L`EUROPE À L`HEURE DE LA SPÉCIFICITÉ SPORTIVE

Transcription

L`EUROPE À L`HEURE DE LA SPÉCIFICITÉ SPORTIVE
Numéro 53 Novembre Décembre 2007
P R O F E S S I O N
Football
« Sans égaler l’exception
culturelle, les instances
européennes devront désormais
agir en matière sportive
“en tenant compte
de ses spécificités” »
SOMMAIRE
ÉDITO
par Gervais Martel
p. 1
ACTUALITÉS
Accidents du travail dans le
p. 2-3
football professionnel
EPFL — Frédéric Thiriez
élu vice-président
p. 3
TRIBUNE
Football, mondialisation,
Afrique par Jean Lévy
p. 4-5
LE POINT DE VUE
DE PAUL YONNET
Football et rugby
p. 6-7
ÉVÉNEMENT
Le Livret d’Accueil du Jeune
p. 8
Footballeur Africain
GRAND PRIX UCPF
Liste des contributions
p. 8
Retrouvez-nous sur internet :
www.ucpf.fr
Bulletin d’information de l’Union des Clubs Professionnels de Football
É D I T O R I A L
P A R
G E R V A I S
M A R T E L
L’EUROPE
À L’HEURE DE LA SPÉCIFICITÉ SPORTIVE
U
n nouveau pas vers la reconnaissance de la spécificité du sport a été
franchi par les chefs d’Etats et de
gouvernements : le projet deTraité simplifié
adopté le 5 octobre dernier à Lisbonne
intègre des dispositions faisant explicitement référence au sport.
L’article 149 duTraité de Rome prévoit désormais que :
« 1. L’Union contribue à la promotion des
enjeux européens du sport, tout en tenant
compte de ses spécificités, de ses structures
fondées sur le volontariat ainsi que de sa
fonction sociale et éducative.
2. L’action de l’Union vise (…) à développer
la dimension européenne du sport, en promouvant l’équité et l’ouverture des compétitions sportives et la coopération entre les
organismes responsables du sport ainsi
qu’en protégeant l’intégrité physique et
morale des sportifs, notamment des jeunes
sportifs.(…)
4. Pour contribuer à la réalisation des objectifs visés au présent article :
- Le Parlement et le Conseil européen, statuant conformément à la procédure visée à
l’article 251 et après consultation du conseil
économique et social et du comité des
régions, adoptent des actions d’encouragement, à l’exclusion de toute harmonisation
des dispositions législatives et réglementaires des Etats membres.
- Le conseil adopte, sur proposition de la
commission, des recommandations. »
Après l’échec duTraité constitutionnel rejeté
par référendum par la France et les PaysBas, le sport fait à nouveau son apparition
parmi les compétences de l’Union européenne. Intervenant après les déclarations
politiques d’Amsterdam et surtout de Nice
en décembre 2000, ces dispositions, si le
processus de ratification nationale est mené
à son terme, pourront fournir le socle juridique nécessaire à la mise en œuvre d’une
politique du sport en Europe.
De ce point de vue, le mouvement sportif
peut être satisfait de voir trouver un commencement de réponse à l’une de ses principales revendications depuis plus d’une
décennie. Sans égaler l’exception culturelle,
les instances européennes devront désormais agir en matière sportive « en tenant
compte de ses spécificités. »
Cet enthousiasme doit cependant être tempéré. L’article adopté mérite en effet d’être
clarifié pour que l’on puisse mieux identifier
les domaines auxquels il s’adresse. Ainsi, on
peut s’interroger sur ce que recouvre exactement « la promotion des enjeux européens
du sport. » Le sport professionnel sera-t-il
véritablement concerné par ces dispositions ? Il faut aussi souligner que l’Union disposera en l’espèce d’une compétence
d’appui, de coordination ou de complément.
En clair, c’est le principe de subsidiarité qui
trouve à s’appliquer. Chaque Etat gardera
donc la mainmise sur sa politique sportive.
Mais sans perspective d’harmonisation,
quels pourront être les gains pour les clubs
sportifs qui, bien que se trouvant sur un
marché du travail internationalisé, ne bénéficient pas des mêmes armes dans la compétition ?
Comme on le voit, beaucoup reste à faire
pour donner un contenu à la spécificité sportive. Dans cette perspective, la présidence
française de l’Union européenne à partir du
1er juillet 2008 sera une étape essentielle. ■
UCPF : 88, avenue Kléber 75116 Paris - Tél. : 01 55 73 32 32 - Fax : 01 55 73 32 33 - [email protected]
Directeur de la publication : Gervais Martel - Rédacteur en chef : Philippe Diallo
Rédacteur en chef adjoint : Valérie Pérez - Rédaction : B. Belgodère - B. Viard - N° ISSN : 1168 - 8157
A C T U A L I T É S
ACCIDENTS DU
LA SITUATION DU FOOTBALL
Depuis plusieurs années, l’UCPF effectue une étude
annuelle relative aux accidents du travail dont
l’objectif est d’attirer l’attention des pouvoirs publics
sur le régime de fixation du taux collectif de cotisation
des accidents du travail dans le football et ce,
notamment au regard de l’article 54 de la loi du
13 août 2004 invitant les partenaires sociaux à fournir
au Gouvernement et au Parlement des propositions de
réforme, en particulier sur la prévention, la
réparation et la tarification des accidents du travail.
a tarification appliquée en matière d'accidents du travail devant en principe
garantir les risques professionnels
encourus dans le cadre d'une activité, elle suppose un strict reflet de la dangerosité de l'activité de joueur de football professionnel.
Malheureusement, il apparaît que la charge
imposée aux clubs professionnels de football
au titre des accidents du travail est non seulement inéquitable sur le plan financier mais
L
aussi injustifiée compte tenu notamment des
efforts de prévention consentis par les clubs.
Une charge financière
inéquitable
La charge financière que représentent les cotisations accidents du travail pour les clubs professionnels de football est inéquitable en
raison (a) du déplafonnement de son assiette,
(b) du plafonnement des indemnités versées
Un taux collectif sans rapport avec des sports à risques comparables
Taux collectif %
Sport
2
2007
2006
2005
2004
2003
2002
2001
2000
1999
Football
6,40
6,70
6,40
5,70
5,90
6,70
7,70
9,20
9,70
Rugby
5,90
5,50
4,90
4,60
4,40
4,30
4,20
4,10
3,70
Basket
5,90
5,50
4,90
4,60
4,40
4,30
4,20
4,10
3,70
Handball
5,90
5,50
4,90
4,60
4,40
4,30
4,20
4,10
3,70
Volley-ball
5,90
5,50
4,90
4,60
4,40
4,30
4,20
4,10
3,70
en matière d'accidents du travail et (c) d’une
jurisprudence défavorable.
a. Tout d'abord, depuis 1991, l'assiette prise
en compte pour le calcul des cotisations n'est
plus plafonnée comme auparavant et comprend l'ensemble de la masse salariale, ce qui
est pénalisant pour les clubs.
b. Ensuite, les indemnités destinées à compenser la perte de salaire du salarié résultant de l'accident du travail étant plafonnées (articles
R. 433-3, R. 433-5 et R. 433-7 du Code de la
Sécurité sociale), elles ne couvrent généralement pas l'intégralité de la rémunération du
joueur en application de son contrat de travail
(rémunération élevée mais sur un laps de temps
très court).
c. Enfin, la tendance de la jurisprudence, spécialement en matière sportive, est de rechercher une indemnisation toujours plus grande
et une réparation intégrale de la victime en
se tournant vers le plus solvable et donc vers
les clubs (employeurs).
Une charge financière
injustifiée
Cette charge imposée aux clubs professionnels est injustifiée pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, le montant des cotisations
acquittées par les clubs professionnels de
football n'est aucunement en rapport avec
celui des indemnités reçues des organismes
de Sécurité sociale. Pour l'année 2006, les
clubs professionnels de football de Ligue 1
et de Ligue 2 ont versé près de 15 millions
d’euros de cotisations accidents du travail
mais n'ont reçu qu’un peu plus de 4,5 millions d’euros d'indemnités.
Ainsi, pour l'année 2006, le rapport indemnités/cotisations des clubs de football professionnels n'est que de 32 % (soit une
diminution de ce rapport de 26 % par rapport
à l'année 2005 et ce, malgré la mise en place
du droit d'image collective qui a diminué les
charges sociales des clubs professionnels).
TRAVAIL
PROFESSlONNEL
En particulier, pour les clubs de Ligue 1, ce
rapport n'est que de 21 % (soit une diminution de 30 % par rapport à l'année 2005).
Ensuite, au regard des actions de prévention
mises en place par les clubs professionnels
de football. En effet, ces derniers se sont engagés au cours des quinze dernières années
dans un effort sans précédent de prévention
des AT, notamment par la mise en place d'un
encadrement médical de qualité, qui a été
significativement augmenté sur les trois dernières années et qui est sans précédent dans
les autres disciplines sportives.
Un taux collectif supérieur à celui retenu
pour des sports plus risqués
Sport
Il semble que tous ces efforts consentis par
les clubs ne sont pas pris en compte dans
le calcul du taux. Les caisses régionales qui
pourraient prendre l'initiative d'entamer
une démarche visant à étudier les efforts
de prévention des clubs pour leur accorder
individuellement (lorsqu'il s'agit d'établissements soumis à la tarification collective
ou soumis à la tarification mixte) une « ristourne », utilisent peu cette procédure.
De même, les clubs font des efforts importants
pour limiter les déplacements (à l'occasion des
matchs et déplacements collectifs) en véhicule
personnel de leurs joueurs en mettant à leur
disposition des bus ou en les faisant voyager
le plus souvent en train ou en avion.
Or, la réduction de la majoration forfaitaire
« accident de trajet » qui peut être accordée
aux établissements qui cotisent et qui ont
pris des « mesures susceptibles de diminuer
la fréquence et la gravité des accidents de
trajet » n'est pas suffisamment prise en
compte dans le taux appliqué au football.
Enfin, il existe une disparité entre le football et d'autres sports professionnels à
risque comparable ou à risque plus élevé
qui met à la charge du football une
contrainte financière excessive.
En conséquence, afin de pallier cette iniquité,
l'UCPF propose que les mesures suivantes
soient mises en place :
À court terme :
1.La baisse du taux collectif
2.Le plafonnement de l'assiette des cotisations
3.Le recensement et la prise en compte des
efforts de prévention en matière d'accidents
de trajet
À moyen et long terme
1.Le reclassement du football professionnel
dans une catégorie de risque plus adaptée
2.La réhabilitation de la théorie de l'acceptation des risques. ■
Un déséquilibre entre les prestations reçues et les cotisations versées
Taux collectif %
2007
2006
2005
2004
Football
6,40
6,70
6,40
5,70
Equitation
3,60
3,60
3,80
3,40
Ski
3,60
3,60
3,80
3,40
Arts martiaux
3,60
3,60
3,80
3,40
Clubs Ligue 1, Ligue 2
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
Moyenne
des cotisations versées (%) 568 070
525 071 396 165 336 319
304 415 283 282 374 816
Moyenne
des indemnités reçues (%)
93 644
121 401 134 445
130 302 123 173 120 357
17,83 % 30,64 % 39,97 %
42,80 % 43,48 % 32,11 %
117 540
Rapport
indemnités/cotisations (%) 20,69 %
FRÉDÉRIC THIRIEZ ÉLU VICE-PRÉSIDENT DE L’EPFL
Le 14 novembre dernier, l'Association européenne
des ligues de football professionnel (EPFL) a réuni
son assemblée générale composée désormais des
représentants de 23 pays. À cette occasion, les statuts de l'association ont été modifiés pour notamment élargir le bureau exécutif à 9 membres.
Dans la foulée, l'assemblée a procédé à l'élection du
nouveau bureau dont les membres auront un mandat de trois ans. Frédéric Thiriez, le président de la
Ligue de football professionnel, a été élu à l'unanimité vice-président de l'EPFL.
Il siègera aux côtés des représentants de l'Angleterre,
de l'Italie, de l'Espagne, de l'Allemagne, de l'Ecosse,
de la Bulgarie, de la Russie et des Pays-Bas. ■
3
TRIBUNE
FOOTBALL,
Ancien footballeur amateur,
toujours passionné de ballon rond
et diplomate de carrière, j’ai bien évidemment
été frappé par l’universalité du foot,
la « bagatelle la plus sérieuse du monde »
pour reprendre le cliché de Christian Bromberger.
e me suis souvent demandé si je
n'avais pas choisi la carrière diplomatique et des relations internationales comme conséquence de mon
incapacité à défendre les couleurs de mon
pays balle aux pieds. Une chose est sûre, il
est sans doute plus facile de devenir ambassadeur de France que titulaire du « onze
tricolore » même si les épreuves sportives
au concours d'entrée à l'ENA ne sont pas
faciles.
Quoi qu’il en soit, au moment où Hubert
Védrine présente son rapport au
Président de la République, sur la
« France et la mondialisation », où le
Parlement débat de « l’immigration choisie », où se préparent la prochaine CAN
2008 au Ghana et en Afrique du Sud, le
Mondial 2010, il n’est pas inintéressant
(en tout cas pour moi, je ne veux pas forcer la main de mes éventuels lecteurs)
de faire part, au fil de la plume, de
quelques réflexions sur un thème déjà
brillamment traité par d’autres que moi.
J
1) A la traîne, dit-on, dans la globalisation, la France a cependant été, dans le
football, le plus souvent en tête (sans parler des coups de tête de Zidane, les bons :
ceux de la finale 1998, et le plus fameux,
celui de 2006). C’est en effet en 1955 que
Jean Eskenazi écrivait : « Le seul dénominateur commun à tous les peuples, le
seul espéranto universel : c’est le football… Le football, par cette grâce qui lui
est propre, est devenu le plus grand spectacle du monde… » C’est encore Jules
Rimet, notre Coubertin du foot, qui au
début du XXe siècle, créa la FIFA et la
Coupe du monde, car disait-il, le foot est
un instrument qui favorise « le rapprochement des peuples ».
Si on voulait s’amuser à organiser un
4
match « diplomatie contre football », en
quelque sorte un quai d’Orsay contre la
FIFA, pour se demander qui a mieux travaillé en faveur de la paix mondiale, Jules
Rimet ou Aristide Briand, ou pour savoir
qui a plus mérité le prix Nobel de la paix
au regard de l’histoire, les réponses ne
sont pas évidentes.
2) Pascal Boniface a raison de souligner
que cet empire global, sans frontières ni
limites, est le « seul empire qui soit populaire », qui n’impose pas par la force sa
suprématie, car la conquête s’est faite
pacifiquement puisque, un à un, les obstacles et les réticences ont été dribblés.
3) Il est également intéressant de noter
que l’expansion du football a accompagné et a reposé sur une exploitation intelligente des avancées des techniques et
des technologies ; au départ le chemin
de fer pour l’espace national, puis le
bateau, ensuite l’avion (on se rappelle de
la catastrophe aérienne qui a anéanti
l’équipe de Manchester United, club
devenu aujourd’hui le modèle du club
globalisé, avec en France l’OM, le club le
plus globalisé avec 63 % d’étrangers
représentant 13 pays différents dans ses
effectifs) et aujourd’hui la télévision, le
jeu vidéo, Internet, etc.
4) La communauté internationale n’existera véritablement que le jour où comme
au foot, elle reposera sur l’adhésion à des
règles, sur une pratique et un discours communs, propres à créer du lien social, de la
solidarité, et pourquoi pas de la justice.
Même si les États, comme le foot (et tous
les autres sports), ne vivent que de confrontations. D’ici là, on attend toujours un arbitre
capable d’imposer la fin de l’unilatéralisme
dans les relations internationales et de siffler, quand cela devient nécessaire, la fin
de la partie (réchauffement climatique,
guerres civiles, inégalités, exploitation,
recours à la force sans règles, etc.)
Chaque fois que nécessaire, je prends un
malin plaisir à rappeler à mes collègues
diplomates (plutôt tennis, golf, cheval,
voire polo) qu’en 2007, la FIFA compte
plus de membres que l’ONU (score final :
207 à 191) !
5) La globalisation (ou la mondialisation
pour rester français) n’a pas fait reculer les
Etats nations, bien au contraire, et c’est
tant mieux. Comment imaginer une Coupe
du monde sans eux ?
Dans la même ligne, la globalisation n’a
pas empêché, depuis 1991 (fin de l’Union
Soviétique), de tracer de nouvelles frontières (26 000 km), d’en démarquer
(24 000 km), de construire des barrières,
des murs et des clôtures (18 000 km).
Phénomène paradoxal, qui s’explique
par la création en 15 ans de 35 États nouveaux, ce qui du point de vue du foot
n’est pas forcement négatif. Plus on est
de fous plus on fait de compétitions.
Les revendications récentes sur l’Arctique
se multiplient et il ne faut pas écarter l’idée
qu’une équipe nationale s’y constitue un
jour. Le football prendrait alors une
dimension nouvelle qui pourrait le
conduire à annexer à la FIFA le hockey
sur banquise !
6) Et la construction européenne, que
serait-elle devenue sans foot ?
Non seulement un Français est à l’origine de la FIFA et de la Coupe du monde
mais c’est aussi en France que naissent
l’idée d’une Coupe d’Europe des clubs
champions (actuelle Champion’s League)
et le Ballon d’or, le trophée individuel le
plus fameux.
“Le seul dénominateur
commun à tous les peuples,
le seul espéranto universel :
c’est le football…”
MONDIALISATION
AFRIQUE
Les joueurs qui dans les années 80
s’aventuraient en dehors de leurs frontières faisaient figure de « pionniers ».
Depuis l’arrêt Bosman, qui a posé en
1995 le principe de la libre circulation
des joueurs au sein des frontières de
l’Union européenne, il n’y a plus de quotas entre les 101 pays ayant signé des
accords de coopération avec elle.
Résultat : la mondialisation s’est imposée en force dans le football, d’autant
que les retransmissions télévisées se
multipliaient.
“Le football en Afrique
reprend les principaux
traits de la globalisation.”
Coupe d’Europe, Ballon d’or, arrêt
Bosman et retransmission télévisée
des matchs de championnats européens ont plus fait (aux cotés des programmes universitaire et Erasmus),
sans aucun doute, pour donner à nos
enfants une identité et une conscience
européennes que le référendum sur
Maastricht et sur la constitution européenne.
7) Et l’Afrique, qui sera en 2008 et en
2010 au centre de la planète foot ?
Le football, en Afrique, reprend les principaux traits de la globalisation.
L’Afrique est aujourd’hui un « vivier »
de plus en plus convoité. « Il y aurait
environ un millier de joueurs africains
évoluant dans les championnats de première division des 52 pays membres
de l’UEFA. On trouve désormais des
joueurs africains dans tous les cham-
pionnats de la planète : Indonésie, Iran,
Arménie », confirme le journaliste
Gérard Dreyfus, auteur du Guide du
Football Africain.
« Le Nigeria, le Cameroun, le Ghana et
la Côte d’Ivoire comptent parmi les principaux pays exportateurs. Et tous les
grands championnats européens sont
aujourd’hui concernés. »
La détection des nouveaux talents : de
l’Afrique vers l’Europe, on cible surtout
les espoirs, les joueurs en devenir, le
problème est que cette « fuite de crampons » (comme la fuite des cerveaux
d’ailleurs) ne bénéficie pas au continent africain. En conséquence, ne
risque-t-on pas un jour de parler de
« pompe Afrique » également pour ce
qui concerne le football ?
Le football comme acteur politique,
avec sa popularité, permet de rassembler les foules et joue un rôle positif
dans la promotion du développement
de la paix. L’Union africaine ne s’y est
pas trompée en s’engageant dans le
lancement de la Coupe du monde de
football en 2010 en Afrique du Sud, invitant tous les pays du continent à utiliser ce formidable évènement pour
participer aux activités de développement et de paix à travers l’année
Internationale du football africain 2007
et de la Coupe du monde. Même discours pour le secrétaire général des
Nations unies Ban Kimoon : « le sport
est de plus en plus reconnu comme un
outil important qui aide les Nations
unies à réaliser leurs objectifs, en particulier, les Objectifs du Millénaire pour
le Développement (OMD) ».
Il convient cependant de relativiser l’effet foot sur la vie politique intérieure des
États. Georges Weah, star internationale
du football libérien, donné gagnant par
Jean Lévy,
ancien Ambassadeur de France
tous les bookmakers, a perdu les élections présidentielles de 2005 face à Ellen
Johnsonn Sirleaf, ancienne haute fonctionnaire anonyme !
Enfin, il faut mentionner les initiatives
sportives en Afrique autour du foot. Plus
de trente pays africains ont entrepris des
initiatives dans les programmes des célébrations de l’année internationale du football africain 2007 et le programme Coupe
du monde. Le Ghana, organisateur de la
CAN 2008, a inclus le sport dans sa stratégie nationale de lutte contre la pauvreté
2006-2009, compte tenu de l’impact significatif du sport dans l’amélioration de la
santé, de l’éducation, de l’environnement
et la création d’emplois.
Des retards dans la construction des
stades, des doutes sur les capacités d’accueil et de transport, ainsi qu’une certaine
nervosité face à l’importante criminalité
obligent l’Afrique du Sud à régulièrement
assurer qu’elle sera prête pour le coup
d’envoi du Mondial, le 11 juin 2010. L’enjeu
est crucial, mais quelle formidable fenêtre
publicitaire pour ce pays, véritable chef
de file économique du continent, quelle
de montrer que l’Afrique ne doit plus être
traitée en marge de la mondialisation.
Bien au contraire, l’Afrique est en train de
se réveiller économiquement, la Chine
s’en est aperçue beaucoup plus que
l’Europe. Sans parler de la France, qui
dans des discours récents disserte sur la
difficulté de « l’homme africain » à « entrer
dans l’histoire » et des jeunes africains à
se « projeter dans l’avenir ». Ceux qui suivent régulièrement le football, au stade
ou devant leur petit écran, se réjouissent
au contraire de voir que les joueurs africains, de plus en plus nombreux et talentueux ,n’ont aucune difficulté à entrer dans
la surface de réparation ni à se projeter
dans les buts pour en marquer ! ■
5
POINT
DE VUE
DE...
FOOTBALL ET RUGBY
a retransmission des matches de la
Coupe du monde de rugby qui vient
de se dérouler en Europe, principalement en France, a enregistré des
scores d'audience inattendus, approchant ceux du football sans les atteindre,
sur fond de mobilisation générale des
sociétés concernées. Rien d'étonnant
puisque les ingrédients déterminants
étaient les mêmes : convocation
d'équipes représentant des nations ;
unité de lieu, de temps et d'action ; tension compétitive entre des équipes de
niveau comparable à partir des quarts
de finale ; trophée prestigieux à conquérir. C'était en outre un spectacle qui, du
point de vue télévisuel, présentait l'avantage d'être du vivant, en direct, judicieusement programmé, par exemple le
vendredi soir, face à du pré-enregistré,
déjà fabriqué et mis en boîte. Mais ce
serait une erreur que de voir dans ce
succès une nouveauté sans précédent.
Un tel engouement renouait avec une
popularité qui fut déjà à deux reprises
celle du rugby dans l'Hexagone : après
la première guerre mondiale, où il devint
le « sport roi », avant que les Français
ne soient exclus de l'International Board
en raison de la violence des matches ;
et dans les années 50-60, quand l'on
refusait dix mille spectateurs au stade
de Colombes pour voir la France affronter les Springboks. Le Tournoi des Cinq
L
“ Le rugby : un spectacle qui,
du point de vue télévisuel,
présentait l'avantage d'être
du vivant, en direct ”
Nations sollicitait alors la France entière,
devant les écrans d'une télévision toute
nouvelle, et conduisait un commentateur, Roger Couderc, à la notoriété. A la
différence du football, en croissance
régulière au XXe siècle, le rugby a connu
une évolution sinusoïdale, avec des pics
suivis de chutes de popularité.
L'évolution du rugby, au plan international, est mitigée. En Europe, la
6
“ A la différence du football,
en croissance régulière au
XXe siècle, le rugby a connu
une évolution sinusoïdale,
avec des pics suivis de
chutes de popularité ”
Roumanie, qui battait autrefois la France,
a disparu. L'Italie n'a été intégrée au
Tournoi des Six Nations qu'en raison de
l'inquiétante chute de niveau de trois
des quatre grandes nations du rugby
britannique : l'Écosse, l'Irlande et le Pays
de Galles. La professionnalisation a fragilisé les bases traditionnelles de ce jeu.
L'arrivée de l'Argentine, glorieuse troisième de la Coupe du monde de rugby
après avoir liquéfié à deux
reprises l'équipe de
France, doit être ramenée
à de justes proportions.
Cette fascinante réunion
de talents, dont les
meilleurs évoluent au
Stade français, champion
de France en titre, émerge
d'un étique peloton de
pratiquants, en Argentine,
où l'on ne compte que
9 000 licenciés ! En soi, une telle situation sportive ne porte pas condamnation
de l'avenir. De nombreux sports, parfois
très spectacularisés, reposent sur une
base pratiquante réduite : l'athlétisme,
la boxe, maintenant le cyclisme, à l'extrême la Formule 1. Tel n'est pas le cas
du football dont, on le sait, dont c'est
l'une des forces.
On a beaucoup insisté sur le climat de
fête pacifique et de fair-play entre les
supporters et entre les joueurs, qui différencierait le rugby du football. C'était
avant la première mi-temps délétère du
second France-Argentine et les
esquisses de bagarre générale dans les
phases finales (l'année dernière, on a
vu de telles empoignades jusqu'en finale
du championnat de France). Au lende-
main de la finale perdue par les Anglais
contre les Springboks, le 21 octobre, à
Paris, des supporters des deux camps
se sont affrontés à coups de poing puis
de couteau. Les premiers tours de poule
avaient fait illusion. Tant que les rencontrent se déroulent entre équipes tellement inégales qu'elles n'auraient
jamais dû être opposées (car 80 à 10, ce
n'est pas du sport), il n'y a pas de problème. Mais dès que le jeu redevient un
sport, les rivalités s'aiguisent, et c'est
cette symbolisation de l'affrontement
qu'il faut travailler, pour la civiliser, la
rendre positive, facteur de lien, non de
rupture.
Football et rugby sont deux rameaux
issus du même tronc, qui ont divergé
jusqu'à ne plus pouvoir se reconnaître,
y compris dans la forme du ballon. Le
premier est un sport d'évitements, qui
bannit l'usage des mains (sauf par le
gardien dans la surface de réparation)
et le passage en
force, mais où le
contact est le
moyen privilégié,
direct ou indirect,
d'empêcher l'adversaire et de
reprendre l'initiative. Le second est
un sport d'affrontement direct, de passage en force,
usant des mains, mais où la recherche
de l'évitement demeure en tant qu’élément de rupture et facteur de surnombre. Mais ce sont bien deux sports
radicalement opposés. Il s'ensuit une
traumatologie et un niveau de violence,
soit réglée et admise, soit délinquante
et sanctionnable, sans aucune mesure
entre l'un et l'autre sport. Les blessures
au rugby sont souvent graves,
méchantes, invalidantes ; certaines mettent en jeu le pronostic vital. Les K.O.,
ordinaires, font partie du jeu : il faut
savoir qu'on ne se remet jamais vraiment d'un K.O., que tout K.O. laisse une
trace physiologique, raison pour laquelle
des traumatologues demandent avec
insistance l'interdiction des sports de
combat où ils sont recherchés comme
“ Le regain de notoriété
du ballon oval permet
de mesurer à quel
point football et rugby
ont divergé. ”
une finalité de la pratique. Les décès au
football sont des morts subites, qu'un
meilleur encadrement médical devrait
réduire (ainsi que le démontre l'Italie).
Au rugby, pas seulement. Deux jours
avant la demi-finale Angleterre-France,
on a conduit en terre le talonneur de
l'équipe de Chauray (Deux-Sèvres), âgé
de vingt-six ans, quatre vertèbres fracturées et deux déplacées lors la troisième entrée en mêlée d'un match
amical. Le parquet de Niort a ouvert une
information judiciaire pour homicide
involontaire. En conclusion d'un livre
publié en 1963, Henri Garcia disait considérer le rugby comme « le plus beau de
tous les jeux » à condition qu'il « respecte
quelques lois », dont celle-ci : « Il ne faut
pas oublier que le rugby est un sport
noble et dangereux qu'une élite doit
atteindre sans qu'il s'abaisse vers une
masse. » Les dangers objectifs du rugby
en limitent naturellement la pratique.
Enfin, loin de l'image d'enracinement
dans les labours et la France profonde
que le rugby s'efforce de donner, il y
aura cette année, dans le Top 14,
189 joueurs étrangers contre 281 joueurs
français ; 1 sur 2,5, avec une pluie de
« mondialistes » : John Smit et Percyval
Montgomery, deux Boks champions du
monde ; le demi de mêlée des Blacks,
Byron Kelleher, entre autres. D'où un
problème franchement abordé par
Bernard Laporte, au moment de quitter
le poste de sélectionneur/entraîneur du
4 500 SALARIÉS
DANS LES CLUBS PROFESSIONNELS DE FOOTBALL
Pour la première fois l'UCPF a établi une
véritable photographie des emplois générés par les clubs professionnels de football en France.
Cette prépondérance de la Ligue 1 est
encore plus manifeste concernant les
salariés administratifs puisqu'ils sont plus
de 70 % dans les clubs de l'élite.
Cette étude, menée auprès des 45 clubs
professionnels de football français (20
en Ligue 1, 20 en Ligue 2 et 5 en National
— taux de réponse de plus de 90 %) permet de quantifier précisément les emplois
dans le football professionnel au
31 décembre 2006.
Les salariés administratifs majoritaires
La catégorie de salariés la plus importante dans les clubs professionnels est
celle des administratifs qui représentent
près de 37 % de l'ensemble des salariés.
semble des salariés des clubs. Ce chiffre
est encore plus important si on retire les
joueurs professionnels qui sont intégralement salariés des sociétés sportives.
Ainsi, hors joueurs professionnels, les
associations regroupent plus de 28 % de
l'ensemble des salariés des clubs professionnels.
Les emplois à temps complet
largement majoritaires
Plus des deux-tiers des salariés administratifs et des entraîneurs sont à temps
complet.
Salariés administratifs
80%
70%
72%
69%
65%
68%
60%
Les salariés administratifs majoritaires
70%
57%
30%
50%
43%
40%
30%
50%
40%
60%
D'une manière générale les clubs professionnels emploient plus de 4 500 personnes toutes catégories confondues
(joueurs, entraîneurs et personnels administratifs).
XV de France : « Il y a un déséquilibre
entre les joueurs français et étrangers
dans le championnat de France. A terme,
il y aura encore plus de carences à certains postes. Nos champions du monde
des moins de 21 ans ne jouent jamais
dans leur club ! » Autrement dit, en
concentrant une élite étrangère dans un
championnat aux places limitées, la
France se retrouve confrontée en rugby
à la même situation que les Anglais en
football — situation qui a eu pour conséquence d'entraîner l'équipe nationale
anglaise dans une crise persistante de
bons résultats dans les compétitions
européennes et mondiales.
De quoi réfléchir, pour l'un et l'autre
sport… ■
38%
30%
26%
19%
20%
26%
27%
14%
12%
10%
28%
17%
16%
24%
11%
Joueurs
en formation
20%
Joueurs
professionnels
10%
34%
32%
28%
Temps
partiel
Temps
complet
0%
Entraîneurs
11%
31%
L2
L1
National
Total
Salariés
administratifs
0%
L1
National
L2
Entraîneurs
Total
80%
La Ligue 1, principal vivier d'emplois
du football professionnel
La Ligue 1 totalise à elle seule plus de
60 % de l'ensemble des salariés des clubs
professionnels.
La Ligue 1 vivier d’emplois
58%
60%
50%
40%
40%
39%
0%
Joueurs
professionnels
Joueur en
formation
22%
5%
Entraîneurs
L2
3%
Salariés
administratifs
National
Association
Société
Joueurs en
formation
L1
3%
39%
0%
27%
9%
62%
22%
20%
20%
10%
63%
40% 38%
30%
60%
50%
41%
40%
30%
32%
32%
29%
Temps
partiel
10%
Temps
complet
L1
80%
80%
60%
57%
70%
0%
100%
80%
48%
42%
Répartition association/société
100%
71%
72%
70%
70%
60%
20%
120%
80%
70%
Les associations employeurs
Même au sein des clubs professionnels,
l'association reste encore un employeur
à part entière avec près de 22 % de l'en-
Salariés
Entraîneurs
Joueurs
administratifs
professionnels
TOTAL
L2
National
Total
Enfin cette enquête a permis de confirmer ce qui semblait se dessiner, à savoir
la féminisation des emplois administratifs dans le football professionnel,
puisque les femmes représentent plus
d'un tiers des emplois administratifs des
clubs professionnels. ■
57
É V É N E M E N T S
LE LIVRET D’ACCUEIL
DU JEUNE FOOTBALLEUR AFRICAIN
L’UNION DES CLUBS PROFESSIONNELS DE FOOTBALL ET
CULTURE FOOT SOLIDAIRE
SE SONT ASSOCIÉS POUR
ÉDITER « LE GUIDE DU
JEUNE FOOTBALLEUR
AFRICAIN »
Ce livret, distribué dans les clubs professionnels, a pour vocation
d’orienter, guider et conseiller les jeunes footballeurs africains afin de
faciliter leur intégration dans leur club. Une initiative inédite en Europe.
Lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’UCPF le jeudi
4 octobre, Culture Foot Solidaire et l’UCPF ont présenté le Livret du Jeune
Footballeur Africain.
Henri Legarda, Président du MUC 72,
Jean-Claude Mbvoumin, Président
de Culture Foot Solidaire et
Philippe Diallo, Directeur Général de l’UCPF.
GRAND PRIX UCPF
VOICI LES CANDIDATS EN LICE DANS LA CATÉGORIE CONTRIBUTION UNIVERSITAIRE
POUR LE GRAND PRIX UCPF
Femmes, culture et
politique : histoire du
football féminin en
Europe de la Grande
Guerre jusqu’à nos jours
Xavier Breuil
Etude annuelle du marché du travail européen
des footballeurs
Raffaele Poli
8
Thierry
Guillou
Michel
Pautot
Xavier
Béal
La mutation temporaire :
« L’exemple du football
professionnel »
Thierry Guillou
Football et immigration :
Les figures de Kopa,
Platini, Zidane dans les
médias – Xavier Béal
Sport et Nationalités :
Le sport peut-il se passer
des joueurs étrangers ?
Michel Pautot
Le financement du développement des clubs de
football professionnels
français et l’introduction
en Bourse
Franck Joerger
Franck
Joerger
Moustapha
Kamara
Les opérations de
transfert des footballeurs
professionnels
Moustapha Kamara
éd.L’Armatan
Jean-Pierre Louvel,
Vice-Président de l’UCPF,
et Valérie Pérez,
Directrice de communication
01 53 17 30 40
Raffaele
Poli
Maquette :
Xavier
Breuil