NEW YORK - Polka Galerie

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NEW YORK - Polka Galerie
911
ALERTE
NEW YORK
Depuis le 11-Septembre,
la psychose des attentats,
aggravée par la tentative de
Times Square le 1er mai, durcit
l’attitude des policiers.
Ethan Levitas, par un long
travail de deux ans, démontre
que, dans un tel contexte, le
photographe, à New York, est
devenu un « public enemy ».
ETHAN LEVITAS
NEW YORK
INCIDENT REPORT N° 129
Ici, la police a un surnom: «New York’s finest»,
le meilleur de New York. Sur cette photo prise à
Foley Square, le périmètre des tribunaux de
l’Etat, trois policiers aux aguets. Depuis 2001,
l’amplification des moyens de surveillance révèle
la hantise du quotidien.
ETHAN LEVITAS
INCIDENT REPORT N° 102
Page de droite
INCIDENT REPORT N° 29
Certaines législations dans
le monde, notamment en France,
interdisent de photographier
les espaces publics tel que le
métro. A New York, c’est
autorisé, du moment qu’on
n’utilise pas de trépied. Ethan
Levitas n’a jamais enfreint la loi.
Pourtant, derrière le pilier,
l’agent n’a pas juste aperçu le
photographe: il l’a repéré,
et Ethan Levitas sera retenu,
pour interrogatoire.
ETHAN LEVITAS
INCIDENT REPORT N° 111
Un policier incarne l’autorité
publique, il est vulnérable par
principe. Le photographier,
est-ce le mettre en danger ou
menacer la sécurité nationale?
Depuis 2001, toutes les
arrestations de photographes
ont été jugées abusives.
36 I polka magazine #9
ETHAN LEVITAS
A gauche:
INCIDENT REPORT
N° 40
A droite :
INCIDENT REPORT
N° 41
Surpris à la lueur d’un
lampadaire, le policier
détruira avec violence
le cliché suivant. A
droite, cette femme
policier ne répliquera
pas. La tension est
néanmoins flagrante:
le regard, la posture
transpirent la riposte,
le mutisme en dit long.
En pleine psychose d’attentats, Levitas poursuit
son œuvre. “In Advance of a Broken Arm” est un
acte politique sur fond de menace policière
par J e a n - K e n t a G a u t h i e r
N
«
ew York is Ground Zero. »
Pour beaucoup, New York
ce sont des images. Broo-
klyn, Harlem, Times
Square, Wall Street, un
horizon de métal. Des
Italiens, des Noirs, des
juifs, des artistes, des banquiers et des policiers. Et la promesse d’Ellis Island, la porte
d’entrée des Etats-Unis. Pour Ethan Levitas, photographe new-yorkais jusqu’aux os,
New York est une vision : New York « est
Ground Zero».
Aux Rencontres d’Arles 2008, à l’initiative d’Elisabeth Biondi, rédactrice en chef
visuels du «New Yorker», Ethan Levitas faisait sensation avec sa très belle série de photographies, «Untitled/This Is Just to Say».
Des dizaines de rames du métro new-yorkais, le jour, la nuit, l’hiver, l’été, qui embrassent tout le peuple de New York et figurent une foule unie. Depuis septembre 2001,
chaque wagon arbore fièrement le drapeau
national sur sa carrosserie : l’Amérique,
commotionnée, gronde. La communauté se
38 I polka magazine #9
transporte dans ce métro et Levitas, en photographiant celui-ci, exprime ce « nous »
consolidé des New-Yorkais. Pour ce diplômé
en sciences politiques de l’université de Cornell, cette série de photographique est un
acte politique. Sur fond de menace policière.
Le dernier travail d’Ethan Levitas, «In
Advance of a Broken Arm», poursuit cette
œuvre. Depuis que le terrorisme frappe le
quotidien, la menace émane du cœur. Le
gouvernement américain a renforcé la surveillance pour scruter l’espace public, a
signé des Patriot Act pour mater le financement de la terreur, pour justifier la traque et
légitimer la détention d’ennemis désormais
illégaux. En Grande-Bretagne, les parlementaires votaient dès 2000 des Terrorism
Acts, dont la section 44 circonscrit des lieux
stratégiques souvent tenus secrets car hautement vulnérables. Les transports en commun, depuis longtemps cibles de la terreur,
tombaient sous le coup de ces lois. A
l’image de cette campagne d’affiches dans
le métro londonien, et son slogan: «Terrorism. If you suspect it, report it. » Terro-
risme : si vous soupçonnez quelque chose,
signalez-le. En 2009, Janet Napolitano, secrétaire à la Sécurité intérieure des EtatsUnis, illustrait cette menace qui plane sur
les lieux stratégiques: si, par exemple, vous
remarquez un photographe qui se concentre un peu trop sur un morceau de «critical
infrastructure », dénoncez-le auprès des
forces de l’ordre. Des centaines de photographes, souvent amateurs, parfois touristes,
furent arrêtés dans le monde pour avoir photographié l’espace public. Ethan Levitas, qui
a passé plusieurs années sur des quais, des
toits d’immeuble, sous des ponts, à photographier le métro new-yorkais, fut un «public enemy». Voici donc un premier niveau
de lecture de cette nouvelle série, « In Advance of a Broken Arm». Dans le sillage des
clichés du métro new-yorkais, dans une ville
si photogénique, dans un espace public surexposé, Ethan Levitas est un photographe
de rue, un «street photographer». La «street
photography», cette discipline qui, selon lui,
est «de l’énergie pure, celle de la vie réelle,
peu contrôlée par l’objectif de l’appareil».
ETHAN LEVITAS
A gauche :
INCIDENT REPORT
N° 21
A droite :
INCIDENT REPORT
N° 47
A gauche, à cause de
cette photographie, le
policier estimera
qu’Ethan Levitas
constitue une menace
pour la sécurité
nationale. Derrière lui,
placardée sur le flanc
du bus, une affiche de
film avec un monstre.
Au fond, sur
l’immeuble de gauche,
on reconnaît presque
le drapeau américain.
A droite, cet agent
interdira à Ethan
Levitas de tenter un
autre cliché.
«Things just happen» – la photographie de
rue est nourrie de coïncidences, de choses,
de phénomènes qui apparaissent. Un genre
qui a une longue histoire: dans un livre dont
le titre programmait un style photographique, «In the Street: Chalk Drawings and
Messages, New York City, 1938-1948 »,
Helen Levitt montrait la culture des jeunes,
le langage des dessins dans les rues newyorkaises. C’est aussi Diane Arbus qui, dans
les années 60, photographiait le peuple des
rues de New York avec ses êtres baroques et
inquiétants.
La photographie de rue s’accompagne
d’une visée documentaire. En 1967, le
MoMA donnait à New York une exposition
fondatrice pour la nouvelle « street photography » : « The New Documents » (28 février-7 mai 1967) avec les photographes
Diane Arbus, Lee Friedlander et Garry
Winogrand. Une première rétrospective qui,
pour Levitas, a consacré la «subjective observational practice», l’exercice de l’observation subjective. Et New York est la Terre
promise de cette pratique, car photographier
New York est une discipline en soi. Henri
Cartier-Bresson, William Klein ont parcouru les quartiers de la ville pour montrer
la puissance de l’Amérique nouvelle, et ses
laissés-pour-compte. Des riches, des
indigents, des élégants, des gueules. Autrefois l’économie, maintenant la sécurité, et
la frontière souvent oubliée entre espace
privé et public. Et si le commencement de
cette photographie est New York, New York
photographié puise sa source dans son
métro. Pour Bob Shamis, conservateur au
Musée de la Ville de New York, Walker
Evans, qui fut le premier photographe à
dresser dans le métro new-yorkais le portrait des Américains pendant la Grande
Dépression, a découvert « un monde dans
un monde, […] un lieu où s’expose l’humanité comme rarement, une situation inédite
dans New York, un nivellement du peuple».
P
our «In Advance of a Broken Arm»,
Levitas est resté à New York et
s’est mesuré à la police, à ceux
que, dans un contexte sécuritaire,
on n’a cessé d’appeler « New
York’s Finest», «l’élite» ou «la fleur
de New York ». Il a levé son
objectif devant des agents, sans la moindre
violence, sans jamais provoquer. Levitas
évoque une «passive camera», la photographie passive, qu’il attribue à Robert Frank.
Mais un policier est vulnérable par principe.
Et puisque Big Brother vous regarde, le
photographe, dans cet affrontement muet,
peut constituer une menace: «Dans chaque
photo, on voit à quel point le danger est réel,
pour le policier, et donc en retour pour le
photographe.» «It’s traumatic», c’est traumatisant. Par-delà la «street photography»
et la visée documentaire, «In Advance of a
Broken Arm» est un acte, une performance.
«On dit souvent de moi que je suis un
“photographe documentaire”… Mais un
homme qui correspond à cette description
pourrait prendre un malin plaisir à se tra-
vestir. Très souvent, j’entreprends quelque
chose alors qu’on pense que je fais autre
chose. » Walker Evans confiait ces mots à
Leslie Katz en 1971 (dans « Art in America»). Ses clichés pris dans le métro montrent le New-Yorkais de 1938. L’appareil est
caché sous le manteau, et de nombreuses
photographies sont prises à l’insu du voyageur. Mais sur les 600 photos réalisées,
nombreuses aussi sont celles où les passagers regardent le photographe, probablement à défaut de repérer l’objectif, comme
si Walker Evans leur avait discrètement signalé que quelque chose allait se passer :
ces portraits, presque posés, sont bien plus
qu’une étude sociologique. L’individu, souvent troublé, dans une mise en scène certes
rudimentaire mais déjà un peu pensée, se
soustrait à la foule du wagon et pose
comme un modèle qui veut répondre à une
invitation, et tenter de dévoiler un morceau
de son âme, ou bien au contraire, de la dissimuler à l’excès.
Levitas commente son propre travail :
« L’histoire, le contexte sont importants,
mais le travail en lui-même est bien plus important. Mes photographies n’illustrent pas
une idée, elles sont l’idée elle-même.» Ces
photographies de la police new-yorkaise ne
sont pas des fictions, des scénarios, des
mises en scènes anticipées. Dans le contexte
actuel, la photographie à New York peut être
une pratique sensible. Sur ces clichés, les
policiers se font parfois complices, et subissent ouvertement la
>>suite page 40
été 2010 I
39
ETHAN
LEVITAS
INCIDENT
REPORT N° 76
Ces deux policiers
surgissent de
Ground Zero dont
on aperçoit les
échafaudages à
gauche. Il ne
revient pas aux
policiers
d’autoriser ou
d’interdire de
photographier
dans un espace
public. « Le
problème, c’est
leur présomption
d’autorité »,
commente Ethan
Levitas.
“ Dans chaque photo, on voit que le
danger est réel pour le policier et donc, en retour,
pour le photographe” Ethan Levitas
>>suite de la page 39 menace qu’ils ressentent et perçoivent ainsi. Ou, parfois, les policiers n’ont pas remarqué – ou pas encore
remarqué – la présence du photographe.
Mais dans chaque image, et c’est là que réside la puissance de ce travail, c’est la photographie elle-même qui contient une frontière et, dans le même instant, le
franchissement de cette frontière. D’où une
tension formidable. Chaque cliché est pris
sur le vif, et l’acte de photographier est la
conséquence de la photographie elle-même,
et non le contraire. L’ordre logique des
choses est inversé. Dans cette œuvre, exposée à la galerie Polka, chaque cliché s’accompagne d’une légende qui se conclut invariablement par « because of this
photograph», à cause de cette photographie.
Levitas est parvenu à saisir un instant impossible qui, s’il avait été avant ou après la
prise de la photographie, n’en vaudrait pas
la chandelle. Voici une légende complète :
« Photograph of the officers who I will not
permit to know ; because of this photograph », « Photographie des agents à qui
40 I polka magazine #9
j’interdis de savoir ce qu’il advient – à cause
de cette photographie»: la photographie est
sa propre conséquence, elle est l’image de
la réaction suscitée chez ces policiers par la
photographie elle-même. Il faut bien alors
décrypter le titre: «In Advance of a Broken
Arm ». « In advance of », en prévision de,
souligne que le photographe prévoit, signifie que l’acte de photographier est pensé,
que son rôle est préétabli. Le photographe
est en pleine possession de ses moyens,
laisse peu de chance aux coïncidences, il est
en plein exercice de son art. Dans la photographie de rue, « things just happen », les
choses adviennent, certes, mais Levitas précise d’emblée : « Things just happen because of me», les choses adviennent grâce
à moi. Dans «Broken Arm», le bras est celui de la Justice, qu’on dit souvent armé en
désignant les forces de l’ordre. Mais s’il est
brisé, fracturé («broken»), c’est qu’il abuse
de son autorité. Ce que ressent légitimement
un photographe criminalisé à cause de sa
pratique. Ce que ressent légitimement tout
citoyen soumis à des mesures sécuritaires
peut-être excessives. Quand la société ne
peut plus adopter la photographie comme
miroir, comme conscience. Mais « In Advance of a Broken Arm » est aussi le titre
d’un ready-made de Marcel Duchamp, réalisée en 1915. « In Advance of a Broken
Arm» est une pelle à neige, dont le titre est
gravé à la base du manche. Un ready-made
est un «objet usuel promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste», définissait Duchamp.
Pourquoi cet emprunt ? En désarticulant la relation entre le signifiant et le signifié, Duchamp détournait un objet usuel.
Ethan Levitas se réfère à Duchamp, et rompt
une relation logique de la photographie documentaire, du photographe qui témoigne
et rend compte d’une situation, en agissant
dans la photographie, par la photographie.
Le titre de cette série, «In Advance of a Broken Arm », est un indice de l’ambition du
travail qui consiste à « explorer le medium
photographique lui-même». En pratiquant
l’affolement de la police, Ethan Levitas
élargit un champ des possibles.
J.-K.G.
•
ETHAN LEVITAS
INCIDENT REPORT N° 32
Sur cette photo, trois
personnages: le citoyen qui
désigne son protecteur
le policier, celui-ci exprimant,
dans son regard hostile,
sa méfiance envers le
photographe.
été 2010 I
41
A New York, 50000 policiers sur le qui-vive
Depuis le 11 septembre 2001, la menace terroriste est permanente. Le 1er mai, à Times Square,
une tentative d’attentat est déjouée grâce à la vigilance d’un civil. La section antiterroriste du NYPD
est sur le pied de guerre au quotidien. Le danger peut venir de n’importe où, n’importe quand
E
par D i m i t r i B e c k
xercice banal à Manhattan.
Deux cents hommes et une centaine de véhicules, sirènes hurlantes, encerclent un secteur en
l’espace de quelques minutes.
La scène dure une heure.
Ensuite, « business goes
back to normal ». Tous les jours, sept jours
sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, la police new-yorkaise mène «a surge»
(un déferlement), dans un quartier ciblé de
la Grande Pomme. Il y a trois objectifs à cette
opération détaille Claude Moniquet(1) de
l’Esisc. «C’est un exercice grandeur nature,
une démonstration de force et un moyen dissuasif pour perturber toute tentative. » Des
tentatives d’attentats, il y en a déjà eu une dizaine sur la dernière décennie à New York.
Les images du 11 septembre 2001
repassent encore en boucle dans toutes les
têtes. Il y a l’avant et l’après. «Avant, la police new-yorkaise faisait entièrement
confiance à l’Etat fédéral, confie Claude
Moniquet. Les attentats contre les Twin Towers ont prouvé la fragilité du système.» Au
lendemain de sa prise de fonction en janvier 2002, Michael Bloomberg, l’actuel
maire de New York, déploie des moyens
considérables pour sécuriser sa ville. Aujourd’hui, la police municipale compte
50 000 agents et l’unité antiterroriste à elle
seule 1 000 policiers. Un dispositif unique
aux Etats-Unis. Le NYPD résume son action en trois mots: «Courtesy - Professionalism - Respect», peint sur les portières de ses
voitures. En tête de son site Internet, il s’octroie le titre de «New York’s finest» (le meilleur de New York). Cette élite au service de
ses citoyens encourage à appeler sa police:
« Si les éléments fournis conduisent à l’arrestation et à une mise en accusation, l’informateur peut recevoir jusqu’à 2 000 dollars de récompense. » Claude Moniquet
précise: «Ce n’est pas une incitation à la délation. Les New-yorkais s’approprient leur
propre sécurité. Il ne faut pas oublier que
c’est un vendeur de rue qui a averti la police
montée pour déjouer la tentative d’attentat
du 1er mai à Times Square . » Prévenir les
forces de l’ordre est un acte civique à New
York. Dans le métro et sur les abris des bus,
s’affiche la formule choc «If you see something, say something » (Si vous voyez
quelque chose, signalez-le).
Tout le monde est sur le qui-vive. Et la
police est au premier rang. D’autant que «la
menace, rappelle Claude Moniquet, peut venir de n’importe où, n’importe quand». Au
lendemain de la tentative d’attentat du
1er mai, Eric Denécé(2), du CF2R, précise
qu’« il y a un glissement du danger terroriste
venu de l’intérieur: plus important que celui
venu de l’extérieur. Le danger principal en
matière de terrorisme sur le sol américain
ne vient pas des terroristes venus de l’étranger, liés à Al-Qaida, mais de ces Américains
de religion musulmane qui ont sombré dans
l’intégrisme qui sont prêts à passer à l’action ». Le 4 mai, pendant le bouclage de
Polka, un citoyen américain d’origine pakistanaise soupçonné d’avoir acheté et conduit
le véhicule piégé, découvert quatre jours
plus tôt à Times Square, a été arrêté à l’aéroport JFK alors qu’il tentait de quitter le pays.
Face à la politique américaine extérieure, des «loups solitaires» font preuve de
comportements imprévisibles. Eric Denécé
parle même de schizophrénie. Le 5 novembre 2009, Nidal Hasan, psychiatre dans
l’armée américaine, ouvre le feu sur la base
militaire de Fort Hood, au Texas, tuant
13 personnes. Il était lui-même chargé du
suivi psychologique des soldats revenus
d’Irak et d’Afghanistan souffrant de stress
post-traumatique. « L’Amérique ne porte
plus uniquement des soupçons sur les minorités, poursuit Claude Moniquet, mais
aussi sur des convertis. » Collen LaRose,
alias Jihad Jane, accusée d’avoir fomenté un
complot avec des terroristes islamistes pour
assassiner un homme en Suède, était une
blonde américaine, au physique parfait pour
passer inaperçue en Europe. La liste des ennemis de l’Amérique et de New York en particulier est longue. «New York, c’est la ville
du péché et du vice pour tous les extrémistes,
rappelle Claude Moniquet. Elle focalise sur
elle toutes sortes de ressentiments. C’est la
ville-monde par excellence. » La statue de
la Liberté, Wall Street, le siège de l’Onu…
frapper un de ces lieux offre à ses auteurs une
tribune internationale incomparable. La police new-yorkaise le sait. Une pression qui
aggrave la psychose sur la ville.
© P e t e r F o l e y / E PA / M a x P P P
•
42 I polka magazine #9
1. Claude Moniquet est président fondateur
de l’European Strategic Intelligence and Security
Center, basé à Bruxelles.
2. Eric Denécé, directeur du Centre français de
recherche sur le renseignement basé à Paris,
interviewé sur France Info, le 2 mai 2010.
ETHAN LEVITAS
INCIDENT REPORT
N° 145
Times Square et l’Oncle
Sam, tout un symbole.
Dans le reflet de la
vitrine d’un centre de
recrutement de l’armée
américaine, sur la
droite, un policier
empâté. En ligne de
mire de l’index pointé,
le reflet d’Ethan Levitas.
«I Want You for US
Army», disait l’Oncle
Sam sur le poster pour
trouver de nouvelles
recrues en 1917. Depuis
septembre 2001, il
semble dire qu’il vous a
à l’œil. Ce centre de
recrutement au cœur du
quartier touristique de
Times Square a été la
cible d’un attentat le
6 mars 2008. Un cycliste
a jeté une bombe de
faible puissance à
l’entrée, détruisant la
vitrine et la porte.
Page de gauche
PETER FOLEY
TIMES SQUARE,
1er MAI 2010
Un policier garde à
distance les milliers de
piétons lors du
désamorçage du
4x4 piégé dans le
secteur très touristique
de Times Square, à
Manhattan. «Nous
avons eu beaucoup de
chance. Grâce à l’alerte
donnée par des NewYorkais et à l’action des
policiers, nous avons
évité ce qui aurait été
un événement très
meurtrier», a déclaré le
maire de New York,
Michael Bloomberg.
LA LIBERTÉ N’EST PAS UN DROIT, ELLE EST UN PRINCIPE
Extrait du premier amendement de la Constitution des Etats-Unis: «Le Congrès ne fera aucune loi […] qui restreigne la liberté de
la parole ou de la presse…», autrement dit, le Congrès se refuse le droit de légiférer sur la liberté d’expression, au nom de celleci. La nuance est cruciale : les lois ne font pas que garantir la liberté d’expression, bien plus, elles sont fondées sur la liberté
d’expression, qui est un principe naturel et éternel. Pourtant, par temps de hantise d’un ennemi qui peut être partout, pour contenir
la phobie de la terreur, on ne se contente plus d’être prudent et on pose un principe de précaution qui donne de nouveaux droits,
J.-K.G.
beaucoup de droits, comme celui d’agir sur-le-champ en passant outre certains devoirs. Au nom de la raison d’Etat.
été 2010 I
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