Extraits du Lien de septembre 2008

Transcription

Extraits du Lien de septembre 2008
MOUVEMENT
FORMATION
édito
L’OUVERTURE
AU MONDE
« L’alternance est la
pédagogie de la rencontre »,
disait souvent André Duffaure,
ancien directeur de notre Union
nationale et grand acteur du
développement des MFR.
Les Maisons familiales rurales
ont inscrit dans leur projet la
volonté d’élargir la richesse de
ces rencontres en développant
l’ouverture à l’Europe et au
monde. L’objectif est de pouvoir
proposer à un maximum
de jeunes au cours de leur
parcours, une occasion de
vivre un temps d’immersion à
l’étranger. Qu’ils soient élèves,
apprentis ou stagiaires, cette
expérience vécue hors de nos
frontières permet tout à la fois
l’apprentissage d’une langue et
la découverte d’une autre culture.
Les 8 et 9 décembre prochains,
des journées d’étude sur
la mobilité, organisées par
le mouvement des MFR,
rassembleront à Paris les
représentants de chaque Maison
familiale. Nous mutualiserons
nos nombreuses expériences
de parcours européens et nous
dégagerons ensemble les pistes
de progression. L’enjeu commun
à nous tous, parents, maîtres
de stage ou d’apprentissage et
équipes est le développement
et l’épanouissement de chaque
jeune. Pratiquer l’alternance
entre les stages et les sessions
à la MFR ne coupe pas de
ses racines familiales, bien au
contraire. Nous le constatons,
ces ruptures favorisent le
dialogue entre les parents
et les jeunes. De la même
façon, vivre un temps à
l’étranger et découvrir une
autre culture permettent de
relativiser son quotidien et de
mieux comprendre les enjeux
dans son propre pays.
François Subrin ■
PRÉSIDENT
DE L’UNION NATIONALE
DES MAISONS FAMILIALES
RURALES
4
le Lien
s
SEPTEMBRE
2008
Les ministres de l’Éducation nationale et
de l’Agriculture ont annoncé la rénovation
du bac professionnel pour la rentrée 2009.
Pour certaines filières, les changements
sont peu importants, pour d’autres, ils sont
conséquents. Comment les Maisons familiales
envisagent-elles cette réforme ?
Bac pro en trois ans
Les MFR
se préparent
ans la famille des bacs,
le bac professionnel est
le dernier né. Créé en
1985, il avait jusqu’à présent
une particularité : il fallait quatre
ans pour l’obtenir (2 ans de BEP
suivis de 2 ans de bac). Changement de programme à la rentrée
2009 : le bac professionnel
s’alignera sur tous les autres
bacs avec un déroulement en
trois ans : Seconde, Première,
Terminale. Concrètement, cette
nouvelle organisation supprimera une année de formation
D
pour les jeunes engagés dans un
cursus de bac pro. L’ambition
affichée du gouvernement est
de conduire plus de jeunes au
baccalauréat en moins de temps,
de réduire le nombre de jeunes
quittant le système scolaire sans
qualification et de renforcer la
lisibilité des diplômes.
Réflexion stratégique
Les Maisons familiales rurales
ont choisi de réfléchir aux opportunités qu’ouvre cette petite
CE QUI NE CHANGE PAS
❁ Le CAP en deux ans
❁ La possibilité de faire un bac
professionnel après un CAP
❁ Les contenus de la Première et de
la Terminale du bac professionnel
CE QUI CHANGE
❁ De nouvelles Secondes
professionnelles
❁ De nouvelles modalités de
délivrance du BEP
❁ Des passerelles plus nombreuses
entre les classes
❁ Le bac professionnel en trois ans
au lieu de quatre
révolution dans la formation
professionnelle. « Cette réforme
est l’occasion de réfléchir aux
parcours que l’on propose aux
jeunes, de mettre à plat les
formations que le mouvement
propose et de rebattre les cartes
sur le territoire », explique le
directeur du mouvement JeanClaude Daigney. « Faisons d’une
contrainte un atout. Le moment
est bien choisi pour innover et
faire naître de nouvelles formations… » un challenge dont tout
le mouvement s’est saisi.
Depuis le printemps dernier,
l’Union nationale des Maisons
familiales rurales a organisé
27 journées de travail, dans les
départements et les régions, avec
les présidents et les directeurs
de toutes les Maisons familiales. L’objectif n’est pas de
travailler sur des contenus de
formation qu’on ignore encore
mais d’envisager des stratégies pour améliorer l’offre de
formation dans le réseau des
Maisons familiales rurales, en
tenant compte des attentes des
jeunes, des professionnels et
en privilégiant toujours une
alternance de qualité.
Toutes les filières ne seront pas
rénovées en 2009. Pour certains
métiers de l’hôtellerie, de la restauration, du bâtiment ou du
service à la personne qui offrent
des débouchés importants au
niveau CAP/BEP, ces diplômes
sont pour l’instant maintenus en
l’état. Il en est de même pour
les BEPA qui n’offrent pas de
poursuite naturelle en bac professionnel comme par exemple le
BEPA maréchalerie qui devrait
être conservé tel quel.
Trois ans au lieu de quatre
Pour les autres filières, au
ministère de l’Agriculture, les
bacs professionnels seront
progressivement transformés
en trois ans. Les classes de
Seconde professionnelle auront
des spécialités plus larges que
celles qui existaient en BEPA.
En Première professionnelle,
les jeunes passeront le BEP,
puis le bac professionnel en
Terminale.
Les formations CAP de niveau V
seront maintenues pour satisfaire les besoins des jeunes qui
souhaiteraient entrer rapidement
dans la vie active alors qu’il est
vraisemblable que certains BEP
soient progressivement supprimés. La possibilité d’entrer en
bac professionnel après un CAP
sera toujours possible.
De nouveaux bacs professionnels, des titres (de niveau bac),
des CAP, des Certificats de Qualification Professionnelle seront
développés dans les Maisons
familiales…
Ainsi, progressivement, l’en-
© V. Hervé / MFR Richerenches (84)
© S. Dévé / MFR Condé-sur-Vire (50)
Les MFR comptent
486 filières BEPA et
215 filières bac professionnel
en formation initiale au
ministère de l’Agriculture,
sans compter les formations
de l’Éducation nationale
réalisées par apprentissage.
seignement professionnel va
se transformer en profondeur,
offrant aux jeunes des parcours
simplifiés avec des passerelles
plus nombreuses. Cette réforme
qui ne fait pas l’unanimité dans
le monde éducatif est l’occasion
pour les MFR de réaffirmer où
sont leurs priorités.
Patrick Guès ■
CALENDRIER
LA RÉFORME DU BAC PRO S’ÉTALE DANS LE TEMPS
SEPT.
2008
AUCUN
CHANGEMENT
SEPT.
2009
OUVERTURE
DE CERTAINES
SECONDES
PROFESSIONNELLES
SEPT.
2010
SEPT.
2011
OUVERTURE
DES PREMIÈRES
PROFESSIONNELLES
OUVERTURE DES
TERMINALES
PROFESSIONNELLES
le Lien
s
SEPTEMBRE
2008
5
&QUUKGT
LE
LIEN
-
N U M É R O
3 2 4
-
S E P T E M B R E
2 0 0 8
Le moniteur exerce
un métier spécifique
aux Maisons familiales
rurales. Il nécessite une
qualification particulière
qui s’effectue en cours
d’emploi et durant
laquelle le moniteur
bénéficie d’un tutorat.
Le moniteur de MFR ne
limite pas son travail à la
fonction d’enseignant. Il
est également animateur
d’un groupe et de tous
les partenaires de la
formation, accompagnateur
des personnes vers leur
projet, éducateur… Cette
fonction globale est
complexe mais le moniteur
n’est pas isolé. Il travaille
au sein d’une équipe
sous la responsabilité
du directeur de la MFR.
D
PROFESSION
MONITEUR
ans un lycée, il y a des profs
et dans une MFR, il y a des
moniteurs ! Et cela n’a rien
à voir, explique Marguerite Fleury, présidente de
l’ANFRA(1), l’association
qui assure le lien entre
l’Union nationale et le Centre pédagogique des Maisons familiales rurales. « En
MFR, les moniteurs sont à côté du jeune,
ils l’accompagnent dans tous les actes de
formation », précise-t-elle. « J’aime bien
l’image du moniteur d’auto-école : il est
présent, il guide, il aide les jeunes à faire
tout seuls. C’est l’accompagnement vers
Dossier réalisé par
Sabine Berkovicius
l’autonomie. » À l’heure où le métier d’en- des établissements… La commission a priseignant, en France, est plutôt sur la sellette, vilégié ce qui pourrait « mieux faire réussir
au moment où les défis pèsent sur l’école qui l’école ». Un livre vert a été rendu en février
accumule les mauvais indicateurs (étude du dernier. Le ministre de l’Éducation Nationale
Haut Conseil de l’Éducation,
enquêtes internationales),
ANIMATEUR ET
les moniteurs de MFR font
rêver ceux qui voudraient ACCOMPAGNATEUR DE PROJETS
faire évoluer le métier
d’enseignant. Dans les conclusions de la y trouvera peut-être des pistes pour écrire
commission Pochard chargée de réfléchir à son « livre blanc ». 900 000 enseignants
la revalorisation du métier d’enseignant, rien seront concernés par cette réforme. Ce ne
n’a été écarté : bivalence (enseignement de sera pas le cas des moniteurs de Maisons
deux matières), travail en équipe, annualisa- familiales rurales qui bénéficient d’un autre
(suite page 13)
tion des heures d’enseignement, autonomie statut. Les MFR
le Lien
s
SEPTEMBRE
2008
11
&QUUKGT
PROFESSION MONITEUR
LE MONITEUR
QUELS DIPLÔMES POUR
ÊTRE MONITEUR ?
LES MÉTIERS EN MFR
TYPE DE CONTRAT
RÉPARTITION PAR POSTE
4 589
femmes
hommes
82% CDI
3 641
■ Minimum BTS pour les cours techniques
■ Niveau II (type Licence) pour les cours
d’enseignement général
À NOTER : Le Centre pédagogique des MFR,
11% CDD
7%
autres dont : contrats
d’apprentissage, contrats de professionnalisation, contrats aidés…
510
directeurs
moniteurs
autres
TEMPS DE TRAVAIL
RÉPARTITION PAR ÂGE
18,2%
19,9%
54%
17,6%
temps
plein
14,8%
12,3%
10,9%
s
e3
5
-3
31
0
-4
36
5
-4
41
0
-5
46
-d
mi-temps
et +
7% moins
6,3%
n
0a
39%
d’un mi-temps
situé près d’Orléans, forme les nouveaux moniteurs.
Cette formation par alternance s’étale sur deux ans.
Après la soutenance d’un rapport pédagogique,
les moniteurs obtiennent le “Certificat de Moniteur
de formations alternées”.
En 2007,
moniteurs ont été qualifiés.
297
152
moniteurs sont en formation de directeur
LE RÔLE DU
MONITEUR :
Un
enseignement au plus
proche des
besoins des
élèves
En dehors des cours,
il reste présent à la MFR
et participe à la vie
du groupe
s
an
-55
51 e 55
+d
ENMOYENNE,
MOYENNE,
EN
,
UNE ÉQUIPE MFR C’EST :
17
17 salariés
salariès pour
pour 150
150 élèves
éléves
RÉPARTITION DU TEMPS
DE TRAVAIL D’UN MONITEUR
RELATIONS
●
Relations partenariales
extérieures nécessaires
à la mise en œuvre de
l’alternance
ANIMATION
10%
10%
● 15%
Animation et
accompagnement
éducatif hors
activité pédagogique
10 moniteurs
Accompagner
les jeunes sur le
terrain pendant les
périodes de stage
et dans leur projet
d’orientation
ORGANISATION
45%
30%
●
Préparation et organisation personnelle
et collective des activités
FORMATION
●
Activités pédagogiques
et éducatives liées à la
conduite des formations
par alternance
INFOGRAPHIE : D. BERNARD
1moniteur pour 15
1 personne 2 maîtresses
à l’entretien
de maison
2 secrétaires
1 directeur
12
le Lien
s
SEPTEMBRE
2008
1 surveillant / animateur
élèves
MONITEURS
sont des établissements scolaires sous
contrat de participation avec l’État pour
les formations qui dépendent du ministère
de l’Agriculture ou sous convention avec
les conseils régionaux, comme Centres
de Formation d’Apprentis. Les moniteurs sont recrutés par les directeurs
des établissements qui choisissent leurs
collaborateurs. Le contrat de travail est
signé par le président de l’association. Le
moniteur est salarié de l’établissement.
Les conditions de travail, comme celles
de tous les personnels du mouvement
des MFR sont régies par une convention
collective nationale. À son embauche, le
moniteur doit être titulaire des titres requis
pour enseigner. Il est exigé un titre ou un
diplôme technique de niveau III (BTS
ou DUT) ou de niveau II. Il doit avoir la
connaissance du milieu professionnel dans
lequel se forme le jeune.
UN SAVOIR-FAIRE
RECONNU EN PÉDAGOGIE
DE L’ALTERNANCE
Le moniteur de MFR exerce un métier
reconnu qui demande un savoir-faire
particulier dans la pédagogie de l’alternance spécifique au système des Maisons
familiales. Le moniteur a une fonction
globale, complexe, qui nécessite d’avoir
de multiples cordes à son arc. Non seulement il sait être bon pédagogue mais il
doit aussi être tuteur, accompagnateur,
animateur… Cela ne s’invente pas. Quel que
soit leur niveau préalable, les moniteurs
nouvellement embauchés suivent une
formation pédagogique en cours d’emploi
qui se déroule en deux phases pendant
deux ans (lire entretien p. 16). Le Centre
national pédagogique des MFR, où se sont
formés les 4 500 moniteurs du mouvement,
leur délivre alors le Certificat de moniteur
de formations alternées. Ils acquièrent
la capacité à mettre en œuvre des plans
de formation, travailler en équipe, nouer
des liens avec le monde professionnel, les
parents et le territoire, et accompagner les
jeunes vers la réussite. ■
(1) ANFRA : Association nationale pour
la formation et la recherche pour l’alternance.
DÉMARRER DANS LE MÉTIER
JOËL SCHINAZI, 30 ANS, À LA MFR DE CHEVANCEAUX (17)
TITULAIRE D’UN BTSA ET D’UNE MAÎTRISE
Quand j’ai découvert le slogan des Maisons familiales, je me suis
dit que si les élèves apprenaient autrement, les professeurs devaient
enseigner autrement. Je suis responsable de la classe de BEPA et
j’assure notamment les matières en technique forestière aux jeunes de
bac professionnel. Après quelques mois passés dans les MFR, je peux
dire que le autrement existe par l’alternance d’une part et également par
la proximité dans laquelle on se trouve avec les jeunes. C’est un travail
épuisant car on se remet en question en permanence avec les jeunes
et motivant car il faut s’adapter perpétuellement.
ADELINE LOIZEAU, 28 ANS, À L’IREO DES HERBIERS (85)
TITULAIRE D’UN BAC SMS ET D’UNE LICENCE
À l’occasion d’un stage dans une Maison familiale, j’ai eu la révélation que
cet univers était fait pour moi. La relation entre les adultes et les jeunes, la
considération, le soutien, la connaissance de la famille et l’alternance comme
moyen de motiver les jeunes m’ont emballée. J’ai d’abord été embauchée
pour faire de l’animation et de la formation. Cette fonction globale me
convient parfaitement. Je suis maintenant monitrice. J’ai travaillé sur le plan
de formation de la classe de seconde. J’ai beaucoup apprécié le stage en
milieu professionnel que les moniteurs en formation doivent effectuer. Les
élèves étaient très contents d’apprendre que moi aussi j’allais en stage dans
une exploitation. J’ai découvert ce que vivaient les jeunes, leur fatigue le
soir. C’était très enrichissant.
BRIGITTE MULLIE, 36 ANS, À LA MFR D’ÉCLUSIER-VAUX (80)
TITULAIRE D’UNE LICENCE
J’ai commencé par faire quelques heures de vacation à la Maison familiale.
Mais je me suis prise au jeu. Je vois dans l’alternance le moyen d’avancer
avec les jeunes. Je m’intéresse vraiment à eux, je les respecte, nous
échangeons. Nous devons faire passer un savoir dans un temps très
court. Le rythme est très soutenu. Au début, l’organisation de la Maison
familiale peut sembler complexe. J’ai posé beaucoup de questions. C’est
passionnant. Les jeunes nous disent que les moniteurs leur parlent
« normalement » et ils s’en étonnent. Ce dialogue est la clé de la réussite.
Nous devons aussi nous intéresser à ce qu’ils vivent professionnellement
tout en éveillant leur curiosité pour qu’ils s’ouvrent au monde extérieur.
EMMANUEL CLÉRÉ, 33 ANS, À LA MFR DE LA CERLANGUE (76)
TITULAIRE D’UNE MAÎTRISE
J’étais animateur dans une maison botanique. Je faisais de l’éducation
à l’environnement notamment pour des scolaires. À cette occasion,
j’ai découvert l’enseignement agricole. À la Maison familiale je suis
chargé de l’enseignement en écologie, environnement, biologie auprès
de jeunes mais aussi d’adultes. En Maison familiale, les moniteurs ne
sont pas cantonnés à une seule tâche. C’est ce qui rend le métier à la
fois séduisant et difficile. Il faut diviser son temps dans chacune de ses
missions, le savoir-faire dans l’alternance est indispensable. L’équipe
de collègues fournit une aide indispensable au jeune moniteur que
je suis.
le Lien
s
SEPTEMBRE
2008
13
&QUUKGT
PROFESSION MONITEUR
À la fin de l’année, quand les élèves
partent en vacances, les moniteurs
en profitent pour se ressourcer. Les
méthodes diffèrent mais l’objectif
est le même : faire le bilan, compter
les élèves inscrits pour l’année
prochaine et prévoir le déroulement
de la rentrée suivante pour qu’en
septembre, chacun soit fin prêt
pour accueillir les jeunes et leurs
familles.
EXPÉRIENCE MFR
SESSION D’ÉQUIPE,
LE TEMPS DE LA RÉFLEXION
L
’année est à peine terminée qu’il
faut déjà songer à la suivante.
Dans les Maisons familiales,
elle se prépare en équipe. À
la MFR de La Bagotière aux
Moutiers-en-Cinglais dans le
Calvados, spécialisée dans les
services aux personnes, le secrétariat et la
comptabilité, la directrice, Agnès Zaragoza,
a proposé à son équipe de monitrices de
travailler avec l’aide d’un formateur du
Centre national pédagogique (CNP) des
MFR.
« Nous animons ce que nous appelons des
sessions d’équipe », explique Régis Corroyer, responsable de ces formations au
CNP. Selon les Maisons familiales rurales,
certaines équipes souhaitent travailler sur
les questions éducatives, sur la valorisation
de l’alternance, sur les plans de formation,
sur l’animation ou la vie résidentielle. « En
fonction du sujet, c’est l’équipe au complet
ou seulement les moniteurs qui se retrou-
14
le Lien
s
SEPTEMBRE
2008
vent. La session se construit en plusieurs point et ajuster les choses si besoin.
Le jour J, l’équipe habituellement éclatée
temps. »
L’équipe se réunit d’abord entre elle sous la sur deux sites est au complet, réunie au
houlette du directeur pour mettre à plat ses château des Moutiers. L’ambiance s’est
préoccupations. À la MFR de La Bagotière, détendue avec l’annonce des bons résultats
la session ne va concerner que l’équipe aux examens. Le directeur départemental
pédagogique qui souhaite retravailler les est présent pour le lancement de la session.
plans de formation des classes de CAPA, « Début juillet est un moment propice à la
BEPA et Bac professionnel. Cette réflexion discussion et à la réflexion dans la sérénité.
permet de dresser en commun des constats Notre objectif est de progresser et d’amélioet de clarifier les points à aborder.
rer nos pratiques », explique la directrice.
Lors d’une session d’équipe, les mots sont
importants. L’échange, le respect, l’écoute,
TRAVAILLER
l’implication et la confidentialité sont les
LE PLAN DE FORMATION
ingrédients d’une bonne alchimie. Il faut
tout cela pour s’attaquer au plat du jour :
Une première rencontre de concertation a le plan de formation.
lieu avec l’animateur du Centre pédagogique Dans le langage des Maisons familiales,
et le directeur départemental.
le plan de formation est un mot magique,
La session d’équipe se déroule ensuite en indispensable pour le pilotage d’une formadeux étapes, en alternance : trois jours de tion par alternance. Il est « incontournatravail et de production et six mois ou un an ble », « vivant », « réfléchi », « équilibré »,
plus tard, deux jours de bilan pour faire le « fédérateur », « rigoureux », « adaptable »,
FICHES PÉDAGOGIQUES
DES OUTILS PROPRES À L’ALTERNANCE
D
égrènent les monitrices lors d’un exercice à
partir de photos… Chacune est convaincue
de son intérêt. Le plan de formation est
une autre façon d’aborder le programme à
travers des thèmes. Il ne s’agit pas de s’en
affranchir mais d’en reprendre les éléments
pour les organiser différemment en tenant
compte des apports des stages. C’est une
ligne directrice, avec des points d’étape dans
l’année qui permettent d’adapter les choses
au fur et à mesure. Il est coordonné par les
moniteurs responsables de la formation. Il
est présenté en partie aux parents en début
d’année. Concrètement il leur permet de
visualiser le planning de l’année, les thèmes
travaillés à la Maison familiale et les études
sur lesquelles doivent plancher les jeunes
en stage.
« La question essentielle est celle du sens »,
précise Régis Corroyer. « La pédagogie
des MFR invite les jeunes à se poser des
questions à partir de ce qu’ils vivent en stage
ou chez eux. Le moniteur complète leurs
connaissances et fait les apports nécessaires
conformément aux programmes. La formation professionnelle est un bon support
pour faire de la formation générale. Nous
travaillons sur la capacité à donner aux
jeunes l’envie d’apprendre. L’alternance est
en quelque sorte un baume adoucissant. »
Susciter l’intérêt des jeunes… Chacun
s’accorde facilement sur cet objectif. Pour
epuis plus de quarante ans, les Maisons
familiales construisent des outils
pédagogiques spécifiques. Les fiches
pédagogiques sont conçues par des moniteurs
de MFR, soucieux de composer des supports
particulièrement adaptés à la pédagogie de
l'alternance, dans les domaines les plus divers.
Elles permettent aux jeunes des MFR d'organiser
leurs savoirs et d'apprendre en tenant compte de
leur vécu dans le milieu socioprofessionnel, et aux
équipes de moniteurs de bâtir des plans de formation s'appuyant sur des outils adaptés, centrés sur
les jeunes. Depuis leur création, ce sont plus de
150 outils qui ainsi ont été construits et proposés
aux équipes de terrain. Ils sont recensés dans
un catalogue adressé chaque année à tous les
établissements du réseau. Ces documents sont
réalisés sous la responsabilité du Centre national
pédagogique et de l’Union nationale et produits à
l’imprimerie de Maurecourt.
Eric Golhen ■
réfléchir au plan de formation avant de passer aux travaux pratiques, une monitrice de
la MFR de Férolles dans le Loiret est venue
témoigner. Chaque MFR a son organisation
propre en fonction de son histoire, de son
nombre d’élèves et de son territoire. La MFR
de Férolles travaille particulièrement ses
relations avec les parents et accorde une
attention méticuleuse à valoriser ce que
font les jeunes en stage. Les outils utilisés
sont nombreux, les rencontres formalisées,
le travail en équipe est important. L’exemple
n’est bien sûr pas transposable. Il oblige à
ouvrir sa fenêtre pour regarder comment
fait le voisin et donne une bouffée d’oxygène.
Les monitrices s’attellent ensuite au fameux
plan de formation. Elles s’interrogent sur
les finalités et les objectifs. En trois jours,
le travail sera bien avancé. L’important est
de travailler ensemble. Cette pédagogie de
l’alternance demande aux moniteurs une
coordination en équipe toute particulière.
Ce petit intermède avant les vacances
permettra aux monitrices de commencer
la rentrée du bon pied. Rendez-vous est
pris à l’automne avec Régis Corroyer pour
voir si les plans de formation ont tenu leurs
promesses : donner du sens pour permettre
aux jeunes d’être autonomes et de construire
leur projet. ■
TÉMOIGNAGE
FAIRE VIVRE L’ALTERNANCE
Quand une équipe parle à une autre équipe…
Pascale Scotti, monitrice à la MFR de Férolles, a
témoigné devant l’équipe de La Bagotière. Des
échanges toujours passionnants qui obligent à se
poser des questions sur le plus important : comment aider les jeunes à s’épanouir et trouver leur
voie. À Férolles, les moniteurs cultivent un lien
étroit avec les parents, anticipent en permanence
et organisent la formation à la MFR en fonction de
ce que vivent les jeunes en stage. ■
le Lien
s
SEPTEMBRE
2008
15
&QUUKGT
PROFESSION MONITEUR
RENCONTRE
Jean-Marie Landreau DIRECTEUR DU CENTRE NATIONAL PÉDAGOGIQUE DES MFR
❝ PÉDAGOGIE DE L’ALTERNANCE :
PAS D’UNIFORMISATION
MAIS DE L’UNITÉ ❞
Quelle est la vocation du Centre
national pédagogique (CNP) ?
moniteurs de Maison familiale, elles
doivent se former à cette pédagogie
particulière, au Centre pédagogique.
Est-ce un passage obligé ?
régions et une dimension nationale. Nous ne
voulons pas l’uniformisation mais de l’unité
dans la formation pédagogique.
Jean-Marie Landreau : Le Centre pédagogique des MFR, situé à Chaingy, proche
d’Orléans, est un lieu de référence sur J.-M. L. : Depuis 1984, la loi reconnaît Quels sont ces fameux outils de
l’alternance. C’est un centre de ressources
notre pédagogie particulière. Chaque Maison l’alternance dont les moniteurs
documentaires. Notre bibliothèque compte
familiale a en contrepartie l’obligation de
disposent pour conduire à bien
15 000 ouvrages, 5 000 rapports.
leur métier ?
former les moniteurs qu’elle
Nous sommes aussi un centre
embauche, qu’ils soient ingé- J.-M. L. : Le plan de formation qui organise
S’APPROPRIER
LES OUTILS DE
de ressources humaines. C’est
nieurs, techniciens, qu’ils
l’alternance est le point capital. Les moniteurs
L’ALTERNANCE
ici que viennent se former les
viennent du monde profes- apprennent ensuite à manier ce qu’on appelle
sionnel ou qu’ils aient suivi
le plan d’étude.
nouveaux moniteurs de MFR,
venus de toute la France et ceux qui souhai- une formation universitaire. Seul, le Centre
C’est une technique. Avant que les jeunes
tent suivre une formation complémentaire. national pédagogique de Chaingy délivre
quittent la Maison familiale pour partir en
Notre équipe d’animateurs au Centre est sous contrôle du ministère de l’Agriculture, stage, le moniteur anime une séquence qui
permet aux jeunes, en groupe, de s’exprimer
spécialisée dans l’ingénierie de formation. le « Certificat de moniteur de formations
Ils ont à la fois une expérience concrète de
sur un thème préalablement déterminé
alternées ».
l’alternance, pour l’avoir pratiquée avec les
par le plan de formation. À partir de cette
jeunes et ils ont tous conduit des recherches Quel est l’intérêt d’avoir un centre
expression, les questions germent. Les
(thèses, masters, DEA…). C’est important. national ?
jeunes en quelque sorte s’approprient ces
Si au CNP on ne faisait pas de recherche sur J.-M. L. : La formation pédagogique des
questions et vont essayer de trouver les
l’alternance, je ne vois pas où on pourrait moniteurs a été repensée il y a trois ans. réponses en interrogeant quand ils sont
Soyons clairs, la plupart de la formation a lieu en stage, les adultes qui les entourent. La
en faire !
à la MFR. Les moniteurs sont déjà en poste, réponse aux questions constitue une sorte
Quelles sont les particularités de
en situation professionnelle et viennent se
de rédaction. Elle est corrigée quand les
former en alternance à raison
jeunes reviennent à la MFR.
cette pédagogie de l’alternance
CRÉER
de 8 sessions d’une semaine
Vient ensuite ce qu’on appelle
propre aux MFR ?
LA DYNAMIQUE
J.-M. L. : En Maison familiale, les jeunes
sur deux ans. La formation
la mise en commun, c’est-à-dire
DE GROUPE
à la pédagogie des MFR est
une discussion qui permet de
passent plus de temps en stage que dans
une salle de classe. Pour dire les choses
conduite en toute logique par
mutualiser les expériences. De
simplement, c’est une pédagogie qui s’appuie
alternance.
là naissent de nouvelles questions. Le rôle
sur la réalité de ce que vivent ces jeunes en Elle se déroule en 2 phases : une première
du moniteur est alors de savoir reprendre
stage et dans leur vie personnelle, familiale
phase en région pour se préparer à l’entrée
les 3 ou 4 points clés qui vont trouver un
et sociale. Pour relier ces deux temps de
en formation pédagogique et une deuxième
prolongement dans les activités de la semaine.
formation (à la MFR et en stage), le moniteur
phase au CNP. Nous constituons les groupes
C’est une pédagogie qui permet de créer une
utilise des outils propres à cette pédagogie
de façon à mixer les jeunes moniteurs de
dynamique de groupe, une adhésion et de
qu’il doit s’approprier.
toute la France. Cela permet de croiser les
susciter l’intérêt des jeunes.
pratiques.
Quelle que soit la formation initiale Le Centre pédagogique est un outil de cohé- La différence entre l’enseignant
des personnes qui veulent devenir sion. Ici, nous conjuguons la singularité des de collège et le moniteur de MFR
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le Lien
s
SEPTEMBRE
2008
Jean-Marie Landreau
■ DIRECTEUR DU CENTRE NATIONAL
PÉDAGOGIQUE DES MFR
■ EXPÉRIENCE DE 30 ANS COMME
MONITEUR ET DIRECTEUR DE MFR DANS LA
RÉGION DES PAYS DE LA LOIRE
■ THÈSE : « COMMENT UN JEUNE
CONSTRUIT SON PARCOURS D’ORIENTATION
DANS UNE PÉDAGOGIE DE L’ALTERNANCE »
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se situe-t-elle dans ce
maniement de ces outils
particuliers ?
LE CNP N’EST PAS
❝ DANS
UNE TOUR
D’IVOIRE
❞
J.-M. L. : Pas seulement mais
c’est lié. Le professeur arrive pour faire
son heure de cours et repart une fois qu’il
a terminé. Le moniteur à la MFR ne conçoit
pas son temps de cette façon. Le cours est
loin d’être son unique mission. Sa fonction
dépasse largement le cadre de l’enseignement.
Il a un rôle dans la socialisation du jeune
qu’il accueille. Il travaille avec une équipe,
rencontre les parents, organise les visites
chez les familles et chez les maîtres de
stage, participe aux réunions en rapport
avec le milieu professionnel, fait vivre le
partenariat.
Comment forme-t-on à cette complexité ?
J.-M. L. : C’est l’alternance qui rend cela
possible. La formation pédagogique permet
de « se mettre au balcon » (pas dans la rue),
c’est-à-dire de prendre du recul. Le jeune
moniteur est accompagné par un tuteur (un
moniteur), son directeur, l’équipe pédagogique, le président, le délégué pédagogique,
le directeur départemental… lorsqu’il fait
un cours, organise une visite, une anima-
tion… Notre démarche est
un accompagnement vers la
qualification. Notre approche
est constructive, elle n’est pas
conçue comme une sanction. Parmi les
épreuves terminales, les moniteurs soutiennent un rapport d’activité pédagogique
devant un jury.
Le Centre pédagogique propose-t-il
d’autres formations ?
J.-M. L. : Nous accueillons essentiellement
les salariés de MFR qui travaillent sur la
pédagogie. Les jeunes moniteurs mais aussi
tous ceux qui souhaitent se perfectionner.
Environ mille personnes par an viennent
au CNP ou sont formées par des formateurs
de Chaingy qui se déplacent à la demande
dans les Maisons familiales. Nous avons
vocation à aller sur le terrain, notamment
dans le cadre de sessions qui concernent
une équipe entière sur un thème précis. Le
CNP n’est pas dans une tour d’ivoire.
Nous accueillons également à Chaingy des
chercheurs qui travaillent sur l’alternance.
Nous sommes aussi en lien avec l’université,
celle de Lille essentiellement et celle de Pau
dans une moindre mesure avec lesquelles
nous conduisons des formations licences
et masters. À Chaingy, nous accompagnons
aussi des groupes qui travaillent sur la
construction des fiches pédagogiques sous
la responsabilité de l'Union nationale. C'est
très important puisqu'il s'agit d'affirmer
l'identité du mouvement en matière de
pédagogie. Des formateurs de l’équipe du
CNP travaillent sur des thèmes comme
l’éducatif, l’alternance (pour renouveler notre
manière de penser l’alternance), l’orientation.
Nous devons investir particulièrement ce qui
fait notre spécificité. Nous devons porter une
attention sur les outils de l’alternance. Je
souhaite qu’on cultive cet esprit de recherche
toujours au service du réseau des Maisons
familiales. ■
(Propos recueillis par Sabine Berkovicius)
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