Il était une fois... mythes, légendes, etc.
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Il était une fois... mythes, légendes, etc.
Il était une fois... mythes, légendes, etc. Le loup est un élément essentiel de notre faune originelle. C’est aussi une figure de premier plan de notre monde imaginaire, et pour cela même nous risquons de ne jamais connaître sa vraie vie. Dès qu’il s’agit de cet animal fabuleux, l’imagination s’excite jusqu’à l’hallucination. Le charretier qui amène à notre affût un mouton qui doit servir d’appât, tire au retour un loup au clair de lune. Le lendemain, on doit bien convenir, aux traces, que c’était un renard. Le narrateur, ensuite, déforme, invente. En février 1956, je passai trois jours à Bialowieza, avec les gardes des bisons. Après quoi mon interprète vint me reprendre en traîneau. «Le Blanc-Russien qui nous conduit, dit-il, vient de me raconter qu’il y a une semaine, ici même, un homme, une femme et un enfant, en traîneau, furent à la fin d’un après-midi poursuivis par une bande de loups. L’homme voulait que la femme jetât, pour gagner du temps, l’enfant aux loups. Elle s’y refusa. Mais, à une secousse, la femme et l’enfant tombèrent du traîneau. Les loups passèrent par-dessus eux, rattrapèrent et dévorèrent l’homme et le cheval ». Très impressionné, car je cherchais depuis longtemps un témoignage récent et immédiat sur une attaque d’hommes par les loups, je m’informai dès mon arrivée à l’administration du parc national, de la véracité de ce récit. Le directeur, comme la zoologiste attachée au parc, m’affirmèrent qu’il était totalement imaginaire. D’ailleurs, les animaux ont tous, à quelque degré, cet empire sur notre imagination, preuve de la place qu’ils tiennent dans notre vie instinctive. Robert Hainard «Mammifères sauvages d’Europe » A.M.L. De Malafosse, Les Loups. 1890 Pendant longtemps les loups ont été vus, mais pas regardés. Devenus rares, ils se sont faits discrets et leurs agissements ont été interprétés plutôt qu’observés. Depuis peu pourtant ils commencent à sortir de leur nuit. A l’orée des forêts canadiennes, Paul-Emile Victor a croisé les loups. Mais la nuit dont ils sortent fut plus épaisse que ces bois profonds à la lisière desquels ils se montrent parfois, cette nuit est la nôtre, celle de notre connaissance. Geneviève Carbone «La peur du loup», ...Faire disparaître une espèce est un crime de lèse-nature, le plus grave sans doute... A l’époque où il fut détruit en France, nous méconnaissions totalement l’éthologie de l’espèce. Si le loup n’avait été protégé ailleurs, nous ne saurions rien aujourd’hui de ses comportements, rien de cette espèce éminemment sociale et serions réduits à croire toutes les fables. Interview de Gérard Ménatory sur «Les loups du Gévaudan» La Bête du Gévaudan, le Loup-garou, les loups sont entrés dans Paris, les enfants-loups, le petit chaperon rouge, le romand de Renart...le loup est intimement lié à notre Histoire. Ce lien est si fort, si puissant qu’il s’est ancré au tréfonds de notre inconscient collectif. Le loup est l’une des espèces sur laquelle l’homme a produit le plus de croyances, de mythes et de légendes qui persistent encore souvent de nos jours où les loups furent sans doute d’excellents alibis. Fables, fausses accusations, le loup a hérité d’une réputation erronnée. C’est donc toute une éducation qu’il faut repenser pour parvenir à convaincre les gens que la peur du loup est bâtie sur des fantasmes avant de l’être sur des faits. G. Carbone, « La peur du loup» «Il neige dans le plus haut village de l’Europe et Corinna Bille raconte à ses enfants «Le Mystère du monstre». Elle a vécu tout près, dans l’ombre de la dernière Bête qui rôdait dans les forêts de Valais, agile, invisible et féroce. ELLE dévore, ELLE se moque des pièges, ELLE se joue des gendarmes jusqu’à ce qu’une nuit au clair de lune... Clac ! Tous les détails de l’histoire sont vrais. Un certain sourire mais quelle peur !» Préface de Maurice Chappaz S. Corinna Bille, «Le Mystère du monstre» Illustrations de Robert Hainard 1 Les qualités de nourrice de la louve ne servirent pas uniquement à Romulus et à Rémus. Un conte estonien lui fait tenir ce rôle et, dans les contes russes, la louve donne son lait au horos Ivan. Lait aux vertus réputées, recommandé par Oppien pour l’élevage des chiots afint qu’ils têtent aux mamelles les qualités de leur nourrice. Apollon et Artémis, les enfants de la louve. Rome, la louve nourricière. Le loup représentait des valeurs a priori opposées, mais en fait complémentaires: fécondité et virilité. La légende de Rémus et Romulus a été représentée par de nombreux artistes depuis l’Antiquité. Image Elise Rousseau «Anthologie du loup» Vikings, Gaulois et Arcadiens, guerriers réputés, se vêtaient des peaux des loups qu’ils avaient su chasser. Rome célébrait après les calendes de mars, la fête de la fécondité, les Lupercales... Dans le folklore du carnaval en Bulgarie, Finlande, Pologne et Tchécoslovaquie, les travestissements en loups persistent, le «loup» étant encore le nom d’un masque. L’image de la gueule dévorante qui rejette sa proie est celle de l’initiation, qui tue et fait renaître d’un homme ancien l’homme nouveau, détenteur de la connaissance. Sur les chemins des pèlerins en route pour La Mecque, sur ceux des hommes pieux de l’hindouisme, sur la route des héros perses ou altaïques, le loup est l’obstacle physique ou spirituel à vaincre. Les Egyptiens représentaient Oupouaout debout, campé sur ses pattes et précédé de l’uraeus (serpent dressé portant en couronne le disque solaire) et de la plume. Il appartenait à la faune des enseignes des «nomes», divisions administratives de l’Egypte. Chacune était connue par son dieu local, utilisé comme emblème. Oupouaout, le dieu-loup, était seigneur de Siout, capitale du XIIIe nome, en grec Lycopolis.Siout fut son sanctuaire principal. Le long de la côte nord-ouest du Canada, les populations indiennes partagent une tradition, «le rituel du loup». Cette cérémonie est un élément majeur de leur culture. Ainsi, dans certaines zones géographiques, se concentrent des pratiques porteuses d’identité culturelle «Dames des fauves» «Celle qui préside aux accouchements heureux» sont les noms d’Artémis. Comme son équivalent romain, Diane, elle était vénérée sous les deux aspects de vierge chasseresse et déesse de la fécondité, protectrice du gibier et des femmes en couche. Le loup lui fut associé avec la double valeur de bête sauvage et d’esprit invoqué pour la fécondité des hommes et des femmes. Chez les Yakoutes, en Anatolie, les femmes stériles s’adressent au loup. A Rome, consommer sa chair protégeait des accouchements difficiles. Dans l’héraldique européenne, la représentation du loup dans les blasons présente des territoires de prédilection : Navarre, Espagne du Nord, Auvergne, Ecosse, Danemark et Suisse. Une peinture de Catlin retrace un épisode de la vie des Indiens des Plaines au XIXe, quand le bison était encore abondant. Une sous-espèce de loup, «le loup des bisons», éteinte vers 1926, vivant dans la Prairie, fut pour ces peuples un modèle. Modèle du chasseur, dont ils revêtaient la peau pour réussir l’approche du gibier; modèle du guerrier, dont la force et l’ardeur du combat sont sans égale. «Je suis le loup solitaire, je rôde en maints pays», chantent les guerriers. Et l’esprit du loup était le guide du shaman pour son voyage dans l’au-delà. Avant que le loup ne soit plus pour l’Occident que «nuisible», il était prestigieux de l’avoir pour ancêtre, même les dieux naissaient des louves. Geneviève Carbone, «La peur du loup» 2 La bête qui mangeait le monde. Mise en scène macabre destinée à camoufler les atrocités d’un esprit fou, complot international, vengeance protestante, si le mystère s’épaissit encore dès qu’on le fouille, la Bête du Gévaudan ne fut assurément pas une «banale affaire de loups mangeurs d’hommes». A partir des faits, d’innombrables hypothèses ont été émises sur l’identité de la Bête du Gévaudan. Si les auteurs modernes ne voient plus en elle un fléau envoyé par Dieu, la plupart considèrent que la bête était un loup, ou plutôt plusieurs loups. Superstitions populaires. Le loup est haï, le loup est chassé, le loup est décrété inutile, nuisible et dangereux. Mais, étonnamment, fort nombreux sont les remèdes populaires à base de loup, et innombrables les croyances et dictons qui le mettent en scène. Alors, n’avait-on pas besoin du loup? Le loup était souvent utilisé dans des formules populaires stéréotypées qui exprimaient un fait d’expérience concret sous forme d’une image métaphorique à portée générale. Le nombre incroyable de proverbes jadis utilisés dans le langage de tous les jours démontre clairement l’importance du loup dans la vie quotidienne de nombreux pays. En général, le loup a plutôt le mauvais rôle... Quand on conseille au loup de marcher devant les moutons, il objecte qu’il a mal aux pieds (Kurdistan) L’homme est un loup pour l’homme (du latin Homo homini lupus, Plaute, Asinaria, II, 4 88) Nourris un louveteau, il te dévorera (Grèce) Lorsque le loup devient vieux, les corbeaux le chevauchent (Hollande). Si tu discutes avec le loup, garde ton chien près de toi (Turquie) Le berger qui vante le loup, n’aime pas les moutons (Italie) Si mars vient comme un loup, il s’en va comme un agneau (Jura) Marcher à la queue leu leu (en file indienne -leu signifiant loup en vieux français) En fuyant le loup, on rencontre la louve Qui se fait brebis le loup le mange Jeune homme en sa croissance a un loup en la panse La faim chasse le loup du bois Vivre comme un loup Marcher à pas de loup (lentement et sans bruit) Etre connu comme le loup blanc (être célèbre) Entre chien et loup (le crépuscule) S’aimer comme chien et loup (se détester) Le loup est un nom donné aux masques de carnaval (Venise) «Anthologie du loup» Elise Rousseau Enfermer (faire entrer) le loup dans la bergerie (donner un rôle à une personne qui en abusera) Donner une brebis à garder au loup (confier à une personne en qui on ne peut avoir confiance) Les loups ne se mangent pas entre eux (les êtres méchants ne se font pas de tort entre eux) Quand on parle du loup, on en voit la queue (personne survenant à l’instant précis où l’on parle d’elle) Hurler avec les loups (se conformer à l’opinion des autres) Hurler plus fort que les loups (protester avec force) Se mettre dans la gueule du loup (tomber dans un piège) Se jeter dans la gueule du loup (se mettre dans une situation difficile) Un vieux loup de mer (un homme expérimenté, rusé) Mon loup, mon petit loup, mon gros loup, mon loulou (termes d’affection) Prendre le loup par les oreilles (prendre les choses en main) Avoir une faim de loup (avoir très faim) Un froid de loup (un froid intense) Avoir une tête de loup (être mal coiffé) Crier au loup (appeler au secours) Avoir vu le loup (se dit d’une jeune fille qui n’est plus novice) Aller au loup (avoir un rendez-vous amoureux) Ph Huet «Le monde des loups» La fillette qui «a vu le loup» n’a pas perdu la vie, mais l’innocence. « La peur du loup »Geneviève Carbone «Lorsque tu seras dans l’autre monde, prends le loup comme ami car lui seul connaît l’ordre de la forêt.» (un écho oublié des populations yakoutes de Sibérie orientale) 3 Loup-garou désigne un homme qui a le pouvoir de se transformer en loup. Le terme de « lycanthrope », synonyme de « loup-garou » (personne atteinte de lycanthropie) vient du grec lukanthrôpos qui signifie loup-homme. Cependant, il désigne aussi une maladie mentale où le patient se prend pour un loup. Portrait de «l’Homme poilu» Petzrus Gonsalvus, XVIe siècle, peinture anonyme La lycanthropie est souvent rapportée comme étant héréditaire. A partir de textes rédigés par plusieurs médecins du Ier au XIe siècles, il est possible de reconstituer un portrait type des loups-garous. Hommes, femmes ou enfants, s’isolent la nuit et ont un comportement confus. Leur peau est sèche, jaunâtre, de pigmentation hétérogène, pâle et couverte d’écorchures superficielles, de cicatrices et d’abcès, voire de mutilations résultant de leurs longues courses à travers la campagne.Ils présentent quelquefois un excès de poils et des canines proéminentes de couleur brune. Leur bouche est sèche et rouge. Leurs yeux sont caves et colorés par l’afflux du sang. En fait, ces «loups-garous» étaient victimes de porphyrie, maladie héréditaire du métabolisme qui, de nos jours, peut être traitée. La maladie se caractérise par la déficience d’enzymes nécessaires à la dégradation de l’hémoglobine des globules rouges. Le corps n’arrive plus à évacuer les porphyrines qui se déposent au niveau de la peau entraînant une sévère photosensibilité, avec apparition de rougeurs et décollement de la peau lors de l’exposition au soleil. Altération de la pigmentation, pilosité anormale, excrétions de porphyrines par les urines, la salive colorant la bouche, les dents et l’urine d’un rouge brique évoquant...le sang des victimes; jaunisses, anémies, troubles nerveux et parfois malformations dentaires. Donc, le loup-garou sort la nuit à cause de sa photosensibilité et pour éviter d’attirer les regards par son apparence. Il y eut des enfants élevés par des animaux, le cas le plus célèbre étant sans doute celui de deux petites indiennes Amala et Kamala, élevées par une louve et capturées à la tanière par le révérend Singh qui les amena dans son orphelinat; Amala mourut un an plus tard (âgée de 2 ans env.) et Kamala vécut 9 ans. Elles moururent toutes deux d’urémie (dysfonctionnement des reins). Dans les trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam), issues des peuples de pasteurs et d’agriculteurs, le loup devient le symbole du mal et de l’ennemi. La haine du loup n’est pas apparue subitement mais a mûri au cours des siècles. De nombreux loups-garous ont péri sur le bûcher. «Gardez-vous des faux prophètes, ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais en dedans, ce sont des loups ravisseurs» Nouveau Testament, Evangile de Saint-Mathieu, VII, 15. Dans les textes religieux, les loups incarnent tout ce que l’Eglise combat. «Si le loup menace de bondir sur toi, saisis une pierre : il s’enfuira. Ta pierre c’est le Christ ! Si tu te réfugies dans le Christ, tu mets en fuite le loup, c’est-à-dire le diable». Cette image n’a fait que renforcer la crainte du loup dans les populations rurales. Toute la littérature de l’Antiquité (livres d’histoire naturelle, d’anatomie humaine, de médecine) a été interdite et remplacée par une littérature qui correspond aux croyances et au dogme de l’Eglise. C’est à cette époque qu’apparaissent les histoires de loups mangeurs d’hommes et de lycanthropie, notamment en France. Le loup séducteur de Tex Avery, avec son air de play-boy gominé et lubrique symbolise à lui tout seul le ridicule des séducteurs roulant des mécaniques – wolf (loup) désigne en anglais le séducteur. «Le Petit Chaperon rouge» des Contes de Charles Perrault (1697) le loup, vil tentateur. Moralité : ces loups doucereux, de tous les loups sont les plus dangereux. Dans «La chèvre de Monsieur Seguin», la séduction de la liberté totale va de pair avec l’inéluctable rencontre avec le loup, dévorateur des chèvres trop indépendantes ! «La mort du loup», Les Destinées, Alfred de Vigny, 1838, «Les Louves de Machecoul», Tome I, Alexandre Dumas, 1858, Le cri de la faim, «Croc-Blanc», Jack London, 1906, «Les loups» Paul Verlaine, 1884, les Fables de Jean de la Fontaine, se réfèrent à cet animal fascinant. Enfin, grâce à Daniel Pennac, la chasse aux loups vue par... les loups ! C’est l’histoire d’un loup qui tourne dans la cage du jardin zoologique où il vit, avec ses souvenirs, ceux de la liberté et de la peur de l’homme, «L’oeil du loup» «Anthologie du loup» Elise Rousseau Croquis Jean Chevallier 4 mmdp/23.8.2007