Les Métiers d`Art - Cités d`art de Bretagne
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Les Métiers d`Art - Cités d`art de Bretagne
Programme – Sommaire OUVERTURE DE LA 2EME JOURNEE THEMATIQUE p. 9 Mme Marie-Paule POSTEC Conseillère Municipale de Quimper M. René BENOIT Président de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne M. Jean-Bernard VIGHETTI Délégué Général de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne I - LES METIERS D'ART, TRADITION ET AVENIR p. 16 Définition des Métiers d'Art p. 16 Situation actuelle : un patrimoine en péril à sauvegarder p. 21 La transmission des savoir-faire. L'action de formation "Transmission des Savoir-Faire Rares" p. 24 M. Charles ROBERT Délégué Régional de la Société d'Encouragement aux Métiers d'Art M. Jean-Pierre RANNOU Chargé de Mission au Service Economique de la Chambre Régionale des Métiers Mme Valérie GUICHON Chargée de Mission Métiers d'Art M. Yannick CHESNAIS Ebéniste-Restaurateur Le développement des savoir-faire de création en relation avec des concepteurs professionnels p. 30 Les faïenceries de Quimper : le lien entre Industrie, Métiers d'Art et Création p. 33 Mme Valérie GUICHON Chargée de Mission Métiers d'Art M. Pierre CHIRON Président Directeur Général des Faïenceries HB-HENRIOT II - LES SAVOIR-FAIRE, SENSIBILISATION ET VALORISATION p. 37 Ateliers pédagogiques et démonstrations de savoir-faire : quelques expériences quimpéroises p. 37 La valorisation des savoir-faire : le salon de création d'art "Pièces Uniques" de Châteaugiron p. 40 M. Jean-Philippe BRUMEAUX Animateur du Patrimoine de Quimper Mme Françoise GATEL Maire de Châteaugiron Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 1 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 2 III - METIERS D'ART ET DEVELOPPEMENT LOCAL p. 43 L'emploi des Métiers d'Art (restaurateurs et créateurs) dans la restauration du patrimoine p. 43 Présentation de l'Association Accueil Métiers d'Art Bretagne p. 46 Témoignage sur le Pôle Métiers d'Art de Pontrieux p. 47 M. Johann TOUCHARD Architecte Mme Valérie GUICHON Chargée de Mission Métiers d'Art M. Yves LE MOUER Maire de Pontrieux La politique de la Ville de Saint-Malo en faveur des Métiers d'Art M. Pierre-Louis AUFFRET Conseiller Municipal de Saint-Malo p. 50 IV - VISITES DE TERRAIN V - QUESTIONS p. 55 L'expérience québécoise p. 56 Mme Valérie GUICHON Chargée de Mission Métiers d'Art Les Métiers d'Art en Galice Mme Valérie GUICHON Chargée de Mission Métiers d'Art VI - CONCLUSIONS p. 59 p. 65 M. René BENOIT Président de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne M. Alain GERARD Maire de Quimper ANNEXE p. 69 Arrêté du 12 décembre 2003 fixant la liste des métiers de l'artisanat d'art COMMUNIQUE PRESSE p. 77 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 3 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 4 Avant Propos Au cours de cette deuxième Journée Thématique des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne sur le thème des Métiers d'Art, différents exposés et témoignages se sont succédé. Ceux-ci sont retranscrits dans ce document ; l'expression orale a été volontairement conservée. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 5 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 6 ACCUEIL DES PARTICIPANTS Marie-Paule POSTEC, Conseillère Municipale de Quimper Bonjour. Puisque me reviennent l’honneur et le plaisir d’entamer cette journée, je commencerai par vous souhaiter la bienvenue à tous, et par remercier les organisateurs de cette journée : M. BENOIT, Président de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne, M. VIGHETTI, Délégué Général, Mme LE THERISIEN, Mlle WOILLEZ et M. BRUMEAUX, et tous ceux qui ont accepté d’intervenir au cours de cette journée thématique ou d’y assister, venant parfois d’assez loin dans notre Penn-ar-Bed finistérien. Bienvenue à tous. Quelques mots pour introduire les débats qui vont être les nôtres. "Après l’incontestable succès de la première Journée Thématique à Dinan, nous ne pouvons que nous réjouir du choix de la ville de Quimper pour la deuxième édition." Après l’incontestable succès de la première Journée Thématique à Dinan, nous ne pouvons que nous réjouir du choix de la ville de Quimper pour la deuxième édition. Plus d’une ville ici représentée pouvait légitimement être retenue pour aborder le thème dont il va être question aujourd’hui -Les Métiers d'Art-. Permettez cette légère pointe de chauvinisme : aucune ne s’imposait avec autant d’évidence que Quimper, la seule sans doute, en Bretagne, à appartenir à la fois à deux réseaux aussi prestigieux que les Villes "Aucune ne s’imposait avec d’Art et d’Histoire d’une part, et d’autre part, au club, somme autant d’évidence que Quimper, toute assez restreint, des villes dont le nom est devenu substantif : la seule sans doute […] dont le on dit "du Quimper" comme on dit "du Baccarat", "du Limoges" nom est devenu substantif : on ou de "la Chantilly" ; étant donné l'heure et le contexte, je pense dit "du Quimper" comme on bien entendu à la dentelle, et non pas à la crème, bien que cela soit également possible. dit "du Baccarat", "du Limoges" ou de "la Chantilly". L'histoire de la faïence de Quimper, puisque c'est à elle que je me réfère, a plus de 300 ans. Elle a connu des hauts et des bas, jamais d’interruption, son renom est international, sa production s’exporte, en particulier outre-Atlantique. Elle est dans une position exemplaire, à la croisée des chemins entre industrie, Métiers d’Art et création. Son ancienneté étant remarquable, certains aimeraient la faire remonter plus loin encore, à la Préhistoire ou à l’époque galloromaine. Certes, les réserves de l’archéologue municipal regorgent de poteries qui attestent de l’intensité des échanges commerciaux dans l’Antiquité et d’une production locale ancienne non négligeable : vases utilitaires ou urnes funéraires. L’argile est abondante, les besoins existent, la production n’a pourtant rien d’original. Les débuts même de Jean-Baptiste BOUSQUET, potier et fabriquant de pipes en 1690, n’auraient pas suffi à la renommée des fabrications quimpéroises. Ses successeurs et leurs concurrents y travailleront, mais c’est là une très longue histoire que vous découvrirez mieux au cours de cette journée. Plus anciens que la faïencerie, mais ne présentant pas la même Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 7 continuité dans l’histoire, quelques autres savoir-faire ont atteint à Quimper un niveau d’excellence. Ils furent plus ou moins liés, au Moyen-Age, au chantier de la cathédrale. Occasion nous sera donc donnée d’évoquer tous ces métiers de construction, de conservation et de restauration du patrimoine. Signe patent de la renommée des artisans d’art quimpérois, au 15ème siècle et début du 16ème siècle, des noms de maîtres nous sont parvenus, avec des sorts différents pour la postérité : Pour l’orfèvrerie : les CALVEZ, MOEAM, HELLE, MESGOAEZ sont de souche quimpéroise. Peu de pièces ont été conservées, le calice de Kergloff de François MOEAM est une exception. Dans la ville, point de postérité, le souvenir même en est effacé depuis que la rue des Fèvres est devenue rue du Chapeau Rouge ! Mais, les historiens relatent abondamment cette tradition. Les tailleurs d’images, que celles-ci soient de pierre -et notamment de kersantite- ou de bois, étaient d’ici ou d’ailleurs : les stalles de la cathédrale furent sculptées par Jean KERJAGU. Il était de Plouigneau. Pas de permanence à haut niveau dans ce domaine, mais des "résurgences" intéressantes. Citons, pour exemple, la dynastie des AUTROU, sculpteur-ébénistes au 19ème et au début du 20ème siècles. Quand on pense aux arts du fil en Cornouaille, c’est plus à PontL’Abbé et aux ateliers PICHAVANT et LE MINOR qu’on se réfère en général. Mais, la broderie des vêtements liturgiques, la confection d’habits "glazik" ont entretenu des techniques que les religieuses de Kernisy transmettaient encore, il n’y a pas si longtemps, aux jeunes filles de leur ouvroir. La réussite de l’atelier et des écoles de broderie, créés par Pascal JAOUEN à Quimper, et qui ont essaimé depuis, entretient, transmet et renouvelle le genre, dotant notre cité d’un fleuron remarquable. LE SODEC et SOHIER sont les patronymes de maîtres verriers ou peintres verriers (ils peignaient aussi murs et voûtes). Aux 15ème et 16ème siècles, leur nom s’attache à des réalisations prestigieuses, à la cathédrale certes, mais pas seulement. Ainsi, à Saint-Matthieu, toujours à Quimper, la maîtresse vitre -prochainement objet d'une restauration- est une grande crucifixion inspirée, comme celles de la Martyre, de la RocheMaurice ou de Tourch’, de l’œuvre de Dürer. Techniciens de valeur, ils constituent de véritables dynasties familiales. Affaire familiale pareillement, l’atelier des maîtreverriers LE BIHAN, créateurs et restaurateurs de vitraux, à Quimper, en est actuellement à la septième génération et est quasiment bicentenaire (il s’en faut de deux ans ; les débuts de la saga ont lieu à Saint-Pol-de-Léon en 1806). JeanPierre LE BIHAN est Grand Prix des Métiers d’Art en 1980. S’il était besoin de démontrer la pertinence du choix de Quimper pour évoquer les Métiers d’Art, en rappelant les traditions, j’espère avoir apporté quelques arguments, un certain nombre émailleront cette journée. Je ne voudrais donc pas m’appesantir, Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 8 d’autres en parleront plus longuement et mieux que je ne saurai le faire. Je vais vous parler maintenant de l'actualité quimpéroise en matière de Métiers d'Art. Cette actualité, comme Janus, a deux visages. Le premier est celui d’une réalité à ne pas sous-estimer : la présence de nombreux artisans d’art confrontés à des problèmes que les uns et les autres exposeront ce jour. Pour ma part, je me contenterai d’évoquer les rencontres avec tel ébéniste inquiet sur les possibilités de sa survie économique, avec une relieuse diplômée, contrainte de fermer boutique, avec tel verrier parti depuis sous d’autres cieux… tous préoccupés par l’avenir des savoir-faire rares, dont ils sont les détenteurs. "Notre actualité a la forme d’un projet. Consciente de l’image emblématique de la ville, la municipalité de Quimper […] [affiche] son désir de se saisir de l’héritage, et des problèmes du secteur. Ce choix devrait se concrétiser par une réalisation ambitieuse : celle d’un pôle des Métiers d’Art dans l’ancien prieuré de Locmaria." Mais il ne s’agit pas de noircir le tableau. On peut aussi parler de ce qui "tourne" : le luthier de la Place au Beurre, le tapissier décorateur de la place Toul-al-Laër … Le second visage de notre actualité a la forme d’un projet. Consciente de l’image emblématique de la ville, la municipalité de Quimper a choisi de se doter, pour l’instant en ma modeste personne, d’une Conseillère Municipale déléguée au Patrimoine et aux Métiers d’Art, affichant ainsi son désir de se saisir de l’héritage, et des problèmes du secteur. Ce choix devrait se concrétiser par une réalisation ambitieuse : celle d’un pôle de Métiers d’Art dans l’ancien prieuré de Locmaria. Les objectifs que se fixe la ville en la matière sont : • promouvoir et valoriser les Métiers d'Art, • s’ancrer dans la tradition et s'ouvrir sur la création, c'est-à-dire préserver les héritages en se tournant résolument vers l'art contemporain, • faire d'une activité de nature artistique, un levier alliant les intérêts culturels, touristiques et économiques, • porter très haut l'image de la ville, • s'ouvrir à une dimension internationale. Certains déplorent, et moi avec eux !, la lenteur de l’avancement du projet. Actuellement en phase d’étude, il ne peut progresser qu’au rythme des possibilités budgétaires, et il nous faut patienter, car certaines priorités en chassent d’autres, et il est incontestable que la création d’une médiathèque dans l’ancien couvent des Ursulines, ou la lutte contre les inondations, revêtaient un caractère d’urgence plus marqué. Ce laps de temps est donc mis à profit pour approfondir la réflexion, analyser les obstacles et chercher à les contourner. Sous forme d’énumération, et un peu en vrac, je vous livre ici quelques questions que, depuis l’origine du projet, nous avons eu Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 9 l’occasion de nous poser : • Quelle est la définition à retenir quand on parle de Métiers d’Art ? La question sera soulevée tout à l’heure, la réponse n’est pas forcément simple ! • Peut-on parvenir à décloisonner "beaux-arts" et "arts appliqués" ? Dans quelle mesure et de quelle façon ? • Comment prendre en compte les problèmes de transmission des savoir-faire ? • Comment entrer en contact avec les praticiens dispersés, souvent individualistes, parfois regroupés toutefois dans des associations (potiers, graveurs, verriers), ce qui facilite notablement les contacts ? • Quel choix retenir pour la structure ? Création d’un lieu d’exposition et d’échanges, lieu d’animation, de promotion et de communication Mise en place d’ateliers de création et de production Lieu de sensibilisation du jeune public, d’enseignement. Centre de ressources : conservatoire des motifs et des formes de l’art régional ou non, savant ou populaire. • Quelle part donner au partenariat avec les organismes socioéconomiques, les chambres consulaires notamment -Chambre des Métiers, Chambre de Commerce- et avec les instances s’intéressant à ce secteur d’activité -Société d’Encouragement aux Métiers d’Art, Collectif Métiers d’Art Bretagne, Accueil Métiers d’Art Bretagne-, et avec les entreprises locales ?… • Comment résoudre le problème des financements en cette période d’érosion des fonds européens ? La première phase de l’étude confiée au cabinet Prospective et Patrimoine a conclu à l’opportunité de créer à Quimper, dans le quartier de Locmaria, un Centre de Métiers d’Art. Le programme culturel qu’il a fixé a été entériné en Bureau Municipal ; il dessine des contours possibles, non définitifs. Le temps qui passe change parfois un peu la donne. Il est hautement probable que la réflexion que nous mènerons ensemble aujourd’hui constituera un des éléments de notre recherche. Je vous remercie de votre attention. René BENOIT, Président de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne Je prends le relais de Mme POSTEC, en la remerciant pour sa brillante intervention. Elle a déjà introduit de façon remarquable Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 10 le débat d'aujourd'hui. Lorsque je l'entends parler de définition des Métiers d'Art, nous savons bien que cela n'est pas évident. Justement, cette journée pourra peut-être apporter une contribution dans ce domaine. Je vous remercie encore, Madame, pour la qualité de votre intervention. C'est la deuxième Journée Thématique organisée par les Villes d'Art et d'Histoire et les Villes Historiques de Bretagne. Nous étions, en février, à Dinan, sous la haute autorité de M. LELOUP, architecte, éminent spécialiste de l’architecture en pans de bois. Cette enrichissante journée a été remarquablement traduite dans un recueil. Il en sera de même pour aujourd'hui ; l'ensemble des débats et des interventions vont être retranscrits dans un document de référence. Suite au succès de la première Journée Thématique, nous en avons imaginé une deuxième, ayant pour thème les Métiers d'Art. Celui-ci a été retenu à la demande des élus des Villes d'Art et d’Histoire et des Villes Historiques. Je laisserai le soin à M. VIGHETTI de présenter l'intérêt de cette journée. En ce qui me concerne, je tiens, tout d'abord, à remercier la Ville de Quimper en la personne de son Maire, M. GERARD, Sénateur du Finistère, qui a bien voulu mettre à notre disposition ce très beau théâtre à l’ancienne, récemment rénové. Je voudrais également remercier Florence, Mathilde et Alexandra, nos permanentes professionnelles que nous partageons, tout comme nos actions, avec les Petites Cités de Caractère de Bretagne. Nous travaillons avec ces dernières en parfaite harmonie ; nous poursuivons le même but, et la seule différence entre nous est une différence d’échelle, ces communes étant plus petites que nos villes. Je voudrais remercier aussi l'ensemble des intervenants. En effet, il n'y a pas de succès, dans une manifestation comme celle-ci, sans intervenants de qualité. Merci à M. ROBERT, Délégué Régional de la Société d'Encouragement aux Métiers d'Art, à M. RANNOU, Chargé de Mission au Service Economique de la Chambre Régional des Métiers, à Mme GUICHON, Chargée de Mission Métiers d'Art, et aux professionnels, M. CHESNAIS, Ebéniste, M. CHIRON, Président Directeur Général des Faïenceries HB-HENRIOT. Merci également à M. BRUMEAUX, Animateur du Patrimoine de la Ville de Quimper, à Mme GATEL, Maire de Châteaugiron, que nous connaissons bien. En fin de matinée, nous entendrons M. TOUCHARD, Architecte, M. NEVANNEN, Président d'Accueil Métiers d'Art Bretagne, M. LE MOUER, Maire de Pontrieux, ainsi que M. AUFFRET, Conseiller Municipal de Saint-Malo et Membre du Bureau de l’Union. Cet après-midi, Mme POSTEC interviendra à nouveau pour introduire les visites qui seront proposées ; nous entendrons alors M LE STUM, Conservateur en Chef du Musée Départemental Breton, M. CHIRON, Président Directeur Général des Faïenceries HB-HENRIOT, M. BOUËDEC, GuideConférencier, ainsi que M. ALEXANDRE, Architecte des Bâtiments de France, et M. LE BIHAN, Maître-Verrier, que nous avons déjà cité tout à l'heure. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 11 Enfin, nous conclurons, avec les plus courageux d’entre nous, pour fêter, à 18h, les 20 ans de l’Union des Villes d'Art et d'Histoire de Bretagne. Il y a peu de temps, nous fêtions les 25 ans des Petites Cités de Caractère. Voici venu notre tour, et c’est avec grand plaisir que nous fêterons cet anniversaire à Quimper. Avec cette journée d’échanges sur le thème des Métiers d’Art, nous suivons parfaitement les objectifs que nous nous étions fixés il y a 20 ans, et que nous avons perfectionnés au fil des ans. Qu’apportons-nous à des villes telles que Quimper, Vannes, Auray, Saint-Malo, Vitré, Fougères ou Rennes ? Nous cherchons à réhabiliter, mettre en valeur et animer ce remarquable patrimoine artistique et architectural, dont nous sommes les héritiers et qui caractérise la plupart des plus belles villes de Bretagne. "Réhabiliter, mettre en valeur, animer, mettre en place une politique de promotion des activités touristiques et culturelles, faire en sorte que ces atouts prennent part au développement économique de nos villes. Tels sont nos objectifs. Nous participons aux grandes richesses de la France, à son Produit Intérieur Brut. Le tourisme est capital, nous en sommes des acteurs forts, nous devons en être les leaders." Je rappelle que nous sommes 19 Villes d'Art et d'Histoire et Villes Historiques, et qu’il y a 20 Petites Cités de Caractère en Bretagne. Cela fait une quarantaine de cités au total, sans compter les villes candidates qui mériteraient de rentrer dans notre giron. Réhabiliter, mettre en valeur, animer, mettre en place une politique de promotion des activités touristiques et culturelles, faire en sorte que ces atouts prennent part au développement économique de nos villes. Tels sont nos objectifs. Nous participons aux grandes richesses de la France, à son Produit Intérieur Brut. Le tourisme est capital, nous en sommes des acteurs forts, nous devons en être les leaders. Pour cela, nous défendons notre politique, nos objectifs, auprès des instances qui nous gouvernent, Conseils Généraux, Conseil Régional, Direction Régionale des Affaires Culturelles, voire Ministères, afin d’obtenir des aides aux efforts importants que font nos villes. Parce qu’elles ont bien compris que ce patrimoine est un formidable atout qu’il faut savoir protéger, utiliser, promouvoir et mettre en valeur. Les actions que nous engageons génèrent une activité économique et des créations d’emplois. Grâce à tout cela, nous avons fait de la Bretagne une région pionnière en France, en matière de travail en réseau, et nous servons aujourd’hui de modèle, notamment depuis la création d’un réseau sur le plan national. Nous avons permis à la Bretagne d’être l’une des trois premières régions touristiques de France. Grâce à M VIGHETTI, qui est ici à mes côtés, nous avons souvent été à la tête de campagnes françaises, voire européennes, en matière de développement du tourisme urbain. Cette journée, consacrée à l’accueil des Métiers d’Art dans nos villes, est également destinée aux professionnels. En effet, nous souhaitons tous pouvoir accueillir des artisans d'art dans nos villes, pour leur permettre d'exercer pleinement leur métier, et d'en vivre évidemment, même si ce n’est pas facile. Vous avez évoqué les échecs, il existe également de brillantes réussites. Nous avons certainement un rôle à jouer dans ce sens, afin d’aider les professionnels à travailler dans de meilleurs conditions, en leur apportant une certaine sécurité dans leur travail. C’est de cela qu’ils ont le plus besoin. Je vous remercie encore d'être présents et je souhaite que cette journée soit une journée de dialogues, ouverte aux interventions, Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 12 mais également aux questions du public qui permettront d’affiner les exposés. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 13 Jean-Bernard VIGHETTI, Délégué Général de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne Merci, Madame la Conseillère Municipale, de nous accueillir. Merci également pour ces propos introductifs. M. BENOIT a largement évoqué l'intérêt que cette journée présentait, non seulement pour notre Union, mais également pour les Métiers d'Art. "Il s’avère nécessaire de lancer un cri d'alarme quant au devenir de ces Métiers d'Art." Pourquoi organise-t-on aujourd'hui cette journée thématique sur les Métiers d'Art ? Tout simplement parce que, après quelques contacts avec des professionnels, il s’avère nécessaire de lancer un cri d'alarme quant au devenir de ces Métiers d'Art. Les Villes d'Art et d’Histoire, les Petites Cités de Caractère, les Communes du Patrimoine Rural sont au contact de ces métiers, dans le domaine de la restauration notamment ; car, nous avons besoin de l'excellence dans nos communes, comme le soulignait M. BENOIT à l’instant. "Nous avons […] besoin d’un renouvellement de notre patrimoine, que des créations contemporaines viennent s'ajouter au patrimoine d'hier." Nous avons également besoin d’un renouvellement de notre patrimoine, que des créations contemporaines viennent s'ajouter au patrimoine d'hier. Or, il semblerait qu'aujourd'hui, le secteur des Métiers d'Art soit en difficulté. "Il faut prendre pleinement conscience de la situation dans laquelle se trouvent aujourd'hui les Métiers d'Art en termes de transmission des savoir-faire. Beaucoup de professionnels arrivent en fin d'activité, et n'ont pas toujours la possibilité de transmettre leur savoir. Cela est d’autant plus inquiétant que cette transmission se faisait jusqu’alors naturellement depuis de nombreuses générations. La situation actuelle pose donc un problème majeur." Il faut prendre pleinement conscience de la situation dans laquelle se trouvent aujourd'hui les Métiers d'Art en termes de transmission des savoir-faire. Beaucoup de professionnels arrivent en fin d'activité, et n'ont pas toujours la possibilité de transmettre leur savoir. Cela est d’autant plus inquiétant que cette transmission se faisait jusqu’alors naturellement depuis de nombreuses générations. La situation actuelle pose donc un problème majeur. Nous avons donc décidé d'organiser cette journée, non pas avec l'ensemble de la profession, mais plutôt avec des représentants de ces métiers, ou encore avec des personnes qui sont intervenues, à un moment donné, en faveur de ces métiers, pour qu’ils témoignent devant les villes représentées ici. Bien évidemment, des encouragements sont donnés, mais ils ne sont pas forcément suffisants. On a le sentiment que ces Métiers d’Art seront toujours là, un peu comme l'armoire que l'on a chez soi, comme la grand-mère qui n'est pas loin et dont on ne se rend pas compte qu’elle vieillit,… et c'est lorsque la personne disparaît ou quand le meuble se dégrade que l'on s’interroge : "qu’avonsnous fait ?". Aujourd'hui, une prise de conscience de cette situation est absolument nécessaire. Ceci n'est qu'une alerte, pour essayer de remédier à la situation dans laquelle se trouvent les Métiers d'Art. La situation exacte n’est pas facile à cerner. Nous parlions tout à l'heure du problème posé par la définition même du terme de Métiers d’Art. Il y a trente ans, dans le cadre du développement du Tourisme Rural en Bretagne, nous avions, avec la Chambre Régionale des Métiers et le Comité Régional du Tourisme où je travaillais, tenté de lancer quelque chose à ce sujet, et nous avions déjà butté sur la question Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 14 des définitions. "D’autres problèmes majeurs concernent le devenir de ces Métiers d'Art. Que faire pour leur donner les moyens d'exister, tout simplement ? Comment permettre aux activités de se développer ? Comment attirer les jeunes vers ces métiers ? Les Villes d'Art et d’Histoire et les Petites Cités de Caractère doivent se mobiliser, ainsi que toutes les communes disposant d’un patrimoine, pour tenter de sauvegarder ce secteur." Depuis, nous avons régulièrement participé à d'autres réflexions sur ce thème. J'avais le sentiment que ça allait un peu mieux, depuis quelques années, en termes de définition, mais il nous faudra peut-être y revenir à nouveau ce matin. D’autres problèmes majeurs concernent le devenir de ces Métiers d'Art. Que faire pour leur donner les moyens d'exister, tout simplement ? Comment permettre aux activités de se développer ? Comment attirer les jeunes vers ces métiers ? Les Villes d'Art et d’Histoire et les Petites Cités de Caractère doivent se mobiliser, ainsi que toutes les communes disposant d’un patrimoine, pour tenter de sauvegarder ce secteur des Métiers d'Art. Voilà exactement l'objet de cette journée. Certaines personnes, qui avaient été sollicitées, se sont excusées. Il est vrai que nous avons décalé cette manifestation d'une journée, ce qui a pu poser parfois problème. D'autres, au contraire, ont pu venir, qui ne seraient peut-être pas venues autrement. Nous allons commencer par la première table ronde, portant sur le thème "Métiers d'Art, Tradition et Avenir". Cette table ronde est articulée autour de deux grands thèmes : le premier tournera autour de la définition des Métiers d'Art, le second sur leur avenir : interviennent à cette table ronde M. ROBERT, Délégué Régional de la Société d'Encouragement aux Métiers d'Art résidant en Finistère, M. RANNOU, Chargé de Mission au Service Economique de la Chambre Régionale des Métiers, et Mme GUICHON, qui vont essayer de nous donner une ou plusieurs définitions des Métiers d'Art. M. CHESNAIS, Ebéniste, quant à lui évoquera le problème posé par la transmission des savoir-faire, notamment au travers de l'action de formation "Transmission des Savoir-Faire Rares". Ensuite, Mme GUICHON ré-interviendra sur la situation actuelle de ces métiers, le sujet proposé étant "Un patrimoine en péril à sauvegarder". Enfin, M. CHIRON, Président Directeur Général des Faïenceries HB-HENRIOT évoquera, au travers de l’histoire des faïenceries de Quimper, le lien qui peut se développer entre "Industrie, Métiers d'Art et Création". Mais tout d’abord, quelle définition peut-on donner aux Métiers d'Art ? M. ROBERT peut peut-être commencer ? Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 15 I - LES METIERS D'ART, TRADITION ET AVENIR Définition des Métiers d'Art Charles ROBERT, Délégué Régional de la Société d’Encouragement aux Métiers d’Art Jean-Pierre RANNOU, Chargé de Mission au Service Economique de la Chambre Régionale des Métiers Charles ROBERT Bonjour. Je m'appelle M. ROBERT, Maître Verrier à Pluguffan. J'ai été nommé par la SEMA, il y a quelques années, comme "La Société d'Encouragement Délégué Régional. La Société d'Encouragement aux Métiers d'Art aux Métiers d'Art a été fondée a été fondée sous GISCARD d'ESTAING. Placée sous tutelle d’Etat -représenté par le Ministère en charge des Petites et sous GISCARD d'ESTAING. Moyennes Entreprises et de l’Artisanat-, elle est constituée d’une Placée sous tutelle d’Etat équipe d'environ vingt-cinq salariés. C'est une structure souple et représenté par le Ministère en charge des Petites et Moyennes réactive, et son action est relayée sur le terrain par son réseau de délégués départementaux et régionaux. Malheureusement, la Entreprises et de l’Artisanat-, Bretagne est très mal dotée, puisqu'en fait, il n'y a qu'un seul […] sa mission principale est de Délégué Régional, basé à Quimper et non à Rennes. J’espère qu'il promouvoir et de favoriser le y aura bientôt un Délégué Régional nommé à Rennes, qui puisse développement des Métiers recruter des délégués départementaux, puisqu’il n’y en a, il me d'Art en France et à semble, que dans le Morbihan -en Finistère, je suis à la fois l'International. Pour cela, elle Délégué Régional et Départemental-. assure l'interface entre l'Etat, les professionnels et le public." La SEMA fonctionne aussi en liaison avec les Chambres de Métiers, avec l'appui des Préfectures. Sa mission principale est de promouvoir et de favoriser le développement des Métiers d'Art en France et à l'International. Pour cela, elle assure l'interface entre l'Etat, les professionnels et le public. La SEMA s'appuie sur trois pôles principaux d'activité : les actions éducatives (formations et informations), la communication et la promotion, les actions territoriales et le développement local. Elle pourrait éventuellement intervenir dans le cadre du projet dont parlait Mme POSTEC tout à l'heure, le Pôle des Métiers d'Art de Quimper au Prieuré de Locmaria. Je vais tenter de vous donner une définition des Métiers d'Art. Comme c’est assez ardu, je vous ai amené un texte établi par la SEMA à l'occasion des Journées des Métiers d'Art. Je ne sais pas si tout le monde ici en a entendu parler, mais le week-end dernier se sont déroulées les Journées Nationales des Métiers d'Art, instituées par M. DUTREIL en 2002. C'est une manifestation biennale. La Bretagne y participait pour la première fois, et il y a eu à Quimper un événement phare, consistant en une exposition d'artisans d'art au manoir de Kerazan. Les artisans étaient regroupés dans les locaux du manoir, les visiteurs pouvant à la fois visiter l'exposition des artisans d'art, le parc du manoir et le manoir lui-même. Nous avons eu, je crois, une vingtaine d'artisans et 1 500 visites sur deux jours, ce qui, à mon sens, est tout de même un résultat assez exceptionnel. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 16 Voici notre définition des Métiers d’Art : "Trait d'union entre le passé et le futur, l'esprit et la main, l'esthétique et la fonction, les Métiers d'Art fondent un des socles essentiels de notre patrimoine culturel. Représentant plus de 20 000 entreprises artisanales auxquelles s'ajoutent celles du bâtiment et les PME, ils constituent un pôle important de l'économie." "Elites de l'artisanat, […] ils protègent notre patrimoine, intervenant dans les champs de la restauration-conservation, et le renouvellent par la magie de la création." Trait d'union entre le passé et le futur, l'esprit et la main, l'esthétique et la fonction, les Métiers d'Art fondent un des socles essentiels de notre patrimoine culturel. Représentant plus de 20 000 entreprises artisanales auxquelles s'ajoutent celles du bâtiment et les PME, ils constituent un pôle important de l'économie. Ensemble, riches de 217 activités, ils sont l'héritage de savoir-faire divers et précieusement élaborés au fil des siècles. Elites de l'artisanat, ils puisent dans leur histoire une inspiration qui les nourrit, tout en épousant les courants esthétiques de leur époque. Ils protègent notre patrimoine, intervenant dans les champs de la restauration-conservation, et le renouvellent par la magie de la création. Epris de perfection, les Métiers d'Art marient gestes transmis par la tradition et technologies nouvelles qui prolongent la dextérité de la main. Ces alchimistes de la matière déploient leurs compétences dans différents contextes d'activité, et l'identification d'un professionnel ne se limite pas à un statut socio-économique. Ateliers unipersonnels, entreprises familiales, salariés d'entreprises de luxe, le savoir-faire s'exerce dans des entités juridiques et économiques diverses. De l'artisan qui traduit en solo la volonté de ses commanditaires dans son atelier au professionnel travaillant au sein d'une entreprise de luxe international, la maîtrise de la matière perdure au-delà des transformations économiques. Innovation esthétique et créativité technique, l'association conventionnelle des termes peut s'inverser. Les compétences en termes de réalisation fondent les Métiers d'Art, l'inventivité les porte vers l'avenir. Ainsi, entre dextérité et imagination, entre artisanat et beaux-arts, les Métiers d'Art ont construit leur propre territoire. L'objet du quotidien devient certaines fois un chef d'œuvre. "Les Métiers d'Art évoquent l'intervention de la main dans la réalisation de l'œuvre. Le geste conserve depuis des siècles sa raison d'être, car il permet d'atteindre une perfection inégalée et de déjouer des difficultés que la mécanisation ne saurait surmonter. La main reste donc le symbole fort des Métiers d'Art, et la dextérité un des éléments essentiels de la valeur d'un professionnel. Cependant, les nouvelles technologies ne sont pas reniées, lorsqu'elles permettent à l'homme d'atteindre un objectif que même la pleine possession d'une technique Les Métiers d'Art évoquent l'intervention de la main dans la réalisation de l'œuvre. Le geste conserve depuis des siècles sa raison d'être, car il permet d'atteindre une perfection inégalée et de déjouer des difficultés que la mécanisation ne saurait surmonter. La main reste donc le symbole fort des Métiers d'Art, et la dextérité un des éléments essentiels de la valeur d'un professionnel. Cependant, les nouvelles technologies ne sont pas reniées, lorsqu'elles permettent à l'homme d'atteindre un objectif que même la pleine possession d'une technique n'autorise pas. Les Métiers d'Art apportent sur la matière un regard nouveau et revivifiant. La noblesse du matériau est celle que lui confère le travail effectué. Aux éléments naturels tels que bois, terre… s'ajoutent les résines et médiums d'aujourd'hui. En fonction de la matière, de la méthode de fabrication, de l'impulsion de la création (commande du client ou inspiration de l'artisan), l'objet est unique ou édité en petites séries. Dans tous les cas, il trouve un sens : c'est l'âme et l'inventivité que son auteur y met, le savoirfaire qu'il y concentre, l'unicité qu'il lui confère. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 17 n'autorise pas." "L'appartenance aux Métiers d'Art se caractérise par la réelle maîtrise d'une technique qui procède de la tradition, faisant appel à la fabrication manuelle et à la transformation de la matière." Au-delà des clivages que notre société passée avait instaurés entre démarches intellectuelles et manuelles, les Métiers d'Art montrent ainsi que l'une n'est rien sans l'autre. L'appartenance aux Métiers d'Art se caractérise par la réelle maîtrise d'une technique qui procède de la tradition, faisant appel à la fabrication manuelle et à la transformation de la matière. A présent, M. RANNOU pourrait peut-être nous parler de l'appartenance au secteur de l'artisanat, de la qualité des artisans d'art, et des façons d'y arriver. Jean-Bernard VIGHETTI Il était bon de rappeler ces textes relativement récents, qui tentent d'appréhender le secteur des Métiers d'Art puisque, vous l'avez compris, on rencontre des professionnels des Métiers d’Art aussi bien chez les artisans que dans des entreprises de luxe. M. RANNOU ou Mme GUICHON ? Qui souhaite intervenir sur la notion de définition des Métiers d’Art pour compléter ce qui vient d’être dit ? Jean-Pierre RANNOU Pour les Chambres des Métiers, les entreprises artisanales, et plus particulièrement les Métiers d'Art, occupent une place très particulière grâce à des activités à forte valeur ajoutée, qui s'appuient sur un savoir-faire ancien et très pointu. "Il est très difficile de fixer exactement le nombre d'artisans d'art. Par exemple nous, les Chambres de Métiers, ne travaillons qu'avec les professionnels inscrits au Répertoire des Métiers, alors qu’il existe également des personnes non inscrites, et que l’on dénomme sous le titre de profession libérale. C’est un éternel débat entre nous, et cet état de fait ne permet pas toujours d'avoir le quantitatif exact du nombre de Métiers d'Art." "On dénombre, au niveau national, 18 000 entreprises artisanales, regroupant 30 000 actifs." Parlons de chiffres. Des sondages ont été effectués, car il est très difficile de fixer exactement le nombre d'artisans d'art. Par exemple nous, les Chambres de Métiers, ne travaillons qu'avec les professionnels inscrits au Répertoire des Métiers, alors qu’il existe également des personnes non inscrites, et que l’on dénomme sous le titre de profession libérale. C’est un éternel débat entre nous, et cet état de fait ne permet pas toujours d'avoir le quantitatif exact du nombre de Métiers d'Art. Un sondage a donc été effectué en 2003, à partir de listes de la SEMA et d’une liste de l'APCM, l'Assemblée Permanente des Chambres de Métiers. On dénombre, au niveau national, 18 000 entreprises artisanales, regroupant 30 000 actifs. Parmi elles, 80 % sont à activité principale, les 20 % restant relevant plutôt du commerce, comme la bijouterie, la joaillerie et notamment la revente de bois, de meubles. Certaines activités regroupent un nombre important d'entreprises, notamment la bijouterie, la joaillerie et l'orfèvrerie qui, sur le plan national, englobent plus de 4 000 entreprises. Viennent ensuite les entreprises d’ébénisterie et de restauration de meubles -3 400 entreprises- et, en troisième position, le graphisme et la décoration -2 300 entreprises-. Comme nous sommes à Quimper, nous avons fait un petit état Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 18 des artisans d'art en Finistère. Par exemple, il existe 5 artisans d’art en fabrication, maroquinerie et articles de voyage, 78 ébénistes, 57 tapissiers décorateurs, 37 restaurateurs de meubles et 25 graphistes décorateurs. On retrouve également 23 céramistes, 5 vitraillistes, 9 facteurs d’instruments de musique et 62 bijoutiers joailliers, pour ne considérer que les principaux métiers. En ce qui concerne les métiers "traditionnels", comme la maroquinerie, l'ébénisterie, la tapisserie ou même le vitrail, il n'y a pas de grande différence entre les professionnels inscrits au Répertoire des Métiers et les professionnels non inscrits. La difficulté intervient lorsque, pour répertorier, on tombe sur des activités comme la céramique ou le tissage, tous ces métiers qui peuvent être exercés en profession libérale. Les professions libérales, ce sont tout simplement des personnes qui sont déclarées, qui payent leurs impôts, mais qui ne sont pas inscrites au Répertoire des Métiers et qui échappent, ainsi, aux sondages. Jean-Bernard VIGHETTI C'est ce qui explique sans doute le décalage entre les 20 000 professionnels annoncés par la SEMA, et les 18 000 artisans d'art répertoriés chez vous ? Jean-Pierre RANNOU En effet, la SEMA travaille aussi bien avec les artisans qu'avec les professions libérales. Il ne faut pas croire pour autant que la Chambre des Métiers ne travaille qu'avec les personnes inscrites au Répertoire des Métiers. Nous avons participé la semaine dernière aux Journées des Métiers d'Art, en collaboration avec la SEMA et, parmi les artisans qui ont participé à ces journées, notamment dans le Finistère, il y avait des personnes inscrites et non inscrites. Dans ces cas-là, nous faisons bien évidemment abstraction de toute rivalité. Jean-Bernard VIGHETTI D'autres chiffres peut-être, au niveau de la Bretagne ? Jean-Pierre RANNOU Nous pouvons donner, quantitativement, les entreprises de Métiers d'Art en ordre dégressif. Le secteur le plus représenté est celui de la bijouterie joaillerie. Jean-Bernard VIGHETTI Comme dans le Finistère ? Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 19 Jean-Pierre RANNOU Il y a des correspondances. Viennent ensuite le secteur du graphisme et de la décoration -on ne pense pas toujours qu’il puisse être aussi important-, puis de l’ébénisterie et de la restauration de meubles, puis celui de la fabrication d'articles de céramique à usage domestique ou ornemental, et ensuite, les autres secteurs sont à peu près égaux. L’exception réside peut-être dans le domaine de la facture instrumentale, qui est ici relativement important, puisque nous devons pouvoir répertorier une quarantaine d'entreprises en Bretagne. Jean-Bernard VIGHETTI Je constate que dans aucun de ces métiers n’apparaît le secteur du bâtiment. Nous n’avons parlé ni de la taille de pierre, ni du travail de la terre… Jean-Pierre RANNOU "Nous, Chambre de Métiers, utilisons les codes NAF. Ainsi, dans nos nomenclatures, si je demande à lister les sculpteurs sur pierre, je vais obtenir tout le secteur de la pierre, c'est-à-dire, 4 000 à 5 000 noms, y compris les marbriers. C’est la raison pour laquelle on ne peut chiffrer exactement le nombre de sculpteurs sur pierre." Là, se pose une autre difficulté liée au comptage, puisque nous, Chambre de Métiers, utilisons les codes NAF. Ainsi, dans nos nomenclatures, si je demande à lister les sculpteurs sur pierre, je vais obtenir tout le secteur de la pierre, c'est-à-dire, 4 000 à 5 000 noms, y compris les marbriers. C’est la raison pour laquelle on ne peut chiffrer exactement le nombre de sculpteurs sur pierre. Jean-Bernard VIGHETTI En fait, aucun recensement n’est fait à votre niveau ? Jean-Pierre RANNOU Seulement par connaissance, par ouï-dire. Jean-Bernard VIGHETTI Mme GUICHON, vous souhaitez peut-être intervenir en complément ? Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 20 Situation actuelle : un patrimoine en péril à sauvegarder Valérie GUICHON, Chargée de Mission Métiers d’Art "Les professionnels Métiers d’Art ont cette spécificité de se situer à la jonction entre le secteur économique et culturel." Effectivement, nous avons une définition des Métiers d'Art difficile à cerner. Comme le disait M. ROBERT, les professionnels Métiers d’Art ont cette spécificité de se situer à la jonction entre le secteur économique et culturel : • Economique, parce qu’il s’agit de professionnels avec une logique de marché, de concurrence, de gestion d’entreprise, de gestion du personnel. • Culturel, parce que ces professionnels passionnés par le travail de la matière, sont détenteurs de savoir-faire ancestraux, pour créer le patrimoine de demain, restaurer le patrimoine d’aujourd’hui, et perpétuent ainsi des traditions locales ou régionales. Ces traditions sont d’une part des métiers ou des savoir-faire liés à la préservation du patrimoine bâti au niveau local ou régional et à la création d’objets décoratifs utilitaires ou non, supports d’une culture qui permettent l’identification d’un espace. Les professionnels ont acquis leur savoir-faire par la formation, souvent longue, car enrichie par une pratique personnelle et auprès de maîtres en France ou à l’étranger, qui leur permet de produire un travail de la matière de qualité et unique, car difficilement transposable dans l’industrie. Cette unicité est une immense valeur ajoutée générée par les Métiers d'Art, non seulement par leur production, mais aussi par leur présence dans la cité, dans vos villes, dans nos campagnes. "Ces savoir-faire d'excellence […] ne sont référencés nulle part, et font partie d’un mode de transmission orale. Ils sont détenus par les professionnels des Métiers d'Art, savants des savoir-faire." Cette excellence, ces savoir-faire d'excellence, pour la plupart d'entre eux, ne sont référencés nulle part, et font partie d’un mode de transmission orale. Ils sont détenus par les professionnels des Métiers d'Art, savants des savoir-faire. Il est souvent difficile pour la société, pour nous, le public de l'extérieur, de se rendre compte de la richesse détenue par ces professionnels, les savoir-faire étant immatériels et peu perceptibles. De plus, les produits ou prestations de restauration, visibles lors d'expositions ou de visites d’un patrimoine restauré, ne représentent qu'une infime partie de leur connaissance et de leur pratique de la matière. On peut avancer qu’environ 80 % de ces professionnels d'excellence, détenteurs de savoir-faire ancestraux, ont une moyenne d'âge située entre 45 et 50 ans. Dans 10 ou 15 ans, ces personnes auront atteint l'âge de la retraite. Actuellement, le taux de renouvellement du secteur d'activité est si faible, et la situation économique de ces ateliers ou entreprises si fragile, qu'il est très probable que ce secteur soit en voie de disparition, et ces savoirfaire de qualité en danger. "Actuellement, le taux de renouvellement du secteur d'activité est si faible, et la situation économique de ces ateliers ou entreprises si fragile, qu'il est très probable que ce C'est un constat alarmant ; la disparition d’une entreprise ou d’un secteur soit en voie de Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 21 disparition." "C'est un constat alarmant ; la disparition d’une entreprise ou d’un atelier, c’est non seulement la disparition d’une entité économique, mais aussi la disparition de savoir-faire, garants de la survie de notre patrimoine." atelier, c’est non seulement la disparition d’une entité économique, mais aussi la disparition de savoir-faire, garants de la survie de notre patrimoine. Si le taux de renouvellement est si faible, c’est principalement pour des raisons économiques. En effet, les professionnels génèrent des revenus qui restent, pour la plupart d’entre eux, très modestes. Ce sont des entreprises fragiles, très fortement touchées par la conjoncture. Ils sont les premiers à en pâtir lorsqu’elle est mauvaise, et les derniers à en bénéficier lorsqu’elle s’améliore : les produits ou services créés ne sont plus indispensables dans notre société contemporaine. Il est vrai que la société a oublié que ces savoir-faire locaux ou régionaux existent, peut-être aussi parce que les professionnels n'ont pas su se structurer, et se sont caché derrière leurs produits, leur besoin économique de commercialisation, sans information particulière sur leurs savoir-faire et leurs spécificités, pour se démarquer des produits issus de producteurs sauvages, des produits industriels ou des produits pseudo-artisanaux d’importation. Les professionnels producteurs doivent reprendre la place qu’ils ont perdue ces dernières décennies, et redire que l’expertise et les savoir-faire des Métiers d’Art existent. C'est pour cela, très certainement, qu'ils ont besoin d’être reconnus comme : "[les Métiers d'Art] génèrent […] une économie locale liée, en Bretagne notamment, au développement du tourisme culturel, […], préservent [le patrimoine] contre la standardisation et l’uniformisation des espaces et des environnements." • Acteurs Economiques : en plus d’être des entités économiques, ils créent de la valeur ajoutée par leurs productions et par leur seule présence dans la cité. Ils génèrent ainsi une économie locale liée, en Bretagne notamment, au développement du tourisme culturel, et dont les retombées ne reviennent pas forcément aux professionnels eux-mêmes. • Acteurs Culturels : non seulement ils préservent le patrimoine architectural et le créent, mais également, par leur seule présence, les professionnels détenteurs de savoir-faire ancestraux intègrent ce patrimoine humain qui caractérise un territoire, qui plus est, pour une région comme la Bretagne, forte et riche d’une culture de caractère et de qualité, et le préservent contre la standardisation et l’uniformisation des espaces et des environnements. "Plus que toute autre activité, • Acteurs Sociaux : car plus que toute autre activité, les Métiers les Métiers d’Art font rêver, d’Art font rêver, transmettant ainsi l’idée de la passion d’un transmettant ainsi l’idée de la métier, et contribuant à améliorer la valeur sociale du travail. passion d’un métier, et contribuant à améliorer la valeur En conclusion, je dirais que compte tenu de la fragilité du secteur, de sa spécificité, de la rareté des savoir-faire, quelles que soient les sociale du travail." actions de promotion, de valorisation menées localement ou régionalement, il est important de les envisager non pas pour les professionnels, mais avec eux, l’important étant l’appropriation des dispositifs et processus de développement par les professionnels eux-mêmes. Jean-Bernard VIGHETTI Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 22 Merci Mme GUICHON. Il me semble qu’à vous trois, vous avez parfaitement présenté la situation. Celle-ci, vous pouvez le constater, est alarmante, mais n’est pas désespérée pour autant. Au Québec, il y a une trentaine d'années, lorsqu’un cordonnier arrêtait son travail, il y avait souvent une monographie de faite sur ce travail, sur ce savoir-faire, sur les tours de main spécifiques, sur les gestes, etc.… En Bretagne, nous avons travaillé sur la tradition orale, également en voie de disparition. Ce sont des associations comme Dastum et les collecteurs individuels qui ont recueilli cette oralité. Il est dommage qu’il n’en ait pas été de même pour les Métiers d’Art. Ainsi, des savoir-faire rares vont disparaître avec les personnes qui les détiennent, et qui n'auront pas pu les transmettre. J'ai assisté, il y a de cela une dizaine d'années, au départ d'un maroquinier rennais -me semble-t-il- qui n'avait pas trouvé d'apprenti pour reprendre son activité, alors qu’il existait un marché important dans son domaine. Il en pleurait, purement et simplement. Nous en venons ainsi au problème posé par la transmission des activités et des savoir-faire. Des actions ont été menées pour tenter d’y remédier. M. CHESNAIS, peut-être pouvez-vous évoquer les actions menées actuellement ? La transmission des savoir-faire. L'action de formation "Transmission des savoirfaire rares" Yannick CHESNAIS, Ebéniste-Restaurateur Je vais vous parler d'une action qui a tout de même été une bonne réussite, l’opération "Transmission des Savoir-Faire Rares". "Le Ministère de la Culture et de la Communication a initié, en 1994, l'opération Maître d'Art, [qui] a pour but de sauvegarder les métiers en voie de disparition." Le Ministère de la Culture et de la Communication a initié, en 1994, l'opération Maître d'Art, mise en place par le Conseil des Métiers d'Art. Cette opération a pour but de sauvegarder les métiers en voie de disparition que pratiquent des artisans et qui ont toujours une place dans notre économie. Cette opération de sauvegarde s'effectue selon un transfert des savoir-faire d'un artisan à une personne susceptible de pérenniser, voire de développer, l'activité. En 1996, le Ministère de la Culture souhaite étendre cette opération à titre expérimental, et trois régions sont retenues : l'Aquitaine, Midi-Pyrénées et la Bretagne. Le Collectif Métiers d'Art Bretagne est mandaté pour mettre en place le dispositif expérimental de formation, afin de préserver les savoir-faire rares et contribuer au développement ou au maintien des emplois dans le secteur des Métiers d'Art. L'action est soutenue par la Direction Régionale des Affaires Culturelles, la Délégation Régionale au Commerce et à l'Artisanat; la Direction du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle, le Conseil Régional (Direction de la Formation Professionnelle) et la Chambre Régionale des Métiers (Centre Régional de Promotion, actuellement Service Régional Emploi Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 23 Formation). "Le projet global s'étale sur une période de trois années, pendant laquelle 8 entreprises formeront chacune une personne à leur métier, avec pour objectifs : assurer le transfert des savoirfaire rares [et] assurer une activité viable pour le stagiaire." Le projet global s'étale sur une période de trois années, pendant laquelle 8 entreprises formeront chacune une personne à leur métier avec pour objectifs : • assurer le transfert des savoir-faire rares (préservation du patrimoine) ; • assurer une activité viable pour le stagiaire : reprendre l'entreprise, devenir salarié de l'entreprise, créer sa propre entreprise. Les métiers qui ont été retenus sont les suivants : Archetier, Faïencier, Brodeur main, Tailleur d'essentes en châtaignier, Restaurateur de maisons en terre, Bronzier d'art, Restaurateur en horlogerie ancienne et Restaurateur de marqueterie Boulle. Une petite parenthèse concernant le tailleur d'essentes en châtaignier : il était le seul en Bretagne à exercer ce métier, et il est décédé très peu de temps après avoir formé son successeur ; la transmission s’est donc faite in extremis. "Les professionnel Métiers d'Art, reconnus officiellement comme des formateurs, bénéficient d'une indemnisation, afin de couvrir le manque à gagner pour l'entreprise : temps passé, frais de matériaux, d'outillage, etc. Les stagiaires, quant à eux, sont rémunérés par l’Etat ou le Conseil Régional dans le cadre d’une convention de stage la première année, avant d’être intégrés dans l’entreprise les deuxième et troisième années." Les professionnel Métiers d'Art, reconnus officiellement comme des formateurs, bénéficient d'une indemnisation, afin de couvrir le manque à gagner pour l'entreprise : temps passé, frais de matériaux, d'outillage, etc. Les stagiaires, quant à eux, sont rémunérés par l’Etat ou le Conseil Régional dans le cadre d’une convention de stage la première année, avant d’être intégrés dans l’entreprise les deuxième et troisième années. Je vais maintenant vous présenter ma propre expérience. La marqueterie Boulle est une technique mise au point par AndréCharles BOULLE à la fin du 17ème siècle, qui consiste à découper en superposition deux éléments de placage, généralement de l'écaille et du laiton, afin d'obtenir deux décors qui s'incrustent parfaitement l'un dans l'autre : un élément clair incrusté dans un foncé et le contraire (partie ou contre-partie). Pendant dix années, je me suis consacré à la sauvegarde des marqueteries de métal : recherche des techniques anciennes, mise au point de techniques nouvelles, … J’étais quasiment le seul à faire cette spécialité à temps complet et, de ce fait, à l’avoir bien maîtrisée. Face au développement croissant de l'activité en restauration de marqueterie Boulle, au printemps 1996, j’entame une procédure de recrutement d'un ébéniste restaurateur en marqueterie Boulle. L'ANPE diffuse nationalement l'offre, trois personnes se présentent, mais aucune ne correspond au profil. Début 1997, informé par le Collectif Métiers d’Art Bretagne, je propose ma candidature dans le cadre de la formation aux savoirfaire rares, la formation initiale étant inexistante. Le stagiaire est recruté en août 1997. La bourse accordée à l'entreprise a été un appui essentiel, Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 24 puisqu'elle a raisonnablement couvert le manque à gagner et a surtout rendu compétente une personne en marqueterie Boulle qui a été engagée en CDI à l'issu des trois ans de formation. Le stagiaire, M MARSAUDON, originaire de la région de Limoges, a suivi un apprentissage de menuisier et, pour des raisons économiques, est devenu conducteur de pelle dans une carrière. Au bout de quelques années, il abandonne son emploi et revient à sa formation initiale : le travail du bois. Il suit une formation à l'AFPA de Limoges, et effectue divers stages en entreprise. Sa forte motivation lui permet d'intégrer la formation aux savoir-faire rares. Echelonnée sur plus de trois années, cette formation lui permettra d’acquérir l'autonomie requise pour intégrer l'équipe de mon atelier, sur un poste économiquement viable. Les effets induits par la formation sont multiples : "Les effets induits par la formation sont multiples : l'élève apporte des modifications aux gestes qui étaient jusque là propres au maître (simplification et donc amélioration de certaines procédures de restauration) ; réalisation du projet de développement de l'entreprise, l'élève est engagé en CDI ; prise de conscience de la nécessité de référencer les savoir-faire de l'entreprise, de les transcrire dans le but d'expliciter les méthodes de travail et de commercialiser le savoir-faire de l'entreprise ; ouverture vers de nouveaux marchés, adaptation de la technique à la création d'objets d'art." • l'élève apporte des modifications aux gestes qui étaient jusque là propres au maître (simplification et donc amélioration de certaines procédures de restauration) ; • réalisation du projet de développement de l'entreprise, l'élève est engagé en CDI ; • prise de conscience de la nécessité de référencer les savoir-faire de l'entreprise, de les transcrire dans le but d'expliciter les méthodes de travail et de commercialiser le savoir-faire de l'entreprise ; • ouverture vers de nouveaux marchés, adaptation de la technique à la création d'objets d'art. Aujourd’hui, j’accompagne M. MARSAUDON dans son projet de création d’entreprise ; il devrait s'installer, au printemps prochain, sur la commune de Peillac. Jean-Bernard VIGHETTI L’expérience "Transmission des Savoir-Faire Rares"a-t-elle été renouvelée ? Yannick CHESNAIS Une fois seulement, et avec quelques soucis financiers, il me semble, pour les maîtres. Je crois qu’ils n’ont pas reçu toutes les aides prévues. Jean-Bernard VIGHETTI Cette politique n'est donc plus d'actualité ? Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 25 Valérie GUICHON Il y a une deuxième session de formation, toujours en cours actuellement, bénéficiant à 7 professionnels bretons. Le projet, qui a pu être maintenu afin d’arriver au terme de cette deuxième session de formation, doit être suivi par la Chambre Régionale de Métiers. Jean-Bernard VIGHETTI Tout à l'heure, vous parliez de 1 200, 1 300 entreprises. Bien qu’elles ne soient pas toutes positionnées sur des savoir-faire aussi pointus ou aussi rares, parvient-on, avec ces actions de transmission, à couvrir toutes les activités menacées ? Valérie GUICHON Non. Cela s'avère être parfois difficile, pour certains professionnels, ou pour d’anciens professionnels détenteurs de ces savoir-faire, de transmettre tous ces secrets. Yannick CHESNAIS Je voudrais apporter un autre témoignage, concernant une expérience mise en place par les professionnels eux-mêmes, les ébénistes restaurateurs de France. Ceux-ci ont créé une association qui s'appelle le Centre Européen pour la Restauration de Mobilier. Cette association a pour but la valorisation au sens le plus large du terme d'une nouvelle discipline : la conservation et la restauration du mobilier comme élément du patrimoine culturel. Elle se propose de mener toutes les actions qu'elle jugera utiles, visant notamment : • à la reconnaissance réelle de cette discipline (statuts, code APE,…) ; • à la formation et au perfectionnement, seuls et en partenariat (formation continue, stages, séminaires, conférences, tables rondes, …), de niveau universitaire, des professionnels concourant à la conservation et à la restauration du mobilier, en particulier pour l'acquisition des connaissances "scientifique, historique, technologique, …" en relation avec les techniques traditionnelles et les techniques innovantes ; • à l'élaboration, l'harmonisation et le respect de concepts philosophiques et de règles déontologiques dans les différents pays européens ; • au développement de la recherche scientifique, technique, historique, culturelle, … concernant cette discipline ; Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 26 • à la diffusion des résultats des recherches définies ci-dessus par tous les moyens jugés utiles (banque de données, cahiers techniques, bulletin de liaison, …), ainsi que des informations d'intérêt plus général auprès de ses adhérents et d'autres milieux professionnels concernés indirectement par cette discipline, chaque fois que possible en partenariat avec les organismes existants ; • à l'information et la sensibilisation à cette nouvelle discipline des instances publiques et privées, nationales et européennes ; • à la sensibilisation et à l'interactivité du grand public aux problématiques de cette discipline. Trois entreprises bretonnes adhèrent au CERM. Chaque année, nous sollicitons la Chambre Régionale des Métiers via le Service Régional Emploi Formation pour l'organisation d'un ou deux stages de physique et de chimie appliquée à la restauration du mobilier. Ces stages sont ouverts à tous les professionnels bretons et à leurs salariés, mais ne rencontrent pas un vif succès et sont souvent annulés (dans le cadre du SREF, pour qu'un stage soit validé, il faut qu'il y ait au minimum 8 participants). Pour animer ces stages, nous nous allouons les services d'un chimiste passionné par la conservation et la restauration des œuvres d'art. Les stages sont basés sur une partie théorique et sur une partie pratique représentée par des cas concrets apportés par les stagiaires. Les stagiaires peuvent apporter les produits qu'ils veulent tester ou apporter des produits dont ils ne connaissent pas la composition et que nous essaierons d'identifier par des tests simples lors du stage. L'association organise, chaque année, "les journées professionnelles de la restauration du mobilier". La première journée est consacrée à des conférences débats sur des thèmes aussi variés que : • l’application du vide à la restauration du mobilier ; • la régénération des colles anciennes ; • l'imprégnation et la consolidation des bois vermoulus ; • les infrarouges en conservation-restauration ; • les assurances ; • la formation des restaurateurs ; • le devis et la facture ; • le marché de l'art : rencontre avec un commissaire-priseur. La deuxième journée est réservée à la vie de l'association. Toutes ces expériences font l'objet d'une publication interne. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 27 L’un des grands principes de l’association est la transparence ; il s'agit là d'une attitude d'honnêteté intellectuelle, que se soit avec soi-même, ou avec les autres membres du CERM, fondée sur l'échange et le partage : recevoir, mais aussi savoir contribuer. Jean-Bernard VIGHETTI Nous avons bien avancé dans cette première table ronde. Y a-t-il des questions dans la salle concernant la définition des Métiers d'Art ? Souhaitez-vous avoir des compléments d'informations en termes de statistiques ? M. RANNOU dispose d’indications sur l'âge des professionnels concernés. Concernant les opérations qui sont menées pour la sauvegarde des savoir-faire, avez-vous des questions à poser ou des éléments complémentaires à demander ? "M. MALLEJAC, spécialiste en construction et réhabilitation des maisons en terre qui qualifient le pays de Rennes, devait venir ce matin témoigner de son action et de son expérience, dans un domaine qui apparaissait complètement à l'abandon, et dont on ne pensait pas qu’il puisse avoir un avenir. Aujourd’hui, non seulement il a pu développer une activité professionnelle dans le domaine de la restauration du bâti en terre, mais, de plus, il a adapté cette technique ancienne à la construction contemporaine. Il est assez extraordinaire de constater que certains métiers, que l'on pensait voir disparaître, retrouvent une actualité." Je signale simplement que M. MALLEJAC, spécialiste en construction et réhabilitation des maisons en terre qui qualifient le pays de Rennes, devait venir ce matin témoigner de son action et de son expérience, dans un domaine qui apparaissait complètement à l'abandon, et dont on ne pensait pas qu’il puisse avoir un avenir. Aujourd’hui, non seulement il a pu développer une activité professionnelle dans le domaine de la restauration du bâti en terre, mais, de plus, il a adapté cette technique ancienne à la construction contemporaine. Il est assez extraordinaire de constater que certains métiers, que l'on pensait voir disparaître, retrouvent une actualité. Martine DURAND-GASSELIN, Souffleuse de Verre Bonjour. Puisque nous sommes dans les définitions M. CHESNAIS et Mme GUICHON ont évoqué le Collectif Métiers d'Art Bretagne-, et afin de clarifier cette présentation, pourrait-on en parler un peu plus avant, en le reliant au dossier "Transmission des Savoir-Faire Rares" ? Valérie GUICHON L'action "Transmission des Savoir-Faire Rares", initiée par le Ministère de la Culture et de la Communication, était coordonnée, en Bretagne, par le Collectif Métiers d'Art Bretagne. Cette association de professionnels avait été désignée, dès 1995, par la Ministère en charge de l’Artisanat, pour gérer un programme de développement des Métiers d'Art en Bretagne. En 1997, le Ministère de la Culture et de la Communication lui donne délégation pour mettre en place, à titre expérimental (sur le plan national, avec deux autres régions), cette action de "Transmission des Savoir-Faire Rares". Le collectif ayant été liquidé en janvier dernier, cette action de transmission a heureusement été maintenue par la Chambre Régionale des Métiers. Il y avait en effet des stagiaires en formation dans les entreprises, apprenant leurs métiers avec passion et conviction, tout en étant conscients de ne pouvoir acquérir ailleurs ces précieux savoir-faire. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 28 "[Le Collectif Métiers d'Art Bretagne] était porté par des professionnels essayant de résoudre les problèmes que nous évoquions à l’instant. C'est la disparition de cette structure qui a fortement inquiété nos réseaux de villes à cœurs anciens. En effet, notre interlocuteur et partenaire privilégié dans le domaine des Métiers d’Art ayant disparu, la question du devenir de ces filières professionnelles s’est posée à nous." Jean-Bernard VIGHETTI La question de Mme DURAND-GASSELIN était la bienvenue, puisqu'elle a permis d'évoquer la disparition de ce collectif unique en son genre, en France. Il était porté par des professionnels essayant de résoudre les problèmes que nous évoquions à l’instant. C'est la disparition de cette structure qui a fortement inquiété nos réseaux de villes à cœurs anciens. En effet, notre interlocuteur et partenaire privilégié dans le domaine des Métiers d’Art ayant disparu, la question du devenir de ces filières professionnelles s’est posée à nous. Mme GUICHON ayant été la dernière permanente du Collectif Métiers d'Art Bretagne, nous lui avons demandé d'être là aujourd’hui et de mettre à notre disposition ses compétences, afin d’apporter tous les éclairages nécessaires à une bonne compréhension de la problématique Métiers d'Art. Valérie GUICHON M. MALLEJAC est l’un des professionnels qui ont été retenus comme maîtres pour cette première opération de "Transmission des Savoir-Faire Rares". En effet, le nom même de son métier a disparu de notre langage courant. Ces professionnels maçons, utilisant comme matériau la terre, que l'on retrouve plus particulièrement dans le bassin rennais, s'appelaient des terrasseurs. M. MALLEJAC a initialement suivi une formation de tailleur de pierre. Originaire du Finistère, en venant dans le bassin rennais, il a découvert ce matériau terre. Il s'y est très vite intéressé et a découvert qu'il n'y avait plus d'entreprises dans ce domaine. Par des rencontres, par le collectage de savoir-faire auprès d’anciens professionnels, il a acquis, petit à petit, ce savoir-faire. Il existe une autre entreprise spécialisée en maçonnerie terre dans le bassin rennais, qui a également contribué au collectage de ce savoir-faire et à sa renaissance, comme activité officielle, référencée au répertoire des métiers et générant une activité économique. Ce savoir-faire, n’étant référencé nulle part, n’est transmis dans aucun centre de formation. Il relève d'une tradition orale. D'où l'importance, pour M. MALLEJAC, de le transmettre, d'autant plus que l'activité est en plein renouveau, en lien avec la restauration du patrimoine et le développement d’une construction contemporaine utilisant matériaux et savoir-faire ancestraux. Jean-Bernard VIGHETTI Ainsi, certains métiers, que l’on pensait voir disparaître, redeviennent stratégiques. La terre est aujourd’hui pleinement reconnue, dans le domaine de l’habitat, pour ses nombreuses vertus. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 29 Nous allons terminer cette table ronde avec deux petites communications, portant toutes les deux sur une autre manière d’appréhender la pérennité des Métiers d’Art, par le biais de la création. Le développement des savoir-faire de création en relation avec des concepteurs professionnels Valérie GUICHON "Pour renforcer le poids économique des Métiers d'Art, il leur faut passer par l'intégration du marché […] global, notamment par le biais d’une coopération avec d’autres acteurs de la société : avec les collectivités locales […], avec les professionnels du tourisme […], et avec les professionnels de la conception, tels que plasticiens, designers, architectes,…" "Les professionnels possèdent ce savoir-faire d'excellence qui confère un travail de la matière tout à fait particulier, et les concepteurs, eux, sont spécialistes de la forme et des concepts liés à la forme. Cette complémentarité répond aux attentes de notre société, à savoir la création de produits à forte valeur ajoutée sur le plan culturel." Le grand intérêt du collectif était de regrouper des professionnels isolés, parfois seuls dans leur atelier, et de les amener à réfléchir ensemble à la manière de mieux envisager leur avenir. Il est certain que, pour renforcer le poids économique des Métiers d'Art, il leur faut passer par l'intégration du marché au raisonnement global, notamment par le biais d’une coopération avec d’autres acteurs de la société : • avec les collectivités locales (pour former l’association Accueil Métiers d’Art Bretagne dont nous parlerons tout à l’heure), • avec les professionnels du tourisme (notamment les hôteliers et restaurateurs), • et avec les professionnels de la conception, tels que plasticiens, designers, architectes,… En effet, les professionnels possèdent ce savoir-faire d'excellence qui confère un travail de la matière tout à fait particulier, et les concepteurs, eux, sont spécialistes de la forme et des concepts liés à la forme. Cette complémentarité répond aux attentes de notre société, à savoir la création de produits à forte valeur ajoutée sur le plan culturel. C’est dans ce sens que les professionnels Métiers d’Art ont souhaité se rapprocher des professionnels de la conception, en menant une action expérimentale qui a conduit à la création de l’association Design Métiers d’Art Bretagne, en 2001, regroupant les professionnels Métiers d’Art et les professionnels de la conception. Or, les relations entre ces deux secteurs professionnels de la création d’objets ou d’environnements sont difficiles, du fait principalement du manque de moyens financiers des ateliers ou entreprises Métiers d’Art pour faire appel à l’expertise des professionnels de la conception, et du fait du manque de moyens des professionnels de la conception pour faire appel à l’expertise des professionnels Métiers d’Art. Les entreprises Métiers d’Art qui font appel à l’expertise de concepteurs sont les entreprises ayant une capacité de production suffisante, d’au moins dix salariés. La recherche en création nécessite du temps et une expertise difficilement supportable pour des petites structures ou difficilement finançable par les concepteurs eux-mêmes. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 30 Ainsi, les artistes plasticiens se tournent facilement vers les centres nationaux de recherche (par exemple, celui sur le verre à Marseille), car ces centres bénéficient de financements publics au titre de la recherche, qui permettent la réalisation d’œuvres à moindre frais. Cela se traduit également par un appauvrissement, sur le marché, des propositions de création d’objet de caractère et de qualité. Or, il y a très certainement un intérêt au rapprochement entre ces deux secteurs d’activités, compte tenu de la richesse des savoirfaire et la qualité des compétences mutuelles. "Un des moyens de faire face aux difficultés économiques qui rendent difficiles les relations entre ces secteurs, […] serait de rendre accessible le marché de la commande publique aux professionnels Métiers d’Art, [et] de développer, dans le cadre de la commande publique et du 1% à la création, l’intégration du savoir-faire des professionnels Métiers d’Art, sous la forme […] d’œuvres de collaboration." Un des moyens de faire face aux difficultés économiques qui rendent difficiles les relations entre ces secteurs, tout en participant au développement des savoir-faire et de la recherche artistique, et en contribuant à la valorisation des savoir-faire des Métiers d’Art, serait : • de rendre accessible le marché de la commande publique aux professionnels Métiers d’Art ; • de développer, dans le cadre de la commande publique et du 1% à la création, l’intégration du savoir-faire des professionnels Métiers d’Art, sous la forme de prestations pour la réalisation ou l’expertise de concepts, ou sous la forme d’œuvres de collaboration (co-signature Métiers d’Art / concepteur) conformément aux droits d’auteurs en vigueur actuellement. Jean-Bernard VIGHETTI En définitive, ce sont les professionnels Métiers d’Art qui incarnent le concept ? Valérie GUICHON Tout à fait. Concernant les œuvres de collaboration co-signées, nous avons l’exemple d’une tapisserie acquise par la Mairie de Gijón, en Espagne : le carton est signé par l'artiste, et la tapisserie par le professionnel. La qualité du produit fini découle, bien évidemment, de la qualité de l'artiste concepteur, mais également de la qualité du savoir-faire employé à sa réalisation. Jean-Bernard VIGHETTI Pour les collectivités membres de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne, c’est une proposition de voies dans lesquelles elles peuvent s’engager pour apporter leur soutien aux professionnels des Métiers d’Art. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 31 Marie-Paule POSTEC L'intervention de Mme GUICHON est une excellente introduction au témoignage que M. CHIRON, Président Directeur Général des Faïenceries HB-HENRIOT, va nous apporter. Jean-Bernard VIGHETTI Juste une petite information auparavant. Nous avons démarré tardivement ; je propose donc que les deux tables rondes suivantes soient regroupées, d'autant plus que M. NEVANNEN ne pourra être présent aujourd’hui. Les faïenceries de Quimper : le lien entre Industrie, Métiers d'Art et Création Pierre CHIRON, Président Directeur Général des Faïenceries HB Henriot "L'histoire de la faïencerie HBHENRIOT correspond pleinement à l'intervention que vous venez de faire : toutes nos œuvres d'artistes sont cosignées." L'histoire de la faïencerie HB-HENRIOT correspond pleinement à l'intervention que vous venez de faire : toutes nos œuvres d'artistes sont co-signées. Nous venons de rééditer une bigoudène créée en 1940 par Robert MICHEAU-VERNEZ, et nous avons travaillé avec son fils, Mikaël MICHEAU-VERNEZ, afin de garantir un respect complet de son œuvre, aussi bien au niveau de la forme de la sculpture, qu'au niveau des couleurs et des broderies représentées. La pièce est co-signée, et nous indiquons qu’il s’agit d’une réédition, pour ne pas tromper l'acquéreur de l’œuvre. L’œuvre va être limitée à 204 exemplaires, correspondant à l’année 2004, afin que les futurs acquéreurs puissent faire le rapprochement. "Nous faisons en effet appel à des créations, que ce soient celles d’artistes extérieurs, comme à celles d’artistes intérieurs : la créativité doit être permanente dans l'entreprise, même si les questions de rentabilité économique sont parfois primordiales. Une œuvre doit en effet pouvoir être vendue, car nos salariés ne peuvent se nourrir de faïence, même si certains artistes ont pu parfois se nourrir de leurs toiles par le passé…" Nous faisons en effet appel à des créations, que ce soient celles d’artistes extérieurs, comme à celles d’artistes intérieurs : la créativité doit être permanente dans l'entreprise, même si les questions de rentabilité économique sont parfois primordiales. Une œuvre doit en effet pouvoir être vendue, car nos salariés ne peuvent se nourrir de faïence, même si certains artistes ont pu parfois se nourrir de leurs toiles par le passé… Revenons-en au lien entre industrie, Métiers d'Art et création. Vous venez de nous donner, même si cela n’est pas évident, une définition des Métiers d'Art. Je vous donnerai celle du mot industrie. Le terme industrie est ancien et nous vient du latin Industria, signifiant activité. Les différentes définitions trouvées dans le dictionnaire sont assez significatives, à savoir : • ensemble des efforts de l'homme pour utiliser ses facultés ; • ensemble des arts, des métiers, qui mettent en œuvre les matières premières pour les adapter aux besoins de l'homme ; • habileté, savoir-faire, art. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 32 Nous voyons là, dans ces différentes définitions, la place de l'homme dans sa recherche de faire mieux, mais avec ses propres mains. "Aujourd'hui, le terme industrie recouvre plutôt une activité mécanisée, voire automatisée, et nous associons facilement industrie et modernité : industrie moderne. Pour la Faïencerie HBHENRIOT, on emploie plus logiquement le terme manufacture : faire à la main, mais faire en série ; nous regroupons plusieurs dizaines de travailleurs salariés, qui possèdent chacun la connaissance de Métiers d'Art." "Deux possibilités s'offrent […] à la manufacture : modernisation de l'outil de production par mécanisation et automatisation, […] passage à la porcelaine ; [ou] ancrage dans l'art et la créativité artistique pour la sauvegarde des Métiers traditionnels d'Art, où le fait main donne tout son sens à l'œuvre." Aujourd'hui, le terme industrie recouvre plutôt une activité mécanisée, voire automatisée, et nous associons facilement industrie et modernité : industrie moderne. Pour la Faïencerie HB-HENRIOT, on emploie plus logiquement le terme manufacture : faire à la main, mais faire en série ; nous regroupons plusieurs dizaines de travailleurs salariés, qui possèdent chacun la connaissance de Métiers d'Art. Nous trouvons chez HB-HENRIOT des tourneurs, calibreurs, couleurs, mouleurs, peinteurs … Chacun de ces métiers nécessite une formation longue, plusieurs années pour les peinteurs, et qui pourrait s'acquérir en faisant son Tour de France comme les compagnons du même nom. La différence entre manufacture et artisan Métiers d'Art est liée à la dimension. La production d'objets utilitaires dans l'art de la table, voire des pipes en terre pour les marins, soldats … a été remplacée par une production plus décorative, parce que d'autres produits sont venus concurrencer la faïence, en particulier la porcelaine. Deux possibilités s'offrent alors à la manufacture : • modernisation de l'outil de production par mécanisation et automatisation. Changement de produit : passage à la porcelaine. • ancrage dans l'art et la créativité artistique pour la sauvegarde des Métiers traditionnels d'Art, où le fait main donne tout son sens à l'œuvre. Avec Alfred BEAU à la fin du 19ème siècle, la faïence devient un support original, offrant des contraintes nouvelles de réalisation, mais apportant aussi une puissance du rendu très spécifique à la matière utilisée. Dans les années 1920 - 1940, les Faïenceries de Quimper collaborent avec de nombreux artistes reconnus ou en devenir, tant pour les formes (sculpture) que pour les décors. Comme dans beaucoup de cas, la créativité n'était pas toujours reconnue et les œuvres ne se vendaient pas nécessairement. Mais aujourd'hui, dans les salles de vente, toute cette production est recherchée. Les prix atteignent des sommets et symbolisent la reconnaissance, entre autres, du travail accompli et du statut d'œuvre artistique. Pour la Faïence de Quimper, et particulièrement pour la Faïencerie HB-HENRIOT, le lien est unique, historique et naturel entre manufacture, Métiers d'Art et création. Nous proclamons que notre devoir, mais également notre survie, Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 33 "Nous proclamons que notre devoir, mais également notre survie, sont dans la sauvegarde de nos Métiers d'Art. Chaque œuvre produite dans nos ateliers doit être reconnue comme unique, dans le respect de la tradition d'un savoir-faire inégalé, et dans le respect des œuvres originales des artistes créateurs." sont dans la sauvegarde de nos Métiers d'Art. Chaque œuvre produite dans nos ateliers doit être reconnue comme unique, dans le respect de la tradition d'un savoir-faire inégalé, et dans le respect des œuvres originales des artistes créateurs. Jean-Bernard VIGHETTI C'est une belle conclusion à cette première table ronde. Vous nous avez montré comment, de façon très concrète, il était possible de valoriser une filière Métiers d'Art, en en conservant l'esprit, tout en prenant une dimension d'entreprise ou de manufacture. Je vais demander à M. BRUMEAUX, Animateur du Patrimoine de la Ville de Quimper, Mme GATEL, Maire de Châteaugiron, M. TOUCHARD, Architecte, Mme GUICHON, M. LE MOUER, Maire de Pontrieux, et à M. AUFFRET, Conseiller Municipal de Saint-Malo, de bien vouloir se préparer pour la deuxième table ronde. Nous allons commencer par les actions de sensibilisation et de valorisation des Métiers d'Art. Tout à l'heure, Mme GUICHON a évoqué le rôle joué par les professionnels des Métiers d'Art dans différents domaines. Elle a également abordé la question du risque de disparition de ces savoir-faire, pour des raisons, entre autres, économiques. Cependant, et cela semble paradoxal, au moment où ces métiers risquent de disparaître, les villes, en Bretagne, prennent conscience de l'importance que revêt le patrimoine. Dans les années 1950 - 1960, nous avons beaucoup détruit dans nos cœurs de villes, ainsi que nous l’avait montré M. LELOUP, lors de la première Journée Thématique sur l’Architecture en Pans de Bois, en février 2004. Aussi, du fait de cette prise de conscience de la qualité des monuments et de l’habitat urbains, il s’avère nécessaire de disposer de restaurateurs spécialisés. Il faut également trouver de nouveaux usages à ce patrimoine, dans le domaine de l'artisanat, du commerce, etc.… Cela impliquerait que l'on ait recours à d'autres savoir-faire pour valoriser ce patrimoine. Par ailleurs, en dépit des actions de formation que l'on mène autour du patrimoine depuis quelques années, les jeunes générations peuvent très bien, dans dix, quinze ou vingt ans, considérer que ce patrimoine est obsolète. "L'économie du temps libre est aujourd’hui très importante, même si nous l’avons souvent reléguée au second plan en Europe. En Bretagne, pendant longtemps, on a réduit le tourisme à un tourisme balnéaire, et nous nous rendons compte, maintenant, que seul le développement d’un tourisme identitaire et culturel, mettant en avant nos savoir-faire et nos Aujourd'hui, le tourisme se développe à travers le monde. On parle du futur marché chinois, dans le domaine du tourisme, comme on parle de l'industrie chinoise. Il faut peut-être penser le tourisme en fonction de ce marché et de tous ceux qui peuvent être amenés à se développer. L'économie du temps libre est aujourd’hui très importante, même si nous l’avons souvent reléguée au second plan en Europe. En Bretagne, pendant longtemps, on a réduit le tourisme à un tourisme balnéaire, et nous nous rendons compte, maintenant, que seul le développement d’un tourisme identitaire et culturel, mettant en avant nos savoir-faire et nos talents nous permettra de résister aux destinations du soleil. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 34 talents nous permettra de résister aux destinations du soleil. Au travers de cette dynamique touristique, de ce tourisme repensé en Bretagne, les Métiers d'Art vont devenir centraux. Il serait alors regrettable de les laisser disparaître." Au travers de cette dynamique touristique, de ce tourisme repensé en Bretagne, les Métiers d'Art vont devenir centraux. Il serait alors regrettable de les laisser disparaître. Dans un premier temps, nous allons donc évoquer les actions de sensibilisation du patrimoine menées auprès des jeunes. Je laisse à M. BRUMEAUX le soin de présenter les expériences menées à Quimper, qui sont l'expression de ce qui se fait dans d'autres villes labellisées Villes d'Art et d'Histoire. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 35 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 36 II – LES SAVOIR-FAIRE, SENSIBILISATION ET VALORISATION Ateliers pédagogiques et démonstration de savoir-faire : quelques expériences quimpéroises Jean-Philippe BRUMEAUX, Animateur du Patrimoine de Quimper "La question préalable est de savoir quelle est notre mission, dans cette transmission des savoir-faire ? […] Nécessairement, nous avons été amenés à parler, indépendamment de notion de patrimoine dans son ensemble, de l'action des restaurateurs, et de la manière dont les travaux avaient été entrepris. Ce sont des sujets régulièrement abordés dans le cadre des visites conférences que nous organisons toute l'année à Quimper." Les expériences que je vais vous présenter n'ont rien d'exemplaire, vous les retrouverez dans la plupart des Villes d'Art et d'Histoire. La question préalable est de savoir quelle est notre mission, dans cette transmission des savoir-faire ? Dès que l'on aborde le problème de la découverte du patrimoine d'une ville, nous sommes très vite confrontés à la description d'un vitrail, par exemple. Il y a quelques années, la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne a chargé mon service d’organiser des visites de la Cathédrale, au moment de sa réouverture, après les travaux. Nécessairement, nous avons été amenés à parler, indépendamment de notion de patrimoine dans son ensemble, de l'action des restaurateurs, et de la manière dont les travaux avaient été entrepris. Ce sont des sujets régulièrement abordés dans le cadre des visites conférences que nous organisons toute l'année à Quimper. Un aspect plus spécifique de cette sensibilisation est le travail que nous entreprenons avec les enfants. Nous abordons également le sujet de manière habituelle, puisque, à titre d’exemple, dans le cadre des visites du Musée Départemental Breton, M. LE BOEDEC, Guide Conférencier à Quimper, en présentant les objets, parle systématiquement de la manière dont ils ont été restaurés. Pour en arriver à l’aspect concret de ce travail avec les enfants, je tenais à rappeler une expérience qui a été menée dans le Finistère, il y a maintenant malheureusement une dizaine d'années, et qui a dû être arrêtée, probablement faute de moyens. En 1991, l'Education Nationale, puis le Ministère de l'Artisanat et du Commerce, ont mis en place un système de sensibilisation aux Métiers d'Art à destination des scolaires. Nous avons organisé, pendant cinq ans, des classes de sensibilisation aux Métiers d'Art et des ateliers de sensibilisation aux Métiers d'Art. Les objectifs du dispositif étaient les suivants : • replacer le métier de l'artisan, dans son contexte historique et local, et dans son actualité contemporaine ; • utiliser les perceptions sensorielles des enfants dans leur découverte : matériaux, procédés, outils… ; • s'approprier les diverses étapes de la création et les contraintes inhérentes aux Métiers d'Art. "Nous avons organisé des classes autour de la faïence et du vitrail. […] Ces classes comportaient, en sus de l’aspect théorique, un aspect très Nous avons organisé des classes autour de la faïence et du vitrail. Le principe de ces classes était celui des classes de découverte : des classes de l'extérieur venaient pendant une semaine, pour aborder les aspects cités précédemment. Un partenariat avait été mis en place avec les Faïenceries, et M. ROBERT pour le vitrail. Nous avons fait des visites de musées pour l’aspect historique, Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 37 concret, une véritable découverte de la maîtrise des matériaux, ainsi qu’une démarche de création." ainsi que des visites de terrain. La majeure partie du travail consistait à aller dans les ateliers, que ce soit dans les Faïenceries de Quimper ou dans l'atelier du maître verrier, puis de terminer la classe par une réalisation que chaque enfant emmenait chez lui. Ainsi, ces classes comportaient, en sus de l’aspect théorique, un aspect très concret, une véritable découverte de la maîtrise des matériaux, ainsi qu’une démarche de création. De la même manière, huit ateliers ont eu lieu en Finistère, entre 1993 et 1995. Ces ateliers, portant également sur la faïence, le vitrail et la broderie, s'adressaient plutôt à des enfants d'origine locale. Ces ateliers s’organisaient en douze séances d'une demi-journée, pris sur les temps scolaires. Une partie de ces temps était consacrée à la théorie, comportant des visites thématiques et historiques, l’autre partie étant consacrée à un travail de création en atelier, ce qui permettait un va-et-vient permanent entre la maîtrise technique et la réflexion. En douze séances, nous arrivions à un réel échange, à un vrai travail de sensibilisation. En temps ordinaire, quand nous voulons faire un travail sur le vitrail avec les enfants, nous le faisons sur du papier rhodoïd, et pour la sculpture, c'est de la pâte à modeler. Ainsi, même en étant le plus imaginatif possible, on reste un peu au ras du sol. Dès qu'on apporte un petit plus dans le domaine de la création, intellectuelle ou manuelle, grâce à un intervenant, qu’il soit plasticien ou professionnel Métier d’Art, on va évidemment beaucoup plus "La plupart des enfants, au bout loin. des douze séances, voulaient tous devenir maître-verrier. Même si cela ne se fera pas forcément, je pense que c'est uniquement par ce type de sensibilisation qu'on sortira d'une sorte de ghetto, véritable handicap majeur de notre société, né d’une valorisation systématique du travail intellectuel par rapport au travail manuel." "En effet, il y a cent ans, le problème de l'Education Nationale était d’amener les jeunes français, pour l’essentiel des ruraux, du manuel vers le conceptuel. Aujourd’hui, c’est la problématique inverse qui se pose […]. Dans ce domaine, les professionnels des Métiers d'Art peuvent jouer un rôle fondamental en étant des passeurs. Encore faut-il qu'on les soutienne financièrement Pour terminer, il faut rappeler que ces classes étaient financées par l'Education Nationale, la Ville de Quimper et le Ministère de l'Artisanat et du Commerce, chaque classe coûtant à peu près 20 000 Francs à l'époque. Le coût n’en était finalement pas exorbitant, et les expériences menées à cette époque-là nous ont montré que la plupart des enfants, au bout des douze séances, voulaient tous devenir maître-verrier. Même si cela ne se fera pas forcément, je pense que c'est uniquement par ce type de sensibilisation qu'on sortira d'une sorte de ghetto, véritable handicap majeur de notre société, né d’une valorisation systématique du travail intellectuel par rapport au travail manuel. Jean-Bernard VIGHETTI En effet, il y a cent ans, le problème de l'Education Nationale était d’amener les jeunes français, pour l’essentiel des ruraux, du manuel vers le conceptuel. Aujourd’hui, c’est la problématique inverse qui se pose, compte tenu de la prégnance du virtuel et de la nature de l’enseignement. Comment permettre aux jeunes de s'approprier l’espace dans lequel ils vivent, et comment leur faire découvrir les savoir-faire, et plus particulièrement les savoir-faire rares. Dans ce domaine, les professionnels des Métiers d'Art peuvent jouer un rôle fondamental en étant des passeurs. Encore faut-il qu'on les soutienne financièrement pour cela. De la même façon, dans le domaine du tourisme, ils peuvent jouer un rôle important, sans pour autant en faire des bêtes de cirque. Il faut, Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 38 pour cela." pour cela, trouver des lieux de médiation. Les représentants de Rennes pourraient peut-être nous parler de l'expérience menée avec M. CREZE, Ferronnier d’Art et compagnon du devoir, sur le "Métier d'Art citoyen". Gilles BROHAN, Animateur de l'Architecture et du Patrimoine de Rennes Métropole Le Service Animation du Patrimoine de Rennes, depuis 1990, a mis en place un partenariat avec des artisans, et notamment les artisans locaux de la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment, comprenant onze à treize chefs d'entreprises. Parmi ces artisans, nous travaillons depuis plus de quinze ans avec M. CREZE, Ferronnier d'Art et Métallier, installé à Saint-Jacquesde-la-Lande. L'objectif est d'immerger les enfants ou les adolescents dans un patrimoine. En allant visiter son entreprise, il fait part au public de son savoir-faire, et on peut le voir travailler à l'œuvre. "Nous avons eu […] des classes dites "difficiles", qui ont été littéralement subjuguées par ce qu'ils ont vu. M. CREZE [Ferronnier d'Art] leur a parlé de manière très concrète de son parcours personnel, et leur a montré qu'on peut partir avec des difficultés et réussir au travers d’un travail manuel. Il leur a expliqué, avec son francparler, que certains cols blancs gagnaient beaucoup moins d'argent que lui et certains de ses ouvriers. C'était une manière très directe de dire à ces jeunes adolescents qu’en réalité, il n'y avait pas de dévalorisation du travail manuel et que, au contraire, ils pouvaient y trouver leur voie." Nous avons eu, à plusieurs occasions, des classes dites "difficiles", qui ont été littéralement subjuguées par ce qu'ils ont vu. M. CREZE leur a parlé de manière très concrète de son parcours personnel, et leur a montré qu'on peut partir avec des difficultés et réussir au travers d’un travail manuel. Il leur a expliqué, avec son franc-parler, que certains cols blancs gagnaient beaucoup moins d'argent que lui et certains de ses ouvriers. C'était une manière très directe de dire à ces jeunes adolescents qu’en réalité, il n'y avait pas de dévalorisation du travail manuel et que, au contraire, ils pouvaient y trouver leur voie. Tout cela était lié à des visites en centre ville, afin de voir sur le terrain les réalisations que M. CREZE ou d'autres entreprises artisanales avaient pu mener. Ces enfants, vivant dans des quartiers à l'extérieur du centre ville, avaient le sentiment que deux villes coexistaient. Ces visites leur ont permis de comprendre qu'ils vivaient dans la même ville, et qu’ils pouvaient retrouver certains des éléments restaurés, sous une autre forme, en périphérie. Nous avons également mis en place des conférences dans la chapelle Saint-Yves, en faisant appel à différents artisans. A titre d’exemple, M. EVELLIN est intervenu sur l’Orfèvrerie, et M. PANHALEUX sur les appareillages. Différents artisans sont venus présenter leurs savoir-faire, afin de mieux les faire connaître. En définitive, il est primordial de ne pas cantonner le patrimoine aux réalisations, qu'elles soient d'ordre architectural, paysager ou mobilier. Il faut prendre en compte les savoir-faire, ainsi que les hommes et les femmes qui les transmettent et qui, par là même, sont les garants de ce patrimoine. "Sur le plan de l’image de la France, ces savoir-faire sont reconnus à l’étranger, parfois mieux qu’en France même. Par exemple, nous avons reçu un Sur le plan de l’image de la France, ces savoir-faire sont reconnus diplôme d’honneur du Japon à l’étranger, parfois mieux qu’en France même. Par exemple, nous pour ces actions de valorisation avons reçu un diplôme d’honneur du Japon pour ces actions de Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 39 des savoir-faire." valorisation des savoir-faire. Jean-Bernard VIGHETTI Ce témoignage complète parfaitement celui de M. BRUMEAUX. Maintenant, va nous être présentée une autre forme de valorisation des Métiers d'Art, menée par la Ville de Châteaugiron. C'est une initiative communale, et il est vrai que, quelques fois, les villes ont oublié qu'elles pouvaient jouer un rôle important dans la stimulation de l’activité des professionnels des Métiers d'Art, notamment par la commande publique. La valorisation des savoir-faire : le salon de création d'art "Pièces uniques" de Châteaugiron Françoise GATEL, Maire de Châteaugiron Bonjour à tous. Sans abuser de mon temps de parole, je voudrais remercier M. BENOIT et M. VIGHETTI, l'équipe organisatrice de cette journée, parce que je crois que toutes nos villes sont concernées par la sauvegarde des Métiers d'Art. "La sauvegarde des Métiers d'Art est un défi et une urgence pour deux raisons : garantir les possibilités de restauration de nos villes ; sauvegarder un savoir-faire exceptionnel qui est en lui-même un patrimoine." La sauvegarde des Métiers d'Art est un défi et une urgence pour deux raisons : • garantir les possibilités de restauration de nos villes ; • sauvegarder un savoir-faire exceptionnel qui est en lui-même un patrimoine. Le salon des Créateurs d'Art a été organisé à Châteaugiron pour la première fois en mai 2004. Il a été la première concrétisation de la réflexion conduite par la Ville sur son positionnement touristique, réflexion intégrée dans le projet du Pays de Rennes qui affiche le développement touristique comme une priorité. Située à quinze kilomètres de Rennes, forte de la richesse de son patrimoine architectural, Châteaugiron a défini son projet touristique autour de la thématique de l'Art et une cible de clientèle de proximité. "Le premier Salon des Créateurs d'Art, né de la rencontre de la Ville […] et d'un professionnel domicilié à Châteaugiron, a réuni sur un week-end dix-huit artisans d'art, venus majoritairement de la région Grand Ouest, mais aussi de toute le France." Le premier Salon des Créateurs d'Art, né de la rencontre de la Ville, et plus particulièrement de M. OLLIVIER, Adjoint à la Culture, et d'un professionnel domicilié à Châteaugiron, a réuni sur un week-end dix-huit artisans d'art, venus majoritairement de la région Grand Ouest, mais aussi de toute le France. Parmi ces professionnels Métiers d’Art, on peut citer la présence de créateurs de bijoux, de créateurs de mobiliers contemporains et d'objets utilitaires ou décoratifs -relevant du concept du chef d’œuvre-, de céramistes et de modistes. Ce salon, qui était une première, n'avait fait l'objet d'aucune détermination en termes d'objectifs économiques, mais a donné Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 40 des résultats très positifs, qui nous permettent de préparer la seconde édition et d'envisager sa pérennisation. Les professionnels ont réalisé d’excellentes ventes, si bien qu’ils se proposent déjà pour participer à la seconde édition de la manifestation. "Le salon a été un succès grâce à […] un partenariat réussi entre la Ville, qui a mis à disposition des moyens techniques, un lieu prestigieux, un soutien financier, [et] une association, avec un chef de file qui bénéficiait d'un carnet d'adresses et de la reconnaissance de ses pairs." Le salon a été un succès grâce à deux facteurs : • un partenariat réussi entre la Ville qui a mis à disposition des moyens techniques, un lieu prestigieux, un soutien financier ; • une association avec un chef de file qui bénéficiait d'un carnet d'adresses et de la reconnaissance de ses pairs. Pour Châteaugiron, la réussite de ce salon conforte notre volonté de développer la thématique de l'Art. Trois actions sont d'ores et déjà envisagées : • pérennisation du Salon des Pièces Uniques ; • accueil d'artisanat sur la commune pour consolider et asseoir notre projet ; • création d'ateliers du patrimoine en partenariat avec les Métiers d’Art ; pour cette raison, les expériences de Rennes et de Quimper nous intéressent beaucoup. "Je suis convaincue que la valorisation et la pérennité des Métiers d'Art passent par une volonté politique clairement affirmée, et un engagement fort des différents partenaires. […] Pour mobiliser ces acteurs, l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques, ainsi que l’Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne, peuvent être les instruments qui aiguillonneront et stimuleront tous les acteurs, pour que nos discours se transforment en actions." Plus largement, une ville ne peut à elle seule concrétiser l'ambition qu'elle peut avoir dans ce domaine. C'est pourquoi, tout à l'heure, je saluais l'initiative qui a été prise par M. BENOIT et M. VIGHETTI, parce que je suis convaincue que la valorisation et la pérennité des Métiers d'Art passent par une volonté politique clairement affirmée, et un engagement fort des différents partenaires : • les artisans eux-mêmes ; • les Villes, par l’accueil et la proposition d’un immobilier accessible financièrement ; • les collectivités comme le Conseil Régional qui a compétence en matière de formation et d'activité économique. Pour mobiliser ces acteurs, l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques, ainsi que l’Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne, peuvent être les instruments qui aiguillonneront et stimuleront tous les acteurs, pour que nos discours se transforment en actions. Jean-Bernard VIGHETTI Vous venez d’exposer certains éléments essentiels, notamment en ce qui concerne le soutien à l’implantation des Métiers d’Art dans nos cités, dans de bonnes conditions. Depuis plusieurs années, nous assistons à une délocalisation des savoir-faire, de nos villes Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 41 vers des lieux où l’immobilier est moins cher. Il est donc impératif de mettre en œuvre une véritable politique volontariste pour l'accueil des Métiers d'Art, dans le cœur de nos cités. Avant de passer à cette question de l’accueil, nous allons revenir à l’une des raisons d’être des Métiers d’Art : la restauration du patrimoine. Au-delà de ce qui a déjà été évoqué, la restauration du patrimoine représente un formidable gisement, sur le plan économique. Il a longtemps été délaissé, par méconnaissance ou par manque de moyens. Depuis, de nombreuses initiatives ont été engagées, par des collectivités, comme les Petites Cités de Caractère et les Communes du Patrimoine Rural, et même par l'Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat (ANAH), qui ont su appréhender des enjeux patrimoniaux forts dans les politiques de logement. Ainsi, la réhabilitation de logements à loyers modérés dans du bâti ancien, a favorisé, à terme, l’insertion de populations modestes ou jeunes dans le tissu urbain, tout en permettant la sauvegarde d’immeubles d’intérêt patrimonial. M. TOUCHARD, en qualité d’Architecte, va pouvoir nous expliquer comment il voit le rôle des Métiers d'Art dans la restauration du patrimoine, et quelles actions il a pu engager dans ce domaine. Il y a dix ou quinze ans, se posait le problème des débouchés, qui nous interdisait d’encourager l’orientation des professionnels du bâtiment vers les Métiers d’Art liés à la restauration du patrimoine. Aujourd’hui le contexte a changé. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 42 III – METIERS D'ART ET DEVELOPPEMENT LOCAL L'emploi des Métiers d'Art (restaurateurs et créateurs) dans la restauration du patrimoine Johann TOUCHARD, Architecte Nous voyons de plus en plus d'édifices en restauration, dans les centres villes, mais également en campagne. Concernant la question de l'emploi des Métiers d'Art dans la restauration du patrimoine, nous allons la traiter en fonction des deux catégories de professionnels Métiers d’Art auxquels nous faisons appel : les restaurateurs et les créateurs. Il existe évidemment une différence entre ces deux activités, et les Métiers d'Art peuvent tout à fait intervenir dans les deux domaines. "En ce qui concerne la restauration, […] il s'agit […] de redonner à un meuble ou à un immeuble toutes ses dispositions d'origine. […] On procède à des investigations quasi scientifiques avant d'intervenir sur l'objet. Pourquoi ? Parce qu'il est tout simplement irremplaçable […]. Si l'intervention est de mauvaise qualité, c'est l'immeuble ou l'objet qui est dénaturé. Dans le domaine de la création, il s'agit d'une création qui va pouvoir prendre de la valeur, de manière immédiate ou progressive, avec le temps." "Pour chacun de ces métiers, il faut une pratique, un savoirfaire technique. Ce savoir-faire, dans le domaine de la restauration, il est nécessaire, il est indispensable, mais il n'est pas suffisant. La personne […] devra en même temps […] maîtriser certaines connaissances historiques." "La création a tout à fait sa place dans le cadre des Monuments Historiques. Ce En ce qui concerne la restauration, l’objectif est différent, puisqu'il s'agit, dans ce cas-là, de redonner à un meuble ou à un immeuble toutes ses dispositions d'origine. Pour cela, une démarche bien particulière de connaissance de cet objet est nécessaire. On procède à des investigations quasi scientifiques avant d'intervenir sur l'objet. Pourquoi ? Parce qu'il est tout simplement irremplaçable, c'est une pièce unique. Si l'intervention est de mauvaise qualité, c'est l'immeuble ou l'objet qui est dénaturé. Dans le domaine de la création, il s'agit d'une création qui va pouvoir prendre de la valeur, de manière immédiate ou progressive, avec le temps. Dans le domaine du bâtiment, on fait appel à de nombreux métiers, quelle que soit la construction : sculpteurs sur bois, sur pierre, ferronniers, peintres, décorateurs, menuisiers, charpentiers, couvreurs, maçons, tailleurs de pierre, appareilleurs,… Pour chacun de ces métiers, il faut une pratique, un savoir-faire technique. Ce savoir-faire, dans le domaine de la restauration, il est nécessaire, il est indispensable, mais il n'est pas suffisant. La personne disposant de ce savoir-faire devra en même temps s'intéresser à l'objet qu'il va devoir restaurer et, pour cela, maîtriser certaines connaissances historiques. Pour obtenir un résultat de qualité, il faut que l'artisan puisse prendre part pleinement à ce projet, en disposant de ces connaissances historiques. Sur les chantiers, nous sommes souvent confrontés à ce genre de difficultés : on peut avoir un professionnel de très grande qualité qui ne saura pas apporter la bonne réponse lors de la restauration de l’objet. Je vais vous projeter quelques diapositives présentant des cas concrets, en matière de restauration et de création. • La Chapelle Saint-Maudé à la Croix-Hélléan, un édifice du 15ème siècle. La création a tout à fait sa place dans le cadre des Monuments Historiques. Ce n'est pas parce qu’un immeuble a été inscrit pour des raisons historiques, culturelles, artistiques et identitaires, qu'il faut le mettre sous une cloche de verre et le Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 43 n'est pas parce qu’un immeuble figer à tout jamais. Ce patrimoine doit être vivant, doit être le support d'une expression. Dans l’histoire même du bâtiment, a été inscrit pour des raisons certains éléments ont pu évoluer, tels que les menuiseries ou les historiques, culturelles, vitraux. Cette chapelle possède des vitraux créés en 1995 par artistiques et identitaires, qu'il Olivier DEBRE. En revanche, l’ensemble des dispositions faut le mettre sous une cloche liturgiques du bâtiment va être conservé. Pour cela, nous aurons de verre et le figer à tout jamais. besoin des compétences d’un menuisier spécialisé. Ce patrimoine doit être vivant, doit être le support d'une • Sur la diapositive suivante, on voit qu’une première tranche de expression." travaux a été réalisée, concernant la maçonnerie, la charpente, y compris la voûte et la couverture. La seconde phase, d’aménagement liturgique, concerne les retables, les bancs, la barrière de communion, tous les éléments qui pouvaient équiper une chapelle au 15ème siècle, conformément à la liturgie de l’époque. • Voici un exemple de ferronnerie du 17ème siècle. Lorsque l’on intervient sur ce type d'objet, nous avons besoin de le connaître "Lorsque l’on intervient sur le mieux possible : savoir qui l'a fait, dans quelles conditions, [un] objet, nous avons besoin avec quels matériaux. Nous pouvons être amenés à utiliser des de le connaître le mieux techniques de restauration de pointe. Aussi, avant d'intervenir possible : savoir qui l'a fait, sur un matériau, il faut connaître, par exemple, sa composition dans quelles conditions, avec chimique. Parfois, il va falloir trouver un professionnel capable quels matériaux. Nous pouvons de réemployer les outils utilisés il y a trois ou quatre siècles, être amenés à utiliser des pour intervenir sur l'objet en question. techniques de restauration de pointe. Aussi, avant d'intervenir • Sur la diapositive suivante, c’est un détail de toiture. On perçoit sur un matériau, il faut très bien ce contact avec la matière ; chaque ardoise a été taillée une à une, et il faut vous imaginer qu’elles sont extraites, à connaître, par exemple, sa l’origine, d’un banc géologique se trouvant à plusieurs dizaines, composition chimique." voire centaines de mètres sous terre. Il faut donc ressortir le bloc et débiter les ardoises. A l'origine, la personne, au fonds de la mine, débite aussi bien les petits morceaux que les gros. Toutes les ardoises sont ensuite employées, les petites près du faîtage, tout en haut, et les plus grandes, au niveau de l'égout, sur la partie basse. "Non seulement l’ouvrage luimême devra être restauré, mais les matériaux d’origine devront également être conservés, afin de transmettre l’édifice le plus fidèlement possible." • Cette image présente une vue en axonométrie d'un moulin. Une fois encore, nous aurons besoin de faire appel à un professionnel ayant déjà réalisé ce type d’ouvrage. Non seulement l’ouvrage lui-même devra être restauré, mais les matériaux d’origine devront également être conservés, afin de transmettre l’édifice le plus fidèlement possible. • Pour du patrimoine industriel comme celui-ci, se pose également la question des techniques employées à l'époque. Pour moudre du blé, différents moyens ont existé, sans compter les techniques particulières locales. Dans ce cas, un travail doit être fait en collaboration avec des historiens. • Voici un autre exemple concernant la question d’un matériau : la pierre. Lorsque l’on a un élément d’architecture sculpté ou taillé à restaurer, il arrive que le matériau soit complètement "Lorsque l’on a un élément d’architecture sculpté ou taillé à pulvérulent et qu’il faille le remplacer par des matériaux neufs. C'est une vraie catastrophe, car lorsque l’on prend, par exemple, restaurer, il arrive que le une cathédrale, à force de remplacer tous les blocs de pierre, matériau soit complètement que nous reste-t-il du bâtiment d'origine ? On tente de Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 44 pulvérulent et qu’il faille le remplacer par des matériaux neufs. C'est une vraie catastrophe, car […] à force de remplacer tous les blocs de pierre, que nous reste-t-il du bâtiment d'origine ? […] Il est donc très important de les entretenir pour pouvoir les conserver le plus longtemps possible." conserver au mieux les matériaux, mais ils sont périssables. Il est donc très important de les entretenir pour pouvoir les conserver le plus longtemps possible. • Voici l’exemple du travail réalisé sur un bloc de pierre de taille calcaire. Il faut le sortir de la carrière, le dégrossir, dessiner les motifs à sculpter, tailler, sculpter, puis appareiller la pièce. Cela nécessite de nombreuses compétences, même si le sculpteur peut avoir une formation multiple, en beaux-arts, en taille et en appareillage. • Dans le domaine du mobilier, ce n'est pas simple non plus. Dans le cas présent, nous avons un buste d’évêque du 19ème siècle, complètement rongé par les insectes xylophages. Lorsqu’il s’agit de pièces uniques, nous avons vraiment besoin de faire appel à des techniques innovantes, afin de conserver ces objets. • Lorsque l’on a la chance de travailler sur une charpente comme celle-ci, il faut employer exclusivement des techniques de l’époque, pour faire en sorte que cette intervention, réalisée au 21ème siècle, soit invisible, afin d’être le plus respectueux possible vis-à-vis du bâtiment. En dernier lieu, il est important de répéter que nous avons tous notre part de responsabilité, que l’on soit maître d’ouvrage, maître d’œuvre ou entrepreneur. Jean-Bernard VIGHETTI Aujourd’hui, le problème se pose moins pour les monuments classés ou inscrits, qui sont suivis de près par les Architectes en Chef des Monuments Historiques ou par les Architectes des Bâtiments de France, que pour le reste du patrimoine, notamment privé. Les propriétaires n'ont souvent pas les moyens suffisants pour une restauration, il faut donc les aider financièrement. Ils peuvent aussi avoir une conception très personnelle de la réhabilitation d’une habitation, et certains maîtres d'œuvre ne sont pas toujours habilités à travailler correctement dans ce domaine. Les collectivités locales, quant à elles, sont souvent obligées de passer par la procédure d'appel d'offre. Ce n’est pas forcément le meilleur professionnel qui sera retenu, alors qu’elles ont fait appel à un architecte spécialisé. Johann TOUCHARD Au contraire, le code des marchés publics est un outil assez efficace qu’il faut exploiter, bien que la procédure puisse sembler contraignante. Quand on lance une consultation, le Règlement Particulier d'Appel d'Offre permet d’intégrer tous les critères que l'on souhaite. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 45 Jean-Bernard VIGHETTI Pour favoriser le mieux disant ? Johann TOUCHARD "Le code des marchés publics permet au maître d’ouvrage d’établir des critères favorisant le choix du mieux disant. Il est important, lors de l’appel d’offre, d’être clair et ferme sur ce plan." Tout à fait. La règle du moins disant finit par tirer les choses vers le bas. Du même coup, plus personne ne se donne les moyens de travailler convenablement, ce qui est absolument catastrophique. Le code des marchés publics permet au maître d’ouvrage d’établir des critères favorisant le choix du mieux disant. Il est important, lors de l’appel d’offre, d’être clair et ferme sur ce plan. Jean-Bernard VIGHETTI Cependant, pour les particuliers, se pose toujours la question des maîtres d'œuvre, qui n'ont pas toujours les qualifications suffisantes pour des restaurations de qualité. Johann TOUCHARD Pour les particuliers, il est vrai que ce n'est pas évident. Cependant, dans les Petites Cités de Caractère, comme dans d'autres communes dotées d'une Zone de Protection du "Dans les Petites Cités de Caractère, comme dans d'autres Patrimoine Architectural Urbain et Paysager, les propriétaires communes dotées d'une Zone peuvent solliciter les services de l'Etat pour obtenir aides et conseils. de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager, les propriétaires peuvent solliciter les services de Jean-Bernard VIGHETTI l'Etat pour obtenir aides et Bien sûr, mais nous avons parfois des surprises, et ce, malgré les conseils." moyens que l’on met à la disposition des propriétaires pour réhabiliter ou restaurer. Ces problèmes sont souvent liés à un défaut d’éducation ou de connaissance du patrimoine. Nous allons maintenant aborder la question de l’Accueil des Métiers d’Art dans nos collectivités. M. NEVANNEN ne pouvant être présent aujourd’hui, Mme GUICHON va devoir nous présenter l’Association Accueil Métiers d’Art Bretagne, créée en partenariat avec le Collectif Métiers d’Art Bretagne. Présentation de l'Association Accueil Métiers d'Art Bretagne Valérie GUICHON Suite à une prolifération des demandes d’intervention financière de l’Etat -par le biais du Fonds d’Intervention pour la Sauvegarde de l’Artisanat et du Commerce- pour l’installation d’ateliers et d’entreprises de Métiers d’Art dans des communes bretonnes, le Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 46 Préfet de Région a demandé, en 1997, au Collectif Métiers d’Art Bretagne de piloter une étude sur le sujet. Les préconisations de cette étude ont conclu favorablement à la mise en place d’un réseau de villes Accueil Métiers d’Art de Bretagne, géré par une association. Cette association AMAB, créée en 1999, se définit comme suit : • gestion paritaire par les élus locaux et les professionnels ; • création et animation d’un réseau de pôles ; "Le point essentiel de la Charte du réseau AMAB est la mise en place d’une politique locale de développement des Métiers d’Art, par l’élaboration d’une convention avec une association de professionnels au niveau local." • élaboration d’une charte d’homologation. Le point essentiel de la Charte du réseau AMAB est la mise en place d’une politique locale de développement des Métiers d’Art, par l’élaboration d’une convention avec une association de professionnels au niveau local. Actuellement, quatre villes sont homologuées Pôle Métiers d’Art de Bretagne : • La Gacilly ; • Morlaix ; • Pontrieux ; "C'est probablement l’une des actions qui ont été les plus structurantes pour le secteur des Métiers d'Art en Bretagne. En effet, cette rencontre entre professionnels et élus locaux a permis une reconnaissance de ces professionnels comme acteurs du développement global." • Pont-Scorff. C'est probablement l’une des actions qui ont été les plus structurantes pour le secteur des Métiers d'Art en Bretagne. En effet, cette rencontre entre professionnels et élus locaux a permis une reconnaissance de ces professionnels comme acteurs du développement global. Elle leur apporte l’énergie nécessaire pour s’impliquer, auprès des élus, dans l'élaboration de projets d'avenir, liés au caractère et à la qualité d'un territoire. Par la valeur ajoutée qu’ils apportent, les professionnels Métiers d’Art contribuent à un développement local basé sur une économie culturelle. Jean-Bernard VIGHETTI Ainsi, ce qui est important, c'est ce partenariat fort entre une collectivité et un groupement de professionnels. S'il n'y a pas de groupement de professionnels, la commune ne peut pas faire partie du réseau. Les termes de cette convention définissent les apports de chacun, et il est certain que cela contribue à dynamiser certaines communes. Je vais donc demander à M. LE MOUER de bien vouloir présenter son expérience. Témoignage sur le Pôle Métiers d'Art de Pontrieux Yves LE MOUER, Maire de Pontrieux Je vais vous présenter l'historique et le fonctionnement du Pôle "Pontrieux est une […] ville […] regroupant seulement 1 200 Métiers d'Art de Pontrieux. habitants sur 102 hectares. Son Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 47 équipe municipale est animée depuis longtemps par la volonté de mettre en valeur le patrimoine dans un cadre de vie de qualité, afin de favoriser un développement touristique. Pour cela, différents moyens ont été mis en œuvre." Pontrieux est une Petite Cité de Caractère, ville pont de fond d'estuaire, regroupant seulement 1 200 habitants sur 102 hectares. Son équipe municipale est animée depuis longtemps par la volonté de mettre en valeur le Patrimoine dans un cadre de vie de qualité, afin de favoriser un développement touristique. Pour cela, différents moyens ont été mis en œuvre : • aménagement du centre ville ; • fleurissement ; • politique de ravalement des façades ; • politique d’amélioration des enseignes ; • restauration de cinquante lavoirs et mise en place de promenades-découverte de ces lavoirs en barques, avec 17 000 embarquements en 2004 ; • incitation à la découverte de la vallée du Trieux, par la navigation de plaisance, et par la "Vapeur du Trieux", train touristique (machine à vapeur), avec 29 000 visiteurs durant l’été 2004 ; • mise en valeur de la ville le soir par la lumière, avec le parcours lumière Lavand'ières, véritable signature nocturne de notre cité, qui vit au rythme du Trieux ; l'eau et les lavoirs en sont le reflet. Cette politique ayant généré un flux touristique important, il est apparu qu’il nous fallait retenir les visiteurs, tout en favorisant des retombées économiques pour notre cité. L'initiative d'un pôle Métiers d'Art revient à la Mairie, cette réalisation venant naturellement en complément des autres actions menées dans le domaine du patrimoine, du tourisme et de l'animation. Les objectifs de cette opération sont les suivants : "Les objectifs de cette opération [Pôle Métiers d'Art de • sauver des bâtiments, propriété de la Ville ; Pontrieux] sont les suivants : sauver des bâtiments, propriété de • favoriser l'installation d'artisans d'art et d'artistes afin de la Ville, favoriser l'installation compléter l'animation de la Ville ; d'artisans d'art et d'artistes afin de compléter l'animation de la Ville, • favoriser la venue dans la cité de nouvelles familles, de favoriser la venue dans la cité de nouveaux foyers ; nouvelles familles, de nouveaux foyers, [et] assumer un rôle • assumer un rôle social vis-à-vis de certains professionnels, en social vis-à-vis de certains professionnels, en leur offrant une location à prix modeste." leur offrant une location à prix modeste. La Ville a pu s'appuyer sur plusieurs partenaires, pour mener à bien un travail d'analyse des ressources locales, de prospectives en matière de communication et de financement, de recensement d'artisans d'art pouvant être accueillis, et enfin des locaux pouvant être mis à disposition. Elle a été soutenue en cela par divers partenaires, dont la Chambre des Métiers et les étudiants en B.T.S. Action Commerciale et Communication du lycée Notre Dame de Guingamp. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 48 Les caractéristiques de ce pôle Métiers d’Art sont les suivantes : • la nature : il s'agit essentiellement de la création d'ateliers pour différents artisans répartis en différents points de la cité (ateliers, exposition, vente) et ne pouvant eux-mêmes investir ; • la thématique : il n'a pas été retenu de thématique de métiers, les professionnels installés étant à la fois artistes (peintre, sculpteurs) et artisans (bijoux, mosaïque, figure, tissage, poterie, vitrail, verre…) ; • les activités : outre l'ouverture permanente pendant la saison touristique des ateliers aux visites, les professionnels organisent des événements spécifiques ou participent à d'autres événements, renforçant le rôle économique ; au printemps notamment, tous les deux ans, une fête est organisée sur l'espace public du parking de la passerelle "Venez nombreux, artisans d'art et trucs bizarres" ; en été, participation à la fête des lavoirs et, en hiver, mise en place d’un marché de Noël ; • les professionnels : à ce jour, vingt-cinq artisans, dont une vingtaine sur Pontrieux, sont installés dans dix-sept locaux. Six professionnels sont installés dans des locaux communaux. Notre objectif, fixé en 1996, était l’installation de vingt artisans en dix ans. Il a déjà été dépassé en moins de huit ans. Nous avons "Notre objectif, fixé en 1996, commencé avec des locaux communaux, mais d’autres était l’installation de vingt artisans en dix ans. Il a déjà été professionnels ont directement investi dans leurs propres locaux. De plus, trois anciens locataires ont investi par la suite, ce qui dépassé en moins de huit ans. prouve bien le rôle de soutien économique que peuvent jouer les Nous avons commencé avec des collectivités. locaux communaux, mais d’autres professionnels ont directement investi dans leurs propres locaux. De plus, trois anciens locataires ont investi par la suite, ce qui prouve bien le rôle de soutien économique que peuvent jouer les collectivités." Une convention relative au pôle Métiers d'Art a été passée entre la Ville de Pontrieux et l'Association "Les Ateliers d'Art du Pays de Pontrieux". Le rôle du pôle est le développement décidé par les élus, en particulier dans les domaines de l'économie et du tourisme. La commune s'engage à : • apporter un soutien à l'association des professionnels des Métiers d'Art, selon les différentes actions : mise à disposition de locaux à loyer modéré, aide au financement d'actions collectives, promotion ; • consulter l'association des professionnels lors de choix de développement, en particulier dans les domaines de la culture, de l'économie et du tourisme ; • valoriser et promouvoir le pôle Métiers d'Art par insertion d'un message et de photos dans les supports des réseaux touristiques de la commune. L'association des professionnels des Métiers d'Art s'engage à : • accepter les exigences exprimées de qualité des produits et de l'accueil ; Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 49 • consulter les élus lors de projets collectifs (animations, expositions, travail dans les écoles) ; • exiger le professionnalisme de ses membres pour l'installation des ateliers et la vente des productions ; • limiter strictement la revente dans les ateliers aux produits issus de la fabrication de professionnels Métiers d'Art ; • développer le partenariat avec les commerçants locaux. Actions complémentaires : • au niveau de l'urbanisme, le pôle Métiers d'Art s'inscrit clairement dans une politique appuyée d'urbanisme ; • au niveau du tourisme, les artisans d'art sont un complément de l'animation touristique de la cité. La Ville de Pontrieux a été homologuée par le réseau Accueil Métier d'Art Bretagne, présenté tout à l’heure par Mme GUICHON, représentant le Président M. NEVANNEN. Nous avions déjà créé un pôle artisans d'art avant la mise en place de l'AMAB. La Ville de Pontrieux a obtenu le prix de la Meilleure Initiative en 1996 pour la création de son Circuit d'Artisans d'Art dans le cadre du concours organisé par le Crédit Agricole et l'Association des Maires de France, en faveur des Petites Cités de Caractère (le Trophée des Communes en Côtes d'Armor). Dans le cadre de l'Opération de Développement et de Structuration du Commerce et de l’Artisanat du pays de Guingamp, une fiche action a été présentée et retenue par l'Association Régionale Interconsulaire pour l’Amélioration et la Rénovation du Commerce et de l’Artisanat : une aide de l’ordre de 70 %, soit 13 000 €, a été réservée pour la promotion du pôle en direction du grand public et des professionnels, en 2004 et 2005. Jean-Bernard VIGHETTI Voyez les moyens que peut mettre en œuvre une commune de 1 200 habitants seulement, et les résultats qu’elle peut obtenir ! Un autre exemple, celui de Saint-Malo, va maintenant nous être présenté. La politique de la Ville de Saint-Malo en faveur des Métiers d'Art Pierre-Louis AUFFRET, Conseiller Municipal de Saint-Malo Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 50 "En raison même de son histoire économique, fondée sur des échanges commerciaux de produits de la mer et de productions de l'intérieur, l'on ne peut pas dire que Saint-Malo ait été véritablement jusqu'à nos jours une cité caractérisée par les Métiers d'Art." En raison même de son histoire économique, fondée sur des échanges commerciaux de produits de la mer et de productions de l'intérieur, l'on ne peut pas dire que Saint-Malo ait été véritablement jusqu'à nos jours une cité caractérisée par les Métiers d'Art. A titre d’exemple, dans le domaine du textile, Saint-Malo a exporté, mais non point fabriqué, des productions ordinaires ou de luxe, en provenance de Bretagne -Quintin, Uzel- et de Mayenne. Il existe, cependant, quelques exceptions : c’est le cas Dodik et Jégou, céramistes d’origine quimpéroise, dont la réputation est bien établie en Bretagne, voire à l’échelle nationale, et ce, depuis la deuxième moitié du 20ème siècle. "Ces dernières années, l'image positive que représentent les Métiers d'Art s'est imposée pour deux raisons : une raison fondamentale, à savoir qu'il y a sur notre territoire […] nombre d'artisans d'art dont l'esprit créatif et le savoir-faire devaient être mis en avant, valorisés et soutenus ; une raison complémentaire, proposer aux touristes […] des productions qui fassent le pendant aux souvenirs bas de gamme, à la manière du Mont-Saint-Michel. D'où, une promotion récente des Métiers d'Art tournée vers l'installation permanente d'ateliers et vers un certain nombre d'actions complémentaires. Cette promotion s'est faite et se fait toujours au travers de salons, d’expositions et de supports de communication." Ces dernières années, l'image positive que représentent les Métiers d'Art s'est imposée pour deux raisons : • une raison fondamentale : à savoir qu'il y a sur notre territoire, le Clos-Poulet -cette appellation est la contraction du nom de la cité gallo-romaine d’Aleth, Closus Pagus Alethensis-, nombre d'artisans d'art dont l'esprit créatif et le savoir-faire devaient être mis en avant, valorisés et soutenus ; • une raison complémentaire : proposer aux touristes des objets, des productions qui fassent le pendant aux souvenirs bas de gamme, à la manière du Mont-Saint-Michel. D'où, une promotion récente des Métiers d'Art tournée vers l'installation permanente d'ateliers et vers un certain nombre d'actions complémentaires. Cette promotion s'est faite et se fait toujours au travers de salons, d’expositions et de supports de communication. En 1997, a eu lieu le premier Festival des Métiers d'Art, regroupant, sur trois jours, en octobre, quarante artisans d'art. L’organisation en a été assurée par une association, avec une aide financière de la Ville de l’ordre de 10 000 F. En 1998, la Ville réalise une étude-diagnostic sur l'artisanat en général, et sur l'artisanat d'art en particulier. Cette étude prend en compte trois axes : les offres par secteur d'activité, les besoins des artisans, et les attentes des clients potentiels. Parallèlement, la Préfecture de Région, avec le Collectif des Métiers d'Art de Bretagne, lance une étude sur les pôles d'artisanat d'art en Bretagne. En 1999, à la suite de cette enquête, a lieu l'assemblée constitutive de l'association Accueil des Métiers d’Art en Bretagne, à l'Hôtel de Ville de Saint Malo : Saint-Malo fait alors partie de l'exécutif provisoire. Une cotisation de 35 000 F est versée en 1999 et en 2000. Cette même année, se tient le deuxième Festival des Métiers d’Art, organisé par le Collectif des Métiers d'Art de Bretagne, en partenariat avec la Ville -aide de 60 000 F- et la Caisse d’Epargne Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 51 -aide de 35 000 F-. Ce festival comporte trois volets : un salonvente regroupant quarante artisans, une exposition de prestige "verres et carafes", et un volet de formation à destination des professionnels. On peut considérer qu'à l'horizon 2000, une certaine vitesse de croisière est atteinte. En 2004, a eu lieu l’exposition Métiers d’Art à Solidor, les 11 et 12 septembre. Le nom de "Solidor Terre en Vue" a été retenu pour éviter toute confusion avec une autre manifestation qui se tient au mois de juin, "Solidor en Peinture". Cette manifestation a regroupé quarante-cinq artistes et artisans, d’origines diverses (Grand Ouest et Clos-Poulet), spécialisés dans des domaines variés tels que le textile, la céramique, le verre, le bois ou la pierre. L’objectif, pour les professionnels, était de pouvoir se connaître entre eux, de se faire connaître du public et reconnaître par les pouvoir publics. Le programme de la manifestation comportait des démonstrations de savoirs-faire, une production in situ, la participation d’un public d’adultes, voire d’enfants, la vente d'objets et d'œuvres, et des concours dotés de prix offerts par la Ville. Deux associations en étaient les organisatrices : Droit de Cité, association de quartier responsable également de la manifestation "Solidor en Peinture", et Malo Métiers d’Art. Le partenariat de la Ville a consisté en une subvention de 500 € ; cette subvention peut paraître minime, mais la manifestation ayant eu lieu en extérieur, aucune location de salle n’a été nécessaire. "Solidor Terre en Vue", dont l’entrée était gratuite, a attiré plusieurs milliers de visiteurs. Je voudrais maintenant faire un bilan de l'action menée, à SaintMalo, en faveur des Métiers d'Art, en termes de réalités et de perspectives. "En termes de réalités, il y a un côté positif et un côté négatif, comme toujours. L’un des éléments positifs est la réussite certaine, pour la promotion des métiers d'art, de la mise en synergie de professionnels […]. Un élément négatif est la non labellisation de Saint-Malo par l’AMAB : en effet, la Charte fixe comme obligation d'offrir un tissu permanent d'artisans d'art, et pas seulement des activités saisonnières ou des expositions ponctuelles… il est vrai […] que Saint-Malo a un problème de foncier, cher en raison même de sa rareté." En termes de réalités, il y a un côté positif et un côté négatif, comme toujours. L’un des éléments positifs est la réussite certaine, pour la promotion des métiers d'art, de la mise en synergie de professionnels ; à titre d’exemple, la revue "Maison Côté Ouest" n°52 de juin-juillet 2004 a publié en couverture la photo d’un magnifique fauteuil en bois et toile à voile, résultat de l’association de deux professionnels : M. SAVY de la société "émouvances" (bois) et Mme DEFRETIER (toile). En revanche, un élément négatif est la non labellisation de Saint-Malo par l’AMAB : en effet, la Charte fixe comme obligation d'offrir un tissu permanent d'artisans d'art, et pas seulement des activités saisonnières ou des expositions ponctuelles… Mais nous y travaillons ; il est vrai aussi que Saint-Malo a un problème de foncier, cher en raison même de sa rareté. En termes de perspectives, nous travaillons actuellement à résoudre ces problèmes. Les vœux de certains portent sur l’extension de toute cette activité à l'échelle de la Communauté d'Agglomération. Cela permettrait de résoudre, entre autres, la question du foncier. Mais serait-ce encore Saint-Malo, ville de "Métiers d'Art" ? Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 52 La question est posée, la réponse ne m'appartient pas… Jean-Bernard VIGHETTI Vous nous avez présenté une politique qui est, pour l'instant, essentiellement événementielle. Vous avez également abordé la question de la nécessité d’une politique foncière. En effet, elle "Vous avez […] abordé la s’avère nécessaire pour valoriser des entreprises qui ont eu question de la nécessité d’une politique foncière. En effet, elle tendance, ces dernières années, à quitter les cœurs de ville, voire les périphéries de ville, pour aller dans des sites beaucoup plus s’avère nécessaire pour valoriser éloignés, où ils ne peuvent que difficilement se mettre en valeur, des entreprises qui ont eu puisqu'ils s'éloignent finalement de leur marché de prédilection. Il tendance, ces dernières années, y a donc véritablement une politique d’envergure à mettre en à quitter les cœurs de ville, voire œuvre pour corriger le tir. Elle est commencée. Les les périphéries de ville, pour professionnels des Métiers d'Art présents aujourd’hui peuvent aller dans des sites beaucoup informer leurs pairs de cette volonté qu’ont les élus de dynamiser plus éloignés, où ils ne peuvent et de valoriser les Métiers d'Art. que difficilement se mettre en valeur, puisqu'ils s'éloignent finalement de leur marché de prédilection. Il y a donc véritablement une politique d’envergure à mettre en œuvre pour corriger le tir. Elle est commencée. Les professionnels des Métiers d'Art présents aujourd’hui peuvent informer leurs pairs de cette volonté qu’ont les élus de dynamiser et de valoriser les Métiers d'Art." Merci à tous, nous allons maintenant déjeuner. Si vous avez des questions, vous pourrez les poser en fin de journée, puisqu'il est prévu un débat. Marie-Paule POSTEC Nous allons déjeuner à la Mairie de Quimper. Nous avons pris un petit peu de retard, mais un buffet a été prévu, afin de pouvoir déjeuner rapidement, en une heure environ. Je vous donnerai, à la fin du repas, quelques indications concernant le déroulement de l'après-midi. Je vous rappellerai également qu’est programmée, à l’issue de cette journée de travail, la célébration des vingt ans de l’Union des Villes d'Art et d'Histoire de Bretagne. Et, bien que vous ayez certainement du chemin à faire pour rentrer chez vous ce soir, il serait tout de même bien agréable de finir cette journée sur une note conviviale et festive, autour d’un petit encas et d’un verre. On ne vous retiendra pas au-delà de 18h30. IV – VISITE DE TERRAIN Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 53 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 54 V - QUESTIONS Intervenant de la salle Avec la publication des échanges, est-ce qu'il pourrait être envoyé, à tout le monde, cette liste des Métiers d'Art, publiée par arrêté ministériel du 12 décembre 1963 ? Elle m’a été transmise par M. ROBERT, de la SEMA. Les métiers sont classés par domaine : art floral, arts du spectacle, arts et traditions populaires, arts graphiques,… Tous les Métiers d’Art sont recensés, ce qui en fait un document très intéressant. Jean-Bernard VIGHETTI Cette liste va donc au-delà des arts plastiques ? Intervenant de la salle En effet. On y trouve la bijouterie, les arts mécaniques,… 217 métiers sont référencés. Jean-Bernard VIGHETTI On y trouve également les métiers du spectacle ? Intervenant de la salle Oui : les décorateurs, les facteurs instrumentaux, le cuir… Tout y est. Charles ROBERT Si je peux me permettre, je vais faire une proposition. Comme je suis Délégué de la SEMA, je peux leur demander de vous communiquer cette liste. Jean-Bernard VIGHETTI Ce serait une excellente solution, qui permettrait de faire connaître la SEMA par la même occasion. Il suffit d’envoyer ce document à l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne, à Florence LE THERISIEN, qui est la Chargée de Mission de la structure. Charles ROBERT Je vais donc lui en parler. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 55 Jean-Bernard VIGHETTI "Nous avions convenu de conclure cette journée par une ouverture sur des expériences intéressantes d'ailleurs […]. Mme SABATIER, que nous avions sollicitée, ne peut pas intervenir sur le sujet, mais est prête à collaborer avec nous dès qu’elle disposerait d’éléments plus concrets concernant le projet européen "Terres de Savoir-Faire"." Maintenant, je vais demander à Mme GUICHON de revenir sur scène, pour nous présenter l’expérience québécoise, et peut-être également celle de la Galice. Nous avions convenu de conclure cette journée par une ouverture sur des expériences intéressantes d'ailleurs, en matière de valorisation des Métiers d'Art. Mme SABATIER, que nous avions sollicitée, ne peut pas intervenir sur le sujet, mais est prête à collaborer avec nous dès qu’elle disposerait d’éléments plus concrets concernant le projet européen "Terres de Savoir-Faire". En ce qui concerne le Québec, je rappelle que la Chambre Régionale des Métiers est en contact, depuis plusieurs dizaines d'années, avec le Conseil des Métiers d’Art du Québec. L'expérience québécoise Valérie GUICHON L'expérience québécoise vaut certainement la peine d'être transmise, à la fois dans son historique, mais également en ce qui concerne les actions menées actuellement pour maintenir ce secteur d’activités. "Dans les débuts des années 1970, il y a eu au Québec une grande réforme du système d’éducation […]. Pendant vingt ans, il n’y a eu aucune formation aux Métiers d’Art dans l’enseignement public au Québec. Ce fut une crise absolument épouvantable de perte de savoir-faire, qui a duré dix-huit ans […]. Les artisans ont réagi et se sont organisés." "Prenant conscience de la disparition du secteur des Métiers d’Art, le gouvernement québécois, en 1988, a voté une loi sur le statut de l’artiste. Cette loi reconnaît le professionnel Métiers d’Art comme un artiste." La première association de professionnels a été créée en 1949 au Québec, à l’instigation de l’Office National de l’Agriculture et de l’Artisanat. En 1955, l’association a créé le premier Salon des Métiers d’Art, à Montréal, qui existe toujours. La 49ème édition a eu lieu cette année ; elle a généré 8 millions de dollars de chiffre d’affaires direct pour les artisans, la clientèle étant la population de Montréal et du Québec. Dans les débuts des années 1970, il y a eu au Québec une grande réforme du système d’éducation qui a aboli toutes les écoles de métiers, pour créer des formations plus générales. Pendant vingt ans, il n’y a eu aucune formation aux Métiers d’Art dans l’enseignement public au Québec. Ce fut une crise absolument épouvantable de perte de savoir-faire, qui a duré dix-huit ans, à tous les niveaux. Les artisans ont réagi et se sont organisés. Ils se sont réunis en 1984, afin de réclamer à l’Etat un système de formation, qui a vu le jour en 1989. Prenant conscience de la disparition du secteur des Métiers d’Art, le gouvernement québécois, en 1988, a voté une loi sur le statut de l’artiste. Cette loi reconnaît le professionnel Métiers d’Art comme un artiste et exige que soit créée une association représentant tous ces artistes professionnels, comme c’est déjà le cas au Québec pour les arts visuels, les écrivains, la musique, la danse, etc. Le Conseil des Métiers d’Art du Québec est né, avec pour fonction de représenter les professionnels Métiers d’Art devant Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 56 "Le Conseil des Métiers d’Art du Québec est né, avec pour fonction de représenter les professionnels Métiers d’Art devant l’Etat Régional du Québec et, surtout, de protéger les droits d’auteur des artisans." l’Etat Régional du Québec et, surtout, de protéger les droits d’auteur des artisans. Cette association d’artisans regroupe à peu près mille membres professionnels. Il y a, environ, 2 000 artisans autonomes au Québec. Pour être membre, il faut produire à son propre compte. Aujourd’hui, le CMAQ, outre sa fonction de représentation auprès de L’Etat, organise deux salons des Métiers d’Art, gère des boutiques, une galerie d’art, un bureau d’exportation, des services, etc. Il est totalement contrôlé par les artisans, qui élisent les seize membres du Conseil d’Administration. Trois paliers d’Etat soutiennent les Métiers d’Art : "Trois paliers d’Etat soutiennent les Métiers d’Art au • au niveau fédéral, le Canada intervient à hauteur de 100 000 € par an ; niveau fédéral, […] provincial, […] municipal. […] Soit, au • au niveau provincial, le Québec investit à peu près un million total, 1 150 000 € de fonds d’euros, soit dix fois plus que l’Etat Fédéral, et cela inclut tout : publics réservés aux Métiers formation, programmes de soutien aux artisans, soutien à d'Art du Québec." l’association, etc. Ces fonds proviennent de plusieurs ministères, mais plus particulièrement du Ministère de la Culture, dont les Métiers d'Art relèvent ; • au niveau municipal, on peut compter un investissement d'environ 50 000 € en globalisant la participation des villes. Soit, au total, 1 150 000 € de fonds publics réservés aux Métiers d'Art du Québec. Le Conseil des Métiers d’Art du Québec dispose d'un budget de 850 000 €, dont 20 % viennent de l’Etat. Le reste provient de revenus générés par leurs propres opérations : salons, boutiques, galeries. Il y a, en tout, vingt employés permanents et soixante à temps partiel, qui sont employés notamment lors de l'organisation d'événements. Un autre acteur important du dispositif Métier d'Art, ce sont évidemment les écoles. Il existe treize écoles de Métiers d’Art au Québec dans des disciplines telles que la céramique, la joaillerie, l’ébénisterie, la manufacture d’instruments de musique, etc… Ce sont des écoles indépendantes du réseau de l’Etat, et elles sont sans but lucratif. Elles agissent en sous-traitance avec des collèges d’Etat et dispensent la formation technique. Elles sont volontairement dirigées directement par des artisans. "Le statut d’artiste comporte quatre conditions pour son obtention : produire des œuvres à son propre compte, être reconnu par ses pairs […], exposer publiquement, exposer dans son atelier, et prouver son activité professionnelle. Ce statut apporte une protection sous forme de droits d’auteur et Enfin, dernier acteur important pour les Métiers d'Art, ce sont bien évidemment les lieux de diffusion que sont les salons, les boutiques, les galeries, les musées,… Le statut d’artiste comporte quatre conditions pour son obtention : produire des œuvres à son propre compte, être reconnu par ses pairs -et donc avoir été retenus par des jurys lors d’expositions-, exposer publiquement, exposer dans son atelier, et prouver son activité professionnelle. Ce statut apporte une protection sous forme de droits d’auteur et d'avantages fiscaux -parce que l’artisan qui retire des droits d’auteur jusqu'à 10 000 € peut bénéficier Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 57 d'avantages fiscaux." d'exemptions fiscales-. Ceci concerne aussi bien l’œuvre que l'image de l'œuvre (reproduction photographique par exemple). Il existe également des aides individuelles aux professionnels Métiers d'Art. Ce sont des aides à la création, à la production, à la "Il existe également des aides individuelles aux professionnels mise en marché, à la distribution et à l’exportation. Métiers d'Art. Ce sont des aides à la création, à la production, à la mise en marché, à la distribution et à l’exportation." Pour la création, l’Etat fédéral attribue des bourses de recherche aux artisans, des bourses qui peuvent atteindre un montant de 8 000 € ; ce sont des bourses de recherche et de déplacement, qui peuvent permettre à un artisan d'aller rencontrer un autre artisan en Australie par exemple. Le Conseil des Métiers d’Art propose également des primes à la création, qui consistent par exemple en une aide à la constitution d'un press-book, via la mise à disposition de photographes professionnels. Au niveau de la production, un programme mis sur pied en 1999 a amené l’état provincial à investir 500 000 € d'aides individuelles. Ce programme consiste à verser 50 % du coût d’achat du matériel nécessaire à la production. Ces aides ont entraîné, depuis trois ans, 2 500 000 € d'investissements directs pour l’achat d’équipements et de matériels de promotion par les artisans. Cet extraordinaire succès tient au fait que les artisans croient en leur propre développement : les professionnels Métiers d'Art croient au dynamisme et aux capacités de développement de l'économie culturelle, et investissent donc eux-même dans leur propre art. "Ces différents dispositifs de soutien de l'Etat aux Métiers d'Art du Québec marquent la volonté du gouvernement québécois de préserver un secteur qui a été profondément fragilisé à un moment donné. Bien évidemment, il faut prendre en compte la situation particulière du Québec, […] qui intègre les savoir-faire dans [une] revendication culturelle. Mais, cela montre bien que les professionnels Métiers d'Art, au Québec, ne sont pas considérés uniquement comme des entités économiques, mais reconnus comme un patrimoine artistique et culturel à part entière de la région." En ce qui concerne la mise en marché et la distribution, le Conseil des Arts et des Lettres, qui reconnaît les Métiers d’Art comme un Art à part entière, apporte des aides à la conception, au montage et à la diffusion d’expositions. Ces aides peuvent aller jusqu'à 10 000 € ou 20 000 € pour une exposition. Lors de la Biennale de Châteauroux, une exposition de céramique d’artisans du Québec, totalement financée par le Conseil des Arts et des Lettres, avait été présentée. Ces différents dispositifs de soutien de l'Etat aux Métiers d'Art du Québec marquent la volonté du gouvernement québécois de préserver un secteur qui a été profondément fragilisé à un moment donné. Bien évidemment, il faut prendre en compte la situation particulière du Québec, qui revendique très fortement sa culture spécifique et qui intègre les savoir-faire dans cette revendication culturelle. Mais, cela montre bien que les professionnels Métiers d'Art, au Québec, ne sont pas considérés uniquement comme des entités économiques, mais reconnus comme un patrimoine artistique et culturel à part entière de la région. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. Est-ce qu'il y a des questions sur cette expérience québécoise ? Non ? Mme GUICHON, pouvez-vous nous présenter rapidement l'expérience des Métiers d'Art en Galice ? Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 58 Les Métiers d'Art en Galice Valérie GUICHON "C’est l'association Galega qui gère le programme de développement des Métiers d'Art en Galice. Comme au Québec, les professionnels galiciens ont ce statut d'artiste, relevant du Ministère de la Culture […]. L’action de la Galice a été essentiellement axée, dans un premier temps, sur la commercialisation des produits […]. Dans un second temps, un travail est également mené en ce qui concerne la place des Métiers d'Art dans la société. Une sorte de label a été mis en place, le label Métiers d'Art […]. Le contrôle porte sur la qualité de la production et des matériaux utilisés." La Galice est une région du nord de l'Espagne où une volonté conjointe des professionnels galiciens et des Élus politiques leur a permis de construire ensemble un projet intégrant les professionnels Métiers d'Art. C’est l'association Galega qui gère le programme de développement des Métiers d'Art en Galice. Comme au Québec, les professionnels galiciens ont ce statut d'artiste, relevant du Ministère de la Culture, au titre des industries culturelles. L’action de la Galice a été essentiellement axée, dans un premier temps, sur la commercialisation des produits ; elle organise notamment un salon, le salon "Primavera". Dans un second temps, un travail est également mené en ce qui concerne la place des Métiers d'Art dans la société. Une sorte de label a été mis en place, le label Métiers d'Art, doté d’une effigie très claire, un peu équivalent aux labels qualité pour les produits alimentaires en France. Le contrôle porte sur la qualité de la production et des matériaux utilisés. Ce sont les professionnels eux-mêmes qui ont initié ce label, et ils l'appliquent rigoureusement, ce qui permet d’identifier immédiatement, dans les lieux publics comme dans les boutiques et les ateliers, les produits auxquels on a à faire, ainsi que leur origine : production Métiers d’Art ou produit industriel. Martine DURAND-GASSELIN Je voudrais en profiter pour dire deux ou trois mots en qualité de professionnelle. Ensuite, je clôturerai avec un projet à venir. Je remercie l’Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne d'avoir eu l'initiative de cette thématique. Vous avez passé une journée à essayer de nous connaître un peu mieux, en visitant par exemple la Cathédrale de Quimper ou les Faïenceries HB HENRIOT. De la même manière, il me semble que les professionnels Métiers d'Art sont souvent démunis, parce qu'ils connaissent mal les élus et les rouages des collectivités, ce qui constitue parfois un frein pour avancer ensemble. "Il me semble que les professionnels Métiers d'Art sont souvent démunis, parce qu'ils connaissent mal les élus et les rouages des collectivités, Je m'occupe de deux événements Métiers d'Art et donc j'arrive ce qui constitue parfois un frein maintenant à mieux cerner ces questions, mais je m'aperçois que pour avancer ensemble." beaucoup de mes semblables ont du mal à travailler avec des entités territoriales, parce qu'ils connaissent peu leur fonctionnement. Auparavant, nous étions très soutenus dans notre démarche, par une structure qui a existé pendant dix ans, le Collectif Métiers d'Art Bretagne. Cette structure, qui a fondé des réseaux comme l'AMAB, a aussi beaucoup aidé les associations de professionnels à monter des événements et à réfléchir sur des questions fondamentales telles que : "qui sommes-nous ?", "quels sont nos savoir-faire ?". Pour ça, nous avons besoin d'une aide extérieure. Maintenant que cette structure n'existe plus, nous nous sentons vraiment orphelins. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 59 "Il y a vraiment besoin d'une structure au niveau régional, qui soit une structure aussi bien d'accompagnement des élus, qu'une structure d'accompagnement des professionnels Métiers d'Art, pour que nous puissions construire ensemble." Je conclurai en disant qu'il y a vraiment besoin d'une structure au niveau régional, qui soit une structure aussi bien d'accompagnement des élus, qu'une structure d'accompagnement des professionnels Métiers d'Art, pour que nous puissions construire ensemble. Nous avons voulu monter un projet, avec un autre professionnel Métiers d’Art. Nous avons eu la chance de pouvoir être accompagnés par Mme GUICHON, qui connaît extrêmement bien le secteur des Métiers d'Art, pour nous aider à monter un dossier que nous avons déposé au Conseil Régional. Ce projet consiste en un plan de développement des Métiers d'Art sur trois ans, aussi bien au niveau de la Bretagne, que dans des relations avec des régions structurées au niveau des Métiers d'Art, comme le Québec ou la Galice. Mais, ce plan ne pourra se faire sans votre soutien, vous, les élus : travaillons ensemble pour le meilleur. Jean-Bernard VIGHETTI Merci beaucoup. Est-ce que vous avez des questions par rapport à ces communications ? René BENOIT En ce qui concerne le Québec, le montant des aides apportées au secteur montre bien que l’Etat du Québec a vraiment pris en compte les Métiers d'Art. C'est une piste. Nous qui avons bien souvent été pionniers, peutêtre pourrions-nous solliciter auprès des institutions publiques la mise en place de ce type de programmes ? Il y a sans doute beaucoup de choses à faire, qui permettraient de développer une économie de l’excellence. Cette excellence nous a été confirmée lors de la visite de la Cathédrale Saint-Corentin ; l’exposé de M. LE BIHAN, Maître-Verrier, montrait bien la haute technicité de son travail, ce qui le rend coûteux, aussi bien en temps que sur le plan financier. "Ce qu’il y a à retenir de cette journée, c’est la nécessité d’une prise de conscience. Ce matin, M. VIGHETTI a ouvert les débats en lançant un "cri d'alarme". Je souhaiterais qu'il puisse se transformer en note d'espoir, et que nous puissions changer l'inquiétude en projet." Ce qu’il y a à retenir de cette journée, c’est la nécessité d’une prise de conscience. Ce matin, M. VIGHETTI a ouvert les débats en lançant un "cri d'alarme". Je souhaiterais qu'il puisse se transformer en note d'espoir, et que nous puissions changer l'inquiétude en projet. Jean-Bernard VIGHETTI En complément, je voudrais faire une synthèse succincte de ce qui a été dit ce matin, ne serait-ce que pour Monsieur le Maire de Quimper qui vient de nous rejoindre, ainsi que pour Monsieur le Maire de Tréguier, Président de l'Association des Petites Cités de Caractère. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 60 Il subsiste, encore aujourd'hui, une forte densité de Métiers d'Art en Bretagne, par rapport à d'autres régions de France. Le chiffre de 1 200 à 1 300 professionnels ou ateliers a été évoqué. Au Québec, où est mise en œuvre une politique particulièrement pertinente, on trouve 2 000 professionnels environ, pour six millions d'habitants. Avec quatre millions d'habitants en Bretagne historique, la densité des professionnels Métiers d'Art est à peu près équivalente. "Il existe en Bretagne un grand nombre de savoir-faire non répertoriés. C'est un véritable trésor qui risque de disparaître si leur transmission ne se fait pas, ou si aucun collectage n'est réalisé. L'association Dastum avait été créée en Bretagne pour sauver la tradition orale. Aujourd'hui, […] il est scandaleux qu'aucune action de cette nature n'ait été menée en faveur des Métiers d'Art, ne serait-ce que pour préserver ou conserver visuellement ces savoir-faire." Il existe en Bretagne un grand nombre de savoir-faire non répertoriés. C'est un véritable trésor qui risque de disparaître si leur transmission ne se fait pas, ou si aucun collectage n'est réalisé. L'association Dastum avait été créée en Bretagne pour sauver la tradition orale. Aujourd'hui, malgré tous les moyens techniques dont on dispose, il est scandaleux qu'aucune action de cette nature n'ait été menée en faveur des Métiers d'Art, ne serait-ce que pour préserver ou conserver visuellement ces savoir-faire. Beaucoup de professionnels arrivent à la retraite, et la question qui se pose est de savoir qui leur succèdera ? Il fut un temps où certains grands professionnels, comme M. PALAMOUR, ébéniste hors pair, ont formé et poussé vers l'excellence quantité de jeunes. Aujourd'hui, ces personnes ne sont plus là, ou sont proches de la retraite, et il semblerait que le témoin ne se transmette plus. Et ce, malgré les expériences tentées de transmission des savoir-faire rares. Car ces actions, que nous avons évoquées ce matin, n'ont pas vraiment pris d'ampleur. Il a également été dit qu'un certain nombre de ces métiers n'ont plus de débouchés. Or, nous avons bien vu, au travers de l'exemple de la construction en terre, que cette technique qui semblait complètement périmée retrouve aujourd'hui une modernité, y compris dans la construction contemporaine. Je pense notamment à ce qui a été fait par la COOP HLM de Rennes, qui a utilisé cette technique traditionnelle de mise en oeuvre de la terre pour la construction d'immeubles HLM. En dernier lieu, ce qui nous inquiétait également, c'est la déstructuration du secteur. Le Collectif Métiers d'Art Bretagne, créé par des professionnels, a initié des expériences intéressantes, telles que la collaboration des professionnels Métiers d'Art avec des collectivités, ou des professionnels de l'hôtellerie et de la restauration -Mme GUICHON peut peut-être nous en parler-. Maintenant que le CMAB a disparu, nous sommes inquiets quant aux perspectives d'avenir de ces initiatives. Valérie GUICHON "Parmi les nouveaux marchés à prospecter ou à développer pour les Métiers d'Art, il y a celui du tourisme culturel. […] Une expérience est en cours, mise en oeuvre par l’association Hôtes Métiers d’Art Bretagne […] : manger bon dans du beau." Parmi les nouveaux marchés à prospecter ou à développer pour les Métiers d'Art, il y a celui du tourisme culturel. Le rôle des entreprises et ateliers de Métiers d’Art peut se révéler déterminant dans l’élaboration d’un produit touristique spécifique, fondé sur les savoir-faire de caractère et de qualité. Une expérience est en cours, mise en oeuvre par l’association Hôtes Métiers d’Art Bretagne, qui est gérée paritairement par des professionnels Métiers d’Art et des professionnels de l’hôtellerie, restauration et Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 61 métiers de bouche. Cette association a expérimenté à deux reprises un lieu de restauration "Métiers d’Art" : manger bon dans du beau. Une autre expérience est en cours de préparation : elle se déroulera lors de l’événement les Arts du Feu à Rennes, au mois de décembre, où vous pourrez déguster dans un lieu appelé "Le Bol d’Art", des mets de qualité, dans de la vaisselle mise à disposition par les professionnels Métiers d’Art exposants. Jean-Bernard VIGHETTI Voici une autre voie dans laquelle se sont engagés les Métiers d'Art en Bretagne, sous l'impulsion du Collectif. Il faut donc absolument que l'on trouve une structure de remplacement. "Ainsi, nous avons d'un côté, une volonté des Métiers d'Art de se trouver un avenir […], et de l'autre, une dynamique autour du tourisme culturel et identitaire. Le problème tient à ce que ces dernières années, il n'y a pas eu de rapprochement entre ces deux dynamiques." En regard de ce patrimoine menacé, on constate une montée en puissance du tourisme identitaire, ainsi que du tourisme de proximité en Bretagne. Aujourd'hui, le tourisme est de plus en plus fondé sur nos ressources propres, sur les caractéristiques et spécificités de la Bretagne, qu'elles soient climatiques, topographiques, environnementales, patrimoniales ou culturelles. Cette montée en puissance est indispensable pour que la Bretagne puisse continuer à avoir une activité touristique face à la concurrence des pays du soleil pour le tourisme balnéaire. Dans le cadre de cette dynamique, impulsée depuis 1975 par les Petites Cités de Caractère, depuis 1984 par les Villes d'Art et d'Histoire, depuis 1987 par les Communes du Patrimoine Rural, et, de manière plus générale, par le tourisme rural et le tourisme actif, nous avons besoin des Métiers d'Art. Ils sont indispensables à la restauration, à la création et à l'animation du patrimoine de nos villes, lui-même facteur de tourisme identitaire. Sans compter que dans une société contemporaine qui laisse de plus en plus de place au virtuel, nous avons besoin de former les jeunes aux savoir-faire et, de ce point de vue, les Métiers d'Art ont un rôle extrêmement important à jouer. Ainsi, nous avons d'un côté, une volonté des Métiers d'Art de se trouver un avenir, malgré les difficultés qu'ils rencontrent aujourd'hui, et de l'autre, une dynamique autour du tourisme culturel et identitaire. Le problème tient à ce que ces dernières années, il n'y a pas eu de rapprochement entre ces deux dynamiques, ou -s'il y a eu des rapprochements, ils sont restés trop limités. Il faut aujourd'hui amplifier ce rapprochement ; c'est l'objet de cette journée. Bien des actions sont à mener dans ce sens pour les Villes d'Art et d'Histoire, les Villes Historiques et les Petites Cités de Caractère, comme pour les Métiers d'Art. Il est primordial de former les jeunes aux savoir-faire, de les initier, ne serait-ce que pour susciter "Peut-être faut-il […] lancer des vocations et faire naître chez eux le respect du patrimoine. l'idée d'une Chambre Régionale Peut-être faut-il également, comme je l'ai entendu, lancer l'idée d'une Chambre Régionale des Métiers d'Art, équivalente au des Métiers d'Art, équivalente au Conseil des Métiers d'Art du Conseil des Métiers d'Art du Québec, en lien avec la création, Québec, en lien avec la création, bien sûr, d'un statut spécifique pour les professionnels ? bien sûr, d'un statut spécifique pour les professionnels ?" Par ailleurs, il est nécessaire de développer des actions de Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 62 coopérations entre les collectivités et le secteur des Métiers d'Art, comme par exemple, le recours à la commande publique qui a été évoquée ce matin. M. BENOIT le disait, à travers les différentes expériences qui nous ont été exposées, comme celles menées dans le cadre de l'AMAB -je pense à Pontrieux notamment-, nous voyons bien que des actions fortes de collaboration et de coopération entre des collectivités et le secteur des Métiers d'Art peuvent être menées. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 63 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 64 VI - CONCLUSIONS René BENOIT Je tiens à remercier Monsieur le Sénateur-Maire de nous avoir accueillis dans d'excellentes conditions à Quimper, et de nous avoir reçu à déjeuner à l'Hôtel de Ville. D'autres villes auraient pu être retenues pour cette journée, mais Quimper méritait d'être choisie. Mme POSTEC a été une ambassadrice particulièrement compétente, agréable et dynamique ; à l'aise sur ce sujet, elle nous a proposé une excellente introduction ce matin, et nous a parfaitement conduits tout au long de la journée. Je me dois de remercier également les intervenants ; cela a déjà été fait ce matin, avant qu'ils n'interviennent mais, très honnêtement, après les avoir entendus, mes remerciements sont encore plus "Le message que nous avons grands. Le message que nous avons entendu aujourd'hui, il faut que nous le portions plus loin. Nos réseaux regroupent une quarantaine entendu aujourd'hui, il faut que nous le portions plus loin. de villes, qui représentent une importante population en Bretagne, avec des leaders, comme Rennes, Quimper, Vannes ou Nantes. Nos réseaux regroupent une quarantaine de villes […], avec Nous avons donc les moyens de porter haut ce message, et d'être entendus. des leaders, comme Rennes, Quimper, Vannes ou Nantes. Nous avons donc les moyens de porter haut ce message, et d'être entendus. […] D'excellentes idées nous ont été apportées aujourd'hui, et je suis convaincu que nous avons mis le doigt sur les bons sujets. Maintenant, nous devons traduire ces concepts en actions concrètes." Tout ce que nous entreprenons, nous le faisons pierre par pierre et pas à pas. D'excellentes idées nous ont été apportées aujourd'hui, et je suis convaincu que nous avons mis le doigt sur les bons sujets. Maintenant, nous devons traduire ces concepts en actions concrètes. Il n'existe pas de solution parfaite, mais nous allons continuer à échanger entre nous. Et, comme pour notre première Journée Thématique sur l'Architecture en Pan-de-Bois, cette journée devrait aboutir à l'édition d'un recueil de qualité. Merci encore à tous. Je suis très heureux que nous ayons pu nous rencontrer à Quimper. Monsieur le Sénateur-Maire, je vous laisse la parole. Alain GERARD, Sénateur-Maire de Quimper Monsieur le Président, chers amis, Mesdames et Messieurs, nous sommes très fiers que vous ayez choisi Quimper pour cette journée de travail. Quimper est une cité tout à fait remarquable sur le plan historique, et patrimonial, sans oublier les Métiers d'Art. Je pense que vous avez pu vous en rendre compte lors des visites que vous "Je n'ai en mémoire que quelques chiffres : on dit que avez effectuées aux Faïenceries, au Musée Départemental breton, et à la Cathédrale. Vous avez beaucoup parlé du rôle des Métiers dans l'existence humaine, le temps de travail, en 1940, était d'Art. Je suis convaincu qu'il a un potentiel très important dans le de 75 % ; aujourd'hui, le temps domaine du tourisme culturel. Je n'ai en mémoire que quelques chiffres : on dit que dans l'existence humaine, le temps de travail, de travail dans une existence en 1940, était de 75 % ; aujourd'hui, le temps de travail dans une humaine tend vers 10 %. On existence humaine tend vers 10 %. On voit bien l'espace que cela voit bien l'espace que cela ouvre au tourisme culturel, auquel les Métiers d'Art doivent être ouvre au tourisme culturel, intégrés. auquel les Métiers d'Art doivent être intégrés." Vous avez choisi Quimper pour échanger sur ce thème, et je dois Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 65 vous exprimer ma fierté de disposer d'un excellent avocat pour plaider notre cause auprès des décideurs : Mme POSTEC, qui vous a accueillis ce matin, est passionnée par tout ce qui touche aux arts, à la culture et au patrimoine. Elle dispose donc de cette délégation au sein du Conseil Municipal de Quimper, et je dois dire qu'elle sait faire partager sa passion. C'est pourquoi, je tiens à lui rendre hommage, puisque l'occasion m'en est donnée. Vous avez ouvert des pistes de travail extrêmement intéressantes. Je serais heureux de recevoir les actes de cette journée, afin que nous puissions mener notre propre réflexion, et voir quelles sont les contributions que nous pouvons apporter. Nous sommes adhérents à l'Union des Villes d'Art et d'Histoire de Bretagne depuis 1989, et vos travaux nous intéressent bien entendu. Je ne voudrais pas allonger les débats ce soir, parce qu'il n'y a que les conditions météorologiques que je n'ai pas pu adapter à la valeur des circonstances, ce qui prouve une fois de plus que le Maire ne fait pas la pluie et le beau temps, et qu'il faut rester modeste dans nos capacités. Je voulais vous souhaiter un excellent anniversaire : vingt ans. Compte tenu de votre contribution aux collectivités locales, compte tenu des réflexions que vous menez et que vous nous faites partager, je vous souhaite encore plusieurs vingtaines d'années d'existence, pour que toute la société, et notamment les jeunes, profite de ce patrimoine culturel que nous leur laissons. Merci pour l'aide et l'éclairage que vous nous apportez, afin que justement, ces jeunes s'enthousiasment également de tout ce que vous avez pu vous-même apprécier. Je serais heureux, tout à l'heure, de vous offrir une petite récréation dans le hall du théâtre. Tout est prêt. Je n'ai pas l'autorité pour vous inviter immédiatement, mais dès que vous le pourrez, je vous rejoins de l'autre coté. Merci beaucoup, merci René. René BENOIT Merci. Avant de passer à côté, est-ce qu'il y aurait une réaction ou une question concernant les échanges de la journée ? Il est possible que les questions aient déjà été posées : les débats ont été très vivants ce matin, au cours du déjeuner, et pendant les visites de terrain. Jean-Bernard VIGHETTI Un point positif de cette journée, c'est que certaines personnes, dont l'enthousiasme pour le secteur des Métiers d'Art était retombé, repartent de la journée -m'ont-elles dit-, très motivées. Je pensais notamment à Sylvianne RAFFRAY, de Rennes. Sylvianne RAFFRAY, Conseillère Municipale de Rennes En effet. Je vais tenter de mobiliser le plus d'élus possible autour de Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 66 cette idée de soutien aux Métiers d'Art. Il me semble que ce qui fait le plus défaut au secteur, c'est la communication : faire savoir que ces métiers existent et qu'ils sont en danger, faute de pouvoir transmettre leurs savoir-faire. Jean-Bernard VIGHETTI Une chose très importante a été dite tout à l'heure, par Madame le Maire de Châteaugiron, il me semble : il faut que soit mise en place une politique volontariste de maintien des Métiers d'Art dans les cœurs de villes. Au Québec, depuis longtemps, une telle action a été mise en œuvre, par la ville de Québec notamment. Au niveau des Petites Cités de Caractère, une expérience intéressante a été présentée au travers de l'exemple de Pontrieux, mais il y a d'autres communes qui travaillent dans le même sens. Si nous voulons vraiment soutenir ce secteur, il faut leur donner des moyens d'exister dans les villes. René BENOIT La journée touche à sa fin. Nous allons conclure sur le vingtième anniversaire de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne. J'ai entendu des mots que j'ai notés. Ils ont été prononcés par vous, dans la salle ou à la tribune : besoin d'excellence, esprit de perfection, intelligence de la main, savoir-faire, voire même savoirfaire rare, habileté. Certaines définitions m'ont intéressé parce qu'on les avait oubliées, comme la manufacture, la main qui fait ; industrie également, qui sous-tend l'habileté, l'activité. La créativité doit être commercialisable, car l'artisan d'art doit pouvoir vivre de son art. Nous avons vu l'exemple de Pontrieux. A Dinan aussi, nous avons mené une expérience de vente collective, au moyen d'un commerce de grande qualité, qui fonctionne depuis quinze ans. Il faut savoir dire aux artisans comment ils peuvent vivre de leur art et des produits qu'ils fabriquent. "Accueillir des professionnels Métiers d'Art dans sa ville, c'est comme disposer d'un label de qualité. Mais, ils ne doivent pas être uniquement un objet de curiosité. Nous devons trouver des débouchés pour leurs productions, afin de Nous, élus, par le biais de la commande publique, sommes des donneurs d'ordre importants. Heureusement qu'il existe une solidarité nationale, sur le plan financier, pour nos projets de restauration. Car, sans le concours de fonds nationaux, régionaux et départementaux, bien des opérations de restauration ne pourraient pas se faire, car trop onéreuses. Cela est vrai à plus forte raison encore pour les plus petites villes ou communes. Bien souvent, en effet, les crédits ne sont pas plus importants pour les petites communes que pour les grandes. Il faut donc renforcer cette solidarité nationale pour sauver notre patrimoine, et du même coup, aider les professionnels Métiers d'Art qui le restaurent. Il y a là une réflexion à approfondir : ce n'est pas seulement une question d'esthétique, mais également d'économie. Accueillir des professionnels Métiers d'Art dans sa ville, c'est comme disposer d'un label de qualité. Mais, ils ne doivent pas être uniquement un Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 67 leur garantir une rentabilité." Madame le Maire de Châteaugiron […] nous a demandé d'être les "fers de lance, les aiguillons" d'une politique de sauvegarde et de valorisation des Métiers d'Art. A nous, en effet, d'aiguillonner […] nos collègues élus […], même s'il n'est pas toujours évident de convaincre des Assemblées : il faut d'abord convaincre quelques hommes, puis convaincre l'Assemblée dans son ensemble. […] Nous devons […] faire du lobbying. Car, la Bretagne a une formidable carte à jouer. Grâce à notre travail, et à celui d'autres élus dans d'autres domaines, beaucoup de collectivités en ont pris conscience. Il faut donc continuer, développer, et ne jamais s'arrêter. objet de curiosité. Nous devons trouver des débouchés pour leurs productions, afin de leur garantir une rentabilité. En rentrant chez moi, je vais me demander : "qu'est-ce qu'on peut faire de mieux ? Comment aller plus loin ?" Quelqu'un a parlé, tout à l'heure, de la "France des Métiers d'Art". Il me semble que la France est la première destination touristique au monde, et nous ne devons pas laisser dépérir cette réputation. En Bretagne, et dans le domaine du tourisme urbain et culturel, nous avons toujours été moteurs. D'une certaine manière, nous sommes un laboratoire d'idées et d'actions, en particulier grâce au concours de M. VIGHETTI. Nous ne devons pas oublier non plus Mme GUICHON, qui est intervenue tout au long des ateliers de la journée, relayant parfois les absents au pied levé. Vous avez apporté, Madame, une superbe contribution. Vous êtes jeune, vous avez une solide expérience, il ne faut pas qu'on vous laisse en bordure de chemin. Nous devrons vous trouver une fonction pour que vous soyez utile, dans ce que vous savez faire de bien, et avec passion. Madame le Maire de Châteaugiron, qui s'exprimait avec enthousiasme, nous a demandé d'être les "fers de lance, les aiguillons" d'une politique de sauvegarde et de valorisation des Métiers d'Art. A nous, en effet, d'aiguillonner et de titiller nos collègues élus. Nous savons bien comment nous y prendre, même s'il n'est pas toujours évident de convaincre des Assemblées : il faut d'abord convaincre quelques hommes, puis convaincre l'Assemblée dans son ensemble. Et les priorités de ces Assemblées ne sont pas forcément les mêmes que les nôtres. Nous devons séduire les Présidents des Conseils Généraux et du Conseil Régional, faire du lobbying. Car, la Bretagne a une formidable carte à jouer. Grâce à notre travail, et à celui d'autres élus dans d'autres domaines, beaucoup de collectivités en ont pris conscience. Il faut donc continuer, développer, et ne jamais s'arrêter. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 68 Les Métiers d'Art ANNEXE Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 69 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 70 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 71 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 72 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 73 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 74 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 75 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 76 Les Métiers d'Art COMMUNIQUE PRESSE Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 77 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 78 LES JOURNEES THEMATIQUES Les Journées Thématiques des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne sont initiées à la demande des représentants des villes (Elus, Techniciens) membres du réseau, souhaitant la mise en place d'une ou deux rencontres annuelles entre les villes, sur un thème commun, en matière, notamment, d'entretien et de mise en valeur du patrimoine architectural urbain. LES METIERS D'ART, SECOND THEME RETENU Après l'Architecture en Pans de Bois, et parmi les différents thèmes pouvant être développés à l'occasion de ces journées, la question de la préservation et de l'accueil des Métiers d'Art dans les villes a été privilégiée. En effet, les savoir-faire, qu'ils soient du domaine de la restauration ou de la création, sont les garants de la sauvegarde et du renouvellement d'un patrimoine de qualité pour les villes à cœur ancien de Bretagne. Or, aujourd'hui, se pose la question de la préservation de ces Métiers, tant sur le plan de la viabilité des activités que sur celui de la transmission et de l'évolution des savoirfaire. Cette deuxième journée a pour objectifs : • d'alerter les acteurs locaux quant aux risques de disparition de ces savoir-faire, essentiels à la préservation du patrimoine des villes ; • de tenter d'apporter des éléments de réponse à la question de la préservation et de la valorisation de ces savoir-faire, par le biais d'échanges d'expériences, et avec le concours de professionnels des Métiers d'Art. LA MANIFESTATION Après une introduction présentant les Métiers d'Art en général, puis la spécificité bretonne, trois thèmes seront développés, concernant la situation actuelle et les perspectives d'avenir, la sensibilisation et la valorisation des savoir-faire auprès du public, ainsi que l'accueil des Métiers d'Art dans les Cités d'Art de Bretagne. Les interventions et témoignages d'expériences des villes se feront sous forme de tables rondes. Des visites de terrain, à l'issue des échanges, auront pour objectif d'illustrer ceux-ci. La Ville de Quimper a donc été retenue pour accueillir cette manifestation, en raison de sa grande tradition de Métiers d'Art. Cette journée est destinée aux représentants des villes membres de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne (Elus, Animateurs du Patrimoine, GuideConférenciers, Responsables de Services de Collectivités et d'Offices de Tourisme), aux représentants de l'Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne, aux partenaires de l'Union (Conseil Régional de Bretagne, Conseils Généraux, Direction Régionale des Affaires Culturelles, Services Départementaux de l'Architecture et du Patrimoine, Conseils d'Architecture, d'Urbanisme et d'Environnement,…), et, bien sûr, aux professionnels des Métiers d'Art. Sont également associés des étudiants susceptibles d'être intéressés par l'opération (Ecole d'Architecture de Bretagne, Ecoles des Beaux Arts,…). Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 79 Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 80 QUIMPER ET LES METIERS D'ART En 1690, un faïencier provençal s'installe à Quimper et fonde une faïencerie dans le quartier de Locmaria. Depuis cette date et sans interruption, cette manufacture, puis d'autres créées à la fin du 18ème siècle, produisent des faïences et des grès utilitaires et décoratifs, quelquefois modestes, souvent prestigieux. Le nom de Quimper est maintenant lié à l'art et l'industrie de la faïence qui a popularisé dans le monde entier l'image du "petit breton". Il était naturel que Quimper s'intéresse à cette partie importante du patrimoine. Fière de sa tradition, Quimper "Ville d'Art et d'Histoire" est aussi attentive au présent et tournée vers l'avenir des artistes et des artisans. L'arbre ne doit pas cacher la forêt : certes, la faïencerie est ici emblématique, mais vivent et travaillent aussi à Quimper et dans les environs des verriers, potiers, relieurs, ébénistes, luthier, joailliers, décorateurs, brodeurs… dont la présence, souvent plus discrète, contribue pourtant à la qualité de l'offre, à l'agrément du cadre de vie et au dynamisme de la création. Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « Les Métiers d’Art » Quimper – 20 octobre 2004 81