Rugby : des valeurs à la hausse
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Rugby : des valeurs à la hausse
LE DOSSIER DU JOUR Dimanche 5 Septembre 2010 www.laprovence.com 3 Wilkinson : Rugby: des valeurs à la hausse Jonny l'image de la réussite Le rugby a connu un coup d’accélérateur en terme d’image depuis la Coupe du monde de 2007 et l’éclosion de la star Chabal. La déconfiture des Bleus de Domenech en Afrique a-t-elle précipité les annonceurs dans les bras du rugby français ? Pas si simple... "Nous avons été sollicités cet été par des opportunistes qui voulaient réaliser des coups", reconnaît Lionel Laffitte, monsieur marketing à la Fédération française de rugby. Un contrat d’un an qui s’achèverait juste avant la Coupe du monde des rugbymen en 2011 en Nouvelle-Zélande : c’est niet. "Il faut être correct avec ceux qui nous suivent depuis un quart de siècle, comme la GMF ou la Société générale." "Quand nous avons fait ce choix en 1987, c’était d’abord une affaire d’hommes", entre un président Albert Ferrasse et des dirigeants d’une banque fraîchement privatisée qui "voulaient s’associer à un sport qui nous aiderait à accroître notre développement commercial", résume Pierre Caillaud (Société générale). Trois millions par an versés à la Fédération (chiffre officieux) sans compter les engagements auprès des clubs via la ligne pour un retour sur investissement... impossible à mesurer. "Nous sommes perçus com- me le partenaire numéro 1 du rugby français et nous essayons de transposer les valeurs de sport à notre entreprise : cela n’a pas de prix." Esprit d’équipe, respect de l’autre montent à la bourse des valeurs sportives alors que l’individualisme forcené de certaines stars du ballon rond est en chute libre. Le rugby, sport "extrêmement positif en termes de valeurs et d’image", confirme le directeur général de "Sport Market", François Guyot. Et ce n’est Esprit d’équipe, respect montent à la bourse des valeurs sportives pas Lionel Laffitte (FFR) qui dira le contraire, même s’il refuse le bras de fer avec le football. "Eux pourraient mettre en avant le nombre de licenciés : 2,5 millions contre 350 000." Il se contente de rappeler que l’ovalie connaît en France "une croissance régulière depuis plusieurs années", avec un coup d’accélérateur en 2007, à l’occasion de la dernière Coupe du En Provence, les entreprises jouent la carte du sport Kaporal, Beuchat, Shark, pour ne citer qu’elles, s’appuient sur la notoriété de champions pour commercialiser leurs produits. Olly Gan, la marque de prêt-à-porter masculin, avait ouvert la voie en s’attachant l’image de Djibril Cissé. "Une gueule qui séduit et rapporte en notoriété", avait résumé Roger Adidas, à cette époque propriétaire de l’entreprise marseillaise. Une démarche tellement bénéfique qu’une autre campagne avait été organisée avec Éric Cantona. Presque dix ans plus tard, Kaporal, une autre marque de textile marseillaise, récidive en affichant sur d’immenses toiles la carrure de Didier Drogba. Régulièrement, la rumeur assure son retour à l’OM. "Mais cette fois, on a tapé dans le mille. Beaucoup ont même crû que l’entreprise serait à l’origine d’un retour effectif. C’est comme cela. En fait, l’image de Drogba a été retenue pour son parcours professionnel, les résultats du joueur. La suite nous a donné raison et franchement, avec ce qu’il a fait en Coupe du monde en marquant contre le Brésil, les retombées pour Kaporal dépassent tout ce que nous avions espéré", résume Vincent Driancourt, le responsable de la communication de la griffe de jean’s. Bref, si Didier Drogba n’est toujours pas de retour sur la Canebière, sa cote d’amour est tel- le que le contrat conclu par Kaporal porte sur deux saisons. Mais Kaporal aurait-elle pu faire un autre choix ? "Nous avions déjà travaillé avec le joueur de rugby Frédéric Michalak. Un moment, il avait été envisagé de s’écarter du sport. Mais nous avons été bien inspirés." Pour Beuchat, une autre marque marseillaise, spécialisée dans la plongée, le sport est un moyen de communication quasiment naturel. "C’est un vecteur de notoriété, bien sûr, mais c’est aussi une caution pour nos produits. Les gens voient que des spécialistes s’équipent chez nous : c’est forcément gratifiant, rassurant", résume Cyrille Torres, en charge du marketing au sein de Beuchat. C’est pourquoi l’entreprise s’est attachée l’image de Pierre Roy, champion de France de chasse sous-marine et surtout de Pedro Carbonel, triple champion du monde. "Avec eux, il y a la caution qualité car ils nous aident à faire évoluer les produits. C’est aussi cet aspect que nous incluons dans notre communication." Une démarche partagée par Shark, le fabricant de casques de moto. Preuve que l’image sportive est un atout. Jean-Luc CROZEL monde. L’Angleterre avait battu la France en demi-finale lors d’un match qui avait rapporté 5,7 millions d’euros d’écrans publicitaires à TF1 contre... 8,5 millions au mois de juin pour France-Uruguay en Afrique du Sud. Les chiffres ramènent à la raison tous ceux qui rêvent de détrôner le foot dans le cœur des annonceurs : sur 1 917 marques "visibles à la télé" en 2006, 1 231 étaient présentes sur des supports foots. Expert réputé, Bruno Lalande (kantarmédia) ne conteste pas que "le rugby soit un choix" possible d’investissement publicitaire "comme il en existe beaucoup d’autres, à condition que les objectifs soient fixés et étudiés en amont, suivis et accompagnés dans l’exploitation", en clair, que la pub attire de réelles retombées. "Le sport roi reste le foot", martèle ce spécialiste des études : 45 % des Français s’y intéressent, contre 27 % pour le rugby. Le tennis s’intercale entre les deux avec 35 % d’aficionados. Les tickets d’entrée dans le sponsoring sportif, autre moyen de faire sa pub, reflètent ce hit-parade des passions : 1,65 million pour flo- Une image qui vaut des millions L’hebdomadaire américain Sports Illustrated a publié son classement annuel mondial des sportifs les mieux payés, révélant la part de leurs revenus liés à la publicité. ◗ 55. Comme le revenu annuel publicitaire, en millions d’euros, du golfeur Tiger Woods. Cela représente 78 % de ses émoluments globaux (70M¤). ◗ 2e. Derrière Woods, le sportif aux revenus dérivés les plus conséquents est un autre golfeur : l’Américain Phil Mickelson. Il émarge à 41M¤ (49M¤ globaux). ◗ BECKHAM. L’Anglais est le footballeur le plus rentable en terme d’image avec 25 millions d’euros. Il devance Lionel Messi (19M¤) et Cristiano Ronaldo (16M¤). Le premier Français, Thierry Henry, perçoit environ 7,5M¤ pour ses diverses contrats. ◗ NBA. Énorme machine à générer des millions, le championnat nord-américain de basket-ball ne dégage qu’un champion dans la partie haute. Il s’agit de LeBron James, avec 23,6M¤. Derrière arrivent respectivement Shaquille O’Neal (11,6M¤), Dwyane Wade (9,3M¤) et Kobe Bryant (7,8M¤). A.V. / PHOTO L.P. quer un maillot d’un très bon club de Top 14. Il faut débourser 6 millions pour marquer les liquettes et esprits au sommet de la ligue 1. La Fédération française de rugby la joue d’autant plus modeste que la tournée d’été dans l’hémisphère Sud a accouché de résultats médiocres. Pas de quoi déstabiliser les partenaires historiques : implantée dans 83 pays, la Société générale a même décidé de mettre le paquet sur le rugby à 7, nouveau sport olympique, "à l’international". Une victoire de la France à la prochaine Coupe du monde serait la cerise sur le gâteau. Pas d’autre exigence avouée vis-à-vis d’un sport "qui refuse toujours, malgré les sollicitations, d’afficher une marque sur son maillot national", proclame fièrement Lionel Laffitte. Renvoi à dix mètres des annonceurs mais zéro carton rouge : en 2010, droits télé et retombées marketing pèsent 45 millions sur un budget fédéral de 80 millions. Le rugby français est riche de ses valeurs, mais c’est bien de l’argent des entreprises qu’il se nourrit. Patrice MAGGIO Partenaire historique de la Fédération française de football, SFR a lancé le 22 juin dernier une vaste campagne publicitaire portée par le demi d'ouverture du RCT, Jonny Wilkinson. L'opérateur de téléphonie aurait-il recruté la star "rouge et noir" pour protester contre le comportement horripilant des Bleus en Afrique du Sud ? "Cela n'a rien à voir, rétorque Samuel Loiseau, directeur de la marque et des études chez SFR. Une campagne pareille est décidée bien en amont. Si la France avait gagné la Coupe du monde, la publicité montrant Jonny Wilkinson aurait tout de même été lancée." Pas question de lâcher le ballon rond : "Nous sommes partenaires depuis 1998 et le restons dans les bons comme dans les mauvais jours. Question de cohérence et de confiance mutuelle". Parce que le foot est "universel et populaire". En prime, ce sport colle parfaitement aux services développés par la marque sur ses réseaux, comme les alertes buts ou l'internet mobile. SFR a d'autant moins envie de passer dans le camp de l'ovalie que ses 25 millions de clients "ne nous tiennent pas rigueur de la grève de l'entraînement des Bleus". Les sponsors sont exemptés de toute responsabilité, alors que le public peste parfois contre ces joueurs pourris gâtés par le foot business. Mieux : la haute hiérarchie du football français peut se sentir redevable vis-à-vis des annonceurs. Pas de pénalité à payer mais un engagement tacite à rétablir l'image de ce sport. "Pas besoin de le dire quand cela ne va pas", précise Samuel Loiseau, toutefois toujours soucieux de "l'impact que peut avoir l'équipe de France sur le grand public". Alors pourquoi cet appel du pied au rugby avec un Jonny Wilkinson qui déclare - contre un cachet au montant confidentiel - à la clientèle professionnelle "À Toulon comme à Londres, je téléphone au même prix" ? Parce qu'il incarne "l'utilisateur potentiel qui voyage beaucoup", symbole de réussite personnelle, au physique avantageux. Bref, "nous ne l'avons pas choisi parce qu'il était rugbyman". Pour ses précédentes campagnes, SFR a fait appel à des sportifs comme Marcel Desailly ou Tony Parker, mais aussi à l'actrice Emmanuelle Béart ou à Pierre Kosciusko-Morizet, créateur du site Price Minister. Wilkinson n'est qu'un winner de plus. Même s'il devrait réapparaître rapidement dans les publicités de l'opérateur, qui avoue du bout des lèvres qu'il n'est pas indifférent "aux valeurs du rugby" comme "la confiance dans le collectif et la fiabilité". Marié au foot, SFR ne veut pas passer pour une marque infidèle. P.Mg. SFR a choisi Wilkinson parce qu'il est un symbole de réussite / PHOTO PQR personnelle, au physique avantageux. Le nageur Lacourt et le sprinteur Lemaitre, nouveaux princes de la pub Il y a encore quelques semaines, ils étaient inconnus du grand public. Leur jeunesse, leur plastique et leur excellence sportive en font désormais des athlètes "bankable". À l’image de certains acteurs en vogue. Rapidement, ils devraient apparaître dans des spots publicitaires ou dans les pages en vue des magazines. Plus qu’une prévision, c’est une évidence. Eux, ce sont Camille Lacourt, le nageur marseillais de 25 ans, et Christophe Lemaitre, le sprinteur savoyard de 20 ans. Deux garçons très différents et très proches à la fois. Dissemblables par leur sport, la natation pour le premier, l’athlétisme pour le second ; mais assez similaires dans leur look, leur caractère et la passion qu’ils déchaînent, l’engouement qu’ils suscitent. Tous les deux ont éclaboussé l’été de leurs performances aux championnats d’Europe de natation et d’athlétisme. Camille Lacourt, du Cercle des nageurs de Marseille, a été sacré dans le bassin de Budapest sur 50 et 100 mètres dos, et sur le relais 4x100 ; Christophe Lemaitre, originaire d’Aix-les-Bains, a raflé l’or sur la piste de Barcelone sur 100 et 200 mètres, et sur le relais 4x100. Leur moisson de médailles a été vécue comme une véritable Camille Lacourt, 25 ans. / PHOTO PATRICK NOSETTO bouffée d’oxygène après le mois de juin désastreux des footballeurs français au Mondial sud-africain. Pour grimper dans l’opinion publique, il vaut mieux porter bien haut les couleurs du sport français qu’organiser une grève collective de l’entraînement, dans un bus, en Afrique du Sud. L’association de la performance sportive et de l’image po- sitive laissée par les deux "blonds angéliques" a déjà tapé dans l’œil des publicitaires. Les annonceurs ont senti le bon coup, ce nouveau cocktail gagnant qui redonne le sourire à tout un pays. Lacourt et Lemaitre offrent une alternative idéale aux désagréments causés par les footballeurs. Alors que le fiasco des Bleus est loin d’être oublié, malgré les efforts de reconstruction entrepris par le nouveau sélectionneur Laurent Blanc, les deux sprinteurs détonnent par leur humilité, leur soif d’apprendre, et leurs compétences. Lacourt a été proclamé nouveau "prince charmant" de la natation, plébiscité par les femmes, adulé par les adolescentes. Le natif de Narbonne ne mettra pas longtemps à "remplir les pages de magazine, soulignent en chœur ses admiratrices. Si ça pouvait être pour de la lingerie masculine..." Lemaitre est plus timide, tout en nuances. Premier athlète blanc à passer sous la barre des dix secondes sur 100 mètres, il incarne les valeurs d’effort au service de la performance. Un gage de réussite dans le monde de l’entreprise par exemple. Finalement, au bout du sprint, les deux compères ont gagné bien plus que trois médailles d’or... Arnaud VITALIS