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Le Petit critique illustrÉ Harry MORGAN & Manuel HIRTZ LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ Guide des ouvrages consacrés à la bande dessinée deuxième édition Illustrations de Lewis Trondheim Le lecteur trouvera une mise à jour permanente du présent ouvrage à l’adresse : http://sdv.fr/pages/pages/adamantine Mise en page, photogravure : Cicero Paris 11e Imprimé en France Dépôt légal : 3e trimestre 2005 © A.P.J.A.B.D. & les auteurs B.P. 94, 92123 Montrouge Cedex ISBN 2-9505628-8-4 À nos mamans 6 LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ Préface à la deuxième édition « Beaucoup de gens diraient qu’un spécialiste est un homme qui sait beaucoup dans un domaine donné. Mais, pour ma part, je ne puis accepter une telle définition, car en fait on ne peut jamais savoir beaucoup dans un domaine. J’emploierais donc plutôt la formule suivante : un spécialiste est un homme qui connaît bien quelques-unes des erreurs les plus grossières que l’on risque de faire dans le domaine en question, et qui sait donc les éviter. » Niels Bohr, cité dans Werner Heisenberg, La Partie et le tout : le monde de la physique atomique, 1969. Le succès de la première édition de ce petit ouvrage nous pousse à lui donner aujourd’hui une nouvelle incarnation. En réponse à d’excellentes suggestions de lecteurs et de critiques, nous avons ajouté un chapitre consacré aux principaux ouvrages de langue anglaise ; on distingue mal, en effet, pourquoi l’amateur éclairé ou le chercheur se cantonneraient à la littérature secondaire en langue française. Cependant le petit parfum de scandale bien inattendu qui a accompagné la première sortie de notre ouvrage nous oblige à quelques mises au point. Répétons que notre ouvrage est un usuel, destiné à guider dans le maquis de la littérature spécialisée un lecteur s’intéressant à — ou travaillant sur — la bande dessinée. Il fallait par conséquent tenir compte des attentes et des besoins d’un lecteur qui n’est pas forcément lui-même un spécialiste du domaine. Nous ne saurions mieux répondre aux revuistes qui nous ont reproché par exemple de donner des listes de noms écorchés chez tel historien populaire qu’en paraphrasant l’historien américain R. C. Harvey 1, rendant compte d’un mauvais ouvrage en langue anglaise qui se présentait comme un dictionnaire : « Le livre a les allures d’un ouvrage de référence. De ce fait, il constitue un véritable désastre pour l’érudition : parce que le livre a été publié, il se retrouvera dans des centaines de bibliothèques publiques et une bonne partie de ses lecteurs le prendra pour argent comptant. » PRÉFACE 7 Nous savions inévitables les réactions d’amour propre de certains spécialistes que nous avons pu égratigner. Mais il est arrivé aussi que nos lecteurs nous prêtent trop de subtilité et qu’une observation banale soit perçue comme un trait d’ironie narquoise, voire comme une attaque déguisée. De ce fait, des auteurs à qui nous décernions par ailleurs les plus grands éloges ont parfois attendu leur tour dans la file des mécontents. Enfin, certains universitaires ont réagi véhémentement à ce qu’ils considéraient comme un crime de lèse-faculté et leurs protestations sont parfois remontées jusqu’à nous. Les deux modestes remarques qui suivent ont pour but de couper court à toute polémique. Rappelons tout d’abord qu’il n’existe pas de discipline académique consacrée aux littératures dessinées. Un chercheur ne peut donc par définition se prévaloir de sa qualité d’universitaire pour asseoir sa compétence dans des matières qui ne correspondent à aucun champ disciplinaire ni à aucun programme de recherche. Deuxièmement, il nous a semblé que certains auteurs saisissaient mal que publier un livre, fût-il une version d’un travail académique, c’était livrer son ouvrage à une critique d’ensemble et à une critique de détail, émanant d’un être multiple, omniscient et pinailleur, qui est le Lecteur. Trouver ces critiques injustes ou déloyales, sous prétexte que la thèse dont émane l’ouvrage a été brillamment soutenue, témoigne donc d’une certaine confusion d’idées. Il va sans dire que notre propre ouvrage, par sa nature même, invitait le lecteur à une sévérité accrue et que nous avons reçu avec reconnaissance les volées de bois vert que des lecteurs souvent fort érudits ont bien voulu nous administrer. Les auteurs 1. Inks, vol. 4 n° 2, mai 1997, p. 43. 8 Lexique Les termes dont nous donnons ici la définition reviennent de façon très variable dans notre ouvrage. Il nous a paru indispensable d’éclairer le sens de certains mots techniques pour un public de non-spécialistes, quand même ces mots seraient infréquents dans le texte. Le lecteur voudra bien garder à l’esprit que les définitions que nous donnons ici éclairent le sens des mots et des expressions dans le corpus de littérature secondaire dont nous rendons compte. Ils n’ont pas conséquent pas de valeur générale et ne prétendent à aucune scientificité. Nous avons donné ailleurs des sens techniques totalement différents aux expressions bande dessinée et histoire en images. (Voir Harry Morgan, Principes des littératures dessinées, Éditions de l’an 2, 2003.) Age d’or : Pour les anciens lecteurs d’illustrés, période allant de 1934 (lancement du Journal de Mickey) à la guerre (fin de la parution desdits illustrés en zone libre), qui permit à une génération de bambins de découvrir les comic strips américains. L’âge d’or est donc l’âge d’or des périodiques français pour enfants. Cependant, par un glissement de sens peut-être inconscient, on parla de l’âge d’or de la bande dessinée (ou de bandes dessinées de l’âge d’or), en voulant désigner les années 30 aux Etats-Unis. La notion est sujette à caution. Nombre de séries « de l’âge d’or » furent créées bien avant les années 30 (Pim Pam Poum, Popeye [Thimble Theatre], Mutt and Jeff, etc.). Dans leur pays, les bandes « de l’âge d’or » survécurent évidemment à la guerre – et certaines paraissent toujours, soit qu’elles n’aient jamais cessé, soit qu’elles aient été relancées. Enfin et surtout, on ne voit aucune raison objective de privilégier une décennie de l’histoire des comic strips. On notera que, pour les Américains, l’âge d’or du comic strip, ce sont les années 10 – les années zéro à neuf étant considérées comme des années de formation du médium. Il s’ensuit de perpétuels dialogues de sourds entre amateurs, de part et d’autre de l’Atlantique. Les comic books ont, eux aussi, un âge d’or (1938-1945) et un âge d’argent (1957-1967). LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ Album : Le terme signifie à l’origine cahier de dédicaces. Inusité dans ce sens par les amateurs de bandes dessinées (qui présentent pourtant aux dessinateurs de tels cahiers dans les festivals). Désigne un livre de bande dessinée, généralement de grand format. Broché (c’est-à-dire à couverture souple) ou cartonné (à couverture rigide et lavable), imprimé en noir ou en couleur, l’album accuse nettement son origine, qui est le livre pour enfants. L’album n’est ni plus ni moins « noble » que les autres supports de la bande dessinée (petits formats, périodiques, récits complets), mais il est de loin le support le plus vendu et le plus collectionné. Les albums sont adaptés depuis quelques années sous forme de bandes dessinées au format de poche, moyennant le plus souvent un tripotage des planches. Amateur : Personne appréciant une bande dessi- née quelconque. S’intéresse le plus souvent à un domaine précis et ignore ou affecte de mépriser tout le reste. (Attitude qu’on décèle aussi vis-àvis de la littérature générale, mais plutôt chez les adolescents et comme une façon de se protéger contre la perspective d’avoir à « tout lire ».) En règle générale, chez les amateurs de bande dessinée, plus précis le goût, plus étroites les œillères. Par exemple, les collectionneurs d’albums se désintéressent du récit complet ou du petit format ; les amateurs de bande dessinée franco-belge se détournent de la bande dessinée étrangère (tout ce qui n’est pas français ou belge est étranger !) ; les amateurs de comic books se fichent du comic strip, etc. L’amateur feint parfois, pour dissimuler son étroitesse de vue, d’être un esthète, en particulier quand il est entiché de certains dessinateurs esthétisants (Mœbius, Manara…) Amateur désigne aussi un auteur de bande dessinée (généralement un dessinateur) ayant principalement publié dans des fanzines et ne tirant pas de revenu (ou ne tirant pas son revenu principal) de son activité. Ballon : En anglais : Balloon. Espace le plus souvent patatoïde et muni d’une queue où l’on inscrit les paroles d’un personnage. Le contour devient duveteux et la queue est remplacée par une suite de petits cercles quand le ballon contient des pensées. Les francophones parlent plus souvent de bulles. INDEX DES OUVRAGES DE LANGUE FRANÇAISE 9 L’équivalent savant est phylactère, du nom d’une amulette contenant un passage de l’Ecriture que les juifs se nouent au bras et au front quand ils prient, désignant par extension toute banderole à inscription du moyen âge et de la Renaissance (mais au moyen âge elles contiennent rarement les paroles du sujet !) – et, avec beaucoup de bonne volonté, les premiers ballons utilisés dans les estampes. Terme popularisé par les premiers exégètes de la bande dessinée et dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’imposait pas. CNBDI : Centre national de la bande dessinée et Bande dessinée (en abrégé BD) : Forme d’ex- pression associant texte et dessin dans une séquence de vignettes dont l’enchaînement constitue un récit. Le plus souvent les personnages sont récurrents. Par extension, ouvrage réalisé en bande dessinée. Aussi : secteur de l’édition relative à la publication de ces ouvrages. Bande quotidienne : Voir daily strip. BDM : Abréviation de Béra, Denni et Mellot, auteurs des éditions successives de Trésors de la bande dessinée (Editions de l’Amateur), catalogue encyclopédique et argus du genre, recensant et cotant albums, récits complets, périodiques, petits formats, etc. Bulle : Synonyme de ballon. Désigne aussi les grandes tentes du festival de la bande dessinée d’Angoulême. Cartoon : Désigne à la fois le dessin d’humour, la bande dessinée (cartoon strip) et le dessin animé (animated cartoon). Les auteurs sont des cartoonists. Cartouche : Sorte d’anneau elliptique qui, dans les inscriptions hiéroglyphiques, entoure le prenomen et le nomen des rois et rien d’autre. En Europe, désigne également, dans les plans ou les cartes, des ornements avec des enroulements, contenant le titre ou la dédicace. N’a, comme on le voit, rien à voir avec les ballons de bande dessinée. Case : Une vignette isolée de bande dessinée. de l’image, à Angoulême. Contient notamment un musée de la bande dessinée, une médiathèque et des expositions. Travaille avec le SIBD – devenu le FIBD en 1996. Collectionneur : Celui qui fait une collection, par exemple de bandes dessinées, ou d’objets dérivés de la bande dessinée. Collector : Pour Collector’s item – d’où le « plu- riel » : Collector’s. Objet (pas forcément un livre) suscitant la convoitise des collectionneurs (ex : une figurine en latex d’un héros de BD, offerte jadis par une marque de boisson chocolatée). Parfois produit spécifiquement pour le marché de la collection (ex : un objet d’art en métal peint, avec son certificat d’authenticité, représentant un héros de BD, un album en « tirage de tête » ou « tirage limité », un portfolio). Quand il s’agit d’autre chose qu’un livre, on parle aussi de goods ou de goodies. Vendu plus ou moins cher dans des boutiques plus ou moins spécialisées. Comic book : Aux Etats-Unis, fascicule le plus souvent en couleur, à parution le plus souvent mensuelle, traditionnellement imprimé sur mauvais papier, à un prix généralement faible. Pour les séries réalistes, contient en général un épisode d’une histoire à suivre, pour les histoires humoristiques, une histoire complète. Parfois complétés par une seconde histoire appelée back-up. Comic strip : Aux Etats-Unis, bande dessinée distribuée par une agence de presse et publiée dans la presse quotidienne. A suivre (continuity strip) ou contenant un gag par livraison (stop comic ou gag-a-day strip). En semaine (en général du lundi au samedi), paraît sous forme de bande quotidienne (daily strip), c’est-à-dire d’une bande horizontale le plus souvent de trois ou quatre vignettes, en noir et blanc. Mais les tabloïdes, les magazines et la presse nonaméricaine reproduisent souvent des daily strips hors de leur date marquée, en les coloriant. Le dimanche, paraît sous forme de planche du dimanche (sunday page), ensemble de strips en couleur, susceptibles de subir des remontages complexes. CBBD : Centre belge de la bande dessinée. Comp- rend un musée de la bande dessinée et une bibliothèque. Comics : Equivalent de bande dessinée en américain. Des synonymes sont cartoon et funnies. Les 10 Anglais utilisent parfois l’expression strip cartoon. Comics a été importé en français, en particulier par les éducateurs, qui en font un équivalent d’illustrés. Comics Code Authority : Organisme profession- nel veillant à ce que les comic books ne transforment pas les enfants en brutes homicides, fondé aux Etats-Unis en 1954, dans un souci de relations publiques et pour prévenir les foudres de l’Etat-gendarme. Cote : Valeur atteinte par une bande dessinée sur le marché des bouquinistes spécialisés. Il faut se garder de confusions fréquentes. La cote n’est pas fonction des qualités d’un ouvrage, ni de sa rareté – ni même de l’importance absolue de sa demande. Elle résulte, comme dans tout marché, de la confrontation de l’offre et de la demande. Un ouvrage cote si la demande excède l’offre. En conséquence, un ouvrage très demandé mais facile à trouver ne cote pas, pas plus qu’un ouvrage rare mais pas recherché du tout ! Le lecteur non-spécialiste ne doit pas se laisser aveugler par certaines cotes astronomiques atteintes en salle des ventes, souvent par des ouvrages de Hergé, et dont la presse se fait abondamment l’écho. La grande majorité des albums ne cote pas, ou cote peu, soit parce que les ouvrages sont disponibles chez les libraires, voire en « soldes d’éditeur », soit encore parce qu’ils sont faciles à dénicher en bouquinerie, spécialisée ou non. Les cotes sont données par le BDM (voir ce mot). Critique : Personne donnant, le plus souvent dans la presse générale ou spécialisée, son avis sur les bandes dessinées récemment parues. Daily strip : Voir à comic strip. Dessinateur : Personne qui dessine (et éventuellement qui écrit) des bandes dessinées. LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ Souvent confondu par le grand public avec la bande dessinée. Editeur : Celui qui publie l’ouvrage d’un autre. Erudit : Personne au courant, dans le domaine qui nous concerne. L’érudit est le plus souvent l’auteur d’ouvrages – ou, à tout le moins, d’une longue série d’articles – sur des sujets généralement pointus. Presque tous les érudits sont donc critiques, mais l’inverse n’est malheureusement pas vrai. Esthète : Personne qui se pique de juger du beau, par exemple dans la bande dessinée, dans le but d’en retirer du plaisir. Affecte souvent le scepticisme à l’égard des autres valeurs. S’oppose au nostalgique et à l’amateur, en ce que ses intérêts ne dépendent que de ses inclinations. L’esthète agace le nostalgique parce qu’il s’intéresse à des bandes dessinées qu’il n’a pas pu lire étant enfant (en général parce qu’il n’était pas né). Il agace l’amateur à cause de l’éclectisme de ses goûts (qui rend suspect son intérêt pour la série favorite de l’amateur). Il agace le libraire qui ne sait comment le cataloguer. Espèce heureusement très rare. Il faut se garder de confondre avec des esthètes certains amateurs de bandes dessinées esthétisantes (voir à amateur). Fandom : Mot-valise d’origine américaine. Domaine des fanatiques. Ensemble des amateurs d’un domaine (par exemple la bande dessinée), se manifestant par l’intermédiaire des fanzines, plus rarement de livres, et, en chair et en os, dans les conventions, festivals et autres manifestations. Le fandom est supposé peser sur les décisions des éditeurs en plébiscitant certaines séries, en réclamant des traductions ou en vitupérant les insuffisances d’une publication. En France, l’influence réelle du fandom est à peu près nulle, les éditeurs se comportant comme s’il n’existait pas. Dessin animé (en abrégé DA) : Au cinéma, à la télévision et sur des supports magnétiques (cassette vidéo) ou à lecture optique (vidéodisque), film réalisé à partir d’une série de dessins représentant les phases successives d’un mouvement. Appartient au domaine de l’animation, qui utilise par ailleurs de nombreuses techniques différentes et les mêle éventuellement. Fanéditeur : Mot-valise. Editeur, rédacteur en chef et parfois rédacteur unique d’un fanzine. Le fanéditeur est en général enthousiaste, érudit, collectionneur, pauvre et opiniâtre. Il excelle dans la bibliographie, la nomenclature, la recension (de préférence exhaustive) et n’en finit pas de faire le catalogue de sa bibliothèque. INDEX DES OUVRAGES DE LANGUE FRANÇAISE 11 Fanzine : Mot-valise d’origine américaine. référence aux ballons. Fumetti s’applique de préférence aux bandes dessinées faites en Italie. Magazine de fanatique. A l’origine, lettre circulaire échangée entre amateurs d’un domaine (au début : la science-fiction). A l’heure actuelle, fanzine désigne toute revue non professionnelle, c’est-à-dire ne faisant pas vivre ses auteurs. D’abord ronéoté, voire tiré à la duplicatrice à alcool, le fanzine est, de nos jours, photocopié ou imprimé, parfois luxueusement. Financé par les auteurs, souvent regroupés en association, et/ou avec l’aide d’un organisme quelconque (Centre national du livre, MJC, Conseil général, etc.), diffusé par voie postale, par démarchage direct des librairies spécialisées ou par un véritable diffuseur, il présente le plus souvent, dans notre domaine, un mélange de bandes dessinées d’amateurs et de dossiers sur des auteurs, généralement assortis d’interviews et de croquis inédits. Zine (parfois écrit zeen) est une abréviation de magazine – et non, comme on pourrait le croire, de fanzine, dont il est, au contraire, l’origine ! Zine est excellemment défini par l’équipe du magazine Wired 1 comme « un ouvrage modeste, bon marché, autopublié ; version underground, anarchiste d’un magazine. » Des dérivés de zine sont fanzine, e-zine (fanzine électronique) et webzine (fanzine sur Internet). Fascicule : Toute partie d’ouvrage publié par livraisons. Dans notre domaine, tout périodique consacré aux bandes dessinées, récit complet, petit format, comic book, etc. Fumetti neri : Bandes italiennes policières pour adultes, publiées dans les années 60/70. Le modèle en est Diabolik, par Angela et Luciana Giussani. Héliogravure : Procédé de photogravure en creux, utilisant des clichés galvanoplastiques, rentable seulement pour les très grands tirages. Fait des veloutés très recherchés des amateurs. Histoire en images : Récit conduit par une succession de dessins, parfois légendés (ou, si l’on préfère, « bande dessinée sans bulle »). Précède la bande dessinée, à quoi certains érudits l’assimilent. Existe toujours, certains auteurs ayant le chic pour se saisir d’une forme d’expression officiellement obsolète et la mener à une nouvelle perfection, au désespoir des tenants d’un progrès en art (voir l’œuvre d’Edward Gorey). On parle aussi d’histoire en estampes, terme forgé par Töpffer. Illustré : Abréviation de journal illustré (désignant ce qu’on appellerait de nos jours la grande presse). Terme impropre appliqué, faute d’un meilleur et péjorativement, à la presse de bande dessinée et aux ouvrages de bande dessinée. Les enfants l’adoptèrent, mais sans connotation péjorative. Manga : Désignation japonaise des bandes dessi- Fascicule de gare : Equivalent de petit format. Généralement péjoratif, les bibliothèques de gare étant supposées des lieux de perdition et – contre toute logique – des propagatrices de l’analphabétisme. Fiche : Document récapitulatif sur un auteur, un personnage, un récit, une série, un thème, élaboré le plus souvent par un érudit. Se présente sur support informatique ou sur support papier, dans la traditionnelle boîte à chaussure. Réunies dans le cadre d’un dossier, les fiches deviennent des notules. La rédaction de fiches est une activité importante du rédacteur de fanzine. Fumetti : Au singulier, fumetto (petite fumée). Désignation italienne des bandes dessinées, par nées. S’applique à la bande dessinée japonaise, et éventuellement à des bandes dessinées occidentales ressemblant aux bandes dessinées japonaises. Le terme, créé par Hokusaï (qui ne faisait pas de bandes dessinées !), suggère une notion de caprice et de drolatique. Les dessinateurs de séries réalistes et dramatiques préfèrent celui de gekiga (BD-drame). Les auteurs de manga ou de gekiga sont des mangaka. Médium : En français courant : média au singu- lier, médias au pluriel. Mot d’origine latine ayant transité par l’anglais ; moyen de communication. On distingue les moyens de communication de masse ou mass-media (en français : médias de masse ou médias), et les moyens de communication personnels (souvent appelés, en toute contradiction, « hors média »). 12 Dans le cas de la bande dessinée, l’emploi du mot est sujet à caution, car la bande dessinée ne correspond pas à un moyen de diffusion spécifique. Un fanzine discret, reproduit par photocopie et diffusé par voie postale, s’apparente à une lettre circulaire. Une bande dessinée éditée (le plus souvent sous forme d’album) est distribuée dans les mêmes points de vente que le livre et s’apparente à ce dernier produit, tandis qu’une revue de bandes dessinées appartient évidemment au domaine de la presse. L’usage du mot médium au sujet de la bande dessinée a surtout une vertu tactique. Il permet d’éviter l’erreur courante qui fait de la bande dessinée un genre – ce qu’elle n’est évidemment pas – erreur qui conduit à associer, par exemple, le « polar », la « science-fiction » et la « bande dessinée », en oubliant que les deux premiers sont des sous-catégories du roman (ou du film), alors que la bande dessinée est une forme d’expression particulière. Il se dégage, du coup, un usage largo sensu du mot médium, définissable comme « moyen d’expression » (et non plus de communication) « usant de moyens, de formes ou de conventions spécifiques ». La bande dessinée, dans cette acception, est cousine germaine du dessin d’humour et fille de l’histoire en images (qui n’est pas morte ; voir plus haut). LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ tent des panels le dimanche, quoique d’un format différent. Proche du dessin humoristique, mais présentant soit des personnages récurrents (Dennis the Menace, Marmaduke, Ziggy, etc.), soit un univers mental cohérent (The Far Side, Close to Home, etc.), le daily panel est le cas limite d’un daily strip réduit à une case. Périodique : Tout ouvrage qui paraît à des temps marqués. Dans un sens plus restreint, désigne, de façon illogique mais constante, les journaux publiant des bandes dessinées qui ne sont ni des récits complets ni des petits formats. auteur, une série, un album, un fascicule, etc., parce qu’il l’a lu, ou qu’il l’aurait voulu lire, étant petit. Il y a donc des générations de nostalgiques, mais celle qui a eu le plus d’influence sur la littérature consacrée à la bande dessinée est de loin la seconde, grandie avec les illustrés dits de l’âge d’or, publiant des comic strips américains. Petit format : Successeur du récit complet. Ainsi dénommé à cause de ses dimensions (approximativement 13x18 cm). Apparaît en 1949 et se développe rapidement dans les années 50. En rapide déclin dans les années 80, il est moribond dans les années 90. D’aventure ou humoristique, il contient du matériel français, italien, anglais, espagnol, néerlandais, nord- ou sud-américain. Les petits formats pour adultes contiennent du matériel érotique ou des fumetti neri. L’appellation petits formats est erronée, car ces publications sont souvent assorties de suppléments de grand format, certaines n’existant qu’en grand format (appelé parfois « géants », alors qu’un célèbre petit format fut baptisé « digeste comique »). Il s’ensuit une extrême confusion, certaines publications de grandes dimensions des éditeurs spécialisés étant répertoriées, selon les sources, dans les petits formats, les récits complets (ou les « nouveaux récits complets » !) et – pourquoi pas – les périodiques, ou bien étant délibérément passées sous silence par des nomenclaturistes prisonniers de leurs définitions. Notule : Petite note. Article bref, reprenant le Photocopie : Procédé de reprographie. Nostalgique : Personne qui s’intéresse à un contenu d’une fiche (voir ce mot) et portant sur un auteur, un personnage, un récit, une série, un thème. Offset : procédé d’impression à plat où l’encre est portée sur un blanchet avant d’être déposée sur la page. Permet une grande finesse de trait. Photo-roman : Récit présenté par une succession de photos, montées sur la page comme les cases d’une bande dessinée, et assorties de textes présentés dans des structures rappelant lointainement des ballons. Phylactère : Voir à ballon. Panel : Equivalent américain de case ou vignette. Aussi : daily panel. Série réduite à une seule vignette en semaine, tout en conservant parfois une sunday page. Mais beaucoup de panels res- Planche : La page de bande dessinée dans l’argot du métier. Terme adopté par les lecteurs, par goût de la parlure. INDEX DES OUVRAGES DE LANGUE FRANÇAISE 13 Planche dominicale : Sunday page. Voir à comic riste écrit aussi les dialogues et il arrive qu’il fournisse des éléments de documentation. strip. Portfolio : Portefeuille. Suite de dessins sur des feuilles volantes, recueillies dans une chemise. Vendu comme collector. Pulp : Magazine populaire aux Etats-Unis, imprimé sur très mauvais papier en pure pâte de bois (pulp signifie pâte à papier), spécialisé dans les genres les plus divers, mais toujours sensationnels (sport, aviation, détective, science-fiction, fantastique, horreur, histoires salaces, etc.) S’oppose aux slicks, magazines imprimés sur papier lisse, de bonne tenue, et qui mélangent fiction et articles. Les pulps ont inspiré les comic books quant à la thématique et quant à la qualité du papier. Ils leur ont donné maint héros : Conan, The Shadow, Doc Savage, etc. Récit complet : Ancêtre à la fois de l’album et du petit format. Apparu au début des années 30 et disparu dans les années 50, sa phase de maturité étant l’immédiate après-guerre. En théorie, contient une histoire complète (d’où le nom). En pratique, contient souvent un épisode d’une histoire à suivre, d’autant que le nombre de pages est réduit (en général de 8 à 20, y compris la couverture). Format à la française ou à l’italienne. Le récit complet est difficile à distinguer du petit format qui prend souvent sa suite. Revue spécialisée : Journal proposant des bandes dessinées, le plus souvent à suivre. Voir à périodique. Revue d’études : Propose des études sur la bande dessinée. Il s’agit normalement d’un fanzine, mais on connaît de rares cas de revues devenues professionnelles. Sérigraphie : Procédé d’impression à l’aide d’un écran ou trame de soie dont on laisse libres les mailles correspondant à l’image à imprimer. Le procédé ne permet que des tirages relativement limités. SIBD : Salon international de la bande dessinée d’Angoulême. Devenu le FIBD, festival international de la bande dessinée, en 1996. Strip : Une bande d’une bande dessinée. Alignement horizontal de vignettes, ou une seule vignette allongée. Voir à comic strip. Sunday page : Voir à comic strip. Syndicate : Equivalent américain d’une agence de presse. Distribue, entre autres, des bandes dessinées. En France, certains éditeurs de bande dessinée assurent accessoirement le rôle de syndicate. Top : Voir à comic strip. Underground : Mot d’origine américaine ; littéralement : souterrain. Exprime une idée de clandestinité (le mot désigne la Résistance). Dans notre domaine, recouvre particulièrement les bandes dessinées issues de la contre-culture, mouvement anarchisant et hédoniste apparu sur la côte ouest des Etats-Unis dans les années 60. La notion implique aussi des circuits de distribution particuliers, et parfois confidentiels, et une position esthétique en rupture avec les courants traditionnels. Zine : Voir fanzine. Scénariste : Personne qui écrit une bande dessi- née. En général, le scénariste propose à son dessinateur un découpage en planches et en vignettes, avec indication de lieu, de temps, de cadrages, et description de la vignette. Le scéna- 1. Wired Style, Publisher’s Group West, 1996 1 Ouvrages généraux 16 LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ « Rien ne me plaît plus de cette époque gâteuse et sanglante, avec ses techniques ubuesques, ses chambres à torture et ses adultes tellement abrutis par le cinéma qu’ils préfèrent Tintin à tout et que leur journal, sous peine de crever, doit leur raconter l’histoire et la littérature avec des dessins d’enfants. » François Mauriac, Nouveaux Mémoires intérieurs Le plus ancien ouvrage sur la bande dessinée qui ne soit ni une brochure de propagande – communiste, cléricale ou laïque – vitupérant les récits complets, ni un tableau ou un listage de la presse pour jeunes émanant d’éducateurs sourcilleux 1, est Le Petit monde de Pif le chien, essai sur un « comic » français, par Barthélemy Amengual (1955). Il s’agit d’une analyse d’inspiration marxiste. On le trouvera dans notre section 2.4.5. Personnages. Signalons aussi, dans les précurseurs, l’ouvrage de François Caradec sur Christophe (1956) et Le Monde de Tintin, de Pol Vandromme (1959) 2. Il fallut attendre 1967 pour voir paraître en France un volume pouvant s’assimiler à un ouvrage général – qui inaugurait aussi la longue tradition des catalogues d’exposition. Il s’agit de Bande dessinée et figuration narrative, par Pierre Couperie et ses collaborateurs. Se succèdent dès lors apologies de la bande dessinée, introductions générales et autres dictionnaires. Les années 80 voient poindre les monographies brèves, reprenant et synthétisant des ouvrages précédents plus amples. Dans les années 90, s’épanouissent à la fois les dictionnaires, devenus très gros et embrassants, et les ouvrages d’introduction, de plus en plus synthétiques et didactiques. Le nombre relativement restreint d’ouvrages, les lacunes des premiers spécialistes du domaine et leurs partis pris, une certaine inertie des hommes et des idées enfin, ont fixé un état du savoir qui n’est pas à l’abri de la critique. L’insistance sur certains pays ou certaines périodes, la mention rituelle de certaines œuvres ou certains auteurs – et l’oubli systématique de certains autres – ne s’expliquent pas autrement. Le lecteur prendra donc ces panoramas du domaine pour ce qu’ils sont. Il faut de plus avertir le lecteur, mieux que nous ne l’avons fait à l’intérieur des notules, que certaines affirmations fréquemment répé- tées, ne fût-ce que par des auteurs ayant beaucoup publié, sont à prendre avec précaution. Le lecteur usera naturellement de plus de prudence que s’il abordait un domaine plus traditionnel et mieux défriché. Nous répertorions dans la section 1.1. des ouvrages constituant des introductions générales au médium, qui ne se présentent pas sous forme de dictionnaires ou d’encyclopédies. On complétera obligatoirement la lecture de cette section par celle de la section 3. Théorie, recensant les ouvrages généraux proposant un système de la BD, et par celle de la section 4.1. Ouvrages généraux pour pédagogues, proposant également des introductions générales, mais destinées, celles-ci, aux éducateurs. La section 1.2. répertorie les dictionnaires et les encyclopédies. La section 1.3. recense les anthologies. La section 1.4. les ouvrages généraux comportant des articles disparates. 1. Le lecteur qui souhaiterait avoir une vision chronologique du domaine est invité à commencer sa lecture par la section 4.1. Ouvrages généraux pour pédagogues. 2. On trouvera aussi une bonne étude sur Pogo, par Robert Champigny, dans Critique, la revue de Georges Bataille, n° 117, février 1957. 1.1. Histoires et introductions générales 18 Bande dessinée et figuration narrative Pierre Couperie, Proto Destefanis, Edouard François, Maurice Horn, Claude Moliterni, Gérald Gassiot-Talabot Musée des arts décoratifs, 1967 Publiée à l’occasion de l’exposition du même nom au Musée des arts décoratifs, c’est la première tentative en France d’une histoire de la bande dessinée dans tous ses aspects : histoire, esthétique, production et sociologie de la bande dessinée mondiale, procédés narratifs et structure de l’image dans la BD contemporaine. Première tentative de légitimation culturelle de la BD, l’exposition et le catalogue Bande dessinée et figuration narrative eurent une influence profonde sur la conception que le public cultivé se faisait du médium. Pierre Couperie et son équipe firent de Little Nemo le premier classique, et imposèrent les années 30 aux Etats-Unis comme un âge d’or, très aidés, il est vrai, par des bataillons de nostalgiques des journaux d’enfant français de cette époque. La question fondamentale (que montrer dans l’expo ?) fut résolue par le parti pris d’agrandir les planches (parfois les cases) au format d’un tableau. Convention maintenue dans le catalogue d’après le principe suivant : plus un auteur est important, plus ses cases sont agrandies. Ce choix de présenter des agrandissements fera sourire l’habitué d’expositions sur la BD, qui s’attend à voir exhiber principalement des planches originales. Il est pourtant logique. D’une part, en 1967, la planche originale n’a pas de valeur intrinsèque. D’autre part, le « produit bande dessinée » est par nature un produit imprimé, ce qu’un agrandissement de case met en valeur, en grossissant l’aspect mécanique de la reproduction. L’original, à l’inverse, a surtout une valeur anecdotique ou affective, même s’il donne naturellement des indications sur le travail d’un auteur. Paradoxalement, l’exhibition d’une planche originale singe peut-être davantage la muséographie « traditionnelle » des arts graphiques que les cases géantes de 1967. Reste que le choix iconographique de P. Couperie et de ses collaborateurs est sujet à caution. Il y a survalorisation de certains auteurs (Burne Hogarth, qui lança une véritable OPA sauvage sur nos exégètes et érigea sa propre statue de « classique moderne ») et dévalorisa- LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ tion d’autres (citons seulement Poïvet, dont le lecteur se fera une piètre idée, au vu du document de la page 97). De façon générale, le principe énoncé plus haut (taille des reproductions directement proportionnelle à l’importance supposée de l’auteur) n’est pas sans brouiller l’image que le public général cultivé peut avoir de la bande dessinée. Même s’il faut prendre dates et parfois noms d’auteurs avec précaution, même si certaines bandes dessinées ne sont visiblement connues que par ouï-dire et même si l’on note quelques oublis importants, ce catalogue de plus de 250 pages reste d’une lecture plaisante de par sa volonté critique, ses enthousiasmes et, à l’occasion, ses vigoureux partis pris. La bande dessinée : histoire des histoires en images, de la préhistoire à nos jours Gérard Blanchard Marabout Université, 1969 Réédition 1974 Bref ouvrage, consistant en un texte extrêmement concis, mais documenté et toujours pertinent, et des reproductions bien choisies, mais trop petites, vu le format du volume, pour être lisibles. Le Blanchard est un paquebot transatlantique contenu dans les limites d’un flacon. Gérard Blanchard part du pictogramme et des prémices de la figuration, pour dégager l’évolution de la narration en images. Cela le conduit logiquement à l’histoire en images et à la bande dessinée américaine puis européenne. Son point de vue est celui de l’historien de l’art et l’ouvrage tranche assez nettement, par conséquent, avec les opuscules d’éducateurs qui le précèdent (voir la section 4. Pédago- OUVRAGES GÉNÉRAUX gie), mais aussi avec les ouvrages de nostalgiques, puis d’amateurs, qui le suivront. Mais, d’un autre côté, cette façon de remonter aux fresques égyptiennes – et, à tout le moins, à la tapisserie de Bayeux et aux xylographies médiévales – impressionnera beaucoup les futurs exégètes de la bande dessinée, qui s’en serviront pour légitimer le médium. La généalogie de la BD établie par Gérard Blanchard sera donc rappelée rituellement au début des ouvrages, dans les deux décennies suivantes, – par des auteurs qui n’en concluent rien et n’en tirent rien, faute de véritables recherches. (Pour des exemples, voir à l’index : Frémion, Pennachioni, Pierre, Renard.) Par contrecoup, une autre partie de la critique – répondant non à Blanchard, mais à ses continuateurs – tendra à se gausser de ces références historiques, perçues comme une tentative petite-bourgeoise de donner un pedigree à une forme d’expression naguère décriée. La thèse de M. Blanchard est assez pertinente. On notera cependant que, même si l’auteur reste prudent dans ses analyses, son choix de reproductions risque de donner l’impression que le moyen âge connaît l’équivalent d’une bande dessinée avec cases et ballons. Il faut se garder ici de généraliser à partir de ressemblances superficielles. L’auteur a le mérite d’insister sur les évolutions et les révolutions technologiques qu’ont connues l’imprimerie et la presse, et sur l’émergence des médias cinéma et télévision, en lecteur attentif de McLuhan. La brièveté de l’ouvrage ne lui permet pas de développer autant qu’elles le mériteraient ses intuitions souvent fécondes, et il se heurte parfois, pour la partie moderne (années 50), à des difficultés de documentation. Par exemple, s’il écrit à propos des EC comics, qu’il est l’un des premiers en France à avoir lus : « Ce style de dessin, particulièrement adapté à la publication en noir, donne à ces bandes une allure volontairement un peu archaïque », c’est qu’il n’a lu que des rééditions au format de poche par Ballantine Books (en noir et blanc, donc). Notons que, même quand l’auteur dispose de peu de sources, ses jugements sur les œuvres restent remarquablement justes. Il incite d’ailleurs constamment le lecteur à vérifier sur pièces et à se faire sa propre histoire de la BD. 19 Imagerie populaire contemporaine, la bande dessinée Gérard Blanchard Editions MC Montreuil, 1971 Catalogue d’une exposition de la Maison de la culture de Montreuil. Pour un 9e art, la bande dessinée Francis Lacassin UGE Christian Bourgois, collection 10/18, 1971 Réédition Slatkine, collection Ressources, 1982 Défense et illustration de la bande dessinée par un des fondateurs du CBD puis du CELEG, Pour un 9e art, la bande dessinée est un recueil d’articles d’origines diverses, d’un peu plus de 500 pages. L’ouvrage a pourtant une sorte de cohérence. Il comporte quatre parties : 1° De l’image narrative à la narration en images. Où, après avoir tenté de définir la bande dessinée, l’auteur fait un historique des débuts du médium. 2° Quelques classiques. Où l’auteur, conteur aimable et disert, se penche tour à tour sur Bécassine, Les Pieds Nickelés, Félix le Chat, Popeye, Tarzan et Lucky Luke, avant de s’entretenir avec Paul Gillon. 3° Miroir du monde. Où l’auteur repère les similitudes de la bande dessinée et de la littérature populaire, discourt sur la science-fiction, le héros, le racisme, le rêve, dans une perspective sociologique. 4° Bande dessinée et cinéma. Où l’auteur systématise la comparaison cinéma et bande dessinée, thème depuis rebattu, mais qui a beaucoup impressionné, comme en témoigne Gilles Costaz dans Le Magazine littéraire : « Pourtant tout hostile que je sois à l’abstraction esthétique, la confrontation bande dessinée-cinéma m’a paru assez étonnante. » M. Lacassin se penche ensuite sur le code (expression graphique de la colonne son). On achève sur Alain Resnais et les BD, et le récit touchant d’une visite à Fellini. Précisons que cet ouvrage de combat, pas mal fait, est dépassé et n’a plus, comme les journaux français pré-âge d’or, d’intérêt que « rétrospectif ou affectif ». Mis à part les chapitres sur les précurseurs français et Lucky Luke – et même s’il arrive à citer le Corriere 20 dei piccoli, les bandes dessinées de Spirou et Jodelle – l’auteur traite essentiellement des strips américains des années 30 qu’il a lus étant petit, et qu’il ne connaît que dans leur version française (le Popeye dont il nous parle est donc la version parue dans Robinson). La déformation systématique des orthographes (on lit dans tout l’ouvrage Mac Kay pour McCay) incline à penser que M. Lacassin écrit parfois en se fiant à sa mémoire. Les aperçus généraux sont aberrants, sa prédilection pour le strip d’aventure des années 30 amenant l’auteur à rabaisser tout ce qui précède, et que, du reste, il ne connaît pas. La bande dessinée française est « incapable de toute amélioration technique jusqu’en 1946 ». Même pour les Etats-Unis, l’auteur arrive à écrire qu’avant les années 30, il n’existe que des daily strips familiaux, au graphisme linéaire et au décor réduit, – tous cadrés en plan moyen ! Pour le strip d’aventure lui-même, l’auteur cite des séries des années 30 qu’il appréciait enfant, comme Don Winslow of the Navy et Charlie Chan ; il ne cite pas Wash Tubbs (1924), fondamental dans le développement du continuity strip, car il en ignore l’existence. Quant à la bande dessinée d’après-guerre – y compris aux Etats-Unis – c’est pour lui un continent obscur. De nombreuses affirmations sont contestables – et parfois ne reposent sur rien. Flash Gordon et Jungle Jim sont donnés comme deux bandes séparées (Jungle Jim est le top de Flash Gordon). Winnie Winkle disparaîtrait de son strip au profit de son petit frère Perry (en français Bicot) ; les personnages de Thimble Theatre disparaîtraient eux aussi (?) pour laisser la place à Popeye, – dont une statue serait érigée à Cristal City (pour Crystal City). Enfin, les erreurs de noms, de dates ou de titres abondent (Little Bears and Tigers pour Little Bears and Tykes, Rex Luthor pour Lex Luthor, Georges Wunders pour George Wunder). Elles culminent dans deux tableaux chronologiques. Le premier, recensant les principaux personnages de la bande dessinée mondiale, est un véritable festival de noms écorchés (citons au hasard : Kieru et Kairu pour Kieku et Kaiku, E. D. Plawen pour e. o. plauen, Dashiell Hammet pour Dashiell Hammett, Franck Martinek pour Frank Marti- LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ nek, Otto Messmer pour Otto Mesmer, Raymond Cazeneuve pour Raymond Cazanave), mais aussi de dates incertaines et de références douteuses, recopiées on ne sait où. Le second, consacré aux événements importants de l’histoire de la bande dessinée, et tout aussi farfelu, permet à l’auteur de se faire un peu de publicité en racontant par le menu la vie du CBD et du CELEG. Claude Moliterni, Histoire de la bande dessinée d’expression française, 1972 : voir la section 2.2.1. France et francophonie Comics : l’art de la bande dessinée Réalisation : Walter Herdeg et David Pascal Walter Herdeg, The Graphis Press, Zurich, 1972 Recueil de courts articles de David Pascal, Pierre Couperie, Claude Moliterni, Archie Goodwin et Gil Kane, Les Daniels, Jules Feiffer, Robert Weaver, Umberto Eco, parus dans la revue suisse Graphis, n° 159 et 160. Une introduction à la bande dessinée qui privilégie l’image et s’adresse a un public de spécialistes et de professionnels de la communication. A noter les propos d’Alain Resnais sur le thème « Bande dessinée et cinéma » et des reproductions de travaux du célèbre designer Milton Glaser, inspirés par les techniques de la bande dessinée. BD, censure, érotisme et 137 personnages, BD 72 Numéro spécial de La Revue du cinéma, Image et son Sous la direction de Jacques Zimmer Ufoleis, Ligue française de l’enseignement, 1972 Dans un élégant boîtier jaune, 104 diapositives, passant en revue 137 personnages de BD, de Pim Pam Poum à Valentina (on nous précise que ces diapositives ne reprennent en rien la première série, parue en 1967, dont nous ignorons tout), accompagnées d’un livret comportant, en première partie, quatre articles parus dans les numéros de février, mars, avril, mai 72 de La Revue du cinéma, Image et son, et consacrés à la censure et l’érotisme, aux fumetti neri, à la politique et au western. OUVRAGES GÉNÉRAUX Dans la deuxième partie, personnages répartis en huit catégories : les comiques, les parodiques, les politiques et satiriques, les poétiques et insolites, les quotidiens, les fantastiques, les héroïques et les érotiques. (Cette classification évoque immanquablement l’Anthologie Planète, – voir la section 1.3.) Les auteurs distinguent de façon assez gratuite quatre périodes : avant 1920, de 1920 à 1940, de 1940 à 1960 et après 1960. Remarquons, pour conclure, que le parti pris esthétique sent terriblement les années 70. Les auteurs s’en justifient du reste : « Nous nous intéressons plus à la bande dessinée actuellement publiée qu’aux collections privées. Nous avons marqué une nette préférence pour les documents récents : parce qu’il n’est pas toujours vrai que le créateur d’une série en soit le meilleur interprète et parce que nous voulons considérer la bande dessinée comme un art vivant. » La Littérature de la bande dessinée Bibliothèque Laffont des Grands Thèmes, 1975 Cet ouvrage anonyme d’origine espagnole est, sur 143 pages, un recueil des pires lieux communs généralement proférés sur la bande dessinée, agrémenté de diverses saugrenuités. On y apprend que Rodolphe Töpffer « s’est surtout illustré par d’abondants albums de dessins légendés qu’aucun comic book n’a encore surpassés », que Krazy Kat est d’une « orientation pré-surréaliste », que L’Ile Noire et Le Temple du Soleil sont de bons exemples du « dynamisme qu’Hergé a donné à ses histoires », que « Dennis the Menace c’est-à-dire Daniel le polisson (sic) est un strip dans la 21 lignée de Pogo, Peanuts et Miss Peach », que « dans la montée du comic moderne italien, l’œuvre de Hugo Pratt représente un cas marginal » et qu’il est l’auteur d’Une bataille sur la Mer Salée (sic). En prime, un entretien avec Claude Moliterni, sans intérêt lui aussi. La Bande dessinée en 10 leçons : de Zig et Puce à Tintin et Astérix Henri Filippini et Michel Bourgeois Hachette, Collection en 10 leçons, 1976 On nous y enseigne : — que la production anglaise est « totalement inexistante », — que la bande dessinée italienne ne démarre vraiment qu’après la guerre, — que « la Hollande a toujours été le chef de file de la BD néerlandaise », — que McManus « n’ignore rien du modern style comme du style nouille », — que Batman n’a eu du succès qu’en 1966, etc. S’ajoutent erreurs de dates, coquilles et verbiage incontrôlé. Panorama de la bande dessinée Jacques Sadoul J’ai Lu, 1976 « Dans ce livre, petit mais dense, Jacques Sadoul passe en revue 200 bandes dessinées françaises, américaines, belges, italiennes, etc., de 1897 à 1975. Chaque série est examinée du point de vue historique et critique et toutes sont accompagnées d’une reproduction, soit 200 illustrations en tout. » Voilà ce que promet la prière d’insérer. Vaine promesse ! Ce Panorama de la bande dessinée serait un honnête ouvrage s’il s’était intitulé « Mon panorama de la bande dessinée » – car, si les deux cents séries passées en revue reflètent très bien les goûts de l’amateur Jacques Sadoul, elles ne donnent pas une vision juste de l’histoire de la bande dessinée. Le livre de Jacques Sadoul mérite même que l’on soit sévère avec lui, car il a été publié aux très populaires éditions J’ai Lu et se veut « destiné à devenir la bible de tous les amateurs de bande dessinée ». Que penser d’un chapitre sur l’Angleterre qui considère qu’Andy Capp est un strip d’humour intellectuel, qui préfère faire une place à James 22 Bond plutôt qu’à Dan Dare, Rupert ou Bristow ? Ailleurs, le chapitre Underground « oublie » Art Spiegelman, George Metzger et Greg Irons, au profit de Larry Welz, Dick Giordano et Mike Royer. Plus grave : sur les dix-neuf BD italiennes présentées, sept sont des « fumetti per adulti », alors que ne sont cités ni Antonio Rubino, ni Rino Albertarelli, ni Luciano Bottaro, ni Giovanni Bonelli, ni Dino Battaglia. Même problème pour les comic books, où sont citées cinq filles de la jungle, alors que Sheena aurait suffi et où Sadoul sort de sa bibliothèque des séries aussi excentriques que The Black Condor ou Blonde Phantom. Comme on le voit, Jacques Sadoul a fait passer ses goûts d’érotomane distingué et d’amateur d’insolite avant ses devoirs d’historien de la BD. Quant aux erreurs de dates et de faits, Pierre Couperie, dans Phénix n° 45, en dénombre une vingtaine. La bande dessinée Jean-Bruno Renard Seghers, collection Clefs, 1977 Edition revue et augmentée, 1985 Une connaissance superficielle de la bande dessinée et beaucoup de lieux communs permettent à l’auteur de nous infliger cette laborieuse introduction à l’histoire, la technique, l’esthétique et la sociologie de la bande dessinée. 1985 vit paraître une édition revue et augmentée, faisant le point sur la sémiologie, la psychologie et la sociologie appliquées au domaine. La Bande dessinée BD 79 Jacques Zimmer Ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente, 1978 Mise à jour 1983 Nouveau coffret de 158 diapositives avec un livre (voir ci-dessus, BD 72). L’auteur a gardé l’intégralité des fiches de personnages de la première édition, mais les a complétées dans une seconde partie, en adoptant une classification identique. Suivent quelques éléments historiques et listages de personnages (les femmes, les animaux). Diabédé 1 et 2 Association pour la défense et l’illustration des bandes dessinées LE PETIT CRITIQUE ILLUSTRÉ (Adibédé), s. d. (1978) Deux coffrets de 20 diapositives sur l’histoire en images, le premier « Des Cavernes à Epinal », le second, « D’Epinal à Winsor McCay ». Un livret de 8 pages à chaque fois. Le tout concocté par Jean-Claude Faur. Histoire mondiale de la bande dessinée Sous la direction de Claude Moliterni Pierre Horay, 1980 Réédition augmentée 1989 Un échec à la taille de l’ouvrage. On attendait mieux chez Pierre Horay et surtout de la liste prestigieuse des collaborateurs, qui sont tous des spécialistes de leur domaine respectif. La conception même de l’ouvrage échappe à toute logique : le choix des auteurs cités et la place réservée à chaque pays sont apparemment laissés au hasard. L’ouvrage se compose surtout de listes de séries ou d’auteurs, souvent sans qu’il soit précisé même s’il s’agit d’humour, de western ou de science-fiction. Il est vrai que l’on ne se nomme pas Histoire mondiale sans risque. On notera cependant quelques chapitres réussis, comme celui de Pierre Couperie sur l’histoire en images et les débuts de la bande dessinée en France. Ajoutons qu’en dépit de tout, l’ouvrage reste utilisable, grâce à son index, comme une sorte de listing d’auteurs et de séries, à charge, pour le chercheur, de compléter ses connaissances par ailleurs. A la rencontre de la bande dessinée Jean-Claude Faur Bédésup, collection A la rencontre de…, 1983 Recueil d’articles sur tout et rien et d’entretiens en vrac, sur 238 pages, illustré par des dessins dédicacés d’auteurs de bandes dessinées à l’auteur de ce livre. L’ensemble donne l’impression d’une grande confusion. La Bande dessinée Annie Baron-Carvais PUF, collection Que sais-je ?, 1985 Deuxième édition revue et mise à jour, 1985 Troisième édition refondue, 1991 Quatrième édition refondue, 1994 A l’intéressante question que s’est posée Annie Baron-Carvais dans la célèbre collec-