université du québec à trois-rivières

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université du québec à trois-rivières
L’entrepreneuriat senior : bilan des travaux et perspectives futures
Par Dominique Biron et Étienne St-Jean
Résumé
L’objectif de cette communication est de faire état des travaux qui s’intéressent
à l’entrepreneuriat senior et de dresser un bilan de ceux-ci. Lors de cet exercice, nous
mettrons en exergue les vides dans la littérature (gaps) et les avenues de recherches
potentielles sur cet objet de recherche nouveau et d’intérêt, en plus de faire ressortir
l’impact de ces connaissances sur les politiques publiques. Ce travail permettra de
constater la variété des angles d’études de l’entrepreneuriat senior ainsi que le peu de
consensus sur les résultats obtenus, laissant présager un champ de recherche peu
exploré et riche en contributions dans le but de mieux comprendre les enjeux relatifs
à la transition de carrière vers l’entrepreneuriat des seniors.
Introduction
Le segment démographique chez les personnes âgées de plus de 60 ans est en
constante progression tant dans les pays développés que ceux peu développés (United
Nations, 2014). Aux États-Unis, les personnes de plus de 65 ans représentent 12% de
la population alors qu’il y a 100 ans, ils n’en représentaient que 4.1%. En 1980, l’âge
moyen de la population américaine était de 30 ans alors qu’il sera de 40 ans d’ici
2040. D’ici 2036, on s’attend à ce que ce groupe d’âge représente 30% aux ÉtatsUnis, 40% en France et en Angleterre et 50% au Japon (United Nations, 2013). Les
raisons associées à cette forte croissance concernent principalement l’augmentation
de l’espérance de vie, le baby-gap qui se traduit par une baisse du taux de fécondité
perceptible dès 1965 et le baby-boom qui correspond à une augmentation brusque de
la natalité dans les années 1945-1965 (Rossi, 2009). Cela aura comme conséquence
d’augmenter le nombre d’individus inactifs économiquement.
Au Canada, selon Echenberg, Gauthier et Léonard du Ministère des Affaires
sociales1, l’augmentation significative de personnes accédant à la retraite exercera
une pression importante sur l’économie. Ce phénomène pourrait se traduire, selon une
1
http://www.parl.gc.ca/content/lop/researchpublications/cei-07-f.htm
étude économique réalisée par Desjardins2, par des réductions de recettes fiscales
dues à la diminution de la population active, par une baisse du PIB, par
l’augmentation de versements de rentes et par l’alourdissement des frais de santé. Ce
phénomène représente un champ d’intérêt pour la recherche qui pourrait contribuer à
accroître les connaissances sur ce sujet et à découvrir les facteurs influençant ou
entravant l’intention entrepreneuriale chez ce groupe d’âge. Ces découvertes
pourraient ultimement susciter l’intention entrepreneuriale chez les seniors et ainsi
maintenir ces individus actifs économiquement.
Le nombre de travailleurs autonomes canadiens s’élève à plus de 2,5 millions et
l’on constate que les PME sont de plus en plus indissociables en tant que moteur
économique (Tal, 2004). Un examen du secteur de la PME au cours des dernières
années a permis de constater qu’un nombre croissant de ces entreprises a été créé par
des personnes ayant 55 ans et plus. Entre 2001 et 2004, le nombre d’entreprises
exploitées par des Canadiens de plus de 55 ans a augmenté de 30% (Tal, 2004). Les
tendances démographiques associées aux constats de Tal (2004) portent à croire que
les travailleurs âgés joueront un rôle de plus en plus important dans l’économie.
Aussi pour bien cerner les enjeux relatifs à la transition de carrière vers
l’entrepreneuriat chez le senior nous avons procédé à une revue de littérature. Ce
document vise à faire une synthèse des connaissances actuelles sur l’entrepreneur qui
démarre son entreprise à un âge avancé. Des lectures de différents auteurs nous ont
permis de faire état des principales définitions, terminologies et concepts. Elles nous
offrent également la possibilité de mettre en lumière quelques chiffres chez
l’entrepreneuriat senior, de présenter une typologie, d’illustrer le processus
entrepreneurial chez le senior et de mettre en exergue les différents facteurs
influençant et motivant l’intention entrepreneuriale chez ce groupe d’âge. Nous
distinguerons les différentes barrières rencontrées par le senior dans le processus
entrepreneurial et identifierons les supports potentiels pouvant aider l’initiative
2
http://www.desjardins.com/fr/a_propos/etudes_economiques/actualites/point_vue_economique/pv0905
28.pdf
2
entrepreneuriale. À la lumière de ces lectures nous décèlerons les vides dans la
littérature (gaps) et les avenues de recherches potentielles sur cet objet de recherche.
Nous terminerons ce travail par une brève conclusion.
Définition du concept de l’entrepreneur senior
Puisque les études sur le phénomène de l’accroissement entrepreneurial chez les
personnes du troisième âge sont relativement récentes, les définitions et concepts
utilisés dans ces différentes recherches peuvent porter à confusion. Le groupe d’âge
varie d’une étude à l’autre et souvent, a été choisi en fonction des données
disponibles (Kautonen, 2008). Une variété de termes a été utilisée afin de décrire
l’entrepreneur mature. Il n’existe pas, à ce jour, de consensus dans la littérature ni sur
les termes ni sur le groupe d’âge qui le compose. La synthèse des terminologies
utilisées par les chercheurs ainsi que le groupe d’âge ciblé se retrouvent au Tableau
1. À cette terminologie, s’ajoute la distinction entre un entrepreneur senior novice et
en série, introduite par Kautonen (2008). Le premier se réfère à un entrepreneur, de
plus de 50 ans, qui démarre pour la première fois une entreprise alors que le
deuxième a déjà fondé une ou plusieurs entreprises au cours de sa vie.
S’il n’y a pas consensus sur la terminologie il n’y en a pas non plus quant à la
définition de l’entrepreneur senior. Weber et Schaper (2004), s’inspirent de la
définition de l’entrepreneur émanant de Ronsdadt (dans Fillion, 1986). Ils considèrent
cette définition comme étant un peu large, vague et difficilement mesurable, rendant
difficile la collecte de données pour les entrepreneurs seniors. Ils proposent de
simplifier ce concept afin de définir l’entrepreneur senior comme « …quelqu’un qui
après un certain âge démarre ou opère une petite ou moyenne entreprise ». Cette
définition est très simplifiée rendant plus difficile la collecte de données car au final
elle ne permet pas de cibler le groupe d’âge ni même le type d’entrepreneur, en série
ou novice. Rossi, (2009) précise un peu mieux la notion d’entrepreneur senior en le
définissant comme étant un entrepreneur qui crée pour la première fois une entreprise
et, est âgé entre 55 et 64 ans. Small (2012) définit l’entrepreneur senior comme étant
une personne âgée de plus de 55 ans exploitant sa propre affaire (compagnie,
3
partenariat ou travailleur autonome) ayant pour objectif de générer des revenus ou des
capitaux.
Tableau 1. Liste des termes utilisés et son groupe-cible
Terminologie utilisée
Groupe cible
Auteur (s)
Early retirees
Entrepreneur senior
Grey entrepreneur
55-64 ans
55-64 ans
50-75 ans
Singh et DeNoble (2003)
Rossi (2009)
Curran et Blackburn (2001)
Mature entrepreneur
55 ans et +
(entreprise de moins
de 20 employés)
50-64 ans
50 ans et +
Weber et Schaper (2007)
Older age entrepreneur
Older entrepreneur
Older entrepreneur
Second career
entrepreneur
55-65 ans
50 ans et +
(qui crée pour la
première fois une
entreprise)
Third age entrepreneur
50-64 ans
Heimonen et al. (2012)
Akola (2008)
Kautonen (2008)
Small (2012)
Wainwrigtht et al. (2011)
Dollinger et al. (1988)
Baucus et Human, (1994)
Akola (2008)
Kautonen et al. (2009)
Ainsi, la littérature ne définit pas clairement la notion de l’entrepreneur senior.
Pour certains, il est novice pour d’autres, il est autant du type novice qu’en série. La
référence d’âge est très large et varie de 50 à 75 ans. Il peut également être un
créateur d’entreprise tout comme un repreneur. Ces résultats nous permettent de
constater à quel point ce sujet est nouveau et peu exploré.
4
L’entrepreneuriat senior : quelques chiffres
Selon Ruhm (1990) la plupart des individus quittent leur emploi de carrière,
définie comme étant l’emploi occupé le plus longtemps dans une firme, bien avant
l’âge normal de retraite. Le résultat de ces recherches démontre que plus de 20% des
individus quittent leur emploi à l’âge de 50 ans, plus de 30% à 55 ans et 50% à 60
ans. Au final, ce ne sont que 36 % des individus qui prennent une retraite immédiate
et définitive et environ 50% qui réintègrent le marché du travail pour au moins 5
années de plus. Les travaux plus récents de Giandrea et al., (2009) confirment les
résultats de Ruhm (1990) et démontrent que 60% des retraités retournent sur le
marché du travail et, de ce pourcentage 40% deviennent travailleurs autonomes..
Le portrait global de l’entrepreneuriat au Québec réalisé par la Fondation de
l’Entrepreneurship (2012) indique une nette tendance chez l’individu à opter pour une
carrière entrepreneuriale tardive. L’indice entrepreneurial révèle que 40% des 35 à 54
ans qui ne sont pas encore en affaires, n’excluent pas de se lancer en affaires un jour.
De plus, 78% d’entre eux considèrent que l’entrepreneuriat est un choix de carrière
désirable. Ce pourcentage augmente à 83% chez les 55 ans et plus. Par ailleurs, les
données provenant du GEM3 en Australie (Hindle et Rushworth, 2002) démontrent
que le niveau culminant de l’activité entrepreneuriale s’est déplacé du groupe d’âge
des 35-44 ans vers le groupe d’âge des 45-54 ans (Weber et Schaper, 2004).
L’augmentation significative de personnes accédant à la retraite exerce une
pression importante sur les systèmes de pension existant dans la majorité des pays
industrialisés. Dans le but d’initier l’élaboration de politiques gouvernementales qui
inciteraient avec succès le report à la retraite définitive, Flynn (2010) tente d’élaborer
une typologie des travailleurs âgés à l’aide d’une revue de littérature. Les résultats de
ses recherches révèlent qu’il existe un grand nombre de travailleurs ayant différentes
expériences de travail qui influencent la prise de la retraite ou non. Ainsi, il est
3
Global Entrepreneurship Monitor for Australia
5
pratiquement impossible, selon Flynn (2010) d’élaborer une typologie simple et une
politique universelle et adaptable pour tous.
L’entrepreneur senior : processus et typologie
Le processus entrepreneurial chez le senior, selon Baucus et Human (1994) peut
commencer plusieurs années avant sa mise en œuvre ou très rapidement suite à un
congédiement ou à une restructuration d’entreprise. Le pressentiment d’un départ,
volontaire ou involontaire, influence le temps de préparation et de démarrage de
l’entreprise et par conséquent le type de processus utilisé. Le processus de fin
d’emploi chez les personnes âgées peut suivre différents chemins ou diverses
combinaisons d’emplois après la carrière (Ruhm, 1990; Singh, 1998).
Cette période de transition qui existe entre la fin d’une carrière à titre
d’employé et le début effectif de sa retraite définitive est appelée « bridge
employment » (Ruhm, 1990; Sing 1998; Sing et DeNoble, 2003; Baucus et Human,
1994). Utilisant le modèle économique découlant de la théorie du choix entre le
revenu et les loisirs, Singh (1998) s’intéresse au type de transition entre le départ à la
retraite et la retraite définitive tout en examinant les antécédents en termes de santé,
de richesse, d’historique de l’emploi et des conditions macroéconomiques. Il classifie
l’emploi de transition en quatre types de passages possibles:
 Transition immédiate : passage à la seconde carrière sans période d’arrêt
de travail;
 Transition temporaire : court passage à la seconde carrière sans période
d’arrêt de travail;
 Transition interrompue : interruption du travail précédant le passage à la
seconde carrière;
 Transition décourageante : longue période sans emploi, pas de passage
vers une seconde carrière.
Selon Baucus et Human (1994), cette période de transition fait partie du
processus entrepreneurial chez la personne âgée et désigne plus spécifiquement toute
6
activité rémunérée après qu’une personne ait pris sa retraite ou ait commencé à
toucher sa pension, Statistiques Canada4 traduit ce terme par « emploi de transition ».
Cette période d’emploi de transition est prédestinée à être une caractéristique du
marché de l’emploi des retraités puisqu’elle devient une source de revenus
supplémentaires très intéressante (en plus de la pension de sécurité) et elle contribue à
augmenter l’espérance de vie des personnes âgées puisqu’elles demeurent actives et
intégrées socialement (Baucus et Human, 1994).
Le processus entrepreneurial serait distinctif chez le senior, selon Baucus et
Human (1994). S’inspirant de la définition de Van de Ven (1992) qui décrit le
processus entrepreneurial comme étant une séquence de fonctions et d’activités ou de
comportements associés à une perspective d’opportunités découlant vers un
évènement entrepreneurial : la création d’une organisation. Cette création se traduit
par un processus de démarrage qui peut impliquer des changements cumulatifs
incrémentaux ou elle peut entraîner un changement brusque entre les périodes de
stabilité relative de l’emploi et celle de l’entrepreneuriat, décrit comme étant un
équilibre ponctuel. Pour Baucus et Human (1994), ces deux types de processus
entrepreneuriaux utilisés par les individus seniors qui entreprennent une seconde
carrière, se traduisent comme étant un « changement par étape» ou un « équilibre
ponctué ». Ces processus se différencient par la quantité de phases, l’identification
des opportunités, le lien avec le domaine de travail précédent et le type d’entreprise
créée.
Les personnes retraitées, selon Baucus et Human, (1994), qui suivent un
processus de « changement par étape » développent généralement le produit et les
compétences avant de prendre leur retraite et agissent avec de courtes phases afin de
passer dans le monde des affaires. Ceux qui utilisent un processus «d’équilibre
ponctué » agissent de façon abrupte en passant rapidement d’un mode d’employé à
celui d’entrepreneur et investissent dans une entreprise qui n’a pas nécessairement de
lien avec leur domaine d’expertise. Les compétences acquises lors de la carrière
4
http://www.statcan.gc.ca/pub/75-001-x/2008111/article/10719-fra.htm#a1
7
semblent déterminantes dans le choix du processus utilisé. Ainsi, un retraité ayant des
compétences de type technologique aura tendance à utiliser un processus incrémental
et créer une entreprise dans un domaine d’activité reliée au sien. Il aura développé les
compétences nécessaires tout au long de sa carrière et aura déjà amorcé une attitude
entrepreneuriale. Ces types d’entrepreneurs ont tendance à voir leur départ comme
étant involontaire. Alors qu’un retraité avec des compétences managériales utilisera
un processus d’équilibre ponctuel, démarrant son entreprise rapidement, dans un autre
domaine d’activité et utilisera son réseau afin d’assurer la croissance nécessaire à son
entreprise. Ces types d’entrepreneurs ont tendance à voir leur départ comme étant
volontaire (figure 1).
Première expérience d’emploi:
 Rôle d’un modèle ou
entrepreneur au départ
 Orientation de carrière
Vision de la cessation
d’emploi:
 Volontaire
 Non volontaire
Processus entrepreneurial:
 Fonctions, activités et comportement
 Conduit vers un évènement
entrepreneurial
Réseau:
 Taille
 formel et informel
Figure 1 – Processus entrepreneurial et variables antécédentes
Adapté de Baucus et Human, 1994
Singh et DeNoble (2003) ainsi que Baucus et Human (1994) identifient les
variables antécédentes à la carrière de l’individu senior comme ayant un impact sur le
processus décisionnel vers l’entrepreneuriat. Selon ces chercheurs, l’expérience
première acquise modifie la nature du processus pour entrer en affaires. Par ailleurs,
les recherches de Baucus et Human (1994) démontrent également l’importance des
compétences individuelles et de la présence d’un réseau social dans le processus
entrepreneurial chez le senior
8
Singh et DeNoble (2003), inspirés des recherches de Baucus et Human (1994)
sur le processus entrepreneurial, élaborent une typologie des entrepreneurs seniors
basée sur la propension à prendre des risques. Selon ces auteurs, chaque type
d’entrepreneurs seniors agit différemment dans sa nouvelle carrière entrepreneuriale.
Plusieurs
facteurs
contribuent
à
expliquer
l’augmentation
de
l’activité
entrepreneuriale chez les seniors et peuvent être de deux types: négatifs ou « push » et
positifs ou « pull ». Les facteurs de types positifs émanent d’un souhait alors que les
facteurs de types négatifs proviennent d’éléments non désirés par exemple un
licenciement. Partant d’hypothèses théoriques sur les facteurs et motivations
influençant l’intention entrepreneuriale ainsi que sur le processus entrepreneurial
élaboré par Baucus et Human (1994), ils discernent l’entrepreneur senior refoulé,
rationnel ou contraint. La description quant au type de motivation, des
caractéristiques, du processus entrepreneurial et du lien ou non avec l’historique du
domaine d’activité, pour chaque type d’entrepreneur senior, sont représentés au
Tableau 2.
Weber et Schaper (2004), bonifient la typologie de Singh et DeNoble (2003) en
y ajoutant une catégorie d’entrepreneurs seniors, qu’ils appellent « life-style
entrepreneur ». Ce type d’entrepreneur est motivé par la réalisation d’une passion
personnelle tout en ayant un souci de rentabilité. Par exemple, un individu passionné
de vélo décide d’exploiter une boutique spécialisée dans ce domaine. Nous traduisons
ce terme par «entrepreneur de passion ».
Singh et DeNoble (2003) élaborent un modèle théorique (figure 2), inspiré de
leur propre typologie et des travaux de Baucus et Human (1994),
illustrant le
processus de transition au moment où l’individu quitte son emploi et fait le choix
entre le retour sur le marché du travail ou la retraite définitive. La décision de retour
sur le marché du travail serait influencée par quatre variables : un revenu d’appoint
insuffisant afin de combler la perte de salaire suite à la retraite, une bonne santé, un
attachement au travail et des conditions macroéconomiques offrant un faible taux
d’emploi. Suite à la décision du retour au travail, l’individu senior a le choix entre
9
redevenir salarié ou opter pour une carrière entrepreneuriale. Ce dernier choix serait
fortement influencé par l’accès à du capital financier à un faible taux et à des
subventions, par la présence d’un réseau de contacts, par l’absence de contraintes
familiales et par une attitude personnelle entrepreneuriale.
Lien avec
domaine
d’expertise
Processus
utilisé
Caractéristiques
Type de
motivation
Tableau 2 – Motivation et caractéristiques par type d’entrepreneur senior, adapté
de Singh et DeNoble (2003) et Baucus et Human (1994)
Entrepreneur senior
Entrepreneur senior
Refoulé
Rationnel
PULL
Entrepreneur senior
Contraint
PUSH
Facteurs de motivation positifs
Facteurs de motivation
négatifs
Possède des
dispositions à
l’entrepreneuriat,
mais ne les a pas
mis en œuvre durant
sa carrière dues à
des contraintes
perçues ou réelles
Sa motivation est de
réaliser son rêve, un
accomplissement
personnel
Équilibre ponctué
Procède à une
comparaison entre
l’avantage de
conserver son emploi
actuel ou d’opter pour
l’entrepreneuriat
Devient entrepreneur par
obligation dû à un
manque d’opportunités
d’emploi durable
Recherche d’autres
motivations telles
que le prestige,
l’honneur, l’argent, le
respect.
Par étape (se prépare
minutieusement)
Manque de ressources
financières lui permettant
de conserver son niveau
de vie
Agressif autant dans Moins agressif dans
les domaines non
des domaines non
apparentés
apparentés
qu’apparentés
Équilibre ponctué
Moins agressif dans des
domaines non
apparentés, portés à
choisir des domaines
avec peu de barrières à
l’entrée
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Facteurs influençant le retour au travail
Santé
Quitte
son
emploi
Richesse
Historique de
travail
Retourne au travail
Conditions macroéconomique
Marché du travail
Refoulé
Travailleur autonome
Retraite définitive
Rationnel
Contraint
Liquidités
Contingences
environnementales
Caractéristiques
individuelles
Réseaux
Facteurs influençant la décision de devenir entrepreneur
Figure 2 – Modèle du processus décisionnel sur le choix de retour au travail ou non
pour les préretraités (Adapté de Singh et DeNoble, 2003)
Intentions et motivations d’entreprendre chez les seniors
Plusieurs facteurs contribuent à expliquer l’augmentation de l’activité
entrepreneuriale chez les personnes seniors. Ils peuvent être de nature positive ou
négative tel que décrit par Singh et DeNoble (2003) dans leur typologie et par Weber
et Schaper (2004). Ils peuvent s’exprimer comme étant un avantage ou comme étant
une entrave à l’intention d’entreprendre. Les facteurs de types positifs peuvent se
traduire par le désir d’indépendance, par le souhait d’augmenter ses revenus dans le
but de réaliser ses rêves ou encore par le désir de demeurer actif et ainsi augmenter
son inclusion sociale (Weber et Schaper, 2004; Heimonen et al., 2012). Les facteurs
de types négatifs peuvent émaner d’un licenciement, d’une insatisfaction face à
l’emploi occupé ou lorsqu’aucune autre alternative de carrière ne permet de combler
le besoin en ressources financières. Une synthèse des facteurs recensés dans la
littérature est présentée au Tableau 3.
11
Tableau 3 – Synthèse des facteurs influençant l’intention de types positifs et négatifs
Positifs
Opportunités d’affaires
Négatifs
Désavantagé sur le marché du
travail, ne peut trouver d’emploi
Désir d’indépendance (selon Curran et
Blackburn (2001), ce facteur est
particulièrement sensible aux entrepreneurs
seniors)
Licenciement
Portfolio de sa carrière
Discrimination liée à l’âge
Croissance du besoin de savoir et de
transmission du savoir
Baisse du niveau d’opportunités
dans le marché du travail
traditionnel
Désir d’augmenter ses revenus afin de
maintenir son niveau de vie (Kautonen 2008)
Insuffisance de revenus (pension
inadéquate)
Santé (Heimonen et al., 2012)
Ressources financières (Singh et DeNoble, 2003)
Âge (Wainwright et al., 2011; Ainsworth et Hardy, 2008
Il est à noter que certains facteurs jouent un double rôle, positif ou négatif sur
l’intention entrepreneuriale chez le senior, c’est le cas notamment de la santé, des
ressources financières et de l’âge. Une bonne santé peut autant inciter qu’à freiner le
senior désirant jouir d’une retraite en toute liberté et capacité de voyager. Une
mauvaise santé pour un senior qui occupe un poste demandant un effort physique
pourrait être un incitatif de type négatif à entreprendre lui permettant ainsi de quitter
son emploi qui lui demande trop (Heimonen et al., 2012). L’accumulation de
ressources financières peut être considérée comme étant une occasion d’investir dans
une entreprise ou encore comme étant la possibilité de suivre une retraite dorée
(Singh et DeNoble, 2003). Et enfin, l’âge jouera un rôle positif ou négatif
dépendamment de la perception que la personne âgée et son entourage ont vis-à-vis
de l’âge « normatif » pour démarrer un tel projet (Wainwright et al, 2011; Ainsworth
et Hardy, 2008). L’âge peut être également un avantage pour le senior (Rotofoss et
Kolvereid, 2005).
12
L’intention d’entreprendre diminue avec l’âge, selon Rotofoss et Kolvereid,
(2005), par contre la capacité d’entreprendre augmente avec l’âge dû principalement
à la disponibilité de capitaux, la présence d’un large réseau de contacts et l’expertise.
Lévesque et Minniti (2006) abondent dans ce sens et nuance l’avantage lié à la
présence de capitaux en ce sens que l’intention entrepreneuriale dépend du coût
d’opportunités. Plus l’individu vieillit moins il est disposé à investir son temps dans
des activités qui ne produisent pas un retour immédiat sur son investissement.
S’inspirant de la théorie du comportement planifié (Azjen, 1991), Kautonen et
al. (2009) cherchent à comprendre si la perception de l’âge a un impact sur l’intention
d’entreprendre chez les seniors. Le postulat de base est que la compréhension
subjective des individus relativement à l’âge normal perçu pour entreprendre agit
directement sur les variables antécédentes à l’intention d’entreprendre du modèle de
Azjen. Ces variables sont composées de la perception du comportement
entrepreneurial, des normes subjectives perçues et du contrôle perçu de son
comportement. Les résultats de cette recherche démontrent d’abord que les individus
seniors perçoivent comme étant socialement acceptable le fait de démarrer une
entreprise dans la mesure où ce sentiment est partagé par la société dans laquelle ils
évoluent et par leurs proches (amis, familles, réseaux). Les résultats confirment
également une relation indirecte sur l’intention d’entreprendre entre l’âge normal
perçu et les normes subjectives perçues. Ainsi, les personnes significatives et la
société en général influencent la perception qu’a l’individu quant à l’acceptabilité
sociale d’entreprendre au troisième âge.
Heimonen et al. (2012), à la suite d’entrevues avec des individus seniors ayant
l’intention d’entreprendre, recoupent et catégorisent les différents facteurs qui
ressortent de la question
« pourquoi voulez-vous devenir entrepreneur ? » Les
facteurs sont autant d’ordre positifs que négatifs tel que nous l’avons recensé dans la
littérature mais également aux niveaux, social, socio-culturel, économique,
psychologique, individuel et disponibilité de ressources (Figure 3).
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Facteurs économiques:
Caractéristiques
individuelles :
Opportunité de maintenir
un bon niveau de santé
Facteurs
psychologiques :
Besoin
d’accomplissement;
désir d’apprendre;
besoin de se sentir soimême et utile à la
société
Création de richesse;
Revenue stable et fiable;
Acquérir une pension et
diminuer l’incertitude
économique. L’argent
n’est pas le plus
important.
POURQUOI LES
PERSONNES ÂGÉES
VEULENT
DEVENIR
ENTREPRENEUR ?
Facteurs positifs et
négatifs:
Positifs: augmenter le
revenu; exploiter les
opportunités;
apprentissage, inclusion
social; accomplissement
Négatifs : perte d’emploi;
peur du sans-emploi; pas
d’alternative; pension
insuffisante;
discrimination
Ressources :
Financières, savoir-faire;
support du réseau; accès à des
formations de mise à niveau
Facteurs sociaux :
Coupure d’emploi; restructuration;
discrimination sur l’âge; pension moins
attrayante
Facteurs socio-culturels :
Âge normatif; attitude positive
face à l’entrepreneuriat
Figure 3 – Combinaison des facteurs explicatifs de l’entrepreneuriat senior
(Adapté de Heimonen et al., 2012)
Déterminants ou barrières liées à l’entrepreneuriat senior
Le niveau d’insatisfaction de l’emploi actuel ou le désir de réaliser un but
personnel ou de passer plus de temps avec sa famille sont des facteurs incitatifs à la
propension ou non de créer une entreprise (Baucus et Human, 1994; Kibler et al.,
2011). En contrepartie, le sentiment d’être trop vieux, de vivre une insécurité
financière, de subir trop de pression, de ne pas posséder assez de connaissances ou
d’avoir trop d’heures à travailler, sont aussi des facteurs déterminants négatifs
(Curran et Blacburn, 2001). Pour susciter l’intention entrepreneuriale chez les seniors,
Curran et Blackburn (2001) estiment qu’il est nécessaire, dans un premier temps,
d’influencer la société afin qu’elle perçoive les personnes âgées comme étant des
personnes énergiques désirant jouer un rôle et saisir les opportunités plutôt que de les
14
voir comme étant des personnes déjà accomplies. Ensuite de diminuer la précarité des
sources de revenus chez ce groupe d’âge et enfin de réduire les risques liés à la santé.
Pour Singh et DeNoble (2003), les préretraités (moins de 55 ans) sont en bien
meilleure position que le reste de la population pour devenir entrepreneurs puisqu’ils
possèdent un bagage de vie plus important. Celui-ci peut se traduire, tel que nous
l’avons vu précédemment, par la présence de richesse permettant un meilleur accès
aux ressources financières ou par la connaissance et l’expertise contribuant à
augmenter une confiance relative quant à leur capacité à entreprendre et à gérer leur
propre entreprise. Ainsi, les entrepreneurs seniors sont relativement avantagés
comparativement aux jeunes entrepreneurs par une position financière plus forte, une
plus grande expérience et un réseau social plus élaboré (Weber et Schaper, 2004;
Rossi, 2009; Singh, 2009; Curran et Blackburn, 2001, Baucus et Human, 1994;
Terjesen, 2005). L’historique de l’emploi précédent la retraite est un levier très
efficace dans la création d’un réseau de contacts riches et diversifiés (Baucus et
Human, 1994). Selon ces auteurs, un retraité provenant d’un milieu « orienté
technologique » aura un réseau social moins fort qu’un gestionnaire retraité alors que
ce dernier aura développé au fil des années un réseau formel et informel varié.
Kautonen et al. (2010) s’intéressent particulièrement à l’impact que pourrait
avoir l’historique de l’emploi sur l’intention d’entreprendre en comparant le jeune
entrepreneur (« prime age ») âgé entre 20 et 49 ans et l’entrepreneur senior âgé entre
50 et 64 ans. S’inspirant de la théorie du comportement planifié (Ajzen, 1991) à
l’effet que plus forte est l’intention de s’engager dans une action, plus efficace sera la
performance de cette action, alors quel sera le rôle du bagage de l’emploi de
l’individu sur son intention d’entreprendre ? Son échantillonnage comprend des
travailleurs provenant de trois catégories d’emploi, les cols bleus, les fonctionnaires
et la petite entreprise. Les résultats démontrent que, seule la catégorie d’emploi des
cols bleus aurait un impact négatif sur l’intention d’entreprendre dû principalement au
manque de croyance sur l’habileté et la capacité de gérer une entreprise et au manque
de support. Ses recherches, ayant ses limites, démontrent que l’historique d’emploi
15
devient un déterminant à une étape avancée de la carrière chez l’individu (Kautonen
et al, 2010).
La fenêtre d’opportunités à entreprendre, selon Harvey et Evans (1995), peut se
présenter à différentes étapes de la vie d’un individu. La prise de la retraite est une de
ces fenêtres alors que l’individu possède une large expérience du monde des affaires,
un vaste réseau de contacts et un meilleur accès aux ressources. Par conséquent et
considérant que le développement d’opportunités nécessite du temps (Vaghely et
Julien, 2010), l’information, la connaissance et l’expertise qui découlent de ces
années de travail confèrent à l’entrepreneur senior un certain avantage dans
l’interprétation et la compréhension des indicateurs permettant de découvrir ou
construire des opportunités. Les résultats obtenus par Kautonen (2007) et Akola
(2008) confirment cet avantage et indiquent l’identification d’opportunités comme
étant une source de motivation importante chez le futur entrepreneur senior (plus fort
chez la femme selon Akola, 2008). Akola (2008) met en évidence la corrélation
potentielle entre l’éducation, l’identification d’opportunités et l’auto-efficacité. Plus
le niveau d’éducation est élevé plus aisément l’individu procède à l’identification
d’opportunités et plus il aura confiance dans ses compétences pour les mettre en
œuvre.
Weber et Schaper (2004) abondent dans le même sens que Harvey et Evans
(1995) en identifiant certains critères qui contribuent à augmenter l’identification
d’opportunités chez l’entrepreneur senior. Notamment, la connaissance technique,
l’expérience de gestion, l’expérience de l’industrie, l’expérience de vie et la présence
d’un vaste réseau social. L’absence d’une éducation ou d’expertise (technique et
managériale), qui semblent être des variables importantes dans l’identification
d’opportunités, pourrait être comblée par la présence d’un vaste réseau social. Les
résultats des recherches de Heimonen et al., (2012) placent également au premier
plan l’importance, pour le senior, d’identifier des opportunités d’affaires avant
d’entreprendre. Cela lui assure un revenu stable et profitable en lien avec sa passion.
16
Le fait d’avoir eu un modèle entrepreneurial dans la famille proche est
également un déterminant important dans la création entrepreneuriale. Les individus
préretraités, qui ont pu observer la performance d’un parent ou d’un proche,
développe plus rapidement un intérêt entrepreneurial et sont mieux préparés pour
cette orientation de carrière (Singh, 2009; Baucus et Human, 1994). Par ailleurs, les
recherches de Singh (2009) démontrent qu’un entrepreneur qui a déjà eu un proche
entrepreneur a de meilleures chances de succès. Par contre, le fait d’avoir un modèle
entrepreneurial, selon Baucus et Human (1994) ne compense pas nécessairement pour
le manque d’expertise du domaine d’activité entrepreneuriale. Le mentorat et le
support peuvent offrir guide et soutien aux entrepreneurs naissants, ce qui pourrait
permettre de soustraire certaines barrières au démarrage (Baucus et Human, 1994;
Kautonen et al., 2008; Kibler et al, 2011).
Le succès à long terme lié à l'entrepreneuriat est défini comme étant une
évaluation subjective de la situation globale de la vie d'une personne où l’esprit
d'entreprise et la réussite font partie de la vie de l’individu (Heimonen et al., 2012).
Ainsi, le style de vie, avoir du plaisir, faire ce que l’on veut ou réaliser un loisir tout
en ayant un revenu ou travailler pour soi, sont tous des facteurs influençant
l’identification d’opportunités d’exploitation d’une entreprise chez les personnes du
troisième âge. Heimonen et al., (2012) questionnent les seniors afin de comprendre
les facteurs supportant ou entravant l’intention entrepreneuriale. Ils élaborent un
modèle à partir des réponses obtenues (Figure 4).
Une analyse individuelle détaillée sur des femmes entrepreneurs seniors
réalisée par Kean et al. (1993) fait ressortir cinq caractéristiques majeures et
déterminantes afin d’assurer un succès entrepreneurial chez ces femmes âgées : un
fort désir d’autonomie (contrôler sa vie), une volonté d’indépendance (capacité de
compter sur soi de façon économique, mentale, physique et sociale), confiance en soi
(habileté de faire les choses pour soi), une efficacité personnelle (capacité
d’influencer les conditions environnantes, capacité créativité) et un support
intergénérationnel (encouragement et compréhension de son entourage). McKay
17
(2001), considère que le processus entrepreneurial et le style de réflexion seraient
différents chez les femmes, et encore plus chez les femmes âgées. Selon cet auteur, il
serait juste d’évaluer séparément les facteurs de motivation et de succès chez les
femmes et les hommes.
Facteurs
supportants
Expérience de vie et
le réseau formel et
informel
Possède déjà les
équipements, donc
peu d’investissement
Industrie potentielle
et possède le savoir
faire
Expérience de
démarrage
d’entreprise
Formation sur
l’entrepreneuriat
Subvention
Compréhension des
besoins des clients
Partenariat d’affaires
Style de vie
Supplément de revenu; recherche de succès
personnel et financier; avoir du plaisir, faire ce
que l’on désire en ayant un revenu; possibilité
de travail à mi-temps; petite entreprise; travail
et heure flexible avec de longue fin de semaine;
opportunité de maintenir une bonne santé
QUELS SONT LES
FACTEURS
INFLUENÇANT
L’IDENTIFICATION
ET
L’EXPLOITATION
D’OPPORTUNITÉS
D’AFFAIRES ?
Performance
Facteurs entravants
Incertitude des
revenus
Mauvaise santé
Stéréotypes négatifs
Peu de possibilité de
subvention
Stabilité et profitabilité, contrôle
de la croissance; pas une
entreprise innovante et à fort
potentiel de croissance; travail
pour soi; succès est subjectif à
l’évaluation de l’individu
Bonne santé
Figure 4 – Facteurs influençant l’identification d’opportunités d’affaires et de
démarrage par les personnes âgées étant des entrepreneurs naissants (Adapté de
Heimonen et al., 2012)
L’accompagnement et le soutien aux seniors
Considérant le nombre de jeunes retraités ayant une expérience et une capacité
financière propices à l’entreprenariat et considérant la possibilité que ces
entrepreneurs expérimentés soient privés de leur droit au travail après la retraite, la
18
promotion de l’entreprenariat chez les personnes âgées peut être vue comme une
option potentielle politique afin de prolonger le temps de travail, réduire le taux de
chômage, accroître l’inclusion sociale et pallier au défi économique causé par le
vieillissement de la population (Singh, 2009; Kautonen et al., 2009).
Les résultats des recherches de Singh (2009) démontrent qu’il y aurait des
économies importantes à promouvoir l’entrepreneuriat chez les personnes âgées. Ces
encouragements permettraient de réduire l’incertitude quant au revenu de retraite et
pourrait réduire le taux d’utilisation des programmes de sécurité sociale. Par contre,
les données de ses recherches ne permettent pas de vérifier s’il y aurait un retour
positif sur l’investissement relié à ce support. Il est, en effet, très difficile de mesurer
la valeur ajoutée du support financier ou de l’encadrement.
Singh (2009) propose d’autres façons de stimuler l’entrepreneuriat comme par
exemple offrir des programmes de formation adaptés aux personnes âgées permettant
une meilleure compréhension des étapes de démarrage ou encore en élaborant des
programmes promotionnels afin d’inciter les futurs entrepreneurs seniors en offrant
des subventions ou encore des exemptions de taxes. Curran et Blackburn (2001)
posent la question, sans y répondre, pourquoi et comment des politiques de support
pourraient inciter l’entrepreneuriat chez ce groupe d’âge et serait-ce rentable de le
faire ? À l’heure actuelle, les données empiriques sur ce sujet sont insuffisantes.
Kautonen et al. (2010) stipulent que si la volonté gouvernementale est
d’accroître l’activité entrepreneuriale chez les personnes âgées, il est nécessaire
d’élaborer un portfolio et d’offrir différents outils facilitant le démarrage d’une
entreprise pour ce groupe d’âge. L’étude réalisée par Kautonen et al. (2009) confirme
la relation entre la perception de l’âge et l’intention entrepreneuriale. C’est ce dernier
constat qui amène ces auteurs à confirmer l’importance que toute politique
gouvernementale visant à accroître l’activité entrepreneuriale chez les personnes du
troisième âge, devrait inclure des mesures favorisant l’acceptabilité sociale. De plus,
l’objectif poursuivi ne devrait pas seulement être la croissance économique, mais
19
également celui d’augmenter la qualité de vie des personnes du troisième âge. Pour
Heimonen et al. (2012), il importe également d’offrir une plus grande flexibilité dans
les revenus associés aux systèmes gouvernementaux sans pénaliser la personne âgée
dans son intention d’entreprendre.
Se basant sur la croyance voulant que les entrepreneurs seniors aient plus de
succès que les jeunes entrepreneurs due à une plus grande expérience et de meilleurs
atouts (Blackburn et al., 1996 dans Weber et Schaper, 2004; 2007), Weber et Schaper
(2007) réalisent une étude sur un groupe de 167 propriétaires d’établissements
d’hébergement en Australie. L’analyse porte sur trois unités de mesure, le succès
global, le succès personnel et le succès d’affaires. Les résultats démontrent que les
entrepreneurs seniors ont moins de succès comparativement aux jeunes entrepreneurs.
Pourtant à la même époque, une étude démontre que généralement en Australie 11%
des entrepreneurs seniors considèrent avoir du succès en affaires comparativement à
6% chez les entrepreneurs, tous âges confondus.
L’étude de Verheul et Van Stel (2007) évalue l’impact de l’importance de la
diversité entrepreneuriale; celui qu’hommes ou femmes; jeunes ou âgés, scolarisés ou
peu scolarisés ont sur la croissance économique d’un pays. Ils ont étudié les données
du GEM en 2002 provenant de 36 pays sur sept variables : l’activité entrepreneuriale
au stade de démarrage, les compostions en fonction de l’âge, le genre, l’éducation, le
revenu per capita, la croissance du PIB et l’index de croissance de la compétitivité.
Les résultats obtenus sur la diversité en fonction du genre ou de l’éducation
concernent tous les groupes d’âge des entrepreneurs. Pour ce qui est des résultats
obtenus à l’égard de l’âge, il appert que l’entrepreneur âgé entre 45 et 64 ans a un
faible impact sur l’économie dans les pays riches alors que le jeune entrepreneur entre
18 et 24 ans a un fort impact. Par contre dans les pays moins riches c’est le contraire.
Cela s’explique par le fait que l’entrepreneuriat est moins connu et stimulé dans ces
pays, que la plupart des entreprises démarrées dans ces contrées le sont surtout à
cause d’un manque à gagner et sans expertise.
20
Les entrevues réalisées par Heimonen et al., (2012) avec des personnes âgées
ayant l’intention d’entreprendre ou ayant déjà démarré leur entreprise, permettent de
faire ressortir les différents types de supports qui pourraient influencer le senior à
entreprendre. Les personnes interrogées désirent obtenir un support social par les
pairs, recevoir de la formation, avoir accès à des centres d’aide au démarrage, pouvoir
assister à des séminaires encourageant l’entrepreneuriat chez ce groupe d’âge ou
encore démystifiant l’entrepreneuriat senior auprès de la population. Heimonen et al.,
(2012), conceptualisent l’ensemble des composantes pouvant supporter les personnes
âgées dans la réalisation de leur entreprise (Figure 5).
Institutionnel
Modification des lois, éviter
les pénalités monétaires
Réflexion en focus
groupe
Intégrer les personnes à
l’emploi et
Les personnes sans
emploi en général et
chez les personnes âgées
Système flexible
COMMENT SOUTENIR
L’INITIATIVE
ENTREPRENEURIALE
CHEZ LES PERSONNES
ÂGÉES PEUT ÊTRE
SUPPORTÉE ?
Culturel
Accroître la perception
positive face à la
création d’entreprises
chez les personnes âgées
Conscience publique
Portfolio et outils
Élaboration de réseaux de contact
Support par les pairs
Séminaires, évènements sur l’entrepreneuriat senior
Favoriser l’émergence d’entreprises innovantes
Figure 5 – Items nécessaires au support au démarrage d’entreprise chez les personnes
âgées (adapté de Heimonen et al., 2012)
21
Conclusion
Tous les auteurs ayant fait l’objet de cette revue de littérature s’entendent sur le
fait que les recherches dans le domaine entrepreneurial chez les seniors sont peu
nombreuses et qu’il reste de nombreuses recherches empiriques autant qualitatives
que quantitatives à réaliser. Les thématiques de recherche sont peu variées et sont
majoritairement de type exploratoire. La plupart des ouvrages cherchent à
comprendre les intentions et les motivations des personnes retraitées à entreprendre.
On cherche à comprendre pourquoi entreprendre à cet âge, quels sont les facteurs qui
influencent ou freinent l’intention entrepreneuriale et comment différentes politiques
d’aide pourraient venir soutenir, voire même encourager, cette initiative
entrepreneuriale.
Cette synthèse de la littérature nous permet de constater que le phénomène
croissant d’intention entrepreneuriale chez les personnes âgées est de plus en plus un
champ d’intérêt pour la recherche. Nous avons tenté de mettre à jour les facteurs qui
incitent les personnes âgées à faire le choix d’une deuxième carrière entrepreneuriale.
Nous avons inclus la description de certaines recherches et diverses théories
élucidées. Malgré cela, nous avons constaté que très peu de choses sont connues en ce
qui concerne ces entrepreneurs seniors.
Il semble réel que les seniors soient aussi capables de démarrer une entreprise
que leurs vis-à-vis plus jeunes et ils le font de plus en plus. Quel type d’entreprise
érigent-ils en termes d’envergure et de possibilités de croissance ? Comment ces
personnes, déjà âgée de 50 ans et plus, conçoivent-elles l’avenir de leur entreprise ?
La mise en œuvre du processus de relève entrepreneuriale doit suivre, généralement,
un long cheminement qui s’échelonne sur un horizon d’un à cinq ans. Au Québec, on
s’inquiète du manque de préparation de cette relève car très peu d’entrepreneurs
semblent s’en préoccuper. Qu’en est-il de ces entrepreneurs qui démarrent une
entreprise à 55 ans et qui devront nécessairement mettre en œuvre un processus de
relève dès le démarrage de leur firme ?
22
Les différents gouvernements feront face à un grand défi afin de maintenir une
croissance acceptable annuelle du PIB alors que les entrées fiscales diminueront dus à
la baisse notable de la population active et alors que les frais de santé et de versement
de rentes seront en constante progression. La création d’entreprises chez les seniors
pourrait être en partie une solution aux conséquences économiques due à
l’augmentation de ce segment démographique. La société tirera un grand bénéfice de
ce phénomène entrepreneurial chez les personnes âgées dans la mesure où ces
entreprises créeront une certaine richesse. Comment supporter ce phénomène
entrepreneurial et assurer une création d’entreprises innovantes et enrichissantes ? Ce
sont des questions dont les réponses provenant de travaux futurs permettront de
guider les interventions publiques à cet égard.
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