Femmes et mathématiques : une équation impossible
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Femmes et mathématiques : une équation impossible
Femmes et mathématiques : une équation impossible ? Véronique CHAUVEAU Association Femmes et Mathématiques Titre librement inspiré de celui d’un article de FERRAND (M.), IMBERT (F.), MARRY (C.), « Femmes et sciences : une équation improbable ? L'exemple des normaliennes scientifiques et des polytechniciennes », Formation Emploi, n°55, 1996, Et d’une journée à Telecom INT Evry le 19 janvier 2000 intitulée « Femmes et Ingénieurs : l’équation impossible ? » État des lieux Quelques statistiques Observons les choix des filles et des garçons dans les études secondaires A la fin de la seconde, 41 % des garçons se dirigent vers la série S et à peine 28 % des filles. Pourcentage de filles en Terminale: 46 % en S – 64 % en ES - 82 % en L - 63 % en STT - 96 % en SMS et 8 % en STI ! Pourcentage d'étudiantes dans le premier cycle des universités (2004) : 57 % toutes filières confondues, mais 30 % en sciences fondamentales et applications, 47 % en sciences économiques, gestion, 60 % en sciences de la nature et de la vie, 67 % en première année de médecine, 75 % en langues. Pourcentage d'étudiantes dans les filières sélectives Parmi les bacheliers, les garçons sont deux fois plus nombreux que les filles à choisir : une CPGE : 19,9 % contre 9,4 % des filles un IUT : 14 % des garçons contre 7 % des filles En CPGE, on trouve 42 % de filles inégalement réparties dans les différentes filières : Lettres : 75 % Economie : 50 % Sciences : 30 % MP : 28% et MP* 20 % seulement ! Dans les écoles d'ingénieurs, 25 % des étudiants sont des étudiantes. Quelques commentaires autour de ces statistiques En 2005, les filles et les garçons n’ont toujours pas les mêmes parcours à l’école. Les filles réussissent mieux scolairement que les garçons, quel que soit le niveau d’enseignement et quelle que soit la filière ou la discipline considérée. Lors des évaluations nationales des acquis scolaires à l’entrée en CE2 et en sixième, les filles obtiennent en français de meilleurs résultats que les garçons, les scores en mathématiques étant quasiment identiques. Ce constat est confirmé au moment des journées d'appel et de préparation à la défense, comme par les résultats de l'enquête internationale PISA1 sur les compétences des adolescent-e-s de 15 ans. En 2004, 68 % d’une génération de filles obtiennent le baccalauréat contre 56 % de garçons. L’objectif de 80 % d’accès au niveau du baccalauréat (niveau IV) est ainsi presque atteint par 1 L'enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) vise à mesurer et comparer les compétences des élèves de 15 ans dans l’ensemble des pays de l’OCDE : PISA 2000 portait principalement sur la compréhension de l'écrit ; PISA 2003 sur la culture mathématique ; PISA 2006 sera consacrée à la culture scientifique. http://educ-eval.education.fr/evalint.htm les filles avec un taux de 76 % contre 64 % pour les garçons. Enfin, l’objectif de 50 % d’accès à un diplôme du supérieur est réalisé par les filles puisque cinq filles sur dix sortent du système éducatif diplômées du supérieur contre quatre garçons sur dix. Bénéficiant de cet avantage, les filles ont des parcours scolaires plus aisés et fluides que les garçons. Elles atteignent plus souvent et plus jeunes qu'eux le terme de l'enseignement secondaire, et comme leur réussite au baccalauréat est supérieure, elles sont depuis longtemps majoritaires dans les rangs des bacheliers, en particulier dans l'enseignement général. Mais les filles et les garçons choisissent des voies différentes à chaque palier d’orientation scolaire : dans l’enseignement secondaire il s’agit des options en seconde, des séries en première. Après le baccalauréat, les jeunes filles vont davantage à l’université, les garçons en CPGE et en IUT. Les filles sont sur-représentées dans les filières littéraires du supérieur, dans les filières professionnelles des services, dans les IUFM et dans les écoles paramédicales et sociales. Les garçons le sont dans les filières scientifiques et industrielles et, notamment, dans les IUT et les écoles d’ingénieurs. Pour en savoir plus, consulter « Les filles et les garçons dans le système éducatif » http://www.education.gouv.fr/cid1807/les-filles-et-les-garcons-dans-le-systeme-educatif.html Ceci aboutit à une répartition très contrastée de l’enseignement supérieur qui offre une image tripolaire : d’un côté des formations très féminisées (plus de 60 % de femmes), comme les écoles paramédicales et sociales, les IUFM, les écoles vétérinaires, la pharmacie et les écoles de journalisme, d’un autre côté des formations très masculines (plus de 60% d’hommes), comme les universités de technologie, les formations d’ingénieur, les instituts nationaux polytechniques, les IUT et, dans une moindre mesure, les CPGE (41,5 % de femmes globalement, mais 30 % pour les CPGE scientifiques), et entre les deux un groupe de formations dont la mixité est plus ou moins équilibrée (la proportion de femmes y est comprise entre 48 et 59 %) comme l’université (hors IUT et hors écoles d’ingénieurs), les écoles juridiques et administratives, les STS, les écoles d’architecture et les écoles de commerce. Dans la vie professionnelle 2 : Dans l’enseignement supérieur, en 2003, les femmes représentaient: 38% des maîtres de conférences (MC) et 16% des professeurs (PR). Les situations sont contrastées suivant les disciplines. En Droit : 41% MC, 19% PR En Lettres : 51% MC, 29% PR En Sciences : 31% MC, 11% PR Dans la recherche : 20 % de femmes pour la recherche en entreprise, 30 % dans la recherche publique, Mais les situations sont très contrastées suivant les branches: En Maths entre 18 et 20 %, Dans la Chimie autour de 32 et 26 %, En Informatique autour de 18 %, etc. Les proportions d’hommes et de femmes varient aussi selon les niveaux hiérarchiques Explications historiques 2 Regards sur la parité sur le site de l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE) http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/femmes_et_hommes.asp La première explication rationnelle qui vient à l’esprit est que les filles ont accès depuis moins d’un siècle aux études supérieures. Il est important de rappeler quelques étapes importantes de la longue marche vers l’éducation : 1880 : la loi Camille Sée instaure l’enseignement secondaire féminin. Dans les lycées de filles on enseigne la morale, la littérature classique, les langues vivantes, des « éléments de sciences », mais pas les matières nobles : grec, latin, philosophie. De plus, le cursus de cinq années (au lieu de sept pour les garçons) ne conduit pas au baccalauréat, mais à un diplôme de fin d’études secondaires qui ne donne pas accès à l’université. 1924 : les programmes de l’enseignement secondaire (hormis les cours de couture pour les filles et de travaux manuels pour les garçons), ainsi que le baccalauréat, deviennent identiques pour les filles et les garçons. Les portes de l’université s’ouvrent enfin aux filles ! 1975 : la loi Haby oblige à la mixité dans tous les établissements publics primaires et secondaires d’enseignement. 1981 : fusion de l’Ecole normale supérieure (ENS) de jeunes filles de Fontenayaux-Roses avec celle de garçons de Saint-Cloud (aujourd’hui les écoles scientifiques et celles de lettres et sciences humaines sont à Lyon). 1985 : fusion de l’ENS de jeunes filles (ex-Sèvres) avec l’ENS Ulm. Avant ces deux fusions, le nombre de places en mathématiques et en physique dans les ENS de filles était à peu près la moitié de celui des ENS de garçons, ce qui revenait à un système de quotas. Depuis 1985, à l’ENS Ulm, les filles représentent en moyenne environ 10% des entrants en physique, et un pourcentage encore plus faible en mathématiques. Cette situation, qui perdure, est regrettée par tous, sans qu’aucune mesure pratique n’ait été prise pour la modifier. 2000 : Une convention interministérielle (entre le ministère de l'Emploi et de la solidarité, le ministère de l'Éducation nationale, de la recherche et de la technologie, le ministère de l'Agriculture et de la pêche et le secrétariat d'État aux Droits des femmes et à la formation professionnelle) est signée le 25 février afin de mettre en œuvre une politique globale d'égalité des chances entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif. Cette convention comporte trois séries de mesures : - améliorer l’orientation scolaire et professionnelle des filles afin d’élargir leurs choix professionnels ; - lutter contre les représentations stéréotypées des femmes et des hommes, en intégrant la question du sexisme et la réflexion sur leurs rôles sociaux respectifs dans les programmes scolaires ; - promouvoir l’égalité, notamment à travers les matières obligatoires dans les instituts de formation des maîtres (IUFM), et valoriser le rôle des femmes dans l’enseignement et la recherche universitaire, ainsi que dans les programmes. 2006 : Une nouvelle convention interministérielle pour l'égalité des chances entre les filles et les garçons dans le système éducatif vient d’être signée pour la période 2006-2011. Elle réaffirme la nécessité de développer une approche globale dans l'ensemble de la démarche éducative, notamment dans le cadre de l'orientation et de l'éducation à la citoyenneté, en associant les efforts de 8 ministères : Emploi, Éducation nationale, Justice, Transports, Agriculture, Culture, Cohésion sociale, Enseignement supérieur. Elle prendra en compte les avancées de la Charte de l'égalité entre les femmes et les hommes élaborée en 2004 par le ministère des Affaires sociales, du travail et de la solidarité. Image des mathématiques Commençons par faire le point sur un certain nombre d’idées reçues sur les mathématiques. D’abord sur la discipline elle-même : les mathématiques sont considérées comme une science morte, fossilisée et stérilisante qui empêcherait de communiquer avec les autres, et servirait uniquement d’outil de sélection. Elles sont associées à des mots tels que « rigueur », « logique », « dures », « matière de sélection », « masculines », « difficiles »… Dans son Dictionnaire des idées reçues, Gustave Flaubert (1821-1880) a soigneusement noté, en face du mot mathématiques : « dessèchent le cœur ». Il faudrait peut-être insister sur le rôle de l'intuition, de l'imagination en mathématiques, de la beauté, de la notion de langage universel. Les jeunes ne connaissent pas de mathématiciens ou alors, à partir du collège, ils citent Thalès et Pythagore mais, évidemment, aucune mathématicienne. Pourquoi aurait-on besoin de mathématiciens vivants puisque tout a déjà été démontré en maths ! Ils sont très étonnés d’apprendre que les mathématiques sont vivantes, foisonnantes, qu’il y a environ 100 000 mathématiciennes et mathématiciens à travers le monde dont 6000 en France. Peu de Français savent que leur pays est considéré comme la deuxième puissance mathématique de la planète, derrière les Etats-Unis. Pour se convaincre de la richesse des mathématiques, il suffit de regarder l’évolution du nombre de publications recensées dans Mathematical Rewiews, une revue publiant de brefs résumés de tous les articles originaux qui paraissent. En 1940, la publication annuelle atteignait l’épaisseur d’un gros dictionnaire, En 1970 un volume de cette importance était seulement consacré à l’index des articles. Actuellement, un an de publication remplirait 2 énormes valises. Les chercheurs reçoivent même des récompenses pour leurs travaux. Pas de prix Nobel en math mais la médaille Fields. C’est la plus haute distinction internationale accessible en mathématiques, elle est réservée aux chercheurs âgés de moins de 40 ans. Plusieurs médaillés Fields sont français : Laurent Lafforgue (2002) succède ainsi à Laurent Schwartz (1950), Jean-Pierre Serre (1954), René Thom (1958), Alexander Grothendieck (1966), Alain Connes (1982), Pierre-Louis Lions et Jean-Christophe Yoccoz (1994). Les journaux parlent rarement de mathématiques. L’année 2000 a été déclarée année mondiale des mathématiques par l’UNESCO et de nombreuses manifestations ont eu lieu à cette occasion, la presse en a fait mention. C’était pour marquer les 100 ans écoulés après un événement important : en 1900, un grand mathématicien David Hilbert avait établi une liste de 23 problèmes qu’il pensait être les plus décisifs pour les mathématiques du 20ème siècle. Beaucoup de ces problèmes se sont révélés très féconds. Hilbert lui-même n’en a résolu qu’un seul et les plus grands noms sont attachés à l’étude de certains d’entre eux. Tous ne sont pas résolus : 12 sont aujourd’hui résolus, 8 autres ont été bien entamés et 3 résistent encore aux chercheurs, nul ne sait quand le programme sera achevé. Pour l’an 2000, plusieurs mathématiciens ont été sollicités pour élaborer un programme analogue mais ils ont tous refusés tant il est difficile de prévoir la manière dont les mathématiques évolueront au cours du 21ème siècle ! Image des mathématiciens, … Passons aux idées reçues sur ceux (et celles ?) qui font des mathématiques, des sciences en général. Devant la désaffection des jeunes pour les études scientifiques, plusieurs enquêtes européennes ont été élaborées pour essayer de comprendre le phénomène. Quand on demande à des enfants de représenter une personne qui exerce un métier scientifique, c’est toujours un homme barbu, à lunettes, entouré de tubes à essai et/ou parlant en équations. De plus, ils affirment que cet homme néglige sa famille et ne s’occupe pas de ses enfants. Ils sont très forts mais incapables de communiquer, complètement obsessionnels. Les exemples de mathématiciens dans les films sont peu nombreux, et ce sont toujours des hommes mais certainement pas des modèles auxquels les adolescents, et encore moins les adolescentes, pourraient avoir envie de s’identifier. Un homme d'exception (2001) réalisé par Ron Howard. Un mathématicien brillant souffre d’hallucinations persistantes qui le font sombrer dans un délire schizophrène paranoïaque. Pi (1998), réalisé par Darren Aronofsky. Max, brillant mathématicien, souffrant de migraines intolérables, est néanmoins sur le point de faire la plus grande découverte de sa vie : décoder la formule numérique qui se cache derrière le marché des changes. C'est alors que tout bascule dans un immense chaos. Will Hunting (1997) réalisé par Gus Van Sant. Will Hunting est un authentique génie en mathématiques mais également un rebelle aux élans imprévisibles. On pourrait faire les mêmes remarques pour les livres mais ils sont moins familiers aux jeunes : Oncle Petros et la Conjecture de Goldbach de Doxiadis Apostolos ou Le théorème de Travolta d’Olivier Courcelle. Stéréotypes sociaux de sexe A toutes les représentations négatives des mathématiques et des mathématiciens évoquées plus haut, communément partagées, s’en ajoutent d’autres concernant spécifiquement les filles, ce qui les décourage encore plus de se lancer dans ces études. Les 3 idées suivantes reviennent systématiquement : - elles sont moins bonnes en math que les garçons (pourtant cela ne repose sur aucune étude sérieuse), - elles n’aiment pas les mathématiques (la preuve, on ne connaît pas beaucoup de nom de mathématiciennes dans l’Histoire et dans les mathématiciens à l’Académie des Sciences section math, il n’y a qu’une seule femme Michèle Vergne) - elles préfèrent les lettres, les langues anciennes. Rappelons que l’accès aux savoirs scientifiques est plus récent pour les filles que pour les garçons auxquels il a longtemps été réservé - après une époque où c’étaient les lettres, et particulièrement le latin et le grec, qui servaient à sélectionner. Il y a 200 ans environ, le célèbre philosophe Kant disait : "Une femme qui sait le grec est si peu une femme qu'elle pourrait tout aussi bien avoir une barbe". D’autre part, les sciences, en particulier les mathématiques, sont en France un domaine très valorisé qui donne accès aux postes de pouvoir. Aussi les femmes n’y sont-elle pas, et ne s’y sentent-elles pas, complètement autorisées. Des études internationales prouvent que cela dépend aussi des pays ! Au Portugal, les maths n’occupent pas le même rôle clef à l’école et dans l’économie, et on trouve plus de femmes dans les études mathématiques. Une occasion de plus pour insister sur le fait que ce n'est pas biologique. Il faut le dire haut et fort, le répéter car malgré le déni des neurobiologistes, certains, certaines, continuent à prétendre qu’il existe des différences « naturelles » entre femmes et hommes3 dans leur 3 Doreen Kimura Cerveau d’homme et cerveau de femme ? (Odile JACOB, Paris 2001) Professeure de psychologie aux Etats-Unis à la Simon Fraser Université. Auteure de Neuromotor mechanisms in human communication (New York, Oxford University Press, 1993) et de Sex and Cognition (Cambridge, Mass : A Bradford Book, MIT Press, 1999),. Doreen Kimura qui, à partir de tests cognitifs, de données hormonales (présence de la testostérone), d’éléments physiologiques (stries des empreintes digitales), du comportement de rats et des rates errant dans des labyrinthes, maintient qu’il est inutile de pousser les filles à faire davantage de maths, qu’elles ne sont pas faites pour cela, et capacité à utiliser un hémisphère cérébral plutôt qu’un autre... ce qui aurait une incidence sur la capacité ou non de faire des mathématiques. Quand une fille a de bons résultats en maths, c’est parce qu’elle a beaucoup travaillé. En revanche un garçon réussit parce qu’il est doué. Les mathématiques sont difficiles pour les filles comme pour les garçons ! Quelques perles… Voici quelques perles trouvées dans les journaux …qui confortent tous les acteurs du système éducatif dans leurs représentations stéréotypées : Parfum de Matheux, Marie-Claire, Septembre 1998 : "Pour la majorité des femmes, le symbole et le nom rappellent de douloureuses prises de tête, flash-back de CM1. La plupart des hommes le reconnaissent infailliblement et frétillent de l'intelligence dès que son nom magique est prononcé. C'est Pi ! Le 3.14 ! L'infini, le nombre d'or, le monde magique des mathématiques poétiques. Givenchy en a fait son affaire en mettant tout cela en parfum. On navigue dans la galaxie aux cotés de Neil Armstrong et de Jules Verne. Pas facile l'approche et cela nous change un peu. Compte à rebours commencé. Mise en orbite tout de suite !" Les différences entre les filles et les garçons, Phosphore, octobre 2003 , enquête de Béatrice Girard Garçons : statistiquement, ils réussissent mieux dans les mathématiques que les filles. Ils sont plus à l'aise en raisonnements abstraits et pour gérer les mouvements de rotation dans l'espace. Les garçons ont même parfois des flashs immédiats de la solution. Filles : leur réaction pourra être celle de la panique en cas d'incompatibilité complète avec tout ce qui ressemble a des maths. Sinon, les filles qui acceptent de s'y plonger pourront aussi bien trouver la solution en appliquant une méthode, mais elles n'auront pas spontanément l'intuition du résultat. Un livre qui a beaucoup de succès..…. Pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières ? de Allan Pease, Barbara Pease Le cerveau féminin dispose d'un corps calleux plus épais de 10 % que celui du cerveau masculin, les femmes ayant jusqu'à 30 % de connexions de plus entre les hémisphères gauche et droit. Voilà pourquoi elles sont capables de marcher, de parler et de se mettre du rouge à lèvres... en même temps. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les femmes sans jamais oser le demander ! Le thème bien connu des différences innées entre hommes et femmes continue à faire recette, y compris chez les femmes qui les brandissent comme excuses. Même l’ancien président de l’université de Harvard est capable d’y croire : « La faible proportion de femmes à l'Université dans les disciplines scientifiques est en partie due à des différences innées.» novembre 2005. Cela lui a valu son poste prestigieux ! L'Education Nationale n'échappe pas aux idées reçues : voir par exemple le sujet national de mathématiques du Bac L (juin 1998). Depuis, il y a eu la signature de la Convention pour la promotion de l’égalité entre les filles et les garçons, entre les hommes et les femmes dans le système éducatif… elles ne pourront jamais y exceller. Ou encore que « la résolution des problèmes est également différente chez les rats mâles et femelles : comme les femmes, les rates utilisent plus souvent les repères dans les tâches d’apprentissage spatial ; elles se servent d’indications, tels des dessins sur les murs, plutôt que des repères géométriques, tels les coins ou la forme des pièces. Cependant, en l’absence de repères non géométriques, elles recourent à des repères géométriques. Au contraire, les mâles utilisent presque exclusivement des repères géométriques. » Pourtant, il est établi qu’à la fin de la troisième, il n’existe pas de différences réelles entre les garçons et les filles en mathématiques. Mais un tri significatif s’effectue quand même dans les poursuites d’études, dont le résultat est d’orienter les garçons dans les prestigieuses filières scientifiques et de décourager les filles de s’y rendre. Les raisons de cette sélection sont multiples. Elles proviennent d’abord des attentes des parents, différentes pour les petits garçons et pour les petites filles. Lorsqu’on les interroge, les parents souhaitent dans 70% des cas une terminale S ou ES pour leur fils, mais dans seulement 45% des cas pour leur fille (Calander 1999). Selon cette même enquête, lorsque l’on demande aux parents les facteurs qu’ils estiment les plus importants pour le bonheur futur de leur enfant, ils citent la réussite professionnelle à égalité avec le bonheur domestique dans le cas de leur fils alors que pour leur fille, le bonheur familial est investi d’un poids trois fois plus important que la réussite matérielle. Certaines difficultés économiques aidant, les parents sont convaincus qu’un salaire n’est plus suffisant dans un couple et les études de la fille prennent donc de l’importance. Si les disciplines scientifiques dures continuent à être perçues comme desséchantes et antiféminines, les parents sont tout de même davantage tentés de jouer la carte de la sécurité professionnelle. Ils ont compris qu’il y a plus d’avenir et de débouchés possibles dans les disciplines scientifiques. Pourtant, les filles seront plutôt orientées vers des écoles d’importance secondaire ou des études courtes comme les IUT. Alors qu’on fera miroiter aux garçons le prestige de la Grande Ecole. Le raisonnement de fond est simple : le salaire de la femme est toujours considéré comme salaire d’appoint. A quoi cela sert-il de pousser sa fille dans des filières où la compétition est si rude, alors qu’il est surtout important qu’elle trouve un bon mari ? Le même conditionnement se poursuit à l’école, bien que les professeurs soient persuadés de ne faire aucune différence entre les filles et les garçons. Marie Duru-Bellat l’a très clairement montré: le professeur de sciences (quel que soit son sexe) va consacrer davantage de temps (20% environ) aux garçons. Manuels et problèmes se réfèrent exclusivement à des centres d’intérêts masculins et ne citent pour ainsi dire aucun modèle féminin. Les filles sont moins souvent interrogées et si elles le sont, elles sont plus souvent interrompues. Le professeur a tendance à féliciter les filles pour la propreté de leur copie et les garçons pour la justesse de leur raisonnement. Finalement, les élèves se conformant aux attentes de leurs professeurs, les filles s’auto-excluent de la compétition. Celles qui survivent à cette sélection ont parfois du mal à résister aux classes préparatoires comme aux cursus scientifiques moins prestigieux. Si elles dominent le sujet, tout va bien. Si elles ont des difficultés, elles seront jugées comme peu à leur place, à la traîne, considérées avec pitié ou moquerie par le reste de la classe, y compris par les filles. Les difficultés se poursuivent dans la recherche du premier emploi, où les jeunes diplômées ont, en plus, le handicap d’être des mères potentielles. Ces représentations influencent les choix d’orientation des jeunes. Garçons et filles sélectionnent leurs activités conformément à ce que les sociologues, les psychologues appellent des « rôles de sexes » Ce sont « des modèles organisés de conduite, assignés dans une société donnée, à l’ensemble des individus appartenant à l’un des deux sexes ». Ils sont relatifs à la fois à des caractéristiques psychologiques et des comportements que l’on attribue plutôt au sexe masculin ou plutôt au sexe féminin mais aussi à des activités (professionnelles, domestiques, de loisirs,…) qui sont censées être « naturellement » spécifiques de l’un ou l’autre sexe (voir travaux C. Marro, F. Vouillot) Ce poids des rôles sociaux de sexe s’exerce au grand jour au moment des orientations scolaires. Les travaux du psychologue Claude Steele et de ses collaborateurs ont montré que, même parmi les bons élèves, la «menace du stéréotype» peut affecter les comportements et les performances des membres des groupes traditionnellement considérés comme «pas bons à l'école» (les Noirs, les beurs) ou «pas bons en maths» (les filles). Il n’est pas question d’envoyer de « force » des filles faire des mathématiques, des sciences ou de la technologie mais de faire prendre conscience aux filles, et aux garçons, de l’existence de ces rôles de sexe, du degré d’adhésion qu’ils manifestent à l’égard de ces rôles et de la manière dont ils influencent leur projet d’avenir. Quelles sont les solutions ??? Institutionnelles À partir de l’année 2000, une volonté politique nouvelle en faveur de l'égalité des chances s’est manifestée. Cela s’est concrétisé par la signature de la convention interministérielle « Pour la promotion de l'égalité des chances entre filles et garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif » le 25 février 2000 De nombreuses missions ont été créées dans les différents ministères et les grands organismes de recherche Mission pour la promotion de l'égalité des chances femmes-hommes dans l'enseignement supérieur, Direction de l’Enseignement Supérieur, Mission pour la parité dans la recherche et l’enseignement supérieur (ministère de la recherche), Mission pour la place des femmes au CNRS….. Ainsi que des comités Comité pour l’égal accès des femmes et des hommes aux emplois supérieurs des fonctions publiques, Comité pour l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans l'enseignement supérieur et la recherche (le dernier né…) Ces structures organisent une veille efficace, réunissent des statistiques, des états des lieux précis, initient des actions, réunissent et redistribuent des fonds, etc. Associatives Les associations femmes et mathématiques, Femmes et Sciences et Femmes ingénieurs interviennent conjointement dans les collèges et les lycées. Devant les élèves pour Promouvoir les filières et les métiers des domaines scientifiques et technologiques porteurs d’emplois Renforcer l’information sur les aides encourageant l’orientation des filles vers ces filières et métiers, tel que le Prix de la vocation scientifique et technique ou le Prix Irène Joliot-Curie, et valoriser le parcours des lauréates. Les associations développent des outils de communication (plaquettes, CD-ROM, colloques, expositions, journées portes ouvertes, etc.). Notre dernier né… le livret intitulé « Femmes et sciences… au-delà des idées reçues ». Il servira d'outil aux enseignant-e-s pour lutter de manière efficace contre les idées reçues sur les études et l’orientation des filles et des garçons. Ce document sera également utile aux conseillères et conseillers d'orientation, aux parents, et aux partenaires des entreprises attentifs à défendre les valeurs d'égalité des chances entre les sexes. Par ailleurs, un diaporama permet aux membres de nos associations d'exposer de manière vivante les idées principales de ce livret. Devant les adultes Les enseignants, les conseillers d’orientation, les chefs d’établissement, les parents jouent, tous, un rôle important. Les former, susciter leur prise de conscience est indispensable pour faire avancer l’égalité hommes-femmes et aussi pour contrecarrer le manque annoncé de scientifiques, de chercheurs et de techniciens. Les informations et les actions relatives à l'orientation des élèves, les rencontres avec des mathématiciennes, avec des femmes exerçant des métiers scientifiques sont des opportunités pour faire évoluer le choix des filles. Des entretiens avec les parents et des stages dans la formation des enseignants contribueraient aussi à améliorer la situation. L'égalité des filles et des garçons constitue pour l'éducation nationale une obligation légale et une mission fondamentale. Réalisée dans les faits depuis que les écoles et les établissements sont devenus mixtes dans les années 70, la mixité scolaire ne recouvre pas pour autant une situation d'égalité entre les filles et les garçons. Trop de disparités subsistent dans les parcours scolaires des filles et des garçons. L'éducation à l'égalité est une condition nécessaire à l'évolution des mentalités. Les écoles, les collèges, les lycées peuvent devenir les lieux d'un vrai apprentissage de l'égalité entre les filles et les garçons. http://www.education.gouv.fr/cid4006/egalite-des-filles-et-des-garcons.html Pour en savoir plus sur les thèmes femmes et mathématiques et Femmes et Sciences Allez naviguer sur le site Elles en Sciences www.elles-en-sciences.org Une courte bibliographie Marie Duru-Bellat, L’école des filles. Quelle formation pour quels rôles sociaux? L'Harmattan 1990. Nicole Hulin Les femmes et l'enseignement scientifique PUF 2002. L.Lafortune et B. Massé Chères mathématiques - Susciter l'expression des émotions en mathématiques Presses de l’Université du Québec, collection Éducation-Intervention 2002 L.Lafortune et C.Solar (Sous la direction de) Femmes et maths, sciences et technos Presses de l’Université du Québec, collection Éducation-Intervention 2003 Cendrine Marro Filles et garçons devant l'école Revue française de pédagogie numéro spécial n° 110, mars 1995 Catherine Marry, Les femmes ingénieures. Une révolution respectueuse, Editions Belin, Perspectives sociologiques, 2004. Nicole Mosconi, La mixité dans l'enseignement secondaire: un faux semblant ? PUF 1994. Nicole Mosconi, Femmes et savoirs. La société, l’école et la division sexuelle des savoirs , L’Harmattan, 2001 Nicole Mosconi (coordonné par) Carrefours de l'éducation, n° 17, janvier-juin 2004, CRDP Académie d’Amiens. Quelques concepts clés pour penser et former à la mixité. La disparition des filles dans les études d'informatique. L'histoire de la mixité à l'ex-école polytechnique féminine. Filles et garçons en éducation : les recherches récentes. S. Regnault, P. Richert, La représentation des hommes et des femmes dans les livres scolaires Rapport au Premier Ministre, La Documentation Française 1997. Françoise Vouillot (sous la direction) Filles et garçons à l'école: une égalité à construire Éditions CNDP, Autrement dit, 1999. Cet ouvrage est un outil de réflexion et de formation sur les réalités de la mixité scolaire. Il propose un panorama des données de recherche et des pratiques pour fonder la pédagogie d’une véritable co-éducation, condition nécessaire pour produire plus d’égalité entre les sexes à l’école. C’est un ouvrage de base, dont la lecture est indispensable à toute personne désireuse de s’impliquer dans des actions d’éducation à l’orientation liées à l’égalité des chances entre filles et garçons. Claude M. Steele, psychologie sociale, Stanford University A Threat in the Air. How Stereotypes Shape Intellectual Identity and Performance Françoise Vouillot Construction et affirmation de l’identité chez les filles et les garçons, les femmes et les hommes de notre société . Numéro spécial de la revue « L’orientation scolaire et professionnelle » vol. 31, n° 4, décembre 2002. Ce recueil d’articles de chercheurs issus de différentes disciplines (neurobiologie, anthropologie, psychologie, psychanalyse, psychodynamique du travail) éclaire la construction et la mise en jeu de l’identité sexuée/sexuelle dans nos comportements, en particulier dans les choix d’orientation des jeunes. Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys, Cerveau, sexe et pouvoir Éditions Belin, Collection Regards sur la science, 2005 Michel de Manassein (coordonné par) De l'égalité des sexes, Paris, CNDP 1995. L'ouvrage est copieux et les vingt-deux contributions présentées offrent un riche matériel de réflexion, essentiellement sur la dimension sexuée des savoirs et sur leurs modes de transmission. L'approche pluridisciplinaire et l'effort évident de clarté de la plupart des auteure-s garantissent la qualité du livre. Quelques sites Internet Ministère de l’Education nationale http://www.education.gouv.fr/ Mission pour la parité dans l’enseignement supérieur et la recherche www.recherche.gouv.fr/ Mission pour la place des http://www.cnrs.fr/mpdf/article.php3?id_article=2 femmes au CNRS Le site commun aux 3 associations femmes Ingénieurs, femmes et mathématiques et Femmes et Sciences www.elles-en-sciences.org Quelques dossiers téléchargeables Bulletin Officiel HS n °10 du 2 novembre 2000 A l’école, au collège et au lycée : de la mixité à l’égalité www.education.gouv.fr/bo/2000/hs10/som.htm en attendant la nouvelle version… Filles et garçons dans le système éducatif 1984-2004, quelle évolution ? Intervention de Claudine Peretti, directrice de la DEP au colloque « De la mixité...à l'égalité dans le système éducatif » en mai 2004 http://www.social.gouv.fr/femmes/gd_doss/egal_fille-garcon/interv_perreti.pdf Des meilleures scolarités féminines aux meilleurs carrières masculines ou comment s'amorce dans l'enseignement supérieur l'inversion des excellences http://www.ove-national.education.fr/francais/en-ligne/files/8mars.pdf Les paradoxes de la mixité filles-garçons à l'école : perspectives internationales, avec une communication passionnante de Catherine Marry de l'IRESCO, organisé par le PIREF http://www.ac-rennes.fr/orient/egalchanc/rapmixite22103.pdf Inégalités en terme de métiers http://www.inegalites.org/article.php3?id_article=82 L’égalité des chances en questions : comment pèsent les orientations scolaires dans l'insertion professionnelle comparée des jeunes hommes et des jeunes femmes http://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/syst/egalite/rapcereq.pdf Brochure de présentation du réseau "Femmes dans les organismes de recherche" http://www.recherche.gouv.fr/parite/organisme/reseaupariteorganismedition1.pdf Représentations, opinions, attitudes des parents d'élève de 3 ème et de 2nde vis à vis de l'école, de l'orientation et du travail Etude selon le sexe des parents et le sexe des enfants. Équipe de recherche partenariale : ORIGINES (ORIentation, Genre et INEgalités des Sexes) / INETOP / CNAM Coordinatrice du rapport Françoise Vouillot. ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/syst/egalite/enquete_parents2004.pdf Pascal Huguet, directeur de recherche au laboratoire de psychologie cognitive d'Aix-Marseille (CNRS) Université de Provence, L’enseignement des disciplines scientifiques dans le primaire et le secondaire http://www.assembleenationale.fr/12/pdf/rapinfo/i3061.pdf