Quel impact psycho-sexuel

Transcription

Quel impact psycho-sexuel
Quel impact psycho-sexuel
dans l’intimité de la personne
et du couple
lors d’un cancer du sein ?
Dr Christian ROLLINI
Médecin spécialiste FMH
Psychiatre et Psychothérapeute
Lausanne 4 rue des Terreaux
Email: [email protected]
Web: www.medipsy.ch
Tél: +41 21 311 68 90
Gardons-nous d’appeler Amour ce qui relève
seulement du hasardeux frisson et de la brève moiteur.
[Louis Pauwels]
Extrait de Les Dernières chaînes
Quelques bonnes nouvelles!
•
De nos jours la prise en charge des néoplasies est plus
efficace et plus précoce.
•
La qualité de vie (QoL) est donc une priorité.
•
La satisfaction sexuelle est corrélée avecla QoL.
•
La sexualité n’est pas innée, pas figée, pas déclinée au
singulier.
Les moins bonnes
nouvelles…
•
Le cancer met à mal le psychisme et la sexualité
•
La sexualité est fréquemment perturbée dans le
« middle life »
•
Les traitements plus efficaces sont aussi plus
perturbateurs de la fonction sexuelle et de l’humeur.
Que disent les femmes?
•
65% estiment ne pas avoir été suffisamment informé
des effets du cancer et de ses traitements sur la
sexualité.
Enquête Institut Curie 2010
2 Tabous pour le prix d’un
•
Cancer:
•
tumeur, ulcération
•
générateur d’angoisse
•
encore en partie tabou
•
Sexualité:
•
à priori moins noble que le nexus
•
en fait le fondement de la vie et pas étranger au lien
•
pourtant encore tabou
Une chance pour la relation?
•
La relation, les aspects psycho-sociaux peuvent être
remis en valeur par rapport à la fonction (unificatrice,
reproductrice, libidinale, mais réifiée)
Une vie sexuelle
« épanouie »?
Cancer du sein
•
Organe symbole
•
La maladie est visible par soi-même et par l’autre
Implications somatiques
•
La néoplasie en tant que tel
•
Les perturbations hormonales
•
Les traitements
 asthénie, sécheresse vaginale, ménopause artificielle,
atteinte de la fertilité, etc.
Implications psycho-sociales
•
Anxiété, peurs dans plus de 60 à 80% des cas
•
Dépression ou humeur dépressive, désespoir dans 60
à 90%
•
Déni, culpabilité dans 65%
La
dépression et l’isolement sont le risque principal
Klikovac and al. 2010, N. Ernstmann and al. 2009, E. Frick and al. 2007
Implications psycho-sociales
•
…Optimisme dans 15-20%
•
Adaptation à la crise dans plus de 60%
Implications psycho-sexuelles
•
Dysfonctions sexuelles dans près de 30 à 50% des cas
et qui peuvent perdurer longtemps après la fin du
traitement
•
Absence d’activité sexuelle, par désintérêt, fatigue,
douleurs (et pas par manque de partenaire adéquat)
•
Perturbation de l’image de soi, de son corps, sentiment
de dévalorisation, atteinte dans son identité, sa féminité
Insatisfaction
personnelle, de couple, dépression,
anxiété
Schover LR and al. 1999, Diane C Bodurka, 2006, Andersen BL and al. 1989, Stewart DE and al. 2001, Enquête Institut Curie 2010
Les principales dysfonctions
sexuelles
•
58% trouble du désir
•
51% difficulté pour atteindre l’orgasme
•
Dyspareunie fréquente mais surtout durant le
traitement
Implications relationnelles
•
Les comptes se déséquilibre (l’un devient débiteur)
•
L’objet de désir… devient un objet de soin
•
Réification progressive de l’Autre
•
Une place et des rôles qui basculent
Effets indésirables différents
selon
lesesthétiques,
traitements
• Chirurgie:
modifications
mastectomie,
tumorectomie, décoloration cutanée, sensibilité,
dépression, anxiété, diminution du plaisir suite à
reconstruction…
•
Hormothérapie: bouffées de chaleur, leucorrhée,
sécheresse vaginale, douleurs, baisse de la libido,
labilité
•
Radiothérapie: sécheresse, sensibilité, asthénie
•
Chimiothérapie: alopécie, asthénie, nausées,
ménopause précoce, diminution de la libido,
sécheresse, dyspareunie, anorgasmie vaginale (VIP
Chirurgie
•
La mastectomie > tumorectomie est corrélée avec plus
d’effet négatifs, y compris en terme d’image de soi et
d’impact psychologique
Bukovic D and AL.. 2005, Rowland JH and AL., 2000 ,Patricia A. Ganz and AL 2004
Modifications cutanées
•
Rétractions, décolorations, dysésthésies, cicatrices,
sensibilités, lymphoedème
Wilmoth MC, Ross JA, Women's perception. Breast cancer treatment and sexuality, Cancer Pract. 1997 Nov-Dec;5(6):353-9
Carence estrogénique
•
Les femmes ayant eu un cancer (d’autant plus qu’elles
sont jeunes) sont plus à risque de ressentir lacarence
Loprinzi CL, Barton D,Estrogen deficiency: In search of symptom control and sexuality. J Natl Cancer Inst. 2000 Jul 21.• Harris PF, and al. Prevalence
and treatment of menopausal symp toms among breast cancer survivors. J Pain Symptom Manage 2002; 23:501-9. 5;92(13):1028-9
Ménopause précoce
•
Baisse des estrogènes (action locale) mais aussi
hypoandrogénisme (action sur la libido) composante
psychosociale probablement importante car placebo
efficace ++
Thérapeutiques et conseils
Thérapeutiques et conseils
•
Le conseil sexuel n’est généralement pas proposé de
routine
•
Une évaluation sexologique non plus, par la suite, bien
que les troubles soit présents à une fréquence non
négligeable
•
La majorité des patiente bénéficieraient d’un
counselling
•
Seulement une minorité demandera et/ou nécessitera
une prise en charge spécialisée
Thérapeutiques et conseils
•
Evaluer avant, expliquer les conséquences, anticiper,
résilience
•
Voir le couple et accompagner, aider la communication
•
Se réapproprier la féminité
•
Réinventer sa sexualité (>1 zone érogène, ttt ménopause,
etc)
•
Évaluer après et pendant suivi onco
•
Rééducation périnéale, lubrifiants +++, THS (oestrogènes)
a priori ci mais avis onco/endocrino, etc
Quatre questions simples
1.
« Les traitements que vous avez suivis ont-t-ils eu
de conséquences sur votre vie sexuelle ?
2.
« Souffrez vous de sécheresse vaginale depuis que
je vous ai prescrit des traitement anticancer»?
3.
Le traitement chirurgical de votre tumeur a-t-il
changé la façon dont vous vous percevez ?
4.
« Comment votre partenaire a il pris les choses ?
Cela a-t-il modifié sa façon d’aborder la sexualité ?
»
Prise en charge
interdisciplinaire
•
Plus qu’ailleurs, le travail en sexologie est
interdisciplinaire.
•
Ceci implique des praticiens d’horizons divers,
intéressé par le sujet et par une collaboration.
•
Un réseau en sexologie?
Quel réseau?
•
Importance de la formation des soignants de
premier recours: savoir de quoi on discute
•
Importance de se connaître: être curieux de l’autre et de ses
interventions, thérapeutiques, de son autre point de vue, dialoguer et se connaître
•
Importance éthique d’informer et traiter: savoir dx un trouble
sexuel (vs difficulté)
•
Importance de faire co-exister plusieurs points de
vue ou discours, éventuellement contradictoires: aller
au delà de la fonction, accepter les incohérences, source de créativité
Quel réseau?
•
Si grande structure: équipe comportant au minimum
une personne spécialisée en intervention
sexologique et conseil, voir psycho-oncologues
spécialisés en sexologie
•
Dans une petite structure: réseau de soin à
développer
•
Prise en charge conjointe, précoce, surtout la
première année dès la fin du traitement et
idéalement déjà avant une éventuelle
opération(surtout information)
Pourquoi s’intéressé à la
sexualité des patientes?
•
Fréquents
•
Marqueur de QoL
•
Marqueur de comorbidités somatiques, psychiatriques,
toxicologiques fréquentes
•
Anxiolyse et déculpabilisation
•
Traitements existants
•
Patricia A. Ganz et col.,Journal of the National Cancer Institute 2004 96(5):376-387
•
La fonction sexuelle est donc un bon marqueur de la
santé globale d’un individu et de sa qualité de vie.
Comment en parler?
Cave:
•
La morale sexuelle
•
« la » sexualité
•
L’approche linéaire et positiviste
•
Les résonnances personnelles et les croyances du
thérapeute
Pourquoi les thérapeutes n’en
parle pas?
•
Tabous, gêne
•
Manque de temps
•
Manque de connaissances
•
Cadre inadéquat
•
On assume que si la patiente n’en parle pas c’est qu’il
n’y a pas de problème…
Quelle type de plainte?
•
Difficulté sexuelle?
•
Trouble sexuel?
Sentiment identitaire féminin
•
Réceptivité
•
Désir qu’elle peut éveiller/ séduction
•
Pouvoir enfanter
•
Aspects psycho-sociaux divers
•
Fonctionnalité sexuelle
Culture, médias et sexualité
Contexte socio-historique
•
La sexualité a longtemps eu un rôle rituel souvent
sacré, cristallisant la possession de la femme par
l’homme dans une société patriarcale.
•
Le récit historique prédominant, théologique ou
médical, du moins en occident, a été jusqu’à
récemment celui de cette quête incessante d’une
fusion des moitiés, afin de respecter le vœu de la
Nature, à savoir, procréer.
Problèmes
•
Angoisse de performance partagée et besoin
perpétuel de se rassurer sur sa virilité ou sa féminité
•
L’autre est chosifié, mis à distance, contrôlé (pour le
rendre prévisible)
•
On est de plus en plus voyeur, exhibitioniste, mais
plus rarement acteur, (du moins sans un avatar!)
Nouvelles contraintes
•
La sexualité est devenue une affirmation de soi
•
Liberté individuelle rime en fait trop souvent avec peur
de l’autre
•
D’où la nécessité d’un nouveau paradigme, d’une
véritable révolution sexuelle
La contrainte à
l’hétérosexualité
•
Un des risque est celui de chercher à tout prix de
recouvrer une « normalité »
•
Avec de plus une emphase sur la fonctionnalité
sexuelle (ce qui n’est pas la « sexualité »)
•
Ceci peut simplement figer les inégalités et la dualité
des relations
Hyde 2006
Quand aborder le sujet?
•
A la demande du patient ou en cas de plainte
•
Début d’un suivi médical
•
Maladies chroniques, post-chirurgie, etc.
•
Check-up et tous les 5 à 10 ans en cas de facteurs de
risque cardio-vasculaires
•
En cas de prescription médicamenteuse
•
Etapes de vie
•
Difficultés de couple
Pathologies sexuelles
•
Souvent définie par rapport à une norme sociale,
culturelle
•
Norme vs conformisme?
•
Fausses croyances (inné vs apprentissages, identiques
vs égaux, etc)
Take Home Messages
•
Sytématiquement évaluer la sexualité (marqueur de
qualité de vie et symptôme sentinelle)
•
Se former (apprentissages, nécessité d’une formation,
croyances personnelles)
•
Créer un réseau
Bibliographie
•
Principles and practice of sex therapy, S. leiblum, Ed. Guilford
•
Systemic Sex Therapy, K. M. Hertlein and al.
•
Antimanuel d’éducation sexuelle, M. Iacub et P. Maniglier, Ed. Bréal
•
La vie sexuelle des magazines, A. Steiger, Ed. Michalon
•
Hommes, femmes, D.C. Geary, Ed. De Boeck
•
Basson R., Schultz W.W., Sexual sequelae of general medical disorders,
Lancet 2007
•
Stevenson RWD et al. How to become comfortable talking about sex to your
patients. CMAJ 1983; 128: 797-800
•
Metz et al. Women’ expectations of physicians’ in sexual health concerns.
1988; 7: 141-52
•
Metz et al. Men’s expectations of physicians in sexual health concerns. 1990;
16: 79-88
Bibliographie

Basson R., Schultz W.W., Sexual sequelae of general medical disorders, Lancet 2007
•
Impact sur la qualité de vie et la sexualité du traitement hormonal chez les patientes
atteintes d’un cancer du sein, R. Poinsot and al, Rev Fr de Psy onco 2005
•
Stevenson RWD et al. How to become comfortable talking about sex to your patients.
CMAJ 1983; 128: 797-800
•
Metz et al. Women’ expectations of physicians’ in sexual health concerns. 1988; 7: 14152
•
Metz et al. Men’s expectations of physicians in sexual health concerns. 1990; 16: 79-88
•
Traitements des problèmes sexuels après un cancer : intégration des approches
médicales et psychologiques, M. Reich, Psycho Oncologie 2007
•
Cancer et fonction sexuelle : parler de sexualité aux oncologues et de cancer
aux sexologues, L. Incroci, sexologies 2007
Bibliographie
•
Bukovic D and AL.. Sexual dysfunction in breast cancer survivors, Onkologie. 2005 Jan;
28(1):29-34
•
.Rowland JH and AL., Role of breast reconstructive surgery in physical and emotional
outcomes among breast cancer survivors.
•
JNCI Journal of the National Cancer Institute 2000 ep 6;29(17):1375-6
•
Patricia A. Ganz and AL. Quality of life at the end of primary treatment of breast cancer:
•
first results from the moving beyond cancer randomized trial,JNCI Journal of the
National Cancer Institute 2004 96(5):376-387
•
Patricia A. Ganz et col.,Journal of the National Cancer Institute 2004 96(5):376-387
Contacts
Dr Christian ROLLINI
Spécialiste FMH en psychiatre et Ppychothérapie
Médecin praticien FMH
Lausanne, 4 rue des Terreaux
Tél: +41 21 311 68 90
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