Gwo - Siwo
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Gwo - Siwo
Mai 2010 Gwo - Siwo Le Conseil Général de la Guadeloupe oeuvre pour la sauvegarde de nos traditions musicales au sein de la Médiathèque Caraïbe et de sa Mission de Collecte. Dans le cadre de la manifestation « LIZIN TANBOU », cette Mission a réalisé des interviews d’une dizaine de musiciens incontournables de la pratique du gwo-siwo. Le document suivant tente, à travers leurs témoignages, d’en retracer le parcours. Cependant, la véritable histoire du gwo-siwo attend encore d’être écrite... Le gwo-siwo est un terme générique désignant un genre musical considéré comme spécifique au Sud de la Basse-Terre, et qui proviendrait de l’île de la Dominique. Cette musique inhérente à la période carnavalesque, accompagne les sorties de certains groupes à « mas » chaque dimanche de janvier aux jours gras. La rythmique particulière du gwo-siwo s’interprète différemment selon le groupe et le lieu. Pour certains musiciens, elle relèverait plus d’un état d’esprit, d’un sentiment particulier, que d’une codification déterminée. Bien que le gwo-siwo ne soit pas classé parmi les rythmes gwo-ka, le tanbou-ka en est l’instrument principal. Accroché à l’épaule par une corde, un mas-tanbouyé percute la peau du tambour des deux mains, tandis qu’un autre mas en frappe le corps de deux baguettes, créant ainsi un ostinato défini comme braké. L’ensemble musical repose aussi sur la ligne ryth- mique du cha-cha pòt a Guigoz joué généralement par le chanteur. Le gwo-siwo accompagne des chants dans un cadre responsorial, où la foule suiveuse des mas répond à un chanteur soliste. Il existe un répertoire chanté spécifique exigeant du chanteur une grande habileté d’improvisation et la maîtrise parfaite du temps musical. Le tempo très rapide du gwo-siwo donne parfois aux danses l’aspect de sautillements gracieux. Les cornes de bœuf complètent Le costume de certains mas La tradition du mas Le fouet Les mas diffèrent des autres groupes carnavalesques. Ils sortent traditionnellement le dimanche matin, en dehors des parades officielles, parcourent des kilomètres à pied, offrant au public le ravissement des sons, de la danse et des costumes multicolores. Leur tenue vestimentaire est souvent liée à la terre, la nature, l’histoire, aux mythes, aux traditions – mas a lous, mas a rubans, mas a kòn, mas a pannyé... Certains s’enduisent le corps d’un sirop de mélasse (mas a Congo). Accompagnés de fouets et de percussions, les mas dansent pour les spectateurs qui les gratifient de pièces de monnaies. Suscitant à la fois la peur et l’effroi, la musique envoutante du mas appelle et charroie.. La fonction du mas, dépasse le simple amusement du wee-kend. Ceux qui perpétuent la tradition de la musique gwo-siwo, parlent de transformation, de transmutation, de transe, de mysticisme, d’incarnation de l’entité-mas. Au cours des 20 dernières années, ce type de mas est devenu si populaire, qu’il entraîne parfois une marée humaine de près de deux milles personnes. Page 2 Diverses influences participent à la création du gwo-siwo... Après l’Abolition de l’Esclavage et jusqu’au début du XXème siècle, les échanges maritimes et commerciaux entre la Dominique et la partie Sud de l’île de la Basse-Terre sont fréquents. Les maraîchers viennent y vendre leurs produits . Ceux qui ne peuvent repartir le soir y passent la nuit. Certains dominiquais s’installent dans cette région pour travailler dans les plantations de bananes notamment à Capesterre et à Gourbeyre. “Mas a fil… An téka suiv yo, an té ka gadé yo. E sété dé Dominiken. E yo téka travay asi tout bitasyon ki té ni an Gwadloup” Le soir, Bas-du-Bourg, le quartier le plus populaire de Basse-Terre, quartier malfamé, lieu de jeux, de bagarres, bik de soulards, de vyénèg, de musique, de danse, brasse une population hétéroclite en quête de divertissements nocturnes: des riverains, des marins, des dockers, des Haïtiens, des Dominiquais, des gens venus d’autres villes (dont Pointe-à-Pitre). Ici, le gwotanbou inlassablement frappé, fait résonner ses éclats tandis que - comme le veut la coutume en Basse-Terre deux baguettes le percutent dans un braké effréné…là, on chante sur un accompagnement rythmique reproduisant le braké avec les mains sur les tables, avec les pieds sur le sol…, chacun puisant dans ses traditions. Des pratiques musicales, des répertoires d’origines diverses se croisent et se mêlent et des formes musicales sans doute se créent dans ce Bas-duBourg, lieu incontournable de la création du gwo-siwo… L’influence Parallèlement, la commune de Vieux-Fort entretient elle aussi des relations étroites avec la Dominique. Au-delà des liens économiques, il existe des liens sociaux, parentaux, amicaux entre ces deux parties. Le mas Vyéfò, vieux de près deux siècles, joue depuis fort longtemps une rythmique similaire aux mascarades de la Dominique avec l’ins- Mas du Sensay du Carnaval de la Dominique Dominiquaise trumentation suivante: un tambour grosse-caisse à mailloche,unvisou (tambour sur cadre plus petit que le tambour du quadrille), un tanbou-débonda ou bimembrané servant de grosse caisse, un triangle, une flûte sur laquelle repose toute la fondation musicale. D’autre part, les travailleurs Dominiquais résidants à Gourbeyre et Capesterre, perpétuent le Sensay de leur pays chaque année dans le carnaval. Ils sortent vêtus en mas a fil, avec des cordes effilochées ou en mas a fèy a bannan , portant des cornes de bœuf sur la tête. Selon Lennox Honnychurch, historien et ethnologue du Centre Universitaire de la Dominique, le Sensay serait d’origine africaine de l’Ouest. Gérard Pomer Les m as a Les groupes de mas de la Basse-Terre sont nombreux et diversifiés au début du siècle dernier. Avant l’avènement du gwo-siwo, ils s’accompagnent de tanbouka sur un rythme emprunté au toumblak et au graj du gwoka. Les mas a Kongo utilisent généralement le menndé. On parle à cette époque de mizik a mas. Lorsque les mas a Kongo Kon go du Carmel de Guy POMMIER adopteront le rythme dominiquais pour leurs sorties du dimanche. Ils seraient à l’origine de l’utilisation du braké sur le tanbou ka dans le mas. Ils utiliseront aussi un tanbou di bas et un wari (un long bambou raclé). La spécificité de ce mas étant de s’enduire le corps de mélasse ou gwosiwo et le mas s’appelant Jean-Ghuislain LEBEAU © aussi mas ou nèg gwo-siwo, la forme musicale créée prendra donc le nom de mizik gwo-siwo. Le mas a Kongo est présent dans de nombreuses îles de la Caraïbe: Dominique, Trinidad, Grenade, Martinique…. Il symbolise la présence de la culture Africaine tant dans l’histoire que dans le présent... Page 3 M as Dans les années 70, pour des raisons pratiques, le groupe de mas de la Circonvallation de Basse-Terre fusionne avec celui de Bas-du-Bourg. Sous la direction ingénieuse du célèbre chanteur Gérard Nerplat, ils décident d’introduire le gwo-siwo dans leur mas. Ils personnaliseront ce rythme en y ajoutant un style de braké particulier (joué par Ti Jojo) auquel ils adjoindront un instrument d’accompagnement de type cha-cha, le pòt a Guigoz – un pot de lait Gui- Après l’éruption de la Soufrière en 1976, entraînant le déplacement de la population vers la Grande terre et donc l’arrêt des activités carnavalesques à Basse-Terre, les mas reviennent deux ans plus tard, enrichis d’autres expériences, d’autres sons. La a N èwpl a goz empli de graines légliz donnant un son très métallique. Robert YEYE, tanbouyé principal initié au gwo-siwo par son frère aîné, introduira pour la première fois la notion de solo dans le gwosiwo, sur l’unique tambour rythmique du groupe. Au fil des années, la section instrumentale s’enrichira de deux autres tanbou-ka. Le mas s’appellera mas a Nerplat. Ce mas donnera au gwo-siwo sa véritable dimension musicale et populaire : dorénavant, de nombreux groupes de mas c h ape En 1978 apparaît à Pointe à Pitre le groupe Akiyo dit groupe a po, reproduisant la rythmique pointoise senjan sur des tambours à deux peaux dit tanbou-débonda. Au cours des événements historiques des années 80, ce groupe deviendra un symbole du « mas en résistance », osant amener jusque dans les rues du carnaval, des thèmes inspirés de du adopteront cette formule née à Bas-du-Bourg et sans doute trempée des rencontres multi-culturelles du lieu. Gérard Nerplat est considéré aujourd’hui comme le précurseur de la musique gwo-siwo dont il a enrichi le répertoire de compositions nouvelles. La danse revêt aussi un aspect particulier avec les chorégraphies de Robert Meyzendi. Le groupe choisira de porter des costumes en satin multicolores. Il amènera donc une rupture dans la tradition du mas. Sen jan . . . revendications politiques. Prônant tant l’arrêt de tout aspect doudouiste dans le carnaval que la reprise de pratiques ancestrales, le mouvement culturel Akiyo finira au fil des années, par atteindre des milliers de personnes venues de tous les coins de l’île. Le rythme senjan dominera désormais l’univers général du mas en Guadeloupe. Vo u ko u m En 1988, un groupe de jeunes œuvrant pour la conscientisation culturelle de la région basse-terrienne, crée le groupe Voukoum, terme signifiant le tumulte, le désordre. Ce groupe né à Basdu-Bourg, soucieux de défendre ses origines et ses spécificités géographiques, étudiera comment reproduire le gwo-siwo de type mas a Nerplat sur des tanboudébonda comme Akiyo qu’il découvre quelques années plus tôt au Square Pichon. Durant un an, Pierre Serin, s’appliquera à trouver une polyrythmie cohérente, tenant compte de l’ostinato du braké. Suite à ce travail, le gwo-siwo amorce donc aujourd’hui un tournant décisif avec Voukoum, qui associe d’un même pas la notion même de mas à celle de l’identité Guadeloupéenne, dirigé par son leader charismatique: Fred Démétrius. ti.racoon.free.fr © Page 4 Tém oi gn a ge Né en 1951, Auteur du célèbre titre de gwoka Afriken Pa Pléré Manman, Gérard Nerplat a été élu ex aequo auprès de l’illustre Robert Loyson lors d’un concours de chant gwoka en 1975 au Palais des Sports de Pointe à Pitre. Reconnu comme chanteur incontestable du gwo-siwo, il excelle aussi dans l’improvisation spontanée d’airs composés en plein défilé. de G ér ar d Lameca 2010© Gérard NERPLAT »Sa fèt sété on dimanch a légliz, téni mès laten. Nou té pasé douvan labé la èvè tanbou la avè la bann a Wobè Yéyé ! Labéla té vé fè nou mawon douvan légliz la. Alò mwen té enpwovizé : Au nom du père et du fils et du saint! Labé la préché dé pawol ! Woï labé la! Epi nou pati Bastè, nou pa jiré labé la é nou ay fè zafè an-nou » N E RPLAT « An pé pa di-w ola gwo-siwo la sòti. Mwen sav i téka jouwé avè on sèl tanbou. Sé Wobè Yéyé ki téka fèy a Basse-Terre. Yo téka kriyé sa mas a Nèwpla. Yo téka abiyé an saten èvè on fwèt a sèt mèt. Yo téka kriyé’y mas a Nèwpla paskè an té toujou an tèt a sa. Chak dimanch nou téka ni on lenj diféran. Sé mwen ki téka chwazi sé koulè la pou chak mas sa téka bay on pakèt koulè multikolòw é tout moun téka touvé sa byen bèl! Nou téka achté tisu la koté Alèksandrin a krédi é èvè lajan a mas la nou téka péyé Alèksandrin. Chawlo Eléonòw téka koud sé lenj la. Mwen pépa di-w ola gwosiwo sòti, mé mwen enpwovizé’y avè Robè Yéyé.” Yeye Robert © Mas a Nèwpla Les instruments du mas a Nèwpla Trois tanbou-ka des petits barils dont l’une des faces est recouverte d’une peau de cabri tendue par un système de cordage Un chacha un pot a Guigoz en aluminium empli de riz, de lentilles ou de grenn légliz Des baguettes pour le bwaké Lameca 2010© Robert YEYE Page 5 Tém oi gn a ge Né en 1958, issu d’un quartier populaire trempé de la pratique du mas a Congo : le Carmel, la conscience culturelle de Fred se forme dès l’enfance, au sein d’une famille nombreuse dirigée par une mère battante, poto-mitan. Il abandonne la batterie pour se consacrer au tanbou-ka. Désirant s’engager culturellement et devenir acteur de l’histoire de son pays, il crée avec d’autres le Mouvman Kiltirèl Gwadloup : Voukoum où il enseigne le gwo-siwo selon une méthode de diffusion orale dont il est l’auteur. L e s d e de Fr ed Lameca 2010© Fred DEMETRIUS i n s t r u m e n t s V o u k o u m Dém étr i u s « O nivo a mizik la menm nou pòté dé inovasyon adan gwosiwo la. Kréyasyon a’y menm sété on pawtikilarité ! Alò i fò’w sav que de base, on mizik jan nou ka jouwé’y la, nenpòt ki chantè pé pa chanté èvè’y. An ka pwan èksanp a senjan kè onlo moun konnèt, ou ké vwè kè moun ka chanté, yo ka pwan on mòso a toumblak kè moun ka jouwé an léwòz é i ka rantré hen! An gwosiwo, le fait que sé dé son rapwoché – piské nou touvé’y èvè dé sonorité de transe si tanbou-ka la – tout sé son la rapwoché si le plan commun, ki fait que trans lasa ou ka routouvé’y malgré tout adan mizik la kè nou élaboré la pou nou toujou rété adan gwosiwo an-nou. E chanté la, ou pé pa ni nenpòt ki chanté long. Ou pé ni on chanté a dé tan, chanté a kat tan. Byen souvan, pou kè gwosiwo la pé ni tout awmoni a-y, é tout rèpriz a-y, i fò kè lé fraz kout. Donk sa sé on métòd ankò kè nou enstoré mais que nou touvé piskè nou té vlé absoluman pati de baz a ka la. Donk sa vé di kè chanté la menm nou pé pa fè nenpòt ki biten èvè’y. 1 tanbou-débonda médium d’accompagnement 1 tanbou-débonda médium chant 1 tanbou-débonda basse 1 tanbou-ka aigu pour les rappels et les marquages Des Calebasses Des Kòn a lanbi Les tambours débonda sont constitués d’une peau de frappe et d’une peau de résonnance. Une seule des peaux est percutée de deux baguettes : ti-fèy pour le chant et gwo-bagèt pour le reste du travail rythmique. Ils diffèrent des tambours d’Akiyo par le diamètre, la longueur, la sonorité et le réglage. Lameca 2010© Mas a Voukoum On bo jou:Mas Maten... Le mas a Nerplat étant dissout depuis plusieurs années, un autre mas de type gwo-siwo apparaît à Pointe à Pitre en 1990, composé entre autre de musiciens Basse-terriens tels Gérard Nerplat lui-même, Bozambo (un tanbouyé de Voukoum)… Le gwo-siwo, rythme et musique envoutante, continue donc son chemin… Chacun l’interprétant et se le réappropriant à sa manière… autant de groupes, que de formes… Certains le désignent comme un état d’âme.., Peut être pourrions-nous le considérer comme faisant partie de la famille des rythmes gwoka dont il utilise l’instrument… Gérard NERPLAT Lameca remercie tous ceux qui ont permis la réalisation de ce document par leurs témoignages: Gérard NERPLAT, Fred DEMETRIUS, Robert YEYE, Joby JULIENNE, Fwannzy KABEL, Robert MEYZENDI, Tipyè SERIN, Maxette OLSON, Gérard POMER, Marc KAZAKO, Henri PERATOU. Ces enregistrements sont consultables sur demande à Lameca. Disponible sur lameca.org: Stéphanie MULOT :« La Trace des Masques : Identité guadeloupéenne entre pratiques et discours » , « Histoire d’une éclipse, Eclipse de l’histoire: Esclavage et identité culturelle dans le carnaval Basse-Terrien », « Les Masques de l’Identité: expression culturelles et stratégies identitaires dans le carnaval guadeloupéen », Eric NABAJOTH « Carnaval, Carnavals: le mouvement perpétuel »,Louis COLLOMB « Carnaval en Guadeloupe: transmission et réappropriation ». En consultation: « Dominica Allan Lomax Collection », « Dominica » Jocelyne Guilbault, The Garland Encyclopedia, 2. LAMECA La Médiathèque Caraïbe Bettino Lara 54 rue Amédée Fengarol 97100 Basse-Terre Tel: (33) 0590993747 Fax: (33) 0590993748 Site internet : lameca.org La Mission de Collecte: [email protected] Voir aussi « La culture des Caraïbes » sur Lennox Honnychurch.com.