Pas tous les Marocains sont des voleurs

Transcription

Pas tous les Marocains sont des voleurs
Arne Sierens
Pas tous les
Marocains sont
des voleurs
traduit par Monique Nagielkopf
MERCREDI
- salle d’un club de boxe, chaises, table de billard BAMBI - en tenue de boxe, assise, un pied nu HABIB - entre avec un coffret Qu’est-ce qui s’est passé ?
BAMBI Mon pied.
HABIB On va regarder.
- commence à palper son pied ROLAND - entre BAMBI Roland.
ROLAND Bambi.
HABIB Bonjour, commissaire.
ROLAND Brancardier.
Qu’est ce qui c’est passé ?
BAMBI C’est cassé.
HABIB Mais non, une légère foulure
BAMBI Tu dis à Ramon que c’est cassé !
J’ai un match vendredi, c’est trop risqué.
ROLAND Tu chies dans ton pantalon.
BAMBI Mais non ! Ça fait vraiment mal,
c’est une grave foulure !
HABIB Ne cours pas trop dessus, et va montrer ça
au docteur tout à l’heure. - il soigne son pied ROLAND - rit et mets une chaise au milieu -
RAMON - entre avec Fadilah ROLAND La voilà. C’est bon.
BAMBI Ramon, mon pied, ça va très mal
RAMON Sors.
BAMBI M’enfin, je peux pas marcher !
ROLAND - à Ramon qui sort - Merci, hein.
- à Fadilah - Bon, asseyez-vous.
Comment tu t’appelles dèjà ?
FADILAH Fadilah.
ROLAND Ton nom ? !
FADILAH Fadilah.
ROLAND Fadilah Fadilah ? ?
FADILAH Fadilah Boudoudou Guénif Souilamas.
ROLAND Boudoudou.
Où t’étais cet après-midi à 5 heures ?
FADILAH Au C&A.
ROLAND Pour y faire quoi ?
FADILAH J’ai rien fait.
ROLAND Pour y faire quoi ? !
FADILAH Pour y acheter un pantalon, c’est tout.
ROLAND Pour y piquer, oui.
FADILAH Mais non, c’est pas vrai, m’enfin.
ROLAND Pas mentir.
FADILAH Je mens pas.
ROLAND Regarde-moi ! T’as piqué un portefeuille.
FADILAH Mais non, monsieur, j’ai rien fait,
j’ai pas piqué.
ROLAND T’as piqué un portefeuille dans un sac à main !
FADILAH Mais qui dit ça ?
ROLAND C’est moi qui dis ça !
Je te vois près d’une bonne femme.
La femme crie au vol et je te vois courir.
Je te file déjà tout l’après-midi, tu sais ?
Maintenant, vide ton sac.
FADILAH - donne son portefeuille et ses affaires,
dont un livre ROLAND - sort de l’argent de son portefeuille Tu viens de toucher ton chômage.
FADILAH C’est l’argent pour mon loyer.
ROLAND - rit - Pour ton loyer. Mais je le savais.
C’est beaucoup de fric pour quelqu’un qui n’a pas de fric.
FADILAH Je suis pas débile, je pique pas.
ROLAND C’était ta soeur jumelle, alors.
Toi, t’as rien volé ?
FADILAH Non.
ROLAND Bien sur que non.
Pourquoi mon collègue dit que oui, alors ?
FADILAH J’en sais rien, je suis pas votre collègue.
ROLAND C’est amusant ? On va rire un peu ?
- le jette son livre - Islam et Démocratie.
Tu veux pas avouer ?
FADILAH Eh ben, non, j’ai rien fait, monsieur.
ROLAND T’as l’entraînement ?
FADILAH Oui.
ROLAND Moi aussi j’ai boxé.
Ça tu savais pas, hein ? Pas de ton temps. Avant.
FADILAH J’ai mal à la tête.
ROLAND On l’aurait pour moins que ça.
Brancardier, un Aspro pour la demoiselle !
Dis, où t’étais, hier ? Les gens là, Avenue de la Croix,
ils ont attendu une heure et demie.
HABIB On peut pas être partout à la fois.
On peut pas se couper en quatre,
monsieur le commissaire.
ROLAND - à Fadilah - Ici l’autre, une heure et demie.
HABIB - lui donne un Aspro ROLAND - le donne à Fadilah FADILAH Sans eau ??
ROLAND - à Habib - Appelle les pompiers, vite !
HABIB Je peux lui demander quelque chose ?
- à Fadilah - Ta maman, elle s’appelle pas Rachida,
des fois ?
FADILAH Oui.
HABIB Et elle habite Quai de Flandres ?
FADILAH Oui.
HABIB Boudoudou Soulaimais. T’es sa fille.
FADILAH Et alors ?
HABIB Je sais pas si t’es au courant, mais ta maman
est à l’hôpital.
FADILAH Quoi ?
HABIB Elle s’est fait quelque chose au cœur.
FADILAH Quoi ? Quand ça ?
HABIB Dimanche. Une petite attaque, on pense.
BAMBI C’est grave ?
HABIB
Ça, c’est au docteur de le dire.
Nous, on est allé la chercher avec l’ambulance.
On n’a pas pu te prevenir, elle savait pas où tu étais.
En tout cas, elle n’est plus aux urgences, je l’ai vue.
Elle est dans une chambre. On va sûrement la garder
pour voir comment ça évolue.
- à Roland - J’entendais son nom. Je me suis dit :
je vais le lui dire, peut-être qu’elle est pas au courant.
Merci.
ROLAND De rien.
HABIB Elle est chez nous à Saint Jean.
Si tu veux, je peux t’y emmener.
FADILAH Je peux pas, là maintenant.
HABIB C’est comme tu veux.
Allez, salut, Fadilah.
- fait une danse - Fa - di - lah !
J’ai une nièce qui s’appelle comme ça,
Fadilah, en Tunisie.
ROLAND Bravo.
HABIB - à Bambi - Je t’apporte une béquille tout de suite.
- sort -
FADILAH Et quoi maintenant ?
ROLAND Rien, on as fini.
Je vais regarder les entrainements. - sort BAMBI Ramon t’amènera voir ta mère tout à l’heure.
FADILAH - dis rien BAMBI T’as pas dit que t’est partie de la maison.
Tu dors où pour le moment ?
FADILAH - se lève - Qu’est-ce que t’en as à foutre.
Dans la rue !
BAMBI Faut pas aboyer pour ça.
Ce job, c’est réglé. T’as été voir ?
FADILAH Qu’est-ce que vous avez tous ? !
Travailler. travailler, travailler,
comme si c’était une question de vie ou de mort.
D’ailleurs, c’est du ménage
et moi, je veux pas faire de ménages.
Ma mère a fais des ménages pendant trente ans.
Moi, jamais !
BAMBI Excuse-moi.
FADILAH Ce sont mes problèmes !
CYNTHIA - entre - C’était quoi ?
FADILAH Rien. Contrôle de macaques.
BAMBI Elle s’est fait choper.
CYNTHIA Allez.
ASSIA - entre - Payday, girls !
BAMBI Je peux pas.
CYNTHIA Moi non plus.
ASSIA Merde, c’est couru d’avance ici.
Personne n’a jamais un franc.
Faut toujours tout répéter mille fois.
- à Fadilah - Toi, faut même pas demander.
FADILAH Je vais me prendre une douche.
BAMBI Touche pas à mon shampoing.
FADILAH Je t’en achèterai dix boîtes
pour ton anniversaire. - sort BAMBI Va te faire foutre.
Y a des limites à ma bon coeur.
Cynthia? Comment ça va avec Giovanni ?
ASSIA Ouais, comment ça va avec ton Ramazotti ?
CYNTHIA Ça fait un mois aujourd’hui qu’on est ensemble.
BAMBI - goguenarde - Déjà un mois ? Si long ?
CYNTHIA Ce matin, j’étais au lit, toute nue, j’ouvre les yeux BAMBI Et sa quéquette tombe par terre.
CYNTHIA - partout où je regarde dans ma chambre :
des géraniums !
ASSIA Ça c’est minouche.
CYNTHIA Cette nuit pendant que je dormais,
il a mis ça autour de notre lit :
cent cinquante géraniums rouges.
BAMBI Cent cinquante ? Et maintenant, faut arroser tout ça
ASSIA Bambi, t’es vraiment pas romantique.
CYNTHIA C’est vrai il travaille chez un fleuriste.
Mais quand même.
Et j’ai même reçu un grand nounours en peluche,
avec un petit coeur dessus.
BAMBI Un nid à poussière en plus.
ASSIA Oh Cynthia, tu me le donnes pour ma collection.
CYNTHIA Et ce soir je peux pas rentrer avant sept heures.
BAMBI Houla ! Il est occupé avec une autre.
CYNTHIA Haha.
ASSIA Qu’est-ce qu’il aura bien fait ?
CYNTHIA C’est une surprise.
BAMBI Il a mis cent cinquante géraniums dans le living,
je pense.
CYNTHIA Il allait cuisiner.
BAMBI Il sait même cuisiner ? !
ASSIA Homard et champagne.
CYNTHIA J’ai pris le bon, mes filles.
C’est le meilleur que j’ai jamais eu.
Il était temps.
BAMBI Il était temps, ça c’est vrai.
CYNTHIA Toi, fausse blonde, tu la fermes.
BAMBI Dis, tu n’as pas dit qu’il travaille chez un fleuriste,
Giovanni ? Je savais pas, moi.
ASSIA Moi non plus, je savais pas.
CYNTHIA Oui, il travaille depuis un bout de temps.
BAMBI On me dis jamais rien à moi.
CYNTHIA Mais il étudie, pour son examen
aux chemins de fer.
BAMBI Holà, de fleuriste à machiniste, florissante carrière.
CYNTHIA C’est pas un con, miss anorexie.
BAMBI Pour une fois, miss grand trou.
CYNTHIA Si on parlait de toi pour changer,
succeuse de bite ? !
BAMBI Quoi, baisseuse de cheveaux ?
ASSIA Oui !
CYNTHIA Ça se voit même avec les yeux dans les poches.
Coach-icou par ici, coach-icou par là.
Dans la douche. « Oh Ramon. Oh Ramon. Ramon. »
RAMON - entre BAMBI Bonjour, Ramon.
CYNTHIA - devient rouge comme une tomate RAMON Où est Fadilah ?
ASSIA Dans la douche.
BAMBI En train de se laver les cheveux avec mon shampoing.
Coach, je vais pas pouvoir me battre vendredi.
RAMON - l’aide à dégrafer son soutine-gorge BAMBI - aux filles - Maintenant faut qu’il me chouchoute
toute la semaine.
ROLAND - entre - Allez, il est ici maintenant ?
- voit Bambi - Pardon.
Il est ici ? Comment qu’il s’appelle, déjà ?
RAMON Qui ?
ROLAND Le type-là, avec ses cheveux.
JAMAAL - entre avec un oud RAMON Jamaal.
ROLAND Jamaal, voilà. Allez, il est dans ton club ?
Il était quand même au Capitole, non ?
Bon petit boxeur. Joli style.
RAMON Style un peu trop fantaisiste.
Quand l’adversaire ne vient pas assez vite,
môssieu s’ennuie et joue le clown.
ROLAND Emmerder l’adversaire, c’est aussi une technique.
RAMON Il fait le show, il rit, il regarde les filles.
HOP, plus de défense, et PAF, tu encaisses.
- prend le oud de Jamaal ROLAND On parle de ton style.
JAMAAL Style Foreman.
RAMON Style Foreman ? Style grand con, oui !
Tu n’es pas Foreman. Lui, il sait encaisser.
C’est un taureau, une bête. Toi, tu reçois
un coup comme ça et t’es mort.
ROLAND Il avait des ‘bisbilles’ au Capitole ?
T’avais des bisbilles avec Armand ?
JAMAAL C’est un connard.
ROLAND Pardon ?
JAMAAL C’est un sale connard !
RAMON À l’aise, toi.
ROLAND Oui, c’est pas du billard, Armand.
Sale caractère.
BAMBI Ouh ! Çui-là.
ROLAND C’est mieux ici, hein ?
BAMBI Vive le Sparta.
ROLAND Tu as travaillé son gauche ?
Son point faible, hein.
RAMON - à Jamaal - Allez, montre.
JAMAAL - qui n’a pas envie - Non.
ROLAND Oui, mais dis, c’est important.
Les séries. Gauche. Droite.
- se bat un avec Ramon et se fait mal à l’épaule Aaah.
FADILAH - entre - La douche est libre.
CYNTHIA C’est à moi !
- attrape une serviette et s’encourt JAMAAL - reprend le oud et s’installe sur le billard RAMON Roland ? Tu viens avec nous vendredi ?
Au championnat à Charleroi. Ça fait longtemps...
ROLAND Quand ?
RAMON Vendredi. C’est des beaux matchs.
ROLAND Vendredi ? Je dois travailler.
RAMON J’ai besoin de tes conseils.
ROLAND - hésite - Je verrai.
Tu vois encore tes enfants ?
Moi, je les ai vus, tous les cinq.
Dans la rue, complètement nus. Salut !
- se dirige vers la porte JAMAAL - à Fadilah - Qu’est ce qu’il voulait, le sale flic ?
ROLAND - à la porte - Je t’ai entendu, mon pote.
RAMON - fout une torgnole à Jamaal Un peu de respect, hein.
Roland a été champion de Belgique.
JAMAAL En 39.
RAMON - fait signe à Jamaal de faire attention Assia, viens.
BAMBI Coach, pendant que j’y pense !
Vous m’écoutez, les mecs ?
Bon, pour la journée portes ouvertes de dimanche,
j’ai téléphoné à Freddy et ça se pourrait bien qu’il vienne.
ASSIA Chouette !
JAMAAL Qui ?
BAMBI Freddy Dekerpel.
ASSIA Champion d’Europe.
RAMON - à Roland - C’est pas notre ami.
ROLAND Le salaud. Je me casse. - sort BAMBI Ça ferait une bonne pub.
RAMON Pourquoi ?
BAMBI Avec un journaliste.
Toi, avec Freddy et l’échevin des sports,
ta photo dans le journal.
RAMON L’échevin?
La ville fait beaucoup pour la boxe. Zéro !
BAMBI C’est important.
ASSIA Coach, même si ça ne nous rapporte
que deux membres, on en a drôlement besoin,
on a perdu notre sponsor.
RAMON Qui ?
BAMBI Jean Saucisse !
ASSIA La boucherie Jean.
JAMAAL Jean Halouf.
RAMON Merde.
ASSIA Il a arrêté, il a pris sa retraite.
C’était que trois mille par mois. Mais bon.
Moi, je vote pour l’idée de Bambi.
BAMBI Moi aussi.
ASSIA Des cours de Taï-bo. Bambi et moi veulent donner ça,
fois par semaine.
BAMBI Allez coach !
RAMON C’est pas un cirque ici, on est un club de sport !
Allez, Assia, viens. - sort avec Assia BAMBI On m’écoute jamais ici !
Ce club, il aurait pu être drôlement plus loin !
- va vers le billard et essaie de le soulever JAMAAL - joue de l’oud HABIB - entre avec une béquille - Salam.
JAMAAL Salam. Bonjour, docteur.
HABIB Presque docteur. Disons, que j’ai fait des études
de docteur, mais pas jusqu’au bout.
Alors ça va, mon prince ?
JAMAAL A l’aise.
deux
HABIB Dis ! Ta soeur vient d’accoucher.
Tu deviens papa.
JAMAAL Ha ha ha.
HABIB Alors, qu’est ce que tu fais de bien dans la vie ?
JAMAAL Je fous rien.
HABIB Et ton père ? Et ta soeur, ça va ?
JAMAAL Ils foutent rien.
HABIB Et ton grand frère ?
JAMAAL Lui, il a un job.
HABIB Ah bon ?
JAMAAL Il fait attention que les murs de la rue
ne tombent pas.
HABIB Quelle famille ! Il faut bouger, putain.
Dans la vie c’est comme ça.
Pourquoi tu ne vas plus à l’école ?
JAMAAL Pourquoi faire ?
HABIB Ah, c’est plein de filles.
JAMAAL Dans la rue aussi, c’est plein.
HABIB Dans la rue, c’est pas pareil.
JAMAAL Ah non ?
HABIB Non. Dans ton quartier, on rencontre que des filles
avec des moustaches !
JAMAAL Ouais, comme ta soeur.
HABIB - se met derrière Jamaal et joue de l’oud
par-dessus son épaule -
JAMAAL Allez, Boudoudou.
FADILAH - danse BAMBI - part - Olé !
CYNTHIA - entre - La douche est libre.
JAMAAL C’est à moi. - sort HABIB - crie - Frotte bien ton cul, pédé !
FADILAH - allume une cigarette HABIB Tu fumes ?
FADILAH J’ai le cancer de toute façon.
HABIB C’est du beau, un boxeur qui fume.
FADILAH - pointe du doigt - T’as du sang sur toi.
HABIB C’est possible.
FADILAH Tu manges assez, toi ?
HABIB Pourquoi ?
FADILAH T’as plutôt mauvaise mine.
HABIB - s’approche d’elle Les derniers temps, rien que des arrêts de cœur.
Jamais quelqu’un qui a bêtement du mal à respirer
ou qui s’est cassé une jambe, du normal, non
faut toujours qu’ils meurent illico.
Ça ou des bobos, rien entre les deux.
FADILAH La galère.
HABIB Mais il y a des jours où on est dieu,
WHAM, les fleurs vous tombent des poches,
on a tout un orchestre dans la tête,
pendant des jours on se sent super bien.
Et alors tout d’un coup, CRAC,
tout ce que tu fais, tu le fais de travers.
Tu branches un tube, tu le branches de travers,
tu trouves pas une seule veine,
tu sais plus où te fourrer de misère.
Et personne à qui faire porter le chapeau.
FADILAH C’est pas simple.
HABIB De temps en temps,
une petite semaine de vacances, ça aide.
FADILAH C’est vrai.
HABIB Une petite semaine à la plage.
Mais sinon, moi je l’aime bien, mon travail.
FADILAH C’est important.
RAMON - entre - Fadilah ? Je t’attends. - sort CYNTHIA Voler, en Irak, on coupe la main pour ça.
FADILAH - s’en va HABIB Ta maman dit que tu est très forte.
FADILAH - en regardant Cynthia - Très forte. - sort HABIB L’oublie pas, hein, ta maman.
CYNTHIA C’est comme ça, hein ?
HABIB - sort CYNTHIA P’tite chieuse.
- elle s’habille très belle, mets du rouge à lèvre,
parfum, boucles à l’oreille et sort
VENDREDI
- noir RAMON - entre, regarde et sort - le néon au-dessus du billard commence à clignoter - M - “Van Morrisson”
RAMON - revient et assène quelques coups à la lampe,
qui se remet à brûler normalement, il nettoie le tableau, joue
avec les balles et fume une cigarette, puis se met adossé au mur JAMAAL - entre avec son sac - Bonjour, coach.
Nerveux ?
RAMON Pourquoi ?
JAMAAL Pour ce soir.
RAMON Non.
JAMAAL Coach, on va gagner.
ASSIA - entre avec une nappe en toile cirée et un casier,
étale une toilé cirée sur le billard et commence à
preparer des
tartines JAMAAL Coach, mets-moi au défi
Je veux passer pro, je veux y arriver en 6 mois,
mon premier combat professionnel.
Toi, demande une licence pour moi.
RAMON C’est trop tôt.
JAMAAL Coach, je me fais chier.
Je veux aller à Amsterdam. A Paris.
Je veux devenir champion d’Europe !
Pourquoi tu m’inscris pas?
RAMON Je t’ai déjà dit, on doit être invité.
On nous connaît pas, on nous invite pas,
on est un petit club.
JAMAAL - faché - J’arriverai nulle part comme ça.
J’avance pas, je fais du sur place,
je crève la gueule ouverte.
Coach, toi, t’as été en Amérique, à Las Vegas.
Moi, moi , j’ai encore été nulle part.
RAMON Tu veux te battre contre un grand Sénégalais ?
JAMAAL Oui.
RAMON Un coup de téléphone et c’est réglé.
Payé. Pour quoi faire ?
JAMAAL Pour gagner.
RAMON Pour gagner, oui, pas pour perdre.
Allez, je suis le grand Sénégalais.
Je suis là, viens, frappe, frappe.
- ils se battent JAMAAL - arrête - Je l’assomme.
RAMON Non.
JAMAAL Je suis fort, j’ai une bonne technique.
RAMON Ta défense ne vaut rien.
JAMAAL Mais si.
RAMON On va te faire mal, Jamaal.
JAMAAL Faut que j’apprenne.
RAMON On va te démolir !
JAMAAL Je sais incasser !
- reçoit un coup fort dans l’estomac CYNTHIA - entre - Bonjour coach. Qu’est ce qui ce passe ?
RAMON Je lui dis qu’il n’est pas prêt.
CYNTHIA Moi je suis prêt.
Moi, je suis ta championne, hein, coach.
JAMAAL Il veux pas être fier de moi.
FADILAH & BAMBI - entrées, tout le monde se saluent RAMON Tout le monde s’échauffe !
- à Cynthia - Viens, sur la balance.
Assia, ramassez le bazar !
ASSIA J’ai que deux mains, coach.
RAMON Hé, les gars, on part dans deux heures !
- pointe à Cynthia - Viens. - sort BAMBI Hé, la baleine, comment ça va avec tes fleurs ?
CYNTHIA Toi moustique, comment ça va avec ta fleur ?
Hier soir de nouveau - hein Assia ? - dans le bureau:
“Oh Ramon, Ramon, plus fort, plus profond !”
- voit Habib qui entre - Pardon. - sort HABIB Salam Aleikoum
BAMBI Salami.
HABIB Bonjour, mes princesses.
Il y a des blessés ? Docteur Maboul, à votre service !
- prends une tartine ASSIA Touche pas !
HABIB Ecoute un peu ça !
Hier, j’attends au feu rouge, j’avais mon oud avec.
BAMBI Quoi oud ?
HABIB Mon luth arabe. La guitare avec ce bras là.
Un type arrive au galop - BAF ! - contre mon oud.
Le bras cassé. Il continue, moi je lui file le train,
je l’arrête, je lui dis - poliment- : Monsieur,
vous ne l’avez pas fait exprès,
mais vous avez cassé mon instrument.
Le v’là qui se met à flipper : « Vous m'agressez !
Vous n’avez pas à m’agresser ! » Et d’un coup :
« Il y a un Marocain qui m’agresse ! »
J’ai vraiment dû me retenir, j’allais lui rentrer dedans.
Bon, on appelle les flics, lui, directement vers eux :
« Monsieur, faut pas le croire, ce singe là avec sa guitare
contre mon genou. Maintenant, j’ai mal
au genou. » C’était tout de ma faute.
J’en tremblais de rage, le culot.
Ce matin, je prends le tram, je veux payer,
je donne un billet. « J’ai pas de monnaie.
On est pas une banque. Allez, descends, mocheté. »
C’est quand-même grave.
FADILAH Le pire, c’est pas ces vieilles mémés
qui traversent la rue en serrant leur sac
quand elles vous voient mais c’est que, merde,
on se sent obbligé de traverser la rue nous-mêmes
pour ne pas les rencontrer, ces mémés !
BAMBI C’est l’heure de l’émission “ S.O.S. Marocains” ?
Z’êtes pas deux minutes ensemble que vous remettez ça.
FADILAH La peau est là, ma fille.
Et si tu l’oublies, ils sont des milliers à te le rappeler.
Allez, Assia, toutes les Marocaines qu’on connais
de la première à la dernière, on fait tout
pour être normale, ce que vous trouvez normal.
On fait tout pour plaire à tout le monde.
Plaire à tout le monde, c’est pas possible !
BAMBI Tu sais quoi ? Écris-le en grosses lettres
sur ton T-shirt : JE SUIS MAROCAINE.
PAUVRE DE MOI ! ET C’EST DE TA FAUTE.
FADILAH À la fin, on se sent juste comme une galette
qu’on glisse dans un four trop chaud.
BAMBI - jette de l’eau dans sa figure -
Ta moustache est en feu ! - sort TOUS Héla !
JAMAAL Bambi a raison.
HABIB Elle a raison ? ? Qu’est-ce que tu racontes !
Hechterki !
JAMAAL On doit être positif.
On doit arrêter de se plaindre tout le temps.
HABIB Mais on dit la vérité.
JAMAAL Dire la vérité toujours, ça va pas arranger
nos problèmes.
HABIB Quand tu veux aller sortir, quand tu veux aller danser,
dès qu’il voit ta tête : igoulouk la memnou’ha.
JAMAAL Ça, c’est leur problème.
FADILAH Saffi saffi shat. Blah ma dabzou.
HABIB On nous voit comme des voleurs, des violeurs !
JAMAAL C’est à nous d’être plus forts qu’eux !
RAMON - entré, se mêle - Tout dans la camionnette !
- prend un coffre et sort JAMAAL On doit garder notre fierté.
HABIB - à Fadilah - Tu n’es pas allée voir ta maman.
ASSIA T’as pas encore été voir ta mère ?
Si c’était la mienne ... Bon, je vais pas m’en mêler.
- prend les tartines et sort HABIB Ta maman m’as dit, que ça fait deux mois
que tu ne rentres plus à la maison.
FADILAH - brusqueTon père, il est encore avec ta mère ?
HABIB Oui.
FADILAH Pas le mien, il est parti il y a trois ans,
se remarier avec une du pays.
Et t’as des sœurs?
HABIB Une. Et deux frères. Et toi ?
FADILAH Je suis enfant unique.
Ma mère m’a vue à la naissance
et elle a plus voulu d’enfant du coup.
C’est des vrais, ton père et ta mère ?
HABIB Des vrais Tunisiens, ma mère surtout.
FADILAH La mienne c’est une « soupireuse »
une soupireuse certifiée. C’est tout le temps
comme si elle gonflait un ballon
avec un panier dessous pour pouvoir s’envoler
loin d’ici, ou loin de moi, je crois,
c’est toujours du « choema » de la « honte »,
toujours de la « pute ».
Elle a un hangar plein de jérémiades,
toute une encyclopédie,
sur mon caractère, sur mes défauts.
Je pourrais en écrire une sur elle aussi.
M – sur « les murs pourris de notre maison. ».
P – « les plafonds bas de notre maison »
Le F, il déborde : – le F de « Foutue », « Folle à lier » « Froid qu’il
fait ici », « le Fils que tu n’es pas ».
T de « Tu changeras bien d’avis plus tard »
T de « T’as pas le droit » « Tu dois » « Tais-toi »
OU - de « oublie pas ci oublie pas ça » et « où tu vas comme
ça ? »
- raconte J’étais à l’école, on habitait encore Aalst,
c’était une école catholique,
et la prof avait dit qu’on devait
ramener 50 francs pour les missions.
Je ne les avais pas ramenés, je lui ai dit :
« Mon papa est parti, nous n’avons pas d’argent. »
Le lendemain, elle me met au dernier banc de la classe, je vais la
voir, elle me dit :
« Tu ne participes pas, tu ne lèves jamais le doigt,
voilà pourquoi je t’ai mise derrière. »
Les jours suivants, moi le doigt tout le temps en l’air,
elle ne me laisse pas répondre une seule fois,
je vais la voir et je lui dis :
« Je sais bien que c’est pour l’argent. »
- « Aussi longtemps que tu poseras des problèmes,
tu resteras derrière. »
Je raconte l’histoire à un cousin à moi,
il va à l’école et il donne l’argent.
À la fin de la semaine, j’étais de nouveau devant.
J’ai dit : je ne veux plus voir sa tête, à celle-là.
Pour ne plus la voir,
je ne suis plus retournée à l’école.
- pause Tu sais, ma mère ne sait même pas que je boxe ?
Je dis que je vais à un club de femmes, oui.
Et quand elle me demande ce que j’ai fait ?
« Dansé, m’man, et appris à faire du brik à l’œuf. »
HABIB Tu ne peux pas lui dire ?
FADILAH Ta sœur porte le foulard ?
HABIB Non, oui, mes parents le veulent,
mais elle sort de la maison avec son foulard
et elle l’enlève derrière le coin.
FADILAH Mes tantes, constamment :
« Quand est-ce que tu vas porter le foulard? »
C’est quand même plus important que je boxe,
que je ne prenne pas de drogues, mais non :
« Quand est-ce que tu vas porter le foulard? »
Les foulards, ça fait grossir.
...Je sais bien que je devrais y aller, voir ma mère,
mais c’est moche à dire,
j’ai l’impression que c’est de nouveau un de ses trucs
cette histoire de maladie.
HABIB Va la voir.
Qui sait combien de temps il lui reste à vivre ?
FADILAH Jamaal, t’as vu la semaine dernière ?
Cette fille à la télé ?
Une Algérienne, je crois,
elle portait une mini-jupe et des bottes comme ça,
et était là avec sa cigarette,
chez elle, avec ses sœurs et sa mère,
d’une façon, mais alors totalement forcée,
pas naturelle du tout, comme si elle et sa famille
voulaient prouver qu’ils étaient intégrés. – dégoûtant.
... Habib, t’es venu chez nous.
Tu vois ces buildings. Plafonds bas, murs pourris.
Ça me fais vomir, j’en deviens mongolienne !
HABIB Tu dois aller la voir. Qui sait combien de temps,
il lui reste, à ta maman ?
- lui donne un tube qui fait du bruit - Tiens.
FADILAH Merci.
HABIB De rien.
- il montre comment ça fonctionne FADILAH - rit, le regarde HABIB Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
FADILAH Amaai ! T’en as des petits pieds.
HABIB Mieux ça que grands, minces et bêtes.
Je sais courir très vite, on m’as même demandé
pour les jeux olympiques. Ça tu savais pas ?
FADILAH - rit, puis lui redonne la tube HABIB Tu le veux pas ?
FADILAH Casse-toi.
T’as choisi la pire, mon vieux.
HABIB Jamais de chance.
FADILAH Faut que je commence à me concentrer.
HABIB Tu veux pas mon numéro, non?
FADILAH Non.
HABIB Je me casse.
- à Jamaal - Au revoir, mon prince !
JAMAAL Ou tu vas ?
HABIB Ou je vais ? Baiser ta soeur !
Bonne chance à Charleroi.
- regarde sa montre - Je suis en retard.
Je suis toujours en retard. Mektoub. - sors JAMAAL - prend une serviette, la met le sur le sol,
s’agenouille et se met à prier - longue silence FADILAH Jamaal, qu’est-ce que t’en penses ?
Toi et moi, si on travailait ensemble ?
Moi, je pique et toi tu te tailles avec, et on partage.
La rue est à nous.
- pense - Laisse tomber, j’ai rien dit.
- M - “Let’s get loud” Jennifer Lopez
BAMBI & CYNTHIA & ASSIA - entrent et dansent ROLAND - entre et regarde RAMON - entre et siffle - Héla, les filles !
Repos ! On a un championnat ce soir !
RAMON Ah Roland, tu viens quand même avec nous ?
ROLAND Bien sûr.
RAMON - sort FADILAH Tu me colles au cul ou quoi ?
ROLAND Qu’est-ce qu’il y a ?
FADILAH Mettons que t’es un génie,
tu vas changer le monde, mais il faut aller
contre la loi pour ça. Faut t’en tenir à la loi,
retourner dans ton coin et tout laisser tomber ?
Non, moi je trouve qu’il faut désobéir,
qu’il faut se foutre de la loi.
ROLAND Attends.
Qui décide que cette personne est géniale ?
FADILAH Cette personne en question.
ROLAND Sur base de quoi ?
FADILAH Sur la base de sa conscience.
BAMBI Bonne base...
ROLAND T’en connais des gens qui se trouvent pas
supérieurs et différents au reste ?
On se trouve tous génial.
FADILAH Moi je parle des savants, des prix Nobel,
des saints, aussi BAMBI Et sainte en plus...
FADILAH - qui vont faire des choses dans l’intérêt
de la société.
BAMBI Dans l’intérêt de la société...
Allez, elle va changer le monde,
dans l’intérêt de la sociéte,
en volant, ça risque pas de rater.
- éclate - Et les voleurs ?
C’est dans l’intérêt de la société aussi, ça ?
Va foutre le feu au Macdo tant que t’y es
dans l’intérêt
de la société !
FADILAH Peut-être bien que je devrais le faire !
BAMBI Et la ramener à la télé, avec une cagoule sur la figure :
« Et moi et moi et moi et moi » Et raconter
que c’est pour aider les ouvriers.
FADILAH Au moins on fait quelque chose !
BAMBI Ces gens, y z’ont perdu leur travail, oui !
JAMAAL Taz ! - sort ROLAND Allez, ça me fait plaisir de voir que les jeunes
encore à la philosophie. - sort -
s’intéressent
CYNTHIA Dis, explique-moi, cinq minutes avec toi
et je déprime, tu te rends compte ?
ASSIA Ma fille, si jamais je te prends à piquer
dans ma boutique, j’appelle les flics vite fait,
ça c’est sur !
FADILAH - sort RAMON - entre - Où est-ce qu’elle va ?
BAMBI Elle va foutre le feu au Macdo.
RAMON On part !
BAMBI On part sans elle.
RAMON Ou on part ensemble ou on part pas !
On est un club ! - sort BAMBI Un club qu’a pas besoin de filles comme ça.
RAMON - pousse Fadilah, son genou en sang, dans l’espace BAMBI Cette pleine de merde avec sa mentalité pourrie.
- sort RAMON Qu’est-ce qu’il y avec toi, Boudoudou?
FADILAH - dit rien -
RAMON Toutes les choses que tu fais.
Qu’est-ce que t’as au genou ?
FADILAH Rien.
RAMON De quoi as tu du fuir cette fois ?
FADILAH - dit rien RAMON T’as déjà pensé aux conséquences.
FADILAH Qu’est-ce que je risque ?
RAMON La maline. Prison, tiens !
- lui fiche une claque FADILAH C’est quoi maintenant ?
Je viens pas avec, j’ai de la fièvre.
RAMON Tu es dans un club, tu viens. Tu m’as entendu ?
- ils sortent -
SAMEDI
JAMAAL - entre, mets les boules sur la table de billard CYNTHIA - entre, embêtée de quelque chose JAMAAL - va au panneau, le nettoye et écrit : P E R D U CYNTHIA Merde.
JAMAAL Pourquoi merde ? T’as gagnée, toi.
- commence à jouer CYNTHIA Je gagne toujours. C’est trop facile.
Jamaal, c’est pas des vrais victoires.
On est que trois dans ma catégorie en Belgique.
Je boxe j’ai une coupe, je boxe encore
et je suis championne.
BAMBI - entre CYNTHIA Jamaal, est-ce que tu te marirais
avec une boxeuse ? Hein ? Avec une femme qui boxe ?
Avec quelqu’un comme moi ?
Ou est-ce que tu préfères une blonde ?
Ou est-ce que Bambi est plutôt ton genre ?
Dis, si tu devais choisir, laquelle de nous deux
tu prends, Jamaal ?
BAMBI Tu peux nous prendre toutes les deux, hein Jamaal ?
Comme ça, tu peux commencer un p’tit harem.
- M - “Music” Madonna
BAMBI & CYNTHIA - commencent à l’embêter,
ça fini qu’ils se mettent à danser sur le billard et jouer
billard sur le sol HABIB - entre avec un carton et un manteau, les mets sur
chaise et sort CYNTHIA - sort une djellaba blanche de la boîte -
une
BAMBI - la prens, l’enfile et joue au fantôme FADILAH - entre en rage et force Bambi à enlever
la djellaba RAMON - entre, suivi par Habib - Arrête !
Tout le monde sort !
- pointé à Bambi, Cynthia et Jamaal pour sortir - touche le bras de Fadilah et sors - la musique s’arrête FADILAH - s’ageneouille avec la boite HABIB - attend et puis sort FADILAH - sort des objets un à un, plie et déplie
inlassablement la
djellaba et finalement l’enfile,
prend le manteau, l’étale sur la table de billard et
s’étend
dessus HABIB - entre avec un verre d’eau, pose la main sur sa tête,
main et donne des bisous dessus ASSIA - entre avec un tablier et une serpillière,
regarde à Fadilah et commence à netoyer FADILAH - boit de l’eau - Eh oui, j’ai tué ma mère.
HABIB Mais non tu n’as pas tuée ta maman.
FADILAH Pas littéralement, imbécile
- prend la boîte, les affaires, le manteau et sort ASSIA Mrajach matet ?
HABIB Ljoum sbah.
ASSIA Skoun y rselha ?
HABIB Mart el imam el sjemeh - sort ASSIA - range tout et passe à la serpillière,
palpe sa
chante « Without you » et sort -
DIMANCHE
BAMBI - entre avec une nappe et des serviettes.
Elle étend la nappe sur le billard.
RAMON - entre en boxeur BAMBI Belle veste, Ramon.
- elle va au tableau et écrit: BIENVENUE ! RAMON Tu croix qu’il va venir ?
BAMBI Freddy ? C’est sûr qu’il vient.
- ils se touchent ASSIA - ouvre une porte et entre RAMON - admiratif - Joli bouquet de chrysanthèmes.
BAMBI Assia, tu me donnes un p’tit coup de main ?
HABIB - entre en sortie de soirée - Salaam Haleikoum !
- il se prend un coup de poing de Ramon qui sort Bonjour, mes princesses, ça va ?
BAMBI Tu viens pour la journée portes ouvertes ?
HABIB Je sais. c’est trop tôt.
Mais je suis toujours en retard,
je me suis dit : « pour une fois, je vais être à l’heure. »
coup, je suis en avance.
BAMBI Assia, allez, on met de côté.
Avant qu’ils piquent tout nos chers Marocains.
ASSIA T’as dit quelque chose ? J’ai rien entendu.
- elle va chercher la planche à repasser HABIB - siffle avec admiration à elle BAMBI Habib, un p’tit coup de main.
Du
HABIB - se frotte les mains - Okay.
JAMAAL - entre - Bonjour, docteur.
HABIB Bonjour, mon prince.
JAMAAL Cynthia, viens.
CYNTHIA - entre, elle a un oeil au beurre noir ASSIA Qu’est-ce qui s’est passé, Cynthia ? !
JAMAAL Tais-toi.
HABIB J’ai vu Giovanni à l’hôpital tout à l’heure.
Tu l’as bien arrangé, le docteur me l’as dit BAMBI Quoi ?
HABIB Quoi ? Son bras cassé en trois endroits,
le menton derrière les oreilles.
BAMBI Qu’est-ce que tu as fait ?
CYNTHIA Il l’a cherché.
BAMBI M’enfin Cynthia !
CYNTHIA Te fous pas de ma gueule !
J’arrête la boxe. Te fous pas de ma gueule !
- s’en va, à Assia qui entre à ce moment Et surtout pas toi ! - se retourne J’arrête la boxe, c’est un sport de merde !
C’est un club de cons, vous êtes tous des cons !
Je rentre à la maison. - sort JAMAAL - la suit - Cynthia, attends !
ASSIA On allait gagner des membres aujourd’hui,
voilà qu’on en perd.
BAMBI Le bienvenue.
ROLAND Ou est la Fadilah ?
BAMBI Elle va surement venir.
Tout le monde peut venir,
c’est le journée porte ouverte quand-même.
Une bière, Roland ?
ROLAND Bof, oui.
BAMBI Habib, va chercher la bière. Infirmière !
- rit avec Assia, commence à construire avec elle
un tour de verres HABIB - sort ROLAND On attends du monde ?
ASSIA Ça ? Deux cent cinquante verres, ça serait assez ?
BAMBI
Freddy vient.
ROLAND Dekerpel.
BAMBI Oui, et la Dernière Heure. Avec un photographe.
C’est moi qui ai tout arrangé.
ROLAND Bravo.
FADILAH - entre, se dirige vers Roland, se retourne,
va vers l’autre côté, comme si elle voulait fuir.
ROLAND Boudoudou.
FADILAH - s’arrête ROLAND Depuis notre affaire du C&A,
Boudoudou, Boudoudou, ça me dit quelque chose.
Ce matin, je me lève, et d'un coup ça me revient :
il y a deux mois, la vieille Marocaine qui vient dire
au bureau qu’on lui a volé 20.000 francs
et une montre en or à sa maison. Je dis :
« On va s’occupper de ça, madame ».
Elle est à peine dehors, qu’elle est de nouveau là:
« Nonnonnon. » Si on voulait tout déchirer.
Pas de plainte ! S'il vous plaît, s'il vous plaît.
Des pleurs et des sanglots.
C'est clair comme de l'eau
hein, pour nous au bureau: la pauvre femme
qui se rend compte d'un coup
que c'est un de ses enfants qui l'a volée.
Elle parlait d’une fille qu’elle avait FADILAH Vous n'avez pas de preuves.
ROLAND Même si j'en avais des preuves, ma fille
voler sa famille en Belgique ce n'est pas contre la loi
si on habite sous le même toit.
... Je peux rien faire.
... À moins que ta mère vienne encore porter plainte.
... Mais oui.
FADILAH Elle est morte.
ROLAND Je l'ai appris.
BAMBI Ta bière, Roland.
HABIB Boudoudou, c’est quoi tout ça .
BAMBI - elle va devant la table - La nappe n’est pas bien !
- prend la veste de Roland - Tu restes, hein ?
ROLAND Un petit peu.
BAMBI - va vers les portes - Ramon ! Ramon !
Il est temps, c’est l’heure.
RAMON - vient là en tenue de boxe BAMBI Je peux ouvrir les portes ?
RAMON Okay.
BAMBI - ouvre les portes - Les portes sont ouvertes !
ROLAND - sort avec Ramon -
CYNTHIA - entre - Cet aprèm,
on est au snack-pita. Chez Nordin. Tout baigne.
Bon, on commande une pita.
Et le voilà qui ouvre sa gueule,
ce que je dois plus faire à partir de maintenant,
ce que j’aurais sûrement pas dû dire à sa sœur,
que je suis une mal élevée, que je sais pas me tenir,
que ça se fait pas, aller au W.C. quand on est à table.
Je me dis: bouche-toi les oreilles, ma fille. Laisse couler.
D’un coup, là devant mon nez, son doigt !!
Attention par-ci. Attention par-là.
J’ai foutu ma pita dans sa tronche.
Lui, il se lève, je lui ai dit: Giovanni, fait pas ça.
m’oblige pas à te cogner, je t’aime,
m’oblige pas à te cogner.
BAMBI Cynthia, toi, t’as le truc de garder un homme !
CYNTHIA Toi, t’es plus ma copine
- s’approche de Fadilah - Tu me connais. - pleure FADILAH C’est un sale spaghetti !
CYNTHIA Mais non. Je l’aime, moi !!!
- pleure de plus en plus fort BAMBI Cynthia !
CYNTHIA - se calme mais se remet bientôt à pleurer
de plus belle BAMBI Cynthia, coupe la sirène !!
CYNTHIA - sanglots BAMBI Cynthia, on attend du monde. Bonne pub.
CYNTHIA - sanglots BAMBI - s’approche - On va te mettre du rouge à lèvres,
des lunettes de soleil, et tu te mets là dans le p’tit coin.
- elles sortent -
ASSIA - à la porte - Ou c’est qu’ils restent ?
BAMBI - revient avec Cynthia, la mets sur une chaise
dans le coin - Pas couiner ! - elle va à la porte,
puis fait signe que Cynthia dois sourire,
elle voit que Fadilah la regarde T’est encore pire que je pensais.
FADILAH - se lève et va chez Habib, veut prendre sa main HABIB - saute debout et crie Pauvre, pauvre, pauvre conne !
Tu sais ce que tu fais ?
Non, mais, tu sais ce que tu fais ?
FADILAH (proberen zeer heftig ) Je sais. Je sais.
FADILAH - veut partir HABIB Tu restes ici, tu m’écoutes !
JAMAAL - en sortant - Laisse-la tomber, docteur.
Ses oreilles sont en bois
2. ( enorme onwennigheid )
FADILAH - se libère HABIB - la prends - Tu te tire pas ! Je te parle !
D’où tu sors ça ? D’où ça te prend ?
Pourquoi ?
FADILAH Je voulais plus être assise
dans ce coin de ma chambre.
Je voulais plus ces discussions à l’infini
avec moi-même, si j’étais faible ou pas.
Je voulais savoir si j’étais capable,
de faire quelque chose d’extra-ordinaire.
Je voulais faire cette épreuve,
prouver que j’étais pas un insect,
casser, briser quelque chose.
Je voulais être forte ... et j’ai fait ça.
HABIB Voler sa propre mère?
Et puis après ? Et quoi encore ?
T’est pas normale.
FADILAH Non, je suis mongole.
Me touche pas !
- Ils se battent -MJAMAAL - entre en dansant HABIB - se retire - Marie-toi avec toi-même !
FADILAH Oui, directement, demain.
HABIB Pourquoi je te cours après ?
Je suis un imbécile. Un taré. Un débile.
FADILAH Ta gueule !
HABIB Va au Maroc ! C’est beau là-bas !
FADILAH Va toi au Marco, chameau ! Couscous de merde !
- elle lance son cri marocain - Jijiji!
ROLAND - vient voir - Rêve d’orient - tout le monde danse - la musique s’arrête, tout le monde s’assied ASSIA Où c’est qu’ils restent ?
Ils avaient tous dit qu’ils venaient,
Mohammed, Nordin, Yamina, Karim, Koen.
La petite Fatima, la grande Fatima, aucune des deux !
Willy van Westende, Reduwaan de la BMW,
Reduwaan de la Télé boutique, Reduwaan de la friterie.
Et Freddy Dekerpel, on l’a vu !
RAMON Pas assez de publicité.
BAMBI Qu’est-ce que je t’ai dis ?
! ASSIA J’ai distribué des papiers partout !
J’ai collé des affiches dans tous les autres clubs !
CYNTHIA Ils les enlèvent aussi sec.
ASSIA Dites carrément que c’est de ma faute.
RAMON Mais non. La boxe n’est plus populaire.
BAMBI Roland, encore une bière ?
ROLAND J dois travailler encore.
BAMBI One for the road. La der des der.
ROLAND Allez, la dernière.
BAMBI Allez Cynthia, donnes lui une bière.
CYNTHIA - lui donne une bière et sort - M - “Violons”
ROLAND - salue - Brancardier. - sort HABIB - assis la tête sur les genoux de Fadilah,
joue avec le tube ( muziek helemaal gedaan )
HABIB Oh, Fadilah .
FADILAH Sssst ! T’as choisi la pire.
T’est aveugle.
HABIB - zingt - Fa- di - lah,
quel drôle de chemin pour aller jusqu’à toi.
BAMBI - sur les genoux de Ramon -
Chez ces Marocains, c’est pas pareil.
RAMON C’est comme chez nous.
C’est la même chose.
BAMBI La peau n’est pas la même.
FINI