Stones News Avril 1999 19 18 Stones News Avril 1999 Avec Louis, c

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Stones News Avril 1999 19 18 Stones News Avril 1999 Avec Louis, c
Louis Bertignac au volant de sa
Hummingbird nous reçoit chez lui.
“Tu prends l’Hummingbird, tu fais un
Sol et tu crois entendre la suite de Wild
Horses.”
Et pour Chris Kimsey ?
A l’époque où l’on enregistrait à EMI, il était ingénieur du son
pour “Some Girls”. Une nuit, je suis entré dans le studio des
Stones, et j’ai discuté un moment avec Charlie. Les autres
n’étaient pas encore là, alors il m’a proposé de jouer de la guitare. Je prends donc la gratte, on s’amuse. Il y avait aussi le batteur de Bad Company qui prend une autre guitare, on s’amuse
bien, on fait Johnny B. Goode en reggae avec Bill qui était arrivé entre temps, et Corinne qui jouait un peu du tambourin. On a
joué pendant des plombes, plein de trucs pendant des heures.
Et Mick est arrivé vers 4 heures du matin, il a remplacé Corinne
au tambourin et a chanté un petit peu. Et quand Keith est arrivé
vers 7 heures, ça s’est arrêté. Et Kimsey qui avait tout enregistré m’a filé une cassette plus tard. J’aimais bien l’état d’esprit,
c’est-à-dire que ça jouait, il prenait quand il fallait et il mixait à la
fin. C’est à peu près comme ça qu’il m’a proposé de travailler et
je savais qu’il le faisait bien et qu’il n’allait pas chambouler mes
trucs. Et en plus il pouvait me raconter des histoires sur les
Stones, donc ça faisait pas de mal !
Et à propos des studios de Boulogne, tu as des souvenirs ?
C’était génial. On savait que les Stones arrivaient. Un soir, on a
vu un nouveau gardien, qui avait l’air plus malléable. Donc on
insiste, mais il refuse de nous laisser entrer dans le studio des
Stones qui arrivaient trois jours plus tard. Mais on a réussi à le
faire entrer dans notre studio et on a joué. Il trouvait ça bien, on
l’a fait tirer sur un pétard et après on l’a soudoyé et il nous a
ouvert le studio des Stones. On s’est branché avec leurs guitares, puis il nous a dit “Vous ne touchez à rien, vous ne cassez
rien, je reviens”. Et il s’est ramené en mobylette dans le studio ! Il
avait une bouteille de Marie-Brizard à la main, genre on va faire la
fête ! Il a fait le tour du studio pendant qu’on jouait ! Il a été viré le
lendemain ! Mais ça a été la fête. Il y avait un frigo rempli, on a pu
manger et boire. On l’a complètement vidé ! On n’a pas fait ça
pour faire chier, on avait faim ! C’est vrai qu’on a fait les fous,
c’était marrant, c’était magique. A cette époque, je répétais avec
Téléphone de 2 heures de l’après-midi à 10, 11 heures du soir,
ensuite j’attendais les Stones avec Corinne et quand ils arrivaient on traînait dans le studio. On était devenu potes après
quelques fois comme ça. La première fois, c’est Charlie qui m’a
fait: “Viens, viens”, puis il est venu nous écouter, il m’a donc foutu à l’aise. Parce qu’après le pillage, on était un peu mal vu, pas
par eux, ils n’en avaient jamais rien su, mais par Stu qui était
venu nous dire que “ce n’était pas bien”. On était un peu timide,
REEFER
NATURAL BORN
O
n commence par se présenter, “Salut Louis… Club
des Stones… David, Roland… voilà ce que l’on fait”.
Notre homme feuillette alors le numéro 30, et tombe
sur l’interview de Jean-Marie Périer. La transition était facile
pour nous…
Il y a des chutes de “Téléphone Public” ?
Je ne les ai jamais vues. C’est vrai qu’on était en pleine tournée
à ce moment là, une grosse tournée et donc on laissait filmer
Jean-Marie qui avait su nous parler dès le départ, il nous avait
bien expliqué le truc: “On ne vous fera pas chier, ne vous occupez pas de nous, je vous demanderai juste une interview chacun”. Et c’était royal et dès que le tournage a été terminé, le
montage a commencé, et on n’y était pas parce qu’on avait
encore plein d’autres trucs à faire. On commençait à l’étranger,
c’était une époque où l’on tournait pas mal, donc on n’a pas vu
le film au montage et on l’a découvert plus ou moins en même
temps que tout le monde, au festival de Cannes où on était
invité, c’était marrant. Mais je ne connais pas les chutes, il doit
pourtant y en avoir pas mal. Ça a été vite tourné, genre une
semaine, donc Jean-Marie a eu la Fête de l’Huma, ensuite il
est venu sur un ou deux concerts au Palais des Sports de
Paris ou de Lyon, et un ou deux concerts en plus, Mont de
Marsan, et des arènes quelconques. Il a monté ça. Ce n’était
pas un concert de Téléphone, c’était un film de Jean-Marie
Périer, et ça a été une promo énorme pour nous.
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Ton déclic Stones.
C’est vers 14 ans. Toute une ambiance: à l’école, un mec
apporte “Beggars Banquet”, que l’on étudie en cours d’anglais.
Et le mec me laisse le disque pour l’écouter à la maison. Je n’en
avais pas beaucoup, j’avais ceux de mon père, par exemple
Ray Charles qui était bien, mais là, ça m’a surpris. J’ai écouté
ça en boucle. C’était un peu difficile, j’avais le double blanc des
Beatles en même temps, plus facile à écouter. Et plus tard je
débarque chez des types plus âgés que moi qui ont le 45 tours
“Jumpin’ Jack Flash” avec cette pochette hallucinante. Je
commence alors à me brancher de plus en plus, et je trouve ça
magique, alors que je ne connaissais que les Beatles. Et je vais
à la Fnac, où il y a de superbes petites enceintes dans les
cabines d’écoute, et je vois le dernier Rolling Stones. J’y allais
pour ça car je savais qu’il sortait. La pochette, c’était un gâteau
d’anniversaire, “Let It Bleed”. J’écoute, ça commence par
Gimme Shelter, je trouve cette intro absolument magique et
quand les chœurs arrivent, ça me tue. Tout ce que j’adorais
dans la musique était réunis là, dans cette chanson. J’achète le
disque et à partir de là… “Let It Bleed”, ça m’a transformé.
Et bien plus tard, tu leur piques leur clavier !
Ouais, parce que je leur avait piqué leur producteur avant ! J’ai
demandé à Kimsey s’il connaissait des claviers. Il m’a donné
plusieurs noms, dont celui de Chuck et je l’ai vu en concert. Il
jouait bien, donc c’était OK.
Avec Louis, c’est sans soucis ! Y’a d’la joie et d’la
bonne humeur. Ceux qui l’ont vu sur scène savent
de quoi je parle et ce live le prouve efficacement.
Ici, point d’overdub, de production surfaite ou de
mixage synthétique, tout n’est qu’énergie, puissance et feeling. Notre “Keith Richards gaulois”
nous rappelle qu’il est encore possible en France
de faire du bon rock’n’roll à la sauce stonienne.
Enregistré pendant la tournée 96-97, “Bertignac
Live” est un pur produit certifié authentique ! Les
guitares sonnent d’enfer et la rythmique tourne
comme une horloge au fil des titres qui égrainent
ce double album. Puisant dans ses influences
majeures (Hendrix, Led Zep et bien sûr les
Stones), Louis ne trahit pas son style qui fait sa renommée depuis plus de 20 ans. A l’écoute
de ce disque vous flirterez avec le meilleur de Bertignac en solo, Téléphone, Les Visiteurs et
quelques reprises acoustiques bien senties comme Sympathy For The Devil ou Love In
Vain. Ce live fait suite au génial “Bertignac 96”, album studio qui témoigne de sa très grande maturité musicale. Cet opus est tout aussi indispensable, avec en prime la présence de
Richard Kolinka, Chuck Leavell (l’actuel métronome des cailloux), Marianne Faithfull et
Shayne Fontayne, guitariste de son état qui a croisé le fer avec, entre autres, Springsteen (la
tournée “Human Touch”) et Mick Taylor (le live “Stranger In This Town”). Sacrées pointures ! Vous l’aurez compris, si on s’en donne un peu les moyens, on peut trouver du vrai
rock’n’roll au pays des champions du Monde.
On ne remerciera jamais assez des gars comme l’ex-Téléphone de porter le flambeau avec
autant de passion et de talent.
Gilles Papin
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Ça a duré combien de temps ?
Ça a duré le temps qu’ils enregistraient parce que
nous on a fait durer les répét’, évidemment ! Pendant six mois,
peut-être. Je suis allé un peu chez eux, mais eux ne sont jamais
venus chez moi, sauf Ron Wood pour chercher le circuit de
bagnoles1. Et après ils sont partis, mais je les ai revus, plus tard
à Auteuil. Et j’étais très déçu, je n’ai même pas vu Jagger, je n’ai
vu personne en fait ce jour là. Mick nous avait dit que se serait
la grande fête du rock’n’roll et pour nous convaincre de jouer en
première partie, parce qu’on ne voulait pas le faire, il nous avait
invité à assister à un petit show en Irlande. Et il nous avait
convaincu. On voyait déjà un putain de Sympathy For The Devil
à trois guitares avec les percus et tout ça. Et en fait, que dalle.
On a fait notre truc, ils sont arrivés après, ils sont montés sur
scène, ils sont repartis en bagnole. J’ai recroisé Jagger, plus
tard, et je lui ai dit que ce n’était pas
cool du tout, qu’il nous avait arnaqués.
Gilles Bascop
mais même si tu n’as pas pillé leur frigo, tu te sens mal devant
ces mecs. Moi j’étais surtout pote avec Ron Wood au début et je
trouvais que Keith et Mick se foutaient un peu de ma gueule.
J’en avais marre, ils se moquaient de mon accent
français, dès que je disais un truc, ils reprenaient ma phrase en parodiant mon
accent, et au troisième ou quatrième
jour, ça m’a énervé et je me suis cassé du studio avec Corinne en faisant l’anglais, le Stone: “Weeell…
ya
knoooww…,
aaaww
riiight…, ya knoooww”. Et à
partir de ce jour là, ils ont été
vachement plus sympa. Ça
leur a fait un truc de voir que
je m’étais cassé en claquant
la porte. Ils se sont dit qu’ils
m’avaient vexé. Et Mick est
donc devenu totalement
adorable avec moi, genre:
“Tu veux fumer un joint ?”.
Alors ça frimait, parce que
j’étais en répét’ avec Téléphone
tard le soir, et Mick venait dans le
studio me proposer de venir fumer
un joint avec lui parce qu’il s’emmerdait.
Ce n’est pas si évident que ça de se produire sur des
scènes pareilles ?
Si, tu peux le faire, mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui même
les Stones le font mal. C’est surtout ce qui se passe
sur la scène qui est intéressant. Et ce qui se passe sur la petite scène est encore plus intéressant, tu as l’impression que tout le
monde entend tout le monde. Mais sur
la grande scène tu as l’impression
qu’ils n’entendent pas ce qu’il faudrait entendre, tu as l’impression
que le mix est mauvais, qu’ils
ont du mal à jouer vraiment
ensemble. Je trouve que pour
les Stones il y a un truc essentiel, c’est le son. C’est le
mélange basse/batterie/guitares qui donne ce côté extrêmement gras, et là c’est
bâclé, facilement depuis une
bonne décennie. Sur scène en
tout cas, parce qu’il n’y a plus
d’échanges comme il y en avait
avant. Tu as l’impression qu’en 73
tout le monde entendait la même
chose, mais aujourd’hui c’est dispatché par tellement de retours que personne n’entend ce qu’entend l’autre. Chacun a
ses retours à lui, suivant s’il est là il va entendre
ça, suivant s’il se met là il va entendre ça, et c’est un
bordel, ce n’est pas de la musique de Stones. Ce n’est pas de
la musique tout court de toute façon.
autant de mecs, que ce soit Bo Diddley ou d’autres. Il aime le
rock et je crois qu’il est souple. Il a un petit ego, et c’est bien
agréable de jouer dans un groupe et d’avoir un mec qui dise
“oui” à tout ce que tu veux. Parce que Taylor se prenait un gros
ego et c’est pour ça qu’ils ont clashé à un moment. Ron Wood,
les rares fois où il est bon, c’est quand il imite Taylor.
Tu as quand même été faire un tour au Stade de France ?
Ouais. Mais ils ne sont pas mauvais en ce moment quand même.
Jagger gère mieux le truc qu’il y a quelques années. Au niveau du
choix des chansons, c’est à peu près ça, sauf le passage Keith
Richards qu’il ne devrait pas tolérer parce que c’est… Il devrait
faire deux, trois magnifiques chansons plutôt que jouer ses dernières. Il le fait quand même un peu, là, avec You Got The Silver.
Tous les mecs autour de nous, stoniens, avaient adoré ton
concert, alors que celui de Taylor…
Mais c’est con qu’il ne soit pas venu. Moi, c’est mon rêve,
Midnight Rambler, avec lui, on pourrait s’éclater, on ferait une
version d’une heure et demi !
Et le jeu de Ron Wood ?
Ah putain. Je trouve qu’il ne trahit pas le style des Stones mais
“Les Stones, même si tu n’as
pas pillé leur frigo, tu te
sens mal devant ces mecs !”
Auteuil ‘82, avec le recul ?
Rien, zéro, vide. Parce que nous on était
très mauvais, on a eu des problèmes à la
con. Des problèmes techniques terribles,
j’avais les retours de Jean-Louis au lieu
d’avoir les miens, je n’entendais que sa
voix et sa guitare, et lui inversement. Et
Cow-boy2 à la console montait Jean-Louis et ça me montait, ce
n’était que du bordel et ça n’a pas été un bon concert, on n’a rien
donné d’intéressant. Ça n’a pas duré très longtemps, une demiheure. Et pour les Stones, c’était une période que je n’aimais pas
trop, où je n’étais pas fan, ils me décevaient tous. Je trouvais
qu’ils ne jouaient pas bien en scène. 73 c’était tellement la folie,
que là j’étais vraiment déçu. Je trouvais que c’était du mauvais
Stones. Et donc, Auteuil, c’était rien. J. Geils Band j’ai bien aimé,
mais nous, on était trop perdu sur cette scène.
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Stones News Avril 1999
il n’apporte pas grand chose. Il est dans la ligne de Keith
Richards, il essaie d’être rythmique, bien qu’il n’ait pas un
excellent sens du rythme. Il n’a pas le sens du rythme inné
comme Keith Richards ou Hendrix, donc il s’accroche mais je
ne trouve pas qu’il apporte tellement. Pour moi, Taylor apportait
le ciel dans la musique des Stones. Brian apportait le diable.
Richards, c’est les Stones. Et Ronnie ce n’est pas pareil, ce
n’est pas du même niveau. C’est étonnant qu’il ait joué avec
Justement, Taylor, tu en penses quoi ?
Il était très jeune par rapport à eux, mais il apportait énormément. Et il s’est dit: “Bon, y’en a marre, c’est moi aussi les
Stones, et qu’ils ne me fassent pas chier”. La plupart de ses
trucs avec les Stones, c’était une prise ou deux et basta. Il
improvise. Il connaît son manche, c’est une bête. Et ça ne
m’étonnerait pas qu’il ne connaisse pas le solfège.
Et maintenant ?
Les chansons qu’il choisit, son show, tout ça c’est merdique,
c’est à chier mais il a toujours ce touché magnifique. Mais il est
un peu con sur les bords, c’est vrai. Il est un peu spécial. Peutêtre qu’il réalise bien qu’il a fait la bavure de sa vie en se cassant, et tu sens que ça le travaille.
A Pont Audemer 3, c’est dommage que vous n’ayiez pas
joué ensemble.
Je suis allé lui parler, je lui ai dit que je le trouvais génial, que
pour moi il faisait beaucoup du son des Stones, et alors tu lui
dis “Stones” il fait déjà à moitié la gueule. Et j’ai du lui dire un
truc qui l’a vexé, je lui ai dit: “Si tu veux, tu es le bienvenu, on
joue après”, et aussi: “Ecoute, tu es un peu gros mais tu es un
oiseau pour moi. Et jamais une guitare m’a fait autant penser à
un oiseau”. Et lui, il a du retenir: “Tu es un peu gros”, alors
bon… il n’est pas resté !
concert et pendant un moment, c’était Connection, avec les
couplets en reggae. Il y a eu aussi Street Fighting Man. Et
même avant Téléphone, déjà avec Higelin4, dès qu’il sortait de
scène, j’avais une série et il y avait Jumpin’ Jack Flash.
Dans ton live, sur Sympathy For The Devil, tu passes à Hey
Jude. Tu as déjà entendu ça quelque part ailleurs ?
Non. Mais ça existe ailleurs ?
Une bande audience de Baltimore 69 circule et Jagger fait ça.
Il chante Hey Jude ? C’est génial, très étonnant. Ça arrive aussi que je fasse Sympathy For The Devil/Saint Of Me, c’est
pareil. Il faudrait qu’ils essaient eux aussi. Ce sont les trois
mêmes accords, à peu de choses près. Mais toutes ces
conneries, ça vient toujours dans des fêtes, chez des potes, et
après tu le refais sur scène. Et ça marche.
Parle-nous de ta dernière tournée.
Toute la tournée a été magnifique. Ça a été une éclate. Puis
j’avais pris le genre d’Aimé Jacquet: “Les mecs, on n’a pas le
droit de perdre un match. Si on perd un match, on n’est pas en
finale !”. Et c’est vrai qu’il n’était pas question d’en perdre un.
Je savais qu’on avait tous les atouts pour faire que chaque soir
soit un bon concert. On avait un atout majeur: un répertoire qui
tenait la route. Et le public pour la plupart connaissait la set-list,
il savait ce qu’il venait voir, car mon live était déjà sorti. Et en
plus on faisait mieux qu’à l’époque du disque. Donc c’était
presque gagné d’avance à chaque fois, il suffisait d’être bon en
défense, de ne pas prendre de but.
Vous avez failli jouer ensemble au New Morning en 96 ?
Je suis allé au New Morning comme ça, pour voir, pour m’éclater. C’était un peu chiant. A l’entrée, il y avait un mec qui distribuait des papiers: “Bertignac avec Mick Taylor”, comme si
c’était déjà fait ! Et puis il ne s’est rien passé. Je n’ose pas y
aller. Ça ne s’est pas fait, ça ne s’est jamais fait et c’est con.
Le premier solo que tu aies appris, Taylor ?
Richards, Sympathy For The Devil. Je pense que c’est celui du
live “Get Yer Ya-Ya’s Out”. Je me suis accroché, et puis pour
celui de Taylor aussi, après.
Celui de Richards est structuré, mais celui de Taylor est
plus feeling. Il n’a pas fait deux fois la même chose.
Non, mais tu as beaucoup de plans. Déjà tu apprends l’intro du
solo, ce truc à deux notes que tous les bluesmen connaissent
mais que toi tu découvres, c’est vachement riche. Dans un
solo, c’est vrai que Taylor te met beaucoup de plans, qu’ils
marchent tous bien et qu’ils tombent assez à pique. Le solo de
Sway en studio, quelle merveille !
Quelles sont tes premières reprises stoniennes sur scène ?
Dans le premier répertoire de Téléphone, dès le premier
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Car c’était pendant la Coupe du Monde.
Et j’avais toujours une télé dans les loges. C’était le deal avec
mon tourneur. Je voulais bien tourner, mais je ne voulais pas
rater un match. Pour la finale, on a joué place Delcourt à Lyon,
et c’était une folie. On avait la télé dans la caravane et il y avait
40 000 mecs qui regardaient sur l’écran géant. Et après, on est
arrivé sur scène et on a commencé à jouer. C’était un délire, je
n’avais jamais vu une foule pareille. Et puis c’était moitié
concert, moitié fête. C’est-à-dire que quand on avait fini une
chanson, ils allaient danser, puis ils reprenaient une chanson,
que ce soit “On va boire un coup” ou un morceau que je venais
de faire, c’était génial. Et pendant qu’ils étaient en train de
gueuler, toi tu disais “Allez Zidane !”, et la foule partait en délire, et tu attaquais la chanson. Quelle rigolade ! J’ai un fan-club
sur internet, où ça parle régulièrement des Stones d’ailleurs, et
pendant la tournée, après chaque concert, dans la semaine
qui suivait, tu avais le compte rendu avec les photos. C’était
vraiment fendard, je voyais comment j’étais sapé ce jour là.
Les derniers concerts de la tournée, même dans des salles
pourries, ça sonnait d’enfer parce que les cymbales étaient de
plus en plus fines et avaient un petit écho chiadé. Ce sont des
choses comme ça qui font que ça sonne. Et d’ailleurs le son
des sorties de console des Stones en 73, c’était hallucinant.
L’ingénieur du son était magique. Mais c’est surtout le mix
fabuleux qu’il y a sur ces pirates, c’est monstrueux.
Ton groupe tourne bien.
Oui. Eric, le guitariste est super, le bassiste est d’enfer. Ça joue
de mieux en mieux. Moi je travaille beaucoup tout seul pour
l’instant. Je tâtonne mais de toute façon faut composer
d’abord, donc je compose. Et je vais enregistrer. Pour moi,
c’est la batterie qui est très importante. Mon batteur, c’est un
putain de batteur qui est lunatique, parfois vraiment excellent,
parfois largué, parfois le meilleur sur Terre. J’ai eu ce sentiment
deux ou trois fois, que ça ne pouvait pas être mieux. Et je joue
pour ça, pour ces rares fois où… et je continu avec lui pour ça.
Mais ça le fait, la plupart du temps. Il y a vraiment des
moments où je me dis que même Charlie en 73, ce n’était pas
aussi chaud. Sur scène c’était tranquille, j’avais ma table de
mixage avec tous les effets, donc j’arrivais et ça sonnait déjà
presque comme un disque à la sortie. Et suivant les salles, je
retouchais un tout petit truc, et plus ça allait, plus je fignolais.
On ose. Est-ce qu’un jour quand même…
On va se reformer ? Est-ce que je reformerai les Stones (rires) ?
L’affiche du
premier concert
de Téléphone et
la couverture du
Rolling Stones
Songbook dont
elle s’inspire.
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Stones News Avril 1999
Tu as des pirates de l’époque Taylor ?
J’avais Bruxelles. Ah, c’était riche, ça jouait ! A cette époque,
c’était béni ! Jamais un groupe de rock n’a joué comme ça sur
scène. Pour moi, c’est le sommet musical du rock sur scène.
quand j’ai rencontré Jean-Louis, je ne me suis pas dit qu’il ressemblait à Jagger. Il avait une bonne gueule, de grands cheveux, et moi je ne m’étais jamais rendu compte que je ressemblait à Richards. Mais en fait si tu regardes bien il y a un peu de
ça: Jean-Louis a une grande bouche, moi je suis maigre et
brun. Ça m’a fait marrer. Ça dépendait de ce qu’on disait, si on
nous encensait en même temps, ça allait bien, mais si on nous
démolissait, ça n’allait pas.
Auteuil 1982
Une comparaison pareille, ce n’est pas fait pour démolir.
Non, mais la première fois que Manœuvre a écrit sur nous, il a
dit que nous n’étions rien que des sous Stones. Et six mois
plus tard, on l’a revu, il s’est excusé et il nous a encensé à partir de ce jour là. Je l’avais rencontré au Bus Palladium, et on a
fait le bœuf. Il ne savait pas jouer, j’étais gentil, je l’encourageais. Je ne savais pas que c’était lui, mais lui il avait su qui
j’étais et du coup il s’est dit qu’il y avait quand même de bons
musiciens dans Téléphone. J’aime bien le fait que ce soit un
peu rock’n’roll sa manière d’écrire. C’est du mythe, il écrit du
mythe, et ça a un côté rigolo. Il y en a d’autres qui écrivent
bien, un mec comme Sacha Reins, quand il te parle des
Stones, c’est pareil mais plus sobre, et pour des mecs qui
aiment vraiment ça, c’est sûrement plus intéressant.
On revient à toi, ton actualité.
J’ai mon disque que je prépare tranquillement.
C’est prévu pour quand ?
Ah, je ne sais pas. Quand c’est fini !
On a l’impression qu’il y a un peu d’aigreur par rapport au
passé, non ?
Il y a beaucoup de contentement quand même, parce qu’on
s’est bien amusé. Je ne sais pas s’il y a de l’aigreur par rapport
à la rupture. Tu sais, tu as des rêves à 14 berges, et donc tu
mets tout en œuvre pour avoir une chance d’y arriver. Et je me
suis retrouvé avec Téléphone qui me correspondait pas mal,
qui avait pas mal répondu à mon rêve. Et puis je crois que tu en
veux toujours plus, parfaire le rêve de plus en plus, et sur la voie
de la perfection, il y avait la rupture. Et c’est comme ça. Alors je
ne sais pas si c’est “plus parfait” maintenant qu’avant, mais ça
fait partie du processus. Je ne pouvais pas m’imaginer 10 ans
après avec les mêmes mecs, vue la façon dont ils avançaient
chacun. Non, ce n’était pas en phase avec moi et je ne sais pas
pourquoi. D’ailleurs je ne veux même pas savoir pourquoi, mais
c’était de moins en moins la même musique, c’était de moins
en moins le même rythme, c’était moins marrant. A un moment,
ça a été trop loin. Tu peux aller avec Higelin, ça fait une rencontre, juste une rencontre; tu ne continues pas, tu ne signes
pas encore pour 20 ans. Et puis je pensais arrêter. Et un jour j’y
pensais trop. Je me suis dit qu’il n’y avait pas d’heure pour les
braves, j’ai foncé. Je me disais aussi que si je faisais trop traîner,
si j’attendais trop, je ne pourrais plus le faire. C’est ce qui est
arrivé aux Stones. Ils ont essayé, mais ils n’ont pas pu parce
qu’il était trop tard. Parce qu’ils ne pouvaient pas se permettre,
à leur niveau, de descendre si bas. Ils ont été tellement loin en
tant que Stones que… Je me mets à la place de Jagger: se
retrouver devant 1200 personnes qui viennent le voir en solo en
disant que c’est mieux les Stones… Tomber de si haut c’est
encore plus difficile pour lui que pour moi. Quand tu as 30 où
35 ans, c’est plus facile de relancer un truc que quand tu en as
45. A 45 tu es trop lucide pour faire une chose pareille. Alors
que moi j’ai dû arrêter vers 33 ou 34 ans. On a le droit de dire
que ce n’est pas bien que Téléphone se soit arrêté. On peut, je
comprends, dire que Jean-Louis au niveau des paroles était
très bien. Je faisais les riffs, il faisait les textes et c’était vachement bien et même au niveau de la scène. Ses compos et mon
côté rock, ça se mélangeait bien. Dire que Jean-Louis a perdu
ce côté là et que moi j’ai perdu ses textes et son côté scénique,
oui je comprends. Mais ce n’était pas mon destin.
Le premier disque de Téléphone, Hygiaphone/Métro5…
Il n’est pas sorti en magasin. Il n’y avait pas de photo, on avait
demandé une pochette blanche, et on avait notre tampon. On
le vendait à la fin des concerts et à chaque fois on mettait le
tampon et on signait éventuellement. Il était fait sur place et il
valait 5 balles ! La plupart des gens qui venait au concert
l’achetait et ça a commencé à circuler comme ça. On avait un
deal avec Tapioca, il en faisait 1000 pour nous et en échange il
avait le droit de le distribuer. Et donc, il a fait
sa pochette. Et on lui en a redemandé 1000.
C’était le deal parce qu’il avait loué un
mobile pour nous enregistrer. Il voulait nous
signer, mais on ne voulait pas encore, sauf
pour ce truc là.
Et l’après Téléphone. La suite.
La suite, ça dépend des moments. Il y a des moments durs. La
suite juste après, c’était un peu délicat parce qu’on ne pouvait
pas s’empêcher de me parler de Téléphone, ce n’était que ça.
Et j’étais bien conscient que mon truc n’arrivait pas à la cheville
de Téléphone. Maintenant je suis revenu de plus en plus dans
ce que je sais faire, guitares électriques, amplis rock, batterie,
basse et basta.
… et sèche !
Ouais, il y a la sèche aussi. Mais je n’ai pas encore trouver une
bonne électro-acoustique, j’ai beaucoup de mal. Quand je suis
“Ron Wood ne trahit pas le
style des Stones mais il
n’apporte pas grand chose.”
L’affiche de votre premier concert reprenait une couverture de songbook des
Stones. Qui a eu l’idée ?
Je crois que c’est moi. J’avais ramené le songbook
d’Amsterdam. Et l’affiche, c’était fait tout connement, il n’y
avait même pas d’ordinateur à cette époque, mais je faisais de
la photo, j’avais un agrandisseur. Ça a été fait comme ça.
Au moins tu sais ce que tu viens écouter quand tu vois cette affiche.
Oui si tu connais bien, mais peu de gens connaissaient. Peu
de gens qui sont venus au premier concert connaissaient ça.
Et on n’avait pas de nom ce jour là, c’était juste un point d’exclamation.
La comparaison, bien plus tard, Téléphone/Stones, Jean
Louis/Jagger, toi/Richards, tu en penses quoi ?
Ça me fait marrer. J’ai été étonné que ça ne vienne pas plus
tôt. De toute façon, j’adorais les Stones, mais c’est vrai que
chez moi, l’Hummingbird avec des cordes neuves, ça c’est de
la sèche. Mais, quand tu arrives sur scène, c’est un peu merdique. Quand j’enregistre avec elle, en passant par ce micro (un
Seinnheiser), avec un préampli qui rentre dans le Mac, ça vaut
presque le Studer6. Le Studer, c’est avec ça qu’ont été enregistrés “Let It Bleed” et “Let It Be”. C’est une merveille ! Tu prends
l’Hummingbird, tu fais un Sol et tu crois entendre la suite de
Wild Horses, ou Angie, si tu fais un La mineur ! J’aimerais tellement avoir une bonne électro-acoustique pour que ça sonne
vraiment sur scène. La Takamine est maigre, la Gibson, pas
brillante, alors c’est un choix entre les deux. Soit tu en as une
qui est brillante et maigre, soit tu en as une qui a du corps et qui
n’est pas brillante. Alors que l’Hummingbird, elle a du corps et
elle est brillante. Mais elle n’est pas électro-acoustique !
C’est dingue ta folie pour les SG ! Il y a d’autres sons fabu-
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dès qu’il joue une note, dès
qu’il monte, dès qu’il part en
solo, et avec le slide encore
plus. Le solo de Love In Vain…
Les notes sont merveilleusement trouvées mais il y a aussi
le jeu, le vibrato qu’il a au slide… Quelques fois, tu ne sais
même pas s’il est au slide ou
aux doigts. Il mélange tout. Il
vibre tellement aux doigts et il a
un slide tellement maîtrisé que
tu ne sais pas ce qu’il fait. Il a
un truc merveilleux au slide et il
a appris à vibrer de la même
façon aux doigts. C’est splendide. Dans le genre du mec qui
est capable de tuer avec une
note, il est dans les 3 premiers !
On en revient toujours à
Taylor, c’est ça les Stones ?
C’est là où ils ont été au dessus du lot.
leux pourtant !
J’aime bien les autres grattes aussi mais je reviens toujours à
celle-là. Elle me surprend à chaque fois. Tu vois, quand je me
mets sur une Strat’ ou une Télé ou une Les Paul, je joue et je
me dis que cette guitare est très bien, et je vais beaucoup jouer
dessus. Je vais trouver des nouveaux trucs et je vais penser
qu’il n’y a que sur celle-là que ça sonnera bien. Et puis je
reprends la SG, par hasard, et je refais le même truc, et ça sonne encore mieux ! Tout sonne bien là-dessus ! Tu ne la mets
pas fort, elle est très brillante, très jolie, et tu la mets à fond, tu
décrasses. Sur l’AC 30, c’est LE son. J’adore ce son. Je suis
sûr que c’est par rapport à mes idoles. Je trouve que c’est un
peu un mélange entre Keith Richards et Jimi Hendrix.
Townshend aussi c’est la SG, et ça vient peut-être de lui.
J’aime bien cette forme. C’est aussi une question de poids,
Townshend est maigre comme moi, et c’est la guitare la plus
légère que je connaisse. Je ne la sens pas.
A l’époque de Téléphone tu disais que tu avais acheté la SG
Standard parce que tu voulais un son un peu plus brillant.
Et en fin de concert, pour les derniers morceaux, tu reprenais l’ancienne. Jusqu’au moment où finalement, la fin du
concert démarrait au deuxième morceau, avec la SG !
Ouais, c’est comme de monter l’ampli. Je me suis toujours permis 3 ou 4 sur le Vox, et puis le dernier morceau: 10. Et plus ça
allait, plus ça montait, mais ça, c’est vraiment au fil des années.
Et maintenant, je commence à 10. Et c’est mieux dès le départ !
Taylor est le champion du bidouillage d’ampli sur scène, il
ne trouve jamais ses réglages, et en général il craque, passe le doigt en dessous de la rampe et met tout à fond. Il est
spécial.
Il manque vraiment d’un dirigeant dans sa tête, d’un leader
d’opinion dans sa tronche. Il donne tout le temps l’impression
que c’est n’importe quoi. Et il a tellement de talent que c’est
vraiment dommage. Ce phrasé qu’il a avec ses pognes
énormes, c’est hallucinant. C’est un oiseau. Ça plane toujours,
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Alors que penses-tu de leurs albums studio ?
Et bien, je trouve totalement magique “Beggars Banquet”,
mais même “Between The Buttons”, “Let It Bleed”, et “Sticky
Fingers”. Surtout “Let It Bleed”. Tout a été pratiquement gardé
sur “Sticky Fingers”, en perdant un petit peu. Mais “Let It
Bleed” je trouve que c’est un album studio incroyable. Je trouve que c’est du live en studio d’une propreté incroyable, d’une
précision hallucinante tout du long. Midnight Rambler, c’est un
moment inouï. “Let It Bleed” est un album inouï, même au
niveau de la production, c’est magique, totalement magique.
L’écho à l’envers de You Got The Silver, des trucs comme ça,
sur du blues, c’est extraordinaire.
Et les albums de maintenant ?
Le dernier n’est pas mal. La production n’est pas mal. Mais
bon, ce n’est pas pareil, je n’écoute pas avec la même attention. Il y a beaucoup de choses. Moi ce que j’adore sur “Let It
Bleed”, c’est qu’il y a deux guitares, une basse, une batterie,
une voix, éventuellement une percu et ça te troue le cul !
“Stripped” ?
Je n’ai pas accroché, ce n’est pas mal mais… bon. Je préfère
les versions originales, de loin. Ce n’est pas comme Led Zep
qui te refait Kashmir, là ça vaut le coup, ça apporte vraiment
quelque chose au morceau original, c’est du live avec tous les
violons, c’est génial. Mais “Stripped”… Je crois que je suis
allergique à Ron Wood. C’est lui qui fait que les autres n’arrivent pas à entendre ce qu’ils font. J’ai un peu expérimenté ça
moi aussi. C’est-à-dire que si tu mets un mec qui entend à peine la moitié des instruments, du coup toi tu n’entends que la
moitié des instruments. Parce qu’il suffit d’un mec qui n’entende pas tout pour que chaque note qu’il fasse soit un parasite.
C’est la version hard de Ron Wood ! Je pense vraiment qu’il
n’est pas capable d’entendre la basse, la batterie, la guitare et
la voix en même temps. Il n’est pas capable d’entendre les
quatre autres. Et donc, ce qu’il fait ça va toujours clasher un
petit peu et à partir du moment où tu as un clash, si tu ne vires
pas le mec instantanément, tu prends l’habitude que ta
musique soit une succession de clash. Ce qui n’était pas du
tout le cas avant qu’il n’arrive. Ça ne choque pas vraiment,
mais pour ce qui est de la création… Là, c’est du bordel tout le
temps. Enfin c’est la version dure, j’ai dit ! Alors du coup comme c’est le bordel, ils ne savent plus où ils
en sont et très vite ils perdent le fil. Et ils se
retrouvent avec une machine qui marche
bien parce qu’il y a du monde et parce qu’ils
savent toujours écrire une chanson. Mais ce
n’est pas la même chose qu’avant. Avant,
Brian Jones se creusait la tête pour trouver
quelque chose de vraiment personnel, il
voulait que chaque chanson ait sa couleur,
et ça marchait. Après, on s’est retrouvé
avec Taylor qui enjolivait le truc, qui faisait qu’un rock était aussi beau qu’une musique classique et qu’un solo de violon. Au
niveau de la créativité, c’était magique. Et puis après, il y a Ron
Wood qui fait que c’est de la cacophonie qui ressemble par
moment à de la musique. Version hard ! Mais c’est une cacophonie gentille parce que c’est des notes de musique et il
connaît les accords de base et fait peu de fausses notes. Je
me souviens d’un jour où on a été comme des chiens: Ron
avait un solo à faire sur “Some Girls”. Moi j’étais quand même
très timide avec lui, par contre lui était très facile d’abord, il parlait facilement, se marrait facilement, et je me suis retrouvé
avec un mec qui avait 10 ans de plus que moi et qui ne savait
absolument pas comment aborder le solo sur Beast Of Burden
ou Just My Imagination, et au bout de deux ou trois prises, je
sentais qu’il était complètement paumé. Alors je lui ai dit qu’il
devrait peut être démarrer plutôt comme ça, et il l’a fait. Et
Jagger et Richards sont aller le voir pour lui dire que le début
était bien, cette fois ! (rires). C’était peut-être la seule fois
depuis qu’il était avec les Stones qu’on lui faisait un compliment. Alors après il est venu me demander la suite, mais ça ne
marchait pas. Et Jagger au bout d’une heure lui a dit d’arrêter,
et c’est Keith qui a fait le solo. Ron, c’est une bonne pâte, c’est
un mec qui n’a pas d’ego, c’est ce qui leur fallait et c’est ça qui
le sauve, évidemment. S’il avait eu une once d’ego, il se serait
fait virer depuis longtemps. Ce choix, je n’ai pas compris. Il y
avait des mecs à dispo, Clapton, ça n’aurait sûrement pas fait
de mal. Mais Wood n’est pas si nul.
Et c’est vrai que quand tu te mets à
chercher un guitariste qui soit à la
fois rock et bon musicien, faut te
lever de bonne heure ! En plus de
ces deux trucs, il faut une personnalité qui mérite d’être en avant sur
scène. A leur place, je n’aurais pas
pris Ron Wood, bien qu’à cette
période de break avec Taylor, ses
albums solo étaient plutôt meilleurs
que ceux des Stones, et on pouvait
donc se dire que c’était le mec qui
leur fallait. Les Stones s’engueulaient beaucoup et Wood était là
pour faire venir Richards, Jagger et
Stewart au studio. Le mec qui assure la survie sans demander de blé !
Voila, c’est le mec qu’il nous faut !
resse peut-être que nous: quelle guitare avais-tu sur le
morceau Dure Limite ?
C’est très souvent la SG. Mais sur certaines chansons, son
énorme, ça veut dire Les Paul Black Beauty. Je l’utilise rarement mais elle sonne gros.
“Taylor apportait le Ciel,
Brian apportait le Diable.
Richards, c’est les Stones”
L’Alnico ou le P90 7 ?
Le P90. Ou peut-être les deux mais je ne crois pas. Le grave
est vraiment très spécial. Il est beau avec les petites barrettes
dessus. Avec cette guitare, je m’étais fait un beau cadeau, je
n’avais jamais eu une guitare aussi chère. A l’époque où on
enregistrait à côté des Stones à EMI, je venais d’acheter la guitare et une petite table de mixage. J’étais aller au studio avec
tout ça et je suis rentré genre 5 heures du matin. En arrivant à
la maison, dans le coffre il y avait juste la table de mixage, pas
la guitare. J’ai commencé à flipper comme un fou parce que
j’étais sûr que de l’avoir sorti du studio. J’habitais dans le 18e
et je suis retourné à Boulogne en brûlant tous les feux et j’ai
retrouvé la guitare sur le trottoir. Je l’avais posée le temps d’aller chercher la table et de la mettre dans le coffre, et je l’avais
oubliée. La voiture a fait une attaque, j’ai coulé une bielle. Ce
jour là, elle est morte !
Propos recueillis par Roland Peyré-Poutou et David Tillier
Bertignac sur Internet: www.multimania.com/bertiliste
Bertignac et Wood sont fous des circuits 24.
Dominique Leforestier, technicien qui tournait avec Téléphone.
3
Bertignac était tête d’affiche et Taylor une des premières parties (!) de ce festival.
4
Bertignac joue sur “Irradié” de Jacques Higelin (76)
5
Enregistré le 8 juin 1977 au Bus Palladium.
6
Magnéto 16 pistes
7
Alnico et P90: respectivement micros grave et aiguë.
1
2
Pour finir, une question qui n’inté-
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