MEP critique illustr

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MEP critique illustr
Le Petit critique illustrÉ
Harry MORGAN & Manuel HIRTZ
LE PETIT
CRITIQUE
ILLUSTRÉ
Guide des ouvrages
consacrés à la bande dessinée
deuxième édition
Illustrations de Lewis Trondheim
Le lecteur trouvera une mise à jour permanente du présent ouvrage à l’adresse :
http://sdv.fr/pages/pages/adamantine
Mise en page, photogravure : Cicero Paris 11e
Imprimé en France
Dépôt légal : 3e trimestre 2005
© A.P.J.A.B.D. & les auteurs
B.P. 94, 92123 Montrouge Cedex
ISBN 2-9505628-8-4
À nos mamans
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LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ
Préface
à la deuxième édition
« Beaucoup de gens diraient qu’un spécialiste est un
homme qui sait beaucoup dans un domaine donné.
Mais, pour ma part, je ne puis accepter une telle définition, car en fait on ne peut jamais savoir beaucoup dans
un domaine. J’emploierais donc plutôt la formule suivante : un spécialiste est un homme qui connaît bien
quelques-unes des erreurs les plus grossières que l’on
risque de faire dans le domaine en question, et qui sait
donc les éviter. »
Niels Bohr, cité dans Werner Heisenberg, La Partie et
le tout : le monde de la physique atomique, 1969.
Le succès de la première édition de ce petit ouvrage nous pousse à
lui donner aujourd’hui une nouvelle incarnation. En réponse à d’excellentes suggestions de lecteurs et de critiques, nous avons ajouté un chapitre
consacré aux principaux ouvrages de langue anglaise ; on distingue mal, en
effet, pourquoi l’amateur éclairé ou le chercheur se cantonneraient à la littérature secondaire en langue française.
Cependant le petit parfum de scandale bien inattendu qui a accompagné la première sortie de notre ouvrage nous oblige à quelques mises au
point.
Répétons que notre ouvrage est un usuel, destiné à guider dans le
maquis de la littérature spécialisée un lecteur s’intéressant à — ou travaillant sur — la bande dessinée. Il fallait par conséquent tenir compte des
attentes et des besoins d’un lecteur qui n’est pas forcément lui-même un
spécialiste du domaine. Nous ne saurions mieux répondre aux revuistes qui
nous ont reproché par exemple de donner des listes de noms écorchés chez
tel historien populaire qu’en paraphrasant l’historien américain R. C. Harvey 1, rendant compte d’un mauvais ouvrage en langue anglaise qui se présentait comme un dictionnaire : « Le livre a les allures d’un ouvrage de
référence. De ce fait, il constitue un véritable désastre pour l’érudition :
parce que le livre a été publié, il se retrouvera dans des centaines de bibliothèques publiques et une bonne partie de ses lecteurs le prendra pour argent
comptant. »
PRÉFACE
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Nous savions inévitables les réactions d’amour propre de certains
spécialistes que nous avons pu égratigner. Mais il est arrivé aussi que nos
lecteurs nous prêtent trop de subtilité et qu’une observation banale soit perçue comme un trait d’ironie narquoise, voire comme une attaque déguisée.
De ce fait, des auteurs à qui nous décernions par ailleurs les plus grands
éloges ont parfois attendu leur tour dans la file des mécontents.
Enfin, certains universitaires ont réagi véhémentement à ce qu’ils
considéraient comme un crime de lèse-faculté et leurs protestations sont
parfois remontées jusqu’à nous. Les deux modestes remarques qui suivent
ont pour but de couper court à toute polémique. Rappelons tout d’abord
qu’il n’existe pas de discipline académique consacrée aux littératures dessinées. Un chercheur ne peut donc par définition se prévaloir de sa qualité
d’universitaire pour asseoir sa compétence dans des matières qui ne correspondent à aucun champ disciplinaire ni à aucun programme de recherche. Deuxièmement, il nous a semblé que certains auteurs saisissaient mal
que publier un livre, fût-il une version d’un travail académique, c’était
livrer son ouvrage à une critique d’ensemble et à une critique de détail,
émanant d’un être multiple, omniscient et pinailleur, qui est le Lecteur.
Trouver ces critiques injustes ou déloyales, sous prétexte que la thèse dont
émane l’ouvrage a été brillamment soutenue, témoigne donc d’une certaine
confusion d’idées.
Il va sans dire que notre propre ouvrage, par sa nature même, invitait le lecteur à une sévérité accrue et que nous avons reçu avec reconnaissance les volées de bois vert que des lecteurs souvent fort érudits ont bien
voulu nous administrer.
Les auteurs
1. Inks, vol. 4 n° 2, mai 1997, p. 43.
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Lexique
Les termes dont nous donnons ici la définition
reviennent de façon très variable dans notre
ouvrage. Il nous a paru indispensable d’éclairer
le sens de certains mots techniques pour un
public de non-spécialistes, quand même ces mots
seraient infréquents dans le texte.
Le lecteur voudra bien garder à l’esprit que les
définitions que nous donnons ici éclairent le sens
des mots et des expressions dans le corpus de littérature secondaire dont nous rendons compte.
Ils n’ont pas conséquent pas de valeur générale
et ne prétendent à aucune scientificité. Nous
avons donné ailleurs des sens techniques totalement différents aux expressions bande dessinée
et histoire en images. (Voir Harry Morgan, Principes des littératures dessinées, Éditions de
l’an 2, 2003.)
Age d’or : Pour les anciens lecteurs d’illustrés,
période allant de 1934 (lancement du Journal de
Mickey) à la guerre (fin de la parution desdits
illustrés en zone libre), qui permit à une génération de bambins de découvrir les comic strips
américains. L’âge d’or est donc l’âge d’or des
périodiques français pour enfants.
Cependant, par un glissement de sens peut-être
inconscient, on parla de l’âge d’or de la bande
dessinée (ou de bandes dessinées de l’âge d’or),
en voulant désigner les années 30 aux Etats-Unis.
La notion est sujette à caution. Nombre de séries
« de l’âge d’or » furent créées bien avant les
années 30 (Pim Pam Poum, Popeye [Thimble
Theatre], Mutt and Jeff, etc.). Dans leur pays, les
bandes « de l’âge d’or » survécurent évidemment à la guerre – et certaines paraissent toujours, soit qu’elles n’aient jamais cessé, soit
qu’elles aient été relancées. Enfin et surtout, on
ne voit aucune raison objective de privilégier une
décennie de l’histoire des comic strips.
On notera que, pour les Américains, l’âge d’or du
comic strip, ce sont les années 10 – les années
zéro à neuf étant considérées comme des années
de formation du médium. Il s’ensuit de perpétuels dialogues de sourds entre amateurs, de part
et d’autre de l’Atlantique.
Les comic books ont, eux aussi, un âge d’or
(1938-1945) et un âge d’argent (1957-1967).
LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ
Album : Le terme signifie à l’origine cahier de
dédicaces. Inusité dans ce sens par les amateurs
de bandes dessinées (qui présentent pourtant aux
dessinateurs de tels cahiers dans les festivals).
Désigne un livre de bande dessinée, généralement de grand format. Broché (c’est-à-dire à
couverture souple) ou cartonné (à couverture
rigide et lavable), imprimé en noir ou en couleur,
l’album accuse nettement son origine, qui est le
livre pour enfants.
L’album n’est ni plus ni moins « noble » que les
autres supports de la bande dessinée (petits formats, périodiques, récits complets), mais il est de
loin le support le plus vendu et le plus collectionné.
Les albums sont adaptés depuis quelques années
sous forme de bandes dessinées au format de
poche, moyennant le plus souvent un tripotage
des planches.
Amateur : Personne appréciant une bande dessi-
née quelconque. S’intéresse le plus souvent à un
domaine précis et ignore ou affecte de mépriser
tout le reste. (Attitude qu’on décèle aussi vis-àvis de la littérature générale, mais plutôt chez les
adolescents et comme une façon de se protéger
contre la perspective d’avoir à « tout lire ».) En
règle générale, chez les amateurs de bande dessinée, plus précis le goût, plus étroites les œillères.
Par exemple, les collectionneurs d’albums se désintéressent du récit complet ou du petit format ;
les amateurs de bande dessinée franco-belge se
détournent de la bande dessinée étrangère (tout ce
qui n’est pas français ou belge est étranger !) ; les
amateurs de comic books se fichent du comic
strip, etc. L’amateur feint parfois, pour dissimuler
son étroitesse de vue, d’être un esthète, en particulier quand il est entiché de certains dessinateurs
esthétisants (Mœbius, Manara…)
Amateur désigne aussi un auteur de bande dessinée (généralement un dessinateur) ayant principalement publié dans des fanzines et ne tirant pas
de revenu (ou ne tirant pas son revenu principal)
de son activité.
Ballon : En anglais : Balloon. Espace le plus souvent patatoïde et muni d’une queue où l’on
inscrit les paroles d’un personnage. Le contour
devient duveteux et la queue est remplacée par
une suite de petits cercles quand le ballon
contient des pensées.
Les francophones parlent plus souvent de bulles.
INDEX DES OUVRAGES DE LANGUE FRANÇAISE
9
L’équivalent savant est phylactère, du nom d’une
amulette contenant un passage de l’Ecriture que
les juifs se nouent au bras et au front quand ils
prient, désignant par extension toute banderole à
inscription du moyen âge et de la Renaissance
(mais au moyen âge elles contiennent rarement
les paroles du sujet !) – et, avec beaucoup de
bonne volonté, les premiers ballons utilisés dans
les estampes. Terme popularisé par les premiers
exégètes de la bande dessinée et dont le moins
qu’on puisse dire est qu’il ne s’imposait pas.
CNBDI : Centre national de la bande dessinée et
Bande dessinée (en abrégé BD) : Forme d’ex-
pression associant texte et dessin dans une
séquence de vignettes dont l’enchaînement constitue un récit. Le plus souvent les personnages
sont récurrents.
Par extension, ouvrage réalisé en bande dessinée.
Aussi : secteur de l’édition relative à la publication de ces ouvrages.
Bande quotidienne : Voir daily strip.
BDM : Abréviation de Béra, Denni et Mellot,
auteurs des éditions successives de Trésors de la
bande dessinée (Editions de l’Amateur), catalogue encyclopédique et argus du genre, recensant
et cotant albums, récits complets, périodiques,
petits formats, etc.
Bulle : Synonyme de ballon. Désigne aussi les
grandes tentes du festival de la bande dessinée
d’Angoulême.
Cartoon : Désigne à la fois le dessin d’humour,
la bande dessinée (cartoon strip) et le dessin
animé (animated cartoon). Les auteurs sont des
cartoonists.
Cartouche : Sorte d’anneau elliptique qui, dans les
inscriptions hiéroglyphiques, entoure le prenomen
et le nomen des rois et rien d’autre. En Europe,
désigne également, dans les plans ou les cartes,
des ornements avec des enroulements, contenant
le titre ou la dédicace. N’a, comme on le voit, rien
à voir avec les ballons de bande dessinée.
Case : Une vignette isolée de bande dessinée.
de l’image, à Angoulême. Contient notamment
un musée de la bande dessinée, une médiathèque
et des expositions. Travaille avec le SIBD –
devenu le FIBD en 1996.
Collectionneur : Celui qui fait une collection, par
exemple de bandes dessinées, ou d’objets dérivés
de la bande dessinée.
Collector : Pour Collector’s item – d’où le « plu-
riel » : Collector’s. Objet (pas forcément un
livre) suscitant la convoitise des collectionneurs
(ex : une figurine en latex d’un héros de BD,
offerte jadis par une marque de boisson chocolatée). Parfois produit spécifiquement pour le marché de la collection (ex : un objet d’art en métal
peint, avec son certificat d’authenticité, représentant un héros de BD, un album en « tirage de
tête » ou « tirage limité », un portfolio). Quand il
s’agit d’autre chose qu’un livre, on parle aussi de
goods ou de goodies. Vendu plus ou moins cher
dans des boutiques plus ou moins spécialisées.
Comic book : Aux Etats-Unis, fascicule le plus
souvent en couleur, à parution le plus souvent
mensuelle, traditionnellement imprimé sur mauvais papier, à un prix généralement faible. Pour
les séries réalistes, contient en général un épisode
d’une histoire à suivre, pour les histoires humoristiques, une histoire complète. Parfois complétés par une seconde histoire appelée back-up.
Comic strip : Aux Etats-Unis, bande dessinée
distribuée par une agence de presse et publiée
dans la presse quotidienne. A suivre (continuity
strip) ou contenant un gag par livraison (stop
comic ou gag-a-day strip).
En semaine (en général du lundi au samedi), paraît
sous forme de bande quotidienne (daily strip),
c’est-à-dire d’une bande horizontale le plus souvent de trois ou quatre vignettes, en noir et blanc.
Mais les tabloïdes, les magazines et la presse nonaméricaine reproduisent souvent des daily strips
hors de leur date marquée, en les coloriant.
Le dimanche, paraît sous forme de planche du
dimanche (sunday page), ensemble de strips en
couleur, susceptibles de subir des remontages
complexes.
CBBD : Centre belge de la bande dessinée. Comp-
rend un musée de la bande dessinée et une bibliothèque.
Comics : Equivalent de bande dessinée en américain. Des synonymes sont cartoon et funnies. Les
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Anglais utilisent parfois l’expression strip cartoon. Comics a été importé en français, en particulier par les éducateurs, qui en font un équivalent d’illustrés.
Comics Code Authority : Organisme profession-
nel veillant à ce que les comic books ne transforment pas les enfants en brutes homicides, fondé
aux Etats-Unis en 1954, dans un souci de relations publiques et pour prévenir les foudres de
l’Etat-gendarme.
Cote : Valeur atteinte par une bande dessinée sur
le marché des bouquinistes spécialisés. Il faut se
garder de confusions fréquentes. La cote n’est
pas fonction des qualités d’un ouvrage, ni de sa
rareté – ni même de l’importance absolue de sa
demande. Elle résulte, comme dans tout marché,
de la confrontation de l’offre et de la demande.
Un ouvrage cote si la demande excède l’offre. En
conséquence, un ouvrage très demandé mais
facile à trouver ne cote pas, pas plus qu’un
ouvrage rare mais pas recherché du tout !
Le lecteur non-spécialiste ne doit pas se laisser
aveugler par certaines cotes astronomiques
atteintes en salle des ventes, souvent par des
ouvrages de Hergé, et dont la presse se fait abondamment l’écho. La grande majorité des albums
ne cote pas, ou cote peu, soit parce que les ouvrages sont disponibles chez les libraires, voire en
« soldes d’éditeur », soit encore parce qu’ils sont
faciles à dénicher en bouquinerie, spécialisée ou
non.
Les cotes sont données par le BDM (voir ce mot).
Critique : Personne donnant, le plus souvent
dans la presse générale ou spécialisée, son avis
sur les bandes dessinées récemment parues.
Daily strip : Voir à comic strip.
Dessinateur : Personne qui dessine (et éventuellement qui écrit) des bandes dessinées.
LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ
Souvent confondu par le grand public avec la
bande dessinée.
Editeur : Celui qui publie l’ouvrage d’un autre.
Erudit : Personne au courant, dans le domaine
qui nous concerne. L’érudit est le plus souvent
l’auteur d’ouvrages – ou, à tout le moins, d’une
longue série d’articles – sur des sujets généralement pointus. Presque tous les érudits sont donc
critiques, mais l’inverse n’est malheureusement
pas vrai.
Esthète : Personne qui se pique de juger du beau,
par exemple dans la bande dessinée, dans le but
d’en retirer du plaisir. Affecte souvent le scepticisme à l’égard des autres valeurs. S’oppose au
nostalgique et à l’amateur, en ce que ses intérêts
ne dépendent que de ses inclinations.
L’esthète agace le nostalgique parce qu’il s’intéresse à des bandes dessinées qu’il n’a pas pu
lire étant enfant (en général parce qu’il n’était
pas né). Il agace l’amateur à cause de l’éclectisme de ses goûts (qui rend suspect son intérêt
pour la série favorite de l’amateur). Il agace le
libraire qui ne sait comment le cataloguer.
Espèce heureusement très rare. Il faut se garder
de confondre avec des esthètes certains amateurs de bandes dessinées esthétisantes (voir à
amateur).
Fandom : Mot-valise d’origine américaine.
Domaine des fanatiques. Ensemble des amateurs
d’un domaine (par exemple la bande dessinée),
se manifestant par l’intermédiaire des fanzines,
plus rarement de livres, et, en chair et en os,
dans les conventions, festivals et autres manifestations. Le fandom est supposé peser sur les
décisions des éditeurs en plébiscitant certaines
séries, en réclamant des traductions ou en vitupérant les insuffisances d’une publication. En
France, l’influence réelle du fandom est à peu
près nulle, les éditeurs se comportant comme s’il
n’existait pas.
Dessin animé (en abrégé DA) : Au cinéma, à la
télévision et sur des supports magnétiques (cassette vidéo) ou à lecture optique (vidéodisque),
film réalisé à partir d’une série de dessins représentant les phases successives d’un mouvement.
Appartient au domaine de l’animation, qui utilise
par ailleurs de nombreuses techniques différentes et les mêle éventuellement.
Fanéditeur : Mot-valise. Editeur, rédacteur en
chef et parfois rédacteur unique d’un fanzine. Le
fanéditeur est en général enthousiaste, érudit,
collectionneur, pauvre et opiniâtre. Il excelle
dans la bibliographie, la nomenclature, la recension (de préférence exhaustive) et n’en finit pas
de faire le catalogue de sa bibliothèque.
INDEX DES OUVRAGES DE LANGUE FRANÇAISE
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Fanzine : Mot-valise d’origine américaine.
référence aux ballons. Fumetti s’applique de préférence aux bandes dessinées faites en Italie.
Magazine de fanatique. A l’origine, lettre circulaire échangée entre amateurs d’un domaine (au
début : la science-fiction). A l’heure actuelle,
fanzine désigne toute revue non professionnelle,
c’est-à-dire ne faisant pas vivre ses auteurs.
D’abord ronéoté, voire tiré à la duplicatrice à
alcool, le fanzine est, de nos jours, photocopié
ou imprimé, parfois luxueusement. Financé par
les auteurs, souvent regroupés en association,
et/ou avec l’aide d’un organisme quelconque
(Centre national du livre, MJC, Conseil général,
etc.), diffusé par voie postale, par démarchage
direct des librairies spécialisées ou par un véritable diffuseur, il présente le plus souvent, dans
notre domaine, un mélange de bandes dessinées
d’amateurs et de dossiers sur des auteurs, généralement assortis d’interviews et de croquis
inédits.
Zine (parfois écrit zeen) est une abréviation de
magazine – et non, comme on pourrait le croire,
de fanzine, dont il est, au contraire, l’origine !
Zine est excellemment défini par l’équipe du
magazine Wired 1 comme « un ouvrage modeste,
bon marché, autopublié ; version underground,
anarchiste d’un magazine. » Des dérivés de zine
sont fanzine, e-zine (fanzine électronique) et webzine (fanzine sur Internet).
Fascicule : Toute partie d’ouvrage publié par
livraisons. Dans notre domaine, tout périodique
consacré aux bandes dessinées, récit complet,
petit format, comic book, etc.
Fumetti neri : Bandes italiennes policières pour
adultes, publiées dans les années 60/70. Le
modèle en est Diabolik, par Angela et Luciana
Giussani.
Héliogravure : Procédé de photogravure en creux,
utilisant des clichés galvanoplastiques, rentable
seulement pour les très grands tirages. Fait des
veloutés très recherchés des amateurs.
Histoire en images : Récit conduit par une succession de dessins, parfois légendés (ou, si l’on
préfère, « bande dessinée sans bulle »). Précède la
bande dessinée, à quoi certains érudits l’assimilent. Existe toujours, certains auteurs ayant le chic
pour se saisir d’une forme d’expression officiellement obsolète et la mener à une nouvelle perfection, au désespoir des tenants d’un progrès en art
(voir l’œuvre d’Edward Gorey).
On parle aussi d’histoire en estampes, terme forgé
par Töpffer.
Illustré : Abréviation de journal illustré (désignant ce qu’on appellerait de nos jours la grande
presse). Terme impropre appliqué, faute d’un
meilleur et péjorativement, à la presse de bande
dessinée et aux ouvrages de bande dessinée. Les
enfants l’adoptèrent, mais sans connotation péjorative.
Manga : Désignation japonaise des bandes dessi-
Fascicule de gare : Equivalent de petit format.
Généralement péjoratif, les bibliothèques de gare
étant supposées des lieux de perdition et – contre
toute logique – des propagatrices de l’analphabétisme.
Fiche : Document récapitulatif sur un auteur, un
personnage, un récit, une série, un thème, élaboré
le plus souvent par un érudit. Se présente sur support informatique ou sur support papier, dans la
traditionnelle boîte à chaussure.
Réunies dans le cadre d’un dossier, les fiches
deviennent des notules.
La rédaction de fiches est une activité importante
du rédacteur de fanzine.
Fumetti : Au singulier, fumetto (petite fumée).
Désignation italienne des bandes dessinées, par
nées. S’applique à la bande dessinée japonaise, et
éventuellement à des bandes dessinées occidentales ressemblant aux bandes dessinées japonaises.
Le terme, créé par Hokusaï (qui ne faisait pas de
bandes dessinées !), suggère une notion de
caprice et de drolatique. Les dessinateurs de
séries réalistes et dramatiques préfèrent celui de
gekiga (BD-drame). Les auteurs de manga ou de
gekiga sont des mangaka.
Médium : En français courant : média au singu-
lier, médias au pluriel. Mot d’origine latine ayant
transité par l’anglais ; moyen de communication.
On distingue les moyens de communication de
masse ou mass-media (en français : médias de
masse ou médias), et les moyens de communication personnels (souvent appelés, en toute contradiction, « hors média »).
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Dans le cas de la bande dessinée, l’emploi du mot
est sujet à caution, car la bande dessinée ne correspond pas à un moyen de diffusion spécifique.
Un fanzine discret, reproduit par photocopie et
diffusé par voie postale, s’apparente à une lettre
circulaire. Une bande dessinée éditée (le plus souvent sous forme d’album) est distribuée dans les
mêmes points de vente que le livre et s’apparente
à ce dernier produit, tandis qu’une revue de bandes dessinées appartient évidemment au domaine
de la presse.
L’usage du mot médium au sujet de la bande dessinée a surtout une vertu tactique. Il permet d’éviter l’erreur courante qui fait de la bande dessinée
un genre – ce qu’elle n’est évidemment pas –
erreur qui conduit à associer, par exemple, le
« polar », la « science-fiction » et la « bande dessinée », en oubliant que les deux premiers sont
des sous-catégories du roman (ou du film), alors
que la bande dessinée est une forme d’expression
particulière.
Il se dégage, du coup, un usage largo sensu du
mot médium, définissable comme « moyen d’expression » (et non plus de communication)
« usant de moyens, de formes ou de conventions
spécifiques ». La bande dessinée, dans cette
acception, est cousine germaine du dessin d’humour et fille de l’histoire en images (qui n’est pas
morte ; voir plus haut).
LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ
tent des panels le dimanche, quoique d’un format
différent.
Proche du dessin humoristique, mais présentant
soit des personnages récurrents (Dennis the
Menace, Marmaduke, Ziggy, etc.), soit un univers
mental cohérent (The Far Side, Close to Home,
etc.), le daily panel est le cas limite d’un daily
strip réduit à une case.
Périodique : Tout ouvrage qui paraît à des temps
marqués. Dans un sens plus restreint, désigne, de
façon illogique mais constante, les journaux
publiant des bandes dessinées qui ne sont ni des
récits complets ni des petits formats.
auteur, une série, un album, un fascicule, etc.,
parce qu’il l’a lu, ou qu’il l’aurait voulu lire, étant
petit. Il y a donc des générations de nostalgiques,
mais celle qui a eu le plus d’influence sur la littérature consacrée à la bande dessinée est de loin la
seconde, grandie avec les illustrés dits de l’âge
d’or, publiant des comic strips américains.
Petit format : Successeur du récit complet. Ainsi
dénommé à cause de ses dimensions (approximativement 13x18 cm). Apparaît en 1949 et se développe rapidement dans les années 50. En rapide
déclin dans les années 80, il est moribond dans les
années 90. D’aventure ou humoristique, il
contient du matériel français, italien, anglais,
espagnol, néerlandais, nord- ou sud-américain.
Les petits formats pour adultes contiennent du
matériel érotique ou des fumetti neri.
L’appellation petits formats est erronée, car ces
publications sont souvent assorties de suppléments de grand format, certaines n’existant qu’en
grand format (appelé parfois « géants », alors
qu’un célèbre petit format fut baptisé « digeste
comique »). Il s’ensuit une extrême confusion,
certaines publications de grandes dimensions des
éditeurs spécialisés étant répertoriées, selon les
sources, dans les petits formats, les récits complets
(ou les « nouveaux récits complets » !) et – pourquoi pas – les périodiques, ou bien étant délibérément passées sous silence par des nomenclaturistes prisonniers de leurs définitions.
Notule : Petite note. Article bref, reprenant le
Photocopie : Procédé de reprographie.
Nostalgique : Personne qui s’intéresse à un
contenu d’une fiche (voir ce mot) et portant sur un
auteur, un personnage, un récit, une série, un
thème.
Offset : procédé d’impression à plat où l’encre est
portée sur un blanchet avant d’être déposée sur la
page. Permet une grande finesse de trait.
Photo-roman : Récit présenté par une succession
de photos, montées sur la page comme les cases
d’une bande dessinée, et assorties de textes présentés dans des structures rappelant lointainement
des ballons.
Phylactère : Voir à ballon.
Panel : Equivalent américain de case ou vignette.
Aussi : daily panel. Série réduite à une seule
vignette en semaine, tout en conservant parfois
une sunday page. Mais beaucoup de panels res-
Planche : La page de bande dessinée dans l’argot
du métier. Terme adopté par les lecteurs, par goût
de la parlure.
INDEX DES OUVRAGES DE LANGUE FRANÇAISE
13
Planche dominicale : Sunday page. Voir à comic
riste écrit aussi les dialogues et il arrive qu’il
fournisse des éléments de documentation.
strip.
Portfolio : Portefeuille. Suite de dessins sur des
feuilles volantes, recueillies dans une chemise.
Vendu comme collector.
Pulp : Magazine populaire aux Etats-Unis,
imprimé sur très mauvais papier en pure pâte de
bois (pulp signifie pâte à papier), spécialisé dans
les genres les plus divers, mais toujours sensationnels (sport, aviation, détective, science-fiction, fantastique, horreur, histoires salaces, etc.)
S’oppose aux slicks, magazines imprimés sur
papier lisse, de bonne tenue, et qui mélangent
fiction et articles. Les pulps ont inspiré les comic
books quant à la thématique et quant à la qualité
du papier. Ils leur ont donné maint héros : Conan,
The Shadow, Doc Savage, etc.
Récit complet : Ancêtre à la fois de l’album et du
petit format. Apparu au début des années 30 et
disparu dans les années 50, sa phase de maturité
étant l’immédiate après-guerre. En théorie,
contient une histoire complète (d’où le nom). En
pratique, contient souvent un épisode d’une histoire à suivre, d’autant que le nombre de pages
est réduit (en général de 8 à 20, y compris la couverture). Format à la française ou à l’italienne.
Le récit complet est difficile à distinguer du petit
format qui prend souvent sa suite.
Revue spécialisée : Journal proposant des bandes
dessinées, le plus souvent à suivre. Voir à périodique.
Revue d’études : Propose des études sur la bande
dessinée. Il s’agit normalement d’un fanzine,
mais on connaît de rares cas de revues devenues
professionnelles.
Sérigraphie : Procédé d’impression à l’aide d’un
écran ou trame de soie dont on laisse libres les
mailles correspondant à l’image à imprimer. Le
procédé ne permet que des tirages relativement
limités.
SIBD : Salon international de la bande dessinée
d’Angoulême. Devenu le FIBD, festival international de la bande dessinée, en 1996.
Strip : Une bande d’une bande dessinée. Alignement horizontal de vignettes, ou une seule
vignette allongée. Voir à comic strip.
Sunday page : Voir à comic strip.
Syndicate : Equivalent américain d’une agence
de presse. Distribue, entre autres, des bandes
dessinées. En France, certains éditeurs de bande
dessinée assurent accessoirement le rôle de syndicate.
Top : Voir à comic strip.
Underground : Mot d’origine américaine ; littéralement : souterrain. Exprime une idée de clandestinité (le mot désigne la Résistance). Dans
notre domaine, recouvre particulièrement les
bandes dessinées issues de la contre-culture,
mouvement anarchisant et hédoniste apparu sur
la côte ouest des Etats-Unis dans les années 60.
La notion implique aussi des circuits de distribution particuliers, et parfois confidentiels, et une
position esthétique en rupture avec les courants
traditionnels.
Zine : Voir fanzine.
Scénariste : Personne qui écrit une bande dessi-
née. En général, le scénariste propose à son dessinateur un découpage en planches et en vignettes, avec indication de lieu, de temps, de
cadrages, et description de la vignette. Le scéna-
1. Wired Style, Publisher’s Group West, 1996
1
Ouvrages
généraux
16
LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ
« Rien ne me plaît plus de cette époque gâteuse
et sanglante, avec ses techniques ubuesques, ses
chambres à torture et ses adultes tellement
abrutis par le cinéma qu’ils préfèrent Tintin à
tout et que leur journal, sous peine de crever,
doit leur raconter l’histoire et la littérature avec
des dessins d’enfants. »
François Mauriac,
Nouveaux Mémoires intérieurs
Le plus ancien ouvrage sur la bande dessinée
qui ne soit ni une brochure de propagande –
communiste, cléricale ou laïque – vitupérant
les récits complets, ni un tableau ou un listage
de la presse pour jeunes émanant d’éducateurs
sourcilleux 1, est Le Petit monde de Pif le
chien, essai sur un « comic » français, par
Barthélemy Amengual (1955). Il s’agit d’une
analyse d’inspiration marxiste. On le trouvera
dans notre section 2.4.5. Personnages. Signalons aussi, dans les précurseurs, l’ouvrage de
François Caradec sur Christophe (1956) et Le
Monde de Tintin, de Pol Vandromme (1959) 2.
Il fallut attendre 1967 pour voir paraître en
France un volume pouvant s’assimiler à un
ouvrage général – qui inaugurait aussi la longue tradition des catalogues d’exposition. Il
s’agit de Bande dessinée et figuration narrative, par Pierre Couperie et ses collaborateurs.
Se succèdent dès lors apologies de la bande
dessinée, introductions générales et autres dictionnaires. Les années 80 voient poindre les
monographies brèves, reprenant et synthétisant des ouvrages précédents plus amples.
Dans les années 90, s’épanouissent à la fois les
dictionnaires, devenus très gros et embrassants, et les ouvrages d’introduction, de plus
en plus synthétiques et didactiques.
Le nombre relativement restreint d’ouvrages,
les lacunes des premiers spécialistes du
domaine et leurs partis pris, une certaine inertie des hommes et des idées enfin, ont fixé un
état du savoir qui n’est pas à l’abri de la critique. L’insistance sur certains pays ou certaines périodes, la mention rituelle de certaines
œuvres ou certains auteurs – et l’oubli systématique de certains autres – ne s’expliquent
pas autrement. Le lecteur prendra donc ces
panoramas du domaine pour ce qu’ils sont.
Il faut de plus avertir le lecteur, mieux que
nous ne l’avons fait à l’intérieur des notules,
que certaines affirmations fréquemment répé-
tées, ne fût-ce que par des auteurs ayant beaucoup publié, sont à prendre avec précaution.
Le lecteur usera naturellement de plus de prudence que s’il abordait un domaine plus traditionnel et mieux défriché.
Nous répertorions dans la section 1.1. des
ouvrages constituant des introductions générales au médium, qui ne se présentent pas sous
forme de dictionnaires ou d’encyclopédies.
On complétera obligatoirement la lecture de
cette section par celle de la section 3. Théorie,
recensant les ouvrages généraux proposant un
système de la BD, et par celle de la section
4.1. Ouvrages généraux pour pédagogues,
proposant également des introductions générales, mais destinées, celles-ci, aux éducateurs.
La section 1.2. répertorie les dictionnaires et
les encyclopédies.
La section 1.3. recense les anthologies.
La section 1.4. les ouvrages généraux comportant des articles disparates.
1. Le lecteur qui souhaiterait avoir une vision chronologique du domaine est invité à commencer sa lecture
par la section 4.1. Ouvrages généraux pour pédagogues.
2. On trouvera aussi une bonne étude sur Pogo, par
Robert Champigny, dans Critique, la revue de Georges
Bataille, n° 117, février 1957.
1.1.
Histoires et
introductions
générales
18
Bande dessinée et figuration narrative
Pierre Couperie, Proto Destefanis,
Edouard François, Maurice Horn,
Claude Moliterni, Gérald Gassiot-Talabot
Musée des arts décoratifs, 1967
Publiée à l’occasion de l’exposition du même
nom au Musée des arts décoratifs, c’est la première tentative en France d’une histoire de la
bande dessinée dans tous ses aspects : histoire,
esthétique, production et sociologie de la
bande dessinée mondiale, procédés narratifs et
structure de l’image dans la BD contemporaine.
Première tentative de légitimation culturelle de
la BD, l’exposition et le catalogue Bande dessinée et figuration narrative eurent une
influence profonde sur la conception que le
public cultivé se faisait du médium. Pierre
Couperie et son équipe firent de Little Nemo le
premier classique, et imposèrent les années 30
aux Etats-Unis comme un âge d’or, très aidés,
il est vrai, par des bataillons de nostalgiques
des journaux d’enfant français de cette époque.
La question fondamentale (que montrer dans
l’expo ?) fut résolue par le parti pris d’agrandir
les planches (parfois les cases) au format d’un
tableau. Convention maintenue dans le catalogue d’après le principe suivant : plus un auteur
est important, plus ses cases sont agrandies.
Ce choix de présenter des agrandissements
fera sourire l’habitué d’expositions sur la BD,
qui s’attend à voir exhiber principalement des
planches originales. Il est pourtant logique.
D’une part, en 1967, la planche originale n’a
pas de valeur intrinsèque. D’autre part, le
« produit bande dessinée » est par nature un
produit imprimé, ce qu’un agrandissement de
case met en valeur, en grossissant l’aspect
mécanique de la reproduction. L’original, à
l’inverse, a surtout une valeur anecdotique ou
affective, même s’il donne naturellement des
indications sur le travail d’un auteur. Paradoxalement, l’exhibition d’une planche originale singe peut-être davantage la muséographie « traditionnelle » des arts graphiques que
les cases géantes de 1967.
Reste que le choix iconographique de P. Couperie et de ses collaborateurs est sujet à caution. Il y a survalorisation de certains auteurs
(Burne Hogarth, qui lança une véritable OPA
sauvage sur nos exégètes et érigea sa propre
statue de « classique moderne ») et dévalorisa-
LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ
tion d’autres (citons seulement Poïvet, dont le
lecteur se fera une piètre idée, au vu du document de la page 97). De façon générale, le
principe énoncé plus haut (taille des reproductions directement proportionnelle à l’importance supposée de l’auteur) n’est pas sans
brouiller l’image que le public général cultivé
peut avoir de la bande dessinée.
Même s’il faut prendre dates et parfois noms
d’auteurs avec précaution, même si certaines
bandes dessinées ne sont visiblement connues
que par ouï-dire et même si l’on note quelques
oublis importants, ce catalogue de plus de
250 pages reste d’une lecture plaisante de par
sa volonté critique, ses enthousiasmes et, à
l’occasion, ses vigoureux partis pris.
La bande dessinée : histoire des histoires
en images, de la préhistoire à nos jours
Gérard Blanchard
Marabout Université, 1969
Réédition 1974
Bref ouvrage, consistant en un texte extrêmement concis, mais documenté et toujours pertinent, et des reproductions bien choisies, mais
trop petites, vu le format du volume, pour être
lisibles. Le Blanchard est un paquebot transatlantique contenu dans les limites d’un flacon.
Gérard Blanchard part du pictogramme et des
prémices de la figuration, pour dégager l’évolution de la narration en images. Cela le
conduit logiquement à l’histoire en images et
à la bande dessinée américaine puis européenne.
Son point de vue est celui de l’historien de
l’art et l’ouvrage tranche assez nettement, par
conséquent, avec les opuscules d’éducateurs
qui le précèdent (voir la section 4. Pédago-
OUVRAGES GÉNÉRAUX
gie), mais aussi avec les ouvrages de nostalgiques, puis d’amateurs, qui le suivront.
Mais, d’un autre côté, cette façon de remonter
aux fresques égyptiennes – et, à tout le moins,
à la tapisserie de Bayeux et aux xylographies
médiévales – impressionnera beaucoup les
futurs exégètes de la bande dessinée, qui s’en
serviront pour légitimer le médium. La généalogie de la BD établie par Gérard Blanchard
sera donc rappelée rituellement au début des
ouvrages, dans les deux décennies suivantes, –
par des auteurs qui n’en concluent rien et n’en
tirent rien, faute de véritables recherches.
(Pour des exemples, voir à l’index : Frémion,
Pennachioni, Pierre, Renard.)
Par contrecoup, une autre partie de la critique
– répondant non à Blanchard, mais à ses continuateurs – tendra à se gausser de ces références historiques, perçues comme une tentative
petite-bourgeoise de donner un pedigree à une
forme d’expression naguère décriée.
La thèse de M. Blanchard est assez pertinente.
On notera cependant que, même si l’auteur
reste prudent dans ses analyses, son choix de
reproductions risque de donner l’impression
que le moyen âge connaît l’équivalent d’une
bande dessinée avec cases et ballons. Il faut se
garder ici de généraliser à partir de ressemblances superficielles.
L’auteur a le mérite d’insister sur les évolutions et les révolutions technologiques qu’ont
connues l’imprimerie et la presse, et sur
l’émergence des médias cinéma et télévision,
en lecteur attentif de McLuhan.
La brièveté de l’ouvrage ne lui permet pas de
développer autant qu’elles le mériteraient ses
intuitions souvent fécondes, et il se heurte
parfois, pour la partie moderne (années 50), à
des difficultés de documentation. Par exemple, s’il écrit à propos des EC comics, qu’il
est l’un des premiers en France à avoir lus :
« Ce style de dessin, particulièrement adapté
à la publication en noir, donne à ces bandes
une allure volontairement un peu archaïque »,
c’est qu’il n’a lu que des rééditions au format
de poche par Ballantine Books (en noir et
blanc, donc).
Notons que, même quand l’auteur dispose de
peu de sources, ses jugements sur les œuvres
restent remarquablement justes. Il incite
d’ailleurs constamment le lecteur à vérifier sur
pièces et à se faire sa propre histoire de la BD.
19
Imagerie populaire contemporaine,
la bande dessinée
Gérard Blanchard
Editions MC Montreuil, 1971
Catalogue d’une exposition de la Maison de la
culture de Montreuil.
Pour un 9e art, la bande dessinée
Francis Lacassin
UGE Christian Bourgois, collection 10/18,
1971
Réédition Slatkine, collection Ressources,
1982
Défense et illustration de la bande dessinée
par un des fondateurs du CBD puis du
CELEG, Pour un 9e art, la bande dessinée est
un recueil d’articles d’origines diverses, d’un
peu plus de 500 pages. L’ouvrage a pourtant
une sorte de cohérence. Il comporte quatre
parties :
1° De l’image narrative à la narration en images. Où, après avoir tenté de définir la bande
dessinée, l’auteur fait un historique des débuts
du médium.
2° Quelques classiques. Où l’auteur, conteur
aimable et disert, se penche tour à tour sur
Bécassine, Les Pieds Nickelés, Félix le Chat,
Popeye, Tarzan et Lucky Luke, avant de s’entretenir avec Paul Gillon.
3° Miroir du monde. Où l’auteur repère les
similitudes de la bande dessinée et de la littérature populaire, discourt sur la science-fiction, le héros, le racisme, le rêve, dans une
perspective sociologique.
4° Bande dessinée et cinéma. Où l’auteur systématise la comparaison cinéma et bande dessinée, thème depuis rebattu, mais qui a beaucoup impressionné, comme en témoigne
Gilles Costaz dans Le Magazine littéraire :
« Pourtant tout hostile que je sois à l’abstraction esthétique, la confrontation bande dessinée-cinéma m’a paru assez étonnante. »
M. Lacassin se penche ensuite sur le code
(expression graphique de la colonne son).
On achève sur Alain Resnais et les BD, et le
récit touchant d’une visite à Fellini.
Précisons que cet ouvrage de combat, pas mal
fait, est dépassé et n’a plus, comme les journaux français pré-âge d’or, d’intérêt que
« rétrospectif ou affectif ». Mis à part les chapitres sur les précurseurs français et Lucky
Luke – et même s’il arrive à citer le Corriere
20
dei piccoli, les bandes dessinées de Spirou et
Jodelle – l’auteur traite essentiellement des
strips américains des années 30 qu’il a lus
étant petit, et qu’il ne connaît que dans leur
version française (le Popeye dont il nous parle
est donc la version parue dans Robinson). La
déformation systématique des orthographes
(on lit dans tout l’ouvrage Mac Kay pour
McCay) incline à penser que M. Lacassin écrit
parfois en se fiant à sa mémoire.
Les aperçus généraux sont aberrants, sa prédilection pour le strip d’aventure des années 30
amenant l’auteur à rabaisser tout ce qui précède, et que, du reste, il ne connaît pas. La
bande dessinée française est « incapable de
toute amélioration technique jusqu’en 1946 ».
Même pour les Etats-Unis, l’auteur arrive à
écrire qu’avant les années 30, il n’existe que
des daily strips familiaux, au graphisme
linéaire et au décor réduit, – tous cadrés en
plan moyen !
Pour le strip d’aventure lui-même, l’auteur
cite des séries des années 30 qu’il appréciait
enfant, comme Don Winslow of the Navy et
Charlie Chan ; il ne cite pas Wash Tubbs
(1924), fondamental dans le développement
du continuity strip, car il en ignore l’existence.
Quant à la bande dessinée d’après-guerre – y
compris aux Etats-Unis – c’est pour lui un
continent obscur.
De nombreuses affirmations sont contestables
– et parfois ne reposent sur rien. Flash Gordon
et Jungle Jim sont donnés comme deux bandes
séparées (Jungle Jim est le top de Flash Gordon). Winnie Winkle disparaîtrait de son strip
au profit de son petit frère Perry (en français
Bicot) ; les personnages de Thimble Theatre
disparaîtraient eux aussi (?) pour laisser la
place à Popeye, – dont une statue serait érigée
à Cristal City (pour Crystal City).
Enfin, les erreurs de noms, de dates ou de titres abondent (Little Bears and Tigers pour
Little Bears and Tykes, Rex Luthor pour Lex
Luthor, Georges Wunders pour George Wunder). Elles culminent dans deux tableaux chronologiques. Le premier, recensant les principaux personnages de la bande dessinée
mondiale, est un véritable festival de noms
écorchés (citons au hasard : Kieru et Kairu
pour Kieku et Kaiku, E. D. Plawen pour e.
o. plauen, Dashiell Hammet pour Dashiell
Hammett, Franck Martinek pour Frank Marti-
LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ
nek, Otto Messmer pour Otto Mesmer, Raymond Cazeneuve pour Raymond Cazanave),
mais aussi de dates incertaines et de références
douteuses, recopiées on ne sait où. Le second,
consacré aux événements importants de l’histoire de la bande dessinée, et tout aussi farfelu,
permet à l’auteur de se faire un peu de publicité en racontant par le menu la vie du CBD et
du CELEG.
Claude Moliterni, Histoire de la bande dessinée d’expression française, 1972 : voir la
section 2.2.1. France et francophonie
Comics : l’art de la bande dessinée
Réalisation : Walter Herdeg
et David Pascal
Walter Herdeg, The Graphis Press,
Zurich, 1972
Recueil de courts articles de David Pascal,
Pierre Couperie, Claude Moliterni, Archie
Goodwin et Gil Kane, Les Daniels, Jules Feiffer, Robert Weaver, Umberto Eco, parus dans
la revue suisse Graphis, n° 159 et 160.
Une introduction à la bande dessinée qui privilégie l’image et s’adresse a un public de spécialistes et de professionnels de la communication.
A noter les propos d’Alain Resnais sur le
thème « Bande dessinée et cinéma » et des
reproductions de travaux du célèbre designer
Milton Glaser, inspirés par les techniques de la
bande dessinée.
BD, censure, érotisme et 137 personnages,
BD 72
Numéro spécial de La Revue du cinéma,
Image et son
Sous la direction de Jacques Zimmer
Ufoleis, Ligue française de l’enseignement,
1972
Dans un élégant boîtier jaune, 104 diapositives, passant en revue 137 personnages de BD,
de Pim Pam Poum à Valentina (on nous précise que ces diapositives ne reprennent en rien
la première série, parue en 1967, dont nous
ignorons tout), accompagnées d’un livret
comportant, en première partie, quatre articles
parus dans les numéros de février, mars, avril,
mai 72 de La Revue du cinéma, Image et son,
et consacrés à la censure et l’érotisme, aux
fumetti neri, à la politique et au western.
OUVRAGES GÉNÉRAUX
Dans la deuxième partie, personnages répartis
en huit catégories : les comiques, les parodiques, les politiques et satiriques, les poétiques et insolites, les quotidiens, les fantastiques, les héroïques et les érotiques. (Cette
classification évoque immanquablement l’Anthologie Planète, – voir la section 1.3.)
Les auteurs distinguent de façon assez gratuite
quatre périodes : avant 1920, de 1920 à 1940,
de 1940 à 1960 et après 1960.
Remarquons, pour conclure, que le parti pris
esthétique sent terriblement les années 70. Les
auteurs s’en justifient du reste : « Nous nous
intéressons plus à la bande dessinée actuellement publiée qu’aux collections privées. Nous
avons marqué une nette préférence pour les
documents récents : parce qu’il n’est pas toujours vrai que le créateur d’une série en soit le
meilleur interprète et parce que nous voulons
considérer la bande dessinée comme un art
vivant. »
La Littérature de la bande dessinée
Bibliothèque Laffont des Grands Thèmes,
1975
Cet ouvrage anonyme d’origine espagnole est,
sur 143 pages, un recueil des pires lieux communs généralement proférés sur la bande dessinée, agrémenté de diverses saugrenuités.
On y apprend que Rodolphe Töpffer « s’est
surtout illustré par d’abondants albums de
dessins légendés qu’aucun comic book n’a
encore surpassés », que Krazy Kat est d’une
« orientation pré-surréaliste », que L’Ile Noire
et Le Temple du Soleil sont de bons exemples
du « dynamisme qu’Hergé a donné à ses histoires », que « Dennis the Menace c’est-à-dire
Daniel le polisson (sic) est un strip dans la
21
lignée de Pogo, Peanuts et Miss Peach », que
« dans la montée du comic moderne italien,
l’œuvre de Hugo Pratt représente un cas marginal » et qu’il est l’auteur d’Une bataille sur
la Mer Salée (sic).
En prime, un entretien avec Claude Moliterni,
sans intérêt lui aussi.
La Bande dessinée en 10 leçons :
de Zig et Puce à Tintin et Astérix
Henri Filippini et Michel Bourgeois
Hachette, Collection en 10 leçons, 1976
On nous y enseigne :
— que la production anglaise est « totalement
inexistante »,
— que la bande dessinée italienne ne démarre
vraiment qu’après la guerre,
— que « la Hollande a toujours été le chef de
file de la BD néerlandaise »,
— que McManus « n’ignore rien du modern
style comme du style nouille »,
— que Batman n’a eu du succès qu’en 1966,
etc.
S’ajoutent erreurs de dates, coquilles et verbiage incontrôlé.
Panorama de la bande dessinée
Jacques Sadoul
J’ai Lu, 1976
« Dans ce livre, petit mais dense, Jacques
Sadoul passe en revue 200 bandes dessinées
françaises, américaines, belges, italiennes,
etc., de 1897 à 1975. Chaque série est examinée du point de vue historique et critique et
toutes sont accompagnées d’une reproduction,
soit 200 illustrations en tout. »
Voilà ce que promet la prière d’insérer. Vaine
promesse ! Ce Panorama de la bande dessinée
serait un honnête ouvrage s’il s’était intitulé
« Mon panorama de la bande dessinée » – car,
si les deux cents séries passées en revue reflètent très bien les goûts de l’amateur Jacques
Sadoul, elles ne donnent pas une vision juste
de l’histoire de la bande dessinée.
Le livre de Jacques Sadoul mérite même que
l’on soit sévère avec lui, car il a été publié aux
très populaires éditions J’ai Lu et se veut
« destiné à devenir la bible de tous les amateurs de bande dessinée ».
Que penser d’un chapitre sur l’Angleterre qui
considère qu’Andy Capp est un strip d’humour
intellectuel, qui préfère faire une place à James
22
Bond plutôt qu’à Dan Dare, Rupert ou Bristow ?
Ailleurs, le chapitre Underground « oublie »
Art Spiegelman, George Metzger et Greg
Irons, au profit de Larry Welz, Dick Giordano
et Mike Royer.
Plus grave : sur les dix-neuf BD italiennes présentées, sept sont des « fumetti per adulti »,
alors que ne sont cités ni Antonio Rubino, ni
Rino Albertarelli, ni Luciano Bottaro, ni Giovanni Bonelli, ni Dino Battaglia.
Même problème pour les comic books, où
sont citées cinq filles de la jungle, alors que
Sheena aurait suffi et où Sadoul sort de sa
bibliothèque des séries aussi excentriques que
The Black Condor ou Blonde Phantom.
Comme on le voit, Jacques Sadoul a fait passer ses goûts d’érotomane distingué et d’amateur d’insolite avant ses devoirs d’historien de
la BD. Quant aux erreurs de dates et de faits,
Pierre Couperie, dans Phénix n° 45, en
dénombre une vingtaine.
La bande dessinée
Jean-Bruno Renard
Seghers, collection Clefs, 1977
Edition revue et augmentée, 1985
Une connaissance superficielle de la bande dessinée et beaucoup de lieux communs permettent à l’auteur de nous infliger cette laborieuse
introduction à l’histoire, la technique, l’esthétique et la sociologie de la bande dessinée.
1985 vit paraître une édition revue et augmentée, faisant le point sur la sémiologie, la psychologie et la sociologie appliquées au domaine.
La Bande dessinée BD 79
Jacques Zimmer
Ligue de l’enseignement
et de l’éducation permanente, 1978
Mise à jour 1983
Nouveau coffret de 158 diapositives avec un
livre (voir ci-dessus, BD 72). L’auteur a gardé
l’intégralité des fiches de personnages de la
première édition, mais les a complétées dans
une seconde partie, en adoptant une classification identique. Suivent quelques éléments historiques et listages de personnages (les femmes, les animaux).
Diabédé 1 et 2
Association pour la défense
et l’illustration des bandes dessinées
LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ
(Adibédé), s. d. (1978)
Deux coffrets de 20 diapositives sur l’histoire
en images, le premier « Des Cavernes à
Epinal », le second, « D’Epinal à Winsor
McCay ». Un livret de 8 pages à chaque fois.
Le tout concocté par Jean-Claude Faur.
Histoire mondiale de la bande dessinée
Sous la direction de Claude Moliterni
Pierre Horay, 1980
Réédition augmentée 1989
Un échec à la taille de l’ouvrage. On attendait
mieux chez Pierre Horay et surtout de la liste
prestigieuse des collaborateurs, qui sont tous
des spécialistes de leur domaine respectif.
La conception même de l’ouvrage échappe à
toute logique : le choix des auteurs cités et la
place réservée à chaque pays sont apparemment laissés au hasard. L’ouvrage se compose
surtout de listes de séries ou d’auteurs, souvent sans qu’il soit précisé même s’il s’agit
d’humour, de western ou de science-fiction. Il
est vrai que l’on ne se nomme pas Histoire
mondiale sans risque.
On notera cependant quelques chapitres réussis, comme celui de Pierre Couperie sur l’histoire en images et les débuts de la bande dessinée en France.
Ajoutons qu’en dépit de tout, l’ouvrage reste
utilisable, grâce à son index, comme une sorte
de listing d’auteurs et de séries, à charge, pour
le chercheur, de compléter ses connaissances
par ailleurs.
A la rencontre de la bande dessinée
Jean-Claude Faur
Bédésup, collection A la rencontre de…,
1983
Recueil d’articles sur tout et rien et d’entretiens en vrac, sur 238 pages, illustré par des
dessins dédicacés d’auteurs de bandes dessinées à l’auteur de ce livre. L’ensemble donne
l’impression d’une grande confusion.
La Bande dessinée
Annie Baron-Carvais
PUF, collection Que sais-je ?, 1985
Deuxième édition revue et mise à jour, 1985
Troisième édition refondue, 1991
Quatrième édition refondue, 1994
A l’intéressante question que s’est posée
Annie Baron-Carvais dans la célèbre collec-