Éthique et Accompagnement

Transcription

Éthique et Accompagnement
été 2011 - N° 15
ASSOCIATION RIVAGE Groupe Interdisciplinaire de Recherche et d’Action en Bénévolat d’Accompagnement
Collection de la Grèce Antique
Musée du Louvre
Chers Amis,
D’après le dictionnaire Robert, l’éthique est « la science de la morale ; l’art de diriger la conduite ».
Jacqueline de Romilly,de l’Académie Française, qui nous a quittés le 18 décembre 2010, dans son
livre La grandeur de l’homme au siècle de Périclès, (éd. de Fallois 2010) s’exprime ainsi : « les textes
philosophiques et notamment ceux de la Grèce Antique… sont des traits révélateurs de la grandeur
de l’homme. Le sens de cette grandeur humaine est un but, une conquête, un effort toujours
renouvelé auquel un homme digne de ce nom doit consacrer toutes ses forces : là résident les
chances de succès. »
Les articles des auteurs qui se sont penchés sur notre dossier « Jusqu’au bout de notre humanité –
Éthique et accompagnement » sont agrémentés de citations en grec ancien afin de situer ce sens
de l’homme, objectif de nos recherches, dans la continuité de cet indispensable apport pour notre
monde actuel qu’est toujours la pensée des philosophes de l’Antiquité. Je vous invite à les lire afin
de partager avec nous leur approche.
Armelle de Cadoudal
RIVAGE
Éditorial p. 1
Vie associative / réalisations p. 2
DOSSIER
JUSQU’AU BOUT DE NOTRE
HUMANITE
Éthique et accompagnement
Conférence sur le deuil p. 3
Un comité d’Éthique, le CREAVie p. 6 / 7
Interview p. 4 / 5
Le Droit … et la Mort p. 8 / 9
« Etienne Pinte », député des Yvelines
L’Éthique et la diversité culturelle p. 10/11
Bibliographie p. 18
Soin de soi, soin de l’autre R. Poletti p. 12/13
Contacts p. 19
Un formateur, C. Dubois p. 14 / 15
Accompagnement et musique p. 16 / 17
RIVAGE
Vie associative
La Résidence Les Lys (Groupe ORPEA)
En mars 2011, Rivage découvre un nouveau lieu d’engagement : la Résidence ORPEA Les Lys,
Établissement d’Hébergement de Personnes Agées Dépendantes (EHPAD), avec une unité
spécifique Alzheimer. A la demande de Monsieur Gwénhaël Stéphant, le Directeur, 4 accompagnants
de Rivage viennent de rejoindre l’unité protégée Alzheimer de cet établissement. Ils sont très heureux de
ce nouvel engagement et de l’accueil chaleureux qu’ils y reçoivent.
Formation initiale d’avril 2011:
7
participants (dont, nouveauté pour Rivage, une majorité de messieurs).
Soutiens
La Mairie de Versailles, le Conseil Général soutiennent Rivage par des subventions annuelles. Nous
les remercions vivement de leur aide indispensable à la vie de notre association.
Les Pompes Funèbres Générales aident aussi Rivage. Nous avons été heureux de leur présence
à la Conférence du 22 mars sur le Deuil et reconnaissants de leur don pour cette année 2011.
Nous les remercions très chaleureusement.
Le Congrès annuel de la SFAP
(1)
17ème Congrès de la SFAP qui cette année s’est déroulé à Lyon du 28 au 30 juin 2011.
1er congrès international francophone d’accompagnement et de soins palliatifs ayant pour thème :
« A la rencontre de nos diversités ». 11 accompagnants bénévoles ou engagés au Bureau ont
représentés Rivages.
L ’Assemblée Générale de Rivage
Le mardi 14 juin 2011, l’Assemblée Générale a réuni une trentaine d’adhérents.
Avant de parler de la vie de notre association, Sylvie Wolff a rappelé les grandes tristesses
qui ont touchées Rivage, le décès du fils d’Isabelle de Raguenel en particulier, ainsi que les
soucis de santé des uns et des autres. A tous, elle a redit notre affection et notre attention très
chaleureuse.
Sylvie Wolff a évoqué l’importance des relations extérieures, indispensables à notre fonctionnement
grâce aux décideurs qui nous soutiennent, puis elle a présenté les différents liens avec Aca 2,
Fréquence Protestante, l’engagement de Marie Quinquis à la SFAP et au CABA, sans oublier les
conférences que nous organisons une fois par an à Versailles, les différentes formations extérieures
données par Rivage, notre présence sur les stands des journées des associations, et, cette année, les 20
ans de Rivage célébrés dans toutes ses pompes dans les salons de l’Hôtel de Ville de Versailles. La qualité
de cette journée a permis d’asseoir profondément le bénévolat d’accompagnement de la fin de vie auprès
des autorités locales bien entendu mais aussi auprès de la population. Nous avons été des témoins car telle
est notre mission.
La bibliothèque Marie Guinet sera de nouveau ouverte après les vacances d’été. Vous recevrez, dès
septembre, des informations précises sur les modalités de prêt, les horaires, les nouveautés. Grâce au
travail minutieux de Christine Marcilhacy et Mariel Nourry, la bibliothèque de Rivage sera désormais à votre
disposition. Nous nous en réjouissons.
Gwénaëlle d’Anterroches
(1) (Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs)
- 2 -
RIVAGE
Vie associative
« Vivre le deuil au jour le jour »
7ème conférence annuelle proposée
par Rivage
Le 22 mars 2011, la 7ème conférence annuelle de
- Posez-lui aussi très régulièrement la
question suivante : où en es-tu aujourd’hui… ?
Il y a 5 aspects à explorer dans cette question :
Rivage, avec la participation du Docteur
Christophe Fauré psychiatre, psychothérapeute (1),
fut un grand succès. Plus de 250 personnes
étaient réunies. Nous avons été heureux du
soutien des PFG (2), de la présence de nos amis
des ASP (3), et des Directeurs d’EHPAD (4). venus
nous rejoindre. La Mairie de Versailles était
représentée par le docteur Périer, conseiller
municipal.
 Où en es-tu aujourd’hui, au niveau physique ?
Santé, sommeil, alimentation, hygiène de vie.
S’il y a un problème de santé, proposez-lui d’aller
chez le médecin.
 Où en es-tu aujourd’hui, psychologiquement ?
Explorez avec elle ses émotions et aidez-la à les
exprimer, sans jugement : la peur, la colère, la
culpabilité, la tristesse, la perte de sens… Suivez
votre cœur, écoutez et n’essayez pas d’apporter
des réponses. Contentez-vous d’être présent et
attentif.
Nous avons choisi de vous retranscrire un
extrait de l’un des points développés ce soir
là, que nous vous invitons à retrouver sur
le site « www.traverserledeuil.com ».
Que dire à la personne en deuil,
comment l’aider vraiment ?
 Où en es-tu aujourd’hui, dans ta relation avec
les autres ?
Assurez-vous régulièrement que cette personne
ne s’isole pas trop, même si les moments de
solitude lui sont indispensables. Laissez-la aussi
exprimer sa joie d’être soutenue… ou son
amertume à se sentir abandonnée par certains…
C’est la grande question que se posent tous les
proches. Voici un « kit de survie relationnel » qui
permet de poser les questions vraiment utiles à
une personne en deuil.
- Invitez-la à vous parler de la personne qu’elle
a perdue et de la relation qu’elle entretenait
avec elle. La personne en deuil que vous
accompagnez ne demande qu’une chose : parler
du proche qu’elle a perdu. C’est un besoin
extrêmement pressant durant les premiers mois du
deuil. Cela fait du bien, cela aide à avancer
intérieurement. N’hésitez pas à demander de
regarder ensemble des photos, afin que la
personne en deuil les commente avec vous.
N’ayez pas peur de sa peine.
 Où en es-tu aujourd’hui, matériellement ?
Difficultés matérielles, problèmes financiers qui
demandent des actions spécifiques. Proposez de
l’aide.
 Où en es-tu aujourd’hui, spirituellement ?
La quête de sens et la remise en question des
valeurs et des croyances sur la vie seront des
enjeux importants au cours de son deuil.
Bref aperçu des moments d’enseignement
que nous avons vécus ce soir du 22 mars.
Moments qui permettent de garder le lien,
d’envisager l’accompagnement des heures
de peine de nos proches avec plus de possibilités
et moins de craintes.
- Invitez-la aussi à parler de ce qui s’est passé.
Faites raconter les circonstances de la maladie, de
la fin de vie, le récit de l’accident … etc. C’est
indispensable pour la personne en deuil qui a
réellement besoin d’en parler. Ce besoin peut
persister pendant des mois ; il est donc important
que vous laissiez cette personne y revenir
spontanément, sans jamais lui dire « Attends : on
ne pourrait pas passer à autre chose ?... ».
Merci Christophe Fauré.
Gwénaëlle d’Anterroches,
avec l’équipe de Soutien au deuil de Rivage
(1) Titres de livres en page 18.
(2) Pompes Funèbres Générales
(3) Association des Soins Palliatifs des Yvelines
(4) Établissement d’Hébergement de Personnes Agées Dépendantes
-3-
RIVAGE
ὁ
Interview
μέν ἐπαινέτης τοῦ δικαίου ἀληθεύει
ou « Celui qui loue la justice est dans la vérité »
(Platon 428/346 av.J.-C; Rép. IX, 589c)
Nous avons eu la joie de rencontrer Etienne Pinte (1), député des Yvelines depuis 1978.
Maire Hippocrate
adjoint de Versailles, chargé de l’enseignement et de la formation de 1977 à 1995,
Maire de Versailles pendant 13 ans de 1995 à 2008. Entre autres charges, Monsieur Pinte
est, depuis 2010, Président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et
l’exclusion sociale.
L’association Rivage est heureuse de proposer à ses lecteurs l’interview d’un homme dont le
sens du Service publique a rempli la vie.
uns et les autres, entre Manuel Valls, mon collègue
G. Monsieur le Député, comment en êtes-vous
venu à travailler pour le Service Public ?
de l’Essonne, qui à cette époque là était assez
réticent en matière d’immigration, et moi-même qui
essayais d’ouvrir la réflexion en disant : « Non,
l’étranger n’est pas un ennemi ».
E.P. Dans mon milieu familial, c’était fondamental.
Je suis issu de 4 générations d’officiers. J’ai
toujours baigné dans cette atmosphère du Service
Public. Je suis le premier à embrasser ce service
sur le plan civique.
G. Avez-vous eu des retours sur les sources de ce
titre ?
E.P. C’était clair pour les chrétiens, pour d’autres
pas nécessairement, mais beaucoup se sont
reconnus dans cette parole. L’important était de
faire passer le message. Dernièrement, pour clore
une nouvelle intervention sur l’immigration, j’ai
repris une phrase du film « Des hommes et des
dieux » (3), lorsque une Algérienne dit au moine
« Les oiseaux c’est nous, la branche c’est vous, si
vous partez nous ne saurons pas où nous poser. »
en souhaitant ainsi que, grâce à notre accueil des
étrangers et à leur présence, nous demeurions une
branche qui puisse servir. Quand cela a été repris
par un parlementaire socialiste de l’Assemblée,
Jean-Marc Ayrault, Député Maire de Nantes, je
n’en croyais pas mes oreilles.
G. Vous êtes, entre autres engagements, Président
du Conseil national des politiques de lutte contre la
pauvreté et l'exclusion. C’est la personne humaine
que vous défendez, chaque vie a du prix ; comment
arrivez-vous à maintenir ce cap du service du plus
démuni ?
E.P. Il y a deux choses parallèles, le côté
humaniste et le côté spirituel, chrétien. Je ne dis
pas que je n’aurais pas eu cette éthique si je
n’avais pas été chrétien ; j’ai des collègues qui ne
croient pas, de très bons amis communistes. Ce qui
nous rapproche, nous rassemble, c’est une certaine
éthique, le sens de l’Homme, l’humanisme : c’est
notre dénominateur commun. L’humanisme peut
être une sorte de spiritualité, celle du service de
l’Homme. Que ce soit en famille ou dans les
engagements politiques, l’Homme doit être au
centre en permanence ; que l’on soit croyant ou non
croyant.
G. Votre notoriété est-elle pour vous une force, un
outil ? Votre parole est entendue, reçue.
E.P. La grande difficulté aujourd’hui, c’est de se
faire entendre. Il faut que votre message sorte de
l’encombrement médiatique quotidien qui nous
submerge à la radio, à la télé, dans les journaux,
sur internet etc.. Ce n’est pas facile. Il est souvent
nécessaire de forcer le trait, ce que je n’aime pas.
Cela demande beaucoup d’efforts, de lancer de
nombreux messages qui ne sortiront pas ou qui
sortiront déformés. Il est important d’avoir un
réseau de journalistes où la confiance se crée.
Mon réseau actuel est constitué plutôt de
journalistes de sensibilité chrétienne. Faire passer
des messages, s’opposer, c’est
un combat
permanent.
G. Votre engagement politique répond donc à une
exigence personnelle.
E.P. Mes engagements, mes convictions humaines
sont baignées dans un environnement chrétien. Il
y a 2/3 ans, il y eut une poussée très violente contre
l’étranger, contre la différence. J’ai fait paraître
dans Libération un article dont le titre était « J’étais
un étranger et tu m’as accueilli » (2) sans donner la
source, de façon à ce que tous puissent s’y
reconnaître. Il fallait que cela soit publié tout de
suite parce qu’il y avait une confrontation entre les
(1)
(2)
(3)
Titres de livres en page 18.
Évangile selon St Matthieu 25 - 35
« Des hommes et des Dieux » film de Xavier Beauvois de 2010,
actuellement en DVD.
-4-
RIVAGE
Interview
le thème du tourisme solidaire – le tourisme
citoyen. Une autre solution, le problème du
chômage et de la formation continue : nous
pourrions mettre en application en France ce qu’on
appelle « l’immigration circulaire ». Ce sont des
contrats à durée déterminée où les pays, les
entreprises s’engagent à prendre des migrants
pour un temps limité, pour une formation initiale et
continue de 5 ans, ce qui permettrait de maîtriser
l’immigration spontanée. Il faut aussi vendre l’idée
que tous les pays qui sont en forte décroissance
démographique ont besoin de main d’œuvre
étrangère, et leur proposer d’accepter
des
contingents de travailleurs africains par exemple.
C’est du gagnant/gagnant : pour les pays d’Afrique
et pour les pays d’accueil. Nous devons faire des
propositions constructives, positives et non pas
n’avoir que des réactions négatives.
G. Quel vecteur de communication préférez-vous :
la radio, les journaux, la télévision, le Parlement ?
E.P. C’est la télévision, s’il s’agit de l’actualité très
forte, par exemple, à propos des événements
démocratiques nés en Tunisie. J’ai des amis
Tunisiens depuis de nombreuses années, je les
avais prévenus de mon intervention télévisée, afin
qu’ils sachent que la France ne les abandonnait
pas. Ils attendaient quelque chose, c’était à moi
d’intervenir.
G. Que pourriez-vous dire sur cet élan de
démocratie du Maghreb que nous voyons depuis
quelques mois, né d’un souffle, sans leader. Nous
sommes étonnés, heureux, craintifs aussi. Nul ne
sait où l’on va, mais que de questions !
E.P. J’ai toujours été passionné par les relations
avec le monde arabe et les relations entre le monde
chrétien et le monde musulman.
Je pensais bien qu’un jour il y aurait une révolte des
peuples sous domination dictatoriale, je pensais
que cela viendrait de l’élite pensante, de la presse,
des avocats, des magistrats, des intellectuels etc..
C’est parti de cet étudiant diplômé au chômage qui
s’est suicidé. Cela a été un détonateur : le peuple
s’est révolté et tout s’est enchaîné. De la Tunisie
est parti la démocratisation, le réveil des peuples
arabes. Le plus petit pays arabe a déclenché cet
élan suivi par l’Égypte, la Libye, le Maroc qui
change aussi, le Yémen, la Syrie et même au Liban
où 10 000 personnes ont réclamé la laïcité, dans ce
pays très confessionnel.
Nous vivons un moment extraordinaire, encore
faut-il que l’on soit suffisamment ouvert pour
comprendre, pour ne pas prononcer de mots
malheureux, pour ne pas avoir de réactions qui
peuvent être interprétées comme la négation de ce
qu’ils font. Je suis très ennuyé par certaines
réactions en France. Ces peuples sont en train
d’essayer de s’ouvrir, de vivre la démocratie et
nous, dans le même moment, nous envoyons des
messages négatifs de peur tel ce fameux débat sur
l’Immigration à l’Assemblée Nationale, ce débat sur
la laïcité ; j’en suis assez malheureux. Il faut plutôt
être positif et faire des propositions, quand les
Tunisiens nous disent : « Aidez-nous à gérer et à
conforter notre révolution », ils ont besoin de
remettre en marche leur économie ; alors, que les
Français reviennent y prendre une partie de leurs
vacances, d’autant qu’à l’heure actuelle les prix
sont imbattables ! Il ne faut pas uniquement se dire
que c’est à l’État de faire ceci ou cela, il faut
associer les Français : vous aussi vous pouvez
faire quelque chose. C’est une promotion sur
Il ne faut jamais oublier une chose, tout ce que l’on
fait vis-à-vis des pays du Maghreb a des
répercutions indirectes chez nous auprès de tous
ceux qui sont issus de ces pays là. Les jeunes
maghrébins de 2è et 3è génération, français et
musulmans bien sûr, chaque fois que l’on parle mal
des pays du Maghreb, ont l’impression que l’on
égratigne indirectement leurs origines, ils
réagissent. Ils sont très sensibles à cela.
G. « Jusqu’au bout de notre humanité », le thème
de ce journal me permet de vous demander
comment vous abordez la question de la Vie, de
l’éthique, et depuis quand y êtes-vous confrontée ?
E.P. La première fois où je me suis engagé en tant
que chrétien et politique sur la Vie, c’était en 1981
au moment de l’alternance, lorsque Robert
Badinter, Ministre de la justice, a proposé d’abolir
la peine de mort. Nous n’étions pas beaucoup dans
l’Opposition à le suivre, nous n’étions que 18. Je
suis intervenu pour l’abolition de la peine de mort.
Beaucoup étaient contre ma position, mais c’était
ma conviction d’homme, et j’ai tenu bon. Les
sondages disaient que les Français étaient pour la
peine de mort. Ce n’est pas à travers les sondages
que l’on fait la politique, que l’on montre l’exemple,
que l’on s’engage. Il faut être en adéquation avec
ses convictions. Dans le milieu confessionnel que
je côtoie à Versailles, beaucoup de mes
concitoyens sont profondément humains et
chrétiens, ils ont adhéré à la décision de Badinter.
La Vie est sacrée. C’était la première fois que
j’étais confronté à une position politique sur la Vie.
Il est évident que, dans la continuité de mes
engagements sur les questions de la vie et de la
mort, je ne peux imaginer voter que contre
l’euthanasie.
Gwénaëlle d’Anterroches
Interview de Etienne Pinte, député des Yvelines
Rivage – lundi 14 mars 2011
-5-
Éthique et accompagnement
Un comité d’éthique
δ
ικαίου πολίτου κρίνω τήν τῶν
πραγμάτων σωτηρίαν ἀντί τῆς ἐν
τῷ λέγειν χάριτος αἰρεῖσθαι
ou « Je crois d’un bon citoyen de préférer les paroles
qui sauvent aux paroles qui plaisent. »
(Démosthène, 384/322 av.J.-C. 2è Olynthienne)
Le CREAVie,
un comité d’éthique dans une
association d’accompagnants bénévoles
«La morale est une partie de la philosophie qui
traite de la façon dont il faudrait vivre. C'est la
science du bien et du mal et c'est aussi
"l'ensemble des règles d'action et de valeurs qui
fonctionnent comme normes dans une société». (1)
Le guetteur
Tapisserie de Bayeux
Malheureusement, ou peut-être heureusement,
a contrario du dicton : «il en est de la culture
comme de la confiture : moins on en a plus on
l’étale» plus on approfondit la culture et la réflexion
éthique, moins on est sûr de pouvoir en faire
l’étalage.
Quand la morale, qui traite des devoirs et des
obligations que l'homme se donne pour bien vivre
en société, se fait concrète et suscite un débat qui
interroge sur le bien-fondé d'en appliquer les
principes à des situations particulières, et que ces
principes mettent en jeu des valeurs humaines,
elle est appelée éthique. C'est alors une réflexion
philosophique sur le sens et la légitimité morale
d'une pratique déterminée.
Pour nous accompagnants bénévoles, les
réponses trouvées ouvrent toujours des portes sur
de nouvelles interrogations :
 Comment « bien vivre avec et pour autrui… par
la sollicitude à la fois exercée et reçue », selon les
principes de Paul Ricœur (3), alors que l’on est soimême bien portant, face un autre en situation de
« patient » dont la sollicitude ne s’exerce qu’à
travers le filtre de la souffrance ?
Le bénévole qui accompagne des personnes en fin
de vie ou en situation de handicap vit des relations
humaines d'exception qui l’amènent à des
questionnements éthiques qui sont aussi,
parfois, des débats de société (ex : la demande
d'euthanasie). Au-delà de son bénévolat, il
cherche alors des réponses à ses questions et se
tourne vers les spécialistes de la réflexion éthique
médicale et des soins. Pour ma part, j’ai trouvé à
l’Espace Éthique (2), un enseignement éclairé,
bienveillant et de qualité qui m’a permis, au cours
d’un D.U. d’Éthique, d’apporter quelques
réponses à mes interrogations.
 Comment -convaincus que la Dignité est
ontologique, propre à l’Humain, inaliénable et que,
par conséquent, elle ne peut être confondue avec
l’estime de soi dictée par le regard des autres dans
une société sans indulgence- trouver les mots qui
apaisent et certifient au patient que, malgré ses
grandes faiblesses qui le rendent vulnérable, il
reste homme (ou femme) digne d’amour et de
respect jusqu’à son dernier souffle ?
(1) Petit dictionnaire Larousse, (1986)
(2) Espace éthique - Hôpital Saint Louis (AP-HP)
(3) Paul Ricœur « Soi-même comme un autre » éd. du Seuil (1990)
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Éthique et accompagnement
Un comité d’éthique
 Comment -certains que l’ultime liberté n’est pas
celle de choisir une mort assistée qui mettrait
précisément fin au libre-arbitre de la personne qui
en réclamerait l’usage- répondre à ce vieillard qui,
épuisé de vivre, demande d’en finir enfin ?
 Comment -alors que nous croyons avec Jean
Bernard (4) que, lorsqu’on ne peut plus ajouter de
jours à la vie, il faut ajouter de la vie aux jourstrouver la bonne distance face à celui qui refuse
son destin de mort incontournable ?
Apparition de la comète de Halley en 1066
Tapisserie de Bayeux
 Comment ….?
Notre premier Avis :
« Position du CREAVie sur la fin de vie,
l’euthanasie et le suicide assisté »,
émis le 30 juin 2009, nous demanda plus près
d’une année de travail. La réflexion faisait suite à la
parution du décret d’application de la loi Leonetti (6)
(février 2006). Les bénévoles, qui désiraient,
connaître la position de l’association Rivage sur ces
sujets, avaient sollicité le Bureau de l'association.
L'Avis n°1, validé par le Conseil d’Administration de
Rivage, donna lieu à une formation continue de
tous les bénévoles ainsi qu’à une diffusion externe.
D.U. d’Éthique ou pas, le bénévole se pose toujours
des questions. Il s'interroge sans cesse et ce,
même quand il fait partie du pôle formation sensé
apporter un savoir aux nouveaux bénévoles en
formation initiale.
Le CREAVie de l'Association Rivage (Comité de
Recherche en Éthique d'Accompagnement pour la
fin de Vie) est né des interrogations des bénévoles
du pôle formation de notre association. C'est à eux
que j'ai proposé ces moments de pensée partagée
qui allaient constituer ce que nous appelons
aujourd'hui sans modestie notre "Comité d'Éthique".
Ils ont accepté d’emblée, apportant leurs propres
questionnements à la réflexion commune.
Le deuxième Avis :
« Position du CREAVie sur l’accompagnement
de la vieillesse, de ses épreuves et de ses
transformations »,
est en cours d’achèvement. La réflexion s’est
avérée plus difficile, sans doute parce que le sujet,
qui pourtant nous tenait tous à cœur, demandait
une distance bien plus difficile à trouver. Nous
avons eu recours à de nombreuses lectures et
avons profité de l'expérience de ceux d'entre nous
qui accompagnaient les personnes âgées en
institution ou à domicile. L'Avis n° 2 paraîtra à
l’automne 2011.
L’objectif premier était de fournir aux bénévoles de
Rivage un avis clair, argumenté, facilement
compréhensible et représentatif de la position
éthique de Rivage. Le CREAVie prétendait
également écrire et publier ses avis afin de
contribuer à la réflexion éthique liée à la fin de vie.
Nous appuyant sur les principes de discussion
d’Habermas (5) selon lequel « on est plus intelligent
collectivement que seul », nous avons ensemble
rédigé nos statuts et établi des modes de
fonctionnement qui nous permettent d'aller au-delà
de la réflexion individuelle.
Je voudrais ici remercier les participants du
CREAVie pour leur implication et la profondeur de
leur réflexion, mais aussi pour leur amitié qui a
permis, au cœur du groupe de réflexion, que des
liens se tissent autour d’un travail constructif basé
sur des diversités à tout moment complémentaires.
Il s'agit de travailler avec sincérité, en respectant la
parole et les sensibilités de chacun des participants.
Les idées avancées sont argumentées et exprimées
de façon claire, évitant toute implication
personnelle.
(4)
(5)
(5)
(6)
Les Avis du CREAVie sont disponibles auprès du
secrétariat de l’association Rivage. N'hésitez pas à
nous faire part de vos commentaires et
suggestions.
Jean Bernard : médecin français, spécialiste d'hématologie et de cancérologie,
premier président du Comité consultatif national d‘Éthique
Jürgen Habermas, philosophe et sociologue allemand , « Éthique de la
discussion » collection Passages (1992)
Jean Leonetti, cardiologue, député des Alpes-Maritimes et Maire d’Antibes a
présidé la « Mission parlementaire sur l’accompagnement de la fin de vie » en
2004, qui a conduit à la «loi relative aux droits des malades et à la fin de vie »
du 22 mars 2005 dont il fut le rapporteur au Parlement. Décret d’application en
2006.
Catherine Farcet Badolato
Bénévole du pôle formation – Coordinatrice du CREAVie
[email protected]
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Éthique et accompagnement
μ
Le Droit … et la Mort
άλα φιιλοσόφου τοῦτο τό πανθος,
το θαυμάζειν
ou « C’est la vraie marque d’un philosophe que le sentiment
d’étonnement. » (Platon 428/348 av. J.-C., dialogue avec Théétète, 155d)
Bernard Beignier est professeur à la Faculté de droit de l'Université de Toulouse I.
Depuis 2006, il est le Doyen de la Faculté de droit de Toulouse. Nous sommes
heureux de vous proposer un de ses articles qui illustre la mise en pratique de
l’éthique.
Existe-t-il un droit à la mort ?
à qui on peut l’opposer), c’est une
liberté civile (qui se distingue de la
liberté
publique).
Encore
plus
exactement, selon
la
récente
jurisprudence du Conseil d’Etat, c’est
une liberté personnelle. En la matière,
le droit s’abstient.
Il y aura toujours des situations
dramatiques, comme celle de Chantal
Sebire. Il y a aura toujours des
exceptions.
- La question est de savoir si une
exception justifie de poser un principe.
- L’autre question est de savoir si un
principe interdit des exceptions.
Si le suicide était un droit, le Code
pénal (art. 224-13 s.) n’incriminerait
pas la provocation au suicide (ce qui
suffit à démontrer que le suicidé est un
être en souffrance qu’il faut aider et
non pas délaisser à lui seul) ; il n’y
aurait pas non plus, chaque 5 février,
une journée nationale de lutte contre le
suicide. Si le suicide était un droit, les
pompiers et les soignants qui
parviennent souvent à sauver ceux qui
ont tenté de mettre fin à leurs jours,
devraient être poursuivis pour atteinte
à la liberté personnelle.
Il existe un « droit de la mort » qui va
de la loi Leonetti, du 22 avril 2005, sur
la fin de vie, jusqu’au droit relatif aux
funérailles et aux sépultures. Il n’existe
pas un « droit à la mort » ; tant la Cour
européenne des droits de l’homme
(Diane Pretty, 29 avril 2002) que la
Cour suprême des Etats-Unis (26 juin
1997) l’ont affirmé. Le fait que le droit
français ne se prononce pas sur le
suicide, par respect d’un acte touchant
au tréfonds de la conscience, par
pudeur, surtout par sens de la relativité
de sa force, ne signifie nullement qu’il
en découle un droit subjectif. Le
suicide n’est pas un droit (ce qui
suppose un débiteur à qui il est permis
d’en demander l’exécution ou un tiers
Peut-on, dès lors, réclamer une « aide
au suicide » ? Le droit français doit-il
admettre le « suicide assisté » ? L’on
sait qu’une malencontreuse rédaction
de deux articles du Code pénal suisse
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Éthique et accompagnement
Le Droit …et la Mort
• Où, dans la revendication d’un droit
de tuer qui pourra, sous couvert de
commisération, dissimuler d’autres
sentiments,
d’autres
pulsions
inavouées ?
(tel n’était absolument pas le dessein
de leurs rédacteurs) a abouti à
développer une sorte de « tourisme
létal » qui préoccupe les autorités
publiques helvétiques : d’une exception
certains ont voulu dégager un sombre
principe.
On ne le légifère pas pour le cas
particulier, mais pour le cas général.
Peut-on avoir une autorité, judiciaire ou
non, qui dispose de la légitimité pour
permettre un acte qui demeure,
fondamentalement,
homicide
?
L’exemple
hollandais
avec
un
questionnaire
pourtant
méticuleux
apporte la démonstration de : qu’il est
impossible de prévoir par avance des
exceptions. Par arrêt du 24 décembre
2002, la Cour suprême des Pays-Bas a
dû dire que la loi ne pouvait
légitimement s’appliquer à la demande
d’un dépressif, pourtant dûment
euthanasié.
On ne condamne pas l’acte dont
l’essence n’est pas criminelle.
La justice est dans cet équilibre : dire
où est l’essentiel, comprendre l’acte
circonstanciel.
Bernard Beignier
Professeur de droit à l’Université de Toulouse,
co-auteur d’un ouvrage sur l’Euthanasie
(Que sais-je ?)
Le droit français a les moyens de
trouver des solutions justes, humaines,
raisonnables à des situations « hors
normes ». Depuis toujours, et l’affaire
Humbert en a apporté la preuve
parfaite, le Ministère public dispose du
droit de ne pas enclencher des
poursuites, s’il l’estime préférable pour
des considérations d’ordre public. L’on
dira alors que la loi est « hypocrite ».
Mais où se trouve l’hypocrisie ?
• Dans l’extrême prudence du droit qui
estime que la loi ne peut justifier un
acte de mort, mais qui considère aussi
que certains actes échappent à la
sanction ordinaire de la loi faite pour
punir les vrais criminels ?
Le livre des Morts du prêtre Hornedjitef
1er siècle avant J.-C.
Département des Antiquités égyptiennes
Musée du Louvre
-9-
Éthique et accompagnement
Λ
et la diversité culturelle
όγοι μήν εἰσιν ἐν ἐκάστοις ἡμῶν,
Sœur Nathanaëlle
ἃς ἐλπίδας ὀνομάζομεν
ou « Il y a en chacun de nous des calculs que nous nommons espérance. »
(Dialogue de Platon 428/348 av. J.-C., Le Philèbe, 40a)
Isam Idris, dans ces lignes, partage avec nous la richesse et la profondeur
de sa pensée. Grâce à lui, nous voici obligés de réfléchir à ce que
représente une éthique de l’accompagnement confrontée à la diversité
culturelle de notre société en général, des patients en particulier.
L’éthique de l’accompagnement
à l’épreuve de la diversité
culturelle
d’aujourd’hui se manifestent dans
les
espaces
cliniques avec une
« religiosité » inspirant davantage de
« dé-liaison » que de lien social [Idris,
2010]. Dans le domaine des soins, les
rites, les pratiques et les croyances
culturelles s’individualisent en dehors
des contenants de la culture. Aussi, les
institutions d’accompagnement des
malades sont articulées par la
civilisation, un choix de vivre la culture,
un choix hanté par l’arbitraire et qui
peine à transformer la souffrance
individuelle en devise collective. Or,
la neutralité de ces mêmes institutions
de la France d’aujourd’hui représente
une opportunité pour développer une
éthique professionnelle permettant de
penser
de
nouvelles
manières
intelligibles d’accompagnement des
malades et de traitement des maladies.
« Mal nommer les choses,c’est ajouter
aux malheurs du monde ».
(Camus (1) )
La diversité culturelle est une émanation
de la mutation de la société française ;
elle représente un investissement à bon
escient des différences culturelles, en
particulier dans le domaine des soins.
Mais, la technicité qui caractérise ce
dernier, réduit la traduction de cette
diversité
dans
des
dispositifs
spécifiques. Les concepts techniques
tendent à remplacer les mots de langue,
cela prête à des difficultés dans la
définition des places et des rôles des
professionnels de l’accompagnement.
De l’accompagnement en situation
transculturelle à la société
Dans une société autonome d’individus,
les
étapes
de
la
vie
sont
« déritualisées», les « choses et les
objets » des communautés de jadis et
Les effets de la migration
La migration et l’installation des familles
migrantes au sein de la société
(1) Albert Camus, écrivain français (1913/1960)
- 10 -
Éthique et accompagnement
et la diversité culturelle
d’accueil ne fait qu’ajouter un pallier
supplémentaire de difficultés, à celles qui
existent déjà. Elles teintent la neutralité
des institutions de prise en charge des
patients et affectent les professionnels.
Pourtant, la fulgurance de l’altérité de
l’autreOlivier
etAbelle contre transfert culturel
qui l’accompagnent, doivent nous
inciter à pas transformer ces
difficultés
en
obstacles
insurmontables.
Ces
difficultés
représentent une opportunité pour
mesurer le travail de la culture
[Zaltmann, 2007] et la créativité des
migrants et des professionnels qui
les rencontrent.
d’accueil, ni dans sa culture et encore
moins, dans les cultures d’origine des
familles qui viennent d’ailleurs, il est
inhérent à l’absence de dispositifs à
l’aune de cette diversité culturelle qui
se développe dans une société française
qui tend vers une multiculturalité
inéluctable (Moro, 2010).
Aussi, l’approche transculturelle cherche
à développer des dispositifs susceptibles
de dynamiser les cultures d’origine des
patients et la culture d’accueil (Kaës,
1998), permettant aux deux parties
conjointement au même et à l’autre de
traiter des problématiques désormais
communes. Puisée dans des dispositifs
de groupe, l’approche transculturelle
plaide pour
une éthique au pluriel
réduisant l’arbitraire et permettant à
chacun d’être respecter dans la
différence qui fonde son humanité, aussi
bien dans la joie que dans la douleur.
Perspectives éthiques en situation
transculturelle
L’éthique
d’accompagnement
des
patients issus de la diversité culturelle ne
doit plus se contenter de tenir compte de
cette différence culturelle comme dans
l’approche interculturelle ; elle ne doit
plus se limiter à l’illusion d’aider l’autre
à donner du sens individuel à sa
souffrance ; elle devra le considérer
acteur d’une éthique porteuse d’une
universalité qui se découvre dans sa
rencontre avec l’autre. Le problème ne
réside ni dans la société
Isam Idris
Chargé de cours à la faculté de Médecine de
Paris XIII, cothérapeute à la Consultation de
Psychiatrie Transculturelle du Pr. M-R Moro,
CHU Avicenne, 93017 Bobigny.
Bibliographie
- Aubert A. & Idris I. (2009), « Penser la famille au-delà du traumatisme migratoire et culturel»
introduction générale au n° 185 de la revue Dialogue : Familles, Migration et créativité, pp. 5-14.
- Idris I. (2004), «Le religieux en clinique » in de la Noë, Moro, Mouchenik (dirs), Manuel de psychiatrie
transculturelle: travail clinique travail social, Grenoble, la Pensée sauvage, pp. 249-263.
- Julien F. (2010), Le pont aux singes - De la diversité culturelle à venir, Fécondité culturelle face à
identité nationale, Paris, Galilée.
- Kaës R. (1998), Différence culturelle et souffrance de l’identité, Paris, Dunod.
- Moro M-R., (2010), Nos enfants demain : pour une société multiculturelle, Paris, Odile Jacob.
- Zaltmann N. (2007) Le sens du mal, Paris, l’Olivier.
- 11 -
Éthique et accompagnement
Soin de soi, soin de l’autre
parole de soignant
ἡ
ψυχή ἒστιν ἂνθρωπος
ou « C’est l’âme qui est l’homme »
(Alcibiade 450/404 av.J.-C., 130c)
Docteur en Sciences de l'Éducation, psychothérapeute, Rosette Poletti a dirigé deux institutions
de formation en soins infirmiers. Elle a créé en France des cycles de formation
d'infirmiers/d’infirmières conseils en santé. Pionnière des soins palliatifs, elle n'a cessé de faire
évoluer les pratiques dans l'accompagnement des personnes en fin de vie, voire de faire évoluer
les choix de santé publique. Rosette Poletti est aussi l'auteur d'une douzaine de livres (1) et tient
régulièrement une rubrique dans Le Matin Dimanche (hebdomadaire suisse).
En quoi consiste ce travail ?
1. Tout d’abord, il s’agit d’apprendre à honorer
ses propres limites. C’est reconnaître que l’on
a besoin de temps pour soi, de repos, de
ressourcement, de contact avec la beauté, la
nature, la dimension spirituelle de la vie.
Honorer ses propres limites, c’est encore
reconnaître que l’on n’a pas toutes les
compétences nécessaires pour prendre soin de
l’autre, pour l’accompagner dans toutes les
situations et qu’il est important de savoir
demander de l’aide à certains moments.
Prendre soin de soi
pour prendre soin de l’autre :
une question éthique !
Pendant des siècles, la dimension du « prendre
soin de soi » ne se formulait pas. L’important
consistait à « prendre soin de l’autre », à se
dévouer, à « s’oublier ». Il fallait se « dépréoccuper de soi-même ». Prendre soin de soi,
cela pouvait être considéré comme une forme
d’égoïsme. C’était tout particulièrement vrai dans
le monde des soins et de la santé où les
consignes étaient de se mettre tout entier au
service du malade en faisant fi de ses fatigues,
de ses émotions, de son vécu personnel.
C’est ainsi que de nombreux soignants sont
devenus des « soi-niants » comme l’écrivait
Jacques Salomé (2).
C’est aussi, parfois, renoncer à certaines
relations et savoir dire : « J’accepte mon
impuissance à continuer cette relation, j’accepte
de laisser l’autre suivre son propre chemin,
même si c’est un chemin que je ne comprends
pas, ou qui, à mon avis, n’est pas le bon. »
Honorer ses propres limites, c’est cesser de se
sentir « obligé » de faire ou d’être, c’est décider
et agir en se respectant totalement.
Les premiers accompagnants bénévoles ont
souvent été formés et encadrés par des
personnes qui mettaient en avant : l’écoute de
l’autre, la présence à l’autre, la disponibilité pour
l’autre, et bien peu, la nécessité de l’écoute de soi
et de la présence à soi.
2. Prendre soin de soi, c’est apprendre à lâcher
prise, à pardonner, à déposer ses regrets et ses
ressentiments au fur et à mesure pour rester
ouvert et disponible. C’est apprendre à traverser
les difficultés, les deuils, apprendre à les vivre
avec toutes les émotions qui y sont associées
plutôt que de tenter de les nier et de mettre une
carapace autour de son cœur.
Pourtant, prendre soin de l’autre, c’est tout
d’abord « prendre soin de soi ». C’est prendre
soin de l’instrument que nous sommes,
l’accorder, afin qu’il puisse produire la musique
de la relation juste, de la présence bienfaisante.
3. Prendre soin de soi, c’est s’accepter, s’aimer
comme on est, avec son corps, son apparence,
ses compétences, ses qualités et ses défauts,
ses savoirs et ses ignorances, ses valeurs et ses
doutes, avec sa vulnérabilité et sa fragilité.
Apporter à l’autre, à celui ou celle que l’on désire
accompagner, une disponibilité intérieure, une
présence paisible et une écoute la plus totale
possible, cela suppose un travail personnel.
(1) Titres de livres en page 18.
(2)Jacques Salomé, psychosociologue et écrivain français.
- 12 -
Éthique et accompagnement
Soin de soi, soin de l’autre
parole de soignant
4. Prendre soin de soi, c’est encore renoncer au
perfectionnisme et à la fausse culpabilité. La
relation à l’autre n’est pas quelque chose que
l’on rate ou que l’on réussit. C’est une tentative
de rencontre entre deux êtres uniques qui
échappent aux évaluations standardisées.
Prendre soin de soi, c’est s’autoriser à être en
recherche, à ne pas être conforme à ce que
veulent les autres.
5. Finalement, prendre soin de soi, c’est
développer sa dimension spirituelle, c’est
s’écouter, écouter ce qui se vit au fond de
nous, c’est découvrir cette flamme qui a besoin
d’être nourrie, d’être entretenue par la beauté,
la créativité, le partage, la nature, la méditation,
la prière, la musique, les beaux textes, le
silence, l’amitié et l’amour.
C’est en prenant en compte cette dimension
spirituelle qu’il devient possible de prendre soin
des autres, sans attente, sans projet sur eux.
Prendre soin de soi pour prendre soin de
l’autre, c’est une démarche éthique qui permet
d’éviter de prendre l’autre en otage, d’en faire
une sorte de pansement que l’on collerait sur
sa solitude ou sur sa peur de la finitude.
Prendre soin de soi, cela permet de clarifier ses
motivations à prendre soin de l’autre :
- Est-ce qu’on désire l’accompagner en vue de
calmer en soi un sentiment profond de
culpabilité, ou l’écouter pour être reconnu par
lui, ou pour vivre, par procuration, des
événements intenses qui pallient au vide et au
manque que l’on ressent en soi.
Toutes ces motivations ne sont pas un
problème, lorsqu’on les reconnaît, que l’on est
lucide sur soi-même. Prendre soin de l’autre,
d’une façon totalement inconditionnelle, ce
n’est probablement pas possible car, même si
l’on y parvient, on ressent une forme de joie, de
communion qui porte en elle-même sa
récompense.
de la démarche d’accompagnement, car
accompagner, c’est aller où l’autre veut aller, ce
n’est jamais le diriger, le contrôler ou l’entraver
sous quelque prétexte que ce soit.
Prendre soin de soi, cela permet d’éviter les
vrais obstacles au « prendre soin de l’autre » :
la co-dépendance et le besoin de prendre le
pouvoir sur l’autre. La co-dépendance, c’est
cette propension à instaurer une relation de
contrôle sur l’autre, basée sur la croyance qu’il
n’est possible d’être heureux qu’en exerçant un
contrôle strict sur soi, les autres et
l’environnement. Quant au besoin de prendre
le pouvoir sur l’autre, il est la négation même
Toute démarche d’accompagnement repose
Prendre soin de l’autre
Lorsque l’on est relativement bien à l’intérieur de
soi, que l’on sait honorer ses propres limites, que
l’on sait lâcher prise, pardonner, que l’on a vécu
pleinement ses deuils tout en gardant son cœur
ouvert, lorsqu’on s’accepte en renonçant à toute
fausse culpabilité et tout perfectionnisme et que
l’on chemine vers un approfondissement de sa
dimension spirituelle, alors on devient capable de
vraiment accompagner l’autre en lui offrant notre
attention, notre présence, en regardant chez cet
autre ce qui est hors d’atteinte de la maladie et
de la mort, ce qui est sain, beau et bon, ce
« noyau infracassable » du divin en lui.
On peut alors l’écouter sans critique, sans
jugement, sans poser sur lui ce qui appartient à
son histoire, au passé. La rencontre, c’est ici,
maintenant, et dans cet aujourd’hui tout peut être
différent, les catégorisations n’ont plus court, il
s’agit simplement de faire chemin ensemble si
c’est ce que veut l’autre. Lorsqu’on prend soin de
soi, on devient même capable d’accepter que
l’autre veuille refuser notre présence, notre aide,
sans imaginer immédiatement une insuffisance
de notre part.
L’autre reste toujours une énigme, un mystère.
Prendre soin de l’autre, ce n’est jamais
s’emparer de lui, de son intimité, ce n’est jamais
l’annexer à mon projet, ou le manipuler. Prendre
soin de l’autre avec éthique, parce que l’on a pris
soin de soi, c’est alors voir en l’autre cette
Présence mystérieuse qui lui confère sa dignité
d’être humain. C’est comprendre que cet autre
est relié à moi, car il est de la même famille
humaine, c’est lui offrir un espace où l’inattendu
peut advenir.
ainsi sur l’humilité, qui permet d’approcher l’autre
dans l’ouverture du cœur, sans aucune
arrogance, en ayant accepté sa propre
impuissance, sa propre vulnérabilité et sa propre
humanité, en ayant renoncé à tout expliquer, à
tout catégoriser, à tout évaluer, à tout prévoir et à
tout contrôler, et être ainsi définitivement ouvert
à la dimension du Mystère.
Rosette Poletti
Infirmière et psychothérapeute
Yverdon en Suisse
- 13 -
Éthique et accompagnement
Soin de soi, soin de l’autre
Μεταξὺ ἄρα ἄν εἴη τούτοιν
parole de formateur
[γνῶσεως καὶ ἀσαφείας] δόξα
ou « L’opinion est quelque chose d’intermédiaire entre
la connaissance et l’ignorance »
(Platon 428 /346 av. J.-C. Rép. 478d)
En 1989, Christian Dubois est venu à Claire Demeure accompagner des personnes en fin de vie.
En 1996, il fait un Diplôme Universitaire sur « Le deuil chez les soignants et les accompagnants »
et organise un premier groupe de soutien de deuil. Installé à Lyon, il entreprend une licence
d’anthropologie tout en étant chargé à Albatros (1) de la formation permanente des bénévoles.
L’éthique, l’accompagnement bénévole
et soignant en regard du bien-être
de chacun :accompagné,
accompagnant et bénévole.
Quand nous, bénévoles, sommes sur le terrain,
nous avons conscience que nous obéissons à des
règles, à des normes de comportement mûrement
réfléchies lors des journées de réflexion et de
formation. Au fil du temps, face aux personnes que
nous accompagnons, notre attitude peut changer.
Le burn-out des praticiens du soin peut aussi
exister chez les bénévoles accompagnants. Pour
nous, il s’agit de savoir « être » auprès de malades
en fin de vie ; compétences qui nécessitent de se
maintenir en « bonne forme », afin de bien vivre
la rencontre de ceux que nous accompagnons.
Plus qu’un bon état, qu’un accompagnement
satisfaisant,
une
relation
accompagné
/
accompagnant bénévole, peut s’envisager comme
un bien-être pour tous.
Le bien-être
Cette assertion est-elle incongrue ? Le bien-être
est un état existentiel ressenti comme satisfaisant.
C’est un bonheur physique qui, lorsqu’il est
extrême, peut aller jusqu’à l’euphorie. Pour moi,
cet état de bien-être se réalise quand le physique,
l’intellectuel et le spirituel sont à l’unisson, en
harmonie.
Je me suis surpris plusieurs fois, en rentrant chez
moi
en
voiture
le
soir
après
mes
accompagnements en USP(2), à chanter des airs
qui exprimaient un réel bien-être, un bonheur de
vivre, une agréable plénitude. A ceux qui me
demandent si accompagner n’est pas morbide,
j’ose parfois leur dire l’euphorie qui de temps en
(1) Association de soins palliatifs
(2) Unité de Soins Palliatifs
- 14 -
temps m’envahit. Au sortir de la maison de santé,
après quelques heures passées en tête-à-tête
avec des personnes gravement malades, je
suis vivant comme elles, et pleinement.
Quand mon corps ne m’incommode pas trop par
des douleurs, quand mon intelligence est nourrie
de connaissances et de rencontres et qu’enfin ma
spiritualité me pose toujours avec entêtement la
question de notre finitude ; quand ces trois
éléments cohabitent
chez moi en bonne
intelligence, je suis un bénévole heureux.
Il faut donc se maintenir en bonne forme,
s’occuper de son corps, de son esprit et de son
âme. Je médite peu mais rêve souvent. Je suis un
actif qui se ménage de temps à autres des
moments contemplatifs. Je suis gourmand de
connaissances, j’aime apprendre des autres et par
la lecture. La beauté du monde, des êtres, leurs
réalisations me sont un réel viatique.
Cet état de plénitude que je peux ressentir auprès
des personnes en fin de vie, est-ce seulement le
résultat d’un vouloir personnel ? N’est-ce pas le
cadeau de chaque rencontre avec le malade ?
N’est-ce pas aussi le fruit des relations entre
accompagnants et soignants ?
Ce sentiment de plénitude s’enracine sur ces
relations triangulaires. Entre chacun de ces trois
pôles s’établit non pas un lien à sens unique mais
à double orientation. J’ajouterai à ce triangle
relationnel
un
appendice
:
la
relation
bénévole/superviseur.
Éthique et Accompagnement
Voici le schéma de ces relations :
parole de Formateur
La relation bénévoles / soignants
La « bonne forme » se joue aussi dans les
relations
bénévoles/soignants,
grâce
en
particulier à
la confiance que je peux avoir
dans leur pratique médicale auprès des malades.
Il est très réconfortant de voir qu’une observation,
une réflexion de bénévole à propos d’un
patient est prise en compte par l’équipe de soins,
ou lorsqu’un médecin, une infirmière prend du
temps pour nous expliquer ce qui peut nous
sembler obscur.
Accompagné
Soignant
Soin de soi, soin de l’autre
Bénévole
Supervision
On imagine assez bien que la relation entre le
bénévole et l’accompagné est bénéfique. L’écoute
empathique, le silence, le toucher parfois, les mots,
la présence sont les moyens du soin relationnel
que nous pouvons apporter. Mais je voudrais
m’attarder sur la flèche relationnelle double et
inverse qui nous lie bénévole et accompagné.
Nous, bénévoles, n’avons aucune prise dans la
relation accompagnés/soignants, pourtant, ma
« bonne forme » vient aussi de la belle confiance
que je mets dans cette relation. Parfois, j’ai de
l’admiration en voyant agir ce monde en blouse
blanche, verte ou rose. Merci au médecin qui
m’explique les futures étapes de l’agonie d’un
malade, merci à l’infirmière qui cherche la
meilleure façon d’installer un patient pour qu’il
converse avec moi, merci à l’aide soignante qui
me montre comment nourrir le plus aisément un
malade dans son lit. Il y a moins d’un an, en
accompagnant ma mère dans ses derniers jours,
j’étais reconnaissant de ce que j’avais appris à
leur contact. J’ai pu avoir une relation apaisée et
confiante avec ma mère.
Peut-on imaginer que notre bien-être puisse être
contagieux ? Si j’ai vu des signes de souffrance,
j’ai vu aussi de beaux sourires illuminés, j’ai reçu
des caresses sur le visage, des signes de
bénédiction. Il peut y avoir un bénéfice à penser le
soin et la relation sous l’angle de la fin de la vie. Le
soin est orienté sur plusieurs axes : nous pouvons
recevoir, donner et apprendre.
La perte de l’autre, la perte de soi
Quand je rentre dans la chambre d’une personne
en fin de vie, j’entre dans une relation qui va
devenir séparation. « La rupture de communication
- le mort est celui qui ne répond plus – constitue
une véritable amputation de moi-même dans la
mesure où le rapport avec le disparu fait partie
intégrante de mon identité propre. La perte de
l’autre est en quelque façon perte de soi. »(1)
Participer au groupe de paroles est pour moi
comme courir un jogging, ou faire de la
musculation. Le superviseur est un coach
personnel. Les tensions vécues dans les relations
d’accompagnement, les questions que je me
pose ont souvent une réponse dans les échanges
du groupe ou dans les apports du superviseur. Je
n’ai pas peur d’aller loin dans mes doutes, mes
questions, mes émotions, car je sais que je serai
« récupéré ».
La perte de soi a besoin de soins. Pour que cette
perte ne s’apparente pas à un trou qui ne cesse de
s’élargir, il nous faut activement trouver des étais,
des moyens pour combler ce vide, il nous faut nous
régénérer. J’ai souvent trouvé de l’aide auprès des
malades eux-mêmes, en particulier auprès de ceux
qui étaient en paix avec eux-mêmes, qui
devenaient sereins à mesure que leur fin devenait
inéluctable. J’étais censé les accompagner sur ce
chemin, et eux m’apportaient de la consolation en
me demandant de vivre, de bien vivre.
Le bien-être de celui qui, dans son lit, abandonne
son bras à mes caresses, de celui qui avale la
potion que lui tend l’infirmière, de celui à qui l’on
regonfle un oreiller sous la tête, de celui qui ferme
les yeux pour acquiescer aux dires du médecin,
peut-il être réel ? Seul le malade pourrait le dire,
mais je sais sûrement combien il est réconfortant
de voir que chacun s’y emploie.
Christian Dubois
Formateur – Association Albatros à Lyon
(1) Paul Ricoeur « La mémoire, l’histoire, l’oubli » Seuil Points Essais 2003 p. 468
- 15 -
Éthique et accompagnement
π
et la musique
άντων χρημάτων
μέτρον ἄνθρωπος ἔστιν
Olivier Abel
ou « L’homme est la mesure de toute chose. »
(Platon 428/348 av. J.-C., dialogue avec Théétète, 152a)
Le Quatuor Stanislas a fêté en 2009 son vingt-cinquième anniversaire. Depuis 1984, il aura
donné plus de six cents concerts en formation de quatuor ou dans le cadre élargi de
l’Ensemble Stanislas, présenté plusieurs centaines d’œuvres, enregistré une vingtaine de
CD et entrepris des tournées sur quatre des cinq continents.
Jean de Spengler, violoncelliste, obtient une Licence de Concert à l'École Normale de
Musique de Paris et étudie à la Hochshule für Musik de Vienne avec André Navarra pour le
violoncelle et avec les membres du Quatuor Alban Berg pour la musique de chambre.
Actuellement, premier violoncelle solo à l'Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy.
Quelle joie pour Rivage de l’entendre sur l’accompagnement, par les mots qu’il nous
propose !
L’Accompagnement
D’après
le
dictionnaire
Larousse,
accompagner vient de l’ancien français
compain, compagnon.
1) Accompagner quelqu’un, être présent près
de lui, aller à la suite de quelqu’un, d’un
groupe.
2) Accompagnement : partie musicale qui
soutient et enrichit une ligne mélodique.
caricaturale,
à
la
jeune
pianiste
de
« L’Accompagnatrice », le film tiré du très beau
roman de Nina Berberova (2). Bien entendu,
cette vision a le don d’exaspérer les pianistes
spécialistes du Lied qui, comme Christian Ivaldi
(3) ou le légendaire Gerald Moore (4), sont des
partenaires à part entière des artistes avec
lesquels ils se produisent.
Accompagner, c’est donc suivre, être attentif,
disponible, au service de l’autre, et ceci aussi
bien dans la vie de tous les jours (les parents
accompagnent leurs enfants à l’école,
l’infirmière accompagne le patient en fin de
vie), que dans l’univers musical, ou
l’accompagnateur doit se mettre entièrement à
la disposition de son partenaire.
De plus, les rôles d’accompagnateur et de
soliste ne sont pas immuables : un pianiste
comme Daniel Barenboim (5) (par ailleurs célèbre
chef d’orchestre) peut très bien jouer en soliste
un soir, et accompagner un chanteur dans un
récital de Lieder le lendemain.
Ces rôles peuvent même s’échanger au cours
d’un morceau : ainsi, dans un quatuor à cordes,
le
violoncelliste
peut
avoir
un
rôle
d’accompagnement pendant quelques mesures,
avant de prendre la parole et d’être accompagné
à son tour par ses partenaires.
Pour le public, la figure de l’accompagnateur
par excellence est le pianiste chargé de
donner la réplique à la cantatrice : on le voit
comme un individu effacé, transparent, simple
faire-valoir de la diva, quand ce n’est pas
carrément un souffre-douleur, larbin taillable
et corvéable à merci : on pense bien sûr au
malheureux pianiste des « Bijoux de la
Castafiore » (1) dans Tintin ou, de façon moins
Autre exemple de changement de rôles : le chef
d’orchestre, star incontestée de la musique
classique, à l’autorité souveraine (que l’on songe
à Herbert von Karajan(6)), se fera le modeste
accompagnateur du soliste dans un concerto,
attentif aux moindres fluctuations de son
interprétation, dans la recherche de l’osmose
parfaite entre l’orchestre et le soliste.
(1) 21è album dans la série « Les aventures de Tintin », éd. Casterman 1963
(2) Nina Berberova 1901/1993, écrivain Russe
« L’accompagnatrice » éd. Actes Sud 1985 et Film de Claude Miller 1992
(3) Christian Ivaldi , né à Paris en 1938, pianiste Français
(4) Gerald Moore, 1899/1987 pianiste Anglais
(5) Daniel Barenboim,1942 pianiste et chef d’orchestre de nationalité
argentine, israélienne et espagnol.
(6) Herbert von Karajan, 1938/1989 chef d’orchestre Autrichien.
…/…
- 16 -
Éthique et accompagnement
Jean de Splender
et la musique
Si l’on souhaite pousser un peu plus avant la
comparaison entre la musique et la vie en général,
on soulignera particulièrement une notion : le
dévouement. Certes, dans le cas d’une personne
au service des plus faibles, qui accompagne leurs
souffrances, le dévouement confine souvent à
l’abnégation, tandis que dans l’exemple d’un
musicien
accompagnant
un
collègue,
le
dévouement s’apparenterait plutôt à une forme de
générosité, le poussant à mettre entre
parenthèses (au moins provisoirement !) son ego.
Il m’arrive parfois de m’interroger sur ce qui
cimente la cohésion d’un quatuor à cordes ou d’un
orchestre symphonique et lui évite de s’effondrer
sous les coups de boutoirs des rivalités, des
incompatibilités d’humeurs, ou même de la simple
routine quotidienne.
Franz SCHUBERT (1797-1828)
Octuor pour cordes et vents en fa majeur
ENSEMBLE STANISLAS 2007
Pour l’orchestre symphonique, en plus de l’idéal
artistique, il y a certes la hiérarchie, la stricte
discipline sous l’autorité d’un chef, et, il faut bien
l’admettre (même si ce n’est pas très glorieux), le
salaire en fin de mois.
En ce qui concerne le quatuor à cordes, formation
non institutionnelle et totalement démocratique, ce
ciment ne peut être que la passion de la
musique et l’idéal de perfection : autant dire que
peu de quatuors à cordes passent le cap de leur
première année d’existence !
Johannes BRAHMS (1833-1897)
Les deux sextuors à cordes
( n°1 opus 18 en mi bémol majeur / n°2 opus 36 en sol majeur)
STANISLAS SEXTET 2008
Au risque d’étonner, je me permettrai pour finir un
parallèle entre un orchestre et une communauté
monastique. L’un et l’autre s’appuient sur une
stricte discipline, sensée contenir les défaillances
individuelles et garantir la continuité de l’institution,
pour la communauté monastique, c’est la foi en
Dieu qui remplace l’idéal artistique. Bien entendu,
il demeure une différence de taille : alors que pour
le musicien, cette discipline ne s’exerce que dans
le cadre limité de son travail, c’est l’existence toute
entière du moine qui est engagée au service de la
communauté.
Jean de Spengler
Fondateur du Quatuor Stanislas
Violoncelle solo
de l’Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy
Maurice EMMANUEL (1862-1938)
Musique de chambre
ENSEMBLE STANISLAS 2010
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Bibliographie
La rencontre de l’autre, c’est notre quotidien d’accompagnateur, c’est aussi notre émerveillement. Par
cette page, Rivage propose de se mettre à l’écoute de la voix des écrivains d’hier et d’aujourd’hui afin
d’élargir encore et toujours notre perception de la personne humaine. Nous vous proposons 3 romans
de grande qualité et certains des ouvrages remarquables des écrivains de ce journal.
Jeanne
Jacqueline de Romilly, éd. de Fallois 2011
Le sens des autres
- Entretiens avec Geneviève Bridel
Rosette Poletti, éd. La Bibliothèque des Arts 2010.
Hymne à sa mère, paru après la mort de
l’auteur, écrit comme un ultime merci.
« Merveille d’intelligence, de coeur simple et
de fidélité » selon Bruno Frappat.
Dans ce recueil d'entretiens, Rosette Poletti
évoque l'ouverture vers les autres acquise par
ses séjours à l'étranger.
L'oubli que nous serons
Hector Abad, éd. Gallimard 2010
Être idéaliste, est-ce dépassé ?
Olivier Mougin, Etienne Pinte, Jack Ralite,
Mémoire sur la famille, sur un père,
immersion en Colombie, dans la vie et l’âme
de la ville de Medellìn, les rites, les petites
choses de chaque jour, l’intimité et la
grandeur d’une famille. C’est surtout le
témoignage d’un amour filial.
Une histoire vraie, un chef d’œuvre.
Notre vie est-elle vraiment humaine si seuls
l'intérêt matériel et le plaisir de l'instant la
guident ? L'idéal est un formidable moteur pour
l'action politique. Il aide à combattre le doute, à
changer, avec mesure, les hommes et les
institutions.
éd. Atelier 2006
Hébergement d’urgence, quelle politique ?
Etienne Pinte, éd. Emmaüs France 2008
Le livre des brèves amours éternelles
Andreï Makine, éd. Le Seuil 2011
Comment accepter qu'aujourd'hui des hommes
et des femmes de plus en plus nombreux soient
contraints de vivre dans la rue, dans des
hébergements inadaptés ou des logements
indignes ? Propositions concrètes pour mieux
prendre en compte les publics les plus fragiles
et faciliter une sortie durable vers des
logements adaptés.
« Huit rencontres où un ange est passé !
Moments de l’interruption de tous les
mensonges, instants où l’on peut sentir
l’autre, sa fragilité, sa palpitation intime,
instants où il est digne d’être aimé. La
recherche de l’amour rend humain. C’est un
bref
moment
d’éternité,
une
autre
naissance.»
Par ces quelques mots, Andreï Makine a
présenté son dernier livre.
A lire merveilleusement.
L'existence malade
dignité d'un combat de vie
Emmanuel Hirsch, éd. Cerf 2010
« Engagé auprès de personnes malades, de
ceux (proches, bénévoles ou soignants) qui ne
délaissent ni ne négligent les quelques devoirs
d'une
hospitalité
incertaine,
surprenante
énigmatique, là où la rencontre et la sollicitude
parviennent à un tel degré d'intensité, je
témoigne d'actes d'humanité qui interpellent nos
valeurs et les amplifient. »
Trois livres majeurs
de Christophe Fauré :
Vivre le deuil au jour le jour
éd. Albin Michel 2004
Après le suicide d’un proche
éd. Albin Michel 2007
Ensemble, mais seuls
éd. Albin Michel 2009
Gwénaëlle d’Anterroches
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Contacts
12, rue Porte de Buc - 78000 VERSAILLES
Permanence téléphonique : 01 39 07 30 58
(Mardi et jeudi de 14h à 16h ou répondeur)
Courriel : [email protected]
http://www.association-rivage.org/
En adhérant à Rivage vous rejoignez la grande chaîne de
solidarité qui unit les bénévoles d’accompagnement aux
personnes qu’ils soutiennent. Soyez les bienvenus !
BULLETIN D’ADHESION
Présidente
Sylvie Wolff (06 08 47 78 31)
Vice présidente – Responsable du bénévolat
Marie Quinquis (06 09 11 18 35)
A retourner avec votre règlement à l’ordre de Association Rivage
Association Rivage - Adhésions - 12 rue Porte de Buc – 78000 VERSAILLES
Administration – Formation initiale
Véronique Lévêque (06 10 04 13 30)
Nom -----------------------------------
Communication
Gwénaëlle d’Anterroches
[email protected]
Membre actif : 30 €
Prénom -------------------------------Membre sympathisant : 45 €
Trésorier (le mardi)
Alain Barbet-Massin (01 39 07 30 58)
Adresse ---------------------------------------------------------------------------
Soutien au Deuil en région parisienne
Coordinatrice : Chantal Gout
Écoute téléphonique et accueil à notre siège :
Le lundi de 14 à 17 heures :
01 39 07 30 10 - 06 01 33 72 35
Entretiens individuels : sur rendez-vous
Groupe de partage et d’écoute : chaque premier
mardi du mois de 19 à 20 heures 30.
Personne morale : 75 €
-------------------------------------------Donateur :
€
Tél ------------------------------------Portable ---------------------------E-mail --------------------------------
Lieux de présence de Rivage
Fonction ----------------------------
Date --------------------------------Signature
Maison de santé Claire Demeure
12 rue Porte de Buc – 78000 VERSAILLES
La Cité des Fleurs
- Soins de Suite et de Réadaptation
Hôpital privé de gériatrie
1 rue de Dieppe - 92400 COURBEVOIE
Association loi 1901, reconnue d’intérêt général
Dons partiellement déductibles des impôts.
Clinique du Plateau
- Soins de Suite et de Cancérologie
5 rue Carnets 92140 CLAMART
Association RIVAGE ATLANTIQUE
13 avenue Darcy Brun - 17750 ETAULES
Tél. 05 46 36 42 63
Président : André Tiercet
Secrétaire : Bernadette Dussauld,
[email protected]
Maison de retraite du Châtelet
3 bis rue de Bel-Air – 92190 MEUDON
Maison de retraite ORPEA les Lys
- avec Unité spécifique Alzheimer
5 rue Auguste Brunot - 78150 ROCQUENCOURT
Réseau Epsilon – Soins palliatifs à domicile
195 avenue du Général Leclerc - 78220
VIROFLAY
Rivage n°15 – été 2011 – Tiré à 600 exemplaires
Journal d’informations réalisé et publié par les bénévoles de l’association Rivage
Comité de Rédaction : Gwénaëlle d’Anterroches, Armelle de Cadoudal, Sœur Nathanaëlle et signataires
Illustrations : copyright des Musées du Louvre et de la Tapisserie de Bayeux
Citations de Philosophes de la Grèce antique : Marie-Claire Lionnet
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« Donner du sens à la fin de vie »
AVEC L’ASSOCIATION RIVAGE
DEVENEZ BENEVOLE D’ACCOMPAGNEMENT
auprès des personnes en fin de vie
et des personnes âgées
(en institution)
Nouvelle session de formation en septembre 2011
inscrivez-vous dès maintenant au
Tel : 06 09 11 18 35 (Marie Quinquis)
RIVAGE, association de loi 1901, membre de la SFAP (Société Française d’Accompagnement et de Soins palliatifs)
Bénévolat d’accompagnement en institutions : Maison de Santé Claire Demeure à Versailles, Hôpital de soins de
suite La Cité des Fleurs à Courbevoie, Clinique du Plateau à Clamart, Maison de retraite du Châtelet à Meudon,
Maison de Retraite ORPEA Les Lys à Rocquencourt, Soutien au Deuil pour la région parisienne et accompagnement
à domicile avec le réseau Epsilon.
Fondation Diaconesses de Reuilly
Contact : [email protected]