Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon

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Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon
Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon
dans la première moitié du XXe siècle
Jacques Le Vot
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Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle
Jacques LE VOT
Médecin radiologue
Contact : [email protected]
Introduction
À l’aube du XXe siècle, Toulon est une ville particulière à plusieurs titres. En premier lieu, elle est une
importante cité de 100 000 habitants et le principal port militaire français. A ce titre, elle dispose d’un
équipement hospitalier civil et militaire et d’un corps médical numériquement et qualitativement développé pendant toute cette première moitié du siècle. L’article propose une étude d’ensemble de
l’infrastructure hospitalière civile et militaire, de son évolution notamment lors des deux conflits
mondiaux. On abordera aussi la question des personnels médicaux et paramédicaux de ces établissements de soins en relevant quelques noms de médecins ou chirurgiens ayant acquis une renommée
locale voire nationale.
Rappel historique
La tradition hospitalière de la ville de Toulon est ancienne. On peut en retrouver la trace dans les archives par cette donation testamentaire de Dame Sibille au XIIIe siècle qui recommande l’achat de
lits. Entre 1160 et 1190 de nombreux hôpitaux soignaient les pauvres sous l’égide de la confrérie du
Saint Esprit. Mais en 1440, ces établissements étant devenus vétustes, il a fallu construire un nouvel
hôpital du Saint Esprit au cœur de la ville. Cet établissement comportait une maison dévolue aux
femmes. Ces hôpitaux à vocation charitable vivaient des dons et legs des personnes riches, au droit de
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« pelote » (taxe payée par les personnes qui se marient avec une personne étrangère à Toulon), de
taxes diverses. Au fil du temps, cet hôpital devenant lui-même vétuste, on devait édifier un nouvel
établissement dans la ville qui venait de s’agrandir en 1638. Il prenait le nom d’Hôtel Dieu et gardait
sa vocation charitable et d’accueil des enfants abandonnés à la « Charité » ainsi que les filles « séduites ». Cet hôpital fera face à l’épidémie de peste de 1721 et à la première épidémie de choléra de
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1834. La gestion fut transférée à la ville mais on continua à l’appeler hôpital du Saint Esprit. De 1852
à 1854, un nouvel hôpital a été construit à proximité de la Charité empiétant sur le jardin botanique
de la Marine dont le majestueux cyprès chauve fut conservé. Il prit le nom d’hôpital Chalucet du nom
du prélat philanthrope, évêque de Toulon et sera celui de la période que nous étudions.
Mais Toulon, c’est aussi la Marine et l’Armée de terre, soit en 1911 environ 12000 marins et soldats.
Le service de santé de la Marine avait à son effectif, à l’époque, environ 70 médecins sous l’autorité
d’un directeur du service de santé auxquels se rajoutaient les médecins des régiments de l’Armée de
terre et de la Coloniale. On peut comparer cet effectif conséquent aux 54 médecins que comptait la
ville au début du siècle. Au plan hospitalier militaire, Toulon disposait d’un hôpital principal de la Marine, situé rue Nationale et d’un hôpital sur l’autre rive de la rade à Saint-Mandrier. Ces hôpitaux
étaient les héritiers d’établissements disparus très liés à l’histoire de la ville notamment l’hôpital de
Saint-Louis et le Lazaret à Saint-Mandrier, l’hôpital du bagne et l’hôpital militaire qui fonctionna de
1785 à 1866.
Le patrimoine hospitalier de Toulon à l’aube du XXe siècle
L’hôpital de la ville [Tab. 1, Fig. 1, 2].
Budget
450000F (1509438€ en avril 2015)
Administrateurs
Médecins
8
9
Chirurgiens : Dr Malartic, Dr Daspres
Médecins : Dr Delahaye, Dr Bouisson, Dr
Boeri
Médecins résidents : Dr Deville, Dr Portay
Sage-femme : madame Pagnet
1-Fiévreux hommes. 2-fiévreux femmes.3infirmerie de la charité, aliénés, enfants
malades. 4-consultations gratuites.
1-Blessés hommes. 2-Blessés femmes. 3Maternité. 4-Vénériens, affections cutanées.
Yeux : Dr Opin
ORL : Dr Gontier de la Roche
Nerfs/estomac : Dr Rapuc
Voies urinaires : Dr Pollier
Dents : M. Camatte
Hospitalisations service médicaux
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Hospitalisation services chirurgicaux
Consultations gratuites
Dont 230000 fournis
par la ville
Le Maire préside
Tableau 1 : Hôpital civil en 1913.
Au début du siècle, l’hôpital Chalucet est un établissement ancien qui a subi tout récemment des modernisations significatives. On a fait arriver l’eau, le gaz, l’électricité, installé un chauffage central et
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créé deux salles d’opération modernes (Elles subsisteront pendant tout le demi-siècle). De construction simple, en trois corps de bâtiments, il a été compliqué d’ouvrages surajoutés qui ne suffisent pas
à en augmenter significativement la capacité. Architecturalement, il comporte une chapelle dont le
portail donne sur le jardin. L’hôpital comporte 4 grandes divisions médicales: - les fiévreux hommes les fiévreux femmes – l’infirmerie de la charité pour les aliénés et les enfants malades - consultations
gratuites - 4 services chirurgicaux : - blessés hommes – blessés femmes – maternité – vénériens et
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affections cutanées.
ème
Figure 1 : Plan du centre de Toulon à la fin du 19 siècle : l’hôpital de la ville est proche de la
gare de chemin de fer et du jardin public, à l’ouest. (Flèche rouge). L’hôpital principal de la
Marine se situe en plein centre-ville, non loin du boulevard de Strasbourg (Flèche jaune). Le
futur hôpital Sainte Anne se situera plus au nord sur les pentes du bas Faron. (Flèche noire). ©
Archives municipales de Toulon.
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Figure 2 : Hôpital de la ville, appelé hôpital Chalucet ou Hôtel Dieu : situé à proximité de la gare de
Toulon et proche du jardin public. On voit sur la
photographie la chapelle qui donne sur le jardin
public. (Collection personnelle).
L’hospitalisation se fait en salles communes comme
cela est de règle en cette époque. La capacité globale
en lits est modeste si l’on considère la population de la
ville. Mais à cette époque, le séjour à l’hôpital ne concerne qu’une faible partie de la population, notamment celle qui est la plus défavorisée. Au début du
siècle, neuf médecins et chirurgiens y exercent à temps
partiel ainsi qu’une sage-femme. Ils sont aidés par des
internes qui constituent un groupe turbulent faisant
l’objet, à plusieurs reprises, de réprimandes de la part
de la commission administrative (Notamment pour des
refus de soins ou pour avoir introduit à l’internat des femmes de « mœurs légères »). Le docteur Portay occupe la difficile fonction de médecin résident, toujours à la tâche et parfois critiqué par ses confrères et pas toujours soutenu par la commission administrative. A l’exemple de tous les hôpitaux du
pays, les médecins, chirurgiens et pharmaciens hospitaliers sont des praticiens à temps partiel. Ils
sont nommés par décision de la commission administrative, entérinée par le préfet du Var. Le titre de
médecin ou de chirurgien des hôpitaux honore son titulaire. Les rémunérations hospitalières sont
modestes et l’essentiel des revenus médicaux provient des activités dans les cabinets ou cliniques. Cet
état de fait, qui perdura pendant toute la première moitié du siècle, est une conséquence de la fonction charitable de l’hôpital où il est de tradition que les médecins se dévouent pour les plus défavorisés.
Les fonctions se cumulent pour une élite : médecin de l’hôpital, du théâtre, médecin inspecteur des
écoles, inspecteur des pharmacies et drogueries, consultant au dispensaire de la Croix rouge française
et au dispensaire médical de la ville, membre du bureau d’hygiène, expert auprès de la Justice.
Un cours d’accouchement est délivré depuis 1879 sous la responsabilité du docteur Carence, chirur-
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gien chef, assisté du docteur Perreymond, puis au départ en retraite du responsable, le docteur
Daspres devenu chirurgien chef des hôpitaux lui succèdera. Ce cours concerne selon les années 5 à 21
élèves tandis que les accouchements aux hospices atteignent le chiffre de 200 en 1900. Un rapport est
adressé chaque année au préfet du Var concernant cette activité originale.
L’hôpital s’est séparé des 27 religieuses, les sœurs de la Sagesse, qui y exerçaient, pour les remplacer
par 21 surveillantes laïques. Cette laïcisation hospitalière effectuée en 1904 (Sur rapport de
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l’administrateur Gamet), peu avant la promulgation de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ne
s’est pas faite sans heurt puisque les polémiques se sont succédées entraînant des procès et même
un duel avec échange de balles entre les adversaires, heureusement sans résultat. Les soignants des
hôpitaux, population en majorité féminine, sont communément désignés dans les archives comme
des « servantes », terme globalisant et peu revalorisant. Les rapports de la commission administrative
montrent que cette population est instable, parfois négligente voire indélicate. La commission administrative prononcera en 1911 et 1912 de nombreuses radiations.
L’hôpital et l’ensemble des établissements qui en dépendent (La charité, les fermes, l’annexe de la
Tauriac) sont gérés par une commission administrative. Le maire préside cette commission qui réunit
6 à 7 administrateurs. En l’absence du maire, le vice-président dirige les débats. Les membres de la
commission administrative sont des notables de la ville, commerçants, anciens militaires, avocats. On
y verra bien entendu des médecins. Les administrateurs se répartissent les fonctions. L’une des plus
importantes est évidemment celle de trésorier. Le budget au début du siècle mentionne 468 122,40 F
de recettes pour des dépenses quasiment égales. La commission administrative se préoccupe de la
gestion de l’ensemble des établissements. Elle organise les fêtes pour enfants et délivre pour les pupilles les autorisations diverses dont celles de s’engager dans l’Armée ou la Marine. Elle assure les
recrutements notamment ceux des médecins ou chirurgiens de l’hôpital notamment le docteur
Daspres nommé chirurgien des hospices à la séance du 17 juillet 1900 ou le docteur Delahaye, nommé médecin chef des hospices ainsi que celui des internes. Ceux-ci subissent un examen devant les
praticiens de l’hôpital. Certaines questions et copies sont visibles dans les dossiers conservés aux archives.
Cependant, la gestion de l’établissement a fait l’objet de critiques au début du siècle et en 1912 la
presse toulonnaise s’est faite l’écho d’un cas de maltraitance porté devant la Justice. A cette occasion,
la passivité de la commission administrative vis-à-vis d’une surveillante a été vivement dénoncée à
plusieurs reprises. La commission administrative s’en est défendue avec vigueur devant le maire Micholet venu pour l’occasion présider la séance afin d’apporter par la suite des apaisements aux élus
du conseil municipal. L’hôpital, ainsi qu’en témoignent les comptes rendus des conseils
d’administration, exerce en priorité sa fonction de secours des indigents et reçoit une importante
contribution financière municipale.
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Parmi les évènements qui jalonnent la vie de l’hôpital, outre les fêtes de Noël, la fête nationale, occasion de nombreux discours officiels, on relève qu’en 1901, l’hôpital recevra le président de la République, Monsieur Loubet, et le personnel, les enfants, les vieillards, rassemblés pour l’occasion autour
des officiels crieront « Vive Loubet ».
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Les hôpitaux de la Marine
L’hôpital principal de la Marine [Tab. n°2-3-4 et Fig. n° 3].
L’hôpital principal était l’ancien séminaire des Jésuites, transformé en hôpital depuis 1785 et devenu
vétuste au début du XXe siècle. Il était établi en plein cœur de la ville, accolé à l’hôtel de l’Intendance.
”Il occupait un vaste quadrilatère, de la rue Nationale au boulevard de Strasbourg, occupé maintenant par la nouvelle poste, le magasin des Dames de France et divers immeubles” (1). Il possédait une
magnifique porte monumentale, ornée de deux statues (Elle est désormais la porte d’entrée du musée
de la Marine place Monsenergue à Toulon). On peut en trouver la description dans les souvenirs des
grands médecins de la Marine de l’époque (Jules Fontan et Oudard) et ceux des médecins stagiaires
dont Victor Segalen par exemple.
1898
1901
1902
1903
1904
1906
1907
1909
Fontan A
Duchâteau A
Bertrand F
Fontan A
Segard C
Plante J
Ambiel G
Aubert J* (dernier médecin chef avant fermeture)
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Tableau 2 : Médecins de l’hôpital maritime principal 1898-1910.
Pathologies
Pathologies infectieuses et parasitaires
Affections métaboliques
Affections tumorales
Affections du tube digestif
Affections génito urinaires
Maladies du cœur et des vaisseaux
Affections respiratoires
Nombre
167
Affections ostéo-articulaires
Affections des yeux
Affections des oreilles
Atteinte du Système nerveux central
Affections psychiatriques
Autres
TOTAL
5
0
2
23
2
3
81
4
10
140
3
300 Décès
Remarques
Prédominance numérique. Association avec pathologies respiratoires
Bronchopneupathies, pleurésies,
tuberculoses pulmonaires
437 étiologies relevées
Tableau 3 : Hôpital principal de la Marine à Toulon. Statistique des décès du 13 février 1900 au 30 décembre 1902 (Source
Service historique de la Défense. Toulon. 2F2-23).
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Cet établissement comportait des services de médecine (2 services cliniques) et des services chirurgicaux ainsi que les installations nécessaires à l’enseignement des médecins et un musée médical où
étaient exposées les curiosités rapportées par les médecins de Marine au cours de leurs campagnes.
Le service de chirurgie, d’une capacité d’environ 140 lits, était situé au 2ème étage du corps de bâtiment central face à la porte d’entrée monumentale. Il n’y avait qu’une petite salle d’opération.
L’hôpital comportait un laboratoire qualifié de “rudimentaire”. Une annexe du service pharmaceu-
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tique permettait les opérations radiologiques.
Figure 3 : Hôpital principal de la Marine : Ancien séminaire des
Jésuites. Transformé en hôpital en 1785. Situé en plein centreville, à l’emplacement de la poste centrale actuelle. Porte
d’entrée monumentale donnant sur la rue Nationale (actuellement rue Jean Jaurès). Cette porte est toujours visible car elle a
été déplacée en façade ouest de la corderie. © Société des amis
du vieux Toulon.
Cet établissement, assez malcommode, fermé par les autorités au cours de l’épidémie de choléra de
1884, a été rendu célèbre en deux circonstances. En avril 1897 est réalisée la première radiographie
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connue à Toulon (celle du coude et de l’avant-bras d’un second maître de mousqueterie, Jules Gourvennec), dans un laboratoire dépendant des pharmaciens. La seconde est la première suture du cœur
réalisée par le professeur Jules Fontan le 1er janvier 1900, observation présentée à la société de chirurgie. Par ailleurs on dispose des statistiques de décès et d’activité chirurgicale de l’établissement
qui montrent une nette prédominance des affections infectieuses, respiratoires, épidémiques de cette
population jeune quasi masculine. Les pathologies chirurgicales sont variées : traumatismes divers,
hernies, kystes, fistules, atteintes ostéo-articulaires. Sur 3 ans, on compte 852 interventions avec une
mortalité globale de 4.11%. Notons à cette époque la gravité pronostique des laparotomies qui atteignent 34% de décès.
Type d’intervention
Laparotomies
Abcès pelviens
Appendicectomies
Nombre
87
Remarques
49 laparotomies. Gravité pronostique
Dont 25 appendicites et 13 abcès
pelviens
Hernies inguinales, paroi abdominale
Interventions sur le thorax
Intervention sur la face
Intervention sur les yeux
Intervention sur le nez et les
oreilles
Affections urinaires et de l’appareil
génital
229
Grande fréquence
18
28
38
14
Pleurésies, abcès
Fistules anales, hémorroides, varices
Traumatismes
Affections vasculaires traumatiques
Ostéo-articulaire, tendons, kystes
articulaires
91
Interventions cardiaques
1
Cancers
Lipomes. Ganglions
TOTAL
6
34
852
119
Enucléation fréquentes
Otites, mastoidites, végétations
adénoides
Varicocèle, hydrocèle, orchidectomie, phimosis ; cancer du testicule
(1 seul) taille vésicale
Différents procédés utilisés
36
Fractures des membres, luxations,
fracture du crâne
151
Amputations, tumeurs blanches,
mal de Pott, ostéites, Kystes divers ; sutures tendons ; nécroses
Suture du cœur par Jules Fontan le
er
1 janvier 1900
Estomac, oesophage
838 interventions ; 14 comportent
un geste double
Tableau 4 : Opérations chirurgicales de l’hôpital maritime principal de Toulon. 1er janvier 1900-31 décembre 1903
(Source : Service historique de la Défense 1F6-22).
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Cet hôpital restera en service jusqu’en 1910, date de l’ouverture de l’hôpital Sainte Anne.
L’hôpital de Saint-Mandrier
Cet hôpital [Tab. n° 5, Fig. n° 4 et 5] est établi sur l’autre rive de la rade à Saint-Mandrier. Il n’est donc
pas vraiment toulonnais mais joue un grand rôle pour la Marine. Il est le descendant des premiers
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établissements de soins pour les malades de la Marine (prieuré, hôpital de Saint Louis). L’actuel hôpital de Saint Mandrier tel qu’il existe en 1900 est ouvert en 1830 sur l’emplacement de l’ancienne infirmerie royale. Il est bâti en forme de U orienté nord-sud. Il pouvait recevoir jusqu’à 1320 malades.
Sa construction fut assez longue, émaillée d’incidents. Un élément architectural remarquable est la
chapelle édifiée en 1840. La situation excentrée de cet établissement impose un transport assuré par
des vapeurs trans-rade (Dont le célèbre « Kéraudren », bateau à vapeur.) entre la ville et l’hôpital. Ils
assurent les approvisionnements, les transports de blessés et malades ainsi que ceux des personnels.
1911
1914
1915-1917
1918-1920
1921-1922
1923
1924-1926
1927
1928
1929-1931
1932-1933
1934-1935
1935-1936
Docteur Jan
Docteur Henri Gazeau
Docteur François Geay de Couvelette
Docteur Pierre Santelli
Docteur Michel Lambert
Docteur Jean Deffressine
Docteur Charles Autric
Docteur Joseph Lifran
Docteur Paul Cauvin
Docteur Jules Barthès
Docteur Henri Cazeneuve
Docteur Hippolyte Le Coniac
Docteur Henri Couraud (dernier médecin chef)
Table 5 : médecins chefs de l’hôpital maritime de Saint Mandrier (1911-1936).
Mais l’hôpital de Saint-Mandrier
eut une grande importance pour
la Marine. C’est lui qui reçut le
plus grand nombre
de blessés
lors des catastrophes du Léna en
1907 et de la Liberté en 1911. On
doit au médecin en chef Gazeaux,
médecin chef d’escadre, une des-
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cription
Figure 4 : L’hôpital de Saint-Mandrier. L’hôpital de Saint Mandrier est un établissement maritime ancien situé de l’autre côté de la rade sur la presqu’ile de
Saint-Mandrier. On y accède par voie maritime et routière depuis Toulon. Le
cliché montre un « vapeur » transrade qui permettait les transports de personnels, de malades et de matériel entre Toulon et Saint-Mandrier.
L’établissement sera désaffecté après l’agrandissement de l’hôpital Sainte
Anne en 1936. © Société des amis du vieux Toulon.
détaillée
des
consé-
quences médicales de ce drame et
en particulier celle des traumatismes dus au souffle et aux névroses traumatiques. C’est dans
cet établissement que le docteur
Jules Regnault, chirurgien, fit en 1912, une première auto-opération d’une hernie inguinale.
Cet hôpital restera en service jusqu’en 1936, année où la marine regroupera ses moyens hospitaliers
sur l’hôpital Sainte Anne agrandi.
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Figure 5 : Hôpital Saint Mandrier : Malades et soignants posent dans la cour de l’établissement. ©Société
des amis du vieux Toulon.
L’hôpital de la Marine de Sainte Anne
(Tab. n° 6, Fig. n°6-7-8)
Depuis longtemps, la ville souhaitait récupérer l’emprise de l’hôpital principal, au cœur de la cité. On
avançait à ce propos le risque épidémique qu’un tel établissement faisait courir aux habitants. De fait,
les statistiques d’activité montrent que cet hôpital recevait une population jeune, masculine, touchée
particulièrement par des infections (affections respiratoires, typhoïde, maladies éruptives, méningites, tuberculose). Mais la Marine objectait qu’elle
ne pouvait se séparer de son établissement principal
tant que l’hôpital du Faron n’était pas construit.
Cette construction tardait bien qu’un terrain ait été
acquis depuis 1884 sur les pentes du bas Faron, au
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lieu-dit Sainte Anne pour cela.
Figure 6 : Hôpital maritime Sainte Anne : vue prise
depuis les pentes du Faron peu après la mise en service
en 1910. La rade et la presqu’ile de Saint Mandrier
sont visibles au fond. L’hôpital comporte 9 grands
bâtiments à toitures terrasses construits sur un terrain
caillouteux dépourvu de végétation. Le pavillon médian le plus haut situé est le pavillon des « officiers
malades ». (Collection personnelle)
Mais pour édifier ce nouvel hôpital, il fallait vaincre
les réticences du ministère de la Guerre opposé à
toute construction en dehors des remparts et, dans
cette attente, la marine en fut réduite à utiliser ce
terrain caillouteux comme champ de manœuvre
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jusqu’à ce que l’administration de la « guerre » ne décide elle-même de construire une caserne (la
caserne Grignan) sur le terrain contigu à celui acquis par la marine.
Dès lors l’opposition farouche du ministère de la guerre n’avait plus raison d’être et les travaux pouvaient être entrepris après une adjudication publique qui eût lieu le 25 octobre 1906 pour un hôpital
de 500 lits.
Situons en premier lieu l’emplacement où sera
édifié le futur hôpital. Il s’agit d’un terrain
grossièrement trapézoïdal, orienté nord sud,
sur les pentes du bas Faron (d’où le nom initialement choisi par le ministre de la marine en
1884 d’hôpital du Faron et non retenu finalement), immédiatement au-dessus des fortifications de la ville, accusant un dénivelé de 33
mètre entre la partie haute et le point le plus Figure 7 : Hôpital maritime Sainte Anne : portail d’entrée
surmonté de deux lanterneaux. En arrière-plan, la montagne
bas. L’endroit ne comporte que quelques bas- du Faron alors dénudée car le reboisement est en cours et les
tides isolées et l’on dit que le nom du site vient
pentes peu bâties. (© Société des amis du vieux Toulon)
d’une ancienne chapelle (2), détruite au moment où vont commencer les travaux (3).
La conception retenue est celle d’un hôpital pavillonnaire. L’architecture dans ce cas ne fait que traduire les idées des médecins et des hygiénistes de l’époque et les hiérarchies sociales puisque
l’hospitalisation des officiers et des sous-officiers et matelots ou hommes du rang est séparée ainsi
que celle des “disciplinaires”. L’hôpital se composera donc de grands bâtiments dont les façades regardent vers la mer. Ces grands bâtiments, à toits plats, à grandes fenêtres et très hauts de plafond,
présentent un alignement nord sud et est ouest remarquable. Ils disposent de terrasses où les patients peuvent prendre l’air et le soleil.
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Figure 8 : Hôpital maritime Sainte Anne : vue de la face
nord des bâtiments médians. On remarquera, en arrière,
du premier bâtiment appelé par la suite pavillon Fontan
(du nom du chirurgien célèbre du Service) deux extensions
avec verrière qui sont les blocs opératoires. On remarque
aussi un bâtiment médian plus petit qui est celui de la
balnéothérapie. (© Archives hospitalières hôpital Sainte
Anne Toulon)
Neuf grands bâtiments sont ainsi érigés en zone moyenne du site cependant qu’un grand bâtiment
situé en hauteur, sur une terrasse supérieure domine l’ensemble, s’alignant sur les bâtiments de l’axe
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médian en surélévation d’une quinzaine de mètres par rapport à ceux situés au-dessous. Ce bâtiment
abritera les officiers malades.
L’hôpital dispose d’une chaufferie distribuant l’eau chaude à tous les bâtiments par des galeries techniques et il bénéficie de l’éclairage électrique. Certains bâtiments sont dotés d’ascenseurs. Il dispose
également d’un bloc opératoire moderne pour l’époque, d’un service d’électricité médicale et de radiologie dirigé par le médecin principal Douarré.
Selon l’habitude, une enceinte de moellons ceinture l’établissement, couronnée de tessons de bouteilles afin de dissuader de toute évasion ou intrusion. L’entrée normale se fait au sud-ouest par une
porte monumentale à double battants, en fer forgé, dont les montants sont surmontés de lanterneaux électriques.
L’hôpital, ainsi qu’en témoigne les photographies de l’époque, s’impose dans le paysage du bas faron.
Il lui manque pour être beau un écrin de verdure dont il est totalement dépourvu. L’opinion publique
le remarque et l’espace situé devant le pavillon de la chefferie reçoit par dérision le nom de « Sahara » (4).
Les travaux, entrepris en 1906 s’achèvent en 1909, et le premier malade est admis en septembre
1910. La capacité globale est de 850 lits.
Fermeture de l’hôpital principal
Dès que fut actée la construction du nouvel hôpital par le ministère de la Marine, des tractations
complexes débutèrent entre la ville, le ministère de la Marine et la Guerre. Elles devaient aboutir à la
fermeture de l’établissement et sa cession par lots à la Ville puis à sa démolition par les entreprises
après un appel d’offres.
Personnels hospitaliers
Dans ces hôpitaux, existe un personnel médical, nommé par le ministre dans les différentes fonctions
hospitalières et d’enseignement. Ces médecins et pharmaciens exercent à plein temps, alternant des
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périodes hospitalières et des embarquements. Ils sont assistés par un corps d’infirmiers militaires,
formés au sein de la Marine. Les religieuses qui œuvraient jusqu’en 1905 dans les hôpitaux de la Marine furent chassées avec une certaine brutalité lors de la laïcisation ordonnée par le ministre Camille
Pelletan. Un corps d’ouvriers et d’agents administratifs assure le fonctionnement technique et administratif des établissements.
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Années
1910-1911
1911-1914
1915-1918
Médecin chef
Médecin en chef DRAGO T.
Médecin en chef TRABAUD J
Médecin en chef DRAGO J.
1918-1919
1919-1922
1922-1926
1926-1927
1928-1929
1930-1931
1931-1933
1933-1934
1934-1935
1935-1937
1937-1938
1938-1940
1940
1940-1942
1942
1942-1943
1943-1944
1944-1946
1946-1949
1949-1951
Médecin en chef NEGRETTI A.
Médecin en chef AUDIBERT P.H.A
Médecin en chef MICHEL L.B
Médecin en chef DARGEIN U.G
Médecin en chef VIGUIER E.U.U.M
Médecin en chef DARGEIN U.G
Médecin en chef GRAS C.A.G
Médecin en chef CHAUVIN F.V
Médecin en chef LE CONIAC M.C.I
Médecin en chef PLAZY L
Médecin en chef HESNARD A.L.M
Médecin en chef BRUN L.D.H.G
Médecin en chef SOLCARD P.O
Médecin en chef HAMET L.M
Médecin en chef JEANNIOT V.G.T
Médecin en chef NIVIERE E.P.M
Médecin en chef DELABERNARDIE C.
Médecin en chef MONDON H.L.M
Médecin en chef CARBONI P.P.P
Médecin en chef BUFFET G.A.
Remarques
Premier médecin chef
Premier conflit mondial
2ème chefferie
Premier conflit mondial
ème
2
chefferie
Second conflit mondial
Second conflit mondial
Second conflit mondial
Second conflit mondial
Second conflit mondial
Tableau 6 : médecins chefs de l’hôpital Sainte Anne de 1910 à 1950. On notera que les temps de chefferie sont courts (1 à
3 ans) et qu’il n’y a que deux médecins chefs qui aient exercé leur commandement à 2 reprises. Certains de ces médecins
chefs exerceront des responsabilités en tant que directeurs de se services de santé d’arrondissement maritime ou de
médecin chef d’un autre hôpital de la Marine.
A l’ouverture de l’hôpital Sainte Anne, on assiste à une certaine spécialisation entre les deux hôpitaux
(5) de la Marine. A Saint-Mandrier, les fiévreux, paludéens, contagieux des corps de troupe ainsi que
le confirment les statistiques d’activité, à Sainte Anne les urgences, les spécialités dont l’oto-rhinolaryngologie confondue d’ailleurs avec l’ophtalmologie, les soins dentaires, la radiologie et l’accueil
des officiers. Le directeur du service de santé de la Marine, sous l’égide du Préfet Maritime, avait
autorité sur ces hôpitaux et les personnels médicaux ou infirmiers dont le budget relevait du ministère.
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L’école de médecine navale
Si le Var ne possédait pas de Faculté de médecine, il avait l’École de médecine navale qui accueillait
depuis 1891 les médecins de la Marine pour leur stage d’application et l’École annexe qui préparait
les élèves au concours d’entrée des écoles de santé militaire et validait pour la première année de
Faculté. Ces deux écoles étaient accueillies par les hôpitaux de la Marine qui leur fournissaient les
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terrains de stage et les moyens matériels. L’enseignement dans les deux écoles était excellent et la
Marine entretenait un corps enseignant réputé à cette fin (6). Le futur médecin général Oudard y
enseignera en 1904 puis de 1921 à 1929.
Les établissements de soins privés à Toulon
De nombreuses cliniques sont établies dans ces villes, dans de grosses villas ou des immeubles. Ce
sont des établissements construits sur fonds privés, souvent par un médecin. À Toulon, le très connu
et réputé professeur Fontan, dispose d’une clinique chirurgicale à Saint-Roch, d’une douzaine de lits
(7). Elle reçoit une clientèle bourgeoise et des cas graves. Le docteur Henri Malartic, brillant et réputé
chirurgien de la ville a également une clinique chirurgicale à Saint-Roch. Cette clinique restera en
fonction pendant ce demi-siècle, à l’exception d’une brève interruption au cours du second conflit
mondial.
Les docteurs Prat-Flottes, Manoël, Berthollet (8), Daspres (9) disposent également de cliniques. Il existe aussi un dispensaire des dames
de la Croix-Rouge française avec un bloc opératoire et des lits
d’hospitalisation (10). Quant à la clinique du docteur Georges Bouras,
ancien professeur de chirurgie à l’école annexe, située dans une belle
bastide place du colonel Bonnier à Toulon, [Fig. n° 9] elle n’eut qu’une
existence éphémère mais sa notice descriptive nous donne une parFigure 9 : Une clinique privée à Toulon à l’aube
du XXe siècle : la clinique du docteur Bouras au
Pont du Las. Couverture de la page de présentation. Il s’agissait d’un établissement de 40 lits,
bien équipé mais dont l’existence a dû être très
éphémère. (Collection personnelle)
faite
connaissance
de
l’idéal
chirurgical
de
l’époque.
Cette
d’environ
40
clinique
chambres
possédait une salle d’opération aseptique, une salle d’opération septique et une unité de stérilisation.
L’intérêt du document réside dans la description du secteur technique comportant des salles
d’opération, des unités de stérilisation, une installation de radiologie diagnostique et thérapeutique
et une unité d’électricité médicale. La notice descriptive insiste sur le confort de l’établissement et
précise les tarifs de l’époque en matière d’hospitalisation privée.
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A propos des cliniques privées, notons qu’elles sont pour la plupart chirurgicales et qu’elles accueillent
les plus souvent une clientèle aisée. Les chirurgiens qui y opèrent ont leurs cabinets en ville et sont à
temps partiel à l’hôpital pour un grand nombre d’entre eux.
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Pratiques professionnelles
Les médecins et chirurgiens hospitaliers disposent d’une pharmacopée médicale importante (11) témoignant des progrès de la chimie de l’époque. Les médicaments plus courants sont les antiinflammatoires et antinévralgiques tels que le pyramidon ou l’aspirine, les antalgiques faisant appel
si nécessité aux opiacés dont le chlorhydrate de morphine, à la quinine pour les paludéens, sous différentes formes galéniques. Mais de très nombreux autres produits sont disponibles. Des régimes alimentaires sont volontiers prescrits dont des diètes hydriques, des enveloppements chauds ou froids,
des tisanes diverses. On utilise aussi l’électricité pour différentes affections inflammatoires ou atteintes des nerfs périphériques. On s’efforce de vacciner contre la variole, la diphtérie, la typhoïde.
Personnalités médicales ou chirurgicales hospitalières de Toulon
Les chirurgiens sont certainement ceux qui attirent la plus grande sympathie et la presse, notamment,
l’hebdomadaire « je dis », tout en donne des portraits flatteurs. Le plus connu est le professeur Jules
Fontan, médecin de la marine, qui, le 1er janvier 1900 a pratiqué la première suture d’un cœur blessé. Tous les professeurs de l’école d’application de la marine et de l’école annexe bénéficient d’une
réputation flatteuse. A l’hospice civil, le chirurgien en chef, le docteur Carence, est une personnalité
respectée. Il dispense le cours départemental d’accouchement. Lui succèdera le docteur Daspres, titulaire de la médaille des épidémies pour son action au cours de l’épidémie de choléra en 1884. Le docteur Henri Malartic deviendra le chirurgien le plus connu de Toulon. Mais les médecins des hôpitaux,
les docteurs Delahaye, Guiol, Boeri, Portay, Deville sont également connus.
Tous les médecins sont des notables, soucieux de reconnaissance sociale. Ils figurent sur les listes
d’invitation officielles (de la préfecture maritime, de la sous-préfecture) et participent à toutes les
manifestations artistiques où la bonne société d’alors se retrouve. Ils ont aussi des préoccupations
intellectuelles qui les amènent à solliciter leur entrée à l’académie du Var où les médecins, historiquement, sont très nombreux et actifs. Le professeur Fontan sera à l’origine de la création de la Société des amis du vieux Toulon et de son musée en 1912. D’autres se retrouvent à la Société médicochirurgicale du Var (12) pour des réunions plus professionnelles et scientifiques et lisent les revues
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médicales locales de l’époque dont la Provence médicale et le Var médical créé en 1913 par le docteur Fournier, urologue.
Cette société médicale a ses deuils avec des funérailles dont la solennité est fonction de la notoriété
du praticien, occasion aussi pour le monde médical toulonnais d’affirmer son importance sociale.
Ainsi les personnalités du service de santé de la Marine, le docteur Bérenger-Féraud, décédé en 1900,
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le docteur Cunéo, disparu en 1901, ont-ils des obsèques suivis par une foule importante et de très
nombreux officiels civils et militaires, chacun y allant d’un éloge funèbre éloquent. Il en va de même
au décès du docteur Carence, chirurgien en chef des hospices, en 1909, du docteur Long, tous deux
praticiens hospitaliers réputés de la ville. Ces solennités perdureront au-delà de la guerre lors des
obsèques du docteur Barrois, radiologiste de l’hôpital Chalucet, victime des radiations, en 1924 ou
plus encore du Professeur Fontan disparu en 1931.
Le premier conflit mondial : Toulon camp retranché et ses 14 hôpitaux
À la déclaration de guerre, en août 1914, la ville devint un camp retranché soumis à l’autorité du préfet maritime. Elle eut à recevoir les blessés et malades en provenance du front français et d’Orient
dans 14 hôpitaux permanents, complémentaires, auxiliaires, bénévoles et dépôts d’éclopés. Il faut
rajouter à cette organisation l'A.C.M. (Assistance aux Convalescents Militaires), association placée
sous l’égide du Ministère de la guerre. L’association dispose dans l’agglomération de Toulon de petits
établissements (de 20 à 30 lits) dans de belles villas.
Au total des 5 années de guerre quelques 2795 blessés et malades seront décédés dans le camp retranché de Toulon pour 182 500 hospitalisés [Tab. n° 7]. En 1916, 134 médecins sont sous les drapeaux à Toulon (13).
ANNEE
1914
1915
1916
1917
1918
1919
TOTAL
HOSPITALISATION
19525
38692
35895
49998
22184
16143
182437
DECES
242
636
872
431
759
398
2795
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Table 7 : Bilan global de l’hospitalisation dans les formations sanitaires dépendant de la direction du service de santé du
Vème arrondissement maritime pendant le premier conflit mondial (1914-1919).
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L’arrivée des blessés dans les hôpitaux toulonnais :
Les chemins de fer ont reçu la mission d’évacuation des
blessés et malades depuis le front. La XVe région militaire et les hôpitaux de l’agglomération de Toulon reçurent un grand nombre de blessés par des convois ferroviaires de la ligne PLM. Par exemple, entre le 1er septembre 1914 et le 15 mai 1915, ce sont 47 convois et
plus de 7300 malades et blessés qui sont arrivés dans
l’agglomération de Toulon (14). Ils sont transportés vers
les hôpitaux toulonnais par voitures ou parfois par
tramways ambulances [Fig. n° 10] L’étude de la destination de ces blessés arrivés par voie ferrée montre
l’importance du camp retranché de Toulon et de ses
hôpitaux (Plus de 60% des blessés), de La Seyne (19%)
et dans une moindre mesure de Hyères (14%) et de Figure 10 : Tramway ambulance et son personnel :
Bandol (5%).
Nous avions parlé de la particularité maritime de Toulon. Il ne faut pas oublier en effet que la guerre se déve-
le transport des blessés arrivant par trains sanitaires en gare de Toulon se faisait parfois par des
tramways équipés de logettes porte-brancards. Sur
ce cliché, le personnel mobilisé présente ce dispositif original.
(© Archives communales de Toulon. Fond Daussy)
loppe aussi en Orient et les navires hôpitaux débarquent
leurs blessés à Toulon, dirigés vers les différents hôpitaux de l’agglomération [Fig. n° 11].
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Figure 11 : Navire hôpital France IV à quai dans l’arsenal de
Toulon en 1915. Il s’agit d’un paquebot récent, rapide assurant
le transport des blessés depuis le front d’Orient vers Bizerte,
Marseille et Toulon. Le navire est à quai à Missiessy. L’opération
de transfert des blessés est achevée. Le convoi ferroviaire va
partir et distribuer les blessés vers les établissements de la
région. (Source ECPA)
Présentation et fonctionnement des hôpitaux du temps de guerre à Toulon
Fin septembre 1914, les 14 hôpitaux de la ville hébergent 4000 blessés ou malades (15), en décembre
5600 (16). Les blessés proviennent dans un premier temps de la zone des armées en France puis du
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Corps expéditionnaire d’Orient par les navires hôpitaux. Ces hôpitaux recevront aussi des blessés
serbes et des blessés allemands prisonniers au début de la guerre (17), ces derniers dirigés sur SaintMandrier. La presse décrit les blessés à l’arrivée des convois ou dans les hôpitaux comme « plein
d’entrain » et « confiants pour l’avenir ». Elle fait mention de blessés à la tête, aux membres, rarement de blessés thoraciques ou abdominaux (18). Au début de la guerre, le choc des armées aux frontières et sur la Marne amène un fort contingent de blessés (87% des 2000 malades hospitalisés dans
le camp retranché au 29 octobre 1914). Par la suite, les statistiques de décès de l’hôpital de SaintMandrier et de l’hôpital maritime annexe B nous renseignent plus précisément sur l’évolution de
l’hospitalisation [Tab. n° 8].
Pathologies
Pathologies infectieuses et parasitaires
Affections respiratoires
Affections métaboliques
Affections tumorales
Affections du tube digestif
Affections génito urinaires
Maladies du cœur et des vaisseaux
Affections ostéo-articulaires
Affections des yeux
Affections des oreilles
Atteinte du Système nerveux central
Affections psychiatriques
Autres
Nombre
512
TOTAL
1140 étiologies
511
1
07
191
3
5
Remarques
Epidémie de grippe. Association
avec pathologies respiratoires
30% de tuberculoses
64% d’affections hépatiques
03
0
0
14
15
Traumatismes, suicides,
inconnues
761 décès relevés
causes
Tableau 8 : Registre des décès de l’hôpital maritime de Saint Mandrier. Septembre 1918-décembre 1919 (Source : Service
2
historique de la Défense 2F -27).
Dans le premier établissement, ce sont les soldats des régiments métropolitains et du CEO qui occupent les lits en proportion bien plus forte que les marins, les prisonniers malades, les ouvriers de
l’arsenal. Ils meurent avant tout de pathologies médicales notamment de fièvres typhoïdes, de tuberculose, d’affections pulmonaires, de péritonites non traumatiques. Les traumatismes compliqués sont
nettement moins représentés. Dans le second établissement, l’arrivée à compter de mai 1915 d’un
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fort contingent de soldats du Corps expéditionnaire d’Orient, outre les pathologies déjà signalées, fait
apparaître un grand nombre de décès par paludisme. Les hôpitaux maritimes ont connu dans
l’ensemble une intense activité nécessitant d’ailleurs pour l’hôpital Sainte-Anne une extension par des
« baraques Adrian » placées devant la chefferie (19).
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Brassage du corps médical. Rappel des réservistes.
Les médecins d’active ayant été dirigés pour la plupart vers des affectations de guerre et les médecins
en âge de servir étant mobilisés, c’est à des médecins réservistes que l’on dut faire appel pour armer
les hôpitaux, délaissant de fait la population, dont le dénuement médical, peu étudié à ce jour, est
total. On confiera donc des responsabilités hospitalières importantes à des médecins âgés, réservistes
pour la plupart (20). La seule femme médecin de la ville de Toulon, le docteur Feyraud Baylon, prendra en charge l’hôpital (21) du lycée Tessé à deux pas de la gare. On citera aussi le professeur Fontan
qui a mis à la disposition du service de santé sa clinique de Saint-Roch où il accueille les cas jugés
graves.
Les infirmiers sont les infirmiers de la Marine renforcés d’infirmières de la Croix Rouge (8 pour SainteAnne). Le directeur du service de Santé de la région maritime a appelé l’attention du Préfet maritime
et au-delà du ministre sur l’insuffisance numérique de personnel infirmier. Des appels à candidature
parmi les matelots sans spécialité, les élèves des écoles annexes, ont été lancés. 50 jeunes marins
suivront début 1915 un cours de 3 mois avec stages hospitaliers pour recevoir leur diplôme de matelot infirmier breveté provisoire.
Il va quasiment de soi à cette époque que l’hébergement des patients se fasse en salle commune.
Cependant, tous les hôpitaux n’ont pas le même équipement mais ils sont tous dotés d’une salle de
soins servant de salle d’opération s’ils n’en disposent pas d’une vraie [Fig. n° 12]. A l’hôpital du lycée,
un équipement radiologique est installé grâce au docteur Barrois. Le docteur Aubert dirige cet hôpital
complémentaire n° 6 du
lycée de Toulon. Il a le
statut de médecin chef de
réserve.
Il
protestera
d’ailleurs de ne pas être
« activé » pour la durée
de la guerre afin d’asseoir
son autorité sur ses confrères d’active.
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Les hôpitaux bénévoles
reçoivent un personnel
mixte, militaire et civil.
Parmi ceux-ci, les hôpi- Figure 12 : Salle d’opération à l’hôpital complémentaire n°6 du lycée de Toulon : cette
salle d’opération très épurée a été installée dans un local non prévu à cet effet. Elle
taux gérés par la ville de ressemble plus à une simple salle de soins. Le cliché figure dans un rapport demandé
par Justin Godart, sous-secrétaire d’Etat à la santé sur les établissements de soins mis
en service au cours de la guerre. (© Musée du Service de santé des armées)
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Toulon ne fonctionneront que plus tard, à compter d’avril 1915, au Pont du Las, à la Rivière neuve et à
Saint Roch, après appel d’offres pour la fourniture du matériel nécessaire à leur équipement et déblocage des crédits nécessaires. L’administration militaire a édicté les règles de fonctionnement de ces
hôpitaux bénévoles qui doivent assurer à leurs frais le logement, la nourriture, la solde, l’entretien des
effets d’habillement des infirmiers mis à leur disposition. Et, point important à cette époque, « les
infirmiers doivent recevoir à chaque repas 20 cl de vin ». L’administration a rappelé les conditions de
fonctionnement des hôpitaux bénévoles et précise qu’ « à tarif fixe, ces hôpitaux doivent loger, nourrir
les malades mais ne fournissent pas le personnel médical ou le personnel infirmier. Le service de santé
militaire prend en charge les soins médicaux. »
La vie dans ces établissements nous est connue par la presse, notamment l’hebdomadaire « je dis
tout » qui publie dans une rubrique intitulée « la glorieuse souffrance » de nombreux témoignages.
Le style est convenu, laudatif. Les hôpitaux municipaux de Toulon, tout juste mis en service et sous
occupés, font l’objet de commentaires particulièrement élogieux. Les médecins sont des « praticiens
éclairés » et les infirmières attentionnées. Les blessés et malades sont heureux de leur sort et débordent de sentiments patriotiques. On fait d’ailleurs de gros efforts pour les divertir et on insiste sur la
qualité de la nourriture servie. Il n’est pas sûr que ces descriptions soient conformes à la stricte réalité
à l’exception de la quiétude ressentie par un blessé léger momentanément éloigné du front (22). Par
ailleurs, la presse recense les personnalités hospitalisées comme le lieutenant Ivolsky, fils de
l’ambassadeur de Russie, engagé volontaire dans l’armée française, blessé au talon et le général Van
den Berg, blessé de la face, tous deux frappés au combat de Kum Kaleh, le comte Ségur de Lamoignon.
Pratiques médico-chirurgicales dans les hôpitaux du camp retranché de Toulon
Les commandes de matériel et de médicaments ainsi que les archives de médecine navale, les ordres
du préfet maritime et du directeur du Service de santé sont de bons témoins des pratiques médicales
et chirurgicales de l’époque : désinfecter les plaies au permanganate ou à la teinture d’iode, panser
ensuite les blessés, réduire les fractures, les opérer sous anesthésie au chloroforme ou anesthésie
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locale ou encore rachianesthésie, calmer la douleur par les opiacés, utiliser une pharmacopée simple
tragiquement dépourvue d’antibiotiques face aux affections médicales infectieuses. Il existe des réflexions innovantes telles que la recherche de corps étrangers par méthode radiologique menée par le
médecin de première classe Buffon, le Professeur Ozil, le médecin principal Rolland et des échanges
avec les plus hautes sommités en la matière telle le professeur Bergonié qui viendra à Sainte-Anne et
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P a g e | 21
à Saint-Mandrier présenter son électro-vibreur. Le docteur Regnault, chirurgien, rappelé au service,
s’occupe du centre orthopédique du 5ème arrondissement maritime. En 18 mois il effectue 754 opérations et 800 appareils plâtrés destinés à des fractures de membres [Fig. n° 13].
A partir de mai 1915, après le choc et l’afflux des premiers
mois, il est temps de se préoccuper des mutilés. Des médecins hospitaliers du camp retranché de Toulon iront à Paris
suivre un cours de mécanothérapie. Des instructions ministérielles réglementent d’ailleurs la délivrance de prothèses. On retiendra aussi que l’hôpital auxiliaire n° 32,
établi au Groupe scolaire de La Loubière, se spécialisera
e
Figure 13 : Blessés au centre d’orthopédie du V
arrondissement maritime : il s’agit de patients
du docteur Jules Regnault appareillés après
blessures des membres inférieurs. (Journal Var
médical 1920).
dans le traitement des paludéens sous la direction du docteur Ravaux aidé des docteurs Vaillant et Lascols. Il n’y a
pas dans les archives trace de transfusion sanguine, ni de
traitement par l’électricité de névroses traumatiques. Nous ignorons si les chirurgiens toulonnais se
sont livrés à des actes de chirurgie réparatrice ou esthétique. Le corps médical est resté démuni face à
l’assaut de la grippe espagnole en fin de conflit [Tab. n° 8].
L’entre-deux-guerres
L’entre-deux guerres est une période curieuse. Lassée des efforts de la guerre, la ville de Toulon à
l’exemple du pays accueille ses mobilisés qui rentrent du front et cède, comme l’ensemble du pays à
une certaine frivolité, tempérée cependant par les habitudes provinciales. L’hebdomadaire « Je dis
tout » rend compte des activités mondaines, privées ou officielles, théâtrales, musicales, des changements qui interviennent dans la ville avec la destruction des remparts, la généralisation du tout à
l’égout, l’extension du téléphone, l’afflux automobile. Il pointe les nuisances de la cité, odeurs, poussières, bruits, l’insuffisance des tramways et le « tyran de Brunet » qui les dirige. Il se régale de
l’activité politique, ose des caricatures qui ne plaisent pas toujours, trouve dans le pagnolesque maire
barbu de Toulon un sujet de choix (Marius Escartefigue). Mais la presse ne donne que peu
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d’information sur la vie hospitalière.
Notons en premier lieu que tous les hôpitaux mis en service au cours du conflit ont été fermé à
l’exception des hôpitaux d’infrastructure. Les personnels ont été rendus à leurs occupations civiles.
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L’hôpital de la ville
Il n’y a que peu de changements pour le vieil hôpital Chalucet et sa mission principale qui est
d’accueillir les « indigents ». L’hôpital reste le recours pour la population civile dans toutes les situations difficiles notamment pour les « incurables », les « aliénés » ou pour certaines disciplines comme
la pédiatrie ou les maladies des femmes. Cette mission charitable fondamentale, un peu limitative,
n’empêche pas l’établissement d’augmenter son personnel et d’enrichir ses disciplines disponibles. A
ce propos, la vice-présidence du colonel Rousson puis du docteur Bertholet ont été très fécondes
puisque a été affirmée la nécessité d’un hospice civil à la hauteur de l’importance de la ville et différentes modernisations ont vu le jour, notamment un laboratoire de biologie ainsi que des améliorations du service de médecine et de chirurgie infantile. A la fin des années 30, dix-sept médecins y travaillent, mais toujours à temps partiel, représentant le panel des spécialités de l’époque. On y retrouve les chirurgiens Malartic, Jourdan, Jean, Villechaize, les médecins Mege, Lemaire, Laures. Le
docteur Demouy est le radiologiste de l’établissement, Joseph Amalric y pratique la radiothérapie et
la radiumthérapie. Psychiatrie et neurologie sont étroitement accolées sous la responsabilité du
même chef de service, le docteur Laures. De nombreux transferts de malades psychiatriques se font
vers l’hôpital départemental de Pierrefeu [Tab. n° 9].
Budget
Administrateurs
Médecins
Hospitalisations service médicaux
Hospitalisation services chirurgicaux
29 juin 2016
Consultations gratuites
Table 9 : Hôpital civil de Toulon en 1924.
1 200 000F (1234295€ en avril
2015)
9
9
Chirurgiens : Dr Bertholet, Dr Malartic,
Médecins : Dr Delahaye, Dr Deville,
Dr Meges, Dr Lemaire
Médecin résident : Dr Portay
Dont 700000 F fournis par la ville
1-Fiévreux hommes. 2-fiévreux
femmes.3- infirmerie de la charité,
aliénés, enfants malades. 4consultations gratuites.
1-Blessés
hommes.
2-Blessés
femmes. 3-Maternité. 4-Vénériens,
affections cutanées.
Yeux : Dr Opin
ORL : Dr Anglès d’Auriac
Nerfs/estomac : Dr Rapuc
Voies urinaires : Dr Pollier
Dents : M. Camatte
Organisation inchangée depuis le
début du siècle
Le Maire préside
Organisation inchangée depuis le
début du siècle
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P a g e | 23
Sur le plan économique, on notera le relèvement rapide du prix de journée à partir de 1936 du fait de
la réduction du temps de travail des personnels, d’une nouvelle échelle de solde plus favorable aux
personnels et de l’augmentation générale du coût de la vie. La ville soutient financièrement l’hôpital
et prend en charge les aides médicales gratuites. Pour le 2ème trimestre 1938 par exemple, les frais
de prise en charge des indigents hospitalisés sont de 286599.70F (153429 €). A ces frais s’ajoutent
ceux des assurés sociaux assistés partiellement et pris en charge par la ville de Toulon et les traitements ambulatoires. On comprend dès lors l’échange de courrier entre la municipalité et son centre
hospitalier lui demandant de n’admettre au titre de l’assistance médicale gratuite que les ayants droit
stricts. Par ailleurs, signe des difficultés financières de l’hôpital, on retrouve à plusieurs reprises des
mémoires de frais du docteur Amalric pour des applications de radium à des indigents, non honorés
par l’administration. Malgré ces préoccupations, le budget de l’hôpital restera très légèrement excédentaire. Par exemple le bilan comptable 1936 s’établit comme suit: recettes: 6778522,43F et les
dépenses 6743659,64F.
La commission administrative des hospices est très soucieuse du recrutement des médecins et chirurgiens de l’hôpital qui sont tous désormais nommés après concours sur épreuves. Ainsi le docteur
Georges Jean, pourtant ancien professeur à l’école annexe de médecine navale, collaborateur du professeur Oudard à Sainte Anne, auteur de nombreuses publications scientifiques, fut nommé en juin
1933, chirurgien des hôpitaux après concours devant un jury comprenant des collègues hospitaliers et
des professeurs de la faculté de Montpellier. Le docteur Seguy, biologiste, le fut dans les mêmes conditions.
Les cliniques de la ville
Les cliniques de la ville à cette époque sont établies dans différents quartiers de la ville, dans de
grandes villas aménagées. À l’est, Saint-Jean, fondée par le docteur Coulomb en 1932 ; au sud, la
clinique du littoral, rue Daillon ; au centre, l’hôpital Saint-Louis, de la Croix-Rouge française, rue Berier Fontaine, ouvert en 1930. À l’ouest, la clinique Malartic à Saint Roch fonctionne depuis de nombreuses années. L’établissement est voisin de la clinique Jourdan située elle aussi à Saint-Roch. La
clinique de Provence sera installée dans la villa familiale du Pont-du-Las en 1937 par Marcel Issalène
29 juin 2016
et celle du docteur Dumas au boulevard Bauchières au Pont-du-Las. Dans ces établissements exercent
les principaux chirurgiens de la ville y compris les chirurgiens des hôpitaux. Ces chirurgiens sont les
docteurs Malartic Henri associé à son fils Jean et aux deux docteurs Villechaise, Villechaize l’oncle et
Villechaise le neveu. Mais opèrent aussi les docteurs Jourdan et Jamin. Ils sont tous chirurgiens généralistes. Le docteur Henri Malartic a acquis désormais une stature départementale et se déplace à la
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demande des établissements hospitaliers pour des interventions délicates (23). Le docteur Georges
Jean, chirurgien des hôpitaux, verra son fils et ses deux petits-fils devenir chirurgiens urologues, constituant ainsi une dynastie médicale et chirurgicale toulonnaise originale.
On ne possède par contre pas de statistiques d’activité de ces établissements privés.
Les hôpitaux de la marine dans l’entre-deux-guerres: regroupement.
[Fig. n° 14-15-16-17].
Dans les années 30, la Marine a entrepris, par nécessité, de regrouper en un seul établissement ses
structures hospitalières (24). Dans ce but, l’hôpital Sainte-Anne est agrandi de trois bâtiments construits en zone sud de 1932 à 1934. Le plus important d’entre eux, le pavillon Bérenger Feraud (déconstruit en 2011), affecte la forme d’une croix de Lorraine, élevé sur cinq étages. Il masque un autre
bâtiment, plus petit, qui reçoit le nom de Calmettes (il prendra le nom d’Hesnard ensuite. Toujours en
place en 2015).
L’hôpital ainsi agrandi rassemble alors plus
de 500 personnes dont une cinquantaine
d’officiers, médecins, pharmaciens, 280 infirmiers
et
143
ouvriers,
représentant
l’ensemble des corps de métiers nécessaires
à son
fonctionnement. Il reçoit annuelle-
ment plus de 12500 malades masculins et
dispose d’un équipement technique remarquable pour l’époque. Les grands noms du
monde médical maritime y ont servi, Gasti- Figure 14 : Agrandissement de l’hôpital Sainte Anne : De 1932 à
1934 on construit de nouveaux bâtiments dans le sud de
nel, Palasne de Champeaux, Regnault, Ou- l’hôpital Sainte Anne. Le plus important est le pavillon Bérenger
Féraud en forme de croix de Lorraine dont les façades sont orien-
dard, Dargein, Hesnard, Plazy, Solcard, Per- tées à l’ouest. En arrière, on distingue le pavillon Calmettes qui
vès.
deviendra par la suite le pavillon Hesnard. Cet agrandissement
L’hôpital est aussi centre d’expertise est concomitant de la fermeture de l’hôpital de Saint Mandrier.
(Archives hôpital Sainte Anne).
pour l’aéronautique sous la direction du médecin en
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chef Goett, et assure diverses fonctions pour la Marine
Figure 15 : Hôpital maritime Sainte Anne. 1936. Salle
d’opération du pavillon Fontan. 2 tables sont disposées dans
une grande salle éclairée par une vaste verrière. Les chirurgiens
demandaient à l’époque une modernisation avec
individualisation des salles et nouveaux circuits d’arrivée et de
départ des malades et aménagement d’une salle de « postopérés ». (© Archives hôpital Sainte Anne).
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dont le service d’hygiène et de désinfection et le laboratoire de bactériologie de l’arrondissement
maritime. Les principales affections médicales rencontrées sont respiratoires, infectieuses, rhinopharyngées. On notera aussi la forte incidence du rhumatisme articulaire aigu, affection pour laquelle
une salle est réservée au pavillon Berenger Féraud de l’hôpital Sainte Anne (109 cas en 1938). Les
chirurgiens interviennent principalement en chirurgie viscérale, en orthopédie et urologie. Les techniques radiologiques et de laboratoire sont très actives (25). La bronchoscopie est introduite depuis
les années 30. Un service original d’oxygénothérapie, fondé sur les travaux du médecin en chef Héderer existe également. Le professeur Oudard mettra au point entre 1921 et 1929 son procédé chirurgical de cure de la luxation de l’épaule. Le professeur Hesnard qui a fait connaître l’œuvre de Freud en
France est titulaire de la chaire des maladies nerveuses [Tab. n° 10].
Nombre de patients accueillis.
Total
Nombre de décès
Médecine générale
Chirurgie générale
Ophtalmologie et otorhinolaryngologie
Neuro-psychiatrie
Dermato-vénéreologie
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Radiologie
Stomatologie
Disciplinaires
12 356
193
7074 séjours
4978 consultations
420 expertises
89 décès
3781 séjours
2984 consultations
158 expertises
1123 interventions
3000 actes de radio-chirurgie
2017 actes d’urologie
52 décès
1134 séjours
11781 consultations
657 interventions
193 extractions de corps étrangers
de cornée
5 décès
551 séjours
958 consultations
520 expertises
364 examens psychotechniques
1510 séjours
13536 consultations
Scopies : 29239
Graphies : 9856
Examens électriques : 60
Electrothérapie : 1900 séances
Radiothérapie : 950 séances
UV/IR/Diathermie 5540 séances
98 séjours
Consultations 11081
25
2% des séjours
23.21 jours en moyenne par séjour
(dont 24 après interventions chirurgicales soit 2% des interventions
et 46% de la mortalité)
Tableau 10 : Activité médico-chirurgicale de l’Hôpital maritime Sainte Anne. Rapport de fonctionnement 1938. Médecin
en chef Brun.
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Figure 16 : Hôpital maritime Sainte Anne. 1936. Salle d’oxygénothérapie.
(©Archives hôpital Sainte Anne).
Figure 17 : Hôpital maritime Sainte Anne. Service de radiologie.
1936. Le service est alors dirigé par le médecin en chef Chrétien. Le
cliché montre une table de radiodiagnostic avec alimentation par
fils aériens, un écran de radioscopie, un pied porte tube et au fond
de la salle un pupitre de commande ainsi que le générateur.
(Archives hôpital Sainte Anne mais on peut trouver la même illustration dans le Journal de radiologie et d’électrologie de 1936, 20,
11, 624-626 qui avait publié un article sur le service de radiologie
du nouvel hôpital Sainte Anne, sous la signature du médecin en
chef Chrétien E.J, chef de service)
Dans le même temps, l’hôpital de Saint-Mandrier est désaffecté. Les derniers malades le quittent vers
Sainte-Anne en juin 1935. Cette année 1936 marque donc la concentration en un seul établissement
des moyens hospitaliers de la Marine et la disparition de l’hôpital maritime de Saint-Mandrier, acteur
et témoin majeur de l’histoire médicale de la Marine. Cependant, ce regroupement exclut l’hôpital de
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l’Oratoire, situé à l’ouest de la ville à proximité de la commune d’Ollioules, que la Marine avait décidé
de créer au début des années 20. Cet hôpital maritime sera d’abord un centre de repos pour marins
« anémiés et malingres », un centre de soins de suite avant la création du terme. Il prendra vocation
antituberculeuse après la seconde guerre mondiale [Fig. n° 18].
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Figure 18 : entrée de l’hôpital maritime de l’Oratoire. Cet établissement fut créé en 1920 sur une
grande propriété à l’ouest de Toulon à proximité de la commune d’Ollioules. Réservé aux marins
« anémiés et malingres », il subsistera au regroupement des hôpitaux de la Marine en 1936,
accueillera les blessés de la libération de Toulon en 1944 et deviendra brièvement un centre de
« streptomycinothérapie » après-guerre. Par la suite, il recevra des tuberculeux et deviendra un
centre de convalescence.
Comment porter un jugement sur l’évolution hospitalière dans cette période qui va bientôt
s’achever ?
Les techniques chirurgicales restent classiques. Les grands chirurgiens toulonnais, les Malartic, Oudard, Villechaise, Jean, Solcard, Pervès sont réputés, estimés pour leur habileté, leur audace, leurs
succès. À cette époque, la précision des indications, l’habileté manuelle et la rapidité d’exécution sont
des atouts fondamentaux des chirurgiens qui réalisent pour chacun d’entre eux 4 à 5 interventions
par jour. En effet, les interventions doivent être courtes car les procédés d’anesthésie générale sont
limités à l’inhalation d’éther donné au masque d’Ombredanne, à celle du chloroforme avec l’appareil
de Ricard ou au protoxyde d’azote moins puissant. À cette époque, il n’existe pas en France et à Toulon d’anesthésiste médical. Le chirurgien se fait aider par un auxiliaire qui sait « donner l’anesthésie ».
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C’est un infirmier souvent, parfois un aide formé à cette tâche, sans formation para-médicale au départ. On utilise aussi la rachianesthésie et dans les cas les plus simples l’anesthésie locale. Il n’existe
pas de réanimation post opératoire, argument supplémentaire pour des interventions simples rapidement exécutées car la mortalité post opératoire varie selon la gravité des opérations (26). On transfuse peu. Le don n’est pas gratuit sauf à l’hospice civil et dans la Marine où les volontaires reçoivent
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une gratification ou un témoignage de satisfaction. On accouche aussi dans ces cliniques qui reçoivent indifféremment les patients atteints d’affections viscérales ou orthopédiques traumatiques ou
non.
En matière médicale, la clinique reste reine, bien que les hôpitaux soient dotés de laboratoires et de
services de radiologie. Les pathologies n’ont guère changé et restent dominées par l’infectiologie. La
tuberculose est toujours présente. Il y a peu d’innovation thérapeutique. Les patients qui entrent à
l’hôpital, civil ou militaire savent que leur temps moyen de séjour sera de l’ordre de 3 semaines (27).
Les conceptions en matière de maladies psychiatriques sont classiques et le terme “d’aliéné” ne disparaîtra à Toulon comme dans le reste du pays qu’à la fin des années 30. Les idées en matière de vérité
due au malade ou relatives à la fin de vie sont celles classiques de l’époque.
Mais déjà l’horizon s’assombrit de la perspective d’un nouveau conflit alors que les années 30
s’achèvent.
La seconde guerre mondiale
Mobilisation et défaite
La mobilisation amène un renfort médical transitoire aux hôpitaux maritimes qui ne dure pas. On
connaît en effet les évènements tragiques du mois de juin 1940, la défaite puis l’instauration du gouvernement de Vichy. Toulon est en zone libre mais des difficultés matérielles s’y font rapidement sentir. Dans ce contexte, le gouvernement de Vichy prend par un décret en 1940, la décision d’autoriser
l’accès des hôpitaux maritimes aux familles des personnels de la Marine. Dans la logique de ce décret,
une maternité de 50 lits est ouverte à l’hôpital Sainte-Anne afin de permettre aux femmes de marins
d’accoucher dans de bonnes conditions matérielles et de soins. Mais il n’y a pas de service de pédiatrie installé. Dans la même période, le gouvernement de Vichy institue le 7 octobre 1940 un ordre des
médecins. Le docteur Laurès, médecin hospitalier, préside l’ordre départemental du Var.
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Le temps des épreuves
Mais Toulon va bientôt entrer dans le temps des épreuves. Les Allemands se présentent devant Toulon le 26 novembre 1942 et le 27 novembre la Flotte se saborde. Toulon est désormais sous la poigne
de l’occupant. Les bombardements alliés commencent à partir de novembre 1943 et se poursuivront
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en 1944. La cité, à l’inverse de ce qui s’était produit lors du premier conflit mondial, est directement
frappée.
Figure 19 : Destruction de l’hôpital Chalucet. La destruction est partielle. Ici, le cliché réalisé par le docteur Demouy, radiologue de l’établissement, montre les décombres de son service. (© Société des amis du vieux
Toulon).
Le corps médical se déplace en dehors de la ville pour suivre la population de Toulon qui est partiellement évacuée ainsi qu’une partie des services de l’hôtel-Dieu vers les écoles de La Valette (28) [Fig. n°
19].
D’autres établissements de soins quittent la ville, l’hôpital Saint-Louis de la Croix Rouge vers Hyères,
la clinique Malartic vers Montrieux, la clinique de Provence et Saint-Jean à Cotignac, celle du docteur
Fabre à Solliès.
Les bombardements qui se succèdent sur la cité en 1943 et au premier semestre 1944 sollicitent particulièrement les hôpitaux. Les noms qui se détachent et qui méritent le respect pour leur action décisive au cours de ces heures tragiques sont ceux du médecin en chef Pervès à l’hôpital Sainte-Anne et
ceux des docteurs Jean, Jourdan à l’hôtel-Dieu. Le médecin en chef Pervès nous a laissé un remarquable rapport de l’accueil dans son service de 160 blessés consécutifs au bombardement du 24 novembre 1943. Toutes les considérations concernant les dispositions matérielles, les équipes chirurgicales à constituer, les aides, les formalités administratives y sont décrites. Mais on y voit aussi une
réflexion médicale de qualité sur la nécessité du triage des blessés, sur le « shock » qui atteint particulièrement les ensevelis, sur la gravité des lésions des membres inférieurs, sur les thérapeutiques à
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mettre en œuvre notamment les transfusions de sang, sur la nécessité d’une aide médicale pour les
post opérés préfigurant ainsi la réanimation post opératoire. Cette théorisation de la prise en charge
d’un afflux de blessés, fruit de l’expérience d’un grand chirurgien, sauvera les blessés des bombardements à venir et ceux de l’émissaire de la Seyne en 1944, dont les plus graves sont adressés à SainteAnne.
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Il est intéressant de noter que cette période de conflit initie un changement statutaire pour l’hôpital
Sainte-Anne, ce qui l’amènera par la suite à recevoir des patients non militaires. L’établissement
prendra en charge une partie de l’hospitalisation de la ville dans des conditions matérielles très difficiles et aggravées par une occupation partielle allemande et italienne. Malgré ce contexte des travaux sont entrepris notamment la couverture des pavillons par des toitures de tuiles, la construction
d’un abri bétonné en arrière de Bérenger Féraud et d’un hôpital souterrain au nord [Fig. n° 20 et 21].
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Figure 20 : Hôpital maritime Sainte Anne : plan de l’hôpital souterrain
au nord de l’emprise. Cet hôpital fut aménagé au cours du second conflit mondial. Il disposait de deux salles d’opération, d’une capacité
d’hospitalisation réduite et malcommode d’accès, d’une autonomie
énergétique. Il n’eut pas d’utilité réelle. Son entretien se poursuivit
jusqu’au début des années 70. (©Service historique de la Défense Toulon)
Figure 21 : Hôpital maritime Sainte Anne : salle d’opération de l’hôpital
souterrain Le cliché montre l’état actuel. Le scialytique est toujours
présent. (Collection personnelle).
Toulon détruit est libéré le 28 août après de violents combats urbains dont les victimes sont prises en
charge par des ambulances improvisées et les établissements de soins (29).
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Après-guerre
Retour à la normale, règlements de comptes, récompenses
Le retour à la normale sera long compte tenu des destructions immenses dans la ville et le port et des
besoins urgents de ravitaillement. Les comptes se règlent et l’épuration qui suit la fin de la guerre
n’épargnera pas le corps médical civil et militaire (30). À l’inverse, Le Var libre, quotidien éphémère,
cite les membres du corps médical dont la conduite au cours de la libération de Toulon a été exemplaire. Il n’oublie pas non plus les félicitations dues au personnel médical et tout particulièrement à
celui de l’hôpital Sainte-Anne qui « s’est dévoué 8 jours et 8 nuits durant » (31).
Ce retour à la normale s’accompagne de mesures administratives telles que l’institution de la sécurité
sociale, la création de l’Ordre des médecins et d’innovations thérapeutiques majeures avec l’arrivée
des antibiotiques.
Nouvelles disciplines
De nouvelles disciplines s’installent et notamment l’anesthésie-réanimation qui concernent tout particulièrement les hôpitaux. La France est en retard dans ce domaine par rapport aux anglo-saxons qui
avaient créé cette spécialité au début du XXe siècle. Il y aura en 1950, trois anesthésistes civils à Toulon. Le plus connu est le docteur Antoine Marmottans nommé anesthésiste réanimateur des hôpitaux
en 1950. L’autre est une femme, madame Josette Passeron. Le docteur Jurysdicky exerce également
l’anesthésie. Son destin est particulier puisqu’il a fui la Pologne et ses persécutions. Pour exercer en
France, il lui a été imposé de repasser ses examens. Il quittera d’ailleurs notre pays pour se fixer aux
USA où il poursuivra sa carrière.
Puisque on évoque cette discipline d’anesthésie réanimation, naissante en France, on se doit
d’évoquer Henri Laborit. Le jeune médecin de la Marine Henri Laborit, élève de l’école d’application en
1939, a bénéficié du compagnonnage chirurgical du professeur Pervès à Sainte-Anne en 1945. Il a
déjà commencé à réfléchir à la prise en charge des traumatisés et à la question du « shock ». Après ce
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séjour à Toulon, Il poursuivra ses travaux à Lorient puis Bizerte et l’on connaît la suite : découverte
des cocktails lytiques à l’origine de l’anesthésie potentialisée moderne, découverte de la chlorpromazine ou Largactyl®, direction du Centre d’étude et de recherche biophysiologique de la Marine à Toulon, laboratoire de recherche à Paris et récompenses internationales dont le prix Lasker en 1951.
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Activités des hôpitaux après la seconde guerre mondiale
L’activité de l’hôpital maritime Sainte-Anne au sortir de la guerre nous est bien connue par les différents rapports dont celui du médecin de 1ère classe Perruchio, médecin résident de l’établissement en
1945. L’époque n’est pas facile car il faut faire face
aux destructions et défauts d’entretien de la guerre.
Dans ce rapport, on apprend que 37 médecins travaillent à l’hôpital dont les chirurgiens déjà cités. La subdivision des activités chirurgicales, médicales et des
spécialités est classique. Pour le premier semestre
1945, l’hôpital a reçu 10000 entrants par an, a opéré
1045 patients et assure 24100 consultations. Il y a Figure 22 : Hôpital Sainte Anne en 1950. Cette photo-
graphie aérienne montre les extensions en zone sud
donc une reprise d’activité avec une activité gynéco- et les deux grands bâtiments Calmette (futur Hes-
nard) à gauche et Bérenger Féraud à droite avec sa
obstétricale nouvelle de l’ordre de 300 accouchements forme caractéristique en croix de Lorraine. Ce bâtipar an [Fig. n° 22].
La présence d’un corps professoral et d’étudiants de
ment a disparu en 2011. En arrière la haute cheminée
de « l’usine » et à l’arrière-plan, l’arsenal de terre et
la ville.
l’École annexe ou de l’École d’application, l’émulation des concours, stimulent l’activité. On trouvera
dans les souvenirs de Jacques Gandin, alors élève de l’École d’application puis chirurgien, les portraits
contrastés des médecins, chirurgiens et spécialistes de l’hôpital, rédigés d’une plume assez souvent
personnelle, il faut le dire. L’établissement de l’Oratoire reçoit une mission antituberculeuse et deviendra temporairement un centre de steptomycinothérapie.
L’hôpital de la ville
On se souvient que l’hôpital civil fut durement touché par les bombardements de 1944 (29 avril, 11
juillet, 6 août). Le conseil d’administration s’efforça
de faire les réparations les plus urgentes. Mais il
fallut suppléer au manque de capacité par la loca-
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tion de l’immeuble du Palais moderne aux 67 et 69,
boulevard Foch, pour reloger les services sinistrés
[Fig. n° 23].
Figure 23 : Hospices civils de Toulon : l’immeuble dit du
Palais moderne où s’établit une partie des services hospitaliers soit 296 lits de 1950 à 1963 (aspect actuel). (Collection personnelle).
Dans ce bâtiment, une partie des services hospitaliers soit 296 lits dont la maternité et des services
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chirurgicaux s’installa pour une période provisoire qui allait durer 18 ans. Dans cet après-guerre, il y
eut des modifications significatives de la gouvernance des hospices, avec en 1946 la nomination d’un
nouveau directeur, monsieur Llanès
et en 1947 la création de la commission médicale
d’établissement, uniquement consultative.
Les projets des praticiens du centre hospitalier civil ne manquent pas. On discute sérieusement de la
création d’un centre anticancéreux à Toulon, à la suite d’une correspondance du directeur du centre
anticancéreux de Marseille le professeur Paoli constatant l’afflux de malades en provenance du Var.
Mais ce projet n’aboutit pas. Des recrutements et des nominations de médecins ont lieu. Ainsi, les
docteurs Carcopino, Lamoureux et Brissy radiologistes, sont recrutés par le centre hospitalier; l’un
d’entre eux, le docteur Lamoureux comme chef de service de radiothérapie (32). Mais finalement,
c’est l’hôpital de la Croix-Rouge française, rue Berrier-Fontaine qui deviendra le centre de radiothérapie toulonnais. Le docteur Maurice Sansot, pédiatre de l’établissement et consultant pour cette discipline dans le Var, soumet des projets d’extension et d’aménagement de son service, notamment pour
les prématurés. Toutefois, la commission administrative renonce à héberger le centre de transfusion
sanguine qui, pour longtemps, s’établira à la cité sanitaire, avenue Lazare Carnot, récemment construite. Notons aussi que l’arrivée des antibiotiques a nécessité la spécialisation d’une annexe de
l’hôpital, La Tauriac, pour en assurer la délivrance et le contrôle.
Mais, à l’approche des années 50, Toulon manquait d’un centre hospitalier à la hauteur de sa population. Le conseil d’administration où l’on retrouve les docteurs Meges et Tristani à côté du maire de
l’époque cherchent des solutions. Des discussions avec le ministère de la défense visant à occuper une
partie de l’hôpital Sainte-Anne sont infructueuses. Aussi des projets sont élaborés qui aboutiront en
1963 à la mise en service de l’hôpital Font-Pré, sur le terrain du haras de la Thérèse à l’est de la ville.
Évolution numérique et qualitative du corps des médecins à Toulon
Pour achever notre recherche, on peut se référer aux données suivantes :
L’évolution du nombre global de médecins par rapport à la population de la ville indique une progression numérique constante du corps médical tandis que celle de la population s’infléchit provisoirement après la guerre. L’effectif médical et chirurgical des hôpitaux de Toulon tant civil que militaire a
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subi la même évolution [Tab. n° 11].
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Catégories de personnel
Personnel administratif
Personnel médical
Personnel para médical
(Infirmiers, laborantins, aides soignants)
Ouvriers
TOTAL
Nombre de lits
Nombre
22
45
137
Remarques
Temps partiel
168
372
800
Table 11 : hospices civils de Toulon 1952 (archives départementales du Var. Rapport docteur Bestieu, directeur de la
Santé publique pour le Var).
De nouvelles disciplines sont apparues, notamment l’anesthésie réanimation mais la chirurgie reste
généraliste, la médecine hospitalière dispose d’une pharmacopée élargie et notamment des antibiotiques, molécules innovantes à l’époque. Mais on est encore loin des grands changements qui affecteront la médecine liés aux évolutions sociétales en matière de procréation ou d’interruption de grossesse ou aux imageries nouvelles. Cependant, le docteur Joseph Risterucci fera un pas dans la direction d’une nouvelle obstétrique en introduisant l’accouchement sans douleur à la clinique Malartic en
1952.
Conclusion
L’histoire de la médecine à Toulon au cours des 50 premières années du XXe siècle pourrait se confondre avec celle de la médecine en France s’il n’y avait la singularité géographique de la ville et la
forte implantation militaire.
Il en résulte une histoire différente de celle que l’on pourrait noter pour une ville de même importance. Car Toulon c’est d’abord la Méditerranée, le port et la volonté de l’État d’y installer la Marine
de la République. Aussi existe-il une indiscutable dualité entre un corps de santé militaire et un corps
de santé civil tous deux présents dans la ville. Le premier imprime une marque très forte à la fois par
ses hôpitaux, ses écoles et ses médecins, certains de grande renommée tandis que le second s’occupe
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d’une population laborieuse et d’une bourgeoisie plus exigeante [Fig. n° 24].
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Figure 24 : Quelques médecins ou chirurgiens des hôpitaux civils et maritimes de Toulon au cours de la
e
première moitié du xx siècle.
De gauche à droite :
-rang supérieur : Professeur Fontan (18-1931), chirurgien de la marine, médecin général, réalisa la
première suture d’un cœur blessé en 1900. Médecin général Oudard (1876-1953), professeur de chirurgie à l’école d’application de la marine de 1921 à 1929, directeur du service de santé de la marine,
membre de l’académie de médecine. Docteur André Villechaise, chirurgien des hospices civils de Toulon,
associé au docteur Malartic et à son oncle le docteur Paul Villechaize (1901-1976). Médecin en chef Jean
Pervès, professeur de clinique chirurgicale à l’école d’application, accueillit les blessés des bombardements de Toulon et de l’émissaire de La Seyne en 1943 et 1944.
-rang médian : docteur Georges Jean (1886-1953), chirurgien de la marine puis chirurgien des hospices,
urologue. Docteur Henri Laborit (1914-1995), chirurgien de la marine, chercheur, prix Lasker en 1951.
On lui doit la découverte du Largactyl® et l’anesthésie potentialisée. Médecin général Hesnard (18861969), neuro-psychiatre. Fit connaître en France les travaux de Freud. Participa à la création des services psychotechniques de la marine. Médecin général Plazy, professeur de clinique médicale à l’école
d’application (1925-1931) puis médecin chef de l’hôpital Sainte Anne.
-rang inférieur : docteur Joseph Amalric, radiothérapeute et radium thérapeute des hospices civils.
Elève de Marie Curie et de Baclesse. Deviendra administrateur des hospices après-guerre. Docteur Maurice Sansot (1914-1999), pédiatre des hospices. Il succèdera au docteur Lonchampt et créera le service
des prématurés.
Si les établissements de la Marine connaissent des évolutions significatives qui les amèneront à un
regroupement sur le seul hôpital Sainte Anne, celui des hospices civils reste apparemment stable au
cours de cette période. Ces hôpitaux verront leurs moyens humains et matériels s’accroître constamment. Ils furent très impliqués dans les deux grands conflits de cette première moitié du XXe siècle.
Les établissements de soins privés connaissent une plus grande labilité, mais certaines cliniques toulonnaises auront un grand renom dans cette première moitié du XXe siècle. Leur présence et leur suc-
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cès montre l’attachement des praticiens locaux et d’une partie de la population à la médecine libérale.
Toutefois lorsque s’achève cette période d’étude, Toulon est handicapée par l’absence d’un centre
hospitalier civil à la hauteur de l’importance de la ville, absence compensée en partie par des cliniques
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privées et l’hôpital Sainte-Anne. Il faudra attendre 1963 pour qu’un centre hospitalier moderne soit
mis en service et plus tard encore pour que le plein temps hospitalier s’installe.
Remerciements
Docteur Marmottans, Professeur Berutti, Professeur Meyrueis, docteur Murielle Alimi, secrétaire général du
conseil départemental de l’Ordre des médecins du Var, docteur Gérard Delaforge, Amiral Gachot, madame
Any Issalène, madame Jean, monsieur Philippe Monges, monsieur Serge Porre, archiviste de la mairie de
Cuers, monsieur Philippe Villechaise, docteur Michel Sansot, docteur Trucy, docteur Vitel, député du Var.
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Références :
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3- P Barbaret.Historique du service de santé militaire de l’aire toulonnaise. Document dactylographié
et relié. Service historique de la marine à Toulon. Côte 4°4201.
4- B Brisou : l’hôpital d’instruction des armées Sainte Anne. De l’hôpital maritime à Sainte Anne 2000.
Carnets de la Sabretache. 2004, 162, 169-178.
5- Ordres Premar n° 1341du 23.11.1912, 17.12.13, 6.07.15 puis n°1176 du 20.10.15.
6- Souvenirs de Victor Segalen au cours de son stage à Saint-Mandrier au début du siècle.
7- Dans sa clinique de Saint-Roch, le professeur Fontan se fait aider par sa fille et quelques dames de
sa relation, formées par lui et totalement dévouées. In Oudard, Revue de médecine navale, 1950, V,
n°2 page 147 et 1951, n°1 page 51.
8- Clinique chirurgicale du var, 14 rue de Chabannes.
9- Source : indicateur du Var années 1900 à 1914
10- 51, rue Gimelli. Source : indicateur du Var. 1903.
11- Dont on en a une bonne idée avec les commandes de matériel des hôpitaux et les prescriptions
des confrères des hôpitaux de la Marine dont les archives sont partiellement et heureusement conservées au service historique de la défense à Toulon.
12- Société médico chirurgicale du Var. En 1912 : Docteur Opin, président; docteur Lascols, vice président; docteur Fournier, secrétaire; docteur Baume, trésorier.
13- Source SHD 1F2-7-1916
14- Source petit Var
15- Source « je dis tout » du 25 septembre 1914. N° 559
16- Petit Var du 30 décembre 1914
17- Les blessés allemands vont à Saint Mandrier où une salle leur est réservée (Salle n° 4)
18- Ils sont vraisemblablement décédés avant leur arrivée à l’hôpital.
19- Ordre N° 68 du médecin général, directeur du service de santé de la Marine à Toulon en date du 8
juillet 1914.
20- Tel le docteur Aubert à l’hôpital du lycée, le docteur Regnault au centre de traumatologie, le docteur Valmyre à Rouvière, le docteur Buffon de Nice à Sainte-Anne, le docteur Prat-Flottes à SaintMandrier.
21- Hôpital auxiliaire n° 105.
22- Voir Gabriel Chevallier. La peur.
23- Archives communales de Fréjus.
24- Installation de l’école des mécaniciens de la Marine à Saint-Mandrier.
25- Rapport sur le fonctionnement de l’hôpital Sainte-Anne. Année 1938.
Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com,
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26- Rapport annuel sur le fonctionnement de l’hôpital Sainte-Anne 1938. Voir les articles des archives
de médecine navale 1921, n° 111 sur les perforations gastriques opérées (6 cas, 3 décès).
27- Rapport sur le fonctionnement de l’hôpital Sainte-Anne. Année 1938.
28- Les décisions d’évacuation furent particulièrement judicieuses puisque l’hôpital Chalucet fut partiellement détruit par des bombardements successifs le 11 juillet et le 06 août 1944. Les services
transférés sont médicaux (docteur Laurès) et chirurgicaux (docteur Jean). 100 malades environ.
29- La clinique 48, rue Colbert est tenue par le docteur Robert un ancien médecin colonial et directeur
du bureau d’hygiène de Toulon. Il est assisté des docteurs Ravon, Tristani, Soin, Magen et de 8 infirmières.
30- Var libre du 6 septembre 1944 et J. Gandin. Marin de vocation, chirurgien de métier. Pages 232233.
31- Dont le médecin en chef Pervès et ses collaborateurs : médecin en chef Bauge, Badelon, les médecins principaux Parneix, Le Bourhis, Bouiller.
32- Conseil d’administration des hospices du 27 octobre 1950.
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Bibliographie complémentaire
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Toute référence à cet article doit préciser :
Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle.
Clystère (www.clystere.com), juin 2016.
Le Vot J. : Les hôpitaux et les établissements de soins à Toulon dans la première moitié du XXe siècle. www.clystere.com,
juin 2016.