Numéro 102 - La gestion des réclamations liées aux retards
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Numéro 102 - La gestion des réclamations liées aux retards
Groupe ENCON inc. Téléphone 613-786-2000 Télécopieur 613-786-2001 Sans frais 800-267-6684 www.encon.ca Bulletin Bulletin no 102 Avril 1999 Information Prévention Architectes et ingénieurs Assurance responsabilité professionnelle La gestion des réclamations liées aux retards : un guide de base à l’intention des architectes et des ingénieurs par Darrell C. May, Monette May & Associés et Richard B. Darke, Barnes Craig & Associés Introduction La présente publication est destinée à un usage informatif seulement. Elle ne doit pas être utilisée comme s’il s’agissait d’un conseil ou d’une opinion juridique sur des circonstances ou des faits en particulier. Programme parrainé par Le présent bulletin a été rédigé pour ENCON par Darrell May de Monette May & Associés et Richard Darke de Barnes Craig & Associés, deux firmes d’experts en sinistres spécialisées dans le règlement de réclamations du domaine de la construction. Cet article vise à démystifier certaines des questions les plus complexes se rapportant aux réclamations liées aux retards qui sont présentées par des entrepreneurs de projets de construction. Il ne s’agit pas d’un modèle qui vous permettra de régler vous-même ce genre de réclamations sans aide de l’extérieur. Nous vous recommandons toujours de déclarer rapidement les réclamations potentielles à ENCON et de traiter les problèmes liés à la construction, comme les ordres de changement, au fur et à mesure qu’ils se présentent. Non seulement s’agit-il de la façon la plus efficace de gérer les risques mais, au bout du compte, il s’agit du mode de résolution des conflits qui est le plus rapide et le plus rentable. Jusqu’à maintenant, les réclamations en matière de responsabilité dans le domaine de la construction qui sont les plus complexes et les plus difficiles à régler sont celles qui sont fondées sur des allégations d’ingérence entraînant des retards et/ou des baisses de productivité. Ce sont principalement les entrepreneurs qui présentent ce genre de réclamation contre un propriétaire, ou alors, c’est le propriétaire qui présente cette réclamation contre l’entrepreneur, et l’architecte ou l’ingénieur se trouve souvent mis en cause à un certain moment, au milieu du conflit, par l’une ou l’autre (ou les deux) des parties impliquées. Bien que le but de ce texte est de fournir aux consultants une méthode détaillée leur permettant de reconnaître les forces et tirer profit des faiblesses des réclamations liées aux retards qui sont présentées par un entrepreneur ou un propriétaire, nous examinerons également des suggestions visant à aider le consultant à gérer le risque que survienne un retard. En premier lieu, il est essentiel que le consultant comprenne bien la nature d’une réclamation liée à un retard, qu’il voit en quoi elle diffère des autres réclamations liées à des impacts et qu’il soit en mesure d’identifier les types de retard qui sont indemnisables (et ceux qui ne le sont pas). Qu’est-ce qu’une réclamation liée à un retard? Essentiellement, il s’agit d’une réclamation visant à recouvrer des coûts attribuables à une perte de temps, et ce auprès des parties réputées responsables d’une ingérence ayant causé le report de l’échéancier d’un projet au-delà de la date de fin des travaux prévue. Prenons par exemple le cas d’un entrepreneur qui présente une soumission pour un projet où il prévoit que l’équipement de construction loué restera sur le site pendant six mois. Si, par suite de l’ingérence d’un tiers, les travaux sont interrompus de telle sorte que la durée prévue doit désormais s’étendre à dix mois, l’entrepreneur réclamera le droit de recouvrer les coûts imprévus qu’il a dû engager pour la location de l’équipement de construction sur une période de quatre mois supplémentaires. Des retards en série se produisent lorsqu’un retard en entraîne d’autres. © 1999 Groupe ENCON inc. AE-LCB-102-F Avril 1999 Architectes et ingénieurs La gestion des réclamations liées aux retards : un guide de base à l’intention des architectes et des ingénieurs Des retards simultanés se produisent lorsqu’au moins deux activités sont retardées au même moment. Les réclamations liées à la productivité se distinguent des réclamations liées aux retards en ce qu’elles visent un dédommagement pour des baisses de productivité de la main-d’œuvre ou de l’équipement, plutôt que pour des coûts attribuables à une perte de temps causée par un retard. De la même façon, les réclamations liées à l’accélération des travaux, qui sont une autre variante des réclamations liées aux impacts, visent un dédommagement pour les coûts engagés en vue de reprendre le temps perdu en raison d’un retard ou d’une baisse de productivité. Cette variante vise donc les coûts engagés pour mitiger ou tenter de mitiger les effets de retards ou de baisses de productivité. Quels sont les retards qui peuvent faire l’objet d’un dédommagement? L’entrepreneur a le droit d’être dédommagé ou de bénéficier d’une prolongation de la durée contractuelle des travaux si le retard ne peut être attribué à sa propre faute. L’exception à cette règle est le cas où le retard n’a pas été causé par la faute de quelqu’un : par exemple, lors d’une grève, de conditions climatiques anormales ou d’un tremblement de terre. Dans de telles circonstances, que l’on appelle des « cas de force majeure », l’entrepreneur pourra bénéficier d’une prolongation de la durée contractuelle des travaux mais non d’un dédommagement. On dira alors que le retard est « excusable » mais qu’il n’est pas indemnisable. Les consultants doivent être conscients que les entrepreneurs invoquent souvent leurs travaux comme étant une cause de retard excusable et indemnisable. Des exemples de ces causes invoquées sont : des dessins incomplets, inexacts ou en retard, qui entraînent des ordres de changement quant à la conception, des directives de chantier et des demandes de clarification et d’information qui s’avèrent nombreux et inopportuns. Si l’entrepreneur est capable de démontrer la présence de ces erreurs, on tentera invariablement d’obtenir du consultant le paiement du dédommagement qui a été versé à l’entrepreneur en raison du retard. Lorsqu’un événement que l’entrepreneur aurait pu contrôler retarde la fin prévue des travaux, l’entrepreneur n’a pas droit à un dédommagement ni à une prolongation de la durée contractuelle des travaux. De plus, dans de telles situations « inexcusables » (et passibles de poursuites), l’entrepreneur pourrait être tenu de verser des dommages-intérêts liquidés ou, si aucun dommage n’est réparable aux termes du contrat, il pourrait fort bien faire face à une réclamation liée à un retard présentée par le propriétaire. Bien entendu, il arrive souvent, à quelque moment que ce soit dans le cadre d’un projet, qu’un certain nombre de causes de retards se produisent. On dit alors que ces causes de retards sont simultanées et il est essentiel que toute combinaison de retards simultanés survenus dans le cadre d’activités distinctes soient évalués individuellement de manière à déterminer les retards qui sont, le cas échéant, « excusables » et/ou « indemnisables ». Plus souvent qu’autrement, les retards simultanés seront composés de plusieurs types de retard. Ils constitueront une certaine combinaison de retards indemnisables, de retards non indemnisables, et de retards passibles de poursuites. Le défi est d’isoler les activités retardées qui ont eu les conséquences les plus importantes ou le retard qui s’est produit en premier. La seule façon d’y parvenir est en procédant à une analyse de réseau. Règle générale, en ce qui concerne les réclamations liées aux retards, les tribunaux reconnaissent que les droits de l’entrepreneur sont rattachés à la période de temps que représente l’écart (exprimé en dollars) entre la durée réelle et la durée prévue au contrat, n’eut été du ou des retards « excusables » (indemnisables). Méthode détaillée pour procéder à l’analyse d’une réclamation liée à un retard Le « talon d’Achille » de toute réclamation liée à un retard se trouve dans ses hypothèses. Même lorsque la méthodologie utilisée est valable, les hypothèses peuvent habituellement être contestées. Si vous réussissez à réfuter des hypothèses clés ou à les remplacer par des hypothèses plus plausibles que vous avez formulées vous-même, vous réussirez généralement à couper l’herbe sous le pied de la réclamation en question. Étape 1 : Examen de la documentation relative à la réclamation • • • • Résumer la logique au soutien de la réclamation, en identifiant les liens de cause à effet qui sont invoqués. Identifier les questions clés. Isoler les hypothèses. Identifier les forces et les faiblesses de la méthodologie utilisée. Questions à se poser : • • • • • • La documentation relative à la réclamation identifie-t-elle les véritables questions? Donne-t-elle un aperçu juste et objectif de ce qui s’est réellement passé sur le site ? D’autres problèmes ont-ils été ignorés? La logique au soutien de la réclamation estelle raisonnable? Tient-elle compte de l’incompétence ou des retards attribuables au réclamant lui-même? Le recours à la méthode du prix de revient total pour calculer le droit du réclamant doit être considéré comme un drapeau rouge : cela signifie que l’entrepreneur (par exemple) prétend qu’il aurait procédé exactement de la façon prévue n’eut été l’ingérence d’un tiers? Les interrelations entre les activités ont-elles été clairement démontrées? La logique au soutien de la réclamation estelle confirmée par la présence d’un réseau dynamique (c’est-à-dire la méthode du chemin critique)? La documentation à l’appui des prétentions en matière des coûts engagés a-t-elle été fournie? Habituellement, l’entrepreneur doit aviser le propriétaire et/ou le consultant par écrit, à l’intérieur d’une certaine période, de son intention de présenter une réclamation en raison d’un retard. Si les exigences en matière d’avis ne sont pas remplies, le tribunal pourrait rejeter la réclamation de l’entrepreneur. Dans l’affaire Corpex lnc. c. Sa Majesté La Reine du Chef du Canada (1977), le tribunal, se penchant sur le cas de l’absence d’avis, a déclaré ce qui suit : « Il lui incombait d’aviser le propriétaire pour réserver ses droits. Avec cet avis, le succès de sa réclamation aurait peut-être été mieux assuré une fois établi le défaut des ingénieurs-conseils de lui communiquer tous les renseignements dont ils disposaient sur la nature du sol. Mais sans cet avis, sa réclamation doit échouer selon moi, que sa réclamation soit fondée sur une hypothèse raisonnable basée sur les renseignements qu’on lui avait fournis ou sur la faute des ingénieurs-conseils. » Il faut également étudier le contrat dans le but de déterminer la nature des obligations contractuelles des parties par rapport aux services rendus et d’établir si ces obligations ont été remplies. En outre, le contrat prévoit habituellement un mécanisme pour le traitement des réclamations et pour l’établissement des droits (c’est-à-dire le taux unitaire applicable à l’équipement ou les taux globaux applicables à la main-d’œuvre). Questions à se poser : • • Étape 2 : Examen du contrat Le contrat, qui comprend la convention formelle, les modalités générales, les dessins, les devis, les ajouts, les modifications et les directives à l’intention des soumissionnaires, est le critère qui servira à établir si une réclamation dans le domaine de la construction est fondée. La plus importante disposition contractuelle qui doit être examinée dans le cas d’une réclamation liée à un retard est la clause relative aux exigences en matière d’avis. • • Les exigences en matière d’avis ont-elles été remplies? Le consultant s’est-il conformé à tous les délais d’exécution prévus pour examiner les dessins d’atelier, répondre aux demandes de clarification ou d’information ou pour aller de l’avant avec les ordres de changement prévus? L’entrepreneur a-t-il respecté les dates repères établies pour la remise des dessins d’atelier, l’acquisition du matériel et de l’équipement et la préparation des devis pour les modifications projetées des travaux? Des conditions négatives précises sur le site (qui sont au fondement d’une réclamation) • ont-elles été adéquatement décrites dans le contrat? Par exemple, lorsque divers entrepreneurs doivent en même temps effectuer les travaux relatifs à différents contrats à proximité les uns des autres, le contrat mentionne-t-il la possibilité de congestion? L’entrepreneur s’est-il acquitté de son obligation de mitiger les dommages? Étape 3 : Examen des documents clés Dans la plupart des conflits dans le domaine de la construction, les registres de chantier constituent le meilleur outil pour l’analyse et la résolution des conflits. C’est une excellente banque de renseignements sur la façon dont les travaux se sont déroulés. Il est clair que le consultant qui a tenu consciencieusement le registre du chantier ou le dossier du projet sera le mieux placé pour évaluer adéquatement toute réclamation liée à un retard qui est présentée. Le procès-verbal des réunions est un bon point de départ pour commencer la recherche relative à la présentation d’une réclamation. Il offre un aperçu général du projet qui peut être utilisé pour établir le contexte dans lequel se situent les réclamations. On y trouve habituellement un résumé de la position et des opinions du personnel de chantier au sujet des matières à réclamation et des mesures à prendre pour résoudre un problème d’ingérence, le nom des parties qui ont la responsabilité de prendre les mesures requises et un calendrier général des événements pouvant servir de guide dans le cadre d’une recherche plus poussée. Le procès verbal devrait également être étudié en vue de repérer d’autres circonstances liées à des problèmes ou à des événements qui contredisent la version des faits de l’entrepreneur (ou du propriétaire). Une réclamation liée à un retard est presque toujours fondée sur l’affirmation de l’entrepreneur selon laquelle son plan d’exécution des travaux était raisonnable et aurait pu être réalisé sans la prétendue ingérence d’autres personnes. Par conséquent, étant donné que le « caractère raisonnable » du plan de l’entrepreneur est la pierre angulaire du succès d’une réclamation liée à un retard, il est essentiel que la soumission et le calendrier de l’ouvrage initialement prévu et mis à jour par l’entrepreneur (y compris les travaux préparatoires pour la soumission) soient étudiés et évalués dans le but de déterminer si le plan était réaliste au départ. Combien d’heures-personnes étaient nécessaires pour mener chaque activité selon les estimations de l’entrepreneur? Quel était le niveau de productivité par heure-personne qui était nécessaire par métier selon l’entrepreneur pour que l’activité soit réalisée dans la période prévue? Quels sont les autres défauts de la soumission de l’entrepreneur? Des rajustements ont-ils été apportés au calendrier initialement prévu pour tenir compte de tour défaut dans la soumission. Il faut ensuite comparer le plan rajusté de l’entrepreneur avec la performance de l’entrepreneur sur le chantier. Par conséquent, il s’agit de reconstituer le calendrier de l’ouvrage fini en établissant son cheminement à l’aide des rapports d’activités, des journaux de chantier, de l’examen du chantier, des rapports sur les défauts, de la correspondance et d’autres documents portant sur des événements précis, ainsi qu’en tenant compte des dates réelles pour le commencement et la fin des travaux et les dates des événements qui ont eu un impact sur leur déroulement. Il faudrait également établir les dépenses en matière d’heure-personne réellement engagées à l’égard de chaque activité et de chaque métier. Étape 4 : Établissement du véritable déroulement des travaux : analyse du calendrier et interpolation de faits En comparant le calendrier de l’ouvrage initialement prévu et le calendrier de l’ouvrage fini, il devient possible d’évaluer la performance de l’entrepreneur par rapport aux travaux touchés ou non par des événements. Cette étape permet d’établir si les prétendues ingérences ont véritablement contribué ou non au retard général des travaux et, le cas échéant, dans quelle mesure. Tel que déjà mentionné, pour qu’une réclamation liée à un retard soit fructueuse, elle doit être capable de démontrer l’existence d’un lien entre la « cause » d’un retard (et/ou d’une baisse de productivité) et «1’effet » que ce retard a eu sur la durée prévue du projet. En relevant les dépenses en matière d’heurepersonne, on peut alors déterminer si la charge de main-d’œuvre a été effectuée de la manière prévue et si les niveaux de productivité ont été atteints dans les zones non touchées. « excusable » (indemnisable)? Quel retard s’est produit en premier? Bref, il faut accorder une attention particulière au type de calendrier utilisé, à la validité du calendrier de l’ouvrage initialement prévu, à l’exactitude des registres de l’ouvrage fini et à la fiabilité de la méthodologie choisie pour démontrer les effets sur le calendrier. Questions à se poser Étape 5 : Évaluation des droits • Une fois que le consultant est convaincu du caractère raisonnable de la logique de la réclamation de l’entrepreneur en ce qu’il a démontré les liens de cause et d’effet, et qu’il juge la réclamation conforme aux exigences contractuelles, les dommages-intérêts réclamés doivent être évalués. • • • • • • • Le calendrier de l’ouvrage initialement prévu est-il conforme aux exigences du contrat quant à sa forme et indique-t-il les dates repères de façon appropriée? Le calendrier de l’ouvrage initialement prévu reflète-t-il avec exactitude le rapport entre les activités en ce qui a trait à leur dépendance, leur simultanéité et aux restrictions d’accès qui les touchent, et le déroulement des travaux? En examinant l’aspect de la dépendance, il est important de tenir compte d’autres conditions qui pourraient éventuellement avoir eu des effets, comme la disponibilité de l’équipement et de la maind’œuvre, la saison et le climat, les zones d’étape, l’approvisionnement en matériel, etc. L’entrepreneur a-t-il atteint et maintenu les niveaux de main-d’œuvre prévus? Le cas échéant, les niveaux de productivité prévus ont-ils été atteints dans les zones non touchées? Dans le cas où la réclamation de l’entrepreneur comprend une analyse différentielle des coûts, il faut s’assurer que la base de mesure utilisée (c’est-à-dire « l’unité de mesure ») pour mesurer une activité est exactement la même que celle qui est utilisée pour mesurer l’activité touchée. Les arrêts dans l’exécution des travaux de l’entrepreneur correspondent-ils aux dates d’impact relevées? Un événement ayant eu des effets a-t-il eu des effets importants sur le chemin critique? Un chemin critique avait-il été prévu ou le projet était-il tributaire des ressources? Y a-t-il eu des retards simultanés? Les retards simultanés sont-ils attribuables à l’entrepreneur? Le cas échéant, ont-ils eu des effets plus importants que le retard Le droit de réclamer des dommages-intérêts en raison d’un dépassement des travaux prévus découle habituellement du coût global de la main-d’œuvre qui a été fixé dans le contrat principal. Pour éviter toute comptabilisation en double, assurez-vous que le temps de travail productif attribuable aux travaux prévus dans le contrat et effectué pendant la période de retard est déduit du total du coût de la maind’œuvre qui est réclamé. Le coût de la sous-utilisation de la main-d’œuvre peut être récupéré si l’entrepreneur est en mesure de démontrer que s’il avait laissé partir des travailleurs clés, y compris les ouvriers spécialisés, il aurait couru le risque que cette main-d’œuvre ne soit plus disponible plus tard. Est également récupérable le coût du matériel et du matériel sous-utilisé, de même que l’augmentation du coût du matériel ou des salaires attribuables aux heures de travail réellement effectué. L’analyse différentielle des coûts est la méthode la plus fréquemment utilisée pour calculer le montant des pertes attribuables à une baisse de productivité. L’entrepreneur a droit au montant que représente l’écart entre le taux de productivité atteint dans le cadre de travaux non touchés et celui atteint dans le cadre de travaux touchés. Le résultat est habituellement confirmé au moyen d’une étude statistique pertinente qui présente l’effet que divers facteurs, tels que les intempéries, les temps d’attente, le temps supplémentaire, etc., ont sur la productivité. Assurez-vous que les travaux prétendument non touchés soient comparables aux travaux touchés quant à la complexité et/ou le mode d’exécution. Lorsque la présence d’un retard « excusable » (indemnisable) a été démontrée, l’entrepreneur peut récupérer la totalité des frais indirects du bureau de chantier engagés pendant toute la période. Ces frais comprennent ceux qui touchent le personnel de chantier (c’est-à-dire l’administration et les gestionnaires de projet), les services publics additionnels, l’entretien, toute roulette-remorque, l’entreposage temporaire, les frais de communication (c’est-à-dire les télécopieurs et les téléphones) et les coûts engagés pour assurer la sécurité du site. On calcule le taux des frais indirects quotidiens en divisant le total de tous les coûts fixes par le nombre total de jours au cours desquels ces coûts ont été engagés. Le taux quotidien est ensuite multiplié par le nombre total de jours de retards indemnisables. Il est également possible de récupérer les frais indirects du bureau principal. Ces frais comprennent le loyer du bureau principal ou les paiements locatifs, les assurances, les impôts fonciers, les salaires du personnel de bureau et la location d’équipement de bureau. Il y a de nombreuses façons de calculer le montant des frais indirects du bureau principal auquel on peut avoir droit. La méthode la plus utilisée est la formule Eichleay. Cette formule tente de calculer les frais indirects du bureau principal en fonction du rapport entre ces frais et le total de la facturation de l’entrepreneur. Faiblesses de la formule de Eichleay : • • • L’entrepreneur n’est pas tenu de prouver l’augmentation véritable des frais indirects qui s’applique à un retard précis. La formule présume que les activités indirectes sont réparties entre les divers travaux de l’entrepreneur dans la même proportion que ce que représente ce projet par rapport à la facturation totale de l’entrepreneur pour l’ensemble de ses projets. Elle présume que les coûts indirects sont engagés à taux fixe et que les activités indirectes sont fournies au projet dans la même quantité sur une base quotidienne. • • L’entrepreneur est dédommagé pour les frais indirects non imputés, sans égard au fait que le taux applicable à ses frais indirects ait augmenté pour une autre raison qu’un retard (c’est-à-dire les activités supplémentaires, la mauvaise gestion, etc.) Les frais indirects sont répartis également entre tous les projets de l’entrepreneur. Par conséquent, si l’entrepreneur ne compte qu’un seul projet, cette formule lui permettra de récupérer la totalité des frais indirects de son bureau principal. Questions à se poser : • • • Si des ordres de changement constituent la cause prétendue du retard et que ces ordres ont été émis en tenant compte d’un prix coûtant majoré, l’entrepreneur aura vraisemblablement été dédommagé à l’égard des frais indirects, non imputés, du bureau principal et des profits non imputés en raison du taux tout compris utilisé. Assurez-vous que l’entrepreneur ne réclame pas les frais indirects et les profits deux fois. Assurez-vous que les montants prévus dans la soumission pour les éléments réclamés (c’està-dire le chauffage et les réserves) ont été déduits du montant total réclamé. Lorsqu’on prétend que plus d’une partie a occasionné un retard et/ou une perturbation, l’auteur des documents de réclamation aura calculé le pourcentage de la responsabilité attribuée à chaque partie. Cette attribution constitue toujours un point faible puisqu’il s’agit d’une approximation subjective énoncée en pourcentages. Éviter les réclamations liées aux retards : la perspective de la gestion des risques Les suggestions suivantes ont été choisies dans diverses publications techniques* et sont reformulées pour aider le consultant à réduire la possibilité qu’il fasse l’objet d’une réclamation liée à un retard ou pour simplifier le processus d’établissement des droits en cause lorsqu’il y a une réclamation. Examen indépendant de la conception Faites examiner par une équipe d’ingénieurs et d’architectes indépendants les plans et devis des équipes qui les ont conçus avant que ces plans et devis ne fassent partie des documents de soumission. Il s’agira d’un examen minutieux effectué du point de vue des entrepreneurs afin de déterminer si les plans et devis comportent suffisamment de renseignements pour mener à la construction du projet. Plus les documents de conception soumis seront complets, moins il y aura d’ordres de changement et/ou de demandes d’information ou de clarification. Précision du calendrier Détaillez les exigences relatives au calendrier. L’adoption de la méthode du chemin critique ou d’un autre calendrier établi en fonction du réseau devrait s’imposer. Les caractéristiques techniques devraient dicter les intervalles pour les mises à jour du calendrier, les dates repères, le niveau de détails nécessaire du calendrier, la propriété de l’équipement, etc. Estimation des demandes d’information et de clarification est alors multiplié par le nombre moyen de jours de retard prévu. Le total est ensuite ajouté au coût de la soumission à titre de provision. Les soumissionnaires sont informés que le taux quotidien soumis est le seul montant que l’entrepreneur pourra récupérer en cas de retard. Le jeu de la concurrence en matière d’appel d’offres fera en sorte que les taux quotidiens ne seront pas élevés. Si une réclamation est présentée, le montant que l’entrepreneur pourra récupérer pour chaque jour de retard ne pourra faire l’objet d’un différend. Chrono-enregistrement vidéo ou photo Pour éviter les conflits lorsqu’il s’agit de déterminer ce qui s’est véritablement passé sur le chantier eu égard au rendement de l’entrepreneur, aux conséquences des modifications et/ou à la durée réelle des activités, etc., on installera un système de chrono-enregistrement vidéo automatique (doté d’un timbre dateur) dont les caméras seront placées à divers endroits sur le site du projet. De cette façon, les différends portant sur des questions de fait seront évités car un simple examen de la bande vidéo permettra d’établir la durée exacte d’une activité en particulier, le nombre d’heures réellement nécessaires pour remplir un ordre de changement donné, le nombre d’heures pendant lesquelles une grue est restée inutilisée, etc. Partenariat Les réclamations liées aux retards ou aux baisses de productivité occasionnées par un nombre excessif de demandes d’information ou de clarification en matière de conception pourraient être réduites ou éliminées par l’inclusion, dans le dossier d’appel d’offres, d’un énoncé avisant l’entrepreneur qu’il doit s’attendre à présenter un nombre précis de demandes d’information ou de clarification. Le nombre approximatif de demandes pourrait être établi en calculant le nombre moyen de demandes d’information et de clarification effectuées dans un échantillon de projets du même genre. Coût prévu pour les retards Il s’agit d’analyser des projets antérieurs du même genre afin d’établir le nombre moyen de jours de retard excusables (indemnisables) auquel on doit s’attendre. Une rubrique est prévue dans le dossier d’appel d’offres où les entrepreneurs sont priés d’indiquer un coût quotidien pour les retards; ce coût Le partenariat est une technique de gestion de projet. Sans éliminer complètement les réclamations, la perspective du « travail d’équipe » adoucit la dynamique conflictuelle habituelle qui s’établit entre un entrepreneur et les consultants ou le propriétaire. Bref, les problèmes se règlent plus facilement lorsque les parties coopèrent pour trouver des solutions plutôt que lorsqu’elles s’opposent en tentant de protéger (ou de favoriser) leurs intérêts au moment où un problème se manifeste. * La source principale de ces suggestions est un article technique intitulé « Practical Dispute Management » par James G. Zack Jr. (Cost Engineering Vol. 37/No. 12, Dec. 95). Bibliographie Bramble, B.B.; D’Onofrio, M. et Stetson, J.B. Avoiding & Resolving Construction Claims. R.S. Means Company Inc., 1990. Zack Jr., J.G. Practical Dispute Management. Cost Engineering Vol. 37/No. 12, Dec. 1995. Werderitsch, A.J.; Reams, J.S.. Planning and Scheduling: Schedules Used In Delay Analysis. Revay, S.G. Delay Analysis Revisited. Revay Publishing. Vol. 13/No. 2, June 1994. Zink, D.A. The Measured Mile: Proving Construction Inefficiency Costs. Cost Engineering, April 1986. Watts, T.J. Issues Related to Construction Claims. Cost Engineering Vol. 29/No. 8, Aug. 1987. ISRM. Delay and Impact Claims. Delay and Impact Claims Seminar, 1988. BIM, Construction Disputes, Claims and Resolution. Revay, S.G. Quantifying Delay, Acceleration and Impact Cost Claims. Revay Publishing. Groupe ENCON inc. Téléphone 613-786-2000 Télécopieur 613-786-2001 Sans frais 800-267-6684 www.encon.ca