Marlène Mocquet - Musée de l`Abbaye Sainte

Transcription

Marlène Mocquet - Musée de l`Abbaye Sainte
Musée de l’Abbaye Sainte-Croix
Les Sables d’Olonne
----------
DOSSIER DE PRESSE
Mon ombre brûlée, 2011 (technique mixte sur toile)
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection François Pinault
Marlène Mocquet
(18 mars – 17 juin 2012)
Communiqué de presse
Marlène Mocquet est une toute jeune pousse de la peinture, très vite mise sur orbite par le monde de
l’art. Ses images décapantes et échevelées saisissent immanquablement le regard comme autant de
prétextes à discuter des enjeux et de l’avenir d’une technique longtemps considérée moribonde, qui
reprend ses derniers temps du poil de la bête. Sous l’indéniable séduction des couleurs chatoyantes et des
sujets croquignolets qui nous plongent dans les contes de notre enfance, Marlène Mocquet cultive la
sauvagerie. Le dessin, colonne vertébrale d’un art bien proportionné, n’a pas ici droit de cité. Tout part
de la matière, muse infernale et liquidatrice, des amas, des éclats, des couleurs hasardeuses, troubles ou
déliquescentes d’où surgissent monstres et chimères. La manière engagée et iconoclaste de Marlène
Mocquet raffole de l’explosion, du ratage, du coup d’éclat, du sabordage, en bref, de l’accident qui met
en crise la figuration non par réduction mais par prolifération sur la toile vierge d’une matière progressant
par assauts répétés. La peinture tout d’abord en terrain conquis prend ses aises, s’étale, s’affale et
déborde avant d’être rattrapée et canalisée par l’artiste au service de son petit théâtre grotesque et
grimaçant. Personne ne peut être dupe au vu de ces compositions taillées dans le vif, presque blessées.
L’amour que Marlène Mocquet voue à la peinture est vache et celle-ci le lui rend bien. Le feu d’artifice,
quoique somptueux, fait sa fête à la matière en un petit jeu de massacre enthousiaste et jubilatoire.
2
Les gigognes
Conversation entre Marlène Mocquet et Gaëlle Rageot-Deshayes
G.R.D : D'où tirez-vous votre inspiration ? Quelles sont les références artistiques qui nourrissent votre univers ?
M.M. : L'un des premiers artistes qui m'ait inspirée, lorsque j'étais encore toute jeune, est Salvador Dali, dont je
me souviens m'être amusée à réinterpréter quelques œuvres sur papier, deux ou trois sans doute. Ce sont de
petites choses que je me suis bien gardée de dévoiler d'ailleurs, de simples divertissements. Lorsque ensuite j'ai
préparé le concours d'entrée à l'école des Beaux-Arts, dans un atelier de la ville de Paris, le travail de Paul
Rebeyrolle, tout entier tourné vers l'expérimentation de la matière, qui prend une place si importante dans son
travail qu'elle en tient presque lieu de sujet, m'a beaucoup impressionnée. Il a fonctionné pour moi comme une
révélation, évidemment primordiale, de l'étendue des possibles en peinture.
Lorsque j'ai commencé sérieusement à peindre, j'ai aussi travaillé, un mois durant, à partir des portraits de
Vélasquez, celui du nain Sebastian de Morrà par exemple, que je détournais et réinterprétais dans une veine
grotesque et théâtrale. Je crois que cette théâtralité, très présente dans l'expression de mes personnages, est
quelque chose qui m'a plu dans le travail de Vélasquez et que j'ai poussé à l'excès. Et bien sûr, il y a les enfers
grouillant de Jérôme Bosch qui ont sans doute orienté mon goût pour des personnages ambivalents, perdus
entre le bien et le mal, parmi lesquels il serait malaisé de distinguer les bons et les méchants. J'aime ce visage
double des personnages représentés dans des scènes quotidiennes, de petits moments de vie, et je cherche à le
mettre en scène dans mes images.
J'ai enfin été très marquée récemment par l'exposition du Grand Palais consacrée à Odilon Redon. Je le
connaissais pour son travail de coloriste et je dois avouer que je ne m'étais pas vraiment attardée sur ses
bouquets mais en les redécouvrant j'ai été frappée par leur incroyable luminosité. Quant à ses araignées et ses
noirs, que je ne connaissais à vrai dire pas, j'ai été saisie du lien fort, presque comme une connivence très
étonnante, que j'y ai décelé avec mon propre univers.
Je pourrais sans doute citer beaucoup d'autres artistes, comme Dado ou Goya, mais je crois en fait qu'il y a
toujours de quoi apprendre de n'importe quelle peinture lorsqu'on y est disposé. Quand j'étais plus jeune, j'allais
souvent aux puces de Saint-Ouen et de Clignancourt et j'y considérais consciencieusement toutes les peintures,
y compris les « croûtes », qui m'ont aussi beaucoup apporté.
G.R. : Il me semble intéressant de revenir sur les deux premiers peintres que vous avez mentionnés, Salvador
Dali d'un côté, Paul Rebeyrolle de l'autre, dans la mesure où leurs approches de la peinture semblent
radicalement différentes, le premier privilégiant un rendu très lisse et illusionniste de l'image et le second, bien
au contraire, jouant sur les effets de matière.
M.M. : Évidemment mais ce qui m'a surtout intéressé dans la peinture de Salvador Dali, tout comme dans celle
de Rebeyrolle d'ailleurs ou même de Magritte, c'est le sens, ou plutôt le double sens qu'ils y injectent et que l'on
peut sans doute retrouver dans mes peintures, du côté du sujet, dans une certaine manière de mettre en abîme
les images.
G.R.D. : La figure de Salvador Dali nous conduit tout droit au surréalisme auquel la critique renvoie souvent en
évoquant votre œuvre. Que pensez-vous de cette filiation et quelle part accordez-vous à l'onirisme et au
mystère dans votre travail ?
M.M. : Le lien se fait peut-être en cela que mes peintures ressemblent à des rêves éveillés en effet. L'onirisme
est souvent convoqué lorsque l'on parle de mon travail, je ne pourrais donc pas le renier. Ce n'est pourtant pas
ce que je mettrais le plus en avant. Il y a dans ma peinture la projection forte d'un imaginaire, mon travail est
quelque chose de complètement fantasmé mais il importe aussi pour moi qu'il me nourrisse.
G.R.D. : Et vous, à l'inverse, nourrissez-vous votre peinture de votre propre vie ? Y injectez-vous un peu
d'autobiographie ?
M.M. : Il y a une vraie part d'autobiographie dans mon travail. Évidemment il s'agit avant tout de peinture, et de
mener une recherche qui se pose en termes de composition, de couleur, de matière, qui privilégie
l'expérimentation et mène progressivement à la mise en place de tous les éléments. Mais ce travail, que je
considère donc comme un vrai travail de peintre, est aussi pour moi une catharsis, qui fonctionne d'ailleurs sans
doute sur un mode inconscient. Ma peinture est intuitive dans la mesure où bien souvent je ne me rends compte
qu'après son achèvement de ce qu'elle révèle sur ce que j'ai vécu. Cela n'en est pas moins autobiographique de
ce point de vue là.
Et puis bien sûr, je me mets souvent en scène dans mon travail, les autoportraits sont nombreux, aussi
déformés (et déformants) soient-ils. La petite fille que je convoque dans mes peintures me représente en effet,
3
même s'il est entendu que je ne suis plus vraiment cette petite fille aujourd'hui.
G.R.D. : Certains titres de tableaux sont très parlants à l'égard de cette propension que vous avez à vous mettre
en scène et à vous transformer : La fraise et moi (2006), Ma fraise étouffée (2009), Mon cœur mou, Mon
ombre brûlée (2011).
M.M. : Ma fraise étouffée c'est un peu comme si je m'annonçais comme un fruit à dévorer.
G.R.D. : Il y a effectivement quelque chose de l'ordre de la dégustation, voire de la dévoration dans votre
peinture...
M.M. : J'utilise d'ailleurs souvent des gousses de pâtissier pour travailler, il y a quelque chose d'indéniablement
culinaire dans la fabrique de mes images dont le résultat mélange à différents degrés le comestible et le
toxique.
G.R.D. : Regardez-vous également du côté du cinéma ou de la littérature enfantine (on croise dans vos histoires
nombre de chaperons, de loups, de sorcières et d'étranges créatures qui semblent tout droit sorties des livres
de contes) ?
M.M. : Le cinéma ne m'influence pas directement, ce n'est pas, d'un point de vue thématique, quelque chose qui
m'éveille. Bien sûr, il y a sans doute dans mon travail quelque chose de cinématographique dans la mise en
place d'un espace scénique mais cette mise en scène pourrait tout aussi bien être rapprochée d'autres domaines
artistiques, à commencer par le théâtre.
Je ne recherche pas non plus cette familiarité avec la littérature enfantine. Elle est frappante c'est vrai, peutêtre de par le fonctionnement de mes images qui constituent des petits rébus narrés et puis surtout du fait de
cette petite philosophie sous-jacente, de la morale de l'histoire en quelque sorte, bien qu'elle ne soit jamais
donnée puisqu'il appartient au spectateur de la déduire et de faire la part des choses.
G.R.D. : Les titres que vous donnez à vos tableaux vous permettent-ils de mettre le spectateur sur la voie, de
guider son interprétation ?
M.M. : Il est important que le spectateur puisse projeter dans mes images son propre imaginaire, ce qui
explique qu'il m'a été difficile tout d'abord de donner des titres à mes tableaux. Il s'agissait pourtant
simplement de les désigner et de les archiver, de me permettre, une fois qu'ils avaient quitté l'atelier, de les
visualiser, mais je craignais effectivement d'être trop directive vis-à-vis du spectateur. Si le titre fonctionne
comme une clé, un indice, il ne reste en tout cas qu'une proposition que je fais parmi tant d'autres possibles. Et
puis je vois aussi ce titre comme un geste complémentaire de celui du peintre, une touche finale qui suggère
une autre vision possible.
G.R.D. : Vous nous dites que le titre n'arrive qu'à la fin, cela signifie t-il que vos histoires ne sont pas
préméditées ? S'il n'y a pas de travail préparatoire, alors comment commence l'œuvre ?
M.M. : Je ne prémédite rien en effet et c'est en cela que je considère mes images comme un véritable travail de
peintre. Tout part de l'abstraction, je ne sais pas à l'avance jusqu'où va m'emmener un nouveau tableau, je me
laisse tout d'abord porter, un peu comme dans un rêve éveillé, sans conscience réelle de ce que sera le sujet.
Lorsque l'image commence à prendre forme je m'arrête pour la regarder, longtemps, attentivement, et pour y
déceler les principes de construction. Lorsque le sens et des bribes d'une histoire émergent, mon intervention
devient alors d'une précision diabolique et d'une rigueur extrême.
L'œuvre s'achève quand tout est dit et qu'il n'y a plus rien à ajouter. Je ne veux pas trop en dire pour ne pas
bloquer ou boucher l'image et risquer d'étouffer le regard de l'autre qui, en se posant sur ma peinture, vient la
parachever. Il me semble important pour cette raison de toujours conserver une respiration.
G.R.D. : La matière s'affirme dans votre peinture : elle s'étale, elle se répand, elle craque... Comment
exploitez-vous l'accident ?
M.M. : Je l'utilise comme un outil, tous les accidents heureux qui se sont produits ces dernières années, je les ai
exploités et je les utilise comme des outils. J'ai par exemple profité un jour de la chute d'une bouteille d'encre
sur une bâche en y posant par-dessus une toile. J'ai laissé prendre. Lorsque je suis revenue le lendemain dans
mon atelier, la peinture était faite, la forme était là, je n'avais plus qu'à y ajouter les ponctuations qui la
rendent identifiable. La bâche qui est aujourd'hui posée au sol dans mon atelier n'est pas vraiment une
protection, c'est avant tout un outil, au même titre qu'un pot de peinture, une spatule ou un pinceau.
J'inclus des matériaux variés dans mes peintures, des résines, des paillettes, etc. Il m'est arrivé aussi d'utiliser la
poussière de mon atelier, ou encore de poncer une peinture qui ne me plaisait pas pour en récupérer la poudre.
En quelques sortes, je recycle un peu ce que je trouve autour de moi.
4
G.R.D. : Votre peinture profite des phénomènes d'apparition ou de suggestion, un peu à la manière du test de
Rorschach (dont vous vous êtes d'ailleurs approprié le nom pour l'un de vos tableaux, Le boxeur de Rorschach,
2007).
M.M. : Ce phénomène d'apparition est un peu à la base de mon travail, mon imagination démarre à partir d'une
forme abstraite, qui peut être une tache ou tout autre chose, la facture d'un tracé de pinceau par exemple peut
tout aussi bien m'offrir une possibilité d'évasion. Le principe de la poupée russe gouverne également mes
images, c'est-à-dire l'emboîtement, la mise en abîme et l'enchaînement des formes, une forme en révélant
mystérieusement une autre. C'est en cela d'ailleurs que les labyrinthes et les constructions impossibles de M.C.
Escher m'intéressent.
G.R.D. : Mais comment alors envisagez-vous le rapport, historiquement antagoniste, de l'abstraction et de la
figuration ?
M.M. : Je penche sans doute plutôt du côté de la figuration mais dans mon travail en tout cas les deux marchent
de front. L'opposition historique entre peinture abstraite et peinture figurative n'y est pas d'actualité. Il me
semble d'ailleurs difficile de les séparer dans la mesure où une peinture non figurative raconte encore une
histoire.
G.R.D. : Votre manière de faire est duelle, un peu « Dr Jekyll et Mr Hyde ». Elle oscille entre une abstraction
gestuelle et spontanée et l'adjonction réfléchie et minutieuse de détails très précis dans leur exécution. D'un
côté le précieux et le délicat, de l'autre le sauvage et le sale...
M.M. : Cette ambivalence reflète sans doute ma personnalité, ma complexité et mes paradoxes, que je mets en
scène et que j'assume. Il y a très certainement une telle ambivalence en chacun de nous, quant aux paradoxes,
le monde en est plein.
Ma peinture est sûrement un mélange, une succession de différents moments qui font place tour à tour à la
spontanéité et à l'intuition, puis à la réflexion et à la maîtrise. Dans mon processus créatif on pourrait
considérer grosso modo qu'à chaque phase correspond un état, que plusieurs niveaux de contrôle se succèdent.
J'aime jouer aussi des contrastes entre le bien et le mal fait, passer du bon au mauvais, jouer des effets du cru,
du mou, du brillant, du mat, etc. Un peu à l'image de ma vie je crois, je préfère à la fadeur les contradictions,
les endroits où il y a à comprendre et à fouiller.
G.R.D. : Dans le fond, face à cette avalanche d'éclaboussures, de dégoulinures, face à ces barbouillages hâtifs,
je me demande si vous ne vous ingéniez pas parfois à faire un sort à la peinture, à l'outrager ? Mais cette
peinture, finalement, est-ce que vous l'aimez ? (Nombreux là encore sont les titres de vos œuvres qui suggèrent
une sœur ennemie : Les cendres de la peinture, 2007 ; Attaquée par la peinture, 2008 ; Écrasée par le cadre,
La peinture aux fesses, La peinture contagieuse, 2009).
M.M. : Non, la peinture n'est pas mon passe-temps favori, bien au contraire ! Il s'agit plutôt d'un combat que je
mène dans le sens où je place souvent la barre très haut, je suis d'une exigence extrême avec moi-même.
Chaque peinture est un nouveau défi à relever, une remise en jeu. L'échec est inévitable et je le vis forcément
mal même s'il me permet de pousser mes propres limites.
G.R.D. : Quelle relation entretenez-vous avec la toile même ? Notamment avec sa surface, souvent laissée
apparente et avec les bords sur lesquels la peinture déborde...
M.M. : Je laisse la surface brute parce qu'il me semble qu'elle constitue déjà, laissée telle quelle, un fond à mes
peintures. Pour moi, qu'elle soit enduite ou encollée, cette surface est déjà un espace peint, qui fait partie
intégrante de mon système de composition, je ne la considère jamais comme un vide. Son aspect, sa coloration,
interfèrent avec ma propre palette, d'un fond à l'autre, qu'il soit blanc ou grisé, la confrontation des couleurs,
les harmonies et les dissonances, varient.
Je ne tiens pas non plus à encadrer mes peintures une fois terminées parce que bien souvent je joue avec les
tranches, c'est-à-dire que la peinture sort de son cadre strict, excède la surface et il me semble que ces traces
d'exécution, visibles sur les rebords de l'œuvre, sont importantes en cela qu'elles nous parlent de la vie de
l'œuvre, du temps et du processus de sa réalisation.
G.R.D. : Cette affirmation de la matérialité de l'œuvre, des bords du tableau, de la matière picturale, ne vientelle pas contredire les effets perspectifs qui sont pourtant bien présents ?
M.M. : Je n'ai introduit les effets perspectifs dans mon travail que tout récemment. La création d'un espace
avec des points de vue, la mise en volume sont arrivées dans ma peinture grâce à ma pratique nouvelle de la
céramique, qui est venue réorienter certaines facettes de mon travail de peintre.
5
G.R.D. : Au fond, n'est-ce pas la matière, les jeux de textures, les empâtements ou les vernis, que vous
préférez ?
M.M. : Mais non, je crois que l'approche du sujet est fondamentale et que la matière lui reste soumise en cela
qu'elle contribue à sa construction, brique après brique, sur une surface bêtement plane et rectangulaire. Les
empâtements en effet donnent du relief aux personnages, ils les animent et les font vibrer au détriment
d'autres personnages qui restent dans l'ombre. La matière vient nourrir le sujet et s'approprie son sujet,
d'autant mieux qu'elle n'est jamais convoquée à tel endroit tout à fait par hasard.
G.R.D. : Vous venez d'évoquer votre intérêt récent pour la céramique, quelle en a été l'origine ?
M.M.: C'est sans doute moins le volume, la tridimensionnalité, que la transformation radicale que subit la
céramique, du modelage à la cuisson au four, qui m'a donné l'envie, depuis quelques années déjà, d'utiliser
cette technique. Cette transformation de la matière, du mélange au séchage des couleurs est déjà présente
dans ma peinture, je ne me lasse pas d'observer cette métamorphose presque magique avec laquelle il me faut
compter. Le virement brutal de l'émail coloré lors de son passage au four, qui réserve bien des surprises et
échappe quelquefois à mon contrôle, est aussi ce qui me plaît avec la céramique.
La céramique m'offre, à l'instar d'autres techniques que j'ai également abordées, comme la lithographie ou la
tapisserie, une ouverture nouvelle sur mon travail de peintre, un autre angle d'approche qui vient l'enrichir, le
questionner ou le réorienter.
G.R. : Ce terme de transformation qualifie effectivement fort bien votre œuvre tant au niveau de la technique
employée que des sujets représentés dans lesquels tout, visages, personnages, paysages, s'entremêlent et
fusionnent. Encore quelques titres révélateurs : Le paysage nuage, 2009 ; L'arbre bouche, Le vase
anthropomorphique, 2011. Mais alors, à quel genre, au sens académique du terme, pourraient bien se rattacher
vos œuvres ?
M.M. : C'est que j'ai tendance à considérer les objets ou les paysages comme des personnages, des êtres vivants,
tellement vivants d'ailleurs que je ne m'empêche donc pas de les humaniser. Thierry Raspail, à propos de mes
peintures, a employé l'expression très parlante de « flux paysage » d'autant plus vraie que tout y est mouvant et
tout fait corps. Ce sont des scènes, oui, mais pas des scènes de genre, je les qualifierais plutôt quant à moi de
« paysages mentaux ».
G.R.D. : Ce phénomène de contamination, de glissement, de progression est-il également quelque chose auquel
vous pensez lorsque vous concevez l'exposition de vos œuvres ? Y a t-il continuité, prolongement d'une oeuvre à
l'autre ? Font-elles suite ?
M.M. : Je vois plutôt la succession de mes œuvres comme autant de pages tournées. Chaque exposition est donc
un nouveau chapitre qui s'inscrit à la suite de ce qui a déjà été écrit et ajoute une nouvelle pierre à l'édifice. Au
musée de l'Abbaye Sainte-Croix, j'ai eu envie de présenter des pièces nouvelles, qui n'ont pas déjà été vues dans
mes précédentes expositions. C'est leur dialogue qui en a gouverné la sélection, leur place au sein de
l'exposition, leur voisinage fait sens pour moi. C'est un peu comme pour un titre, peut-être un peu personnel, j'y
insuffle ma vision, à mes yeux limpides, mais le spectateur y verra sans doute bien autre chose. En tout cas,
chaque œuvre est un fragment qui appartient à un ensemble, l'une répond à l'autre, rencontre l'autre, un fil est
déroulé toujours selon ce même principe de la boîte dans la boîte. Les grands formats d'ailleurs, qui souvent
regroupent plusieurs peintures et contiennent des histoires dans l'histoire, alternent avec les toutes petites
œuvres, au propos forcément beaucoup plus concentré.
G.R.D. : Dans le cadre de cette exposition-ci, qui prend place au sein de la somptueuse mais très intimidante
charpente du 17ème siècle en carène de bateau renversé du musée, l'espace architectural vous a t-il inspirée,
terrifiée, indifférenciée ?
M.M. : Si une chose est bien certaine, c'est qu'il ne m'a en tout cas pas indifférenciée. Il m'a beaucoup inspirée
fort heureusement, et je m'y suis attachée tout autant pour des raisons personnelles qu'esthétiques. Mais je dois
reconnaître que ce n'est pas un lieu facile pour un artiste puisqu'en quelque sorte, il fait déjà œuvre en soi. Il
faut que les pièces qui y soient présentées puissent tenir face à un tel lieu et cela constitue un réel défi, à mille
lieux du cube blanc habituel. La forte présence de ce lieu a bien sûr été déterminante dans les choix qu'il a
fallu faire pour cette exposition.
G.R.D. : Ma toute dernière question est un peu attendue : quel jugement portez-vous sur la place que le monde
de l'art contemporain accorde à la peinture, longtemps décriée, aujourd'hui (mais pour combien de temps)
revenue en grâce ?
6
M.M. : Cela me semble relever aujourd'hui, de même que l'antagonisme entre abstraction et figuration, d'un
faux débat, la question essentielle concernant moins la légitimité de la technique employée que les critères de
ce qui fait art. Toutes les techniques sont permises, la peinture comme l'installation, et toutes, qu'il s'agisse de
peinture ou d'installation, peuvent donner de bons ou de mauvais résultats. Pour ma part je n'ai jamais songé à
mettre de barrière entre les différents médiums. J'ai choisi la peinture à l'âge de quatorze ans, à une période
charnière dans mon parcours personnel et j'y ai trouvé beaucoup de sens, une vraie raison d'exister, de là vient
sans doute d'ailleurs l'extrême exigence que je me fixe vis-à-vis de mon travail. La peinture depuis lors m'a paru
un domaine suffisamment vaste à explorer et à expérimenter, je ne me suis jamais retrouvée face à un mur, à
ne plus savoir où aller. Donc elle reste pour moi le fil conducteur à partir duquel mon œuvre se construit et
avance, petit à petit.
7
Biographie
Née en 1979 à Maison Alfort, France
Vit et travaille à Paris
Diplômée et Félicitée de l’Ecole Nationale
Supérieure des Beaux-arts (ENSBA), Paris, 2006
EXPOSITIONS PERSONNELLES
2007
- Freight + Volume gallery, New York
- Lieu d’Art Contemporain Aponia, Villiers-sur- Marne
- Galerie Alain Gutharc, Paris
2008
- Galerie Alain Gutharc, Paris
- La Galerie Edouard Manet / Ecole municipale des
Beaux-arts, Gennevilliers
2009
- Jeux de dames - Marlène Mocquet - Jeanne
Susplugas, Château de Jau, Cases-de-Pène
- Musée d’Art Contemporain, Lyon
2010
- Galerie Alain Gutharc
- Viennafair, Vienne (Autriche)
2012
- Musée de l’Abbaye de Sainte-Croix, Les Sables
d’Olonne
- Feast Art Project Gallery, Hong-Kong
EXPOSITIONS COLLECTIVES
2001
- Centre Culturel Aragon / Triolet, Orly
2004
- 49ème Salon de Montrouge, Salon européen des
jeunes créateurs
- Musa Amaedo de Souza Cardoso
(Amarante,
Portugal) Centre Culturel Tecla,
- Sala (Barcelone, Espagne) et théâtre de Mont-rouge
(commissariat : Adrien Pasternak, réseau Artskool)
- Pôle impression / Edition 1/X, ENSBA, Paris
2005
- Scène de ménage, Chez l’un, l’autre, Galerie
Anton Weller, Paris
- Première vue, 4ème édition, Passage de Retz, Paris
(commissariat : Michel Nuridsany)
2006
- Salon du livre, Paris, invitée par Dominique
Gauthier
- Salon de Mai, Paris
- 2 jours 2 nuits, A3art, place Saint Sulpice, Paris
- A corps tendus, Bookstorming, Paris (commissariat : Marie Martens)
- FIAC, Galerie Alain Gutharc, Paris
2007
- FIAC, Galerie Alain Gutharc, Paris
- Rendez-vous 07, Ecole des Beaux-arts de Lyon
- Dissidence(s), La Générale en manufacture, Sèvres
- Antidote, Galerie des Galeries, Galeries Lafayette,
Paris
- Moteur, Centre d’Art Contemporain le Crédac,
Ivry-sur-Seine
- Cadrage-Débordement, exposition des Félicités,
ENSBA, Paris (commissariat : Thierry Raspail)
- Salon de Mai, Paris
- Art Brussels, Galerie Alain Gutharc, Bruxelles
2008
- FIAC, Galerie Alain Gutharc, Paris
- Hiscox Art Projects, avec Nicolas Giraud, Londres
- Il était une fois..., Parcours Saint Germain,
Boutique Christian Lacroix, Paris
- Rendez-vous, Shanghai 2008, Art Museum, Shanghai
(commissariat : MAC Lyon ; IAC, Villeurbanne ;
ENSBA, Lyon)
- Musée Réattu / Christian Lacroix, Musée Réattu,
Arles (commissariat : Christian Lacroix)
- Les David, Académie pour l’art contemporain, Paris
- Salon du dessin contemporain, Paris
- Art Brussels, Galerie Alain Gutharc, Bruxelles
2009
- Beautés monstres, musée des Beaux-arts, Nancy
- FIAC, Cour Carrée du Louvre, Galerie Alain
Gutharc, Paris
- Volta5, Galerie Alain Gutharc, Bâle (Suisse)
- Papiers, Galerie Alain Gutharc, Paris
- Art Brussels, Galerie Alain Gutharc, Bruxelles
- S x S dans R, La Générale en Manufacture, Sèvres
(commissariat : Adrien Pasternak)
- Gallery Braverman, Tel Aviv (Israël)
2010
- La belle peinture est derrière nous, exposition
organisée avec l’Institut Français de Turquie et
CulturesFrance, Istambul (Antrepo N°5) et Ankara
(CER Modern) (Turquie) (commissariat : Eva Hober)
- FIAC, Cour Carrée du Louvre, Galerie Alain
Gutharc, Paris
- Biennale de Shanghai (commissariat : musée d’Art
Contemporain, Lyon ;Musée de Shanghai)
- Circuit
céramique
:
la
scène
française
contemporaine, Manufacture de Sèvres - Cité de la
Céramique
- Lignes de chance, Fondation d’entreprise Ricard,
Paris
2011
- Antidote 7, Galerie des Galeries, Galeries
Lafayette, Paris
- Identité et Genre, Centre d’Art Contemporain
8
Passages, Troyes et Slick, Paris (commissariat :
Camille)
- Construire, élever la matière, 16ème Biennale de
Céramique Contemporaine (commissariat : Yves
Sabourin), musées de Châteauroux
- Posture / Imposture, Prix Sciences Po. pour l’Art
Contemporain, Paris
- Dessins exquis, Slick, Paris (commissariat : Laurent
Boudier)
2012
- A suivre..., œuvres du Fonds Municipal d’Art
Contemporain de la Ville de Gennevilliers ; Ecole
Municipale des Beaux-arts ; Galerie Edouard Manet,
Gennevilliers
- Eleventh hour, Futura, Center for Contemporary
Art, Prague (République tchèque) (commissariat :
Michal Novotny)
RESIDENCES
2011-2012
- Sèvres, Cité de la Céramique
AIDES
2007
- Aide à la première exposition, Centre National des
Arts Plastiques (CNAP)
- Aide au premier catalogue, Région Val de Marne
PRIX, CONCOURS
2007
- Prix Hiscox
- Prix Alphonse Cellier, Académie des Beaux-arts,
Institut de France, Paris
2008
- Prix Pierre Cardin, Académie des Beaux-arts,
Institut de France, Paris
2011
- Pré-sélectionnée pour le Concours de création de
tapisseries contemporaines, Cité Internationale de
la Tapisserie et de l’art tissé, Aubusson
COLLECTIONS PUBLIQUES
- Fonds National d’Art Contemporain
- Fonds Municipal d’Art Contemporain de la Ville de
Gennevilliers
9
Visuels pour la presse
-1-
-2-
-3-
-4-
-5-
-6-
10
-7-
-8-
-9-
- 10 -
11
Légendes des visuels
1. Hommage à Sam Francis, Bosch, Munch et à l’Inde, 2011
Technique mixte sur toile
97 x 130 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection de l’artiste
2. Les oiseaux sont intuitifs, 2011
Technique mixte sur toile
36 x 50 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection de l’artiste
3. Mon ombre brûlée, 2011
Technique mixte sur toile
146 x 114 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection François Pinault
4. Ecrasé par le cadre, 2009
Céramique
8,5 x 23 x 16 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection de l’artiste
5. La peinture contagieuse, 2009
Céramique
17 x 23 x 24 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection galerie Alain Gutharc, Paris
6. L’arbre bouche, 2011
Céramique
17 x 20 x 16 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection de l’artiste
7. La manche vague, 2011
Céramique
41 x 23 x 26 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection de l’artiste
8. Symbiose entre la peinture et l’espace, 2012
Technique mixte sur toile
81 x 130 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection particulière
9. Le saut de haies, 2011
Technique mixte sur toile
81 x 100 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection de l’artiste
10. Mon cœur mou, 2011
Technique mixte sur toile
97 x 130 cm
Courtesy galerie Alain Gutharc, Paris
Collection François Pinault
12
Informations pratiques
Musée de l’Abbaye Sainte-Croix – Rue de Verdun – 85100 Les Sables d’Olonne
Tél. 02 51 32 01 16 – [email protected]
www.lemasc.fr
Directrice, musée de l’Abbaye Sainte-Croix
Gaëlle Rageot-Deshayes
Contact presse :
Michelle Massuyeau : [email protected]
Parution du Cahier de l’Abbaye Sainte-Croix n° 122, « Marlène Mocquet ».
Horaires de 14 h 30 à 17 h 30
Fermé les lundis et jours fériés
Rencontre avec l’artiste le dimanche 18 mars 2012 à 15 heures
Animations spécifiques
Stéphanie Kervella, service des publics : 02 51 32 21 75
Le service éducatif met en place des animations en concertation avec les enseignants ou les responsables
de structures pour enfants.
La documentation, riche de 20.000 ouvrages, est à votre disposition sur rendez-vous.
Tarifs
Normal : 5,10 €
Réduit : 2,55 €
Gratuité le 1er dimanche de chaque mois pour tous, pour les jeunes de moins de 18 ans, les demandeurs
d’emploi, les bénéficiaires des minima sociaux.
13