, avenue Lazare Carnot, récemment construite. Notons aussi que l’arrivée des antibiotiques a nécessité la spécialisation d’une annexe de l’hôpital, La Tauriac, pour en assurer la délivrance et le contrôle. Mais, à l’approche des années 50, Toulon manquait d’un centre hospitalier à la hauteur de sa population. Le conseil d’administration où l’on retrouve les docteurs Meges et Tristani à côté du maire de l’époque cherchent des solutions. Des discussions avec le ministère de la défense visant à occuper une partie de l’hôpital Sainte-Anne sont infructueuses. Aussi des projets sont élaborés qui aboutiront en 1963 à la mise en service de l’hôpital Font-Pré, sur le terrain du haras de la Thérèse à l’est de la ville. Évolution numérique et qualitative du corps des médecins à Toulon Pour achever notre recherche, on peut se référer aux données suivantes : L’évolution du nombre global de médecins par rapport à la population de la ville indique une progression numérique constante du corps médical tandis que celle de la population s’infléchit provisoirement après la guerre. L’effectif médical et chirurgical des hôpitaux de Toulon tant civil que militaire a 29 juin 2016 subi la même évolution [Tab. n° 11]. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 34 Catégories de personnel Personnel administratif Personnel médical Personnel para médical (Infirmiers, laborantins, aides soignants) Ouvriers TOTAL Nombre de lits Nombre 22 45 137 Remarques Temps partiel 168 372 800 Table 11 : hospices civils de Toulon 1952 (archives départementales du Var. Rapport docteur Bestieu, directeur de la Santé publique pour le Var). De nouvelles disciplines sont apparues, notamment l’anesthésie réanimation mais la chirurgie reste généraliste, la médecine hospitalière dispose d’une pharmacopée élargie et notamment des antibiotiques, molécules innovantes à l’époque. Mais on est encore loin des grands changements qui affecteront la médecine liés aux évolutions sociétales en matière de procréation ou d’interruption de grossesse ou aux imageries nouvelles. Cependant, le docteur Joseph Risterucci fera un pas dans la direction d’une nouvelle obstétrique en introduisant l’accouchement sans douleur à la clinique Malartic en 1952. Conclusion L’histoire de la médecine à Toulon au cours des 50 premières années du XXe siècle pourrait se confondre avec celle de la médecine en France s’il n’y avait la singularité géographique de la ville et la forte implantation militaire. Il en résulte une histoire différente de celle que l’on pourrait noter pour une ville de même importance. Car Toulon c’est d’abord la Méditerranée, le port et la volonté de l’État d’y installer la Marine de la République. Aussi existe-il une indiscutable dualité entre un corps de santé militaire et un corps de santé civil tous deux présents dans la ville. Le premier imprime une marque très forte à la fois par ses hôpitaux, ses écoles et ses médecins, certains de grande renommée tandis que le second s’occupe 29 juin 2016 d’une population laborieuse et d’une bourgeoisie plus exigeante [Fig. n° 24]. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 35 Figure 24 : Quelques médecins ou chirurgiens des hôpitaux civils et maritimes de Toulon au cours de la e première moitié du xx siècle. De gauche à droite : -rang supérieur : Professeur Fontan (18-1931), chirurgien de la marine, médecin général, réalisa la première suture d’un cœur blessé en 1900. Médecin général Oudard (1876-1953), professeur de chirurgie à l’école d’application de la marine de 1921 à 1929, directeur du service de santé de la marine, membre de l’académie de médecine. Docteur André Villechaise, chirurgien des hospices civils de Toulon, associé au docteur Malartic et à son oncle le docteur Paul Villechaize (1901-1976). Médecin en chef Jean Pervès, professeur de clinique chirurgicale à l’école d’application, accueillit les blessés des bombardements de Toulon et de l’émissaire de La Seyne en 1943 et 1944. -rang médian : docteur Georges Jean (1886-1953), chirurgien de la marine puis chirurgien des hospices, urologue. Docteur Henri Laborit (1914-1995), chirurgien de la marine, chercheur, prix Lasker en 1951. On lui doit la découverte du Largactyl® et l’anesthésie potentialisée. Médecin général Hesnard (18861969), neuro-psychiatre. Fit connaître en France les travaux de Freud. Participa à la création des services psychotechniques de la marine. Médecin général Plazy, professeur de clinique médicale à l’école d’application (1925-1931) puis médecin chef de l’hôpital Sainte Anne. -rang inférieur : docteur Joseph Amalric, radiothérapeute et radium thérapeute des hospices civils. Elève de Marie Curie et de Baclesse. Deviendra administrateur des hospices après-guerre. Docteur Maurice Sansot (1914-1999), pédiatre des hospices. Il succèdera au docteur Lonchampt et créera le service des prématurés. Si les établissements de la Marine connaissent des évolutions significatives qui les amèneront à un regroupement sur le seul hôpital Sainte Anne, celui des hospices civils reste apparemment stable au cours de cette période. Ces hôpitaux verront leurs moyens humains et matériels s’accroître constamment. Ils furent très impliqués dans les deux grands conflits de cette première moitié du XXe siècle. Les établissements de soins privés connaissent une plus grande labilité, mais certaines cliniques toulonnaises auront un grand renom dans cette première moitié du XXe siècle. Leur présence et leur suc- 29 juin 2016 cès montre l’attachement des praticiens locaux et d’une partie de la population à la médecine libérale. Toutefois lorsque s’achève cette période d’étude, Toulon est handicapée par l’absence d’un centre hospitalier civil à la hauteur de l’importance de la ville, absence compensée en partie par des cliniques Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 36 privées et l’hôpital Sainte-Anne. Il faudra attendre 1963 pour qu’un centre hospitalier moderne soit mis en service et plus tard encore pour que le plein temps hospitalier s’installe. Remerciements Docteur Marmottans, Professeur Berutti, Professeur Meyrueis, docteur Murielle Alimi, secrétaire général du conseil départemental de l’Ordre des médecins du Var, docteur Gérard Delaforge, Amiral Gachot, madame Any Issalène, madame Jean, monsieur Philippe Monges, monsieur Serge Porre, archiviste de la mairie de Cuers, monsieur Philippe Villechaise, docteur Michel Sansot, docteur Trucy, docteur Vitel, député du Var. 29 juin 2016 Références : 1- MG Oudart : Le professeur Jules Fontan et la médecine navale de son époque. Revue de médecine navale. 1950, V, 150-173. 2- Yvan Meschi. Toulon « et nul soleil ailleurs ».Imprimerie du Las.32, bd Bauchière. Toulon.1994. 3- P Barbaret.Historique du service de santé militaire de l’aire toulonnaise. Document dactylographié et relié. Service historique de la marine à Toulon. Côte 4°4201. 4- B Brisou : l’hôpital d’instruction des armées Sainte Anne. De l’hôpital maritime à Sainte Anne 2000. Carnets de la Sabretache. 2004, 162, 169-178. 5- Ordres Premar n° 1341du 23.11.1912, 17.12.13, 6.07.15 puis n°1176 du 20.10.15. 6- Souvenirs de Victor Segalen au cours de son stage à Saint-Mandrier au début du siècle. 7- Dans sa clinique de Saint-Roch, le professeur Fontan se fait aider par sa fille et quelques dames de sa relation, formées par lui et totalement dévouées. In Oudard, Revue de médecine navale, 1950, V, n°2 page 147 et 1951, n°1 page 51. 8- Clinique chirurgicale du var, 14 rue de Chabannes. 9- Source : indicateur du Var années 1900 à 1914 10- 51, rue Gimelli. Source : indicateur du Var. 1903. 11- Dont on en a une bonne idée avec les commandes de matériel des hôpitaux et les prescriptions des confrères des hôpitaux de la Marine dont les archives sont partiellement et heureusement conservées au service historique de la défense à Toulon. 12- Société médico chirurgicale du Var. En 1912 : Docteur Opin, président; docteur Lascols, vice président; docteur Fournier, secrétaire; docteur Baume, trésorier. 13- Source SHD 1F2-7-1916 14- Source petit Var 15- Source « je dis tout » du 25 septembre 1914. N° 559 16- Petit Var du 30 décembre 1914 17- Les blessés allemands vont à Saint Mandrier où une salle leur est réservée (Salle n° 4) 18- Ils sont vraisemblablement décédés avant leur arrivée à l’hôpital. 19- Ordre N° 68 du médecin général, directeur du service de santé de la Marine à Toulon en date du 8 juillet 1914. 20- Tel le docteur Aubert à l’hôpital du lycée, le docteur Regnault au centre de traumatologie, le docteur Valmyre à Rouvière, le docteur Buffon de Nice à Sainte-Anne, le docteur Prat-Flottes à SaintMandrier. 21- Hôpital auxiliaire n° 105. 22- Voir Gabriel Chevallier. La peur. 23- Archives communales de Fréjus. 24- Installation de l’école des mécaniciens de la Marine à Saint-Mandrier. 25- Rapport sur le fonctionnement de l’hôpital Sainte-Anne. Année 1938. Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com, juin 2016. P a g e | 37 26- Rapport annuel sur le fonctionnement de l’hôpital Sainte-Anne 1938. Voir les articles des archives de médecine navale 1921, n° 111 sur les perforations gastriques opérées (6 cas, 3 décès). 27- Rapport sur le fonctionnement de l’hôpital Sainte-Anne. Année 1938. 28- Les décisions d’évacuation furent particulièrement judicieuses puisque l’hôpital Chalucet fut partiellement détruit par des bombardements successifs le 11 juillet et le 06 août 1944. Les services transférés sont médicaux (docteur Laurès) et chirurgicaux (docteur Jean). 100 malades environ. 29- La clinique 48, rue Colbert est tenue par le docteur Robert un ancien médecin colonial et directeur du bureau d’hygiène de Toulon. Il est assisté des docteurs Ravon, Tristani, Soin, Magen et de 8 infirmières. 30- Var libre du 6 septembre 1944 et J. Gandin. Marin de vocation, chirurgien de métier. Pages 232233. 31- Dont le médecin en chef Pervès et ses collaborateurs : médecin en chef Bauge, Badelon, les médecins principaux Parneix, Le Bourhis, Bouiller. 32- Conseil d’administration des hospices du 27 octobre 1950. 29 juin 2016 Bibliographie complémentaire Annuaire de la Marine nationale. 1909, 1914, 1915, 1916, 1917, 1918, 1919, 1920, 1936, 1942. Imprimerie nationale Archives municipales de Toulon, cartons 2Q, 3QII 1f, 3QII 4, 4QIV 1 Archives départementales du var. Cartons H dépôt 1/382, H dépôt 1/668, H dépôt 1/454, H dépôt 1/448, H dépôt 1/445, H dépôt 1/429. Rapports des conseils d’administration des hospices civils de Toulon 1900-1902, 1915-1917, 1932-1933, 1936-1937, 1941-1942, 1950-1952. H dépôt 2/R6, rapports opératoires de l’hôpital de Draguignan 1942-1952. Association générale de prévoyance et de secours mutuels des médecins de France. Société locale de l’arrondissement de Toulon. Statuts. Imprimerie Th. 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