Les Métiers d`Art - Cités d`art de Bretagne

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Les Métiers d`Art - Cités d`art de Bretagne
Programme – Sommaire
OUVERTURE DE LA 2EME JOURNEE THEMATIQUE
p. 9
Mme Marie-Paule POSTEC
Conseillère Municipale de Quimper
M. René BENOIT
Président de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne
M. Jean-Bernard VIGHETTI
Délégué Général de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne
I - LES METIERS D'ART, TRADITION ET AVENIR
p. 16
Définition des Métiers d'Art
p. 16
Situation actuelle : un patrimoine en péril à sauvegarder
p. 21
La transmission des savoir-faire. L'action de formation "Transmission des
Savoir-Faire Rares"
p. 24
M. Charles ROBERT
Délégué Régional de la Société d'Encouragement aux Métiers d'Art
M. Jean-Pierre RANNOU
Chargé de Mission au Service Economique de la Chambre Régionale des Métiers
Mme Valérie GUICHON
Chargée de Mission Métiers d'Art
M. Yannick CHESNAIS
Ebéniste-Restaurateur
Le développement des savoir-faire de création en relation avec des concepteurs
professionnels
p. 30
Les faïenceries de Quimper : le lien entre Industrie, Métiers d'Art et Création
p. 33
Mme Valérie GUICHON
Chargée de Mission Métiers d'Art
M. Pierre CHIRON
Président Directeur Général des Faïenceries HB-HENRIOT
II - LES SAVOIR-FAIRE, SENSIBILISATION ET VALORISATION
p. 37
Ateliers pédagogiques et démonstrations de savoir-faire : quelques expériences
quimpéroises
p. 37
La valorisation des savoir-faire : le salon de création d'art "Pièces Uniques" de
Châteaugiron
p. 40
M. Jean-Philippe BRUMEAUX
Animateur du Patrimoine de Quimper
Mme Françoise GATEL
Maire de Châteaugiron
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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III - METIERS D'ART ET DEVELOPPEMENT LOCAL
p. 43
L'emploi des Métiers d'Art (restaurateurs et créateurs) dans la restauration du
patrimoine
p. 43
Présentation de l'Association Accueil Métiers d'Art Bretagne
p. 46
Témoignage sur le Pôle Métiers d'Art de Pontrieux
p. 47
M. Johann TOUCHARD
Architecte
Mme Valérie GUICHON
Chargée de Mission Métiers d'Art
M. Yves LE MOUER
Maire de Pontrieux
La politique de la Ville de Saint-Malo en faveur des Métiers d'Art
M. Pierre-Louis AUFFRET
Conseiller Municipal de Saint-Malo
p. 50
IV - VISITES DE TERRAIN
V - QUESTIONS
p. 55
L'expérience québécoise
p. 56
Mme Valérie GUICHON
Chargée de Mission Métiers d'Art
Les Métiers d'Art en Galice
Mme Valérie GUICHON
Chargée de Mission Métiers d'Art
VI - CONCLUSIONS
p. 59
p. 65
M. René BENOIT
Président de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne
M. Alain GERARD
Maire de Quimper
ANNEXE
p. 69
Arrêté du 12 décembre 2003 fixant la liste des métiers de l'artisanat d'art
COMMUNIQUE PRESSE
p. 77
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Avant Propos
Au cours de cette deuxième Journée Thématique des Villes d'Art et d'Histoire et des
Villes Historiques de Bretagne sur le thème des Métiers d'Art, différents exposés et
témoignages se sont succédé.
Ceux-ci sont retranscrits dans ce document ; l'expression orale a été volontairement
conservée.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Marie-Paule POSTEC, Conseillère Municipale de Quimper
Bonjour.
Puisque me reviennent l’honneur et le plaisir d’entamer cette
journée, je commencerai par vous souhaiter la bienvenue à tous,
et par remercier les organisateurs de cette journée :
M. BENOIT, Président de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire
et des Villes Historiques de Bretagne, M. VIGHETTI, Délégué
Général,
Mme LE THERISIEN,
Mlle WOILLEZ
et
M. BRUMEAUX, et tous ceux qui ont accepté d’intervenir au
cours de cette journée thématique ou d’y assister, venant parfois
d’assez loin dans notre Penn-ar-Bed finistérien. Bienvenue à tous.
Quelques mots pour introduire les débats qui vont être les nôtres.
"Après l’incontestable succès de
la première Journée
Thématique à Dinan, nous ne
pouvons que nous réjouir du
choix de la ville de Quimper
pour la deuxième édition."
Après l’incontestable succès de la première Journée Thématique à
Dinan, nous ne pouvons que nous réjouir du choix de la ville de
Quimper pour la deuxième édition. Plus d’une ville ici représentée
pouvait légitimement être retenue pour aborder le thème dont il
va être question aujourd’hui -Les Métiers d'Art-. Permettez cette
légère pointe de chauvinisme : aucune ne s’imposait avec autant
d’évidence que Quimper, la seule sans doute, en Bretagne, à
appartenir à la fois à deux réseaux aussi prestigieux que les Villes
"Aucune ne s’imposait avec
d’Art et d’Histoire d’une part, et d’autre part, au club, somme
autant d’évidence que Quimper, toute assez restreint, des villes dont le nom est devenu substantif :
la seule sans doute […] dont le on dit "du Quimper" comme on dit "du Baccarat", "du Limoges"
nom est devenu substantif : on ou de "la Chantilly" ; étant donné l'heure et le contexte, je pense
dit "du Quimper" comme on
bien entendu à la dentelle, et non pas à la crème, bien que cela
soit également possible.
dit "du Baccarat", "du
Limoges" ou de "la Chantilly".
L'histoire de la faïence de Quimper, puisque c'est à elle que je me
réfère, a plus de 300 ans. Elle a connu des hauts et des bas, jamais
d’interruption, son renom est international, sa production
s’exporte, en particulier outre-Atlantique. Elle est dans une
position exemplaire, à la croisée des chemins entre industrie,
Métiers d’Art et création.
Son ancienneté étant remarquable, certains aimeraient la faire
remonter plus loin encore, à la Préhistoire ou à l’époque galloromaine. Certes, les réserves de l’archéologue municipal regorgent
de poteries qui attestent de l’intensité des échanges commerciaux
dans l’Antiquité et d’une production locale ancienne non
négligeable : vases utilitaires ou urnes funéraires. L’argile est
abondante, les besoins existent, la production n’a pourtant rien
d’original. Les débuts même de Jean-Baptiste BOUSQUET,
potier et fabriquant de pipes en 1690, n’auraient pas suffi à la
renommée des fabrications quimpéroises. Ses successeurs et leurs
concurrents y travailleront, mais c’est là une très longue histoire
que vous découvrirez mieux au cours de cette journée.
Plus anciens que la faïencerie, mais ne présentant pas la même
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
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continuité dans l’histoire, quelques autres savoir-faire ont atteint à
Quimper un niveau d’excellence. Ils furent plus ou moins liés, au
Moyen-Age, au chantier de la cathédrale. Occasion nous sera
donc donnée d’évoquer tous ces métiers de construction, de
conservation et de restauration du patrimoine.
Signe patent de la renommée des artisans d’art quimpérois, au
15ème siècle et début du 16ème siècle, des noms de maîtres nous
sont parvenus, avec des sorts différents pour la postérité :
Pour l’orfèvrerie : les CALVEZ, MOEAM, HELLE,
MESGOAEZ sont de souche quimpéroise. Peu de pièces ont été
conservées, le calice de Kergloff de François MOEAM est une
exception. Dans la ville, point de postérité, le souvenir même en
est effacé depuis que la rue des Fèvres est devenue rue du
Chapeau Rouge ! Mais, les historiens relatent abondamment cette
tradition.
Les tailleurs d’images, que celles-ci soient de pierre -et notamment
de kersantite- ou de bois, étaient d’ici ou d’ailleurs : les stalles de la
cathédrale furent sculptées par Jean KERJAGU. Il était de
Plouigneau. Pas de permanence à haut niveau dans ce domaine,
mais des "résurgences" intéressantes. Citons, pour exemple, la
dynastie des AUTROU, sculpteur-ébénistes au 19ème et au début
du 20ème siècles.
Quand on pense aux arts du fil en Cornouaille, c’est plus à PontL’Abbé et aux ateliers PICHAVANT et LE MINOR qu’on se
réfère en général. Mais, la broderie des vêtements liturgiques, la
confection d’habits "glazik" ont entretenu des techniques que les
religieuses de Kernisy transmettaient encore, il n’y a pas si
longtemps, aux jeunes filles de leur ouvroir. La réussite de l’atelier
et des écoles de broderie, créés par Pascal JAOUEN à Quimper,
et qui ont essaimé depuis, entretient, transmet et renouvelle le
genre, dotant notre cité d’un fleuron remarquable.
LE SODEC et SOHIER sont les patronymes de maîtres verriers
ou peintres verriers (ils peignaient aussi murs et voûtes). Aux
15ème et 16ème siècles, leur nom s’attache à des réalisations
prestigieuses, à la cathédrale certes, mais pas seulement. Ainsi, à
Saint-Matthieu, toujours à Quimper, la maîtresse vitre
-prochainement objet d'une restauration- est une grande
crucifixion inspirée, comme celles de la Martyre, de la RocheMaurice ou de Tourch’, de l’œuvre de Dürer.
Techniciens de valeur, ils constituent de véritables dynasties
familiales. Affaire familiale pareillement, l’atelier des maîtreverriers LE BIHAN, créateurs et restaurateurs de vitraux, à
Quimper, en est actuellement à la septième génération et est
quasiment bicentenaire (il s’en faut de deux ans ; les débuts de la
saga ont lieu à Saint-Pol-de-Léon en 1806). JeanPierre LE BIHAN est Grand Prix des Métiers d’Art en 1980.
S’il était besoin de démontrer la pertinence du choix de Quimper
pour évoquer les Métiers d’Art, en rappelant les traditions,
j’espère avoir apporté quelques arguments, un certain nombre
émailleront cette journée. Je ne voudrais donc pas m’appesantir,
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
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d’autres en parleront plus longuement et mieux que je ne saurai le
faire.
Je vais vous parler maintenant de l'actualité quimpéroise en
matière de Métiers d'Art. Cette actualité, comme Janus, a deux
visages.
Le premier est celui d’une réalité à ne pas sous-estimer : la
présence de nombreux artisans d’art confrontés à des problèmes
que les uns et les autres exposeront ce jour. Pour ma part, je me
contenterai d’évoquer les rencontres avec tel ébéniste inquiet sur
les possibilités de sa survie économique, avec une relieuse
diplômée, contrainte de fermer boutique, avec tel verrier parti
depuis sous d’autres cieux… tous préoccupés par l’avenir des
savoir-faire rares, dont ils sont les détenteurs.
"Notre actualité a la forme d’un
projet. Consciente de l’image
emblématique de la ville, la
municipalité de Quimper […]
[affiche] son désir de se saisir
de l’héritage, et des problèmes
du secteur. Ce choix devrait se
concrétiser par une réalisation
ambitieuse : celle d’un pôle des
Métiers d’Art dans l’ancien
prieuré de Locmaria."
Mais il ne s’agit pas de noircir le tableau. On peut aussi parler de
ce qui "tourne" : le luthier de la Place au Beurre, le tapissier
décorateur de la place Toul-al-Laër …
Le second visage de notre actualité a la forme d’un projet.
Consciente de l’image emblématique de la ville, la municipalité de
Quimper a choisi de se doter, pour l’instant en ma modeste
personne, d’une Conseillère Municipale déléguée au Patrimoine et
aux Métiers d’Art, affichant ainsi son désir de se saisir de
l’héritage, et des problèmes du secteur. Ce choix devrait se
concrétiser par une réalisation ambitieuse : celle d’un pôle de
Métiers d’Art dans l’ancien prieuré de Locmaria.
Les objectifs que se fixe la ville en la matière sont :
• promouvoir et valoriser les Métiers d'Art,
• s’ancrer dans la tradition et s'ouvrir sur la création, c'est-à-dire
préserver les héritages en se tournant résolument vers l'art
contemporain,
• faire d'une activité de nature artistique, un levier alliant les
intérêts culturels, touristiques et économiques,
• porter très haut l'image de la ville,
• s'ouvrir à une dimension internationale.
Certains déplorent, et moi avec eux !, la lenteur de l’avancement
du projet. Actuellement en phase d’étude, il ne peut progresser
qu’au rythme des possibilités budgétaires, et il nous faut patienter,
car certaines priorités en chassent d’autres, et il est incontestable
que la création d’une médiathèque dans l’ancien couvent des
Ursulines, ou la lutte contre les inondations, revêtaient un
caractère d’urgence plus marqué.
Ce laps de temps est donc mis à profit pour approfondir la
réflexion, analyser les obstacles et chercher à les contourner.
Sous forme d’énumération, et un peu en vrac, je vous livre ici
quelques questions que, depuis l’origine du projet, nous avons eu
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
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l’occasion de nous poser :
• Quelle est la définition à retenir quand on parle de Métiers
d’Art ?
La question sera soulevée tout à l’heure, la réponse n’est pas
forcément simple !
• Peut-on parvenir à décloisonner "beaux-arts" et "arts
appliqués" ?
Dans quelle mesure et de quelle façon ?
• Comment prendre en compte les problèmes de transmission
des savoir-faire ?
• Comment entrer en contact avec les praticiens dispersés,
souvent individualistes, parfois regroupés toutefois dans des
associations (potiers, graveurs, verriers), ce qui facilite
notablement les contacts ?
• Quel choix retenir pour la structure ?
Création d’un lieu d’exposition et d’échanges, lieu d’animation,
de promotion et de communication
Mise en place d’ateliers de création et de production
Lieu de sensibilisation du jeune public, d’enseignement.
Centre de ressources : conservatoire des motifs et des formes
de l’art régional ou non, savant ou populaire.
• Quelle part donner au partenariat avec les organismes socioéconomiques, les chambres consulaires notamment -Chambre
des Métiers, Chambre de Commerce- et avec les instances
s’intéressant à ce secteur d’activité -Société d’Encouragement
aux Métiers d’Art, Collectif Métiers d’Art Bretagne, Accueil
Métiers d’Art Bretagne-, et avec les entreprises locales ?…
• Comment résoudre le problème des financements en cette
période d’érosion des fonds européens ?
La première phase de l’étude confiée au cabinet Prospective et
Patrimoine a conclu à l’opportunité de créer à Quimper, dans le
quartier de Locmaria, un Centre de Métiers d’Art. Le programme
culturel qu’il a fixé a été entériné en Bureau Municipal ; il dessine
des contours possibles, non définitifs. Le temps qui passe change
parfois un peu la donne. Il est hautement probable que la
réflexion que nous mènerons ensemble aujourd’hui constituera un
des éléments de notre recherche.
Je vous remercie de votre attention.
René BENOIT, Président de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes
Historiques de Bretagne
Je prends le relais de Mme POSTEC, en la remerciant pour sa
brillante intervention. Elle a déjà introduit de façon remarquable
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
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le débat d'aujourd'hui. Lorsque je l'entends parler de définition
des Métiers d'Art, nous savons bien que cela n'est pas évident.
Justement, cette journée pourra peut-être apporter une
contribution dans ce domaine. Je vous remercie encore, Madame,
pour la qualité de votre intervention.
C'est la deuxième Journée Thématique organisée par les Villes
d'Art et d'Histoire et les Villes Historiques de Bretagne. Nous
étions, en février, à Dinan, sous la haute autorité de M. LELOUP,
architecte, éminent spécialiste de l’architecture en pans de bois.
Cette enrichissante journée a été remarquablement traduite dans
un recueil. Il en sera de même pour aujourd'hui ; l'ensemble des
débats et des interventions vont être retranscrits dans un
document de référence.
Suite au succès de la première Journée Thématique, nous en
avons imaginé une deuxième, ayant pour thème les Métiers d'Art.
Celui-ci a été retenu à la demande des élus des Villes d'Art et
d’Histoire et des Villes Historiques. Je laisserai le soin à
M. VIGHETTI de présenter l'intérêt de cette journée.
En ce qui me concerne, je tiens, tout d'abord, à remercier la Ville
de Quimper en la personne de son Maire, M. GERARD, Sénateur
du Finistère, qui a bien voulu mettre à notre disposition ce très
beau théâtre à l’ancienne, récemment rénové. Je voudrais
également remercier Florence, Mathilde et Alexandra, nos
permanentes professionnelles que nous partageons, tout comme
nos actions, avec les Petites Cités de Caractère de Bretagne. Nous
travaillons avec ces dernières en parfaite harmonie ; nous
poursuivons le même but, et la seule différence entre nous est une
différence d’échelle, ces communes étant plus petites que nos
villes.
Je voudrais remercier aussi l'ensemble des intervenants. En effet,
il n'y a pas de succès, dans une manifestation comme celle-ci, sans
intervenants de qualité. Merci à M. ROBERT, Délégué Régional
de la Société d'Encouragement aux Métiers d'Art, à
M. RANNOU, Chargé de Mission au Service Economique de la
Chambre Régional des Métiers, à Mme GUICHON, Chargée de
Mission Métiers d'Art, et aux professionnels, M. CHESNAIS,
Ebéniste, M. CHIRON, Président Directeur Général des
Faïenceries HB-HENRIOT. Merci également à M. BRUMEAUX,
Animateur du Patrimoine de la Ville de Quimper, à
Mme GATEL, Maire de Châteaugiron, que nous connaissons
bien. En fin de matinée, nous entendrons M. TOUCHARD,
Architecte, M. NEVANNEN, Président d'Accueil Métiers d'Art
Bretagne, M. LE MOUER, Maire de Pontrieux, ainsi que
M. AUFFRET, Conseiller Municipal de Saint-Malo et Membre du
Bureau de l’Union. Cet après-midi, Mme POSTEC interviendra à
nouveau pour introduire les visites qui seront proposées ; nous
entendrons alors M LE STUM, Conservateur en Chef du Musée
Départemental Breton, M. CHIRON, Président Directeur
Général des Faïenceries HB-HENRIOT, M. BOUËDEC, GuideConférencier, ainsi que M. ALEXANDRE, Architecte des
Bâtiments de France, et M. LE BIHAN, Maître-Verrier, que nous
avons déjà cité tout à l'heure.
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« Les Métiers d’Art »
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Enfin, nous conclurons, avec les plus courageux d’entre nous,
pour fêter, à 18h, les 20 ans de l’Union des Villes d'Art et
d'Histoire de Bretagne. Il y a peu de temps, nous fêtions les 25
ans des Petites Cités de Caractère. Voici venu notre tour, et c’est
avec grand plaisir que nous fêterons cet anniversaire à Quimper.
Avec cette journée d’échanges sur le thème des Métiers d’Art,
nous suivons parfaitement les objectifs que nous nous étions fixés
il y a 20 ans, et que nous avons perfectionnés au fil des ans.
Qu’apportons-nous à des villes telles que Quimper, Vannes,
Auray, Saint-Malo, Vitré, Fougères ou Rennes ? Nous cherchons
à réhabiliter, mettre en valeur et animer ce remarquable
patrimoine artistique et architectural, dont nous sommes les
héritiers et qui caractérise la plupart des plus belles villes de
Bretagne.
"Réhabiliter, mettre en valeur,
animer, mettre en place une
politique de promotion des
activités touristiques et
culturelles, faire en sorte que
ces atouts prennent part au
développement économique de
nos villes. Tels sont nos
objectifs. Nous participons aux
grandes richesses de la France,
à son Produit Intérieur Brut. Le
tourisme est capital, nous en
sommes des acteurs forts, nous
devons en être les leaders."
Je rappelle que nous sommes 19 Villes d'Art et d'Histoire et Villes
Historiques, et qu’il y a 20 Petites Cités de Caractère en Bretagne.
Cela fait une quarantaine de cités au total, sans compter les villes
candidates qui mériteraient de rentrer dans notre giron.
Réhabiliter, mettre en valeur, animer, mettre en place une
politique de promotion des activités touristiques et culturelles,
faire en sorte que ces atouts prennent part au développement
économique de nos villes. Tels sont nos objectifs. Nous
participons aux grandes richesses de la France, à son Produit
Intérieur Brut. Le tourisme est capital, nous en sommes des
acteurs forts, nous devons en être les leaders. Pour cela, nous
défendons notre politique, nos objectifs, auprès des instances qui
nous gouvernent, Conseils Généraux, Conseil Régional, Direction
Régionale des Affaires Culturelles, voire Ministères, afin d’obtenir
des aides aux efforts importants que font nos villes. Parce qu’elles
ont bien compris que ce patrimoine est un formidable atout qu’il
faut savoir protéger, utiliser, promouvoir et mettre en valeur. Les
actions que nous engageons génèrent une activité économique et
des créations d’emplois. Grâce à tout cela, nous avons fait de la
Bretagne une région pionnière en France, en matière de travail en
réseau, et nous servons aujourd’hui de modèle, notamment depuis
la création d’un réseau sur le plan national. Nous avons permis à
la Bretagne d’être l’une des trois premières régions touristiques de
France. Grâce à M VIGHETTI, qui est ici à mes côtés, nous
avons souvent été à la tête de campagnes françaises, voire
européennes, en matière de développement du tourisme urbain.
Cette journée, consacrée à l’accueil des Métiers d’Art dans nos
villes, est également destinée aux professionnels. En effet, nous
souhaitons tous pouvoir accueillir des artisans d'art dans nos
villes, pour leur permettre d'exercer pleinement leur métier, et
d'en vivre évidemment, même si ce n’est pas facile. Vous avez
évoqué les échecs, il existe également de brillantes réussites. Nous
avons certainement un rôle à jouer dans ce sens, afin d’aider les
professionnels à travailler dans de meilleurs conditions, en leur
apportant une certaine sécurité dans leur travail. C’est de cela
qu’ils ont le plus besoin.
Je vous remercie encore d'être présents et je souhaite que cette
journée soit une journée de dialogues, ouverte aux interventions,
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
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mais également aux questions du public qui permettront d’affiner
les exposés.
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Jean-Bernard VIGHETTI, Délégué Général de l’Union des Villes d’Art et
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Merci, Madame la Conseillère Municipale, de nous accueillir.
Merci également pour ces propos introductifs. M. BENOIT a
largement évoqué l'intérêt que cette journée présentait, non
seulement pour notre Union, mais également pour les Métiers
d'Art.
"Il s’avère nécessaire de lancer
un cri d'alarme quant au
devenir de ces Métiers d'Art."
Pourquoi organise-t-on aujourd'hui cette journée thématique sur
les Métiers d'Art ? Tout simplement parce que, après quelques
contacts avec des professionnels, il s’avère nécessaire de lancer un
cri d'alarme quant au devenir de ces Métiers d'Art. Les Villes d'Art
et d’Histoire, les Petites Cités de Caractère, les Communes du
Patrimoine Rural sont au contact de ces métiers, dans le domaine
de la restauration notamment ; car, nous avons besoin de
l'excellence dans nos communes, comme le soulignait
M. BENOIT à l’instant.
"Nous avons […] besoin d’un
renouvellement de notre
patrimoine, que des créations
contemporaines viennent
s'ajouter au patrimoine d'hier."
Nous avons également besoin d’un renouvellement de notre
patrimoine, que des créations contemporaines viennent s'ajouter
au patrimoine d'hier. Or, il semblerait qu'aujourd'hui, le secteur
des Métiers d'Art soit en difficulté.
"Il faut prendre pleinement
conscience de la situation dans
laquelle se trouvent aujourd'hui
les Métiers d'Art en termes de
transmission des savoir-faire.
Beaucoup de professionnels
arrivent en fin d'activité, et
n'ont pas toujours la possibilité
de transmettre leur savoir. Cela
est d’autant plus inquiétant que
cette transmission se faisait
jusqu’alors naturellement
depuis de nombreuses
générations. La situation
actuelle pose donc un problème
majeur."
Il faut prendre pleinement conscience de la situation dans laquelle
se trouvent aujourd'hui les Métiers d'Art en termes de
transmission des savoir-faire. Beaucoup de professionnels arrivent
en fin d'activité, et n'ont pas toujours la possibilité de transmettre
leur savoir. Cela est d’autant plus inquiétant que cette
transmission se faisait jusqu’alors naturellement depuis de
nombreuses générations. La situation actuelle pose donc un
problème majeur.
Nous avons donc décidé d'organiser cette journée, non pas avec
l'ensemble de la profession, mais plutôt avec des représentants de
ces métiers, ou encore avec des personnes qui sont intervenues, à
un moment donné, en faveur de ces métiers, pour qu’ils
témoignent devant les villes représentées ici.
Bien évidemment, des encouragements sont donnés, mais ils ne
sont pas forcément suffisants. On a le sentiment que ces Métiers
d’Art seront toujours là, un peu comme l'armoire que l'on a chez
soi, comme la grand-mère qui n'est pas loin et dont on ne se rend
pas compte qu’elle vieillit,… et c'est lorsque la personne disparaît
ou quand le meuble se dégrade que l'on s’interroge : "qu’avonsnous fait ?". Aujourd'hui, une prise de conscience de cette
situation est absolument nécessaire.
Ceci n'est qu'une alerte, pour essayer de remédier à la situation
dans laquelle se trouvent les Métiers d'Art. La situation exacte
n’est pas facile à cerner. Nous parlions tout à l'heure du problème
posé par la définition même du terme de Métiers d’Art. Il y a
trente ans, dans le cadre du développement du Tourisme Rural en
Bretagne, nous avions, avec la Chambre Régionale des Métiers et
le Comité Régional du Tourisme où je travaillais, tenté de lancer
quelque chose à ce sujet, et nous avions déjà butté sur la question
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
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des définitions.
"D’autres problèmes majeurs
concernent le devenir de ces
Métiers d'Art. Que faire pour
leur donner les moyens
d'exister, tout simplement ?
Comment permettre aux
activités de se développer ?
Comment attirer les jeunes vers
ces métiers ?
Les Villes d'Art et d’Histoire et
les Petites Cités de Caractère
doivent se mobiliser, ainsi que
toutes les communes disposant
d’un patrimoine, pour tenter de
sauvegarder ce secteur."
Depuis, nous avons régulièrement participé à d'autres réflexions
sur ce thème. J'avais le sentiment que ça allait un peu mieux,
depuis quelques années, en termes de définition, mais il nous
faudra peut-être y revenir à nouveau ce matin.
D’autres problèmes majeurs concernent le devenir de ces Métiers
d'Art. Que faire pour leur donner les moyens d'exister, tout
simplement ? Comment permettre aux activités de se
développer ? Comment attirer les jeunes vers ces métiers ?
Les Villes d'Art et d’Histoire et les Petites Cités de Caractère
doivent se mobiliser, ainsi que toutes les communes disposant
d’un patrimoine, pour tenter de sauvegarder ce secteur des
Métiers d'Art. Voilà exactement l'objet de cette journée.
Certaines personnes, qui avaient été sollicitées, se sont excusées. Il
est vrai que nous avons décalé cette manifestation d'une journée,
ce qui a pu poser parfois problème. D'autres, au contraire, ont pu
venir, qui ne seraient peut-être pas venues autrement.
Nous allons commencer par la première table ronde, portant sur
le thème "Métiers d'Art, Tradition et Avenir". Cette table ronde
est articulée autour de deux grands thèmes : le premier tournera
autour de la définition des Métiers d'Art, le second sur leur
avenir : interviennent à cette table ronde M. ROBERT, Délégué
Régional de la Société d'Encouragement aux Métiers d'Art
résidant en Finistère, M. RANNOU, Chargé de Mission au
Service Economique de la Chambre Régionale des Métiers, et
Mme GUICHON, qui vont essayer de nous donner une ou
plusieurs définitions des Métiers d'Art. M. CHESNAIS, Ebéniste,
quant à lui évoquera le problème posé par la transmission des
savoir-faire, notamment au travers de l'action de formation
"Transmission
des
Savoir-Faire
Rares".
Ensuite,
Mme GUICHON ré-interviendra sur la situation actuelle de ces
métiers, le sujet proposé étant "Un patrimoine en péril à
sauvegarder". Enfin, M. CHIRON, Président Directeur Général
des Faïenceries HB-HENRIOT évoquera, au travers de l’histoire
des faïenceries de Quimper, le lien qui peut se développer entre
"Industrie, Métiers d'Art et Création".
Mais tout d’abord, quelle définition peut-on donner aux Métiers
d'Art ? M. ROBERT peut peut-être commencer ?
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
15
I - LES METIERS D'ART, TRADITION ET AVENIR
Définition des Métiers d'Art
Charles ROBERT, Délégué Régional de la Société d’Encouragement aux Métiers
d’Art
Jean-Pierre RANNOU, Chargé de Mission au Service Economique de la Chambre
Régionale des Métiers
Charles ROBERT
Bonjour. Je m'appelle M. ROBERT, Maître Verrier à Pluguffan.
J'ai été nommé par la SEMA, il y a quelques années, comme
"La Société d'Encouragement Délégué Régional. La Société d'Encouragement aux Métiers d'Art
aux Métiers d'Art a été fondée a été fondée sous GISCARD d'ESTAING. Placée sous tutelle
d’Etat -représenté par le Ministère en charge des Petites et
sous GISCARD d'ESTAING.
Moyennes Entreprises et de l’Artisanat-, elle est constituée d’une
Placée sous tutelle d’Etat équipe d'environ vingt-cinq salariés. C'est une structure souple et
représenté par le Ministère en
charge des Petites et Moyennes réactive, et son action est relayée sur le terrain par son réseau de
délégués départementaux et régionaux. Malheureusement, la
Entreprises et de l’Artisanat-,
Bretagne est très mal dotée, puisqu'en fait, il n'y a qu'un seul
[…] sa mission principale est de Délégué Régional, basé à Quimper et non à Rennes. J’espère qu'il
promouvoir et de favoriser le
y aura bientôt un Délégué Régional nommé à Rennes, qui puisse
développement des Métiers
recruter des délégués départementaux, puisqu’il n’y en a, il me
d'Art en France et à
semble, que dans le Morbihan -en Finistère, je suis à la fois
l'International. Pour cela, elle
Délégué Régional et Départemental-.
assure l'interface entre l'Etat,
les professionnels et le public."
La SEMA fonctionne aussi en liaison avec les Chambres de
Métiers, avec l'appui des Préfectures. Sa mission principale est de
promouvoir et de favoriser le développement des Métiers d'Art en
France et à l'International. Pour cela, elle assure l'interface entre
l'Etat, les professionnels et le public.
La SEMA s'appuie sur trois pôles principaux d'activité : les
actions
éducatives
(formations
et
informations), la
communication et la promotion, les actions territoriales et le
développement local. Elle pourrait éventuellement intervenir dans
le cadre du projet dont parlait Mme POSTEC tout à l'heure, le
Pôle des Métiers d'Art de Quimper au Prieuré de Locmaria.
Je vais tenter de vous donner une définition des Métiers d'Art.
Comme c’est assez ardu, je vous ai amené un texte établi par la
SEMA à l'occasion des Journées des Métiers d'Art. Je ne sais pas
si tout le monde ici en a entendu parler, mais le week-end dernier
se sont déroulées les Journées Nationales des Métiers d'Art,
instituées par M. DUTREIL en 2002. C'est une manifestation
biennale. La Bretagne y participait pour la première fois, et il y a
eu à Quimper un événement phare, consistant en une exposition
d'artisans d'art au manoir de Kerazan. Les artisans étaient
regroupés dans les locaux du manoir, les visiteurs pouvant à la
fois visiter l'exposition des artisans d'art, le parc du manoir et le
manoir lui-même. Nous avons eu, je crois, une vingtaine d'artisans
et 1 500 visites sur deux jours, ce qui, à mon sens, est tout de
même un résultat assez exceptionnel.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Voici notre définition des Métiers d’Art :
"Trait d'union entre le passé et
le futur, l'esprit et la main,
l'esthétique et la fonction, les
Métiers d'Art fondent un des
socles essentiels de notre
patrimoine culturel.
Représentant plus de 20 000
entreprises artisanales
auxquelles s'ajoutent celles du
bâtiment et les PME, ils
constituent un pôle important
de l'économie."
"Elites de l'artisanat, […] ils
protègent notre patrimoine,
intervenant dans les champs de
la restauration-conservation, et
le renouvellent par la magie de
la création."
Trait d'union entre le passé et le futur, l'esprit et la main,
l'esthétique et la fonction, les Métiers d'Art fondent un des socles
essentiels de notre patrimoine culturel. Représentant plus de
20 000 entreprises artisanales auxquelles s'ajoutent celles du
bâtiment et les PME, ils constituent un pôle important de
l'économie.
Ensemble, riches de 217 activités, ils sont l'héritage de savoir-faire
divers et précieusement élaborés au fil des siècles. Elites de
l'artisanat, ils puisent dans leur histoire une inspiration qui les
nourrit, tout en épousant les courants esthétiques de leur époque.
Ils protègent notre patrimoine, intervenant dans les champs de la
restauration-conservation, et le renouvellent par la magie de la
création. Epris de perfection, les Métiers d'Art marient gestes
transmis par la tradition et technologies nouvelles qui prolongent
la dextérité de la main.
Ces alchimistes de la matière déploient leurs compétences dans
différents contextes d'activité, et l'identification d'un professionnel
ne se limite pas à un statut socio-économique. Ateliers
unipersonnels, entreprises familiales, salariés d'entreprises de luxe,
le savoir-faire s'exerce dans des entités juridiques et économiques
diverses. De l'artisan qui traduit en solo la volonté de ses
commanditaires dans son atelier au professionnel travaillant au
sein d'une entreprise de luxe international, la maîtrise de la matière
perdure au-delà des transformations économiques.
Innovation esthétique et créativité technique, l'association
conventionnelle des termes peut s'inverser. Les compétences en
termes de réalisation fondent les Métiers d'Art, l'inventivité les
porte vers l'avenir. Ainsi, entre dextérité et imagination, entre
artisanat et beaux-arts, les Métiers d'Art ont construit leur propre
territoire. L'objet du quotidien devient certaines fois un chef
d'œuvre.
"Les Métiers d'Art évoquent
l'intervention de la main dans la
réalisation de l'œuvre. Le geste
conserve depuis des siècles sa
raison d'être, car il permet
d'atteindre une perfection
inégalée et de déjouer des
difficultés que la mécanisation
ne saurait surmonter. La main
reste donc le symbole fort des
Métiers d'Art, et la dextérité un
des éléments essentiels de la
valeur d'un professionnel.
Cependant, les nouvelles
technologies ne sont pas
reniées, lorsqu'elles permettent
à l'homme d'atteindre un
objectif que même la pleine
possession d'une technique
Les Métiers d'Art évoquent l'intervention de la main dans la
réalisation de l'œuvre. Le geste conserve depuis des siècles sa
raison d'être, car il permet d'atteindre une perfection inégalée et
de déjouer des difficultés que la mécanisation ne saurait
surmonter. La main reste donc le symbole fort des Métiers d'Art,
et la dextérité un des éléments essentiels de la valeur d'un
professionnel. Cependant, les nouvelles technologies ne sont pas
reniées, lorsqu'elles permettent à l'homme d'atteindre un objectif
que même la pleine possession d'une technique n'autorise pas.
Les Métiers d'Art apportent sur la matière un regard nouveau et
revivifiant. La noblesse du matériau est celle que lui confère le
travail effectué. Aux éléments naturels tels que bois, terre…
s'ajoutent les résines et médiums d'aujourd'hui. En fonction de la
matière, de la méthode de fabrication, de l'impulsion de la
création (commande du client ou inspiration de l'artisan), l'objet
est unique ou édité en petites séries. Dans tous les cas, il trouve
un sens : c'est l'âme et l'inventivité que son auteur y met, le savoirfaire qu'il y concentre, l'unicité qu'il lui confère.
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Quimper – 20 octobre 2004
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n'autorise pas."
"L'appartenance aux Métiers
d'Art se caractérise par la réelle
maîtrise d'une technique qui
procède de la tradition, faisant
appel à la fabrication manuelle
et à la transformation de la
matière."
Au-delà des clivages que notre société passée avait instaurés entre
démarches intellectuelles et manuelles, les Métiers d'Art montrent
ainsi que l'une n'est rien sans l'autre. L'appartenance aux Métiers
d'Art se caractérise par la réelle maîtrise d'une technique qui
procède de la tradition, faisant appel à la fabrication manuelle et à
la transformation de la matière.
A présent, M. RANNOU pourrait peut-être nous parler de
l'appartenance au secteur de l'artisanat, de la qualité des artisans
d'art, et des façons d'y arriver.
Jean-Bernard VIGHETTI
Il était bon de rappeler ces textes relativement récents, qui tentent
d'appréhender le secteur des Métiers d'Art puisque, vous l'avez
compris, on rencontre des professionnels des Métiers d’Art aussi
bien chez les artisans que dans des entreprises de luxe.
M. RANNOU ou Mme GUICHON ? Qui souhaite intervenir sur
la notion de définition des Métiers d’Art pour compléter ce qui
vient d’être dit ?
Jean-Pierre RANNOU
Pour les Chambres des Métiers, les entreprises artisanales, et plus
particulièrement les Métiers d'Art, occupent une place très
particulière grâce à des activités à forte valeur ajoutée, qui
s'appuient sur un savoir-faire ancien et très pointu.
"Il est très difficile de fixer
exactement le nombre
d'artisans d'art. Par exemple
nous, les Chambres de Métiers,
ne travaillons qu'avec les
professionnels inscrits au
Répertoire des Métiers, alors
qu’il existe également des
personnes non inscrites, et que
l’on dénomme sous le titre de
profession libérale. C’est un
éternel débat entre nous, et cet
état de fait ne permet pas
toujours d'avoir le quantitatif
exact du nombre de Métiers
d'Art."
"On dénombre, au niveau
national, 18 000 entreprises
artisanales, regroupant 30 000
actifs."
Parlons de chiffres. Des sondages ont été effectués, car il est très
difficile de fixer exactement le nombre d'artisans d'art. Par
exemple nous, les Chambres de Métiers, ne travaillons qu'avec les
professionnels inscrits au Répertoire des Métiers, alors qu’il existe
également des personnes non inscrites, et que l’on dénomme sous
le titre de profession libérale. C’est un éternel débat entre nous, et
cet état de fait ne permet pas toujours d'avoir le quantitatif exact
du nombre de Métiers d'Art. Un sondage a donc été effectué en
2003, à partir de listes de la SEMA et d’une liste de l'APCM,
l'Assemblée Permanente des Chambres de Métiers.
On dénombre, au niveau national, 18 000 entreprises artisanales,
regroupant 30 000 actifs. Parmi elles, 80 % sont à activité
principale, les 20 % restant relevant plutôt du commerce, comme
la bijouterie, la joaillerie et notamment la revente de bois, de
meubles.
Certaines activités regroupent un nombre important d'entreprises,
notamment la bijouterie, la joaillerie et l'orfèvrerie qui, sur le plan
national, englobent plus de 4 000 entreprises. Viennent ensuite les
entreprises d’ébénisterie et de restauration de meubles -3 400
entreprises- et, en troisième position, le graphisme et la
décoration -2 300 entreprises-.
Comme nous sommes à Quimper, nous avons fait un petit état
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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des artisans d'art en Finistère. Par exemple, il existe 5 artisans
d’art en fabrication, maroquinerie et articles de voyage, 78
ébénistes, 57 tapissiers décorateurs, 37 restaurateurs de meubles et
25 graphistes décorateurs. On retrouve également 23 céramistes, 5
vitraillistes, 9 facteurs d’instruments de musique et 62 bijoutiers
joailliers, pour ne considérer que les principaux métiers.
En ce qui concerne les métiers "traditionnels", comme la
maroquinerie, l'ébénisterie, la tapisserie ou même le vitrail, il n'y a
pas de grande différence entre les professionnels inscrits au
Répertoire des Métiers et les professionnels non inscrits. La
difficulté intervient lorsque, pour répertorier, on tombe sur des
activités comme la céramique ou le tissage, tous ces métiers qui
peuvent être exercés en profession libérale. Les professions
libérales, ce sont tout simplement des personnes qui sont
déclarées, qui payent leurs impôts, mais qui ne sont pas inscrites
au Répertoire des Métiers et qui échappent, ainsi, aux sondages.
Jean-Bernard VIGHETTI
C'est ce qui explique sans doute le décalage entre les 20 000
professionnels annoncés par la SEMA, et les 18 000 artisans d'art
répertoriés chez vous ?
Jean-Pierre RANNOU
En effet, la SEMA travaille aussi bien avec les artisans qu'avec les
professions libérales.
Il ne faut pas croire pour autant que la Chambre des Métiers ne
travaille qu'avec les personnes inscrites au Répertoire des Métiers.
Nous avons participé la semaine dernière aux Journées des
Métiers d'Art, en collaboration avec la SEMA et, parmi les
artisans qui ont participé à ces journées, notamment dans le
Finistère, il y avait des personnes inscrites et non inscrites. Dans
ces cas-là, nous faisons bien évidemment abstraction de toute
rivalité.
Jean-Bernard VIGHETTI
D'autres chiffres peut-être, au niveau de la Bretagne ?
Jean-Pierre RANNOU
Nous pouvons donner, quantitativement, les entreprises de
Métiers d'Art en ordre dégressif. Le secteur le plus représenté est
celui de la bijouterie joaillerie.
Jean-Bernard VIGHETTI
Comme dans le Finistère ?
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
19
Jean-Pierre RANNOU
Il y a des correspondances. Viennent ensuite le secteur du
graphisme et de la décoration -on ne pense pas toujours qu’il
puisse être aussi important-, puis de l’ébénisterie et de la
restauration de meubles, puis celui de la fabrication d'articles de
céramique à usage domestique ou ornemental, et ensuite, les
autres secteurs sont à peu près égaux. L’exception réside peut-être
dans le domaine de la facture instrumentale, qui est ici
relativement important, puisque nous devons pouvoir répertorier
une quarantaine d'entreprises en Bretagne.
Jean-Bernard VIGHETTI
Je constate que dans aucun de ces métiers n’apparaît le secteur du
bâtiment. Nous n’avons parlé ni de la taille de pierre, ni du travail
de la terre…
Jean-Pierre RANNOU
"Nous, Chambre de Métiers,
utilisons les codes NAF. Ainsi,
dans nos nomenclatures, si je
demande à lister les sculpteurs
sur pierre, je vais obtenir tout le
secteur de la pierre, c'est-à-dire,
4 000 à 5 000 noms, y compris
les marbriers. C’est la raison
pour laquelle on ne peut chiffrer
exactement le nombre de
sculpteurs sur pierre."
Là, se pose une autre difficulté liée au comptage, puisque nous,
Chambre de Métiers, utilisons les codes NAF. Ainsi, dans nos
nomenclatures, si je demande à lister les sculpteurs sur pierre, je
vais obtenir tout le secteur de la pierre, c'est-à-dire, 4 000 à 5 000
noms, y compris les marbriers. C’est la raison pour laquelle on ne
peut chiffrer exactement le nombre de sculpteurs sur pierre.
Jean-Bernard VIGHETTI
En fait, aucun recensement n’est fait à votre niveau ?
Jean-Pierre RANNOU
Seulement par connaissance, par ouï-dire.
Jean-Bernard VIGHETTI
Mme GUICHON, vous souhaitez peut-être intervenir en
complément ?
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Quimper – 20 octobre 2004
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Situation actuelle : un patrimoine en péril à sauvegarder
Valérie GUICHON, Chargée de Mission Métiers d’Art
"Les professionnels Métiers
d’Art ont cette spécificité de se
situer à la jonction entre le
secteur économique et
culturel."
Effectivement, nous avons une définition des Métiers d'Art
difficile à cerner.
Comme le disait M. ROBERT, les professionnels Métiers d’Art
ont cette spécificité de se situer à la jonction entre le secteur
économique et culturel :
• Economique, parce qu’il s’agit de professionnels avec une
logique de marché, de concurrence, de gestion d’entreprise, de
gestion du personnel.
• Culturel, parce que ces professionnels passionnés par le travail
de la matière, sont détenteurs de savoir-faire ancestraux, pour
créer le patrimoine de demain, restaurer le patrimoine
d’aujourd’hui, et perpétuent ainsi des traditions locales ou
régionales. Ces traditions sont d’une part des métiers ou des
savoir-faire liés à la préservation du patrimoine bâti au niveau
local ou régional et à la création d’objets décoratifs utilitaires ou
non, supports d’une culture qui permettent l’identification d’un
espace.
Les professionnels ont acquis leur savoir-faire par la formation,
souvent longue, car enrichie par une pratique personnelle et
auprès de maîtres en France ou à l’étranger, qui leur permet de
produire un travail de la matière de qualité et unique, car
difficilement transposable dans l’industrie. Cette unicité est une
immense valeur ajoutée générée par les Métiers d'Art, non
seulement par leur production, mais aussi par leur présence dans
la cité, dans vos villes, dans nos campagnes.
"Ces savoir-faire d'excellence
[…] ne sont référencés nulle
part, et font partie d’un mode de
transmission orale. Ils sont
détenus par les professionnels
des Métiers d'Art, savants des
savoir-faire."
Cette excellence, ces savoir-faire d'excellence, pour la plupart
d'entre eux, ne sont référencés nulle part, et font partie d’un mode
de transmission orale. Ils sont détenus par les professionnels des
Métiers d'Art, savants des savoir-faire. Il est souvent difficile pour
la société, pour nous, le public de l'extérieur, de se rendre compte
de la richesse détenue par ces professionnels, les savoir-faire étant
immatériels et peu perceptibles. De plus, les produits ou
prestations de restauration, visibles lors d'expositions ou de visites
d’un patrimoine restauré, ne représentent qu'une infime partie de
leur connaissance et de leur pratique de la matière.
On peut avancer qu’environ 80 % de ces professionnels
d'excellence, détenteurs de savoir-faire ancestraux, ont une
moyenne d'âge située entre 45 et 50 ans. Dans 10 ou 15 ans, ces
personnes auront atteint l'âge de la retraite. Actuellement, le taux
de renouvellement du secteur d'activité est si faible, et la situation
économique de ces ateliers ou entreprises si fragile, qu'il est très
probable que ce secteur soit en voie de disparition, et ces savoirfaire de qualité en danger.
"Actuellement, le taux de
renouvellement du secteur
d'activité est si faible, et la
situation économique de ces
ateliers ou entreprises si fragile,
qu'il est très probable que ce
C'est un constat alarmant ; la disparition d’une entreprise ou d’un
secteur soit en voie de
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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disparition."
"C'est un constat alarmant ; la
disparition d’une entreprise ou
d’un atelier, c’est non seulement
la disparition d’une entité
économique, mais aussi la
disparition de savoir-faire,
garants de la survie de notre
patrimoine."
atelier, c’est non seulement la disparition d’une entité
économique, mais aussi la disparition de savoir-faire, garants de la
survie de notre patrimoine.
Si le taux de renouvellement est si faible, c’est principalement
pour des raisons économiques. En effet, les professionnels
génèrent des revenus qui restent, pour la plupart d’entre eux, très
modestes. Ce sont des entreprises fragiles, très fortement
touchées par la conjoncture. Ils sont les premiers à en pâtir
lorsqu’elle est mauvaise, et les derniers à en bénéficier lorsqu’elle
s’améliore : les produits ou services créés ne sont plus
indispensables dans notre société contemporaine.
Il est vrai que la société a oublié que ces savoir-faire locaux ou
régionaux existent, peut-être aussi parce que les professionnels
n'ont pas su se structurer, et se sont caché derrière leurs produits,
leur besoin économique de commercialisation, sans information
particulière sur leurs savoir-faire et leurs spécificités, pour se
démarquer des produits issus de producteurs sauvages, des
produits industriels ou des produits pseudo-artisanaux
d’importation. Les professionnels producteurs doivent reprendre
la place qu’ils ont perdue ces dernières décennies, et redire que
l’expertise et les savoir-faire des Métiers d’Art existent. C'est pour
cela, très certainement, qu'ils ont besoin d’être reconnus comme :
"[les Métiers d'Art] génèrent
[…] une économie locale liée,
en Bretagne notamment, au
développement du tourisme
culturel, […], préservent [le
patrimoine] contre la
standardisation et
l’uniformisation des espaces et
des environnements."
• Acteurs Economiques : en plus d’être des entités économiques,
ils créent de la valeur ajoutée par leurs productions et par leur
seule présence dans la cité. Ils génèrent ainsi une économie
locale liée, en Bretagne notamment, au développement du
tourisme culturel, et dont les retombées ne reviennent pas
forcément aux professionnels eux-mêmes.
• Acteurs Culturels : non seulement ils préservent le patrimoine
architectural et le créent, mais également, par leur seule
présence, les professionnels détenteurs de savoir-faire
ancestraux intègrent ce patrimoine humain qui caractérise un
territoire, qui plus est, pour une région comme la Bretagne,
forte et riche d’une culture de caractère et de qualité, et le
préservent contre la standardisation et l’uniformisation des
espaces et des environnements.
"Plus que toute autre activité,
• Acteurs Sociaux : car plus que toute autre activité, les Métiers
les Métiers d’Art font rêver,
d’Art font rêver, transmettant ainsi l’idée de la passion d’un
transmettant ainsi l’idée de la
métier, et contribuant à améliorer la valeur sociale du travail.
passion d’un métier, et
contribuant à améliorer la valeur En conclusion, je dirais que compte tenu de la fragilité du secteur,
de sa spécificité, de la rareté des savoir-faire, quelles que soient les
sociale du travail."
actions de promotion, de valorisation menées localement ou
régionalement, il est important de les envisager non pas pour les
professionnels, mais avec eux, l’important étant l’appropriation
des dispositifs et processus de développement par les
professionnels eux-mêmes.
Jean-Bernard VIGHETTI
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Merci Mme GUICHON. Il me semble qu’à vous trois, vous avez
parfaitement présenté la situation. Celle-ci, vous pouvez le
constater, est alarmante, mais n’est pas désespérée pour autant.
Au Québec, il y a une trentaine d'années, lorsqu’un cordonnier
arrêtait son travail, il y avait souvent une monographie de faite sur
ce travail, sur ce savoir-faire, sur les tours de main spécifiques, sur
les gestes, etc.… En Bretagne, nous avons travaillé sur la tradition
orale, également en voie de disparition. Ce sont des associations
comme Dastum et les collecteurs individuels qui ont recueilli cette
oralité. Il est dommage qu’il n’en ait pas été de même pour les
Métiers d’Art.
Ainsi, des savoir-faire rares vont disparaître avec les personnes qui
les détiennent, et qui n'auront pas pu les transmettre. J'ai assisté, il
y a de cela une dizaine d'années, au départ d'un maroquinier
rennais -me semble-t-il- qui n'avait pas trouvé d'apprenti pour
reprendre son activité, alors qu’il existait un marché important
dans son domaine. Il en pleurait, purement et simplement.
Nous en venons ainsi au problème posé par la transmission des
activités et des savoir-faire. Des actions ont été menées pour
tenter d’y remédier. M. CHESNAIS, peut-être pouvez-vous
évoquer les actions menées actuellement ?
La transmission des savoir-faire. L'action de formation "Transmission des savoirfaire rares"
Yannick CHESNAIS, Ebéniste-Restaurateur
Je vais vous parler d'une action qui a tout de même été une bonne
réussite, l’opération "Transmission des Savoir-Faire Rares".
"Le Ministère de la Culture et
de la Communication a initié,
en 1994, l'opération Maître
d'Art, [qui] a pour but de
sauvegarder les métiers en voie
de disparition."
Le Ministère de la Culture et de la Communication a initié, en
1994, l'opération Maître d'Art, mise en place par le Conseil des
Métiers d'Art. Cette opération a pour but de sauvegarder les
métiers en voie de disparition que pratiquent des artisans et qui
ont toujours une place dans notre économie. Cette opération de
sauvegarde s'effectue selon un transfert des savoir-faire d'un
artisan à une personne susceptible de pérenniser, voire de
développer, l'activité.
En 1996, le Ministère de la Culture souhaite étendre cette
opération à titre expérimental, et trois régions sont retenues :
l'Aquitaine, Midi-Pyrénées et la Bretagne.
Le Collectif Métiers d'Art Bretagne est mandaté pour mettre en
place le dispositif expérimental de formation, afin de préserver les
savoir-faire rares et contribuer au développement ou au maintien
des emplois dans le secteur des Métiers d'Art.
L'action est soutenue par la Direction Régionale des Affaires
Culturelles, la Délégation Régionale au Commerce et à l'Artisanat;
la Direction du Travail, de l'Emploi et de la Formation
Professionnelle, le Conseil Régional (Direction de la Formation
Professionnelle) et la Chambre Régionale des Métiers (Centre
Régional de Promotion, actuellement Service Régional Emploi
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
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Formation).
"Le projet global s'étale sur une
période de trois années,
pendant laquelle 8 entreprises
formeront chacune une
personne à leur métier, avec
pour objectifs :
assurer le transfert des savoirfaire rares [et] assurer une
activité viable pour le stagiaire."
Le projet global s'étale sur une période de trois années, pendant
laquelle 8 entreprises formeront chacune une personne à leur
métier avec pour objectifs :
• assurer le transfert des savoir-faire rares (préservation du
patrimoine) ;
• assurer une activité viable pour le stagiaire : reprendre
l'entreprise, devenir salarié de l'entreprise, créer sa propre
entreprise.
Les métiers qui ont été retenus sont les suivants : Archetier,
Faïencier, Brodeur main, Tailleur d'essentes en châtaignier,
Restaurateur de maisons en terre, Bronzier d'art, Restaurateur en
horlogerie ancienne et Restaurateur de marqueterie Boulle. Une
petite parenthèse concernant le tailleur d'essentes en châtaignier :
il était le seul en Bretagne à exercer ce métier, et il est décédé très
peu de temps après avoir formé son successeur ; la transmission
s’est donc faite in extremis.
"Les professionnel Métiers
d'Art, reconnus officiellement
comme des formateurs,
bénéficient d'une
indemnisation, afin de couvrir le
manque à gagner pour
l'entreprise : temps passé, frais
de matériaux, d'outillage, etc.
Les stagiaires, quant à eux, sont
rémunérés par l’Etat ou le
Conseil Régional dans le cadre
d’une convention de stage la
première année, avant d’être
intégrés dans l’entreprise les
deuxième et troisième années."
Les professionnel Métiers d'Art, reconnus officiellement comme
des formateurs, bénéficient d'une indemnisation, afin de couvrir le
manque à gagner pour l'entreprise : temps passé, frais de
matériaux, d'outillage, etc. Les stagiaires, quant à eux, sont
rémunérés par l’Etat ou le Conseil Régional dans le cadre d’une
convention de stage la première année, avant d’être intégrés dans
l’entreprise les deuxième et troisième années.
Je vais maintenant vous présenter ma propre expérience.
La marqueterie Boulle est une technique mise au point par AndréCharles BOULLE à la fin du 17ème siècle, qui consiste à découper
en superposition deux éléments de placage, généralement de
l'écaille et du laiton, afin d'obtenir deux décors qui s'incrustent
parfaitement l'un dans l'autre : un élément clair incrusté dans un
foncé et le contraire (partie ou contre-partie).
Pendant dix années, je me suis consacré à la sauvegarde des
marqueteries de métal : recherche des techniques anciennes, mise
au point de techniques nouvelles, … J’étais quasiment le seul à
faire cette spécialité à temps complet et, de ce fait, à l’avoir bien
maîtrisée.
Face au développement croissant de l'activité en restauration de
marqueterie Boulle, au printemps 1996, j’entame une procédure
de recrutement d'un ébéniste restaurateur en marqueterie Boulle.
L'ANPE diffuse nationalement l'offre, trois personnes se
présentent, mais aucune ne correspond au profil.
Début 1997, informé par le Collectif Métiers d’Art Bretagne, je
propose ma candidature dans le cadre de la formation aux savoirfaire rares, la formation initiale étant inexistante. Le stagiaire est
recruté en août 1997.
La bourse accordée à l'entreprise a été un appui essentiel,
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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puisqu'elle a raisonnablement couvert le manque à gagner et a
surtout rendu compétente une personne en marqueterie Boulle
qui a été engagée en CDI à l'issu des trois ans de formation.
Le stagiaire, M MARSAUDON, originaire de la région de
Limoges, a suivi un apprentissage de menuisier et, pour des
raisons économiques, est devenu conducteur de pelle dans une
carrière. Au bout de quelques années, il abandonne son emploi et
revient à sa formation initiale : le travail du bois. Il suit une
formation à l'AFPA de Limoges, et effectue divers stages en
entreprise. Sa forte motivation lui permet d'intégrer la formation
aux savoir-faire rares.
Echelonnée sur plus de trois années, cette formation lui permettra
d’acquérir l'autonomie requise pour intégrer l'équipe de mon
atelier, sur un poste économiquement viable.
Les effets induits par la formation sont multiples :
"Les effets induits par la
formation sont multiples :
l'élève apporte des
modifications aux gestes qui
étaient jusque là propres au
maître (simplification et donc
amélioration de certaines
procédures de restauration) ;
réalisation du projet de
développement de l'entreprise,
l'élève est engagé en CDI ; prise
de conscience de la nécessité de
référencer les savoir-faire de
l'entreprise, de les transcrire
dans le but d'expliciter les
méthodes de travail et de
commercialiser le savoir-faire de
l'entreprise ; ouverture vers de
nouveaux marchés, adaptation
de la technique à la création
d'objets d'art."
• l'élève apporte des modifications aux gestes qui étaient jusque là
propres au maître (simplification et donc amélioration de
certaines procédures de restauration) ;
• réalisation du projet de développement de l'entreprise, l'élève est
engagé en CDI ;
• prise de conscience de la nécessité de référencer les savoir-faire
de l'entreprise, de les transcrire dans le but d'expliciter les
méthodes de travail et de commercialiser le savoir-faire de
l'entreprise ;
• ouverture vers de nouveaux marchés, adaptation de la technique
à la création d'objets d'art.
Aujourd’hui, j’accompagne M. MARSAUDON dans son projet
de création d’entreprise ; il devrait s'installer, au printemps
prochain, sur la commune de Peillac.
Jean-Bernard VIGHETTI
L’expérience "Transmission des Savoir-Faire Rares"a-t-elle été
renouvelée ?
Yannick CHESNAIS
Une fois seulement, et avec quelques soucis financiers, il me
semble, pour les maîtres. Je crois qu’ils n’ont pas reçu toutes les
aides prévues.
Jean-Bernard VIGHETTI
Cette politique n'est donc plus d'actualité ?
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Valérie GUICHON
Il y a une deuxième session de formation, toujours en cours
actuellement, bénéficiant à 7 professionnels bretons. Le projet,
qui a pu être maintenu afin d’arriver au terme de cette deuxième
session de formation, doit être suivi par la Chambre Régionale de
Métiers.
Jean-Bernard VIGHETTI
Tout à l'heure, vous parliez de 1 200, 1 300 entreprises. Bien
qu’elles ne soient pas toutes positionnées sur des savoir-faire aussi
pointus ou aussi rares, parvient-on, avec ces actions de
transmission, à couvrir toutes les activités menacées ?
Valérie GUICHON
Non. Cela s'avère être parfois difficile, pour certains
professionnels, ou pour d’anciens professionnels détenteurs de
ces savoir-faire, de transmettre tous ces secrets.
Yannick CHESNAIS
Je voudrais apporter un autre témoignage, concernant une
expérience mise en place par les professionnels eux-mêmes, les
ébénistes restaurateurs de France. Ceux-ci ont créé une
association qui s'appelle le Centre Européen pour la Restauration
de Mobilier. Cette association a pour but la valorisation au sens le
plus large du terme d'une nouvelle discipline : la conservation et la
restauration du mobilier comme élément du patrimoine culturel.
Elle se propose de mener toutes les actions qu'elle jugera utiles,
visant notamment :
• à la reconnaissance réelle de cette discipline (statuts, code
APE,…) ;
• à la formation et au perfectionnement, seuls et en partenariat
(formation continue, stages, séminaires, conférences, tables
rondes, …), de niveau universitaire, des professionnels
concourant à la conservation et à la restauration du mobilier, en
particulier pour l'acquisition des connaissances "scientifique,
historique, technologique, …" en relation avec les techniques
traditionnelles et les techniques innovantes ;
• à l'élaboration, l'harmonisation et le respect de concepts
philosophiques et de règles déontologiques dans les différents
pays européens ;
• au développement de la recherche scientifique, technique,
historique, culturelle, … concernant cette discipline ;
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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• à la diffusion des résultats des recherches définies ci-dessus par
tous les moyens jugés utiles (banque de données, cahiers
techniques, bulletin de liaison, …), ainsi que des informations
d'intérêt plus général auprès de ses adhérents et d'autres milieux
professionnels concernés indirectement par cette discipline,
chaque fois que possible en partenariat avec les organismes
existants ;
• à l'information et la sensibilisation à cette nouvelle discipline des
instances publiques et privées, nationales et européennes ;
• à la sensibilisation et à l'interactivité du grand public aux
problématiques de cette discipline.
Trois entreprises bretonnes adhèrent au CERM. Chaque année,
nous sollicitons la Chambre Régionale des Métiers via le Service
Régional Emploi Formation pour l'organisation d'un ou deux
stages de physique et de chimie appliquée à la restauration du
mobilier.
Ces stages sont ouverts à tous les professionnels bretons et à leurs
salariés, mais ne rencontrent pas un vif succès et sont souvent
annulés (dans le cadre du SREF, pour qu'un stage soit validé, il
faut qu'il y ait au minimum 8 participants). Pour animer ces
stages, nous nous allouons les services d'un chimiste passionné
par la conservation et la restauration des œuvres d'art. Les stages
sont basés sur une partie théorique et sur une partie pratique
représentée par des cas concrets apportés par les stagiaires. Les
stagiaires peuvent apporter les produits qu'ils veulent tester ou
apporter des produits dont ils ne connaissent pas la composition
et que nous essaierons d'identifier par des tests simples lors du
stage.
L'association organise, chaque année, "les journées
professionnelles de la restauration du mobilier". La première
journée est consacrée à des conférences débats sur des thèmes
aussi variés que :
• l’application du vide à la restauration du mobilier ;
• la régénération des colles anciennes ;
• l'imprégnation et la consolidation des bois vermoulus ;
• les infrarouges en conservation-restauration ;
• les assurances ;
• la formation des restaurateurs ;
• le devis et la facture ;
• le marché de l'art : rencontre avec un commissaire-priseur.
La deuxième journée est réservée à la vie de l'association. Toutes
ces expériences font l'objet d'une publication interne.
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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L’un des grands principes de l’association est la transparence ; il
s'agit là d'une attitude d'honnêteté intellectuelle, que se soit avec
soi-même, ou avec les autres membres du CERM, fondée sur
l'échange et le partage : recevoir, mais aussi savoir contribuer.
Jean-Bernard VIGHETTI
Nous avons bien avancé dans cette première table ronde. Y a-t-il
des questions dans la salle concernant la définition des Métiers
d'Art ? Souhaitez-vous avoir des compléments d'informations en
termes de statistiques ? M. RANNOU dispose d’indications sur
l'âge des professionnels concernés. Concernant les opérations qui
sont menées pour la sauvegarde des savoir-faire, avez-vous des
questions à poser ou des éléments complémentaires à demander ?
"M. MALLEJAC, spécialiste en
construction et réhabilitation
des maisons en terre qui
qualifient le pays de Rennes,
devait venir ce matin témoigner
de son action et de son
expérience, dans un domaine
qui apparaissait complètement
à l'abandon, et dont on ne
pensait pas qu’il puisse avoir un
avenir. Aujourd’hui, non
seulement il a pu développer
une activité professionnelle
dans le domaine de la
restauration du bâti en terre,
mais, de plus, il a adapté cette
technique ancienne à la
construction contemporaine. Il
est assez extraordinaire de
constater que certains métiers,
que l'on pensait voir disparaître,
retrouvent une actualité."
Je signale simplement que M. MALLEJAC, spécialiste en
construction et réhabilitation des maisons en terre qui qualifient le
pays de Rennes, devait venir ce matin témoigner de son action et
de son expérience, dans un domaine qui apparaissait
complètement à l'abandon, et dont on ne pensait pas qu’il puisse
avoir un avenir. Aujourd’hui, non seulement il a pu développer
une activité professionnelle dans le domaine de la restauration du
bâti en terre, mais, de plus, il a adapté cette technique ancienne à
la construction contemporaine. Il est assez extraordinaire de
constater que certains métiers, que l'on pensait voir disparaître,
retrouvent une actualité.
Martine DURAND-GASSELIN, Souffleuse de Verre
Bonjour. Puisque nous sommes dans les définitions M. CHESNAIS et Mme GUICHON ont évoqué le Collectif
Métiers d'Art Bretagne-, et afin de clarifier cette présentation,
pourrait-on en parler un peu plus avant, en le reliant au dossier
"Transmission des Savoir-Faire Rares" ?
Valérie GUICHON
L'action "Transmission des Savoir-Faire Rares", initiée par le
Ministère de la Culture et de la Communication, était coordonnée,
en Bretagne, par le Collectif Métiers d'Art Bretagne. Cette
association de professionnels avait été désignée, dès 1995, par la
Ministère en charge de l’Artisanat, pour gérer un programme de
développement des Métiers d'Art en Bretagne. En 1997, le
Ministère de la Culture et de la Communication lui donne
délégation pour mettre en place, à titre expérimental (sur le plan
national, avec deux autres régions), cette action de "Transmission
des Savoir-Faire Rares". Le collectif ayant été liquidé en janvier
dernier, cette action de transmission a heureusement été
maintenue par la Chambre Régionale des Métiers. Il y avait en
effet des stagiaires en formation dans les entreprises, apprenant
leurs métiers avec passion et conviction, tout en étant conscients
de ne pouvoir acquérir ailleurs ces précieux savoir-faire.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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"[Le Collectif Métiers d'Art
Bretagne] était porté par des
professionnels essayant de
résoudre les problèmes que
nous évoquions à l’instant. C'est
la disparition de cette structure
qui a fortement inquiété nos
réseaux de villes à cœurs
anciens. En effet, notre
interlocuteur et partenaire
privilégié dans le domaine des
Métiers d’Art ayant disparu, la
question du devenir de ces
filières professionnelles s’est
posée à nous."
Jean-Bernard VIGHETTI
La question de Mme DURAND-GASSELIN était la bienvenue,
puisqu'elle a permis d'évoquer la disparition de ce collectif unique
en son genre, en France. Il était porté par des professionnels
essayant de résoudre les problèmes que nous évoquions à
l’instant. C'est la disparition de cette structure qui a fortement
inquiété nos réseaux de villes à cœurs anciens. En effet, notre
interlocuteur et partenaire privilégié dans le domaine des Métiers
d’Art ayant disparu, la question du devenir de ces filières
professionnelles s’est posée à nous. Mme GUICHON ayant été la
dernière permanente du Collectif Métiers d'Art Bretagne, nous lui
avons demandé d'être là aujourd’hui et de mettre à notre
disposition ses compétences, afin d’apporter tous les éclairages
nécessaires à une bonne compréhension de la problématique
Métiers d'Art.
Valérie GUICHON
M. MALLEJAC est l’un des professionnels qui ont été retenus
comme maîtres pour cette première opération de "Transmission
des Savoir-Faire Rares". En effet, le nom même de son métier a
disparu de notre langage courant. Ces professionnels maçons,
utilisant comme matériau la terre, que l'on retrouve plus
particulièrement dans le bassin rennais, s'appelaient des
terrasseurs.
M. MALLEJAC a initialement suivi une formation de tailleur de
pierre. Originaire du Finistère, en venant dans le bassin rennais, il
a découvert ce matériau terre. Il s'y est très vite intéressé et a
découvert qu'il n'y avait plus d'entreprises dans ce domaine. Par
des rencontres, par le collectage de savoir-faire auprès d’anciens
professionnels, il a acquis, petit à petit, ce savoir-faire. Il existe
une autre entreprise spécialisée en maçonnerie terre dans le bassin
rennais, qui a également contribué au collectage de ce savoir-faire
et à sa renaissance, comme activité officielle, référencée au
répertoire des métiers et générant une activité économique.
Ce savoir-faire, n’étant référencé nulle part, n’est transmis dans
aucun centre de formation. Il relève d'une tradition orale. D'où
l'importance, pour M. MALLEJAC, de le transmettre, d'autant
plus que l'activité est en plein renouveau, en lien avec la
restauration du patrimoine et le développement d’une
construction contemporaine utilisant matériaux et savoir-faire
ancestraux.
Jean-Bernard VIGHETTI
Ainsi, certains métiers, que l’on pensait voir disparaître,
redeviennent stratégiques. La terre est aujourd’hui pleinement
reconnue, dans le domaine de l’habitat, pour ses nombreuses
vertus.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Nous allons terminer cette table ronde avec deux petites
communications, portant toutes les deux sur une autre manière
d’appréhender la pérennité des Métiers d’Art, par le biais de la
création.
Le développement des savoir-faire de création en relation avec des concepteurs
professionnels
Valérie GUICHON
"Pour renforcer le poids
économique des Métiers d'Art,
il leur faut passer par
l'intégration du marché […]
global, notamment par le biais
d’une coopération avec d’autres
acteurs de la société : avec les
collectivités locales […], avec
les professionnels du tourisme
[…], et avec les professionnels
de la conception, tels que
plasticiens, designers,
architectes,…"
"Les professionnels possèdent
ce savoir-faire d'excellence qui
confère un travail de la matière
tout à fait particulier, et les
concepteurs, eux, sont
spécialistes de la forme et des
concepts liés à la forme. Cette
complémentarité répond aux
attentes de notre société, à
savoir la création de produits à
forte valeur ajoutée sur le plan
culturel."
Le grand intérêt du collectif était de regrouper des professionnels
isolés, parfois seuls dans leur atelier, et de les amener à réfléchir
ensemble à la manière de mieux envisager leur avenir. Il est
certain que, pour renforcer le poids économique des Métiers
d'Art, il leur faut passer par l'intégration du marché au
raisonnement global, notamment par le biais d’une coopération
avec d’autres acteurs de la société :
• avec les collectivités locales (pour former l’association Accueil
Métiers d’Art Bretagne dont nous parlerons tout à l’heure),
• avec les professionnels du tourisme (notamment les hôteliers et
restaurateurs),
• et avec les professionnels de la conception, tels que plasticiens,
designers, architectes,…
En effet, les professionnels possèdent ce savoir-faire d'excellence
qui confère un travail de la matière tout à fait particulier, et les
concepteurs, eux, sont spécialistes de la forme et des concepts liés
à la forme. Cette complémentarité répond aux attentes de notre
société, à savoir la création de produits à forte valeur ajoutée sur
le plan culturel.
C’est dans ce sens que les professionnels Métiers d’Art ont
souhaité se rapprocher des professionnels de la conception, en
menant une action expérimentale qui a conduit à la création de
l’association Design Métiers d’Art Bretagne, en 2001, regroupant
les professionnels Métiers d’Art et les professionnels de la
conception.
Or, les relations entre ces deux secteurs professionnels de la
création d’objets ou d’environnements sont difficiles, du fait
principalement du manque de moyens financiers des ateliers ou
entreprises Métiers d’Art pour faire appel à l’expertise des
professionnels de la conception, et du fait du manque de moyens
des professionnels de la conception pour faire appel à l’expertise
des professionnels Métiers d’Art.
Les entreprises Métiers d’Art qui font appel à l’expertise de
concepteurs sont les entreprises ayant une capacité de production
suffisante, d’au moins dix salariés. La recherche en création
nécessite du temps et une expertise difficilement supportable
pour des petites structures ou difficilement finançable par les
concepteurs eux-mêmes.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Ainsi, les artistes plasticiens se tournent facilement vers les
centres nationaux de recherche (par exemple, celui sur le verre à
Marseille), car ces centres bénéficient de financements publics au
titre de la recherche, qui permettent la réalisation d’œuvres à
moindre frais.
Cela se traduit également par un appauvrissement, sur le marché,
des propositions de création d’objet de caractère et de qualité.
Or, il y a très certainement un intérêt au rapprochement entre ces
deux secteurs d’activités, compte tenu de la richesse des savoirfaire et la qualité des compétences mutuelles.
"Un des moyens de faire face
aux difficultés économiques qui
rendent difficiles les relations
entre ces secteurs, […] serait de
rendre accessible le marché de
la commande publique aux
professionnels Métiers d’Art,
[et] de développer, dans le
cadre de la commande publique
et du 1% à la création,
l’intégration du savoir-faire des
professionnels Métiers d’Art,
sous la forme […] d’œuvres de
collaboration."
Un des moyens de faire face aux difficultés économiques qui
rendent difficiles les relations entre ces secteurs, tout en
participant au développement des savoir-faire et de la recherche
artistique, et en contribuant à la valorisation des savoir-faire des
Métiers d’Art, serait :
• de rendre accessible le marché de la commande publique aux
professionnels Métiers d’Art ;
• de développer, dans le cadre de la commande publique et du 1%
à la création, l’intégration du savoir-faire des professionnels
Métiers d’Art, sous la forme de prestations pour la réalisation ou
l’expertise de concepts, ou sous la forme d’œuvres de
collaboration (co-signature Métiers d’Art / concepteur)
conformément aux droits d’auteurs en vigueur actuellement.
Jean-Bernard VIGHETTI
En définitive, ce sont les professionnels Métiers d’Art qui
incarnent le concept ?
Valérie GUICHON
Tout à fait. Concernant les œuvres de collaboration co-signées,
nous avons l’exemple d’une tapisserie acquise par la Mairie de
Gijón, en Espagne : le carton est signé par l'artiste, et la tapisserie
par le professionnel. La qualité du produit fini découle, bien
évidemment, de la qualité de l'artiste concepteur, mais également
de la qualité du savoir-faire employé à sa réalisation.
Jean-Bernard VIGHETTI
Pour les collectivités membres de l’Union des Villes d’Art et
d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne, c’est une
proposition de voies dans lesquelles elles peuvent s’engager pour
apporter leur soutien aux professionnels des Métiers d’Art.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Marie-Paule POSTEC
L'intervention de Mme GUICHON est une excellente
introduction au témoignage que M. CHIRON, Président
Directeur Général des Faïenceries HB-HENRIOT, va nous
apporter.
Jean-Bernard VIGHETTI
Juste une petite information auparavant. Nous avons démarré
tardivement ; je propose donc que les deux tables rondes
suivantes soient regroupées, d'autant plus que M. NEVANNEN
ne pourra être présent aujourd’hui.
Les faïenceries de Quimper : le lien entre Industrie, Métiers d'Art et Création
Pierre CHIRON, Président Directeur Général des Faïenceries HB Henriot
"L'histoire de la faïencerie HBHENRIOT correspond
pleinement à l'intervention que
vous venez de faire : toutes nos
œuvres d'artistes sont cosignées."
L'histoire de la faïencerie HB-HENRIOT correspond pleinement
à l'intervention que vous venez de faire : toutes nos œuvres
d'artistes sont co-signées. Nous venons de rééditer une bigoudène
créée en 1940 par Robert MICHEAU-VERNEZ, et nous avons
travaillé avec son fils, Mikaël MICHEAU-VERNEZ, afin de
garantir un respect complet de son œuvre, aussi bien au niveau de
la forme de la sculpture, qu'au niveau des couleurs et des
broderies représentées. La pièce est co-signée, et nous indiquons
qu’il s’agit d’une réédition, pour ne pas tromper l'acquéreur de
l’œuvre. L’œuvre va être limitée à 204 exemplaires, correspondant
à l’année 2004, afin que les futurs acquéreurs puissent faire le
rapprochement.
"Nous faisons en effet appel à
des créations, que ce soient
celles d’artistes extérieurs,
comme à celles d’artistes
intérieurs : la créativité doit être
permanente dans l'entreprise,
même si les questions de
rentabilité économique sont
parfois primordiales. Une œuvre
doit en effet pouvoir être
vendue, car nos salariés ne
peuvent se nourrir de faïence,
même si certains artistes ont pu
parfois se nourrir de leurs toiles
par le passé…"
Nous faisons en effet appel à des créations, que ce soient celles
d’artistes extérieurs, comme à celles d’artistes intérieurs : la
créativité doit être permanente dans l'entreprise, même si les
questions de rentabilité économique sont parfois primordiales.
Une œuvre doit en effet pouvoir être vendue, car nos salariés ne
peuvent se nourrir de faïence, même si certains artistes ont pu
parfois se nourrir de leurs toiles par le passé…
Revenons-en au lien entre industrie, Métiers d'Art et création.
Vous venez de nous donner, même si cela n’est pas évident, une
définition des Métiers d'Art. Je vous donnerai celle du mot
industrie.
Le terme industrie est ancien et nous vient du latin Industria,
signifiant activité. Les différentes définitions trouvées dans le
dictionnaire sont assez significatives, à savoir :
• ensemble des efforts de l'homme pour utiliser ses facultés ;
• ensemble des arts, des métiers, qui mettent en œuvre les
matières premières pour les adapter aux besoins de l'homme ;
• habileté, savoir-faire, art.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Nous voyons là, dans ces différentes définitions, la place de
l'homme dans sa recherche de faire mieux, mais avec ses propres
mains.
"Aujourd'hui, le terme industrie
recouvre plutôt une activité
mécanisée, voire automatisée, et
nous associons facilement
industrie et modernité :
industrie moderne.
Pour la Faïencerie HBHENRIOT, on emploie plus
logiquement le terme
manufacture : faire à la main,
mais faire en série ; nous
regroupons plusieurs dizaines
de travailleurs salariés, qui
possèdent chacun la
connaissance de Métiers d'Art."
"Deux possibilités s'offrent […]
à la manufacture :
modernisation de l'outil de
production par mécanisation et
automatisation, […] passage à
la porcelaine ; [ou] ancrage
dans l'art et la créativité
artistique pour la sauvegarde
des Métiers traditionnels d'Art,
où le fait main donne tout son
sens à l'œuvre."
Aujourd'hui, le terme industrie recouvre plutôt une activité
mécanisée, voire automatisée, et nous associons facilement
industrie et modernité : industrie moderne.
Pour la Faïencerie HB-HENRIOT, on emploie plus logiquement
le terme manufacture : faire à la main, mais faire en série ; nous
regroupons plusieurs dizaines de travailleurs salariés, qui
possèdent chacun la connaissance de Métiers d'Art. Nous
trouvons chez HB-HENRIOT des tourneurs, calibreurs,
couleurs, mouleurs, peinteurs … Chacun de ces métiers nécessite
une formation longue, plusieurs années pour les peinteurs, et qui
pourrait s'acquérir en faisant son Tour de France comme les
compagnons du même nom.
La différence entre manufacture et artisan Métiers d'Art est liée à
la dimension. La production d'objets utilitaires dans l'art de la
table, voire des pipes en terre pour les marins, soldats … a été
remplacée par une production plus décorative, parce que d'autres
produits sont venus concurrencer la faïence, en particulier la
porcelaine.
Deux possibilités s'offrent alors à la manufacture :
• modernisation de l'outil de production par mécanisation et
automatisation. Changement de produit : passage à la
porcelaine.
• ancrage dans l'art et la créativité artistique pour la sauvegarde
des Métiers traditionnels d'Art, où le fait main donne tout son
sens à l'œuvre.
Avec Alfred BEAU à la fin du 19ème siècle, la faïence devient un
support original, offrant des contraintes nouvelles de réalisation,
mais apportant aussi une puissance du rendu très spécifique à la
matière utilisée.
Dans les années 1920 - 1940, les Faïenceries de Quimper
collaborent avec de nombreux artistes reconnus ou en devenir,
tant pour les formes (sculpture) que pour les décors.
Comme dans beaucoup de cas, la créativité n'était pas toujours
reconnue et les œuvres ne se vendaient pas nécessairement. Mais
aujourd'hui, dans les salles de vente, toute cette production est
recherchée. Les prix atteignent des sommets et symbolisent la
reconnaissance, entre autres, du travail accompli et du statut
d'œuvre artistique.
Pour la Faïence de Quimper, et particulièrement pour la
Faïencerie HB-HENRIOT, le lien est unique, historique et naturel
entre manufacture, Métiers d'Art et création.
Nous proclamons que notre devoir, mais également notre survie,
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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"Nous proclamons que notre
devoir, mais également notre
survie, sont dans la sauvegarde
de nos Métiers d'Art. Chaque
œuvre produite dans nos ateliers
doit être reconnue comme
unique, dans le respect de la
tradition d'un savoir-faire
inégalé, et dans le respect des
œuvres originales des artistes
créateurs."
sont dans la sauvegarde de nos Métiers d'Art. Chaque œuvre
produite dans nos ateliers doit être reconnue comme unique, dans
le respect de la tradition d'un savoir-faire inégalé, et dans le
respect des œuvres originales des artistes créateurs.
Jean-Bernard VIGHETTI
C'est une belle conclusion à cette première table ronde. Vous
nous avez montré comment, de façon très concrète, il était
possible de valoriser une filière Métiers d'Art, en en conservant
l'esprit, tout en prenant une dimension d'entreprise ou de
manufacture.
Je vais demander à M. BRUMEAUX, Animateur du Patrimoine
de la Ville de Quimper, Mme GATEL, Maire de Châteaugiron,
M. TOUCHARD, Architecte, Mme GUICHON, M. LE
MOUER, Maire de Pontrieux, et à M. AUFFRET, Conseiller
Municipal de Saint-Malo, de bien vouloir se préparer pour la
deuxième table ronde.
Nous allons commencer par les actions de sensibilisation et de
valorisation des Métiers d'Art. Tout à l'heure, Mme GUICHON a
évoqué le rôle joué par les professionnels des Métiers d'Art dans
différents domaines. Elle a également abordé la question du
risque de disparition de ces savoir-faire, pour des raisons, entre
autres, économiques. Cependant, et cela semble paradoxal, au
moment où ces métiers risquent de disparaître, les villes, en
Bretagne, prennent conscience de l'importance que revêt le
patrimoine. Dans les années 1950 - 1960, nous avons beaucoup
détruit dans nos cœurs de villes, ainsi que nous l’avait montré
M. LELOUP, lors de la première Journée Thématique sur
l’Architecture en Pans de Bois, en février 2004. Aussi, du fait de
cette prise de conscience de la qualité des monuments et de
l’habitat urbains, il s’avère nécessaire de disposer de restaurateurs
spécialisés. Il faut également trouver de nouveaux usages à ce
patrimoine, dans le domaine de l'artisanat, du commerce, etc.…
Cela impliquerait que l'on ait recours à d'autres savoir-faire pour
valoriser ce patrimoine. Par ailleurs, en dépit des actions de
formation que l'on mène autour du patrimoine depuis quelques
années, les jeunes générations peuvent très bien, dans dix, quinze
ou vingt ans, considérer que ce patrimoine est obsolète.
"L'économie du temps libre est
aujourd’hui très importante,
même si nous l’avons souvent
reléguée au second plan en
Europe. En Bretagne, pendant
longtemps, on a réduit le
tourisme à un tourisme
balnéaire, et nous nous rendons
compte, maintenant, que seul le
développement d’un tourisme
identitaire et culturel, mettant
en avant nos savoir-faire et nos
Aujourd'hui, le tourisme se développe à travers le monde. On
parle du futur marché chinois, dans le domaine du tourisme,
comme on parle de l'industrie chinoise. Il faut peut-être penser le
tourisme en fonction de ce marché et de tous ceux qui peuvent
être amenés à se développer.
L'économie du temps libre est aujourd’hui très importante, même
si nous l’avons souvent reléguée au second plan en Europe. En
Bretagne, pendant longtemps, on a réduit le tourisme à un
tourisme balnéaire, et nous nous rendons compte, maintenant,
que seul le développement d’un tourisme identitaire et culturel,
mettant en avant nos savoir-faire et nos talents nous permettra de
résister aux destinations du soleil.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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talents nous permettra de
résister aux destinations du
soleil.
Au travers de cette dynamique
touristique, de ce tourisme
repensé en Bretagne, les
Métiers d'Art vont devenir
centraux. Il serait alors
regrettable de les laisser
disparaître."
Au travers de cette dynamique touristique, de ce tourisme repensé
en Bretagne, les Métiers d'Art vont devenir centraux. Il serait alors
regrettable de les laisser disparaître.
Dans un premier temps, nous allons donc évoquer les actions de
sensibilisation du patrimoine menées auprès des jeunes. Je laisse à
M. BRUMEAUX le soin de présenter les expériences menées à
Quimper, qui sont l'expression de ce qui se fait dans d'autres villes
labellisées Villes d'Art et d'Histoire.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
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Quimper – 20 octobre 2004
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II – LES SAVOIR-FAIRE, SENSIBILISATION ET VALORISATION
Ateliers pédagogiques et démonstration de savoir-faire : quelques expériences
quimpéroises
Jean-Philippe BRUMEAUX, Animateur du Patrimoine de Quimper
"La question préalable est de
savoir quelle est notre mission,
dans cette transmission des
savoir-faire ? […]
Nécessairement, nous avons été
amenés à parler,
indépendamment de notion de
patrimoine dans son ensemble,
de l'action des restaurateurs, et
de la manière dont les travaux
avaient été entrepris. Ce sont
des sujets régulièrement
abordés dans le cadre des visites
conférences que nous
organisons toute l'année à
Quimper."
Les expériences que je vais vous présenter n'ont rien d'exemplaire,
vous les retrouverez dans la plupart des Villes d'Art et d'Histoire.
La question préalable est de savoir quelle est notre mission, dans
cette transmission des savoir-faire ? Dès que l'on aborde le
problème de la découverte du patrimoine d'une ville, nous
sommes très vite confrontés à la description d'un vitrail, par
exemple. Il y a quelques années, la Direction Régionale des
Affaires Culturelles de Bretagne a chargé mon service d’organiser
des visites de la Cathédrale, au moment de sa réouverture, après
les travaux. Nécessairement, nous avons été amenés à parler,
indépendamment de notion de patrimoine dans son ensemble, de
l'action des restaurateurs, et de la manière dont les travaux avaient
été entrepris. Ce sont des sujets régulièrement abordés dans le
cadre des visites conférences que nous organisons toute l'année à
Quimper.
Un aspect plus spécifique de cette sensibilisation est le travail que
nous entreprenons avec les enfants. Nous abordons également le
sujet de manière habituelle, puisque, à titre d’exemple, dans le
cadre des visites du Musée Départemental Breton,
M. LE BOEDEC, Guide Conférencier à Quimper, en présentant
les objets, parle systématiquement de la manière dont ils ont été
restaurés.
Pour en arriver à l’aspect concret de ce travail avec les enfants, je
tenais à rappeler une expérience qui a été menée dans le Finistère,
il y a maintenant malheureusement une dizaine d'années, et qui a
dû être arrêtée, probablement faute de moyens. En 1991,
l'Education Nationale, puis le Ministère de l'Artisanat et du
Commerce, ont mis en place un système de sensibilisation aux
Métiers d'Art à destination des scolaires. Nous avons organisé,
pendant cinq ans, des classes de sensibilisation aux Métiers d'Art
et des ateliers de sensibilisation aux Métiers d'Art.
Les objectifs du dispositif étaient les suivants :
• replacer le métier de l'artisan, dans son contexte historique et
local, et dans son actualité contemporaine ;
• utiliser les perceptions sensorielles des enfants dans leur
découverte : matériaux, procédés, outils… ;
• s'approprier les diverses étapes de la création et les contraintes
inhérentes aux Métiers d'Art.
"Nous avons organisé des
classes autour de la faïence et
du vitrail. […] Ces classes
comportaient, en sus de l’aspect
théorique, un aspect très
Nous avons organisé des classes autour de la faïence et du vitrail.
Le principe de ces classes était celui des classes de découverte :
des classes de l'extérieur venaient pendant une semaine, pour
aborder les aspects cités précédemment. Un partenariat avait été
mis en place avec les Faïenceries, et M. ROBERT pour le vitrail.
Nous avons fait des visites de musées pour l’aspect historique,
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concret, une véritable
découverte de la maîtrise des
matériaux, ainsi qu’une
démarche de création."
ainsi que des visites de terrain. La majeure partie du travail
consistait à aller dans les ateliers, que ce soit dans les Faïenceries
de Quimper ou dans l'atelier du maître verrier, puis de terminer la
classe par une réalisation que chaque enfant emmenait chez lui.
Ainsi, ces classes comportaient, en sus de l’aspect théorique, un
aspect très concret, une véritable découverte de la maîtrise des
matériaux, ainsi qu’une démarche de création.
De la même manière, huit ateliers ont eu lieu en Finistère, entre
1993 et 1995. Ces ateliers, portant également sur la faïence, le
vitrail et la broderie, s'adressaient plutôt à des enfants d'origine
locale.
Ces ateliers s’organisaient en douze séances d'une demi-journée,
pris sur les temps scolaires. Une partie de ces temps était
consacrée à la théorie, comportant des visites thématiques et
historiques, l’autre partie étant consacrée à un travail de création
en atelier, ce qui permettait un va-et-vient permanent entre la
maîtrise technique et la réflexion. En douze séances, nous
arrivions à un réel échange, à un vrai travail de sensibilisation. En
temps ordinaire, quand nous voulons faire un travail sur le vitrail
avec les enfants, nous le faisons sur du papier rhodoïd, et pour la
sculpture, c'est de la pâte à modeler. Ainsi, même en étant le plus
imaginatif possible, on reste un peu au ras du sol. Dès qu'on
apporte un petit plus dans le domaine de la création, intellectuelle
ou manuelle, grâce à un intervenant, qu’il soit plasticien ou
professionnel Métier d’Art, on va évidemment beaucoup plus
"La plupart des enfants, au bout loin.
des douze séances, voulaient
tous devenir maître-verrier.
Même si cela ne se fera pas
forcément, je pense que c'est
uniquement par ce type de
sensibilisation qu'on sortira
d'une sorte de ghetto, véritable
handicap majeur de notre
société, né d’une valorisation
systématique du travail
intellectuel par rapport au
travail manuel."
"En effet, il y a cent ans, le
problème de l'Education
Nationale était d’amener les
jeunes français, pour l’essentiel
des ruraux, du manuel vers le
conceptuel. Aujourd’hui, c’est la
problématique inverse qui se
pose […]. Dans ce domaine, les
professionnels des Métiers d'Art
peuvent jouer un rôle
fondamental en étant des
passeurs. Encore faut-il qu'on
les soutienne financièrement
Pour terminer, il faut rappeler que ces classes étaient financées par
l'Education Nationale, la Ville de Quimper et le Ministère de
l'Artisanat et du Commerce, chaque classe coûtant à peu près
20 000 Francs à l'époque. Le coût n’en était finalement pas
exorbitant, et les expériences menées à cette époque-là nous ont
montré que la plupart des enfants, au bout des douze séances,
voulaient tous devenir maître-verrier. Même si cela ne se fera pas
forcément, je pense que c'est uniquement par ce type de
sensibilisation qu'on sortira d'une sorte de ghetto, véritable
handicap majeur de notre société, né d’une valorisation
systématique du travail intellectuel par rapport au travail manuel.
Jean-Bernard VIGHETTI
En effet, il y a cent ans, le problème de l'Education Nationale
était d’amener les jeunes français, pour l’essentiel des ruraux, du
manuel vers le conceptuel. Aujourd’hui, c’est la problématique
inverse qui se pose, compte tenu de la prégnance du virtuel et de
la nature de l’enseignement. Comment permettre aux jeunes de
s'approprier l’espace dans lequel ils vivent, et comment leur faire
découvrir les savoir-faire, et plus particulièrement les savoir-faire
rares. Dans ce domaine, les professionnels des Métiers d'Art
peuvent jouer un rôle fondamental en étant des passeurs. Encore
faut-il qu'on les soutienne financièrement pour cela. De la même
façon, dans le domaine du tourisme, ils peuvent jouer un rôle
important, sans pour autant en faire des bêtes de cirque. Il faut,
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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pour cela."
pour cela, trouver des lieux de médiation. Les représentants de
Rennes pourraient peut-être nous parler de l'expérience menée
avec M. CREZE, Ferronnier d’Art et compagnon du devoir, sur
le "Métier d'Art citoyen".
Gilles BROHAN, Animateur de l'Architecture et du
Patrimoine de Rennes Métropole
Le Service Animation du Patrimoine de Rennes, depuis 1990, a
mis en place un partenariat avec des artisans, et notamment les
artisans locaux de la Confédération de l’Artisanat et des Petites
Entreprises du Bâtiment, comprenant onze à treize chefs
d'entreprises.
Parmi ces artisans, nous travaillons depuis plus de quinze ans avec
M. CREZE, Ferronnier d'Art et Métallier, installé à Saint-Jacquesde-la-Lande. L'objectif est d'immerger les enfants ou les
adolescents dans un patrimoine. En allant visiter son entreprise, il
fait part au public de son savoir-faire, et on peut le voir travailler à
l'œuvre.
"Nous avons eu […] des classes
dites "difficiles", qui ont été
littéralement subjuguées par ce
qu'ils ont vu. M. CREZE
[Ferronnier d'Art] leur a parlé
de manière très concrète de son
parcours personnel, et leur a
montré qu'on peut partir avec
des difficultés et réussir au
travers d’un travail manuel. Il
leur a expliqué, avec son francparler, que certains cols blancs
gagnaient beaucoup moins
d'argent que lui et certains de
ses ouvriers. C'était une
manière très directe de dire à
ces jeunes adolescents qu’en
réalité, il n'y avait pas de
dévalorisation du travail manuel
et que, au contraire, ils
pouvaient y trouver leur voie."
Nous avons eu, à plusieurs occasions, des classes dites "difficiles",
qui ont été littéralement subjuguées par ce qu'ils ont vu.
M. CREZE leur a parlé de manière très concrète de son parcours
personnel, et leur a montré qu'on peut partir avec des difficultés
et réussir au travers d’un travail manuel. Il leur a expliqué, avec
son franc-parler, que certains cols blancs gagnaient beaucoup
moins d'argent que lui et certains de ses ouvriers. C'était une
manière très directe de dire à ces jeunes adolescents qu’en réalité,
il n'y avait pas de dévalorisation du travail manuel et que, au
contraire, ils pouvaient y trouver leur voie.
Tout cela était lié à des visites en centre ville, afin de voir sur le
terrain les réalisations que M. CREZE ou d'autres entreprises
artisanales avaient pu mener. Ces enfants, vivant dans des
quartiers à l'extérieur du centre ville, avaient le sentiment que
deux villes coexistaient. Ces visites leur ont permis de
comprendre qu'ils vivaient dans la même ville, et qu’ils pouvaient
retrouver certains des éléments restaurés, sous une autre forme,
en périphérie.
Nous avons également mis en place des conférences dans la
chapelle Saint-Yves, en faisant appel à différents artisans. A titre
d’exemple, M. EVELLIN est intervenu sur l’Orfèvrerie, et
M. PANHALEUX sur les appareillages. Différents artisans sont
venus présenter leurs savoir-faire, afin de mieux les faire
connaître. En définitive, il est primordial de ne pas cantonner le
patrimoine aux réalisations, qu'elles soient d'ordre architectural,
paysager ou mobilier. Il faut prendre en compte les savoir-faire,
ainsi que les hommes et les femmes qui les transmettent et qui,
par là même, sont les garants de ce patrimoine.
"Sur le plan de l’image de la
France, ces savoir-faire sont
reconnus à l’étranger, parfois
mieux qu’en France même. Par
exemple, nous avons reçu un
Sur le plan de l’image de la France, ces savoir-faire sont reconnus
diplôme d’honneur du Japon
à l’étranger, parfois mieux qu’en France même. Par exemple, nous
pour ces actions de valorisation avons reçu un diplôme d’honneur du Japon pour ces actions de
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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des savoir-faire."
valorisation des savoir-faire.
Jean-Bernard VIGHETTI
Ce témoignage complète parfaitement celui de M. BRUMEAUX.
Maintenant, va nous être présentée une autre forme de
valorisation des Métiers d'Art, menée par la Ville de Châteaugiron.
C'est une initiative communale, et il est vrai que, quelques fois, les
villes ont oublié qu'elles pouvaient jouer un rôle important dans la
stimulation de l’activité des professionnels des Métiers d'Art,
notamment par la commande publique.
La valorisation des savoir-faire : le salon de création d'art "Pièces uniques" de
Châteaugiron
Françoise GATEL, Maire de Châteaugiron
Bonjour à tous. Sans abuser de mon temps de parole, je voudrais
remercier M. BENOIT et M. VIGHETTI, l'équipe organisatrice
de cette journée, parce que je crois que toutes nos villes sont
concernées par la sauvegarde des Métiers d'Art.
"La sauvegarde des Métiers
d'Art est un défi et une urgence
pour deux raisons : garantir les
possibilités de restauration de
nos villes ; sauvegarder un
savoir-faire exceptionnel qui est
en lui-même un patrimoine."
La sauvegarde des Métiers d'Art est un défi et une urgence pour
deux raisons :
• garantir les possibilités de restauration de nos villes ;
• sauvegarder un savoir-faire exceptionnel qui est en lui-même un
patrimoine.
Le salon des Créateurs d'Art a été organisé à Châteaugiron pour la
première fois en mai 2004. Il a été la première concrétisation de la
réflexion conduite par la Ville sur son positionnement touristique,
réflexion intégrée dans le projet du Pays de Rennes qui affiche le
développement touristique comme une priorité.
Située à quinze kilomètres de Rennes, forte de la richesse de son
patrimoine architectural, Châteaugiron a défini son projet
touristique autour de la thématique de l'Art et une cible de
clientèle de proximité.
"Le premier Salon des
Créateurs d'Art, né de la
rencontre de la Ville […] et d'un
professionnel domicilié à
Châteaugiron, a réuni sur un
week-end dix-huit artisans d'art,
venus majoritairement de la
région Grand Ouest, mais aussi
de toute le France."
Le premier Salon des Créateurs d'Art, né de la rencontre de la
Ville, et plus particulièrement de M. OLLIVIER, Adjoint à la
Culture, et d'un professionnel domicilié à Châteaugiron, a réuni
sur un week-end dix-huit artisans d'art, venus majoritairement de
la région Grand Ouest, mais aussi de toute le France. Parmi ces
professionnels Métiers d’Art, on peut citer la présence de
créateurs de bijoux, de créateurs de mobiliers contemporains et
d'objets utilitaires ou décoratifs -relevant du concept du chef
d’œuvre-, de céramistes et de modistes.
Ce salon, qui était une première, n'avait fait l'objet d'aucune
détermination en termes d'objectifs économiques, mais a donné
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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des résultats très positifs, qui nous permettent de préparer la
seconde édition et d'envisager sa pérennisation. Les
professionnels ont réalisé d’excellentes ventes, si bien qu’ils se
proposent déjà pour participer à la seconde édition de la
manifestation.
"Le salon a été un succès grâce
à […] un partenariat réussi
entre la Ville, qui a mis à
disposition des moyens
techniques, un lieu prestigieux,
un soutien financier, [et] une
association, avec un chef de file
qui bénéficiait d'un carnet
d'adresses et de la
reconnaissance de ses pairs."
Le salon a été un succès grâce à deux facteurs :
• un partenariat réussi entre la Ville qui a mis à disposition des
moyens techniques, un lieu prestigieux, un soutien financier ;
• une association avec un chef de file qui bénéficiait d'un carnet
d'adresses et de la reconnaissance de ses pairs.
Pour Châteaugiron, la réussite de ce salon conforte notre volonté
de développer la thématique de l'Art. Trois actions sont d'ores et
déjà envisagées :
• pérennisation du Salon des Pièces Uniques ;
• accueil d'artisanat sur la commune pour consolider et asseoir
notre projet ;
• création d'ateliers du patrimoine en partenariat avec les Métiers
d’Art ; pour cette raison, les expériences de Rennes et de
Quimper nous intéressent beaucoup.
"Je suis convaincue que la
valorisation et la pérennité des
Métiers d'Art passent par une
volonté politique clairement
affirmée, et un engagement fort
des différents partenaires. […]
Pour mobiliser ces acteurs,
l'Union des Villes d'Art et
d'Histoire et des Villes
Historiques, ainsi que
l’Association des Petites Cités
de Caractère de Bretagne,
peuvent être les instruments qui
aiguillonneront et stimuleront
tous les acteurs, pour que nos
discours se transforment en
actions."
Plus largement, une ville ne peut à elle seule concrétiser l'ambition
qu'elle peut avoir dans ce domaine. C'est pourquoi, tout à l'heure,
je saluais l'initiative qui a été prise par M. BENOIT et
M. VIGHETTI, parce que je suis convaincue que la valorisation
et la pérennité des Métiers d'Art passent par une volonté politique
clairement affirmée, et un engagement fort des différents
partenaires :
• les artisans eux-mêmes ;
• les Villes, par l’accueil et la proposition d’un immobilier
accessible financièrement ;
• les collectivités comme le Conseil Régional qui a compétence en
matière de formation et d'activité économique.
Pour mobiliser ces acteurs, l'Union des Villes d'Art et d'Histoire
et des Villes Historiques, ainsi que l’Association des Petites Cités
de Caractère de Bretagne, peuvent être les instruments qui
aiguillonneront et stimuleront tous les acteurs, pour que nos
discours se transforment en actions.
Jean-Bernard VIGHETTI
Vous venez d’exposer certains éléments essentiels, notamment en
ce qui concerne le soutien à l’implantation des Métiers d’Art dans
nos cités, dans de bonnes conditions. Depuis plusieurs années,
nous assistons à une délocalisation des savoir-faire, de nos villes
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
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vers des lieux où l’immobilier est moins cher. Il est donc impératif
de mettre en œuvre une véritable politique volontariste pour
l'accueil des Métiers d'Art, dans le cœur de nos cités.
Avant de passer à cette question de l’accueil, nous allons revenir à
l’une des raisons d’être des Métiers d’Art : la restauration du
patrimoine. Au-delà de ce qui a déjà été évoqué, la restauration du
patrimoine représente un formidable gisement, sur le plan
économique. Il a longtemps été délaissé, par méconnaissance ou
par manque de moyens.
Depuis, de nombreuses initiatives ont été engagées, par des
collectivités, comme les Petites Cités de Caractère et les
Communes du Patrimoine Rural, et même par l'Agence Nationale
pour l’Amélioration de l’Habitat (ANAH), qui ont su appréhender
des enjeux patrimoniaux forts dans les politiques de logement.
Ainsi, la réhabilitation de logements à loyers modérés dans du bâti
ancien, a favorisé, à terme, l’insertion de populations modestes ou
jeunes dans le tissu urbain, tout en permettant la sauvegarde
d’immeubles d’intérêt patrimonial.
M. TOUCHARD, en qualité d’Architecte, va pouvoir nous
expliquer comment il voit le rôle des Métiers d'Art dans la
restauration du patrimoine, et quelles actions il a pu engager dans
ce domaine. Il y a dix ou quinze ans, se posait le problème des
débouchés, qui nous interdisait d’encourager l’orientation des
professionnels du bâtiment vers les Métiers d’Art liés à la
restauration du patrimoine. Aujourd’hui le contexte a changé.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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III – METIERS D'ART ET DEVELOPPEMENT LOCAL
L'emploi des Métiers d'Art (restaurateurs et créateurs) dans la restauration du
patrimoine
Johann TOUCHARD, Architecte
Nous voyons de plus en plus d'édifices en restauration, dans les
centres villes, mais également en campagne.
Concernant la question de l'emploi des Métiers d'Art dans la
restauration du patrimoine, nous allons la traiter en fonction des
deux catégories de professionnels Métiers d’Art auxquels nous
faisons appel : les restaurateurs et les créateurs. Il existe
évidemment une différence entre ces deux activités, et les Métiers
d'Art peuvent tout à fait intervenir dans les deux domaines.
"En ce qui concerne la
restauration, […] il s'agit […]
de redonner à un meuble ou à
un immeuble toutes ses
dispositions d'origine. […] On
procède à des investigations
quasi scientifiques avant
d'intervenir sur l'objet.
Pourquoi ? Parce qu'il est tout
simplement irremplaçable […].
Si l'intervention est de mauvaise
qualité, c'est l'immeuble ou
l'objet qui est dénaturé.
Dans le domaine de la création,
il s'agit d'une création qui va
pouvoir prendre de la valeur, de
manière immédiate ou
progressive, avec le temps."
"Pour chacun de ces métiers, il
faut une pratique, un savoirfaire technique. Ce savoir-faire,
dans le domaine de la
restauration, il est nécessaire, il
est indispensable, mais il n'est
pas suffisant. La personne […]
devra en même temps […]
maîtriser certaines
connaissances historiques."
"La création a tout à fait sa
place dans le cadre des
Monuments Historiques. Ce
En ce qui concerne la restauration, l’objectif est différent,
puisqu'il s'agit, dans ce cas-là, de redonner à un meuble ou à un
immeuble toutes ses dispositions d'origine. Pour cela, une
démarche bien particulière de connaissance de cet objet est
nécessaire. On procède à des investigations quasi scientifiques
avant d'intervenir sur l'objet. Pourquoi ? Parce qu'il est tout
simplement irremplaçable, c'est une pièce unique. Si l'intervention
est de mauvaise qualité, c'est l'immeuble ou l'objet qui est
dénaturé.
Dans le domaine de la création, il s'agit d'une création qui va
pouvoir prendre de la valeur, de manière immédiate ou
progressive, avec le temps. Dans le domaine du bâtiment, on fait
appel à de nombreux métiers, quelle que soit la construction :
sculpteurs sur bois, sur pierre, ferronniers, peintres, décorateurs,
menuisiers, charpentiers, couvreurs, maçons, tailleurs de pierre,
appareilleurs,…
Pour chacun de ces métiers, il faut une pratique, un savoir-faire
technique. Ce savoir-faire, dans le domaine de la restauration, il
est nécessaire, il est indispensable, mais il n'est pas suffisant. La
personne disposant de ce savoir-faire devra en même temps
s'intéresser à l'objet qu'il va devoir restaurer et, pour cela,
maîtriser certaines connaissances historiques. Pour obtenir un
résultat de qualité, il faut que l'artisan puisse prendre part
pleinement à ce projet, en disposant de ces connaissances
historiques. Sur les chantiers, nous sommes souvent confrontés à
ce genre de difficultés : on peut avoir un professionnel de très
grande qualité qui ne saura pas apporter la bonne réponse lors de
la restauration de l’objet.
Je vais vous projeter quelques diapositives présentant des cas
concrets, en matière de restauration et de création.
• La Chapelle Saint-Maudé à la Croix-Hélléan, un édifice du 15ème
siècle. La création a tout à fait sa place dans le cadre des
Monuments Historiques. Ce n'est pas parce qu’un immeuble a
été inscrit pour des raisons historiques, culturelles, artistiques et
identitaires, qu'il faut le mettre sous une cloche de verre et le
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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n'est pas parce qu’un immeuble figer à tout jamais. Ce patrimoine doit être vivant, doit être le
support d'une expression. Dans l’histoire même du bâtiment,
a été inscrit pour des raisons
certains éléments ont pu évoluer, tels que les menuiseries ou les
historiques, culturelles,
vitraux. Cette chapelle possède des vitraux créés en 1995 par
artistiques et identitaires, qu'il
Olivier DEBRE. En revanche, l’ensemble des dispositions
faut le mettre sous une cloche
liturgiques du bâtiment va être conservé. Pour cela, nous aurons
de verre et le figer à tout jamais. besoin des compétences d’un menuisier spécialisé.
Ce patrimoine doit être vivant,
doit être le support d'une
• Sur la diapositive suivante, on voit qu’une première tranche de
expression."
travaux a été réalisée, concernant la maçonnerie, la charpente, y
compris la voûte et la couverture. La seconde phase,
d’aménagement liturgique, concerne les retables, les bancs, la
barrière de communion, tous les éléments qui pouvaient équiper
une chapelle au 15ème siècle, conformément à la liturgie de
l’époque.
• Voici un exemple de ferronnerie du 17ème siècle. Lorsque l’on
intervient sur ce type d'objet, nous avons besoin de le connaître
"Lorsque l’on intervient sur
le mieux possible : savoir qui l'a fait, dans quelles conditions,
[un] objet, nous avons besoin
avec quels matériaux. Nous pouvons être amenés à utiliser des
de le connaître le mieux
techniques de restauration de pointe. Aussi, avant d'intervenir
possible : savoir qui l'a fait,
sur un matériau, il faut connaître, par exemple, sa composition
dans quelles conditions, avec
chimique. Parfois, il va falloir trouver un professionnel capable
quels matériaux. Nous pouvons de réemployer les outils utilisés il y a trois ou quatre siècles,
être amenés à utiliser des
pour intervenir sur l'objet en question.
techniques de restauration de
pointe. Aussi, avant d'intervenir • Sur la diapositive suivante, c’est un détail de toiture. On perçoit
sur un matériau, il faut
très bien ce contact avec la matière ; chaque ardoise a été taillée
une à une, et il faut vous imaginer qu’elles sont extraites, à
connaître, par exemple, sa
l’origine, d’un banc géologique se trouvant à plusieurs dizaines,
composition chimique."
voire centaines de mètres sous terre. Il faut donc ressortir le
bloc et débiter les ardoises. A l'origine, la personne, au fonds de
la mine, débite aussi bien les petits morceaux que les gros.
Toutes les ardoises sont ensuite employées, les petites près du
faîtage, tout en haut, et les plus grandes, au niveau de l'égout,
sur la partie basse.
"Non seulement l’ouvrage luimême devra être restauré, mais
les matériaux d’origine devront
également être conservés, afin
de transmettre l’édifice le plus
fidèlement possible."
• Cette image présente une vue en axonométrie d'un moulin. Une
fois encore, nous aurons besoin de faire appel à un
professionnel ayant déjà réalisé ce type d’ouvrage. Non
seulement l’ouvrage lui-même devra être restauré, mais les
matériaux d’origine devront également être conservés, afin de
transmettre l’édifice le plus fidèlement possible.
• Pour du patrimoine industriel comme celui-ci, se pose
également la question des techniques employées à l'époque.
Pour moudre du blé, différents moyens ont existé, sans compter
les techniques particulières locales. Dans ce cas, un travail doit
être fait en collaboration avec des historiens.
• Voici un autre exemple concernant la question d’un matériau : la
pierre. Lorsque l’on a un élément d’architecture sculpté ou taillé
à restaurer, il arrive que le matériau soit complètement
"Lorsque l’on a un élément
d’architecture sculpté ou taillé à pulvérulent et qu’il faille le remplacer par des matériaux neufs.
C'est une vraie catastrophe, car lorsque l’on prend, par exemple,
restaurer, il arrive que le
une cathédrale, à force de remplacer tous les blocs de pierre,
matériau soit complètement
que nous reste-t-il du bâtiment d'origine ? On tente de
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
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Quimper – 20 octobre 2004
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pulvérulent et qu’il faille le
remplacer par des matériaux
neufs. C'est une vraie
catastrophe, car […] à force de
remplacer tous les blocs de
pierre, que nous reste-t-il du
bâtiment d'origine ? […] Il est
donc très important de les
entretenir pour pouvoir les
conserver le plus longtemps
possible."
conserver au mieux les matériaux, mais ils sont périssables. Il est
donc très important de les entretenir pour pouvoir les conserver
le plus longtemps possible.
• Voici l’exemple du travail réalisé sur un bloc de pierre de taille
calcaire. Il faut le sortir de la carrière, le dégrossir, dessiner les
motifs à sculpter, tailler, sculpter, puis appareiller la pièce. Cela
nécessite de nombreuses compétences, même si le sculpteur
peut avoir une formation multiple, en beaux-arts, en taille et en
appareillage.
• Dans le domaine du mobilier, ce n'est pas simple non plus.
Dans le cas présent, nous avons un buste d’évêque du 19ème
siècle, complètement rongé par les insectes xylophages.
Lorsqu’il s’agit de pièces uniques, nous avons vraiment besoin
de faire appel à des techniques innovantes, afin de conserver ces
objets.
• Lorsque l’on a la chance de travailler sur une charpente comme
celle-ci, il faut employer exclusivement des techniques de
l’époque, pour faire en sorte que cette intervention, réalisée au
21ème siècle, soit invisible, afin d’être le plus respectueux
possible vis-à-vis du bâtiment.
En dernier lieu, il est important de répéter que nous avons tous
notre part de responsabilité, que l’on soit maître d’ouvrage, maître
d’œuvre ou entrepreneur.
Jean-Bernard VIGHETTI
Aujourd’hui, le problème se pose moins pour les monuments
classés ou inscrits, qui sont suivis de près par les Architectes en
Chef des Monuments Historiques ou par les Architectes des
Bâtiments de France, que pour le reste du patrimoine, notamment
privé. Les propriétaires n'ont souvent pas les moyens suffisants
pour une restauration, il faut donc les aider financièrement. Ils
peuvent aussi avoir une conception très personnelle de la
réhabilitation d’une habitation, et certains maîtres d'œuvre ne sont
pas toujours habilités à travailler correctement dans ce domaine.
Les collectivités locales, quant à elles, sont souvent obligées de
passer par la procédure d'appel d'offre. Ce n’est pas forcément le
meilleur professionnel qui sera retenu, alors qu’elles ont fait appel
à un architecte spécialisé.
Johann TOUCHARD
Au contraire, le code des marchés publics est un outil assez
efficace qu’il faut exploiter, bien que la procédure puisse sembler
contraignante. Quand on lance une consultation, le Règlement
Particulier d'Appel d'Offre permet d’intégrer tous les critères que
l'on souhaite.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Jean-Bernard VIGHETTI
Pour favoriser le mieux disant ?
Johann TOUCHARD
"Le code des marchés publics
permet au maître d’ouvrage
d’établir des critères favorisant
le choix du mieux disant. Il est
important, lors de l’appel
d’offre, d’être clair et ferme sur
ce plan."
Tout à fait. La règle du moins disant finit par tirer les choses vers
le bas. Du même coup, plus personne ne se donne les moyens de
travailler convenablement, ce qui est absolument catastrophique.
Le code des marchés publics permet au maître d’ouvrage d’établir
des critères favorisant le choix du mieux disant. Il est important,
lors de l’appel d’offre, d’être clair et ferme sur ce plan.
Jean-Bernard VIGHETTI
Cependant, pour les particuliers, se pose toujours la question des
maîtres d'œuvre, qui n'ont pas toujours les qualifications
suffisantes pour des restaurations de qualité.
Johann TOUCHARD
Pour les particuliers, il est vrai que ce n'est pas évident.
Cependant, dans les Petites Cités de Caractère, comme dans
d'autres communes dotées d'une Zone de Protection du
"Dans les Petites Cités de
Caractère, comme dans d'autres Patrimoine Architectural Urbain et Paysager, les propriétaires
communes dotées d'une Zone peuvent solliciter les services de l'Etat pour obtenir aides et
conseils.
de Protection du Patrimoine
Architectural Urbain et
Paysager, les propriétaires
peuvent solliciter les services de Jean-Bernard VIGHETTI
l'Etat pour obtenir aides et
Bien sûr, mais nous avons parfois des surprises, et ce, malgré les
conseils."
moyens que l’on met à la disposition des propriétaires pour
réhabiliter ou restaurer. Ces problèmes sont souvent liés à un
défaut d’éducation ou de connaissance du patrimoine.
Nous allons maintenant aborder la question de l’Accueil des
Métiers d’Art dans nos collectivités. M. NEVANNEN ne
pouvant être présent aujourd’hui, Mme GUICHON va devoir
nous présenter l’Association Accueil Métiers d’Art Bretagne, créée
en partenariat avec le Collectif Métiers d’Art Bretagne.
Présentation de l'Association Accueil Métiers d'Art Bretagne
Valérie GUICHON
Suite à une prolifération des demandes d’intervention financière
de l’Etat -par le biais du Fonds d’Intervention pour la Sauvegarde
de l’Artisanat et du Commerce- pour l’installation d’ateliers et
d’entreprises de Métiers d’Art dans des communes bretonnes, le
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Préfet de Région a demandé, en 1997, au Collectif Métiers d’Art
Bretagne de piloter une étude sur le sujet. Les préconisations de
cette étude ont conclu favorablement à la mise en place d’un
réseau de villes Accueil Métiers d’Art de Bretagne, géré par une
association. Cette association AMAB, créée en 1999, se définit
comme suit :
• gestion paritaire par les élus locaux et les professionnels ;
• création et animation d’un réseau de pôles ;
"Le point essentiel de la Charte
du réseau AMAB est la mise en
place d’une politique locale de
développement des Métiers
d’Art, par l’élaboration d’une
convention avec une association
de professionnels au niveau
local."
• élaboration d’une charte d’homologation.
Le point essentiel de la Charte du réseau AMAB est la mise en
place d’une politique locale de développement des Métiers d’Art,
par l’élaboration d’une convention avec une association de
professionnels au niveau local. Actuellement, quatre villes sont
homologuées Pôle Métiers d’Art de Bretagne :
• La Gacilly ;
• Morlaix ;
• Pontrieux ;
"C'est probablement l’une des
actions qui ont été les plus
structurantes pour le secteur des
Métiers d'Art en Bretagne. En
effet, cette rencontre entre
professionnels et élus locaux a
permis une reconnaissance de
ces professionnels comme
acteurs du développement
global."
• Pont-Scorff.
C'est probablement l’une des actions qui ont été les plus
structurantes pour le secteur des Métiers d'Art en Bretagne. En
effet, cette rencontre entre professionnels et élus locaux a permis
une reconnaissance de ces professionnels comme acteurs du
développement global. Elle leur apporte l’énergie nécessaire pour
s’impliquer, auprès des élus, dans l'élaboration de projets d'avenir,
liés au caractère et à la qualité d'un territoire. Par la valeur ajoutée
qu’ils apportent, les professionnels Métiers d’Art contribuent à un
développement local basé sur une économie culturelle.
Jean-Bernard VIGHETTI
Ainsi, ce qui est important, c'est ce partenariat fort entre une
collectivité et un groupement de professionnels. S'il n'y a pas de
groupement de professionnels, la commune ne peut pas faire
partie du réseau. Les termes de cette convention définissent les
apports de chacun, et il est certain que cela contribue à dynamiser
certaines communes. Je vais donc demander à M. LE MOUER de
bien vouloir présenter son expérience.
Témoignage sur le Pôle Métiers d'Art de Pontrieux
Yves LE MOUER, Maire de Pontrieux
Je vais vous présenter l'historique et le fonctionnement du Pôle
"Pontrieux est une […] ville
[…] regroupant seulement 1 200 Métiers d'Art de Pontrieux.
habitants sur 102 hectares. Son
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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équipe municipale est animée
depuis longtemps par la volonté
de mettre en valeur le
patrimoine dans un cadre de vie
de qualité, afin de favoriser un
développement touristique.
Pour cela, différents moyens ont
été mis en œuvre."
Pontrieux est une Petite Cité de Caractère, ville pont de fond
d'estuaire, regroupant seulement 1 200 habitants sur 102 hectares.
Son équipe municipale est animée depuis longtemps par la
volonté de mettre en valeur le Patrimoine dans un cadre de vie de
qualité, afin de favoriser un développement touristique. Pour cela,
différents moyens ont été mis en œuvre :
• aménagement du centre ville ;
• fleurissement ;
• politique de ravalement des façades ;
• politique d’amélioration des enseignes ;
• restauration de cinquante lavoirs et mise en place de
promenades-découverte de ces lavoirs en barques, avec 17 000
embarquements en 2004 ;
• incitation à la découverte de la vallée du Trieux, par la
navigation de plaisance, et par la "Vapeur du Trieux", train
touristique (machine à vapeur), avec 29 000 visiteurs durant l’été
2004 ;
• mise en valeur de la ville le soir par la lumière, avec le parcours
lumière Lavand'ières, véritable signature nocturne de notre cité,
qui vit au rythme du Trieux ; l'eau et les lavoirs en sont le reflet.
Cette politique ayant généré un flux touristique important, il est
apparu qu’il nous fallait retenir les visiteurs, tout en favorisant des
retombées économiques pour notre cité.
L'initiative d'un pôle Métiers d'Art revient à la Mairie, cette
réalisation venant naturellement en complément des autres
actions menées dans le domaine du patrimoine, du tourisme et de
l'animation. Les objectifs de cette opération sont les suivants :
"Les objectifs de cette
opération [Pôle Métiers d'Art de
• sauver des bâtiments, propriété de la Ville ;
Pontrieux] sont les suivants :
sauver des bâtiments, propriété de
• favoriser l'installation d'artisans d'art et d'artistes afin de
la Ville, favoriser l'installation
compléter l'animation de la Ville ;
d'artisans d'art et d'artistes afin de
compléter l'animation de la Ville,
• favoriser la venue dans la cité de nouvelles familles, de
favoriser la venue dans la cité de
nouveaux foyers ;
nouvelles familles, de nouveaux
foyers, [et] assumer un rôle
• assumer un rôle social vis-à-vis de certains professionnels, en
social vis-à-vis de certains
professionnels, en leur offrant
une location à prix modeste."
leur offrant une location à prix modeste.
La Ville a pu s'appuyer sur plusieurs partenaires, pour mener à
bien un travail d'analyse des ressources locales, de prospectives en
matière de communication et de financement, de recensement
d'artisans d'art pouvant être accueillis, et enfin des locaux pouvant
être mis à disposition. Elle a été soutenue en cela par divers
partenaires, dont la Chambre des Métiers et les étudiants en
B.T.S. Action Commerciale et Communication du lycée Notre
Dame de Guingamp.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Les caractéristiques de ce pôle Métiers d’Art sont les suivantes :
• la nature : il s'agit essentiellement de la création d'ateliers pour
différents artisans répartis en différents points de la cité (ateliers,
exposition, vente) et ne pouvant eux-mêmes investir ;
• la thématique : il n'a pas été retenu de thématique de métiers, les
professionnels installés étant à la fois artistes (peintre,
sculpteurs) et artisans (bijoux, mosaïque, figure, tissage, poterie,
vitrail, verre…) ;
• les activités : outre l'ouverture permanente pendant la saison
touristique des ateliers aux visites, les professionnels organisent
des événements spécifiques ou participent à d'autres
événements, renforçant le rôle économique ; au printemps
notamment, tous les deux ans, une fête est organisée sur
l'espace public du parking de la passerelle "Venez nombreux,
artisans d'art et trucs bizarres" ; en été, participation à la fête des
lavoirs et, en hiver, mise en place d’un marché de Noël ;
• les professionnels : à ce jour, vingt-cinq artisans, dont une
vingtaine sur Pontrieux, sont installés dans dix-sept locaux. Six
professionnels sont installés dans des locaux communaux.
Notre objectif, fixé en 1996, était l’installation de vingt artisans en
dix ans. Il a déjà été dépassé en moins de huit ans. Nous avons
"Notre objectif, fixé en 1996,
commencé avec des locaux communaux, mais d’autres
était l’installation de vingt
artisans en dix ans. Il a déjà été professionnels ont directement investi dans leurs propres locaux.
De plus, trois anciens locataires ont investi par la suite, ce qui
dépassé en moins de huit ans.
prouve bien le rôle de soutien économique que peuvent jouer les
Nous avons commencé avec des collectivités.
locaux communaux, mais
d’autres professionnels ont
directement investi dans leurs
propres locaux. De plus, trois
anciens locataires ont investi
par la suite, ce qui prouve bien
le rôle de soutien économique
que peuvent jouer les
collectivités."
Une convention relative au pôle Métiers d'Art a été passée entre la
Ville de Pontrieux et l'Association "Les Ateliers d'Art du Pays de
Pontrieux". Le rôle du pôle est le développement décidé par les
élus, en particulier dans les domaines de l'économie et du
tourisme.
La commune s'engage à :
• apporter un soutien à l'association des professionnels des
Métiers d'Art, selon les différentes actions : mise à disposition
de locaux à loyer modéré, aide au financement d'actions
collectives, promotion ;
• consulter l'association des professionnels lors de choix de
développement, en particulier dans les domaines de la culture,
de l'économie et du tourisme ;
• valoriser et promouvoir le pôle Métiers d'Art par insertion d'un
message et de photos dans les supports des réseaux touristiques
de la commune.
L'association des professionnels des Métiers d'Art s'engage à :
• accepter les exigences exprimées de qualité des produits et de
l'accueil ;
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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• consulter les élus lors de projets collectifs (animations,
expositions, travail dans les écoles) ;
• exiger le professionnalisme de ses membres pour l'installation
des ateliers et la vente des productions ;
• limiter strictement la revente dans les ateliers aux produits issus
de la fabrication de professionnels Métiers d'Art ;
• développer le partenariat avec les commerçants locaux.
Actions complémentaires :
• au niveau de l'urbanisme, le pôle Métiers d'Art s'inscrit
clairement dans une politique appuyée d'urbanisme ;
• au niveau du tourisme, les artisans d'art sont un complément de
l'animation touristique de la cité.
La Ville de Pontrieux a été homologuée par le réseau Accueil
Métier d'Art Bretagne, présenté tout à l’heure par
Mme GUICHON, représentant le Président M. NEVANNEN.
Nous avions déjà créé un pôle artisans d'art avant la mise en place
de l'AMAB.
La Ville de Pontrieux a obtenu le prix de la Meilleure Initiative en
1996 pour la création de son Circuit d'Artisans d'Art dans le cadre
du concours organisé par le Crédit Agricole et l'Association des
Maires de France, en faveur des Petites Cités de Caractère (le
Trophée des Communes en Côtes d'Armor).
Dans le cadre de l'Opération de Développement et de
Structuration du Commerce et de l’Artisanat du pays de
Guingamp, une fiche action a été présentée et retenue par
l'Association Régionale Interconsulaire pour l’Amélioration et la
Rénovation du Commerce et de l’Artisanat : une aide de l’ordre
de 70 %, soit 13 000 €, a été réservée pour la promotion du pôle
en direction du grand public et des professionnels, en 2004 et
2005.
Jean-Bernard VIGHETTI
Voyez les moyens que peut mettre en œuvre une commune de
1 200 habitants seulement, et les résultats qu’elle peut obtenir !
Un autre exemple, celui de Saint-Malo, va maintenant nous être
présenté.
La politique de la Ville de Saint-Malo en faveur des Métiers d'Art
Pierre-Louis AUFFRET, Conseiller Municipal de Saint-Malo
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Quimper – 20 octobre 2004
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"En raison même de son
histoire économique, fondée sur
des échanges commerciaux de
produits de la mer et de
productions de l'intérieur, l'on
ne peut pas dire que Saint-Malo
ait été véritablement jusqu'à nos
jours une cité caractérisée par
les Métiers d'Art."
En raison même de son histoire économique, fondée sur des
échanges commerciaux de produits de la mer et de productions
de l'intérieur, l'on ne peut pas dire que Saint-Malo ait été
véritablement jusqu'à nos jours une cité caractérisée par les
Métiers d'Art.
A titre d’exemple, dans le domaine du textile, Saint-Malo a
exporté, mais non point fabriqué, des productions ordinaires ou
de luxe, en provenance de Bretagne -Quintin, Uzel- et de
Mayenne.
Il existe, cependant, quelques exceptions : c’est le cas Dodik et
Jégou, céramistes d’origine quimpéroise, dont la réputation est
bien établie en Bretagne, voire à l’échelle nationale, et ce, depuis la
deuxième moitié du 20ème siècle.
"Ces dernières années, l'image
positive que représentent les
Métiers d'Art s'est imposée
pour deux raisons : une raison
fondamentale, à savoir qu'il y a
sur notre territoire […] nombre
d'artisans d'art dont l'esprit
créatif et le savoir-faire devaient
être mis en avant, valorisés et
soutenus ; une raison
complémentaire, proposer aux
touristes […] des productions
qui fassent le pendant aux
souvenirs bas de gamme, à la
manière du Mont-Saint-Michel.
D'où, une promotion récente
des Métiers d'Art tournée vers
l'installation permanente
d'ateliers et vers un certain
nombre d'actions
complémentaires. Cette
promotion s'est faite et se fait
toujours au travers de salons,
d’expositions et de supports de
communication."
Ces dernières années, l'image positive que représentent les
Métiers d'Art s'est imposée pour deux raisons :
• une raison fondamentale : à savoir qu'il y a sur notre territoire,
le Clos-Poulet -cette appellation est la contraction du nom de la
cité gallo-romaine d’Aleth, Closus Pagus Alethensis-, nombre
d'artisans d'art dont l'esprit créatif et le savoir-faire devaient être
mis en avant, valorisés et soutenus ;
• une raison complémentaire : proposer aux touristes des objets,
des productions qui fassent le pendant aux souvenirs bas de
gamme, à la manière du Mont-Saint-Michel.
D'où, une promotion récente des Métiers d'Art tournée vers
l'installation permanente d'ateliers et vers un certain nombre
d'actions complémentaires. Cette promotion s'est faite et se fait
toujours au travers de salons, d’expositions et de supports de
communication.
En 1997, a eu lieu le premier Festival des Métiers d'Art,
regroupant, sur trois jours, en octobre, quarante artisans d'art.
L’organisation en a été assurée par une association, avec une aide
financière de la Ville de l’ordre de 10 000 F.
En 1998, la Ville réalise une étude-diagnostic sur l'artisanat en
général, et sur l'artisanat d'art en particulier. Cette étude prend en
compte trois axes : les offres par secteur d'activité, les besoins des
artisans, et les attentes des clients potentiels. Parallèlement, la
Préfecture de Région, avec le Collectif des Métiers d'Art de
Bretagne, lance une étude sur les pôles d'artisanat d'art en
Bretagne.
En 1999, à la suite de cette enquête, a lieu l'assemblée constitutive
de l'association Accueil des Métiers d’Art en Bretagne, à l'Hôtel
de Ville de Saint Malo : Saint-Malo fait alors partie de l'exécutif
provisoire. Une cotisation de 35 000 F est versée en 1999 et en
2000.
Cette même année, se tient le deuxième Festival des Métiers
d’Art, organisé par le Collectif des Métiers d'Art de Bretagne, en
partenariat avec la Ville -aide de 60 000 F- et la Caisse d’Epargne
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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-aide de 35 000 F-. Ce festival comporte trois volets : un salonvente regroupant quarante artisans, une exposition de prestige
"verres et carafes", et un volet de formation à destination des
professionnels.
On peut considérer qu'à l'horizon 2000, une certaine vitesse de
croisière est atteinte.
En 2004, a eu lieu l’exposition Métiers d’Art à Solidor, les 11 et
12 septembre. Le nom de "Solidor Terre en Vue" a été retenu
pour éviter toute confusion avec une autre manifestation qui se
tient au mois de juin, "Solidor en Peinture". Cette manifestation a
regroupé quarante-cinq artistes et artisans, d’origines diverses
(Grand Ouest et Clos-Poulet), spécialisés dans des domaines
variés tels que le textile, la céramique, le verre, le bois ou la pierre.
L’objectif, pour les professionnels, était de pouvoir se connaître
entre eux, de se faire connaître du public et reconnaître par les
pouvoir publics.
Le programme de la manifestation comportait des
démonstrations de savoirs-faire, une production in situ, la
participation d’un public d’adultes, voire d’enfants, la vente
d'objets et d'œuvres, et des concours dotés de prix offerts par la
Ville. Deux associations en étaient les organisatrices : Droit de
Cité, association de quartier responsable également de la
manifestation "Solidor en Peinture", et Malo Métiers d’Art. Le
partenariat de la Ville a consisté en une subvention de 500 € ;
cette subvention peut paraître minime, mais la manifestation
ayant eu lieu en extérieur, aucune location de salle n’a été
nécessaire. "Solidor Terre en Vue", dont l’entrée était gratuite, a
attiré plusieurs milliers de visiteurs.
Je voudrais maintenant faire un bilan de l'action menée, à SaintMalo, en faveur des Métiers d'Art, en termes de réalités et de
perspectives.
"En termes de réalités, il y a un
côté positif et un côté négatif,
comme toujours. L’un des
éléments positifs est la réussite
certaine, pour la promotion des
métiers d'art, de la mise en
synergie de professionnels […].
Un élément négatif est la non
labellisation de Saint-Malo par
l’AMAB : en effet, la Charte fixe
comme obligation d'offrir un
tissu permanent d'artisans d'art,
et pas seulement des activités
saisonnières ou des expositions
ponctuelles… il est vrai […] que
Saint-Malo a un problème de
foncier, cher en raison même de
sa rareté."
En termes de réalités, il y a un côté positif et un côté négatif,
comme toujours. L’un des éléments positifs est la réussite
certaine, pour la promotion des métiers d'art, de la mise en
synergie de professionnels ; à titre d’exemple, la revue "Maison
Côté Ouest" n°52 de juin-juillet 2004 a publié en couverture la
photo d’un magnifique fauteuil en bois et toile à voile, résultat de
l’association de deux professionnels : M. SAVY de la société
"émouvances" (bois) et Mme DEFRETIER (toile). En revanche,
un élément négatif est la non labellisation de Saint-Malo par
l’AMAB : en effet, la Charte fixe comme obligation d'offrir un
tissu permanent d'artisans d'art, et pas seulement des activités
saisonnières ou des expositions ponctuelles… Mais nous y
travaillons ; il est vrai aussi que Saint-Malo a un problème de
foncier, cher en raison même de sa rareté.
En termes de perspectives, nous travaillons actuellement à
résoudre ces problèmes. Les vœux de certains portent sur
l’extension de toute cette activité à l'échelle de la Communauté
d'Agglomération. Cela permettrait de résoudre, entre autres, la
question du foncier. Mais serait-ce encore Saint-Malo, ville de
"Métiers d'Art" ?
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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La question est posée, la réponse ne m'appartient pas…
Jean-Bernard VIGHETTI
Vous nous avez présenté une politique qui est, pour l'instant,
essentiellement événementielle. Vous avez également abordé la
question de la nécessité d’une politique foncière. En effet, elle
"Vous avez […] abordé la
s’avère nécessaire pour valoriser des entreprises qui ont eu
question de la nécessité d’une
politique foncière. En effet, elle tendance, ces dernières années, à quitter les cœurs de ville, voire
les périphéries de ville, pour aller dans des sites beaucoup plus
s’avère nécessaire pour valoriser éloignés, où ils ne peuvent que difficilement se mettre en valeur,
des entreprises qui ont eu
puisqu'ils s'éloignent finalement de leur marché de prédilection. Il
tendance, ces dernières années, y a donc véritablement une politique d’envergure à mettre en
à quitter les cœurs de ville, voire œuvre pour corriger le tir. Elle est commencée. Les
les périphéries de ville, pour
professionnels des Métiers d'Art présents aujourd’hui peuvent
aller dans des sites beaucoup
informer leurs pairs de cette volonté qu’ont les élus de dynamiser
plus éloignés, où ils ne peuvent et de valoriser les Métiers d'Art.
que difficilement se mettre en
valeur, puisqu'ils s'éloignent
finalement de leur marché de
prédilection. Il y a donc
véritablement une politique
d’envergure à mettre en œuvre
pour corriger le tir. Elle est
commencée. Les professionnels
des Métiers d'Art présents
aujourd’hui peuvent informer
leurs pairs de cette volonté
qu’ont les élus de dynamiser et
de valoriser les Métiers d'Art."
Merci à tous, nous allons maintenant déjeuner. Si vous avez des
questions, vous pourrez les poser en fin de journée, puisqu'il est
prévu un débat.
Marie-Paule POSTEC
Nous allons déjeuner à la Mairie de Quimper. Nous avons pris un
petit peu de retard, mais un buffet a été prévu, afin de pouvoir
déjeuner rapidement, en une heure environ. Je vous donnerai, à la
fin du repas, quelques indications concernant le déroulement de
l'après-midi. Je vous rappellerai également qu’est programmée, à
l’issue de cette journée de travail, la célébration des vingt ans de
l’Union des Villes d'Art et d'Histoire de Bretagne. Et, bien que
vous ayez certainement du chemin à faire pour rentrer chez vous
ce soir, il serait tout de même bien agréable de finir cette journée
sur une note conviviale et festive, autour d’un petit encas et d’un
verre. On ne vous retiendra pas au-delà de 18h30.
IV – VISITE DE TERRAIN
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V - QUESTIONS
Intervenant de la salle
Avec la publication des échanges, est-ce qu'il pourrait être envoyé,
à tout le monde, cette liste des Métiers d'Art, publiée par arrêté
ministériel du 12 décembre 1963 ? Elle m’a été transmise par
M. ROBERT, de la SEMA. Les métiers sont classés par
domaine : art floral, arts du spectacle, arts et traditions populaires,
arts graphiques,… Tous les Métiers d’Art sont recensés, ce qui en
fait un document très intéressant.
Jean-Bernard VIGHETTI
Cette liste va donc au-delà des arts plastiques ?
Intervenant de la salle
En effet. On y trouve la bijouterie, les arts mécaniques,… 217
métiers sont référencés.
Jean-Bernard VIGHETTI
On y trouve également les métiers du spectacle ?
Intervenant de la salle
Oui : les décorateurs, les facteurs instrumentaux, le cuir… Tout y
est.
Charles ROBERT
Si je peux me permettre, je vais faire une proposition. Comme je
suis Délégué de la SEMA, je peux leur demander de vous
communiquer cette liste.
Jean-Bernard VIGHETTI
Ce serait une excellente solution, qui permettrait de faire
connaître la SEMA par la même occasion. Il suffit d’envoyer ce
document à l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes
Historiques de Bretagne, à Florence LE THERISIEN, qui est la
Chargée de Mission de la structure.
Charles ROBERT
Je vais donc lui en parler.
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« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Jean-Bernard VIGHETTI
"Nous avions convenu de
conclure cette journée par une
ouverture sur des expériences
intéressantes d'ailleurs […].
Mme SABATIER, que nous
avions sollicitée, ne peut pas
intervenir sur le sujet, mais est
prête à collaborer avec nous dès
qu’elle disposerait d’éléments
plus concrets concernant le
projet européen "Terres de
Savoir-Faire"."
Maintenant, je vais demander à Mme GUICHON de revenir sur
scène, pour nous présenter l’expérience québécoise, et peut-être
également celle de la Galice. Nous avions convenu de conclure
cette journée par une ouverture sur des expériences intéressantes
d'ailleurs, en matière de valorisation des Métiers d'Art.
Mme SABATIER, que nous avions sollicitée, ne peut pas
intervenir sur le sujet, mais est prête à collaborer avec nous dès
qu’elle disposerait d’éléments plus concrets concernant le projet
européen "Terres de Savoir-Faire".
En ce qui concerne le Québec, je rappelle que la Chambre
Régionale des Métiers est en contact, depuis plusieurs dizaines
d'années, avec le Conseil des Métiers d’Art du Québec.
L'expérience québécoise
Valérie GUICHON
L'expérience québécoise vaut certainement la peine d'être
transmise, à la fois dans son historique, mais également en ce qui
concerne les actions menées actuellement pour maintenir ce
secteur d’activités.
"Dans les débuts des années
1970, il y a eu au Québec une
grande réforme du système
d’éducation […]. Pendant vingt
ans, il n’y a eu aucune
formation aux Métiers d’Art
dans l’enseignement public au
Québec. Ce fut une crise
absolument épouvantable de
perte de savoir-faire, qui a duré
dix-huit ans […]. Les artisans
ont réagi et se sont organisés."
"Prenant conscience de la
disparition du secteur des
Métiers d’Art, le gouvernement
québécois, en 1988, a voté une
loi sur le statut de l’artiste. Cette
loi reconnaît le professionnel
Métiers d’Art comme un
artiste."
La première association de professionnels a été créée en 1949 au
Québec, à l’instigation de l’Office National de l’Agriculture et de
l’Artisanat. En 1955, l’association a créé le premier Salon des
Métiers d’Art, à Montréal, qui existe toujours. La 49ème édition a
eu lieu cette année ; elle a généré 8 millions de dollars de chiffre
d’affaires direct pour les artisans, la clientèle étant la population
de Montréal et du Québec.
Dans les débuts des années 1970, il y a eu au Québec une grande
réforme du système d’éducation qui a aboli toutes les écoles de
métiers, pour créer des formations plus générales. Pendant vingt
ans, il n’y a eu aucune formation aux Métiers d’Art dans
l’enseignement public au Québec. Ce fut une crise absolument
épouvantable de perte de savoir-faire, qui a duré dix-huit ans, à
tous les niveaux. Les artisans ont réagi et se sont organisés. Ils se
sont réunis en 1984, afin de réclamer à l’Etat un système de
formation, qui a vu le jour en 1989.
Prenant conscience de la disparition du secteur des Métiers d’Art,
le gouvernement québécois, en 1988, a voté une loi sur le statut
de l’artiste. Cette loi reconnaît le professionnel Métiers d’Art
comme un artiste et exige que soit créée une association
représentant tous ces artistes professionnels, comme c’est déjà le
cas au Québec pour les arts visuels, les écrivains, la musique, la
danse, etc.
Le Conseil des Métiers d’Art du Québec est né, avec pour
fonction de représenter les professionnels Métiers d’Art devant
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
56
"Le Conseil des Métiers d’Art
du Québec est né, avec pour
fonction de représenter les
professionnels Métiers d’Art
devant l’Etat Régional du
Québec et, surtout, de protéger
les droits d’auteur des artisans."
l’Etat Régional du Québec et, surtout, de protéger les droits
d’auteur des artisans.
Cette association d’artisans regroupe à peu près mille membres
professionnels. Il y a, environ, 2 000 artisans autonomes au
Québec. Pour être membre, il faut produire à son propre compte.
Aujourd’hui, le CMAQ, outre sa fonction de représentation
auprès de L’Etat, organise deux salons des Métiers d’Art, gère des
boutiques, une galerie d’art, un bureau d’exportation, des services,
etc. Il est totalement contrôlé par les artisans, qui élisent les seize
membres du Conseil d’Administration.
Trois paliers d’Etat soutiennent les Métiers d’Art :
"Trois paliers d’Etat
soutiennent les Métiers d’Art au • au niveau fédéral, le Canada intervient à hauteur de 100 000 €
par an ;
niveau fédéral, […] provincial,
[…] municipal. […] Soit, au
• au niveau provincial, le Québec investit à peu près un million
total, 1 150 000 € de fonds
d’euros, soit dix fois plus que l’Etat Fédéral, et cela inclut tout :
publics réservés aux Métiers
formation, programmes de soutien aux artisans, soutien à
d'Art du Québec."
l’association, etc. Ces fonds proviennent de plusieurs ministères,
mais plus particulièrement du Ministère de la Culture, dont les
Métiers d'Art relèvent ;
• au niveau municipal, on peut compter un investissement
d'environ 50 000 € en globalisant la participation des villes.
Soit, au total, 1 150 000 € de fonds publics réservés aux Métiers
d'Art du Québec.
Le Conseil des Métiers d’Art du Québec dispose d'un budget de
850 000 €, dont 20 % viennent de l’Etat. Le reste provient de
revenus générés par leurs propres opérations : salons, boutiques,
galeries. Il y a, en tout, vingt employés permanents et soixante à
temps partiel, qui sont employés notamment lors de l'organisation
d'événements.
Un autre acteur important du dispositif Métier d'Art, ce sont
évidemment les écoles. Il existe treize écoles de Métiers d’Art au
Québec dans des disciplines telles que la céramique, la joaillerie,
l’ébénisterie, la manufacture d’instruments de musique, etc… Ce
sont des écoles indépendantes du réseau de l’Etat, et elles sont
sans but lucratif. Elles agissent en sous-traitance avec des collèges
d’Etat et dispensent la formation technique. Elles sont
volontairement dirigées directement par des artisans.
"Le statut d’artiste comporte
quatre conditions pour son
obtention : produire des œuvres
à son propre compte, être
reconnu par ses pairs […],
exposer publiquement, exposer
dans son atelier, et prouver son
activité professionnelle. Ce
statut apporte une protection
sous forme de droits d’auteur et
Enfin, dernier acteur important pour les Métiers d'Art, ce sont
bien évidemment les lieux de diffusion que sont les salons, les
boutiques, les galeries, les musées,…
Le statut d’artiste comporte quatre conditions pour son obtention
: produire des œuvres à son propre compte, être reconnu par ses
pairs -et donc avoir été retenus par des jurys lors d’expositions-,
exposer publiquement, exposer dans son atelier, et prouver son
activité professionnelle. Ce statut apporte une protection sous
forme de droits d’auteur et d'avantages fiscaux -parce que l’artisan
qui retire des droits d’auteur jusqu'à 10 000 € peut bénéficier
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
57
d'avantages fiscaux."
d'exemptions fiscales-. Ceci concerne aussi bien l’œuvre que
l'image de l'œuvre (reproduction photographique par exemple).
Il existe également des aides individuelles aux professionnels
Métiers d'Art. Ce sont des aides à la création, à la production, à la
"Il existe également des aides
individuelles aux professionnels mise en marché, à la distribution et à l’exportation.
Métiers d'Art. Ce sont des aides
à la création, à la production, à
la mise en marché, à la
distribution et à l’exportation."
Pour la création, l’Etat fédéral attribue des bourses de recherche
aux artisans, des bourses qui peuvent atteindre un montant de
8 000 € ; ce sont des bourses de recherche et de déplacement, qui
peuvent permettre à un artisan d'aller rencontrer un autre artisan
en Australie par exemple.
Le Conseil des Métiers d’Art propose également des primes à la
création, qui consistent par exemple en une aide à la constitution
d'un press-book, via la mise à disposition de photographes
professionnels.
Au niveau de la production, un programme mis sur pied en 1999
a amené l’état provincial à investir 500 000 € d'aides individuelles.
Ce programme consiste à verser 50 % du coût d’achat du matériel
nécessaire à la production. Ces aides ont entraîné, depuis trois
ans, 2 500 000 € d'investissements directs pour l’achat
d’équipements et de matériels de promotion par les artisans. Cet
extraordinaire succès tient au fait que les artisans croient en leur
propre développement : les professionnels Métiers d'Art croient
au dynamisme et aux capacités de développement de l'économie
culturelle, et investissent donc eux-même dans leur propre art.
"Ces différents dispositifs de
soutien de l'Etat aux Métiers
d'Art du Québec marquent la
volonté du gouvernement
québécois de préserver un
secteur qui a été profondément
fragilisé à un moment donné.
Bien évidemment, il faut
prendre en compte la situation
particulière du Québec, […] qui
intègre les savoir-faire dans
[une] revendication culturelle.
Mais, cela montre bien que les
professionnels Métiers d'Art, au
Québec, ne sont pas considérés
uniquement comme des entités
économiques, mais reconnus
comme un patrimoine artistique
et culturel à part entière de la
région."
En ce qui concerne la mise en marché et la distribution, le Conseil
des Arts et des Lettres, qui reconnaît les Métiers d’Art comme un
Art à part entière, apporte des aides à la conception, au montage
et à la diffusion d’expositions. Ces aides peuvent aller jusqu'à
10 000 € ou 20 000 € pour une exposition. Lors de la Biennale de
Châteauroux, une exposition de céramique d’artisans du Québec,
totalement financée par le Conseil des Arts et des Lettres, avait
été présentée.
Ces différents dispositifs de soutien de l'Etat aux Métiers d'Art du
Québec marquent la volonté du gouvernement québécois de
préserver un secteur qui a été profondément fragilisé à un
moment donné. Bien évidemment, il faut prendre en compte la
situation particulière du Québec, qui revendique très fortement sa
culture spécifique et qui intègre les savoir-faire dans cette
revendication culturelle. Mais, cela montre bien que les
professionnels Métiers d'Art, au Québec, ne sont pas considérés
uniquement comme des entités économiques, mais reconnus
comme un patrimoine artistique et culturel à part entière de la
région.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. Est-ce qu'il y a des questions sur cette expérience
québécoise ? Non ? Mme GUICHON, pouvez-vous nous
présenter rapidement l'expérience des Métiers d'Art en Galice ?
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Les Métiers d'Art en Galice
Valérie GUICHON
"C’est l'association Galega qui
gère le programme de
développement des Métiers
d'Art en Galice. Comme au
Québec, les professionnels
galiciens ont ce statut d'artiste,
relevant du Ministère de la
Culture […].
L’action de la Galice a été
essentiellement axée, dans un
premier temps, sur la
commercialisation des produits
[…].
Dans un second temps, un
travail est également mené en
ce qui concerne la place des
Métiers d'Art dans la société.
Une sorte de label a été mis en
place, le label Métiers d'Art
[…]. Le contrôle porte sur la
qualité de la production et des
matériaux utilisés."
La Galice est une région du nord de l'Espagne où une volonté
conjointe des professionnels galiciens et des Élus politiques leur a
permis de construire ensemble un projet intégrant les
professionnels Métiers d'Art. C’est l'association Galega qui gère le
programme de développement des Métiers d'Art en Galice.
Comme au Québec, les professionnels galiciens ont ce statut
d'artiste, relevant du Ministère de la Culture, au titre des industries
culturelles.
L’action de la Galice a été essentiellement axée, dans un premier
temps, sur la commercialisation des produits ; elle organise
notamment un salon, le salon "Primavera".
Dans un second temps, un travail est également mené en ce qui
concerne la place des Métiers d'Art dans la société. Une sorte de
label a été mis en place, le label Métiers d'Art, doté d’une effigie
très claire, un peu équivalent aux labels qualité pour les produits
alimentaires en France. Le contrôle porte sur la qualité de la
production et des matériaux utilisés. Ce sont les professionnels
eux-mêmes qui ont initié ce label, et ils l'appliquent
rigoureusement, ce qui permet d’identifier immédiatement, dans
les lieux publics comme dans les boutiques et les ateliers, les
produits auxquels on a à faire, ainsi que leur origine : production
Métiers d’Art ou produit industriel.
Martine DURAND-GASSELIN
Je voudrais en profiter pour dire deux ou trois mots en qualité de
professionnelle. Ensuite, je clôturerai avec un projet à venir.
Je remercie l’Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes
Historiques de Bretagne d'avoir eu l'initiative de cette thématique.
Vous avez passé une journée à essayer de nous connaître un peu
mieux, en visitant par exemple la Cathédrale de Quimper ou les
Faïenceries HB HENRIOT. De la même manière, il me semble
que les professionnels Métiers d'Art sont souvent démunis, parce
qu'ils connaissent mal les élus et les rouages des collectivités, ce
qui constitue parfois un frein pour avancer ensemble.
"Il me semble que les
professionnels Métiers d'Art
sont souvent démunis, parce
qu'ils connaissent mal les élus
et les rouages des collectivités, Je m'occupe de deux événements Métiers d'Art et donc j'arrive
ce qui constitue parfois un frein maintenant à mieux cerner ces questions, mais je m'aperçois que
pour avancer ensemble."
beaucoup de mes semblables ont du mal à travailler avec des
entités territoriales, parce qu'ils connaissent peu leur
fonctionnement. Auparavant, nous étions très soutenus dans
notre démarche, par une structure qui a existé pendant dix ans, le
Collectif Métiers d'Art Bretagne. Cette structure, qui a fondé des
réseaux comme l'AMAB, a aussi beaucoup aidé les associations de
professionnels à monter des événements et à réfléchir sur des
questions fondamentales telles que : "qui sommes-nous ?", "quels
sont nos savoir-faire ?". Pour ça, nous avons besoin d'une aide
extérieure. Maintenant que cette structure n'existe plus, nous nous
sentons vraiment orphelins.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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"Il y a vraiment besoin d'une
structure au niveau régional, qui
soit une structure aussi bien
d'accompagnement des élus,
qu'une structure
d'accompagnement des
professionnels Métiers d'Art,
pour que nous puissions
construire ensemble."
Je conclurai en disant qu'il y a vraiment besoin d'une structure au
niveau régional, qui soit une structure aussi bien
d'accompagnement des élus, qu'une structure d'accompagnement
des professionnels Métiers d'Art, pour que nous puissions
construire ensemble.
Nous avons voulu monter un projet, avec un autre professionnel
Métiers d’Art. Nous avons eu la chance de pouvoir être
accompagnés par Mme GUICHON, qui connaît extrêmement
bien le secteur des Métiers d'Art, pour nous aider à monter un
dossier que nous avons déposé au Conseil Régional. Ce projet
consiste en un plan de développement des Métiers d'Art sur trois
ans, aussi bien au niveau de la Bretagne, que dans des relations
avec des régions structurées au niveau des Métiers d'Art, comme
le Québec ou la Galice. Mais, ce plan ne pourra se faire sans votre
soutien, vous, les élus : travaillons ensemble pour le meilleur.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci beaucoup. Est-ce que vous avez des questions par rapport à
ces communications ?
René BENOIT
En ce qui concerne le Québec, le montant des aides apportées au
secteur montre bien que l’Etat du Québec a vraiment pris en
compte les Métiers d'Art.
C'est une piste. Nous qui avons bien souvent été pionniers, peutêtre pourrions-nous solliciter auprès des institutions publiques la
mise en place de ce type de programmes ? Il y a sans doute
beaucoup de choses à faire, qui permettraient de développer une
économie de l’excellence. Cette excellence nous a été confirmée
lors de la visite de la Cathédrale Saint-Corentin ; l’exposé de
M. LE BIHAN, Maître-Verrier, montrait bien la haute technicité
de son travail, ce qui le rend coûteux, aussi bien en temps que sur
le plan financier.
"Ce qu’il y a à retenir de cette
journée, c’est la nécessité d’une
prise de conscience. Ce matin,
M. VIGHETTI a ouvert les
débats en lançant un "cri
d'alarme". Je souhaiterais qu'il
puisse se transformer en note
d'espoir, et que nous puissions
changer l'inquiétude en projet."
Ce qu’il y a à retenir de cette journée, c’est la nécessité d’une prise
de conscience. Ce matin, M. VIGHETTI a ouvert les débats en
lançant un "cri d'alarme". Je souhaiterais qu'il puisse se
transformer en note d'espoir, et que nous puissions changer
l'inquiétude en projet.
Jean-Bernard VIGHETTI
En complément, je voudrais faire une synthèse succincte de ce qui
a été dit ce matin, ne serait-ce que pour Monsieur le Maire de
Quimper qui vient de nous rejoindre, ainsi que pour Monsieur le
Maire de Tréguier, Président de l'Association des Petites Cités de
Caractère.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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Il subsiste, encore aujourd'hui, une forte densité de Métiers d'Art
en Bretagne, par rapport à d'autres régions de France. Le chiffre
de 1 200 à 1 300 professionnels ou ateliers a été évoqué. Au
Québec, où est mise en œuvre une politique particulièrement
pertinente, on trouve 2 000 professionnels environ, pour six
millions d'habitants. Avec quatre millions d'habitants en Bretagne
historique, la densité des professionnels Métiers d'Art est à peu
près équivalente.
"Il existe en Bretagne un grand
nombre de savoir-faire non
répertoriés. C'est un véritable
trésor qui risque de disparaître
si leur transmission ne se fait
pas, ou si aucun collectage n'est
réalisé. L'association Dastum
avait été créée en Bretagne pour
sauver la tradition orale.
Aujourd'hui, […] il est
scandaleux qu'aucune action de
cette nature n'ait été menée en
faveur des Métiers d'Art, ne
serait-ce que pour préserver ou
conserver visuellement ces
savoir-faire."
Il existe en Bretagne un grand nombre de savoir-faire non
répertoriés. C'est un véritable trésor qui risque de disparaître si
leur transmission ne se fait pas, ou si aucun collectage n'est réalisé.
L'association Dastum avait été créée en Bretagne pour sauver la
tradition orale. Aujourd'hui, malgré tous les moyens techniques
dont on dispose, il est scandaleux qu'aucune action de cette nature
n'ait été menée en faveur des Métiers d'Art, ne serait-ce que pour
préserver ou conserver visuellement ces savoir-faire. Beaucoup de
professionnels arrivent à la retraite, et la question qui se pose est
de savoir qui leur succèdera ? Il fut un temps où certains grands
professionnels, comme M. PALAMOUR, ébéniste hors pair, ont
formé et poussé vers l'excellence quantité de jeunes. Aujourd'hui,
ces personnes ne sont plus là, ou sont proches de la retraite, et il
semblerait que le témoin ne se transmette plus. Et ce, malgré les
expériences tentées de transmission des savoir-faire rares. Car ces
actions, que nous avons évoquées ce matin, n'ont pas vraiment
pris d'ampleur.
Il a également été dit qu'un certain nombre de ces métiers n'ont
plus de débouchés. Or, nous avons bien vu, au travers de
l'exemple de la construction en terre, que cette technique qui
semblait complètement périmée retrouve aujourd'hui une
modernité, y compris dans la construction contemporaine. Je
pense notamment à ce qui a été fait par la COOP HLM de
Rennes, qui a utilisé cette technique traditionnelle de mise en
oeuvre de la terre pour la construction d'immeubles HLM.
En dernier lieu, ce qui nous inquiétait également, c'est la
déstructuration du secteur. Le Collectif Métiers d'Art Bretagne,
créé par des professionnels, a initié des expériences intéressantes,
telles que la collaboration des professionnels Métiers d'Art avec
des collectivités, ou des professionnels de l'hôtellerie et de la
restauration -Mme GUICHON peut peut-être nous en parler-.
Maintenant que le CMAB a disparu, nous sommes inquiets quant
aux perspectives d'avenir de ces initiatives.
Valérie GUICHON
"Parmi les nouveaux marchés à
prospecter ou à développer pour
les Métiers d'Art, il y a celui du
tourisme culturel. […] Une
expérience est en cours, mise en
oeuvre par l’association Hôtes
Métiers d’Art Bretagne […] :
manger bon dans du beau."
Parmi les nouveaux marchés à prospecter ou à développer pour
les Métiers d'Art, il y a celui du tourisme culturel. Le rôle des
entreprises et ateliers de Métiers d’Art peut se révéler déterminant
dans l’élaboration d’un produit touristique spécifique, fondé sur
les savoir-faire de caractère et de qualité. Une expérience est en
cours, mise en oeuvre par l’association Hôtes Métiers d’Art
Bretagne, qui est gérée paritairement par des professionnels
Métiers d’Art et des professionnels de l’hôtellerie, restauration et
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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métiers de bouche. Cette association a expérimenté à deux
reprises un lieu de restauration "Métiers d’Art" : manger bon dans
du beau. Une autre expérience est en cours de préparation : elle se
déroulera lors de l’événement les Arts du Feu à Rennes, au mois
de décembre, où vous pourrez déguster dans un lieu appelé "Le
Bol d’Art", des mets de qualité, dans de la vaisselle mise à
disposition par les professionnels Métiers d’Art exposants.
Jean-Bernard VIGHETTI
Voici une autre voie dans laquelle se sont engagés les Métiers
d'Art en Bretagne, sous l'impulsion du Collectif. Il faut donc
absolument que l'on trouve une structure de remplacement.
"Ainsi, nous avons d'un côté,
une volonté des Métiers d'Art
de se trouver un avenir […], et
de l'autre, une dynamique
autour du tourisme culturel et
identitaire. Le problème tient à
ce que ces dernières années, il
n'y a pas eu de rapprochement
entre ces deux dynamiques."
En regard de ce patrimoine menacé, on constate une montée en
puissance du tourisme identitaire, ainsi que du tourisme de
proximité en Bretagne. Aujourd'hui, le tourisme est de plus en
plus fondé sur nos ressources propres, sur les caractéristiques et
spécificités de la Bretagne, qu'elles soient climatiques,
topographiques, environnementales, patrimoniales ou culturelles.
Cette montée en puissance est indispensable pour que la Bretagne
puisse continuer à avoir une activité touristique face à la
concurrence des pays du soleil pour le tourisme balnéaire. Dans le
cadre de cette dynamique, impulsée depuis 1975 par les Petites
Cités de Caractère, depuis 1984 par les Villes d'Art et d'Histoire,
depuis 1987 par les Communes du Patrimoine Rural, et, de
manière plus générale, par le tourisme rural et le tourisme actif,
nous avons besoin des Métiers d'Art. Ils sont indispensables à la
restauration, à la création et à l'animation du patrimoine de nos
villes, lui-même facteur de tourisme identitaire. Sans compter que
dans une société contemporaine qui laisse de plus en plus de place
au virtuel, nous avons besoin de former les jeunes aux savoir-faire
et, de ce point de vue, les Métiers d'Art ont un rôle extrêmement
important à jouer.
Ainsi, nous avons d'un côté, une volonté des Métiers d'Art de se
trouver un avenir, malgré les difficultés qu'ils rencontrent
aujourd'hui, et de l'autre, une dynamique autour du tourisme
culturel et identitaire. Le problème tient à ce que ces dernières
années, il n'y a pas eu de rapprochement entre ces deux
dynamiques, ou -s'il y a eu des rapprochements, ils sont restés
trop limités. Il faut aujourd'hui amplifier ce rapprochement ; c'est
l'objet de cette journée.
Bien des actions sont à mener dans ce sens pour les Villes d'Art et
d'Histoire, les Villes Historiques et les Petites Cités de Caractère,
comme pour les Métiers d'Art. Il est primordial de former les
jeunes aux savoir-faire, de les initier, ne serait-ce que pour susciter
"Peut-être faut-il […] lancer
des vocations et faire naître chez eux le respect du patrimoine.
l'idée d'une Chambre Régionale Peut-être faut-il également, comme je l'ai entendu, lancer l'idée
d'une Chambre Régionale des Métiers d'Art, équivalente au
des Métiers d'Art, équivalente
au Conseil des Métiers d'Art du Conseil des Métiers d'Art du Québec, en lien avec la création,
Québec, en lien avec la création, bien sûr, d'un statut spécifique pour les professionnels ?
bien sûr, d'un statut spécifique
pour les professionnels ?"
Par ailleurs, il est nécessaire de développer des actions de
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
62
coopérations entre les collectivités et le secteur des Métiers d'Art,
comme par exemple, le recours à la commande publique qui a été
évoquée ce matin. M. BENOIT le disait, à travers les différentes
expériences qui nous ont été exposées, comme celles menées dans
le cadre de l'AMAB -je pense à Pontrieux notamment-, nous
voyons bien que des actions fortes de collaboration et de
coopération entre des collectivités et le secteur des Métiers d'Art
peuvent être menées.
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
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Quimper – 20 octobre 2004
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VI - CONCLUSIONS
René BENOIT
Je tiens à remercier Monsieur le Sénateur-Maire de nous avoir
accueillis dans d'excellentes conditions à Quimper, et de nous avoir
reçu à déjeuner à l'Hôtel de Ville. D'autres villes auraient pu être
retenues pour cette journée, mais Quimper méritait d'être choisie.
Mme POSTEC a été une ambassadrice particulièrement
compétente, agréable et dynamique ; à l'aise sur ce sujet, elle nous a
proposé une excellente introduction ce matin, et nous a
parfaitement conduits tout au long de la journée.
Je me dois de remercier également les intervenants ; cela a déjà été
fait ce matin, avant qu'ils n'interviennent mais, très honnêtement,
après les avoir entendus, mes remerciements sont encore plus
"Le message que nous avons grands. Le message que nous avons entendu aujourd'hui, il faut que
nous le portions plus loin. Nos réseaux regroupent une quarantaine
entendu aujourd'hui, il faut
que nous le portions plus loin. de villes, qui représentent une importante population en Bretagne,
avec des leaders, comme Rennes, Quimper, Vannes ou Nantes.
Nos réseaux regroupent une
quarantaine de villes […], avec Nous avons donc les moyens de porter haut ce message, et d'être
entendus.
des leaders, comme Rennes,
Quimper, Vannes ou Nantes.
Nous avons donc les moyens
de porter haut ce message, et
d'être entendus. […]
D'excellentes idées nous ont
été apportées aujourd'hui, et je
suis convaincu que nous avons
mis le doigt sur les bons sujets.
Maintenant, nous devons
traduire ces concepts en
actions concrètes."
Tout ce que nous entreprenons, nous le faisons pierre par pierre et
pas à pas. D'excellentes idées nous ont été apportées aujourd'hui, et
je suis convaincu que nous avons mis le doigt sur les bons sujets.
Maintenant, nous devons traduire ces concepts en actions
concrètes. Il n'existe pas de solution parfaite, mais nous allons
continuer à échanger entre nous. Et, comme pour notre première
Journée Thématique sur l'Architecture en Pan-de-Bois, cette
journée devrait aboutir à l'édition d'un recueil de qualité.
Merci encore à tous. Je suis très heureux que nous ayons pu nous
rencontrer à Quimper. Monsieur le Sénateur-Maire, je vous laisse la
parole.
Alain GERARD, Sénateur-Maire de Quimper
Monsieur le Président, chers amis, Mesdames et Messieurs, nous
sommes très fiers que vous ayez choisi Quimper pour cette journée
de travail. Quimper est une cité tout à fait remarquable sur le plan
historique, et patrimonial, sans oublier les Métiers d'Art. Je pense
que vous avez pu vous en rendre compte lors des visites que vous
"Je n'ai en mémoire que
quelques chiffres : on dit que avez effectuées aux Faïenceries, au Musée Départemental breton,
et à la Cathédrale. Vous avez beaucoup parlé du rôle des Métiers
dans l'existence humaine, le
temps de travail, en 1940, était d'Art. Je suis convaincu qu'il a un potentiel très important dans le
de 75 % ; aujourd'hui, le temps domaine du tourisme culturel. Je n'ai en mémoire que quelques
chiffres : on dit que dans l'existence humaine, le temps de travail,
de travail dans une existence
en 1940, était de 75 % ; aujourd'hui, le temps de travail dans une
humaine tend vers 10 %. On
existence humaine tend vers 10 %. On voit bien l'espace que cela
voit bien l'espace que cela
ouvre au tourisme culturel, auquel les Métiers d'Art doivent être
ouvre au tourisme culturel,
intégrés.
auquel les Métiers d'Art
doivent être intégrés."
Vous avez choisi Quimper pour échanger sur ce thème, et je dois
Seconde Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« Les Métiers d’Art »
Quimper – 20 octobre 2004
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vous exprimer ma fierté de disposer d'un excellent avocat pour
plaider notre cause auprès des décideurs : Mme POSTEC, qui vous
a accueillis ce matin, est passionnée par tout ce qui touche aux arts,
à la culture et au patrimoine. Elle dispose donc de cette délégation
au sein du Conseil Municipal de Quimper, et je dois dire qu'elle sait
faire partager sa passion. C'est pourquoi, je tiens à lui rendre
hommage, puisque l'occasion m'en est donnée.
Vous avez ouvert des pistes de travail extrêmement intéressantes.
Je serais heureux de recevoir les actes de cette journée, afin que
nous puissions mener notre propre réflexion, et voir quelles sont
les contributions que nous pouvons apporter. Nous sommes
adhérents à l'Union des Villes d'Art et d'Histoire de Bretagne
depuis 1989, et vos travaux nous intéressent bien entendu.
Je ne voudrais pas allonger les débats ce soir, parce qu'il n'y a que
les conditions météorologiques que je n'ai pas pu adapter à la
valeur des circonstances, ce qui prouve une fois de plus que le
Maire ne fait pas la pluie et le beau temps, et qu'il faut rester
modeste dans nos capacités. Je voulais vous souhaiter un excellent
anniversaire : vingt ans. Compte tenu de votre contribution aux
collectivités locales, compte tenu des réflexions que vous menez et
que vous nous faites partager, je vous souhaite encore plusieurs
vingtaines d'années d'existence, pour que toute la société, et
notamment les jeunes, profite de ce patrimoine culturel que nous
leur laissons.
Merci pour l'aide et l'éclairage que vous nous apportez, afin que
justement, ces jeunes s'enthousiasment également de tout ce que
vous avez pu vous-même apprécier. Je serais heureux, tout à
l'heure, de vous offrir une petite récréation dans le hall du théâtre.
Tout est prêt. Je n'ai pas l'autorité pour vous inviter
immédiatement, mais dès que vous le pourrez, je vous rejoins de
l'autre coté. Merci beaucoup, merci René.
René BENOIT
Merci. Avant de passer à côté, est-ce qu'il y aurait une réaction ou
une question concernant les échanges de la journée ? Il est possible
que les questions aient déjà été posées : les débats ont été très
vivants ce matin, au cours du déjeuner, et pendant les visites de
terrain.
Jean-Bernard VIGHETTI
Un point positif de cette journée, c'est que certaines personnes,
dont l'enthousiasme pour le secteur des Métiers d'Art était
retombé, repartent de la journée -m'ont-elles dit-, très motivées. Je
pensais notamment à Sylvianne RAFFRAY, de Rennes.
Sylvianne RAFFRAY, Conseillère Municipale de Rennes
En effet. Je vais tenter de mobiliser le plus d'élus possible autour de
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cette idée de soutien aux Métiers d'Art. Il me semble que ce qui fait
le plus défaut au secteur, c'est la communication : faire savoir que
ces métiers existent et qu'ils sont en danger, faute de pouvoir
transmettre leurs savoir-faire.
Jean-Bernard VIGHETTI
Une chose très importante a été dite tout à l'heure, par Madame le
Maire de Châteaugiron, il me semble : il faut que soit mise en place
une politique volontariste de maintien des Métiers d'Art dans les
cœurs de villes. Au Québec, depuis longtemps, une telle action a
été mise en œuvre, par la ville de Québec notamment. Au niveau
des Petites Cités de Caractère, une expérience intéressante a été
présentée au travers de l'exemple de Pontrieux, mais il y a d'autres
communes qui travaillent dans le même sens. Si nous voulons
vraiment soutenir ce secteur, il faut leur donner des moyens
d'exister dans les villes.
René BENOIT
La journée touche à sa fin. Nous allons conclure sur le vingtième
anniversaire de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes
Historiques de Bretagne.
J'ai entendu des mots que j'ai notés. Ils ont été prononcés par vous,
dans la salle ou à la tribune : besoin d'excellence, esprit de
perfection, intelligence de la main, savoir-faire, voire même savoirfaire rare, habileté. Certaines définitions m'ont intéressé parce
qu'on les avait oubliées, comme la manufacture, la main qui fait ;
industrie également, qui sous-tend l'habileté, l'activité.
La créativité doit être commercialisable, car l'artisan d'art doit
pouvoir vivre de son art. Nous avons vu l'exemple de Pontrieux. A
Dinan aussi, nous avons mené une expérience de vente collective,
au moyen d'un commerce de grande qualité, qui fonctionne depuis
quinze ans. Il faut savoir dire aux artisans comment ils peuvent
vivre de leur art et des produits qu'ils fabriquent.
"Accueillir des professionnels
Métiers d'Art dans sa ville,
c'est comme disposer d'un
label de qualité. Mais, ils ne
doivent pas être uniquement
un objet de curiosité. Nous
devons trouver des débouchés
pour leurs productions, afin de
Nous, élus, par le biais de la commande publique, sommes des
donneurs d'ordre importants. Heureusement qu'il existe une
solidarité nationale, sur le plan financier, pour nos projets de
restauration. Car, sans le concours de fonds nationaux, régionaux
et départementaux, bien des opérations de restauration ne
pourraient pas se faire, car trop onéreuses. Cela est vrai à plus forte
raison encore pour les plus petites villes ou communes. Bien
souvent, en effet, les crédits ne sont pas plus importants pour les
petites communes que pour les grandes. Il faut donc renforcer
cette solidarité nationale pour sauver notre patrimoine, et du même
coup, aider les professionnels Métiers d'Art qui le restaurent.
Il y a là une réflexion à approfondir : ce n'est pas seulement une
question d'esthétique, mais également d'économie. Accueillir des
professionnels Métiers d'Art dans sa ville, c'est comme disposer
d'un label de qualité. Mais, ils ne doivent pas être uniquement un
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leur garantir une rentabilité."
Madame le Maire de
Châteaugiron […] nous a
demandé d'être les "fers de
lance, les aiguillons" d'une
politique de sauvegarde et de
valorisation des Métiers d'Art.
A nous, en effet, d'aiguillonner
[…] nos collègues élus […],
même s'il n'est pas toujours
évident de convaincre des
Assemblées : il faut d'abord
convaincre quelques hommes,
puis convaincre l'Assemblée
dans son ensemble. […] Nous
devons […] faire du lobbying.
Car, la Bretagne a une
formidable carte à jouer. Grâce
à notre travail, et à celui
d'autres élus dans d'autres
domaines, beaucoup de
collectivités en ont pris
conscience. Il faut donc
continuer, développer, et ne
jamais s'arrêter.
objet de curiosité. Nous devons trouver des débouchés pour leurs
productions, afin de leur garantir une rentabilité. En rentrant chez
moi, je vais me demander : "qu'est-ce qu'on peut faire de mieux ?
Comment aller plus loin ?"
Quelqu'un a parlé, tout à l'heure, de la "France des Métiers d'Art".
Il me semble que la France est la première destination touristique
au monde, et nous ne devons pas laisser dépérir cette réputation.
En Bretagne, et dans le domaine du tourisme urbain et culturel,
nous avons toujours été moteurs. D'une certaine manière, nous
sommes un laboratoire d'idées et d'actions, en particulier grâce au
concours de M. VIGHETTI.
Nous ne devons pas oublier non plus Mme GUICHON, qui est
intervenue tout au long des ateliers de la journée, relayant parfois
les absents au pied levé. Vous avez apporté, Madame, une superbe
contribution. Vous êtes jeune, vous avez une solide expérience, il
ne faut pas qu'on vous laisse en bordure de chemin. Nous devrons
vous trouver une fonction pour que vous soyez utile, dans ce que
vous savez faire de bien, et avec passion.
Madame le Maire de Châteaugiron, qui s'exprimait avec
enthousiasme, nous a demandé d'être les "fers de lance, les
aiguillons" d'une politique de sauvegarde et de valorisation des
Métiers d'Art. A nous, en effet, d'aiguillonner et de titiller nos
collègues élus. Nous savons bien comment nous y prendre, même
s'il n'est pas toujours évident de convaincre des Assemblées : il faut
d'abord convaincre quelques hommes, puis convaincre l'Assemblée
dans son ensemble. Et les priorités de ces Assemblées ne sont pas
forcément les mêmes que les nôtres. Nous devons séduire les
Présidents des Conseils Généraux et du Conseil Régional, faire du
lobbying. Car, la Bretagne a une formidable carte à jouer. Grâce à
notre travail, et à celui d'autres élus dans d'autres domaines,
beaucoup de collectivités en ont pris conscience. Il faut donc
continuer, développer, et ne jamais s'arrêter.
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COMMUNIQUE PRESSE
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LES JOURNEES THEMATIQUES
Les Journées Thématiques des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de
Bretagne sont initiées à la demande des représentants des villes (Elus, Techniciens) membres du
réseau, souhaitant la mise en place d'une ou deux rencontres annuelles entre les villes, sur un
thème commun, en matière, notamment, d'entretien et de mise en valeur du patrimoine
architectural urbain.
LES METIERS D'ART, SECOND THEME RETENU
Après l'Architecture en Pans de Bois, et parmi les différents thèmes pouvant être développés à
l'occasion de ces journées, la question de la préservation et de l'accueil des Métiers d'Art dans les
villes a été privilégiée.
En effet, les savoir-faire, qu'ils soient du domaine de la restauration ou de la création, sont les
garants de la sauvegarde et du renouvellement d'un patrimoine de qualité pour les villes à cœur
ancien de Bretagne. Or, aujourd'hui, se pose la question de la préservation de ces Métiers, tant sur
le plan de la viabilité des activités que sur celui de la transmission et de l'évolution des savoirfaire.
Cette deuxième journée a pour objectifs :
•
d'alerter les acteurs locaux quant aux risques de disparition de ces savoir-faire, essentiels à
la préservation du patrimoine des villes ;
•
de tenter d'apporter des éléments de réponse à la question de la préservation et de la
valorisation de ces savoir-faire, par le biais d'échanges d'expériences, et avec le concours de
professionnels des Métiers d'Art.
LA MANIFESTATION
Après une introduction présentant les Métiers d'Art en général, puis la spécificité
bretonne, trois thèmes seront développés, concernant la situation actuelle et les
perspectives d'avenir, la sensibilisation et la valorisation des savoir-faire auprès du
public, ainsi que l'accueil des Métiers d'Art dans les Cités d'Art de Bretagne.
Les interventions et témoignages d'expériences des villes se feront sous forme de tables
rondes. Des visites de terrain, à l'issue des échanges, auront pour objectif d'illustrer ceux-ci.
La Ville de Quimper a donc été retenue pour accueillir cette manifestation, en raison de sa
grande tradition de Métiers d'Art.
Cette journée est destinée aux représentants des villes membres de l'Union des Villes d'Art et
d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne (Elus, Animateurs du Patrimoine, GuideConférenciers, Responsables de Services de Collectivités et d'Offices de Tourisme), aux
représentants de l'Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne, aux partenaires de
l'Union (Conseil Régional de Bretagne, Conseils Généraux, Direction Régionale des Affaires
Culturelles, Services Départementaux de l'Architecture et du Patrimoine, Conseils d'Architecture,
d'Urbanisme et d'Environnement,…), et, bien sûr, aux professionnels des Métiers d'Art.
Sont également associés des étudiants susceptibles d'être intéressés par l'opération (Ecole
d'Architecture de Bretagne, Ecoles des Beaux Arts,…).
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QUIMPER ET LES METIERS D'ART
En 1690, un faïencier provençal s'installe à Quimper et fonde une faïencerie dans le quartier de
Locmaria. Depuis cette date et sans interruption, cette manufacture, puis d'autres créées à la fin
du 18ème siècle, produisent des faïences et des grès utilitaires et décoratifs, quelquefois modestes,
souvent prestigieux. Le nom de Quimper est maintenant lié à l'art et l'industrie de la faïence qui a
popularisé dans le monde entier l'image du "petit breton".
Il était naturel que Quimper s'intéresse à cette partie importante du patrimoine.
Fière de sa tradition, Quimper "Ville d'Art et d'Histoire" est aussi attentive au présent et tournée
vers l'avenir des artistes et des artisans. L'arbre ne doit pas cacher la forêt : certes, la faïencerie est
ici emblématique, mais vivent et travaillent aussi à Quimper et dans les environs des verriers,
potiers, relieurs, ébénistes, luthier, joailliers, décorateurs, brodeurs… dont la présence, souvent
plus discrète, contribue pourtant à la qualité de l'offre, à l'agrément du cadre de vie et au
dynamisme de la création.
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