L`EUROPE À L`HEURE DE LA SPÉCIFICITÉ SPORTIVE
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L`EUROPE À L`HEURE DE LA SPÉCIFICITÉ SPORTIVE
Numéro 53 Novembre Décembre 2007 P R O F E S S I O N Football « Sans égaler l’exception culturelle, les instances européennes devront désormais agir en matière sportive “en tenant compte de ses spécificités” » SOMMAIRE ÉDITO par Gervais Martel p. 1 ACTUALITÉS Accidents du travail dans le p. 2-3 football professionnel EPFL — Frédéric Thiriez élu vice-président p. 3 TRIBUNE Football, mondialisation, Afrique par Jean Lévy p. 4-5 LE POINT DE VUE DE PAUL YONNET Football et rugby p. 6-7 ÉVÉNEMENT Le Livret d’Accueil du Jeune p. 8 Footballeur Africain GRAND PRIX UCPF Liste des contributions p. 8 Retrouvez-nous sur internet : www.ucpf.fr Bulletin d’information de l’Union des Clubs Professionnels de Football É D I T O R I A L P A R G E R V A I S M A R T E L L’EUROPE À L’HEURE DE LA SPÉCIFICITÉ SPORTIVE U n nouveau pas vers la reconnaissance de la spécificité du sport a été franchi par les chefs d’Etats et de gouvernements : le projet deTraité simplifié adopté le 5 octobre dernier à Lisbonne intègre des dispositions faisant explicitement référence au sport. L’article 149 duTraité de Rome prévoit désormais que : « 1. L’Union contribue à la promotion des enjeux européens du sport, tout en tenant compte de ses spécificités, de ses structures fondées sur le volontariat ainsi que de sa fonction sociale et éducative. 2. L’action de l’Union vise (…) à développer la dimension européenne du sport, en promouvant l’équité et l’ouverture des compétitions sportives et la coopération entre les organismes responsables du sport ainsi qu’en protégeant l’intégrité physique et morale des sportifs, notamment des jeunes sportifs.(…) 4. Pour contribuer à la réalisation des objectifs visés au présent article : - Le Parlement et le Conseil européen, statuant conformément à la procédure visée à l’article 251 et après consultation du conseil économique et social et du comité des régions, adoptent des actions d’encouragement, à l’exclusion de toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires des Etats membres. - Le conseil adopte, sur proposition de la commission, des recommandations. » Après l’échec duTraité constitutionnel rejeté par référendum par la France et les PaysBas, le sport fait à nouveau son apparition parmi les compétences de l’Union européenne. Intervenant après les déclarations politiques d’Amsterdam et surtout de Nice en décembre 2000, ces dispositions, si le processus de ratification nationale est mené à son terme, pourront fournir le socle juridique nécessaire à la mise en œuvre d’une politique du sport en Europe. De ce point de vue, le mouvement sportif peut être satisfait de voir trouver un commencement de réponse à l’une de ses principales revendications depuis plus d’une décennie. Sans égaler l’exception culturelle, les instances européennes devront désormais agir en matière sportive « en tenant compte de ses spécificités. » Cet enthousiasme doit cependant être tempéré. L’article adopté mérite en effet d’être clarifié pour que l’on puisse mieux identifier les domaines auxquels il s’adresse. Ainsi, on peut s’interroger sur ce que recouvre exactement « la promotion des enjeux européens du sport. » Le sport professionnel sera-t-il véritablement concerné par ces dispositions ? Il faut aussi souligner que l’Union disposera en l’espèce d’une compétence d’appui, de coordination ou de complément. En clair, c’est le principe de subsidiarité qui trouve à s’appliquer. Chaque Etat gardera donc la mainmise sur sa politique sportive. Mais sans perspective d’harmonisation, quels pourront être les gains pour les clubs sportifs qui, bien que se trouvant sur un marché du travail internationalisé, ne bénéficient pas des mêmes armes dans la compétition ? Comme on le voit, beaucoup reste à faire pour donner un contenu à la spécificité sportive. Dans cette perspective, la présidence française de l’Union européenne à partir du 1er juillet 2008 sera une étape essentielle. ■ UCPF : 88, avenue Kléber 75116 Paris - Tél. : 01 55 73 32 32 - Fax : 01 55 73 32 33 - [email protected] Directeur de la publication : Gervais Martel - Rédacteur en chef : Philippe Diallo Rédacteur en chef adjoint : Valérie Pérez - Rédaction : B. Belgodère - B. Viard - N° ISSN : 1168 - 8157 A C T U A L I T É S ACCIDENTS DU LA SITUATION DU FOOTBALL Depuis plusieurs années, l’UCPF effectue une étude annuelle relative aux accidents du travail dont l’objectif est d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur le régime de fixation du taux collectif de cotisation des accidents du travail dans le football et ce, notamment au regard de l’article 54 de la loi du 13 août 2004 invitant les partenaires sociaux à fournir au Gouvernement et au Parlement des propositions de réforme, en particulier sur la prévention, la réparation et la tarification des accidents du travail. a tarification appliquée en matière d'accidents du travail devant en principe garantir les risques professionnels encourus dans le cadre d'une activité, elle suppose un strict reflet de la dangerosité de l'activité de joueur de football professionnel. Malheureusement, il apparaît que la charge imposée aux clubs professionnels de football au titre des accidents du travail est non seulement inéquitable sur le plan financier mais L aussi injustifiée compte tenu notamment des efforts de prévention consentis par les clubs. Une charge financière inéquitable La charge financière que représentent les cotisations accidents du travail pour les clubs professionnels de football est inéquitable en raison (a) du déplafonnement de son assiette, (b) du plafonnement des indemnités versées Un taux collectif sans rapport avec des sports à risques comparables Taux collectif % Sport 2 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000 1999 Football 6,40 6,70 6,40 5,70 5,90 6,70 7,70 9,20 9,70 Rugby 5,90 5,50 4,90 4,60 4,40 4,30 4,20 4,10 3,70 Basket 5,90 5,50 4,90 4,60 4,40 4,30 4,20 4,10 3,70 Handball 5,90 5,50 4,90 4,60 4,40 4,30 4,20 4,10 3,70 Volley-ball 5,90 5,50 4,90 4,60 4,40 4,30 4,20 4,10 3,70 en matière d'accidents du travail et (c) d’une jurisprudence défavorable. a. Tout d'abord, depuis 1991, l'assiette prise en compte pour le calcul des cotisations n'est plus plafonnée comme auparavant et comprend l'ensemble de la masse salariale, ce qui est pénalisant pour les clubs. b. Ensuite, les indemnités destinées à compenser la perte de salaire du salarié résultant de l'accident du travail étant plafonnées (articles R. 433-3, R. 433-5 et R. 433-7 du Code de la Sécurité sociale), elles ne couvrent généralement pas l'intégralité de la rémunération du joueur en application de son contrat de travail (rémunération élevée mais sur un laps de temps très court). c. Enfin, la tendance de la jurisprudence, spécialement en matière sportive, est de rechercher une indemnisation toujours plus grande et une réparation intégrale de la victime en se tournant vers le plus solvable et donc vers les clubs (employeurs). Une charge financière injustifiée Cette charge imposée aux clubs professionnels est injustifiée pour plusieurs raisons. Tout d'abord, le montant des cotisations acquittées par les clubs professionnels de football n'est aucunement en rapport avec celui des indemnités reçues des organismes de Sécurité sociale. Pour l'année 2006, les clubs professionnels de football de Ligue 1 et de Ligue 2 ont versé près de 15 millions d’euros de cotisations accidents du travail mais n'ont reçu qu’un peu plus de 4,5 millions d’euros d'indemnités. Ainsi, pour l'année 2006, le rapport indemnités/cotisations des clubs de football professionnels n'est que de 32 % (soit une diminution de ce rapport de 26 % par rapport à l'année 2005 et ce, malgré la mise en place du droit d'image collective qui a diminué les charges sociales des clubs professionnels). TRAVAIL PROFESSlONNEL En particulier, pour les clubs de Ligue 1, ce rapport n'est que de 21 % (soit une diminution de 30 % par rapport à l'année 2005). Ensuite, au regard des actions de prévention mises en place par les clubs professionnels de football. En effet, ces derniers se sont engagés au cours des quinze dernières années dans un effort sans précédent de prévention des AT, notamment par la mise en place d'un encadrement médical de qualité, qui a été significativement augmenté sur les trois dernières années et qui est sans précédent dans les autres disciplines sportives. Un taux collectif supérieur à celui retenu pour des sports plus risqués Sport Il semble que tous ces efforts consentis par les clubs ne sont pas pris en compte dans le calcul du taux. Les caisses régionales qui pourraient prendre l'initiative d'entamer une démarche visant à étudier les efforts de prévention des clubs pour leur accorder individuellement (lorsqu'il s'agit d'établissements soumis à la tarification collective ou soumis à la tarification mixte) une « ristourne », utilisent peu cette procédure. De même, les clubs font des efforts importants pour limiter les déplacements (à l'occasion des matchs et déplacements collectifs) en véhicule personnel de leurs joueurs en mettant à leur disposition des bus ou en les faisant voyager le plus souvent en train ou en avion. Or, la réduction de la majoration forfaitaire « accident de trajet » qui peut être accordée aux établissements qui cotisent et qui ont pris des « mesures susceptibles de diminuer la fréquence et la gravité des accidents de trajet » n'est pas suffisamment prise en compte dans le taux appliqué au football. Enfin, il existe une disparité entre le football et d'autres sports professionnels à risque comparable ou à risque plus élevé qui met à la charge du football une contrainte financière excessive. En conséquence, afin de pallier cette iniquité, l'UCPF propose que les mesures suivantes soient mises en place : À court terme : 1.La baisse du taux collectif 2.Le plafonnement de l'assiette des cotisations 3.Le recensement et la prise en compte des efforts de prévention en matière d'accidents de trajet À moyen et long terme 1.Le reclassement du football professionnel dans une catégorie de risque plus adaptée 2.La réhabilitation de la théorie de l'acceptation des risques. ■ Un déséquilibre entre les prestations reçues et les cotisations versées Taux collectif % 2007 2006 2005 2004 Football 6,40 6,70 6,40 5,70 Equitation 3,60 3,60 3,80 3,40 Ski 3,60 3,60 3,80 3,40 Arts martiaux 3,60 3,60 3,80 3,40 Clubs Ligue 1, Ligue 2 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 Moyenne des cotisations versées (%) 568 070 525 071 396 165 336 319 304 415 283 282 374 816 Moyenne des indemnités reçues (%) 93 644 121 401 134 445 130 302 123 173 120 357 17,83 % 30,64 % 39,97 % 42,80 % 43,48 % 32,11 % 117 540 Rapport indemnités/cotisations (%) 20,69 % FRÉDÉRIC THIRIEZ ÉLU VICE-PRÉSIDENT DE L’EPFL Le 14 novembre dernier, l'Association européenne des ligues de football professionnel (EPFL) a réuni son assemblée générale composée désormais des représentants de 23 pays. À cette occasion, les statuts de l'association ont été modifiés pour notamment élargir le bureau exécutif à 9 membres. Dans la foulée, l'assemblée a procédé à l'élection du nouveau bureau dont les membres auront un mandat de trois ans. Frédéric Thiriez, le président de la Ligue de football professionnel, a été élu à l'unanimité vice-président de l'EPFL. Il siègera aux côtés des représentants de l'Angleterre, de l'Italie, de l'Espagne, de l'Allemagne, de l'Ecosse, de la Bulgarie, de la Russie et des Pays-Bas. ■ 3 TRIBUNE FOOTBALL, Ancien footballeur amateur, toujours passionné de ballon rond et diplomate de carrière, j’ai bien évidemment été frappé par l’universalité du foot, la « bagatelle la plus sérieuse du monde » pour reprendre le cliché de Christian Bromberger. e me suis souvent demandé si je n'avais pas choisi la carrière diplomatique et des relations internationales comme conséquence de mon incapacité à défendre les couleurs de mon pays balle aux pieds. Une chose est sûre, il est sans doute plus facile de devenir ambassadeur de France que titulaire du « onze tricolore » même si les épreuves sportives au concours d'entrée à l'ENA ne sont pas faciles. Quoi qu’il en soit, au moment où Hubert Védrine présente son rapport au Président de la République, sur la « France et la mondialisation », où le Parlement débat de « l’immigration choisie », où se préparent la prochaine CAN 2008 au Ghana et en Afrique du Sud, le Mondial 2010, il n’est pas inintéressant (en tout cas pour moi, je ne veux pas forcer la main de mes éventuels lecteurs) de faire part, au fil de la plume, de quelques réflexions sur un thème déjà brillamment traité par d’autres que moi. J 1) A la traîne, dit-on, dans la globalisation, la France a cependant été, dans le football, le plus souvent en tête (sans parler des coups de tête de Zidane, les bons : ceux de la finale 1998, et le plus fameux, celui de 2006). C’est en effet en 1955 que Jean Eskenazi écrivait : « Le seul dénominateur commun à tous les peuples, le seul espéranto universel : c’est le football… Le football, par cette grâce qui lui est propre, est devenu le plus grand spectacle du monde… » C’est encore Jules Rimet, notre Coubertin du foot, qui au début du XXe siècle, créa la FIFA et la Coupe du monde, car disait-il, le foot est un instrument qui favorise « le rapprochement des peuples ». Si on voulait s’amuser à organiser un 4 match « diplomatie contre football », en quelque sorte un quai d’Orsay contre la FIFA, pour se demander qui a mieux travaillé en faveur de la paix mondiale, Jules Rimet ou Aristide Briand, ou pour savoir qui a plus mérité le prix Nobel de la paix au regard de l’histoire, les réponses ne sont pas évidentes. 2) Pascal Boniface a raison de souligner que cet empire global, sans frontières ni limites, est le « seul empire qui soit populaire », qui n’impose pas par la force sa suprématie, car la conquête s’est faite pacifiquement puisque, un à un, les obstacles et les réticences ont été dribblés. 3) Il est également intéressant de noter que l’expansion du football a accompagné et a reposé sur une exploitation intelligente des avancées des techniques et des technologies ; au départ le chemin de fer pour l’espace national, puis le bateau, ensuite l’avion (on se rappelle de la catastrophe aérienne qui a anéanti l’équipe de Manchester United, club devenu aujourd’hui le modèle du club globalisé, avec en France l’OM, le club le plus globalisé avec 63 % d’étrangers représentant 13 pays différents dans ses effectifs) et aujourd’hui la télévision, le jeu vidéo, Internet, etc. 4) La communauté internationale n’existera véritablement que le jour où comme au foot, elle reposera sur l’adhésion à des règles, sur une pratique et un discours communs, propres à créer du lien social, de la solidarité, et pourquoi pas de la justice. Même si les États, comme le foot (et tous les autres sports), ne vivent que de confrontations. D’ici là, on attend toujours un arbitre capable d’imposer la fin de l’unilatéralisme dans les relations internationales et de siffler, quand cela devient nécessaire, la fin de la partie (réchauffement climatique, guerres civiles, inégalités, exploitation, recours à la force sans règles, etc.) Chaque fois que nécessaire, je prends un malin plaisir à rappeler à mes collègues diplomates (plutôt tennis, golf, cheval, voire polo) qu’en 2007, la FIFA compte plus de membres que l’ONU (score final : 207 à 191) ! 5) La globalisation (ou la mondialisation pour rester français) n’a pas fait reculer les Etats nations, bien au contraire, et c’est tant mieux. Comment imaginer une Coupe du monde sans eux ? Dans la même ligne, la globalisation n’a pas empêché, depuis 1991 (fin de l’Union Soviétique), de tracer de nouvelles frontières (26 000 km), d’en démarquer (24 000 km), de construire des barrières, des murs et des clôtures (18 000 km). Phénomène paradoxal, qui s’explique par la création en 15 ans de 35 États nouveaux, ce qui du point de vue du foot n’est pas forcement négatif. Plus on est de fous plus on fait de compétitions. Les revendications récentes sur l’Arctique se multiplient et il ne faut pas écarter l’idée qu’une équipe nationale s’y constitue un jour. Le football prendrait alors une dimension nouvelle qui pourrait le conduire à annexer à la FIFA le hockey sur banquise ! 6) Et la construction européenne, que serait-elle devenue sans foot ? Non seulement un Français est à l’origine de la FIFA et de la Coupe du monde mais c’est aussi en France que naissent l’idée d’une Coupe d’Europe des clubs champions (actuelle Champion’s League) et le Ballon d’or, le trophée individuel le plus fameux. “Le seul dénominateur commun à tous les peuples, le seul espéranto universel : c’est le football…” MONDIALISATION AFRIQUE Les joueurs qui dans les années 80 s’aventuraient en dehors de leurs frontières faisaient figure de « pionniers ». Depuis l’arrêt Bosman, qui a posé en 1995 le principe de la libre circulation des joueurs au sein des frontières de l’Union européenne, il n’y a plus de quotas entre les 101 pays ayant signé des accords de coopération avec elle. Résultat : la mondialisation s’est imposée en force dans le football, d’autant que les retransmissions télévisées se multipliaient. “Le football en Afrique reprend les principaux traits de la globalisation.” Coupe d’Europe, Ballon d’or, arrêt Bosman et retransmission télévisée des matchs de championnats européens ont plus fait (aux cotés des programmes universitaire et Erasmus), sans aucun doute, pour donner à nos enfants une identité et une conscience européennes que le référendum sur Maastricht et sur la constitution européenne. 7) Et l’Afrique, qui sera en 2008 et en 2010 au centre de la planète foot ? Le football, en Afrique, reprend les principaux traits de la globalisation. L’Afrique est aujourd’hui un « vivier » de plus en plus convoité. « Il y aurait environ un millier de joueurs africains évoluant dans les championnats de première division des 52 pays membres de l’UEFA. On trouve désormais des joueurs africains dans tous les cham- pionnats de la planète : Indonésie, Iran, Arménie », confirme le journaliste Gérard Dreyfus, auteur du Guide du Football Africain. « Le Nigeria, le Cameroun, le Ghana et la Côte d’Ivoire comptent parmi les principaux pays exportateurs. Et tous les grands championnats européens sont aujourd’hui concernés. » La détection des nouveaux talents : de l’Afrique vers l’Europe, on cible surtout les espoirs, les joueurs en devenir, le problème est que cette « fuite de crampons » (comme la fuite des cerveaux d’ailleurs) ne bénéficie pas au continent africain. En conséquence, ne risque-t-on pas un jour de parler de « pompe Afrique » également pour ce qui concerne le football ? Le football comme acteur politique, avec sa popularité, permet de rassembler les foules et joue un rôle positif dans la promotion du développement de la paix. L’Union africaine ne s’y est pas trompée en s’engageant dans le lancement de la Coupe du monde de football en 2010 en Afrique du Sud, invitant tous les pays du continent à utiliser ce formidable évènement pour participer aux activités de développement et de paix à travers l’année Internationale du football africain 2007 et de la Coupe du monde. Même discours pour le secrétaire général des Nations unies Ban Kimoon : « le sport est de plus en plus reconnu comme un outil important qui aide les Nations unies à réaliser leurs objectifs, en particulier, les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ». Il convient cependant de relativiser l’effet foot sur la vie politique intérieure des États. Georges Weah, star internationale du football libérien, donné gagnant par Jean Lévy, ancien Ambassadeur de France tous les bookmakers, a perdu les élections présidentielles de 2005 face à Ellen Johnsonn Sirleaf, ancienne haute fonctionnaire anonyme ! Enfin, il faut mentionner les initiatives sportives en Afrique autour du foot. Plus de trente pays africains ont entrepris des initiatives dans les programmes des célébrations de l’année internationale du football africain 2007 et le programme Coupe du monde. Le Ghana, organisateur de la CAN 2008, a inclus le sport dans sa stratégie nationale de lutte contre la pauvreté 2006-2009, compte tenu de l’impact significatif du sport dans l’amélioration de la santé, de l’éducation, de l’environnement et la création d’emplois. Des retards dans la construction des stades, des doutes sur les capacités d’accueil et de transport, ainsi qu’une certaine nervosité face à l’importante criminalité obligent l’Afrique du Sud à régulièrement assurer qu’elle sera prête pour le coup d’envoi du Mondial, le 11 juin 2010. L’enjeu est crucial, mais quelle formidable fenêtre publicitaire pour ce pays, véritable chef de file économique du continent, quelle de montrer que l’Afrique ne doit plus être traitée en marge de la mondialisation. Bien au contraire, l’Afrique est en train de se réveiller économiquement, la Chine s’en est aperçue beaucoup plus que l’Europe. Sans parler de la France, qui dans des discours récents disserte sur la difficulté de « l’homme africain » à « entrer dans l’histoire » et des jeunes africains à se « projeter dans l’avenir ». Ceux qui suivent régulièrement le football, au stade ou devant leur petit écran, se réjouissent au contraire de voir que les joueurs africains, de plus en plus nombreux et talentueux ,n’ont aucune difficulté à entrer dans la surface de réparation ni à se projeter dans les buts pour en marquer ! ■ 5 POINT DE VUE DE... FOOTBALL ET RUGBY a retransmission des matches de la Coupe du monde de rugby qui vient de se dérouler en Europe, principalement en France, a enregistré des scores d'audience inattendus, approchant ceux du football sans les atteindre, sur fond de mobilisation générale des sociétés concernées. Rien d'étonnant puisque les ingrédients déterminants étaient les mêmes : convocation d'équipes représentant des nations ; unité de lieu, de temps et d'action ; tension compétitive entre des équipes de niveau comparable à partir des quarts de finale ; trophée prestigieux à conquérir. C'était en outre un spectacle qui, du point de vue télévisuel, présentait l'avantage d'être du vivant, en direct, judicieusement programmé, par exemple le vendredi soir, face à du pré-enregistré, déjà fabriqué et mis en boîte. Mais ce serait une erreur que de voir dans ce succès une nouveauté sans précédent. Un tel engouement renouait avec une popularité qui fut déjà à deux reprises celle du rugby dans l'Hexagone : après la première guerre mondiale, où il devint le « sport roi », avant que les Français ne soient exclus de l'International Board en raison de la violence des matches ; et dans les années 50-60, quand l'on refusait dix mille spectateurs au stade de Colombes pour voir la France affronter les Springboks. Le Tournoi des Cinq L “ Le rugby : un spectacle qui, du point de vue télévisuel, présentait l'avantage d'être du vivant, en direct ” Nations sollicitait alors la France entière, devant les écrans d'une télévision toute nouvelle, et conduisait un commentateur, Roger Couderc, à la notoriété. A la différence du football, en croissance régulière au XXe siècle, le rugby a connu une évolution sinusoïdale, avec des pics suivis de chutes de popularité. L'évolution du rugby, au plan international, est mitigée. En Europe, la 6 “ A la différence du football, en croissance régulière au XXe siècle, le rugby a connu une évolution sinusoïdale, avec des pics suivis de chutes de popularité ” Roumanie, qui battait autrefois la France, a disparu. L'Italie n'a été intégrée au Tournoi des Six Nations qu'en raison de l'inquiétante chute de niveau de trois des quatre grandes nations du rugby britannique : l'Écosse, l'Irlande et le Pays de Galles. La professionnalisation a fragilisé les bases traditionnelles de ce jeu. L'arrivée de l'Argentine, glorieuse troisième de la Coupe du monde de rugby après avoir liquéfié à deux reprises l'équipe de France, doit être ramenée à de justes proportions. Cette fascinante réunion de talents, dont les meilleurs évoluent au Stade français, champion de France en titre, émerge d'un étique peloton de pratiquants, en Argentine, où l'on ne compte que 9 000 licenciés ! En soi, une telle situation sportive ne porte pas condamnation de l'avenir. De nombreux sports, parfois très spectacularisés, reposent sur une base pratiquante réduite : l'athlétisme, la boxe, maintenant le cyclisme, à l'extrême la Formule 1. Tel n'est pas le cas du football dont, on le sait, dont c'est l'une des forces. On a beaucoup insisté sur le climat de fête pacifique et de fair-play entre les supporters et entre les joueurs, qui différencierait le rugby du football. C'était avant la première mi-temps délétère du second France-Argentine et les esquisses de bagarre générale dans les phases finales (l'année dernière, on a vu de telles empoignades jusqu'en finale du championnat de France). Au lende- main de la finale perdue par les Anglais contre les Springboks, le 21 octobre, à Paris, des supporters des deux camps se sont affrontés à coups de poing puis de couteau. Les premiers tours de poule avaient fait illusion. Tant que les rencontrent se déroulent entre équipes tellement inégales qu'elles n'auraient jamais dû être opposées (car 80 à 10, ce n'est pas du sport), il n'y a pas de problème. Mais dès que le jeu redevient un sport, les rivalités s'aiguisent, et c'est cette symbolisation de l'affrontement qu'il faut travailler, pour la civiliser, la rendre positive, facteur de lien, non de rupture. Football et rugby sont deux rameaux issus du même tronc, qui ont divergé jusqu'à ne plus pouvoir se reconnaître, y compris dans la forme du ballon. Le premier est un sport d'évitements, qui bannit l'usage des mains (sauf par le gardien dans la surface de réparation) et le passage en force, mais où le contact est le moyen privilégié, direct ou indirect, d'empêcher l'adversaire et de reprendre l'initiative. Le second est un sport d'affrontement direct, de passage en force, usant des mains, mais où la recherche de l'évitement demeure en tant qu’élément de rupture et facteur de surnombre. Mais ce sont bien deux sports radicalement opposés. Il s'ensuit une traumatologie et un niveau de violence, soit réglée et admise, soit délinquante et sanctionnable, sans aucune mesure entre l'un et l'autre sport. Les blessures au rugby sont souvent graves, méchantes, invalidantes ; certaines mettent en jeu le pronostic vital. Les K.O., ordinaires, font partie du jeu : il faut savoir qu'on ne se remet jamais vraiment d'un K.O., que tout K.O. laisse une trace physiologique, raison pour laquelle des traumatologues demandent avec insistance l'interdiction des sports de combat où ils sont recherchés comme “ Le regain de notoriété du ballon oval permet de mesurer à quel point football et rugby ont divergé. ” une finalité de la pratique. Les décès au football sont des morts subites, qu'un meilleur encadrement médical devrait réduire (ainsi que le démontre l'Italie). Au rugby, pas seulement. Deux jours avant la demi-finale Angleterre-France, on a conduit en terre le talonneur de l'équipe de Chauray (Deux-Sèvres), âgé de vingt-six ans, quatre vertèbres fracturées et deux déplacées lors la troisième entrée en mêlée d'un match amical. Le parquet de Niort a ouvert une information judiciaire pour homicide involontaire. En conclusion d'un livre publié en 1963, Henri Garcia disait considérer le rugby comme « le plus beau de tous les jeux » à condition qu'il « respecte quelques lois », dont celle-ci : « Il ne faut pas oublier que le rugby est un sport noble et dangereux qu'une élite doit atteindre sans qu'il s'abaisse vers une masse. » Les dangers objectifs du rugby en limitent naturellement la pratique. Enfin, loin de l'image d'enracinement dans les labours et la France profonde que le rugby s'efforce de donner, il y aura cette année, dans le Top 14, 189 joueurs étrangers contre 281 joueurs français ; 1 sur 2,5, avec une pluie de « mondialistes » : John Smit et Percyval Montgomery, deux Boks champions du monde ; le demi de mêlée des Blacks, Byron Kelleher, entre autres. D'où un problème franchement abordé par Bernard Laporte, au moment de quitter le poste de sélectionneur/entraîneur du 4 500 SALARIÉS DANS LES CLUBS PROFESSIONNELS DE FOOTBALL Pour la première fois l'UCPF a établi une véritable photographie des emplois générés par les clubs professionnels de football en France. Cette prépondérance de la Ligue 1 est encore plus manifeste concernant les salariés administratifs puisqu'ils sont plus de 70 % dans les clubs de l'élite. Cette étude, menée auprès des 45 clubs professionnels de football français (20 en Ligue 1, 20 en Ligue 2 et 5 en National — taux de réponse de plus de 90 %) permet de quantifier précisément les emplois dans le football professionnel au 31 décembre 2006. Les salariés administratifs majoritaires La catégorie de salariés la plus importante dans les clubs professionnels est celle des administratifs qui représentent près de 37 % de l'ensemble des salariés. semble des salariés des clubs. Ce chiffre est encore plus important si on retire les joueurs professionnels qui sont intégralement salariés des sociétés sportives. Ainsi, hors joueurs professionnels, les associations regroupent plus de 28 % de l'ensemble des salariés des clubs professionnels. Les emplois à temps complet largement majoritaires Plus des deux-tiers des salariés administratifs et des entraîneurs sont à temps complet. Salariés administratifs 80% 70% 72% 69% 65% 68% 60% Les salariés administratifs majoritaires 70% 57% 30% 50% 43% 40% 30% 50% 40% 60% D'une manière générale les clubs professionnels emploient plus de 4 500 personnes toutes catégories confondues (joueurs, entraîneurs et personnels administratifs). XV de France : « Il y a un déséquilibre entre les joueurs français et étrangers dans le championnat de France. A terme, il y aura encore plus de carences à certains postes. Nos champions du monde des moins de 21 ans ne jouent jamais dans leur club ! » Autrement dit, en concentrant une élite étrangère dans un championnat aux places limitées, la France se retrouve confrontée en rugby à la même situation que les Anglais en football — situation qui a eu pour conséquence d'entraîner l'équipe nationale anglaise dans une crise persistante de bons résultats dans les compétitions européennes et mondiales. De quoi réfléchir, pour l'un et l'autre sport… ■ 38% 30% 26% 19% 20% 26% 27% 14% 12% 10% 28% 17% 16% 24% 11% Joueurs en formation 20% Joueurs professionnels 10% 34% 32% 28% Temps partiel Temps complet 0% Entraîneurs 11% 31% L2 L1 National Total Salariés administratifs 0% L1 National L2 Entraîneurs Total 80% La Ligue 1, principal vivier d'emplois du football professionnel La Ligue 1 totalise à elle seule plus de 60 % de l'ensemble des salariés des clubs professionnels. La Ligue 1 vivier d’emplois 58% 60% 50% 40% 40% 39% 0% Joueurs professionnels Joueur en formation 22% 5% Entraîneurs L2 3% Salariés administratifs National Association Société Joueurs en formation L1 3% 39% 0% 27% 9% 62% 22% 20% 20% 10% 63% 40% 38% 30% 60% 50% 41% 40% 30% 32% 32% 29% Temps partiel 10% Temps complet L1 80% 80% 60% 57% 70% 0% 100% 80% 48% 42% Répartition association/société 100% 71% 72% 70% 70% 60% 20% 120% 80% 70% Les associations employeurs Même au sein des clubs professionnels, l'association reste encore un employeur à part entière avec près de 22 % de l'en- Salariés Entraîneurs Joueurs administratifs professionnels TOTAL L2 National Total Enfin cette enquête a permis de confirmer ce qui semblait se dessiner, à savoir la féminisation des emplois administratifs dans le football professionnel, puisque les femmes représentent plus d'un tiers des emplois administratifs des clubs professionnels. ■ 57 É V É N E M E N T S LE LIVRET D’ACCUEIL DU JEUNE FOOTBALLEUR AFRICAIN L’UNION DES CLUBS PROFESSIONNELS DE FOOTBALL ET CULTURE FOOT SOLIDAIRE SE SONT ASSOCIÉS POUR ÉDITER « LE GUIDE DU JEUNE FOOTBALLEUR AFRICAIN » Ce livret, distribué dans les clubs professionnels, a pour vocation d’orienter, guider et conseiller les jeunes footballeurs africains afin de faciliter leur intégration dans leur club. Une initiative inédite en Europe. Lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’UCPF le jeudi 4 octobre, Culture Foot Solidaire et l’UCPF ont présenté le Livret du Jeune Footballeur Africain. Henri Legarda, Président du MUC 72, Jean-Claude Mbvoumin, Président de Culture Foot Solidaire et Philippe Diallo, Directeur Général de l’UCPF. GRAND PRIX UCPF VOICI LES CANDIDATS EN LICE DANS LA CATÉGORIE CONTRIBUTION UNIVERSITAIRE POUR LE GRAND PRIX UCPF Femmes, culture et politique : histoire du football féminin en Europe de la Grande Guerre jusqu’à nos jours Xavier Breuil Etude annuelle du marché du travail européen des footballeurs Raffaele Poli 8 Thierry Guillou Michel Pautot Xavier Béal La mutation temporaire : « L’exemple du football professionnel » Thierry Guillou Football et immigration : Les figures de Kopa, Platini, Zidane dans les médias – Xavier Béal Sport et Nationalités : Le sport peut-il se passer des joueurs étrangers ? Michel Pautot Le financement du développement des clubs de football professionnels français et l’introduction en Bourse Franck Joerger Franck Joerger Moustapha Kamara Les opérations de transfert des footballeurs professionnels Moustapha Kamara éd.L’Armatan Jean-Pierre Louvel, Vice-Président de l’UCPF, et Valérie Pérez, Directrice de communication 01 53 17 30 40 Raffaele Poli Maquette : Xavier Breuil