Full text - PDF - Canadian Tax Foundation
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canadian tax journal / revue fiscale canadienne (2013) 61 (supp.), 5 - 18 L’évolution des taxes indirectes Jean-Hugues Chabot et Mary Anne McMahon* Précis Les taxes indirectes ont toujours eu une position difficile dans le cœur des Canadiens. Dans certains cas, elles existent depuis avant la création du pays, alors que la mal-aimée taxe sur les produits et services et sa cousine, la taxe de vente harmonisée sont parmi les développements les plus relativement récents. Aimées ou détestées, elles font partie du portfolio fiscal canadien et ne sont pas prêtes à être remplacées compte tenu que l’augmentation de la dépendance de ces taxes est reflétée par les mêmes tendances constatées dans le monde entier. Cet article dresse un portrait de l’histoire des taxes indirectes au Canada et ailleurs, et essaie de voir comment ces taxes deviendront un prix à payer pou les économies mondiales pour les années à venir. Mots clés : Taxes indirectes n taxes à la consommation n taxe sur les produits et services n taxe de vente harmonisée n taxe sur la valeur ajoutée S o mm a i r e Introduction Survol historique de l’expérience canadienne La taxe canadienne sur les produits et services La taxe de vente harmonisée La situation dans d’autres juridictions 5 7 11 14 15 Introduc tion Au cours des 25 dernières années, des pays du monde entier ont investi massivement dans les mesures de relance budgétaire. Ces dépenses ont grandement contribué à adoucir la récession mondiale, mais, conjuguées à la chute des recettes fiscales, elles ont également entraîné des déficits historiques dans plusieurs pays. Les gouvernements doivent maintenant équilibrer leur budget : l’élargissement de l’assiette fiscale, des hausses d’impôts et de taxes et un renforcement de l’application des lois fiscales semblent inévitables. Mais quels * Jean-Hugues Chabot est de Ernst & Young S.R.L., S.E.N.C.R.L., Montréal (courriel : [email protected]). Mary Anne McMahon est de Couzin Taylor, S.R.L., S.E.N.C.R.L., alliée à Ernst & Young S.R.L., S.E.N.C.R.L., Ottawa (courriel : [email protected]). 5 6 n canadian tax journal / revue fiscale canadienne (2013) 61 (supp.) impôts ou taxes seront dans la mire ? Il semble de plus en plus que les taxes indirectes à la consommation, comme la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), la taxe sur les produits et services (TPS) et les taxes d’accise, joueront un rôle majeur. Il est intéressant de noter que malgré cette théorie, jusqu’à récemment, la tendance a été à l’opposé. En 2007, dans une synthèse, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a montré que la part des recettes fiscales provenant des taxes à la consommation s’est trouvée ramenée de plus de 38 pour cent en 1965 à moins de 32 pour cent en 20051. Il s’agit d’un déplacement de la charge fiscale plutôt que d’une réduction de celle-ci, la diminution de la part des recettes fiscales générées par les taxes à la consommation ayant été compensée par une augmentation de la part des impôts sur le revenu découlant particulièrement d’un fort accroissement de la part des cotisations de sécurité sociale. Toutefois, au cours de la même période, la part des TVA /taxes de vente, exprimée en pourcentage des taxes mondiales imposées aux entreprises, est passée d’un peu plus de 25 pour cent à près de 40 pour cent. Nous avons également observé un changement dans la nature des taxes indirectes. Auparavant, les recettes des taxes à la consommation provenaient principalement de taxes sur des produits et services spécifiques, comme les taxes d’accise. Or, aujourd’hui, la majeure partie des recettes tirées de taxes indirectes proviennent des taxes à la consommation générales comme la TVA et la TPS. Depuis 2000, les taxes à la consommation générales représentent à elles seules approximativement 15 pour cent de l’ensemble des recettes fiscales dans la majorité des pays membres de l’OCDE et, dans certains pays comme la Hongrie et la Nouvelle-Zélande, les recettes provenant de la TVA/TPS constituent plus de 26 pour cent du total des recettes fiscales2. Dans le cadre de la conférence de haut niveau sur la TVA organisée par l’OCDE à Lucerne, en Suisse, les 9 et 10 septembre 2009, il a été reconnu ouvertement que la part des recettes générées par les taxes à la consommation a pris le dessus sur celles provenant des impôts sur le revenu dans le contexte économique actuel. Cette conférence réunissait de hauts responsables de la politique fiscale de 25 pays membres de l’OCDE, de la Commission européenne et de 5 pays non membres en vue de discuter du rôle des taxes à la consommation dans le contexte économique mondial actuel, de l’évolution de ces taxes de plus en plus importantes au cours des prochaines années et de la façon d’en améliorer le fonctionnement. Dans leur communiqué final, les participants ont souligné ce qui suit : « La question des rentrées fiscales est importante à l’heure où les pays tentent de rééquilibrer leurs comptes. Les recettes générées par l’impôt sur les sociétés mettront 1 Organisation de coopération et de développement économiques, « Impôts sur la consommation : Une solution d’avenir ? » Synthèses, Octobre 2007, à la p. 4, graphique 2. 2 Ibid., à la p. 3, graphique 1. l’évolution des taxes indirectes n 7 vraisemblablement beaucoup de temps à se redresser et les pays devront se tourner vers d’autres formes d’impôts 3. » Si l’évolution de la structure fiscale s’oriente vers un recours accru aux taxes indirectes, d’importantes décisions en matière de politiques fiscales entreront en jeu. Les pays devront peut-être élargir l’application de ces taxes ou en augmenter les taux. De plus, ils pourraient devoir moderniser et simplifier leurs lois, leurs pratiques administratives et leurs règles d’observation en matière de TVA / TPS si les taxes à la consommation devraient jouer pareil rôle économique fondamental efficacement. Les contribuables devront également tenir compte des incidences probables de cette tendance sur chaque étape du cycle de fiscalité — observation, assujetissement, planification et contestation. Cette tendance, qui s’est amorcée à la fin du 20e siècle alors que bon nombre de pays ont instauré la TVA et des taxes similaires, s’est amplifiée en raison de la récession mondiale. Les taxes à la consommation sont appelées à la rescousse pour combler les déficits budgétaires records causés par la baisse des recettes générées par les impôts directs et le coût des mesures de relance budgétaire. De leur côté, les Canadiens ont une relation de très longue date avec les taxes de vente, comme nous allons vous le démontrer dans l’analyse historique qui suit. S u r v o l h i s t o r i q u e d e l’ e x p é r i e n c e c anadienne La Constitution canadienne4 prévoit le partage des compétences entre le Parlement fédéral et les législatures provinciales. Si celles-ci n’ont qu’un pouvoir de taxation directe dans les limites de la province, le Parlement fédéral a, quant à lui, le pouvoir de prélever des deniers « par tous modes ou systèmes de taxation5 ». Par conséquent, le gouvernement canadien a toujours eu le pouvoir de percevoir divers types de taxes de vente, notamment la taxe sur les ventes des fabricants, les taxes d’accise, la taxe du grossiste ou, comme nous le savons trop bien, la taxe sur la valeur ajoutée. Se fondant sur ce pouvoir, le gouvernement a exploité bon nombre de ces possibilités. Pendant plus de 50 ans suivant la formation du pays, les droits de douane et d’accise ont constitué la majeure partie des recettes fédérales. La Loi sur l’accise (qui existe toujours aujourd’hui, tout comme sa cousine, la Loi de 2001 sur l’accise) est en fait une des plus vieilles lois du Canada. Elle existait déjà sous une certaine forme avant la Confédération. En vertu de cette loi, le gouvernement a imposé des taxes et des droits sur l’alcool, la bière et les produits du tabac, qui sont évidemment toujours en vigueur aujourd’hui. 3 Organisation de coopération et développement économique, « Lucerne Conference Communiqué », 10 septembre 2009, à la p. 1 (www.oecd.org/fr/ctp/consommation/ 43669338.pdf ). 4 Loi constitutionnelle de 1867, 30 et 31 Vict., c. 3 (R-U). 5 Ibid., à l’article 91(3). 8 n canadian tax journal / revue fiscale canadienne (2013) 61 (supp.) La grande histoire de la taxe de vente a réellement débuté au fédéral avec l’imposition d’une taxe de vente fédérale (TVF) en 1920. La taxe « provisoire » de 1 pour cent sur le chiffre d’affaires s’appliquait à toutes les étapes, sauf à l’étape finale de la vente au détail, et était perçue en partie en vue de pallier l’importante dette découlant de la participation du Canada à la Première Guerre mondiale. En 1924, la taxe sur le chiffre d’affaires a été remplacée par une taxe de 6 pour cent sur les ventes des fabricants qui devait demeurer en place sous une forme ou une autre pendant plus de 60 ans. Il s’agissait d’une TVF généralement imposée en une seule étape aux ventes faites par un fabricant de marchandises fabriquées ou produites au Canada ou à la valeur à l’acquitté des marchandises importées au Canada. Cette taxe fonctionnait bien, c’est-à-dire qu’elle générait des recettes suffisantes, mais elle posait tout de même certains problèmes : n n n n La TVF était appliquée en cascade. Étant donné que les fabricants payaient la taxe sur les intrants acquis en vue de leur utilisation dans la fabrication ou la production d’autres produits, mais qu’ils ne pouvaient pas recouvrer le montant de cette taxe, la taxe était incorporée à chaque étape successive; Puisque la TVF s’appliquait uniquement aux fabricants (quelque 70 000 au moment où elle a été finalement remplacée), elle semblait cibler injustement le secteur canadien de la fabrication et de la production; Certains problèmes d’évaluation de l’assiette à l’égard de laquelle la taxe était appliquée faisaient aussi en sorte que les importations étaient favorisées par rapport à la production intérieure. Par exemple, le prix de vente pour les fabricants canadiens comprenait les coûts de distribution, comme ceux liés à la publicité, alors que de tels coûts n’étaient pas inclus dans l’assiette fiscale pour les produits importés comparables; Enfin, au moment où la TVF a été abolie, l’assiette avait été érodée par la mise en œuvre de centaines d’exemptions s’appliquant à des marchandises comme les aliments, les livres, les produits de santé, l’huile à chauffage et la majeure partie des machines et de l’équipement. Certes, le gouvernement fédéral était conscient de ces problèmes, mais l’abolition de la TVF était tout simplement impensable, le pays étant déjà devenu dépendant des recettes qu’elle générait. Toutefois, désireux d’améliorer l’application de la taxe, le gouvernement a entrepris un processus d’amélioration de la taxe de vente qui devait s’étendre sur des décennies et faire l’objet d’études de la part de plusieurs comités et commissions royales6 : 6 Le résumé suivant s’appuie principalement sur Richard Domingue et Jean Soucy, La taxe sur les produits et services : 10 ans plus tard, PRB 00-03F (Ottawa : Bibliothèque du parlement, Direction de la recherché parlementire, 15 juin 2000), « Historique de la creation de la TPS ». l’évolution des taxes indirectes n 9 n n n n n En 1937, la Commission royale d’enquête sur les relations entre le dominion et les provinces a suggéré que la taxe de vente fédérale soit graduellement éliminée7 comité sur la taxe de vente. En 1956, un mis sur pied par le gouvernement fédéral a recommandé d’importants changements à la taxe sur les ventes des fabricants alors en vigueur8. Plus particulièrement, le comité a recommandé que la taxe soit imposée au grossiste. Cette recommandation n’a pas été retenue, des changements mineurs ayant plutôt été apportés à la taxe dans le cadre des quelques budgets fédéraux suivants. En 1966, la Commission royale d’enquête sur la fiscalité (commission Carter) est allée jusqu’à proposer que la meilleure solution était que les gouvernements fédéral et provinciaux adoptent une taxe de vente nationale imposée à la vente au détail en fonction d’une assiette commune, taxe qui serait payable par les consommateurs et administrée par les provinces9. Toutefois, la taxe proposée ne prévoyait pas de processus de recouvrement de la taxe sur les intrants et n’aurait donc pas résolu les problèmes d’application en cascade inhérents à la TVF alors en vigueur. Au cours des années 1970, le ministère des Finances a entrepris ses propres exercices internes pour examiner les problèmes posés par la taxe alors en vigueur. En 1977, le Groupe d’étude sur les taxes à la consommation recommandait que la TVF soit appliquée au grossiste10 et, dans le budget fédéral de 1981, le gouvernement a annoncé qu’il avait effectivement l’intention d’instaurer cette taxe11. Ce projet a toutefois échoué en raison d’une opposition généralisée. En 1983, le comité Goodman, mis sur pied par le gouvernement fédéral, a conclu au rejet d’une taxe imposée au grossiste et au fait que le gouvernement ne disposait que de trois options : une taxe nationale sur les ventes au détail, une taxe fédérale sur les ventes au détail ou une taxe fédérale sur la valeur ajoutée12. Dans son rapport, le Comité proposait notamment « que le gouvernement songe à instaurer une taxe fédérale à la valeur ajoutée et que les provinces [soient] invitées à participer à l’administration d’une telle taxe13 ». 7 Canada, ministère des Finances, Commission Royale d’enquête sur les relations entre le Dominion et les provinces (Ottawa : King’s Printer, 1940). 8Canada, Report of the Sales Tax Committee (Ottawa : Queen’s Printer, janvier 1956). 9Canada, Commission Royale d’enquête sur la fiscalité (Ottawa : Queen’s Printer, 1966). 10 Canada, Commission Royale d’enquête sur la fiscalité (Ottawa : Queen’s Printer, 1966). 11 Canada, ministère des Finances, le Budget de 1981, 12 novembre 1981. 12 Canada, Report of the Federal Sales Tax Review Committee (Ottawa : ministère des Finances, mai 1983). 13 Ibid., à la p. 58. 10 n canadian tax journal / revue fiscale canadienne n n (2013) 61 (supp.) En novembre 1984, le gouvernement fédéral a annoncé pour la première fois qu’il envisageait la création d’une TVA14. Par la suite, dans son budget de 1986, il a déclaré qu’il étudiait la possibilité d’une « taxe de transaction15 », soit une TVA établie selon une méthode de soustraction fondée sur les comptes, en vertu de laquelle les entreprises devraient calculer le montant de taxe payable en multipliant leurs ventes totales par le taux de la taxe et en soustrayant ensuite le total de leurs achats multiplié par le même taux. Comme elle était calculée en fonction des informations financières déjà disponibles, cette taxe était présentée comme une mesure permettant de réduire les coûts d’observation. Cependant, cette idée a été abandonnée, et ce, principalement en raison des complications liées à la nécessité d’harmoniser des taxes ayant différents taux. À ce moment-là, le gouvernement a admis qu’il y avait d’autres problèmes à régler à l’égard du système fiscal canadien, en plus du problème de la TVF. Ainsi, plus tard en 1986, il a annoncé que les fonctionnaires du ministère des Finances préparaient une refonte en profondeur du système fiscal canadien16 . Ainsi, au milieu des années 1980, le régime de TVF alors en place était mûr pour d’importants changements. Diverses tentatives faites pour régler les problèmes liés au cadre législatif existant se sont révélées infructueuses. On a fini par parler de la « taxe aux 40 000 décisions », témoignant des efforts des administrateurs de ce qui était alors la Direction de l’accise du ministère du Revenu national, Douanes et Accise, qui avaient la tâche ingrate de sauver un bateau à la dérive. Or, il y avait des limites à ce que ces bons fonctionnaires pouvaient faire, et la TVF semblait vouée à une mort certaine. Qui aurait cru à l’époque que Brian Mulroney et le ministre des Finances Michael Wilson allaient devenir les champions de la réforme de la taxe de vente au Canada. Brian Mulroney a entamé son deuxième mandat à titre de premier ministre en pleine récession économique. Le gouvernement était aux prises avec une dette nationale croissante et une TVF qui avait tout simplement cessé de fonctionner efficacement. Bien que le taux de la taxe, en bonne partie latente, eût augmenté de façon constante pour atteindre 13,5 pour cent, l’érosion continue de l’assiette de la taxe en faisait une source de revenus de moins en moins fiable. N’ayant guère le choix, Brian Mulroney a donc lancé un processus de consultation pour étudier les solutions de rechange possibles, lequel devait durer trois ans. 14 Canada, ministère des Finances, A New Direction for Canada : An Agenda for Economic Renewal (Ottawa : ministère des Finances, novembre 1984). 15 Canada, ministère des Finances, le Budget de 1986, Le discours du budget, 26 février 1986, à la p. 17. 16 Canada, ministère des Finances, Communiqué 86-129, 18 juillet 1986. l’évolution des taxes indirectes n 11 En 1987, le gouvernement a publié un livre blanc dans lequel il annonçait qu’il préférerait remplacer les taxes de vente fédérale et provinciales par une seule TVA « nationale17 ». Après avoir sondé cette voie, il a cependant constaté que l’établissement d’une telle taxe recueillait un faible appui. Finalement, après l’élection de 1988, le gouvernement a annoncé qu’il créait son propre mécanisme de facturation et de crédit d’une TVA pour remplacer la TVF. Après avoir annoncé l’objectif fixé, le gouvernement a entamé le parcours vers la mise en œuvre l’instauration du nouveau régime de taxe. Il est vite devenu évident que le Canada était sur le point d’instaurer un modèle de TVA tout à fait unique. L a ta x e c a n a d i e n n e s u r l e s produits et services Dès le départ, on estimait de façon générale qu’il était absolument nécessaire d’éviter la multiplicité des taux et exemptions caractérisant la plupart des régimes de TVA européens. En revanche, plusieurs décideurs préconisaient à l’époque un système comme celui qui avait été mis en place en Nouvelle-Zélande en 1986. Cette taxe avait apparemment été instaurée sans guère d’opposition : annoncée au moyen d’une série de messages publicitaires bon enfant et jumelée à des réductions de l’impôt sur le revenu au moment de son instauration, elle avait un taux unique et comportait très peu d’exemptions. Par contre, à mesure que le modèle canadien prenait forme, il est rapidement devenu évident que la TPS canadienne serait plus compliquée. Le premier sujet de discorde concernait l’application proposée de la taxe aux aliments. Bien que les fonctionnaires du ministère des Finances et la plupart des intervenants du milieu des affaires estimaient que la TPS devait s’appliquer aux produits alimentaires, l’idée que la nouvelle taxe s’applique aux biens de première nécessité a soulevé un tollé général. Devant l’indignation de la population sur ce point, le gouvernement a annoncé que les « produits alimentaires de base » ne seraient pas assujettis à la taxe. Cette annonce a bien évidemment mené à la sordide et arbitraire règle selon laquelle la taxe s’applique à l’achat de cinq beignes, mais non à l’achat de six. Le matériel et les services médicaux ainsi que les loyers résidentiels ont rapidement été ajoutés à la liste des fournitures exclues. Ayant mal compris au départ les conséquences négatives du fait d’être visés par une TVA, les organismes de bienfaisance et les organisations sans but lucratif ont fait pression pour être exonérés et ont, malheureusement pour eux, réussi. Le ministre des Finances Michael Wilson a alors annoncé que les municipalités, les universités, les écoles et les hôpitaux (le « secteur MUEH ») n’auraient pas à payer un montant de taxe plus élevé dans le régime de la nouvelle TPS que dans l’ancien régime de la TVF, ce qui 17 Canada, ministère des Finances, Réforme fiscale 1987 : Réforme de la taxe de vente (Ottawa : ministère des Finances, 18 juin 1987). 12 n canadian tax journal / revue fiscale canadienne (2013) 61 (supp.) a pavé la voie à la négociation de taux de remboursement de la taxe pour chaque groupe, lesquels taux devaient permettre aux membres de chaque groupe de demander le remboursement d’une portion de leur taxe sur les intrants autrement irrécouvrable. En 1989, le gouvernement a publié un document technique sur la TPS dans lequel il faisait part de sa feuille de route pour la réforme à venir18. Ce document établissait clairement les arguments en faveur de la réforme : [traduction] En premier lieu, la TPS réduira les distorsions dues à la taxe fédérale de vente, qui nuisent à la consommation et à la production. Elle éliminera l’avantage dont jouissent les importations et supprimera la taxe latente sur les exportations, améliorant ainsi la compétitivité internationale des producteurs canadiens. Cette compétitivité améliorée permettra aux entreprises canadiennes d’accroître leurs activités et l’emploi. Grâce à la TPS, les prix relatifs de produits et services concurrents refléteront mieux les coûts économiques sous-jacents. Il en découlera des décisions permettant une meilleure affectation des ressources, ce qui engendrera une amélioration appréciable de la productivité totale et de la production potentielle. n En second lieu, en prévoyant le remboursement total de la taxe sur les intrants des entreprises, la TPS diminuera le coût des biens d’équipement, d’où une augmentation des investissements, du stock de capital et de la production potentielle19. n Encore cité aujourd’hui à l’occasion par les professionnels tentant de faire valoir l’intention sous-tendant la politique fiscale dans une situation donnée, ce document technique prévoyait également le cadre de la nouvelle taxe. Malgré les concessions qui ont été faites, l’appui de la population à la taxe a continué de diminuer et le gouvernement a renvoyé son document technique devant le Comité des finances et des affaires économiques de la Chambre des communes. Ce comité a recommandé certaines modifications additionnelles à la taxe, dont une réduction du taux proposé de 9 pour cent à 7 pour cent20. En janvier 1990, le ministre des Finances Michael Wilson a déposé devant la Chambre des communes le projet de loi C-62, qui allait donner naissance à la nouvelle taxe. Plutôt que d’adopter une nouvelle loi, pour des raisons qui n’étaient pas totalement claires même à l’époque, le gouvernement a incorporé la taxe à la loi qui avait instauré la TVF antérieure à titre de partie IX de la Loi sur la taxe d’accise 21. Les règles visant à régir la transition d’une taxe à l’autre ont été incluses à la partie VIII de la même loi. 18 Canada, ministère des Finances, Taxe sur les produits et services—Document technique (Ottawa : ministère des Finances, août 1989). 19 Ibid. 20 Canada, House of Commons, Standing Committee on Finance and Economic Affairs, Report on the White Paper on Tax Reform (Stage 1) (Ottawa : Queen’s Printer, novembre 1987). 21 LRC 1985, c. E-15, telle que modifiée. l’évolution des taxes indirectes n 13 Le processus d’approbation législative de la nouvelle taxe réservait des embûches plus sérieuses au gouvernement. Le projet de loi a été approuvé par la majorité conservatrice de la Chambre des communes, mais la rumeur de l’opposition du public grondait déjà. Les sénateurs libéraux s’étaient juré de faire échouer le projet de loi du gouvernement conservateur visant à instaurer la taxe. Toutefois, ils ont été surpris par la manœuvre constitutionnelle qui a suivi. Avec l’approbation du gouverneur général et de la reine, le Premier Ministre Brian Mulroney a invoqué l’article 26 de la Loi constitutionnelle de 1867 (clause visant à éviter les situations d’impasse) et nommé temporairement huit sénateurs additionnels, se dotant ainsi d’une majorité instantanée à la Chambre haute. L’astuce a fonctionné. Les tentatives de l’opposition et de certaines provinces pour contester la taxe devant les tribunaux se sont révélées infructueuses, tout comme la longue et houleuse obstruction systématique des sénateurs libéraux à la veille de l’adoption du projet de loi. Ainsi, après maintes batailles à feu et à sang, la loi visant à instaurer la TPS a reçu la sanction royale le 17 décembre 1990 et est entrée en vigueur le 1er janvier 1991. Or, la grogne s’est maintenue. Plusieurs provinces (l’Alberta en tête) ont contesté la constitutionnalité de la TPS. Le 25 juin 1992, la Cour suprême du Canada (CSC) a donné gain de cause au gouvernement fédéral22. Elle a conclu que la TPS ne portait atteinte à aucune compétence provinciale, puisqu’elle visait essentiellement à percevoir des revenus pour le gouvernement fédéral et que son effet sur les matières relevant de la compétence provinciale était donc accessoire à cet objet. La CSC a également rejeté l’argument selon lequel les entreprises devraient être indemnisées pour les coûts relatifs à la perception et à la remise de la taxe. Au final, le gouvernement Mulroney a très chèrement payé ce que certains pourraient appeler ses actes de courage fiscal (et l’adoption antérieure de l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis). Lors de l’élection de 1993, la première suivant l’instauration de la taxe, les conservateurs ont été presque éliminés de la scène politique fédérale, ne remportant que deux sièges au Parlement. Le gouvernement libéral vainqueur avait promis dans son livre rouge préélectoral qu’il substituerait à la TPS abhorrée « un dispositif qui produira[it] des recettes tout aussi élevées, qui sera[it] plus juste à l’égard des consommateurs et des petites entreprises, qui sera[it] moins un casse-tête pour les PME et qui encouragera[it] les pouvoirs publics fédéraux et provinciaux à coopérer et à harmoniser leurs politiques fiscales23 ». Une fois au pouvoir, ce gouvernement a de nouveau envisagé l’instauration de la taxe sur les transactions commerciales qui avait été rejetée par le gouvernement précédent. Toutefois, invoquant des motifs constitutionnels, le Comité des finances de la Chambre des communes, qui avait 22 Renvoi relatif à la taxe sur les produits et services, [1992] 2 RCS 445. 23 Parti libéral du Canada, Créer l’occasion : Le plan liberal pour le Canada (Ottawa : Parti liberal du Canada, 1993). 14 n canadian tax journal / revue fiscale canadienne (2013) 61 (supp.) été chargé d’examiner les solutions possibles, a décidé que la TPS fédérale devait plutôt être remplacée par une taxe de vente provinciale-fédérale harmonisée. L a ta x e d e v e n t e h a r m o n i s é e Le premier pas dans cette direction a été fait par la province de Québec, mais d’une façon qui n’avait probablement pas été prévue, ni même désirée, par la plupart. En 1991, le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec ont conclu une entente en vertu de laquelle le Québec devenait responsable de l’administration et de la perception de la TPS au Québec. Ensuite, en 1992, la province a instauré sa propre taxe sur la valeur ajoutée (la taxe de vente du Québec) et, au fil du temps, a essentiellement « harmonisé » son régime de taxe de vente provinciale avec plusieurs éléments de la TPS. En 2011, ce processus a progressé avec l’annonce de la signature d’un autre protocole d’entente entre les ministres des Finances fédéral et québécois en vue de l’harmonisation de la taxe de vente. Cette entente prévoyait la mise en place de modifications additionnelles à la taxe de vente du Québec le 1er janvier 2013. L’union du Québec et du Canada au chapitre de la TPS n’a pas toujours été de tout repos. En effet, les différences, parfois subtiles, parfois majeures, entre les lois et les pratiques administratives de la province et celles du pays ont posé certaines difficultés aux entreprises établies au Québec. Néanmoins, force est d’admettre que la collaboration des deux paliers constitue certainement un pas dans la bonne direction. Néanmoins, le premier véritable geste menant à l’instauration d’une taxe de vente nationale a été posé en 1996 lorsque le gouvernement fédéral libéral de l’époque a annoncé avoir signé un protocole d’entente avec les gouvernements de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve-et-Labrador en vue à d’harmoniser la TPS fédérale à la taxe de vente respective de ces provinces. Les protocoles ont mené à la négociation d’ententes intégrées de coordination fiscale avec chaque province. Ces ententes prévoyaient l’administration et la perception d’une nouvelle taxe sur la valeur ajoutée imposée par le fédéral, mais ayant à la fois des composantes fédérale et provinciale. Au moyen de l’application de formules complexes, chaque province devait recevoir sa part proportionnelle des recettes générées par la taxe de vente harmonisée (la TVH) et le gouvernement fédéral versait aux provinces une « indemnité » unique pour l’harmonisation. Ces ententes conféraient aussi aux provinces une certaine latitude quant aux remboursements offerts (remboursement au point de vente, remboursement pour les organismes de services publics, remboursement pour habitation neuve, etc.). La loi instaurant la TVH a reçu la sanction royale le 20 mars 1997 et est entrée en vigueur le 1er avril 1997. Le cadre initial prévu dans les ententes relatives à la TVH ne semblait pas inciter suffisamment les autres provinces à adopter une telle taxe. Toutefois, au fil du temps, le gouvernement a relâché son emprise et a consenti à accorder aux provinces davantage de flexibilité pour l’établissement de leur propre assiette pour la taxe, ainsi que des incitatifs financiers supplémentaires pour favoriser l’harmonisation. Par suite de cette décision, cette dernière s’est poursuivie, un seul obstacle de taille ayant entravé sa route : l’évolution des taxes indirectes n 15 n n n L’Ontario et la Colombie-Britannique ont harmonisé leur taxe de vente au détail respective à la TPS, avec prise d’effet le 1er juillet 2010. Toutefois, chose totalement surprenante, le gouvernement de la ColombieBritannique, donnant suite aux résultats d’un référendum particulièrement étrange sur la TVH, s’est retiré du régime de la TVH et a rétabli sa taxe de vente provinciale à compter du 1er avril 201324. À l’autre bout du pays, les brises océaniques semblent par contre avoir éclairci les esprits et le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard a adopté la TVH à compter du 1er avril 201325. En 2012, toutes les provinces, sauf le Manitoba et la Saskatchewan, ont de fait mis en œuvre ou annoncé une certaine harmonisation à la TPS fédérale, à l’exception de la Colombie-Britannique, qui a décidé de revenir à un régime jumelant la TPS fédérale à une taxe de vente provinciale. L a s i t u at i o n d a n s d ’a u t r e s j u r i d i c t i o n s En Europe, on observe depuis 2008 une nette tendance en faveur d’une augmentation des taxes indirectes, que ce soit la TVA /TPS ou les droits d’accise. Cette situation aura inévitablement pour effet d’accroître la part que représentent les taxes indirectes dans le revenu total de plusieurs pays au cours des prochaines années. Le taux de TVA standard moyen parmi les 27 pays membres de l’Union européenne (l’« UE ») a oscillé autour de 19,5 pour cent pendant plusieurs années avant d’amorcer une croissance constante après 2008. Au début de 2012, le taux de TVA moyen dans l’UE avait dépassé 21 pour cent. Cette tendance semble vouloir se poursuivre en 2012. Jusqu’à maintenant, cette année, 4 pays de l’UE ont décidé d’augmenter leur taux standard, soit l’Italie (de 21 pour cent à 23 pour cent), l’Irlande (de 21 pour cent à 23 pour cent), Chypre (de 15 pour cent à 17 pour cent) et la Hongrie (de 25 pour cent à 27 pour cent). Ces récentes hausses font suite à une série d’augmentations constantes du taux de TVA dans l’UE au cours des deux ou trois dernières années. Autre signe que cette tendance à la hausse des taux pourrait se poursuivre en Europe, les pays augmentent actuellement leur taux standard à des niveaux jamais atteints. Cette tendance est particulièrement marquée en Hongrie. En fixant le nouveau taux de TVA standard à 27 pour cent, ce pays a franchi la « barre magique » pour le taux 24 British Columbia, Ministry of Finance, « Action Plan in Place To Return B.C. to 12% PST/GST », News Release, 26 août 2011 (www2.news.gov.bc.ca/news_releases_2009-2013/ 2011FIN0067-001048.htm). Il sera intéressant de voir comment le gouvernement de la Colombie-Britannique va trouver les fonds nécessaires pour rembourser la somme de 1,599 milliard de dollars versée par le gouvernement fédéral par suite de l’élimination de sa taxe de vente provinciale le 1er juillet 2012 en faveur de la TPS/TVH. 25 Voir Île-du-Prince-Édouard, Department of Finance, Energy and Municipal Affairs, 2012-2013 Provincial Budget, Budget Address, 18 avril 2012, aux pp. 25-28, et Backgrounder on Harmonized Sales Tax, qui l’accompagnie. 16 n canadian tax journal / revue fiscale canadienne (2013) 61 (supp.) de TVA maximal dans l’UE, longtemps considéré comme étant de 25 pour cent. Étant donné que bon nombre de pays de l’UE, principalement les pays nordiques, imposent déjà un taux de 25 pour cent, il ne serait pas surprenant que d’autres pays européens suivent l’exemple de la Hongrie au cours des prochaines années, à moins que la conjoncture économique ne s’améliore. Le taux de TVA standard n’est pas le seul élément pour lequel on observe une hausse. Selon une tendance récente, les pays commencent à augmenter leurs taux réduits de TVA. La France, la Grèce, l’Italie, la Norvège, la Pologne, le Portugal et la République tchèque ont tous récemment augmenté leurs taux réduits de TVA ou retiré certains produits et services de la liste des produits et services visés par le taux plus bas. Fait intéressant, cette tendance pourrait avoir pour effet d’inciter davantage de pays à imposer un taux de taxe unique. Traditionnellement, les pays européens appliquaient une fourchette de taux de TVA et utilisaient des taux réduits pour les nécessités de base comme les denrées alimentaires ou pour favoriser les industries locales comme le tourisme. Ailleurs dans le monde, les taux réduits sont moins fréquents et plusieurs pays, comme le Chili, Israël et le Japon, ont un taux de TVA unique. La République tchèque pourrait être le premier pays membre de l’UE à adopter un taux unique, étant donné qu’elle envisage de combiner ses deux taux existants en un taux de 17,5 pour cent d’ici 2013. Même aux États-Unis, le seul pays de l’OCDE n’ayant actuellement aucune TVA, certains commentateurs de l’actualité ont réclamé l’instauration d’une taxe à la consommation fédérale générale pour aider à combler le déficit, décourager les dépenses de consommation et stimuler l’épargne personnelle. Bien que l’instauration d’une TVA fédérale puisse ne pas être envisagée pour le moment, certains États américains étudient maintenant sérieusement la possibilité de créer des taxes à la consommation générales pour réduire leurs déficits budgétaires. S’il était clair que l’administration Obama n’allait pas discuter de la possibilité d’instaurer une TVA en 2012, puisque cela équivalait à un suicide politique, il sera intéressant de voir quelles mesures seront prises pour s’attaquer au déséquilibre budgétaire du pays. Plus que tout autre grand pays industrialisé, les États-Unis s’appuient davantage sur les impôts sur le revenu que sur les taxes à la consommation pour générer des recettes, et ce, même en prenant en considération les taxes de vente des États. Un facteur qui pourrait provoquer un intérêt accru pour l’instauration d’une TVA est la difficulté de générer des recettes additionnelles dans le cadre du régime fiscal actuel des États-Unis. Une hausse des taux d’imposition peut poser problème, puisqu’il a été démontré qu’une telle mesure nuit à l’économie. Une étude récente de l’OCDE suggère que les impôts sur le revenu font partie des types d’impôts les moins favorables à la croissance économique26, ce qui explique en partie l’augmentation des taxes à la consommation à l’étranger. Il est impossible de prédire si les États-Unis instaureront une TVA ni à quel moment ils pourraient le faire, mais compte tenu des perspectives liées aux déficits 26 Supra, note 1, aux pp. 4-5. l’évolution des taxes indirectes n 17 budgétaires actuels et prévus, les autorités américaines pourraient devoir se pencher sérieusement sur la question de l’instauration d’une TVA nationale. Depuis plus de 40 ans, plusiers articles ont été publiés sur les hausses des impôts et les réductions des dépenses nécessaires pour abaisser le déficit à moins de 4 pour cent du produit intérieur brut en 2015 (par rapport au taux de près de 9 pour cent en 2010, y compris l’instauration d’une TVA américaine. Les options peuvent se résumer comme suit : n n n n n n n augmente des impôts sur le revenu des particuliers; augmente de tous les impôts; réduit des dépenses liées à Medicare, à Medicaid et à la sécurité sociale; réduit des dépenses discrétionnaires; réduit de toutes les dépenses; réduit de toutes les dépenses et augmentation de 8 pour cent de tous les impôts; instaure une TVA. Alors que ces options peuve rendre une TVA américaine attrayante, compte tenu du fait que plusieurs prétendent à l’impossibilité de quelque augmentation d’impôt ou de réduction des dépenses certains politiciens du gouvernement américain n’aiment pas l’idée d’une TVA nationale parce qu’une telle mesure pourrait faire grossir l’appareil gouvernemental en raison des recettes substantielles qu’elle pourrait générer. Trois États américains, soit le Texas, l’Ohio et le Michigan, imposent déjà une taxe fondée sur les recettes qui ressemble considérablement à une TVA, tant sur le plan de la forme que sur le plan du fond. D’autres États envisagent maintenant d’instaurer une telle taxe et, le 29 septembre 2009, un plan de réforme fiscal a été déposé devant l’assemblée législative de la Californie27. Ce plan contient une proposition visant à remplacer l’impôt sur le revenu des sociétés et la General Fund sales tax de l’État par une taxe de vente fondée sur les recettes commerciales semblable à la TVA. Si ces mesures législatives instaurant une taxe à la consommation sont adoptées en Californie, d’autres États pourraient emboîter le pas. Chose certaine, il sera très difficile pour le gouvernement des États-Unis de s’en remettre à des hausses de l’impôt sur le revenu des particuliers ou de l’impôt sur le revenu des sociétés pour pallier le déficit, et rien ne prouve que le déficit pourra être comblé par une réduction des dépenses. Il pourrait être problématique d’augmenter les taux d’imposition du revenu puisqu’une telle mesure s’est révélée nuisible à l’économie. Aux États-Unis, le taux d’imposition du revenu des sociétés 27 California, Commission on the 21st Century Economy, Communiqué de presse, « California Commission on the 21st Century Economy Issues Recommendations To Modernize, Stabilize & Simplify California’s Outdated Tax System », 29 septembre 2009 (en ligne : www.cotce.ca .gov/documents/reports). 18 n canadian tax journal / revue fiscale canadienne (2013) 61 (supp.) prévu par la loi, qui est de 39,2 pour cent (compte tenu du taux d’imposition des sociétés fédéral et étatique), est le deuxième taux le plus élevé parmi les 50 économies les plus importantes. Afin de réduire les taux d’imposition du revenu des sociétés, une TVA pourrait constituer une source de revenus permettant de contrebalancer cette orientation politique et pourrait également aider à combler le déficit fédéral. Exprimée en pourcentage du produit intérieur brut, la charge fiscale aux ÉtatsUnis est relativement faible, mais la part des recettes fiscales totales que représente l’impôt sur le revenu est plutôt élevée à 46,8 pour cent, tandis que la part des taxes à la consommation s’établit à 17 pour cent. Dans d’autres pays membres de l’OCDE, la part des impôts sur le revenu des particuliers et des sociétés totalise 36,4 pour cent dans 2008, tandis que celle des taxes à la consommation représente 30,9 pour cent28. Quelles sont les possibilités ? Les États-Unis sont le seul des pays industrialisés n’étant pas doté d’une taxe à la consommation nationale à portée générale. Pourtant, selon diverses analyses économiques, les taxes à la consommation sont préférables à l’impôt sur le revenu parce qu’elles ne nuisent pas à l’épargne ni aux investissements. Seul l’avenir saura nous dire quelle voie sera retenue. 28 Organisation de coopération et de développement économiques, Statistiques des recettes publiques 1965-2009 (Paris : OCDE, 2010).