Littérature brésilienne - Médiathèque de Chantilly
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Littérature brésilienne - Médiathèque de Chantilly
Littérature brésilienne INVITÉ D’HONNEUR AU SALON DU LIVRE DE PARIS BR AS ! L Mars 2015 Médiathèque de Chantilly 1 2 QUELQUES DATES-CLES La période coloniale 1500 : Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil qui devient possession portugaise 1538 : Arrivée des premiers esclaves africains 1680 : Loi interdisant l’esclavage des Indiens 1694 : Découverte d’or dans le Minas Gerais 1727 : Introduction de la culture du café 1815 : Le Brésil est élevé au rang de royaume uni à la couronne du Portugal 1822 : Le prince régent Don Pedro refuse de revenir au Portugal et proclame l’indépendance du Brésil De l’Empire à la République 1825 : Le Portugal reconnaît l’indépendance du Brésil 1850 : Loi supprimant le trafic négrier 1888 : Abolition de l’esclavage 1889 : Les militaires se soulèvent avec le soutien des barons du café et proclament la République 1917 : Le Brésil déclare la guerre à l’Allemagne 1930 : Révolution du populiste Getulio Vargas qui est président en 1934 1937 : Vargas instaure un régime dictatorial 1942 : Le Brésil déclare la guerre à l’Axe et se range aux côtés des Alliés 1945 : Vargas se démet sous la pression des militaires 1954 : Vargas, réélu président en 1950, mais soumis à de fortes pressions, se suicide en 1954 La dictature des militaires 1955 : Juscelino Kubitschek est élu président de la République 1960 : Brasilia devient la capitale du Brésil 1964-1985 : A la suite d’un coup d’Etat militaire, les généraux se succèdent au pouvoir (Castello Branco, Costa e Silva, Geisel, Figueiredo) L’économie est subordonnée à la domination nord-américaine Le retour à la démocratie 1985 : Le président José Sarney (1985-1990) et son successeur, Fernando Collor de Melo, élu en 1989 pour la 1ère fois au suffrage universel, doivent faire face à une situation économique particulièrement difficile 1995 : Fernando Henrique Cardoso accède à la présidence 2003 : Luiz Inacio Lula da Silva, dit « Lula », leader historique de la gauche brésilienne devient président et il est réélu en 2006. Le pays sort du marasme économique 2010 : Dilma Roussef, également membre du Parti des travailleurs, succède à Lula 3 L’Identité indienne Au Brésil, l’unique héritage antérieur aux conquistadors est l’héritage indien. Mais les Indiens ont été massacrés, leurs terres confisquées. Les maladies venues d’Europe, la recherche de l’or, la découverte du caoutchouc et la déforestation ont également grandement contribué à leur extinction et il reste peu de choses aujourd’hui de ce patrimoine. Avant la conquête portugaise, l’Amazonie brésilienne comptait 8 millions d’Indiens vivant en équilibre écologique avec la forêt. Ils ne sont plus que 300.000. Racines africaines 3,6 millions des 9,5 millions razziés en Afrique ont été déportés au Brésil, dernier pays à abolir l’esclavage en 1888. 45% de la population totale du Brésil est noire ou métisse. Les noirs et les métis représentent 69% des Brésiliens du Nordeste et 13,6% des Etats du Sud. 63% des Brésiliens pauvres sont noirs ou métis. Le quart de la population souffre de malnutrition. L’héritage européen Dès le 19ème siècle, l’empire brésilien fondé par les Portugais encourage l’immigration européenne, destinée à fournir la main-d’œuvre aux plantations déstabilisées par le déclin de l’esclavage. Les premiers sont les Allemands. En 1850, la loi des pauvres définit même un immigrant pauvre, qui sera « blanc, paysan et résigné ». Durant les années 1885-1914, l’immigration prend de l’ampleur : 2,7 millions de personnes s’installent à cette époque au Brésil, essentiellement des Italiens, des Espagnols et des Polonais, mais aussi des Japonais et des Moyen-Orientaux (surtout Syriens et Libanais). 4 LA LITTÉRATURE BRESILIENNE Indépendant politiquement depuis 1822, le Brésil commença à le devenir littérairement avec le début du romantisme. C’est dans la prose, dans le roman et le conte, que le romantisme devait trouver l’instrument de la découverte et de l’interprétation de l’éthos brésilien, passant du pittoresque au réalisme. Le maître incontesté du roman romantique est José de Alencar (18291877), écrivain fécond par son œuvre et son influence. Battu en brèche par la « génération de soixante-dix » au Portugal et par le réalisme français, le romantisme s’éteint vers 1870. La période qui suit, de 1875 à 1922, se caractérise par une richesse et une diversité accrues de la production littéraire qui témoignent d’une plus grande maturité de la civilisation et de la culture brésiliennes. En poésie s’affirment des tendances parnassiennes et symbolistes avec Euclides da Cunha (1866-1909), tandis que réalisme et naturalisme succèdent au romantisme dans l’œuvre de Machado de Assis (1839-1908) et de Joaquim de Sousa Andrade (1833-1902). Le modernisme Refus de la dépendance européenne et affirmation radicale de la «brasilianité », tels sont les deux principes du modernisme. Cette révolte s’affirme lors de la Semaine d’art moderne de Sao Paulo organisée en 1922 à l’occasion du centenaire de l’indépendance du Brésil. Certains auteurs comme Mario de Andrade (1893-1945) commencent à « brésiliser » la langue par l’introduction d’éléments tirés du parler quotidien. On assiste à l’éclosion du roman social (Jorge Amado, Lucio Cardoso ou Antonio Callado) ou régionaliste (Rachel Queiros, Eric Verissimo…), qui intègre les grands phénomènes économiques ou climatiques et s’approprie la langue et l’imagination populaires. Parallèlement à ce courant, le roman cherche à s’universaliser. Le roman d’introspection psychologique se développe chez Cornelio Penna, Lygia Fagundes Telles, Graciliano Ramos… Le dernier mouvement littéraire du 2Oème siècle (on l’appelle souvent la « génération 1945 ») n’a en réalité ni date, ni orientation précises, sinon un refus des postulats modernistes. Dans le domaine de la prose, on remarque, à côté d’une prédilection pour le conte, des tentatives de désintégration de la syntaxe traditionnelle et la remise en question du genre roman (Autran Dourado, Joao Guimaraes Rosa, Clarice Lispector…). La littérature brésilienne après 1985 Avec le retour d’une démocratie libérale en 1985 , la littérature s ’empare des problématiques des sociétés urbaines modernes, ainsi que du clivage entre les mégalopoles du littoral et les terres intérieures (Antonio Torres dans Cette terre). En 2013, Luis Ruffato avait déclaré : Pour moi écrire est un engagement … pour s’opposer à la solitude et à l’égoïsme. Si les écrivains ne revendiquent pas tous avec autant de véhémence cette utopie transformatrice véhiculée par les mots, de nombreux auteurs s’accordent avec lui pour analyser de façon simultanée les évolutions socio-politiques du Brésil et le dynamisme actuel de sa littérature. Une grande diversité est perceptible à travers les sujets variés des fictions : tantôt un drame d’identité plongeant ses racines dans la guerre de Tchétchénie (Ta mère de Bernardo Carvalho), tantôt des intrigues familiales au cœur de l’Amazonie (Récit d’un certain Orient de Milton Hatoum), mais aussi le livre de Michel Laub construit autour de ses origines juives. Les femmes s’affirment également dans ce paysage contemporain ( Adriana Lisboa, Patricia Melo..). 5 QUELQUES AUTEURS DONT LES ŒUVRES SONT DISPONIBLES A LA MEDIATHEQUE José de ALENCAR Romancier, journaliste, député conservateur, avocat, ministre de la Justice, José de Alencar (1829-1877) fut l’un des premiers à construire une langue brésilienne détachée de son modèle portugais. Son roman O Guarani (1857), dans lequel il créa la figure mythique de l’Indien Peri, est le grand chef-d’œuvre de la littérature indianiste. L’œuvre inégale mais luxuriante de cet écrivain fécond touche à tous les genres : poésie, théâtre, romans citadins et bourgeois (Luciola, 1862 ; Senhora, 1875), historiques (Les mines d’argent, 1864) et régionalistes (O Gaucho, 1870) et surtout de très belles reconstitutions de légendes indiennes comme Iracema (1865), poème en prose sur la colonisation portugaise et l’origine du peuple brésilien issu du métissage. Jorge AMADO Jorge Amado (1912-2001) est l’un des écrivains brésiliens les plus connus. Ce succès lui vient en particulier d’un talent de conteur incomparable, clef de l’unité de toute son œuvre. Depuis les récits directement dans le débat des années 1930 jusqu’aux histoires récentes, luxuriantes et débordantes d’humour et de sensibilité, il donne la parole au peuple de Bahia. L’enracinement dans une terre de métissage racial et culturel, le foisonnement de personnages savoureux, la trame implacable ou fantaisiste de leurs combats ou de leurs aventures nourrissent une vision à la fois engagée, amusée et attendrie des passions humaines. Né dans l’Etat de Bahia en 1912, Jorge Amado s’installe en 1931 à Rio de Janeiro où il étudie le droit et devient l’un des leaders du mouvement étudiant. Il publie à ce moment son premier roman, Le pays du carnaval, et l’année suivante, Cacao, saisi par la police de Getulio Vargas. Il publie encore Bahia de tous les saints en 1935 et Capitaine des sables en 1937, mais dorénavant sa vie d’écrivain demeure indissociable de sa trajectoire politique. Membre du parti communiste à partir de 1935, il est arrêté à diverses reprises et doit s’exiler en Argentine et en Uruguay, puis à Paris et à Prague. Pendant cette période, ses romans, jusqu’ici marqués par le naturalisme, deviennent de plus en plus prolétariens et chargés de revendications sociales, en conservant toutefois leur lyrisme sensuel (Les terres du bout du monde, 1943 ; Les souterrains de la liberté, 1954...). En 1952, Jorge Amado regagne définitivement le Brésil et s’écarte progressivement du parti. Après la dénonciation sociale s’ouvre un cycle romanesque nouveau qui, tout en conservant certains des thèmes et des personnages des premiers livres, introduit un élément qui manquait dans cet univers où le drame dominait : l’humour, ingrédient désormais fondamental de ses récits. Ses livres ont maintenant Bahia pour cadre : Gabriela, girofle et cannelle (1958), Le vieux marin (1961), Les pâtres de la nuit (1964), Tereza Batista (1972), Tieta d’Agreste (1977). La dimension politique redevient prioritaire dans une fable romanesque, La bataille du Petit Trianon (1980) ou dans Tocaïa grande (1984), épopée d’une « utopie brésilienne ». Tous les romans publiés depuis lors (Yansan des orages, La découverte de l’Amérique par les Turcs…) n’ont fait que consacrer la popularité de Jorge Amado. Il est devenu le symbole vivant de l’écrivain portant la voix de son peuple tout en continuant à construire une œuvre régionaliste qui a su gagner une dimension universelle grâce au charme des récits exotiques, à la vision politique qui la sous-tend et à l’ouverture de son auteur sur le monde. 6 Carlos Drummond de ANDRADE Carlos Drummond de Andrade (1902-1987) est né à Itabira dans le Minas Gerais. En 1920, il va résider avec sa famille à Belo Horizonte, il s’y lie avec les milieux littéraires et journalistiques et publie ses premières œuvres. Après ses études de pharmacie, il se marie et devient professeur. En 1934, il s’installe définitivement à Rio et entre dans l’administration (Monuments historiques) où il restera jusqu’à sa retraite. Parallèlement il écrit dans les journaux tout en composant une œuvre qui lui vaut d’être considéré comme l’un des grands poètes brésiliens. Excellent prosateur, on lui doit aussi des essais, d’innombrables articles et chroniques et des contes et nouvelles (Conversation extraordinaire avec une dame de ma connaissance, 1985). Il fut aussi le traducteur de Laclos, Balzac, Hamsun, Molière, Lorca, Mauriac et Proust. Joaquim de Sousa ANDRADE Ingénieur, Joaquim de Sousa Andrade (1833-1902) a publié à Rio en 1857 son premier recueil de poésie après avoir voyagé dans le monde entier. Dans O Inferno de Wall Street, le personnage du Guesa errante, qui revient dans la plupart de ses poèmes, est le symbole de l’Indien corrompu destiné à errer éternellement, sans trouver la paix, des Andes à l’Amazonie, des forêts africaines à l’Europe rationaliste et jusqu’au New-York de l’enfer de Wall Street. Mario de ANDRADE Musicologue, folkloriste, critique d’art, journaliste, romancier, poète, conteur, Mario de Andrade (1893-1945) fut la vraie conscience du modernisme. Après Aimer, verbe intransitif, en 1927, son grand roman, Macounaïma (1928) est une des œuvres maîtresses du mouvement anthropophage : dévorer l’étranger pour s’approprier sa culture et son savoir-faire, les digérer pour recracher un produit authentiquement brésilien. Toute l’œuvre de Mario de Andrade témoigne de cette recherche et de cette affirmation de la « brésilianité ». Macounaïma, « ce héros sans aucun caractère », concentre en lui-même tous les soi-disant défauts du tempérament brésilien : paresseux et agité, sensuel et nonchalant. A travers cette fable succulente, Mario de Andrade veut guérir les Brésiliens du regard qu’ils portent sur eux-mêmes. Ce livre, qui transcende tous les genres littéraires, donne ses lettres de noblesse à une langue parlée, riche de ses apports amérindiens, africains, européens et de sa vie propre. Joaquim Maria Machado de ASSIS Né à Rio de Janeiro, d’origine très pauvre, métis, bègue, épileptique, Machado de Assis (1839-1908) a réussi par sa persévérance, son travail et son talent à gravir les pentes, si dures à l’époque, qui séparaient au Brésil les Blancs des gens de couleur. Orphelin, il a dû travailler jeune pour vivre et faire ses études. Apprenti dans une imprimerie, il commença à collaborer à plusieurs journaux et à publier quelques textes courts. Après son mariage avec Carolina de Morais, il entre dans un ministère où il fera toute sa carrière. Il a pratiqué tous les genres littéraires : poésie, théâtre, critique, traduction, mais il est essentiellement un narrateur autant par ses contes que par ses romans (L’aliéniste, 1881 ; Quincas Borba, 1891 ; Dom Casmuro, 1899 …). Dans son œuvre, Machado de Assis a su écarter la prose brésilienne du régionalisme pour la rapprocher de l’homme considéré d’un point de vue universel. Psychologue à la vie intérieure intense, pessimiste incurable, il a réussi à fondre son amer sentiment de désillusion en un humour calme et subtil. Son style concis, lapidaire, coloré d’expressions populaires, a fait de lui l’un des grands classiques de la langue portugaise. 7 Francisco AZEVEDO Romancier, dramaturge, scénariste et poète, Francisco Azevedo, né à Rio de Janeiro en 1953, a aussi travaillé pour le cinéma et la télévision. La recette magique de tante Palma est un roman pétillant, chaleureux et original sur l’amour et les liens mystérieux qui unissent les membres d’une famille. Chico BUARQUE Né en 1944, fils de l’historien Sergio Buarque de Hollanda, Chico Buarque a vécu au milieu des livres. Après avoir entrepris des études d’architecture, qu’il n’achèvera pas, il garde une passion pour l’urbanisme et pour Rio, d’ailleurs omniprésente dans Embrouille, thriller insidieux du quotidien racontant les déambulations d’un homme traqué. Depuis trente ans, la voix de ce grand chanteur internationalement connu n’a eu de cesse de donner, contre vents et dictatures, sa musique du monde, comme dans Court-circuit (1997) où le désir de fuir et d’échapper au réel se heurte constamment au quotidien. Son dernier roman, Budapest (2005), est un récit plein de verve articulé autour d’un homme fasciné par les sonorités de l’idiome hongrois, un jeu de piste linguistique et sentimental entre deux femmes, deux villes et deux langues. Chico Buarque s’est imposé par un style où la fausse ingénuité et l’humour égalent la férocité du propos et la sensualité amoureuse. Antonio Carlos CALLADO Antonio Callado (1917-1997) est avant tout journaliste, un grand journaliste progressif, comme en témoignent, avant le coup d’Etat militaire de 1964, ses chroniques sur le Nordeste et les ligues paysannes. dramaturge et romancier, il a rénové la littérature engagée avec maîtrise et audace dans Mon pays en croix (1967), récit des années noires de la démocratie brésilienne. Avec Sampreviva (1980), roman baroque et lyrique d’une grande ambition, il a su réaliser une « œuvre » totale, un vaste opéra du Brésil, drame oedipien sur la relation salvatrice/castratrice à la terre-mère. Lucio CARDOSO Romancier, poète, dramaturge et peintre, Lucio Cardoso (1913-1968) est connu avant tout pour son chef-d’œuvre, Chronique de la maison assassinée (1959). En se servant de lettres, de témoignages, de confessions et de fragments de journaux intimes, il raconte - à travers la décadence d’une famille traditionnelle, la relation incestueuse d’une mère et de son fils et l’incarcération d’un travesti « fou » - la désintégration de toute une société. Lucio Cardoso apparaît encore aujourd’hui au Brésil comme un auteur maudit, car pour ce visionnaire, il n’est pas d’œuvre d’art sans obsessions, de celles qui conduisent à la folie ou à la mort. Bernardo CARVALHO Bernardo Carvalho est né en 1960 à Rio de Janeiro. Correspondant de la Folha de Sao Paulo à New-York puis à Paris, il vit à Sao Paulo et se consacre aujourd’hui entièrement à la littérature. Il sait mettre au service d’une belle écriture déconcertante, extrêmement moderne, élégante et efficace, son cosmopolitisme inné. Ses romans, Mongolia (2004), sur un photographe disparu dans l’Altaï, et Ta mère (2010), sur fond de guerre de Tchéchénie, baignent dans un climat d’angoisse existentielle. On retrouve cette même préoccupation dans Neuf nuits (2005) où il cherche à élucider, 62 ans après, le mystérieux suicide d’un jeune anthropologue. 8 Campos de CARVALHO Licencié en droit de l’université de Sao Paulo, Campos de Carvalho (1916-1998) a été journaliste au début de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir vécu de 1950 à 1973 à Rio de Janeiro, il a eu un moment l’intention de se fixer à Lisbonne ou à Paris, mais il n’a pas quitté son pays, convaincu qu’il ne peut se réaliser comme citoyen et comme intellectuel que dans ce chaos appelé Brésil. Dans La pluie immobile, Campos de Carvalho et son narrateur (un sombre reflet de l’écrivain lui-même en proie aux fantasmes de la création) passent leur temps à tuer la logique, que ce soit celle du temps et de l’espace ou celle de l’intrigue et du contenu du roman. Ils atteignent alors cette logique suprême de la folie qui constitue pour eux une saine réaction aux univers concentrationnaires de notre époque. Paulo COELHO Né à Rio de Janeiro en 1947, Paulo Coelho commence des études de droit qu’il abandonne en 1970 pour parcourir le monde. De retour au Brésil, il devient compositeur de musiques populaires et journaliste spécialisé dans la musique brésilienne jusqu’en 1980, date à laquelle il reprend ses voyages. En 1988 paraît L’alchimiste, récit de la quête d’un jeune berger andalou parti à la recherche d’un trésor enfoui au pied des Pyramides. Le thème du voyage initiatique se retrouve dans Le pèlerin de Compostelle (Paulo Coelho a suivi lui-même cette route légendaire). La recherche de la spiritualité est de nouveau présente dans Sur le bord de la rivière Piedra, histoire d’amour entre une jeune Espagnole et un séminariste, et dans La cinquième montagne, qui conte le destin du prophète Elie 900 ans avant J.C.. Paraboles sur le bien et le mal, sur le refus de la passivité et du fatalisme et sur la liberté de choisir son destin, Manuel du guerrier et de la lumière, Le démon et mademoiselle Pym et Le Zahir, forment une synthèse de la philosophie humaniste de Paulo Coelho. Ce message de confiance et de vie, et son grand talent de conteur, ont assuré le succès de ses livres. Carlos Heitor CONY Les romans et nouvelles de Carlos Heitor Cony, né à Rio de Janeiro en 1926, peignent la décadence de la petite bourgeoisie de Rio et témoignent de son engagement politique. Journaliste, il décrit à merveille l’atmosphère des salles de rédaction brésiliennes de jadis. Dans Quasi-mémoires, quasi-roman, livre débordant d’énergie et de vie, et magnifique hommage de l’écrivain à son père, Carlos Heitor Cony nous entraîne dans un maelström de souvenirs où le comique et le burlesque le disputent à l’émotion et au drame. Euclides da CUNHA Dès sa jeunesse, Euclides da Cunha (1866-1909) fit preuve d’idées républicaines qui lui valurent quelques séjours en prison. Ingénieur de formation, il fut avant tout un homme d’action, un sociologue et un ethnographe de grande valeur. Mais il fut aussi un écrivain doué d’une vive imagination qui sut réunir science et poésie dans ce chef-d’œuvre du régionalisme qu’est Hautes terres (1902), témoignage autenthique de la campagne de Canudos à laquelle il put assister en qualité de journaliste. Les Hautes terres est l’un des livres fondateurs de la littérature et de la pensée brésiliennes. Etude géophysique, essai sociologique, anthropologique et historique, c’est une épopée ou, si l’on veut, une anti-épopée d’un Brésil qui prend soudain une douloureuse conscience de son corps et de son identité. 9 Autran DOURADO Né dans le Minas Gerais, Autran Dourado (1926-2012), après des études de droit à Belo Horizonte, s’installe à Rio de Janeiro où il sera secrétaire du président Kubitschek. Journaliste, il a écrit une dizaine de romans depuis 1947. L’opéra des morts (1986) décrit une bourgade du Nordeste à travers le huis clos d’une maison où s’est cloîtrée la dernière héritière d’une lignée de propriétaires terriens déchus : un drame local, social et psychologique qui entraîne une fatalité universelle à laquelle est en proie le Brésil d’Autan Dourado. Oswaldo FRANCA JUNIOR Né dans le Minas Gerais, Oswaldo Franca Junior (1936-1989) a fait carrière dans l’armée de l’air brésilienne comme officier instructeur sur les avions de combat. Cassé par la dictature militaire en 1964, réhabilité avec le grade de colonel en 1985, il s’est dans l’intervalle consacré à la littérature, publiant onze romans dont Jorge le camionneur en 1967. Luiz Alfredo GARCIA-ROZA Né en 1936 à Rio de Janeiro, Luiz Alfredo Garcia-Roza est venu au roman policier après avoir enseigné la théorie psychanalytique pendant 35 ans à l’université de Rio. Il est considéré aux Etats-Unis comme le Chandler brésilien. Après Le silence de la pluie et Objets trouvés, de nouvelles enquêtes du commissaire Espinosa sont en cours de traduction. Milton HATOUM Né à Manaus en 1952, Milton Hatoum vit et enseigne dans l’université de cette ville, au cœur de l’Amazonie, les lettres françaises et la littérature comparée. D’origine libanaise, comme son compatriote Raduan Nassar, il est le fils de l’une des immigrations qu’a connues le Brésil dans les premières décennies du 20ème siècle. Son premier roman, Récit d’un certain Orient, publié en 1989, superpose aux images du Brésil le déchirement de l’exil et l’inguérissable nostalgie d’un « certain Orient ». Hilda HILST Hilda Hilst (1930-2004) est reconnue par le milieu littéraire pour son œuvre de poétesse et de dramaturge. Elle montre une autre facette d’elle-même dans des textes de fiction, généralement courts, d’une extrême audace de ton. C’est à cette veine qu’appartiennent Les contes sarcastiques, confession d’un homme déjà avancé en âge et grand amateur de sexe. Baroque, souvent obscène, d’une drôlerie burlesque, cette suite de textes est un fourmillant mélange de toutes les formes littéraires. Michel LAUB Michel Laub est né en 1973 à Porto Alegre. Diplômé en droit, il se lance dans le journalisme et écrit pendant plusieurs années sur le monde des affaires et de la politique. En 1997, il s’installe à Sao Paulo et devient rédacteur en chef d’une grande chaîne de télévision. Journal de la chute est son premier roman traduit en français. Dans ce récit, l’auteur revient sur ses origines juives à partir des journaux intimes ayant appartenu à son grand-père, survivant de l’Holocauste. 10 Harry LAUS Né sur l’île de Santa Catarina, Harry Laus (1922-1992) est le quatorzième d’une famille de seize enfants issue de l’émigration allemande. Pour ne plus être à la charge de ses aînés, il entre à l’école préparatoire des Cadets à l’âge de 18 ans. Lieutenant-colonel de l’armée brésilienne, il a parcouru tout le pays, du Nordeste au Sud. Ecrivain atypique et dilettante, il se tourna vers le journalisme et la critique d’art avant de devenir conservateur. La mort, la violence indicible de l’amour et les meurtres inutiles sont au cœur de ses nouvelles poétiques et émouvantes, Sentinelles du néant. Osman LINS Osman Lins (1924-1978) a écrit des nouvelles, des romans, des pièces de théâtre et des essais. A propos de ses nouvelles, Le rétable de Sainte Joana Carolina, Hector Bianciotti parle d’un « langage ausculté, fouillé, enrichi par des rapprochements de mots étonnants et précieux, soumis à une rigueur et à un raffinement dont les résultats transpercent l’écran de la traduction ». Son roman, La reine des prisons de Grèce, reflète la situation du brésil contemporain où coexistent la tradition agraire, patriarcale et mystique du Nord-Est et la modernité des grandes villes du Sud. Adriana LISBOA Adriana Lisboa est née en 1970 à Rio de Janeiro où elle a passé la majorité de sa vie. Elle a vécu en France et partage aujourd’hui son temps entre le Brésil et les Etats-Unis. Après des études de musique et de littérature, elle devient enseignante, puis auteur et traductrice. En 2001, son roman, Des roses rouge vif, salué par la critique, l’élève au rang des auteurs les plus importants de la nouvelle génération littéraire brésilienne. Bleu-corbeau, en 2010, poursuit sa réflexion sur l’appartenance et la construction de soi. E.T. LISBOA Née au Brésil, E.T. Lisboa a parcouru quatre continents. De retour dans son pays natal, portant dans ses bagages plusieurs fictions inspirées des différentes cultures visitées, elle a publié La fierté de la mouche, livre sur la passion amoureuse pétillant d’impertinence et de tendresse, et Par quatre chemins suivi d’Ames païennes. Clarice LISPECTOR Née en Ukraine, d’origine juive, Clarice Lispector (1924-1977) est arrivée au Brésil à l’âge de 2 ans et a passé son enfance dans le nord du pays. Mariée à un diplomate brésilien, elle publie très jeune son premier roman, Près du cœur sauvage. En 1959, séparée de son mari, elle revient à Rio avec ses deux fils et publie d’autres livres dans lesquels la fiction est de plus en plus ténue, au profit d’une prose poétique ne relevant d’aucun genre littéraire défini. Notamment, La passion selon G.H. (1964) où l’affrontement d’une femme et d’un cafard est raconté comme un itinéraire mystique conduisant à des révélations essentielles sur le monde. Ou encore, La femme qui tuait les poissons (1968) qui, sous l’aspect d’un conte pour enfants, est la confession d’une vieille dame dont le crime avoué est d’avoir tué deux petits poissons. Dans tous ses livres jusqu’au dernier, Un souffle de vie, achevé à la veille de sa mort, l’écriture, étant « la manière de ne pas mentir au sentiment », prime sur les événements et sur leur déroulement chronologique. L’œuvre de cette romancière intimiste qui explore l’âme féminine - où l’on trouve une grande simplicité d’expression et une attention aux petits gestes du quotidien - pose la question du destin infini et « inhumain » de la vie. 11 Dyonelo MACHADO Dyonelo Machado (1895-1985) est né dans l’extrême sud du Brésil où il a passé toute sa vie. Après des études en psychiatrie, il a été journaliste et député du Rio Grande do Sul, et a fait de la prison pour délit d’opinion sous la dictature de Vargas. Il est l’auteur de L’argent du laitier qui, à travers vingt-quatre heures de la vie d’un petit employé, est la pitoyable illustration de la lutte pour survivre. Max MALLMAN Max Mallman est né en 1968 à Porto Alegre et vit aujourd’hui à Rio de Janeiro. Scénariste pour la télévision, on le connaît en France pour ses deux livres : La confession du minotaure (1989) et Monde bizarre (1996). Avec son dernier roman, Le syndrome de la chimère, il nous entraîne dans une sorte de fable complètement délirante, mêlant humour et fantastique. Patricia MELO Née à Rio en 1962, Patricia Melo a d’abord travaillé comme scénariste pour la télévision et le cinéma. Egalement dramaturge et romancière, elle a quitté Sao Paulo pour la Suisse où elle vit à présent. Qu’elle raconte la violence des favelas à travers la vie d’un gosse de Rio dans O matador ou Enfer, ou qu’elle évoque avec ironie le destin de José Gruber, nègre littéraire et cynique patenté dans Eloge du mensonge, Patricia Melo plonge dans le cœur des hommes et traque leurs vices au plus profond pour mieux leur donner une possibilité de survie, la chance ultime de rachat. Josué MONTELLO Josué Montello (1917-2006) est né dans l’état de Maranhao. Diplomate, il a écrit aussi bien des textes de fiction que des essais littéraires et historiques, ou des manuels scolaires et scientifiques. Ses romans, qui ont pour cadre sa ville natale, Saint-Louis, fondée par les Français en 1612 dans le Nord-Est du Brésil, forment une sorte de cycle du Maranhao. Tambours noirs se déroule en une nuit au cours de laquelle le héros traverse la ville au son du tambour, lent cheminement d’un Noir octogénaire, symbole de l’esclave affranchi. Raduan NASSAR D’origine libanaise, philosophe de formation et journaliste de profession, Raduan Nassar, né en 1935, se consacre actuellement à l’élevage du bétail dans une fazenda de l’Etat de Sao Paulo. Il a publié deux livres, La maison de la mémoire (1975), version romancée de la parabole du fils prodigue, et Un verre de colère (1978), affrontement érotico-politique d’un couple. Cornelio PENNA Dessinateur, journaliste et critique d’art, Cornelio Penna (1896-1958) est l’auteur de La petite morte, qui lui a été inspiré par un tableau trouvé dans sa famille. En remontant l’histoire de celle qui fut son ancêtre, il plonge le lecteur dans un Brésil à la fois archaïque et moderne. 12 Rachel de QUEIROZ Née au Ceara, l’un des Etats les plus pauvres du Nordeste où sévit périoodiquement la sécheresse, Rachel de Queiroz (1910-2003) débute à 17 ans dans le journalisme. En 1930, elle publie son premier roman, L’année de la grande sécheresse, qui marque les débuts du courant nordestin dans la littérature brésilienne. En 1932, elle fait paraître Jean Miguel, histoire d’un paysan pauvre du Sertao. Emprisonnée à cette même époque pour activités communistes, elle sera en 1978 la première femme élue à l’Académie brésilienne des Lettres. Son œuvre est liée au Nordeste sans pour autant s’écarter des problèmes de la femme dans ce contexte sociogéographique comme en témoigne Dora, Doralina (1975), chronique d’une vieille femme du Sertao, humble et généreuse. Graciliano RAMOS Professeur, journaliste et romancier, Graciliano Ramos (1892-1953) est né dans le Nordeste où se situe l’action de tous ses livres. Son premier roman, Caetes (1933), satire de la société bourgeoise, fut suivi d’une courte série de chefs-d’œuvre : Sao Bernardo (1934) est le bilan de la vie ratée d’un propriétaire terrien, Angoisse (1936) retrace avec une grande sobriété expressive et un usage éblouissant du monologue intérieur la vie d’un descendant de pauvres paysans du Minas Gerais, Sécheresse (1938) est le poignant récit de l’errance d’une famille de migrants du Sertao à la mer, Enfance (1945) les émouvants souvenirs de son enfance, et surtout Mémoires de prison (1954) qui - sans être tout à fait un roman - est plus qu’un simple compterendu d’un homme incarcéré pour ses opinions politiques (communiste, Graciliano Ramos fut luimême emprisonné). Les nouvelles d’Insomnie ne se situent pas dans l’espace géographique du Sertao, mais dans celui, plus sinistre encore, d’une petite ville étriquée et médiocre, et décrivent la montée d’un intense sentiment d’anxiété. Graciliano Ramos est l’un des écrivains les plus amers et les plus tourmentés de la littérature brésilienne. Il projette dans ses personnages sa tristesse, son malheur et sa solitude. Son pessimisme refuse la misère quotidienne et l’aliénation politique et économique de son peuple. Darcy RIBEIRO Anthropologue, enseignant, homme politique (il a été ministre de l’éducation nationale et conseiller personnel du président Goulart), Darcy Ribeiro (1922 - 1997) a du s’exiler après le coup d’état de 1964 et il est revenu au Brésil en 1976. Il est l’auteur de Maïra qui exprime la voix des Indiens d’Amazonie et le cri d’une civilisation agonisant faute de pouvoir s ‘adapter aux normes technologiques de notre société. Joao Ubaldo RIBEIRO Joao Ubaldo Ribeiro est né en 1941 dans l’Etat de Bahia. Après des études au Brésil et aux Etats-Unis, il sera enseignant et journaliste avant de se consacrer entièrement à la littérature. Le Nordeste occupe tous ses livres, que ce soit dans le monologue hallucinatoire du Sergent Getulio (1971), tout chargé de violence primitive, dans la veillée d’armes des combattants désespérés du Sertao de Vila real (1979) ou dans Vive le peuple brésilien, saga de l’histoire du Brésil depuis les guerres d’indépendance jusqu’à nos jours. Le sourire du lézard est un curieux roman, mêlant l’étrange et le scientifique, l’érotisme et l’humour, la passion et la critique politique. Joao Ubaldo Ribeiro est un auteur étonnant, à la prose brillante, parfois misanthrope et souvent satirique. 13 Joao Guimaraes ROSA Joao Guimaraes Rosa (1908-1967) est né dans l’Etat de Minas Gerais où il passe son enfance et sa jeunesse. Médecin de campagne, il fut aussi diplomate, notamment ambassadeur du Brésil en France et en Allemagne, avant de s’établir à Rio et de se consacrer à la littérature. Après un premier recueil de nouvelles, Saragama (1946), paraissent Hautes plaines (1956), Premières histoires (1962) et Tutaméia (1967), dont les thèmes sont toujours empruntés au Sertao. En 1956, paraît son chef-d’œuvre, Diadorim, où un homme âgé et respecté raconte sa vie de jeune bandit auprès de Diadorim, chef de bande idéalisé, au travers d’un monologue infini déployant la fresque colorée et sauvage du Nordeste. Dans Mon oncle le jaguar, l’écrivain entrechoque trois langages : celui des maîtres, le portugais, celui des Indiens Tupis et celui de la nature, onomatopées, feulements, rugissements. Le Sertao aura servi de cadre géographique et social à de nombreux livres de la littérature brésilienne mais Guimaraes Rosa nous en donne une vision différente. Renouvelant l’expression, faisant usage d’archaïsmes, d’éléments du langage populaire ou de néologismes, il a transformé l’épopée du Sertao en métaphore universelle, transcendant ainsi la prose d’une réalité régionaliste et ouvrant une voie au roman brésilien moderne. Tabajara RUAS Romancier et metteur en scène, Tabajara Ruas est né en 1942 dans le Rio Grande du sud du Brésil. Etudiant en architecture, millitant contre la dictature, il est contraint à l’exil au Danemark, puis en France à partir de 1971. La fascination est une longue nouvelle aux marges du roman policier et du fantastique, où le héros sera brutalement possédé par le démon de son bisaïeul. Luiz RUFFATO Issu d’une famille ouvrière d’immigrants, Luiz Ruffato, né en 1961, travaille comme tourneur-fraiseur tout en faisant des études de journalisme. A travers une multitude de voix, c’est un extraordinaire portrait de Sao Paulo, la mégalopole brésilienne, que dessine peu à peu Tant et tant de chevaux (2001). Ce premier roman nous montre l’enfer du décor brésilien, l’insécurité, la criminalité et la misère, et présente la modernité comme un enfer cacophonique. Herberto SALES Né dans l’Etat de Bahia, Herberto Sales (1917-1999) est membre de l’Académie brésilienne des Lettres. L’œuvre de ce romancier aux multiples facettes va du régionalisme à la science-fiction. Les visages du temps est une « saga de la colonisation, le moment où Portugais, Noirs et Indiens se mêlent sur une terre sauvage » (Jorge Amado). Régis de SA MOREIRA Régis de Sa Moreira est né en 1973 de père brésilien et de mère française. Dans son premier roman, Pas de temps à perdre (2000), livre plein de générosité, de bonheur de vivre et de poésie drolatique, il nous fait connaître un monde de joie et d’amour, sans mièvrerie, ni naïveté. Un monde que l’on retrouve dans Mari et femme (2008). Ce même souci d’humanité se retrouve dans Le libraire (2004), portrait d’un homme un peu illuminé, un peu décalé, mais surtout passionné par les écrivains, roman aussi léger qu’original. 14 José SARNEY José sarney est né en 1930 dans l’Etat de Maranhao. Après des études de droit, il devient député à 24 ans. Il a toujours mené de front carrière politique et activités littéraires. Il devient gouverneur de son état natal en même temps qu’il est élu à l’Académie brésilienne des Lettres. Sénateur, puis vice-président, il a succèdé en 1985 à Tancredo Neves à la présidence de la République du Brésil. Dans les nouvelles d’Au-delà des fleuves, il évoque le Maranhao, sa région natale située entre Nordeste et touffeur amazonienne, avec ses personnages pleins de force, de violence et d’humour, un monde essentiellement rural avec ses bourgades et ses vieilles fazendas. La même verve sud-américaine entre réalisme et fantastique se retrouve dans Saraminda (2002). Le Brésil de José Sarney est aussi celui des pêcheurs de l’océan Atlantique avec ses tempêtes et ses vaisseaux fantômes (Capitaine de la mer océane). Moacyr SCLIAR Descendant d’une famille d’immigrants russes juifs, Moacyr Scliar (1937-2011) est né à Porto Alegre dans le Sud du Brésil. Médecin de formation, il est un des écrivains les plus novateurs des années 1970. Son attrait pour la fable et son goût de l’humour le rapprochent parfois du courant des écrivains juifs new-yorkais. Ses nouvelles (Le carnaval des animaux, 1987 ; L’Œil énigmatique, 1990) sont inspirées par la Bible, l’imaginaire des bandes dessinées ou tout simplement par des faits étranges surgis du quotidien. Il est aussi l’écrivain de romans d’envergure mêlant dérision et interrogation morale, simplicité narrative et profondeur du propos (Le centaure dans le jardin,1985 ; L’étrange naissance de Raphaëm Mendes, 1986 ; Sa Majesté des Indiens, 1998). Dans ce dernier livre, Moacyr Scliar montre avec brio le mélange constant dans une même existence du réel et de l’imaginaire, du concret et du mythique, dans l’interpénétration des personnalités, des origines et des civilisations à l’intérieur de ce creuset qu’est le Brésil. Marcio SOUZA Né en 1946 à Manhaus au cœur de l’Amazonie, Marcio Souza est le chantre des forêts immenses, imbibées d’eau où s’affrontent la tradition indienne et la modernité d’un pays avide de progrès dans L’empereur d’Amazonie (1983). Heloneida STUDART Heloneida Studart (1932-2008) est née dans une famille aisée de Fortaleza, ville du Nordeste brésilien. Militante féministe et syndicaliste très active, fondatrice du Centre de la femme brésilienne en pleine dictature militaire, elle a été brièvement emprisonnée en 1969. En 1978, elle devient députée de l’Etat de Rio de Janeiro sous la bannière du Parti des Travailleurs. Très longtemps journaliste, elle a aussi écrit des textes pour la télévision, des pièces de théâtre et des essais féministes. Une sorte de grâce précise et singulière transparaît dans Le cantique de Meméia, paru au Brésil en 1975. Sous des traits empruntés à sa propre biographie, elle explore la faille sociale qui traverse le Brésil, celle-là même qui l’a poussée vers l’action politique. Ariano SUASSUNA Ariano Suassuna est né en 1927 à Joao Pessoa, dans l’état nordestin du Paraïba, dont son père, assassiné en 1930 à Rio de Janeiro, était gouverneur. Auteur de théâtre et romancier, il a été élu à l’Académie des Lettres brésiliennes en 1989. Ardent défenseur de la culture de son pays natal, c’est dans l’histoire, les traditions et les coutumes du Nordeste où vivent encore les populations les plus déshéritées, les plus assujetties à une féodalité contemporaine, qu’il puise les thèmes de son œuvre. Sorte de quête du Graal, La pierre du royaume, écrit entre 1958 et 1970, est un ouvrage étonnant mettant en scène la sauvage épopée du Nordeste à travers une histoire fantasmagorique qui évoque curieusement Don Quichotte. 15 Lygia Fagundès TELLES Née à Sao Paulo en 1923, Lygia Fagundes Telles a commencé à écrire très tôt. Elle a reçu de nombreux prix et est membre de l’Académie brésilienne des Lettres. Dans ses nouvelles et ses romans (La structure de la bulle de savon, Un thé bien fort et trois tasses, L’heure nue, La nuit obscure, La discipline de l’amour), elle se fait le peintre de la décadence de la bourgeoisie brésilienne et parle de la solitude et de la peur de la mort, unissant l’analyse psychologique à l’évocation de la vie quotidienne. Le personnage principal de tous ses livres est le Brésil « qui lui aussi est en guerre, contre la misère ; la bataille n’est pas près d’être gagnée », dit-elle. Antonio TORRES Né en 1940 dans l’Etat de Bahia, Antonio Torres, publicitaire et journaliste, vit à Rio de Janeiro. Le Sertao, région déshéritée du Nord-Est du Brésil, constitue l’un des thèmes dominants de son œuvre romanesque, que marquent également une conscience sociale aiguë et un enthousiasme immodéré pour la variété des visages du Brésil. Il est l’auteur de Cette terre (1984), qui évoque le drame d’une famille paysanne et des conflits causés par l’intrusion de la vie moderne dans les sociétés traditionnelles. José Mauro de VASCONCELOS De sang indien et portugais, José Mauro de Vasconcelos (1920-1984) est né à Bangu près de Rio de Janeiro et a passé son enfance à Natal près de l’océan Atlantique. Après avoir exercé divers métiers, entraîneur de poids plume, ouvrier agricole, pêcheur, acteur, il part vivre dans le Sertao parmi les Indiens. Il a écrit une quinzaine de livres célèbres au Brésil. Pour connaître à fond le pays où se situera son roman, il parcourt des milliers de kilomètres et vit parmi les gens qui peupleront son récit. Doué d’une prodigieuse capacité de conteur, possédant une mémoire fabuleuse, il démontre dans ses livres à la fois pour adultes ou pour enfants ( Mon bel oranger, 1971, Le palais japonais) une éblouissante imagination et une grande expérience des hommes. Erico VERISSIMO Erico Verissimo (1905-1975) est né dans le Rio Grande do Sul, l’état le plus méridional du Brésil. Après des études secondaires inachevées, il exerce divers métiers et fait deux longs séjours aux Etats-Unis, de 1941 à 1943 comme enseignant, et de 1953 à 1956 comme fonctionnaire international. Dès son premier roman, Clarissa (1933), il devient suffisament populaire pour que ses prises de position contre les dictateurs ne lui valent pas illico la prison. Il souffrit néanmoins de la censure, détesté par les intellectuels, de droite comme de gauche, parce qu’il refusait tout système idéologique, ardent défenseur d’un « chaleureux libéralisme socialisant ». Son œuvre la plus marquante est la trilogie Le temps et le vent (1949-1961) où il retrace dans une grande fresque l’histoire, l’ethnologie, les conflits politiques et sociaux de sa région natale de 1745 à 1945. 16 Auteurs brésiliens disponibles à la médiathèque Alencar, José de (1829-1877) Lisbôa, E. T. Amado, Jorge (1912-2001) Lispector, Clarice (1920-1977) Andrade, Carlos Drummond de (1902-1987) Machado, Dyonelio (1895-1985) Andrade, Joaquim de Sousa (1833-1902) Mallman, Max (1968-) Andrade, Mario de (1893-1945) Melo, Patricia (1962-) Assis, Joaquim Maria Machado de (1839-1908) Montello, Josué (1917-2006) Augusto, Edyr (1954-) Nassar, Raduan (1935-) Azevedo, Francisco (1951-) Penna, Cornelio (1896-1958) Callado, Antonio (1917-1997) Queiroz, Rachel de (1910-2003) Cardoso, Lucio (1912-1968) Ramos, Graciliano (1892-1953) Carvalho, Bernardo (1960-) Ribeiro, Darcy (1922-1997) Carvalho, Campos de (1916-1998) Ribeiro, Joao Ubaldo (1941-) Coelho, Paulo (1947-) Rosa, Joao Guimaraes (1908-1967) Cony, Carlos Heitor (1926-) Ruas, Tabajara (1942-) Cunha, Euclides da (1866-1909) Ruffato, Luiz (1961-) Dourado, Autran (1926-2012) Sales, Herberto (1917-1999) Franca Junior, Oswaldo (1936-1989) Sarney, José (1930-) Garcia-Roza, Luiz Alfredo (1936-) Scliar, Moacyr (1937-2011) Hatoum, Milton (1952-) Souza, Marcio (1946-) Hilst, Hilda (1930-2004) Studart, Heloneida (1932-2008) Laub, Michel (1973-) Suassuna, Ariano (1927-) Laus, Harry (1922-1992) Telles, Lygia Fagundes (1923-) Lins, Osman (1924-1978) Torres, Antonio (1940) Lisboa, Adriana (1970-) Vasconcelos, José Mauro de (1920-1984) Verissimo, Erico (1905-1975) 17 Sources : Bibliomonde Encyclopédie Larousse L’oeil de la lettre Magazine littéraire Wikipédia Encyclopaedia universalis Que sais-je : La littérature brésilienne Le Monde magazine Dossier réalisé par Dominique Witczak 2 3 Médiathèque municipale de Chantilly 34, rue d’Aumale 60500 Chantilly Tel. : 03 44 57 20 56 www.ville-chantilly.fr Horaires et jours d’ouverture de la médiathèque : Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi 10h.-12h. 10h.-12h. 10h.-13h. 4 14h.-18h. 14h.-18h. 14h.-18h. 14h.-18h. 14h.-18h.