L`air des cimes s`invite dans les ateliers
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L`air des cimes s`invite dans les ateliers
entreprise agroalimentaire Crème Mont Blanc L’air des cimes s’invite dans les atelie En dépit d’une marque qui évoque les sommets alpins, la crème dessert Mont Blanc, produite en Normandie, est fabriquée dans une atmosphère chaude et humide. Pour rafraîchir l’air ambiant, un système de soufflage et d’aspiration a été installé dans l’atelier le plus chaud en 2001. Mais, avec des lignes de production qui évoluent sans cesse, l’entreprise s’est engagée dans un processus d’amélioration continue au travers de la réévaluation régulière de ses risques. C continuer à s’interroger sur l’efficacité des installations et apporter des améliorations », déclare Philippe Métillon. Des expériences dans d’autres © Patrick Delapierre pour l’INRS e n’est pas parce que des efforts ont déjà été entrepris pour rafraîchir nos ateliers de production, que l’on ne doit pas entreprises agroalimentaires, en Alsace puis à Rouen, ont aiguisé le regard professionnel de ce coordinateur sécuritéenvironnement. Concernant les conditions de travail, il a une vision altruiste qu’il partage avec son directeur industriel, Daniel Guirec. « Je vois cela comme un échange, affirme ce dernier. Il y a des besoins fondamentaux qu’il convient de respecter, nous avons mis cela dans nos priorités. » Créée en 1907, l’usine de Chef-du-Pont, dans la Manche, a d’abord fabriqué du beurre. Elle est devenue avec le temps 38 Travail & Sécurité – Octobre 08 Philippe Métillon, coordinateur sécurité-environnement de l’usine Mont Blanc ers « Nos salariés se sont tout de suite approprié le dispositif. » La fabrication de la crème Mont Blanc est génératrice d’une grande quantité de chaleur, ce qui a nécessité, dès 2001, l’installation, dans certains ateliers, d’un système de refroidissement, qui a été perfectionné et étendu à l’ensemble de la chaîne en 2007. le seul site de production des crèmes dessert Mont Blanc et du lait concentré non sucré Gloria (groupe Mont Blanc Materne). Dans ce secteur, 125 producteurs de lait affiliés, situés dans un rayon de 30 kilomètres autour de l’usine, fournissent à l’entreprise la totalité de leur production. « Lors de la première étape de fabrication de la crème Mont Blanc, le lait est chauffé, puis divers ingrédients comme le cacao, le sucre, les arômes… y sont ajoutés, détaille Philippe Métillon. L’ensemble est ensuite mélangé, chauffé, upérisé (injection directe de vapeur afin de se prémunir de toute contamination pathogène), et versé Philippe Métillon, coordinateur sécurité-environnement. L’installation doit être hygiénique afin de protéger la santé de nos opérateurs et la qualité de nos productions. Il fallait être certain de la qualité de l’air insufflé. La définition des batteries de filtres avec notre prestataire, le choix, pour les salles de remplissage, de manchettes textiles, lavables et facilement démontables, le positionnement des gaines et l’orientation des angles d’insufflation ont été spécialement étudiés pour répondre à ces deux exigences. ■ Pourquoi une insufflation à flux laminaire dans un atelier et direct dans un autre ? Ph. M. Certaines salles sont totalement fermées, le volume d’air à traiter est bien défini et l’ambiance y est parfaitement maîtrisée. En revanche, dans d’autres, ce n’est pas du tout le cas. Notamment dans l’atelier de stérilisation des boîtes mini où les pièces sont communicantes et où il n’était pas envisageable de traiter la totalité du volume. Un soufflage laminaire « doux » a donc été choisi dans les salles de remplissage closes. Ainsi, l’ambiance générale de la pièce est rafraîchie sans engendrer de sensations de gêne, de froid ou de courant d’air désagréables pour l’opérateur. En revanche, face à nos stérilisateurs, où la chaleur est plus importante, nous avons choisi de redistribuer la ventilation, en insufflant l’air rafraîchi à l’avant des postes de travail. Grâce à une reprise d’aspiration à l’arrière, l’opérateur bénéficie d’un effet rafraîchissant sans que la totalité du volume de la pièce soit régulée. ■ Le rafraîchissement est-il mesurable ? Ph. M. Nous attendons le bilan des mesures de températures effectuées cet été. Cependant, le premier résultat, immédiatement ressenti et finalement plus valable que n’importe quel tableau de mesures, a été le retour de nos salariés, qui se sont tout de suite approprié le fonctionnement du dispositif et n’ont pas hésité à nous témoigner leur satisfaction. ■ Quel a été le rôle du CHSCT ? Ph. M. Les trois membres du CHSCT ont été partie prenante dans l’élaboration de ce projet. Leur demande était récurrente lors des réunions trimestrielles et, dès lors que le projet s’est concrétisé, leur avis a été sollicité. De nombreux aménagements et améliorations ont découlé de ces échanges. © Patrick Delapierre pour l’INRS © Patrick Delapierre pour l’INRS ■ Travail & Sécurité. La ventilation est-elle compatible avec l’hygiène d’un atelier dédié à la production agroalimentaire ? Travail & Sécurité – Octobre 08 39 entreprise agroalimentaire L’air des cimes s’invite dans les ateliers dans nos boîtes en métal (1), de différents formats, de la portion individuelle de 125 g au conditionnement collectif de 4,3 kg. » L’operculage ou le sertissage de la boîte, suivi de l’étape de stérilisation, terminent le processus de fabrication de la crème Mont Blanc. C’est la stérilisation qui est précisément l’opération qui génère le plus de chaleur. Les boîtes au format individuel, aussi appelées « boîtes mini », sont placées dans des chariots, puis dans les stérilisateurs rotatifs, et portées à 120 °C. De cette façon, elles ont une durée de vie de Un premier système de ventilation installé en 2001 Toujours en service, une première installation de rafraîchissement a été installée en 2001 dans l’atelier de stérilisation des boîtes mini. À partir d’une ouverture située dans une terrasse en béton, le système consiste à faire descendre, au droit de la zone à rafraîchir, un caisson d’insufflation d’air, alimenté par une ventilation placée en toiture. Dans le même temps, d’importants extracteurs ont été installés à l’arrière des stérilisateurs. De cette façon, l’air chaud dégagé à cet endroit était extrait, et de l’air frais, venant de l’extérieur, était soufflé à l’avant des postes de travail. Les effets combinés de cette double installation ont permis de réduire d’une dizaine de degrés la température ambiante dans l’atelier, qui, au plus chaud de l’été, pouvait atteindre 35 à 37 °C. Aujourd’hui, l’installation fonctionne encore mais, en 2007, la révision de l’évaluation des risques de l’entreprise a mis en évidence ses limites. Par sa conception, le système de soufflage présente l’inconvénient de ne rafraîchir l’atelier que très localement. De plus, en 2005, Mont Blanc © Patrick Delapierre pour l’INRS L’installation du système de ventilation n’a pas été simple. Outre les difficultés liées à la configuration des lieux à refroidir, il a fallu trouver de la place pour faire passer des gaines dans cette usine qui a fêté son centenaire en 2007. 18 mois. Elles sont ensuite conditionnées en étuis, qui sont mis dans des cartons, et les cartons placés sur des palettes. 19 000 tonnes de crème dessert et 6 000 tonnes de lait concentré sont ainsi produites chaque année, dont 95 % sont destinés à la distribution française. Document unique et ventilation 40 Travail & Sécurité – Octobre 08 A vant, les hommes étaient en sueur et devaient ouvrir les portes dans les ateliers les plus chauds », explique-t-on à l’usine Mont Blanc. Pour des raisons d’hygiène, l’équipe Qualité devait sans cesse répéter de maintenir les portes fermées. « Cela pouvait créer une mauvaise ambiance de travail de par cette différence de point de vue entre la hiérarchie et les opérateurs en poste », explique la direction de l’entreprise. Depuis 1991, à travers le document unique, le chef d’entreprise a l’obligation d’analyser et d’évaluer les risques professionnels auxquels il expose son personnel. Il doit ensuite proposer et mettre en œuvre les actions correctives associées. a développé une nouvelle gamme de produits : les crèmes desserts conditionnées en gourdes, une présentation plébiscitée par les enfants. « Nous avons implanté une nouvelle ligne pour répondre à ces besoins, indique Philippe Métillon. Nous y avons dédié de nouvelles équipes, et avons alors exposé un nouveau groupe de salariés à une ambiance de travail chaude et humide. » Le système de rafraîchissement conçu en 2001 n’apportait aucun confort aux salariés de ce nouvel atelier. « Il nous fallait réagir, décrit Philippe Métillon. Et c’est alors que le projet de révision et d’optimisation du système de ventilation existant et la © Patrick Delapierre pour l’INRS création d’un réseau spécifique pour rafraîchir les ateliers “gourdes” et remplissage des boîtes au format familial s’est concrétisé. » 24 000 m3 de ventilation Le défi n’a pas été simple. « Comment faire passer à 25°C des salles enclavées et ouvertes les unes sur les autres, alors que le volume des pièces concernées par le rafraîchissement est énorme ? », interroge Philippe Métillon. Pour cette approche, une réflexion a été menée avec les salariés, poste par poste. Dans une des trois salles, la plus isolée et la plus fermée, une manchette textile diffusant un flux laminaire et sans turbulence a été installée, car « il ne doit pas y avoir de sensation de gêne ou de froid pour l’opérateur », poursuit le coordinateur sécurité. Pour les autres, une instal lation encore plus puissante que la précédente a été mise en service en août 2007. Elle comprend une centrale de ventilation de 24 000 m3, installée à l’extérieur, à un mètre du sol. Un premier niveau de © Patrick Delapierre pour l’INRS La stérilisation est l’opération qui génère le plus de chaleur. Les boîtes au format individuel, aussi appelées boîtes mini, sont placées dans des chariots, puis dans les stérilisateurs rotatifs, et portées à 120 °C. filtration permet d’écarter les insectes et les poussières, puis un caisson de rafraîchissement constitué d’un mât d’humidification, sur lequel de l’eau ruisselle, permet de diminuer la température de l’air insufflé d’environ 6 à 7 °C par rapport à l’air ambiant extérieur. Une dernière batterie de filtres, opacimétriques cette fois, vient compléter l’équipement. Une commande extérieure offre à l’opérateur la possibilité de régler la pompe d’humidification et le variateur de ventilation. La température de la pièce peut descendre à 25 °C et les préréglages sont différents en été, en hiver et à l’intersaison. « La possibilité offerte à chaque opérateur de régler la ventilation sur son L’implantation, en 2005, d’une nouvelle ligne dédiée au conditionnement en gourdes a amené l’entreprise à exposer un nouveau groupe de salariés à une ambiance chaude et humide. poste est capitale, explique la direction de l’entreprise. Le projet a ainsi amélioré la communication globale ascendante en augmentant le confort de travail des salariés. » Bien sûr, il a fallu trouver de la place pour faire passer de nouvelles gaines de ventilation dans cette usine qui a fêté son centenaire en 2007. « Cela fait 25 ans que je connais l’entreprise, témoigne Jean Moré, contrôleur de sécurité à la CRAM Normandie. J’y suis revenu l’an dernier et j’ai découvert avec intérêt ces nouveaux aménagements. » 1. Curiosité et même une rareté, l’usine Mont Blanc possède sa propre ferblanterie depuis 1965. De ce lieu automatisé et spectaculaire, sortent chaque année 30 millions de boîtes en métal, communément appelées boîtes de conserve. Marianne Rolot Travail & Sécurité – Octobre 08 41