Extraits du Lien de septembre 2008
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Extraits du Lien de septembre 2008
MOUVEMENT FORMATION édito L’OUVERTURE AU MONDE « L’alternance est la pédagogie de la rencontre », disait souvent André Duffaure, ancien directeur de notre Union nationale et grand acteur du développement des MFR. Les Maisons familiales rurales ont inscrit dans leur projet la volonté d’élargir la richesse de ces rencontres en développant l’ouverture à l’Europe et au monde. L’objectif est de pouvoir proposer à un maximum de jeunes au cours de leur parcours, une occasion de vivre un temps d’immersion à l’étranger. Qu’ils soient élèves, apprentis ou stagiaires, cette expérience vécue hors de nos frontières permet tout à la fois l’apprentissage d’une langue et la découverte d’une autre culture. Les 8 et 9 décembre prochains, des journées d’étude sur la mobilité, organisées par le mouvement des MFR, rassembleront à Paris les représentants de chaque Maison familiale. Nous mutualiserons nos nombreuses expériences de parcours européens et nous dégagerons ensemble les pistes de progression. L’enjeu commun à nous tous, parents, maîtres de stage ou d’apprentissage et équipes est le développement et l’épanouissement de chaque jeune. Pratiquer l’alternance entre les stages et les sessions à la MFR ne coupe pas de ses racines familiales, bien au contraire. Nous le constatons, ces ruptures favorisent le dialogue entre les parents et les jeunes. De la même façon, vivre un temps à l’étranger et découvrir une autre culture permettent de relativiser son quotidien et de mieux comprendre les enjeux dans son propre pays. François Subrin ■ PRÉSIDENT DE L’UNION NATIONALE DES MAISONS FAMILIALES RURALES 4 le Lien s SEPTEMBRE 2008 Les ministres de l’Éducation nationale et de l’Agriculture ont annoncé la rénovation du bac professionnel pour la rentrée 2009. Pour certaines filières, les changements sont peu importants, pour d’autres, ils sont conséquents. Comment les Maisons familiales envisagent-elles cette réforme ? Bac pro en trois ans Les MFR se préparent ans la famille des bacs, le bac professionnel est le dernier né. Créé en 1985, il avait jusqu’à présent une particularité : il fallait quatre ans pour l’obtenir (2 ans de BEP suivis de 2 ans de bac). Changement de programme à la rentrée 2009 : le bac professionnel s’alignera sur tous les autres bacs avec un déroulement en trois ans : Seconde, Première, Terminale. Concrètement, cette nouvelle organisation supprimera une année de formation D pour les jeunes engagés dans un cursus de bac pro. L’ambition affichée du gouvernement est de conduire plus de jeunes au baccalauréat en moins de temps, de réduire le nombre de jeunes quittant le système scolaire sans qualification et de renforcer la lisibilité des diplômes. Réflexion stratégique Les Maisons familiales rurales ont choisi de réfléchir aux opportunités qu’ouvre cette petite CE QUI NE CHANGE PAS ❁ Le CAP en deux ans ❁ La possibilité de faire un bac professionnel après un CAP ❁ Les contenus de la Première et de la Terminale du bac professionnel CE QUI CHANGE ❁ De nouvelles Secondes professionnelles ❁ De nouvelles modalités de délivrance du BEP ❁ Des passerelles plus nombreuses entre les classes ❁ Le bac professionnel en trois ans au lieu de quatre révolution dans la formation professionnelle. « Cette réforme est l’occasion de réfléchir aux parcours que l’on propose aux jeunes, de mettre à plat les formations que le mouvement propose et de rebattre les cartes sur le territoire », explique le directeur du mouvement JeanClaude Daigney. « Faisons d’une contrainte un atout. Le moment est bien choisi pour innover et faire naître de nouvelles formations… » un challenge dont tout le mouvement s’est saisi. Depuis le printemps dernier, l’Union nationale des Maisons familiales rurales a organisé 27 journées de travail, dans les départements et les régions, avec les présidents et les directeurs de toutes les Maisons familiales. L’objectif n’est pas de travailler sur des contenus de formation qu’on ignore encore mais d’envisager des stratégies pour améliorer l’offre de formation dans le réseau des Maisons familiales rurales, en tenant compte des attentes des jeunes, des professionnels et en privilégiant toujours une alternance de qualité. Toutes les filières ne seront pas rénovées en 2009. Pour certains métiers de l’hôtellerie, de la restauration, du bâtiment ou du service à la personne qui offrent des débouchés importants au niveau CAP/BEP, ces diplômes sont pour l’instant maintenus en l’état. Il en est de même pour les BEPA qui n’offrent pas de poursuite naturelle en bac professionnel comme par exemple le BEPA maréchalerie qui devrait être conservé tel quel. Trois ans au lieu de quatre Pour les autres filières, au ministère de l’Agriculture, les bacs professionnels seront progressivement transformés en trois ans. Les classes de Seconde professionnelle auront des spécialités plus larges que celles qui existaient en BEPA. En Première professionnelle, les jeunes passeront le BEP, puis le bac professionnel en Terminale. Les formations CAP de niveau V seront maintenues pour satisfaire les besoins des jeunes qui souhaiteraient entrer rapidement dans la vie active alors qu’il est vraisemblable que certains BEP soient progressivement supprimés. La possibilité d’entrer en bac professionnel après un CAP sera toujours possible. De nouveaux bacs professionnels, des titres (de niveau bac), des CAP, des Certificats de Qualification Professionnelle seront développés dans les Maisons familiales… Ainsi, progressivement, l’en- © V. Hervé / MFR Richerenches (84) © S. Dévé / MFR Condé-sur-Vire (50) Les MFR comptent 486 filières BEPA et 215 filières bac professionnel en formation initiale au ministère de l’Agriculture, sans compter les formations de l’Éducation nationale réalisées par apprentissage. seignement professionnel va se transformer en profondeur, offrant aux jeunes des parcours simplifiés avec des passerelles plus nombreuses. Cette réforme qui ne fait pas l’unanimité dans le monde éducatif est l’occasion pour les MFR de réaffirmer où sont leurs priorités. Patrick Guès ■ CALENDRIER LA RÉFORME DU BAC PRO S’ÉTALE DANS LE TEMPS SEPT. 2008 AUCUN CHANGEMENT SEPT. 2009 OUVERTURE DE CERTAINES SECONDES PROFESSIONNELLES SEPT. 2010 SEPT. 2011 OUVERTURE DES PREMIÈRES PROFESSIONNELLES OUVERTURE DES TERMINALES PROFESSIONNELLES le Lien s SEPTEMBRE 2008 5 &QUUKGT LE LIEN - N U M É R O 3 2 4 - S E P T E M B R E 2 0 0 8 Le moniteur exerce un métier spécifique aux Maisons familiales rurales. Il nécessite une qualification particulière qui s’effectue en cours d’emploi et durant laquelle le moniteur bénéficie d’un tutorat. Le moniteur de MFR ne limite pas son travail à la fonction d’enseignant. Il est également animateur d’un groupe et de tous les partenaires de la formation, accompagnateur des personnes vers leur projet, éducateur… Cette fonction globale est complexe mais le moniteur n’est pas isolé. Il travaille au sein d’une équipe sous la responsabilité du directeur de la MFR. D PROFESSION MONITEUR ans un lycée, il y a des profs et dans une MFR, il y a des moniteurs ! Et cela n’a rien à voir, explique Marguerite Fleury, présidente de l’ANFRA(1), l’association qui assure le lien entre l’Union nationale et le Centre pédagogique des Maisons familiales rurales. « En MFR, les moniteurs sont à côté du jeune, ils l’accompagnent dans tous les actes de formation », précise-t-elle. « J’aime bien l’image du moniteur d’auto-école : il est présent, il guide, il aide les jeunes à faire tout seuls. C’est l’accompagnement vers Dossier réalisé par Sabine Berkovicius l’autonomie. » À l’heure où le métier d’en- des établissements… La commission a priseignant, en France, est plutôt sur la sellette, vilégié ce qui pourrait « mieux faire réussir au moment où les défis pèsent sur l’école qui l’école ». Un livre vert a été rendu en février accumule les mauvais indicateurs (étude du dernier. Le ministre de l’Éducation Nationale Haut Conseil de l’Éducation, enquêtes internationales), ANIMATEUR ET les moniteurs de MFR font rêver ceux qui voudraient ACCOMPAGNATEUR DE PROJETS faire évoluer le métier d’enseignant. Dans les conclusions de la y trouvera peut-être des pistes pour écrire commission Pochard chargée de réfléchir à son « livre blanc ». 900 000 enseignants la revalorisation du métier d’enseignant, rien seront concernés par cette réforme. Ce ne n’a été écarté : bivalence (enseignement de sera pas le cas des moniteurs de Maisons deux matières), travail en équipe, annualisa- familiales rurales qui bénéficient d’un autre (suite page 13) tion des heures d’enseignement, autonomie statut. Les MFR le Lien s SEPTEMBRE 2008 11 &QUUKGT PROFESSION MONITEUR LE MONITEUR QUELS DIPLÔMES POUR ÊTRE MONITEUR ? LES MÉTIERS EN MFR TYPE DE CONTRAT RÉPARTITION PAR POSTE 4 589 femmes hommes 82% CDI 3 641 ■ Minimum BTS pour les cours techniques ■ Niveau II (type Licence) pour les cours d’enseignement général À NOTER : Le Centre pédagogique des MFR, 11% CDD 7% autres dont : contrats d’apprentissage, contrats de professionnalisation, contrats aidés… 510 directeurs moniteurs autres TEMPS DE TRAVAIL RÉPARTITION PAR ÂGE 18,2% 19,9% 54% 17,6% temps plein 14,8% 12,3% 10,9% s e3 5 -3 31 0 -4 36 5 -4 41 0 -5 46 -d mi-temps et + 7% moins 6,3% n 0a 39% d’un mi-temps situé près d’Orléans, forme les nouveaux moniteurs. Cette formation par alternance s’étale sur deux ans. Après la soutenance d’un rapport pédagogique, les moniteurs obtiennent le “Certificat de Moniteur de formations alternées”. En 2007, moniteurs ont été qualifiés. 297 152 moniteurs sont en formation de directeur LE RÔLE DU MONITEUR : Un enseignement au plus proche des besoins des élèves En dehors des cours, il reste présent à la MFR et participe à la vie du groupe s an -55 51 e 55 +d ENMOYENNE, MOYENNE, EN , UNE ÉQUIPE MFR C’EST : 17 17 salariés salariès pour pour 150 150 élèves éléves RÉPARTITION DU TEMPS DE TRAVAIL D’UN MONITEUR RELATIONS ● Relations partenariales extérieures nécessaires à la mise en œuvre de l’alternance ANIMATION 10% 10% ● 15% Animation et accompagnement éducatif hors activité pédagogique 10 moniteurs Accompagner les jeunes sur le terrain pendant les périodes de stage et dans leur projet d’orientation ORGANISATION 45% 30% ● Préparation et organisation personnelle et collective des activités FORMATION ● Activités pédagogiques et éducatives liées à la conduite des formations par alternance INFOGRAPHIE : D. BERNARD 1moniteur pour 15 1 personne 2 maîtresses à l’entretien de maison 2 secrétaires 1 directeur 12 le Lien s SEPTEMBRE 2008 1 surveillant / animateur élèves MONITEURS sont des établissements scolaires sous contrat de participation avec l’État pour les formations qui dépendent du ministère de l’Agriculture ou sous convention avec les conseils régionaux, comme Centres de Formation d’Apprentis. Les moniteurs sont recrutés par les directeurs des établissements qui choisissent leurs collaborateurs. Le contrat de travail est signé par le président de l’association. Le moniteur est salarié de l’établissement. Les conditions de travail, comme celles de tous les personnels du mouvement des MFR sont régies par une convention collective nationale. À son embauche, le moniteur doit être titulaire des titres requis pour enseigner. Il est exigé un titre ou un diplôme technique de niveau III (BTS ou DUT) ou de niveau II. Il doit avoir la connaissance du milieu professionnel dans lequel se forme le jeune. UN SAVOIR-FAIRE RECONNU EN PÉDAGOGIE DE L’ALTERNANCE Le moniteur de MFR exerce un métier reconnu qui demande un savoir-faire particulier dans la pédagogie de l’alternance spécifique au système des Maisons familiales. Le moniteur a une fonction globale, complexe, qui nécessite d’avoir de multiples cordes à son arc. Non seulement il sait être bon pédagogue mais il doit aussi être tuteur, accompagnateur, animateur… Cela ne s’invente pas. Quel que soit leur niveau préalable, les moniteurs nouvellement embauchés suivent une formation pédagogique en cours d’emploi qui se déroule en deux phases pendant deux ans (lire entretien p. 16). Le Centre national pédagogique des MFR, où se sont formés les 4 500 moniteurs du mouvement, leur délivre alors le Certificat de moniteur de formations alternées. Ils acquièrent la capacité à mettre en œuvre des plans de formation, travailler en équipe, nouer des liens avec le monde professionnel, les parents et le territoire, et accompagner les jeunes vers la réussite. ■ (1) ANFRA : Association nationale pour la formation et la recherche pour l’alternance. DÉMARRER DANS LE MÉTIER JOËL SCHINAZI, 30 ANS, À LA MFR DE CHEVANCEAUX (17) TITULAIRE D’UN BTSA ET D’UNE MAÎTRISE Quand j’ai découvert le slogan des Maisons familiales, je me suis dit que si les élèves apprenaient autrement, les professeurs devaient enseigner autrement. Je suis responsable de la classe de BEPA et j’assure notamment les matières en technique forestière aux jeunes de bac professionnel. Après quelques mois passés dans les MFR, je peux dire que le autrement existe par l’alternance d’une part et également par la proximité dans laquelle on se trouve avec les jeunes. C’est un travail épuisant car on se remet en question en permanence avec les jeunes et motivant car il faut s’adapter perpétuellement. ADELINE LOIZEAU, 28 ANS, À L’IREO DES HERBIERS (85) TITULAIRE D’UN BAC SMS ET D’UNE LICENCE À l’occasion d’un stage dans une Maison familiale, j’ai eu la révélation que cet univers était fait pour moi. La relation entre les adultes et les jeunes, la considération, le soutien, la connaissance de la famille et l’alternance comme moyen de motiver les jeunes m’ont emballée. J’ai d’abord été embauchée pour faire de l’animation et de la formation. Cette fonction globale me convient parfaitement. Je suis maintenant monitrice. J’ai travaillé sur le plan de formation de la classe de seconde. J’ai beaucoup apprécié le stage en milieu professionnel que les moniteurs en formation doivent effectuer. Les élèves étaient très contents d’apprendre que moi aussi j’allais en stage dans une exploitation. J’ai découvert ce que vivaient les jeunes, leur fatigue le soir. C’était très enrichissant. BRIGITTE MULLIE, 36 ANS, À LA MFR D’ÉCLUSIER-VAUX (80) TITULAIRE D’UNE LICENCE J’ai commencé par faire quelques heures de vacation à la Maison familiale. Mais je me suis prise au jeu. Je vois dans l’alternance le moyen d’avancer avec les jeunes. Je m’intéresse vraiment à eux, je les respecte, nous échangeons. Nous devons faire passer un savoir dans un temps très court. Le rythme est très soutenu. Au début, l’organisation de la Maison familiale peut sembler complexe. J’ai posé beaucoup de questions. C’est passionnant. Les jeunes nous disent que les moniteurs leur parlent « normalement » et ils s’en étonnent. Ce dialogue est la clé de la réussite. Nous devons aussi nous intéresser à ce qu’ils vivent professionnellement tout en éveillant leur curiosité pour qu’ils s’ouvrent au monde extérieur. EMMANUEL CLÉRÉ, 33 ANS, À LA MFR DE LA CERLANGUE (76) TITULAIRE D’UNE MAÎTRISE J’étais animateur dans une maison botanique. Je faisais de l’éducation à l’environnement notamment pour des scolaires. À cette occasion, j’ai découvert l’enseignement agricole. À la Maison familiale je suis chargé de l’enseignement en écologie, environnement, biologie auprès de jeunes mais aussi d’adultes. En Maison familiale, les moniteurs ne sont pas cantonnés à une seule tâche. C’est ce qui rend le métier à la fois séduisant et difficile. Il faut diviser son temps dans chacune de ses missions, le savoir-faire dans l’alternance est indispensable. L’équipe de collègues fournit une aide indispensable au jeune moniteur que je suis. le Lien s SEPTEMBRE 2008 13 &QUUKGT PROFESSION MONITEUR À la fin de l’année, quand les élèves partent en vacances, les moniteurs en profitent pour se ressourcer. Les méthodes diffèrent mais l’objectif est le même : faire le bilan, compter les élèves inscrits pour l’année prochaine et prévoir le déroulement de la rentrée suivante pour qu’en septembre, chacun soit fin prêt pour accueillir les jeunes et leurs familles. EXPÉRIENCE MFR SESSION D’ÉQUIPE, LE TEMPS DE LA RÉFLEXION L ’année est à peine terminée qu’il faut déjà songer à la suivante. Dans les Maisons familiales, elle se prépare en équipe. À la MFR de La Bagotière aux Moutiers-en-Cinglais dans le Calvados, spécialisée dans les services aux personnes, le secrétariat et la comptabilité, la directrice, Agnès Zaragoza, a proposé à son équipe de monitrices de travailler avec l’aide d’un formateur du Centre national pédagogique (CNP) des MFR. « Nous animons ce que nous appelons des sessions d’équipe », explique Régis Corroyer, responsable de ces formations au CNP. Selon les Maisons familiales rurales, certaines équipes souhaitent travailler sur les questions éducatives, sur la valorisation de l’alternance, sur les plans de formation, sur l’animation ou la vie résidentielle. « En fonction du sujet, c’est l’équipe au complet ou seulement les moniteurs qui se retrou- 14 le Lien s SEPTEMBRE 2008 vent. La session se construit en plusieurs point et ajuster les choses si besoin. Le jour J, l’équipe habituellement éclatée temps. » L’équipe se réunit d’abord entre elle sous la sur deux sites est au complet, réunie au houlette du directeur pour mettre à plat ses château des Moutiers. L’ambiance s’est préoccupations. À la MFR de La Bagotière, détendue avec l’annonce des bons résultats la session ne va concerner que l’équipe aux examens. Le directeur départemental pédagogique qui souhaite retravailler les est présent pour le lancement de la session. plans de formation des classes de CAPA, « Début juillet est un moment propice à la BEPA et Bac professionnel. Cette réflexion discussion et à la réflexion dans la sérénité. permet de dresser en commun des constats Notre objectif est de progresser et d’amélioet de clarifier les points à aborder. rer nos pratiques », explique la directrice. Lors d’une session d’équipe, les mots sont importants. L’échange, le respect, l’écoute, TRAVAILLER l’implication et la confidentialité sont les LE PLAN DE FORMATION ingrédients d’une bonne alchimie. Il faut tout cela pour s’attaquer au plat du jour : Une première rencontre de concertation a le plan de formation. lieu avec l’animateur du Centre pédagogique Dans le langage des Maisons familiales, et le directeur départemental. le plan de formation est un mot magique, La session d’équipe se déroule ensuite en indispensable pour le pilotage d’une formadeux étapes, en alternance : trois jours de tion par alternance. Il est « incontournatravail et de production et six mois ou un an ble », « vivant », « réfléchi », « équilibré », plus tard, deux jours de bilan pour faire le « fédérateur », « rigoureux », « adaptable », FICHES PÉDAGOGIQUES DES OUTILS PROPRES À L’ALTERNANCE D égrènent les monitrices lors d’un exercice à partir de photos… Chacune est convaincue de son intérêt. Le plan de formation est une autre façon d’aborder le programme à travers des thèmes. Il ne s’agit pas de s’en affranchir mais d’en reprendre les éléments pour les organiser différemment en tenant compte des apports des stages. C’est une ligne directrice, avec des points d’étape dans l’année qui permettent d’adapter les choses au fur et à mesure. Il est coordonné par les moniteurs responsables de la formation. Il est présenté en partie aux parents en début d’année. Concrètement il leur permet de visualiser le planning de l’année, les thèmes travaillés à la Maison familiale et les études sur lesquelles doivent plancher les jeunes en stage. « La question essentielle est celle du sens », précise Régis Corroyer. « La pédagogie des MFR invite les jeunes à se poser des questions à partir de ce qu’ils vivent en stage ou chez eux. Le moniteur complète leurs connaissances et fait les apports nécessaires conformément aux programmes. La formation professionnelle est un bon support pour faire de la formation générale. Nous travaillons sur la capacité à donner aux jeunes l’envie d’apprendre. L’alternance est en quelque sorte un baume adoucissant. » Susciter l’intérêt des jeunes… Chacun s’accorde facilement sur cet objectif. Pour epuis plus de quarante ans, les Maisons familiales construisent des outils pédagogiques spécifiques. Les fiches pédagogiques sont conçues par des moniteurs de MFR, soucieux de composer des supports particulièrement adaptés à la pédagogie de l'alternance, dans les domaines les plus divers. Elles permettent aux jeunes des MFR d'organiser leurs savoirs et d'apprendre en tenant compte de leur vécu dans le milieu socioprofessionnel, et aux équipes de moniteurs de bâtir des plans de formation s'appuyant sur des outils adaptés, centrés sur les jeunes. Depuis leur création, ce sont plus de 150 outils qui ainsi ont été construits et proposés aux équipes de terrain. Ils sont recensés dans un catalogue adressé chaque année à tous les établissements du réseau. Ces documents sont réalisés sous la responsabilité du Centre national pédagogique et de l’Union nationale et produits à l’imprimerie de Maurecourt. Eric Golhen ■ réfléchir au plan de formation avant de passer aux travaux pratiques, une monitrice de la MFR de Férolles dans le Loiret est venue témoigner. Chaque MFR a son organisation propre en fonction de son histoire, de son nombre d’élèves et de son territoire. La MFR de Férolles travaille particulièrement ses relations avec les parents et accorde une attention méticuleuse à valoriser ce que font les jeunes en stage. Les outils utilisés sont nombreux, les rencontres formalisées, le travail en équipe est important. L’exemple n’est bien sûr pas transposable. Il oblige à ouvrir sa fenêtre pour regarder comment fait le voisin et donne une bouffée d’oxygène. Les monitrices s’attellent ensuite au fameux plan de formation. Elles s’interrogent sur les finalités et les objectifs. En trois jours, le travail sera bien avancé. L’important est de travailler ensemble. Cette pédagogie de l’alternance demande aux moniteurs une coordination en équipe toute particulière. Ce petit intermède avant les vacances permettra aux monitrices de commencer la rentrée du bon pied. Rendez-vous est pris à l’automne avec Régis Corroyer pour voir si les plans de formation ont tenu leurs promesses : donner du sens pour permettre aux jeunes d’être autonomes et de construire leur projet. ■ TÉMOIGNAGE FAIRE VIVRE L’ALTERNANCE Quand une équipe parle à une autre équipe… Pascale Scotti, monitrice à la MFR de Férolles, a témoigné devant l’équipe de La Bagotière. Des échanges toujours passionnants qui obligent à se poser des questions sur le plus important : comment aider les jeunes à s’épanouir et trouver leur voie. À Férolles, les moniteurs cultivent un lien étroit avec les parents, anticipent en permanence et organisent la formation à la MFR en fonction de ce que vivent les jeunes en stage. ■ le Lien s SEPTEMBRE 2008 15 &QUUKGT PROFESSION MONITEUR RENCONTRE Jean-Marie Landreau DIRECTEUR DU CENTRE NATIONAL PÉDAGOGIQUE DES MFR ❝ PÉDAGOGIE DE L’ALTERNANCE : PAS D’UNIFORMISATION MAIS DE L’UNITÉ ❞ Quelle est la vocation du Centre national pédagogique (CNP) ? moniteurs de Maison familiale, elles doivent se former à cette pédagogie particulière, au Centre pédagogique. Est-ce un passage obligé ? régions et une dimension nationale. Nous ne voulons pas l’uniformisation mais de l’unité dans la formation pédagogique. Jean-Marie Landreau : Le Centre pédagogique des MFR, situé à Chaingy, proche d’Orléans, est un lieu de référence sur J.-M. L. : Depuis 1984, la loi reconnaît Quels sont ces fameux outils de l’alternance. C’est un centre de ressources notre pédagogie particulière. Chaque Maison l’alternance dont les moniteurs documentaires. Notre bibliothèque compte familiale a en contrepartie l’obligation de disposent pour conduire à bien 15 000 ouvrages, 5 000 rapports. leur métier ? former les moniteurs qu’elle Nous sommes aussi un centre embauche, qu’ils soient ingé- J.-M. L. : Le plan de formation qui organise S’APPROPRIER LES OUTILS DE de ressources humaines. C’est nieurs, techniciens, qu’ils l’alternance est le point capital. Les moniteurs L’ALTERNANCE ici que viennent se former les viennent du monde profes- apprennent ensuite à manier ce qu’on appelle sionnel ou qu’ils aient suivi le plan d’étude. nouveaux moniteurs de MFR, venus de toute la France et ceux qui souhai- une formation universitaire. Seul, le Centre C’est une technique. Avant que les jeunes tent suivre une formation complémentaire. national pédagogique de Chaingy délivre quittent la Maison familiale pour partir en Notre équipe d’animateurs au Centre est sous contrôle du ministère de l’Agriculture, stage, le moniteur anime une séquence qui permet aux jeunes, en groupe, de s’exprimer spécialisée dans l’ingénierie de formation. le « Certificat de moniteur de formations Ils ont à la fois une expérience concrète de sur un thème préalablement déterminé alternées ». l’alternance, pour l’avoir pratiquée avec les par le plan de formation. À partir de cette jeunes et ils ont tous conduit des recherches Quel est l’intérêt d’avoir un centre expression, les questions germent. Les (thèses, masters, DEA…). C’est important. national ? jeunes en quelque sorte s’approprient ces Si au CNP on ne faisait pas de recherche sur J.-M. L. : La formation pédagogique des questions et vont essayer de trouver les l’alternance, je ne vois pas où on pourrait moniteurs a été repensée il y a trois ans. réponses en interrogeant quand ils sont Soyons clairs, la plupart de la formation a lieu en stage, les adultes qui les entourent. La en faire ! à la MFR. Les moniteurs sont déjà en poste, réponse aux questions constitue une sorte Quelles sont les particularités de en situation professionnelle et viennent se de rédaction. Elle est corrigée quand les former en alternance à raison jeunes reviennent à la MFR. cette pédagogie de l’alternance CRÉER de 8 sessions d’une semaine Vient ensuite ce qu’on appelle propre aux MFR ? LA DYNAMIQUE J.-M. L. : En Maison familiale, les jeunes sur deux ans. La formation la mise en commun, c’est-à-dire DE GROUPE à la pédagogie des MFR est une discussion qui permet de passent plus de temps en stage que dans une salle de classe. Pour dire les choses conduite en toute logique par mutualiser les expériences. De simplement, c’est une pédagogie qui s’appuie alternance. là naissent de nouvelles questions. Le rôle sur la réalité de ce que vivent ces jeunes en Elle se déroule en 2 phases : une première du moniteur est alors de savoir reprendre stage et dans leur vie personnelle, familiale phase en région pour se préparer à l’entrée les 3 ou 4 points clés qui vont trouver un et sociale. Pour relier ces deux temps de en formation pédagogique et une deuxième prolongement dans les activités de la semaine. formation (à la MFR et en stage), le moniteur phase au CNP. Nous constituons les groupes C’est une pédagogie qui permet de créer une utilise des outils propres à cette pédagogie de façon à mixer les jeunes moniteurs de dynamique de groupe, une adhésion et de qu’il doit s’approprier. toute la France. Cela permet de croiser les susciter l’intérêt des jeunes. pratiques. Quelle que soit la formation initiale Le Centre pédagogique est un outil de cohé- La différence entre l’enseignant des personnes qui veulent devenir sion. Ici, nous conjuguons la singularité des de collège et le moniteur de MFR ❝ ❞ ❝ ❞ 16 le Lien s SEPTEMBRE 2008 Jean-Marie Landreau ■ DIRECTEUR DU CENTRE NATIONAL PÉDAGOGIQUE DES MFR ■ EXPÉRIENCE DE 30 ANS COMME MONITEUR ET DIRECTEUR DE MFR DANS LA RÉGION DES PAYS DE LA LOIRE ■ THÈSE : « COMMENT UN JEUNE CONSTRUIT SON PARCOURS D’ORIENTATION DANS UNE PÉDAGOGIE DE L’ALTERNANCE » LE CNP PROPO SE LES FORMA TIONS SUIVAN ■ Forma TES : tion péda gogique moniteurs des ■ Maîtri se de mo niteur de ■ Perfec MFR tionneme nt du pers (sessions onnel d’équipes , thèmes) ■ Licenc e « Gesti on et accompa gnement des parc personne ours ls et profe ssionnels les organ dans isations » ■ Maste r 2 Profe ssionnel de forma Ingénieri tion « Pa e rcours IU de la form P métiers ation » se situe-t-elle dans ce maniement de ces outils particuliers ? LE CNP N’EST PAS ❝ DANS UNE TOUR D’IVOIRE ❞ J.-M. L. : Pas seulement mais c’est lié. Le professeur arrive pour faire son heure de cours et repart une fois qu’il a terminé. Le moniteur à la MFR ne conçoit pas son temps de cette façon. Le cours est loin d’être son unique mission. Sa fonction dépasse largement le cadre de l’enseignement. Il a un rôle dans la socialisation du jeune qu’il accueille. Il travaille avec une équipe, rencontre les parents, organise les visites chez les familles et chez les maîtres de stage, participe aux réunions en rapport avec le milieu professionnel, fait vivre le partenariat. Comment forme-t-on à cette complexité ? J.-M. L. : C’est l’alternance qui rend cela possible. La formation pédagogique permet de « se mettre au balcon » (pas dans la rue), c’est-à-dire de prendre du recul. Le jeune moniteur est accompagné par un tuteur (un moniteur), son directeur, l’équipe pédagogique, le président, le délégué pédagogique, le directeur départemental… lorsqu’il fait un cours, organise une visite, une anima- tion… Notre démarche est un accompagnement vers la qualification. Notre approche est constructive, elle n’est pas conçue comme une sanction. Parmi les épreuves terminales, les moniteurs soutiennent un rapport d’activité pédagogique devant un jury. Le Centre pédagogique propose-t-il d’autres formations ? J.-M. L. : Nous accueillons essentiellement les salariés de MFR qui travaillent sur la pédagogie. Les jeunes moniteurs mais aussi tous ceux qui souhaitent se perfectionner. Environ mille personnes par an viennent au CNP ou sont formées par des formateurs de Chaingy qui se déplacent à la demande dans les Maisons familiales. Nous avons vocation à aller sur le terrain, notamment dans le cadre de sessions qui concernent une équipe entière sur un thème précis. Le CNP n’est pas dans une tour d’ivoire. Nous accueillons également à Chaingy des chercheurs qui travaillent sur l’alternance. Nous sommes aussi en lien avec l’université, celle de Lille essentiellement et celle de Pau dans une moindre mesure avec lesquelles nous conduisons des formations licences et masters. À Chaingy, nous accompagnons aussi des groupes qui travaillent sur la construction des fiches pédagogiques sous la responsabilité de l'Union nationale. C'est très important puisqu'il s'agit d'affirmer l'identité du mouvement en matière de pédagogie. Des formateurs de l’équipe du CNP travaillent sur des thèmes comme l’éducatif, l’alternance (pour renouveler notre manière de penser l’alternance), l’orientation. Nous devons investir particulièrement ce qui fait notre spécificité. Nous devons porter une attention sur les outils de l’alternance. Je souhaite qu’on cultive cet esprit de recherche toujours au service du réseau des Maisons familiales. ■ (Propos recueillis par Sabine Berkovicius) le Lien s SEPTEMBRE 2008 17